11.12.2025 Vues

L'Essentiel Prépas n°90 - Décembre 2025

L'Essentiel du Sup Prépas est le magazine numérique dédié aux professeurs des classes préparatoires, aux étudiants et à leurs parents. Chaque mois, retrouvez toute l'actualité des classes préparatoires économiques et commerciales et des Grandes Ecoles. Ce magazine vous est proposé par HEADway Advisory, cabinet de conseil en stratégie dédié à l'enseignement supérieur.

L'Essentiel du Sup Prépas est le magazine numérique dédié aux professeurs des classes préparatoires, aux étudiants et à leurs parents. Chaque mois, retrouvez toute l'actualité des classes préparatoires économiques et commerciales et des Grandes Ecoles. Ce magazine vous est proposé par HEADway Advisory, cabinet de conseil en stratégie dédié à l'enseignement supérieur.

SHOW MORE
SHOW LESS

Transformez vos PDF en papier électronique et augmentez vos revenus !

Optimisez vos papiers électroniques pour le SEO, utilisez des backlinks puissants et du contenu multimédia pour maximiser votre visibilité et vos ventes.

N°90 | DÉCEMBRE 2025

CLASSES PRÉPARATOIRES ÉCONOMIQUES ET COMMERCIALES

ENTRETIEN

Sébastien Tran (Audencia)

DÉBAT

Enseignement supérieur :

comment les IA sont devenues

une évidence

ENTRETIEN

Vincenzo Vinzi (Essec)

DIRECTEUR DE L’ANNÉE

Léon Laulusa

Directeur général de l’ESCP

Retour sur le Continuum CPGE / Grandes écoles


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ÉDITO + SOMMAIRE

DÉCEMBRE 2025 N° 90

LES ÉCOLES DE MANAGEMENT

SE PROJETTENT EN 2030

À l’aube de 2030, les écoles de management affûtent leurs stratégies dans

un paysage de plus en plus concurrentiel. Si toutes n’empruntent pas les

mêmes chemins, une constante domine : l’international demeure le principal

moteur de développement. Skema poursuit une expansion mondiale soutenue,

ajustant ses plans aux réalités géopolitiques. Après Dubaï, l’école met

le cap sur l’Inde et l’Australie, avec plus de 70 % de sa croissance future

prévue hors de France. Kedge ambitionne aussi de renforcer sa présence

internationale en doublant son nombre d’étudiants venus de l’étranger, s’appuyant

sur ses campus en Chine, en Afrique et en Inde pour former les futurs

acteurs d’une économie globalisée. Audencia, de son côté, ajoute Barcelone

à son réseau de « campus collaboratifs » et prépare une implantation

africaine dédiée à l’executive education.

Cette projection mondiale s’accompagne d’un retour appuyé

vers les enjeux sociaux. HEC engage une réforme ambitieuse de son

modèle d’inclusion, avec la gratuité des frais pour les boursiers des échelons

4 à 7 et un renforcement des aides pour les autres. L’objectif : atteindre

25 % de boursiers en 2031. Audencia, elle, s’allie à Quartiers d’Affaires pour

soutenir les entrepreneurs des quartiers prioritaires, tandis que Kedge revendique

son rôle de pionnier en matière de RSE, intégrée à l’ensemble de

ses programmes.

Face à l’essor rapide de l’intelligence artificielle, les écoles

adoptent une posture d’ouverture prudente. Skema formule une

doctrine affirmant que les professeurs resteront essentiels. L’école entend

utiliser l’IA pour révéler des talents cachés et mieux connecter aspirations

et opportunités grâce à une plateforme dédiée. Audencia développe quant à

elle un assistant numérique, Audenc-I.A, destiné à guider les étudiants dans

la construction de parcours toujours plus personnalisés, adaptés à des profils

de plus en plus divers.

Les projets immobiliers structurent également cette nouvelle

décennie. HEC réinvente son campus de Jouy-en-Josas pour en faire un

lieu collaboratif d’ici 2031. Skema investit 180 millions d’euros dans la rénovation

de ses dix campus, avec l’ambition d’obtenir le label Great place

to work. Audencia prépare l’ouverture d’un second campus parisien, tandis

que le premier accueillera, dès 2026, les étudiants du programme Grande

école dès la première année.

Autre tendance marquante : la création de nouvelles écoles internes.

Skema lance une School for professional studies, centrée sur les

métiers en tension et les besoins locaux. Audencia inaugure une School of

Public and International Affairs mêlant management, géopolitique et affaires

internationales. HEC, dans le cadre de sa stratégie

Nouvelles Responsabilités, met en place HEC Institute

pour diffuser plus largement sa recherche et entend

transformer sa pédagogie en intégrant davantage

technologie, géopolitique et entrepreneuriat.

Olivier Rollot,

rédacteur en chef

Sommaire

LES ESSENTIELS DU MOIS

3 • ECRICOME s’ouvre aux élèves de prépas

scientifiques et D1/D2

4 • ESCP lance les travaux de son campus

historique

5 • HEC lance sa stratégie Nouvelles

Responsabilités et sa campagne de dons

7 • L’ISC Paris se « réinvente »

12 • L’Edhec : une école à « l’identité affirmée

et à l’ambition renouvelée » note le Hcéres

13 • BSB plus que jamais lyonnaise

14 • Combien d’étudiants en 2025 et 2026 ?

PUBLI

8 • Audencia se déploie en Ile-de-France

ENTRETIEN

15 • Léon Laulusa, Directeur général de ESCP

Business School

24 • Sébastien Tran, Directeur général

d’Audencia BS

29 • Vincenzo Vinzi, Directeur général de l’ESSEC

Business School et président de la Cdefm

DOSSIER

18 • Continuum : place aux oraux !

DÉBAT

33 • Enseignement supérieur :comment les IA

sont devenues une évidence

« L’Essentiel du sup » est une publication du groupe HEADway

Advisory, SAS au capital de 30 000 €, RCS 53298990200046 Paris,

CPPAP 0920W93756, 33, rue d’Amsterdam, 75008 Paris.

Directeur de la publication : Sébastien Vivier-Lirimont.

Rédacteur en chef : Olivier Rollot (o.rollot@headway-advisory.com).

Responsable commerciale : Fanny Bole du Chomont

(f.boleduchomont@headway-advisory.com).

Création graphique et mise en pages : Élise Godmuse


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS

DÉCEMBRE 2025 N° 90

ECRICOME s’ouvre aux élèves

de prépas scientifiques et D1/D2

L’Edhec et l’Institut Mines Télécom business

school le font déjà avec succès. La banque

d’épreuves ECRICOME va s’ouvrir aux élèves

des classes préparatoires scientifiques (MP,

PC, PSI, BCPST…). Modestement encore puisque le

nouveau concours ECRICOME SCIENTIFIQUES proposera

70 places au total pour ses cinq écoles.

« Les étudiants issus de prépas scientifiques sont

préparés à appréhender les mutations technologiques

qui structurent notre économie. Cette double compétence

au croisement de la science et du management

leur donnera les clés pour relever les défis du monde

de demain, dans des secteurs tels que la data, l’IA, la

finance ou l’agroalimentaire. Je suis convaincue que cette

dimension scientifique a toute sa place dans nos écoles »,

souligne Delphine Manceau, présidente d’ECRICOME et

directrice générale de NEOMA Business School.

95 autres places nouvelles vont être proposées aux

étudiants issus des filières économiques et juridiques

ENS D1 Rennes et ENS D2 Paris-Saclay dans le cadre

d’un autre nouveau concours dit ECRICOME D1/D2 qui

vient compléter le concours ECRICOME littéraires. « Ces

étudiants sont des profils d’excellence, dotés de solides

capacités de travail, d’adaptation et d’organisation. Ils

ont pleinement leur place dans nos Grandes Écoles de

management », estime Delphine Manceau,

Ces deux concours d’admission parallèle, distincts

du concours TREMPLIN Bac+2, disposent chacun de

places dédiées et feront l’objet d’un classement indépendant.

Un traitement fin « sera réalisé lors des jurys

afin d’harmoniser les origines diverses des candidats

et de garantir à chacun un classement équitable ».

Nouveauté concours

Ecricome : les

conditions d’accès

Pour déterminer

l’admissibilité aux épreuves

orales, les candidats

devront soumettre :

• un dossier académique

complet comprenant les

notes du baccalauréat

et du cycle en cours

(notes de CPGE) ;

• deux épreuves externes

obligatoires : un test de

logique au choix parmi

trois options (TAGE2,

GMAT, GRE) et un test

d’anglais au choix parmi

six options (IELTS,

TOEIC, Cambridge…).

Les candidats déclarés

admissibles seront ensuite

invités à passer deux

épreuves orales :

• un oral d’anglais mutualisé

pour les cinq écoles ;

• un entretien de motivation

propre à chaque école

selon l’admissibilité.

Le concours se déroulera

sur deux sessions au choix :

la première en avril et la

seconde en juin 2026.

GEM devient GEM Alpine

Business School

L’ICN ouvre un nouveau

campus à Berlin

GEM adopte une nouvelle identité : GEM

Alpine Business School, afin de « refléter

son ancrage alpin, son héritage

scientifique et son rôle de pionnier des

transitions ». Le nouveau logo, « épuré

et structuré par des formes géométriques

évoquant les reliefs alpins, incarne

mouvement et progression ». La

signature « Explore Beyond Horizons »

exprime quant à elle « l’ambition d’inviter

étudiants et partenaires à dépasser

les frontières établies et à imaginer des

solutions innovantes ». « Cette identité

ne change pas qui nous sommes : elle révèle

ce que GEM est devenue. Une école

ouverte, exigeante, internationale, ancrée

dans les Alpes et tournée vers les

grandes transitions du XXI e siècle », explique

Fouziya Bouzerda, directrice générale

de GEM Alpine Business School.

Présente à Berlin depuis 2019, ICN franchit une nouvelle

étape avec l’ouverture d’un campus de 2 000 m²

dans le quartier Alt-Moabit, en bord de Spree. Proche de

la gare centrale et entouré d’institutions culturelles, de

cafés et d’ambassades, ce nouveau site moderne salles

de cours, auditorium, espaces étudiants, patio et salles

dédiées aux associations. Le campus accueille les étudiants

de deuxième et troisième année du Programme

Grande École, intégralement en anglais, avec des spécialisations

en finance, marketing ou entrepreneuriat.

3


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS

DÉCEMBRE 2025 N° 90

ESCP lance les travaux

de son campus historique

Après une première phase de démolition, ESCP

Business School a donné le coup d’envoi de la rénovation

de son campus historique situé avenue

de la République dans le 11ème arrondissement

de Paris le 14 novembre 2025. Le futur campus, imaginé

par l’agence d’architecture Ateliers 2/3/4/, proposera :

•des espaces modulables et collaboratifs, adaptés aux

nouvelles méthodes d’enseignement et de recherche ;

•une intégration forte du numérique, pour un campus

“phygital” connecté et inclusif ;

•une place centrale accordée au bien-être et à la qualité

de vie : espaces végétalisés, terrasses, équipements

sportifs et restauration innovante ;

L’Edhec crée un institut quantique

L’Edhec Business School crée l’Edhec Quantum Institute,

un nouvel institut destiné à préparer dirigeants,

étudiants et décideurs publics à l’impact croissant des

technologies quantiques. Dirigé par le professeur Lionel

Martellini, l’institut veut rapprocher la science

quantique du monde économique en développant recherche

appliquée, formation, innovation et diffusion

des connaissances.

L’initiative s’inscrit dans la stratégie de diversification

scientifique de l’Edhec, déjà engagée dans les domaines

de la finance, du climat ou du droit. Alors que la seconde

révolution quantique promet des avancées majeures en

calcul, communication et mesure — avec des effets attendus

dans l’intelligence artificielle — les investissements

mondiaux dépassent désormais 40 milliards de

dollars. Des secteurs comme la finance, l’énergie, la cybersécurité,

l’espace ou les biotechnologies seront parmi

les premiers à en tirer parti, accentuant la demande

en experts capables d’en comprendre les implications.

« Avec ce lancement, l’école franchit une nouvelle étape

dans sa stratégie de diversification, en investissant les

champs de la science et de la technologie — des domaines

clés pour l’avenir de l’économie et du business.

Fidèle à sa tradition de recherche utile, l’EDHEC déclinera

ce nouveau territoire scientifique en solutions

pour les entreprises ainsi qu’en enseignements et programmes

de formation », explique Emmanuel Métais,

directeur général de l’Edhec Business School.

•une démarche responsable et durable, visant les certifications

HQE et BREEAM niveau “Excellent”.

L’institut reposera sur quatre piliers : recherche appliquée,

formation intégrant les fondamentaux du quantique

dans les cursus de management, programmes d’innovation

pour accélérer les usages industriels, et actions de

vulgarisation pour renforcer la culture quantique dans la

société. « La physique quantique est trop souvent présentée

comme incompréhensible, voire ésotérique, fondée

sur des notions mystérieuses telles que la superposition

ou l’intrication. Les technologies quantiques ne

relèvent pourtant ni du magique ni du mystique, mais

d’une logique propre - la logique quantique - celle que

la nature a choisi pour écrire les lois du monde physique

à son niveau le plus fondamental », souligne Lionel

Martellini, directeur de l’Edhec Quantum Institute.

A l’aube de ses 120 ans, l’EDHEC Business School

inaugure une nouvelle plateforme de marque, conçue

avec l’agence Babel. Avec Unleash tomorrow : l’ED-

HEC entend « affirmer son leadership et porter sa vision

à l’horizon 2050 ».

Une nouvelle direction

pour MBS

C’est un duo qui prend

aujourd’hui la direction de

MBS. Nommé en octobre

par la gouvernance de MBS,

Mohamed Afennich prend

la tête de l’établissement

avec comme missions

de « construire le Plan

Stratégique 2031, piloter la

restructuration de l’École

et conduire l’ouverture du

nouveau campus Anima à

Montpellier ». Il succède

à Bruno Ducasse.

Aux côtés du nouveau Dean,

Éric Le Deley est nommé

directeur général délégué en

charge de l’Académique.

