Feuille-Bize-N141 - le-lien-Maarif.com

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Depuis le soir de Pentecôte nous avons repris le Temps ordinaire

(couleur liturgique « vert »). Cependant les deux

dimanches qui suivent (Fête de la Trinité & Fête-Dieu) sont

des « solennités », donc en « blanc » ! C’est à la fin du II° s.

que Théophile d’Antioche emploie pour la 1° fois le mot

Trinité dont une messe est composée en son honneur au

VII° s.. Il faut attendre l’an 1334 pour que le pape Jean

XXII adopte cette fête à Rome et l’étende à toute l’Église.

1° Lecture : du Livre des Proverbes (8,22-31)

Écoutez ce que déclare la Sagesse : « Le Seigneur m’a faite pour lui au commencement de son action,

avant ses œuvres les plus anciennes. Depuis toujours, j’ai été formée, avant l’apparition de la terre.

Quand les abîmes n’existaient pas encore, qu’il n’y avait pas encore les sources jaillissantes, avant qu’apparaissent

les collines, je fus enfantée. Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive

du monde, lorsqu’il affermissait les cieux, j’étais là. Lorsqu’il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,

chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, j’étais là.

Quand il imposait à la mer ses limites pour que les eaux ne franchissent pas les rivages, quand il établissait

les fondements de la terre, j’étais à ses côtés comme un architecte. Je faisais ainsi ses délices jour

après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre ; et je trouve ma joie parmi les êtres

humains. »

L’Ancien Testament comporte cinq livres de sagesse. Le

livre des Proverbes en fait partie avec celui de Job, de

Sirac le Sage, l’Ecclésiaste et celui de la Sagesse.

Comme son nom l’indique, le livre dont nous lisons aujourd’hui

un extrait est composé d’une mosaïque de sentences

qui sont de dates et d’origines diverses, mais placées

sous l’égide de Salomon (Proverbes de Salomon tel

est son en-tête), car ce roi laissa une réputation de sagesse

: le 1° livre des Rois (5,12) lui attribue ainsi pas

moins de « trois mille maximes » !

Ces proverbes qui définissent un art de vivre, ne se distingueraient

guère de ceux préconisés par les sages de

l’Égypte et l’Orient auxquels notre livre fait des emprunts

[*], si l’ensemble de l’ouvrage ne se situait dans la

lumière de la religion de Yahvé et ne faisait de la

« crainte de Dieu » (du respect et de l’amour de Dieu) le

test premier de toute véritable sagesse.

Les chapitres 8 et 9 du Livre des Proverbes forment une

section consacrée à la sagesse divine. Pour la 1° fois,

cette sagesse est personnifiée. Cette personnification sera

reprise par des auteurs postérieurs dont Sirac le Sage

(II° s. av. J-C.) et par l’auteur du livre de la Sagesse (I° s.

av. J-C.). … / ...

_________________________________________________________________________________________________________

[*] les chapitres 22-23 sont directement inspirés par les

conseils de sagesse du Pharaon Aménémopé (début du 1°

millénaire avant notre ère), les chapitres 30-31, des écrits

de deux sages arabes.

… / … Bien que cette personnification reste poétique

et littéraire, elle ouvre des perspectives sur les relations

entre Dieu et la Sagesse, et laisse pressentir une

vie intérieure en Dieu… lointaine préparation au

mystère de la Trinité.

Le Seigneur m’a faite pour lui au commencement de

son action... Le verbe hébreu, traduit ici par « faire »,

(ailleurs par « créer »), a plus souvent le sens d’acquérir,

de posséder. Il a cependant aussi le sens de

créer (Gn 14,19 ; Sirac 1,4 & 24,9). Mais vint un

temps où ce verset fut appliqué à la Parole, à la 2°

personne de la Trinité. Et lorsque Arius (début du

IV° s.) nia la divinité du Fils, il s’appuya, notamment

sur ce passage des Proverbes, pour affirmer

que le Fils est une créature. C’est sans doute la raison

qui a incité St Jérôme, pour sa traduction de la

Bible hébraïque en latin, d’utiliser le sens premier du

verbe hébreu : posséder ! En tout cas, l’auteur note

l’antériorité de la Sagesse à toute œuvre créée et sa

présence au déroulement de la Création. Il semble

vouloir signifier que c’est grâce à elle que l’univers

émergea du chaos, s’organisa et reçut limites et fondements

: elle était là, tel un architecte - ou un enfant

chéri, car le mot hébreu est incertain. Si, enfin, la

poésie paraît l’emporter sur la théologie, nous sommes

aux sources de la Trinité, car la Sagesse semble

être ici plus inspiratrice qu’architecte et, à ce titre,

elle nous oriente sur l’action de l’Esprit Saint...


lecture : De la lettre de Paul aux Romains (5,1-5) [traduction officielle ] Frères, Dieu a donc fait de

nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui

nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil

à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu. Mais ce n'est pas tout : la détresse elle-même fait

notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la

valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l'espérance ; et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour

de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.

