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N°217 juin 2026

Droit des marques : quand Nike est pris

de vitesse...

C'est un lieu commun que de rappeler que la célérité et la rapidité d'exécution constituent des qualités décisives dans

le domaine sport. Or, ces vertus revêtent une importance tout aussi cardinale en matière de propriété industrielle où

prévaut le principe du « premier arrivé, premier servi » ! A titre d'exemple, rien ne sert d'avoir été le premier inventeur

si un tiers a finalement procédé le premier à un dépôt de brevet.

par Fabienne Fajgenbaum et Thibault Lachacinski, cabinet Fajgenbaum

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

'est un autre lieu commun

que de rappeler

que les cordonniers

sont souvent les plus mal

chaussés. Les acteurs du

sport en font de temps en

temps l'amère expérience,

comme l'illustre la récente

déconvenue subie par l'équipementier

Nike devant l'office

américain des marques

(USPTO). Sa tentative d'obtenir

l'enregistrement à titre

de marque américaine d'un

logo stylisé « B9 » (pour désigner

notamment des vêtements

en classe 25), en référence

au numéro de chasuble

du basketteur américain

Bronny James (fils ainé de la

légende James LeBron) s'est

en effet heurtée à un refus

provisoire. Le 13 avril dernier,

l'USPTO a en effet

considéré que ce signe présentait

des ressemblances

trop importantes avec une

marque antérieure appartenant

à Back 9 Golf Apparel,

Sommaire

laquelle commercialise déjà

des vêtements de golfs et accessoires

y associés sous le

signe « B9 ».

Force est effectivement de

constater que les signes en

conflit apparaissent identiques

tant sur un plan visuel

qu'oral et qu'ils produisent la

même impression d'ensemble.

La simple stylisation

gothique d'un « B » avec un

« 9 » ne suffisait manifestement

pas à neutraliser le

risque de confusion. En réalité,

l'appréciation de

l'USPTO est tout à fait orthodoxe

et s'inscrit dans les principes

traditionnels gouvernant

l'appréciation du risque

de confusion. Il s'agit en effet

de prévenir une éventuelle

confusion des consommateurs,

alors au surplus que les

produits visés sont identiques

ou à tout le moins très

similaires.

La procédure devant

l'USPTO est toujours en

cours et Nike conserve naturellement

la possibilité de

tenter de surmonter les objections

de l'examinateur, notamment

en recherchant un

accord de coexistence avec

Chronique judiciaire

Affaire Jaminet : le transfert devient une affaire d’escroquerie en bande organisée ............3

Tribune

Le régulateur du football anglais, un rêve législatif devenu réalité.......................................4

Législation

Sport professionnel : le Parlement veut reprendre la main sur la gouvernance .......................6

Financement des équipements sportifs : la PPL sur les partenariats public-privé de proximité

rejetée......................................................................................................................................7

Point de droit

Bowling et TVA : faire tomber des quilles, c'est du sport........................................................8

le titulaire de la marque antérieure.

La situation juridique

de l'équipementier n'en demeure

pas moins relativement

précaire à ce stade de la

procédure.

Cette affaire n'est d'ailleurs

pas sans rappeler le litige

ayant opposé Usain Bolt à la

société BOLT à l'occasion du

lancement, à Paris, d'un

même service de trottinettes

électriques. Le champion

Olympique et recordman du

100 m s'était alors fait

prendre de vitesse par l'opérateur

lituanien, lequel avait

même obtenu du Tribunal de

grande instance de Paris une

ordonnance de référé lui faisant

interdiction d'exploiter

son propre nom (TGI Paris,

ord. réf., 15 mai 2019). Un

comble !

L’Officiel juridique du sport

est une revue mensuelle éditée par

GROUPE SPORT.FR SA

BP 40077

66050 PERPIGNAN CEDEX

E-mail : sport@sport.fr

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Directeur de la publication et de la

rédaction : David Tomaszek

Imprimerie Domenica Media / Espagne

PRO.SPORT.FR


Chronique judiciaire

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

Droit des marques : quand Nike est

pris de vitesse...

Suite de la page 1

Tout aussi rapide sur sa

Formule 1, le pilote Lewis

Hamilton avait également

mordu la poussière face à

l'horloger américain

En bref

Thibault Lachacinski

Fabienne Fajgenbaum

Hamilton. Bien que la

chambre de recours de l'office

européen des marques

ait reconnu que Lewis

Hamilton jouissait d’une notoriété

importante dans le

milieu du sport automobile,

elle a néanmoins considéré

que sa demande de marque

« Hamilton » portait atteinte

aux droits de marque antérieurs

détenus par la société

éponyme et a donc refusé de

l'enregistrer pour les produits

de l'horlogerie en classe 14

(EUIPO, ch. Recours, 17 octobre

2023). Autant de précédents

qui pourraient retrouver

une résonance toute particulière

si Antoine Dupont

décidait un jour de déposer

une marque dans le secteur

des accessoires de luxe exploité

par S.T. DUPONT, si

Charles Leclerc envisageait

de se lancer dans la grande

distribution, si Tony Parker

ambitionnait de commercialiser

une gamme de stylos

sous son nom ou encore si

Johnny Wilkinson décidait, à

son tour, de capitaliser sur sa

pilosité !

