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N°1314 vendredi 12 juin 2026

Ce que les villes hôtes américaines peuvent,

ou pas, attendre de la Coupe du monde

Les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie dans les onze métropoles américaines accueillant la Coupe du monde 2026 (11

juin-19 juillet) devraient bénéficier d’un coup de fouet pendant l’événement. En revanche, les retombées économiques

s’annoncent limitées outre-Atlantique, en particulier pour les grandes villes touristiques. L’absence de nouvelles

infrastructures et le phénomène de déplacement du tourisme existant limitent les effets macroéconomiques de

l’événement même si la FIFA dit le contraire.

a Coupe du monde de

football se joue aussi

sur les tableurs des

économistes. Oxford

Economics publie une note

de recherche qui refroidit les

anticipations les plus optimistes

: les onze métropoles

américaines désignées villes

hôtes — de Houston à

Kansas City, de New York à

Seattle — enregistreront

bien une hausse de leur PIB

et de leurs créations d’emplois

dans les loisirs et l’hôtellerie,

mais ces gains seront,

selon les termes de

l’étude signée par Barbara

Denham, « marginaux et de

courte durée ».

Le raisonnement tient en une

mécanique simple : faute

d’infrastructures nouvelles

(aucun stade n’a été

construit pour l’édition

2026, contrairement aux

précédents tournois organisés

en Allemagne, en

Afrique du Sud, au Brésil,

en Russie ou au Qatar),

l’événement ne génère pas

de demande supplémentaire

structurelle. Le surcroît de

tourisme international capté

par les villes hôtes se fait en

grande partie au détriment

du tourisme habituel : les visiteurs

étrangers déplacent,

plus qu’ils ne s’ajoutent à, la

fréquentation ordinaire.

Oxford Economics chiffre à

plus de 1,2 million le

nombre de visiteurs internationaux

attendus pour le

Mondial, dont environ

750.000 qui ne seraient pas

venus aux États-Unis en

l’absence du tournoi. Soit

seulement 1,1 point de pourcentage

du total des arrivées

internationales.

L’effet net, une fois les substitutions

déduites, s’avère

limité. Les polémiques autour

des prix excessifs des

billets, des nuitées d’hôtel et

des transports en commun

risquent par ailleurs de décourager

certains touristes

internationaux.

Des contrastes saisissants

entre métropoles

Le rapport ne dessine pas un

tableau uniforme. Il souligne

des écarts significatifs entre

les villes hôtes, en fonction

de leur taille, de leur dépendance

au tourisme international

et de leur structure

économique. Kansas City

(Missouri), qui accueillera

quatre matches de poules et

deux matches de qualifications

(1/16e et 1/4), devrait

connaître proportionnellement

le plus fort impact sur

l’emploi dans les loisirs et

l’hôtellerie, précisément

parce que son économie touristique

de base est plus

étroite. La ville accueille par

ailleurs les camps de base de

plusieurs équipes nationales,

ce qui amplifie les retombées

hôtelières. L’office de

tourisme local a souligné

une demande croissante « de

plus en plus concentrée, tirée

par la clientèle nationale

et marquée par des réservations

tardives ». San Jose,

Atlanta, Houston et Los

Angeles suivent dans ce

classement de l’impact relatif

sur l’emploi. À l’inverse,

New York, Seattle, Miami et

Boston, des marchés déjà

structurellement intenses en

tourisme international,

voient leur marge de progression

comprimée. Le cas

de Seattle mérite une attention

particulière : deux tiers

de ses flux touristiques entrants

proviennent de visiteurs

canadiens, dont le

nombre avait chuté de 33 %

en 2025.

La leçon de 1994

L’histoire valide cette lecture

prudente.

Suite page 2

LA LETTRE DU SPORT

Sommaire

International

La NBA veut contrer le tanking ..................................................................................................2

La relaxe de Neymar confirmée..................................................................................................3

France

Stade Toulousain contre la LNR : le crash-test du salary cap en Top 14 ..................................4

Economie

L’équation maîtrisée : moins de masse salariale, plus de valeur................................................5

Médias

Carton plein pour M6 et Canal+ .................................................................................................6

Le PSG, seul Français dans le Top 30 des clubs les plus suivis sur les réseaux sociaux .........7

La Lettre du Sport

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Rédacteur en chef :

Emmanuel Frattali

Dépôt légal à parution

ISSN 1282-1365

Commission paritaire 1022T89411

Imprimerie Domenica Media / Espagne


International

N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

Ce que les villes hôtes américaines peuvent, ou pas,

attendre de la Coupe du monde

Suite de la page 1

Lors du précédent Mondial

organisé sur le sol américain,

en 1994, seules quatre

des neuf villes hôtes

(Boston, San Jose,

Washington et New York)

avaient enregistré une

hausse sensiblement supérieure

de leurs emplois dans

les loisirs et l’hôtellerie par

rapport à l’année précédente.

