ateliers 2012/2013 - Carrefour Universitaire

carr.univ.sarlat.fr

ateliers 2012/2013 - Carrefour Universitaire

CARREFOUR UNIVERSITAIRE

DE SARLAT ET DU PERIGORD NOIR

Boîte postale 126 - 24204 SARLAT LA CANEDA Cedex

Site Internet : http://www.carr-univ-sarlat.fr

Courriel : presidente@carr-univ-sarlat.fr

Bulletin n° 57, septembre 2012

Le CARREFOUR UNIVERSITAIRE est une association culturelle (loi de 1901), à but non

lucratif, animée par des bénévoles. Elle s’adresse à toutes les personnes – particulièrement celles qui

disposent de temps libre – désireuses d’enrichir leurs connaissances dans les domaines intellectuels et

artistiques.

SOMMAIRE

Editorial ………………………………………………………………………………………… p. 2

Adresses utiles et Informations diverses

A qui s’adresser ………………………………………………………………………….

Le Conseil d’Administration ……………………………………………………………

Le Bureau ………………………………………………………………………………..

Informations diverses ……………………………………………………………………

Informations concernant les ateliers …………………………………………………….

Tableau des activités des ateliers ………………………………….…………….….….……… p. 8-9

Une page se tourne ……………….…..………………………………………….….………….. p. 10

Programme des conférences du 1 er semestre (sept. 2012 à janv. 2013) ……………………. p. 11

Comptes rendus des conférences (déc. 2011 à mai 2012) .……………….………………..... p. 15

Sorties & Voyages

Le Carrefour cistercien ………………………..…………………………………………. p. 34

Le Carrefour retrouve l’Hermione ………………………………………………………. p. 36

Les rencontres Logroño – Sarlat ………………………………………………………… p. 38

Propos ou pensées en quête d’auteurs ………………………………………………………… p. 41

Nécrologie ……………………………………………………………………………………… p. 42

Sélection bibliographique et Invitation à lire ………………..………………..……………… p. 43

Ont collaboré à ce bulletin n° 57, septembre 2012 :

Auteurs : Michel Boulerne, Guy Boyer, Isabelle Cabard, Jacques Chantal, Michel Chanaud, Yvette Chantal, Amparo Contreras Pereda,

Robert Dié, Geneviève Feurstein-Garrigou, Dominique Genty, Michel Genty, Lucette Godet, Serge Jard, Roland Kleim, Jacqueline

Lacombe, Guillaume Lecointre, Guy Mandon, Pierre Merle, Gloria Milon, Mireille Nilles, Roger Nouvel, Daniel Sueur.

Illustrations : Michel Boulerne, Guy Boyer, Breitling, André Calas, Michel Chanaud, Jacques Chantal, Collection particulière, Robert

Dié, Dominique Genty, Claude Lacombe, Michel Morand, Musée de Palerme, Bertrand Piccard, Solar Impulse, The Phillips

Collection.

Saisie du texte : Claude Lacombe.

Maquette et mise en page : Michel Morand.

Logo du Carrefour Universitaire : Alain Carrier

Imprimerie : Imprimerie du Sarladais, B.P. 57, 24202 SARLAT Cedex.

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Jean Piat (Photo coll. Internet)

ÉDITORIAL

Vous avez quel âge ?

Voilà une question indiscrète qui ne vous a jamais été posée au Carrefour, mais qui nous concerne pourtant

directement. Question qu’il est fort malséant de poser aux dames. Question cependant, que nous entendons de plus en

plus souvent aujourd’hui, avec plus ou moins de compassion ou de curiosité. Vous avez quel âge ? vous dit votre

médecin. Et il n’y a vraiment que pour la retraite que nous sommes tentés de faire notre âge.

A son tour Françoise Dorin la pose dans une pièce de théâtre. Jean Piat, qui a, lui-même, un bon âge, qu’il ne

nous confessera pas, est seul, sur la scène, au Théâtre de Paris. Il nous

annonce, que lui, dont la réputation est d’être un acteur léger, a réussi à

faire réfléchir un ministre, qui plus est, un ministre de la santé et que celuici

lui propose, au téléphone, très sérieusement, un ministère

supplémentaire. Jean Piat s’en dit extrêmement surpris et flatté. Il nous fait

juge de la situation. Le point de départ de cette affaire est justement une

conférence qu’il a donnée, sur un thème qui aurait pu être inscrit au

programme de notre Carrefour au rayon des sujets de société, si nous

avions souhaité évoquer le temps libre dont, désormais, nous disposons :

l’âge, le grand âge, la vieillesse, le temps qui passe… Vous voyez ! Face à

un auditoire qui n’était pas composé d’adolescents, il avait proposé d’en rire. Le public avait ri. Le ministre, bien

informé, comme le sont tous les ministres, a pensé que notre acteur était l’homme qu’il lui fallait.

A ce moment-là, bien calée dans mon fauteuil du théâtre de la Rue Blanche, je me suis dit que, bien que

n’étant pas encore ministre, j’avais repéré un futur conférencier qui avait le sens de l’humour. Vous pensez bien que je

n’en ai plus perdu une miette, d’autant que, Jean Piat commence par nous donner une vielle recette pour faire une

bonne conférence : Il faut des idées et une montre. Il nous dit qu’il a la montre, vous aussi, quant aux idées…vous les

avez. Je sens qu’à la rentrée notre association va être submergée par les propositions de conférences.

Inutile de vous dire que nous nous interrogions tous, et il le savait, sur l’âge de cet acteur-conférencier qui,

doté encore, remarquez bien que, perfidement, je dis encore, d’une excellente mémoire, nous donnait précisément des

conseils pour ne pas faire notre âge.

Conseils en dix points, des choses à ne pas dire et à ne pas faire, et des travers dans lesquels nous risquons de

tomber. Un exemple : certes vous fréquentez régulièrement Internet, le site et la gazette du Carrefour, vous utilisez

un notebook et vous écoutez un CD plutôt qu’un 45 tours sur un électrophone, mais j’espère que vous n’avez pas

tendance à donner ce genre de conseil, dicté par votre expérience, surtout aux plus jeunes. De mon temps on prenait de

la Quintonine, ça coûtait beaucoup moins cher. Vous feriez votre âge. Et là, malheureusement, Jean Piat nous livre

cette réflexion assassine de La Rochefoucauld qui ne vous concerne évidemment pas : Les vieillards aiment à donner

des conseils, pour se consoler de ne plus être en état de donner de mauvais exemples. À rapprocher de cet adage plus

moral : Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait (Henri Estienne, les Prémices). La sagesse populaire ne fait pas jeune

non plus.

Mais au-delà des apparences, que faire pour rester jeune ? Ô temps ! Suspends ton vol… (Alphonse de

Lamartine, le Lac). Celle-là je ne pouvais pas la manquer, d’autant que c’est précisément la légèreté qui nous fait

défaut sur un pareil sujet. Allez au théâtre, nous dit Jean Piat, ça rajeunit. Allez au Carrefour universitaire, ça, c’est

moi qui le dis, cela vous évitera les rides de l’esprit. Profitez de votre temps libre pour faire des pompes du cerveau

après les pompes des abdos ! Ça c’est lui qui le dit ! Finissons-en avec un Boileau rassurant : Chaque âge a ses

plaisirs, son esprit et ses mœurs.

Geneviève FEURSTEIN-GARRIGOU


ADRESSES UTILES ET INFORMATIONS DIVERSES

A QUI S’ADRESSER

Pour tous renseignements :

- d’ordre général

Geneviève FEURSTEIN-GARRIGOU, présidente

Impasse des Clarisses, 24200 SARLAT tél. 06.76.83.67.51

presidente@carr-univ-sarlat.fr

Lucette GODET, secrétaire générale

Cabasse, 24370 VEYRIGNAC tél. 05.53.28.15.04

Marie-France SUEUR, secrétaire adjointe secretaire@carr-univ-sarlat.fr

François MARTIN, trésorier

Le Prieuré de Veyssière, 24200 VITRAC tél. 05.53.28.38.14

tresorier@carr-univ-sarlat.fr

- concernant les “Sorties”

Jean-Émeric SIMON

Chemin de Laumel 46300 GOURDON tél. 05.65.41.16.94

excursions@carr-univ-sarlat.fr

- concernant le Bulletin

Claude LACOMBE, vice-président

Le Bourg, 24590 ARCHIGNAC tél. 05.53.28.92.26

Port. 06.85.57.87.47 bulletin@carr-univ-sarlat.fr

- concernant les ateliers

* Atelier Photographie foto-atelier@carr-univ-sarlat.fr

* Atelier Espagnol esp-atelier@carr-univ-sarlat.fr

- concernant le site Internet

Michel MORAND

51, rue Jean-Mermoz, 24200 SARLAT tél. 09.71.26.98.26

webadmin@carr-univ-sarlat.fr

COMPOSITION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION

DU CARREFOUR UNIVERSITAIRE

* M. Patrick ALDRIN * M. Francis GUICHARD

* M Bernard AUMONT * M. Serge JARD

* Mme Françoise BOBIN-ULRICH * M. Roland KLEIM

* Mme Marie-Noëlle BIECHER * M. Claude LACOMBE

* M. Janvier CEFALIELLO * Mme Anne-Marie MARCO

* M. Jacques CHANTAL * M. François MARTIN

* Mme Claudie DENIS * M. Michel MORAND

* Mme Eliette DENIS * M. Michel POCHOU

* Mme Paulette FEIX * M. Jean-Émeric SIMON

* Mme Geneviève FEURSTEIN-GARRIGOU * Mme Marie-France SUEUR

* Mme Lucette GODET * Mme Jacqueline TREILLE

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COMPOSITION DU BUREAU DU CARREFOUR UNIVERSITAIRE

Président : Responsables techniques du matériel :

- Geneviève FEURSTEIN-GARRIGOU - Janvier CEFALIELLO

Vice-présidents : - Claude GENTIL

- Claude LACOMBE - Francis GUICHARD

- Bernard AUMONT - Roland KLEIM

Secrétaire générale : - Michel MORAND

- Lucette GODET - Michel POCHOU

Secrétaire adjoint : Responsable des grands voyages :

- Marie-France SUEUR - Jean-Émeric SIMON

Trésorier :

- François MARTIN

Trésorière adjointe et Responsable du site Internet :

coordinatrice des ateliers : - Michel MORAND

- Paulette FEIX

Présidents d’honneur : Membres d’honneur :

- Roger NOUVEL - Jacqueline de CHAUNAC ( )

- Paul BART

- Robert DIÉ

INFORMATIONS DIVERSES

* Plan d’accès au lieu des conférences et des ateliers :

* Gratuité pour les membres du Carrefour Universitaire pour assister aux conférences de l’Université

du Temps Libre de Périgueux

Le Carrefour universitaire de Sarlat et l’Université du Temps Libre de Périgueux proposent dorénavant la

gratuité à leurs adhérents, sur présentation de leurs cartes de membres de l’une des associations, pour assister aux

conférences de l’une ou l’autre des dites associations.

Le programme de conférences du Carrefour est consultable sur ce Bulletin ; celui de l’Université du Temps

Libre de Périgueux est, quant à lui, consultable sur le site www.utlperigueux.org

* Des tarifs réduits grâce au Carrefour Universitaire

N’oubliez pas que la carte de membre du Carrefour donne droit à des tarifs réduits :

- au Cinéma Rex

- au Centre Culturel.


* En couverture de notre Bulletin du Carrefour

Pour la couverture de ce n° 57, nous avons choisi d’évoquer l’activité de l’atelier Photo en proposant

une image de nos amis Yvette et Jacques CHANTAL : effet de lumière coloré dans l’église de La Charitésur-Loire.

Informations à lire avant toute adhésion à un atelier du Carrefour

L’inscription aux ateliers n’est pas automatique. Chacun se doit donc de régler d’abord sa

cotisation au Carrefour universitaire avant de s’inscrire à un atelier en acquittant le droit

d’inscription correspondant.

- Cotisation au Carrefour universitaire

La cotisation annuelle (30 € pour 2012-2013) correspond à l’adhésion au Carrefour et couvre

l’année universitaire complète (allant de septembre à août de l’année suivante), permettant à chacun

d’être couvert par l’assurance du Carrefour en cas d’accident durant les activités organisées par

l’association.

Toute inscription à un atelier implique la cotisation d’adhésion au Carrefour universitaire.

Par souci d’équité, de conformité aux règles des assurances et de simplification, les

renouvellements de cotisations d’adhésion au Carrefour sont dus pour l’année universitaire complète.

Ce n’est que dans le cas d’une première adhésion faite en cours de l’année universitaire, audelà

du 31 janvier, que l’adhérent ne paye qu’une demi-cotisation.

- Droits d’inscription aux ateliers

Le montant des inscriptions aux ateliers (25 € le premier et 20 € pour les suivants) est dû pour

l’année universitaire complète quelle que soit la date de l’inscription.

Les consignes de sécurité imposées aux utilisateurs des locaux du Colombier restent en

vigueur. Nous devons limiter le nombre d’étudiants dans nos ateliers en fonction de la capacité

d’accueil de chaque salle. En conséquence, le (la) responsable, ou à défaut le correspondant de chaque

atelier, est seul(e) habilité(e) à recevoir les inscriptions des étudiants.

Ces inscriptions sont donc enregistrées au fur et à mesure de leur réception, avec priorité au

renouvellement. Les candidats en surnombre seront inscrits sur une liste d’attente.

- Pour le bon fonctionnement des ateliers

Si, après un premier contact, vous n’avez pas l’intention de revenir dans l’atelier où vous vous

êtes inscrit, il nous serait agréable que vous en préveniez l’animateur afin de pouvoir accueillir un

nouveau candidat en liste d’attente.

S’il vous arrive d’avoir à vous absenter un certain temps, pour des raisons diverses et

personnelles, là aussi, nous vous serions obligés de penser à prévenir l’animateur de votre cours.

Merci de bien vouloir respecter ces quelques prescriptions qui améliorent le bon

fonctionnement et la gestion des ateliers du Carrefour.

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INFORMATIONS CONCERNANT LES ATELIERS

POUR AVOIR DES INFORMATIONS DE DERNIÈRE MINUTE

Les informations données ci-dessous et dans le Tableau d’activités des ateliers, sont celles

transmises par les animateurs et réunies à la date de la mise en forme du Bulletin (juillet 2012). Elles

sont susceptibles de modifications apportées au moment de son impression ou ultérieurement.

Pour avoir connaissance de ces modifications, les personnes intéressées sont invitées à

consulter sur le site du Carrefour universitaire

http ://www.carr-univ-sarlat.fr

* la Gazette du Carrefour

* et les Informations sur les ateliers réactualisées régulièrement.

Atelier CRÉATIVITÉ

N.D.L.R.

L’atelier de créativité vous propose différentes techniques où le savoir-faire et la convivialité sont partagés.

Vous pourrez apprendre ou vous perfectionner au tissage de perles, à la peinture sur bois, à la carterie avec embossage et à la

fabrication de perles en pâte polymère utilisées pour la confection de bijoux ainsi que le Pergamano.

Nous vous attendons également à l’atelier de dentelle aux fuseaux, animé par Mme Y. Morel.

Nous reprendrons nos activités le 25 septembre de 14 h à 16 h 30 dans les salles Jacques Brel et Georges Brassens au

Colombier.

Nous préparons, conjointement avec les ateliers Patchwork et Encadrement, une exposition prévue du 30 mars au 1 er avril

2013 à l’ancien évêché.

À cette occasion, une tombola, avec de nombreux lots, aura lieu au profit d’une association sarladaise.

Atelier SCIENCE

Durant l’année 2011-2012 le Carrefour universitaire s’est enrichi d’un nouvel atelier consacré aux sciences.

Deux professeurs des universités, Serge Jard biologiste et Roland Kleim physicien, ont animé en alternance les

séances hebdomadaires dans les locaux du lycée Pré de Cordy.

Ce sont 16 participants qui ont pu profiter tout au long de l’année de petites conférences privées données par

des intervenants qui ont accepté de mettre leur savoir et leur compétence pédagogique au service de la promotion de la

science.

En lisant des articles dans les revues de vulgarisation où l’explication du journaliste paraît parfois bien

confuse, on mesure les difficultés qu’il y a à communiquer un savoir scientifique à des non-spécialistes.

Le pari était donc risqué et la mise à la portée de chacun de notions souvent complexes, a demandé beaucoup

d’efforts aux animateurs qui ont eu face à eux des participants dont la culture scientifique et les attentes étaient

extrêmement diverses.

Le bilan s’avère pourtant très positif. Il y a eu peu de défections et un groupe motivé s’est constitué pour

poursuivre cette expérience sous une forme plus dynamique. À partir de propositions collectées parmi tous les

membres, un programme précis a été choisi pour le premier semestre de la prochaine année. Toutes les séances seront

placées sous l’autorité morale des deux animateurs, qui restent garants de la rigueur scientifique du contenu, mais

nombre d’entre elles seront animées par des intervenants volontaires faisant partie du groupe.

Ce type de fonctionnement, plus dans l’esprit « atelier », ouvre un éventail de thèmes plus large et devrait

faciliter les échanges autour d’un sujet bien délimité.

Au cours du premier semestre les sujets suivants seront abordés :

Y. E.


Fonctionnement de l’ordinateur.

La transgénèse (OGM, principes, intérêts, dangers….).

Les étoiles et le système solaire.

Le rein.

Les nombres et leur notation de l’Antiquité à nos jours.

La vie dans le désert et dans les océans.

L’énergie nucléaire.

La géologie du karst Périgord-Quercy en rapport avec les recherches de schistes contenant du gaz.

Les couleurs.

Les nanotechnologies.

Les nouveaux matériaux, les nouveaux alliages et leurs utilisations dans l’industrie.

La variété des thèmes résulte des choix des participants, cette année. D’autres seront abordés ou approfondis

au cours du deuxième semestre et résulteront du choix des participants de l’année prochaine, peut-être vous, si vous

décidez de nous rejoindre : l’ambiance est sympathique.

B. S.

Atelier ESPAGNOL

L’année 2011-2012 vient de s’achever pour l’atelier d’espagnol, comme pour les autres ateliers. Cette année a

été animée par le voyage Sur la Route Machadienne de Soria à Collioure, en octobre 2011 et par notre échange

linguistique et culturel avec Logroño en avril-mai 2012. Ainsi :

o du 27 au 29 avril, ce fut le déplacement de Sarlat vers Logroño (nous étions 12), qui est commenté dans

ce bulletin.

o du 25 au 27 mai, ce fut celui de Logroño à Sarlat, pour nos correspondants espagnols (ils étaient 13),

dont vous retrouverez aussi les jolis commentaires sur notre rencontre et, grâce à elle, sur leur ouverture

à de nouveaux horizons, une nouvelle culture, une nouvelle occasion d’échange linguistique.

L’année 2012-2013 verra, dans notre atelier, le retour d’une section pour débutants (voir dans le tableau des

ateliers).

Pour toute première inscription, dans cette section ou dans les autres, téléphoner à Jacqueline Lacombe, au

05.53.28.92.26, dès le 1 er septembre.

Notre rentrée « scolaire » aura lieu le 4 octobre, premier jeudi du mois d’octobre.

LES EXCURSIONS CONTINUENT

Pendant 15 ans, les Chantal se sont mis au service du Carrefour pour organiser, avec la rigueur et le

dévouement que nous leur connaissons, au total 45 sorties. C’est à regret qu’ils ont pris leur retraite. Les excursions

représentent une partie importante de nos activités. On ne pouvait envisager qu’elles cessent brutalement et nous

souhaitions donc que des bonnes volontés se manifestent pour prendre le relais. Les Chantal ont lancé un appel qui,

fort heureusement, a été entendu : Claudie et Jean Émeric Simon ont accepté de prendre cette responsabilité. Nous en

sommes très heureux et nous leur apporterons tout notre soutien pour, comme disaient les Chantal, « de nouvelles

aventures. »

Je souhaite donc que vous soyez nombreux à répondre présents en participant aux excursions qui vous seront

proposées.

