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Stéphane Guiraud
Alain Gauthier
Lisières
Le littoral corse
Un tour de l’île naturaliste
Ouvrage publié avec le concours de la Collectivité de Corse.
Remerciements à
Cédric Lheur, géologue des Salines du Midi et des Salins de l’Est, éminent minéralogiste,
bon connaisseur de la Corse, qui nous a précisé quelques déterminations minérales
Philippe Rossi, « le géologue de la Corse », qui nous a fait profiter de ses conseils éclairés.
Alain Gauthier, géologue
Delachaux et Niestlé, 2002.
Je suis retraité de l’Éducation nationale et géologue.
Je parcours depuis plus de cinquante ans les rivages
et sommets insulaires. Après une thèse de sédimentologie
sur le Fium’Orbu, je me suis intéressé aux lacs
insulaires puis aux travaux miniers et, plus récemment,
aux sources thermales et minérales.
J’ai à plusieurs reprises tenté de partager ma passion
de géologue avec le public non spécialiste. Ma participation
à cet ouvrage en fournit un nouvel exemple.
Publications récentes, outre de nombreux ouvrages
de randonnée :
– La Corse, une île-montagne au cœur de la
Méditerranée (sous la direction d’Alain Gauthier),
– Lacs et sommets de Corse (avec I Giranduloni), Albiana, 2010 (rééd.).
– Mines et mineurs de Corse, Albiana, 2011.
– La Corse, l’Élysée du géologue, Albiana, 2015.
– Histoire naturelle de la Corse (avec Jean-François Cubells), Albiana, 2017.
– Corsica, la montagne dans la mer (photos Michel Luccioni), Albiana, 2018.
– Les Sources thermales et minérales de Corse. Aspects géologiques et historiques,
Albiana, 2025.
Stéphane Guiraud, photographe
Je suis photographe. Je vis et travaille en Balagne
depuis 2004.
Le Va’a, ou pirogue polynésienne, sur lequel je
navigue, est une embarcation fine, rapide, ultra
légère, élégante et relativement stable. À l’arrêt, pour
prendre les clichés, il suffit de se pencher sur le côté
gauche, côté flotteur, de sortir le pied gauche à l’extérieur
de l’hiloire pour être suffisamment stable et ainsi
prendre des photos en sécurité. L’appareil utilisé est
un réflex Canon EOS 5D Mark IV. Pendant la navigation,
il est en sécurité dans un sac étanche placé sous
le siège. Selon la météo et l’état de la mer, je peux
parcourir de 20 à 60 kilomètres par jour, ce qui me
laisse une grande latitude d’action.
En 2002, je suis devenu champion de France de Va’a en équipage sur V6, ou pirogue à six
rameurs. En 2007, j’ai accompli un tour de Corse en quatorze étapes. Détails sportifs qui
ont leur importance dans la réalisation de ce livre. L’expérience et la capacité physique
sont nécessaires pour simplement retourner au point de départ alors que la mer s’est
subitement formée et que les vents contraires se sont levés, ou pour rejoindre un point
précis et arriver pour saisir la bonne lumière. Je navigue toujours seul quand je prends
des clichés. Je ne fais aucun bruit, je m’approche au plus près, j’accoste sur les plages
facilement et discrètement et ne laisse aucune trace de mon passage.
Ouvrages publiés par l’auteur :
– La Balagne, Academia Verlag, 2008.
– Le Cap Corse, Ghiro Édition, 2015.
– Les ex-voto de Lavasina (photos et mise en page), 2016.
– La Balagne terre de possibles, Ghiro édition, 2016.
– Au cœur des forêts corses, Alain Piazzola, 2023.
3
Introduction
Le littoral corse mêle une profusion de lumières et de couleurs. Quand le ciel, la mer et
les rochers se disputent l’espace, quand chacun veut le premier rôle, alors les paysages
explosent. La mer, les vagues puissantes, les vents violents érodent et sculptent lentement
la roche dans un spectacle fascinant, hypnotique.
