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N°1310 vendredi 15 mai 2026

Paris sportifs en ligne : le marché a

dépassé l’effet calendrier

Le marché français des paris sportifs en ligne affiche 1,766 milliard d’euros de Produit Brut des Jeux en 2025, en hausse

de 10,4 % malgré l’absence de tout grand événement international. Alors question : la valeur d’une compétition sur le

marché des paris tient-elle encore à son caractère exceptionnel ?

Pendant des années, le secteur

des jeux d’argent en

ligne a fonctionné selon une

logique de calendrier. Les

grandes compétitions (Euro,

Coupe du monde, Jeux

Olympiques) servaient de locomotive,

dopant mécaniquement

les volumes et permettant

à chaque opérateur

de recruter massivement.

2024 avait ainsi été une année

record, portée par l’Euro

de football et les JO de Paris,

avec une progression de

21,1 % des mises. L’année

2025 devait donc, selon cette

logique, marquer un reflux.

Elle n’en a rien fait. Avec

11,517 Md€ de mises

(+12,0 %) et un PBJ (Produit

Brut des Jeux) de 1,766 Md€

(+10,4 %), le segment des

paris sportifs en ligne affiche

un taux de croissance annuel

moyen de +14,6 % sur deux

ans, le plus élevé du marché

en ligne relève l’Autorité nationale

des jeux (ANJ). Le

marché semble avoir acquis

une capacité d’autoalimenter

sa propre croissance, indépendamment

du calendrier

des compétitions d’élite.

La Ligue des Champions

et le tennis, architectes

d’une année sans grand

événement

La bascule s’opère sport par

sport, et elle mérite qu’on s’y

attarde. Le football conserve

sa domination incontestée

avec 55 % des mises en

2025, mais sa contribution à

la croissance recule significativement

: elle tombe à

49 % contre 66 % en 2024,

année gonflée par les sélections

nationales lors de

l’Euro.

Suite page 4

LA LETTRE DU SPORT

Sommaire

International

La recomposition forcée du golf mondial...................................................................................2

France

Affaire Jaminet : le transfert devient une affaire d’escroquerie en bande organisée ................3

Economie

FDJ United et PMU : deux monopoles, deux trajectoires opposées..........................................5

Médias

Ligue 1+, un an après, entre promesses et tensions....................................................................6

Le budget sport de France Télévisions en question....................................................................7

La Lettre du Sport

GROUPE SPORT.FR SA

BP 40077

66050 PERPIGNAN CEDEX

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Disponible uniquement sur abonnement

Directeur de la publication :

David Tomaszek

Rédacteur en chef :

Emmanuel Frattali

Dépôt légal à parution

ISSN 1282-1365

Commission paritaire 1022T89411

Imprimerie Domenica Media / Espagne


International

N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

La recomposition forcée du golf mondial

Le retrait annoncé du Fonds d’investissement public saoudien (PIF) du financement du LIV pourrait précipiter le

retour des dissidents vers les circuits traditionnels. L’Espagnol Jon Rahm, symbole de la fracture, vient d’en tracer le

chemin au prix fort.

endant trois ans, le

LIV Golf a incarné la

plus grande rupture de

l’histoire récente du golf

professionnel : des contrats

pharaoniques, des stars débauchées,

et une guerre ouverte

avec le PGA Tour et le

DP World Tour.

Aujourd’hui, le château de

cartes vacille. Le PIF, principal

bailleur du circuit dissident,

a annoncé la fin prochaine

de son soutien financier.

Une nouvelle qui redistribue

les cartes bien au-delà

des greens, jusqu’aux plus

hautes sphères politiques :

Donald Trump lui-même,

grand amateur de golf, veut

voir les meilleurs joueurs

s’affronter à nouveau régulièrement.

« Maintenant, ils

seront tous acceptés par le

circuit… ils seront tous de

retour et ce sera formidable

», a estimé le président

américain.