Thibault LACHACINSKI

Fabienne FAJGENBAUM

Cabinet FAJGENBAUM

Avocats à la Cour

Le boss d’un réseau IPTV condamné à 8,6 M€ d’amende par la justice espagnole. La justice espagnole a condamné le cerveau d’un

réseau IPTV à 8,6 M€ d’amende et 23 mois de prison. L’homme était à la tête d’un réseau qui servait notamment à blanchir de l’argent venant

également de projets immobiliers. Avec quatre autres accusés, il a été condamné pour des charges liées à diverses accusations de violation de

la propriété intellectuelle et de blanchiment d’argent. L’homme, surnommé « Dash, l’Iranien », a fourni l’accès à plusieurs événements sportifs

illégalement à 2 millions de personnes notamment via les sites IPTVStack et RapidIPTV.

Le nouveau maire de Val-d’Isère jugé inéligible. On croyait le match plié entre Val-d'Isère et Méribel pour les épreuves techniques de ski

alpin des JO 2030, laissant à Courchevel les épreuves de vitesse. Mais le nouveau maire de Méribel, Bernard Front, est revenu dans la course

en réclamant le projet initial, tandis que le nouvel édile de Val-d'Isère, Xavier Mattis, vient d'être jugé inéligible par le tribunal arbitral de

Grenoble. Il est reproché à l'Avalin de 56 ans d'avoir bénéficié d'un contrat de déneigement de voies communales dans les six mois précédant le

scrutin, une situation incompatible avec ses fonctions d'élu. Agriculteur, Xavier Mattis avait mené la liste « Le Réveil Avalin » le 15 mars, battant

le maire sortant avec 59,4 % des suffrages. Deux options s'offrent à lui : faire appel d'ici le 22 juin ou quitter ses fonctions. Le 4 mai, les élus

avaient réaffirmé leur volonté d'inscrire la station sur la carte des sites.

Rififi judiciaire sur les JO d’hiver 2026. Une enquête a été ouverte pour soupçon de favoritisme dans la construction d’une ligne de

téléphérique à Cortina d’Ampezzo. Construit sur une zone à risque de glissement de terrain et jugé inutile par les habitants, ce projet était déjà

l’un des plus contestés des Jeux, avec la piste de bobsleigh. Le parquet suspecte la société en charge de la réalisation des infrastructures, Simico,

d’avoir favorisé une entreprise lombarde pour ce chantier à 35 M€, tout en sachant qu’il ne serait jamais achevé à temps pour les épreuves. Encore

aujourd’hui, les télécabines restent hors service, faute d’autorisation pour leur mise en route.

La plainte de l’UNFP jugée recevable. Le syndicat des joueurs français (UNFP) indique que sa plainte contre la France concernant les

conditions de travail des footballeurs professionnels a été jugée recevable par le Comité européen des droits sociaux (CEDS). L’UNFP devient

donc « le premier syndicat de joueurs, et la première organisation sportive » à voir une plainte collective fondée sur la Charte sociale

européenne jugée recevable par le CEDS. Le syndicat pointe la multiplication des compétitions amenant l’accumulation des matchs et des

conséquences sur les conditions de travail des joueurs. Il critique notamment la charge de travail, les temps de repos insuffisants, la santé

physique et mentale des joueurs. L’UNFP estime que « les décisions des instances internationales motivées par des considérations

commerciales ont activement sapé les conventions collectives conclues par les partenaires sociaux ».

Une nouvelle enquête sur la billetterie de la FIFA. Les procureures générales de New York et du New Jersey, Letitia James et Jennifer

Davenport, ouvrent une enquête sur les pratiques de billetterie de la FIFA pour la Coupe du monde 2026, qui débute le 11 juin. Selon elles,

les supporters ont pu être induits en erreur sur l'emplacement des sièges achetés, et la mise en vente a pu alimenter la flambée des prix. Les

deux États visent surtout les huit matchs prévus au MetLife Stadium, dont la finale le 19 juillet. Mi-mai, le procureur général de Californie

Rob Bonta avait déjà demandé des éclaircissements à la FIFA, invitant les supporters lésés à porter plainte. Certains se sont vu attribuer des

places de catégorie inférieure à celle choisie. La FIFA avait répondu que les plans des stades étaient « indicatifs ». Les prix exorbitants crispent

depuis des mois avant ce premier Mondial à 48 pays, organisé aux États-Unis, au Mexique et au Canada.

2


Chronique judiciaire

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

Affaire Jaminet : le transfert devient une affaire

d’escroquerie en bande organisée

Ce qui ressemblait à un simple contournement du salary cap est désormais entre les mains d’une juridiction spécialisée

dans le crime organisé. Le transfert de Melvyn Jaminet de Perpignan à Toulouse en 2022 expose, dans toute sa

brutalité, les failles de la gouvernance financière du rugby professionnel français.

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

n janvier 2025,

L'Équipe révèle le

mécanisme : pour

quitter l'USAP avant le terme

de son contrat, Melvyn

Jaminet avait payé lui-même

sa clause de sortie —

450.000 € financés par deux

emprunts bancaires — sans

jamais toucher en retour l'argent

que lui devait le Stade

toulousain. L'opération permettait

au club de la Ville

rose d'éviter d'intégrer ce

montant dans son plafond salarial.

Une fraude au salary

cap, en somme. Sauf que

derrière cette mécanique

comptable se dessine aujourd'hui

quelque chose de bien

plus grave.