Diplômé de l’Université de

Montpellier en économie,

Mohamed Afennich

débute sa carrière dans

l’Education Nationale en

tant qu’enseignant dans les

universités de Nîmes et de

Montpellier. Il occupe ensuite

le poste de secrétaire général

du Medef Hérault durant 4

ans avant de rejoindre en

2012 la CCI de Montpellier

et de l’Hérault. Alors

directeur général adjoint,

il en prend la direction

en juin 2019, succédant

déjà Bruno Ducasse parti

quant à lui diriger MBS.

Titulaire d’un doctorat

en Sciences de Gestion,

Éric Le Deley a occupé

des fonctions de direction

à la fois académiques et

institutionnelles au sein de

plusieurs grandes écoles de

management dont NEOMA

Business School dont il fut

directeur du département

Hommes et organisations de

2014 à 2016 et professeur de

2005 à 2016. Il était depuis

octobre 2021 directeurs

académique et dean de l’Istec.

4


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS

DÉCEMBRE 2025 N° 90

HEC lance sa stratégie

Nouvelles Responsabilités

et sa campagne de dons

« Nous souhaitons faire d’HEC une école beaucoup rendre plus accessible », stipule Eloïc Peyrache qui Fondation : objectif

300 millions

plus engagée dans la solution aux grands estime également que cet institut pourrait favoriser

défis. Nous créons donc HEC Institute pour la montée en puissance de HEC dans le classement

transférer toute notre recherche et la rendre de l’impact de la recherche du Financial Times : « Le

accessible au plus grand monde. » Directeur général classement du FT reprend à la fois les publications et

de HEC Paris, Eloïc Peyrache va lancer de nombreuses leur impact et c’est là-dessus qu’il y a sans doute un

études dans le cadre de son nouvel institut et créer déficit dans beaucoup d’écoles ».

un site pour y donner accès. Autre défi : accroitre sa

diversité sociale. Alors qu’HEC lance les travaux de

transformation de son campus de Jouy-en-Josas, sa

fondation lance sa campagne de dons « HEC Campus

for the Future ».

De Nouvelles Responsabilités pour HEC. C’est

le ferment de sa stratégie 2025-2029 Nouvelles

Responsabilités. HEC ambitionne de se redéfinir profondément,

en réorientant sa mission pour répondre

aux grands défis sociétaux contemporains. « Dans un

contexte global marqué par des enjeux environnementaux,

sociaux et technologiques majeurs, HEC cherche

à s’impliquer davantage dans la recherche de solutions.

La réinterprétation de ses valeurs fondamentales, notamment

la responsabilité, devient un vecteur essentiel

de cette transformation. L’école entend ainsi jouer un

rôle moteur dans l’accompagnement de la société

face à des défis de plus en plus complexes », définit

Eloïc Peyrache qui confie à Yann Algan la mission de

développer son tout nouveau HEC Institute.

Cet institut a pour mission de rendre la recherche plus

accessible et compréhensible pour le grand public,

avec une approche tournée vers l’impact sociétal. Il

se concentre sur des thématiques clés comme le futur

du travail, l’intelligence artificielle, la cohésion sociale,

et les entreprises familiales. Par le biais d’études, de

baromètres, de podcasts et d’autres formats, l’HEC

Institute cherche à influencer le débat public et à offrir

des solutions fondées sur des données probantes.

L’objectif est de contrer la désinformation en apportant

des réponses étayées par des recherches rigoureuses.

L’école compte sur sa communauté scientifique pour

jouer un rôle déterminant dans ce processus. « Nous

voulons éclairer le débat pour une recherche qui est

un bien public. Nous avons un des centres parmi les

plus performants mais beaucoup dans la publication

dans les meilleures revues mondiale et qu’il faut aussi

Agir sur l’ascenseur social. L’égalité des chances

est au cœur de la stratégie d’HEC. L’école cherche à

rendre son accès plus ouvert et diversifié, avec l’ambition

de permettre à chaque étudiant méritant, quelle

que soit sa situation financière, d’intégrer l’institution.

Grâce à une série de réformes, HEC a significativement

augmenté la proportion de boursiers sociaux au sein

de sa Grande École, passant de 5% en 2009 à près

de 20% en 2024.

Dans ce cadre, HEC prévoit d’augmenter de manière

significative ses efforts pour rendre l’accès à l’école

plus équitable. À partir de 2024, l’école prévoit de rendre

la scolarité gratuite pour les boursiers des échelons 4

à 7 et d’augmenter de 50% les aides financières pour

les échelons inférieurs. L’objectif global est de porter

5

HEC Paris

C’est sur sa fondation

que compte HEC pour

se développer en lançant

cette semaine sa nouvelle

campagne. Il y a un an

la campagne « Impact

Tomorrow » s’est clôturée

avec des promesses de

don qui atteignaient les

218 millions d’euros.

« Aujourd’hui nous sommes

l’une des premières

fondations universitaires

de France », révèle Jean-

François Palus, nouveau

président de la fondation qui

lance « HEC Campus for

the Future » avec l’ambition

d’atteindre 300 millions

d’euros de dons d’ici 2031.

Eloïc Peyrache, directeur

général de HEC Paris


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS DÉCEMBRE 2025 N° 90

la proportion de boursiers à 25% d’ici 2031, avec des

ambitions encore plus élevées à long terme.

Un centre d’innovation face aux révolutions technologiques

et climatiques. Le troisième axe de la

stratégie 2025-27 est centré sur la co-construction

de solutions pour répondre aux révolutions technologiques

et climatiques. « HEC aspire à devenir un pôle

d’innovation, en mobilisant sa recherche pour anticiper

et répondre aux défis de demain. L’école s’engage dans

des projets de grande envergure, visant à générer

des connaissances applicables à des problématiques

sociétales concrètes », définit encore Eloïc Peyrache.

Géopolitique et technologies. HEC se donne également

pour objectif de réinventer son modèle pédagogique

en intégrant de manière transversale des disciplines

clés telles que la technologie, la géopolitique et l’entrepreneuriat.

L’école mise sur une transformation interne,

en infusant ces nouvelles thématiques dans tous ses

programmes, plutôt que de créer des entités séparées.

« Si nous voulons que HEC reste l’une des meilleures

écoles de management du monde la géopolitique et la

tech vont avoir une place de plus en plus importante. »

Dans cette démarche, la technologie et la data occupent

une place centrale. L’ensemble des étudiants de HEC doit

désormais suivre un cours obligatoire sur l’intelligence

artificielle (IA) et les technologies associées. L’objectif

est de former des managers capables de comprendre

et de maîtriser les enjeux technologiques, tout en restant

à l’écoute des experts dans ces domaines. Pour

accompagner cette transformation, l’école a développé

des partenariats avec des institutions telles que l’Institut

Polytechnique de Paris. HEC renforce également

l’enseignement de la géopolitique, avec la mise en place

d’un centre de géoéconomie, et un développement

accru des formations dans ce domaine. Parallèlement,

l’écosystème entrepreneurial de l’école se structure

autour d’accélérateurs thématiques et d’un incubateur

qui soutient des projets innovants, notamment dans

les secteurs technologiques.

Croissance de la formation continue et développement

de nouveaux programmes. Pour répondre

à ces objectifs HEC va encore plus s’appuyer sur le

développement de la formation continue qui représente

aujourd’hui 50 de ses 235 millions d’euros de chiffre

d’affaires (hors MBA) avec 60% de croissance ces

dix dernières années. Objectif : monter à 75 millions

d’euros dans les cinq ans.

Au niveau bachelor ce sont cette année 60 étudiants

de 28 nationalités différentes qui ont été recrutés dans

le bachelor commun avec la Bocconi. HEC prévoit le

lancement de nouveaux programmes Bachelor, avec

un objectif de 200 étudiants par promotion dès 2027.

Refondation du Campus

Un projet majeur de

refondation du campus de

Jouy-en-Josas est en cours.

Ce projet, dont la livraison

est prévue pour 2031, vise

à créer un campus moderne

et collaboratif, favorisant

l’échange entre étudiants,

chercheurs et entrepreneurs.

Le « Cœur de Campus »

sera le point névralgique

de la transformation

institutionnelle d’HEC.

Le futur «coeur de

campus de HEC Paris

HEC Paris

Classement des business schools européennes :

l’Insead conserve son sceptre

Rarement classement fut aussi stable que

celui des business schools européennes du

Financial Times 2025. Après s’être emparé

du sceptre en 2024, l’Insead le conserve

devant, comme en 2024, HEC et la London

business school. Forte de l’excellente

cinquième place mondiale – et deuxième

européenne – de son E-MBA Skema gagne

dix places et se classe 16 ème . L’ICN, l’Essca

et Paris School of Business gagnent toutes

les trois plus de vingt place. Mauvaise année

en revanche pour TBS Education qui,

n’étant plus classée dans les masters in management,

en perd 40.

6


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS

DÉCEMBRE 2025 N° 90

L’ISC Paris se « réinvente »

« Nous avons travaillé pendant cinq ans à redorer Le campus de ISC Paris

notre blason en particulier sur les questions

de reconnaissance en augmentant nos

accréditations qui sont passées à quatre avec

AACSB, EFMD master, Amba et BGA que nous sommes

la seule école française à avoir obtenue. » En amont

de la présentation de son nouveau plan stratégique

le directeur général de l’ISC Paris, Jean-Christophe

Hauguel fait le bilan d’une action qui l’a notamment

permis d’intégrer le top 100 des masters in management

du Financial Times, de faire progresser ses effectifs

étudiants de 30% et de professeurs permanents de

21% et de redevenir « légèrement excédentaire avec

un Ebitda de 3% qu’il entend faire progresser d’un

point par an ». Alors que l’école a aujourd’hui 50%

d’alternants il imagine que cette proportion de 40%

en 2026. Alors que la situation financière des écoles

se dégrade, Jean-Christophe Hauguel se félicite d’être

à la tête d’une « école indépendante et agile » qui

entend aujourd’hui se « réinventer » avec son plan

stratégique « ISC Paris 2030 : réinventer » : « Nous

entrons dans un monde de plus en plus incertain où

il faudra constamment s’adapter alors que les jeunes

sont en quête de sens et de passion ».

Réinventer l’expérience étudiante avec les IA. La

nouvelle stratégie passe d’abord par la modularisation

de l’offre académique avec la déclinaison de quatre

titres – bachelor, BBA, MSc et PGE – en blocs avec la

possibilité de les obtenir dans des temps variés. Pour

aider les étudiants à bien choisir leur parcours des

assistants d’IA personnalisés vont leur être proposés.

Nommé « AI Transformation Officer » le directeur du

campus d’Orléans, Pierre Barreaud, est en charge de

cette transformation pour faire de l’ISC une école « IA

native » pour « accélérer son identité «active learning» ».

Ensuite les alumni verront leurs compétences certifiées

et renouvelées aux niveaux golden, silver et

bronze avec le développement d’une offre premium

ISC Paris

sur la plateforme digitale Alumni Lifelong. La part de la

formation continue devrait passer à 5% de son chiffre

d’affaires avec par exemple la création d’un nouveau

programme diplômant Executive de niveau bac+5 pour

les professionnels en transition.

Réinventer l’engagement territorial et l’impact

sociétal. Situé porte d’Asnières à Paris à l’entrée

de Levallois le campus parisien de l’ISC va évoluer.

« Nous réfléchissons soit à une refonte complète des

trois bâtiments soit à un déménagement de l’école en

Ile-de-France », commente Jean-Christophe Hauguel

qui entend également « ouvrir un deuxième campus en

région dans une ville pas encore identifiée ».

A l’international l’ISC Paris est implantée en Chine

dans le cadre d’un partenariat local et va maintenant

s’étendre en Afrique, en Asie – notamment à Hong

Kong - et dans le Golfe

Réinventer le rayonnement académique et les

partenariats stratégiques. Deux instituts vont être

créés pour « fédérer et valoriser les expertises de

l’ISC Paris » : Sigma dans la finance durable et Digit

dans la transformation digitale. Le tout avec une démarche

visant à donner plus d’impact à la recherche.

« Alors que nos enseignants-chercheurs sont depuis

longtemps appelés à travailler avec d’autres écoles pour

plus publier, nous allons également leur demander de

publier ensemble pour favoriser l’impact de l’école »,

définit Nabil Ghantous, directeur du laboratoire de

recherche de l’ISC.

Réinventer la mobilité

internationale

La mobilité internationale de

l’ISC va être « réinventée »

avec la mise en œuvre de

learning expeditions (LEX)

plus courtes que les séjours

académiques classiques,

intitulées « Business

for a Better World ».

7


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PUBLI RÉDAC DÉCEMBRE 2025 N° 90

Audencia se déploie

en Ile-de-France

Présente depuis plus de dix ans à Paris, Audencia a choisi de s’installer

à Saint-Ouen (93) depuis deux ans. 2026 marquera un tournant pour l’école

de commerce : un tout nouveau campus y ouvrira ses portes et accueillera,

entre autres, des étudiants en première année du Programme Grande École

qui pourront choisir d’y suivre tout leur cursus.

« Nous poursuivons notre stratégie parisienne »,

résume Cindy Zawadzki, la toute nouvelle

directrice PGE d’Audencia. L’ancrage, en effet,

n’est pas récent car un campus parisien était

autrefois situé dans le quartier Montparnasse avant

de déménager à Saint-Ouen, commune dynamique

de la Seine-Saint-Denis, dont le développement va

de pair avec l’élan du projet Grand Paris. Depuis les

années 2000, la ville est le théâtre d’importantes

mutations urbaines avec la création de deux ZAC (zone

d’aménagement concerté) attirant nombre d’entreprises,

dont les sièges de grandes multinationales. Les Docks,

écoquartier moderne de 100 hectares, en compte

aujourd’hui près de 170.

Les atouts parisiens

En 2023, l’école nantaise s’installe donc à Saint-Ouen

et accueille des étudiants des programmes Mastère

Spécialisé®, Masters of Science (MSc), Executive

Education, Bachelors, ainsi que les master 1 et 2 du

PGE suivis en apprentissage (en 12 ou 24 mois). Les

prémices d’un déploiement qui, en 2026, va prendre

une tout autre tournure. Tout d’abord, le pré-master

Grande École, historiquement dispensé à Nantes, ouvrira

également à Saint-Ouen, permettant désormais à un

étudiant de classe préparatoire de réaliser l’ensemble

des trois années de son cursus sur le site francilien.