La Présidente

Geneviève FEURSTEIN-GARRIGOU

7

J. L.


8 ACTIVITÉS DE NOS

ANGLAIS

ESPAGNOL

FRANÇAIS pour les

Étrangers

INFORMATIQUE

CRÉATIVITÉ

DENTELLES

ENCADREMENT

PATCHWORK

et Travaux d’aiguilles

PHOTOGRAPHIE

RUSSE

SCIENCES

DESSIN

& PEINTURE

AQUARELLE

RESPONSABLES ANIMATEURS - ANIMATRICES

Jacqueline BARON

05.53.59.36.70

brjlespechs@orange.fr

Jacqueline LACOMBE

05.53.28.92.26

Lucette GODET

05.53.28.15.04

Gérard PUMIN

05.53.28.36.92

Claude GENTIL

05.53.59.42.96

Yolande EVRARD

05.53.29.74.99

Claudie DENIS

05.53.28.11.67

Anne-Marie MARCO

05.53.59.12.97

ammarco@orange.fr

Michel MORAND

06.86.40.18.34

Frédérique MAILLE

(B. Aumont 06.81.04.77.79)

Serge JARD 05.53.51.60.49

Roland KLEIM 05.53.29.75.33

Robert GRATTE

05.53.31.08.71

7aprem@gmail.com

Lydie WILLEMSE

05.53.59.51.32

Heather BISHAM – Judy EVANS

Judith JUPP – Jean-Claude RAMBEAU

Rhona SMITH – Yves TARDIVEL

Penny VLIEGER – Ann WHITBOURN

Marie-Jeanine ARMAGNAC 1 er niveau

Christiane RAMBEAU 2 e niveau

Claudine HACHE 3 e niveau

Anne-Marie GOUJON 4 e niveau

Jacqueline LACOMBE 5 e niveau

Françoise BOBIN-ULRICH 6 e niveau

Roland BARON – Marie-Léontine CARCENAC

Mireille FEIGNEUX – Lucette GODET

Patricia LACOMBE

Patrick ALDRIN – Georges BONNET

Georges DUMONT – Claude GENTIL

Gérard PUMIN

Yolande EVRARD

Yveline MOREL (dentelles)

Claudie DENIS

Claude GENTIL

Anne-Marie MARCO

Michel MORAND

Frédérique MAILLE (1 er & 2 e niveaux)

Voir Informations sur les ateliers (p. 8)

Serge JARD (Biologie)

Roland KLEIM (Physique)

Robert GRATTE

Lydie WILLEMSE

NDLR : Les informations portées dans ce tableau correspondent à celles transmises par les animateurs et réunies à la date de mise en forme du bulletin (juillet 2012).


ATELIERS 2012/2013

REMPLAÇANTS LIEUX HORAIRES

Janet DEAN – Elizabeth GIBERT

David JUPP – Susan PIKE

Susan REID – David SMITH

Yvette CALMELS

Christiane ALIZIER

Pierrette LAPEYRONIE

10 personnes maximum

10 personnes maximum

Inscription et début

10 octobre

Inscription et début

6 octobre

Le Colombier

Etage façade sud

Le Colombier

Salle BOISSEL

Salle CASSAS

Salle FAVALELLI

Le Colombier

Salle BOISSEL

Salle CASSAS

Salle FAVALELLI

Collège La BOETIE

Salle D 16

Le Colombier

Salle Jacques BREL

Le Colombier

Salles BREL - BRASSENS

Le Colombier

Salle CASSAS

Le Colombier

Salles BREL - BRASSENS

Le Colombier

Salles BREL - BRASSENS

Lycée Pré de Cordy

Salle E 3

Le Colombier

Salle CASSAS

Le Colombier

Salle CASSAS

Mardi : 10h – 12h débutants

14h15 – 16h15 autres niveaux

Inscriptions : 26 septembre

Début : 2 octobre

Jeudi :

09h30 – 11h30 : niveaux 1,2 et 3

14h15 – 16h15 : niveaux 4, 5 et 6

Inscriptions et début des cours :

4 octobre

Vendredi :

10h – 12h débutants et débrouillés

14h – 16h autres niveaux

Inscriptions : 28 septembre

Début : 5 octobre

Jeudi : 17h – 18h30

Inscriptions et début des cours :

27 septembre

Mardi : 14h – 16h30

Inscriptions et début des cours :

25 septembre

Vendredi : 14h – 16h30

Inscriptions et début des cours :

5 octobre

Lundi : 14h – 16h30

Inscriptions et début des cours :

24 septembre

Vendredi : 09h30 – 11h30

Inscriptions et début des cours :

5 octobre

Lundi : 09h30 – 11h30 (débutants)

Jeudi : 09h30 – 11h30 (avancé)

Début des cours : 1 er octobre

Mardi : 17h – 19h

Inscriptions et début des cours :

2 octobre

Mercredi : 14h – 17h

Tous les 2 e & 4 e mercredi du mois

Jeudi : 10h – 12h

Inscriptions et début des cours :

4 octobre

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EXCURSIONS :

QUINZE ANS D’ENGAGEMENT POUR LE CARREFOUR

Les Chantal l’avaient annoncé, la visite de la Charente, autour de

Rochefort et de l’Ile d’Oléron serait leur dernière excursion. Spontanément les

membres du Carrefour qui, au fil des années, ont été nombreux à participer aux

sorties, ont voulu leur témoigner reconnaissance et amitié. Ce fut, à leur grande

surprise, le 23 mai, lors du repas du soir. Après quelques mots prononcés par

Robert Dié, qui représentait l’assemblée, la remise de cadeaux et d’un

magnifique bouquet de fleurs pour Yvette, Jacques, très ému, a su, même en la

circonstance, conserver ses talents d’orateur et voici ce qu’il nous a dit :

G. F.-G.

Mes chers amis, vous êtes complètement fous ! Nous croulons sous le poids des cadeaux. Vu que notre action

au sein du Carrefour était totalement bénévole permettez-nous d’y voir un témoignage de votre amitié et du plaisir

que vous avez éprouvé à nous suivre dans nos excursions ; nous vous remercions chaleureusement, tous, présents ou

absents.

Nous ne vous abandonnons pas par lassitude ou par recul devant le travail, mais tout simplement parce que

nous avons un tout petit peu vieilli et que nous sommes fatigués. Nous ne voudrions pas entreprendre plus que nous ne

pouvons assumer, nous souhaitons éviter l’année de trop, l’excursion de trop. Ce n’est pas de gaieté de cœur. Vous

vous doutez bien qu’il n’est pas facile de se dire : « J’ai pris un coup de vieux et je ne peux plus faire ceci ou cela ».

A défaut d’avoir un grand avenir nous avons un passé. L’autre jour nous évoquions nos souvenirs d’anciens

combattants : « Tu te souviens à Albi nous avons… et à Cognac… » et nous avons fini par compter. Quinze ans au

service du Carrefour, quarante-cinq excursions… qui ont donné lieu à six conférences, à six ou sept exposés le soir, à

la veillée, dans les hôtels ; nous avons présenté, commenté, une bonne quarantaine de sites ou de monuments. Ceci

pour faire valoir nos droits à la retraite de la retraite.

Donc quinze ans d’engagement pour le Carrefour, quinze ans avec les Chantaux en avant, par nécessité.

Mais… mais derrière il y avait Janvier ; jusqu’à l’an dernier l’ami Janvier Céfaliello a accompli une tâche obscure et

indispensable. Mais derrière, il y avait l’inoxydable Paulette ainsi que François ; comment voulez-vous travailler sans

l’aide et la compréhension des trésoriers ? Mais derrière, il y avait Roger, Paul, Robert et Geneviève ; comment

voulez-vous travailler sans l’appui et sans la confiance des présidents ?

Quinze ans d’engagement pour le Carrefour, mais avec – il faut être lucide et honnête – une bonne dose

d’égoïsme car de ces excursions nous avons reçu un important retour par l’amitié, l’échange, le partage, le plaisir

d’être ensemble. Ces excursions nous ont obligés à visiter, découvrir, approfondir, lire, organiser et même à

réfléchir… c’est pour vous dire. Bref, elles nous ont obligés à aller au fond des choses, à nous bouger au lieu de rester

figés sur notre canapé, et ce fut pour nous très bénéfique.

Quinze ans d’engagement certes, mais rendu possible par l’esprit que nous avons rencontré au Carrefour :

convivialité, amitié, mais au-delà un état d’esprit qui déjoue un peu les lois habituelles de l’humaine condition. En

effet, et ce n’est pas de moi, quand on entreprend quelque chose on dresse immanquablement contre soi tous ceux qui

voudraient faire la même chose sans en avoir le courage, plus tous ceux qui voudraient faire exactement le contraire,

plus l’énorme masse de ceux qui ne font jamais rien. Si nous avons copieusement vécu cela dans notre carrière nous

ne l’avons pas ressenti au Carrefour. Oh, bien sûr, nous avons emmené quelques grincheux ou grincheuses, mais ils

ont vite compris que leur place ne se trouvait pas parmi nous et nous ne les avons plus revus. Au contraire, lorsque

nous déprimions un peu devant un guide douteux, un repas médiocre ou une météo franchement incertaine, c’est vous

qui, conservant votre bonne humeur, veniez nous dire avec sagesse et philosophie : « Ne vous inquiétez pas, ce n’est

pas grave ».

Mes chers amis, Rémy, qui philosophe en conduisant son bus, nous disait lors d’une dernière sortie : « Merci

d’être ce que vous êtes ». Je reprends cette belle formule à notre compte : « Chers amis, vous allez nous manquer ».

Yvette et Jacques CHANTAL


PROGRAMME DES CONFÉRENCES

POUR LE 1 er SEMESTRE DE L’ANNÉE 20122013

Toutes les conférences ont lieu au Colombier, salle Pierre Denoix,

le mercredi à 15 h.

La presse locale – L’Essor Sarladais

et Sud-Ouest - en informera le public.

Mercredi 26 septembre 2012

« L’EAU, SOURCE DE CONFLITS

DANS LE MONDE ? »

par Jean-Pierre BAUDELET, ingénieur géologue diplômé

de l’École normale supérieure de Géologie de Nancy

Le déficit croissant entre le volume des pluies, relativement constant à l’échelle de la planète et

l’augmentation des besoins soulignent l’existence d’une « problématique de l’eau » dont les principales

composantes seront analysées.

La pénurie en eau dans certaines régions peut être à l’origine de litiges, d’intensité évidemment

variables, nommés « hydro conflits », du passé, d’actualité ou à l’état potentiel, concernant les Etats

riverains d’un même bassin fluvial. Les principales causes de ces tensions seront illustrées par des exemples

géographiques précisant les enjeux politico-économiques qui s’y associent, le réchauffement climatique

prévu amplifiant ces problèmes.

Les solutions passent par l’amélioration de la technologie, une meilleure gestion de l’eau et une plus

grande responsabilité des différents consommateurs, mais aussi par la réalisation de grands travaux

hydrauliques qui exigeront la sécurité et la stabilité politique des pays concernés afin de pouvoir bénéficier

des aides financières internationales indispensables.

Synonyme d’élément conflictuel, l’Eau pourrait devenir alors, un facteur fondamental de la

prospérité économique mais aussi de la Paix régionale.

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Mercredi 3 octobre 2012

« L’ORIGINE DU LANGAGE »

par Roger GAY, professeur honoraire à la Faculté de médecine de Limoges,

ancien professeur de réanimation médicale et chef de service au C.H.U. de Limoges

La toute jeune Société de linguistique de Paris interdit en 1866 toute publication sur l’origine du

langage. Ce domaine était considéré comme inaccessible. Ce n’est, que dans les années 1980-1990, que la

conjonction des travaux des archéologues, des anatomistes, des linguistes et des neurobiologistes a permis

des avancées conséquentes.

La verticalisation permanente de nos ancêtres (à partir d’Homo habilis, vers – 2,2 millions d’années)

libère les mains. La latéralisation droite-gauche apparaît ainsi que l’aire de Broca qui sera utilisée plus tard

pour la parole. La position verticale entraîne la descente du larynx. Des espaces de résonance se créent dans

le pharynx, la bouche et le nez. Ils permettront l’articulation du langage.

Homo erectus sera le premier à être ainsi équipé vers – 1,5 million d’années. La fabrication de bifaces

symétriques, la maîtrise du feu vers – 400 000 ans ne sont guère possibles sans, au moins, un langage sans

grammaire, un proto langage. Peu à peu, le cerveau a triplé de volume au profit du cortex cérébral et surtout

des zones frontales. Les sourds-muets utilisent dans le langage des signes les mêmes zones que celles de

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l’expression vocale. Les hommes de Neandertal, à partir de – 250 000 ans ainsi que les Homo sapiens

sapiens anciens à partir de – 180 000 ans disposaient d’une anatomie phonatoire similaire à la nôtre.

Les langues, au sens moderne du terme, sont probablement apparues il y a 80 000 à 60 000 ans en

Afrique. L’articulation des mots pour en faire des phrases a permis l’expression du passé, du futur, du réel,

de l’imaginaire et l’enrichissement de la conscience de soi. Il y a aujourd’hui environ 6 500 langues. La

moitié d’entre elles devraient disparaître avant la fin du siècle, faute de locuteurs.

Le parcours du nouveau-né au jeune enfant (vers quatre ans) retracerait l’évolution des capacités

langagières de nos ancêtres. C’est ainsi que l’on a pu dire que les bébés parlaient préhistorique.

Au total, le langage s’est révélé une arme évolutive redoutable et a permis à l’homme de conquérir le

monde.

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Mercredi 17 octobre 2012

« LE CHANGEMENT CLIMATIQUE :

SES EFFETS SUR LES TRANSPORTS »

par Georges DOBIAS, inspecteur général des Ponts et Chaussées honoraire,

ancien directeur de l’Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité,

expert pour le Conseil National des Ingénieurs et Scientifiques de France

Le changement climatique est un fait accepté par tous les scientifiques, même si son origine reste en

débat, concernant le rôle de l’homme dans cette évolution. L’accroissement des gaz à effets de serre fait

également l’objet d’un constat partagé. Parmi les trois grands secteurs émetteurs, industrie, habitat et

tertiaire, transports, seuls ces derniers continuent d’accroître leur contribution. C’est pourquoi, ils focalisent

une attention particulière de la part des scientifiques et des politiques.

C’est évidemment la voiture et le camion qui sont en cause, en raison de leur utilisation de carburants

d’origine pétrolière. Comment imaginer une civilisation moins dépendante du transport routier ? Les

instances du Grenelle de l’Environnement ont examiné les multiples solutions possibles. Moins de véhicules

avec transfert vers les modes de transports « doux », des véhicules utilisant moins ou pas de produits

pétroliers, un développement des modes collectifs, chemins de fer et transports urbains.

Il n’existe pas de solution unique simple, d’autant plus que beaucoup de pistes envisagées ont un

impact sur notre mode de vie quotidien, la qualité de notre mobilité et en fin de compte sur notre

organisation spatiale (plans d’urbanisme, schémas d’aménagement territorial).

Enfin, il nous faudrait réduire nos émissions de gaz à effets de serre rapidement en les divisant par 4,

alors que nos organisations et nos habitudes de vie n’évoluent que lentement.

Quels peuvent donc être les pistes acceptables socialement et financièrement ? C’est ce que le

conférencier développera.

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Mercredi 21 novembre 2012

« LE CARAVAGE OU LA VIE ROMANESQUE D’UN GÉNIE »

par Michel ROUSSEL, ingénieur CNAM retraité,

diplômé de l’École du Louvre

Moi, Michelangelo Merisi, surnommé "Le Caravage", qui suis-je ?

Déjà, mes contemporains me qualifiaient selon les cas, soit d’être un génie, soit d’être né pour détruire

la peinture.

Ma vie est un roman et j’ai voulu qu’il en soit ainsi sans règle ni contrainte, mais vous en saurez peu

sur elle, je garde mon mystère encore aujourd’hui. En revanche, mon œuvre vous en dira un peu plus, bien

que ma carrière ici-bas fût des plus brèves.

Souvent imité, je peux dire que je ne serai jamais égalé. La modestie n’est pas un trait de mon

caractère. Tel un météore, ma postérité artistique sera brève et, un demi-siècle après ma disparition, on ne


parlera déjà plus de moi et pour longtemps.

Je vous convie, par le truchement d’un de mes admirateurs, à me suivre dans ma vie errante, de Milan

à Rome puis à Naples et en Sicile jusqu’à Malte et à découvrir ce que je fis et qui je fus.

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Mercredi 5 décembre 2012

« LES SUPERSTITIONS, D’AUTREFOIS À AUJOURD’HUI »

par Jean RIGOUSTE, toponymiste,

membre de l’Institut d’Études Occitanes

Superstition : le mot signifie « survivance ». Des croyances et des pratiques issues de religions

anciennes (que les religions « officielles » n’ont pas réussi à faire disparaître) ; ou bien des traditions

culturelles diverses qui ont réussi à survivre… Elles sont souvent très anciennes (savez-vous depuis combien

de millénaires on dit : A vos souhaits à quelqu’un qui éternue ?), mais il s’en crée tout le temps, dans les

milieux les plus divers (la mode, la télévision, la Formule 1…).

Les superstitions, en effet, sont universelles, et on les rencontre dans les endroits les plus inattendus (le

Vatican !) ; mais chacun de nous n’a-t-il pas aussi des croyances « magiques » particulières ?

Face à l’ensemble structuré des religions officielles, les superstitions ont tendance à construire une

sorte de hiérarchie des pouvoirs, avec des rites, des formules, voire des Livres (que l’on pense au fameux

Grand Albert !) qui finissent par créer une image inversée des Églises et des liturgies. La frontière entre

culte officiel et pratiques superstitieuses est d’ailleurs assez mince (il y a eu des curés guérisseurs, et les

« sorciers » emploient souvent des formules et des invocations chrétiennes).

Mais d’où vient la capacité de survie, d’adaptation et de développement de ces croyances ? D’abord,

du besoin de protection, contre les forces et les formes du Mal, dans un monde qui était pour beaucoup

terrible et incompréhensible (d’où les amulettes, porte-bonheur… ou les porte-malheur, à éviter !). Et aussi

du besoin de pouvoir, inhérent à l’homme : pouvoir guérir – ou nuire –, mettre à son service des entités

redoutables ; et savoir : savoir les secrets et les trésors cachés, l’avenir et les destins…

Et si elles sont si répandues aujourd’hui, en notre âge technique, scientifique et rationnel, si même

elles se renouvellent, c’est aussi parce que l’homme a un besoin éternel d’irrationnel et de rêve.

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Mercredi 19 décembre 2012

« L’ABBATIALE DE SAINT-AMAND-DE-COLY

ENTRE TÉMOIGNAGES ET INDICES ARCHÉOLOGIQUES »

par Pierre-Marie BLANC, ingénieur de recherche au CNRS,

responsable de l’équipe « Archéologie du Proche-Orient hellénistique et romain »

ArScAn UMR7041 de Nanterre

La majestueuse église abbatiale de Saint-Amand-de-Coly, connue et admirée de nombreuses manières,

nous permet de revisiter son histoire au travers des vestiges archéologiques que de récentes études ont mises

au jour. Cette documentation variée, mais inégale, autorise néanmoins de nouvelles interprétations que je

voudrais proposer à votre réflexion.

Les débuts de l’histoire de ce monastère demeurent encore parés de l’aura de la légende du saint

fondateur, mais au-delà de l’hagiographie, les stigmates des tranches de construction, les éléments du décor,

en place ou réemployés, les réparations et transformations, sont autant de témoins des différentes périodes

de la vie de ce bâtiment que je vous invite à découvrir ou à relire avec moi.

La perspective de nouvelles études physico-chimiques appliquées à la toiture ou bien encore aux

mortiers de construction sera évoquée pour conclure sur les projets portés par l’Association des Amis de

Saint-Amand-de-Coly.

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Mercredi 9 janvier 2013

« PIERRE-PAUL DE RIQUET ET LE CANAL DU MIDI »

par Claude GÉRARD, ingénieur des Ponts et Chaussées

Entre Garonne et Méditerranée, le canal du Midi, ancien canal royal du Languedoc, a été inscrit au

Patrimoine mondial de l’Humanité en 1996.

Cette reconnaissance universelle d’un ouvrage réalisé il y a plus de trois cents ans mérite que l’on

suive la démarche de son inventeur, Pierre Paul de Riquet, depuis la première esquisse vers 1660 jusqu’à

l’inauguration royale en 1681.

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Mercredi 23 janvier 2013

« LE SARLADAIS LA REYNIE (1759-1807),

PRÊTRE, ÉCRIVAIN, RÉVOLUTIONNAIRE,

PROXÉNÈTE, CAMBRIOLEUR ET SOLDAT »

par Brigitte et Gilles DELLUC,

secrétaire générale et président d’honneur de la S.H.A.P., UMR 7194 du CNRS

Alexandre Dumas a cité un court épisode de la vie de Jean-Baptiste de La Reynie. Il n’est pas allé

plus loin. Quel dommage !