De l'abus de biens sociaux

à l'escroquerie en bande

organisée

Le parquet de Toulouse avait

ouvert une enquête préliminaire

en avril 2025 pour faux

et abus de biens sociaux. Un

an plus tard, le dossier a

changé de dimension. Le

procureur David Charmatz

indique que l'enquête a révélé

des faits « potentiellement

constitutifs d'escroquerie

en bande organisée, de

blanchiment en bande organisée

et de blanchiment

d'abus de biens sociaux ».

Ce glissement lexical n'est

pas anodin : l'escroquerie en

bande organisée implique

concertation préalable, plan

délibéré et enrichissement au

détriment d'autrui. On est

très loin d'une simple irrégularité

de gestion salariale. La

complexité du montage, susceptible

de mettre en cause

plusieurs intervenants ou sociétés,

a justifié le dessaisissement

au profit d'une juridiction

d'un tout autre calibre.

La JIRS de Bordeaux,

l'arme du crime organisé

financier

Le parquet de Toulouse s'est

dessaisi au profit de la JIRS

de Bordeaux. Ces juridictions

inter-régionales spécialisées,

créées en 2004, traitent

la grande criminalité organisée,

les trafics à grande

échelle et les fraudes financières

sophistiquées. Que

l'affaire Jaminet y atterrisse

dit, à lui seul, l'ampleur présumée

du montage. Les

450.000 € auraient transité

par des intermédiaires, dont

Arnaud Dubois, avocat et

éphémère président du

Biarritz Olympique en 2024-

2025, et une société polynésienne,

Pacific Heart, basée à

Tahiti. Quand un transfert

entre Perpignan et Toulouse

passe par Tahiti, la géographie

elle-même devient un

indice.

Le salary cap comme révélateur,

pas comme cause

Au terme d'une médiation, le

Stade toulousain avait versé

une « contribution » de

1,3 M€ à la LNR et écopé

d'un retrait de deux points —

tout en pointant en tête du

Top 14. Le club avait semblé

considérer ce règlement

comme la clôture du dossier.

Mais le parquet, lui, n'avait

pas fermé le dossier. Un accord

de médiation avec une

ligue n'est pas un quitus pénal.

Dans un communiqué, le

Stade Toulousain dit souhaiter

que l'enquête « établisse

avec précision les circonstances

des faits » et rappelle

avoir lui-même porté plainte

contre X, se présentant

comme victime.

Au-delà du rugby, cette affaire

pose une question structurelle

au sport professionnel

français : jusqu'où les montages

de transferts peuventils

s'éloigner de leur réalité

économique sans franchir le

seuil pénal ? Les intermédiaires,

sociétés-écrans et

flux transfrontaliers ne sont

pas l'apanage du football. La

différence, ici, est que la justice

a décidé de suivre l'argent

jusqu'au bout.

En bref

La relaxe de Neymar confirmée. Le Tribunal suprême espagnol a confirmé en appel la relaxe de Neymar et d’ex-dirigeants du FC

Barcelone, qui étaient poursuivis pour corruption et escroquerie dans le cadre du transfert du Brésilien au Barça en 2013. En 2022, le tribunal

de Barcelone avait relaxé l’international brésilien et ses anciens dirigeants du Barça (ses ex-présidents, Sandro Rosell et Josep María Bartomeu)

des chefs d’accusation de « corruption dans les affaires » et « d’escroquerie par le biais d’un contrat fictif ». Ce procès avait été marqué par

un coup de théâtre lorsque le parquet, qui réclamait initialement deux ans de prison et dix millions d’euros à l’encontre de l’ancien attaquant

du PSG, avait fait volte-face et retiré ses accusations contre tous les prévenus. L’accusation n’était plus portée que par la société brésilienne

DIS, détentrice de 40 % des droits de Neymar lorsqu’il n’était encore qu’un espoir de Santos. Elle avait porté plainte en 2015, affirmant que

le Barça, Neymar, sa famille puis Santos s’étaient alliés pour dissimuler le montant réel de son transfert et « l’escroquer ». Elle reprochait aussi

au joueur et à son entourage de ne pas l’avoir informée de l’existence d’un contrat d’exclusivité signé en 2011 avec le Barça, qui, selon elle, a

faussé le mercato. Le Barça avait initialement chiffré le coût de ce transfert à 57,1 M€ (40 M€ pour Neymar et sa famille et 17,1 M€ pour le

club de Santos, ndlr), mais la justice espagnole a estimé qu’il avait en réalité coûté au moins 83 M€. DIS, qui a touché 6,8 M€ sur les 17,1 M€

officiellement versés au club brésilien, réclamait 35 M€ de dédommagement. « Il n’y a eu ni délit de corruption dans les affaires ni escroquerie

impropre. Ni de la part du joueur ni de ses représentants ni du FC Barcelone. Tout est dû à une décision sportive du club, qui a voulu s’assurer

de son recrutement puis a décidé de l’anticiper. »


Tribune

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

Le régulateur du football anglais, un rêve législatif

devenu réalité

Aboutissement remarquable, la loi anglaise sur la gouvernance du football (Football Governance Act) (FGA)(1) vient

d’entrer en vigueur et le Régulateur indépendant (Independent Football Regulator) (IFR) est désormais en place. Si

nous avions déjà analysé les antécédents ainsi que quelques propositions (2), le moment est venu de passer à une lecture

de cette nouvelle législation et d’en dégager quelques réflexions (3).

