ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

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ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

permettraient de remédier aux causes sous-jacentes du problème, et non pas seulement traiter les

symptômes du mal. La méthodologie d’évaluation de la corruption de l’USAID propose plusieurs

approches dans ce sens. En faisant appel à l’analyse de l’évolution politique et économique du Sénégal

décrite plus haut, ce pays peut se définir comme constituant un mélange de deux types de corruptions,

décrites dans la typologie de Johnston. 4 Le premier type se caractérise par une nature transitionnelle et

de temps en temps cyclique qui est manifeste dans le régime depuis les années 1990 jusqu’au début des

années 2000 : le Sénégal au fil des années est passé d’un régime autoritaire (hiérarchique ou vertical) à un

régime plus ouvert et démocratique, grâce à toute une série de mesures de libéralisation politique et

économique. Il manifeste encore des caractéristiques de pluralisme qui rendent possible l’alternance du

pouvoir au sommet.

Au même temps, le Sénégal montre des éléments décisifs d’un second type de corruption décrit en termes

de tendances centralisantes avec une personnalisation de la prise de décision qui a connu une importance

croissante depuis le début des années 2000. Les caractéristiques d’un régime émergent qui correspond au

second type sont comme suit :

• La domination croissante du régime par une seule personnalité — le Président qui est reconnu

d’être à la fois l’initiateur de la politique et son arbitre final.

• La nature hiérarchique de la prise de décision exprimée par un ensemble de contrôles sur les

initiatives et les décisions. Ce type de gouvernance renforce les pouvoirs de l’exécutif sur le

législatif en ne laissant qu’un champ de manœuvre marginal pour la médiation sociale par le biais

d’institutions comme le Conseil de la République.

• L’expansion de l’exécutif sur les institutions qui avaient auparavant quelques-unes des

caractéristiques du pluralisme comme l’ANEC et le HCA. Comme conséquence, ces institutions

ont perdu significativement en visibilité et en crédibilité.

• La consolidation du pouvoir par un seul parti (le PDS) qui exerce à présent un contrôle sur le

Parlement et la plupart des institutions des administrations locales.

• La prééminence du Président sur le parti au pouvoir et simultanément sur l’Etat le rend en

position de pouvoir changer ou de réorganiser les institutions et de nommer ou de renvoyer des

dirigeants à son bon vouloir, avec peu de discussions ou de débats ouverts.

Certaines de ces caractéristiques reflètent le style de leadership d’un dirigeant très dynamique et populaire

qui bien souvent agit comme s’il était la seule force capable de dynamiser une bureaucratie d’Etat faible

et paralysée et de moderniser au moins certains secteurs de l’économie. D’autres dérivent du droit

constitutionnel contemporain et des modèles français de centralisation héritée de l’époque coloniale qui

appuient la concentration du pouvoir au gouvernement entre les mains de l’exécutif. Indubitablement la

Constitution de janvier 2001 accorde au Président une capacité extraordinaire d’accumuler légalement des

pouvoirs (voir la section ci-jointe “Politique et cadre juridique”). Par ailleurs, des modèles culturels de

pouvoir englobant la personnalisation et la concentration du pouvoir de la part d’un dirigeant ou supérieur

n’ont pas complètement disparu pour céder la place à des notions de démocratie occidentale davantage

pluraliste. 5

D’autre part, le Sénégal conserve de nombreuses caractéristiques des régimes nouvellement

démocratiques et ses habitants semblent appuyer décisivement le fonctionnement de leur système

4 Johnston, 2005, op cit.

5 Voir Annexe 5 pour un point de vue sur la façon dont des normes traditionnelles ont été adaptées à un nouveau

contexte et de ce fait tordues et manipulées par rapport à leur intention première.

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