« Nous nous adressons aux étudiants qui souhaitent

rester vivre à Paris soit parce qu’ils en sont originaires

soit parce qu’ils y ont fait leur prépa ; notre implantation

à Saint-Ouen nous permet d’accroitre encore plus notre

attractivité », commente Cindy Zawadzki. Elle ajoute :

« Saint-Ouen, c’est une ville modèle où se met en place

un écosystème intéressant tout autour du campus ; de

nombreuses startups y ont, par exemple, leurs bureaux.

Par ailleurs, grâce à la formation en apprentissage des

master 1 et 2 du PGE, l’école est bien identifiée par les

entreprises du secteur ; des liens ont déjà été tissés

© F.Sénard/Audencia.

Cindy Zawadzki, Directrice du Programme Grande Ecole d’Audencia.

1

nouveau campus

à Saint-Ouen

1800

étudiants à la

rentrée 2026

Chiffres clés

12 ou 24

mois en

apprentissage

635

places PGE au total :

515 à Nantes et 120

à Saint-Ouen

8


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PUBLI RÉDAC DÉCEMBRE 2025 N° 90

Hall du nouveau campus

d’Audencia à Saint-Ouen.

© RFstudio

et offrent des opportunités uniques : décrocher un

contrat d’apprentissage en finance est plus simple à

Paris qu’en région et Audencia bénéficie d’une renommée

nationale établie auprès des recruteurs en tant que 7 e

meilleure école de France au SIGEM ».

Précision importante : le nombre de places en PGE

restera constant par rapport aux années précédentes,

soit 635 en tout, 515 à Nantes et 120 à Saint-Ouen.

« Nous préservons notre sélectivité et notre excellence

académique », commente Cindy Zawadzki. En 2026, le

concours d’admission Grande École aura lieu à Nantes

pour les deux sites ; les candidats pourront exprimer

leur choix de campus lors de la phase des oraux. Les

places seront alors attribuées en fonction du rang

d’admission au concours. À l’issue de la première

année, tout étudiant pourra profiter de l’implantation

multi-campus d’Audencia et décider de poursuivre ses

études sur le site parisien ou à Nantes, en fonction

de ses souhaits de spécialisations et des modalités

d’enseignements (formation initiale ou apprentissage).

Si l’ancrage d’Audencia sur le territoire d’Ile-de-France

permet à l’école d’être en proximité des sièges sociaux

des grandes entreprises françaises et internationales,

comme Alstom, l’Oréal, Samsung ou encore Nexity, ce

Le pré-master Grande École

ouvrira à la rentrée 2026 à Saint-Ouen,

permettant désormais à un étudiant

de classe préparatoire de réaliser

l’ensemble des trois années

de son cursus sur le site francilien.

9


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PUBLI RÉDAC DÉCEMBRE 2025 N° 90

n’est pas le seul atout. Le PGE de l’école laissant la part

belle à la culture et aux humanités, son implantation

près de Paris ouvre la voie à des collaborations avec

de nouveaux intervenants et à des partenariats inédits

avec de grandes institutions culturelles parisiennes,

tels que les musées. Par ailleurs, Paris bénéficie d’une

forte exposition à l’international et ce nouveau campus

va accroitre la visibilité de l’école auprès des étudiants

étrangers. Mais pas seulement. « Pour les professeurs

internationaux aussi, Paris est très attractif », glisse

Cindy Zawadzki.

Un tout nouveau campus

En septembre 2026, ce sont plus de 1800 étudiants qui

feront leur rentrée au sein du tout nouveau campus

d’Audencia à Saint-Ouen, au pied de la station Saint-

Ouen sur la ligne 14 et celle du RER C : un immeuble

entièrement transformé comptant huit niveaux, dont

six étages, agrémentés de deux terrasses de 350 m 2

et d’un jardin. L’ensemble s’étend sur 7000 m 2 . Un

site qui proposera une offre étoffée de services,

indispensables à la qualité de l’expérience étudiante :

un Career center, des espaces de détente, une salle

© Audencia © Boisserolle / Audencia

Dans ce nouveau campus,

il y aura essentiellement

des salles de cours

pour de petits groupes

favorisant les interactions

avec les professeurs.

© RFstudio

L’Atrium du nouveau campus d’Audencia à Paris - lieu propice à la vie étudiante.

10


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS PUBLI RÉDAC DÉCEMBRE 2025 N° 90

de sport, une médiathèque, des locaux dédiés à la vie

associative et étudiante, un incubateur et une zone

évènementielle de 180 m 2 . Le campus comprendra

également un atrium de près de 200 m 2 , propice aux

échanges et à la vie de l’école. Concernant les salles de

cours, le site en proposera vingt ainsi qu’un amphi de

80 places, dédié à des évènements spécifiques. « Un

nouveau campus offre la possibilité de le façonner

selon nos envies et les attentes des étudiants, qui

ont besoin de bénéficier d’espaces pour travailler,

se rencontrer, s’engager dans des associations.

Ils doivent s’y sentir comme chez eux. Sur le plan

pédagogique, on y retrouve ce qui fait notre spécificité

et la qualité de notre enseignement : des salles pour

de petits groupes favorisant les interactions avec les

professeurs, l’ensemble des cours s’effectuant en

présentiel », détaille Cindy Zawadzki. Sébastien Tran,

directeur général d’Audencia, abonde : « Cette nouvelle

implantation nous a amenés à réfléchir sur le campus

de demain. Dans l’idéal, ce lieu doit refléter le savoir

et la connaissance tout en étant ouvert à des publics

divers. Nous l’imaginons en tout cas comme un lieu

de vie et de socialisation ». L’ouvrir au public, ce sera

par exemple y organiser des expositions d’œuvres

d’art que tout un chacun pourra visiter le week-end

ou des concours de photos, des salons dédiés à l’art

numérique, des conférences... Mais aussi, « en faire

un lieu d’expression des talents des étudiants où ils

pourront faire vivre leurs projets, y compris lancer

leurs aventures entrepreneuriales pour ceux qui le

souhaitent. Nos campus sont aussi pensés pour être

des lieux de fertilisation croisée entre des publics très

différents. Cela passe, par exemple, par la création de

liens intergénérationnels à travers des évènements et

des rencontres », affirme le directeur général.

Un espace moderne et vivant, ouvert sur l’extérieur et

tourné vers le futur, c’est un peu tout cela le nouveau

campus d’Audencia !

« Dans l’idéal, ce lieu doit refléter

le savoir et la connaissance tout en

étant ouvert à des publics divers.

Nous l’imaginons en tout cas comme

un lieu de vie et de socialisation. »

L’un des espaces détentes pour les étudiants du nouveau campus d’Audencia, à Saint-Ouen.

© RFstudio

11


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS DÉCEMBRE 2025 N° 90

L’Edhec : une école à « l’identité

affirmée et à l’ambition renouvelée »

note le Hcéres

« Le rapport d’évaluation de l’Edhec que publie

le Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche

et de l’enseignement supérieur) dresse

un portrait largement positif, soulignant une

« institution solide, dotée d’un modèle économique

singulier, d’une stratégie claire et d’une forte dynamique

d’impact sociétal ». Fondée en 1906, reconnue EESPIG

depuis 2015 et implantée sur cinq campus, l’école

accueille 9 338 étudiants dont 35 % d’internationaux

et affiche une croissance régulière de ses effectifs et

de ses ressources.

Une recherche à impact. L’un des marqueurs majeurs

mis en avant est la capacité de l’EDHEC à transformer

sa recherche en véritable levier financier, notamment

grâce à la vente en 2020 de la spin-off Scientific Beta

pour 200 M€, reversés majoritairement à la fondation

et réinvestis dans de nouveaux projets, notamment

autour de la finance durable. Malgré cette solidité,

le comité alerte sur un « risque de déficit ponctuel

lié à l’augmentation des charges et recommande une

vigilance accrue sur la maîtrise des coûts ».

Si l’école dispose de chaires et centres variés et progresse

dans la qualification du corps professoral,

la stratégie de recherche apparaît dispersée et le

nombre total de publications baisse fortement depuis

2022. Le comité demande une structuration plus claire

des axes de recherche et un suivi plus rigoureux des

performances scientifiques. La politique doctorale,

aujourd’hui limitée au PhD en finance, est jugée « embryonnaire

». Le rapport insiste sur la nécessité d’un

programme doctoral en management, idéalement en

partenariat européen, pour renforcer l’attractivité

académique et l’internationalisation.

Une vie étudiante soutenue. L’école consacre des

moyens importants à la vie étudiante, pilotée par une

direction dédiée de 150 personnes. Services complets

sur les campus, infrastructures sportives, plus de 100

associations, dispositifs d’accompagnement renforcés

pour les étudiants internationaux et ceux en situation

de handicap : autant d’éléments qui contribuent à un

haut niveau de satisfaction

Le pilier DDRS. Le développement durable et la responsabilité

sociétale sont devenus un pilier central

de l’identité de l’EDHEC. L’école dispose d’un schéma

directeur dédié, d’un pilotage rattaché à la direction

générale, d’indicateurs précis, d’un label DD&RS obtenu

en 2023 et d’investissements massifs dans la transition

environnementale des campus (112 M€ sur quatre

ans). Cette politique mobilise largement étudiants,

collaborateurs et associations. Le rapport salue en

particulier l’intégration de la notion de « métier à impact »

dans la formation, même s’il juge nécessaire de mieux

structurer l’orientation de la recherche académique

autour de ces enjeux.

Ancrage territorial et pluridisciplinarité. L’école a

renforcé son ancrage territorial via la Fédération universitaire

et pluridisciplinaire de Lille (FUPL) et l’Université

Côte d’Azur et développe une « politique volontariste

d’hybridation des compétences » : doubles diplômes

en droit, journalisme, mathématiques, ingénierie, et 30

doubles diplômes internationaux concernant environ

300 étudiants. Elle privilégie les coopérations internationales

plutôt que la création de campus à l’étranger,

avec des partenaires accrédités et des réseaux comme

QTEM ou FOME. Le rapport « recommande d’étendre

cette stratégie, notamment vers des doubles diplômes

hors management ».

Une organisation complexe. Malgré des progrès,

l’organisation de l’EDHEC est jugée « complexe ». Une

dépendance excessive à des personnalités-clés, des

responsabilités parfois floues et une transversalité

encore insuffisamment formalisée « créent un manque

de lisibilité et un risque en cas de départs importants,

alors que plusieurs collaborateurs approchent de la

retraite ».

EESPIG ? Oui !

Le HCERES conclut que

l’EDHEC remplit les

conditions de renouvellement

du statut EESPIG. Le rapport

souligne une dynamique

d’amélioration continue, une

identité forte et une stratégie

claire, mais appelle l’école à

consolider son organisation,

sa politique de qualité, sa

recherche et ses liens avec

les entreprises pour soutenir

durablement ses ambitions.

12


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

L’ESSENTIEL DU MOIS

DÉCEMBRE 2025 N° 90

BSB plus que jamais lyonnaise

BSB a inauguré ce 5 novembre 2025 son nouveau

campus lyonnais, au 99 rue du Professeur

Beauvisage (Lyon 8e). Le nouveau campus

réunit trois bâtiments interconnectés et des

espaces modulables « favorisant les pédagogies actives,

la créativité et la vie communautaire ». D’une superficie

de 9 000 m², il est conçu pour accueillir jusqu’à 2 500

étudiants et devenir, aux côtés de Dijon, l’un des deux

pôles majeurs de BSB, avec l’ambition de s’imposer

comme la deuxième business school lyonnaise. Le

site abrite notamment la School of Media, Culture &

Communication, dotée d’espaces immersifs – Creative

Hall, Creative Lab, Design Lab – pour apprendre, créer

et entreprendre.

BSB y déploie une offre complète (Bachelor, Master

Grande École, MSc) ouverte aux doubles diplômes, à

l’alternance et à l’international. L’École revendique un

accompagnement individualisé grâce à Pathfinder, un

dispositif 360° combinant coaching illimité, IA, ateliers

de développement personnel et outils immersifs. Le

LeaderSkills Institute structure l’apprentissage du

leadership autour de neuf compétences clés, tandis que le

One Health Center « consacre le bien-être étudiant comme

un pilier de la réussite académique et professionnelle ».

GEM lance le « Musée des Futurs

Proches »

Les ANEDD deviennent

les Assises de la Transition

Développé depuis plus de dix ans par la

professeure Hélène Michel le « design fiction

» utilise la science-fiction et la créativité

pour « former les étudiants à anticiper

les transformations économiques,

sociales et technologiques ». Aujourd’hui

Grenoble École de Management va plus

loin avec le lancement du « Musée des

Futurs Proches ». À travers des projets

comme le catalogue IKEA du futur, plus

de 250 étudiants internationaux imaginent

des métiers inédits, révélant leurs valeurs

et leur vision du travail de demain. Et le

« design fiction » dépasse le cadre académique

: il est intégré aux programmes

d’Executive Education et inspire aussi les

entreprises locales, telles que BeeAlp, à

repenser leurs innovations.

Le Musée des Futurs Proches, installé

sur le campus grenoblois, est un laboratoire

vivant mêlant art, technologie

et prospective. Sélectionné aux QS Reimagine

Education Awards 2025, il propose

des expositions immersives et des

ateliers collaboratifs. Par cette initiative,

GEM « affirme sa singularité en Europe :

former des leaders capables d’imaginer,

de questionner et de concevoir les futurs

possibles dans un monde en mutation ».

Pour leurs vingt ans, les Assises Nationales du Développement

Durable (ANEDD) de TBS Education deviennent

les Assises de la Transition, un nouveau format immersif

centré sur les grands enjeux sociaux et environnementaux.

