Essentiel du Sup_Compétences N°2 - Février 2026
L'Essentiel du Sup_Compétences c'est la nouvelle publication d'HEADway Indo&Data. Les établissements d’enseignement supérieur, universités, écoles de management, écoles d'ingénieurs, sont de plus en plus présents sur le marché de la formation continue. Avec « l’Essentiel des Compétences » nous proposons aux DRH d’aller à la rencontre des formations de tous niveaux que proposent ces établissements tout en donnant des éclairages du côté des entreprises. Un numéro de 32 pages format A4 tous les deux mois diffusé entièrement en ligne à une base de 2 000 responsables de ressources humaines, chief learning officers, campus managers.
L'Essentiel du Sup_Compétences c'est la nouvelle publication d'HEADway Indo&Data.
Les établissements d’enseignement supérieur, universités, écoles de management, écoles d'ingénieurs, sont de plus en plus présents sur le marché de la formation continue. Avec « l’Essentiel des Compétences » nous proposons aux DRH d’aller à la rencontre des formations de tous niveaux que proposent ces établissements tout en donnant des éclairages du côté des entreprises.
Un numéro de 32 pages format A4 tous les deux mois diffusé entièrement en ligne à une base de 2 000 responsables de ressources humaines, chief learning officers, campus managers.
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N°02 | FÉVRIER 2026
L’ESSENTIEL DE LA FORMATION
CONTINUE ET DES COMPÉTENCES À L’ATTENTION DES DRH
« Déléguer à l’IA,
c’est risquer
le désapprentissage »
JEAN ROCH HOULLIER,
SAFRAN
DOSSIER
FORMATION CONTINUE : Le virage
des compétences.
DÉBAT
Opco Atlas : la reconversion des
femmes dans le numérique
Un levier d’inclusion et d’innovation
ENTRETIEN
Alexandre de Navailles (KEDGE
Business School). Former pour
toutes les entreprises, sans
renoncer à l’exigence académique.
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ÉDITO
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
SOMMAIRE
FÉVRIER 2026 N° 2
LA REVANCHE DE LA
FORMATION CONTINUE
Pendant longtemps, la formation continue a occupé
une place périphérique. Utile, parfois stratégique,
rarement centrale. Un complément à la formation
initiale, un outil d’ajustement plus que de transformation.
Les regards croisés dans ce dossier dessinent
aujourd’hui un paysage différent. La formation
continue n’est plus un appendice du système.
Elle devient l’un de ses piliers.
Un premier constat s’impose : l’approche compétences est
partout, mais rarement aboutie. Dans l’enseignement supérieur,
elle reste souvent cantonnée à l’innovation pédagogique,
sans transformer en profondeur les modèles économiques,
les organisations internes ou la relation aux alumni.
Dans les entreprises, elle progresse à des vitesses très variables,
avec un écart croissant entre les grandes structures
outillées et un tissu de PME encore en difficulté face à la lisibilité
du système et à l’investissement nécessaire.
Pourtant, les lignes bougent. Ce que montrent ces contributions,
c’est l’émergence d’un nouvel âge de la formation continue,
moins déclaratif, plus opérationnel. Un âge où la compétence
cesse d’être un mot d’ordre pour devenir un objet de
pilotage.
De la formation comme produit à la formation
comme partenariat
Du côté des établissements, la formation continue n’est plus
un simple relais de croissance marginal. Elle devient un levier
stratégique, pensée comme une solution globale pour les entreprises.
L’enjeu n’est plus seulement de proposer des catalogues,
mais de construire des réponses sur mesure, articulant
exigence académique, compréhension fine des métiers
et capacité d’anticipation.
Ce basculement traduit une mutation profonde du rôle des
écoles et des universités. Il ne s’agit plus seulement de former
avant l’entrée dans la vie professionnelle, mais d’accompagner
les transformations tout au long des parcours. Cela
suppose de repenser les formats, les rythmes, les publics, et
la place des enseignants, appelés à jouer un rôle plus visible
dans le champ de la formation des cadres, des managers et
des dirigeants.
L’IA, révélateur plus que solution
L’irruption de l’IA générative agit comme un accélérateur et un
révélateur. Elle ouvre des perspectives puissantes en matière
de personnalisation et de contextualisation, mais elle oblige
aussi à clarifier les intentions pédagogiques. L’IA ne remplace
pas l’apprentissage. Elle en modifie les conditions.
Les expériences présentées dans ce numéro rappellent un
point essentiel : former ne consiste pas seulement à produire
des résultats, mais à construire des chemins. Lorsque l’IA
est utilisée pour confronter, questionner, mettre à l’épreuve
les acquis, elle devient un outil d’entraînement. Lorsqu’elle
se substitue, elle fragilise l’appropriation, l’engagement et, à
terme, la compétence elle-même.
Le grand angle mort reste l’impact
Du côté des entreprises, la formation est largement reconnue
comme un levier de compétitivité. Mais cette conviction se
heurte encore à deux obstacles majeurs : le coût et la difficulté
à mesurer l’impact réel des actions de formation. Plus les
organisations sont petites, plus ces freins sont structurants.
Le défi n’est pas de produire des indicateurs parfaits, mais
d’installer des pratiques simples, capables de relier formation,
évolution des compétences et transformation du travail.
La formation continue gagne en légitimité lorsqu’elle est perçue
comme un investissement, et non comme une obligation.
Une revanche qui engage des responsabilités
Parler de revanche de la formation continue n’est pas un effet
de style. C’est le signe d’un déplacement profond. Dans un
monde où les compétences se transforment plus vite que les
organisations, la formation ne peut plus être pensée comme
un événement ponctuel, mais comme un processus continu.
Cette revanche engage des responsabilités partagées. Aux
établissements, celle de repenser leur mission au-delà du
diplôme. Aux entreprises, celle d’inscrire la formation dans
leur stratégie. Aux individus, celle de s’inscrire dans une logique
d’apprentissage tout au long de la vie.
La formation continue n’est plus un supplément. Elle devient
la condition même de la durabilité des compétences.
Sommaire
LES ESSENTIELS DU MOIS
4 • Vive les seniors !
5 • Compétences rares, recrutements
bloqués ?
6 • Devenir ingénieur : les défis de l’après
diplôme
42 • Au cœur d’un comité de perfectionnement :
comment Excelia réunit ses entreprises
partenaires
ENTRETIENS
7 • Jean Roch Houllier, Head of Operations,
Learning and Digital SAFRAN
22 • Alexandre de Navailles, Directeur Général
de KEDGE Business School
30 • Louis HART de KEATING, Directeur de
mission au sein du Pôle compétences,
formation, jeunesse du MEDEF
38 • Aline Scouarnec, Docteure en Sciences de
Gestion, Professeur agrégé des Universités
DÉBAT
26 • Reconversion des femmes dans les
métiers du numérique : une opportunité
pour l’inclusion et l’innovation
POINT DE VUE
35 • Le virage stratégique de la formation
continue : des diplômes aux compétences
actionnables
DOSSIER
12 • L’enseignement supérieur acteur majeur
de la formation continue
PAROLE D’AVOCAT ET DE COACH
24 • De l’entretien professionnel à l’entretien
de parcours professionnel
34 • Formation continue et coaching : le duo
gagnant des compétences durables
ENQUÊTE
44 • Perspectives de l’OCDE sur
les compétences 2025
Sébastien Vivier Lirimont,
Directeur de la publication
« L’Essentiel du sup » est une publication du groupe HEADway Advisory, SAS au capital de
30 000 €, RCS 53298990200046 Paris, CPPAP 0920W93756, 33, rue d’Amsterdam, 75008 Paris.
Directeur de la publication : Sébastien Vivier-Lirimont.
Directeur de la rédaction : Olivier Rollot (o.rollot@headway-advisory.com)
Rédactrice en chef : Vanessa Calvao (v.calvao@headway-advisory.com)
Responsable commerciale : Fanny Bole du Chomont (f.boleduchomont@headwayadvisory.com)
et Sanah Mouhssine (s.mouhssine@headway-advisory.com)
Création graphique et mise en pages : Élise Godmuse
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
L’ESSENTIEL DU MOIS
NOVEMBRE 2025 N° 1
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
L’ESSENTIEL DU MOIS
NOVEMBRE 2025 N° 1
Vive les seniors !
D’après la dernière étude du cabinet Fidal, les
entreprises se mobilisent de plus en plus pour
garder leurs salariés seniors. En analysant
plus de 300 accords signés récemment, on
peut retenir quatre points clés : le nombre d’accords
sur l’emploi des seniors a bondi de 25 % en un an,
la priorité est donnée à l’aménagement du temps de
travail, à la santé et à la transition vers la retraite, si la
formation progresse (elle est présente dans 43 % des
accords), les entreprises ont encore du mal à recruter
de nouveaux seniors ou à les aider à changer de métier
(reconversion), pour que cela fonctionne, le dialogue
entre la direction et les représentants des salariés est
jugé indispensable.
Source : Fidal, Observatoire Fidal de l’employabilité.
Comment former à la transition écologique ?
D’après The Shift Project, la plupart des entreprises françaises
ont commencé à parler d’écologie à leurs salariés,
mais elles s’arrêtent souvent à l’étape de la sensibilisation.
Concrètement, moins de 40 % d’entre elles
proposent des formations techniques qui apprennent
comment changer sa manière de travailler. Le rapport
prévient que pour réussir la transition écologique, il ne
suffit plus d’informer mais il faut former les travailleurs
de façon structurée et professionnelle. Pour que
cela fonctionne, l’apprentissage de ces nouveaux gestes
métiers doit devenir une priorité absolue des directions
des ressources humaines.
Source : The Shift Project, Former les actifs
pour la transition écologique.
78 millions de postes
supplémentaires d’ici 2030 !
Le rapport 2025 du Forum Économique Mondial prévoit un immense brassage des métiers d’ici 2030. Concrètement,
si 92 millions d’emplois risquent de disparaître, l’IA et la transition écologique devraient en créer 170
millions, soit un bilan positif de 78 millions de postes supplémentaires. Cependant, ce changement s’accompagne
d’un défi de taille : près de 40 % des savoir-faire actuels seront bientôt dépassés. Pour ne pas rester sur
la touche, il devient vital de se mettre à niveau ou de se réorienter totalement. Les entreprises chercheront avant
tout des profils capables de maîtriser les outils numériques et l’IA, mais aussi des personnes agiles, créatives
et capables d’analyser des données pour résoudre des problèmes complexes.
Source : World Economic Forum, The Future of Jobs Report 2025.
45%
D’après une enquête réalisée
par Gallup, le recours à l’IA
dans le travail aux Etats-
Unis n’a fait qu’augmenter
durant l’année 2025. 45% des
salariés déclarent l’utiliser
plusieurs fois par an et son
usage hebdomadaire est
devenu récurrent. Il faut
toutefois noter que son
utilisation reste limitée à la
consolidation d’information
ou à la génération d’idées.
Source : étude Gallup.
Skills-first
Selon l’OCDE, les entreprises
s’intéressent plus à ce que
vous savez réellement faire
qu’à vos diplômes. C’est ce
qu’on appelle l’approche
skills-first. L’idée est simple :
combler le manque de
personnel en ouvrant la porte
à des profils variés, mieux
faire correspondre le candidat
aux postes réel et « pousser »
chacun à se former tout au
long de sa carrière. Un bémol
toutefois : il est plus difficile
de mesurer, mais aussi de
prouver, ces compétences
que de faire vérifier un
diplôme sur votre CV.
Source : OCDE, Empowering
the Workforce in the Context
of a Skills-First Approach.
Compétences rares,
recrutements bloqués ?
Reconversion,
compétences d’avenir
et plan France 2030
Dans le cadre du plan France 2030, l’État mobilise 1,4
milliard € pour encourager les formations dans les filières
jugées stratégiques (énergies renouvelables, technologies
numériques, mobilité décarbonée, biomédicaments,
etc.), afin d’adapter l’appareil de formation
aux compétences des métiers d’avenir.
Source : info.gouv.fr
Selon l’enquête Besoins en Main-d’Œuvre (BMO)
2025 de France Travail, les tensions de recrutement
concernent un large éventail de
métiers techniques et de services. Outre les
plombier-chauffagistes, maçons et électriciens du
bâtiment, figurent parmi les professions les plus difficiles
à recruter : géomètres, couvreurs, techniciens
de maintenance industrielle (électrique, électronique,
automatismes), techniciens en froid et climatisation,
carrossiers automobiles, mais aussi aides à domicile
et auxiliaires de vie.
Dans ces métiers, jusqu’à 8 recrutements sur 10 sont
jugés difficiles par les employeurs, révélant un décalage
persistant entre compétences disponibles et compétences
attendues, et soulignant l’enjeu stratégique
de la formation continue pour sécuriser les parcours
professionnels et répondre aux besoins économiques.
Source : France Travail, Besoins en Main-d’Œuvre 2025.
NPEC : nouvelles règles
C’est pas passé loin !
Dans le projet de loi
de finances 2026, le
gouvernement avait proposé
de supprimer l’éligibilité
des bilans de compétences
et d’autres formations non
certifiantes au CPF, dans
une logique de recentrage
des financements sur les
formations certifiantes.
Suite aux débats
parlementaires, le Sénat et
les députés ont voté contre
les mesures qui excluaient
le bilan de compétences
et plafonnaient certaines
actions non certifiantes
du financement par CPF.
Il reste donc finançable
par le CPF à ce stade.
Les NPEC (Niveaux de Prise en Charge) correspondent au financement annuel
versé par les OPCO pour chaque contrat d’apprentissage, en fonction de la certification
RNCP visée.
Depuis juillet 2024, un référentiel national consolidé publié par France compétences
s’applique aux nouveaux contrats. Un nouveau décret de décembre 2025 renforce
le rôle de France compétences, qui émet désormais des recommandations préalables
aux décisions des
branches.
Les branches disposent
de 3 mois pour fixer les
NPEC, avec application
possible d’un NPEC
de carence en cas de
non-décision. A suivre…
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
L’ESSENTIEL DU MOIS FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
Devenir ingénieur :
les défis de l’après diplôme
À
l’heure où les entreprises cherchent à attirer
et retenir de jeunes ingénieurs en quête de
sens, le Groupe INSA publie l’étude S’inventer
ingénieur·e, un statut en mutation, qui met
en lumière les profondes mutations à l’œuvre dans
l’identité professionnelle des ingénieurs, leur rapport au
travail et l’expérience spécifique vécue par les femmes
dans la filière. Alors que l’ingénieur acteur du changement
est une des figures d’incarnation de l’ingénieur
contemporain pour plus de 30% des jeunes interrogés,
qu’ils soient étudiants ou jeunes actifs, les auteurs de
l’étude notent que « les marges de manœuvre limitées
et les fortes contraintes organisationnelles que les
jeunes découvrent en entrant dans l’entreprise viennent
heurter le récit mobilisateur porté par les écoles et les
employeurs, censé répondre à leur quête de sens ».
Une identité professionnelle qui se recompose.
Menée par l’Institut Gaston Berger du Groupe INSA avec
le soutien du Groupe EGIS, l’étude révèle une identité
d’ingénieur désormais plurielle et moins homogène
qu’autrefois. Le titre d’ingénieur ne renvoie plus à un
rôle unique, mais à une palette de fonctions, parfois
éloignée du récit traditionnel de l’“ingénieur acteur
du changement”. Les jeunes diplômés découvrent
souvent que la hiérarchie et les processus limitent
leur autonomie : un cinquième d’entre eux déclarent
occuper un rôle d’exécutant, tandis qu’un tiers jugent
leurs missions peu stimulantes. Ce décalage entre
formation, aspirations et réalité du terrain nourrit une
forme de désillusion.
Un rapport au travail centré sur l’expérience. Les
résultats de l’enquête des Insa montrent également une
génération davantage orientée vers l’apprentissage, la
mobilité et la qualité de vie plutôt que vers l’attachement
durable à une entreprise. Les jeunes ingénieurs évaluent
leur parcours comme une « succession d’expériences
permettant de développer compétences, réseaux et
sens ».
Mais les attentes à l’égard de l’impact sociétal révèlent
un contraste : 43 % des étudiants jugent motivant de
s’engager dans des projets à fort enjeu social, contre
seulement 29 % des jeunes actifs. Une différence qui
traduit, selon les sociologues, un « recentrage individuel
ou la confrontation à des organisations où l’impact réel
reste difficile à exercer ».
Des trajectoires féminines toujours contraintes.
L’étude consacre un volet important à l’expérience des
femmes ingénieures, dont les parcours demeurent
exposés à des normes organisationnelles encore
largement masculines. Si elles investissent ce champ
comme espace d’ascension sociale, elles expriment des
inquiétudes persistantes : près de la moitié de celles qui
se disent peu attirées par le management doutent de
leur légitimité à diriger, et plus d’une sur deux redoute la
charge mentale associée aux fonctions d’encadrement.
Les critères d’attractivité privilégiés par les femmes —
transparence salariale, politiques équitables, flexibilité
organisationnelle, mixité managériale — « montrent une
demande claire d’égalité réelle ». Celles-ci se montrent
également plus « attentives que leurs homologues
masculins aux aménagements permettant de concilier
vie professionnelle et personnelle ».
10 points de l’étude
des Insa à retenir
20% des jeunes ingénieurs
en activité considèrent que
leur fonction n’offre pas
suffisamment d’autonomie
et qu’ils occupent un
rôle d’exécutant.
31% des étudiants et 28%
des jeunes actifs jugent leurs
missions peu intéressantes.
43% des étudiants
ingénieurs trouvent
motivant que l’entreprise
propose aux jeunes de
s’investir dans des projets
à impact sociétal (levier de
fidélisation), contre 29% des
ingénieurs en entreprise
Plus de 30% des répondants
(étudiants et actifs) associent
l’ingénieur à la figure de
l’acteur du changement,
mais cette représentation se
heurte à la réalité du terrain
17% des femmes actives
placent le travail au
premier plan de leur vie
(vs 11% des hommes).