La plupart avaient ensuite

maintenu ou accéléré cette

dynamique en 1995, ce qui

suggère que la bonne santé

générale de l’économie expliquait

l’essentiel des performances,

davantage que

l’effet Coupe du monde luimême.

Des vents contraires macroéconomiques

Les villes hôtes 2026 évoluent

dans un environnement

macroéconomique

particulièrement chargé. La

baisse sensible de l’immigration

pèse sur l’offre et la

demande de travail : Oxford

Economics prévoit même

des destructions nettes

d’emplois à Los Angeles,

Boston et San Jose en 2026.

Parallèlement, la montée des

prix du carburant liée au

conflit au Moyen-Orient, les

réticences de certains fans

étrangers face aux politiques

frontalières américaines et la

frustration suscitée par des

prix de billets élevés constituent

autant de facteurs susceptibles

d’atténuer encore

les retombées du tournoi.

Pourtant, les autorités locales

ont cherché à relâcher

les contraintes pesant sur les

bars et les restaurateurs pour

les encourager à s’approprier

la compétition. La gouverneure

de New York,

Kathy Hochul, a ainsi dévoilé

une licence exceptionnelle

pour la Coupe du

monde, qui permet « aux entreprises

à travers l’État de

tenir des événements en extérieur

durant toute la durée

de la compétition », au lieu

d’avoir à demander une autorisation

pour chaque journée.

La dépense touristique domestique

offre une contrepartie

partielle. Les

Américains, dissuadés de

voyager à l’étranger par un

contexte mondial anxiogène,

se reportent sur des

destinations intérieures.

Oxford Economics prévoit

une hausse de 5 % des dépenses

de voyages domestiques

dans les métropoles

hôtes en 2026 (contre +2 %

en 2025), un flux de substitution

qui bénéficiera aussi

bien aux villes hôtes qu’aux

destinations non urbaines.

Ce bilan nuancé ne nie pas

l’effet psychologique et social

de l’événement. La

liesse des supporters, les retombées

de notoriété pour

des villes comme Kansas

City ou Philadelphia, et la

dynamique de consommation

locale pendant les

matchs constituent des bénéfices

réels, mais qualitatifs,

donc difficiles à quantifier

et, surtout, éphémères. La

Coupe du monde 2026 s’apparente

davantage à un accélérateur

conjoncturel qu’à un

levier de transformation économique

durable.

Des « réservations inférieures aux prévisions »

La Coupe du monde de football 2026 ne répond, pour le moment, pas du tout aux attentes des établissements hôteliers des onze

agglomérations des États-Unis qui vont accueillir des rencontres du Mondial (11 juin-19 juillet). Avec des réservations en berne par rapport

aux prévisions, un rapport de la plus grande association hôtelière américaine AHLA pointe du doigt le rôle de la FIFA, accusée d’avoir

réservé à l’avance des milliers de chambres, puis d’avoir annulé. Une pratique qui a d’abord artificiellement gonflé les prix et qui laisse

aujourd’hui les hôtels en difficulté. En effet, The Athletic a souligné l’augmentation spectaculaire des prix des hôtels. Juste après le tirage

au sort de la compétition, le média avait analysé le prix de la nuit d’hôtel lors des matches d’ouverture dans chaque ville hôte. La moyenne

dépassait 1.000 $ alors que la moyenne d’une nuit trois semaines avant atteignait tout juste 300 $, une hausse de plus de 300 %. Si les prix

des hôtels ont aujourd’hui baissé, ils restent encore très élevés.

Un « non-événement »

LA LETTRE DU SPORT

« Plusieurs facteurs ont tempéré l’enthousiasme initial », déplore la patronne de l’AHLA, Rosanna Maietta, dans l’introduction du rapport.

« Près de 80 % des répondants disent que les réservations d’hôtel sont inférieures aux prévisions initiales », peut-on notamment lire plus

loin. À Kansas City, les réservations sont même plus faibles que d’ordinaire pour les mois de juin-juillet. À Boston, Philadelphie, San

Francisco et Seattle, « de nombreux répondants décrivent le tournoi comme un non-évènement ».

Le rapport estime que l’ambiance générale autour du tourisme aux États-Unis, notamment les restrictions sur les visas, freine les supporters

étrangers. « Beaucoup ont l’impression qu’ils ne recevront pas un accueil de type tapis rouge », est-il souligné. S’ajoute la question du coût

de la destination États-Unis, accentuée récemment par la hausse des prix de l’essence et des billets d’avion.

