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arabe et breton en ZEP - Erwan Le Brenn

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langue <strong>arabe</strong> laisse le champ libre aux écoles coraniques du mercredi matin. On <strong>en</strong>t<strong>en</strong>d parler<br />

de la construction de mosquées <strong>et</strong> pas d’<strong>en</strong>seignem<strong>en</strong>t de la deuxième ou troisième langue<br />

parlée <strong>en</strong> France – la deuxième langue parlée étant d’ailleurs peut-être le berbère.<br />

Ainsi, lors d’une journée « portes ouvertes au collège » de notre établissem<strong>en</strong>t, les élèves<br />

ont prés<strong>en</strong>té un sk<strong>et</strong>ch <strong>en</strong> <strong>arabe</strong>… <strong>et</strong> là, pour la première fois, des mères maghrébines sont<br />

v<strong>en</strong>ues voir la prestation de leur <strong>en</strong>fant (avec foulard islamique ou non… <strong>et</strong> alors ?). J’ai<br />

essayé le peu d’<strong>arabe</strong> que j’avais eu le temps d’appr<strong>en</strong>dre, vous imaginez leur fierté ! On<br />

s’aperçoit alors que les par<strong>en</strong>ts qui ne vi<strong>en</strong>n<strong>en</strong>t pas au collège sont r<strong>et</strong><strong>en</strong>us par la crainte de<br />

donner une mauvaise image d’uex-mêmes, crainte de ne pas être à la hauteur car le s<strong>en</strong>tim<strong>en</strong>t<br />

de mal maîtriser le français <strong>et</strong> d’appart<strong>en</strong>ir à un autre univers social <strong>et</strong> culturel. Ils ne veul<strong>en</strong>t<br />

pas transm<strong>et</strong>tre à leur tour ces complexes à leur <strong>en</strong>fant. Comme disait P.-J. Hélias : « Quand<br />

on est pauvre, on doit avoir de l’honneur, c’est notre seul bi<strong>en</strong> ; les riches n’<strong>en</strong> ont pas<br />

besoin. »<br />

<strong>Le</strong>s langues françaises br<strong>et</strong>onne sont les deux langues qui ont nourri <strong>et</strong> formé mon esprit,<br />

sur lesquelles s’est construite ma personnalité. Nier l’une où l’autre est pour moi une<br />

souffrance. Ri<strong>en</strong>, jamais, ne pourra empêcher c<strong>et</strong>te blessure de se rouvrir dès qu’une telle<br />

manifestation se manifeste. Si l’on p<strong>en</strong>se que l’école a aussi pour mission de favoriser<br />

« l’intégration républicaine », elle doit aussi donner une place aux autres cultures, aux autres<br />

langues de France, dans le cadre strict d’une laïcité qui garantit l’égalité <strong>en</strong> reconnaissant les<br />

différ<strong>en</strong>ces.<br />

<strong>Le</strong>s écoles d’immersion Diwan ont suscité nombre de polémiques. Mais souv<strong>en</strong>ons-nous<br />

qu’elles sont nées pour remédier à l’abs<strong>en</strong>ce totale d’un <strong>en</strong>seignem<strong>en</strong>t digne de ce nom de la<br />

langue br<strong>et</strong>onne.<br />

Et « le repli communautaire » ?<br />

Il faut bi<strong>en</strong> sûr rester vigilant vis-à-vis de la dérive communautaire… Mais comparer la<br />

situation explosive des Balkans avec la situation linguistique <strong>en</strong> France ne relève-t-il pas de la<br />

plus pure paranoïa jacobine ? C’est l’inverse que nous vivons : nous sommes dans un pays uni<br />

par une histoire <strong>et</strong> une culture commune. L’intégration républicaine a bi<strong>en</strong> fonctionné :<br />

aujourd’hui <strong>en</strong> France, tout le monde parle français 1 . Plus, même, avec le développem<strong>en</strong>t de<br />

l’Europe, je vois nombre de mes compatriotes se replier sur eux-mêmes de crainte que la<br />

France ne soit plus c<strong>et</strong>te <strong>en</strong>tité « une <strong>et</strong> indivisible » qui les rassure. En quoi l’inquiétude<br />

devant l’expansionnisme de l’anglais justifie-t-il la méfiance à l’égard des langues dites<br />

« régionales » ? Un minoritaire doit-il trouver un plus minoritaire qu’il méprise ? <strong>et</strong> c’est le<br />

p<strong>et</strong>it br<strong>et</strong>onnant, qui a vu nombre de locuteurs de sa langue passer de un million à deux c<strong>en</strong>t<br />

cinquante mille <strong>en</strong> l’espace d’un siècle, qui doit réconforter le francophone démoralisé de voir<br />

que sa langue a perdu son statut de langue universelle.<br />

En réalité, la Br<strong>et</strong>agne ainsi que l’Alsace ont voté « oui » à 60 % lors du référ<strong>en</strong>dum 2 pour<br />

l’europe, alors que le « oui » l’a emporté de peu dans toute la France. Ainsi, le « oui » est<br />

passé grâce aux régions périphériques du territoire, régions qui possèd<strong>en</strong>t une langue<br />

régionale <strong>et</strong> qui ont une id<strong>en</strong>tité forte –vous avez dit « repli communautaire » ?<br />

1 Hormis quelques immigrants nouvellem<strong>en</strong>t arrivés… Mais justem<strong>en</strong>t, comm<strong>en</strong>t les aider à s’intégrer le mieux<br />

possible ? Voir les paragraphes précéd<strong>en</strong>ts<br />

2 de 1993 !<br />

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