Par Christopher Flanagan (Bath) et Jacob Kornbeck (Bruxelles)

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

ommençons par l’histoire

législative de ce

dossier véritablement

hors du commun. Comme

nous l’avons noté précédemment

(4), l’Angleterre – car

cette loi ne s’applique ni à

l’Ecosse ni à l’Irlande du

Nord mais bien au Pays de

Galles – semble avoir réorienté

son approche législative

vers l’opposé de ce qui

fut sa doctrine à une époque

révolue qui nous semble déjà

étrangement lointaine. À

l’époque, les juges s’accordaient

aisément à n’accorder

Christopher Flanagan est avocat

(solicitor) en Angleterre ayant

travaillé dans le droit des médias et

des divertissements, la protection

des consommateurs et celle des

données personnelles ainsi que la

régulation des services financiers.

Titulaire d’un master en droit

bancaire et financier, il prépare

actuellement une thèse doctorale

consacrée à la régulation financière

du football et enseigne le droit du

sport dans le cadre de la formation

en ligne HELEGS (Higher

Education in Law, Economics, and

Geopolitics of Professional Sports)

(www.helegs.com). Les opinions

exprimées sont strictement

personnelles.

Jacob Kornbeck est

fonctionnaire européen, chargé

de cours à l’Université de Lille

(droit du sport) ainsi que

collaborateur scientifique à

l’Université Libre de Bruxelles

(ULB), Institut de Gestion de

l'Environnement et

d'Aménagement du Territoire

(IGEAT). – Les opinions

exprimées sont strictement

personnelles et ne sauraient

aucunement engager la

Commission européenne.

aux personnes naturelles et

morales, soumises aux décisions

prises par les instances

sportives privées, que les

voies de recours civiles.

Même en admettant que le

Jockey Club exerçait un véritable

pouvoir régulateur, dans

la célèbre affaire « Aga

Khan » (5), le Lord

Hoffmann (6) de la High

Court ne s’est pas gêné pour

conclure que les personnes

potentiellement lésées ne

pouvaient se prévaloir que

des recours découlant du

droit contractuel et des obligations.

Le droit public ne

saurait être invoqué même en

cas d’excès de zèle régulatoire

privé avéré. En revanche,

la nouvelle législation

fait émerger une situation

sans précédent, dans la

mesure où cette branche du

droit sera disponible, du

moins pour certaines affaires

touchant les clubs de football.

Certes, la santé financière du

football anglais paraît bonne

à bien des égards, alors que

toutes les compétitions de

l’UEFA de la saison 2025-26

incluaient un finaliste anglais

et que, pendant la saison précédente,

deux trophées sur

trois ont été remportés par

des clubs anglais. Si de tels

résultats reflètent fidèlement

la puissance financière comparative

de la Premier

League, l’introduction du

Régulateur indépendant du

football (Independent

Football Regulator) (IFR) par

le biais de la loi sur la gouvernance

du football (Football

Governance Act 2025)

(FGA) peut paraître incongrue.

Or, ce serait méconnaître une

série de chocs ayant exposé –

d’aucuns diraient à nouveau

– la fragilité d’un système

footballistique historiquement

ancré dans un modèle

de droit privé et d’autorégulation

(7). L’effondrement du

Berry FC ; l’impact financier

de la pandémie Covid-19 ; la

tentative d’attirer des clubs

anglais au sein de la

European Super League ; des

préoccupations liées au

« Project Big Picture » (8)

(visant à concentrer le pouvoir

des clubs faîtiers anglais

en échange d’une redistribution

financière) ; mais aussi la

disruption causée par les

sanctions imposées au FC

Chelsea (9) … Tous ces développements

ont donné une

force politique à des problèmes

qui étaient loin d’être

inédits, dont le risque d’insolvabilité,

les incitations aux

dépenses insoutenables (10)

et la concentration de pouvoir

commercial, en passant par

de faibles contrôles de la propriété

et les conflits d’intérêt

inhérents au système régulatoire

interne. Dans ces conditions,

la loi FGA représente

un changement de paradigme

en rompant avec la résistance

historique à toute tentative

d’interférence étatique (11)

au profit de l’imposition directe,

par voie législative,

d’un régulateur public chargé

de cadrer les finances et la

gouvernance du football.

Cette mutation profonde est

tout sauf anodine.

Le dossier législatif a avancé

en trois étapes (12), en commençant

par une « évaluation

conduite par les supporters »

(Fan-Led Review) (13) de la

gouvernance du football.

Annoncé en avril 2021, cet

exercice a abouti à des recommandations

concernant

la création d’un régulateur,

un système de licences, des

critères plus exigeants pour

4


Tribune

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

accéder à la propriété, la

consultation des supporters,

la défense du patrimoine culturel

footballistique ainsi

qu’un partage plus équitable

des revenus. La deuxième

phase a été lancée par la publication

d’un livre blanc en

2023 (14) traduisant les recommandations

de l’évaluation

vers des propositions politiques

substantielles et opérationnelles

centrées autour

de la création d’un régulateur

spécialisé axé sur la durabilité

financière tout en touchant

également à l’implication

des supporters ainsi que

la préservation du patrimoine

culturel. Troisièmement, la

proposition législative

(Football Governance Bill)

(15), introduite en 2024, a

converti les propositions politiques

du livre blanc en un

cadre

législatif.

