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Zie de Zenne Senne en Scènes - Passa Porta

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<strong>S<strong>en</strong>ne</strong> <strong>en</strong><br />

<strong>Scènes</strong><br />

cadavre exquis<br />

Lorsqu’on<br />

parcourt le<br />

parc, on<br />

remarque<br />

immédiatem<strong>en</strong>t<br />

une o<strong>de</strong>ur<br />

putri<strong>de</strong> qui, si je<br />

compr<strong>en</strong>ds bi<strong>en</strong>,<br />

provi<strong>en</strong>t d’un<br />

étang dans lequel<br />

quelques pêcheurs ont<br />

jeté leur ligne. Dans les<br />

bosquets <strong>de</strong><br />

chênes et d’érables<br />

retournés à l’état<br />

sauvage court un<br />

ruisseau qui pr<strong>en</strong>d<br />

sa source tout près<br />

d’ici, bi<strong>en</strong> qu’il ait déjà,<br />

d’après moi, un débit<br />

considérable. L’eau <strong>en</strong> est<br />

claire. Le caractère mort du fond saute aux yeux, tout<br />

comme les flaques grises et baveuses, bercées par le courant,<br />

qui s’accroch<strong>en</strong>t aux berges. L’o<strong>de</strong>ur putri<strong>de</strong> s’élève <strong>de</strong> son lit.<br />

Je remonte le cours jusqu’à l’<strong>en</strong>droit où un mur garni <strong>de</strong> barbelés<br />

me barre la route. A partir d’ ici, le ruisseau est maçonné et les<br />

visiteurs manifestem<strong>en</strong>t indésirables. Un peu plus<br />

loin, un méandre dérobe la <strong>S<strong>en</strong>ne</strong> à la vue.<br />

Mais j’ ai eu mon compte d’o<strong>de</strong>urs.<br />

Je me tourne et jette un regard <strong>en</strong> aval.<br />

Rubans d’algues, canards pleins d’<strong>en</strong>train et<br />

mazout. C’est ici la rive <strong>de</strong>s pompiers. Leur tour est<br />

the Place to Be, <strong>de</strong>vant moi, le panorama offert par<br />

cette tour: un filet d’ eau qui exhibe ses ron<strong>de</strong>urs, un<br />

serp<strong>en</strong>t sous une chaussée (sage près <strong>de</strong> Fabelta),<br />

qui veut embrasser le canal mais (la tique <strong>de</strong> Clabecq!)<br />

se ravise <strong>en</strong>suite. Partout <strong>de</strong>s poils pubi<strong>en</strong>s verts.<br />

On la tolère ici. Sans plus. Et provisoirem<strong>en</strong>t. Je dois faire<br />

ma <strong>de</strong>man<strong>de</strong>. Car quelque chose va se passer tout à l’heure.<br />

Je vois poindre quelque péripétie. Je dois pisser.<br />

Quelqu’ un me montre la <strong>S<strong>en</strong>ne</strong> sur une carte anci<strong>en</strong>ne.<br />

Je m’ approche <strong>de</strong> la Rue <strong>de</strong>s Vétérinaires: je vois un cours<br />

d’eau. Une grille signale l’<strong>en</strong>trée <strong>de</strong> l’abîme <strong>de</strong> la <strong>S<strong>en</strong>ne</strong>.<br />

Il fait nuit. Je <strong>de</strong>sc<strong>en</strong>ds vers le courant. Je ne sais<br />

comm<strong>en</strong>t s’ouvrir<strong>en</strong>t <strong>de</strong>s branchies, surgir<strong>en</strong>t <strong>de</strong>s écailles,<br />

comm<strong>en</strong>t le pelvis se retourna comme un gant. Je me muai <strong>en</strong><br />

anguille, <strong>en</strong> salamandre et caïman, <strong>en</strong> <strong>de</strong>sc<strong>en</strong>dance <strong>de</strong> Hanuman, le singe<br />

grammatical. Je parcours la généalogie <strong>de</strong>s mutations: le mystère <strong>de</strong> la<br />

cor<strong>de</strong> qui ne lie pas. Durant la nuit j’ai traversé la ville, porté par le cours<br />

d’eau. A prés<strong>en</strong>t, je me trouve nu dans un champ, à Vilvor<strong>de</strong>.<br />