C’est à la lisière de l’île qu’éclate la vérité. La mer s’acharne à nettoyer sans cesse l’obstacle.
La roche est mise à nu, dépouillée, lavée de ses impuretés, révélée enfin.
La Corse est faite de granites, de calcaires durs, de basaltes, de roches métamorphiques
et de centaines d’autres types de roches que l’on peut voir un peu partout sur l’île. Mais
c’est au bord de la mer que la matière brute minérale est « propre », c’est-à-dire sans
végétation, sans poussière, sans mousse ou lichen. C’est là que les couleurs, les textures
et les formes des roches apparaissent avec le plus d’éclat.
Cet ouvrage raconte une circumnavigation où se rencontrent la mer, les lumières et les
roches.
Certains diront peut-être qu’il existe déjà beaucoup d’ouvrages et de sites Internet sur la
géologie de la Corse. Mais aucun, à mon sens, n’aborde, la géologie, ou plutôt la roche,
comme une œuvre d’art porteuse de plaisir. C’est par mes yeux de photographe émerveillé
que je vous montre les roches du littoral dans leur écrin de nature. Puis, au-delà de la
subjectivité de mon regard, pour comprendre et apprécier les images d’un autre point de
vue, le géologue Alain Gauthier apporte toutes les précisions scientifiques nécessaires
pour décrypter le paysage et connaître sa - très - longue histoire.
J’ai essayé de montrer la beauté des paysages sur une bande de 10 à 30 mètres de
large en partant du bord de la mer au niveau zéro. Ce cordon littoral où terre et mer se
disputent l’espace pourrait correspondre au domaine public maritime (DPM). Il est défini
officiellement, quand cela est nécessaire, par un bornage qu’un géomètre-expert établit
après étude de la montée maximale du niveau de la mer. Cette bande de terre est donc
publique et permet le passage d’un piéton, c’est le fameux sentier littoral. Nul ne peut se
l’approprier… en théorie. Ma limite à moi fut plus visuelle et sensible. La roche mise à nu
par la mer, tout simplement.
Si l’essentiel de cet ouvrage traite de la géologie du littoral, je me suis parfois autorisé à
montrer des paysages plus larges comme autant de repères visuels connus : certaines
villes et quelques grandes plages notamment.
La géologie de la Corse est d’une formidable complexité, due à sa grande variété. Elle est
d’une grande beauté naturelle. Cependant, je ne me suis pas contenté de photographier
pour illustrer, loin de là ; car certaines roches vues avec une bonne lumière et dans leur
environnement ont véritablement des allures d’œuvre d’art ! J’ose le dire. Leurs formes,
leurs couleurs et leurs singularités sont parfois si surprenantes et audacieuses que j’ai
voulu, comme un exercice de style, en réaliser une étude photographique volontairement
artistique. Dès lors, l’association du photographe et du géologue s’est vite avérée indispensable
pour à la fois apprécier la beauté des roches et les identifier.
Un détail ici mérite un petit arrêt. Je ne suis pas un partisan farouche de la paréidolie. On
apparente souvent les rochers corses du littoral à un vaste bestiaire, mais cette vision du
réel ne me touche pas. J’apprécie les rochers tels qu’ils sont, même si parfois leur ressemblance
avec tel ou tel animal est particulièrement frappante.
Je vous invite donc à partir avec moi pour ce tour de Corse à la rencontre de la nature
brute, vraie, inédite et souvent déconcertante. Je vous invite à vous attarder sur les détails,
ils sont souvent étonnants et d’une incroyable beauté graphique.
Mes images montrent souvent des paysages qui m’ont bouleversé tant ce que je voyais
était puissant ! Naviguer sous les impressionnantes falaises des calanche de Piana, de
Ghjirulatu (Girolata) et de Punta Palazzu en hiver est tout simplement magique. La beauté
des paysages est saisissante. Mes mots peuvent sembler excessifs, mais ils ne sont rien
comparés à la force des sensations que j’ai éprouvées.