Inévitablement, ce dossier a

été âprement contesté, malgré

un soutien transcendant

les clivages politiques, avant

son adoption (16), le processus

parlementaire ayant permis

de peaufiner le texte (17).

Notons notamment la suppression

d’une proposition de

lier le travail du régulateur

aux objectifs de politique publique

en matière de politique

étrangère et commerciale,

suppression qui a réduit le

risque d’emprise politique

ainsi que de friction avec le

cadre régulatoire de la FIFA

(ou de l’hégémonie de cette

dernière) (18).

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

1 Football Governance Act 2025 (c. 21). https://www.legislation.gov.uk/ukpga/2025/21

2 J. Kornbeck, Angleterre Agrément Autonomie. Dirigisme et interventionnisme au berceau du football ? LOJS n° 200 (2024), pp. 2–4.

3 Ch. Flanagan, The football governance act, the independent football regulator, and the regulation of football finance in England: legal, regulatory, and policy

considerations. International Sports Law Journal (06.12.2025), https://doi.org/10.1007/s40318-025-00326-8.

4 J. Kornbeck, Angleterre Agrément Autonomie (op.cit.).

5 R v Disciplinary Committee of the Jockey Club, ex parte Aga Khan [1993] 1 WLR 909.

6 Aga Khan [1993] 1 WLR 909, 932–933: « All this leaves is the fact that the Jockey Club has power. But the mere fact of power, even over a substantial area of

economic activity, is not enough. In a mixed economy, power may be private as well as public. Private power may affect the public interest and the livelihoods of

many individuals. But that does not subject it to the rules of public law. If control is needed, it must be found in the law of contract, the doctrine of restraint of trade,

the Restrictive Trade Practices Act 1976, articles 85 and 86 of the E.E.C. Treaty and all the other instruments available in law for curbing the excesses of private power.

» Cité d’après M. Beloff, R. v. Disciplinary Committee of the Jockey Club ex p. the Aga Khan [1993] 1 WLR 909, dans J. Anderson (dir.), Leading Cases in Sports

Law. La Haye/Heidelberg: Asser/Springer (ASSER International Sports Law Series), pp. 123–135.

7 Tracey Crouch MP, Department for Digital, Culture, Media & Sport, Fan-Led Review of Football Governance: Securing the Game’s Future (Final Report, 24

November 2021), chapitre 2.

8 Matt Slater, ‘Explained: Project Big Picture – the Winners and Losers’ The Athletic (13 October 2020) https://theathletic.com/2132829/2020/10/13/project-bigpicture-premier-league-efl/

accessed 16 June 2023.

9 Office of Financial Sanctions Implementation, ‘Chelsea Football Club: What You Need to Know’ (OFSI Blog, 10 March 2022)

https://ofsi.blog.gov.uk/2022/03/10/chelsea-football-club-what-you-need-to-know/; HM Government, ‘Unilateral Declaration Regarding the Sale of Chelsea Football

Club’ (GOV.UK, 30 May 2022) https://www.gov.uk/government/publications/unilateral-declaration-regarding-the-sale-of-chelsea-football-club/unilateral-declarationregarding-the-sale-of-chelsea-football-club.

10 Crouch, Fan-Led Review of Football Governance, chapitre 1; Stefan Szymanski, Soccernomics (Nation Books 2009).

11 L’exemple le plus célébère demeure l’affaire « Aga Khan » (op.cit.).

12 Tracey Crouch MP, Department for Digital, Culture, Media & Sport, Fan-Led Review of Football Governance: Securing the Game’s Future (Final Report, 24

November 2021); Department for Culture, Media and Sport, A Sustainable Future: Reforming Club Football Governance (CP 799, 2023); Football Governance Bill

2023–24, Bill 187, as introduced on 19 March 2024.

13 Department for Digital, Culture, Media & Sport, ‘Fan-led review of football governance’ (GOV.UK, 22 April 2021)

https://www.gov.uk/government/publications/fan-led-review-of-football-governance; HC Deb 26 April 2021, vol 693, HCWS939.

14 Department for Culture, Media and Sport, A Sustainable Future: Reforming Club Football Governance (CP 799, 2023)

https://www.gov.uk/government/publications/a-sustainable-future-reforming-club-football-governance.

15 Football Governance Bill 2023–24, Bill 187, as introduced on 19 March 2024; UK Parliament, ‘Football Governance Bill’ https://bills.parliament.uk/bills/3701

16 HC Deb 28 April 2025, vol 766, ‘Football Governance Bill [Lords]’; see especially Lisa Nandy MP’s description of the Bill as a cross-party endeavour and Dame

Caroline Dinenage MP’s references to controversy, hostility, dissent and amendments https://hansard.parliament.uk/commons/2025-04-28/debates/FACBB1E8-6378-

411F-9A21-155F00C3E8AA/FootballGovernanceBill(Lords)

17 Football Governance Bill [HL] Explanatory Notes, HL Bill 41–EN, 24 October 2024.

18 FIFA, FIFA Statutes: April 2024 Edition (2024) arts 14(i), 15(c) and 19(1) https://digitalhub.fifa.com/m/16d1f7349fa19ade/original/FIFA-Statutes-2024.pdf.