Le 21 octobre 2025, 360 étudiants de première

année du Programme Grande École ont ainsi participé

à une simulation de négociation internationale inspirée

des COP. Projetés en 2035, ils ont incarné délégués

de pays, ONG, entreprises ou journalistes, pour expérimenter

les mécanismes complexes d’une négociation

mondiale sur la transition écologique et sociétale. Encadrés

par huit experts et une trentaine de facilitateurs,

ils ont débattu de thèmes tels que la consommation responsable,

la fiscalité carbone, la finance verte ou les modèles

économiques durables, avant de rédiger une déclaration

d’engagement collective. « Cette pédagogie par

l’action permet aux étudiants de développer des compétences

clés en communication, influence, stratégie et

diplomatie, tout en étant sensibilisés aux grands défis

de la transition », remarque Béatrice Chandellier, directrice

de la Transition sociétale à TBS Education. Pionnière

dans l’engagement étudiant depuis la création des

ANEDD en 2007, à l’origine du Réseau Étudiant pour

une Société Écologique et Solidaire (RESES), l’école entend

ainsi « poursuivre sa mission de formation d’acteurs

responsables ».

13


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS L’ESSENTIEL DU MOIS

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Combien d’étudiants en 2025 et 2026 ?

À

la rentrée 2025, 3 027 000 étudiants seraient

inscrits dans l’enseignement supérieur, ce

qui représente une hausse de 0,5% (41 000

étudiants) par rapport à l’année précédente selon

une note flash du SIES. Cette légère croissance « devrait

se poursuivre à la rentrée 2026 (+0,7 %), soutenue par

l’augmentation des inscriptions dans certaines disciplines

universitaires ainsi que dans les écoles de commerce,

les écoles d’ingénieur et les établissements privés ».

La croissance de l’effectif devrait se poursuivre à un

rythme similaire à la rentrée 2026 pour atteindre 3 046 800

étudiants (+19 800). Le nombre d’étudiants augmenterait

dans les universités, malgré une faible baisse en IUT. Selon

le SIES la hausse des effectifs « resterait dynamique

en école de commerce, dans les écoles d’ingénieurs

(hors université) et dans les établissements privés ». Il

n’y a qu’en sections de technicien supérieur (STS) que

l’effectif diminuerait pour la seconde année consécutive,

y compris dans les cursus en apprentissage.

Les universités reprennent des couleurs. Après

les baisses de 2022 (-51 500 étudiants) et 2023 (-28

600) les universités françaises poursuivent la remontée

de leurs effectifs amorcée en 2024 (+24 000 étudiants)

et devraient ainsi en avoir accueilli 8 000 de plus à la

rentrée 2025 qu’à la rentrée précédente (+0,5%). Une

légère hausse du même ordre se profile en 2026 (+6

100, soit +0,4 %).

En licence, l’effectif augmenterait pour la troisième année

consécutive à la rentrée 2025, avec 4 800 étudiants

de plus (+0,5 %). En revanche en 2026, la hausse de

l’effectif de licence serait plus modérée (+2 000, soit

+0,2 %), du fait d’une stagnation des effectifs de néobacheliers

entrant en première année.

Les effectifs universitaires en master (M) continueraient

quant à eux de croître en 2025 (+3 500, soit +0,6 %) et

en 2026 (+4 200, soit +0,7 %).

En revanche la filière des ingénieurs universitaires perdrait

des étudiants en 2025 pour la seconde année consécutive

(-1,8 %) avant de se stabiliser à la rentrée suivante.

En dehors de l’université, les tendances sont

variables selon les filières. En CPGE, l’effectif serait

en légère croissance en 2025 (+500 étudiants, soit +0,6

%), avant de fléchir l’année suivante (-1%).

En STS sous statut scolaire, la baisse de l’effectif

observée depuis 2021 se poursuivrait (-3 500 en

2025 et -1 900 en 2026). En STS sous le régime de

l’apprentissage, les effectifs ont cessé de croître

depuis la rentrée 2024 : la filière perdrait de nouveau

des étudiants à la rentrée 2025 (-2 400, -1,3 %) avant

d’en gagner à nouveau l’année suivante (+1%).

En revanche, la croissance de l’effectif étudiant resterait

dynamique dans les écoles de commerce, de gestion

et de vente, alimentée par la hausse des orientations

post-bac et par la hausse des accès au niveau bac+3

ou en second cycle. Ces établissements accueilleraient

ainsi 8 300 étudiants supplémentaires à la rentrée

2025 (+3,3 %) et encore 7 200 de plus en 2026 (+2,8 %).

Porté par la hausse des orientations en classes préparatoires

scientifiques en 2023 et 2024, l’effectif des

écoles d’ingénieur augmenterait en 2025 et en 2026

(+1,2 % et +2,8 %, soit +6 500 en deux ans).

Variations annuelles des effectifs étudiants

Effectifs prévus dans les classes préparatoires

aux grandes écoles (CPGE)

Effectifs prévus dans l’enseignement supérieur par filière

14


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Léon Laulusa

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE ESCP BUSINESS SCHOOL

Léon Laulusa élu directeur d’école de management de l’année

Élu « directeur de l’année » par

l’Association des professeurs de

classes préparatoires économiques et

commerciales (APHEC) et la rédaction

de « l’Essentiel du Sup », Léon Laulusa,

directeur général d’ESCP Business

School, détaille avec nous ses ambitions

: développer deux nouvelles écoles

(de technologie et de gouvernance),

élargir la gratuité pour certains

niveaux d’études et réinvestir les

excédents au service de l’étudiant et de

l’innovation. Il expose sa vision d’une

institution hybride mêlant management,

technologies émergentes et sciences

politiques, pour anticiper les mutations

de l’éducation à l’ère de l’intelligence

artificielle.

Olivier Rollot : Dans le plan stratégique que

vous avez dévoilé cette année vous parlez de

transformer ESCP en « première Université

Européenne de Management » avec trois

écoles. Pouvez-vous expliciter cette

ambition ?

Léon Laulusa : Permettez-moi d’abord de remercier

Aphec et l’Essentiel du Sup pour cette distinction,

qui reconnaît avant tout le formidable travail de notre

communauté ESCP. Nous allons compléter notre école

de commerce par deux nouvelles entités : une École de

Technologie et une École de Gouvernance. L’objectif est

d’hybrider le management avec les technologies émergentes,

d’une part, et les affaires publiques/diplomatie,

d’autre part et d’offrir la première Université européenne

de Management. ESCP est déjà Université en Allemagne

et en Italie, Grande École en France, Grand Établissement

en Espagne. Au Royaume-Uni, nous délivrons en propre

des diplômes britanniques et j’ai eu l’honneur d’en signer

pour la première fois cette année.

O. R : Comment seront organisés ces

nouveaux programmes ?

L. L : Ils reposeront sur le modèle tournant multi-campus

: plusieurs lieux, plusieurs temps, qui est l’ADN de

ESCP. L›École de Technologie ne sera pas une école

d’ingénieurs mais un cursus mixte 50 % management /

50 % technologie avec des fondamentaux comme les

maths, le codage, la physique, etc. L’École de Gouvernance

intégrera les enseignements de géopolitique, stratégie

et affaires publiques.

O. R : Quels effectifs professoraux prévoyezvous

pour ces trois écoles ?

L. L : D’ici 2030, pour l›École de commerce, nous visons

300 professeurs. Pour l݃cole de Technologie, 50 professeurs

; pour l’École de Gouvernance, 20 professeurs.

O. R : Autre sujet de développement pour

ESCP : quelle est la logique de l’« Extension

School » que vous venez de lancer ?

L. L : Elle vise un public que nous ne servions pas suffisamment

: cadres intermédiaires, professionnels en

reconversion. Nous proposons des dispositifs certifiants,

des blocs de compétences (titre RNCP niveau 7), des

programmes modulaires (100–150 h) autour de thèmes

comme la transition écologique, l’IA, l’entrepreneuriat.

Ces formations exigeantes sont dispensées sur 8 mois,

essentiellement en ligne, pour 4 850 €. Elles sont conçues

pour être accessibles, modulaires, hybrides.

15


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Léon Laulusa reçoit son

trophée de « directeur

d’école de management »

de l’année des mains de

Sébastien Vivier-Lirimont

et Olivier Rollot

Un destin exceptionnel

TECHNOLOGIE, IA ET HYBRIDATION DES

COMPÉTENCES

O. R : Vous intégrez les technologies

émergentes au cœur de l’offre. Comment ?

L. L : Nous proposons déjà un master Business Analytics,

un institut tech / deep tech, et près de 40 professeurs

travaillent sur les sujets d’IA, blockchain, cybersécurité,

robotique. L݃cole de Technologie viendra formaliser

cette expertise dans un cursus structuré.

O. R : Vous parlez d’un passage de

l’interdisciplinarité à l’hybridation. Que

voulez-vous dire ?

L. L : L’interdisciplinarité consiste à croiser des perspectives.

L’hybridation, c’est créer des compétences

nouvelles, au croisement de disciplines — management

+ technique + géopolitique. Avec l’IA, il faudra apprendre

à apprendre, apprendre à désapprendre et apprendre

à réapprendre : ce n’est plus une expertise unique mais

une navigation permanente entre compétences.

MODÈLE NON LUCRATIF ET RÉINVESTISSEMENT SOCIAL

O. R : Quelle est la nature juridique de

l’ESCP et comment cela influence-t-il votre

stratégie financière ?

L. L : ESCP est un établissement d’enseignement supérieur

consulaire (EESC) avec une mission d’intérêt général :

privé mais à but non lucratif. Tous les excédents sont

réinvestis dans l’expérience étudiante, les bourses sociales,

les investissements immobiliers ou technologiques.

O. R : Vous annoncez un objectif total de

10 millions d’euros de bourses versés

par l’école à ses étudiants. Pouvez-vous

préciser ?

L. L : Depuis 2021, nous avons rendu gratuits les échelons

CROUS 4 à 7 pour notre programme grande école. À partir

de septembre 2026, nous allons étendre cette gratuité

de l’échelon 2 à 7, ce qui représente une contribution

supplémentaire significative, entièrement réinvestie

pour l’ouverture sociale.

PRÉPAS, INCLUSION ET RECRUTEMENT

O. R : Quel avenir ont les classes

préparatoires dans votre stratégie ?

L. L : Les prépas jouent un rôle essentiel dans le développement

des compétences génériques : esprit critique,

discernement, synthèse, concentration, résilience. Nous

allons renforcer les dispositifs pour les élèves boursiers et

les lycéens : accueil, préparation aux entretiens, soutien

méthodologique, développement de la confiance en soi

et également consolidation des savoirs fondamentaux

pour des lycéens.

O. R : Accordez-vous des « bonus » ou une

discrimination positive dans les admissions ?

L. L : Nous n’offrons pas de bonus en tant que tels. Mais

pour les élèves boursiers, nous offrons des programmes

de coaching dédiés aux élèves boursiers pour les aider

à révéler tout leur potentiel. Les valeurs qui guident

ESCP sont claires : Inclusion, Diversité, Excellence et

Mérite (IDEM).

© Agathe Foubert

Léon Laulusa a été élu

« Directeur de l’année »

par l’Association des

professeurs de classes

préparatoires économiques et

commerciales (APHEC) et la

rédaction de « l’Essentiel du

Sup ». Son trajet exceptionnel

c’est celui d’un enfant

réfugié des conflits en Asie

du Sud Est qui arrive en

France à 8 ans et franchit

encore toutes les étapes de

l’excellente académique

jusqu’à la direction générale

de ESCP en 2023. Relisez

son portrait sur le blog

de l’Essentiel du sup.

16


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN DÉCEMBRE 2025 N° 90

RECHERCHE, CHAIRES ET PARTENARIATS

O. R : Aujourd’hui les établissements

d’enseignement supérieur sont à la

recherche de nouvelles ressources. Quelle

est votre stratégie en matière de recherche

et de chaires ?

L. L : Nous disposons d’une quarantaine d’entités de

recherche, dont nos 5 Instituts LIGhTS (Leadership,

Innovation, Géopolitique, Technologique et Soutenabilité)

et auxquels viendra s’ajouter un sixième, dédié aux

humanités. Nous en lançons de nouvelles : par exemple,

une Chaire sur la transformation digitale pour un impact

durable avec Schneider Electric, ou une Chaire sur la

mobilité du futur en partenariat avec Sixt. Enfin, nous

créons une nouvelle École du Leadership de Paris, aux

côtés de Jean-Pierre Raffarin, Henri Giscard d’Estaing et

Philippe Houzé afin de faire émerger une véritable école

de de pensée française et européenne du leadership.

O. R : Quel rôle pour les étudiants dans la

recherche ?

L. L : Nous voulons qu’ils soient des « apprentis-chercheurs

» : l’entreprise apporte un cas concret et les

étudiants aident l’entreprise à développer des solutions,

avec l’appui de leurs professeurs.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, PÉDAGOGIE

ET SINGULARITÉ HUMAINE

O. R : Quelle relation voulez-vous établir

entre les IA et les pédagogies ?

L. L : L’IA est un outil augmenté. Elle peut automatiser

des tâches répétitives (résumés, organisation, gestion

de données). Mais l’humain conserve la décision, le

discernement, l’intelligence situationnelle. ESCP vise

à enseigner à penser hors des normes, agir dans le

non conventionnel, tout en respectant les contraintes

réglementaires ou budgétaires.

O. R : Pensez-vous que les outils en ligne

remplaceront les enseignements sur site ?

L. L : Non. Certains apprentissages incarnés (interaction,

ressenti, débat) ne peuvent se réduire au digital.

L’hybridation (cours asynchrones, synchrones, distanciels,

moments en présentiel) est plus raisonnable.

L’intelligence situationnelle, interculturelle, ne peut pas

être entièrement captée par une IA.

PROJECTIONS ET CONVICTIONS

O. R : Quelles grandes tendances voyezvous

pour les 20 prochaines années dans

l’enseignement supérieur ?

L. L : Je prédis qu’il n’y aura plus de barrières entre

écoles de commerce et écoles d’ingénieurs : l’IA exige

qu’on comprenne en profondeur les modèles techniques

et qu’on acquière la capacité à s’adapter constamment.

Nous passerons d’un modèle en T — une spécialisation

verticale reposant sur des compétences générales — à

un modèle en W, caractérisé par des cycles successifs

d’apprentissage et de de multi-spécialisations.

O. R : Un mot pour conclure ?

L. L : Notre projet est dicté par la conviction que l’éducation

doit évoluer. Il faut massifier l’accès à l’excellence,

hybrider les compétences, anticiper les disruptions

technologiques. Si tout se passe comme prévu, ESCP

deviendra une université européenne de management

réinventée — pour servir ses étudiants et la société.