46% des femmes
qui déclarent ne pas
être intéressées par le
management doutent de
leur légitimité à manager
(vs 32% des hommes).
53% d’entre elles craignent
la charge mentale associée
à l’encadrement (vs
34% des hommes)
70% des étudiantes et
55% des femmes actives
jugent que les facilités
d’organisation du travail
(congé, flexibilité des horaires
pour les deux parents) sont
la mesure la plus adaptée
aux besoins des femmes.
70% des étudiantes et 55%
des femmes actives citent une
politique d’égalité salariale
transparente comme premier
critère d’attractivité.
Jean Roch Houllier
HEAD OF OPERATIONS, LEARNING AND DIGITAL SAFRAN
« Déléguer à l’IA, c’est risquer le désapprentissage »
Trois ans après le Big Bang de l’IA
générative, Jean Roch Houllier nous
retrace le déploiement mené chez
Safran University. Il défend une « IA de
confrontation », pensée comme un « sas
d’entraînement » qui exerce l’esprit
plutôt que de le décharger, et alerte sur
les risques de désapprentissage, de
désengagement et de mirage de facilité.
Pouvez-vous revenir sur votre démarche et
expliquer comment le déploiement de l’IA en
formation s’est structuré dans le temps ?
Le plan s’est déployé à partir d’octobre 2023, soit environ
un an après le Big Bang et il y a eu trois étapes.
Entre octobre 2023 et mars 2024, nous avons d’abord
consacré une première phase à la montée en compétences
de nos équipes (phase de formation). À cette fin,
nous avons suivi plusieurs formations au sein de Safran
University, en partenariat avec des acteurs spécialisés,
dont le Digital Learning Institute (DLI) à Dublin, via la
certification « AI for Learning ».
Cela a débouché sur la seconde phase du déploiement
qui a commencé à partir de mars-avril 2024 (phase de
rationalisation). Nous avons utilisé la perspective de
DLI qui proposait d’associer les cas d’usage de l’IA en
formation au modèle ADDIE et à ses grandes étapes
(analyse, design, développement, implémentation, évaluation).
Nous nous en sommes servis pour tenter de
« mettre de l’ordre » dans un univers de solutions sans
fin. Ce recensement des cas d’usage, y compris mené en
inter-entreprises, a duré plusieurs mois avec le principe
de commencer par le « quoi » et en allant chercher le
« comment » uniquement après.
Enfin, le lancement d’une phase 3 (phase de maintien en
compétences), depuis mai-juin 2024 : avec la création
d’une cellule de veille dynamique dédiée à l’IA générative
appliquée à la formation, pour suivre un marché en
évolution permanente.
Qu’en est-il ressorti de concret ?
Cela a débouché sur deux réalisations. D’une part, le
lancement en interne d’un cours « Découvrir et pratiquer
l’IA générative en formation », à destination des équipes
impliquées dans la formation, en particulier nos 700
auteurs/autrices de contenus digitaux. A eux seuls, ils
produisent près de 2/3 des 8000 contenus digitaux.
D’autre part, nous avons produit un livre blanc qui
compile les cas d’usages des 20 groupes du club des
« Learning Activists » articulé autour du modèle ADDIE1.
Vous avez pris la parole pour évoquer à la
fois les promesses de l’IA et plusieurs points
de vigilance. Pourquoi était-il important,
selon vous, de poser ce regard nuancé ?
Parce qu’un véritable eldorado s’est ouvert pour les
femmes et les hommes de la formation. L’IA offre des
opportunités quasi sans limite, notamment sur les terrains
de la personnalisation et de la contextualisation des
apprentissages. On a même entendu, lors du congrès
Learning Technologies il y a deux ans, que « ce que le
A propos de : Jean-Roch
Houllier est Head of
Operations, Learning &
Digital au sein de Safran
University, l’université du
groupe SAFRAN. Son
parcours l’a mené d’Alcatel-
Alsthom à Thales, puis au
groupe Safran en 2020. Il
intervient également dans de
nombreuses écoles en tant
qu'enseignant. Jean-Roch
Houllier est également auteur
et contributeur d’ouvrages
et d’articles portant sur
la formation en contexte
professionnel, la transmission
des savoirs métiers et
l’innovation pédagogique
1. Conférence «IA Gen & Learning»
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
e-learning n’a pas réussi à faire en formation, l’IA le fera »,
en particulier sur la promesse de personnalisation.
Or, très honnêtement, cette promesse n’a jamais été
totalement tenue par le e-learning. L’IA ouvre donc un
champ d’opportunités réel, notamment sur la localisation
des contenus. Mais il était important de ne pas s’arrêter
aux seuls points positifs et d’ouvrir aussi la réflexion sur
les limites et les risques.
pour le challenger. C’est un peu comme lorsqu’on explique
un concept à des interlocuteurs très différents : c’est
la pluralité des prismes qui révèle si l’on a réellement
compris. En cela, c’est différent d’un quiz qui valide
essentiellement la restitution. « L’IA de confrontation »
teste la mise en musique : la capacité à argumenter, à
convaincre, à se positionner, à réagir à des objections.
Elle pousse l’apprenant dans ses retranchements, de
manière saine, sans remplacer le réel.
C’est dans ce contexte que vous introduisez
la notion « d’IA de confrontation ». De quoi
s’agit-il exactement ?
J’ai effectivement proposé cette notion pour distinguer
deux logiques. D’un côté, « l’IA de substitution », que
nous avons beaucoup utilisée au départ, en confiant,
en déléguant à l’IA un certain nombre de savoir-faire :
traduction, localisation, aide à la production, etc.
Mais à côté de cette logique de délégation, il existe un
terrain pédagogique extrêmement intéressant : celui de
la confrontation. « L’IA de confrontation » n’externalise
pas les savoirs ; elle permet de venir éprouver ce que
l’on croit savoir.
Concrètement, comment fonctionne cette
« IA de confrontation » ?
Il s’agit de conversations simulées, programmées avec
une intentionnalité pédagogique explicite, et assorties
d’un bilan à l’issue de l’échange. L’apprenant arrive avec
des acquis préalablement internalisés, peu importe
la modalité par laquelle il les a acquis. Il vient ensuite
confronter ces acquis à un agent conversationnel conçu
C’est aussi une façon de rapprocher la formation du
travail. Ces conversations simulées ne se substituent
pas au terrain, mais elles s’en rapprochent davantage
que des modalités plus traditionnelles. Elles deviennent
un ingrédient supplémentaire dans des parcours multimodaux
que nous concevons (environ 30% de nos 1000
sessions annuelles).
Avez-vous déjà des exemples concrets de
ces « sas d’entraînement » ?
Nous avons par exemple un scénario autour de
la matrice d’Eisenhower2. Un agent conversationnel,
incarnant un collaborateur fictif, vient challenger
une apprenante-manageuse sur sa compréhension
des priorités et sa capacité à convaincre.
Autre exemple : un « sas d’entraînement » à l’entretien
annuel de performance, où l’apprenant doit argumenter
face à un collaborateur virtuel. Dans les deux cas,
l’objectif est de vérifier si les concepts théoriques ont
été réellement compris et peuvent être mobilisés dans
une situation crédible.
2. Matrice d’Eisenhower — Wikipédia
Où en êtes-vous aujourd’hui dans le
déploiement de cette IA de confrontation ?
Nous avons mené un premier test en interne pour co-développer
l’outil auteur avec un partenaire. Il s’agit bien
d’un outil auteur, destiné à permettre à nos auteurs et
autrices de s’emparer de cet ingrédient pédagogique.
Nous entrons maintenant dans une phase de « proof of
concept » (POC), d’abord sur des terrains pédagogiques
connus, puis sur un ou deux métiers. Comme pour
toute innovation à Safran University, rien n’est déployé
à grande échelle sans POC préalable, pour des raisons
pédagogiques, sécuritaires et économiques.
anciennes ne sont pas à l’abri. À force de déléguer, on
peut perdre des réflexes fondamentaux. Comme avec
le GPS dans sa voiture : on finit par ne plus savoir lire
une carte.
Vous alertez sur une autre dérive possible :
la « perspective exclusive du résultat ».
Qu’est-ce que vous entendez par là ?
On analyse beaucoup la question du mirage de facilité.
En formation, ce n’est pas tant le résultat qui compte que
le chemin. Il vaut mieux une copie bancale sur laquelle
on a cheminé et réfléchi qu’une copie quasi parfaite en
apparence, mais privée de chemin.
Qu’en attendez-vous principalement ?
Une meilleure consolidation des acquis et une validation
plus fine de cette consolidation. Là où les quiz atteignent
parfois leurs limites, les « sas d’entraînement » permettent
de simuler des situations proches de la réalité : par
exemple, des dilemmes en matière d’anti-corruption,
des situations de management ou de prise de décision.
Ce sont, en quelque sorte, les derniers entraînements
avant la vraie vie.
Vous alertez aussi sur plusieurs risques
liés à l’IA. Le premier est celui du
désapprentissage.
Le désapprentissage peut être vertueux lorsqu’il s’agit
de se débarrasser par exemple de biais pour mieux
réapprendre. Mais il existe aussi une face plus sombre :
celle du désapprentissage « tout court », lorsque l’on
pousse trop loin la délégation et que l’on externalise
massivement les savoirs. Même les générations plus
Le risque, c’est de voir monter ce que j’appelle une « IA
alimentaire ». Je n’ai pas la conviction qu’on puisse se
réaliser en disant : « c’est mon travail », quand le résultat
devient un conglomérat de productions anonymisées,
issues de travaux puisés un peu partout. Est-ce qu’on
dira encore demain : « c’est mon travail » ? Peut-être
dira-t-on plutôt : « ce n’est pas mon travail ».
Et cela peut amplifier des formes de désengagement.
Si l’entreprise pousse le résultat au sens d’une performance
quasi exclusive, au détriment du chemin, on
risque d’avoir des gens qui se contentent de cliquer sur
des prompts et qui ne produisent plus rien. Cela pose
des questions d’appropriation, de dépossession et, à
mon avis, de fragilisation de l’estime de soi.
C’est aussi là que je vois un autre risque : celui de la
marginalisation. Si l’entreprise met à jour ses références
de charge et considère qu’un livrable se fait en une
heure au lieu d’une journée, celles et ceux qui voudront
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
« résister » pour conserver une forme « d’hygiène de
travail » (et de vie) risquent de se retrouver en décalage,
voire marginalisés, parce que pendant que vous mettez
deux jours, le voisin le fait en une heure.
Et il faut être lucide : on parle beaucoup de gain de temps,
mais l’entreprise va remplir le vide. Vous ferez trois
livrables dans la journée au lieu d’un. Par ailleurs, l’idée
qu’on laissera le « facile » à l’IA et qu’on se contentera
du « difficile » me semble trompeuse. On a besoin du
facile aussi pour se rassurer, se construire, reprendre
confiance. Dans un quotidien, on n’est pas efficace toute
la journée. Le mirage, c’est de croire qu’on va abattre
des murs en continu, simplement parce que l’IA donne
l’impression d’arriver très vite à la solution.
On entend souvent que l’esprit critique serait
le rempart. Vous y croyez ?
Je relativise beaucoup. L’esprit critique ne se décrète
pas. C’est le fruit d’un long chemin, d’une appropriation
progressive des savoirs, de leur recombinaison. Il n’y a
pas d’esprit critique improvisé. Dire que l’esprit critique
résoudra tout me semble très simplificateur.
Ces enjeux nourrissent aussi votre projet de
recherche avec Philippe Carré et l’Université
Paris Nanterre (Usages de l’IA générative :
apprendre et/ou désapprendre ?)
Le projet démarre à peine. Il est mené en inter-entreprises,
avec plusieurs organisations aux cultures différentes.
L’objectif est de comprendre, trois ans après le Big Bang,
l’impact de l’IA non seulement sur l’apprentissage, mais
aussi sur le désapprentissage. Le projet devrait s’étaler
sur environ deux ans. L’ambition est aussi de produire
une recherche française, en complément des travaux
déjà engagés ailleurs.
En filigrane, vous défendez une vision très
claire de la formation.
Oui : une formation qui n’idéalise ni ne diabolise l’IA. L’IA est
un moyen, un ingrédient parmi d’autres. Ce qui compte,
c’est l’intentionnalité pédagogique et la compréhension
des mécanismes fondamentaux de l’apprentissage.
L’IA de confrontation, telle que je la conçois, n’appauvrit
pas : elle exerce. Elle ne vide pas l’esprit, elle le met
à l’épreuve. Pour moi, c’est là que réside sa véritable
promesse.
Propos recueillis par Vanessa Calvao Rédactrice en chef
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
DOSSIER
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
DOSSIER FÉVRIER 2026 N° 2
L’enseignement supérieur
acteur majeur
de la formation continue
La formation continue est la nouvelle frontière
de l’enseignement supérieur. Universités, écoles
de commerce comme d’ingénieurs développent
de plus en plus d’offres. Diplômantes, sur mesure,
sur catalogue, elles s’adaptent de mieux en mieux
aux besoins des entreprises comme des cadres.
Petit tour d’horizon.
Inter, intra, sur mesure, en présentiel, à
distance, pour les particuliers comme les
entreprises, MBA, l’offre de formations est
multiple dans l’enseignement supérieur.
Kedge Business School l’a ainsi structurée
autour de deux grands volets. Environ
40 % de l’activité relève de formations
diplômantes ou certifiantes, et 60 % de
formations conçues sur mesure pour les
entreprises. « Le portefeuille diplômant
comprend des équivalents du Bachelor
et du Programme Grande École, quatre
Executive Masters – en achats, supply
chain, management de la qualité et santé
–, ainsi qu’un Executive MBA à dimension
internationale, déployé en France, à
Shanghai et en Afrique. Nous proposons
également des préparations au DCG
et au DSCG, ainsi que des certificats
digitaux », détaille son directeur général,
Alexandre de Navailles. Chaque année,
cela représente entre 5 000 et 6 000
apprenants formés. L’ensemble de cette
activité est regroupé sous une bannière
unique, Kedge Solutions Entreprise, avec
un objectif clair : dépasser le seuil actuel
d’un peu moins de 10 % de l’activité
globale de l’école.
Si ce sont essentiellement les entreprises
qui s’adressent à Mines Paris PSL
Executive Education, le centre accueille
également des particuliers. Certains
certificats sont en effet éligibles au CPF
via les blocs de compétences RNCP ou le
Répertoire Spécifique. « Par exemple, le
certificat Management des associations,
inscrit au Répertoire Spécifique en juillet
2024, réunit environ 60 % de participants
financés par le CPF. Le certificat Management
hospitalier, également au RS,
mobilise peu le CPF, car il est souvent
financé par les établissements publics de
santé », établit Laurent Amice, directeur
de Mines Paris PSL Executive Education
Bordeaux INP propose quant à lui aux
apprenants des formats courts (une
semaine) et des parcours longs sur plusieurs
mois, souvent à raison de trois
jours par mois, afin de s’adapter aux
contraintes des entreprises. Les certificats
des Mines Paris PSL Executive
Education se déroulent sur 9 à 11 jours,
avec des groupes limités à 20 participants.
Essentiellement en présentiel.
« Nous privilégions le présentiel, qui
favorise les échanges et valorise nos
lieux. Mais après le Covid, nous avons
également développé le digital learning
grâce à des partenaires : DataScientest
pour les formations data, Skema pour un
Certificat Data Science et AI for Business,
et First Finance pour un programme
100 % en ligne sur la transition durable »,
spécifie Laurent Amice.
On assiste également depuis plusieurs
années au développement accéléré du
DBA (Doctorate of Business Administration)
dans les écoles de management. Un
diplôme qui s’adresse spécifiquement aux
cadres expérimentés comme l’explique
Michel Kalika, directeur et créateur du
Business Science Institute et, en compagnie
de Jean-Pierre Helfer, auteur
d’un Livre blanc publié avec la Fnege
Le Cnam évidemment
Avec 65 000 auditeurs formés
chaque année auxquels il
délivre 13 000 diplômes et
certificats le Cnam incarne la
formation tout au long de la
vie (FTLV) depuis 1794. Les
formations - plus de 750, dans
les domaines les plus variés -
sont construites et dispensées
en lien étroit avec les
entreprises et organisations
professionnelles. 80 % d’entre
elles sont en formation
continue et 20 % en formation
initiale (principalement
en apprentissage).
© Igensia
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L’ESSENTIEL DU SUP
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
DOSSIER
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(Fondation nationale pour l’enseignement
de la gestion des entreprises) : « Un
DBA de qualité c’est notamment un sujet
amené par un manager en relation avec
son entreprise et son expérience. Un
sujet qui conduit à des résultats utiles
aux entreprises. C’est un vrai enjeu pour
l’enseignement supérieur de mettre en
avant des sujets de recherche portés
par des managers qui ont fait œuvre utile
pour leurs entreprises. Les DBA changent
ainsi le regard sur la recherche doctorale
en mettant en avant le rôle du terrain »,
S’adapter aux besoins des entreprises.