[Traduction en français courant] Ainsi, nous avons été rendus justes devant Dieu à cause de notre foi et

nous sommes maintenant en paix avec lui par notre Seigneur Jésus–Christ. Par Jésus nous avons pu,

par la foi, avoir accès à la grâce de Dieu en laquelle nous demeurons fermement. Et ce qui nous réjouit

c’est l’espoir d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous nous réjouissons même dans nos détresses,

car nous savons que la détresse produit la patience, la patience produit la résistance à l’épreuve et la résistance,

l’espérance. Cette espérance ne nous déçoit pas, car Dieu a répandu son amour dans nos

cœurs par le Saint–Esprit qu’il nous a donné.

Le thème fondamental de la lettre aux Romains est le salut apporté aux

hommes par le Christ, salut qui n’est pas la conséquence d’actes méritoires,

d’efforts, d’ascèse… mais un don gratuit (une grâce) de Dieu. Le

chapitre 5 est à la charnière entre la 1° partie axée sur la foi et la 2nde

qui porte sur la vie chrétienne animée par l’Esprit.

Cette introduction à ce chapitre est une synthèse de l’œuvre trinitaire.

St Paul fait toujours remonter le principe du salut au Père : c’est par le

canal de la foi que Dieu nous donne part à sa vie, nous « justifie »,

c'est-à-dire nous sanctifie, fait de nous des saints. Cette grâce nous a

été manifestée par le Fils qui nous ouvre, toujours par le canal de la foi,

les vannes de l’espérance : partager sa gloire.

Paul emploie le mot orgueil dans le sens de fierté. Fierté de croire. Car

plus notre être est faible (et dans la détresse), plus la foi l’aide à pouvoir

« porter sa croix », dans l’attente que lui promet la foi de partager la

gloire du Fils, le terme de son espérance. …/ ...

lecture : de Evangile selon St Jean (16, 12-15)

D’après D’après les les Pères Pères Boismard Boismard / / Lamouille, Lamouille, exégètes exégètes dominicains.

dominicains.

…/… Ce qui soutient notre espérance et

stimule notre coeur, n’est autre que l’amour

pour Dieu que verse l’Esprit en nos cœurs.

Nous avons ici la plus haute affirmation de

tout le Nouveau Testament, du lien qui

existe entre l’amour et l’Esprit Saint. Il s’agit

de l’amour de Dieu pour nous, amour qui

nous intègre dans la vie trinitaire. Cet

amour, qui est l’essence même de Dieu, est

répandu à profusion en nous. Le verbe employé

par Paul évoque un débordement,

comme une eau si abondante que le récipient

où elle est versée ne peut la contenir.

(L’image de l’eau est un des symboles de

l’Esprit dans les Écritures, St Jean l’utilisera

dans le récit de la Samaritaine : Jn 4,14 !)

Avant de passer de ce monde à son Père, Jésus disait à ses disciples : « J'aurais encore beaucoup de

choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit

de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il

redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra

ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi

je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

L’évangile de Jn contient 5 logia [prononcer loggia] (5 phrases) sur l’Esprit : 14,15-17 ; 14, 25-26 ; 15, 26-27;

16, 4-11 et 16,12-15. Jn considère l’Esprit comme une personne qui doit venir prendre la place du Christ

après son départ, afin de continuer son œuvre de révélation. Pour souligner cette continuité entre l’œuvre du

Christ et celle de l’Esprit, pour présenter en quelque sorte l’Esprit comme un « autre » Christ, Jn a volontairement

repris, en les appliquant à l’Esprit, des termes ou des formules qui expriment ailleurs dans son livre la

mission de Jésus par son Père, et son œuvre de révélation. Exemple la phrase « Lorsqu’il viendra celui-là, il

nous expliquera toutes choses »,( paroles de la Samaritaine à Jésus à propos du Christ :Jn 4,25), est reprise et

appliquée à l’Esprit : « Lorsqu’il viendra celui-là, l’Esprit de vérité, il vous expliquera... » (Jn 16,13-14).