Cet abbé sarladais fut successivement combattant de la guerre d’Indépendance américaine avec La

Fayette, secrétaire de Mgr de Beaumont, archevêque de Paris, homme de lettres, journaliste et pamphlétaire,

héros de la prise de la Bastille, révolutionnaire et compagnon de Beaumarchais, suborneur et proxénète,

farfouilleur impénitent et cambrioleur, soldat de Marine en partance pour les Indes puis combattant à

Jemmapes et en Vendée, indicateur de police, témoin au procès de Marie-Antoinette, suspect de royalisme à

Sarlat, colonel d’état-major, précurseur des commandos Marine au moment du camp de Boulogne et, sous

l’Empire, haut fonctionnaire parisien. Il meurt à l’âge de 48 ans. Que n’eût-il pas fait encore sans ce décès

prématuré ?

Brigitte et Gilles Delluc ont reconstitué, presque jour après jour, en images, l’époustouflante odyssée

de ce Sarladais quasi totalement inconnue et la présentent, en images, sous le titre de « Jean-Baptiste de La

Reynie, prêtre, écrivain, révolutionnaire, proxénète, cambrioleur et soldat ».

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Tuber melanosporum : truffe entière et

coupée, permettant de repérer le péridium

(la peau), les veines blanches et brunes

COMPTES RENDUS DES CONFÉRENCES

(décembre 2011 à mai 2012)

« LA TRUFFE EN PÉRIGORD »

par Michel GENTY,

professeur de géographie à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux III

(Conférence du 14 décembre 2011)

La truffe est un produit emblématique du Périgord. C’est un champignon souterrain qu’on récolte de novembre

à février et qui est vendu sur les marchés à des prix « astronomiques », de l’ordre de 600 à 1200 € le kg. Trois

interrogations majeures ont structuré la présentation de l’exposé :

* la biologie et l’écologie de ce champignon mystérieux,

* l’avènement depuis les années 70 d’une culture « raisonnée » de la truffe avec l’invention de plants

mycorhizés

* une petite géographie des lieux de production et de distribution ainsi que l’inventaire des valorisations de ce

produit exceptionnel.

I - Biologie et écologie de la truffe

La truffe est un champignon qui vit en symbiose avec certains types d’arbres. La truffe ou encore l’ascocarpe

n’est que le « fruit » hivernal produit par le mycélium, filament très fin qui colonise, sous forme de mycorhizes,

certaines racines de l’arbre truffier. Le mycélium de la truffe alimente l’arbre en eau, phosphore, azote et reçoit en

échange divers produits de la photosynthèse – en association symbiotique « donnant-donnant ». Au printemps,

naissent les truffettes qui – pour les survivantes – se développeront avec les orages de fin d’été. Il faut donc neuf

mois pour l’élaboration d’une truffe alors qu’une dizaine de jours suffit pour une poussée de cèpes. En 2010, on a

découvert qu’il fallait deux types de mycélium pour faire naître les truffes... et donc que la truffe avait un « sexe » !

Par ailleurs, l’ensemble arbre / mycélium truffier ne se développe bien que sous certaines conditions écologiques

précises : sols basiques calcaires, climat aux étés chauds, ressources en eau suffisantes. Un programme de recherches

sur les interactions entre le milieu et la truffe, baptisé « Systruf » mobilise des chercheurs d’universités françaises

avec le concours d’Italiens.

En France, la truffe la plus appréciée est la Tuber melanosporum :

elle présente une surface noire externe, appelée péridium, constituée

d’écailles en forme de petites pyramides, dures au toucher.

L’intérieur ou gléba présente un aspect marbré : les veines noires

portent les asques, petits sachets renfermant les spores, les veines blanches,

stériles, sont des canaux par où passent les flux d’échanges entre le

champignon et le milieu ; on pense que la truffe grossit grâce à des filaments

(hyphes) qui puisent leur nourriture dans la terre proche en utilisant

notamment des boulettes fécales laissées par la micro-faune – dont des vers

de terre –. Bien mûre, la truffe exhale des arômes forts et subtils : pas moins

de 80 éléments ont été identifiés dont les plus puissants sont des

diméthysulfures et des aldéhydes.

Parmi les autres variétés de truffe, on peut noter, en France, la brumale

– beaucoup moins appréciée – la truffe d’été (Tuber aestivum), la truffe de Bourgogne (Tuber incinatum) jugées

meilleures. Par ailleurs, en Italie, existe la Tuber magnatum ou truffe blanche d’Alba qu’on trouve sous les peupliers

et qui, très aromatique, atteint des prix trois à quatre fois supérieurs à Tuber melanosporum ! Enfin, ramassée en

Chine, la Tuber indicum arrive en France à bas prix : sans aucun parfum, mais ressemblant à s’y méprendre à la

melanosporum, elle connaît un certain succès auprès d’industriels, voire de restaurateurs.

La culture de la truffe

Longtemps, on s’est contenté de la « cueillette » autour des chênes. Puis, au XIX e siècle, on a semé des glands

provenant d’arbres producteurs, avec, d’ailleurs, un certain succès en Provence et en Périgord. Mais la grande

révolution apparaît dans les années 70 avec la mise au point de plants mycorhizés, sans cesse améliorés ; on plante de

petits arbres dont les racines sont colonisées par le champignon sous forme de mycorhizes. Quels arbres ? Des chênes

pubescents, des chênes verts, des noisetiers, des colurnas ou noisetiers turcs, des pins noirs, des charmes, des tilleuls.

La préférence, actuellement, va aux chênes verts (les 2/3 des nouvelles plantations). Au bout de quelques années (5 à 6

ans pour le chêne vert) des « brûlés » apparaissent autour des arbres, signe que le mycélium truffier est actif.

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Zone « brûlée » au pied

d’un arbre mycorhizé

Diverses méthodes de travail valorisent ces plantations : la méthode de

Pallier, de type arboricole, avec milieu désherbé et même de l’irrigation, la

méthode Tanguy, plus douce, qui laisse les intervalles enherbés qu’on se

contente de faucher ; dans les deux cas, la taille est recommandée pour

amener un maximum de lumière au sol. Ces nouvelles plantations d’arbres

bien alignés contribuent heureusement à la diversité des paysages des

campagnes périgourdines, gagnées trop souvent par des friches et de maigres

forêts. Toutes ces plantations peuvent être subventionnées par les

Départements et les Régions et la trufficulture s’étend sur les coteaux

calcaires.

III - Que fait-on des truffes ?

Et d’abord, comment les récolte-t-on ?

L’utilisation des truies, au flair exceptionnel et au goût prononcé pour le champignon n’est plus

qu’anecdotique : c’est le chien qui a toutes les faveurs des « caveurs », les chercheurs de truffes. Si nombre de chiens

peuvent être dressés, l’espèce la plus appréciée aujourd’hui est le lagotto romagnolo ou chien d’eau de la Romagne.

En l’absence de chien, on peut aussi chercher la truffe à la mouche : muni d’une baguette, le chercheur balaie le

brûlis pour effrayer, s’il y a lieu, une variété de mouche qui pond précisément au-dessus des truffes mûres pour que

ses larves puissent ensuite s’en nourrir : il suffit alors de creuser à l’endroit où la mouche s’est posée, de vérifier si la

terre sent… et de ramasser la truffe : la méthode est certes passionnante mais exige de la patience !

La production annuelle de truffes en France est passée de 1 500 tonnes vers 1880 à 50 / 80 tonnes actuellement.

En Dordogne, l’évolution est la même : d’une centaine de tonnes, la collecte est, bon an, mal an, de 5 à 8 tonnes. La

distribution s’opère sur des marchés rigoureusement contrôlés comme celui de Sainte-Alvère où tous les apports sont

analysés (odeur, canifage) avant d’être classés par catégories et offerts aux acheteurs avec tous les garants de qualité.

Une dizaine de marchés quadrillent le département (ce qui correspond aux zones calcaires de production). La

Dordogne, avec ses 1 500 adhérents aux syndicats de trufficulteurs, sans compter les autres producteurs, fait figure de

terroir de convivialité et d’épicurisme.

La valorisation gastronomique des truffes ne sera qu’évoquée pour ne pas alourdir le compte rendu. Il faut

savoir que les arômes de la truffe sont piégés par les corps gras. Parmi les plats les plus appréciés, citons les toasts au

beurre de truffe, les œufs brouillés, le marbré de foie mi-cuit, les coquilles Saint-Jacques, le brie à la truffe... Le prix

élevé de la matière première a un peu réduit les ambitions des cuisiniers : la dinde demi-deuil nécessitant au début du

siècle dernier 5 bonnes livres de truffes, dans les années 70 (voir le livre de Jean Rebière) en demandait 300 g. Et,

aujourd’hui, on conseille d’utiliser quelques « pépites », en fait des brisures et de petits morceaux.

La truffe, au parfum suave et très puissant est-elle aphrodisiaque ? Brillat-Savarin a écrit qu’elle rendait les

femmes plus tendres et les hommes plus aimables. Peut-être… Toujours est-il qu’elle reste un symbole de luxe et de

volupté.

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« LE PETIT PATRIMOINE BÂTI EN PÉRIGORD NOIR :

CABANES EN PIERRE SÈCHE ET PIGEONNIERS»

par Guy BOYER, professeur chef de travaux en retraite,

vice-président de La Pierre Angulaire, responsable de l’antenne de Carlux,

et Michel CHANAUD, professeur de dessin technique en retraite

(Conférence du 11 janvier 2012)

Les cabanes en pierre sèche

Dès que l’on s’intéresse de près aux constructions qui font le charme de nos villages, de nos fermes et de nos

paysages ruraux, on découvre une architecture utilitaire, inventive, variée, d’un charme parfois désuet mais non

dépourvu de sens artistique et de poésie.

M. G.


Complètement délaissés à partir du début du siècle dernier au nom du

modernisme et de la productivité, ces témoins du peuple de nos campagnes,

ces repères d’une civilisation proche mais oubliée, sont en voie de

disparition lente mais inexorable.

Depuis la moitié du XX e siècle, des spécialistes éclairés, des

associations, ont mis en valeur ce petit patrimoine auprès des habitants et des

élus grâce aux inventaires, aux restaurations et aux sauvegardes, sortant ces

ouvrages d’un oubli certain.

Guy Boyer et Michel Chanaud, en partageant leurs passions d’étude,

de recherche et de découverte ont apporté une pierre de plus à la

connaissance et la protection durable de cet environnement, élaboré avec passion par des générations de « terriens »

qui aspiraient à une vie meilleure.

Au travers de multiples exemples, Guy Boyer nous fait découvrir

l’architecture de pierre sèche, et plus particulièrement les cabanes du Périgord

Noir.

L’exposé porte sur leur origine historique (et les idées fausses qui y

sont parfois attachées), le nom donné à ces constructions, les techniques de

construction, les matériaux utilisés, les différentes formes qu’elles peuvent

prendre, leur utilité, les causes de leur disparition progressive, leur

restauration. Ces propos sont illustrés par des photos et des dessins

représentatifs de ce « petit » patrimoine local.

La Pierre Angulaire est une association loi de 1901 qui a pour vocation la réalisation de dossiers d’inventaire du

petit patrimoine rural bâti du Périgord en partenariat avec le conseil général de la Dordogne et avec le soutien

technique du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement (CAUE). Elle couvre tout le département de la

Dordogne. Son siège social se trouve à la mairie du domicile du président (actuellement Périgueux, domicile de

Catherine Schunck, présidente).

Par ailleurs, un dossier constitué sur l’une des nombreuses cabanes qui ont été inventoriées sur la commune de

Veyrignac et destiné à La Pierre Angulaire a été feuilleté pour montrer la diversité de son contenu : géolocalisation,

cadastre, descriptions iconographiques et littérales, historique ...

Les pigeonniers

La domestication avérée des pigeons a commencé sur le pourtour de la Méditerranée : Assyrie, Égypte

ancienne, Byzance, Grèce il y a environ 7 000 ans…

Amenée par les Romains puis par les Croisés, elle a été plus tardive en France où on ne trouve pas de

pigeonniers antérieurs au Moyen Age. Par contre, on en dénombrait environ 42 000 au XVII e siècle et il y a eu

beaucoup de constructions aux XVIII e et XIX e siècles.

Les pigeons bisets qui avaient les falaises pour habitat naturel ont été domestiqués ; les pigeons ramiers

(palombes) qui nichent dans les arbres sont restés sauvages.

Autrefois, les pigeons avaient une réelle utilité. La plus importante était la qualité fertilisante de leur fiente,

désignée sous le nom plus poétique de colombine (celle des oiseaux de mer qui fut importée au XIX e siècle

d’Amérique du Sud était appelée guano). De plus, les pigeonneaux fournissaient une chair appréciée, les pigeons dits

« voyageurs » servaient de messagers, certains de leurs organes ou leur fiente étaient employés en médecine (troubles

oculaires et fièvres malignes) et en cosmétologie ! Accessoirement ils servaient au dressage des faucons à la chasse.

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G. B.


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Dans les pays de droit coutumier (au nord d’une ligne Oléron / lac Léman), le droit de posséder un colombier

était un privilège seigneurial, étendu aux abbayes. Dans les pays de langue d’Oc, soumis au droit écrit (droit romain),

la possession d’un pigeonnier était plus commune car simplement subordonnée à la possession de suffisamment de

terres pour que les pigeons puissent se nourrir sans aller piller les cultures des voisins.

Les ravages causés par les pigeons lors des semailles et des récoltes sont un des

griefs qui reviennent souvent dans les cahiers de doléances de 1789. Après la Révolution,

l’abolition des privilèges, dont celui de colombier, a autorisé une floraison de

constructions.

La fonction principale des pigeonniers est de permettre l’élevage des pigeons dans

de bonnes conditions de sécurité, de confort et d’hygiène, et éventuellement de servir

d’annexes utilitaires. Ils avaient aussi une fonction symbolique forte car leur présence

permettait aux seigneurs d’afficher leur rang et l’étendue de leur richesse.

Depuis quelques décennies, leur nombre est en décroissance constante par manque

d’entretien. La cause principale a été l’apparition des engrais chimiques qui ont dévalorisé

la colombine.

On emploie communément les mots « colombier » et « pigeonnier » ; que

désignent-ils exactement ?

- Un « colombier » est « à pied », c’est-à-dire avec des nids sur toute sa

hauteur. Il est toujours isolé et destiné uniquement à l’élevage des pigeons. Il est d’essence noble ou

religieuse.

- « Pigeonnier » est le nom générique pour un bâtiment dont une partie seulement est utilisée pour les

pigeons, pas nécessairement isolé et qui a d’autres usages (remise, fenil, garde pile, fournil, puits,

etc.).On trouve aussi parfois des appellations plus rares :

- Le mot «fuie» (ou fuye) a un sens variable suivant les régions : volière en pays de droit coutumier ou

colombier à pied en pays de droit écrit ainsi que la Bretagne et la région de Blois,

- Un «volet » est un pigeonnier de grenier, dit aussi « de laboureur ».

Les détails qui permettent de savoir si un bâtiment est un pigeonnier sont :

- les passages (trous d’envol, lucarne, lanternon, plages d’envol),

- les protections (randière, pilier, capel, saut de rat, enduits),

- l’aménagement intérieur (boulins, échelle tournante, « trou d’enfer » pour recueillir la colombine de

façon rationnelle),

- accessoirement, les épis de faîtage.

Pour décrire un pigeonnier, on peut commencer par sa forme extérieure générale :

- à base circulaire (généralement plus anciens).

- à base carrée.

- à base polygonale supérieure à 4 cotés (hexagonaux ou octogonaux essentiellement).

- il y a bien sûr des pigeonniers de forme atypique ou rare : troglodytiques, formes composites, ou

comme dans notre région, les modestes pigeonniers-cabanes.

On peut ensuite faire état de sa disposition par rapport aux bâtiments :

- Isolé : sa position dans l’environnement et son orientation par rapport au soleil et aux vents dominants

sont choisies avec soin.

- Attenant ou accolé à d’autres bâtiments, intégré (de grenier, de toiture, tourelle d’angle, en

encorbellement, balet…).


Des compléments peuvent préciser son implantation au sol (pigeonnier sur piliers, pigeonnier sur arcades,

pigeonnier-porche) ou la forme de sa toiture (pied-de-mulet, régional typique : comme Castrais, Gaillacois, à oculus,

etc.)

En conclusion, notre Périgord Noir regorge de ces petits trésors architecturaux et en présente une variété

importante. René Deuscher en a recensé 640 et cet inventaire s’accroît régulièrement.

M. C.

L’enlèvement d’Europe. Métope

du temple de Sélinonte (Sicile)

VI e siècle av. J.-C.

(Musée de Palerme)

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« EUROPE : MYTHOLOGIE, ART, HISTOIRES »

par Robert DIE, président d’honneur du Carrefour universitaire

(Conférence du 25 janvier 2012)

L’Europe, c’est d’abord un nom, le nom d’un continent ; c’est aussi plus souvent le nom d’un ensemble

économique et politique établi sur une large partie de ce continent ; ce nom nous apparaît si familier que nous ne

ressentons pas le besoin de nous interroger sur son origine, et pourtant il y a là une matière riche aux multiples aspects.

Le cheminement à travers Mythologie, Art et Histoire d’Europe sera facilité par l’existence d’une iconographie

abondante et de nombreux textes.

I – Mythologie

L’étymologie du mot Europe est en débat mais dans tous les cas on retrouve le nom propre de divers

personnages féminins très présents dans la mythologie grecque ; ce peut être une des Néréides comme le sont

également Asia et Libya. Mais la plus célèbre de toutes ces étymologies, celle que l’histoire a retenue, en priorité,

celle qui servira de fil conducteur à cet exposé, c’est Europe la princesse phénicienne, fille d’Agénor, au destin de

star !

Ce souverain phénicien Agénor règne il y a environ 3 000 ans, à Tyr sur la côte libanaise ; il est fils de

Poséidon et fier de sa descendance, trois fils : Cadmos, Phoenix et Cilix, et une fille superbe et chérie : Europe.

En ces temps où grande histoire, petite histoire et mythologie font bon ménage, c’est Zeus, lui-même, le tout

puissant Roi des Dieux de l’Olympe, qui pour conquérir la belle asiate et échapper au regard de Héra son épouse

jalouse, va user d’un de ces stratagèmes qui lui sont familiers : à savoir, prendre une apparence animale.

Non loin de la plage qu’Europe et ses compagnes parcourent, un taureau au regard doux à l’air calme parvient

à gagner la confiance de la jeune princesse. Celle-ci loin d’imaginer le piège tendu accorde des caresses à Zeus-entaureau,

elle finit par monter sur son dos… Il l’emporte sur les flots, s’éloigne rapidement et parvient ainsi jusqu’en

Crète… et à ses fins !

Europe enfantera trois fils dont Minos qui deviendra le sanguinaire roi de l’île, épousera Pasiphaé qui

s’éprendra à son tour d’un taureau et donnera naissance au Minotaure.

Cadmos à la recherche de sa sœur Europe fondera une nouvelle cité :

Thèbes, et sera le propagandiste de l’alphabet inventé par les Phéniciens auquel

succéderont, l’alphabet grec puis le nôtre.

souvent emprunts de poésie.

II – Art

Mosaïques, peintures, sculptures, poésies, il n’est pas un musée, il n’est pas

une bibliothèque où, au détour d’une salle, d’un recueil on ne rencontre la princesse

de Tyr chevauchant un beau taureau blanc.

L’enlèvement d’Europe peut, ainsi, servir de fil conducteur, d’illustration à

l’histoire de l’art occidental et dans une moindre mesure à celle de la poésie.

1 – Du VI e siècle av. J.-C. au IV e siècle

Les représentations de l’enlèvement d’Europe sont innombrables : bas-relief

de Palerme, terre cuite de Béotie, tanagra, vases ou gobelets, peinture de la maison

de Jason à Pompéi et surtout mosaïques : Palestrina dans le Latium, pavement de la

villa romaine de Lullingstone dans le Kent, Byblos au plus près du lieu de

l’enlèvement.