Marcher sous les falaises sombres entre Centuri et Tollare puis revenir les admirer depuis
la mer est une expérience qui marque. Les roches sous le sémaphore du Cap Corse ont
des couleurs très sombres comme de la lave et donnent aux paysages une impression
de bout du monde. Les Capcorsins appellent eux-mêmes cette pointe septentrionale de
leur territoire « le cap Horn de la Corse » ! Enfin, et pour ne parler que de ces sites-là, car
il y en a tant d’autres tout aussi remarquables, les falaises de Bunifaziu (Bonifacio) sont
un enchantement quand on les voit depuis la mer dans une frêle embarcation comme la
mienne. Humilité et admiration pourraient être les mots pour définir l’impression ressentie.
J’ai eu un immense plaisir à prendre ces milliers de clichés que j’ai dû trier à grandpeine
pour constituer ce livre. Chaque image avait du sens et l’écarter fut toujours un
crève-cœur. J’espère que mes images, commentées par le géologue Alain Gauthier vous
donneront envie de découvrir par vous-même la géologie du littoral corse. Soit à partir des
sentiers douaniers, soit depuis la mer quand celle-ci est calme. Prenez votre temps, les
paysages ne se livrent pas facilement, il faut observer attentivement.
La lenteur est une vertu quand on veut découvrir « l’autre ».
Cette circumnavigation au ras des côtes a pour point de départ et pour point d’arrivée :
Calvi. En tournant dans le sens des aiguilles d’une montre. Les images de ce livre ont été
prises de 2005 à 2025. Vingt ans de clichés ! Pas de bateau à moteur ! L’intérêt de photographier
depuis une embarcation à rame est multiple. D’abord, il y a le simple plaisir de
ramer, d’être au ras de l’eau, de sentir la mer. Ensuite, l’approche est parfaitement silencieuse,
propice à la lente observation et aux rencontres. Enfin, c’est l’occasion de se fondre
dans la nature pour mieux la vivre. Ainsi les paysages apparaissent avec plus d’acuité,
j’aurais envie de dire avec plus de pertinence, parce qu’ils nous parlent et s’offrent à nous,
lentement. Cette lenteur, je le répète, est capitale pour apprécier la beauté des choses.
En pratique, voilà comment je procède : ma pirogue est très légère, je la porte facilement
sur l’épaule, je l’installe sur le toit de ma voiture et je pars vers l’endroit choisi pour me
préparer et la poser sur l’eau. J’ai préalablement établi mon itinéraire et regardé les prévisions
météo avec attention. Un exemple : pour naviguer dans le golfe de Ghjirulatu, je pars
de la petite plage d’Osani, ou pour visiter Senetosa, je pars de Tizzanu. En plus ou moins
une heure de navigation, je suis sur place. Là, je photographie en mer depuis ma pirogue
ou j’accoste (je beache si vous voulez) et je photographie depuis la terre.
La lumière est capitale pour réaliser des clichés intéressants ! C’est très important
d’attendre que le sujet à photographier soit idéalement éclairé. Il faut savoir choisir son
heure.
Pour conclure, j’aimerais enfin souligner le travail des associations qui œuvrent à la protection
du littoral, à ce que la loi Littoral soit justement et simplement appliquée. En Corse,
plusieurs sites sont protégés par le Conservatoire du littoral ; malgré cela, la pression
immobilière des promoteurs en tous genres est énorme. Dans les réserves naturelles, ce
sont les pêcheurs et les bateliers qui veulent garder ce droit d’exploiter la mer et ses
paysages. En été, la présence massive de touristes pèse considérablement sur les
écosystèmes. Notre île est fragile. Il faut en prendre soin, pour nous-mêmes et pour les
générations futures à qui nous léguerons notre terre.
Stéphane Guiraud
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L’île des géologues en ses lisières
sableux continu à l’est et les blanches falaises calcaires de San Fiurenzu (Saint-Florent) et
de Bunifaziu (en vert sur la carte).