Rahm règle l’addition

Quelques jours après cette

déclaration, Jon Rahm a

soldé son contentieux avec

le DP World Tour. L’accord

conclu prévoit le paiement

de « toutes les amendes dues

depuis le début 2024 », soit

quelque 2,7 M$ (2,3 M€) accumulées

depuis son départ

vers le LIV en 2023. En

échange, le double vainqueur

de Majeurs récupère

son éligibilité pour la Ryder

Cup, un symbole fort pour

celui qui avait été capitaine

de l’équipe européenne victorieuse

en 2025.

L’Espagnol s’engage également

à participer à des tournois

du circuit européen

d’ici la fin de saison. Le revirement

est spectaculaire

pour un joueur qui, en mars,

accusait encore le DP World

Tour « d’extorquer les

joueurs ». D’autres dissidents

avaient déjà signé des

accords similaires en février

; Rahm avait alors refusé. Le

rapport de force a changé.

Le « Returning Member

Program » comme sas de

réintégration

Pour les joueurs souhaitant

réintégrer le PGA Tour, le

circuit américain a mis en

place un dispositif dédié : le

« Returning Member

Program ». Brooks Koepka,

passé au LIV dès 2022, en

est déjà bénéficiaire. Mais le

retour ne se fera pas sans

friction. Brian Harman, ancien

vainqueur de l’Open

britannique resté fidèle au

PGA, pose la question de la

justice sportive : « Je pense

qu’il faut qu’il y ait quelque

chose », a-t-il déclaré, estimant

que des conditions

claires permettraient d’apaiser

« l’animosité et le ressentiment

», notamment vis-àvis

du procès intenté par

onze joueurs du LIV contre

le PGA Tour pour contester

leurs suspensions, jugées anticoncurrentielles.

Pour autant, Harman tempère

: « Je ne suis pas sûr

qu’ils mettent la clé sous la

porte. Les fonds se tarissent,

mais ils pourraient trouver

des financements ailleurs.

Ils ont beaucoup de grands

noms, des gars qui font bouger

les choses. »

Le LIV n’est effectivement

pas mort, mais il est fragilisé

au point de contraindre ses

stars à négocier leur retour.

La recomposition du golf

mondial s’accélère et elle se

négocie désormais en

amendes, en dérogations et

en programmes de réintégration

plutôt qu’en chèques

saoudiens.

LA LETTRE DU SPORT

En bref

Le Women's Open imite l'Evian Championship. L'AIG Women's Open franchit le cap des 10 M$ de prize money pour sa 50e édition —

une sixième hausse consécutive. Il devient ainsi le troisième Majeur féminin à atteindre ce seuil, après l'US Women's Open et le Women's PGA

Championship. L'Evian Championship, lui, monte de 8 M$ à 9,1 M$ pour sa 32e édition (9-12 juillet, Haute-Savoie), grâce notamment à

l'arrivée du groupe sud-coréen Hyosung parmi les sponsors.

La Fédération australienne de rugby annonce un excédent record. Rugby Australia boucle 2025 avec un excédent record de 70 M$

australiens (≈ 42 M€), porté par la tournée des Lions britanniques et irlandais. Sur les 159 M€ de chiffre d'affaires annuel, 90 M€ proviennent

des recettes de matchs. Après une perte de 22,5 M€ en 2024, la fédération va rembourser un emprunt par anticipation et constituer un fonds

pour l'avenir du rugby. Elle vise de nouveaux records avec la Coupe du monde 2027 à domicile.

Vers un nouveau format de qualification pour l'Euro ? L'UEFA envisagerait un nouveau système de qualification pour l'Euro 2032. Le

format actuel, jugé trop prévisible depuis l'élargissement de la compétition, serait remplacé par un modèle inspiré de la Ligue des nations : des

groupes hiérarchisés (A, B, C, D) selon le classement FIFA, favorisant des affiches de prestige dès la phase qualificative. La formule « phase

de ligue » à 53 nations, jugée inadaptée aux diffuseurs, serait écartée.