D’une façon plus précise, il faut dire que le dernier rédacteur de Jn avec le recul du temps dont il a pu bénéficier,

veut montrer que cet Esprit est venu (mais puisqu’il fait parler Jésus avant son départ : viendra) accomplir

ce « retour » du Christ qu’attendait la tradition chrétienne primitive. On espérait un retour imminent de Jésus,

pour Jn, ce fut l’Esprit qui vint. Exemple : « Je pars vous préparer une place, et si je pars, je viendrai de nouveau

» (Jn 14) . Ces paroles ont été reprises et orientées vers l’Esprit : « Il vaut mieux que je m’en aille, et si je

pars je vous l’enverrai (l’Esprit) ». L’expression « je viendrai de nouveau » devient maintenant « je vous l’enverrai

». On peut en conclure que ce n’est plus Jésus qui viendra chercher ses disciples, mais l’Esprit qui viendra

pour demeurer en eux !


Voyons maintenant l’origine de l’expression « Esprit de vérité ». Dans toute la Bible, cette expression ne

se lit encore que dans les logia (loggia) sur l’Esprit de Jn et dans la 1° lettre de Jn 4,6 où l’on reconnaît le

style du dernier rédacteur. Il semble que ce dernier ait pris cette expression dans les milieux qumrâniens,

car elle se lit à plusieurs reprises dans les textes de Qumrân. Dans la pensée dualiste des gens qui vivaient

en ce lieu, les hommes sont divisés en deux catégories caractérisées par l’opposition « lumière /

ténèbres » et « vérité / perversion ». Voici le texte de la Règle de cette Communauté : « Dieu a disposé

pour l’homme de deux esprits… ce sont les esprits de vérité et de perversion. D’une fontaine de lumière

provient la vérité et d’une source de ténèbres provient la perversion. » La suite montre que toute vie morale

parfaite vient de l’esprit de vérité et toute vie morale dépravée de l’esprit de perversion. C’est pourquoi

« le maître des novices » de la Communauté doit éprouver soigneusement l’esprit de ceux qui y désirent

y entrer… [> Dans la 1° lettre de Jn (4,6) il est question de l’esprit de vérité et de l’esprit d’erreur !)

Par contre, si dans les textes de Qumrân, l’esprit de vérité est une

bonne inclinaison, chez Jn, il est une Personne divine. Le rédacteur,

sous l’influence de la tradition naissante de l’Église (dont Lc

se fait déjà l’écho), a personnalisé l’esprit de vérité utilisé dans la

pensée de Qumrân, pour en faire l’Esprit de vérité dont lele est

de conduire les disciples vers la vérité toute entière. Ce titre donné

à l’Esprit est donc en relation avec sa fonction. Allant plus loin encore,

l’auteur ira jusqu’à dire (1° de Jn 5,6) que l’Esprit est la vérité.

Entendons : l’amour est la seule vérité.

L’Esprit est dit aussi « Paraclet », transcription française du grec

paraklétos que la traduction latine avait déjà reprise « paraclitus ».

Rare en grec classique, inconnu de la Bible grecque (appelée Septante),

ce mot est un adjectif dérivé d’un verbe grec qui revêt deux

sens principaux : 1) « appeler à soi » (> appeler à l’aide, supplier

les dieux, convoquer un témoin au tribunal) ; 2) « exhorter - encourager » (de là « consoler » et le nom

« Consolateur » donné à l’Esprit par certaines traductions). En grec, le mot « paraclet » a toujours une

signification juridique et désigne souvent celui qui est appelé pour défendre un accusé. Il correspond

exactement au latin « advocatus » ( > avocat, en français). Or, le Satan est toujours l’Accusateur dans la

Bible. A sa fonction traditionnelle d’accuser les hommes au tribunal divin, de dénoncer leurs péchés et

d’exiger leur châtiment, s’oppose le Paraclet qui intercède en leur faveur pour que Dieu exerce sa miséricorde

et pardonne au pécheur ! Or chez Jn, ce rôle incombe au Christ. Jn change donc le sens du mot.