L’association hôtelière prend aussi pour cible l’organisateur du Mondial lui-même et reproche à la FIFA d’avoir réservé à l’avance des

milliers de chambres, puis d’avoir annulé. « Ces réservations avaient influencé les prévisions de recettes des hôtels, leurs plans de

recrutement et préparatifs » en amont de la compétition, regrette AHLA. La FIFA se défend et explique que « toutes les libérations de

chambres avaient été effectuées conformément aux délais convenus contractuellement avec les hôtels partenaires » et que « dans de

nombreux cas, les chambres avaient été libérées avant les dates limites établies, afin de répondre au mieux aux demandes des hôtels. »

2


Economie

N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

La FIFA et la tarification dynamique, ou la promesse

oubliée des billets à 21 $

Quand les États-Unis, le Canada et le Mexique ont remporté l’organisation de la Coupe du monde 2026, les billets

devaient être accessibles dès 21 dollars. Huit ans plus tard, le premier match des États-Unis s’affiche à 1.000 dollars.

Malgré tout, cinq millions de places ont déjà trouvé preneur.

LA LETTRE DU SPORT

l existe une forme de paradoxe

à voir le sport le

plus populaire du monde

s'offrir à des tarifs qui en excluent

progressivement la

majorité de ceux qui le pratiquent,

le regardent et le

transmettent. En 2018,

lorsque la candidature commune

des États-Unis, du

Canada et du Mexique remporte

l'organisation de la

Coupe du monde 2026, le

dossier affiche une ambition

sociale explicite : des billets

accessibles dès 21 $ (18 €).

La promesse est alors présentée

comme un engagement.

Elle n'aura pas survécu

à l'épreuve du marché.

Le business des voyages sur mesure

Huit ans plus tard, aucune

grille tarifaire officielle n'a

jamais été publiée par la

FIFA, et le billet d'entrée

pour le premier match des

États-Unis face au Paraguay

dépasse les 1.000 $. Sur les

plateformes de revente, les

chiffres donnent le vertige.

Un détenteur de billet pour

la finale a même fixé son

prix à 2 M$ (1,72 M€) —

annonce suffisamment absurde

pour provoquer la réaction

amusée de Gianni

Infantino : « Si quelqu'un

achète un billet pour la finale

à deux millions de dollars,

je lui apporterai personnellement

un hot-dog et

un Coca-Cola ».

Quand Donald Trump

joue les arbitres du pouvoir

d'achat

La scène aurait pu sembler

anecdotique si son protagoniste

n'était pas le président

des États-Unis. Donald

Trump a publiquement exprimé

sa surprise face aux

prix pratiqués. « Je ne paierais

pas cette somme », a-t-il

déclaré — pointant une réalité

que les chiffres de vente

semblent pourtant démentir :

cinq millions de billets sur

sept millions disponibles ont

déjà trouvé preneur, selon la

FIFA. L'institution dit simplement

« s'adapter » au

marché. La formule dit

beaucoup sur la doctrine qui

a remplacé la promesse initiale.

Ce que la FIFA applique relève

de la tarification dynamique,

mécanisme bien

connu dans l'aérien, l'hôtellerie

ou le spectacle vivant.

Appliqué à un événement

global dont l'organisateur

détient le monopole absolu,

ce modèle produit des effets

inédits : pas de concurrent,

pas d'alternative, pas de

deuxième marché primaire.

La Coupe du monde est

unique, et cette unicité autorise

des niveaux de valorisation

que rien ne vient

contraindre. Pour suivre les

Bleus jusqu'à une éventuelle

finale, la facture atteint près

de 6.000 € en catégorie 3 —

quatre fois plus qu'au Qatar

en 2022 (1.500 €). Pour financer

l'aventure, un tiers

(36 %) des Français se dit

prêt à réduire les petits plaisirs

du quotidien, selon une

étude eDreams, ou à puiser

dans leur épargne (16 %).

Le monopole comme licence

tarifaire

La question posée n'est pas

tant morale qu'économique

et politique. La FIFA a-t-elle

raison, du point de vue de

Les agences de voyages spécialisées dans le sport rivalisent de packs clé en main pour assister à la

Coupe du monde 2026. En passant par l’agence Visages du monde, il fallait compter 3.000 € pour

assister au seul match France - Sénégal (16 juin) avec quatre nuits d’hôtel. La finale est proposée ; quelle

que soit l’affiche du 19 juillet prochain, à 18.000 € par personne, tout compris.

Mycomm détient le titre d’« agence officielle de la Fédération Française de Football (FFF) ».