2


France

N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

Affaire Jaminet : le transfert devient une affaire

d’escroquerie en bande organisée

Ce qui ressemblait à un simple contournement du salary cap est désormais entre les mains d’une juridiction spécialisée

dans le crime organisé. Le transfert de Melvyn Jaminet de Perpignan à Toulouse en 2022 expose, dans toute sa

brutalité, les failles de la gouvernance financière du rugby professionnel français.

n janvier 2025,

L'Équipe révèle le

mécanisme : pour

quitter l'USAP avant le terme

de son contrat, Melvyn

Jaminet avait payé lui-même

sa clause de sortie —

450.000 € financés par deux

emprunts bancaires — sans

jamais toucher en retour l'argent

que lui devait le Stade

toulousain. L'opération permettait

au club de la Ville

rose d'éviter d'intégrer ce

montant dans son plafond salarial.

Une fraude au salary

cap, en somme. Sauf que

derrière cette mécanique

comptable se dessine aujourd'hui

quelque chose de bien

plus grave.

De l'abus de biens sociaux

à l'escroquerie en bande

organisée

Le parquet de Toulouse avait

ouvert une enquête préliminaire

en avril 2025 pour faux

et abus de biens sociaux. Un

an plus tard, le dossier a

changé de dimension. Le

procureur David Charmatz

indique que l'enquête a révélé

des faits « potentiellement

constitutifs d'escroquerie

en bande organisée, de

blanchiment en bande organisée

et de blanchiment

d'abus de biens sociaux ».

Ce glissement lexical n'est

pas anodin : l'escroquerie en

bande organisée implique

concertation préalable, plan

délibéré et enrichissement au

détriment d'autrui. On est

très loin d'une simple irrégularité

de gestion salariale. La

complexité du montage, susceptible

de mettre en cause

plusieurs intervenants ou sociétés,

a justifié le dessaisissement

au profit d'une juridiction

d'un tout autre calibre.

La JIRS de Bordeaux,

l'arme du crime organisé

financier

Le parquet de Toulouse s'est

dessaisi au profit de la JIRS

de Bordeaux. Ces juridictions

inter-régionales spécialisées,

créées en 2004, traitent

la grande criminalité organisée,

les trafics à grande

échelle et les fraudes financières

sophistiquées. Que

l'affaire Jaminet y atterrisse

dit, à lui seul, l'ampleur présumée

du montage. Les

450.000 € auraient transité

par des intermédiaires, dont

Arnaud Dubois, avocat et

éphémère président du

Biarritz Olympique en 2024-

2025, et une société polynésienne,

Pacific Heart, basée à

Tahiti. Quand un transfert

entre Perpignan et Toulouse

passe par Tahiti, la géographie

elle-même devient un

indice.

Le salary cap comme révélateur,

pas comme cause

Au terme d'une médiation, le

Stade toulousain avait versé

une « contribution » de

1,3 M€ à la LNR et écopé

d'un retrait de deux points —

tout en pointant en tête du

Top 14. Le club avait semblé

considérer ce règlement

comme la clôture du dossier.

Mais le parquet, lui, n'avait

pas fermé le dossier. Un accord

de médiation avec une

ligue n'est pas un quitus pénal.

Dans un communiqué, le

Stade Toulousain dit souhaiter

que l'enquête « établisse

avec précision les circonstances

des faits » et rappelle

avoir lui-même porté plainte

contre X, se présentant

comme victime.

Au-delà du rugby, cette affaire

pose une question structurelle

au sport professionnel

français : jusqu'où les montages

de transferts peuventils

s'éloigner de leur réalité

économique sans franchir le

seuil pénal ? Les intermédiaires,

sociétés-écrans et

flux transfrontaliers ne sont

pas l'apanage du football. La

différence, ici, est que la justice

a décidé de suivre l'argent

jusqu'au bout.

LA LETTRE DU SPORT

En bref

Les Girondins de Bordeaux battent le record historique d’affluence du football amateur. Samedi, les Girondins de Bordeaux ont établi

un nouveau record d’affluence pour une rencontre de National 2 avec 27.000 spectateurs recensés au Stade Atlantique lors du succès face aux

Herbiers (1-0). Une performance exceptionnelle à l’échelle du football amateur français. Le précédent record en quatrième division appartenait

jusque-là au Racing Club de Strasbourg, qui avait attiré 20.044 supporters à la Meinau lors d’un derby contre Mulhouse, le 8 avril 2013. Mais

le club girondin ne s’est pas arrêté là. Bordeaux a également battu le record absolu d’affluence pour un match amateur en France, jusque-là

détenu encore par Strasbourg avec 26.145 spectateurs réunis le 3 juin 2016 face à Dunkerque en National. Au-delà du symbole populaire, cette

soirée record permet surtout aux Girondins (un point de retard sur La Roche-sur-Yon avant la dernière journée, ndlr) de continuer à croire à

une remontée immédiate en Ligue 3, futur nom du National.