Les nombreux textes des auteurs grecs et latins, Moschos, Lucien, Horace,

Ovide, contribuent à la codification du mythe, à sa diffusion en des termes le plus

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Dans le premier millénaire, le christianisme tout en conservant la nostalgie de l’Empire Romain, rejette peu à

peu toutes les mythologies antiques. Europe est oubliée. C’est seulement à partir du XIII e siècle que réapparaîtra la

princesse phénicienne dans des textes ou dans l’iconographie.

2 – Du XIII e au XVIII e siècle

Ovide qui avait été le principal propagateur du mythe d’Europe au cours de l’Antiquité, bien oublié, est

redécouvert au XIV e siècle dans un Ovide moralisé qui nous donne une vision chrétienne du mythe antique.

Les nombreuses rééditions de cet ouvrage sont souvent illustrées de scènes naïves de cette nouvelle Europe

princesse au visage de vierge, celle qui en même temps inspirera Averlino le Filrète, Liberale da Verona ou Dürer.

Plus tard d’autres artistes reviendront à des représentations du mythe dans sa réalité originelle : le Titien,

Véronèse, Hendrick van Balen, Francesco Albani, Rembrandt, Jacob Jordaens, parmi d’autres, peindront « leur »

enlèvement d’Europe. Au XVIII e siècle, de très nombreux peintres se livreront à l’exercice quasi obligé, ainsi, Noël

Nicolas Coypel, Francesco Zuccarelli, François Boucher.

Du Bellay, Ronsard, et plus près de nous André Chénier, parmi d’autres, tomberont sous le charme de la belle

et nous le diront.

3 – Du XIX e siècle à nos jours

Du XIX e siècle à nos jours, l’intérêt pour le couple princesse-taureau, dans tous les arts, ne faiblit pas : Arthur

Rimbaud l’évoquera dans l’enthousiasme de ses 16 ans en une scène

mythologique, entre violence et érotisme.

Sur la toile sous les signatures de Géricault, Ingres, Gustave Moreau,

Félix Vallotton, Valentin Serov, Bonnard, Matisse, Salvador Dali, des

enlèvements d’Europe sont présents dans les musées du monde entier.

Ici il faut citer Max Beckmann (1884-1950) qui réalise en 1933 une

œuvre particulièrement forte, au moment de la prise de pouvoir et des

premières persécutions nazies ; le peintre y exprime une opposition

dramatique entre un taureau agressif couleur de chemises brunes et une

pauvre Europe, à moitié morte, terrorisée, enroulée sur son dos avec au bras

L’enlèvement d’Europe

vu par Max Beckmann (1933)

un bandeau jaune prémonitoire de catastrophes.

III – HISTOIRE ou histoires

Pour bien comprendre le sens d’un mythe, il faut le suivre tout au long de son évolution, en tenant compte des

strates qui se sont déposées au cours du temps, comme un millefeuille de l’histoire globale de l’humanité.

Europe n’est, dans le monde connu des Grecs, qu’un cas particulier de femme chevauchant un taureau et cette

représentation symbolique se réfère à un culte qui remonte aux plus hautes époques néolithiques (8 000 av. J.-C.). On

évoque souvent une « première culture », dans laquelle le divin est féminin et maîtrise la force de l’animal puissant et

fécondant.

Plus tard, vers la fin de l’Âge du Bronze, le féminin divin disparaîtra peu à peu laissant la place aux Dieux

guerriers et aux mâles à la virilité conquérante.

L’enlèvement d’Europe est ainsi l’illustration d’un des plus grands bouleversements de l’histoire des rapports

entre le masculin et le féminin dont les effets domineront jusqu’à des temps bien proches de notre époque.

1 - D’Europe à l’Europe, du mythe au continent

La définition géographique de l’Europe est loin d’être claire pour les Anciens ;

quant à parler de continent à cette époque ce serait anachronique. Une des premières

références écrite à une région ainsi dénommée apparaît dans l’Hymne homérique à

Apollon (fin du VIII e s. av. J.-C). Dans ce texte, on évoque avec peu de précision, une

aire géographique très réduite.

Quelques siècles plus tard pour Hérodote, puis pour Hippocrate, l’Europe

devient une des trois grandes régions du monde connu.

La culture chrétienne a prolongé la tradition géographique de l’Antiquité, mais

les cartes réalistes sont souvent abandonnées au profit d’une cosmographie

religieuse dans laquelle les trois fils de Noé ont reçu en partage les trois parties du

monde en lieu et place d’Europa, Asia et Libya.

2 - Visions d’Histoire et tentatives d’Europe

Europe ornant les cornes du

taureau avant d’être enlevée.


Il existe plusieurs modèles de division du monde en continents mais c’est l’histoire qui a imposé le découpage

le plus usité du monde en 6 continents : Europe, Asie, Afrique, Amérique, Océanie et Antarctique. Pour nous,

Européens, notre histoire est jalonnée de tentatives multiples et variées visant à faire coïncider des constructions

géopolitiques ou culturelles avec tout ou partie d’un ensemble de territoires allant de l’Atlantique à l’Oural.

Entre le monde antique et notre Europe des 27, on ne peut qu’évoquer quelques étapes qui sont autant d’images

ou de tentatives d’Europe :

Les royaumes barbares au V e siècle, Charlemagne qui refait l’unité perdue aux VIII e -X e siècles, les Ottomans

ou une option musulmane aux XIII e -XVII e siècles, l’Europe déchirée aux XIX e -XX e siècles : l’Europe de Napoléon, le

grand Reich de 1942 et l’Europe selon Staline. Enfin la construction depuis 1958 de l’Europe des 27 d’aujourd’hui

et… à suivre ? Peut-être, se souvenant de la vision de Victor Hugo telle qu’il l’exprimait dans son message de la paix,

au congrès de Lugano en 1872 : … Nous aurons ces grands Etats-Unis d’Europe, … nous aurons la patrie sans

frontière … le courage sans le combat, la justice sans l’échafaud…, la vérité sans le dogme…, Dieu sans le prêtre, le

ciel sans l’enfer, l’amour sans la haine…

Tout avait commencé entre les rivages de Syrie et l’île de Crète sous le règne d’Agénor avec une belle

princesse : Europe et il a fallu environ 3 000 ans, pour que nous nous retrouvions bien plus au nord, quelque part

entre Bruxelles et Strasbourg, pour parler … de l’avenir notre continent, l’Europe.

R. D.

Chez les mammifères, le cortex

très développé (2) recouvre l'ensemble

des autres structures cérébrales

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« LE SARLADAIS LA REYNIE (1759-1807), PRÊTRE, ÉCRIVAIN,

RÉVOLUTIONNAIRE, PROXÉNÈTE, CAMBRIOLEUR, ET SOLDAT »

par Brigitte et Gilles DELLUC, historiens

La conférence, qui a dû être annulée en accord avec les conférenciers,

en raison des conditions météorologiques, ce 8 février 2012, sera reprogrammée ultérieurement.

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« LE CERVEAU ET LE TEMPS »

par André CALAS, professeur émérite de physiologie de l’université Victor Ségalen de Bordeaux,

professeur à l’université Pierre et Marie Curie, président de la Société de Biologie,

ancien professeur de physiologie à l’université Paris VI,

ancien directeur de l’Institut de neurosciences de Paris VI

(Conférence du 7 mars 2012)

En rapprochant les contenus sémantiques des mots cerveau et temps, André Calas construit un exposé qui lui

permet d’évoquer les principaux aspects du développement du cerveau et des progrès récents des neurosciences et des

sciences cognitives.

La phylogenèse du système nerveux qui décrit son évolution au cours du « temps de l’évolution », met en

évidence une complexification progressive et surtout une céphalisation qui aboutit chez les espèces les plus évoluées

au développement d’un cortex cérébral qui recouvre l’ensemble des autres structures nerveuses.

L’analyse de plus en plus précise des étapes du développement du

cerveau, c’est-à-dire son ontogenèse, satisfait l’adage selon lequel

l’ontogenèse récapitule la phylogenèse. L’étape initiale et très précoce en est

la formation à partir de la plaque neurale, structure d’origine de l’ensemble

du système nerveux, d’une gouttière puis d’un tube neural dont la partie la

plus antérieure correspondant au cortex est l’objet d’un développement

particulièrement important. A ce propos, André Calas évoque une découverte

très éclairante des dernières décennies, celle d’un groupe de gènes qualifiés

d’homéogènes. Les homéogènes codent pour la synthèse de facteurs de

transcription. Ces facteurs de transcription sont des protéines qui, en se fixant

sur l’ADN, en amont des séquences transcrites d’un ensemble d’autres gènes,

vont contrôler leur traduction et permettre une expression coordonnée et

géographiquement localisée des protéines constitutives des différentes parties

du système nerveux.

21


22

Les divisions cellulaires qui opèrent au cours du développement embryonnaire dans les différentes parties du

système nerveux s’arrêtent pour l’essentiel à la naissance. Par contre se poursuivent après la naissance et pendant toute

la durée de la vie la mise en place de réseaux ou de circuits qui résultent de l’établissement et de la stabilisation de

contacts synaptiques entre neurones constitutifs. La stabilisation d’un réseau neuronal dépend d’un grand nombre de

facteurs de croissance et semble directement lié à son fonctionnement. Le dogme du non renouvellement des

populations neuronales s’est effondré dans un passé récent par la démonstration de la présence dans certaines zones du

système nerveux et en particulier au niveau de l’hippocampe qui joue un rôle essentiel dans les processus de

mémorisation de cellules souche capables de se diviser et de s’intégrer dans des réseaux existants.

Dans la dernière partie de sa conférence, André Calas évoque sous le vocable de temps cyclique l’existence de

rythmes qui ponctuent l’activité des organismes : rythmes courts comme les rythmes cardiaques ou respiratoires,

rythmes beaucoup plus longs comme les cycles menstruels voire les cycles saisonniers et annuels et surtout les

rythmes les plus prégnants que sont les rythmes circadiens liés à l’alternance jour-nuit.

A la question « les rythmes circadiens sont-ils une propriété intrinsèque de l’organisme ou sont-ils entièrement

déterminés par des paramètres de l’environnement ? » L’expérience apporte une réponse claire. Les études amorcées

par Michel Sifre qui consistaient à se placer au fond d’une grotte dans un environnement constant sans référence

possible à l’alternance jour-nuit montrent la persistance d’un rythme veille-sommeil dont la période initiale de 24

heures augmente progressivement pour se stabiliser à une valeur proche de 25 heures. Se trouve ainsi démontrée

l’existence d’un rythme endogène. L’expérience reproduite chez des rongeurs confirme cette conclusion. Chez ces

animaux la destruction d’une infime partie du cerveau, le noyau suprachiasmatique abolit les rythmes circadiens.

Une greffe de noyau suprachiasmatique rétablit les rythmes. Enfin maintenu en culture, le noyau suprachiasmatique a

une activité qui suit un rythme proche du rythme circadien de 24 heures.

L’origine de cette rythmicité endogène est maintenant bien comprise. Elle met en jeu un mécanisme de rétro

inhibition. Deux gènes très conservés au cours de l’évolution, les gènes per et cry assurent la synthèse de protéines

qui sont des inhibiteurs de leur propre production. La destruction métabolique progressive de ces protéines inhibitrices

lève l’inhibition et un nouveau cycle est initié. Le calage de l’horloge biologique sur le cycle jour-nuit est assuré par

des cellules photosensibles de la rétine reliées au noyau suprachiasmatique. Les gènes horloge per et cry sont exprimés

dans de nombreux tissus dont l’activité suit un rythme circadien.

La synchronisation de l’ensemble de ces horloges est assurée par le noyau suprachiasmatique soit directement

par voie nerveuse, soit indirectement par l’intermédiaire d’hormones dont la production est elle-même régulée par le

noyau suprachiasmatique. L’une de ces hormones joue un rôle particulièrement important, la mélatonine produite par

une petite glande située à la base du cerveau, l’épiphyse ou glande pinéale dont Descartes faisait le siège de l’âme.

La mélatonine est produite pendant la nuit et donc en plus grande quantité en période de jours courts. La mélatonine

participe de ce fait au contrôle d’activités saisonnières comme les cycles reproducteurs chez beaucoup de

mammifères.

Dans un registre complètement différent, André Calas traite de l’influence du cerveau sur le temps ; du fait de

la perception consciente du temps ou encore du temps ressenti. La notion de durée d’une période de temps vécue

dépend largement de l’attention portée aux stimulations sensorielles extérieures. Un trajet inconnu comportant

beaucoup de sollicitations sensorielles paraîtra plus long qu’un trajet retour pendant lequel les mêmes sollicitations

seront rapidement identifiées comme connues. L’enfant soumis à une multitude d’expériences sensorielles, à une

perception d’un temps qui s’écoule lentement, n’acquerra que tardivement la notion d’anticipation. À l’inverse, chez

le sujet âgé, le temps paraît souvent s’écouler rapidement et le passé occupe une part importante de l’espace mental.

Saint Augustin évoque

sa perception personnelle du temps

André Calas termine sa conférence sur le constat que le temps n’est nulle part

ailleurs que dans l’esprit des hommes. Il s’appuie sur l’analyse qu’en fait Saint

Augustin : Le temps n’a pas lieu d’être puisque le passé n’est plus, l’avenir n’est pas

encore et le présent est cet instant infinitésimal immédiatement retourné au néant. Le

temps n’a pas de réalité objective que celle que lui confère la conscience : par la

mémoire le passé, par l’attente l’avenir et par l’attention le présent.

Une fois encore, André CALAS a su passionner son auditoire. L’expression

demeure claire et précise même lorsque sont abordées des notions difficiles. Nul doute

que chacun sera reparti avec les éléments d’une réflexion sur sa propre perception du

temps.

S. J.


« INVENTONS LE FUTUR

OU LE DERNIER DÉFI DE LA FAMILLE PICCARD :

VOLER LA NUIT AVEC LE SOLEIL »

par Michel BOULERNE, ancien directeur général du Groupe Solvay

(Conférence du 21 mars 2012)

On connaissait les dynasties royales et les sagas financières, mais jamais encore dans l’Histoire une seule

famille n’avait autant marqué le monde de l’exploration qu’Auguste, Jacques et Bertrand Piccard. Dans cette famille,

on invente et on explore depuis trois générations. Comme le note judicieusement l’écrivain Jacques Lacarrière : « A

eux trois, ils rassemblent les rêves les plus fous de l’homme, devenir poisson ou oiseau ». Mais le plus fou c’est qu’ils

ont su changer le rêve en réalité.

La conquête de la stratosphère et des abysses, le premier tour du monde en ballon sans escale, la

démonstration du premier vol perpétuel sans énergie fossile, voilà de quoi pérenniser la légende du capitaine Némo et

de Philéas Fogg.

Trois générations de Piccard :

Auguste, (1884-1962) le grand-père, un savant explorateur, un enseignant chercheur,

un philosophe, un modèle pour Hergé. Son nom reste attaché à l’exploration de la

verticalité : ballon à hydrogène pour la stratosphère et bathyscaphe pour les fosses

marines. C’est en 1944 qu’Hergé, inspiré par Auguste Piccard, crée le personnage du

professeur Tryphon Tournesol dans le Trésor de Rackam le Rouge. Ce qui a fait dire à

son petit-fils Bertrand : « C’est la stratosphère qui a fait entrer mon grand-père dans

l’histoire et les albums de Tintin qui l’ont fait entrer dans la légende ».

Jacques, (1922-2008) le père, océanographe diplômé d’économie, d’histoire et de

physique. C’est lui qui a exploré les profondeurs abyssales (- 10 916 m) de la fosse des

Mariannes, au nord de la Nouvelle Guinée. Il a également travaillé à la réalisation du

module lunaire du programme Apollo.

Bertrand, (1958 - ) le fils, passionné par le vol sous toutes ses formes, psychiatre et

psychothérapeute, spécialiste de l’hypnose. Les pôles, les continents, l’espace et les

abysses avaient été explorés, mais le ballon, bien qu’inventé en 1783, n’avait pas

encore fait le tour de la terre. Il restait donc une page blanche à écrire dans les livres

d’histoire. C’est lui qui en 1999 réalise le tour de la terre en ballon sans escale, à bord

de Breitling Orbiter 3. A son atterrissage en Egypte après son tour du monde en ballon,

il a déclaré : « Nous venons de faire le tour du monde avec 3,7 tonnes de propane !

Mon prochain tour du monde se fera sans un gramme d’énergie fossile ».

C’est ainsi qu’est né ce rêve fou qui deviendra réalité après 10 ans de travail de pionniers : un avion solaire,

capable de voler indéfiniment, de jour comme de nuit, du décollage à l’atterrissage, sans énergie fossile.

C’est le projet Solar Impulse !

Nous sommes tous concernés par notre totale dépendance aux énergies fossiles, par la surconsommation de

nos réserves naturelles, par la surproduction et les émissions de CO2.

Ce projet n’a pas pour objet de transporter à terme des passagers au-dessus de l’Atlantique, mais de démontrer

le potentiel des énergies renouvelables et celui des technologies existantes.

Le Solar Impulse n’est pas le premier avion solaire imaginé par l’homme, mais il est le plus ambitieux. Aucun

de ses prédécesseurs n’a en effet réussi à passer une nuit en vol.

Solar Impulse est un avion de la taille d’un Airbus 340 (65 m d’envergure), avec 200 m² de surface d’aile

portant 12 000 cellules solaires, pesant le poids d’une voiture (1 600 kg) et ayant la puissance d’un scooter (40 cv).

Le premier prototype est né grâce à :

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24

- 2 hommes d’exception : Bertrand Piccard l’initiateur du projet à la vision avant-gardiste et André

Borschberg l’entrepreneur manager,

- Une équipe de plus de 50 spécialistes aux expériences exceptionnelles,

- Le soutien de plus de 80 partenaires.

En juillet 2010, ce prototype a volé 26 h, sans un gramme d’énergie autre que l’énergie solaire, démontrant la

faisabilité du vol perpétuel.

En mai 2011, invité d’honneur du Salon International Aéronautique du Bourget, il a été vu par 350 000

visiteurs.

Le nouveau prototype, en cours de construction volera en 2013 et fera le tour du monde en 2014.

Le ballon du tour du monde

(Photo coll. Breitling)

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Solar Impulse

(Photo coll. particulière)

« LA PLACE DE L’HOMME

DANS LA DÉMARCHE SCIENTIFIQUE DES SCIENCES DE L’ÉVOLUTION »

par Guillaume LECOINTRE,

directeur du département « Systématique et évolution »

au Muséum d’histoire naturelle de Paris

(Conférence du 4 avril 2012)

Notre culture considère l’humain comme la perfection parmi les organismes vivants. Cette attitude provient

d’une longue histoire, ancrée bien avant que les sciences biologiques, paléontologiques et anthropologiques ne

prennent leur autonomie politique. Mais les habitudes persistent. Même à une époque où les sciences biologiques sont

autonomes, nous sommes passés d’un corps humain « parfait » parce que créé de la main de Dieu à son image, à un

corps « parfait » du point de vue de son fonctionnement ou de son adaptation.

En premier lieu, les sciences médicales, très puissantes en France du point de vue symbolique, institutionnel et

économique, se sont développées en dehors de la théorie générale de la biologie qu’est la Théorie de l’évolution.

Tant et si bien que le corps humain est considéré comme s’il avait été construit par un ingénieur. On s’intéresse

presque exclusivement au « comment ça marche » et très peu au « d’où ça vient » (en termes historiques). Quand « ça

marche pas bien », c’est une maladie.

En second lieu, même si l’on consent à analyser le corps humain du point de vue de son histoire biologique, le

discours adaptationniste du milieu du XX e siècle n’a rien arrangé. En effet, ce discours rend au corps humain une

sorte de perfection adaptative. Il atomise l’organisme et cherche une cause bénéfique à toute structure prise isolément.

Stephen Jay Gould, célèbre paléontologiste américain, et son vieux compagnon Richard Lewontin, généticien

américain, ont vivement critiqué en 1979 le programme adaptationniste dans un article resté célèbre. Ils remobilisent

le « triangle » d’Adolph Seilacher, paléontologue allemand.

Qu’est-ce que ce triangle ? Ce triangle dit que toute structure présente chez un organisme doit sa présence à

trois facteurs : des contraintes sélectives (l’adaptation), certes, mais aussi des contraintes historiques et des contraintes

M. B.


de construction. On retrouve des traces de ces trois contraintes, selon des proportions variées, sur bien des structures

du corps humain, qui est mosaïque. Et l’on découvre alors que « quand ça ne marche pas bien », ce n’est peut-être pas

une maladie mais une permanence historique. Les maux de notre colonne vertébrale, laquelle s’arrange mal des

compressions que lui impose notre bipédie, en sont un exemple. Tout comme les difficultés de l’accouchement, qui

proviennent largement du fait que notre volume crânien est trop élevé pour un bassin maintenu « presque trop petit »

par notre bipédie.

