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Y-mail 40 - mai 2022

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MÉDECIN DANS LA MAISON

MÉDECIN DANS LA MAISON Un motard de 44 ans fait une sortie de route et son genou heurte une surface en béton. Sa lésion cartilagineuse est traitée par une transplantation d’os et de cartilage comme on n’en pratique Docteur Cédric Depuydt : « Quand le patient est un homme de 44 ans, on fait tout pour éviter la prothèse du genou. » Histoire de genou pas tous les jours. L’examen pratiqué aux urgences révèle que le motard a eu de la chance. Mais son genou droit reste gonflé et douloureux dans les mois qui suivent l’accident. L’articulation émet aussi un craquement au pliage et à l’étirement. Docteur Cédric Depuydt (orthopédie) : « Un scanner RMN montre des lésions importantes. L’on distingue une fracture de la rotule qui a guéri avec un ostéophyte gênant. Le ménisque médial est déchiré, mais le principal problème est un important défaut de cartilage de 20x18mm sur la surface d’appui du condyle fémoral médial. Si on ne fait rien, cela provoquera des douleurs et finalement une gonarthrose médiane prématurée. » SOLUTION RECHERCHÉE L’orthopédiste veut faire disparaître la douleur au genou et retarder la dégénérescence. « Chez une personne de 60 ans avec une perte de cartilage sur le fémur et le tibia, je placerais une prothèse de genou unicompartimentale. Mais ce patient a une lésion focale, pas une gonarthrose. Et chez une personne de 44 ans, on fait tout pour éviter la prothèse. » Le docteur Depuydt envisage toutes les méthodes de traitement des lésions focales du cartilage (voir encadré). Il opte finalement pour une technique innovante : la transplantation d’os et de cartilage provenant d’un donneur. DE BARCELONE Au cours de sa spécialisation à Barcelone, le docteur Depuydt a acquis une grande expérience dans la technique des greffes d’os, de cartilage et de ménisque dans la zone du genou. « Par endoscopie, je fraise d’abord l’ostéophyte avant de refixer le ménisque. La deuxième partie de l’opération est ouverte. Par une incision de 6 cm, je retire, au niveau de la lésion, une carotte de 20 mm de dia mètre et de 11 mm de profondeur. Sur le condyle du donneur, je prélève une carotte de 21 mm de diamètre et de 10 mm de profondeur – 3 mm de cartilage et 7 mm d’os. Après rinçage, le greffon du donneur est positionné à la bonne hauteur dans la zone réceptrice. Comme la carotte prélevée chez le donneur est 1 mm plus large que la zone réceptrice, elle se bloque d’elle-même. » Il faut un certain temps pour que les cellules osseuses du patient se développent dans le greffon osseux du donneur. Durant cette phase, le patient ne peut pas, pendant six semaines, prendre appui complètement sur sa jambe. La mobilisation du genou est autorisée immédiatement pour éviter la raideur. Docteur Depuydt : « Le tissu du donneur est sans doute d’une qualité légèrement inférieure à celle du cartilage du patient, mais le patient devrait pouvoir tenir ainsi pendant 10 à 15 ans, voire plus longtemps. » 14

Des petits trous La microfracture ou le ice-picking est l’option de traitement la plus courante pour les lésions focales du cartilage. L’orthopédiste utilise un poinçon pour faire des petits trous dans l’os, après quoi la lésion est comblée par le cartilage cicatriciel. Mais ce dernier est de moins bonne qualité que le cartilage normal. Cette technique est recommandée pour les lésions de 1 à 2 cm². Docteur Cédric Depuydt : « La mosaïc plastie est utilisée pour les lésions légèrement plus grandes. Nous prélevons des carottes de cartilage, de 6 à 8 mm de diamètre, sur une partie non portante de l’articulation du genou du patient et les plaçons dans le défaut. Comme on ne peut pas extraire indéfiniment du cartilage du genou du patient, on est limité à 2-3 cm². Quant à l’implantation de cartilage qui consiste à prélever des cellules de cartilage du patient, à les cultiver en laboratoire et à les réimplanter, on sait désormais que le résultat est moins durable qu’espéré. Autre inconvénient : elle nécessite deux opérations et est très coûteuse. » Genou biologique À Barcelone, le docteur Cedric Depuydt a travaillé pendant six mois avec deux pionniers de la transplantation d’os, de cartilage et de ménisque à partir de tissus de donneurs. Docteur Depuydt : « Pour traiter les cas de gonarthrose unicompartimentale chez des patients très jeunes, ils transplantent souvent plusieurs carottes sur le fémur ainsi que l’ensemble du plateau tibial avec le ménisque. Le résultat est une prothèse de genou unicompartimentale biologique, à base de tissus humains au lieu de métal et de plastique. L’on travaille avec des allogreffes fraîches. Le genou du donneur n’est pas congelé, mais il est soumis à des tests d’infection, conservé dans un frigo et utilisé dans les 28 jours. Ce procédé offre l’avantage de moins endommager le cartilage. L’objectif ultime de notre service est d’élaborer un protocole en collaboration avec les banques de tissus afin de pouvoir proposer cette technique pour des cas triés sur le volet. » 15

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