© ESCP BS

Des étudiants de

l’ESCP à Londres

17


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Continuum :

place aux oraux !

Les professeurs de classes préparatoires EC,

les directions des programmes grandes écoles (PGE)

des grandes écoles de management et des concours

Ecricome et BCE ainsi que des étudiants issus de CPGE

se sont à nouveau réunis sur le campus Nantes Atlantic

d’Audencia ce vendredi 5 décembre à l’occasion

de la 8 e édition du Continuum CPGE-GE organisé

conjointement par HEADway Advisory, l’APHEC

et Audencia.

Charlotte-DEFARGES

18


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Les IA riment-elles avec

prépas ?

La journée s’est déroulée en deux

temps forts. Une première partie

était consacrée à ateliers en

groupe pour discuter de sujets

d’importance pour la filière. La

seconde s’est concentrée autour d’un

débat rassemblant plusieurs personnalités

avec pour thématique : les oraux.

DES ATELIERS POUR IMPULSER

LE CHANGEMENT ET INNOVER

Cette année, les participants ont été

amenés à réfléchir à 8 thématiques :

• Oraux de motivation : comment préparer

les élèves à des oraux de plus en plus

différenciés ?

• Quels sont les enjeux et les risques

d’intégrer l’IAg dans nos pratiques pédagogiques

?

• Peut-on encore enseigner sans l’IA ?

Comment évaluer les étudiants à l’ère

de l’IA ?

• Comment augmenter encore la diversité

sociale dans les classes préparatoires

EC ?

• Comment éviter que les classes préparatoires

deviennent une voie pour un

nombre restreint d’écoles avec un risque

sur la filière à court/moyen terme ?

• Apprentissage des langues : mieux

coordonner leur enseignement et les

épreuves des concours

• Quelle identité et valeur souhaite-t-on

donner au continuum et à la filière dans

le paysage français et international de

l’enseignement supérieur ?

• Comment favoriser la transition entre

classe préparatoire et grande école

pour éviter un sentiment de rupture

ou déceptif ?

Les ateliers du Continuum réunissent

professeurs, directions de programme et

étudiants issus de CPGE pour échanger

leurs perspectives sur les classes préparatoires.

Cette année encore, les thèmes

abordés ont suscité des réflexions utiles

pour l’avenir de la filière. Les étudiants

présents dans chaque groupe ont fait part

des conclusions et solutions proposées

à l’ensemble des participants.

Atelier n°1 : oraux de motivation :

comment préparer les élèves a des

oraux de plus en plus différenciés ?

Constat : Les oraux de motivation sont de

plus en plus variés, mais les candidats et

les professeurs manquent de ressources

centralisées et de préparation adaptée.

Solutions proposées :

• Centraliser et formaliser la diffusion

des informations sur les oraux via des

rapports et des réunions annuelles.

• Impliquer davantage les anciens CPGE

et les professeurs dans la préparation,

notamment par l’observation ou la participation

aux jurys.

Atelier n°2 : Quels sont les enjeux

et les risques d’intégrer l’IAg dans

nos pratiques pédagogiques ?

L’intégration de l’IA générative dans l’enseignement

présente des opportunités

majeures :

• Soutenir les enseignants et clarifier

les usages.

Alain Joyeux et Olivier Rollot

ouvrent la journée

Directeur de l’année :

Léon Laulusa

Avant que les participants se

réunissent pour les ateliers,

la matinée a été marquée

par la remise du Trophée du

Directeur de l’année à Léon

Laulusa, directeur général

de l’ESCP Business School.

Cette distinction salue son

leadership, son engagement

en faveur du modèle prépa–

grande école et la dynamique

institutionnelle portée au

sein d’ESCP Business

School, tant en matière

d’innovation pédagogique

que de développement

international. À travers ce

trophée, HEADway Advisory

et l’APHEC entendent mettre

en lumière les directeurs et

directrices qui contribuent

activement à renforcer la

continuité entre les classes

préparatoires et les grandes

écoles de management, ainsi

qu’à soutenir l’attractivité de

la voie ECG. Alors qu’il était

absent pour accompagner le

voyage présidentiel en Chine,

le trophée a été remis en

main propre à Léon Laulusa

le 3 décembre, en amont du

Continuum CPGE-GE.

Charlotte-DEFARGES

19


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

DOSSIER DÉCEMBRE 2025 N° 90

• Encourager l’autonomie et l’esprit critique

des étudiants.

• Utiliser l’IA comme outil d’entraînement,

tout en préservant le rôle de l’école

comme lieu de réflexion.

Mais elle comporte aussi des risques :

• Diffusion d’informations erronées si

les sources ne sont pas contrôlées.

• Perte d’appropriation des contenus et

compétences superficielles.

• Dépendance à l’IA et affaiblissement

du contrôle continu.

L’IA générative est un outil puissant pour

l’apprentissage, à condition de définir

ses usages et de préserver l’autonomie

intellectuelle et la qualité de l’évaluation

pour tous les acteurs.

Atelier n°3 : Peut-on encore enseigner

sans l’IA ? Comment évaluer

les étudiants à l’ère de l’IA ?

Constats : L’usage de l’IA par les étudiants

est devenu automatique, souvent sans

recul critique, ce qui homogénéise et

appauvrit les productions. Cependant,

en CPGE, l’IA est surtout utilisée pour

les matières jugées secondaires, soulevant

des questions sur l’évaluation et

l’harmonisation des corrections.

Recommandations :

• Former les étudiants à un usage raisonné

de l’IA : savoir prompter, analyser les

résultats, et apporter une valeur ajoutée.

• Adapter les évaluations : privilégier

l’oral, le papier, et évaluer la capacité

à juger une production IA.

l’orientation) : Élargir le vivier via une

meilleure information et la mobilisation

d’anciens boursiers.

• En interne : Transformer la prépa en

favorisant le tutorat, l’ouverture à des

profils variés et la valorisation des prépas

généralistes.

• En aval (au niveau des Grandes écoles) :

Renforcer l’intégration en grandes

écoles par des dispositifs d’aide, la

gratuité, et une meilleure communication

sur les bourses.

Atelier n°5 : Comment éviter que les

classes préparatoires deviennent

une voie pour un nombre restreint

d’écoles avec un risque sur la filière

à court/moyen terme ?

Cette thématique avait particulièrement

été plébiscitée par les participants à

l’événement. Deux groupes avaient été

composés, les participants ont choisi

de travailler ensemble.

Constats :

• Les classes préparatoires offrent un

parcours très sécurisé (95% obtiennent

un master), avec une forte réputation

et un bon retour sur investissement.

• La publication des classements SIGEM

et la communication médiatique posent

question.

• Besoin d’améliorer la coordination pédagogique

et l’évolution des concours.

Enjeux et recommandations :

• Responsabiliser les écoles du top 5

pour défendre la filière.

Atelier n°4 : Comment augmenter

encore la diversité sociale dans les

classes préparatoires EC ?

Constats : Il y a une sous-représentation

des milieux populaires et des lycéens

étrangers en CPGE EC. Le groupe de

travail constate aussi un manque d’information

dans les lycées de province.

L’enjeu est de promouvoir l’égalité des

chances, la diversité des talents et l’attractivité

du modèle français en agissant sur

l’orientation, la transformation interne des

prépas et l’intégration en grandes écoles.

Solutions proposées :

• En amont (au niveau des lycées / de

Un groupe de travail

Charlotte-DEFARGES

20


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

DOSSIER DÉCEMBRE 2025 N° 90

• Augmenter raisonnablement le nombre

de places.

• Valoriser la diversité des parcours et

des écoles dans les médias.

Atelier n°6 : Apprentissage des

langues : mieux coordonner leur

enseignement et les épreuves des

concours

Constats : Le niveau de langues des

étudiants en prépa baisse, l’hétérogénéité

progresse, et les épreuves des concours

ne sont pas adaptées. L’enseignement

des langues est souvent négligé.

Recommandations :

• Élargir le panel des épreuves écrites

à la BCE et mieux distinguer les profils

ECG et ECT.

• Orienter les épreuves vers des enjeux

contemporains (géopolitique, actualité).

• Mettre en place un barème de correction

plus précis pour limiter les écarts de

notation.

• Associer les professeurs de CPGE à

la conception et à la correction des

épreuves.

• Actualiser l’épreuve orale de l’IENA

pour mieux refléter les compétences

attendues.

Atelier n°7 : Quelle identité et valeur

souhaite-t-on donner au continuum

et à la filière dans le paysage français

et international de l’enseignement

supérieur ?

Valeurs et identités des CPGE :

La filière souhaite promouvoir des valeurs

fortes : travail, exigence, sérieux,

pour former les acteurs de la société

de demain.

L’accompagnement des étudiants s’étend

sur 5 ans, avec une reconnaissance

croissante des écoles et des élèves à

l’international.

Recommandations :

• Les écoles doivent clarifier leur identité,

valoriser les oraux comme atout pour

les candidats, mieux communiquer sur

la diversité des débouchés et préserver

la visibilité du PGE.

• Les classes préparatoires souffrent

encore du stigmate lié au classement

des écoles ; il est nécessaire de garantir

une représentation équilibrée de toutes

les écoles.

• Les médias doivent offrir une représentation

plus équilibrée et diversifiée

de la filière.

Atelier n°8 : Comment favoriser la

transition entre classe préparatoire

et grande école pour éviter un

sentiment de rupture ou déceptif ?

Constat : La transition entre la classe

préparatoire et la grande école génère

un sentiment de rupture, principalement

dû à trois mutations :

• Changement de rythme de travail : le

nombre d’heures de cours est divisé

par deux et les évaluations diminuent,

ce qui donne l’impression de « moins

travailler ».

• Évolution des disciplines : passage des

arts libéraux à visée humaniste en prépa

vers des techniques de management à

visée opérationnelle en école.

• Transformation du cadre : de la

contrainte de la prépa (préparation

aux concours) à la liberté de la grande

école (préparation à la vie active avec

de nombreux choix).

Solutions proposées : Pour accompagner

cette transition et limiter le sentiment

de rupture, plusieurs propositions sont

Un large groupe de travail

s’est consacré à la question

«Comment éviter que

les classes préparatoires

deviennent une voie pour

un nombre restreint d’écoles

avec un risque sur la filière

à court/moyen terme ?»

Charlotte-DEFARGES

21


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER

DÉCEMBRE 2025 N° 90

avancées :

• Intégrer des disciplines transversales

dans les enseignements pour développer

des compétences « T Shape ».

• Faire du premier semestre un temps

de transition avec des stages et des

expériences de terrain pour donner

du sens aux études de management.

• Organiser une semaine de transition

en CPGE avant les vacances de Noël.

• Rendre visibles les compétences acquises

en école grâce à un mapping,

afin de donner du sens au parcours.

• Cocréer un narratif du continuum qui

valorise à la fois les éléments de continuité

et de discontinuité.

DEBAT : « LES ORAUX DANS

TOUS LEURS ETATS »

L’après-midi se poursuit par un débat

sur la thématique fil rouge de la journée

« Les oraux ». Olivier Rollot, animateur

de ce débat a réuni autour de la table :

• Joël Bianco, Président de l’APLCPGE

• Alain Joyeux, Président de l’APHEC et

professeur de CPGE

• Pierre Saint Ouen, Associé d’ETHIS et

Alumni GE d’Audencia (excusé)

• Sébastien Tran, Directeur général Audencia

Business School

• Gwenaelle Valenta, RRH Grand Ouest –

RYDGE et Alumni GE engagée d’Audencia

Alors que les concours des grandes

écoles évoluent, l’oral s’impose comme un

terrain d’innovation et de questionnement.

Entre montée en puissance des soft skills,

usage croissant de l’intelligence artificielle

et nouveaux modes de communication,

candidats et jurys doivent repenser leurs

pratiques pour préserver l’équilibre d’un

modèle en pleine mutation.

Diversification des oraux : opportunité

ou fardeau ?

Pour Alain Joyeux, la diversité des formats

génère un stress considérable et

pousse les prépas à concentrer leurs

efforts sur les écoles les plus prestigieuses.

Il déplore également « le manque

d’homogénéité des jurys au sein d’une

même école ». À l’inverse, Sébastien Tran,

défend cette différenciation comme un

« choix stratégique reflétant l’identité des

établissements, citant l’importance des

humanités, notamment chez Audencia ». Il

propose toutefois de mieux communiquer

sur les compétences communes évaluées

– écoute active, aisance oratoire – afin

de réduire la pression.

Des étudiants faisant

la restitution de leur

groupe de travail

Charlotte-DEFARGES

22


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DOSSIER DÉCEMBRE 2025 N° 90

Hugues Content, directeur des admissions

et concours de l’Edhec qui fera

évoluer ses oraux en 2027, interpellé par

Olivier Rollot, rappelle que « l’évolution

des oraux vise à enrichir l’évaluation et

à offrir davantage de liberté aux candidats,

en réponse à l’impact croissant de

l’intelligence artificielle ».

Préparation et attentes des jurys

Alain Joyeux estime que les élèves de

prépa « ne sont pas trop formatés, les

écoles valorisant désormais la spontanéité

». Il pointe cependant l’ambiguïté

de la « projection professionnelle », jugée

irréaliste pour des jeunes de 19 ans

n’ayant pour la plupart aucune expérience

professionnelle.

Joël Bianco, observe de son côté une

« nette amélioration des compétences

orales grâce au Grand Oral du bac, qui

favorise structuration et incarnation du

discours ».

Gwenaelle Valenta, ancienne étudiante

d’Audencia devenue RRH, compare l’oral

de motivation à un entretien de recrutement

où l’adéquation des valeurs est

déterminante. Sébastien Tran assure

enfin que les jurys sont « briefés pour ne

pas pénaliser les candidats sans projet

défini », mais regrette que certains, par

mimétisme, « présentent des parcours

stéréotypés ».

Gwenaelle Valenta rappelle que le recrutement

s’est diversifié avec des formats

en ligne, où « l’observation du savoir-être

reste essentielle ».