3


Economie

N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

LA LETTRE DU SPORT

Paris sportifs en ligne : le marché a

dépassé l’effet calendrier

suite de la page 1

Ce sont les clubs, et non plus

les équipes nationales, qui

ont tenu le marché. La Ligue

des Champions, dans son

format réformé et élargi, a

généré une hausse des mises

de 48,6 %, compensant partiellement

l’absence de

l’Euro. Qui plus est, un club

français, le Paris SG, est allé

au bout du bout de la compétition.

Ce chiffre devrait interpeller

directement les

clubs engagés en compétition

européenne : leur valeur

commerciale auprès des opérateurs

de paris ne se limite

plus à leur audience télévisuelle,

elle s’incarne aussi

dans des volumes de mises

directement mesurables. Les

opérateurs ne s’y trompent et

cherchent à s’associer aux

clubs les plus joués.

Le vrai enseignement de

2025 est pourtant ailleurs. Le

tennis s’affirme comme le

deuxième moteur du segment,

avec 30 % de la contribution

à la croissance (contre

20 % en 2024) et des mises

en hausse de 16,3 %. L’effet

Loïs Boisson, demi-finaliste

surprise à Roland-Garros ?

L’explication est avant tout

structurelle. Le sport à la raquette

s’est installé dans la

durée. Son calendrier avec

des compétitions quasi permanentes,

des matchs individuels

faciles à analyser, des

confrontations répétées entre

têtes de série, en fait un terrain

d’élection pour des pratiques

de paris régulières,

moins dépendantes d’un rendez-vous

unique.

La démographie des parieurs

sportifs en ligne éclaire la robustesse

de cette croissance.

En 2025, le nombre de

joueurs uniques atteint 3,6

millions (+8,6 %) et le

nombre de comptes joueurs

actifs 5,3 millions (+7,9 %).

Plus révélateur encore :

chaque compte a placé en

moyenne 151 paris dans

l’année, contre 146 en 2024,

pour une mise moyenne par

pari stable à 14,5 €.

L’engagement des joueurs

s’intensifie, même en l’absence

d’événement fédérateur.

La mise annuelle par

compte actif progresse à

2.186 € (+3,8 %) et le PBJ

par compte à 335 € (+2,3 %).

Ce qui se dessine ici, c’est un

profil de parieur moins occasionnel,

plus régulier. C’està-dire

un bassin qui ne se

constitue plus uniquement

lors des pics de visibilité médiatique,

mais qui s’entretient

sur la durée grâce à la

profondeur de l’offre.

2026 : la Coupe du monde

comme test grandeur nature

Les paris sportifs en ligne représentent

désormais 68 %

du marché digital des jeux

d’argent. Une tendance appelée

à se confirmer. La

Coupe du monde cet été sera,

selon l’ANJ, l’occasion de

vérifier si les grandes compétitions

internationales

conservent encore leur effet

d’accélération traditionnel.

La question est légitime. Si

2025 a montré que le marché

croît sans elles, leur retour ne

peut produire qu’un de deux

effets : soit un surcroît de

croissance significatif,

confirmant qu’elles restent

des accélérateurs nets ; soit

une progression marginale,

qui signerait leur déclassification

comme variable déterminante

du marché.

Avec un nombre de rencontres

démultiplié par la

présence de 48 nations et une

programmation où les

chances d’élimination précoce

des principaux pays

sont proches de zéro, la réponse

paraît courue

d’avance, même si la présidente

de l’ANJ, Isabelle

Falque-Pierrotin, appelle à

« faire baisser la température

du jeu d’argent ».