Moyennant quoi, elle dispose d’un accès préférentiel à la billetterie. Pour le Mondial 2026, malgré des

billets de match quatre fois plus cher qu’au Qatar en 2022, Mycomm a vendu 800 packs pour le premier

tour. Pour assister aux rencontres face au Sénégal, Irak (22 juin) et Norvège (26 juin), il a fallu débourser

au moins 5.300 € (transport au départ d’Orly, hôtel dans trois villes, transferts et billet de match). Une

formule avec hébergement en auberge de jeunesse (quatre jours ; trois nuits) a aussi été vendue pour le

premier et le troisième match de poule au tarif de 1.700 €. La suite dépendra du parcours des Bleus

puisque l’agence ne propose des voyages sur mesure qu’autour des hommes de Didier Deschamps.

ses propres intérêts, d'exploiter

la rente de monopole que

lui confère la propriété exclusive

du tournoi ? À court

terme, la réponse est manifestement

oui : les cinq millions

de billets écoulés (un

record) avant même le coup

d'envoi en sont la preuve.

Un modèle reproductible,

mais à quel prix institutionnel

?

Ce que la FIFA expérimente

en 2026 est susceptible de

devenir une référence pour

d'autres détenteurs de droits

— CIO, ligues professionnelles.

La tarification dynamique

sur les grands événements

sportifs n'est plus une

hypothèse : c'est un modèle

opérationnel, validé par les

faits. Mais il comporte un

coût institutionnel que les bilans

comptables ne mesurent

pas.

Une Coupe du monde dont

les tribunes sont réservées à

une clientèle aisée ou corporate

n'est plus tout à fait le

même produit : elle perd la

diversité sociale qui constitue

précisément ce que droits

télévisés et partenaires commerciaux

achètent —

l'image d'un monde uni dans

une même passion populaire.

Si l'audience devient

trop sélective, c'est l'argument

même du football universel

qui se fissure. La

FIFA a peut-être gagné le

match de la billetterie. Elle

reste à convaincre qu'elle ne

perd pas, sur la durée, celui

de sa légitimité.

3


Economie

N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

La productivité menacée par la Coupe du monde

La Coupe du monde 2026 constitue un test d’envergure pour les organisations du travail à l’échelle mondiale. Selon

une étude publiée par UKG auprès de 8.000 salariés dans huit pays, la compétition pourrait engendrer au moins 14,7

Md€ de productivité perdue, dont 645 M€ pour la France.

LA LETTRE DU SPORT

a fête du football planétaire

a un coût.

L’édition 2026 de la

Coupe du monde, qui s’étire

sur 39 jours avec des horaires

de matchs calés sur le fuseau

horaire nord-américain, s’annonce

comme un véritable

stress test pour les directions

des ressources humaines.

C’est le constat central d’une

enquête publiée par UKG,

spécialiste des solutions de

gestion de la main-d’œuvre,

menée auprès de 8.000 employés

répartis en Australie,

au Canada, en France, en

Allemagne, au Mexique, aux

Pays-Bas, au Royaume-Uni

et aux États-Unis. Le verdict

est éloquent : 37 % des répondants

déclarent vouloir

adapter leurs horaires de travail

pendant le tournoi, et

plus d’un quart (27 %) envisagent

de s’absenter, qu’il

s’agisse d’arriver en retard,

de partir plus tôt ou de ne pas

se présenter du tout.

Absentéisme et présentéisme

: le double coup dur

Les données révèlent une

réalité plus profonde que le

simple absentéisme. Un phénomène

de présentéisme

massif se dessine : 22 % des

salariés prévoient de travailler

épuisés (28% des sondés

en France), 11 % reconnaissent

qu’ils pourraient se

présenter avec une gueule de

bois (10% en France), et

14 % envisagent de regarder

des matchs ou des résumés

en catimini pendant leurs

heures de bureau (18% des

sondés en France). « C’est un

double coup dur d’absentéisme

et de présentéisme.

C’est une combinaison coûteuse

qui peut avoir un impact

cumulatif sur la productivité,

l’expérience client et le

moral des équipes, car les

autres sont contraints de

compenser », souligne

Russell Howe, vice-président

groupe EMEA chez UKG.

Les disparités géographiques

illustrent la dimension systémique

du phénomène. Les

États-Unis dominent avec

10,2 Md€ de productivité potentiellement

perdue, devant

l’Allemagne (1.160 M€), le

Royaume-Uni (798 M€) et la

France (645 M€). Ces estimations

intègrent aussi bien

l’absentéisme déclaré que le

temps passé à consulter des

résultats ou à suivre la compétition

sur les heures de travail.

Le management en première

ligne

Un paradoxe ressort nettement

de l’enquête : les cadres

et managers sont significativement

plus enclins que leurs

collaborateurs à

demander des

congés (42 %

contre 24 %) ou

des aménagements

d’horaires de dernière

minute (45 %

contre 28 %).