Biais sociaux et égalité des chances

Sébastien Tran reconnaît la difficulté de

préparation des oraux pour les professeurs

de prépas mais plaide pour des

grilles d’évaluation précises et multi-critères.

Joël Bianco et Gwenaelle Valenta

estiment que l’oral centré sur l’interaction

et l’accès démocratisé à l’information

peuvent réduire les inégalités. Wilfried

Sand, Directeur académique du PGE de

l’Essec et Brice Rabourdin, Directeur

Exécutif Développement Grande Ecole de

HEC Paris observent quant à eux que

« les candidats boursiers, souvent moins

formatés, surperforment aux oraux de

personnalité grâce à l’authenticité de

leur discours ».

En conclusion, Alain Joyeux appelle à

une collaboration étroite entre prépas et

écoles : « Nous sommes dans le même

bateau face aux défis, notamment démographiques

». Sébastien Tran insiste

sur « l’urgence de décisions collectives

pour que la filière maîtrise son destin

et espère voir émerger des pistes

concrètes ».

Fanny Bole du Chomont

Le débat réunissait Sébastien

Tran, directeur général

d’Audencia, Alain Joyeux,

président de l’Association

des professeurs de classes

préparatoires économiques

et commerciales (APHEC),

Gwenaelle Valenta,

RRH Grand Ouest –

RYDGE et Alumni GE

engagée d’Audencia et

Joël Bianco, président de

l’APLCPGE (Association

des proviseurs de lycées

à classes préparatoires

aux grandes écoles)

autour d’Olivier Rollot.

L’impact de la digitalisation et de l’IA

La généralisation de la communication

à distance inquiète Sébastien Tran, qui

« redoute une perte du non-verbal ». Il

souligne que l’IA est déjà utilisée par les

étudiants via des simulateurs et pousse

les écoles à renforcer le poids de l’oral.

Alain Joyeux et Joël Bianco se montrent

plus confiants, soulignant l’agilité des

jeunes à passer du numérique au présentiel.

Annelaure Oudinot – présente dans l’assistance-,

directrice du PGE de GEM-Alpine

Business School (ex-Grenoble école de

management) partage une expérience

positive avec l’outil « Virtual Speech »,

Charlotte-DEFARGES

23


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Sébastien Tran

DIRECTEUR GÉNÉRAL D’AUDENCIA BS

« Nous avons réalisé la meilleure rentrée

de l’histoire d’Audencia »

Audencia signe la meilleure rentrée de

son histoire dans un contexte de forte

incertitude : concurrence exacerbée,

alternance sous tension, IA générative

qui bouscule les pédagogies… Tout

en accélérant à Paris, l’école lance

un nouveau plan stratégique et une

nouvelle entité, Audencia School

of Public and International Affairs

(ASPIA), pensée comme un pont entre

management, affaires publiques et

relations internationales. Entretien

avec son directeur général, Sébastien

Tran, qui revient sur ces choix tout en

s’interrogeant sur la responsabilité

citoyenne des écoles de management.

UNE RENTRÉE RECORD DANS UN CONTEXTE

TENDU

Olivier Rollot : Comment s’est déroulée la

rentrée 2025 d’Audencia ?

Sébastien Tran : La rentrée s’est très bien passée,

dans un contexte pourtant très concurrentiel et très

incertain, comme pour beaucoup d’écoles. Nous avons

réalisé la meilleure rentrée de l’histoire d’Audencia avec

environ 3 200 nouveaux étudiants sur l’ensemble de nos

programmes, et un très beau succès à Paris.

O. R : Le marché reste pourtant sous

pression…

S. T : On observe une intensification très nette de la

concurrence. En parallèle, les familles sont beaucoup

mieux informées. Le travail mené par les écoles, les

salons, les médias, les organisations professionnelles

a contribué à clarifier le paysage. Les parents restent

très inquiets pour l’avenir de leurs enfants, d’autant qu’on

entre dans un cycle plus compliqué sur l’emploi : quand

l’économie se resserre, l’attention portée à la qualité de

la formation et de l’accompagnement augmente.

PARIS, NOUVEAU PILIER DU PROGRAMME

GRANDE ÉCOLE

O. R : Vous parliez de Paris. Vous allez y

ouvrir le PGE sur ses trois années.

S. T : Jusqu’ici, nous proposions déjà le M1 et M2 du

PGE à Paris. Il nous a semblé naturel d’y ouvrir aussi

la première année du PGE, 100 % dédiée aux classes

préparatoires. L’idée, c’est un continuum de trois ans

cohérent, comme à Nantes, avec 120 places à la rentrée

2026, sans augmenter le nombre de places globales sur

la voie prépa EC pour privilégier toujours la sélectivité.

L’Île-de-France concentre de nombreuses classes

préparatoires et beaucoup de candidats. Pour certains,

rester à Paris est déterminant, tant pour le choix de

l’école que pour l’accès aux stages et à l’apprentissage.

Et puis 25 % de nos alumni sont en Île-de-France, tout

comme de nombreux sièges sociaux avec lesquels nous

travaillons via nos chaires de recherche, les bourses

ou les projets étudiants. Paris est aussi un atout en

visibilité à l’international.

Intégrer le campus

de Paris d’Audencia

Le concours d’admission

Grande École aura lieu

à Nantes pour les deux

sites. Les candidats pourront

exprimer leur choix de

campus lors de la phase des

oraux, post-admissibilité. Les

places seront attribuées en

fonction du rang d’admission

au concours. A l’issue de

la première année, tout

étudiant pourra décider de

poursuivre sur le campus

parisien, ou à Nantes, en

fonction de ses souhaits de

spécialisations et de modalité

d’enseignement (formation

initiale ou apprentissage).

Audencia BS

24


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Le nouveau campus

d’Audencia à Saint-Ouen

Le nouveau campus

parisien

O. R : Où en êtes-vous sur le campus de

Saint-Ouen ?

S. T : Notre campus « définitif » est au pied de la ligne 14

et du RER C, fait 7 000 m², avec une grande agora, une

salle de sport, un amphithéâtre (non dédié aux cours

mais à des événements de rentrée, etc.), des espaces

de travail, deux un rooftops avec vue sur Montmartre et

un espace jardin. Nous le remettons aux normes ERP et

l’agençons pour qu’il réponde parfaitement aux besoins

de nos étudiants, et ouvrirons ce site complètement

reconfiguré en 2026.

O. R : Combien d’étudiants visez-vous à Paris

?

S. T : Nous avons environ 1 500 étudiants à Paris pour

la rentrée 2025. D’ici deux à trois ans, nous visons entre

2 000 et 2 300 étudiants, avec des mobilités entre Paris

et Nantes, mais aussi entre nos deux écoles parisiennes

: Audencia Business School et notre future école en affaires

publiques et internationales. Certains programmes

existent à Nantes et Paris, comme notre Bachelor, ou le

programme Grande Ecole, d’autres seront plus ancrés

dans leur territoire, en lien avec les partenaires locaux.

UNE PREMIÈRE ANNÉE 100 % RESERVEE

AUX ELEVES DE PRÉPAS

S. T : Nous voulons nous inscrire pleinement dans

la logique LMD et dans la continuité avec les classes

préparatoires, qui sont un marqueur très fort. Avoir

une cohorte homogène sur le pré-master nous permet

d’aligner les contenus avec leurs compétences :

fort niveau en mathématiques, en culture générale, en

humanités. On peut proposer des cours et des électifs

très exigeants sur ces dimensions, difficiles à offrir dans

une promotion aux profils très hétérogènes.

O. R : Cela passe aussi par des profils

enseignants spécifiques ?

S. T : Oui, par exemple nous travaillons beaucoup avec

le professeur de prépas Frédéric Brétécher, en charge

des humanités et de la culture générale à Audencia dès

la première année. C’est un atout majeur pour nourrir

la réflexion et le sens critique, ce qui est essentiel dans

un monde complexe.

STOA 2030 : PLURIDISCIPLINARITÉ ET

NOUVELLE ÉCOLE

O. R : Votre nouveau plan stratégique STOA

2030 arrive dans un paysage très chargé

en plans stratégiques. Qu’est-ce qui vous

distingue ?

S. T : Il y a effectivement une inflation de plans stratégiques,

parce que les écoles font face à des transformations

géopolitiques, réglementaires et concurrentielles

inédites, sur un marché désormais mature démographi-

© Audencia BS

Les étudiants qui intégrerons

Audencia à Paris cette

année rejoindront le

nouveau campus d’Audencia

situé à Saint-Ouen, au pied

de la station Saint-Ouen sur

la ligne 14 et celle du RER

C. Cet immeuble entièrement

transformé de 7 000 m2

compte 8 niveaux, dont 6

étages, agrémentés de 2

terrasses de 350 m² et d’un

jardin. Le campus comprend

20 salles de cours, afin de

maintenir un enseignement

uniquement en classe, et

un amphi de 80 places.

O. R : Vous basculez la première année de

PGE en 100 % prépa. Pourquoi ce continuum

est-il si important ?

25


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN DÉCEMBRE 2025 N° 90

quement. Nous avons voulu proposer quelque chose de

très structuré, concret, avec des marqueurs lisibles pour

les familles et les étudiants. Et au cœur de ce plan, il y

a la multi-disciplinarité.

O. R : C’est déjà l’ADN d’Audencia, non ?

S. T : Oui. Nous avons été précurseurs dans cette offre

multi-disciplinaire pour nos étudiants depuis plus de 20

ans, donc nous travaillons depuis longtemps avec d’autres

disciplines : l’École de Design Nantes Atlantique, Centrale

Nantes, les Beaux-Arts, le droit, SciencesCom, Gaïa… À

l’international, nos partenaires ne sont pas uniquement

des business schools : New York Film Academy, College

of Liberal Arts de CityU, etc. Les étudiants choisissent

Audencia aussi pour cette approche multidisciplinaire

et internationale.

O. R : La grande nouveauté, c’est la

nouvelle école Audencia School of Public

and International Affairs. Quel est son

positionnement ?

S. T : Audencia School of Public and International Affairs

combine trois piliers : management, sciences politiques

et géopolitique/relations internationales. Nous ne cherchons

pas à « copier » Sciences Po, mais à proposer

un cursus avec une forte coloration internationale, des

expatriations et stages obligatoires, des doubles diplômes

avec des partenaires en dehors du management, et

des cas concrets, par exemple sur des partenariats

publics-privés en Chine ou en Amérique du Sud.

O. R : L’école sera accessible en formation

initiale ?

S. T : Oui. L’ambition est de construire un schéma

classique Bachelor + Master (3+2), avec possibilité de

doubles diplômes avec les autres écoles d’Audencia,

y compris la Grande École ou SciencesCom. À terme,

l’école restera de taille maîtrisée, autour de quelques

centaines d’étudiants, avec un niveau de sélectivité élevé.

CAMPUS COLLABORATIFS :

L’INTERNATIONAL SANS IMMOBILIER

O. R : Vous parlez souvent de « campus

collaboratifs » à l’international. De quoi

s’agit-il exactement ?

S. T : Un campus collaboratif, c’est d’abord un cursus

co-construit avec un partenaire étranger, spécifiquement

pour les étudiants d’Audencia, et des espaces dédiés, du

staff local, parfois des professeurs permanents. C’est

aussi un ancrage territorial fort : visites d’entreprises,

immersion culturelle, projets avec des ONG au Brésil

sur l’Amazonie, par exemple.

O. R : Pourquoi ne pas avoir vos propres

campus à l’étranger ?

S. T : Pour des raisons de risque et d’agilité. Nous ne

voulons pas immobiliser du capital dans des bâtiments à

l’international. L’exemple de la Russie montre à quel point

un environnement peut se fermer du jour au lendemain.

Avec des campus collaboratifs, nos étudiants profitent

Des étudiants sur le campus

nantais d’Audencia

Audencia BS

26


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN DÉCEMBRE 2025 N° 90

Un espace de travail et

de détente du campus

nantais d’Audencia

Audencia BS

directement du fort ancrage de nos partenaires, de

leurs relations entreprises et alumni déjà très établies,

et ils évoluent dans un environnement multi-culturel,

sans être uniquement entre Français. Enfin, il est plus

simple de se désengager si nécessaire, tout en restant

très présents grâce à de bons partenaires académiques

et économiques.

O. R : Cela répond aussi à la question des

visas dont on peut se demander s’ils seront

toujours autant délivrés en France auprès

des étudiants internationaux ?

S. T : Personne ne sait exactement quelle sera la politique

française de délivrance de visas en 2027. Développer

des parcours Audencia sur d’autres territoires est une

manière de diversifier nos risques, mais aussi d’aligner

notre stratégie sur celles d’universités étrangères qui,

elles, délivrent déjà leurs diplômes via des campus hors

de leur pays d’origine.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : ÉVALUER

AUTREMENT, PENSER LES COMPÉTENCES

O. R : Concrètement, l’IA change quoi pour

une école comme la vôtre ?

S. T : Trois choses au moins. D’abord, l’évaluation :

comment mesurer réellement les compétences, à l’écrit

comme à l’oral, quand l’IA peut intervenir en amont ? Ensuite,

l’usage : la clé n’est pas seulement d’écrire un bon

prompt, mais de savoir quelle IA utiliser, à quel moment

et pour quelle tâche, en comprenant ses forces et ses

limites. Enfin, l’anticipation : nous formons des étudiants

trois ou quatre ans avant leur entrée sur le marché du

travail, alors que les entreprises elles-mêmes n’ont

pas encore stabilisé leurs référentiels de compétences

autour de l’IA.

O. R : Vous ne voyez donc pas l’IA comme une

menace pour les écoles ?

S. T : Je ne crois absolument pas à « la fin des écoles »

qu’on évoque parfois aujourd’hui à cause de l’IA. Au

contraire, elle va valoriser les établissements capables

de travailler sérieusement les fondamentaux : esprit

critique, capacité d’interprétation, compréhension des

modèles. La différence se fera entre ceux qui savent

faire dialoguer plusieurs IA, contextualiser les résultats,

les confronter au réel… et les autres.

UNE RESPONSABILITÉ CITOYENNE

O. R : Qu’est-ce qui vous empêche de dormir

en ce moment ?

