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Coté Cinéma n°165bis - 17 mars 2011

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CÔTÉ SALLE

retapisser la chambre du bébé qui va

naître, se rendre compte qu’il est

trop tard pour repartir, se voir proposer

de dormir dans la chambre à

l’étage, faire les entrées de la séance

de 21h, participer à une petite fête

entre bons-vivants et s’apercevoir à

5h du matin qu’on allait oublier de

signer les contrats et finalement sortir

la serviette pour parapher ces

quelques papiers sur le capot de la

voiture. Cette anecdote parmi tant

d’autre est relatée ici dans sa version

courte, il existe la même qui s’étale sur

plusieurs jours. Alors, bien évidemment

les relations sont plus fortes, plus

vraies que celles que l’on peut avoir au

téléphone ou avec un déplacement en

TGV : arrivée à 14h visite expresse et

départ avec le TGV de 17h.

En discutant avec Claude Damianthe,

le temps se contracte car en quelques

minutes on passe de la visite d’un nouveau

cinéma à la génération précédente

de l’exploitant avec le père qui

aura tenu pendant quelques dizaines

d’années le Rex et le Club qu’il avait

repris de son grand- père que Claude

a bien connu : c’était un personnage

difficile, un grand monsieur du cinéma,

on arrivait le matin, on s’asseyait dans

un bureau non chauffé et on attendait

que le propriétaire veuille bien vous

recevoir. Après de longues heures

d’attente on entrait dans un bureau

impressionnant où un personnage

abrupte acceptait de vous prendre

deux ou trois films et éventuellement

de vous donner des dates de passage

pour un ou deux autres titres. On ressortait

un peu frustré, en se disant

qu’on ferait mieux la prochaine fois et

puis à force d’abnégation et de sérieux

on finissait par gagner la confiance et

le respect de cet exploitant exigeant et

un jour on était reçu à manger chez

lui… C’est grâce à cela que quelques

dizaines d’années plus tard on est fier

du petit fils qui vous fait visiter le nouveau

multiplexe. Vous avez un peu

perdu le fil. C’est normal avec Claude,

la machine à remonter le temps est

toujours en fonction et des fois on s’y

perd un peu. Mais connaître les clés

du passé est souvent très utile pour

comprendre les situations d’aujourd’hui,

les alliances et les conflits

ont pris racine dans ce passé que

Claude connaît sur le bout des doigts.

Les tournées avec les équipes de films

sont un moment très privilégié : il

donne à ce métier du cinéma tout son

sens puisque l’on côtoie ceux qui le

font. Et pour Claude côtoyer est un

verbe qui n’existe pas. Il n’est pas envisageable

de rester à côté de quelqu’un,

Claude doit le comprendre, le ressentir

se l’approprier et c’est ainsi qu’aujourd’hui

des grands du cinéma vous

parlent de Claude avec chaleur, un

grand sourire et une petite étincelle

dans les yeux : de Bertrand Tavernier à

Robert Guédiguian en passant par

Costa Gavras, Michel Deville… Pour

les réalisateurs et du côté des acteurs,

Vincent Lindon, Sophie Marceau,

Benoît Poelvooerde… La liste est encore

longue et impressionnante.

Claude sait parler aux gens parce qu’il

les aime. Sa rigueur morale, sa générosité

et sa façon de lui permettent de

distribuer des conseils et des remontrances

que lui seul sait administrer de

si belle manière. À une personne qui

jette devant lui un emballage de glace

il prendra le temps de s’arrêter et de lui

dire « Excusez-moi Monsieur, mais ce

n’est pas bien ce que vous faites, vous

salissez ce magnifique endroit alors

que vous avez une poubelle à quelques

mètres et c’est un manque de respect

pour la femme de ménage qui va nettoyer

vos saletés ! » Imparable, le fautif

est confondu et Claude à su dire en

quelques mots simples ce qui nous

brûle les lèvres et que l’on n’ose pas

formuler. Et c’est ainsi que Claude

« dégonfle » les têtes de tel ou tel acteur

qui penserait que sa notoriété lui

autorise tout.

En réalité des Claude Damianthe, il y

en a eu beaucoup mais au travers de

cet hommage c’est toute une profession

que l’on met à l’honneur, ces

hommes et ces femmes qui ont

construit et fait vivre le cinéma pendant

son premier siècle et il n’est pas

certain que les cent prochaines années

nous donnent à connaître des

personnages aussi attachants.

Avec ma plus profonde amitié.

Patrick Farcy

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