Portu
Piana
Calvi
Isula Rossa
San Fiurenzu
Bastia
Aleria
Dans ce tour du littoral insulaire, effectué dans le sens des aiguilles d’une montre, avec
pour point de départ Calvi, on rencontre successivement : les paysages granitiques
balanins (p. 8-33), puis après l’intermède des côtes calcaires de la région de San Fiurenzu
(p. 34-39), on pénètre, à partir de la racine occidentale du Cap et jusqu’à Bastia sur la
face est, dans un ensemble de paysages fait de schistes, de falaises sombres, de roches
tourmentées et plissées qui illustrent ce que l’on pourrait appeler le « littoral alpin » de
l’île (p. 40-66). Au sud de Bastia, les longues plages sableuses de près de 100 kilomètres
cumulés qui se développent jusqu’à Sulinzara (Solenzara) pourraient paraître homogènes
et monotones. Elles renvoient en général à l’intérieur des terres les roches compactes.
Les embouchures des grands fleuves (Golu, Tavignani, Fium’Orbu) et les graux des
étangs (Biguglia, Diana, Urbinu) y apportent une certaine diversité, soulignée également
par les phénomènes d’érosion en cours, eux-mêmes en liaison avec des interventions
humaines locales ou avec le relèvement actuel général du niveau de la mer (p. 67-71).
Passé Sulinzara, et après avoir longé sur quelques kilomètres un ensemble de roches
au nom inhabituel – le flysch* (p. 72-73) –, on retrouve les paysages granitiques des
golfes de Portivechju (Porto-Vecchio) et de Portu Novu. Des roches filoniennes de couleur
ocre à rouge y apportent une touche colorée. Il s’agit de rhyolite et/ou de microgranites*
(p. 80-89). Viennent enfin les falaises calcaires qui terminent en point d’orgue l’île de
Beauté (p. 74-105) avec la parenthèse granitique des Lavezzi (p. 86-93).
Les granitoïdes* reprennent leur droit sur la façade occidentale et y régneront en maître
(p. 112-195) jusqu’à Calvi, à l’exception remarquable du nord du golfe de Portu où les
paysages exceptionnels de la presqu’île de Scàndula doivent leur origine au plongement
d’une grande caldeira* volcanique dans la mer (p. 160-179) avec les golfes de Galeria et
de Crovani (p.180-186).
Aiacciu
Sulinzara
* Tous les astérisques renvoient à des définitions dans le glossaire en fin d’ouvrage.
Prupià
Bunifaziu
La Corse est géologiquement double
Les deux ensembles géologiques qui constituent la Corse sont particulièrement soulignés
et mis en valeur par l’absence de végétation, à l’interface entre l’eau et les roches, lorsqu’on
réalise un tour de l’île en suivant ses côtes au plus près. À l’ouest, on a la Corse granitique
et rhyolitique* (en rose sur la carte) et à l’est, la Corse schisteuse, avec ses schistes variés
et ses roches vertes (en jaune et marron). Dans ces deux grands ensembles s’insèrent les
franges sédimentaires ; sables et galets, qui ourlent le fond des golfes, forment un littoral
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Les littoraux granitiques de la Corse ancienne
Granite et granites*
Le granite est constitué essentiellement de quatre minéraux : quartz, feldspaths* (un ou
deux) et mica et/ou amphibole*, se présentant sous forme de grains (granum, granite).
Mais il n’en existe pas moins une très grande variété de granites, différents par la proportion
des minéraux, leur taille, leur agencement, leur couleur, leur pourcentage, etc.
Granite à Umigna
La diversité des paysages insulaires occidentaux et donc des côtes s’explique avant
tout par cette grande variabilité.
Les spécialistes identifient dans l’île trois familles de granites, de plus en plus jeunes :
U1, U2 et U3. Elles se différencient par la répartition en pourcentages et par la composition
chimique de certains minéraux, en particulier les feldspaths, et s’expriment dans
le paysage par des collines émoussées recouvertes de maquis ou par des falaises
abruptes, souvent très colorées.