S. T : C’est une question qui dépasse les enjeux strictement

« écoles ». Nous formons des collaborateurs pour

les organisations, mais aussi des citoyens qui vont voter,

s’engager, prendre des responsabilités. Je m’interroge

beaucoup sur notre capacité à les aider à décrypter les

enjeux de long terme et la complexité du monde.

Des sociologues ont bien montré que la massification

du supérieur, avec beaucoup de bac+5, peut générer

de fortes déceptions et nourrir des fractures politiques.

Quand on a cru à une mobilité sociale ascendante et qu’on

ne la retrouve pas, cela crée des frustrations et des

27


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN DÉCEMBRE 2025 N° 90

pertes de repères. Cette responsabilité-là des écoles

est lourde et difficile à adresser : il faut que les étudiants

aient envie de se remettre en question, d’accepter la

complexité, d’entendre des points de vue différents.

O. R : Les séjours à l’international participent

à ce décryptage ?

S. T : Totalement. On peut demander à une IA de nous

raconter la Chine, elle produira des rapports très convaincants.

Mais passer dix jours sur place, dans plusieurs

provinces, à discuter avec des étudiants, des alumni, des

entreprises, cela change tout. On découvre qu’il n’existe

pas “une” Chine, mais des réalités territoriales et des

stratégies très différentes. Ce type d’expérience façonne

le regard bien plus qu’un texte, même très bien écrit.

fonction et de secteur très tôt pour des contrats de

12 à 24 mois. Certains diplômés me disent aujourd’hui

regretter de ne pas avoir fait de longue expatriation, car

leur niveau d’anglais ou leur exposition internationale les

freinent dans leur carrière.

O. R : Comment faites-vous pour aider les

étudiants à mesurer ces enjeux ?

S. T : Nous insistons sur l’idée que l’alternance est un

projet à part entière, qui engage et qui prive aussi d’autres

options. Nous multiplions les temps d’information, les

webinaires, les échanges individuels pour les aider à

réfléchir en amont, non seulement au secteur ou à la

spécialisation, mais aussi à la modalité de parcours dont

ils ont réellement besoin.

ALTERNANCE : UN CHOIX PÉDAGOGIQUE,

PAS SEULEMENT FINANCIER

O. R : Dans ce contexte tendu, comment

évolue l’apprentissage à Audencia ?

S. T : Nous avons environ 1 500 apprentis et nous

sommes globalement sur une volumétrie stable. Les

entreprises ont plus de choix, les négociations sont

plus serrées, mais il y a une prime aux écoles qui ont

une marque forte et des relations de long terme avec

les employeurs. Nous avons aussi beaucoup développé

les formats de relation entreprise : observatoires,

petits-déjeuners, événements dédiés…

O. R : Vous mettez aussi en garde sur la

vision de l’alternance…

S. T : Oui, ce qui me gêne, c’est quand l’alternance

est vue uniquement comme un mode de financement.

C’est un parcours de professionnalisation exigeant, qui

implique des renoncements : moins voire pas de mobilité

internationale, moins d’années de césure, des choix de

FONDAMENTAUX, DURÉE DES ÉTUDES

ET EXIGENCE ACADÉMIQUE

O. R : On entend beaucoup de discours sur la

“fin des bac+5”. Vous y croyez ?

S. T : Je suis prudent. On peut débattre de la durée des

études, mais il ne faut pas oublier qu’une partie du temps

en bac+5 sert à consolider des fondamentaux qui ne sont

plus acquis de la même manière qu’il y a trente ans. Les

tests internationaux le montrent : le niveau moyen en

mathématiques, en français, n’est pas homogène. Nous

devons parfois réinstaller des bases que l’on considérait

acquises auparavant, tout en développant de nouvelles

compétences. C’est pour cela que les parcours se sont

allongés et que les classes prépa gardent, à mes yeux,

une vraie valeur ajoutée.

O. R : En résumé, votre plan vise à

tenir ensemble exigence académique,

pluridisciplinarité et enjeux citoyens ?

S. T : Oui, c’est exactement l’ambition. Consolider nos

fondamentaux, assumer pleinement la multi-disciplinarité

– en France comme à l’international –, prendre au

sérieux l’impact de l’IA, positionner l’alternance comme

un vrai choix pédagogique, et assumer notre part de

responsabilité dans la formation de citoyens capables de

comprendre un monde complexe. C’est à cette condition

que les écoles de management resteront utiles.

Audencia BS

28


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Vincenzo Vinzi

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ESSEC BUSINESS SCHOOL ET PRÉSIDENT DE LA CDEFM

« Nos campus doivent être des lieux de vie, d’innovation

et de dialogue, où toutes les communautés se rencontrent »

L’ESSEC Business School a

profondément transformé son campus

historique de Cergy pour le projeter

vers 2050. Conçu dans les années 1970,

le site a fait l’objet d’une rénovation

d’ampleur, à la fois architecturale,

environnementale et pédagogique. Le

directeur général de l’ESSEC Business

School et président de la Conférence

des directeurs des écoles françaises de

management (Cdefm), Vincenzo Vinzi,

revient avec nous sur cette mutation

majeure, les choix stratégiques, les

chiffres clés du projet et les enjeux

actuels du modèle français des écoles

de management.

Olivier Rollot : Vous avez mené une

rénovation importante du campus de Cergy

qui vient de s’achever. Comment s’est

déroulé ce projet et quel en était le sens ?

Vincenzo Vinzi. : L’ESSEC Business School a été créée

en 1907 et s’est installée à Cergy en 1973. Il y a deux ans,

nous avons célébré nos cinquante ans sur ce site. Au

fil des décennies, le campus a connu plusieurs phases

d’expansion, notamment à la fin des années 1990 et au

début des années 2000, avec la construction de nouveaux

bâtiments et de salles supplémentaires. Mais ce

que nous avons voulu faire cette fois-ci dépasse une

simple modernisation : c’est une révolution architecturale.

L’objectif était que le campus devienne un véritable

écosystème d’apprentissage, de recherche, d’innovation

et de vie collective, au service de la mission de l’école

et de ses valeurs.

Les études ont été menées entre 2019 et 2021, en pleine

crise sanitaire, puis les travaux ont eu lieu entre 2021

et 2025. Ils sont désormais achevés, même s’il reste

quelques ajustements mineurs, comme dans tout projet

de cette ampleur.

O. R. : Concrètement, qu’est-ce que cela

change dans la vie du campus ?

V. V. : Le campus des années 1970 était essentiellement

dédié à l’enseignement. Aujourd’hui, les attentes ont

profondément évolué. Nos campus doivent être des

lieux de vie, d’innovation et de dialogue, où toutes les

communautés se rencontrent : étudiants, professeurs,

chercheurs, collaborateurs, alumni, partenaires institutionnels

et entreprises.

Nous avons donc conçu les espaces pour encourager les

échanges, les rencontres, la créativité et la co-construction.

Cette approche traduit très directement notre

stratégie “Transcend”, centrée sur la transdisciplinarité.

Nous avons repensé la conception même du campus,

imaginée dans les années 1970, pour qu’il soit adapté

aux besoins des générations futures – celles des années

2030, 2040, 2050. Ce type de transformation ne

se fait pas tous les cinq ou dix ans. Il fallait répondre

non seulement à un besoin de modernité, mais aussi à

une exigence d’alignement entre les infrastructures, la

pédagogie et la vie de la communauté.

Essec BS

29


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Le « Grand hall » de l’Essec

Essec BS

Je fais la différence entre l’interdisciplinarité, qui favorise

la collaboration entre champs académiques, et

la transdisciplinarité, qui dépasse ces frontières pour

créer des passerelles entre le monde académique et le

monde non académique : entreprises, acteurs publics,

associations, société civile.

Le campus devait donc devenir un espace ouvert,

flexible et vivant, où les disciplines et les communautés

se croisent, où les échanges nourrissent la pédagogie,

la recherche et l’impact.

O. R. : Vous évoquez souvent la

responsabilité environnementale du projet.

Quelles en sont les dimensions concrètes ?

V. V. : Cet engagement fait partie intégrante de la stratégie

de l’école depuis 2020. Nous avons voulu qu’il soit

visible dans chaque choix de conception et d’exploitation.

Ainsi, la Research Green Tower ne comporte aucune

climatisation mécanique : le bâtiment utilise un système de

double peau pour réguler naturellement la température.

Nous avons installé une centrale photovoltaïque sur les

toits et privilégié des matériaux bas carbone.

Cette démarche ne se limite pas à la construction. Elle

s’étend à la gestion quotidienne du site et à la manière

dont les usagers s’approprient les espaces. Le campus

est un outil pédagogique vivant, qui traduit notre vision

de la responsabilité : un lieu durable, sobre et exemplaire.

O. R. : Vous avez aussi insisté sur la

modularité des espaces. Pourquoi était-ce si

important ?

V. V. : La flexibilité est devenue une exigence pédagogique.

Les nouvelles salles peuvent accueillir plusieurs

configurations dans une même journée, avec des équipements

technologiques intégrés à chaque table. Cela

permet d’alterner cours magistraux, travaux de groupe

et pédagogie active sans contrainte.

Nous avons également conçu des espaces connectés

avec nos campus internationaux – notamment Rabat au

Maroc et Singapour – pour créer des échanges fluides

à distance. Cette connectivité structurelle favorise une

véritable collaboration mondiale en temps réel.

O. R. : Pouvez-vous nous rappeler les

principaux chiffres du projet ?

V. V. : Le montant global des travaux est de 70 millions

d’euros. Nous avons ajouté environ 8 000 m² pour

atteindre un total d’environ 60 000 m² d’espaces. Le

projet s’est articulé autour de trois grands ensembles :

• 18 millions d’euros pour le Sports & Recreation Center,

inauguré il y a deux ans ;

• 18 millions pour le bâtiment Pierre Nanterme, au cœur

du campus, dédié à la pédagogie active et à l’innovation

éducative ;

• 29 millions pour la Research Green Tower, la “tour verte”,

consacrée à la recherche et à l’innovation.

Transcendons

le progrès !

Vincenzo Vinzi vient de

publier Transcendons le

progrès ! aux Éditions de

l’Éclaireur et propose un

manifeste pour « refonder

le lien entre les élites et

la société ». L’ouvrage

invite à « repenser notre

conception du progrès :

non plus comme une simple

accélération technologique,

mais comme une exigence

éthique, collective et

transdisciplinaire ». Préfacé

par Estelle Brachlianoff,

directrice générale de Veolia,

ce livre comprend également

des entretiens avec Enrico

Letta, ancien président du

conseil des ministres d’Italie,

et Béatrice Kosowski,

présidente d’IBM France.

30


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN DÉCEMBRE 2025 N° 90

Les nouveaux bâtiments ont été conçus avec l’agence

ArchitectureStudio, sélectionnée à l’issue d’un concours.

Certains espaces ont aussi été conçus avec les équipes

d’architectes Là-haut et Caroline Gehu. Nous avons

travaillé avec ces différentes équipes d’architectes

pour concilier les exigences techniques, pédagogiques,

esthétiques et environnementales.

O. R. : Et qu’en est-il du site parisien de

l’ESSEC ? Vous évoquez depuis longtemps un

déménagement.

V. V. : Nous restons solidement implantés à La Défense,

qui abrite notamment nos programmes de formation

continue, au cœur du quartier d’affaires. Nous avons

également engagé une réflexion sur un nouveau projet

immobilier à Paris, pour mieux répondre aux besoins de

nos activités métropolitaines.

UN CAMPUS AU SERVICE DE LA STRATÉGIE

O. R. : Comment ce projet s’inscrit-il dans

votre plan stratégique Transcend qui doit

amener l’Essec aux 300 millions d’euros de

chiffre d’affaires en 2028 ?

V. V. : Le campus n’est pas une fin en soi, mais un outil

stratégique. Il soutient notre croissance, améliore l’expérience

des étudiants et favorise l’innovation pédagogique.

Le plan stratégique prévoit de renforcer l’impact académique,

économique et sociétal du groupe. Nous dépassons

désormais 200M€, en ligne avec les objectifs fixés.

Les investissements réalisés visent à renforcer l’attractivité

de l’école et à faire du campus un moteur de

développement, non seulement académique, mais aussi

communautaire et économique.

O. R. : Votre modèle multi-campus est

souvent cité comme un atout. Comment

fonctionne-t-il ?

V. V. : Chaque campus – Cergy, Rabat, Singapour, La

Défense – a une identité propre, mais tous sont reliés

entre eux. Ce modèle favorise la mobilité étudiante,

l’ancrage territorial et l’ouverture internationale.

Nous proposons aussi des programmes hybrides, comme

l’Executive MBA, combinant deux tiers de formation en

ligne et un tiers en présentiel. Cela nous permet d’être

en lien avec des publics éloignés géographiquement tout

en maintenant une expérience humaine et collective.

O. R. : La formation continue joue un rôle

crucial dans le développement des écoles

de management. Comment vous êtes-vous

structuré pour répondre à ses exigences

propres ?

V. V. : C’est un axe de croissance majeur. Nous avons

structuré notre offre autour de deux directions générales

adjointes :

l’une pour les programmes pré-expérience (bachelors,

Grande École, masters spécialisés),

l’autre pour les programmes post-expérience (formation

continue, Executive Education, relations entreprises).

Nous concevons de plus en plus de programmes sur

mesure pour les entreprises, co-construits avec elles

à partir de leurs besoins spécifiques. Cette approche

nous a permis d’intégrer le top 10 mondial du Financial

Times en Executive Education.

Les toits de l’Essec sont

recouverts de cellules

photovoltaïques.

O. R. : Le contexte international reste

incertain. Comment l’ESSEC s’y adapte-t-elle

?

V. V. : Le système français d’enseignement supérieur est

reconnu pour sa qualité et sa rigueur. Mais la compétition

mondiale s’intensifie, les attentes des étudiants évoluent,

et les transitions démographiques et technologiques

modifient les équilibres.

Notre responsabilité est d’être lucides et agiles : adapter

nos programmes, innover dans nos formats, anticiper

les évolutions de marché. Nous devons être capables

non seulement de réagir, mais d’anticiper.

C’est dans cet esprit que nous développons de nouveaux

formats hybrides et des programmes internationaux,

tout en restant fidèles à notre ADN humaniste et entrepreneurial.