4


Economie

N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

FDJ United et PMU : deux monopoles, deux

trajectoires opposées

Si le marché en concurrence affiche une santé robuste, les activités sous droits exclusifs offrent un tableau beaucoup

plus contrasté. D’un côté, FDJ United consolide sa domination sur le marché français tout en absorbant les turbulences

de son expansion européenne. De l’autre, le PMU traverse une dégradation qui touche désormais l’ensemble de ses

indicateurs, sans exception.

FDJ United : la loterie

comme bouclier, Kindred

comme chantier

Avec un PBJ global de 8,706

Md€, FDJ United affiche

une progression de +24 %

par rapport aux données publiées

en 2024. Mais cet

écart spectaculaire s’explique

avant tout par l’intégration

en année pleine du

Suédois Kindred (Unibet),

acquis en octobre 2024. À

périmètre comparable, la

croissance est de +0,8 % seulement,

soit une quasi-stagnation

à l’échelle du groupe.

Sur le marché français,

l’image est plus flatteuse.

Les activités sous droits exclusifs

atteignent un PBJ de

6,950 Md€ (+2,8 %), portées

par la loterie dont le chiffre

d’affaires progresse de

2,2 %, dopé par la dynamique

de l’Euromillions et le

succès de plusieurs jeux instantanés.

La loterie en ligne

accélère sa digitalisation

avec un chiffre d’affaires en

hausse de 8,1 % et un bassin

de plus de 6 millions de

joueurs actifs en ligne à fin

2025.

Le paradoxe de FDJ United

tient à l’écart entre cette vitalité

française et le recul de

ses activités européennes de

paris et jeux en ligne, dont le

PBJ chute de -8,1 %. Hors

Royaume-Uni et Pays-Bas,

deux marchés structurellement

difficiles, la performance

est en réalité positive

(+5,6 %), mais l’effet global

pèse sur les comptes. Le

chiffre d’affaires total recule

de -2,9 % à 3,7 Md€, la

marge d’EBITDA s’érode

d’un point à 24,5 %, et le résultat

net s’effondre à

176 M€ (-56 %), pénalisé par

le coût de la dette d’acquisition

et les dépréciations d’actifs

incorporels. La croissance

de la loterie, aussi

réelle soit-elle, ne suffit pas à

compenser le recul des paris

et jeux en ligne en concurrence

(-11,8 % de chiffre

d’affaires). En 2026, FDJ

United devra simultanément

unifier ses marques en ligne

sur le marché français, redresser

ses positions européennes

et maintenir la dynamique

loterie.

PMU : quand tous les indicateurs

virent au rouge

La situation du Pari mutuel

urbain est d’une autre nature.

Après un rebond post-Covid

en 2022 et un pic d’activité

en 2023, l’opérateur hippique

entre dans un cycle de

dégradation qui s’accélère et

se généralise. En 2025, les

mises reculent de -3,3 % à

6,4 Mds€ (après -2,6 % en

2024), le PBJ de -2,8 % à

1,651 Md€ (après -2,2 %), et

le bassin de joueurs se

contracte de -5,7 % pour revenir

à 3,3 millions, après

avoir brièvement retrouvé

son niveau pré-crise en 2024

avec 3,5 millions de joueurs.

La part de marché du PMU

poursuit son érosion continue

: de 13,2 % en 2023 à

11,7 % en 2025. Dans le

même temps, le pari sportif

en ligne gagne 2,3 points

pour atteindre 12,5 % de part

de marché. Pour la première

fois, les deux segments se regardent

en face à des niveaux

presque comparables. La

tension est particulièrement

sensible sur la contribution à

la filière hippique, qui recule

de 35 M€ en un an pour

s’établir à 802 M€ (-4,2 %).

Pour les propriétaires, entraîneurs

et sociétés de courses

qui dépendent de cette redistribution,

la trajectoire du

PMU n’est pas une question

abstraite de parts de marché,

c’est une réalité budgétaire.