19 Independent Football Regulator, ‘Second Licensing Regime Consultation’ (Engage Independent Football Regulator, updated 6 May 2026)

https://engage.footballregulator.org.uk/second-licensing-regime-consultation

20 Independent Football Regulator, ‘Owners, Directors, and Senior Executives (ODSE)’ https://www.footballregulator.org.uk/odse.

21 Independent Football Regulator, ‘Second Licensing Regime Consultation’.

22 J. Kornbeck, Angleterre Agrément Autonomie (op.cit.).

23 R v Disciplinary Committee of the Jockey Club, ex parte Aga Khan [1993] 1 WLR 909.

24 Aga Khan [1993] 1 WLR 909, 932–933 (voir citation ci-haut).

25 S. Levitt, S. Dubner, Freakonomics: A Rogue Economist Explores the Hidden Side of Everything. New York : William Morrow (2005).

26 W. Andreff, Sport et économie au XXIe siècle. Paris : La Découverte (2025), p. 334.

27 S. Kuper, S. Szymanski, Soccernomics. Why England Loses, Why Germany and Brazil Win, and Why the U.S., Japan, Australia, Turkey – and Even Iraq – Are

Destined to Become the Kings of the World's Most Popular Sport. Londres, Harper Collins (2009).

28 W. Andreff, Sport et économie au XXIe siècle. Paris : La Découverte (2025), p. 334.

5


Législation

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

Sport professionnel : le Parlement veut reprendre

la main sur la gouvernance

Avec la proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel à l’étude à

l’Assemblée nationale, le législateur entend renforcer les garde-fous autour d’un secteur dont les fragilités financières

et institutionnelles se sont multipliées, en particulier dans le football.

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

a crise des droits audiovisuels

du football

a servi de déclencheur,

mais le texte examiné

à l'Assemblée nationale la

semaine dernière dépasse

largement ce seul sujet

comme l'ont indiqué les rapporteurs.

Devant la

Commission des affaires

culturelles et de l'éducation,

les députés ont enrichi, et

même transformé, la proposition

de loi relative à l'organisation,

à la gestion et au financement

du sport professionnel,

au point d'en faire

une réforme d'architecture.

Gouvernance, contrôle financier,

intégrité des compétitions,

place des supporters :

le Parlement tente de réaffirmer

que le sport professionnel

relève aussi de l'intérêt

général. Lionel Duparay

(Droite Républicaine,

Saône-et-Loire), rapporteur

du texte, a d'emblée écarté

toute lecture exclusivement

centrée sur le football. « Ce

texte, certes majeur pour le

football, ne doit pas se résumer

à cette discipline sportive

», rappelle le député, citant

en exemple les clubs

professionnels de basket

masculin et féminin de sa

circonscription. Cette volonté

se traduit par un renforcement

du contrôle d'honorabilité

des dirigeants de fédérations

et de ligues, ainsi

que par l'encadrement de

leurs rémunérations. À mesure

que le sport professionnel

revendique son autonomie

économique, il accepte

de moins en moins difficilement

l'intervention de l'État.

La proposition de loi acte au

contraire qu'indépendance et

contrôle public ne sont plus

incompatibles.

Honorabilité et gouvernance

: poser les gardefous

Le périmètre confié à

Duparay touche à plusieurs

piliers institutionnels.

Premier d'entre eux : le

contrôle de l'honorabilité des

dirigeants de fédérations et

de ligues, étendu à la consultation

croisée du bulletin numéro

2 du casier judiciaire et

du fichier judiciaire automatisé

des auteurs d'infractions

sexuelles et violentes.

La DNCG appelée à devenir

un régulateur des investisseurs

Longtemps cantonnée à

l'examen des budgets, la

Direction nationale du

contrôle de gestion (DNCG)

voit son périmètre considérablement

élargi. Elle pourrait

désormais s'opposer directement

à un projet de rachat

ou de changement d'actionnaires

lorsqu'il menace

la situation financière d'une

société sportive. Il s'agit de

filtrer les investisseurs avant

leur arrivée, et non plus seulement

de constater les déséquilibres

une fois installés.

Ses pouvoirs de contrôle seraient

également étendus

aux agents sportifs, qui devront

transmettre leurs rapports

de certification des

comptes.

L'aléa sportif, principe

fondamental du sport professionnel

Parmi les amendements les

plus structurants figure l'inscription

de l'aléa sportif dans

le code du sport. Autre rapporteur,

Belkhir Belhaddad

(Renaissance, Moselle) défend

un principe cardinal : le

maintien d'une ligue ouverte,

avec un système de montée

et de descente garantissant

aux clubs méritants l'accès à

l'élite. La formule peut sembler

théorique. Elle constitue

en réalité une base juridique

nouvelle pour encadrer les

situations susceptibles d'altérer

l'égalité des chances

entre compétiteurs. Un

amendement adopté à l'article

6 prévoit que les actions

détenues par les clubs relégués

dans la société commerciale

seront cédées gratuitement

aux clubs promus

— un verrou contre toute

tentation de ligue fermée

inspirée de la Super League.

Les supporters reconnus

comme parties prenantes

La proposition de loi ne leur

accorde pas de pouvoir délibératif,

mais elle leur ouvre

un espace institutionnel. Les

associations nationales de

supporters pourraient être

consultées sur l'organisation

des compétitions et sur les

horaires de diffusion. Lionel

Duparay assume ce compromis.