© Essec BS

31


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS ENTRETIEN DÉCEMBRE 2025 N° 90

Le nouvel équipement

sportif de l’Essec.

© Essec BS

O. R. : Vous parlez souvent de la nécessité de

délivrer une « expérience cinq étoiles » à vos

étudiants. Qu’entendez-vous par là ?

V. V. : Nous voulons que chaque étudiant et chaque

participant vive une expérience holistique : académique,

professionnelle, internationale et personnelle. Cela implique

un accompagnement sur mesure, une excellence

pédagogique et une qualité de service irréprochable.

Cette approche globale est au cœur de notre stratégie :

l’expérience de l’ESSEC doit être perçue comme complète,

cohérente et inspirante.

DEMOGRAPHIE, DIFFERENCIATION ET

LISIBILITE

O. R. : Le secteur connaît un léger

ralentissement démographique. Comment

l’analysez-vous en tant que président de la

Cdefm?

V. V. : C’est une réalité. Mais plutôt qu’un risque, je vois

une opportunité de clarification. Chaque école doit se

concentrer sur ce qui fait sa singularité : ses atouts, sa

culture, sa mission.

Nous travaillons aussi, avec la Conférence des Grandes

Écoles et le ministère, à rendre l’offre plus lisible pour les

familles. Aujourd’hui, un lycéen ou ses parents peuvent

avoir du mal à comprendre les différences entre un

bachelor, un programme Grande École ou un master.

La diversité du système français est une force, mais

elle doit s’accompagner d’une meilleure pédagogie de

l’orientation.

O. R. : L’apprentissage est historiquement un

pilier de votre école. Quelle est la situation

aujourd’hui ?

V. V. : L’Essec a été la première école de management en

France à proposer l’apprentissage, dès 1993. Aujourd’hui

encore, nous restons parmi celles qui accueillent le plus

d’apprentis.

Mais le modèle économique est sous tension. Le coût

pour les entreprises augmente, et certaines PME peinent

à suivre. Par ailleurs, trop d’organismes proposent

aujourd’hui de l’apprentissage sans garantir la qualité

pédagogique requise.

Nous plaidons pour une régulation plus stricte : l’apprentissage

doit rester un levier de professionnalisation

et d’ouverture sociale, mais dans un cadre soutenable

pour l’État, les écoles et les entreprises.

O. R. : Pour conclure, quel regard

portez-vous sur le modèle français de

l’enseignement supérieur ?

V. V. : En tant qu’Italien devenu Français, je le dis avec

conviction : le modèle français est remarquable par sa

richesse, sa diversité et sa qualité. Il allie excellence

académique, ouverture sociale et ancrage territorial.

Il faut être fier de cette offre, mais aussi en assumer

la responsabilité : expliquer, clarifier, accompagner les

étudiants et leurs familles dans leurs choix. Cette pédagogie

de la compréhension est, à mon sens, un enjeu

aussi important que l’innovation académique.

32


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DÉBAT

DÉCEMBRE 2025 N° 90

Enseignement

supérieur :comment les IA

sont devenues une évidence

Une enquête Les Grande écoles à l’ère de l’IA menée par la Conférence des grandes écoles

en juin et juillet 2025 révèle l’ampleur de la transformation engagée dans l’enseignement supérieur

autour des IA. La montée en puissance de l’IA générative y apparaît comme un mouvement inexorable,

même si son intégration reste inégale entre écoles et catégories d’acteurs.

Trois quarts des étudiants déclarent

utiliser régulièrement

des outils d’IA. À l’inverse, la

moitié des enseignants n’y recourt

qu’occasionnellement, voire pas

du tout. ChatGPT domine largement les

usages, complété par DeepL et différents

outils conversationnels. « Les usages sont

massifs. Environ 75 % des étudiants déclarent

utiliser l’IA de manière quotidienne

ou fréquente, ce qui est cohérent

avec les grandes enquêtes internationales

» résume Loïc Plé, l’un des deux

coordinateurs de l’étude et directeur de

la pédagogie de l’léseg.

Les écoles de management en

pointe

Les écarts selon les spécialisations sont

marqués : 88 % des étudiants en écoles

de management utilisent l’IA plusieurs

fois par semaine, contre 71 % dans les

écoles d’ingénieurs et seulement 39 %

dans les écoles de spécialité. « Les écoles

de management apparaissent clairement

plus proactives : 89% déclarent avoir une

direction ou une fonction dédiée à l’IA,

contre à peine plus d’une sur dix parmi

les écoles d’ingénieurs. Cela ne veut

pas dire que rien ne se passe chez ces

dernières, mais la structuration est plus

lente ou plus diffuse », reprend Loïc Plé.

Des freins persistants chez

les enseignants

La fiabilité des résultats constitue le principal

frein, citée par 54 % des enseignants

et 65 % des étudiants. Les préoccupations

éthiques, la confidentialité des données

ou encore le manque de compétences

freinent également l’adoption des IA.

Les étudiants mentionnent aussi le risque

de sanctions académiques. Malgré ces limites,

leur niveau de confiance reste plus

élevé que celui des enseignants, même

si cette confiance décroît avec les années

d’étude.

Confiance, maîtrise et

éthique : des perceptions

contrastées

Les étudiants évaluent leur maîtrise de

l’IA à un niveau intermédiaire, autour

de 6/10, quand les enseignants restent

plus prudents. La sensibilisation aux enjeux

éthiques est plus forte chez ces derniers,

tandis que les directions générales

se déclarent encore plus attentives sur ce

point. Les écarts entre écoles apparaissent

de nouveau : là encore les écoles de management

se montrent plus avancées que

les écoles d’ingénieurs et les écoles de

spécialité.

Gouvernance IA : une structuration

encore incomplète

Si 84 % des écoles disposent d’un service

numérique, seule une sur deux a mis

en place une gouvernance dédiée à l’IA.

Et à peine 23 % disposent d’une stratégie

IA formalisée. Là encore, les écoles

de management font figure d’exception :

74 % d’entre elles ont structuré une telle

stratégie, contre 17 % des écoles d’ingénieurs.

Les dispositifs de pilotage restent

généralement limités à des comités et

groupes de travail.

Charte, formations et outils :

un déploiement disparate

À peine plus d’un établissement sur deux

a établi des règles claires d’usage de l’IA

pour les travaux académiques. Les formations,

elles, avancent à deux vitesses : 36

% des enseignants déclarent avoir été formés,

mais seulement 20 % des étudiants.

Les directions générales affirment pourtant,

dans des proportions bien supérieures,

proposer des actions de formation.

Les outils mis à disposition restent

essentiellement Copilot, ChatGPT et DeepL,

avec des usages plus élevés que l’équipement

réellement fourni.

Pionnière dans l’intégration de l’IA dans

l’enseignement supérieur, NEOMA a for-

À quelle fréquence utilisez-vous de manière consciente et volontaire des outils d’IA

(par exemple : chatGPT, MidJourney, Copilot, Gemini,… ?

33


L’ESSENTIEL DU SUP

PRÉPAS

DÉBAT DÉCEMBRE 2025 N° 90

mé plus de 8 000 étudiants à l’IA générative,

et a franchi une nouvelle étape en

avril dernier en devenant le premier « Design

Partner » de Mistral AI dans le secteur.

« Le choix de Mistral reflète à la fois

notre engagement en faveur de la souveraineté

numérique et d’une approche durable

car Mistral AI a des modèles moins

énergivores. Mais aussi parce qu’il s’agit

d’un partenariat allant au-delà du statut de

simple utilisateur de leurs outils pour imaginer

et construire ensemble les usages de

demain de l’IA dans l’enseignement supérieur

», commente Delphine Manceau, la

directrice générale de Neoma.

Une évolution encore

partielle des programmes et

évaluations

Près de 90 % des écoles de management

ont fait évoluer les objectifs d’apprentissage

pour intégrer l’IA, contre environ

la moitié des écoles d’ingénieurs ou de

spécialité. En moyenne, un tiers des programmes

ont été adaptés. « Nous avons

choisi d’intégrer l’IA dès la première

année, mais en développant l’esprit

critique. Nos étudiants apprennent à

travailler «avec» l’IA, pas à la subir »,

commente Dominique Baillargeat, directrice

de 3il Ingénieurs qui insiste sur

la nécessité de les incitons à « réfléchir,

à reformuler, à vérifier ».

Côté pédagogie, 56 % des enseignants

ont déjà fait évoluer leurs évaluations,

souvent pour limiter la fraude. A 3il

les évaluations se font sur machine déconnectée,

pour garantir l’authenticité

du travail. « Notre réflexion s›oriente

vers une réhabilitation de l›oral. Nous

envisageons des soutenances de 20

minutes, avec 5 minutes de présentation

et 15 minutes de questions-réponses. Cela

deviendrait systématique pour tous les

mémoires », commente le directeur général

de l’Institut Mines Télécom business

school, Herbert Castéran.

Enfin seuls 20 % des étudiants déclarent

avoir suivi un module associant explicitement

l’IA à une autre discipline, et les

modules purement dédiés restent minoritaires.

Depuis plusieurs années, GEM

implémente ainsi des IA dans les technologies

de réalité virtuelle (VR avec le

soutien d’une équipe interne d’une dizaine

de spécialistes. « En 2025, ce sont déjà

plus de 1 500 de nos étudiants qui auront

utilisé des technologies XR couplant

IA et VR. Par exemple, les solutions

Bodyswaps que nous utilisons dans ces

applications VR nous permettent de développer

des simulations réalistes et d’embrayer

immédiatement vers un feedback

Quels freins vous empêchent d’utiliser d’avantage l’IA ?

Plusieurs réponses possibles.

ENSEIGNANTS

Quels freins vous empêchent d’utiliser d’avantage l’IA ?

Plusieurs réponses possibles.

ÉTUDIANTS

34


L’ESSENTIEL DU SUP PRÉPAS DÉBAT

DÉCEMBRE 2025 N° 90

personnalisé sur les soft skills développés.

Le tout est déployé avec un casque

virtuel qui interagit avec une IA et qui

enregistre toutes les caractéristiques de

l’échange », explique Philippe Monin, le

directeur académique de l’école.

Des attentes fortes pour les

compétences transversales

Une large majorité des enseignants

comme des étudiants estime que l’IA

doit devenir une compétence transversale

enseignée dans tous les cursus. Mais les

étudiants jugent les cours existants encore

insuffisamment adaptés à leurs besoins

professionnels. Les écoles de management

obtiennent néanmoins de meilleurs

retours que les écoles d’ingénieurs ou les

écoles de spécialité. Une pluridisciplinarité

indispensable selon Herbert Castéran :

« Il faut former les étudiants aux sciences

humaines, à la philosophie, et à la capacité

de faire des liens dans une analyse

systémique. L›objectif est de leur donner

la capacité d›aller au-delà de l›IA, qui

peut lister des causes à des phénomènes

de manière exhaustive mais insuffisante

pour les appréhender complètement ».

L’adaptive learning

Dans l’éducation c’est d’abord l’aboutissement

de l’adaptive learning pour chaque

étudiant qui est rendue possible selon Anthony

Hié, directeur de la transformation

digitale du groupe Excelia qui détaille

: « Les enseignants ont également

à leur disposition quantité d’outils pour

créer des contenus pédagogiques interactifs

par exemple avec Nolej.io. ou encore

Heygen permet de réaliser des vidéos

dans n’importe quelle langue avec

une reproduction de la voix de l’enseignant

et les mouvements des lèvres qui

s’adaptent. Les immersive learning experiences

se développent avec des IA

adaptées à chaque sujet et qui sont beaucoup

plus performantes que les seules IA

génératives ».

Une vision globalement

positive de l’impact sur les

carrières

Plus de la moitié des étudiants anticipent

un effet positif de l’IA sur leur parcours.

Les inquiétudes se concentrent dans les

écoles de spécialité, où 37 % craignent

un impact négatif. « Une approche purement

technologique est insuffisante. L›IA

ayant un effet fort sur les juniors, il faut

offrir une troisième dimension (pensée

systémique et holistique) à nos diplômés

au-delà d’une dimension analytique pour

qu’ils aient une pleine valeur ajoutée »,

conseille Herbert Castéran.

Enfin, les attentes sont massives : 82 %

des étudiants et 88 % des enseignants

réclament davantage d’investissements

dans les ressources et formations liées à

l’IA. Par exemple Excelia propose, dans

le cadre de son Talent Centre, à ses étudiants

de s’entrainer à passer des entretiens

de recrutement professionnel avec

ChatGPT couplé à Eleven Labs, un générateur

de voix IA. « L’IA apprend les

fiches de poste et dialogue avec l’étudiant

dans le cadre d’un entretien de recrutement.

Nous avons même constaté

que l’IA posait des questions pièges que

nous ne lui avons absolument pas inculquées

et qui sont pertinentes dans le

contexte », reprend Anthony Hié qui le

précise : « Tout se fait aujourd’hui sous

la supervision d’un ou d’une expert(e)

dans notre talent centre. Demain, avec le

Autorisez-vous l’utilisation de l’IA

par vos étudiants ?

Comment percevez-vous

l’impact de l’IA

sur votre future carrière ?

Analyse croisés

selon le statut

de l’École

retour d’expérience, nous pourrons proposer

à chaque étudiant d’utiliser librement

cette IA pour s’entrainer ».

Une transformation rapide

mais encore inégale

Au terme de l’enquête de la Conférence

des Grandes écoles (CGE), un constat domine

: l’IA s’impose comme une compétence

incontournable dans les grandes

écoles, mais sa structuration institutionnelle

et pédagogique reste largement perfectible.

L’usage est massif chez les étudiants,

la confiance encore hésitante chez

les enseignants et la gouvernance inégalement

formalisée. Dans ce paysage en

transition, les écoles de management apparaissent

nettement en avance, tandis

que les autres spécialités affichent des

progrès plus lents. Le mouvement général,

lui, semble irréversible.

Sébastien Gémon

ENSEIGNANTS

ÉTUDIANTS

Faites-vous utiliser l’IA à vos étudiants

dans vos enseignements ?

35

Hooray! Your file is uploaded and ready to be published.

Saved successfully!

Ooh no, something went wrong!