La réponse institutionnelle

prend forme. L’État a engagé

l’élaboration du « Pacte

PMU 2030 » pour transformer

le modèle de la filière,

une nouvelle gouvernance

est en place avec Cyrille

Giraudat à la direction générale

depuis janvier 2026, et

l’ancien ministre du Budget,

des Comptes publics, de la

Fonction publique et de la

Réforme de l'État des gouvernements

Fillon 1 et 2,

Éric Woerth, a été nommé

président du conseil d’administration

il y a quelques semaines.

Un amendement au

PLF 2025 ouvre par ailleurs

la possibilité de nouvelles

offres hippiques, comme les

paris sur des courses passées,

susceptibles de renouveler

l’attractivité du monopole.

Reste à savoir si ces leviers

institutionnels suffiront à inverser

une tendance qui, elle,

n’est pas conjoncturelle.

LA LETTRE DU SPORT

https://pro.sport.fr/tag/paris-sportifs

5


Médias

N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

Ligue 1+, un an après, entre promesses et tensions

Auditionné par la commission culturelle du Sénat la semaine dernière, Nicolas de Tavernost dresse un bilan contrasté

de la première saison de Ligue 1+. Entre piratage massif, conflits d’intérêts et déficit chronique des clubs, le directeur

général de LFP Media défend un modèle sous pression.

n peu moins d'1,1

million d'abonnés,

150 M€ de chiffre

d'affaires brut, une exclusivité

totale du championnat

acquise pour la saison prochaine

: sur le papier,

Nicolas de Tavernost présente

des chiffres qui témoignent

d'une montée en

charge réelle. Mais son audition

devant la commission

culture et sport du Sénat révèle

surtout la distance qui le

sépare d'une partie des élus

sur la lecture des risques systémiques

pesant sur le football

professionnel français.

Une première saison dans

les clous, mais un modèle

encore fragile

Sur l'état de santé de Ligue

1+, De Tavernost se veut

rassurant sans forcer l'optimisme.

« Brute, c'est-à-dire

avant frais de chaîne, on a

eu 150 M€ de chiffre d'affaires

», indique-t-il, anticipant

environ 100 M€ supplémentaires

la saison prochaine.

La cible : 1,3 million

d'abonnés, soit une progression

de 30 % portée par l'exclusivité

du championnat,

une première en Europe. La

structure de l'abonnement

est révélatrice : 70 % des

abonnés passent par le streaming,

30 % par

les FAI traditionnels.

Reste

que l'équation

financière demeure

serrée.

L'arrêt des versements

de

DAZN (85 M€)

et de beIN

Sport (78,5 M€)

creuse un écart

que les nouvelles recettes ne

combleront pas entièrement.

Le fonds de réserve de LFP

Media sera mobilisé, avec

l'accord de CVC, pour maintenir

les reversements aux

clubs à niveau constant en

2026-2027.

Le piratage, plaie ouverte

et priorité législative

C'est sur ce sujet que De

Tavernost se montre le plus

alarmiste. Il estime que le piratage

a coûté cette saison

100 M€ à Ligue 1+, privant

la chaîne de 400.000 à

800.000 abonnés potentiels.

« La Ligue 1 est le premier

motif de piratage », affirmet-il,

la moitié des requêtes

déposées à l'Arcom en matière

de piratage concernant

le championnat. La proposition

de loi en cours, qui prévoit

une automatisation des

procédures de blocage, est

saluée comme une avancée

mais jugée insuffisante : elle

n'adresse que partiellement

les réseaux sociaux, pourtant

responsables d'un tiers des

usages pirates.

Gouvernance et conflits

d'intérêts : le fossé avec les

sénateurs

C'est là que le dialogue devient

le plus tendu. Plusieurs

sénateurs pointent les

conflits d'intérêts internes,

notamment l'épisode des

droits de la Coupe du monde

2030, finalement attribués à

beIN Sports après une négociation

avancée avec LFP

Media. De Tavernost reconnaît

la situation : « Il y a des

conflits d'intérêts potentiels,

ça je ne le nierai pas. » Mais

il maintient que les problèmes

de gouvernance ne

régleront pas les déséquilibres

de fond. Pour lui, la

crise est avant tout structurelle

: masses salariales incontrôlées,

différentiel croissant

entre revenus domestiques

et recettes européennes.