Certains organes sont de vraies adaptations anciennes : le pouce opposable est apparu il y a 65 millions

d’années comme avantage dans le déplacement parmi les branches des arbres. Ce pouce réalise aujourd’hui une

exaptation chez l’auto-stoppeur : l’exaptation est la mobilisation d’une structure maintenant devenue ancienne pour

une fonction nouvelle. La plume des oiseaux, apparue initialement comme couverture thermique et comme organe de

signalement et d’apparat, réalise une exaptation lorsqu’elle passe au service du vol.

D’autres organes du corps humain sont le fruit de contraintes embryonnaires (et donc architecturales). Le téton

masculin n’est pas là parce qu’il sert à l’individu qui le porte. Sa cause sélective est ailleurs : chez la femme. De

même, le clitoris féminin n’est pas vital à ses porteuses, lesquelles peuvent avoir des enfants même si elles en sont

privées. Sa cause sélective est le pénis masculin. Ces organes, téton masculin et clitoris, résultent de dynamiques

embryonnaires qui poursuivent, sur leur lancée, un trajet plus court qu’il ne l’est dans l’autre sexe.

Enfin, certains organes ne sont pas « adaptatifs » mais résultent de contraintes historiques. Le trajet du nerf

phrénique (nerf moteur du diaphragme), relativement compliqué, est le fruit de l’histoire et non un avantage, puisque

lorsqu’il s’irrite nous avons parfois le hoquet. Son trajet suit le recul d’un bloc musculaire qui est situé dans la

corbeille branchiale des ostéichthyens du Dévonien (- 400 millions d’années), et qui recule, chez les tétrapodes,

jusqu’en arrière de la cage thoracique. Le nerf suivit, au cours des millions d’années, le trajet évolutif du bloc

musculaire qu’il innerve. Ce long trajet n’est pas spécialement un « avantage adaptatif ».

Le corps humain est donc, du point de vue de l’évolutionniste, une mosaïque d’organes datés à des époques

diverses, et dotés de causalités diverses. Ce corps n’est pas « tout-adapté ». Il n’est pas « parfait » non plus. Pour la

seule raison que la notion de « perfection » n’est ni une notion biologique, ni une notion scientifique. Les sciences,

comme entreprise collective d’explication rationnelle du monde réel, ne gèrent pas les discours de valeur : elles n’ont

pas pour rôle de prescrire quoi que ce soit en cette matière dans les champs philosophiques ou religieux.

Si, dans un schéma d’évolution qu’on appelle aujourd’hui un arbre phylogénétique, l’humain est au même

niveau que toutes les autres espèces, ce n’est nullement l’affirmation d’un égalitarisme de valeur, mais au contraire

une neutralité vis-à-vis d’elles. Le corps humain faisant partie du monde réel, il est traité avec les mêmes méthodes

que les autres corps réels. Pour conclure, il faut comprendre que si le cœur des méthodes et des raisonnements

scientifiques n’était pas neutre en valeur, la science, comme entreprise collective, perdrait son autonomie politique.

Pour la Science

25

G. L.


26

Robert Merle à son bureau de travail

en 1985 (Coll. particulière)

« ROBERT MERLE, UNE VIE DE PASSIONS »

par Pierre MERLE, sociologue, professeur d’université

(Conférence du 11 avril 2012)

Comment présenter une biographie sur Robert Merle ? Je me suis dit qu’il n’y avait pas d’intérêt à présenter

une synthèse de sa vie. J’aurai pu présenter sa guerre, celle de 1939. Il est mobilisé en septembre et attend, comme

toute l’armée française, les ordres de l’état-major de l’armée. Celui-ci attend patiemment l’envahisseur allemand

encore occupé à écraser la Pologne. Drôle de guerre guidée par un grand principe : ne pas attaquer. En avril, petit

frémissement, l’armée se déplace avec un train de sénateur vers la Belgique. Peut-être va-t-on soutenir les Belges qui

se défendent comme ils peuvent contre les Allemands revenus victorieux de la Pologne. Mais non, l’armée française

arrive trop tard et se retrouve enfermée dans la poche du Nord.

Robert Merle vit la débâcle. Les Anglais cherchent à fuir par la mer. Leurs bateaux sont bombardés dès qu’ils

quittent les plages. Robert Merle, excellent nageur, ira chercher quelques

hommes blessés. Puis, il est fait prisonnier pendant trois années après une

évasion manquée. Trois longues années, particulièrement pénibles : il

apprend que sa jeune épouse n’a pas eu la vocation virginale d’une Pénélope.

Il se retrouve seul à son retour de captivité. Dans la biographie de mon père,

j’ai pu détailler cette drôle de guerre grâce à une centaine de lettres qu’il a

envoyées à sa mère pendant toute la guerre. Mais finalement, si cette guerre

est déterminante dans sa vie (elle lui apportera les matériaux de son premier

roman, Week-end à Zuydcoote, qui lui vaudra le prix Goncourt en 1949) des

centaines de milliers de soldats français connaîtront le même désastre

militaire et personnel.

Dans cette conférence, je vais chercher à répondre à une seule question.

Pourquoi cet enfant, né en 1908, à Tébessa, en Algérie, est-il devenu un écrivain à succès, auteur d’une immense

fresque historique de 13 tomes : Fortune de France ? Prix Goncourt en 1949, il entreprend à partir de 1975, une série

romanesque qui allait l’occuper pendant un quart de siècle. Il existe plusieurs façons de répondre : ses rencontres, son

cheminement d’écrivain, son rapport à l’argent, l’histoire de sa vie.

Ses rencontres

En 1956, Maurice Druon, Goncourt 1948, a pris contact avec quelques auteurs, dont Robert Merle, pour

connaître leur avis sur une sorte de mac-carthysation rampante des Lettres françaises. Dans son numéro du 9

novembre 1956, Le Figaro a dressé une « liste noire » des écrivains jugés communistes et aussi une « liste grise »

d’écrivains suspectés de sympathie comprenant notamment Hervé Bazin, Armand Lanoux, Robert Mallet, Pierre

Seghers… Ce fût le premier contact entre Maurice Druon et Robert Merle.

En 1957, mon père dirige une collection : les Femmes célèbres de l’Histoire. C’est une période où l’inspiration

manque à Robert Merle. Dans cette collection, il compte écrire une biographie de Vittoria, princesse Orsini. Cet

ouvrage de type historique l’incite à lire la saga des Rois Maudits, romans historiques de Maurice Druon – grand

succès de l’époque – afin de mieux connaître l’art et la manière de ce mode littéraire particulier.

En mars 1957, Robert Merle confiera à Maurice Druon son admiration pour ses trois premiers romans

historiques : Tout est clair, vigoureux, campé. Je vous remercie de m’avoir instruit, de m’avoir diverti par votre

ironie, et de m’avoir indigné des mœurs de ces gangsters royaux. Robert Merle est séduit aussi par une autre marque

de fabrique de cette trilogie historique : le « style d’époque », « une langue admirable », « source de plaisir pour le

lecteur ».

En 1965, Maurice Druon sollicite Robert Merle pour la rédaction d’une préface pour une nouvelle édition des

Rois maudits, une confidence de Robert Merle à Maurice Druon révèle, si ce n’est un projet, au moins un désir : En

lisant votre admirable chapitre sur Philippe Auguste, j’ai regretté, une fois de plus, que vous ne donniez pas une suite

aux Rois maudits, en la situant peut-être à un autre moment de l’Histoire, je veux dire, à un moment où le pouvoir

royal a joué un rôle plus positif. Le succès des Rois maudits inspirera sans aucun doute Fortune de France qui

perpétue la tradition du roman historique du XIX e avec Balzac, Hugo, Dumas ou Flaubert.

Son cheminement d’écrivain

Une carrière littéraire est une histoire dont l’auteur ne connaît ni le début, ni la suite, ni la fin. Il a eu très jeune

le désir d’écrire. Son premier ouvrage est l’histoire de sa guerre, celle de 39-45. Son deuxième, La mort est mon

métier, ce grand roman sur l’extermination des Juifs étudiée à partir de l’enfance et la vie d’un commandant d’un

camp d’extermination, a connu un succès mitigé en 1953 (depuis, ce livre est devenu un classique qui continue à

beaucoup se vendre).


Suite au demi-échec de La mort est mon métier qui l’a détourné du roman pendant presque dix ans, Robert

Merle a eu une période de littérature engagée. Le livre, Moncada, premier combat de Fidel Castro (1965), raconte

l’attaque menée par Fidel Castro de la caserne de Moncada en juillet 1953 pour se procurer des armes et renverser la

dictature de Batista. Nouvel échec littéraire. Le livre sur le président Ben Bella, premier président de l’Algérie libre,

Ahmed Ben Bella (1965), a aussi été un fiasco littéraire. Les années 60 constituent cependant une période heureuse de

sa vie. Le succès est revenu avec Malevil, ce retour à la vie primitive, ce retour aussi à la guerre entre les hommes. Cet

ouvrage, le premier d’une trilogie de romans au scénario catastrophique (Les hommes protégés, Madrapour), est en

rapport avec la rupture de son troisième mariage.

Le rapport à l’argent

C’est un écrivain qui avait un rapport à l’argent assez complexe. Il pouvait être d’une extrême générosité. J’en

donne des exemples dans la biographie. Dans le même temps, il a toute sa vie discuté comme un homme d’affaires

avisé tous les contrats dans les moindres détails, à l’exception du premier.

Fortune de France fut, selon le mot de De Fallois, son éditeur, une « Fortune de Merle ». Contrairement à

l’habitude, mon père cédait ses droits, non à vie, mais pour seulement dix ans. Le succès grandissant l’amenait à

demander des à-valoir toujours plus grands. Le refus de l’éditeur quand mon père s’est montré trop gourmand, s’est

traduit par une demande de raccourcissement de la durée de cession. Seulement cinq ans pour La Pique du jour, le

sixième de la série. Le succès considérable a eu un effet incontestable sur la longueur de la série. L’interruption au

bout du 6 e volume est venue d’une certaine lassitude.

La reprise de la série, avec le 7ème volume jusqu’à Louis XIII, a eu des raisons littéraires : la parution du

journal d’Héroard, le premier médecin de Louis XIII. C’était une mine d’or. Il existe aussi des raisons financières. En

vendant ce 7 e tome, l’écrivain revendait aussi les six premiers tomes dont il avait récupéré les droits. Il vendait

séparément les autres formes d’édition, par exemple l’édition de poche. Pourquoi cette importance de l’argent ?

Histoire de son enfance

La série Fortune de France prend aussi naissance dans l’enfance de l’écrivain. Il faut revenir à 1850. L’arrièregrand-père

Antoine, paysan pauvre au service d’un comte, à Marcolès, dans le Cantal. Émigration en Algérie. Père

capitaine, interprète, mobilisé en 1915, envoyé aux Dardanelles. Son père meurt d’une fièvre typhoïde quelques mois

plus tard. C’est le premier grand drame de la vie de Robert Merle.

Échange particulièrement affectueux avec sa sœur Christiane : elle n’a pas de père, lui a des relations tendues

avec sa mère, économe jusqu’à l’avarice. Christiane et son frère forment un couple. Ils s’échangent de nombreux

courriers et Robert rêve d’une gloire littéraire. Début août 1924, à la fin de sa quinzième année, Bobby écrit à sa sœur

sur leur grande affaire du moment : J’attends toujours ton scénario de roman. Sais-tu qu’il me tarde de l’écrire et de

le voir bientôt couronné par quelque prix portant le nom de quelques illustres inconnus ?… Mort brutale de sa sœur

au printemps 1925.

Toute sa vie sera une façon de poursuivre ce rêve adolescent de l’écriture. Il devient un excellent élève au lycée

Michelet, puis à l’université. Robert Merle fera une analyse de sa propre carrière scolaire en rapport avec la mort de

son père : La destinée d’un homme tient à peu de choses. Si j’étais demeuré en Algérie, j’aurais fait des médiocres

études dans des lycées moyens. À Paris, je fis mes études secondaires dans un excellent lycée, et mes études

supérieures à la Sorbonne. C’était un paradoxe et son drame : la couronne mortuaire de son père avait donné

naissance aux lauriers de sa gloire littéraire.

La série Fortune de France est une partie de l’Histoire de France et aussi, Robert Merle l’indique : une histoire

de la famille que je me suis rêvé. De fait, il s’agit d’une autobiographique, la vie du héros étant la copie de la sienne. Il

se donnera deux pères : Jean de Siorac et Sauveterre. Le second va mourir dans le 4 e tome. Le premier deviendra

centenaire : il ne le fera jamais mourir. Il fait de nombreuses descriptions de ce père trop tôt disparu dans les tomes de

Fortune de France :

« Mon père (…) avait été en mes maillots et enfances mon insurpassable héros ; en mes vertes années, mon

exemple et mon modèle ; en mes années plus mûres, le miroir dans lequel je désirais inscrire l’image de ma future

vieillesse. (…) Tant est que considérant mon père tout ensemble comme le parangon des plus fortes vertus et des plus

aimables faiblesses, je n’avais qu’un reproche à lui faire, mais celui-ci fort âpre : c’est qu’il mourait selon l’ordre de

la nature avant moi, me laissant seul en un monde désolé » (La violente amour, 1983).

L’engagement de Robert Merle dans la série Fortune de France tient aussi à ce qu’il raconte une période de

l’Histoire de France ravagée par les guerres de religion mais où la raison l’emportera avec l’édit de Nantes en 1598.

Message de tolérance qui correspond aux engagements politiques de Robert Merle. Message toujours actuel.

P. M.

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« LES CISTERCIENS, BÂTISSEURS D’ABBAYES,

XII e ET XIII e SIÈCLES »

par Yvette et Jacques CHANTAL, membres du Carrefour universitaire

(Conférence du 2 mai 2012)

Cisterciens. A ce mot vous entendez des chants grégoriens résonner sous des voûtes, vous voyez des ogives et

des arcades aux lignes épurées. Cisterciens : le terme recouvre beaucoup plus. Aux XII e et XIII e siècles, se crée et se

développe un ordre religieux très important qui va contribuer à façonner et à moderniser le visage de l’Europe

chrétienne.

Sénanque.

Photo Y. et J. Chantal

L’ordre cistercien

Dès les premiers temps de l’Église, des chrétiens souhaitent vivre

pleinement selon les principes évangéliques : des ermites s’installent en

Égypte, dans le désert, pour se consacrer à la prière et à l’ascèse, puis des

monastères apparaissent et le monachisme passe en Europe. C’est pour

organiser cette vie communautaire que saint Benoît rédige une Règle autour

de 540. Grand succès, puis relâchement. Des nouvelles tentatives pour le

respect de la Règle, va naître Cluny qui, avec le succès, va lui aussi s’éloigner

de cet esprit évangélique.

A nouveau un vent de réforme souffle sur l’Église au XI e siècle.

Après plusieurs tentatives, un groupe de moines ermites, entraîné par Robert,

Albéric et Etienne, fonde un nouveau monastère dans les bois marécageux de

Cistels, le 21 mars 1098, jour de la Saint-Benoît ! Après des débuts

extrêmement difficiles, le monastère se développe, surtout avec l’arrivée du futur saint Bernard.

Cistels (qui prendra le nom de Cîteaux) va essaimer et fonder ses premières « filles », La Ferté, Pontigny,

Claivaux avec Bernard pour abbé, Morimonds…, filles qui auront, elles mêmes, des filles. Des abbayes de moniales se

créent et se multiplient. Au XIII e siècle, l’Ordre comptera presque 1 500 abbayes en Europe.

Comment faire vivre un ordre aussi important ? Les Cisterciens se réclamant de Saint-Benoît adoptent les

principes de la Règle : humilité, simplicité, pauvreté, chasteté, charité, principes qu’ils poussent jusqu’à l’ascèse. En

rupture avec le système seigneurial de Cluny, ils souhaitent vivre de leur travail.

Dès lors, l’Ordre s’organise pour faire vivre ces principes. Étienne, le 3 e abbé de Cîteaux, jette les bases de cette

organisation avec La charte de charité et d’unanimité (véritable constitution de l’Ordre). Cette organisation se précise

peu à peu avec les décisions du chapitre général sous l’influence de saint Bernard.

* Toutes les abbayes sont indépendantes, tiennent leur chapitre et

élisent leur abbé, ce qui ne les empêche pas de vivre de la même façon dans le

respect de la Charte. D’autre part, les Cisterciens mettent en place un système

moderne de gouvernance, chaque abbaye-mère contrôlant ses filles et tous les

abbés de l’Ordre se réunissant en chapitre général.

* A l’inverse des Clunisiens, les Cisterciens veulent vivre de leur

travail, ils exploitent de façon rigoureuse et moderne leurs immenses

domaines.

* Enfin au sein de l’abbaye vivent deux types de religieux, poursuivant

le même idéal, sans se mélanger : les moines de chœur ou moines profès qui

se consacrent essentiellement à la prière et les convers qui effectuent les

travaux de l’abbaye et des granges.

Noirlac.

Photo Y. et J. Chantal

L’abbaye cistercienne

L’abbaye cistercienne découle de cette spiritualité et de cette organisation.

Pour s’installer les moines blancs recherchent les fonds de vallées qui, avec la terre, le bois et l’eau, permettent

de vivre en autarcie. De fait, ils reçoivent souvent en donation des terres ingrates et marécageuses qui nécessitent de

sérieux aménagements.

L’abbaye doit permettre aux moines de vivre selon la Règle, aussi son plan et sa construction vont, avec des

adaptations locales, suivre un plan et des principes communs fortement inspirés par Bernard : isolement,

fonctionnalité, dépouillement.

* Une enceinte la coupe du monde extérieur.

* Le cloître soigneusement fermé, mais ouvert sur le ciel par des arcades, prend une dimension mystique. Par

ailleurs, centre fonctionnel de l’abbaye, il distribue la vie et les bâtiments autour de lui. C’est là que les moines se

retrouvent, par exemple, pour la lecture collective.


* L’abbatiale, au nord, adopte les techniques nouvelles des cathédrales (croisées d’ogives) pour laisser pénétrer

la lumière.

* A l’est, dans le bâtiment des moines, se trouvent les salles pour la vie spirituelle

et administrative de l’abbaye : sacristie, salle des moines, chauffoir (seule salle

chauffée), scriptorium, parloir (car, par ailleurs, c’est le monde du silence), et, pièce

essentielle, la salle capitulaire où les profès tiennent leur chapitre. A l’étage, le vaste

dortoir où les frères dorment dans l’inconfort.

* Au sud, les bâtiments assurent les services matériels avec la cuisine et le

réfectoire où les moines prennent un repas extrêmement frugal.

* A l’ouest, l’aile des convers renferme un grand cellier pour le stockage des

productions et des salles pour la vie des convers : réfectoire et dortoir.

* Dans l’enceinte de l’abbaye, nous trouvons encore une porterie et une hôtellerie

pour accueillir les étrangers, des jardins, des moulins, des ateliers

Les Cisterciens ont construit (avec l’aide d’une main d’œuvre extérieure) grand,

solide, soigné, en recherchant la perfection et les meilleures techniques.

On sait que l’art cistercien est associé à la notion de dépouillement, dépouillement

qui va avec leur spiritualité à la recherche de l’humilité et de l’ascèse. Pour saint

Bernard, l’art naît de la perfection, de la rigueur et de la pureté, de l’harmonie des formes

et des jeux de la lumière. Cela peut nous conduire à notre art moderne quand il recherche

la stylisation.

L’exploitation de l’abbaye

Aux bâtiments conventuels, il faut ajouter un immense domaine exploité de façon remarquable en faire-valoir

direct.

Les moines s’efforcent d’acquérir terres, prés, bois, vignes, marais salants, mines… pour pouvoir vivre en

autarcie. Ce vaste domaine se divise en exploitations de quelques centaines d’hectares, autour d’une sorte de ferme

appelée « grange », exploitées par des convers.

Comme les moines blancs s’installent souvent sur des terres ingrates et marécageuses, ils deviennent maîtres en

hydraulique pour drainer les marécages, mettre les marais en valeur, conduire l’eau potable ou construire des moulins.