Ceux-là mêmes

qui sont censés garantir

la continuité

de service figurent

parmi les premiers

à souhaiter s’extraire

de leurs obligations.

Qui pilote la

réorganisation si

ceux qui en ont la

charge sont eux-mêmes demandeurs

de flexibilité ?

« La Coupe du monde est un

exemple emblématique du

défi quotidien des employeurs

: le travail évolue

d’heure en heure, en particulier

dans les environnements

à forte composante terrain, et

une planification statique

peut rapidement révéler un

écart d’exécution », rappelle

Russell Howe. La question

de la fidélisation des talents

vient compliquer l’équation :

19 % des salariés interrogés

déclarent qu’ils envisageraient

de changer d’employeur

si leurs conditions de

travail venaient à pénaliser

leur expérience de la compétition

!

Des précédents qui plaident

pour l’anticipation

La Coupe du monde 2022 au

Qatar, disputée en novembredécembre

en raison des

contraintes climatiques, avait

partiellement contourné ce

problème en Europe : des horaires

de matchs plus compatibles

avec la journée de travail

et une organisation en

période hivernale avaient atténué

les effets sur la productivité.

L’édition 2026, avec

ses matchs diffusés en pleine

journée pour les spectateurs

européens et australiens,

rouvre pleinement cette fenêtre

de vulnérabilité. « Les

meilleurs employeurs sauront

s’adapter à mesure que le

tournoi avancera. Ils n’ont

pas à choisir entre productivité

et flexibilité pour leurs

salariés. Avec le bon dosage

de planification à long terme,

de visibilité en temps réel et

de communication claire, ils

peuvent transformer un frein

potentiel à la productivité en

catalyseur renforçant la

confiance et améliorant les

performances durablement »,

conclut Russell Howe. Dans

un marché du travail encore

sous tension, transformer la

Coupe du monde en levier

d’engagement plutôt qu’en

source de friction interne

pourrait bien représenter l’un

des défis RH les plus

concrets de l’été 2026.

4


Economie

N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

Le Canada dévoile les dessous des

négociations avec la FIFA

monde tout en faisant contribuer

les visiteurs », a déclaré

Katrine Conroy, ministre des

Finances de la province.

LA LETTRE DU SPORT

Grâce au Canada, on pénètre dans le secret des affaires. Si le pays à la feuille d’érable

n’accueille que treize matchs de la Coupe du monde 2026, répartis entre Toronto et

Vancouver, à mesure que les détails de l’organisation émergent, les Canadiens

découvrent les détails, entre exonérations fiscales, contrôle des événements et explosion

des coûts, qui grèvent la facture.

xonérations fiscales

et contrôle total.

Radio-Canada dévoile

les détails du contrat de pays

hôte signé entre le Canada et

la FIFA. Jusqu’ici confidentielles,

ces conditions imposent

aux pays hôtes un cadre

strict, bien au-delà de la seule

organisation sportive et elles

laissent peu de marges de

manoeuvre aux autorités locales.

Au coeur du dispositif,

les avantages accordés à la

FIFA interrogent. La fédération

internationale a exigé, et

obtenu, une exonération fiscale

quasi totale entre 2018 et

2028, couvrant ses revenus

ainsi que ceux de ses partenaires

commerciaux, diffuseurs

et sponsors. Le gouvernement

fédéral canadien assume

ce choix. « Il s’agit

d’une décision stratégique »,

a expliqué Ines Akué, porteparole

du ministère du

Patrimoine canadien, sans

détailler le manque à gagner

pour les finances publiques,

ni les recettes fiscales potentiellement

perdues sur cette

période. Les contrats prévoient

également un contrôle

étendu de l’environnement

des matchs. Aucune manifestation

sportive ou culturelle

majeure ne peut être organisée

sans validation de la

FIFA pendant la compétition.

Des sites doivent être réservés

pendant plusieurs semaines,

parfois plusieurs

mois, pour les opérations

liées à l’événement et à ses

partenaires.

L’ancienne ministre du

Tourisme du Québec,

Caroline Proulx, avait dénoncé

publiquement ces

contraintes au moment du retrait

de Montréal. « C’était

inadmissible pour moi », expliqua-t-elle,

évoquant l’impossibilité

de maintenir des

événements majeurs comme

le Grand Prix de Formule 1

ou les festivals estivaux.

« Concrètement, ces exigences

auraient un impact

considérable sur les événements

récurrents majeurs

tels que le Grand Prix de formule

1, le Triathlon de

Montréal, les Francofolies

de Montréal ou le Festival

international de Jazz de

Montréal », prévenait le ministère

du Tourisme du

Québec en septembre 2020,

quelques mois avant le retrait

définitif de la candidature

montréalaise.