L’Esprit n’intercède pas pour le pardon, mais il « enseigne » la vérité, il « témoigne » avec les disciples en

faveur du ressuscité, il « confond » le monde. Jn opte donc pour le 2nd sens du mot : l’Esprit exhorte, encourage…

Ce choix du rédacteur est dû à l’influence des écrits de Lc et de Paul !

D’après C. L’Eplattenier, exégète protestant. « j’aurai encore beaucoup de choses à vous dire mais pour

l'instant vous n'avez pas la force de les porter. » Ce constat n’est pas un découragement de la part de Jésus

mais sa confiance en l’œuvre future de l’Esprit. Il sait qu’il les amènera à recevoir progressivement et à approfondir

la vérité de Dieu. « Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. »

Il est ici souhaitable de garder l’image du verbe grec et de traduire « il vous fera cheminer vers » plutôt que « il

vous guidera » car il y a cette idée de mouvement progressif vers une pleine compréhension qui n’aboutira

que dans le Royaume. En effet, Jésus, le Fils, contient tout le mystère de Dieu qui, comme le veut le sens originel

du mot mystère, se dévoile petit à petit. On ne peut l’approcher par un acte de l’intelligence, mais par

une démarche d’amour toujours à renouveler….

La suite du texte nous montre que l’Esprit-Saint n’a aucune révélation autonome à apporter et qu’il ne fera

pas seulement « ressouvenir » des paroles du Jésus historique, mais annoncera les choses qui doivent venir.

Ces paroles étant mises avant la Passion, il ne faut pas réduire le « ce qui va venir » à l’annonce de celle-ci.

Jésus parle ici du rôle prophétique de l’Esprit (Cf. Ac 2,17) qui n’est pas à réduire à des prédictions comme le

montre tout le prophétisme biblique. L’Esprit fera découvrir des choses nouvelles sur Jésus, sur ce qu’il a pu

dire avant sa mort. Il ne s’agit pas d’une révélation indépendante, mais d’un dévoilement, d’un approfondissement

de sa personne, des paroles qu’il a dites et des gestes qu’il a posés. Pour Jn, les choses à venir englobent

sûrement ce qui concerne l’interprétation du mystère de Jésus, tel qu’il a peu à peu mûri dans sa communauté

et dont témoigne son écrit.

La conception johannique du St Esprit exclut tout illuminisme spirituel. Certains mouvements chrétiens dissidents

ont cru que Pentecôte ouvrait une troisième ère de la Révélation, celle de l’Esprit, justifiant par là de

nouvelles « vérités ». Or, pour Jn, l’Esprit n’invente rien, c’est l’unique révélation incarnée en Jésus dont il a la

charge de faire comprendre dans toutes ses dimensions.


Homélie pour la Fête de la Ste Trinité.

La grande fête pascale étalée sur 50 jours s’est terminée avec la solennité de la Pentecôte. Le Christ

« est assis à la droite du Père » pour l’éternité. L’Esprit a pris la relève pour illuminer le cœur des

croyants et guider vers Dieu ceux qui le cherchent ailleurs que dans l’Eglise. Le Fils a parlé, la Révélation

est terminée. Mais elle reste à déployer, à approfondir. Tout désormais repose dans la Parole que chaque

génération a à lire, à accueillir, à ruminer.....à vivre grâce à la lumière et avec la force que donne l’Esprit

Saint.

Nous fêtons aujourd’hui le Mystère insondable de Dieu qui fait l’originalité du Christianisme : la Trinité.

Cette relation d’amour à trois que nous rappelle chaque signe de croix. La Trinité n’est pas une idée. Elle

n’est pas une construction intellectuelle, œuvre de philosophes ou de théologiens. Elle n’est pas une mathématique

où « 3 égale 1 » ! La Trinité n’a pas été élaborée par de savants conciles. Elle s’est imposée

dès le début comme nous le signale la lettre de Paul aux Corinthiens écrite en l’an 56 : Elle est, nous dit

l’apôtre, « grâce du Seigneur Jésus-Christ, Amour de Dieu le Père, communion de l’Esprit ! »

La Trinité ? Pour certains, on leur en a parlé lors de leur éducation religieuse. Au fil du temps, les explications

se sont succédées aux explications. Peut-être avons-nous cherché à la comprendre en feuilletant

des livres ? Mais comme le dit le catéchisme : la Trinité est un mystère. Et ce mystère ne s’est guère

éclairci aux yeux de notre cœur qui a besoin de temps, car il est lent à croire. Un cœur à qui, parfois,

toute la vie ne suffira pas pour approfondir et savourer sa foi. Mais pas la peine de se culpabiliser. A travers

ses disciples, Jésus nous a prévenus : il a beaucoup de choses à nous dire, des choses que, pour le

moment, nous ne sommes pas capables de comprendre. Peut-être à entrevoir seulement ici-bas !