Ils savent encore repérer et utiliser les meilleures techniques agricoles de l’époque.

A la base : céréales, vin et élevage auxquels il faut ajouter toutes sortes de productions selon les régions.

Certaines granges se spécialisent en fonction du sol et du climat comme la grange vinicole, alors appelée cellier, de

Clos de Vougeot. Ils commercialisent leurs surplus par des maisons urbaines.

Ces activités nécessitent du fer, chaque abbaye possède sa forge et les Cisterciens deviennent maîtres en

métallurgie. Dans ce domaine, ils vont développer et répandre une innovation de première importance : le marteau

hydraulique.

Les Cisterciens n’ont sans doute rien inventé mais ils ont su repérer, développer, les meilleures pratiques de

l’époque avec un sens remarquable de l’organisation et ces procédés se sont répandus dans l’Europe entière.

Additionnées, toutes ces techniques font de l’Ordre cistercien une grande puissance économique.

Cet exposé a présenté l’ordre cistercien des origines, disons l’Ordre bernardin, jusque vers les années 1250.

Ensuite les Cisterciens sont victimes de leur propre succès, de leur expansion, de leur richesse et, la société évoluant,

ils oublient un peu les principes d’ascèse des fondateurs. Il n’en reste pas moins que Cîteaux constitue une grande

aventure humaine et une belle réussite pour l’époque avec, dans son organisation, des accents souvent modernes. Il ne

faut pas mépriser ce Moyen-Age parfois qualifié de « barbare » car les moines blancs ont contribué à façonner et à

moderniser l’Europe, nos paysages et notre patrimoine en porte encore les traces. Alors disons-nous bien que nos

racines s’enfoncent dans ce lointain mais toujours vivant Moyen-Age.

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« CÉZANNE (1839-1906), PEINTRE DE LA MODERNITÉ ? »

par Mireille NILLES, professeur d’histoire

(Conférence du 16 mai 2012)

Noirlac.

Photo Y.et J. Chantal

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Y. et J. C.

Paul Cézanne est né à Aix-en Provence en 1839 dans une famille nouvellement bourgeoise car son père,

modeste chapelier venait de racheter une banque qu’il sut faire prospérer. Il fait des études classiques au collège

Bourbon d’Aix où il rencontre Émile Zola. Il aime les lettres, la poésie, la musique, mais il choisit la peinture qu’il


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pratique à l’école de dessin. Après son bac, il aimerait rejoindre Zola parti à Paris, mais, pour faire plaisir à son père, il

commence des études de droit qu’il abandonne très vite et le voici dans la capitale en 1861. Il s’inscrit immédiatement

à l’académie Suisse où il fait connaissance avec Pissarro et prépare le concours des Beaux-arts où il échoue. Ayant

perdu confiance en lui, il retourne à Aix travailler dans la banque de son père. Bientôt, il ne résiste plus et retrouve de

nouveau l’académie Suisse. Il côtoie Renoir, Monet, Sisley et Manet. Il consacre aussi beaucoup de temps à copier

les grands maîtres vénitiens et hollandais du musée du Louvre, tout en admirant beaucoup Delacroix et Courbet et,

sans oublier le maître du classicisme, Nicolas Poussin. C’est à cette période qu’il rencontre Hortense Fiquet dont il

aura un fils en 1872. Il ne l’épousera qu’en 1886. Il lui consacrera quelques-uns de ses meilleurs portraits.

Cette première période artistique est appelée la période couillarde (1860-1872).

Il emprunte souvent ses thèmes à la mythologie ou à des situations où se condensent

rêves et émotions plus ou moins liés à sa personnalité profonde (Le festin, vers 1867-

1872). Sa palette est sombre, les couleurs contrastées et la touche épaisse. Il

s’intéresse au Romantisme tout en essayant de corriger ses excès d’émotion.

Après les paysages peints en 1870 à l’Estaque, près de Marseille, Cézanne passe

près de deux ans à Pontoise chez son ami Pissarro et à Auvers-sur-Oise chez le docteur

Gachet. C’est la période dite impressionniste de Cézanne (1872-1877). Il travaille en

plein air, sur le motif, sa palette s’éclaircit ; la pâte est moins épaisse, posée en petites

touches ; le travail sur la lumière s’accentue. En 1874, il va rejoindre ses amis

impressionnistes qui exposent chez le photographe Nadar où il présente deux tableaux

(La maison du pendu et Une moderne Olympia) qui seront violemment critiqués et

incompris. Ce qui le différencie des impressionnistes, c’est qu’il ne se contente pas de

restituer le charme d’un sujet mais plutôt la composition minutieuse, la recherche du

L’autoportrait à la palette,

par Paul Cézanne, 1885-1887

(Collection particulière)

juste équilibre entre l’émotion, la forme et l’espace et le travail sur les volumes sont

ses points forts.

Vers 1877, Cézanne commence à entrer dans une période dite constructive

(1877-1890). Ce n’est plus tellement la nouveauté du thème qui l’intéresse, mais les

recherches sur la forme et l’équilibre de la composition, la matérialisation, touche après touche, trait après trait de ce

qu’il appellera ma petite sensation. La recherche se présente aussi sous la forme d’une question : comment introduire

des personnages imaginaires dans un cadre naturel observé ? Des tableaux comme Les trois baigneuses (1879-1882) et

Le grand baigneur (1885) peuvent y répondre. Les personnages deviennent partie intégrante du paysage.

Les paysages de cette période nous révèlent bien cette version

construite du peintre. C’est notamment le cas avec la série de Sainte-Victoire,

montagne qui domine le paysage aixois et qui pour Cézanne est magique.

Dans La montagne Sainte-Victoire au grand pin (1886-1887) le paysage se

construit autour d’un tissage complexe de touches empâtées, parfois fluides,

de lignes complexes, de couleurs harmonieuses et un grand équilibre

s’installe. Le peintre est un grand admirateur de Nicolas Poussin. Il dira : Je

veux faire du Poussin d’après nature.

Cézanne applique les mêmes principes à ses natures mortes, souvent

composées de pommes et d’oranges (denrées peu périssables lorsqu’on

connait la lenteur du peintre). Une phrase résume cette philosophie

constructive : Peindre ce n’est pas copier servilement l’objectif, c’est saisir

une harmonie entre des rapports nombreux.

Vers 1890, Cézanne est au sommet de son art et une nouvelle période

de maturité commence. Elle est appelée période synthétique. Il tente de

La montagne Sainte-Victoire au grand pin,

par Paul Cézanne, 1886-1887

(The Phillips Collection, Washington)

préciser la finalité de son art, réduisant dès qu’il le peut les formes à leurs termes essentiels en voulant arriver à

l’universalité de la peinture. Les joueurs de cartes en sont un bel exemple (1893-1896). La plasticité des figures

traitées par le cylindre, la sphère et le cône sont révélées dans les portraits de cette époque. C’est le cas avec Madame

Cézanne en rouge (1890-1894) ou encore La femme à la cafetière (1895). Le portrait est traité comme une nature

morte mais en même temps la nature morte est traitée comme un véritable portrait. Dans le tableau Pommes et oranges

(vers 1900) on peut distinguer les dernières recherches du peintre.

- La perspective inversée : au lieu de créer une profondeur qui amène le regard vers le fond du tableau, c’est

l’objet représenté qui va vers le spectateur.

- C’est aussi la superposition de plusieurs points de vue, de face, de profil et de différents angles qui donnent

des équilibres instables. Le spectateur a l’impression de tourner autour des objets. On a ici les germes du cubisme.

Peu de temps avant de mourir en 1906, Cézanne poursuit ses recherches. Il travaille jusqu’à l’obsession. La

montagne Sainte-Victoire est toujours un de ses sujets favoris (14 toiles) où il atteint la lisière de l’abstraction. C’est le

cas avec La montagne Saint-Victoire vue des Lauves. Le thème des baigneuses est traité une nouvelle fois avec Les


aigneuses de Zurich (1904-1905) où il nous conduit à des formes essentielles et primitives. Le peintre dira à ce

sujet : Je suis un primitif de l’art nouveau.

- Cézanne ! Il était comme notre père à tous. Cette phrase de Picasso permet de se poser la question de ses

héritiers et de sa postérité. Il n’a pas fait l’unanimité durant son vivant. Son caractère abrupt, peu conciliant et

provocateur a abouti à un jugement souvent négatif. Son travail de recherche dans la solitude n’a pas été compris des

critiques d’art, des officiels de la peinture, ni du grand public. Cela n’a cependant pas empêché ses amis artistes de

croire en lui et de reconnaître son originalité. Ils admirent sa nouvelle façon d’aborder la composition et la couleur. En

1895, Ambroise Vollard, son marchand de tableaux, lui organise une grande exposition où il peut présenter 150 de

ses œuvres. Il est devenu un peintre que l’on visite et que l’on écoute. Émile Bernard, Maurice Denis, Matisse lui

rendent hommage. Quant à Braque et Picasso, les fondateurs du cubisme, ils vont retenir bien des éléments de

l’œuvre de l’artiste et notamment la perspective inversée, la démultiplication des points de vue. Kandinsky, un des

grands maîtres de l’abstraction retiendra sa touche en mosaïque.

Cézanne n’a pas fait table rase du passé, Il est resté un admirateur des « grands anciens ». Grâce à une

recherche personnelle et une façon de peindre authentique, débarrassée des conventions, il peut être considéré comme

le précurseur d’un art nouveau.

M. N.

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« LES DAGUERRÉOTYPES »

par Dominique GENTY, directeur de recherche au CNRS,

Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement

www.daguerreotype.fr

(Conférence du 30 mai 2012)

Spécialiste reconnu de paléoclimatologie (science dévolue à l’étude des climats anciens), Dominique GENTY

ne nous entretiendra pas cette fois d’un sujet relevant de sa spécialité académique, mais d’un autre domaine où il se

définit lui-même comme « amateur » dans le sens de celui qui aime, qui est passionné. Il abordera d’abord l’histoire

des débuts de la photographie représentés par le daguerréotype. Ensuite il exposera les principes physico-chimiques

et les techniques mises en œuvre, en général peu connus en dehors des seuls spécialistes.

I - Brève histoire de l’invention

Le daguerréotype, inventé par Daguerre et Niépce, est le premier procédé photographique praticable, très fin et

très contrasté, avec ses irisations et ses teintes variant du bleu au rose et donnant parfois l’illusion du relief. Mis au

point vers 1840, il a été utilisé sur une courte période, environ une quinzaine d’années (1840-1855). Il a fallu résoudre

deux problèmes technologiquement et scientifiquement différents : mettre au point un appareil donnant une image

optique (la camera obscura) puis trouver un procédé pour fixer cette image. Le principe de l’appareil a déjà été décrit

par Aristote qui constate qu’une image renversée peut être observée dans une pièce obscure dont la porte est percée

d’un petit trou. Au Moyen Âge, la camera obscura est utilisée pour l’observation des éclipses, et les artistes de la

Renaissance s’en servent dans leur travail. Au XVI e siècle, un diaphragme a été ajouté, et, à la fin du XVII e , une

lentille convergente ferme le trou et améliore la luminosité et la qualité de l’image. Cette structure est toujours celle

des appareils photographiques modernes.

Il reste à fixer et à conserver l’image. Le noircissement des sels d’argent à la lumière était connu des alchimistes

dès le XIII e siècle. Début du XVIII e siècle, les travaux sur la photochimie de Thomas Wegwood et Humphrey Davy

réalisent des profils d’objets posés sur du papier sensibilisé au nitrate d’argent, mais il est toujours impossible de

conserver l’image.

Le problème de la fixation de l’image a été pour la première fois résolu par la collaboration de deux hommes au

début du XIX e siècle. Un scientifique, Joseph Nicéphore Niépce, et un artiste peintre, Louis-Jacques Mandé

Daguerre. Vers 1826, Niépce avait déjà mis au point l’héliographie qui aboutit à la fixation d’une image dans une

camera obscura à partir de bitume de Judée sur plaque d’étain. Il a ainsi obtenu une image considérée comme la

première « photographie » au monde, après des heures de pose !

En 1829, l’association de N. Niépce et L.-J.M. Daguerre se poursuit par des recherches avec des plaques de

cuivre argentées. En 1831, la sensibilisation de la couche d’argent par l’iode introduit un progrès décisif en réduisant

les temps de pose. N. Niépce décède en 1832. Entre les années 1833-1837, Daguerre met au point le daguerréotype,

terme qui désigne à la fois le procédé et son résultat final sur plaque de cuivre. L’étape décisive a été l’introduction du

développement de la plaque de cuivre argentée et iodée par la vapeur de mercure (juillet 1833). En 1835, Daguerre

propose des modifications du contrat initial à Isidore Niépce, héritier de Nicéphore. Au début de 1837, il utilise du sel

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(chlorure de sodium) pour nettoyer les plaques de l’iode résiduel et fixer l’image, c’est la finalisation du procédé. Il

organise alors une vaste publicité auprès des souverains et savants de l’époque.

Le 19 août 1839, François Arago, astronome, physicien et homme politique de grande renommée, présente à

l’Institut de France la méthode co-inventée par Daguerre et Niépce. Cet événement marque certainement le début de la

photographie parmi le grand public. L’argent, l’iode et le mercure sont alors recherchés par les innombrables amateurs

qui souhaitent fixer l’image de la camera obscura et qui le font avec plus ou moins de succès et souvent sans tenir

compte de la toxicité des produits (iode, brome, mercure), ce qui a entraîné de graves conséquences sanitaires.

II - Formation des images

Comment se forme l’image dans un daguerréotype ? Cette question n’a jamais soulevé un intérêt considérable,

mais depuis quelques années les conservateurs de musée s’y intéressent pour la préservation des épreuves. L’image

initiale, dite latente, n’est pas visible, il faut pour cela passer par l’opération

du développement. Pour obtenir une image il faut réaliser la sensibilisation

de la plaque argentée par des vapeurs d’iode ou de brome. Il se forme ainsi

un cristal où les atomes d’argent, de brome et d’iode sont disposés

régulièrement, avec cependant des défauts : absence d’atome (lacunes),

position interstitielle, le brome remplaçant l’iode, taille trop petite du cristal.

Mais ces défauts sont indispensables à la formation de l’image latente et ceci

par un mécanisme complexe décrit lors de la conférence et dont le résultat est

la création, à partir de l’action de la lumière, de minuscules amas d’argent

métallique. Le développement permet de multiplier le nombre d’atomes

d’argent de ces petits amas par un facteur énorme, de l’ordre de plusieurs

millions, et on obtient ainsi des particules d’argent de dimensions non

négligeables.

Pour les daguerréotypes deux modes de développement ont été proposés : (1) l’action de la vapeur de mercure,

méthode due à Daguerre, (2) l’action de rayons rouge-orange, méthode proposée par Henri Becquerel.

Pour un observateur regardant le daguerréotype, les zones sombres correspondent à des régions où les particules

sont peu nombreuses, grandes et espacées. On observe des zones claires si les particules sont nombreuses, petites et

proches, ce qui entraîne une diffusion importante de la lumière.

Les étapes de la réalisation, modernisées par rapport à celles du temps de Daguerre, se résument comme suit :

1 ) Polissage et argenture de la plaque de cuivre

Les plaques de cuivre font ~1 mm d’épaisseur. Les plaques utilisées au XIX e siècle avaient des formats bien

précis (pleine plaque : 16,5 x 21,5 cm). L’argenture de la plaque de cuivre était obtenue par martelage, et actuellement

par dépôt électrolytique. La plaque argentée doit ensuite être soigneusement polie. Ce polissage est une opération

délicate et essentielle pour la suite des opérations ; toute impureté ou imperfection à la surface de la plaque argentée

laissera des traces sur l’épreuve finale. On utilise du rouge à polir de bijoutier et des disques de coton, et

éventuellement d’autres abrasifs comme l’alumine, pour la finition.

2 ) Sensibilisation à l’iode

Pour la sensibilisation à l’iode, la plaque est positionnée avec sa face polie vers l’intérieur d’une boîte où se

trouvent, au fond, des cristaux d’iode pur. Un volet coulissant en verre permet d’isoler le compartiment d’iode du reste

de la boîte. Le temps d’exposition aux vapeurs d’iode va conditionner en partie la sensibilité ; il varie de quelques

secondes à quelques minutes. L’expérience montre que pour obtenir de bons résultats, la plaque doit prendre une

couleur jaune paille à rose. Les conditions atmosphériques (température, hygrométrie) influencent ce temps. Cette

opération peut se faire dans une ambiance faiblement éclairée et la plaque obtenue est alors recouverte d’iodure

d’argent.

Pour la prise de vue, on utilise une chambre photographique classique adaptée pour y positionner la plaque

argentée. Le temps d’exposition en plein soleil est d’environ 2 à 5 min. Si la plaque a subi une seconde sensibilisation

au brome, le temps est réduit à quelques secondes, ce qui permet de faire des portraits.

3 ) Développement

Il existe plusieurs façons de développer la plaque, autrement dit de révéler l’image latente. La méthode

d’origine est d’exposer la plaque aux vapeurs de mercure chauffé à 60°C. L’image apparaît alors en 2 à 4 min. Cette

exposition se fait dans une boîte étanche et la quantité de mercure utilisée est infime. Cependant, ce procédé, s’il n’est

pas bien utilisé, peut être dangereux. On utilise maintenant plus couramment le procédé Becquerel qui consiste à

exposer la plaque à une lumière rouge, derrière un filtre, en plein soleil, ou alors le procédé de « mercure à froid » qui

consiste à exposer la plaque au mercure à température ambiante dans une cellule où le vide a été fait. Selon le type de

développement, le rendu final sera plus ou moins nuancé en couleurs (rose/bleu).


4 ) Fixage à l’hyposulfite de soude, rinçage et dorure

L’image révélée est immergée dans une solution d’hyposulfite de soude afin de la débarrasser des résidus

d’iode; elle est ensuite rincée à l’eau distillée. L’opération peut être arrêtée à ce stade mais la plaque obtenue sera peu

contrastée et sa surface extrêmement fragile. La dorure à l’or permet de pallier ces deux derniers inconvénients. Pour

cela, on recouvre la plaque d’une solution de chlorure d’or et d’hyposulfite de soude et on la chauffe à forte

température pendant quelques secondes à quelques minutes jusqu’à obtenir le contraste désiré. Cette opération

spectaculaire améliore grandement l’image.

Le conférencier a ensuite enchanté son auditoire en commentant un ensemble de daguerréotypes, certains fort

anciens et d’une valeur historique indiscutable (barricade de la rue du Temple en 1848, portrait de Napoléon III,

Victor Hugo, etc.) et d’autres réalisés par ses soins.

Tous sont d’une finesse et d’une qualité artistique évidente.

Daguerréotype moderne (réalisé par Dominique Genty) effectué sur une plaque 13 x 18 cm

en avril 2011. Chambre Gilles Faller, Schneider 210 mm,

temps d’exposition = 19 min en plein soleil.

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D. G.


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Clocher de l'abbatiale d’Aubazine.

(Photo Y. et J. Chantal)

SORTIES & VOYAGES

« LE CARREFOUR CISTERCIEN »

(13 avril 2012)

Avec le Carrefour nous avons visité les abbayes cisterciennes de Flaran, Fontfroide, Noirlac et nous partons

aujourd’hui vers celle d’Aubazine histoire de vérifier que ces monastères, dans leur diversité, présentent un petit air de

famille ce qui nous conduira, le 2 mai prochain à une conférence : Les Cisterciens, bâtisseurs d’abbayes, XII e et XIII e

siècle.

Dès notre arrivée, la vue que nous avons sur l’abbatiale résume l’abbaye d’Aubazine : une façade plate à

pignon d’une austère simplicité ; le ton est donné ! Nous voici au cœur du

monastère, dans la cour du cloître dont les galeries ont hélas disparu. De là

nous mesurons bien l’importance du monastère et nous retrouvons le plan

traditionnel : au sud la masse imposante et sévère de l’abbatiale, à l’est le

bâtiment des moines avec essentiellement la salle capitulaire (avec sa porte

en plein cintre et ses quatre baies géminées), la salle des moines, au nord des

traces de réfectoire mais il ne reste guère que la cuisine, à l’ouest l’aile des

frères convers. La salle capitulaire, la salle des moines, la cuisine illustrent

bien la simplicité cistercienne avec les voûtes d’arêtes reposant sur de forts

piliers.