Je glisse le long <strong>de</strong> la rivière pour aboutir dans une eau stagnante et je<br />

me s<strong>en</strong>s changée <strong>en</strong> femme, inexorablem<strong>en</strong>t attirée par le chant <strong>de</strong>s<br />

prisonnières. La <strong>S<strong>en</strong>ne</strong>, <strong>en</strong> liberté surveillée, se meurt d’<strong>en</strong>nui aux<br />

pieds du pénit<strong>en</strong>cier mué <strong>en</strong> salles <strong>de</strong> réunion. J’imagine les 4X4<br />

alignées dans la cour et les affiches à la gloire <strong>de</strong>s nouvelles<br />

technologies. Ce qui court <strong>en</strong>core d’eau s’échappe par <strong>de</strong>s tuyaux.<br />

La poissonneuse a trépassé, l’empoisonneuse l’a remplacée. Cette<br />

petite rivière asphyxiée est notre face cachée, notre portrait <strong>de</strong><br />

Dorian Gray. Le bruit court qu’elle va être lavée, que l’épuration a<br />

comm<strong>en</strong>cé. Puisse-t-elle <strong>de</strong>meurer hydraulique. Une femme sort <strong>de</strong> la<br />

prison, émerge <strong>de</strong> la tuyauterie et, tout <strong>en</strong> marchant vers la digue, se déshabille.<br />

Je me ti<strong>en</strong>s à l’embouchure <strong>de</strong> la <strong>S<strong>en</strong>ne</strong>, lorsqu’elle rejoint la Dyle. Le soir tombe,<br />

il pleut, je me <strong>de</strong>man<strong>de</strong> ce que je fais ici. Soudain le v<strong>en</strong>t souffle avec une vigueur<br />

nouvelle. Et j’<strong>en</strong>t<strong>en</strong>ds un glissem<strong>en</strong>t: dans la rivière remuée, je distingue une femme<br />

nue, les cheveux sombres et le corps blanc. Elle nage dans la <strong>S<strong>en</strong>ne</strong> vers l’aval, et je ne<br />

p<strong>en</strong>se à ri<strong>en</strong>. J’ignore le nom qu’elle porte, elle plonge bi<strong>en</strong>tôt. Je la revois, puis elle plonge<br />

à nouveau. Au-<strong>de</strong>ssus, le ciel a fini sa danse, il s’éteint. Moi, je reste, puis je ne reste plus.<br />

Conti<strong>en</strong>t <strong>de</strong>s traductions du néerlandais par Danielle Losman (Petry, Bogaert) et du galici<strong>en</strong> par Gisèle <strong>de</strong> Ro (Queipo). Graphisme: stefanLoeckx@quasi.be<br />

Production: Entrez Lire, Het beschrijf et <strong>S<strong>en</strong>ne</strong>z<strong>en</strong>ne, à l’occasion <strong>de</strong> l’ouverture <strong>de</strong> la saison 2007-2008 <strong>de</strong> <strong>Passa</strong> <strong>Porta</strong>, Maison Internationale <strong>de</strong>s Littératures à Bruxelles.<br />

Yves Petry<br />

Soignies<br />

Paul Bogaert<br />

Tubize<br />

Xavier Queipo<br />

Bruxelles/ Brussel<br />

Layla Nabulsi<br />

Vilvoor<strong>de</strong><br />

Xavier Deutsch<br />

Mechel<strong>en</strong> ‘<strong>Z<strong>en</strong>ne</strong>gat’

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