Les visiteurs mis à contribution.

Le Canada devrait

dépenser un peu plus d’un

milliard de dollars canadiens

(un peu moins de 670 M€)

selon un rapport de l’organisme

fédéral de surveillance

du budget. Dans le détail, le

directeur parlementaire du

budget prévoit un coût estimé

par match de 82 M$ canadiens,

soit un peu plus de

51 M€. Ce montant correspond

aux dépenses publiques

antérieures consacrées aux

Coupes du monde. Dans ce

cadre contraint, les budgets

ont rapidement dérapé. À

Toronto, le coût est passé

d’environ 290 à près de

380 M$ canadiens, subventions

fédérales comprises,

pour six matchs. La

Colombie-Britannique,

quant à elle, avait prévu de

dépenser 578 M$ canadiens

pour accueillir sept matchs à

Vancouver. Dans un rapport

officiel, l’auditrice générale

de Toronto, Sharon

Critchley, souligne que certains

postes, notamment liés

aux services publics, à la sécurité

et à la logistique, sont «

nettement supérieurs aux

prévisions initiales ». Une

part importante reste à la

charge des collectivités locales,

malgré le soutien fédéral

et provincial. Le gouvernement

fédéral prendra en

charge 473 M$ canadiens et

les autres paliers de gouvernement

fourniront les

593 M$ canadiens restants. Il

faut ajouter à cela près de

150 M$ canadiens alloués à

la sécurité pendant le tournoi.

Pour tenter d’amortir le choc,

la Colombie-Britannique a

choisi d’instaurer une taxe

additionnelle sur les hébergements

touristiques. « Cette

mesure permettra de soutenir

les coûts liés à la Coupe du

L’optimisme à toute épreuve de la FIFA

Sécurité et coûts encore flous

Au-delà des budgets locaux,

une part importante de la facture

reste difficile à anticiper.

Ottawa s’est engagé à

prendre en charge l’ensemble

des dispositifs de sécurité,

un poste traditionnellement

très élevé pour ce

type d’événement. Une première

enveloppe de 100 M$

canadiens a été inscrite au

budget fédéral, mais elle est

présentée comme provisoire.

Dans une note interne, la

Gendarmerie royale du

Canada évoque « un très

haut niveau de planification

et d’organisation », sans

fournir à ce stade d’estimation

globale précise. On s’approche

des 150 millions.

D’autres coûts, liés aux services

fédéraux comme l’immigration,

les douanes ou la

délivrance de visas, restent

également incertains.

Les retombées économiques

avancées par les autorités

font, elles aussi, débat.

Ottawa s’appuie uniquement

sur un rapport commandé par

la FIFA auprès du cabinet

Deloitte. Si certaines projections

évoquent jusqu’à 3,8

milliards de dollars d’activité,

une large part des revenus

directs, notamment les

droits commerciaux et marketing,

revient à la FIFA, limitant

les gains immédiats

pour les finances publiques

canadiennes.

La FIFA table sur des retombées économiques massives : 30,5

milliards de dollars pour les trois pays organisateurs, jusqu'à 40,9

milliards de PIB supplémentaire mondial et 824.000 emplois créés.

Le coût total de l'événement est estimé à 14 milliards de dollars,

dont 11 milliards pour les seuls États-Unis. Le Canada, lui, devrait

enregistrer 3,8 milliards d'activité économique supplémentaire,

avec des bénéfices attendus notamment dans le tourisme,

l'hôtellerie et l'emploi.

5


Economie

N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

Coupe du monde 2026 : pourquoi les paris sportifs

vont battre tous les records

Quarante matchs supplémentaires et un marché en pleine expansion, la Coupe du monde 2026 cumule les conditions

d’un record mondial de mises. En France, les projections de l’Autorité nationale des jeux (ANJ) atteignent 1,2 milliard

d’euros, un palier inédit qui exacerbe autant la compétition entre opérateurs que les enjeux de régulation.

LA LETTRE DU SPORT

u 11 juin au 19 juillet,

les États-Unis, le

Canada et le

Mexique coaccueilleront le

premier Mondial à 48

équipes de l’histoire. Cette

extension à 104 rencontres ne

reconfigure pas seulement la

logique sportive et télévisuelle

: elle amplifie mécaniquement

l’exposition du marché

mondial des paris. Selon

les projections du cabinet H2

Gambling Capital, plus de 51

Md€ de mises sont attendus

dans le monde durant la compétition,

soit une progression

de 71 % par rapport à l’édition

qatarienne de 2022. Avec

quarante rencontres supplémentaires,

des créneaux horaires

plus favorables au

prime time européen et une

audience américaine désormais

pleinement mobilisée,

les facteurs d’amplification

sont à la fois structurels et inédits.