De façon simpliste : le quartz et les feldspaths sont des minéraux clairs, le mica et
les amphiboles, des minéraux sombres. De la proportion de chacun de ces minéraux
dépendra la teinte générale, sombre ou claire, de la roche. Une des variétés de feldspath
est souvent colorée, en rouge, en beige ou en gris. C’est elle qui expliquera la rutilance
des calanche ou l’aspect plus grisâtre des côtes sartenaises. L’un des feldspaths est
beaucoup plus altérable que l’autre. Les minéraux sombres sont plus fragiles que les
minéraux clairs. La prédominance des uns par rapport aux autres explique, grâce à
l’érosion différentielle, le fait que des roches appelées toutes « granites » peuvent
donner lieu à des paysages très différents.
Parmi les trois associations granitiques en Corse, d’Aiacciu (Ajaccio) à la Balagne, ce
sont les granites U1*, les plus vieux (entre 340 et 320 millions d’années), qui prédominent.
Ceux-ci sont souvent riches en minéraux sombres, riches en fer, en magnésium
et en potassium, on parle de granite magnésio-potassique. Ils s’altèrent assez facilement
et donnent des paysages émoussés et parfois des chaos de boules.
Les granites U3*, les plus jeunes (autour de 280-270 millions d’années), en général
assez colorés et particulièrement résistants, s’y intercalent dans le golfe de Portu. Ces
granites, véritables curiosités géologiques, contiennent des minéraux riches en sodium
et en potassium, des minéraux alcalins. On les qualifie donc de granites alcalins.
De Portivechju (Porto-Vecchio) à Aiacciu, deux autres ensembles de granitoïdes* appartenant
au groupe U2* règnent en maître. Ils possèdent souvent deux feldspaths différents,
l’un riche en potassium, l’autre où sodium et calcium se mélangent. On parle
alors d’association calco-alcaline. Souvent fortement découpés par des diaclases*, ils
donnent des paysages variés, où les chaos de blocs abondent. Une variété pauvre en
minéraux ferro-magnésiens* (minéraux sombres) et pour cela appelée « leucocrate* »,
multiplie les formes fantasmagoriques sculptées par les tafoni. Souvent fortement
découpés par des fractures, ils donnent des paysages variés, où les chaos de blocs
abondent. Ces granites sont bien développés dans l’intérieur de l’île, mais ils participent
également à une bonne partie du littoral occidental où les plus résistants d’entre eux se
prolongent en mer par une myriade d’écueils.
Grenus mais pas granites : les granitoïdes*
D’autres roches formées d’associations minérales différentes, mais constituées de
minéraux en grain accompagnent les granites. Ce sont des granitoïdes, essentiellement
des diorites (un feldspath et une amphibole), des syénites (un feldspath, différent du
précédent et une amphibole), les gabbros (un feldspath et un pyroxène*). Quand on
les retrouve sur le rivage, ils s’y manifestent, comme à la page 131, par des oppositions
de couleur et des formes d’érosion différentes. Ils peuvent former avec les granites des
mélanges magmatiques.
La demi-caldeira du rivage nord du golfe de Portu
Les granites colorés du golfe de Portu sont accompagnés dans le nord-ouest de la
Corse par les roches volcaniques de la presqu’île de Scàndula qui ont des compositions
chimiques et des âges voisins des granites U3.
Parmi tous les paysages de l’île, cet ensemble est l’un des plus originaux… La rencontre
entre les falaises colorées de teintes rouges, le bleu profond ou turquoise de la mer et le
vert du maquis justifie à elle seule le nom de Kallisté (la plus belle) qu’auraient donné les
hellénistes du xix e siècle à la Corse.
Ignimbrites*, pyroclastites*, lahars*, orgues rhyolitiques*, autant de noms barbares pour
le profane, dont l’étymologie évoque souvent le feu, sont présents sur le site.
