ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

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ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

Les formes secondaires de corruption impliquent les fonctionnaires de tous les niveaux, capables de faire

un usage arbitraire de leur pouvoir en profitant des lenteurs et mauvais fonctionnement de la bureaucratie,

particulièrement les services publics, l’accès aux tribunaux pour obtenir des revenus supplémentaires. Du

fait que les fonctionnaires de plus bas niveaux ne sont pas bien payés, ils voient ces formes de corruption

administrative comme des suppléments de routine pour leurs revenus alors que les victimes considèrent

ces paiements comme une attitude pratique en vue d’obtenir des décisions favorables en évitant les frais

onéreux, comme la réparation de véhicules qui ne pourraient pas en circonstance normale passer

l’inspection technique. Ces formes de corruption sont communes dans les groupes de corruption où se

situe le Sénégal. Elles sont importantes du fait qu’elles contribuent à maintenir un sentiment de séparation

de l’Etat par rapport à sa citoyenneté.

L’opposition à la corruption au Sénégal croît mais elle n’a pas été très efficace. Au niveau de l’élite, les

efforts pour diminuer la corruption se font sentir de façon croissante, particulièrement avec des

présentations publiques et des discussions sur les études faites par le Forum Civil. Bien que des

expressions publiques d’opposition à la corruption croissent dans la communauté économique, les

entreprises sénégalaises dépendent très fortement de l’Etat pour ce qui est des contrats et opportunités

commerciales, une situation qui crée des conditions favorables pour la corruption. Au niveau des masses,

l’opposition à la corruption est faible et désorganisée. Les sondages d’opinion publique révèlent que les

habitants sont assez tolérants face à la corruption et l’acceptent plus ou moins comme faisant partie de la

pratique normale de faire des affaires avec l’Etat, bien qu’ils la voient aussi comme faisant partie d’un

système de gouvernance éloigné de leurs intérêts et contrôle. Ceci est peut être dû en partie à des

facteurs culturels qui seront examinés plus en avant dans les discussions sur les causes de la corruption à

la base.

VULNÉRABILITÉS À LA CORRUPTION

Les tendances dominantes de la gouvernance qui s’observent aujourd’hui et qui impliqueraient des

vulnérabilités à la corruption sont les suivantes :

• Une plus grande personnalisation et concentration du pouvoir au niveau de la Présidence et le

cercle des proches du président, ainsi que l’usage et le contrôle des instruments de l’Etat pour

consolider le pouvoir du président et ceux qui lui sont proches, ce qui mène à la prévalence de la

grande corruption qui profite au sommet de la hiérarchie du pouvoir, à la famille et aux alliés.

• Les relations de loyauté personnelle prennent le pas sur les relations de loyauté envers l’Etat, les

organisations politiques ou l’économie, ce qui mène au détournement des ressources publiques

pour édifier et maintenir des réseaux de patron-client dans tout le système.

• Un mouvement croissant vers l’usage et l’exercice du pouvoir pour obtenir une richesse

personnelle, remplace l’intérêt public avec un intérêt matériel privé

• L’affaiblissement du parlement et de la justice comme possibilités de contrôle du pouvoir du

Président réduisent toute limite réelle de la corruption au plus haut niveau de l’exécutif.

• Les changements fréquents dans l’équipe au sommet de l’Etat et la rotation accélérée des

personnes à la tète des institutions publiques réduisent les probabilités de professionnalisme au

moment de fournir des services et limite les contrôles institutionnels sur les décisions susceptibles

d’être entachées de corruption du plus haut niveau.

• Le manque de crédibilité de la bureaucratie, des tribunaux et de la police diminue l’effet dissuasif

de l’application de la loi.

• Les menaces légales contre les adversaires du régime diminuent les perspectives de contrôle

efficaces de la politique et de la société civile sur l’exécutif.

• Le manque de transparence dans la gestion des passations de marchés publics qui a provoqué des

scandales fréquents ayant mené à l’aliénation de l’Etat et au cynisme quant à la probité.

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