« En Ligue des

champions, vous gagnez de

l'argent, en Europa League

vous équilibrez. Si vous

n'êtes ni l'un ni l'autre, vous

perdez de l'argent », résumet-il.

Les sénateurs, eux, insistent

sur la souveraineté du

sport français : plus de la

moitié des clubs de Ligue 1

sont désormais sous contrôle

étranger, et le sénateur

Ouzoulias s'alarme d'un glissement

vers un « sport spectacle

considéré comme une

marchandise ».

Sur ce point, De Tavernost

ne répond pas directement

— ce qui, en creux, dit peutêtre

l'essentiel de la tension

entre urgence économique et

ambition de régulation.

LA LETTRE DU SPORT

Les droits internationaux en progression

Sur les droits internationaux, la progression est nette : 76 M€ en 2018, 81 M€ en 2023, puis 126 M€ en 2024 dès la reprise de la distribution

par LFP Media (ce montant intègre les recettes de betting, ndlr), et 137 M€ prévus en 2026. Nicolas De Tavernost annonce également la

signature d’un accord avec l’Espagne, marché jusqu’ici absent du portefeuille, et vise les 150 M€ à terme. Déjà diffuseur officiel de la Ligue

1 dans plusieurs territoires internationaux tels que l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, le Japon ou la Belgique, DAZN diffusera désormais

l’intégralité des matchs du championnat de France en exclusivité en Espagne. Il s’agit de la première fois depuis la saison 2017-2018 que

les téléspectateurs espagnols auront accès à tous les matchs. Nicolas De Tavernost apporte une nuance cependant : la montée en charge

restera progressive tant que les contrats existants, signés pour des durées longues dès 2024, ne seront pas en phase de renouvellement. La

marge de manœuvre à court terme est donc limitée, même si la trajectoire est orientée à la hausse. Avec ce nouvel accord, la L1 est désormais

reprises dans 216 territoires via 51 diffuseurs.

6


Médias

N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

Le budget sport de France Télévisions en question

France Télévisions dépense près de 200 M€ par an pour diffuser du sport, dans un contexte de pression budgétaire

croissante sur l’audiovisuel public. Un rapport parlementaire sur l’audiovisuel public interpelle l’ensemble des ayants

droit et des diffuseurs sur la cohérence entre missions de service public et acquisition de droits sportifs.

vec plus de 1.000

heures d'antenne nationale

consacrées au

sport chaque année, et jusqu'à

1.600 heures en 2024, année

des Jeux olympiques et paralympiques

de Paris, France

Télévision occupe une place

considérable dans le paysage

sportif télévisuel. 56 millions

de Français ont regardé du

sport sur les chaînes du

groupe en 2025. Ce chiffre,

impressionnant, est pourtant

au cœur d'une controverse

que cristallise le rapport d'enquête

parlementaire publié :

la diffusion du sport sur le

service public relève-t-elle

véritablement d'une mission

d'intérêt général, ou s'agit-il

d'une dépense incontrôlée,

déconnectée des priorités éditoriales

?

Un budget sport de 200 M€

Le budget sportif de France

Télévisions s'élève en

moyenne à 199,6 M€ par an

entre 2021 et 2025 (hors

2024). Deux tiers de cette

somme sont consacrés à

l'achat de droits, un tiers à la

production. Les recettes publicitaires

générées par le

sport représentant en

moyenne 39,5 M€ annuels, le

coût net reste de 160 M€ par

an pour le contribuable.

Le rapport pointe un paradoxe

: France Télévisions investit

massivement pour acquérir

des droits de compétitions

que la loi oblige déjà à

diffuser en clair. Le décret de

2004, complété en 2024, liste

des événements d'importance

majeure (Jeux olympiques,

Tour de France, Roland-

Garros, Coupe de France de

football, Tournoi des Six

Nations, Paris-Roubaix, etc.)

qui ne peuvent être retransmis

en exclusivité sur des

chaînes payantes.

« Ces grands événements

sont les seuls dont le maintien

est financièrement justifié

pour le service public », souligne

le rapport. Pour les

autres, l'équation économique

ne tient pas.

