17.01.2026 Vues

Petit manuel de sensemaking #2 : repenser le monde avec le vivant

Zine sur le biomimétisme et ses implications pour nos luttes sociales fait par Fleurs d'attache (www.fleursdattache.ca)

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PETIT MANUEL

DE SENSEMAKING :

Repenser le monde

avec le vivant

1


Remerciements

Merci à toutes les personnes qui ont

semé des graines de reconnexion

avec nous.

Merci aussi à toutes les personnes

qui prennent le temps d’entrer

en dialogue avec le vivant et qui

s’engagent à le défendre.

Avec amour et rage,

Toute l’équipe de Fleurs d’attache

2


Introduction

Josh Michael Schrei, animateur du balado animiste The Emerald,

avance que nous avons pu « inventer les anges » grâce à l’existence des

oiseaux. Sans l’observation de ces créatures ailées, nos ancêtres n'auraient

pu imaginer cette mythologie céleste.

Quoi d’autre devons-nous à notre observation de la nature? Peutêtre

tout ce qui nous entoure. Nous aimons croire en la suprématie de

l’intelligence de la nature humaine, mais les humains ne sont pas les

premiers à faire preuve d’intelligence.

Les humains ne sont pas les premiers à établir des « civilisations »

non plus. Le biologiste Dr. Predrag Slijepčević expose dans son livre

Biocivilisations comment le vivant a toujours démontré des capacités

complexes comme les nôtres. Savez-vous que certaines espèces de fourmis

sont capables de faire des chirurgies? Que les abeilles font de la démocratie

directe? Que les bactéries construisent des méga-cités?

À travers ce zine, nous voulons mettre de l’avant l’intelligence et la

créativité que l’on retrouve dans le « non-humain » pour nous permettre

de repenser nos pratiques humaines. Une discipline souvent appelée

« biomimétisme » dans notre monde moderne. Nous voulons nous remettre

à notre place, comme un « vivant » parmi tant d’autres vivants,

nous inscrivant dans les réseaux d’interdépendance des écosystèmes.

Nous croyons que reconnecter avec les sagesses ancestrales de la

nature est une tâche urgente pour réussir à contrecarrer la détérioration

de nos milieux de vie et de nos communautés.

Mais comme dirait l’auteur et activiste Bayo Akomolafe, en s’inscrivant

dans la sagesse du peuple Yoruba : « devant l’urgence, il faut

ralentir. »

Prenons un moment pour contempler ensemble la richesse qui se

trouve dans ce monde que la civilisation humaine a si longtemps voulu

faire taire. Prenons un moment pour lui redonner une voix - ou plutôt,

pour réapprendre à écouter.

3


Reconnaissance

territoriale

Nous reconnaissons que ce zine a été imaginé et créé à Tiohtià:ke/

Montréal, territoire historiquement connu comme lieu de rassemblement

et d’échange entre les Nations autochtones. Il s’agit du territoire

traditionnel non cédé de la Nation Kanien’kehá:ka (Mohawk),

gardienne des terres et des eaux de ce lieu. Nous reconnaissons également

les liens historiques et contemporains qu’entretiennent d’autres

Nations avec ce territoire, notamment les peuples Anishinaabe, Huron-

Wendat, Abénakis et bien d’autres qui y vivent, y passent ou y œuvrent

aujourd’hui.

Dans une démarche qui s’inspire du vivant, nous reconnaissons

que les savoirs autochtones sont essentiels pour faire sens du monde

dans lequel nous habitons. En honorant les liens entre êtres vivants,

cycles écologiques et territoires, leurs savoirs incarnent une forme de

biomimétisme bien vivant, enracinés dans des récits, des pratiques et

des visions du monde interconnectées. Ce zine se veut une invitation à

reconnaître l’ancienneté et la richesse des savoirs aux racines autochtones,

à apprendre autrement, et à nourrir des liens plus justes entre les

humains et toutes les formes de vie en reconnaissant leurs rôles essentiels

dans la régénération des écosystèmes et des relations justes entre

les êtres.

Néanmoins, reconnaître ne suffit pas. Il est impératif de défendre

les territoires autochtones, de soutenir l’autodétermination

des Premières Nations, et de protéger les savoirs vivants qui éclairent

d’autres manières d’habiter la Terre. Cela implique d’écouter activement

les voix autochtones, de remettre en question les structures coloniales

encore en place, et d’agir concrètement contre les injustices

environnementales et sociales qu’elles subissent.

4


Ce zine s’inscrit humblement dans cette intention :

celle de cultiver des alliances et de soutenir

les luttes anticoloniales. Un autre monde est possible.

5


Biomimétisme

Qu’est-ce que le biomimétisme?

