ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

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ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

évisions, des amendements et des ajouts majeurs. Selon le Forum civil, plus de 28 lois devraient être

modifiées ou adoptées en tant que nouvelles lois. Les projets de ces changements législatifs ont été

suspendus au Parlement pendant des années et les discussions et débats publics sur ces réformes tant

attendues ont été limités.

La politisation de la bureaucratie d’Etat et son incapacité à fournir des services publics

fondamentaux

Bien que ces caractéristiques fussent clairement présentes au cours du régime précédent, la situation

semble s’être exacerbée sous le régime actuel. La politisation de la bureaucratie alliée à une rotation à

une cadence accélérée des Ministres et autres fonctionnaires de haut rang, sont parmi les facteurs qui ont

favorisé l’instabilité au niveau des institutions et miné la capacité de la bureaucratie d’Etat à fournir des

services publiques efficaces et non partisans. Il est certes courant dans des régimes présidentiels

démocratiques de se fier avant tout à des critères politiques au moment de pourvoir des postes élevés,

mais ceci est généralement accompagné par un effort visant à recruter des personnes répondant aux

normes voulues pour occuper ce poste. Avec son style populiste et sa méfiance vis-à-vis de la

bureaucratique d’Etat héritée du régime Diouf, le Président Wade a réduit l’autonomie de l’administration

et choisit des Ministres et des fonctionnaires de haut rang qui bien souvent n’ont pas l’expérience

administrative et les connaissances techniques nécessaires pour pouvoir diriger efficacement leurs

services. La nature néo-patrimoniale du régime encourage également le clientélisme basé sur une

politique de loyauté et relations personnelles au moment de déterminer l’accès aux services publics tout

en renforçant les conditions favorables permettant à la corruption de prospérer à tous les niveaux. Le

degré élevé de politisation et l’absence de motivation et récompenses pour la provision des biens et

services publics, alliés aux salaires maigres des fonctionnaires locaux sapent leur professionnalisme et

leur résistance à la corruption (Voir les analyses sectorielles pour de plus amples informations).

Des mécanismes de responsabilité faibles

Le gouvernement ne dispose guère de mécanismes internes efficaces de responsabilité. De fait les

mécanismes de responsabilité se concentrent à la Présidence et au Ministère de l’Economie et des

Finances, qui n’ont que peu de vérifications institutionnelles sur leurs activités. Les garants externes de

responsabilité à travers des audits a posteriori et des sanctions sont faibles et inefficaces. Les audits

internes et externes et les inspections n’ont pas lieu à une fréquence souhaitable et les fonds à cet effet

sont insuffisants. Lorsque des abus de pouvoir sont identifiés, le suivi des autorités est minimal à

l’intérieur des systèmes judicaire et administratif. La supervision et le management sont généralement

inefficaces dans la fonction publique. Il est rare de voir des groupes citoyens de vigilance qui surveillent

les services du gouvernement et leur usage du budget public. Les journalistes menant leur propre enquête

et qui souvent surveillent les opérations du gouvernement ne se sont pas avérés être une force majeure en

faveur de la transparence et de la responsabilité, malgré leurs efforts pour dévoiler la corruption. Bien

souvent, les journalistes ne disposent pas de connaissances suffisantes sur la législation et le système

judiciaire pour rendre leur enquête efficace.

Une transparence inégale

La transparence dans les décisions et les activités du gouvernement est inégale. Le public a accès à

certaines informations, mais pas toutes. Et même lorsque le public y a accès, la prise de conscience et

l’intérêt citoyens de participer directement et de surveiller la performance de la fonction publique sont

faibles, tout particulièrement au niveau local. La participation du Forum Civil et quelques autres

organisations de la société civile et du secteur privé au niveau national pour demander une plus grande

transparence sont des exceptions à la règle.

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