L’écueil auquel sont le plus
souvent confrontés les établissements
d’enseignement supérieur est la mauvaise
adaptation de leur pédagogie à un public
de professionnels. L’acquisition en 2023
de l’organisme de formation Meltis, expert
en formation managériale, par Neoma a
ainsi permis à l’école de management de
mieux appréhender les contraintes du
marché. « Il y a huit ans il n‘y avait rien
en executive education à Neoma. Depuis
le chiffre d’affaires a été multiplié par 8,5
et dépasse aujourd’hui les 3,5 millions
d’euros et même 7,5 millions après le
rachat de Meltis », se félicite le directeur
de l’Executive Education de Neoma,
Stéphane Dubreuille. « Notre stratégie
repose d’abord sur la réinvention de carrière
et la reconversion professionnelle,
notamment celle des sportifs de haut
niveau. Le deuxième axe porte sur des
programmes sur-mesure conçus pour
de grandes entreprises comme L’Oréal,
Safran, BNP Paribas ou Naval Group . Le
troisième axe est celui de la formation
inter-entreprises, avec 13 certificats
conçus aux côtés de partenaires d’excellence
tels que Jedha, AgroParisTech
ou l’IRIS, pour proposer des thématiques
clés comme l’intelligence artificielle, la
data, l’impact de la géopolitique sur les
décisions des entreprises, la finance
durable ou les enjeux des transitions »,
détaille le directrice générale de Neoma,
Delphine Manceau qui propose également
des programmes diplômants et certi-
fiants en Chine et bientôt en Côte d’Ivoire,
ainsi que des learning expeditions pour
des entreprises internationales, telles
qu’Allianz Italy ou le MBA de l’Université
Laval, autour de thématiques d’excellence
comme l’innovation managériale et la
culture du champagne. Ces initiatives
ont valu à NEOMA d’être classée 12ème
mondial et 4ème en France par le Financial
Times dans son Executive Education
Custom 2025.
Un activité de formation continue « historique
» pour le groupe d’écoles de
statistiques Ensae-Ensai car, comme le
rappelle sa directrice générale, Catherine
Gaudy « elle fait partie de notre histoire
et est une composante à part entière du
Groupe » L’Ensae-Ensai dispense des
formations en data science, économie
et finance, et vient de lancer un nouveau
certificat en intelligence artificielle alors
que la Banque de France reste son partenaire
le plus fidèle. : « C’est un marché très
concurrentiel, qui demande des investissements
marketing que les contraintes
budgétaires rendent parfois difficiles.
Malgré cela, la formation continue génère
des ressources propres stables. Nous
accordons une grande importance à la
satisfaction des participants : chaque
session fait l’objet d’une enquête et d’un
compte rendu détaillé ».
Mais tous les établissements ne peuvent
pas performer en formation continue.
« Il y a d’abord un manque de prise de
conscience du potentiel de développement
lié à la formation tout au long de la
vie (FTLV). On reste sur un schéma : on
recrute des étudiants, on les diplôme, puis
ils deviennent alumni. Nous ne sommes
pas dans une posture d’accompagnement
tout au long de la vie. C’est un changement
de paradigme » note Aline Scouarnec,
professeur responsable à l’IAE Caen du
Master RH en Alternance, du DU Métiers
de la Formation et du Développement
des Compétences pour laquelle, il y a
également une question de représentation
sociale : « Pour un diplôme, on pense à
une école ou une université ; pour un
séminaire de quelques jours, on pense
La VAE : pas si simple !
Quand on pense formation
continue on pense validation
des acquis de l’expérience
(VAE). Mais le moins qu’on
puisse dire c’est qu’il y a
peu d’élus : moins de 13 000
par an en 2022 avant que
le gouvernement relance le
dispositif. Au totale, sur les
251 000 diplômes délivrés
en vingt ans, un tiers sont
des BTS, 23 % des CAP,
20 % des baccalauréats
professionnels et 5 %
des BP, auxquels on peut
rajouter 15 % de diplômes
d’état placés sous cotutelle
du ministère chargé des
affaires sociales (DEES et
DEME pour l’essentiel).
L’enseignement supérieur est
très peu représenté alors que
plus de 1 100 certifications
sont aujourd’hui accessibles
sur le site France VAE.
à une “boîte de formation”, pas à un
établissement d’enseignement supérieur.
Les enseignants-chercheurs ne sont
pas spontanément perçus comme des
“formateurs” sur ce marché, et pourtant
les compétences en recherche appliquée
pourraient être valorisées ».
De fortes ambitions affirmées dans
les écoles de management. A l’image
de Neoma les école des management sont
particulièrement en pointe. La formation
continue représente ainsi 50 millions
(hors MBA) des 235 millions d’euros de
chiffre d’affaires de HEC Paris. Le tout
avec 60% de croissance ces dix dernières
années et encore beaucoup d’ambitions
pour l’avenir. Dans son plan stratégique
présenté en 2025 HEC ambitionne ainsi
« faire monter ce chiffre d’affaires à
75 millions d’euros dans les cinq ans »
comme l’explique son directeur général,
Eloïc Peyrache, qui entend « poursuivre
de la montée en gamme de l’école sur
les programmes de formation continue
sur mesure et un renforcement de
l’attractivité mondiale d’HEC Paris pour
les programmes de formation continue
sur catalogue (plus internationaux, plus
modulaires et permettant la capitalisation
de crédits tout au long de la vie) ».
C’est également un axe de croissance
majeur pour l’Essec qui a structuré son
offre autour de deux directions générales
adjointes : l’une pour les programmes
pré-expérience (bachelors, Grande École,
masters spécialisés), l’autre pour les
programmes post-expérience (formation
continue, Executive Education, relations
entreprises). « Nous concevons de plus
en plus de programmes sur mesure pour
les entreprises, coconstruits avec elles à
partir de leurs besoins spécifiques. Cette
approche nous a permis d’intégrer le top
10 mondial du Financial Times en Executive
Education », relève son directeur général,
Vincenzo Vinzi.
Des écoles d’ingénieurs qui ne s’en
laissent pas compter. Du côté des
école d’ingénieurs les ambitions s’affirment
également de plus en plus fortes.
Alors qu’elle représente aujourd’hui entre
4 et 5% de son budget total, le développement
de la formation continue sera
par exemple prioritaire dans à Mines
Saint-Etienne qui entend bien « doubler
son chiffre d’affaires en la matière » selon
son directeur, Jacques Fayolle. Une
réflexion qui passe également par une
optimisation des charges de l’école et
par une facturation au « juste prix » des
L’Insead lance
une plateforme
d’apprentissage
alimentée par l’IA
L’Insead associée avec la
banque Standard Chartered
lance Lexarius, une
plateforme EdTech alimentée
par l’intelligence artificielle
qui entend « libérer le
plateforme humain partout
dans le monde en rendant
l’apprentissage profondément
expérientiel ». Lexarius
propose à cet effet une
plateforme de jeux de rôle
et de coaching conçue pour
transformer la formation
en entreprise (L&D) en
accélérant l’acquisition de
compétences. Lexarius a
été conçu pour répondre à
ce besoin en utilisant des
avatars avancés et une IA
agentive afin de proposer des
conversations immersives
et un coaching personnalisé
dans plus de 20 langues.
© Igensia
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
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FÉVRIER 2026 N° 2
actions de formation et de recherche :
« Nous ne prenons parfois pas le coût
complet de nos actions. Nos partenaires
doivent prendre l’habitude de payer nos
prestations au juste prix ».
A Paris sa cousine des Mines a ouvert en
2019 un département Executive Education
particulièrement actif. « Aujourd’hui, nous
clôturons l’exercice avec 2,3 millions d’euros
de chiffre d’affaires pour une équipe
de cinq personnes. Nous fonctionnons
comme une TPE ou une PME agile, alignée
sur les axes stratégiques de l’école :
accompagner les transitions numérique
et écologique », précise Laurent Amice,
A CentraleSupélec l’activité représente
environ 11 à 12 millions d’euros, via des
formations intra-entreprise, inter-entreprises,
des modules de management,
des formations techniques mais aussi
des mastères spécialisés.
Parmi toutes les écoles d’ingénieurs
une se distingue particulièrement : CPE
Lyon comme l’explique son directeur,
Gérard Pignault : « Nous avons vécu
des années difficiles avec le Covid mais
l’activité formation continue représente
de nouveau aujourd’hui un quart de notre
budget, trois millions sur douze, avec des
points forts historiques dans la chimie et
les procédés mais aussi aujourd’hui les
sciences du numérique ». Toujours à Lyon,
l’activité formation continue de l’Ecam
LaSalle représente environ 10% de son
activité soit 1,8 M€ sur 18. A Bordeaux
INP cela représente aujourd’hui autour
de 900 000 euros, soit 3 % du budget
global avec l’objectif de doubler ce chiffre
à moyen terme. « C’est un axe de développement
important. Nous en faisions
déjà, mais nous avons structuré notre
offre avec des diplômes d’établissement
(DE) dans des domaines technologiques :
cybersécurité, intelligence artificielle,
radiofréquences, systèmes explosifs,
ergonomie, données massives, etc. »,
détaille son président, Guillaume Ferré.
A l’université des IAE en pointe. Hors
formations très spécialisées en santé par
exemple, les IAE (instituts d’administration
des entreprises) sont aujourd’hui ceux qui
parviennent le mieux à booster la formation
continue dans les universités. Celle-ci
représente aujourd’hui par exemple un
tiers du budget de l’IAE Aix-Marseille
dont plus d’un tiers des professeurs
permanents sont susceptibles de délivrer
des cours en formation continue.
Il délivre des diplômes dédiées comme
l’Executive Licence en Management des
Organisations destiné aux entreprises
qui ont des personnes de niveau bac +
2 qu’ils veulent faire évoluer dans leur
structure. Un IAE qui délivre également
des formations à Paris à des cadres sans
avoir pour autant besoin de bâtiments
permanents.
Une réussite qu’on retrouve à l’IAE Paris-Sorbonne
business school, leader
dans l’enseignement supérieur en formation
continue qui représente 80% de
ses 2 700 étudiants et permet à son IAE
d’atteindre 60% de ressources propres.
Mais que de problèmes à résoudre pour
cela regrette son directeur, Éric Lamarque
: « Pour y parvenir il faut résoudre
un nombre considérable de blocages
administratifs. Nous avons toutes les
compétences dans les universités pour
innover. Le pôle marketing du SFC a ainsi
mis en évidence en 2025 un besoin et un
souhait de formation exprimés par les
infirmières libérales. Les responsables
des pôles Enseignements à Distance et
Formation Continue de l’université ont
ensuite associé leurs compétences à
celles d’enseignants de l’Université afin
de concevoir des capsules de formation
d’une durée de 3h30 entièrement à distance
dont les thématiques traitent des
préoccupations de la profession.
La prime aux leaders ! C’est logique :
se former dans une formation de premier
plan permet d’ajouter une plus-value à
développer la formation continue mais pas
son CV. Ce sont donc les leaders qui
l’état d’esprit si on excepte les IAE. » L’un
l’emportent souvent à l’image de HEC
des blocages tient au nombre d’heures
de l’Ecole polytechnique ou de l’Insead.
qu’un enseignant peut consacrer à la
« Quand on me demande quelles sont
formation continue : « Au nom de l’égalité
les différences les plus significatives
et de la recherche on limite le nombre
entre l’INSEAD et les autres écoles de
d’heures dédiées. On plafonne le nombre
commerce, je parle souvent de l’exe-
d’heures de l’enseignant qui apporte du
cutive education, qui représente 50%
financement à l’université ! ».
de notre activité », établit le dean de
Quelles que soient les difficultés rencon-
l’Insead, Francisco Veloso, capable de
trées, il n’y a pas que les IAE qui peuvent
recruter des étudiants dans le monde
se targuer de développer avec succès
entier :« Aujourd’hui, nous avons des
la formation continue dans les universi-
étudiants de 80 pays différents et aucune
tés, notamment dans les disciplines de
nationalité ne dépasse 10 % de l’ensemble
santé. Témoin l’université de Strasbourg
des étudiants ; il en est ainsi depuis 30
dont le service formation continue (SFC)
ans et c’est ce qui fait de nous l’école la
© Igensia
compte plus de cinquante collaborateurs
et s’appuie sur des études de marché pour
plus internationale ». Au cours des dix
dernières années, l’école a constaté une
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COMPÉTENCES
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forte croissance des inscriptions parmi
les étudiants indiens et chinois, et ces
nationalités représentent actuellement
environ 10 % de l’effectif total de l’INSEAD,
tandis que de nombreuses nationalités
représentent de 4 à 7 % de l’effectif
total. Une imprégnation internationale
unique qui fait aussi son succès auprès
des managers du monde entier.
« La marque est un atout fort, mais elle ne
fait pas tout. Elle ouvre les portes, mais
la confiance se gagne par la qualité des
programmes. Nous disposons d’un lieu
unique, au 60 boulevard Saint-Michel,
depuis 1816, avec même un musée de
Minéralogie intégré. Les visites privatives
du musée, souvent incluses dans les
formations, laissent un souvenir mémorable
à nos apprenants », établit ainsi
Laurent, directeur de Mines Paris PSL
Executive Education, qui rappelle également
que « le marketing est clé : il faut se
faire connaître, même avec une marque
forte ». Son offre de formation continue
se répartit entre 60 % de programmes
inter-entreprises et 40 % sur mesure.
« Environ 80 % de nos programmes
portent sur les transitions numérique et
écologique : la moitié sur la data, l’IA et le
digital ; l’autre moitié sur la durabilité »,
stipule le directeur. Le certificat Chef
de projet IA a par exemple connu une
forte accélération depuis l’effet ChatGPT,
avec une demande en hausse continue.
À l’inverse, les programmes sustainability
subissent un effet de tassement,
notamment chez les grands comptes, en
raison du contexte réglementaire et des
incertitudes autour de la CSRD (Corporate
Sustainability Reporting Directive).
Des infrastructures dédiées. Pour
encore développer ses activités, HEC
Paris s’appuiera notamment sur des
infrastructures dédiées à la formation des
cadres qui seront entièrement rénovées
dans les années à venir avec le soutien
de sa fondation. Alors qu’elle vient de
rénover ses bâtiments de Cergy l’Essec
reste implantée à La Défense, qui abrite
notamment ses programmes de formation
continue, au cœur du quartier d’affaires,
mais pourrait se déplacer « pour mieux
répondre aux besoins de nos activités
métropolitaines ».
Une qualité d’infrastructures nécessaire
pour accueillir un public de cadres. Une
réflexion qui a prévalu au déménagement
de l’IAE Paris dans de nouveaux locaux en
ce début d’année 2026 comme l’explique
son directeur, Éric Lamarque : « Notre
nouveau bâtiment va d’abord une excellente
expérience étudiante avec 800 m2
dédiés à la vie étudiante et une meilleure
ergonomie des salles de cours. Nous
disposerons également d’une agora, de
salles de travail, d’une petite cafétéria.
Ce sera très utile pour nos étudiants qui
viennent le soir. Nous serons vraiment
à l’égal des écoles de management de
premier plan ! »
Et il faut aussi être à Paris où se concentre
l’essentiel des sièges sociaux. Le nouveau
bâtiment parisien de CentraleSupélec
ouvrira ainsi ses portes à la rentrée 2026
pour accueillir des activités à forte valeur
ajoutée : entrepreneuriat, formation continue,
bachelors et masters internationaux.
« Sa localisation parisienne représente
un atout stratégique pour séduire des
étudiants étrangers et développer des
formations premium. L’objectif est d’en
faire non seulement un lieu d’enseignement,
mais un véritable campus de vie,
connecté au site de Gif-sur-Yvette grâce
à la future ligne 18, qui mettra les deux
sites à environ 35 minutes », explique
Romain Soubeyran, directeur de CentraleSupélec.
S’associer pour avancer. Les compétences
ne peuvent pas toujours être
toutes présentes dans le même établissement.
L’IAE Paris a ainsi passé des
accords de partenariat avec l’organisme
de formation IFG pour que celui-ci vende
ses formations explique Éric Lamarque
qui constate qu’une « université est par
exemple incapable de communiquer pour
s’adapter au public. Elle croit qu’il suffit
de proposer un service pour que les
étudiants viennent naturellement. Mais
non : il faut des vendeurs ! Mais il faut
également pouvoir refuser ceux qui ne
sont pas au niveau ! »
Mines Paris – PSL Executive Education a
de son côté présenté en 2025 une certification
en ligne dédiée à la transformation
des entreprises de l’assurance et de la
banque par la data et l’IA avec l’IFPASS
(institut de formation de la profession
de l’assurance). « Ce partenariat avec
le Groupe Ifpass est l’opportunité pour
Mines Paris – PSL Executive Education
de s’adosser à un organisme de formation
reconnue auprès des entreprises des
secteurs de l’assurance et la banque,
permettant ainsi de compléter notre offre
de formations interentreprises et sur
mesure dans le domaine de la transition
numérique, et plus spécifiquement de la
science des données et de l’intelligence
artificielle » précise Laurent Amice.
Des intervenants adaptés : un impératif.
Enseigner à des jeunes et à des cadres
expérimentés c’est faire le grand écart
dans sa pédagogie et tous n’en sont pas
capables. « Cela demande un gros investissement
personnel et certains sont trop
académiques ou trop habitués à enseigner
à des étudiants de master pour relever
le défi de cadres qui les challengent »,
rappelle Virginie de Barnier, directrice
de l’IAE de la Nouvelle Calédonie après
avoir été à la tête de celui d’Aix-Marseille.
A l’université de Strasbourg le Service
formation continue SFC travaille avec
plus de 2 000 intervenants dont un tiers
d’enseignants universitaires qui assurent
notamment l’accompagnement disciplinaire
dans la démarche de validation des
acquis de l’expérience. Les enseignants
professionnels représentent quant à
eux un effectif annuel de plus de 1 300
hommes et femmes de terrain.
Aux Mines Paris le modèle repose sur un
triptyque : les enseignants-chercheurs
pour l’état de l’art, des experts ou consultants
affinitaires pour la boîte à outils et
des grands témoins pour le retour d’expérience.
Des enseignants-chercheurs de
plus en plus intéressés par la formation
continue selon Laurent Amice : « Quand
un programme fonctionne, cela crée un
effet d’entraînement. Ils apprécient le
contact avec des professionnels expérimentés,
souvent plus interactif qu’avec
des étudiants. Cela enrichit aussi leur
recherche et leurs cours. Il y a, selon
les cas, un intérêt financier pour eux ou
pour leur centre de recherche ».