Début XII e siècle, un petit groupe d’ermites, sous la conduite de

Saint Etienne, fonde ici un premier monastère qui s’affilie à Cîteaux en

Cloître d’Aubazine.

(Photo Y et J. Chantal)

1147…d’où l’abbaye que nous visitons maintenant. Mais l’histoire va entraîner bien des évolutions, évolutions que

nous constatons ici à l’emplacement de l’ancien dortoir transformé au XVIII e en un couloir pavé en pisé et en cellules

individuelles. Transformation encore avec, dans la cour extérieure les restes du logis abbatial quand les abbés

commendataires furent désignés par le roi pour disposer des revenus… Nous sommes alors bien loin de l’idéal de saint

Etienne et des premiers cisterciens.

L’abbatiale se signale par son clocher. Par son élégance et ses dimensions,

ce clocher apparaît comme une exception cistercienne, de plus il passe du carré à

l’octogone par un système savant et unique de gradins. Quand nous entrons dans

l’édifice déjà imposant, comment imaginer sa taille primitive (90 m de long) avant que

le XVIII e l’ampute de trois travées. Solides piliers, voûte en arc légèrement brisé et

doubleaux, grandes arcatures brisées ouvrant sur les collatéraux… Aubazine a conservé

une facture romane alors qu’en Bourgogne ses sœurs optaient pour la croisée d’ogives.

Il est rare de retrouver comme ici des vitraux du XII e , en grisaille, avec de simples

entrelacs pour décor. L’église abrite un mobilier intéressant avec entre autres choses :

le tombeau de saint Etienne ciselé comme une chasse reliquaire, une très rare armoire

liturgique du XII e , des stalles de moines présentant de remarquables têtes sculptées

avec beaucoup de pittoresque.

Comme nous n’avons guère de disposition à pratiquer l’ascèse cistercienne

nous déjeunons très agréablement au restaurant « Le Saint-Etienne » qui complète bien

la visite puisqu’il s’est installé dans d’anciennes dépendances de l’abbaye. C’est plutôt

rare de voir une salle de restaurant de style Renaissance au plafond de poutres peintes.

Nous arrivons maintenant à Martel au pied de remparts et d’une porte protégée par une tour : là encore le

ton est donné : nous sommes clairement dans une petite ville aux origines médiévales. Martel ne se comprend que par

son histoire. Elle a été fondée début XI e s par les puissants vicomtes de Turenne sur des routes commerciales et de

pèlerinage, sur des terres fertiles près de la Dordogne, non loin de la célèbre cité de Rocamadour. Les vicomtes de

Turenne s’ingénient à faire de la ville un marché prospère (du sel notamment) grâce à des avantages divers

(exemptions fiscales ou droit de s’administrer elle-même par des consuls). Puis sénéchaussée royale, elle attire une

noblesse de robe avide de montrer sa richesse et sa puissance par des hôtels particuliers. Et c’est le commerce de la

truffe qui prend le relais au XIX e pour assurer la prospérité de la cité.


C’est ainsi que la ville se protège par une première enceinte puis, expansion aidant, par une seconde

englobant les faubourgs ce qui explique vestiges de remparts et tours. Intégrée dans ce dispositif défensif, l’église

Saint-Maur (XIII e -XVI e ), ne montre guère ses origines gothiques, elle se présente plutôt

comme un bastion massif épaulé de puissants contreforts

et surmonté d’un haut clocher donjon ; par contre sous le

porche nous passons sous un tympan roman pour entrer

dans une large nef de style gothique méridional. Au

centre de la Place des Consuls la halle XVIII e repose sa

charpente sur de gros piliers. De là, nous pouvons

apprécier le palais vicomtal de La Reymondie, sa file

d’arcades en ogive donnant sur la rue et surmontée de

fenêtres à rose Renaissance. Partout le riche passé de la

cité a laissé des hôtels particuliers, de belles demeures,

cela peut aller de la maison XIII e avec encorbellement

jusqu’à celles du XIX e ; partout nous rencontrons des

maisons ouvrant sur la rue par des arcades en ogive.

Eglise St-Pierre, Martel.

(Photo Y. et J. Chantal)

Eglise Saint-Pierre, Carennac.

(Photo Y. et J. Chantal)

Palais de la Reymondie, Martel

(Photo Y. et J. Chantal)

Carennac, un des « plus beaux villages de France », offre lui aussi un intéressant patrimoine d’art et

d’histoire. Bien sûr » on ne peut prononcer le mot de Carennac sans signaler qu’il s’agit du fief de la famille qui

donne au XVII e siècle le fameux Fénelon. Ce que nous allons voir tient essentiellement au fait qu’au Moyen Age s’y

établit un important doyenné clunisien qui s’épanouit début XVI e .

Nous sommes d’abord accueillis par le château du doyen dans le style de la première Renaissance : larges

façades à meneau, lucarnes sculptées et tourelles d’angle. L’église Saint-

Pierre a conservé sa facture romane ; comme on ne peut ici tout décrire,

prenons le temps de détailler le tympan du porche. Au centre, le Christ dans

sa mandorle, assis sur un trône richement orné, accueille et bénit ; autour de

lui, les symboles des quatre évangélistes, puis les apôtres qui conversent dans

une expression pleine de vie et de réalisme. Nous voyons là une œuvre d’une

grande finesse, d’une grande élégance et qui, par la précision du détail et le

cloisonnement des scènes rappelle les panneaux d’orfèvrerie : original ! Le

cloître roman ruiné lors de la guerre de Cent Ans a été restauré fin XV e dans

un style gothique flamboyant. Il faut

s’attarder dans la salle capitulaire

Maison, Martel.

(Photo Y. et J. Chantal)

pour admirer une Mise au tombeau

tout à fait remarquable. Classique

dans son ordonnancement, elle peint

la douleur des différents personnages avec beaucoup de finesse, de

psychologie, de retenue ; ici nous dépassons l’illustration religieuse, nous

atteignons l’humain universel devant la perte d’un être cher. À Carennac il

faudrait encore prendre le temps de parcourir les ruelles pour découvrir, entre

autres détails architecturaux, des portes et fenêtres Renaissance.

Mise au Tombeau, Carennac.

(Photo M. Morand)

Amis du Carrefour si vous ne connaissez pas ces différents sites ne

vous fiez pas à ce résumé taillé à la hache et beaucoup trop court pour rendre

compte de toutes les richesses d’Aubazine, Martel et Carennac. Tenez, par

exemple, en vous promenant dans les rues de Martel vous tomberez

certainement sur cette maison : elle ne se trouve pas dans les guides mais elle

vaut le coup d’œil…

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Y et J. C.


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Sainte-Radegonde. Talmont

(Photo Y. et J. Chantal)

« LE CARREFOUR RETROUVE L’HERMIONE »

22, 23, 24 mai 2012

Comme nous étions partis pour une « potée auvergnate » à Issoire en 2010, cette année nous gagnons

Rochefort pour une « chaudrée charentaise ». Le terme évoque la diversité des ingrédients de cette excursion avec,

pour donner plus de saveur, Hermione, la réplique de la frégate qui emmena La Fayette vers l’Amérique… Ami

lecteur, vous ne trouverez dans le petit catalogue ci-dessous qu’un pâle reflet de la richesse de notre excursion.

Mardi 22 mai

Nous nous arrêtons à Talmont pour déjeuner et le fait mérite d’être signalé, car la salle de notre restaurant

offre une vue panoramique fort agréable sur une anse de l’estuaire de la Gironde, avec ses

falaises et ses carrelets de pêcheurs. Puis nos guides nous font découvrir le village (un des

« plus beaux villages de France ») : les maisons basses blanchies à la chaux et aux volets

bleus s’alignent le long de ruelles bordées de fleurs. L’estuaire, ici fort large, constitue

une très ancienne et importante voie de pénétration maritime qui prit son essor pour le

commerce du vin du temps d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantagenet le roi

d’Angleterre… vieille et lancinante histoire. Dans ces eaux remuées par la marée

l’esturgeon s’est fait rare mais on pêche encore l’alose, l’anguille, la lamproie, la civelle

pour la réputation culinaire de la région.

Sainte-Radegonde, juchée sur le rempart dominant les eaux, se découvre à nous

par son chevet et mieux vaut en regarder la photo que le décrire. La façade révèle

également son caractère roman saintongeais avec ses différents registres, ses arcatures,

son décor de personnages, de feuillages, d’animaux fantastiques.

Puisque nous parlons d’art roman saintongeais rendons-nous devant Notre-Dame

de Rioux où Jacques nous en détaille les caractéristiques

devant la façade animée par ses corniches, frises, colonnes,

arcatures, sculptures variées d’une grande finesse. Rioux

est surtout connue pour son chevet en trois registres coupés de hautes colonnes portant

toute une série d’arcatures, de colonnettes et de corniches. Ici, on parle de « roman

baroque » pour qualifier cette exubérance du décor : formes géométriques, fleurs et

feuillages, masques, oiseaux, animaux fantastiques… A l’intérieur, cette volonté de

bien faire (de trop bien faire ?) va jusqu’à tordre en zigzags les colonnettes des

fenêtres.

A quelques kilomètres de là, à Saint-Trojan de Rétaud, malgré des

différences, nous retrouvons cet air de famille saintongeais avec un peu plus de sobriété

qu’à Rioux. Nous nous intéressons en particulier aux chapiteaux et modillons qui

développent une série de masques, de musiciens, d’acrobates, un bestiaire plus ou

moins fantastique, avec beaucoup de fantaisie et de minutie dans la sculpture. Les

artistes du XII e siècle semblent avoir eu, en particulier, une prédilection pour les

oiseaux finement ciselés.

Nous allons nous installer à l’hôtel à Rochefort avant d’aller dîner dans un

restaurant sur le port de plaisance ce qui joint l’utile à l’agréable.

Mercredi 23 mai

Aujourd’hui, avec notre guide, nous partons à la découverte de sites et de

monuments, petits ou importants, caractéristiques de cette région maritime de Charente.

Première curiosité : la croix hosannière de Moëze, bel exemple de ces petits

monuments funéraires qui se concentrent surtout en Poitou-Charente. Ces croix servaient

vraisemblablement pour des cérémonies funéraires ou lors de processions. Celle de Moëze,

de style Renaissance, témoigne d’une grande recherche par son architecture et sa sculpture.

Sur un vaste soubassement polygonal en gradins s’élève une sorte de petit temple à

péristyle finement sculpté et le tout dominé par une flèche portant une croix.

Pour nous rendre à Brouage, nous traversons le plat pays de marais, autrefois

marais salants, et d’ailleurs, Brouage fut d’abord un port pour le commerce du sel même si

nous éprouvons quelques difficultés à le concevoir alors que le bourg se trouve

aujourd’hui à six km à l’intérieur des terres. A première vue, devant les remparts, on pense

à Vauban… mais non. Brouage trouve sa vocation militaire avec Pierre d’Argencourt

Notre-Dame de Rioux

(Photo Y. et J. Chantal)

Croix hosannière de Moëze

(Photo Y. et J. Chantal)


quand Richelieu transforme la petite cité maritime en place forte pour contrer les protestants de La Rochelle et les

Anglais. Vauban intervient plus tard quand Louis XIV et Colbert créent l’arsenal maritime de Rochefort qu’il faut

protéger par toute une série de fortifications. Voilà pourquoi nous nous trouvons maintenant devant un quadrilatère de

forts remparts de 400 m de côté flanqué de fortins et d’échauguettes. Nous pénétrons dans la place, quadrillée au

cordeau, par la « Porte royale », comme il se doit. Nous visitons en particulier « la halle aux vivres » : ce très beau

bâtiment avec de gros piliers supportant des voûtes d’arête de brique et de pierre blanche présente une exposition qui

retrace toute l’histoire de la cité. Puis nous nous promenons sur les remparts dominant des marais à perte de vue.

Et nous voici maintenant embarqués pour Cayenne ! Rassurez-vous,

il s’agit simplement d’un port ostréicole de la commune de Marennes.

Chemin faisant notre guide nous donne quelques informations sur l’élevage

des huîtres dans la région, son importance économique mais aussi ses

difficultés dues aux maladies. Justement notre restaurant se trouve au bout du

bout de ce long chenal bordé de cabanes colorées et de pontons pour les

bateaux à fond plat.

Le pont qui relie « le continent » à l’île d’Oléron permet une vue

d’ensemble sur cette sorte de mer intérieure, vaste domaine de l’huître. A

notre droite, au bout des terres, Port Louvois dresse sa tour et ses

Chenal ostréicole de Brouage.

(Photo Y. et J. Chantal)

fortifications pour protéger le « pertuis de Maubuisson ».

Il faut voir Port des Salines

comme un conservatoire de ce milieu

des marais avec ses étangs, ses chenaux, sa flore et ses oiseaux, avec ses

cabanes aux couleurs vives, avec ses marais salants… Malheureusement, les

marchands du temple envahissent le site et les guides sont trop occupées pour

nous faire découvrir cet écosystème. Il nous reste à voir le musée qui retrace

tout le travail du sel, les marais salants reconstitués (pas encore en production

car trop tôt dans la saison)… et à acheter quelques petits sachets de cet « or

blanc ».

Nous l’avons dit, tout un réseau de fortifications entoure Rochefort,

voici encore une citadelle, et non des moindres, celle du Château d’Oléron.

Mêmes données qu’à Brouage (Richelieu, Pierre

d’Argencourt, Louis XIV et Vauban) pour donner

Lanterne des morts.

Saint-Pierre d'Oléron.

(Photo Y. et J. Chantal)

cette immense place forte dont nous ne visitons qu’une petite partie. Les puissants remparts

dominent la mer de très haut ; de là vue imprenable sur le port ostréicole bordé de ces

inévitables cabanes multicolores, et dans le lointain sur l’île d’Aix également fortifiée et sur

le fameux Fort Boyard.

Au cœur de l’île, à Saint-Pierre, la lanterne des morts domine le bourg de ses 25 m.

Comme les croix hosannières, ce type de construction, fréquent dans l’ouest, relève sans

doute également de rites funéraires en portant un fanal pour honorer les morts. Celle-ci

vraisemblablement du XII e siècle, passe pour être la plus haute et une des plus belles. Sur

une embase comportant un petit autel s’élève la haute et fine tour octogonale, chaque face

étant encadrée par une arcature romane ; ce long fût supporte une tourelle pentagonale

percée de fenêtres romanes pour la lumière du fanal ; une flèche et une croix surmontent ce

lanternon. Voici un édicule original et élégant.

Notre guide nous propose un crochet pour le retour afin de passer par le pittoresque

et touristique port de La Cotinière.

Jeudi 24 mai

Ce matin, Rochefort, car il nous faut revoir l’Hermione… qui a bien

changé depuis notre visite de 2002 ; la carcasse d’alors est devenue une

élégante coque colorée en cours de mise à flot. Derrière la figure de proue

conquérante s’étire un navire de 44 m de long (65 m hors tout) pour 11 m de

large. Elle semble prête, sabords ouverts, à recevoir ses 26 canons de 12. Il

reste encore à accomplir le long travail de gréement pour installer 1500 m 2 de

voiles sur trois mâts. On peut déjà imaginer la frégate voguant vers

l’Amérique… Mais certaines données laissent un peu perplexe : il aura fallu

18 ans de travail là où le chantier du XVIII e ne mit que 11 mois ! Et quand on

pense à la vie des marins à bord on frémit un peu.

La forme de radoub qui abrite la construction de l’Hermione fait

Port des Salines ; île d'Oléron.

(Photo Y. et J. Chantal)

L'Hermione ; Rochefort.

(Photo Y. et J. Chantal)

partie de ce vaste arsenal maritime du XVII e avec comme pièce maîtresse la Corderie Royale. Voulue par Colbert, la

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manufacture devait fournir la marine en cordage d’une encablure, d’où sa longueur de 300 m. Bien qu’industriel le

bâtiment relève de la pure tradition architecturale classique : une façade rythmée par des ouvertures régulières, un toit

mansardé en ardoise percé de lucarnes à frontons. A l’intérieur, exposition sur

le travail de la corde avec démonstration et c’est notre ami Jean-Claude qui

tourne la manivelle pour tordre le chanvre… avec pour souvenir un bout de

cordage à emporter.

Après le repas, nous voici tous installés sur la nacelle du pont

transbordeur pour traverser la Charente, à l’ancienne, afin de visiter un petit

musée consacré à l’ouvrage, le seul en état de fonctionnement en France.

Non, n’y voyez pas la main de G. Eiffel mais celle de Ferdinand Arnodin. Peu

importe, le pont témoigne bien de son époque, 1900, période de l’acier

triomphant. En effet, l’engin en impose : quatre pylônes de 66 m soutiennent

des rails de 175 m à 50 m au-dessus de la Charente, rails sur lesquels circule

Pont transbordeur ; Rochefort.

(Photo Y. et J. Chantal)

féodal du XV e , mais l’édifice a été profondément remanié au XVII e pour de

nouvelles baies et lucarnes, pour un majestueux escalier donnant sur un

balcon. De ce balcon, nous dominons des jardins à la française : quelle

perspective ! Le regard passe sur les allées bordées de buis et de statues,

passe sur une grande pièce d’eau, remonte un escalier monumental et va se

perdre dans une vaste allée au milieu d’un bois. L’intérieur reflète lui aussi

cette époque des XVII e et XVIII e siècles : vestibule, bibliothèque, grands

salons… cheminées, lambris, plafonds aux poutres peintes…, mobilier,

tapisseries, tableaux…, une riche reconstitution.

Après trois jours de dépaysement total, Yvette et Jacques nous

ramènent à Sarlat, le cœur un peu lourd car ce retour vers l’Hermione

constitue leur dernière excursion… en tant qu’organisateurs ! Mais la relève

pense déjà à « de nouvelles aventures ».

Le groupe des Français et des Logroñeses au bord de l’Ebre

le chariot qui porte notre nacelle.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons visiter le château de La

Roche-Courbon. Les grosses tours rondes crénelées lui donnent l’aspect

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NOTRE ÉCHANGE AVEC LOGROÑO :

AU CŒUR DE LA RIOJA

(27-29 avril 2012)

Château de La Roche Courbon.

(Photo Y. et J. Chantal)

Y.et J. C

Quand nous sommes arrivés, quatorze Sarladais, à la Escuela Oficial de Idiomas de Logroño, le vendredi 27

avril, à 17 h, nous avons été accueillis par Miguel

Casals Torres, le directeur de l’Ecole, les

professeurs et les étudiants qui nous attendaient. La

rencontre fut très cordiale, beaucoup se

connaissaient déjà puisqu’ils s’étaient rencontrés

l’an dernier.

Nous nous sommes tous dirigés vers le Salón

de Actos devenu théâtre pour l’occasion : une

charla-espectáculo (discussion-spectacle) était

prévue pour la nouvelle rencontre 2012, préparée

pour établir à nouveau le contact des Français avec

la Rioja, présentée par des Riojanos de souche et de

cœur.

L’un deux, anthropologue, Carlos Joaquín

Martínez Martínez nous a parlé de la formation

géologique de la Rioja, introduisant son propos en brandissant bien haut un fossile d’ammonite qui attira toutes les

attentions. Ce fossile, il l’avait trouvé sur un des sommets dominant la région...

Il nous conduisit, à l’aide de plans et de cartes, du début de la formation terrestre, passant par la dérive des

continents et la présence de la mer dans la Rioja, puis le retrait de cette mer au moment d’un soulèvement du sol lors

de la formation des Pyrénées, jusqu’à nos jours, tout en évoquant les changements climatiques et l’évolution de la


vie... Tout un voyage dans le temps qui a apporté des réponses à nos propres questions.

Le poète, Julio Arnaiz, a mis en valeur l’âme de la Rioja dans ses poèmes dont le recueil Algo de mí sera relu en

France.

Michel García, auteur compositeur bien connu dans son pays, nous a donné une idée de son répertoire musical à

la guitare et de ses chansons, utilisant parfois l’accompagnement de deux coquilles Saint-Jacques qu’il faisait

s’entrechoquer légèrement, rappelant ainsi le grelottement des castagnettes...

Quant à Federico Soldevilla, expert en thèmes riojanos, il est parti d’une série de photographies pour évoquer

Logroño et son évolution dans le temps, au bord de l’Ebre et sur le chemin de Saint-Jacques.