En France, le cap symbolique

du milliard

En France, l’Autorité nationale

des jeux (ANJ) projette

jusqu’à 1,2 milliard d’euros

de mises, un seuil que nulle

compétition sportive n’avait

encore franchi dans

l’Hexagone. La progression

est saisissante : lors de l’Euro

2024 (51 matchs), 650 M€

avaient été engagés par les

parieurs français, galvanisés

par le parcours des Bleus jusqu’en

demi-finale. À la

Coupe du monde 2022 au

Qatar (64 rencontres), ce

chiffre atteignait 922 M€.

L’ajout de quarante matchs

en 2026 dessine un effet de

levier que les opérateurs ont

bien anticipé depuis le début

de l’année.

La dynamique est aussi sociologique.

D’après une

étude Toluna/Harris

Interactive commandée par

l’ANJ (réalisée en ligne du 19

au 21 mai 2026 sur un échantillon

de 1 071 personnes représentatives

des Français de

18 ans ou plus), 41 % des

Français se déclarent prêts à

miser durant la compétition,

contre 36 % lors de l’édition

précédente. Chez les 18-34

ans, la proportion dépasse

54 %, traçant le profil d’une

génération pour qui le pari

sportif relève autant du divertissement

que de la compétition.

Le marché conforte

cette tendance de fond : le volume

des mises en France a

progressé de 12 % en 2025.

La finale France-Argentine avait à elle seule généré

près de 54 M€ engagés en ligne, faisant de ce match le

plus parié de l’histoire jusqu’à la finale de Ligue des

champions du Paris SG. Selon l’Autorité nationale des

jeux (ANJ), ce sont environ 62 M€ qui ont été misés, en ligne, sur la

finale, samedi 30 mai.

Arrivée de Bet365 et surenchère

entre opérateurs

C’est sur ce marché porteur

qu’est arrivé en mai le géant

britannique Bet365, dont

l’entrée a encore intensifié la

pression concurrentielle. Les

budgets marketing déclarés

par les opérateurs de paris en

ligne en début d’année affichent

une hausse de 25 %.

« Ce nouvel opérateur tend

un peu plus la concurrence,

estime Isabelle Falque-

Pierrotin, présidente de

l’ANJ, dans Le Parisien. La

ressource rare, c’est le client.

C’est pour cela que nous redoutons

une sursollicitation

pendant la Coupe du

monde. »

Prévention : quand la croissance

appelle la vigilance

L’ANJ évalue à 600.000 le

nombre de joueurs présentant

une forte probabilité d’usage

excessif. Face à cette réalité,

elle a lancé une campagne

nationale de sensibilisation

aux risques. L’Association

française du jeu en ligne

(Afjel) a parallèlement déployé

des dispositifs renforcés

d’accompagnement des

parieurs, alliant diffusion de

messages préventifs et détection

proactive des profils vulnérables.

Consciente de la tension

entre exposition commerciale

et protection du public, la filière

a néanmoins annoncé

qu’elle s’abstiendrait de diffuser

des publicités lors des

pauses fraîcheurs instaurées

par la FIFA au milieu de

chaque mi-temps (une première

dans l’histoire du tournoi).

Un geste partiel, révélateur

des pressions que les autorités

de régulation exercent

désormais sur le secteur, mais

aussi de la difficulté croissante

à trouver un équilibre

que le volume inédit de cette

édition rend plus délicat à tenir.

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Médias

N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

M6 et la Coupe du monde 2026 : 120 M€ investis,

des tarifs publicitaires record et un pari assumé

Pour la première fois de son histoire, M6 diffuse en exclusivité la Coupe du monde en clair, avec 54 matches et un

investissement estimé à 120 M€. La chaîne déploie un arsenal éditorial et commercial sans précédent pour transformer

cet engagement financier en levier de croissance durable.

LA LETTRE DU SPORT

ous sommes le 11

juin à Mexico. Le

coup d’envoi du

Mondial 2026 vient d’être

donné, M6 franchit un seuil

sans précédent dans l’histoire

de la télévision française.

Pour la première fois, la filiale

de Bertelsmann est

l’unique diffuseur en clair

d’une Coupe du monde : 54

matches sur les 104 que

compte cette édition XXL à

48 équipes, beIN Sports assurant

la couverture intégrale

sur le payant.

L’investissement consenti

pour obtenir ces droits, estimé

à 120 M€ et jamais officiellement

confirmé par le

groupe, représente le plus

gros engagement financier de

l’histoire de la chaîne.