Mettre l’entreprise au centre. Le
marché n’étant pas en forte croissance,
chaque acteur tente de gagner des parts
face à des acteurs puissants comme HEC,
CentraleSupélec ou l’École polytechnique.
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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
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Mais aussi les « cabinets de conseil,
notamment Onepoint ou Accenture, qui
investissent désormais la formation,
la frontière entre conseil et pédagogie
devenant de plus en plus poreuse » selon
Laurent Amice qui insiste : « Nous restons
concentrés sur notre valeur ajoutée : un
contenu scientifique solide, un ancrage
dans la recherche et une approche pragmatique
». Avec Dassault Systèmes il a
par exemple conçu un programme sur
les fondamentaux du machine learning
en mobilisant des enseignants-chercheurs
du centre de bio-informatique
des Mines Paris - PSL : « Leur expertise
a permis d’assurer un contenu rigoureux
et directement applicable ».
Rennes SB est aujourd’hui dans le peloton
de tête des écoles les plus engagées
dans le développement de sa formation
continue. « Nous avons revu l’ensemble
du catalogue pour remettre l’entreprise au
centre. Nous avons par exemple construit
toute une gamme de formation pour accompagner
les transformations IA dans
les entreprises, comme l’IA4Business ou
encore l’IA4HR. Nous innovons également
en aidant les entreprises à capturer et à
valoriser leurs savoir-faire, grâce à un
partenariat structurant avec LinkedIn
Learning » explique son directeur général,
Adilson Borges. Cela passe par
exemple par le lancement du programme
The NextCLO (CLO est l’acronyme pour
Chief Learning Officer), une formation
qui vise à faire monter en compétence
les équipes du Learning Développent de
toutes les entreprises du CAC 40, et les
aider à prendre une posture d’agents de
transformation pour leurs organisations.
Olivier Rollot,
directeur de la rédaction
Quelle relation des Français à l’apprentissage,
la formation et l’emploi ?
Le baromètre 2025 du Groupe IGENSIA
Education sur la relation des Français à
l’apprentissage, la formation et l’emploi,
réalisé avec l’IFOP auprès de 1 300 répondants
(grand public et entreprises),
met en lumière un paradoxe central : si la
formation tout au long de la vie est largement
reconnue comme indispensable, elle
demeure insuffisamment intégrée dans
les pratiques des actifs comme dans les
stratégies des entreprises. Le lien entre
les attentes des Français et les besoins
des employeurs reste fragile, malgré une
prise de conscience partagée.
La formation levier majeur d’attractivité
et de sécurisation des parcours
professionnels. Elle influence le choix
d’une entreprise pour 47 % des actifs et
67 % des étudiants, et 6 employeurs sur
10 la considèrent comme déterminante
pour attirer et fidéliser les talents. Pourtant,
près d’un actif sur deux estime ne
pas avoir été suffisamment accompagné
par son employeur pour se former, évoluer
ou se reconvertir, et 4 employeurs
sur 10 jugent leur politique de formation
insuffisamment développée. Ce décalage
entre ambitions affichées et réalité vécue
est souvent attribué à des contraintes budgétaires
et organisationnelles.
Dans les faits, la formation continue
reste peu pratiquée : 40 % des actifs ne
consacrent aucun temps hebdomadaire
à l’apprentissage, et la moyenne s’établit
à 1,7 heure par semaine. Cette faible
intensité traduit à la fois un manque de
temps, d’accès et de dispositifs adaptés,
mais aussi une difficulté à inscrire durablement
l’apprentissage dans le quotidien
professionnel.
Le baromètre met également en évidence
une crise d’acquisition des compétences.
Plus d’un tiers des employeurs estiment
que l’offre de formation actuelle n’est pas
suffisamment alignée avec les besoins du
terrain, et 7 sur 10 jugent les jeunes diplômés
mal préparés aux réalités du monde
du travail. Ce constat est partagé par les
actifs : un sur deux considère que sa formation
ne l’a pas correctement préparé
aux transitions professionnelles ou à
l’évolution des compétences. Ce désalignement
structurel souligne la nécessité
de mieux articuler compétences techniques
et compétences transversales (soft
skills), jugées essentielles pour s’adapter
à des métiers en constante évolution.
Les grandes transitions du siècle accentuent
ces tensions. Les actifs et les
étudiants identifient principalement la
transformation numérique et l’intelligence
artificielle comme facteurs majeurs d’impact
sur leurs parcours, tandis que les employeurs
mettent davantage l’accent sur
la transition écologique et les bouleversements
géopolitiques. Malgré ces différences
de perception, un constat commun
émerge : seul un actif sur deux estime disposer
des compétences nécessaires pour
faire face à l’IA et aux enjeux environnementaux.
Dans le même temps, plus
d’un quart des Français se disent prêts à
se former pour nourrir un projet personnel
ou une passion, au-delà des seuls impératifs
professionnels.
Enfin, la question de l’orientation apparaît
comme un enjeu structurant. Les parcours
étant de moins en moins linéaires,
un actif sur quatre a déjà vécu une reconversion
complète. Pourtant, environ
un étudiant et un actif sur deux estiment
ne pas avoir été suffisamment accompagnés
dans leurs choix d’orientation ni
correctement informés sur les débouchés
professionnels.
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
Alexandre de Navailles
DIRECTEUR GÉNÉRAL DE KEDGE BUSINESS SCHOOL
Formation continue : comment KEDGE business school
veut devenir un partenaire stratégique des entreprises
Face à des entreprises prises
entre impératifs de transformation,
contraintes budgétaires et accélération
technologique, les écoles de commerce
sont poussées à repenser leur rôle.
À KEDGE, la formation continue est
désormais pensée comme une “solution
entreprise” globale, articulant rigueur
académique, sur-mesure et anticipation
des compétences. Un repositionnement
stratégique qui éclaire les mutations en
cours dans l’écosystème RH.
En termes de formation continue, avez-vous
un catalogue de formations et quel est votre
périmètre exact chez KEDGE ?
L’offre de formation continue de KEDGE est structurée
autour de deux grands volets. Environ 60 % de l’activité
relève de formations diplômantes ou certifiantes, et 40 %
de formations conçues sur mesure pour les entreprises.
Le portefeuille diplômant comprend des équivalents
du Bachelor et du Programme Grande École, quatre
programmes Executive – en achats, supply chain, management
de la qualité et santé –, ainsi qu’un Executive
MBA à dimension internationale, déployé en France et
à Shanghai. Nous proposons également des certificats
digitaux. Chaque année, cela représente entre 5 000 et
6 000 apprenants formés. L’ensemble de cette activité
est regroupé sous une bannière unique, KEDGE Solutions
Entreprise, avec un objectif clair : dépasser le seuil actuel
d’un peu moins de 10 % de l’activité globale de l’école
et rendre l’excellence accessible pour les entreprises.
Vous avez retravaillé votre positionnement
vis-à-vis des entreprises. Comment
ce repositionnement se traduit-il
concrètement ?
L’activité est pilotée par la Direction Relations Entreprises
et Executive Education, qui regroupe environ 100
collaborateurs, dont une cinquantaine spécifiquement
dédiée aux solutions entreprises. Il ne s’agit pas d’une
filiale autonome, mais d’une entité pleinement intégrée à
l’école, avec son propre budget et des équipes dédiées :
ingénieurs pédagogiques, équipes académiques, fonctions
commerciales.
Nous fonctionnons en mode projet. Chaque demande
d’entreprise fait l’objet d’une construction spécifique,
ce qui explique que nous développions environ 150
programmes sur mesure par an. Les équipes sont
réparties entre Marseille, Paris et Bordeaux, ce qui
permet un ancrage territorial tout en servant des clients
nationaux et internationaux.
Arrivez-vous à mobiliser les enseignantschercheurs
“classiques” sur ces dispositifs
de formation continue ?
Oui. Un noyau de dix professeurs est plus directement
impliqué, mais l’ensemble de la faculté peut
être sollicité. Beaucoup de ces enseignants-chercheurs
ont exercé pendant quinze à vingt ans en entreprise
avant de rejoindre le monde académique.
Cette double expérience leur permet d’articuler rigueur
scientifique et compréhension concrète des réalités
économiques, ce qui est particulièrement précieux
dans le cadre de formations à destination de cadres
et de dirigeants.
Ce profil représente-t-il la majorité de vos
intervenants ?
Ce n’est pas la majorité, mais il s’agit d’un volume significatif
d’intervenants. Cette diversité de profils est
un atout pour conjuguer exigences académiques et
ancrage opérationnel.
Qu’est-ce qui vous a conduit à structurer
cette offre de “Solutions Entreprises” ?
Il ne s’agit d’un choix stratégique. Le marché est très
concurrentiel, et dans un contexte économique tendu,
les entreprises ralentissent parfois leurs investissements
en formation, alors même qu’elles doivent se transformer
en profondeur.
Pour nous différencier, nous avons choisi de regrouper
nos offres sous une logique claire et lisible, tout
en intégrant systématiquement les grands enjeux
actuels : la responsabilité sociétale des entreprises,
l’intelligence artificielle et les évolutions géopolitiques.
22
À propos d’Alexandre
de Navailles
Il est Directeur Général de
KEDGE Business School
depuis juillet 2020, après
une carrière de plus de 23
ans dans le secteur des
services automobiles et du
management d’entreprise.
Alexandre de Navailles
a entrepris des études de
gestion à l’Université Paris-
Dauphine, où il obtient
un Master en sciences de
gestion, finance et fiscalité.
Il commence sa trajectoire
professionnelle dans la
banque suisse UBS, puis
rejoint Hertz Europe en
1997. Il y occupe différents
postes de direction financière
et opérationnelle, allant de
Directeur du contrôle de
gestion à Senior Finance
Business Partner, avant
de devenir Directeur
Général puis Président de
Hertz France, la principale
filiale du groupe.
Sous sa direction, KEDGE a
poursuivi son développement
stratégique : renforcement
de l’expérience étudiante,
développement international,
innovation pédagogique
intégrant la responsabilité
sociale et environnementale,
et dynamisation des campus
en France et à l’étranger.
Certains métiers sont directement impactés par ces trois
dimensions. La supply chain, par exemple, est aujourd’hui
traversée par des enjeux de durabilité, d’optimisation par
l’IA et de souveraineté ou d’indépendance stratégique.
Observez-vous un basculement des
formations en faveur de l’IA, au détriment du
développement durable ?
Il existe effectivement une crainte que l’IA prenne le pas
sur la RSE. Le sujet fondamental reste l’environnement
et la diversité ; l’intelligence artificielle n’est qu’un outil.
Nous constatons un effet de “mode IA”, avec des entreprises
qui se précipitent pour former leurs cadres,
parfois sans stratégie clairement définie, par crainte de
prendre du retard. L’enjeu est de replacer l’IA à sa juste
place, au service de transformations plus profondes.
Nous avons ainsi créé 5 certificats en IA appliqués à des
fonctions métiers : IA et gestion de projet, IA et management
commercial, IA et achats, IA et développement
commercial, IA et ressources humaines.
L’implantation parisienne est-elle
indispensable pour développer la formation
continue ?
Oui, c’est un élément esssentiel. La majorité des grands
groupes est basée à Paris. D’ailleurs, le campus parisien
de KEDGE s’est historiquement structuré autour de la
formation continue, bien avant l’ouverture de programmes
de formation initiale. Cette implantation est donc pleinement
cohérente avec notre stratégie entreprise.
Jusqu’où peut-on aller dans la
personnalisation sans dénaturer la
cohérence académique ?
La ligne est claire : le cadre et la rigueur académiques ne
sont pas négociables. En tant qu’école, nous produisons
de la connaissance, et ce socle nourrit nos formations.
La personnalisation porte sur la forme – présentiel,
distanciel, formats hybrides – et sur le rythme, plus ou
moins intensif. Nous parlons de “sur-mesure encadré”,
qui peut d’ailleurs déboucher sur une certification.
Cette approche nous a valu la 8 e place en France dans
le classement custom du Financial Times.
Avez-vous des exemples récents de
solutions co-construites avec des
entreprises ?
Nous avons par exemple conçu une académie des ventes
pour Metro, qui a permis de former 800 managers, ainsi
qu’une académie achats pour Orange. Ces dispositifs
illustrent notre capacité à conjuguer expertise académique
et adaptation aux besoins spécifiques des entreprises.
Qu’est-ce qui distingue KEDGE et quel rôle
souhaitez-vous jouer dans l’écosystème RH ?
Notre singularité tient d’abord à notre statut d’école.
Nous proposons une approche à 360 degrés, qui articule
recrutement – via les stages et l’alternance –, formation
continue et diplômante, et accompagnement sur la
marque employeur.
Nous nous appuyons sur un réseau d’environ 300
entreprises partenaires, un fort ancrage territorial
et des expertises reconnues, notamment en achats
et en supply chain. Notre objectif est d’alimenter un
cercle vertueux : partir des besoins exprimés par les
entreprises pour faire évoluer nos formations, tout en
garantissant un impact concret de notre recherche. Nous
assumons également un rôle de vigie, pour anticiper les
transformations futures du marché du travail, en nous
appuyant sur notre dimension internationale.
Mettez-vous réellement en miroir la
recherche et la formation ?
Oui, pleinement. Nos 250 professeurs sont des enseignants-chercheurs.
Les échanges avec nos
partenaires portent à la fois sur la formation et
sur des projets de recherche, ainsi que sur l’anticipation
des besoins en compétences à long terme.
Un étudiant qui entre aujourd’hui sur le marché de la
formation n’intégrera réellement le marché du travail
que dans cinq ou six ans. Il est donc indispensable de
co-construire, dès maintenant, les compétences de
demain avec les entreprises.
Propos recueillis par Olivier Rollot et Vanessa Calvao
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KEDGE Business School
L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
PAROLE D’AVOCAT FÉVRIER 2026 N° 2 L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
PAROLE D’AVOCAT
FÉVRIER 2026 N° 2
De l’entretien professionnel
à l’entretien de parcours
professionnel
Pourquoi une parole d’avocat ?
Parce que les politiques de compétences et de formation ne se jouent plus uniquement
sur le terrain pédagogique ou RH, mais aussi sur le terrain juridique. À l’heure des réformes,
la parole d’avocat apporte un décryptage clair des textes, de leurs implications concrètes
et des risques associés. Elle éclaire les marges de manœuvre des organisations
et rappelle que chaque choix en matière de parcours, de formation ou de mobilité
engage désormais la responsabilité de l’employeur.
Un contenu enrichi
et plus structuré
Alors que l’entretien professionnel était
centré sur les perspectives d’évolution
professionnelle du salarié, notamment
en termes de qualifications et d’emploi,
l’entretien de parcours professionnel porte
davantage sur la gestion de la carrière du
salarié au regard de l’évolution de son emploi
et de l’entreprise ainsi que de ses souhaits
personnels.
Plus précisément, les thèmes suivants
doivent désormais être abordés au cours
de cet entretien :
• les compétences du salarié et les qualifications
mobilisées dans son emploi
actuel, ainsi que leur évolution possible
au regard des transformations de l’entreprise
;
• sa situation et son parcours professionnels,
au regard des évolutions des métiers
et des perspectives d’emploi dans
l’entreprise ;
• ses besoins de formation, liés à son activité
professionnelle actuelle, à l’évolution
de son emploi au regard des transformations
de l’entreprise ou à un projet
personnel ;
• ses souhaits d’évolution professionnelle,
et notamment via une reconversion interne
ou externe, un projet de transition
professionnelle, un bilan de compétences
ou une validation des acquis
de l’expérience ;
• l’activation du CPF, les abondements par
l’employeur et le recours au Conseil en
Evolution Professionnelle (CEP).
De manière inchangée, l’entretien ne doit
pas porter sur l’évaluation du travail du
salarié.
Des modalités de réalisation
précisées et renforcées
L’entretien de parcours professionnel
est organisé par l’employeur, réalisé
par un supérieur hiérarchique ou
un représentant de la direction, et
se tient pendant le temps de travail.
À son issue, un document écrit doit être
rédigé dont une copie est remise au
salarié.
Dans les entreprises de moins de 300 salariés,
le salarié peut recourir à un CEP
pour préparer l’entretien, et l’employeur
peut bénéficier d’un conseil de proximité
de l’OPCO, et, si un accord de branche
le prévoit, il peut être accompagné par un
organisme externe.
Une périodicité revue
et l’introduction de deux
entretiens pour les salariés
expérimentés
Le premier entretien doit avoir lieu au
cours de la première année suivant l’embauche,
puis tous les 4 ans.
Les entretiens de retour d’absence et d’état
des lieux doivent toujours être organisés
et sont légèrement modifiés :
• L’entretien de retour d’absence doit
être proposé systématiquement après
les absences suivantes : congé maternité,
d’adoption, supplémentaire de naissance,
parental d’éducation, congé de
proche aidant, congé sabbatique, mobilité
volontaire sécurisée, temps partiel,
longue maladie, mandat syndical.
Il a lieu à la reprise d’activité (ou avant,
à l’initiative du salarié) et si aucun entretien
n’a eu lieu dans les 12 derniers
mois de la reprise d’activité ;
• L’entretien d’état des lieux doit toujours
permettre de vérifier que le salarié
a bénéficié (des entretiens prévus et
de s’assurer qu’il a (ii) suivi au moins
une action de formation, (ii) acquis des
éléments de certification (formation ou
VAE) et bénéficié d’une progression salariale
ou professionnelle. Il doit avoir
lieu tous les 8 ans.
Nouveau
THEMES ABORDÉS AU COURS DE L’EPP :
- Compétences du salarié et qualifications mobilisées
dans son emploi actuel et évolution possible au regard
des transformations de l’entreprise
- Situation et parcours professionnels, au regard des
évolutions des métiers et des perspectives d’emploi
dans l’entreprise
- Besoins de formation, liés à l’activité professionnelle
actuelle, à l’évolution de l’emploi au regard des
transformations de l’entreprise ou à un projet
personnel
- Souhaits d’évolution professionnelle, pouvant porter
sur une reconversion interne ou externe, un projet de
transition professionnelle, un bilan de compétences ou
une VAE
- Activation par le salarié de son CPF, abondements
possibles par l’employeur* et Conseil en Evolution
Professionnelle.
