Petit manuel de sensemaking #2 : repenser le monde avec le vivant
Zine sur le biomimétisme et ses implications pour nos luttes sociales fait par Fleurs d'attache (www.fleursdattache.ca)
Zine sur le biomimétisme et ses implications pour nos luttes sociales fait par Fleurs d'attache (www.fleursdattache.ca)
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PETIT MANUEL
DE SENSEMAKING :
Repenser le monde
avec le vivant
1
Remerciements
Merci à toutes les personnes qui ont
semé des graines de reconnexion
avec nous.
Merci aussi à toutes les personnes
qui prennent le temps d’entrer
en dialogue avec le vivant et qui
s’engagent à le défendre.
Avec amour et rage,
Toute l’équipe de Fleurs d’attache
2
Introduction
Josh Michael Schrei, animateur du balado animiste The Emerald,
avance que nous avons pu « inventer les anges » grâce à l’existence des
oiseaux. Sans l’observation de ces créatures ailées, nos ancêtres n'auraient
pu imaginer cette mythologie céleste.
Quoi d’autre devons-nous à notre observation de la nature? Peutêtre
tout ce qui nous entoure. Nous aimons croire en la suprématie de
l’intelligence de la nature humaine, mais les humains ne sont pas les
premiers à faire preuve d’intelligence.
Les humains ne sont pas les premiers à établir des « civilisations »
non plus. Le biologiste Dr. Predrag Slijepčević expose dans son livre
Biocivilisations comment le vivant a toujours démontré des capacités
complexes comme les nôtres. Savez-vous que certaines espèces de fourmis
sont capables de faire des chirurgies? Que les abeilles font de la démocratie
directe? Que les bactéries construisent des méga-cités?
À travers ce zine, nous voulons mettre de l’avant l’intelligence et la
créativité que l’on retrouve dans le « non-humain » pour nous permettre
de repenser nos pratiques humaines. Une discipline souvent appelée
« biomimétisme » dans notre monde moderne. Nous voulons nous remettre
à notre place, comme un « vivant » parmi tant d’autres vivants,
nous inscrivant dans les réseaux d’interdépendance des écosystèmes.
Nous croyons que reconnecter avec les sagesses ancestrales de la
nature est une tâche urgente pour réussir à contrecarrer la détérioration
de nos milieux de vie et de nos communautés.
Mais comme dirait l’auteur et activiste Bayo Akomolafe, en s’inscrivant
dans la sagesse du peuple Yoruba : « devant l’urgence, il faut
ralentir. »
Prenons un moment pour contempler ensemble la richesse qui se
trouve dans ce monde que la civilisation humaine a si longtemps voulu
faire taire. Prenons un moment pour lui redonner une voix - ou plutôt,
pour réapprendre à écouter.
3
Reconnaissance
territoriale
Nous reconnaissons que ce zine a été imaginé et créé à Tiohtià:ke/
Montréal, territoire historiquement connu comme lieu de rassemblement
et d’échange entre les Nations autochtones. Il s’agit du territoire
traditionnel non cédé de la Nation Kanien’kehá:ka (Mohawk),
gardienne des terres et des eaux de ce lieu. Nous reconnaissons également
les liens historiques et contemporains qu’entretiennent d’autres
Nations avec ce territoire, notamment les peuples Anishinaabe, Huron-
Wendat, Abénakis et bien d’autres qui y vivent, y passent ou y œuvrent
aujourd’hui.
Dans une démarche qui s’inspire du vivant, nous reconnaissons
que les savoirs autochtones sont essentiels pour faire sens du monde
dans lequel nous habitons. En honorant les liens entre êtres vivants,
cycles écologiques et territoires, leurs savoirs incarnent une forme de
biomimétisme bien vivant, enracinés dans des récits, des pratiques et
des visions du monde interconnectées. Ce zine se veut une invitation à
reconnaître l’ancienneté et la richesse des savoirs aux racines autochtones,
à apprendre autrement, et à nourrir des liens plus justes entre les
humains et toutes les formes de vie en reconnaissant leurs rôles essentiels
dans la régénération des écosystèmes et des relations justes entre
les êtres.
Néanmoins, reconnaître ne suffit pas. Il est impératif de défendre
les territoires autochtones, de soutenir l’autodétermination
des Premières Nations, et de protéger les savoirs vivants qui éclairent
d’autres manières d’habiter la Terre. Cela implique d’écouter activement
les voix autochtones, de remettre en question les structures coloniales
encore en place, et d’agir concrètement contre les injustices
environnementales et sociales qu’elles subissent.
4
Ce zine s’inscrit humblement dans cette intention :
celle de cultiver des alliances et de soutenir
les luttes anticoloniales. Un autre monde est possible.