Un terme souvent utilisé en ingénierie, il désigne notamment l’art

d’imiter la nature pour résoudre des problèmes complexes.

Nous aimons ce terme, mais voulons l'amener plus loin.

Pour nous, le biomimétisme,

ce n’est pas de demander à la nature

de nous aider à régler nos problèmes.

Pour nous, le biomimétisme, c’est

une manière de faire sens.

Comment la nature peut-elle nous

aider à (re)trouver des modèles plus

harmonieux, cohérents et sensés

pour nous aider à vivre en ces temps

troubles?


Exercice

d'imagination

Si vous pouviez changer de

corps le temps d’une journée

et devenir n’importe quelle

espèce du vivant (autre que

l’humain), laquelle choisiriez-vous

et pourquoi?

Cet exercice vous permettrait

de découvrir « l’Umwelt ».

L’Umwelt est «l’environnement sensoriel propre à une espèce ou à un individu

». Par exemple, la perception du monde la chauve-souris, qui se base sur

l’écholocalisation, est un Umwelt très éloigné de celui humain!

Le nom nous vient des philosophes Jakob von Uexküll et Thomas A. Sebeok.

7


Diversité des tactiques

Comment est-ce que la nature peut nous permettre

de réfléchir autrement à nos problèmes personnels?

à nos problèmes de société? Quelques idées :

Des métaphores plus porteuses

Toutes sortes de théories complexes permettent d’expliquer les problèmes

dans lesquels nous nous sommes empêtré·e·s. Ces fameux mots

en «-isme» comme impérialisme, colonialisme, capitalisme, racisme,

etc. Bien que ce vocabulaire puisse être très utile et mérite d’être mieux

connu, il demeure très abstrait.

Plutôt que d’essayer d’expliquer les torts que cause l’accumulation

des ressources dans la main d’une minorité privilégiée avec des termes

académiques, pourquoi ne pas offrir l’image d’une eau stagnante, encadrée

par un barrage, stoppant le flot naturel des choses pour notre

convoitise hydroélectrique? Montrer comment des algues viennent

s’approprier l’espace au détriment du reste du vivant? Inviter les gens

à imaginer comment la terre réagirait à la libération de ces eaux, si on

dynamitait ce barrage? Un exemple évocateur de redistribution des

ressources.

8

Certain·e·s penseur·euse·s avancent qu’il est plus

facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme.

À ceci, adrienne maree brown, autrice écoféministe

américaine, rétorque que « nous sommes

dans une bataille de l’imagination ». Il faut se réapproprier

les possibles, penser à l’extérieur des images

mentales qu’on nous autorise habituellement.


Des alliances surprenantes

Toutes sortes d’alliances surprenantes existent dans la nature :

il suffit de penser à l’anémone de mer qui accueille et entretient une

relation symbiotique avec le poisson-clown, seule créature marine qui

sait résister au poison de la plante. Imaginons-nous une anémone ou un

poisson-clown un instant : qui est notre complément? Peut-être faut-il

oser sortir de nos cercles habituels pour le découvrir…

La nature est un modèle exemplaire de richesse relationnelle. Tout

est interrelié par design. Pour reprendre les mots de Vanessa Machado

de Oliveira, une visionnaire des futurs décoloniaux, en se croyant détaché

du reste du vivant, l’humain a perdu une certaine « rigueur relationnelle

». Cela nous apporte une certaine « pauvreté existentielle »,

un vide créé par cette absence de connexion avec le reste du monde.

Cette pauvreté existentielle diminuerait aussi nos habilités à connecter

avec autrui. Comment est-ce que la nature peut nous apprendre

à (re)connecter d’une manière plus viscérale et réciproque, par-delà

nos différences?

Et si on incluait tous les règnes du vivant

dans nos allié·e·s potentiel·le·s? Et

si les plantes, les animaux, le mycélium,

les bactéries, les éléments pouvaient

nous aider dans nos luttes?

Plot-twist :

le vivant nous aide déjà.

Mais allons plus loin!

Comment nous aide-t-il déjà? Quelle

forme ces alliances pourraient-elles

prendre?

9


Élément de définition :

Notre réflexion cherche à s'inscrire dans une réflexion plus grande

sur ce qu’on appelle la « diversité des tactiques ». Un terme souvent

utilisé par les activistes, la diversité des tactiques est une invitation à reconnaître

et accepter qu’il y a différents moyens pour générer du changement

(ex.: plaidoyer, désobéissance civile, sabotage, etc.) Nous pensons que ce

concept est utile autant dans le monde politique que dans notre monde

personnel (de toute façon, le personnel est politique, n’est-ce pas?) En

d’autres mots, ce que nous cherchons à mettre de l’avant est l’idée qu’on

ne peut pas résoudre des problèmes avec la même pensée que nous

avons utilisée pour créer ces problèmes (pour paraphraser Einstein).