Ne porte pas sur l’évaluation du travail du salarié
MODALITES DE REALISATION DE L’EPP :
• Organisé par l’employeur
• Réalisé par un supérieur hiérarchique ou un
représentant de la direction
Nouveau
• Pendant le temps de travail
• A l’issue de l’entretien: rédaction d’un document
dont une copie est remise au salarié
• Dans les entreprises < 300 salariés : Nouveau
• Pour préparer l’entretien: possibilité, pour le
salarié, de recourir à 1 CEP et pour
l’employeur, de bénéficier d’un conseil de
proximité assuré par l’OPCO
• Possibilité pour l’employeur d’être
accompagné par un organisme externe (si
prévu par un accord de branche ou
d’entreprise)
Pour les entreprises d’au moins 50 salariés,
l’abondement correctif du CPF de 3
000 € est maintenu lorsque les salariés
n’ont pas bénéficié des entretiens prévus
et d’au moins une formation non obligatoire
sur les 8 dernières années.
Afin d’accompagner individuellement les
parcours, anticiper les besoins et lutter
contre l’usure professionnelle, deux nouveaux
entretiens sont prévus pour les salariés
expérimentés :
• un entretien de mi‐carrière, dans les 2
mois de la visite médicale de mi‐carrière,
centré sur les mesures du médecin
du travail, l’aménagement du poste.
En plus des thèmes habituels, l’entretien
porte également sur la prévention
de l’usure professionnelle, les besoins
de formation et les souhaits de mobilité
ou reconversion du salarié. Sont également
abordées les éventuelles mesures
individuelles d’aménagement ou
d’adaptation proposées par le médecin
du travail et s’il y a lieu, les adaptations
ou aménagements des missions et du
poste de travail ;
LE NOUVEL ENTRETIEN PROFESSIONNEL : L’ENTRETIEN DE PARCOURS PROFESSIONNEL
(Art. 3 de la Loi n°2025-989 du 24 octobre 2025, modifiant l’article L.6315-1 du Code du travail)
Date d’entrée en vigueur des nouvelles dispositions: 26 octobre 2025
OU 1 er octobre 2026, pour les entreprises couvertes par un accord de branche ou d’entreprise portant sur la périodicité des entretiens professionnels
Nouveau
Entretien
de retour d’absence
• Quand? A la reprise d’activité
(ou avant à l’initiative du salarié)
ET
si le salarié n’a pas eu d’EPP au
cours des 12 mois précédant sa
reprise d’activité
Nouveau
• Absences concernées:
• Congé de maternité
• Congé supplémentaire de
naissance
• Congé parental d'éducation
• Congé de proche aidant
• Congé d'adoption
• Congé sabbatique
• Mobilité volontaire
sécurisée
• Activité à temps partiel
• Arrêt longue maladie
• A l'issue d'un mandat
syndical
PERIODICITE DE L’ENTRETIEN DE PARCOURS PROFESSIONNEL :
AU COURS DE LA 1 ÈRE ANNÉE SUIVANT L’EMBAUCHE (ce dont le salarié doit avoir été informé lors de son embauche)
Puis, pour tous les salaries restant employés dans la même entreprise : TOUS LES 4 ANS*,
EN TENANT COMPTE DES SITUATIONS SPECIFIQUES ET ECHEANCES SUIVANTES :
Entretien
d’état des lieux
• Quand?
• tous les 8 ans (le 1 er
entretien d’état des lieux
après l’embauche peut être
réalisé 7 ans après le 1 er
EPP)
• Contenu : Permet de vérifier
qu’au cours des 8 dernières
années, le salarié a :
• bénéficié des EPP prévus
• *suivi au moins une action
de formation
• *acquis des éléments de
certification par la
formation ou par une VAE
• *bénéficié d'une
progression salariale ou
professionnelle
SANCTION pour les entreprises ≥ 50 salariés
Abondement du CPF de 3.000 euros pour les salariés
(i) n’ayant pas bénéficié des EPP prévus
ET (ii) d’au moins 1 formation non obligatoire au cours des 8 dernières
années
Les informations contenues dans ce document sont d’ordre général et ne constituent pas une consultation juridique. Ce document ne peut être reproduit sans autorisation préalable du cabinet AARPI MAJJ AVOCATS.
• un entretien de fin de carrière, réalisé
lors du premier entretien dans les deux
ans précédant les 60 ans du salarié, qui
porte également sur les conditions de
maintien dans l’emploi et les aménagements
de fin de carrière (notamment
temps partiel, retraite progressive, etc.).
Une adaptation possible
par accord collectif
Un accord d’entreprise - ou, à défaut, de
branche - peut prévoir d’autres modalités
d’appréciation du parcours lors de
l’entretien d’état des lieux et/ou adapter
la périodicité des entretiens (sans pouvoir
dépasser 4 ans). Il peut également
définir un cadre, des objectifs et des critères
collectifs d’abondement par l’employeur
du CPF.
En synthèse, l’entretien de parcours professionnel
reprend le socle de l’ancien entretien
professionnel mais le transforme
en un dispositif plus global conçu comme
un outil stratégique pour accompagner
la carrière du salarié.
Nouveau
Entretien
de mi-carrière
• Quand? Dans les 2 mois de la
visite médicale de mi-carrière (C.
trav. art. L. 4624-2-2)
• Thèmes complémentaires
abordés:
• Le cas échéant, Mesures
proposées par le médecin
du travail
• S’il y a lieu, Adaptation ou
aménagement des missions
et du poste de travail
• Prévention des situations
d’usure professionnelle
• Besoins en formation
• Eventuels souhaits de
mobilité ou de reconversion
professionnelle du salarié
Ces nouvelles dispositions s’appliquent
depuis le 26 octobre 2025. Pour les entreprises
couvertes par un accord de branche
ou un accord d’entreprise portant sur la
périodicité des entretiens pour lesquelles
elles s’appliqueront à partir du 1er octobre
2026.
Anne de Gabory
MAJJ Avocats
Nouveau
Entretien
de fin de carrière
• Quand? 1 er EPP se tenant dans
les 2 ans précédant les 60 ans du
salarié
• Thèmes complémentaires
abordés:
• Conditions de maintien dans
l’emploi
• Possibilités d’aménagements
de fin de carrière,
notamment passage au
temps partiel ou retraite
progressive
Nouveau
* ADAPTATION POSSIBLE
PAR ACCORD COLLECTIF
d'entreprise ou, à défaut,
de branche, DES
DISPOSITIONS
SUIVANTES :
- Abondement du CPF
par l’employeur:
définition d’un cadre,
des objectifs et des
critères collectifs
d'abondement
- Entretien d’état des
lieux : définition
d’autres modalités
d'appréciation du
parcours
professionnel
- Périodicité des EPP,
sans pouvoir fixer une
périodicité de plus de
4 ans
Nouvelle information obligatoire dans la BDESE :
Bilan de la mise en œuvre des actions de formation
entreprises à l'issue des EPP ou des périodes de
reconversion (C. trav. art. L. 6324-1)
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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
DÉBAT FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
DÉBAT FÉVRIER 2026 N° 2
Reconversion des femmes dans les
métiers du numérique : une opportunité
pour l’inclusion et l’innovation
Dans un contexte marqué par une évolution
technologique rapide, le secteur du numérique se
positionne comme un pilier majeur de l’économie et
de l’innovation. Malgré les nombreuses opportunités
qu’il offre, il souffre encore d’une sous-représentation
féminine préoccupante.
Cette disparité souligne l’urgence d’agir pour
favoriser l’inclusion des femmes dans ce
domaine. La reconversion professionnelle
apparaît comme une voie pertinente pour
répondre à la fois aux besoins croissants
en compétences et à la nécessité d’une
plus grande diversité.
C’est dans cette optique que l’OPIIEC
(Observatoire paritaire des métiers du
Numérique, de l’Ingénierie, des Études
et du Conseil, ainsi que des métiers de
l’Événement), avec le soutien de l’Opco
Atlas, a mené une étude approfondie sur
la reconversion des femmes vers les métiers
du numérique. L’objectif ? Identifier
les obstacles persistants et définir des
actions concrètes pour encourager le
recrutement de profils féminins, encore
trop minoritaires dans ce secteur.
UNE RECONVERSION
STRATÉGIQUE ET NÉCESSAIRE
La reconversion professionnelle désigne le
processus par lequel des individus, ici des
femmes issues de secteurs variés ou en
réorientation, se forment pour intégrer de
nouveaux métiers. Dans le cas du numérique,
cette démarche répond à plusieurs
enjeux majeurs : combler les pénuries de
talents, promouvoir l’égalité professionnelle
et accompagner la montée en compétences
dans un secteur en perpétuelle évolution.
Le numérique est un domaine en pleine
expansion, avec des métiers en tension
tels que le développement informatique,
la cybersécurité, la data science ou encore
l’intelligence artificielle. Pourtant,
les femmes y sont encore largement minoritaires.
Dans le secteur du numérique,
seulement.
LES FREINS À LA
RECONVERSION DES FEMMES
Malgré cet intérêt grandissant, de nombreux
obstacles subsistent pour les
femmes souhaitant se reconvertir dans
le numérique. Parmi eux, les stéréotypes
de genre, le manque de modèles féminins,
l’auto-censure et les difficultés d’accès à la
formation. Ces barrières, présentes dès
l’éducation, se prolongent tout au long de
leur carrière.
Le vocabulaire technique du secteur peut
également constituer une barrière. Des
termes comme « pentesteur » ou « DevOps
Engineer » renforcent l’idée que ces métiers
sont réservés à une élite technique,
excluant ainsi de nombreuses candidates
potentielles. Bien que des initiatives, visent
à rendre ces métiers plus accessibles, il
reste encore beaucoup à faire pour démystifier
le secteur.
Les freins financiers et les contraintes
liées à la conciliation entre vie personnelle
À propos de l’OPIIEC
L’OPIIEC est une instance
paritaire, association loi
1901, dont les membres sont
les fédérations patronales
SYNTEC et CINOV et les
organisations de salariés
FIECI-CFE-CGC, F3C-
CFDT, CGT des sociétés
d’études et MEDIA+ CFTC.
Trois grandes missions
lui sont confiées :
• procéder à un état des lieux,
en identifiant le périmètre
stratégique des métiers de
la branche, en anticipant le
champ de l’observation et
en analysant les statistiques
d’entreprises, d’emplois, de
métiers et de formation ;
• étudier de façon prospective
les formations nécessaires à
ces emplois, leur adaptation
aux métiers nouveaux et
émergents, la valorisation
des compétences, la
reconversion éventuelle des
métiers en perte de vitesse
ou en voie de disparition
dans la branche ;
• communiquer, en
transférant l’information aux
partenaires de la branche,
puis en l’ouvrant aux tiers
institutionnels et privés.
Lien vers le site de l’OPIIEC :
https://www.opiiec.fr/
et professionnelle viennent s’ajouter à
ces défis.
Enfin, les recruteurs, bien qu’ouverts à
des profils atypiques, expriment parfois
des réserves quant au niveau technique
des candidates issues de reconversion,
notamment lorsque leur formation a été
courte ou généraliste.
LES ATOUTS DES FEMMES
EN RECONVERSION
Malgré ces obstacles, les femmes en reconversion
apportent des compétences
précieuses au secteur du numérique. Leur
savoir-être, leur capacité d’adaptation
et leur motivation sont particulièrement
valorisés par les employeurs. Ces qualités,
combinées à une expérience professionnelle
antérieure souvent riche et diversifiée,
permettent à ces femmes de contribuer à
l’innovation et à la performance collective
des entreprises.
Les entreprises reconnaissent également
l’importance des compétences comportementales
(soft skills) et des connaissances
sectorielles des profils en reconversion.
Ces derniers, issus de secteurs variés,
apportent une expertise métier précieuse,
notamment dans des fonctions nécessitant
une double compétence métier/technique.
LES PRATIQUES DES
ENTREPRISES FACE
À LA RECONVERSION
Face à la pénurie de talents dans le numérique,
les entreprises commencent à
revoir leurs critères de recrutement. Si
l’expérience professionnelle (93% des
entreprises) et les compétences techniques
(hard skills, 90%) restent importantes, elles
accordent de plus en plus d’importance
aux soft skills (86%), à la capacité d’apprentissage
et aux compétences transférables.
Cette évolution des pratiques
RH est essentielle pour attirer des profils
diversifiés et répondre aux nouveaux défis
du numérique.
Cependant, des efforts supplémentaires
sont nécessaires pour créer un environnement
de travail inclusif et sécurisant pour
les femmes. Cela passe par la promotion
de rôles modèles féminins, la sensibilisation
des recruteurs à la valeur des parcours
atypiques et la mise en place de dispositifs
d’accompagnement adaptés.
LES FEMMES, PILIERS DE LA
TRANSFORMATION SECTORIELLE
L’intégration des femmes dans la tech ne
relève plus seulement de la parité, mais d’un
impératif d’innovation. Voici comment elles
peuvent s’imposer comme des actrices
clés dans huit domaines stratégiques :
• Développement logiciel : au-delà du code,
les femmes apportent une vision pragmatique
et une approche de résolution de
problèmes qui enrichissent la production
technique dès la formation.
• Cybersécurité : leur capacité d’analyse
globale et leur rigueur opérationnelle
sont devenues vitales pour sécuriser
des infrastructures critiques face à des
menaces de plus en plus complexes.
• Data Science et IA : les femmes jouent un
rôle de garde-fou éthique et analytique,
garantissant que les algorithmes de demain
soient représentatifs et dépourvus
de biais.
• UX/UI Design : en plaçant l’humain au
centre de la machine, elles dictent les
nouveaux standards d’accessibilité et
d’ergonomie des interfaces mondiales.
• Gestion de projet : leaders naturelles du
changement, elles exploitent leurs compétences
transversales pour orchestrer
la collaboration entre les pôles techniques
et métiers.
• Systèmes et réseaux : par leur maîtrise des
À propos d’Atlas
Atlas est l’opérateur de
compétences (OPCO)
des services financiers et
du conseil. Porté par les
partenaires sociaux de 14
branches professionnelles,
regroupées en 4 secteurs :
Assurance : Agents
généraux d’assurance,
Courtage d’assurances
et de réassurances,
Sociétés d’assurances,
Sociétés d’assistance.
Banque & Finance :
Banque ; Banque Populaire ;
Caisse d’Épargne ; Crédit
Mutuel ; Marchés financiers ;
Sociétés financières.
Conseil : Bureaux
d’Études Techniques ;
Géomètres ; Économistes
de la construction
Expertise comptable et
commissariat aux comptes
L’OPCO représente plus
de 200 000 entreprises
employant 2,1 millions de
salariés, dont 1,1 millions
de cadres dans des métiers
à haut niveau d’expertise.
Atlas accompagne les
branches professionnelles
dans la promotion de leurs
métiers et l’attractivité
de leur secteur, grâce à
des actions dédiées.
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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
DÉBAT FÉVRIER 2026 N° 2
enjeux de maintenance et de sécurité, elles
assurent la résilience et la pérennité des
architectures numériques de l’entreprise.
• Protection des données (DPO) : véritables
stratèges de la confiance, elles transforment
les contraintes juridiques (RGPD) en
avantages concurrentiels grâce à leur
expertise en conformité.
• Développement d’applications : actrices
de l’innovation d’usage, elles conçoivent
des solutions mobiles qui répondent précisément
aux évolutions sociétales et aux
attentes des utilisateurs.
Le secteur ne se contente plus d’intégrer
des femmes ; il dépend désormais de leur
faculté à hybrider expertise technique
et vision stratégique. Leur capacité de
reconversion est le moteur d’une industrie
plus agile et résiliente.
mais relationnelle et organisationnelle.
Ce profil «pivot», capable de traduire les
besoins métier en spécifications pour
les développeurs, est la clé de voûte de
la méthode agile.
En parallèle à ces tensions, de nouveaux
métiers, autrefois considérés comme de
niche, ont vu leur demande exploser ces
dernières années.
Le Data Engineer, qui connait la progression
la plus spectaculaire.
L’ingénieur DevOps, pont entre le développement
et l’exploitation, est evenu indispensable
pour fluidifier le cycle de vie
des logiciels,
Le Pentesteur, dont le rôle est de tester
la porosité des systèmes, est devenu un
prérequis structurel pour toute organisation
face à la recrudescence des cyberattaques.
Pour télécharger
les études :
OPIIEC - Étude sur
la reconversion des
femmes dans les métiers
du numérique : lien
Atlas - Étude sur les
métiers en tension, les
métiers émergents et en
forte transformation sur
le périmètre Atlas : lien
DE NOMBREUX MÉTIERS
EN TENSION DANS LE DOMAINE
DU NUMÉRIQUE
Le secteur du numérique ne connaît pas la
crise, mais il traverse une zone de fortes
turbulences structurelles. Une récente
étude menée par l’OPCO Atlas sur les
métiers en tension, émergents et en
forte transformation met en lumière un
paradoxe frappant : alors que les besoins
explosent, le fossé entre les compétences
disponibles et les exigences des entreprises
se creuse.
Trois métiers, accessibles aux femmes
en reconversion, cristallisent aujourd’hui
toutes les difficultés de recrutement.
1. Le Data Scientist
Le Data Scientist reste le profil le plus
convoité. L’intégration massive de l’IA dans
les processus métier a transformé ce poste
en une nécessité vitale pour la compétitivité,
exacerbant une tension déjà critique.