5
Biomimétisme
Qu’est-ce que le biomimétisme?
Un terme souvent utilisé en ingénierie, il désigne notamment l’art
d’imiter la nature pour résoudre des problèmes complexes.
Nous aimons ce terme, mais voulons l'amener plus loin.
Pour nous, le biomimétisme,
ce n’est pas de demander à la nature
de nous aider à régler nos problèmes.
Pour nous, le biomimétisme, c’est
une manière de faire sens.
Comment la nature peut-elle nous
aider à (re)trouver des modèles plus
harmonieux, cohérents et sensés
pour nous aider à vivre en ces temps
troubles?
Exercice
d'imagination
Si vous pouviez changer de
corps le temps d’une journée
et devenir n’importe quelle
espèce du vivant (autre que
l’humain), laquelle choisiriez-vous
et pourquoi?
Cet exercice vous permettrait
de découvrir « l’Umwelt ».
L’Umwelt est «l’environnement sensoriel propre à une espèce ou à un individu
». Par exemple, la perception du monde la chauve-souris, qui se base sur
l’écholocalisation, est un Umwelt très éloigné de celui humain!
Le nom nous vient des philosophes Jakob von Uexküll et Thomas A. Sebeok.
7
Diversité des tactiques
Comment est-ce que la nature peut nous permettre
de réfléchir autrement à nos problèmes personnels?
à nos problèmes de société? Quelques idées :
Des métaphores plus porteuses
Toutes sortes de théories complexes permettent d’expliquer les problèmes
dans lesquels nous nous sommes empêtré·e·s. Ces fameux mots
en «-isme» comme impérialisme, colonialisme, capitalisme, racisme,
etc. Bien que ce vocabulaire puisse être très utile et mérite d’être mieux
connu, il demeure très abstrait.
Plutôt que d’essayer d’expliquer les torts que cause l’accumulation
des ressources dans la main d’une minorité privilégiée avec des termes
académiques, pourquoi ne pas offrir l’image d’une eau stagnante, encadrée
par un barrage, stoppant le flot naturel des choses pour notre
convoitise hydroélectrique? Montrer comment des algues viennent
s’approprier l’espace au détriment du reste du vivant? Inviter les gens
à imaginer comment la terre réagirait à la libération de ces eaux, si on
dynamitait ce barrage? Un exemple évocateur de redistribution des
ressources.
8
Certain·e·s penseur·euse·s avancent qu’il est plus
facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme.
À ceci, adrienne maree brown, autrice écoféministe
américaine, rétorque que « nous sommes
dans une bataille de l’imagination ». Il faut se réapproprier
les possibles, penser à l’extérieur des images
mentales qu’on nous autorise habituellement.
Des alliances surprenantes
Toutes sortes d’alliances surprenantes existent dans la nature :
il suffit de penser à l’anémone de mer qui accueille et entretient une
relation symbiotique avec le poisson-clown, seule créature marine qui
sait résister au poison de la plante. Imaginons-nous une anémone ou un
poisson-clown un instant : qui est notre complément? Peut-être faut-il
oser sortir de nos cercles habituels pour le découvrir…
La nature est un modèle exemplaire de richesse relationnelle. Tout
est interrelié par design. Pour reprendre les mots de Vanessa Machado
de Oliveira, une visionnaire des futurs décoloniaux, en se croyant détaché
du reste du vivant, l’humain a perdu une certaine « rigueur relationnelle
». Cela nous apporte une certaine « pauvreté existentielle »,
un vide créé par cette absence de connexion avec le reste du monde.
Cette pauvreté existentielle diminuerait aussi nos habilités à connecter
avec autrui. Comment est-ce que la nature peut nous apprendre
à (re)connecter d’une manière plus viscérale et réciproque, par-delà
nos différences?
Et si on incluait tous les règnes du vivant
dans nos allié·e·s potentiel·le·s? Et
si les plantes, les animaux, le mycélium,
les bactéries, les éléments pouvaient
nous aider dans nos luttes?
Plot-twist :
le vivant nous aide déjà.
Mais allons plus loin!
Comment nous aide-t-il déjà? Quelle
forme ces alliances pourraient-elles
prendre?
9
Élément de définition :
Notre réflexion cherche à s'inscrire dans une réflexion plus grande
sur ce qu’on appelle la « diversité des tactiques ». Un terme souvent
utilisé par les activistes, la diversité des tactiques est une invitation à reconnaître
et accepter qu’il y a différents moyens pour générer du changement
(ex.: plaidoyer, désobéissance civile, sabotage, etc.) Nous pensons que ce
concept est utile autant dans le monde politique que dans notre monde
personnel (de toute façon, le personnel est politique, n’est-ce pas?) En
d’autres mots, ce que nous cherchons à mettre de l’avant est l’idée qu’on
ne peut pas résoudre des problèmes avec la même pensée que nous
avons utilisée pour créer ces problèmes (pour paraphraser Einstein).