Boules et tafoni
Les granitoïdes sont naturellement découpés en blocs de tailles variables par tout un
système de fractures, ou diaclases, qui délimitent des parallélépipèdes plus ou moins
volumineux. La circulation des eaux de pluie et sur le littoral l’action des vagues ont
tendance à user préférentiellement les coins et à arrondir les blocs. Si l’érosion enlève
les sols et débarrasse les boules de l’enveloppe d’arène, on aboutit à un chaos de
boules en équilibre plus ou moins spectaculaire.
Un second phénomène d’altération – érosion – va sculpter les granites, mais aussi
l’ensemble des roches littorales. Il s’agit de la tafonisation. Un tafonu, pluriel : tafoni,
(terme issu du mot corse tavonu) désigne une cavité dans une roche. Ce mot fait partie
aujourd’hui du vocabulaire géomorphologique international.
6
quelques dizaines de millions d’années dans une mer peu profonde assez agitée et
chaude. C’est la présence d’organismes marins, des fossiles d’oursins, de madrépores,
d’algues calcaires, etc., qui permettent de reconstituer les conditions de dépôt. On
applique ici le postulat de l’actualisme*, ce qui signifie que l’on considère que les conditions
physico-chimiques qui régnaient à l’époque de la formation des roches étaient
identiques à celles qui permettent aujourd’hui la vie d’organismes voisins actuels.
C’est l’évaporation sous l’effet du soleil et du vent qui provoque la cristallisation du sel
dissous dans l’eau et c’est l’augmentation de volume de ces cristaux de sel, lors de
leur formation, qui entraîne la fracturation et la séparation des cristaux de la roche. On
parle de haloclastie*. Il s’agit du même phénomène que celui provoqué par le gel pour
l’eau, mais ici c’est l’alternance indéfiniment répétée (en géologie, on a le temps !) de
séquences d’hydratation et de dessèchement qui produit progressivement, par désagrégation
et desquamation, l’agrandissement du tafonu, en général vers le haut.
Les roches métamorphiques de la Corse alpine
Le Cap Corse est formé de schistes variés, provenant de la transformation (métamorphisme)
de roches préexistantes sous l’influence de la pression et de la température.
Les mêmes roches se trouvent dans les Alpes, d’où le nom de « Corse alpine » donné
à cet ensemble. Dans les deux cas, elles se sont formées au fond d’un océan : l’océan
alpin (aux environ de 160 millions d’années), aujourd’hui disparu et remplacé par des
montagnes plus ou moins élevées (tectonique des plaques oblige).
Calcaire à Bunifaziu
Alain Gauthier
Roche métamorphique à Barcaghju
Les roches initiales pouvaient être des vases, des sables et des calcaires ou des
roches magmatiques variées : péridotites, gabbros et basaltes. La pression a donné
naissance à un débit en plaques mais aussi au plissement des roches. On parle alors de
métabasalte, de métagabbro ou de serpentinite. Des minéraux nouveaux ont pu prendre
naissance sous la double influence de la pression et de la température. Certains d’entre
eux (minéraux « mouchards ») fournissent donc des indications sur ces conditions de
transformation.
Les roches calcaires récentes, en particulier à Bunifaziu
Peu développées en Corse, les roches calcaires récentes sont présentes à San Fiurenzu,
dans la plaine orientale ou à Bunifaziu, où elles forment des falaises tombant à pic dans
la mer. Constituées de couches superposées, ou strates, elles se sont formées il y a
7
Balagna
Balagna
La baie de Calvi
Une pure merveille en soi et ce, par tous les temps !
Les deux sommets jumeaux, le Capu di a Veta (702 m,
à droite) et la Cima di a Conca (722 m, à gauche), dominent
l’ovale presque parfait du golfe de Calvi dont
ils offrent de superbes panoramas. Au premier plan,
au-delà de la frange granitique, les sables et galets
qui tapissent ici le fond du golfe, ont été transportés
par l’un des deux petits torrents côtiers : le Fiume
Seccu qui draine le massif du Monte Grossu-Bonifatu.
