ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

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ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

Une résistance à la décentralisation

Les opérations et décisions du gouvernement au Sénégal sont fortement centralisées ce qui contribue à

maintenir des pratiques de connivence parmi les élites politiques et économiques nationales et locales.

Bien que la loi sur la décentralisation de 1996 ait transféré officiellement des pouvoirs et de l’autorité aux

collectivités locales leur permettant de gérer et de fournir des services public, ceci n’a pas été

accompagné par un transfert adéquat de ressources humaines et financières qui auraient permis aux

administrations locales de s’acquitter de leur nouveau rôle. La tendance à la centralisation du pouvoir

politique et administratif entre les mains du Président explique également l’échec d’une mise en place

rapide des réformes de décentralisation de 1996. En outre, la générosité du Président qui consiste à

pourvoir les autorités locales en voitures et ressources financières personnelles accrues n’a pas manqué de

les inciter à abandonner leur politique de neutralité.

Une envergure et une capacité limitées pour les organisations de la société civile chargées

de la lutte contre la corruption

Le Sénégal compte des milliers d’associations communautaires bénévoles à la base ainsi que des

centaines d’organisations nationales urbaines de la société civile et du secteur privé qui opèrent dans tous

les aspects de la société. Cependant, bien peu se consacre particulièrement aux problèmes de la bonne

gouvernance ou cherchent à dévoiler et à contrôler la corruption. Au cours des dix dernières années, des

organisations de la société civile comme le Forum Civil ont accru leur capacité à surveiller et à

documenter des pratiques de mauvaise gouvernance et à lancer des campagnes visant à informer le

gouvernement et le public de leurs découvertes. Malgré leurs efforts, ces organisations au niveau national

en grande majorité urbaines, dirigés par des hommes et des femmes d’un haut niveau d’éducation, n’ont

eu que peu d’impact pour changer les politiques du gouvernement et le comportement des fonctionnaires

corrompus. En outre, ils n’ont pas non plus réussi à toucher et mobiliser les gens à un niveau de base pour

qu’ils participent à des campagnes de lutte contre la corruption et à des activités en vue de changer

l’attitude du public faite de tolérance et d’acceptation de la corruption qui prévaut largement au sein de la

société sénégalaise. L’échec pour changer les politiques et le comportement du gouvernement est du à

leur taille relativement réduite et à leur manque d’influence vis-à-vis du gouvernement. Leur échec pour

mobiliser l’opinion publique en faveur de la lutte contre la corruption se doit au fait qu’ils ne touchent

guère les Sénégalais de la base dans les zones urbaines et rurales dont les intérêts et les préoccupations

sont axés sur des problèmes concrets qui affectent directement leur vie quotidienne et non pas la grande

corruption à l’échelle de l’état. Par ailleurs, les définitions de la corruption signifient souvent bien peu

pour le public de la base n’ayant que peu d’accès à l’éducation et qui souffre directement des

conséquences négatives de la corruption.

Une tolérance et une acception très large de la corruption basée sur des normes et des

traditions culturelles et sociales, de la part du public 13

Des modèles patrimoniaux et des normes de gouvernance basés sur des relations de clientélisme entre les

dirigeants et les dirigés sont profondément ancrés dans l’histoire du Sénégal avant la colonisation et les

changer n’est pas une tâche aisée. Contrôler l’Etat plutôt que de s’engager dans des activités économiques

productives a fourni les meilleures voies pour un enrichissement personnel. 14 Il était admis que les

13 Voir Annexe 3 pour une ample discussion sur ce point. Notre argument n’est pas de dire que la culture Wolof ou

sénégalaise est intrinsèquement plus disposée à la corruption que les autres, sinon que la corruption s’épanouit dans

cette culture et toute autre culture où on constate la présence d’une pauvreté et inégalité économique extremes ,

lorsque les normes établies peuvent être manipulées et falsifiées pour obtenir des bénéfices personnels.

14 Thioub, Ibrahima, « Les Mouvements de la Société Civile globale : Dynamiques des campagnes internationales

et mise en œuvre locale : La Lutte contre la Corruption (Sénégal). Journal non publié, 2007.

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