Compte tenu du décalage horaire

et face à un marché publicitaire

télévisuel sous pression,

la question que le secteur

tout entier se pose s’impose

avec acuité : peut-on

vraiment rentabiliser un tel

pari ?

Un arsenal éditorial déployé

dès l’avant-compétition

En bref

Le dispositif du groupe M6 a

démarré bien avant le coup

d’envoi : dès le 22 avril, des

archives FIFA et des documentaires

ont alimenté la plateforme

de streaming M6+.

Pendant la compétition, la

chaîne mise sur les 40 caméras

par match (50 en phase finale)

de la réalisation, quatre

drones, un hélicoptère et une

caméra dédiée à l’arbitre

pour accrocher les téléspectateurs.

Chaque soir de match,

un magazine, animé depuis le

siège parisien du groupe, fait

le tour de l’actualité du

Mondial. Sur M6+, un «

Morning Recap » quotidien

de 15 minutes synthétise

toutes les rencontres de la

veille. La station de radio

RTL complète le dispositif

avec une quotidienne de 20

heures à minuit.

Des tarifs publicitaires

inédits, portés par la rareté

Le vrai test se joue sur le plan

commercial. M6 affiche des

tarifs publicitaires sans équivalent

dans l’histoire de la télévision

française : un spot de

20 secondes démarre à

11.000 € bruts et peut atteindre

500.000 € bruts en finale,

en cas de présence des

Bleus et de prolongations.

« Ces grands événements

sportifs sont des lieux de rassemblement

absolument

uniques et qui n’existent plus

ailleurs, que ce soit en télévision

ou sur les plateformes

», explique David

Larramendy, président du directoire

du groupe M6.

L’écran le plus cher est déjà

préacheté. Côté régie, « l’appétit

des annonceurs est très

fort », résume Hortense

Thomine-Desmazures, directrice

générale de M6

Unlimited : les espaces des

matches de poule des Bleus

sont quasiment remplis, les

inventaires numériques de

M6+ « déjà presque tous

vendus ». Soixante-dix

marques ont réservé des campagnes

classiques, les partenariats

de sponsoring

(Betclic, McDonald’s, Coca-

Cola, Unilever, Orange, Uber

Eats) sécurisés très en amont.

La compétition accueillera

également le format publicitaire

le plus long jamais diffusé

en France (plus de cinq

minutes) et une incursion

dans la musique via des titres

originaux créés avec des artistes

et des marques partenaires.

M6 mise aussi sur les

opérations dites « spéciales »

(brand content, événements

terrains, sponsoring, etc.)

rayonnant bien au-delà de la

période de l’événement.

Depuis mars, le format

« Tous derrière les Bleus

avec Intersport » est ainsi déployé.

Sans oublier les nouvelles

« pauses fraîcheurs »

obligatoires au milieu de

chaque mi-temps. Sur les

trois minutes de coupures,

une sera dédiée à des écrans

publicitaires.

Un investissement assumé

malgré la variable Bleus

L’équation à court terme

reste fragile. Le parcours des

Bleus demeure la variable

décisive : une élimination

avant les quarts de finale génère

mécaniquement moins

de revenus que le scénario

d’une finale. M6 ne prévoit

pas de rentabiliser la diffusion

dès 2026, mais table sur

des retombées durables en

matière d’image de marque,

de notoriété de M6+ et de fidélisation

des annonceurs.

« C’est à la fin du bal qu’on

paie les musiciens », répond

Larramendy aux sceptiques,

précisant que le groupe est

«largement en avance» sur

son plan de marche commercial.

Les doutes de ses concurrents

n’ont guère refroidi le marché

: annonceurs et partenaires

numériques ont répondu

présent, bien avant le

coup d’envoi. Reste à savoir

si les Bleus seront, eux aussi,

au rendez-vous.

DAZN, le cheval de Troie de FIFA+. Les liens entre l'Arabie saoudite, la FIFA et DAZN se resserrent. FIFA et DAZN ont conclu un accord

intégrant FIFA+ au portefeuille de la plateforme : 8.500 matchs en direct par an issus d'une centaine d'associations membres, programmes

originaux et archives, avec une partie des contenus en accès gratuit et d'autres en « premium ».

Quand le téléviseur sert de défouloir. Selon une étude OpinionWay commandée par LG, les promotions liées aux grandes compétitions

influencent 32 % des acheteurs de téléviseur — 57 % chez les 18-24 ans. Surtout, 17 % des Français admettent s'en être déjà pris physiquement

à leur écran pendant un match, un chiffre qui grimpe à 39 % chez les jeunes.

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N°1314 La Lettre du Sport vendredi 12 juin 2026

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Women Sports

N°39 est paru

Entretien-confession

exclusif avec

Amélie Oudéa-Castéra,

présidente du CNOSF

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