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Y-mail 53 - mars 2026_FR

MÉDECIN DANS LA

MÉDECIN DANS LA MAISONUn patient âgé de 73 ans, ayant des antécédentsde cancer de l’œsophage, se présentepour des troubles urinaires. Le diagnosticprésente un tableau extrêmement rare.Dix cas dansle mondeDocteur DriesDeveltere et docteurGiliam March :« Il faut toujours garderà l’esprit la possibilitéd’une maladiemétastatique. »Le patient a d’abordété traité pour unadénocarcinomede l’œsophage nonmétastatique par chimiothérapienéoadjuvante etradiothérapie, suivies d’unerésection œsophagiennemini-invasive à Roulers.En raison d’une glandelymphatique positive, untraitement adjuvant postopératoired’immunothérapiepar nivolumab d’unedurée de douze mois a étéprescrit. Les CT-scan à troiset six mois ne montraient nirécidives ni métastases.UN CAS ÉTRANGEOnze mois après l’opération,le patient se présentechez l’urologue, le docteurDries Develtere. Le docteurGiliam March, médecin enformation, suit égalementce cas.Docteur March : « Lepatient souffre d’urgenturie,de nycturie et dedouleurs suprapubiennes.Nous voyons une hydrouréteronéphroseavec unépaississement diffus de laparoi vésicale. Une cultured’urine est négative, lesmédicaments n’aidentpas. »Docteur Develtere trouve lecas étrange. Il prévoit unecystoscopie et une résectiontransurétrale de la vessie.La cystoscopie montreune muqueuse vésicalediffuse érythémateuse etœdémateuse, sans lésionspapillaires ou nodulairesclairement suspicieuses.Aucune trace d’un cancerde la vessie classique, donc.« Des biopsies sont prélevéesdans la zone érythémateusepour un examenanatomopathologique. Uneurétrographie rétrogradecomplémentaire montreune sténose urétéraledistale bilatérale, suggérantune compression extrinsèque.»Les résultats du laboratoire(voir encadré) surprennenttout le monde. Ils indiquentun adénocarcinome invasif,comparable à l’adénocarcinomeœsophagien initialdu patient.Docteur March : « Lesmétastases vers la vessiesont rares : dans moins de4,5 % des tumeurs vésicales.Il n’arrive pour ainsi direjamais d’être confronté àune métastase vésicale d’unadénocarcinome œsophagien.»Une laparoscopie exploratoirerévèle une réactioninflammatoire autour de lavessie et des modificationsnodulaires péritonéalesdans les fosses gaucheet droite. De nouvellesbiopsies sont réaliséeset des stents urétrauxsont immédiatementmis en place afind’éviter une nouvelledétérioration de lafonction rénale. Lapathologie confirmece que nous redoutions: une métastasepéritonéale diffuse.L’immunothérapie parnivolumab est arrêtéeet remplacée par unechimiothérapie palliativesous forme de folfox.Au début, le marqueurtumoral CEA diminue demanière significative, maispeu de temps après, desmétastases pulmonairesapparaissent. Près de deuxans après le premier diagnostic,le patient décède.Docteur March : « Lepronostic dans de tels casest malheureusement trèsmauvais. Ce cas m’a apprisque, même en présencede symptômes atypiques,il faut toujours garder àl’esprit la possibilité d’unemaladie métastatique. »14

Quatre marqueursracontent l’histoireLes biopsies de la résection transurétrale de la vessieont été analysées au laboratoire de pathologie pardes coupes histologiques et les tests immunohistochimiquesassociés.Docteur Stijn Deloose (anatomopathologie) : « Uneseule coloration immunohistochimique ne suffitgénéralement pas pour déterminer l’origine primaired’un processus tumoral ; c’est pourquoi on demandesouvent un panel de colorations. Dans ce cas-ci, latumeur s’est avérée négative pour GATA3 et CK20, cequi rend improbable un carcinome vésical primaire.Mais elle était positive pour p53 et CDX2, ce quicorrespond à la tumeur œsophagienne d’origine. Deplus, la morphologie des cellulestumorales dans la vessie étaitparfaitement comparable à celle ducarcinome œsophagien initial. Toutcela constitue la base du diagnosticd’une métastase d’un carcinomeœsophagien dans la vessie. »Docteur Stijn DelooseL’importancede la scienceDocteur Dries Develtere (urologie) a invité le médecinen formation Giliam March (urologie) à suivre ce cas etl’a encouragé à écrire un article à ce sujet. Cette publicationa été présentée en décembre au BAU 2025, lecongrès annuel de la Société belge d’Urologie.Docteur Develtere : « La recherche scientifique est uneexcellente école pour les médecins en formation. Onapprend à regarder un cas clinique d’un œil critique eton acquiert de l’expérience dans la rédaction d’articlesscientifiques. Entre-temps, j’ai lancé deux nouvellesétudes avec Giliam. Nous parlons de l’idée ensemble,nous lisons la littérature spécialisée et nous rédigeonsun protocole. C’est un travail qui s’ajoute à celui desheures normales, mais qui est tellement enrichissant. »15

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