2. L’Architecte Système d’Information
(SI)
Avec la généralisation du Cloud hybride et
l’impératif de cybersécurité «by design»,
l’architecte SI est devenu le garant de la résilience
des infrastructures. La complexité
croissante des environnements techniques
rend ces profils extrêmement rares.
3. Le Product Owner
Ici, la tension n’est pas purement technique
LES LEVIERS POUR UNE
RECONVERSION RÉUSSIE
Pour encourager davantage de femmes à
se tourner vers les métiers du numérique,
plusieurs leviers peuvent être actionnés.
Il s’agit notamment de :
• Rendre le numérique plus lisible et accessible
en simplifiant son langage et en
mettant en avant la diversité des métiers.
• Promouvoir des parcours de reconversion
attractifs, progressifs et accompagnés.
• Sensibiliser les recruteurs à la valeur des
profils atypiques et des compétences
transférables.
• Créer un environnement de travail inclusif
et sécurisant pour les femmes.
• Mettre en lumière des rôles modèles
féminins pour inspirer les nouvelles générations.
Ces actions, portées par des initiatives
comme celles de l’OPCO Atlas et de l’OPIIEC,
visent à déconstruire les stéréotypes et
à valoriser les compétences des femmes
dans un secteur en pleine mutation.
Etude réalisée par l’Opco ATLAS
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
Louis HART de KEATING
Quelles sont vos priorités RH actuelles ?
DIRECTEUR DE MISSION AU SEIN DU PÔLE COMPÉTENCES, FORMATION, JEUNESSE DU MEDEF
« La formation reste trop souvent une obligation,
pas encore un investissement stratégique. »
Le Baromètre « Entreprises &
Formation 2025 » a été publié par le
Medef en septembre 2025 pour mieux
comprendre comment les entreprises
françaises mobilisent la formation
professionnelle et quel impact elle a sur
leur performance. Il s’agit de la première
édition de ce type de baromètre, réalisé
auprès d’un large panel d’entreprises.
Pourquoi un baromètre « entreprises
et formation » ?
Il y avait un double constat. D’abord un manque de
visibilité sur les pratiques de formation des entreprises
: depuis une dizaine d’années, on n’a plus une
vision directe des dépenses de formation, et les
études existantes sont assez espacées dans le temps.
Ensuite, on voulait un éclairage spécifique : le lien
entre pratiques de formation et stratégie, business
model, activité, projection à court et moyen terme.
On constate régulièrement, en échangeant avec des
entreprises et des fédérations, que lorsqu’une entreprise
a investi des moyens financiers et humains dans
une politique de formation ambitieuse, le retour sur
investissement est systématiquement positif et cela se
renforce. Mais cette structuration est moins fréquente
quand on descend en taille d’entreprise, et dans les très
petites entreprises c’est souvent moins formalisé, avec
moins d’approche « formation-investissement ».
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans les
résultats ?
Le décalage entre la perception et la traduction opérationnelle.
Les dirigeants et les RH perçoivent bien la formation
comme un levier de compétitivité et de développement,
mais l’investissement ne suit pas toujours, loin de là.
Une question du baromètre portait sur la projection à
3-5 ans : une majorité prévoit un investissement stable,
et dans les TPE-PME on constate que deux entreprises
sur trois ne prévoient pas d’augmentation. C’est frappant,
compte tenu du discours initial sur l’importance du sujet.
Le baromètre confirme aussi des freins
majeurs ?
Oui : deux freins ressortent fortement. D’un côté, le
coût ; de l’autre, le manque de visibilité et de lisibilité
du système. Sur la lisibilité, il y a trop de dispositifs,
trop d’acteurs potentiels à solliciter pour une petite
entreprise. Il faut un effort collectif pour réduire et
simplifier. On a commencé à aller dans ce sens dans la
négociation interprofessionnelle sur les transitions et
reconversions, où deux dispositifs ont été supprimés
et remplacés par un seul. Sur le coût, il y a deux angles :
soit réduire les coûts, soit changer la perception. Les
entreprises investissent quand elles identifient un retour
sur investissement. Il y a donc un enjeu de changement
d’approche.
À propos de Louis
Hart de Keating
Directeur de mission au
sein du pôle Compétences,
Formation, Jeunesse
du Medef, Louis Hart
de Keating a piloté le
baromètre « Entreprises
et formation ». Objectif :
mieux comprendre les
pratiques de développement
des compétences et leur
lien avec la stratégie des
entreprises. Il revient sur les
enseignements clés, les freins
identifiés, et les chantiers
ouverts pour 2026-2027.
Y a-t-il eu une « bonne surprise » ?
On observe de plus en plus de formations sur-mesure,
y compris dans les petites et moyennes entreprises. Il
y a une palette pédagogique plus large qu’avant, avec
l’essor du numérique et de la formation à distance, et
une logique de plan de développement des compétences.
Cette capacité à adapter l’offre à la demande
est importante : plus la formation répond à un besoin
spécifique, plus le retour est tangible et plus l’entreprise
est prête à investir.
Pourquoi les petites entreprises
apparaissent-elles plus en retrait ?
C’est un mélange. Dans les entretiens qu’on a menés en
complément de l’enquête (plus d’une quarantaine), une
réalité revient : la formation est d’abord une réponse à
des obligations. Dans les petites entreprises, le budget
est souvent absorbé par les formations obligatoires,
ce qui réduit la capacité à financer des formations plus
stratégiques, d’anticipation ou de développement.
Il y a aussi le manque de lisibilité : des dispositifs existent
et peuvent être pertinents, mais ils sont mal connus
ou difficiles à mobiliser. Enfin, l’amont (structurer une
politique) et l’aval (évaluer ce que la formation a apporté)
demandent du temps et des moyens.
Le plan de développement des compétences
est-il suffisamment structuré ?
On a été surpris par l’ampleur du manque de structuration,
notamment dans les entreprises de moins de 11
salariés, et même de moins de 50. Quand c’est structuré,
c’est souvent via un tableau Excel. Il y a un enjeu de
professionnalisation et d’outillage : des solutions existent
(OPCO, fédérations, outils), mais il faut que cela diffuse.
Et sur l’évaluation de la qualité, que montrent
les réponses ?
Environ deux entreprises sur trois disent avoir des
indicateurs de qualité, mais dès qu’on parle d’évaluation
à froid, à distance, ou d’indicateurs objectivés par le
management, les proportions baissent nettement. Plus
l’entreprise est petite, moins elle a les moyens d’aller
chercher et d’exploiter ces retours pour nourrir sa
politique de compétences.
Comment rendre la mesure d’impact plus
accessible ?
C’est difficile à objectiver : même si un salarié est plus
performant après une formation, on ne peut pas attribuer
cela uniquement à la formation. On peut néanmoins regarder
certains indicateurs, avec prudence. Par exemple,
des éléments liés aux promotions ou à l’augmentation
salariale chez des salariés formés. D’autres entreprises
citent des indicateurs comme le turnover, voire certains
signaux comme une baisse des arrêts maladie. Mais je
ne crois pas à des indicateurs universels.
Comment anticipez-vous l’évolution de votre investissement
formation à horizon 3 à 5 ans ?
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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
ENTRETIEN FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
ENTRETIEN FÉVRIER 2026 N° 2
Comment priozisez-vous les actions de formation de vos salariés ?
Quelles compétences ressortent comme
prioritaires à 3-5 ans ?
C’est la compétence managériale qui ressort comme
prioritaire à 3-5 ans. Ça, c’était une surprise : on s’attendait
plutôt à voir arriver en tête des compétences
numériques liées à l’IA, ou des compétences comportementales.
Du coup, on a lancé un groupe de travail
pour produire un livrable sur le développement des
compétences managériales. On veut questionner à la
fois le niveau de formation et l’approche du management,
jugée encore rigide.
Concrètement, le baromètre débouche sur
quoi au Medef ?
Plusieurs choses. Des groupes de travail : sur les compétences
managériales, et une réflexion sur l’investissement
formation, notamment le traitement fiscal et comptable
des dépenses de formation. Certains évoquent l’idée
d’amortir ces dépenses ; on a interrogé des experts,
mais cela renvoie à des évolutions législatives, y compris
européennes, donc c’est complexe.
Autre axe : la co-construction des parcours entre
l’employeur et l’individu. Les dispositifs qui la favorisent
sont peu mobilisés, alors qu’ils sont intéressants. On a
déjà produit un guide sur le CPF co-construit et on va en
publier un dans quelques jours sur la nouvelle période de
reconversion. On veut mettre davantage en visibilité les
dispositifs qui fonctionnent et soutiennent cette logique.
Enfin, on travaille à formaliser des propositions structurantes
pour alimenter les débats à l’horizon 2027, et
nos mandataires dans les territoires portent aussi l’enjeu
d’une offre de formation plus à l’écoute des besoins des
entreprises, y compris sur des sujets comme la carte
des formations.
Vous prévoyez de refaire ce baromètre ?
On compte le refaire en 2027. L’idée de ce “baromètre”,
c’est de prendre le pouls à intervalles réguliers côté
employeurs sur le développement des compétences.
Propos recueillis par Vanessa Calvao
En revanche, on peut généraliser des pratiques simples :
quelques questions posées à trois mois, au salarié et
au manager, pour qualifier l’effet de la formation sur le
poste de travail. Cela peut être léger et rapide, sans
prétendre à une preuve parfaite.
L’organisme de formation doit-il participer à
cette évaluation ?
C’est une question ouverte : est-ce à l’entreprise ou à
l’organisme ? L’organisme a un intérêt à le faire, parce
qu’il peut documenter autre chose que la satisfaction
immédiate, et objectiver un impact à distance.
Quelles recommandations concrètes feriezvous
aux dirigeants ?
D’abord, prendre un peu de temps pour structurer la
politique : il existe des acteurs et des dispositifs d’aide.
L’OPCO a cette mission, et il y a des dispositifs d’accompagnement
à la structuration. Ensuite, identifier une
offre de formation rapidement mobilisable, proche et
liée à l’activité : selon les secteurs, cela peut passer par
l’OPCO, la branche, la fédération, ou des relais territoriaux.
Et enfin, essayer d’évaluer l’impact, même modestement,
via quelques questions à distance.
Selon vous, où doit se faire la formation :
en interne, en externe, via l’enseignement
supérieur ?
Cela dépend beaucoup des secteurs. Dans le baromètre,
on est globalement sur un équilibre : environ moitié formation
externe, moitié interne. Quand c’est externalisé,
on voit davantage de sur-mesure et des offres hybrides :
modules génériques « sur étagère » complétés par des
briques spécifiques à l’entreprise. Cela répond aussi à
un besoin de rapidité : l’enjeu, c’est d’éviter un décalage
trop long entre le besoin stratégique et la réponse.
L’internalisation suppose des moyens : des personnes
capables de former, d’accompagner, de tutorat, de mentorat.
C’est plus fréquent dans les grandes entreprises.
Pour les petites, des solutions inter-entreprises peuvent
permettre de mutualiser des moyens.
Quelles compétences émergentes identifiez-vous comme prioritaires
à développer au sein de votre entreprise à horizon 3 à 5 ans ?
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
PAROLE DE COACH
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
POINT DE VUE
FÉVRIER 2026 N° 2
Formation continue
et coaching : le duo gagnant
des compétences durables
Le virage stratégique de la formation
continue : des diplômes
aux compétences actionnables
Former ne suffit plus. Dans un monde professionnel marqué par l’accélération
des transformations, accompagner les transitions est devenu stratégique.
Les carrières ne suivent plus des
trajectoires linéaires : elles se
fragmentent, s’hybrident, se
réinventent. Transitions choisies
ou subies, reconversions, montées en
compétences continues… l’apprentissage
est désormais un processus permanent.
La formation continue s’impose naturellement
comme une réponse aux mutations
des métiers. Mais elle est parfois vécue
comme une injonction à s’adapter, davantage
que comme un levier d’émancipation.
Dès lors, un enjeu clé émerge pour
les individus comme pour les organisations
: comment sécuriser l’engagement
dans la formation et transformer les apprentissages
en impact réel et durable ?
L’hypothèse que je défends ici est simple :
l’articulation entre formation continue et
coaching constitue aujourd’hui l’un des
leviers les plus puissants de réussite des
transitions professionnelles.
Des études internationales suggèrent un
écart significatif d’impact entre formation
seule et dispositifs intégrant le coaching.
La formation isolée serait associée
à un gain de productivité moyen
d’environ 22 %, tandis que sa combinaison
avec le coaching atteindrait plus de
80 %. Par ailleurs, plusieurs enquêtes auprès
de dirigeants estiment le ROI du coaching
à plus de 500 %, pouvant approcher
800 % lorsque la rétention des talents est
prise en compte. Relayés notamment par
la Harvard Business Review et Fortune
Magazine, ces résultats soulignent le potentiel
du coaching comme amplificateur
stratégique de la formation continue.
La formation continue : un
levier stratégique… aux
limites bien connues
Jamais l’offre de formation n’a été aussi
abondante. Pourtant, elle est souvent fragmentée,
peu lisible et inégalement alignée
avec les projets professionnels. Côté apprenants,
les difficultés sont récurrentes :
choisir la « bonne » formation, se projeter
dans l’après, donner du sens à l’investissement
en temps, en énergie et en argent.
Côté organisations, les constats sont tout
aussi clairs : taux d’abandon élevés, apprentissages
peu transférés dans la pratique,
retour sur investissement difficile
à objectiver. Former sans accompagner
la décision et l’appropriation des acquis
limite mécaniquement l’impact.
Le coaching : catalyseur de décision et
de mise en mouvement
C’est précisément là que le coaching intervient.
Il répond à des besoins souvent
invisibles mais déterminants : clarifier les
enjeux personnels et professionnels, sécuriser
les choix dans l’incertitude, favoriser
la prise de recul et la responsabilisation.
En amont de la formation, le coaching
aide à clarifier l’intention et à vérifier
l’alignement entre projet, valeurs et parcours
choisi. Pendant et après la formation,
il soutient l’engagement, permet de
lever les freins et favorise la mise en action.
Le savoir se transforme alors en
compétence incarnée.
Transitions et reconversions :
des décisions à forts enjeux
Une reconversion n’est jamais un simple
choix de formation. C’est une bascule
identitaire. Sans accompagnement, les
risques sont connus : doutes persistants,
projections idéalisées, abandon en cours
de route.
Le coaching offre un espace sécurisé
pour explorer les motivations profondes,
renforcer l’autonomie décisionnelle et
transformer un parcours de formation
en véritable projet professionnel incarné.
L’impact est direct : engagement renforcé,
persévérance accrue, transition
mieux vécue.
Coaching et bilan de
compétences : une alliance
naturelle
Le bilan de compétences fournit un cadre
structurant pour analyser parcours, ressources
et options. Le coaching en est le
prolongement vivant. Il approfondit les
prises de conscience, aide à arbitrer et
permet de passer de l’analyse à l’action.
Ses apports spécifiques ? Alignement, sérénité
dans la décision et capacité à assumer
ses choix dans la durée.
Coaching : changer de regard
Non, le coaching n’est pas un luxe. C’est
un investissement stratégique. Non, ce
n’est pas de la thérapie : il est au service
du comment, pas du pourquoi. Non, il
n’est pas réservé aux dirigeants : il soutient
les talents en transition. Et non, ce
n’est pas une solution miracle : c’est un
accélérateur, pas un substitut à l’engagement.
Former, oui. Transformer, durablement.
Intégrer le coaching dans les
dispositifs de formation continue et de
transition professionnelle, c’est répondre
à un triple enjeu : RH, pédagogique et humain.
C’est sécuriser les parcours, maximiser
l’impact des investissements formation
et fidéliser les talents grâce à des
expériences de développement plus justes,
plus engageantes et plus durables.
Former permet d’apprendre.
Coacher permet de transformer.
L’avenir des compétences durables se joue
à l’intersection des deux.
Anne Céline Muller
Pendant des décennies, le prestige d’un diplôme
constituait le principal passeport vers l’employabilité.
MBA, MSc ou Executive Education
servaient avant tout de signaux de qualité, attestant
d’un niveau académique et d’une appartenance
à une élite formée dans les meilleures institutions. Ce
modèle est aujourd’hui profondément remis en question.
Un constat s’impose : les entreprises ne recrutent plus
seulement sur des titres, mais sur des compétences
immédiatement mobilisables. Dans un environnement
marqué par l’accélération technologique, l’incertitude
économique et la transformation des métiers, la capacité
à faire prime désormais sur la capacité à avoir appris.
Cette évolution oblige les écoles d’enseignement supérieur
et en particulier les business schools à repenser
en profondeur leur stratégie de formation continue.
Du diplôme comme signal au savoir-faire comme
levier
Les directions des ressources humaines sont de plus
en plus explicites : ce qu’elles recherchent, ce sont des
professionnels capables de résoudre des problèmes
concrets, de piloter des projets transverses, de maîtriser
des outils spécifiques ou de s’adapter rapidement
à de nouveaux contextes. L’essor des compétences en
data, IA, cybersécurité, finance durable, transformation
digitale ou leadership hybride illustre cette tendance.
Dans ce contexte, le diplôme long et généraliste perd
une partie de sa valeur relative face à des formats plus
courts, plus ciblés et plus flexibles. Les certifications
professionnelles, micro-credentials et badges de compétences
gagnent du terrain, notamment aux États-Unis,
où certaines entreprises vont jusqu’à supprimer les
exigences de diplôme pour de nombreux postes qualifiés.
Une remise en cause du modèle traditionnel de
la formation continue
Pour les écoles, cette évolution est stratégique. Historiquement,
la formation continue reposait sur deux piliers :
des programmes exécutifs longs, souvent inspirés des
MBA, une promesse de montée en gamme professionnelle
et statutaire. Or, les attentes des apprenants souvent des
professionnels expérimentés ont changé. Ils cherchent
moins une reconnaissance académique qu’un retour
sur investissement rapide, mesurable et directement
applicable à leur poste ou à leur évolution de carrière.