« J'ai conscience que

cela ne répond pas pleinement

aux attentes de certaines

associations de supporters,

mais je crois que

cette évolution permet de dépasser

d'importantes difficultés

pratiques », explique

le rapporteur. Le texte

consacre ainsi une forme de

démocratie consultative : les

supporters sont entendus,

sans pour autant devenir codécisionnaires.

Paris sportifs : protection

renforcée des 18-25 ans

Un amendement porté par

Belkhir Belhaddad introduit

des mesures spécifiques

pour les joueurs âgés de 18 à

25 ans, considérés comme

particulièrement exposés

aux risques de jeu excessif.

La possibilité d'augmenter

les plafonds de mises et de

pertes serait soumise à un

délai minimal d'un mois,

tandis que l'Autorité nationale

des jeux (ANJ) pourrait

fixer des limites spécifiques

pour cette tranche d'âge.

Une réforme qui redéfinit

le rapport entre sport et

puissance publique

En renforçant les pouvoirs

de la DNCG, en consacrant

l'aléa sportif et en imposant

de nouvelles exigences de

gouvernance, la proposition

de loi rapproche le sport professionnel

des secteurs soumis

à une régulation institutionnelle

forte. Il traduit

aussi une conviction : l'économie

du sport ne peut durablement

prospérer sans

règles partagées, ni sans

confiance dans l'équité des

compétitions.

6


Législation

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

Financement des équipements sportifs : la PPL sur

les partenariats public-privé de proximité rejetée

Les collectivités territoriales portent 60 % de la dépense publique sportive et détiennent 81 % des 332.000 équipements

recensés en France, dont une large part accuse plus de 40 ans d’ancienneté. Pour desserrer cet étau budgétaire, une

proposition de loi à l’Assemblée nationale ouvrait aux communes et intercommunalités la possibilité de subventionner

des investisseurs privés, en échange de créneaux garantis pour les usagers publics. Mais cette PPL a été rejetée.

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

oup d'arrêt. La proposition

de loi portée

par Joël Bruneau, député

LIOT et ancien maire

de Caen (Calvados), a été rejetée

par l'Assemblée nationale

à l'issue des débats. Le

texte, déposé le 14 avril sous

l'intitulé « proposition de loi

visant à encourager les partenariats

entre les collectivités

territoriales et les personnes

morales de droit

privé en matière d'acquisition,

de réalisation ou de rénovation

d'équipements

sportifs », n'aura donc pas

franchi l'obstacle de l'hémicycle,

malgré le soutien affiché

par les groupes

Horizons, Les Démocrates

et une partie de la Droite républicaine.

Le diagnostic, lui, ne faisait

pourtant guère débat. 61 %

des équipements sportifs publics

ont plus de 25 ans, la

facture énergétique grimpe,

et les disciplines qui montent

(escalade, padel, tennis de

table) réclament des infrastructures

que les budgets

municipaux ne peuvent plus

assumer seuls.

Un levier financier resté

sous-exploité au service de

la pratique de masse

« Aujourd'hui, si on parle du

sport au sens large, c'est

l'équivalent de l'industrie du

luxe », résumait Joël

Bruneau pour pointer un levier

financier resté, selon lui,

sous-exploité au service de

la pratique de masse.

Un mécanisme de subvention

croisée qui voulait coller

au quotidien des territoires

L'idée tenait en une phrase :

une collectivité aurait pu

verser une subvention d'investissement

— plafonnée à

50 % du coût de l'équipement

— à une personne morale

de droit privé construisant

ou rénovant un équipement

sportif, en échange de

créneaux réservés et garantis

sur toute la durée d'amortissement.

La convention, de

droit administratif, suivait

l'équipement et non son propriétaire

: en cas de cession,

les engagements de service

public demeuraient.

Le rapporteur défendait son

texte par des cas concrets.

Dans une intercommunalité

rurale à vocation touristique,

un complexe nautique privé

aurait pu, moyennant participation

publique, réserver

des créneaux matinaux aux

écoles voisines — là où un

simple achat de créneaux annuels

reste une dépense révocable.

Autre exemple :

une salle d'escalade urbaine

ouvrant ses portes aux scolaires

le matin, en heures

creuses commercialement.

« Si c'est une subvention au

moment de la construction,

on assure aux enfants des

écoles l'accessibilité à des

créneaux pour la durée de

vie de l'équipement, c'est-àdire

les 15 ou 20 années suivantes

», plaidait-il. Le dispositif

prévoyait des gardefous

: proportionnalité entre

la part de subvention et le

volume de créneaux, durée

d'utilisation au moins égale à

l'amortissement comptable,

sanctions pouvant aller jusqu'au

remboursement intégral.

Des réserves juridiques et

sociales qui ont fini par

l'emporter

C'est sur le terrain du remède,

pas du constat, que

tout a coincé. Les opposants

ont dénoncé un risque de

« privatisation progressive »

des équipements publics, un

possible contournement des

règles de la commande publique,

et une fragilisation

des élus locaux face à des

opérateurs privés. À gauche,

le ton est monté : Gabriel

Amard (La France

Insoumise) a martelé que

« le sport n'est pas une marchandise

», tandis que

Rodrigo Arenas fustigeait

une logique de « socialisation

des coûts pour une privatisation

du contrôle ».