Les collines granitiques qui portent la chapelle
de Notre-Dame de la Serra (au centre de la photo)
protègent des vents la ville de Calvi et sa forteresse
génoise. On distingue, à droite de la citadelle et de la
Punta San Francescu, en arrière-plan, une partie de
la presqu’île de la Revellata. Les rochers granitiques
du premier plan confirment que cette partie du littoral
insulaire appartient bien à la vieille Corse granitique.
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Balagna
La baie de Calvi – Punta Caldanu
Chocs entre le ciel, la mer et la roche. Les nombreuses tempêtes sculptent les roches, grain après grain, mettant
en œuvre une savante et mystérieuse érosion.
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Balagna
On peut rester des heures devant ce spectacle hypnotique des vagues qui explosent sur les rochers. Si le ciel
s’assombrit au-dessus des rochers encore éclairés, la lumière alors offre des tableaux changeants qui rendent
fou le photographe.
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On distingue bien au premier plan à gauche le caractère grossier du grain de la roche (un granite) souligné par
les cristaux blancs des feldspaths.
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Balagna
Punta Caldanu et Punta Spanu sont deux lieux iconiques à tous les sens du terme : les roches y sont partout
sculptures et œuvres d’art.
Blocs de granite monzonitique* traversé par des filons d’une roche claire à grains fins (une aplite*). Plusieurs
filons traversent le bloc central et se recoupent eux-mêmes. Le découpage du bloc le long d’un de ces filons
en fait apparaître une face, la tache blanche au centre de la photo.
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Les granites qui affleurent dans la région de Calvi-Sant’Ambroggiu sont assez peu fracturés même s’ils sont
assez altérables. Ils donnent donc naissance, en bord de mer, à des structures surbaissées en « dos de
baleines » aux bombements faibles, surmontées de quelques gros blocs qui ont échappé à l’érosion et sont
retouchés par les tafoni*.
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Balagna
Punta Caldanu
Granite à gros grains avec quelques enclaves sombres dont l’allongement souligne une certaine fluidalité
magmatique* avant le refroidissement. Plusieurs filons aplitiques* subparallèles recoupent le granite.
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Blocs de granite beige à marron clair juxtaposé à un bloc de granite gris plus « classique ». Noter sur le gros
bloc de granite à gros grains, à gauche, les petites enclaves sombres. Elles sont formées par une accumulation
locale de minéraux riches en fer et magnésium, tels les micas et les amphiboles*. Quant à l’ensemble de droite,
il correspond probablement à une autre variété de granite, à grains plus fins et à patine beige. Ce petit massif
est parcouru de fractures (des diaclases*) qui délimitent des parallélépipèdes dont les angles ont tendance à
s’arrondir sous l’effet de l’érosion marine.
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Balagna
Punta Caldanu
Plusieurs types de filons sont ici illustrés. Ils recoupent
tous le granite encaissant. Cette photo montre un filon
de dolérite* vert sombre. Ces filons assez nombreux,
plus altérables que les granites, sont bien mis en évidence
en bord de mer. Ils y apparaissent en creux.
Leur composition, voisine des basaltes*, les rend en
effet plus altérables que les granites.
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Les filons de roches claires ou sombres sont autant de lignes graphiques qui structurent le paysage comme
l’aurait fait un peintre.
De gauche à droite, un filons de quartz*, un filon d’aplite fracturé et deux filonnets de quartz recoupant un filon
d’aplite.
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Balagna
Des granites criblés de tafoni*.
Les caractéristiques principales de ces quatre photographies sont les structures alvéolaires qui sculptent et
creusent les blocs granitiques : des tafoni. Dans le détail, on remarquera que ces tafoni coalescents ne se
rencontrent pas partout sur les blocs. Ils se concentrent ici dans les zones à grains assez fins, ignorant par
exemple la partie supérieure gauche de la photo, sans qu’il soit toujours facile d’expliquer cette répartition.
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Il est probable que la présence de microfissures, de cristaux orientés, de filons, justifie leur répartition. Les
tafoni montrés ici sont de taille assez modeste, mais ils peuvent ailleurs atteindre des tailles imposantes de
plusieurs mètres cubes.
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