Cela pose une question centrale : les écoles doiventelles
encore former “au diplôme” ou désormais “à la
compétence” ?
Vers une logique de compétences actionnables
Adapter l’offre de formation continue ne signifie pas
renoncer à l’excellence académique. Cela implique en
revanche un changement de logique pédagogique et
stratégique.
Première évolution clé : la modularisation des
parcours.
Plutôt que des programmes monolithiques, les écoles
développent des briques de compétences empilables,
combinables et personnalisables. Un professionnel peut
ainsi construire son parcours en fonction de ses besoins,
de son rythme et de ses objectifs, tout en conservant
la possibilité d’aboutir à une certification plus globale.
Deuxième évolution : l’ancrage dans le réel.
Les entreprises attendent des formations conçues
avec elles, et non pour elles. Cas réels, projets fil
rouge, simulations, learning expeditions, interventions
de praticiens : la frontière entre formation et terrain
s’estompe. L’école devient un partenaire stratégique
À propos de
Benjamin Stevenin
Leader reconnu dans le
secteur de l’enseignement
supérieur, Benjamin met à
profit 15 années d’expertise
en accréditation, classements,
qualité, partenariats et
data management.
Fondateur d’ACADEM
by RimaOne, Benjamin a
accompagné plus de 150
institutions à travers le
monde. Il a également occupé
des fonctions clés chez Times
Higher Education, Poets
& Quants et Q&S, où il a
contribué à des initiatives
majeures renforçant la
visibilité et la réputation
des Business Schools.
Il a également contribué
au développement de la
Quality Assurance Academy
et des ateliers Smart Data
Management d’EFMD,
et siège aujourd’hui aux
conseils de plus d’une
dizaine d’institutions et
d’entreprises EdTech.
34
35
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
POINT DE VUE FÉVRIER 2026 N° 2
de transformation, et non un simple fournisseur de
contenus.
Troisième évolution : l’évaluation par la preuve.
Les compétences ne se déclarent plus, elles se démontrent.
Portfolio de projets, livrables opérationnels,
mises en situation évaluées par des pairs ou des
entreprises : les modes de validation évoluent pour
refléter l’impact réel des apprentissages.
Un changement de posture pour les écoles
Ce virage stratégique implique également un changement
culturel au sein des institutions. Former à des
compétences actionnables suppose d’accepter : des
cycles d’innovation plus courts, une mise à jour permanente
des contenus, une hybridation accrue entre
enseignants-chercheurs et professionnels, et parfois,
une remise en question des modèles économiques
traditionnels.
Certaines écoles l’ont bien compris et investissent
massivement dans des plateformes digitales, des partenariats
corporate et des formats hybrides capables
de toucher un public international tout en conservant
un haut niveau d’exigence.
Diplômes et compétences : une opposition
dépassée ?
Faut-il pour autant opposer diplômes et compétences ?
Probablement pas. L’enjeu n’est pas de remplacer l’un
par l’autre, mais de réconcilier reconnaissance académique
et utilité opérationnelle. Le diplôme de demain
ne sera plus seulement un marqueur de savoir, mais
un signal de compétences éprouvées, actualisées et
transférables.
Dans un monde où les carrières sont de moins en moins
linéaires, la formation continue devient un pilier central
de l’employabilité. Les écoles qui sauront se positionner
comme des acteurs clés de l’apprentissage tout au long
de la vie — agile, pertinent et orienté impact — renforceront
durablement leur attractivité et leur légitimité.
La formation continue n’est plus un prolongement
marginal de l’enseignement supérieur : elle en devient
le laboratoire stratégique. Face à des entreprises en
quête de compétences immédiatement actionnables,
les écoles n’ont plus seulement la possibilité d’évoluer
elles en ont la responsabilité.
Le virage est engagé. Reste à savoir quelles institutions
sauront le négocier pleinement.
Benjamin Stevenin
Boostez votre
carrière avec le No
code et les agents IA
*
36
*Tout commence ici
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENTRETIEN
FÉVRIER 2026 N° 2
Aline Scouarnec
DOCTEURE EN SCIENCES DE GESTION, PROFESSEUR AGRÉGÉ DES UNIVERSITÉS
L’Orientation Compétences : une transformation
indispensable pour l’enseignement supérieur
Prospective des métiers, transformation
des organisations, Orientation
Compétences : dans cet entretien, Aline
Scouarnec revient sur le fil rouge de
ses travaux depuis 26 ans. Elle détaille
une approche qui dépasse l’innovation
pédagogique, interroge la stratégie et le
management des établissements et pose
la question de la « formation continuée »
post-diplôme pour mieux accompagner
les alumni, face à l’évolution rapide des
compétences.
Avez-vous l’impression que l’Orientation
Compétences est entrée dans les mœurs,
dans l’enseignement supérieur ?
Non, pas partout. Souvent, on se limite encore trop à
l’approche par compétences ( APC) qui reste au niveau
de l’innovation pédagogique : comment innover, comment
mieux intégrer une réflexion sur les compétences dans la
pédagogie. C’est insuffisant. Dans notre approche, avec
Franck Brillet, on va plus loin. L’Orientation Compétences,
pour moi, se joue sur trois piliers.
D’abord un pilier stratégique : est-ce qu’il y a un institut,
un club, une cellule de veille et de prospective avec l’écosystème
territorial, national, international, sur l’évolution
des métiers et des compétences de demain ? Certaines
écoles ont commencé à développer des instituts, c’est
une bonne avancée. Le réseau des IAE (Institut des
Administrations des Entreprises) a quant à lui, créé un
observatoire des compétences au niveau d’IAE France.
Ensuite, il convient de formaliser un projet stratégique,
une feuille de route qui permettra le déploiement agile
des axes retenus. Au regard du contexte ambiant, il n’est
plus possible de parler de plan (faisant référence à la
planification), il faut aller sur du projet, fixant l’intention
et laissant plus de liberté d’action et d’adaptation aux
parties prenantes.
Ensuite un pilier managérial : il s’agit de repenser le
fonctionnement des établissements, surtout avec l’IA.
Des métiers vont se transformer profondément, pas
seulement celui d’enseignant, mais aussi celui d’assistante
pédagogique, d’assistante de programme, de celles et
ceux qui accompagnent le bon déroulement d’un programme.
Leur rôle va évoluer, notamment parce qu’ils
seront plus impliqués dans la montée en compétences des
étudiants. Il faut donc penser une gestion des ressources
humaines orientée compétences pour l’ensemble des
personnels administratifs et technico-pédagogiques.
De plus, cela pose également la question de la gestion
des compétences des équipes pédagogiques : est-ce
que l’expertise en recherche irrigue bien la pédagogie
et les programmes ? Est-ce qu’on articule correctement
expertise en recherche et expertise pédagogique ? Et
comment on enrichit la GRH de l’ensemble des personnels
dans un établissement ? La question mérite d’être posée.
Enfin, un pilier centré sur l’étudiant : de la fiche RNCP
à la maquette rédigée en compétences, à des syllabus
présentés dans un format plus clair en début et fin de
module, à des outils de traçage des compétences tout
À propos de Aline
Scouarnec
Docteure en sciences de
gestion, professeur agrégé
des universités, Aline
Scouarnec a consacré sa
thèse aux effets sociaux
des pratiques de gestion par
les compétences. Depuis
26 ans, elle développe une
démarche de prospective des
métiers et des compétences,
appliquée aux organisations
et au monde des affaires,
articulant anticipation, veille,
formalisation de scénarios et
traduction opérationnelle.
Ses travaux intègrent
aujourd’hui une dimension
de transformation des métiers
et des compétences, dans le
prolongement d’un ouvrage
consacré à la transformation
des organisations1 et
de publications à venir
sur la transformation de
l’Enseignement supérieur via
l’Orientation Compétences
entre autres. Parallèlement
à ses activités de recherche
et d’intervention, elle est
impliquée au ministère de
l’Enseignement supérieur
dans l’élaboration des
fiches RNCP (Répertoire
National des Certifications
Professionnelles) - masters
et licences de gestion - et
pilote un groupe national
chargé de leur refonte. À
la CEFDG (Commission
d’Evaluation des Formations
et Diplômes de Gestion),
elle a initié une réflexion sur
l’Orientation Compétences,
au-delà de la seule
approche par compétences,
afin de contribuer à une
vision systémique des
enjeux de transformation
des établissements et
de l’accompagnement
des étudiants.
1. Oser la transformation des
organisations : des clés de
compréhension pour repenser les
organisations. R. de la Cruz &
A. Scouarnec. Editions MPE.
au long du parcours via un passeport de compétences.
Et comment tout cela pourrait se relier demain à des
dispositifs existants, comme le passeport de compétences
que nous avons tous ? ( https://competences.
moncompteformation.gouv.fr/espace-public/). Sur ces
sujets, nous sommes encore loin du but.
Et dans l’entreprise, l’Orientation
Compétences est-elle vraiment en place ?
C’est variable. On a essayé de faire de la GPEC pendant
des années, avec des difficultés. Après la réforme
Pénicaud, on a davantage parlé de gestion des emplois
et des parcours professionnels. Aujourd’hui, on parle
de skills-based organizations ou competency-based
organizations.
Les grands groupes sont avancés, à des niveaux différents.
Mais le tissu économique français, ce sont
aussi des PME-PMI, des ETI, le monde associatif, les
organisations publiques, des structures qui ne sont pas
toujours équipées à ce sujet. Il y a un accompagnement
par les branches professionnelles et les OPCO, mais
des efforts sont encore à faire en particulier au regard
de l’écosystème actuel et à venir et des enjeux de
transformation et d’obsolescence des compétences.
L’OCDE a évoqué une durée de vie des
compétences qui baisserait entre 12 et 18
mois. Est-ce une réalité ou un indicateur qui
dramatise ?
Je suis prudente sur ces chiffres. Je pense que les
compétences, de par leurs définitions, évoluent en
fonction du contexte et des objectifs attendus. Dans un
écosystème incertain, complexe et turbulent, la question
de la transformation, voire de l’obsolescence de certaines
compétences se posent en effet. Je me demande aussi
si cela concerne plutôt des micro-compétences que des
macro-compétences ou des blocs de compétences. Mais
cela pose un vrai sujet : l’actualisation des compétences
et, derrière, l’idée d’organisation apprenante. Même si
un cœur de compétences reste, il va se transformer :
nouveaux outils, IA, nouvelles exigences liées au développement
durable ou aux attentes sociales en général. Il
faudra acquérir de nouvelles compétences et actualiser
les compétences socles.
Comment voyez-vous le développement de
la formation continue dans l’enseignement
supérieur au vu les enjeux que vous nous
décrivez ?
Il y a d’abord un manque de prise de conscience du
potentiel de développement lié à la formation tout au
long de la vie (FTLV). On reste sur un schéma : on recrute
des étudiants, on les diplôme, puis ils deviennent alumni.
Nous ne sommes pas dans une posture d’accompagnement
tout au long de la vie. C’est un changement
de paradigme. L’Orientation Compétences, telle que je
la défends, réinterroge le business model : est-ce que
votre métier, c’est seulement de former et diplômer,
ou d’accompagner sur la durée des personnes dans
leur trajectoire de développement des compétences ?
Ensuite, il y a un sujet d’organisation interne. Si on
développe davantage de modules, de formats courts,
de ventes au « bloc de compétences », on peut avoir
des étudiants en parcours diplômant et des publics en
modules dans la même salle. Cela peut représenter
des économies d’échelle évidentes, cependant il faut
avoir la volonté de le mettre en oeuvre et de penser
les systèmes de gestion et d’accompagnement qui
vont avec.
Enfin, il y a également une question de représentation
sociale : pour un diplôme, on pense à une école ou une
université ; pour un séminaire de quelques jours, on
pense à une “boîte de formation”, pas à un établissement
d’enseignement supérieur. Les enseignants-chercheurs
ne sont pas spontanément perçus comme des “formateurs”
sur ce marché, et pourtant les compétences
en recherche appliquée pourraient être valorisées.
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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
ENTRETIEN FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES
ENTRETIEN FÉVRIER 2026 N° 2
C’est un vrai changement de paradigme qui invite à de
nouvelles stratégies, dite de transformation adossées
à des exercices de prospective pour aider à la décision.
Donc, aujourd’hui, les alumni ne sont
pas assez mobilisés comme levier de
développement de la formation continue ?
Oui. Nos anciens reviennent rarement vers leur établissement
pour se former. Ils vont vers d’autres acteurs.
Et cela vaut aussi dans des institutions très reconnues
: après la sortie, on revient peu pour des modules
d’actualisation, alors qu’on a le savoir-faire.
Un levier que je trouve intéressant : après un master dans
les INSPE, un enseignant recruté a trois ans de “formation
continuée”, avec des modules obligatoires. Je ne dis
pas que ce doit être exactement trois ans partout, mais
l’idée d’un prolongement structuré post-diplôme pourrait
renforcer le lien et installer une logique d’actualisation.
Vous parlez de vendre des formations “au
bloc”. C’est réaliste ?
Sur la VAE (Validation des Acquis de
l’Expérience), vous êtes optimiste ?
Sur la philosophie, oui, c’est intéressant. Mais il faut
être très équipé : outillage, capacité à évaluer sur un
bloc, à décider d’une validation totale ou partielle. Et
cela réinterroge une question de base : est-ce que nos
maquettes sont réellement rédigées en compétences
? Est-ce qu’on a des outils robustes pour évaluer les
compétences ? pour « scanner » les compétences d’un
candidat ? Je teste un outil en ce moment et je pense que
c’est vraiment vers ce genre d’outillage (merci l’IA) que
nous devrons tous aller pour l’ensemble des programmes
en vue de personnaliser les parcours.
Souvent, ce sont des services centraux qui prennent la
main, parce que tous les enseignants ne sont pas outillés
ou volontaires pour le faire. Et il y a aussi un décalage :
on a la fiche RNCP, puis on retombe sur des maquettes
“classiques”. Faire le lien entre maquette et fiche RNCP
peut devenir un compliqué. D’où la nécessité de proposer
des maquettes en modules de compétences.
Les entreprises cherchent-elles davantage
des diplômes ou des compétences ? Et
quelles compétences attendent-elles ?
Elles attendent un socle minimum de compétences
métier : on ne peut pas former à toutes les expertises,
mais il faut être au rendez-vous sur les fondamentaux.
Et elles attendent aussi beaucoup de compétences
transversales — ce qu’on a appelé soft skills, même si
je préfère parler de compétences transversales.
La question, c’est : est-ce qu’on travaille
suffisamment ces compétences dans nos
diplômes ? Et comment on les évalue pour
s’assurer de la posture, du comportement,
de l’esprit critique, de la créativité ?
De mon côté, j’ai initié un dispositif avec une start-up
(5Feedback) qui propose des feedbacks sur les compétences
transversales, et un accompagnement par
l’association EGEE, pour aider les étudiants à construire
leur réflexivité et un dossier de preuve sur les compétences
transversales. Cela fait cinq ans : je suis bluffée
par la qualité de réflexivité et la capacité des étudiants
en fin de master 2, à argumenter sur leurs compétences
transversales. Je n’ai pas encore mesuré l’impact côté
recruteurs, mais je constate l’évolution côté étudiants.
Vous dites qu’on peut “encore mieux faire”
sur le partenariat entreprise-école. Où agir
concrètement ?
Je pense qu’on peut être plus imbriqués. Par exemple,
sur l’alternance, je me dis souvent qu’on reste en silos :
les profs d’un côté, les tuteurs entreprise de l’autre.
On devrait davantage co-construire ensemble, sur
les programmes, les mises en situation, échanger sur
nos pratiques d’évaluation et de développement des
compétences, etc.
Le sujet des compétences peut devenir un fil conducteur
commun : ce que fait une entreprise peut nous
inspirer, et inversement. Et sur les territoires, avec
l’écosystème — entreprises, branches, OPCO — il y a un
potentiel d’amélioration pour aller vers une Orientation
Compétences utile pour tous.
L’IA change-t-elle votre manière de penser
les formations ?
Oui. Il faut intégrer l’IA dans nos enseignements, accompagner
nos étudiants sur des prises en main raisonnées
et pertinentes. Cela pourra avoir un impact à terme, je
pense sur les volumes horaires de face-à-face ?. Cela
réinterroge notre métier, nos modalités de fonctionnement,
l’organisation du temps de formation et de
développement de compétences et le partage entre
ressources à distance et moments en présentiel dédiés
à l’interaction, aux mises en situation, à la pratique,
aux études de cas. En d’autres termes, cela interroge
les compétences de demain, leur anticipation et les
modalités à mettre en œuvre pour les développer, tant
pour les équipes pédagogiques, administratives ou
technico-pédagogiques que pour les étudiants. Ce sera
peut-être un vecteur clé d’accélération de l’Orientation
Compétences sur ses trois piliers !
Propos recueillis par Olivier Rollot et Vanessa Calvao
C’est tout à fait possible depuis la réforme Pénicaud.
Mais beaucoup ne le font pas. Vendre au bloc, cela
suppose de partir d’un bloc de compétences, puis de
construire des modules sur une temporalité cohérente,
pour pouvoir les proposer à des publics différents. Et
cela peut s’articuler avec l’idée d’actualisation, qui est
encore autre chose : revenir valider un module, se remettre
à niveau, prouver une montée en compétences.
Je pense que ce sont des sujets sur lesquels des leviers
de développement existent.
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
L’ESSENTIEL DU MOIS
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
L’ESSENTIEL DU MOIS
FÉVRIER 2026 N° 2
Au cœur d’un comité
de perfectionnement :
comment Excelia réunit
ses entreprises partenaires
Le 4 décembre dernier, dans les locaux de la Direction Générale de l’Armement (DGA),
les entreprises et les équipes pédagogiques d’Excelia réaffirment l’esprit d’innovation du groupe,
avec la seconde édition du comité de perfectionnement (CoPerf).