La liste des droits superflus,

un gisement d'économies

identifié

Le rapport est offensif à

l'égard des pratiques d'acquisition.

Le rapporteur peine à

percevoir « l'enjeu de service

public consistant à retransmettre

la coupe du monde de

plongée de haut vol ou certains

événements e-sports

comme la coupe de France

de « League of Legends » ou

le championnat du monde de

« Rocket League » », soulignant

que ces compétitions

pourraient trouver une diffusion

numérique plus large et

à moindre coût. Les dirigeants

successifs de France

Télévisions auraient ainsi accumulé

des droits sans boussole

éditoriale claire. Le rapport

reconnaît néanmoins des

justifications légitimes. La

souplesse de la

« bascule » entre France 2,

France 3 et France 4 constitue

un avantage structurel

qu'aucune chaîne privée ne

peut reproduire. De même, la

capacité à valoriser les territoires

à travers le cyclisme ou

à promouvoir des disciplines

confidentielles (Stade 2 et

Tout le sport auraient couvert

respectivement 63 et 94 disciplines

en 2025) représente

une valeur réelle, difficilement

quantifiable mais socialement

significative.

Une baisse de 50 M€ ?

La préconisation du député

UDR Charles Alloncle : réduire

d'un tiers le budget

sport pour dégager environ

50 M€ d'économies nettes

annuelles. Cela impliquerait

de cesser de répondre aux appels

d'offres pour des droits

que le décret de 2004 impose

déjà de diffuser en clair, à

l'exception des événements

patrimoniaux que sont le

Tour de France, Roland-

Garros, Paris-Roubaix ou les

Jeux Olympiques. L'idée est

séduisante, mais simpliste.

Le marché ne fonctionne pas

de cette façon. Si France

Télévisions se retire d'appels

d'offres qu'elle remportait par

tradition, les chaînes privées,

comme TF1 — qui a diffusé

les matchs du Tournoi des

Six Nations cédés par le service

public en 2026 — pourraient

reprendre le flambeau.

C'est ce qu'illustre déjà la codiffusion

de la Coupe du

monde féminine de rugby

2025 et de l'Euro féminin de

football 2025, partagés entre

France Télévisions et TF1.

Ce repositionnement ouvrirait

autant de questions qu'il

en ferme, redistribuant les

cartes sur le marché des

droits des sports « secondaires

», au bénéfice de plateformes

numériques ou de

chaînes thématiques jusqu'ici

marginalisées.

LA LETTRE DU SPORT

En bref

Record d’audience pour la Ligue des champions. La demi-finale retour de Ligue des champions Bayern Munich-PSG (1-1) a permis à

Canal+ d’être large leader des audiences de la soirée du mercredi 6 mai. La qualification pour la finale de la Ligue des champions, pour la

seconde année consécutive, du club parisien a été suivie par 3,81 millions de téléspectateurs selon

Médiamétrie en cumulant les audiences de Canal+ (3,31 millions) et de Canal+ Sport. La part

d’audience auprès de l’ensemble du public a pour sa part atteint 18,3 %. Canal+ s’est donc retrouvé

leader des audiences de la soirée. L’affiche offre à la chaîne cryptée son record de la saison. Le précédent

record d’audience remontait à la semaine précédente, au mardi 28 avril. Il avait été établi lors de la demifinale

aller entre le PSG et le Bayern Munich (5-4), suivie par 2,85 millions de téléspectateurs sur Canal+

Foot (16,5 % du public). Sur le podium de la saison, on trouve encore une rencontre du PSG avec le

quart de finale face à Liverpool (2-0), lequel avait rassemblé en moyenne 2,43 millions de téléspectateurs

(13,5 % de parts d’audience) sur Canal+.

Entreprises citées

Canal+......................................7

DAZN ......................................6

FDJ United ..............................5

France Télévisions ..................7

Ligue1+....................................6

PMU ........................................5

7


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N°1310 La Lettre du Sport vendredi 15 mai 2026

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Entretien-confession

exclusif avec

Amélie Oudéa-Castéra,

présidente du CNOSF

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