Ou encore, dans les mots d’Audre Lorde, « les outils du maître ne démantèlent

jamais la maison du maître. »

Rajoute

tes idées

10


Vox pop

Nous vous avons posé quelques questions sur le biomimétisme et la

nature en ville, voici ce que vous nous avez répondu.

Ce que vous évoque le mot « biomimétisme » :

SCIENCE

Soleil

Playfulness

Cycle

des saisons

La nature en ville vous inspire à

Revenir à des

sensations

corporelles

Ralentir

Elle est symbole

VOUS

REBELLER

ADMIRER

de

résilience

Des humains

qui imitent

des plantes

Reconnaître

Créativité

INNOVATION

FEUILLE-PARAPLUIE

Des mimes

ADAPTATION

Sagesse

Impermanence

des choses

Vivre au

rythme

des saisons

Mieux

observer

vitalité

que le monde nous appartient

11


Des moments marquants de connexion avec la nature en ville

Chaque nouvelle abeille que

je découvre dans mon agastache

ou mon asclépiade devient

un moment marquant

de connexion. Mon premier

sphinx colibri m'a particulièrement

épaté!

Quand à la fin

du printemps

les pissenlits

prennent les parcs

et les ruelles.

J'aime comment je rencontre toujours certains

animaux quand je suis avec certaines personnes.

J'ai un ami avec qui je croise souvent des renards,

un autre des grenouilles.

Ça me rappelle la magie

qui se trouve dans

toutes nos relations.

Je prends des marches dans les

boisés du parc Angrignon la

nuit, j’aime beaucoup ça.

Amener mon chat au petit

parc et la voir tripper en

grimpant dans les arbres.

La cueillette

de magnolia pour

en faire du sirop

et des biscuits!

Faire des champignons

magiques au bord de l'eau

à Verdun avant que ça

devienne un endroit ultra

gentrifié.

Trouver « les indices des

changements de saison ».

12


Est-ce que la ville est une forêt selon vous?

Une forêt ou plutôt une

grosse ruche avec ses

corridors droits. Quelque

chose qui distingue la forêt

Oui, si on la

regarde de haut»

de la ville serait le peu de présence de lignes courbes dans cette

dernière (mais on le voit dans les villes construites à échelle

humaine versus celle de l'auto).

Une forêt de

ciment - un

"concrete jungle"

comme dirait

Alicia Keys

Oui, il y a tout un écosystème,

du mycélium partout.

Non, mais pourrait le devenir.

Pas vraiment, c'était une forêt

avant, mais ça ne l'est plus.

Pour moi la forêt c'est calme,

tout le contraire de la ville.

Totalement. La biodiversité

y est; nous sommes

nous-même des animaux.

13


Pour aller plus loin

LIVRES

Petit manuel de sensemaking :

de l’écoanxiété au

réenchantement

Fleurs d’attache

Un monde immense : Comment

les animaux perçoivent le monde

Ed Young

Tresser les herbes sacrées :

sagesses ancestrales, science

et enseignements des plantes

Robin Wall Kimmerer

Hospicing Modernity : Facing

Humanity’s Wrongs and

Implications for Social Activism

Vanessa Machado de Oliveira

The Secret Teaching of Plants :

The Intelligence of the Heart in

the Direct Perception of Nature

Stephen Harrod Buhner

Biocivilisations

Dr. Predrag Slijepčević

Emergent Strategy : Shaping

Change, Changing Worlds

adrienne maree brown

BALADO

The Emerald

Josh Micheal Shrei

Green Dreamer

Kaméa Chayne

Emergence Magazine Podcast

Emmanuel Vaughan-Lee

14


À propos

Fleurs d’attache a pour mission de rejoindre les individus vivant de

l’écoanxiété afin de les aider à s’enraciner dans leur milieu de vie et à

devenir des écocitoyen·nes engagée·es.

Pour ce faire, nous croyons qu’il est indispensable de développer

une curiosité radicale et une pratique d’émerveillement, ainsi que d’engager

avec le vivant qui nous entoure.

www.fleursdattache.ca

Instagram : @fleursdattache

Facebook : Fleurs d’attache

Tous les revenus liés à la vente de ce zine seront redistribués

pour soutenir des luttes autochtones.

PETIT MANUEL DE SENSEMAKING :

Repenser le monde avec le vivant

RÉDACTION ET IDÉATION

Fleurs d'attache ÉTÉ 2025

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