«
Smart skills for sustainable business » : la baseline
du nouveau CoPerf . Le groupe Excelia fédère
trois écoles spécialisées en management,
communication et hôtellerie-restauration. Sa
mission, dont la visibilité est renforcée par la nouvelle
identité de marque dévoilée en septembre dernier :
« former des professionnels capables d’imaginer,
concevoir et piloter des modèles organisationnels en
phase avec les transformations du marché ».
C’est dans cet esprit que s’inscrit le CoPerf, comité de
perfectionnement, événement phare qui réunit pour
cette édition 65 entreprises partenaires associés
aux équipes pédagogiques autour d’une réflexion
sur l’évolution des programmes de formation. Avec
une approche résolument novatrice, ce comité vise à
anticiper les besoins du travail de demain et à stimuler
l’intelligence collective, notamment à travers des ateliers
inspirés du design fiction.
« Le design fiction est une technique innovante, apparue
au début des années 2000 et initialement employée
par le MIT » nous apprend Onélia Lamarre, directrice
des Relations Entreprises & Talents (DRE) du groupe.
Plutôt que de produire des prédications, cette technique
offre la possibilité de se projeter collectivement dans
des scénarios futurs afin de stimuler la créativité des
participants en mobilisant 4 leviers académiques : la
réflexivité, la créativité collective, l’expérimentation. En
mobilisant cette approche, les groupes sont encouragés
à imaginer et à anticiper des évolutions possibles, ce
qui favorise l’émergence d’idées nouvelles et originales
adaptées aux défis à venir.
La DRE organise pour la seconde fois ce rendez-vous
unique, un comité de perfectionnement inter-programmes
qui promet d’être « moins technocratique,
moins descendant, et plus propice à la co-construction
» avec les partenaires entreprises. Pour la 2 ème
année consécutive, et cette fois avec les 3 écoles
du groupe, ce comité de perfectionnement « ouvert
et collaboratif » a permis à Excelia d’atterrir sur des
propositions concrètes des entreprises qui ont accepté
de jouer le jeu.
Le CoPerf transformé en laboratoire d’innovation
collaborative
La première édition du comité en 2024 a eu un impact
fort puisque plusieurs résultats concrets en sont
sortis : Bruno Neil, directeur général du Groupe Excelia
et Onélia Lamarre témoignent : « L’édition de 2024 a
abouti à plusieurs évolutions structurantes de notre
offre pédagogique : l’intégration d’un module de cours
théâtre dans l’ensemble des parcours, la création
du Sustainability Challenge, la création d’une filière
Cybersécurité, pour ne citer que les plus visibles ».
Sur une matinée, grands groupes, PME et enseignants-chercheurs
dédient ainsi une heure à imaginer
des scénarios dystopiques ou utopiques, permettant
de réfléchir ensemble à la place prise dans le futur par
certaines compétences comportementales ou soft
skills. Pour les ateliers « Management », la thématique
est donnée : il s’agit de « réinventer les modèles pour
prospérer dans la complexité ». Chaque table se voit
attribuer une compétence : agile pilot, sense maker…
Et aboutit à des scripts dignes de la série Black Mirror,
inquiétants et peut-être pas si invraisemblables… « En
2040, sur le campus d’Excelia, où les étudiants évoluent
accompagnés chacun d’un halo de données… »
Cette deuxième édition promet d’avoir au moins autant
d’impact, puisqu’elle concerne les 3 écoles du groupe
et réunit 65 participants dans les locaux du campus
OSINT de la DGA, un espace dédié à l’intelligence ouverte
et à l’innovation, géré par la Direction Générale
de l’Armement. C’est déjà un succès puisqu’à la fin de la
matinée, Excelia a imprimé dans les esprits son esprit
d’innovation, tant dans la conception de ses programmes
que dans ses liens avec les entreprises, et clôture le
Comité avec de nombreuses idées qui alimenteront les
propositions d’évolution des maquettes pédagogiques.
Caroline Letellier
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENQUÊTE
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENQUÊTE
FÉVRIER 2026 N° 2
Perspectives de l’OCDE
sur les compétences 2025
Disparités des compétences en calcul selon le genre, selon le niveau d’études des parents et le pays
Dans ses Perspectives sur les compétences 2025, l’OCDE dresse un constat sans ambiguïté :
les compétences sont devenues le principal déterminant des trajectoires professionnelles,
mais leur accès reste profondément inégal. Face aux transformations économiques,
technologiques et sociales, le rapport appelle à un changement de paradigme :
investir dès la petite enfance, organiser un véritable apprentissage tout au long de la vie
et passer à une logique « skills-first », afin de faire des compétences le socle
d’un nouveau contrat social plus juste et plus inclusif.
Le monde a beaucoup changé depuis le début du
siècle. Pour s’adapter, l’OCDE explique qu’il faut
transformer nos politiques publiques autour de
deux idées fortes.
D’abord, l’apprentissage ne doit jamais s’arrêter. Tout
se joue dès la petite enfance, car c’est là que les
premières inégalités apparaissent. Il faut donc offrir
une éducation de haute qualité dès le plus jeune âge
et continuer cet effort jusqu’à l’âge adulte. Cette formation
« tout au long de la vie » permet à chacun de
progresser, peu importe son milieu d’origine. C’est
le meilleur moyen d’éviter que les compétences des
travailleurs ne deviennent dépassées.
Ensuite, il faut rendre le marché du travail plus efficace.
Il ne suffit pas de former les gens, il faut aussi que leurs
talents soient bien utilisés. L’idée est de faire corres-
pondre les compétences des travailleurs avec des
emplois productifs et motivants. Pour cela, les écoles
et les entreprises doivent mieux travailler ensemble.
Le but est de réduire l’écart entre ce que l’on apprend
en théorie et les besoins réels du monde actuel.
Cette approche crée un nouveau contrat social. La
compétence n’est plus un bagage que l’on obtient une
fois pour toutes à l’école. Elle devient un flux continu,
alimenté par une éducation accessible à tous et récompensé
par une économie qui n’oublie personne.
Nous avons analysé chaque chapitre du rapport pour
vous en extraire les chiffres et les enseignements
clés. Vous trouverez ci-dessous l’essentiel de ce qu’il
faut retenir.
FACTEUR DE DISPARITÉ NATURE DE L’ÉCART CONSTATÉ OBSERVATION CLÉ
Milieu social
Genre (Adultes)
Genre (Jeunes)
Âge
+0.55 écart-type pour les enfants de
diplômés.
Femmes : +0.04 à l’écrit.
Hommes : +0.17 en calcul.
Filles : +0.29 en collaboration.
Garçons : +0.10 en maths.
+0.48 écart-type pour les 16-29 ans par
rapport aux 50-65 ans.
C’est le facteur le plus puissant. L’écart est plus
fort chez les personnes en difficulté.
L’avantage des hommes en calcul est encore plus
marqué chez les plus hauts diplômés.
Les filles dominent largement sur les compétences
sociales, créatives et civiques.
Les compétences déclinent avec l’âge, sauf dans
certains pays comme la Suède.
Elargir les possibilités en investissant dans les
compétences du XX1 e siècle
Le monde change vite, et l’OCDE estime que nos politiques
doivent s’adapter à la même vitesse. Il faut passer
d’une éducation figée à une gestion plus souple. Cela
signifie utiliser les données pour corriger les formations
rapidement et faire travailler ensemble les ministères,
les villes et les entreprises. L’objectif est simple : la
formation doit devenir le moteur de notre économie.
Tout commence dès le plus jeune âge. Comme les
inégalités apparaissent très tôt, la priorité est d’offrir
des crèches et des écoles maternelles de haute qualité.
C’est le meilleur moyen de donner les mêmes chances
à tous, peu importe leur milieu d’origine. Plus tard,
l’école doit non seulement viser l’excellence, mais aussi
enseigner à gérer ses émotions et à briser les clichés
sur les métiers d’hommes ou de femmes.
Pour les adultes, il faut supprimer les obstacles comme
le manque de temps ou le coût trop élevé des cours.
L’OCDE propose de moderniser l’orientation grâce au
numérique et de favoriser l’approche « Skills-First ».
Cette méthode privilégie les compétences réelles plutôt
que le diplôme. En facilitant le passage d’un métier à
un autre, les États pourront combler les besoins des
entreprises tout en offrant à chacun un emploi motivant.
le calcul, mais aussi la gestion des émotions.
Le milieu social est le facteur le plus déterminant.
Partout, les enfants de parents diplômés réussissent
mieux. Ce décalage est encore plus fort dans les pays
où les inégalités de revenus sont élevées. Si ces écarts
ont un peu diminué chez les adolescents depuis 20 ans,
ils restent un obstacle majeur.
Le genre joue aussi un rôle, mais différemment selon
les matières. Les femmes sont souvent meilleures en
lecture, tandis que les hommes dominent en calcul,
surtout chez les plus performants. Chez les jeunes,
les garçons sont plus à l’aise en mathématiques, mais
les filles les dépassent largement en créativité et en
résolution de problèmes en équipe.
L’âge et la géographie créent d’autres fractures. Les
compétences diminuent naturellement avec les années,
et les jeunes de 16 à 29 ans sont aujourd’hui bien plus
performants que leurs aînés. Par ailleurs, avoir grandi
en ville offre un net avantage sur ceux qui viennent
d’un village. Cependant, cet écart s’explique surtout
par le fait que les familles urbaines ont souvent plus
de diplômes et de ressources.
Tous ces désavantages ont tendance à s’accumuler.
Comme ces schémas sont déjà visibles à l’école, l’OCDE
prévient que ces inégalités dureront toute la vie si les
politiques ne ciblent pas précisément ces groupes.
OCDE
Lieu de vie
Origine immigrée
+0.20 écart-type pour les citadins par
rapport aux ruraux.
-0.40 écart-type à l’écrit pour les enfants
d’immigrés.
L’écart est surtout dû aux ressources des familles
vivant en ville plutôt qu’au lieu lui-même.
Cet écart diminue fortement lorsque l’on prend
en compte la langue parlée à la maison.
Influence du milieu d’origine sur les compétences
du XXI e siècle
Ce chapitre analyse les inégalités de compétences à
travers cinq critères : le milieu social, le genre, l’âge,
l’origine immigrée et le lieu de vie. L’étude montre que
ces écarts ne concernent pas seulement la lecture ou
Le rapport souligne que ces critères ne sont pas isolés.
Au contraire, ils s’additionnent. Par exemple, une personne
issue d’un milieu rural modeste, dont les parents
n’ont pas de diplôme, cumule plusieurs barrières qui
freinent son accès aux compétences du XXIe siècle.
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L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENQUÊTE
FÉVRIER 2026 N° 2
L’ESSENTIEL DU SUP
COMPÉTENCES
ENQUÊTE
FÉVRIER 2026 N° 2
À l’inverse, l’avantage socioéconomique agit comme un
filet de sécurité : il permet de compenser des difficultés
initiales grâce au réseau et aux ressources financières
de la famille. C’est ce mécanisme de «double peine»
pour les uns et de «bonus permanent» pour les autres
qui explique pourquoi les inégalités sont si difficiles à
réduire sans une intervention publique ciblée dès le
plus jeune âge.
Evolution de l’apprentissage tout au long de la vie
Ce chapitre explique que les écarts de compétences
entre adultes viennent surtout des différences de
parcours scolaires et de l’accès à la formation. Si
l’école arrive à réduire les inégalités sociales pendant
la scolarité obligatoire, ces dernières explosent à la fin
des études. Les personnes issues de milieux favorisés
font des études plus longues, décrochent de meilleurs
diplômes et accèdent plus facilement à la formation
continue une fois en poste.
Pour les inégalités hommes-femmes, la logique est
différente. Ce n’est pas la durée des études qui pose
problème, car les femmes sont globalement plus diplômées
que les hommes. Le blocage vient de l’orientation :
les femmes restent sous-représentées dans les filières
scientifiques et techniques. L’avantage des hommes en
calcul grandit d’ailleurs tout au long de la vie, même à
niveau de diplôme égal.
Enfin, le rapport souligne un cercle vicieux dans la
formation des adultes. Ce sont ceux qui en auraient le
plus besoin (les moins diplômés) qui se forment le moins.
De plus, la nature des formations diffère : les milieux
modestes reçoivent des formations techniques ou de
sécurité, tandis que les cadres se forment à la gestion
ou aux langues. Ces disparités sont renforcées par
des obstacles concrets, comme le manque de temps
ou de soutien familial, qui freinent particulièrement les
femmes et les travailleurs ruraux.
Liens entre compétences et perspectives
d’emploi
Ce dernier volet souligne que les inégalités de naissance
pèsent lourdement sur la fiche de paie et l’accès à l’emploi.
Le milieu social d’origine influence directement le salaire :
les adultes issus de familles favorisées gagnent entre
11 % et 13 % de plus que les autres. Heureusement,
ce chapitre démontre que l’éducation est un puissant
levier, puisque cet écart s’efface presque totalement
lorsque les individus atteignent un niveau d’études et
de compétences équivalent.
Cependant, le constat est plus sévère pour l’égalité
hommes-femmes. Contrairement au milieu social, les
diplômes ne suffisent pas à corriger les disparités
de genre. À compétences et parcours identiques, le
taux d’emploi des hommes reste supérieur de près
de 8 points, et leur salaire est 16 % plus élevé. Cette
injustice s’explique en partie par la ségrégation professionnelle
: les métiers majoritairement masculins
sont mieux rémunérés, même quand ils demandent
un niveau d’effort ou de compétence similaire aux
métiers féminisés.
Disparités liées au niveau d’études des parents en calcul et à l’écrit, par âge
Professions qui obtiennent les scores moyens les plus faibles
et les plus élevés dans les compétences fondamentales du XXI e siècle
Le rapport pointe enfin un phénomène inquiétant de
«déclassement social». Si la plupart des adultes sont
plus diplômés que leurs parents, plus d’un tiers occupe
pourtant un emploi moins prestigieux. Ce décalage
montre que le diplôme ne garantit plus automatiquement
une ascension sociale. De même, si grandir en ville offre
un avantage salarial, celui-ci est surtout lié au fait que
les citadins accèdent à de meilleures études. En résumé,
le marché du travail récompense les compétences, mais
il reste biaisé par des structures qui favorisent encore
trop souvent les hommes et les héritiers.
• le défi de la formation continue : Il faut transformer
la formation des adultes pour qu’elle ne soit plus un
privilège réservé aux cadres, mais un outil accessible
à ceux qui sont les plus exposés aux changements
économiques.
En résumé, réussir la transition vers cette nouvelle
économie demande de la souplesse et une coopération
inédite entre l’État, les entreprises et les citoyens.
La compétence devient ainsi le nouveau socle d’un
contrat social plus juste, où chaque talent a sa place,
peu importe son point de départ.
Ce qu’il faut retenir pour l’avenir :
• l’urgence de l’équité : on ne peut plus accepter que
le milieu d’origine dicte la trajectoire professionnelle.
L’investissement dans la petite enfance est le levier
le plus rentable pour briser les «planchers collants».
• la révolution «Skills-First» : le marché du travail doit
apprendre à valoriser ce que les gens savent faire
réellement plutôt que de se focaliser sur l’intitulé de
leur diplôme. C’est la clé pour résoudre les pénuries
de main-d’œuvre et favoriser l’inclusion.
Pour plus d’informations :
OCDE (2025), Perspectives de l’OCDE sur les compétences
2025 : Développer les compétences du XXIe siècle pour tous,
Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/455ad4a8-fr.
Vanessa Calvao
rédactrice en chef
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L’ESSENTIEL DU SUP COMPÉTENCES LE MOT DE LA FIN FÉVRIER 2026 N° 2
LES COMPÉTENCES NE SE DÉCRÈTENT PLUS,
ELLES SE RÉAPPRENNENT
Partenaire de confiance de l’enseignement
supérieur, de la recherche et de la formation
Stratégie de développement et analyses sectorielles
Transformations organisationnelles et digitales
Fusions & acquisitions
Pendant des années, nous avons fait comme si les
compétences acquises une fois pouvaient durer toute
une carrière. Comme si le diplôme suffisait à garantir
l’employabilité. Comme si l’expérience corrigeait tout.
Cette croyance a structuré nos systèmes de formation.
Elle est aujourd’hui intenable.
Les compétences se dégradent. Silencieusement. Non parce
que les individus échouent, mais parce que le travail change plus
vite que les référentiels. Les métiers évoluent, les outils mutent,
les attentes se déplacent. Continuer à parler de compétences
sans parler de formation continue relève désormais du déni. La
formation continue n’est pas un confort. C’est un mécanisme de
survie des compétences.
Former moins souvent, c’est accepter l’obsolescence. Former à
côté du travail, c’est rater le travail. Former sans intention stratégique,
c’est former pour rien. Ce numéro le montre clairement :
les organisations qui investissent dans la formation continue ne
le font pas par altruisme, mais par lucidité.
L’IA n’a pas rendu les compétences plus faciles à acquérir. Elle
a rendu leur fragilité plus visible. Elle expose les savoirs superficiels,
les apprentissages par délégation, les postures sans
substance. Elle récompense, à l’inverse, les compétences réellement
internalisées, capables de résister à la confrontation et
à l’imprévu.
Une vérité dérangeante s’impose. Les compétences ne s’accumulent
plus. Elles s’entretiennent. Elles s’éprouvent. Elles se
remettent en jeu. Et sans formation continue, elles s’éteignent.
La revanche de la formation continue tient précisément à cela.
Elle n’est plus une réponse à un manque ponctuel, mais le seul
espace où les compétences peuvent rester vivantes. Ce n’est
pas un marché annexe. C’est le cœur du sujet.
Former après le diplôme, ce n’est pas réparer une erreur du passé.
C’est accepter que la compétence soit devenue un processus,
et non un acquis.
Benjamin Stevenin
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