Ou encore, dans les mots d’Audre Lorde, « les outils du maître ne démantèlent
jamais la maison du maître. »
Rajoute
tes idées
10
Vox pop
Nous vous avons posé quelques questions sur le biomimétisme et la
nature en ville, voici ce que vous nous avez répondu.
Ce que vous évoque le mot « biomimétisme » :
SCIENCE
Soleil
Playfulness
Cycle
des saisons
La nature en ville vous inspire à
Revenir à des
sensations
corporelles
Ralentir
Elle est symbole
VOUS
REBELLER
ADMIRER
de
résilience
Des humains
qui imitent
des plantes
Reconnaître
Créativité
INNOVATION
FEUILLE-PARAPLUIE
Des mimes
ADAPTATION
Sagesse
Impermanence
des choses
Vivre au
rythme
des saisons
Mieux
observer
vitalité
que le monde nous appartient
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Des moments marquants de connexion avec la nature en ville
Chaque nouvelle abeille que
je découvre dans mon agastache
ou mon asclépiade devient
un moment marquant
de connexion. Mon premier
sphinx colibri m'a particulièrement
épaté!
Quand à la fin
du printemps
les pissenlits
prennent les parcs
et les ruelles.
J'aime comment je rencontre toujours certains
animaux quand je suis avec certaines personnes.
J'ai un ami avec qui je croise souvent des renards,
un autre des grenouilles.
Ça me rappelle la magie
qui se trouve dans
toutes nos relations.
Je prends des marches dans les
boisés du parc Angrignon la
nuit, j’aime beaucoup ça.
Amener mon chat au petit
parc et la voir tripper en
grimpant dans les arbres.
La cueillette
de magnolia pour
en faire du sirop
et des biscuits!
Faire des champignons
magiques au bord de l'eau
à Verdun avant que ça
devienne un endroit ultra
gentrifié.
Trouver « les indices des
changements de saison ».
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Est-ce que la ville est une forêt selon vous?
Une forêt ou plutôt une
grosse ruche avec ses
corridors droits. Quelque
chose qui distingue la forêt
Oui, si on la
regarde de haut»
de la ville serait le peu de présence de lignes courbes dans cette
dernière (mais on le voit dans les villes construites à échelle
humaine versus celle de l'auto).
Une forêt de
ciment - un
"concrete jungle"
comme dirait
Alicia Keys
Oui, il y a tout un écosystème,
du mycélium partout.
Non, mais pourrait le devenir.
Pas vraiment, c'était une forêt
avant, mais ça ne l'est plus.
Pour moi la forêt c'est calme,
tout le contraire de la ville.
Totalement. La biodiversité
y est; nous sommes
nous-même des animaux.
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Pour aller plus loin
LIVRES
Petit manuel de sensemaking :
de l’écoanxiété au
réenchantement
Fleurs d’attache
Un monde immense : Comment
les animaux perçoivent le monde
Ed Young
Tresser les herbes sacrées :
sagesses ancestrales, science
et enseignements des plantes
Robin Wall Kimmerer
Hospicing Modernity : Facing
Humanity’s Wrongs and
Implications for Social Activism
Vanessa Machado de Oliveira
The Secret Teaching of Plants :
The Intelligence of the Heart in
the Direct Perception of Nature
Stephen Harrod Buhner
Biocivilisations
Dr. Predrag Slijepčević
Emergent Strategy : Shaping
Change, Changing Worlds
adrienne maree brown
BALADO
The Emerald
Josh Micheal Shrei
Green Dreamer
Kaméa Chayne
Emergence Magazine Podcast
Emmanuel Vaughan-Lee
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À propos
Fleurs d’attache a pour mission de rejoindre les individus vivant de
l’écoanxiété afin de les aider à s’enraciner dans leur milieu de vie et à
devenir des écocitoyen·nes engagée·es.
Pour ce faire, nous croyons qu’il est indispensable de développer
une curiosité radicale et une pratique d’émerveillement, ainsi que d’engager
avec le vivant qui nous entoure.
www.fleursdattache.ca
Instagram : @fleursdattache
Facebook : Fleurs d’attache
Tous les revenus liés à la vente de ce zine seront redistribués
pour soutenir des luttes autochtones.
PETIT MANUEL DE SENSEMAKING :
Repenser le monde avec le vivant
RÉDACTION ET IDÉATION
Fleurs d'attache ÉTÉ 2025
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