ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

pdf.usaid.gov

ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL

RÉSUMÉ

La non-transparence dans la gestion des affaires publiques et dans les transactions financières et la

corruption constituent un fléau de grande ampleur au Sénégal de nos jours. Ce phénomène est présent

aussi bien au niveau des transactions quotidiennes avec les agents de la fonction publique (petite

corruption) que dans le cadre de la passation d’importants marchés d’Etats (grande corruption). Ces

pratiques conduisent à la mauvaise affectation des ressources, à l’aggravation de la pauvreté chronique et

à l’accentuation de la distance entre les citoyens et l’Etat. Au cours des dernières années, les bailleurs de

fonds ont augmenté la pression pour plus de transparence et pour la réalisation de plusieurs réformes

administratives en vue de réduire ce phénomène et de créer un environnement plus favorable à une

utilisation efficace de l’aide extérieure et aux investissements locaux et étrangers. Cette pression a été

amplifiée par des acteurs locaux sénégalais en faveur des réformes, au nombre desquels une plus grande

présence de la société civile, dirigée par d’importantes organisations non-gouvernementales faisant de la

« bonne gouvernance financière » et de la transparence leur cheval de bataille.

En 2000, le gouvernement sénégalais a connu un changement de régime ayant conduit à l’avènement au

pouvoir d’Abdoulaye Wade et d’une coalition de partis de l’opposition. Wade s’est ouvertement prononcé

pour une économie libérale moderne et a semblé s’engager dans une modernisation rapide du secteur

industriel et de la bureaucratie. Ce changement de régime avait nourri l’espoir et les attentes que Wade et

le nouveau régime renforceraient la transparence dans les actions du gouvernement en vue d’éradiquer la

corruption. Ces grandes attentes n’ont pas été réalisées. Malgré la création de nouvelles institutions en

vue de promouvoir la bonne gouvernance et combattre la corruption, notamment le Programme National

de Bonne Gouvernance (PNBG), la Commission de Lutte Contre la Non-transparence, la Corruption et la

Concussion (CNLTCC), ces institutions ont eu très peu d’impact sur l’amélioration de la transparence et

la réduction de la corruption.

Bien que le gouvernement ait promis de renforcer son système d’audit externe et l’Inspection Général

d’Etat (IGE), et qu’il ait promulgué récemment un nouveau code de passation des marchés publics en

remplacement du code de 2002, il est encore assez tôt pour évaluer certains de ces efforts.

Des sondages d’opinion publique ne cessent de révéler que la corruption reste une pratique majeure, bien

que plusieurs indicateurs montrent qu’elle se soit légèrement réduite ?. Pour beaucoup de Sénégalais la

corruption reste une pratique tolérée (presqu’une routine) de transaction.

Le contexte de différentes formes de corruption reste complexe. Le Sénégal est un pays où d’importants

droits démocratiques ont évolué et sont exercés. Cependant, une extrême concentration de pouvoirs s’est

produite au sein de l’Exécutif, incarné par le Président en exercice. Ce modèle a été instauré suite à

l’alternance politique qui tendait vers un mouvement en faveur d’un cadre institutionnel décentralisé ou

pluriel. Une analyse profonde du cadre juridique et institutionnel au Sénégal révèle que plusieurs bonnes

lois et institutions ont été instaurées. Cependant, plusieurs de ces lois et institutions comportent des

insuffisances et des limites, et sont destinées à maintenir la prédominance du pouvoir exécutif. Ce faisant,

très peu des contre-pouvoirs existent face aux abus du pouvoir exécutif, et très peu de dispositions

existent aussi pour permettre d’assurer l’autonomie des institutions de régulation. Par ailleurs, la forme de

libéralisation que connaît l’économie sénégalaise est loin d’être celle d’une économie de marché dominée

par le secteur privé. L’Etat exerce toujours un contrôle sur une bonne partie de l’économie formelle en

orientant considérablement ses opérations à travers des « agences » semi-autonomes qui constituent dans

les faits une administration parallèle. La combinaison de ces événements a conduit à un environnement

caractérisé par certaines formes de non-transparence et de corruption qui continuent d’être monnaie

courante.

ÉVALUATION DE LA CORRUPTION AU SÉNÉGAL v

More magazines by this user
Similar magazines