Le risque juridique a aussi

pesé lourd. Plusieurs députés

redoutaient une requalification

par le juge administratif

en marché public ou en

concession, faute de procédure

de mise en concurrence

clairement bordée. Des outils

existent déjà — bail emphytéotique

administratif,

marché de partenariat, délégation

de service public —

jugés suffisamment souples

pour couvrir les besoins

identifiés sans exposer les

maires.

Restait, enfin, la question de

l'équité territoriale, omniprésente

dans les échanges. Un

tiers de la population vit à

plus de 15 minutes d'une piscine

couverte. Et si une collectivité

ne finance que 5 %

d'un projet, les créneaux scolaires

obtenus en retour deviennent

mécaniquement

marginaux. D'où la crainte

d'une concentration des investissements

privés sur les

seuls territoires attractifs,

laissant zones rurales et

quartiers populaires sur le

bord de la route.

Et maintenant ?

Le rejet ne referme pas le

dossier, il le déplace.

Derrière cette PPL se jouait

une tension de fond, qui dépasse

largement ce seul texte

: mobiliser des capitaux privés

face au désengagement

de l'État — l'Agence nationale

du sport a vu ses

moyens fondre en 2026 —

tout en préservant un modèle

où l'accès universel reste une

exigence non négociable. La

question du financement des

équipements vieillissants,

elle, reste entière. Et reviendra,

sous une forme ou une

autre.


Point de droit

N°217 La Lettre de l’Officiel juridique du sport juin 2026

Bowling et TVA : faire tomber des quilles, c'est du

sport

Par un arrêt du 21 mai 2026 (n° 25DA00983), la Cour administrative d’appel de Douai

apporte une précision sur la frontière parfois floue entre activité de loisir et activité

sportive. Derrière un litige fiscal portant sur le taux de TVA applicable aux parties de

bowling, la juridiction rappelle qu’une activité peut être perçue comme un simple

divertissement par le grand public tout en étant juridiquement considérée comme un

sport.

LA LETTRE DE L’OFFICIEL JURIDIQUE DU SPORT

’affaire concernait

une société exploitant

un complexe de loisirs

proposant notamment du

bowling, du karting indoor,

du laser game, du karaoké et

des jeux d’arcade. Estimant

que les recettes tirées de son

activité de bowling auraient

dû bénéficier du taux réduit

de TVA de 10 %, la société

demandait à l’administration

fiscale le remboursement de

plus de 120.000 euros de

taxe qu’elle avait acquittée

au taux normal de 20 %.

La question de droit

Le litige reposait sur une interrogation

simple en apparence

: le bowling constituet-il

une activité ludique ouvrant

droit au taux réduit de

TVA, ou doit-il être regardé

comme une activité sportive

exclue de ce régime avantageux

?

L’article 279 b nonies du

Code général des impôts prévoit

en effet un taux réduit de

10 % pour les « droits d’admission

» dans des « installations

à caractère ludique ».

En revanche, ce taux réduit

ne s’applique pas aux

« sommes payées pour utiliser

des installations ou des

équipements sportifs ».

Toute la difficulté consistait

donc à déterminer dans

quelle catégorie devait être

rangé le bowling.

La décision de la Cour

La société soutenait que le

bowling est avant tout un divertissement.

Elle faisait valoir

que les pratiquants recherchent

principalement

une activité récréative comparable

à d’autres loisirs proposés

dans son complexe.

La Cour rejette cependant cet

argument.

Elle rappelle d’abord qu’une

activité ne cesse pas d’être

sportive au seul motif qu’elle

présente un caractère ludique.

En réalité, de nombreuses

disciplines sportives

sont également pratiquées

pour le divertissement.

Surtout, les juges soulignent

que le bowling est une discipline

organisée et encadrée

par une fédération sportive

nationale. Cet élément

constitue un indice particulièrement

fort de son caractère

sportif.

La société avait tenté de démontrer

que ses pistes de

bowling ne correspondaient

pas aux standards exigés

pour l’organisation de compétitions

fédérales. Mais la

Cour estime que les éléments

produits ne permettent pas

d’établir que les installations

seraient objectivement dépourvues

de caractère sportif.

Dès lors, le bowling doit être

regardé comme relevant des

équipements sportifs au sens

du Code général des impôts.

Les recettes correspondantes

restent donc soumises au

taux normal de TVA de

20 %.

Portée de la décision

Par Alban BENNACER

Avocat au Barreau de Paris -

Mandataire sportif

Droit du sport - droit du travail |

Strategos Avocat

Au-delà de la question fiscale,

la décision rappelle

également qu’une activité

peut parfaitement avoir une

double dimension : récréative

pour le public et sportive

au regard du droit. Ce n’est

donc pas l’usage majoritaire

qui détermine nécessairement

sa qualification juridique,

mais bien ses caractéristiques

objectives et son insertion

éventuelle dans l’organisation

du mouvement

sportif.

L’existence d’une fédération

délégataire et la possibilité

d’une pratique compétitive

demeurent des critères particulièrement

influents à ce

titre.

Alban Bennacer

Retrouvez l’ensemble des Points de droit d’Alban Bennacer

sur pro.sport.fr/tag/alban-bennacer

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