Oui, nous avons du mal avec la Trinité. Pourtant nous disons toujours le Credo dans lequel nous affirmons

que nous croyons en Dieu le Père, le Fils et le St Esprit, un seul Dieu en trois Personnes. Mais

nous sentons aussi que cette formule reçue ne suffit pas, et ne suffira jamais à embrasser le mystère,

tant nos concepts, nos mots et notre intelligence sont limités. Car ce n’est pas en maniant des idées si

pointilleuses soient-elles que nous sera révélé le contenu de ce que nous appelons la Trinité. On peut

disserter sur un vin, mais tant qu’il n’a pas caressé notre palais les mots sont vides !

En fait, c’est dans la mesure où nous laisserons Dieu entrer dans nos vies, c’est dans la mesure où nous

accueillerons son débordement d’amour, (même sans le savoir, il suffit d’avoir un cœur ouvert) que la Trinité

nous fera entrer dans sa spirale de vie et que sa douceur guérira peu à peu notre cécité intérieure.

Saint Bernard écrivait que la Trinité est « infinie, incompréhensible et absolument simple ». Elle est infinie,

car on ne peut épuiser son mystère ; elle est incompréhensible, car elle n’entre pas dans nos schémas,

mais elle est absolument simple, car il suffit d’aimer pour qu’elle nous ouvre ses secrets ! La Trinité

n’est pas à comprendre, elle est à expérimenter. Et pour cela, c’est simple : il suffit d’aimer ! On peut goûter

un vin, l’apprécier sans y mettre forcément des mots : il aura suffit de le goûter !

Ainsi pour goûter au mystère de la Trinité, les approches sont multiples et variées, parce que chacun est

différent. Chacun a un chemin qui lui est particulier pour entrer dans la vie trinitaire. Peut-être y auronsnous

accès par le visage de cette personne que nous nommons « le Père » quand, un jour, tomberont les

couches de peinture du Dieu impersonnel que nous a légué le sentiment religieux ? Peut-être lorsque

nous pourrons balayer les images reçues du « père fouettard », du « dieu cause de nos malheurs », du

« chef tout puissant », pour nous ouvrir à Celui qui ne s’offusque jamais, prend patience, attend son

heure et pardonne inlassablement ? Peut-être lorsque nous accepterons de nous en remettre à lui dans

un élan d’abandon, au cœur de la tourmente, de l’épreuve, du désarroi, des abysses d’une dépression ?

La Trinité peut aussi nous mener sur son chemin à travers cette autre personne que nous appelons « le

Fils », en lisant les évangiles, en rencontrant un témoin, ou (et ce n’est pas à négliger !) lorsque nous

nous mettrons au service d’autrui parce que touchés à nos entrailles par la misère ou le malheur de l’autre

qui est là et en qui le Fils se révèlera au final ! Enfin, la Trinité peut attirer à elle par le Saint Esprit.

Une personne à l’œuvre dans toutes les religions, dans tous les cœurs en quête d’absolu, d’idéal, de paix

pour créer tous ces liens d’amour, d’amitié, d’humanité qui se tissent à travers le monde.

Vous voyez : Il est vain de chercher dans les livres ce qu’est la Trinité. Vouloir savoir ne sert à rien. La

Trinité ne s’enseigne pas à l’aide de concepts ou de théories. Elle s’éprouve dans le cœur qui se dilate à

l’amour. Elle met sa saveur dans nos relations humaines. Elle donne goût à tout ce qui est vrai, fait briller

ce qui est juste, parfume ce qui est beau, habille la tendresse. Elle est dans un sourire, dans un baiser,

une caresse. Le regard d’un enfant nous en dit long sur elle. La main secourable nous signale qu’elle est

bien là. Toute présence silencieuse en est une trace. La prière nous plonge dans sa vie. Elle pose son

sceau sur nos amours humaines. Nous sommes dans sa main !

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