Il ne faut pas oublier le passage sur scène de la papillonnante et légère Gloria, professeur de danse

classique, élève de la Escuela de Idiomas, qui, tel un clown blanc, a donné une réplique brève et quelquefois à

contretemps bien étudié, aux quatre intervenants tout en les présentant... Ce fut une charmante symphonie, un accueil

des plus joyeux, des plus sensibles et tout se termina par la distribution d’un cadeau de bienvenue aux Sarladais : une

bouteille de vin de la Rioja, bien sûr, à l’étiquette de la Escuela Oficial de Idiomas, El fuero de Logroño, 1987-2012,

25 o Aniversario.

Un cru sélectionné pour le 25 e anniversaire de l’École, bien présenté dans sa bouteille au cachet de la Rioja et le

tout dans un emballage de toile cirée couleur vin à l’intitulé couleur or de l’Ecole... Élégance et classe.

Nous sommes partis ensuite vers la vieille ville où un rendez-vous avait été pris par nos correspondants avec un

artisan botero, fabricant de botas, c’est-à-dire de gourdes en cuir pour le voyageur à pied, le pèlerin de Saint-Jacques

ou toute autre personne amateur d’objets confectionnés dans la tradition.

Puis ce fut la visite de l’église Saint-Jacques (Santiago) dans la tour de laquelle nous avons gravi les 80 marches

d’un escalier en colimaçon, nous menant à l’extrados de la voûte. Après avoir gravi les dernières marches, les visiteurs

ont eu accès à une terrasse d’où ils ont pu voir la ville dans son ensemble.

Nous nous sommes rendus ensuite à la Sidrería San Gregorio, restaurant à la superbe voûte faite de briques

fines rouges, ancienne cave installée dans la vieille muraille de la ville... élégant et imposant, mais aussi succulent,

servant, bien sûr, des plats de la Rioja, où le jamón ibérico côtoie le chorizo a la sidra et la morcilla al vinagre de

Jerez.

Le lendemain fut un jour d’excursion vers Santo Domingo de la Calzada, étape importante sur la route de

Saint-Jacques de Compostelle, qui accueille, dans son prestigieux parador aux harmonieuses arcades gothiques, des

hôtes argentés, alors qu’à l’origine, il était une auberge hôpital d’accueil pour les pèlerins harassés...

La cathédrale, fraîchement restaurée et mise en valeur, nous a ménagé un moment de lente contemplation et de

ravissement des yeux et de l’esprit, assis devant le chœur tout en écoutant un jeune guide frais sorti d’une école des

Beaux-Arts qui évoqua fort clairement et fort intelligemment l’histoire du monument. Santo Domingo de la Calzada

transmet de génération en génération l’histoire d’un miracle médiéval où le saint serait intervenu pour sauver de la

mort un jeune pèlerin condamné à tort au gibet pour vol, et dans cette belle histoire, un coq et une poule rôtis seraient

revenus à la vie pendant un repas, confondant le juge... La cathédrale veille sur un couple de gallinacés placé dans un

joli poulailler bien sculpté, bien à la vue de fidèles...

On ne peut oublier, dans cette mémorable excursion, le rôle de présentatrice et d’animatrice de Carmen Soto,

heureuse de nous parler de la petite ville de Santo Domingo de la Calzada où elle est née, des légendes du chemin de

Saint-Jacques, en particulier celle de la poule et du coq miraculés, heureuse de chanter les chansons de sa jeunesse et

de fêtes avec ses amis de là-bas... Elle est allée jusqu’à danser devant nous et à entonner les chants de David Moreno,

le propriétaire des Bodegas David Moreno, lui donnant la note du départ... Un vrai boute-en-train, elle était l’âme du

voyage ce jour-là. Merci Carmen.

Passant par Ezcaray, « village enchanteur », aux rues bordées de soportales (galeries) de pierre et de bois, nous

avons vu un atelier de tissage artisanal de laine de belle qualité... un moment de rêve de confort.

Puis, la Rioja oblige, nous sommes entrés dans les Bodegas (les caves) David Moreno, une légende vivante, par

sa réussite malgré les difficultés, par son obstination, infatigable dans son travail de cata (il goûte les vins),

irrésistible par sa bonne humeur et ses chansons... une rencontre d’une grande rareté.

Le repas s’est pris dans ses caves et nous y avons goûté les délicieuses patatas a la riojana accompagnant les

chuletillas al sarmiento (la vigne était au rendez-vous avec ses sarmientos (sarments).

Puis ce fut la visite du monastère cistercien de Cañas où les vitraux de l’église sont remplacés par de l’albâtre

qui laisse passer une lumière blanche, la lumière divine.

La rencontre, ensuite, avec un alfarero (potier) de formes traditionnelles, nous a permis de voir des grandes

cruches de sorcières (nous avons su le détail par le récit du potier, qui a passé sa vie à recueillir les traditions potières

et par un visage de sorcière enchâssé dans la pâte).

Un coup d’œil fut jeté en passant sur une architecture étrange. Le cimetière de Navarrete, non loin de l’atelier

de potier, a un mur d’enceinte constitué des éléments d’une église romane en ruine : l’entrée du cimetière est le portail

de cette église. Dans le mur, se retrouvent encastrés, le bénitier, les colonnes...

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Repas dans la cave de la cidrerie,

à Logroño

Le repas du soir s’est pris avec les amoureux des bonnes tapas bien

rebondies, aux noms pittoresques et gourmands : pinchos matrimonios,

zapatillas de jamón con tomate... tout cela dans une atmosphère de brouhaha

assourdi des conversations diverses et animées, dont on n’entendait que le

roulement des voix entremêlées.

Le séjour s’arrêta le lendemain, le troisième jour à Logroño. Pour

terminer ce séjour riche en rencontres et découvertes, Ana Merino, notre

correspondante responsable à Logroño nous avait ménagé une lente

promenade au bord de l’Ebre, légèrement en crue, qui nous a permis de

décanter les impressions et de prendre conscience que la ville a ses cigognes,

ses promenades, un musée fort joli installé dans l’ancien abattoir au bord de

l’Ebre, dont on a su rétablir l’élégance par une restauration fort réussie...

Beaucoup ont pu y admirer des photos d’art d’oiseaux connus ou moins connus dont les couleurs extraordinaires

étaient révélées, parce que fixées sur une pellicule, alors que l’oiseau en mouvement ne permet pas toujours de les

voir.

Encore un repas, ensuite, nous a réunis : c’était le repas de la despedida, l’au-revoir, où une surprise nous

attendait : celle de tirer au sort l’heureux propriétaire de la bota avec laquelle il a fallu apprendre à boire...

Evidemment, une rencontre de ce genre a tout l’attrait de la découverte et de l’amitié d’un accueil cordial et

chaleureux. Le côté positif de la chose, c’est aussi et surtout les liens qui se sont noués entre les correspondants. Le

besoin de correspondre par E-mail ou par téléphone s’est fait ressentir toute l’année et les progrès dans la langue de

l’autre pays sont devenus nettement palpables chez tout un chacun.

Il a plu ?, il a fait froid cette année ? ... comme dans toute l’Europe, mais, comme dit Yvette, le soleil au cœur

était dans l’amitié.

J. L.

NOTRE ÉCHANGE AVEC LOGROÑO (LE RETOUR),

ENTRE BEYNAC ET SAINT-ÉMILION

(25-27 MAI 2012)

Nous proposons ici les impressions « à chaud » d’Amparo Contreras Pereda sur le séjour fait en Périgord par

nos amis Logroñeses mises en ligne seulement trois jours après l’arrivée dans la capitale de la Rioja, sur le site

logrosarlat.blogspot.fr de la Escuela Oficial de Idiomas de Logroño, ainsi que celles de Gloria Milon, autre élève, ou

d’Isabelle Cabard, enseignante dans la même école, et originaire de Saint-Pompon…

Nous sommes revenus très contents des retrouvailles avec nos amis sarladais. Comme d’habitude, nos

correspondants sont extraordinaires, très accueillants et totalement penchés vers nous. La fin de semaine a été une fête

permanente.

Dès notre arrivée, on a pu constater que des bonnes sensations liées à des visites inoubliables pour la beauté des

sites et monuments et du paysage, le cadre est exceptionnel : la promenade par les rues de Sarlat, la visite de la

forteresse de Beynac, l’un des plus beaux villages médiévaux de France (on a pu voir les gabarres naviguer sur la

Dordogne).

Pour finir ce premier jour, un dîner super dans la salle des fêtes de Cénac ! Quelle gentillesse ! Quel soin !

Comme ils se sont engagés pour la soirée ! À mon avis, ça à été une idée géniale afin de nous joindre pour les jours à

suivre. La soirée cabaret avec Le pas du Fou a été très, très amusante, nous avons beaucoup ri. En outre, Étienne a

proposé à Gloria de danser… Ça s´est fait et nous nous sommes régalés de son bon style.

Le jour suivant a commencé très tôt. L’emploi du temps était très serré. Du matin au soir, nous nous sommes

occupés à faire des visites à des endroits uniques comme l’église abbatiale Sainte-Marie à Souillac, le Musée de

l’Automate où on a pu voir des créations uniques des pantins articulés à moteur, très jolis et sympas. On a visité aussi

la Distillerie Roque, dont l´arôme de la liqueur de fruits envahissait le tout. Le soir, on a visité le site de Rocamadour

où, par la guide, on a connu l’histoire du moine fondateur, comment cet endroit est devenu l’un des passages du

pèlerinage du chemin de Saint Jacques. Les vues étaient très belles. Le dîner s’est passé très à l’aise, on a parlé de la

pluie et du beau temps.

Jack, le mari de Joëlle, m’a proposé de lire un livre que je trouve intéressant car l’histoire a des similitudes avec

Elle s’appelait Sarah, dont le titre est Les Bienveillances, prix Goncourt 2006. Je vais essayer de le trouver à Logroño

mais autrement il m’a dit qu’il va me l’envoyer.

Le dernier jour, dimanche, on est allé voir les vignobles à Saint-Émilion, où nous avons fait une

« dégustation » et visité un château, nous avons acheté des souvenirs et des bonbons aux chocolat, humm ! Le repas a


été très convivial, on a parlé, ri, chanté, dansé..., bref tout a été parfait.

Tout au long du retour, nos amis étaient dans notre esprit. Enfin, je pense que nous faisons tout à fait partie d’un

réseau social vivant et enrichissant.

Amparo Contreras Pereda

Le vendredi 25 mai bourgeonnait sur l’horizon et en face de l’École de Langues à Logroño un petit groupe

d’élèves se disposait à entreprendre le voyage au Périgord Noir. Les kilomètres se succédaient tandis que nous

bouillions d’impatience pour retrouver nos amis français. Nourris par le soleil, nous avons été reçus par nos

amphitryons dans la belle ville médiévale de Sarlat. La joie inondait nos cœurs. Trois jours merveilleux

commençaient en partageant chaque moment dans un échange très amical d’expériences, de connaissances, des

sentiments... dans une atmosphère d’un mutuel enrichissement franco-espagnol. Le dîner du premier soir qui a suivi a

été particulièrement émotif. Une mention spéciale à Marie-Jeanine pour sa contribution au succès de cette veillée.

Toutes mes félicitations à Patricia Lebailly et sa troupe de théâtre pour sa représentation magnifiquement interprétée et

sa mise en scène dans le noir et le rouge. Toutes les visites et excursions ont été magnifiques, surtout Rocamadour

avec ses sanctuaires et ses constructions impressionnants à flanc de rocher. Merci pour tout.

Gloria Milon

C’est avec enthousiasme et plaisir que nous avons passé ces journées en compagnie des Sarladais, une

rencontre, qui dès le début s’est placée sous le signe du soleil. Il faisait chaud

et la lumière faisait ressortir la pierre des jolies maisons du Périgord. En

effet, le soleil a brillé tout au long du séjour, symbole d’un accueil

chaleureux, convivial et familial. Les visites choisies inscrites dans un cadre

naturel impressionnant (pierres et végétation confondues : château de

Beynac, sanctuaire de Rocamadour…) ont intéressé vivement les esprits et

constitué un régal des yeux, la gastronomie locale a été aussi au rendez-vous

(les plats et les desserts faits maison ainsi que les terrines, les confits de

canard, les moelleux au chocolat, et les tartes aux poires… ont été un vrai

Château de Beynac.

(Photo M. Morand)

culturel où chacun a su profiter des moments qui lui ont été offerts.

délice... et un grand merci au spectacle cabaret qui a joliment agrémenté la

soirée du vendredi soir et qui a aussi beaucoup plu.

Bref, notre échange a été un véritable enrichissement linguistique et

PROPOS OU PENSÉES EN QUÊTE D’AUTEURS

41

Isabelle Cabard

Essayez de retrouver quels sont les auteurs des propos ou des pensées qui suivent, réunis par Roger Nouvel.

Pour vérifier vos propositions, vous retrouverez les réponses en bas de page.

1 – C’est un secours extraordinaire pour un être humain d’avoir été aimé.

Sigmund Freud ou Alphonse de Lamartine ?

2 – Le malheur de ceux qui ont trop aimé les femmes, c’est de les aimer toujours.

Joseph Joubert ou Dominique Stauss-Kahn ?

3 – Quand je suis seul, je suis en mauvaise compagnie.

Paul Valéry ou Jean-Paul Sartre ?

4 – Le rêve est une seconde vie.

Gérard de Nerval ou Alfred de Musset ?

5 – La femme est la propriété de l’homme comme l’arbre à fruits est la propriété du jardinier car la femme

donne des enfants mais c’est l’homme qui en décide.

Napoléon I er ou le Pape Pie XII ?

6 – La monogamie laisse beaucoup à désirer.

Francis Blanche ou François Mitterrand ?

7 – J’ai légué tous mes biens à ma femme à condition qu’elle se remarie. Ainsi, il y aura tout de même un

homme pour regretter ma mort !

La Calprenède ou Scarron ?


42

8 – Quand le temps est maussade, dites-vous bien que c’est lui qui l’est, et pas vous. Rien ne vous empêche de

l’imiter mais ce n’est pas obligatoire.

Jules Renard ou Jean d’Ormesson ?

9 – Dans mon jardin, je laisse pousser les ronces et les orties car ces plantes sont les plus faciles à entretenir.

Alfred Jarry ou Claude Lacombe ?

10 – Les parents n’élèvent plus les jeunes, ils les financent.

Jacques Salomé, écrivain, ou Geneviève Feurstein-Garrigou ?

11 – Quand on est amoureux de sa vie et de celle des siens, on doit chercher à découvrir les signes avantcoureurs

du futur proche.

Michel Serres ou Jean Nouvel ?

12 – Ce n’est pas que j’aie peur de mourir, mais je préfèrerais ne pas être là quand ça arrivera !

Woody Allen ou Alphonse Allais ?

13 – Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d’autre.

Louis Aragon ou Paul Éluard ?

14 – Nous n’avons rien à attendre d’un monde trop plein.

Claude Lévi-Strauss ou Francis Guichard ?

Réponses

1 – C’est Sigmund Freud.

2 – C’est l’écrivain philosophe Joseph Joubert ; natif de Montignac, qui fut sous l’Empire, l’un des premiers Inspecteurs Généraux de

l’Éducation, et qui fit créer à Montignac le premier Collège Public de la ville.

3 – C’est Paul Valéry.

4 – C’est Gérard de Nerval. Il s’agit de la première phrase de son ouvrage Aurélia.

5 – C’est Napoléon I er .

6 – C’est Francis Blanche.

7 – C’est l’écrivain Scarron, qui mourut encore jeune au terme d’une très dure maladie. Sa veuve, Mme de Maintenon, épousa, après le

décès de la reine Marie-Thérèse, le roi Louis XIV !

8 – C’est Jean d’Ormesson.

9 – C’est Alfred Jarry, l’auteur d’Ubu roi.

10 – C’est Jacques Salomé, psychologue et écrivain, mais Geneviève, notre présidente, pense, a-t-elle dit, à peu près comme lui.

11 – C’est Jean Nouvel, dans l’éditorial d’un numéro d’Architecture d’Aujourd’hui.

12 – C’est Woddy Allen.

13 – C’est Paul Éluard.

14 – C’est Claude Lévi-Strauss, mais Francis Guichard a dit, lors d’une intervention après une conférence, qu’il pensait (et je pense de

même) que l’explosion démographique dans le monde était l’un des plus grands dangers pour notre Terre.

Elle nous a quittés

Une très amicale pensée pour Germaine Meyer

Germaine Meyer, qui nous a récemment quittés, avait très activement participé à l’essor du Carrefour

universitaire au cours des douze premières années d’existence de l’association.

Après avoir dirigé pendant longtemps la pharmacie de l’extrémité de la Traverse, et après l’avoir confiée à son

fils Michel Vial, elle vécut une retraite fort occupée par les soins attentifs qu’elle accordait à sa famille mais aussi par

sa passion pour les arts musicaux. Pianiste virtuose, elle s’était créé un groupe d’amis qui aimaient beaucoup la

musique et le chant. Et elle offrit au Carrefour des conférences particulièrement bien préparées avec un grand choix

de textes et d’images. Ces conférences étaient toujours enrichies par la présentation de morceaux de musique exécutés

par elle-même ou par ses amis, et par des chants.

Sa première conférence concerna l’œuvre de Frantz Schubert. Au cours des années suivantes, nous eûmes la

présentation de la vie et de l’œuvre de Robert et de Clara Schumann, puis de Chopin et de Beethoven. Mme Meyer

était assistée par l’admirable soprano qu’était Madeleine Turpin et souvent par d’excellents instrumentistes comme

Olivier Herman et Hélène Tsitsiridès.

Il faudrait lire les comptes rendus de ses conférences en feuilletant la collection des Bulletins du Carrefour

universitaire pour voir combien les interventions de Mme Meyer et de son groupe furent appréciées. En conclusion

R. N.


du compte rendu de l’une des conférences données sur Chopin (il y en eut deux), on peut lire ceci : Mme Meyer, au

piano, accompagnait admirablement la belle voix de son amie Madeleine Turpin… Ce fut un après-midi de rêve…

A ses enfants et petits-enfants qu’elle aimait tant – et parmi lesquels il y a aussi de véritables artistes – nous

disons que nous étions nombreux au Carrefour universitaire à avoir pour Germaine Meyer, vive sympathie et

respectueuse admiration.

R. N.

SELECTION BIBLIOGRAPHIQUE

* Autour des conférences :

Cabanes en pierre sèche :

- Christian LASSURE et Dominique REPERANT : Les cabanes en pierre sèche de France, Edisud, 2006. CERAV.

- Christian LASSURE : La pierre sèche, dans L’architecture vernaculaire, 1997, CERAV.

- Christian LASSURE : Essai de classification fonctionnelle des constructions en pierre sèche du Lot, CERAV.

- François POUJARDIEU : Les cabanes en pierre sèche du Périgord, éditions du Roc de Bourzac.

- COLLECTIF, Patrimoine de pays en Périgord, Éd. Du C.A.U.E., 2000.

Liens Internet

- http ://www.panoramio.com/user/366476

- http://www.panoramio.com/user/4370973

- http://www.panoramio.com/user/2989153

- http ://www.pierreseche.com

- http ://pierreseche.chez-alice.fr/index.html

- http ://www.pierreseche.net

- http ://www.pierre-seche.eu/categorie/cabane-s-en-sarladais/

- http ://www.maisonpierreseche.com/fr/index.htm

- http ://fr.wikipedia.org/wiki/Cabane_en_pierre_s%C3%A8che

- http ://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_s%C3%A8che

Pigeonniers :

- Michel LUCIEN, Pigeonniers en Midi-Pyrénées, Massin, 2008.

- Dominique LETELLIER, Pigeonniers de France, Privat, 2003.

Quelques liens Internet concernant les pigeonniers

Pigeonniers en Périgord : http://pigeonniers24.free.fr/

Pigeonniers de France http://pigeonniers-de-france.chez-alice.fr/

Robert Merle :

- Pierre MERLE, Robert Merle. Une vie de passions. Biographie, éditions de l’Aube, 2008.

Démarche scientifique des sciences de l’évolution :

- Georges LECOINTRE, Les sciences face aux créationnismes : remobiliser le contrat méthodologique des

chercheurs. 2012, Quae.

* Art et Histoire en Périgord Noir, Bulletin de la Société d’Art et d’Histoire de Sarlat et du Périgord Noir :

Dans sa nouvelle présentation, le bulletin de la Société d’Art et d’Histoire de Sarlat et du Périgord Noir

confirme la variété des thèmes de recherche abordés par les auteurs. Au sommaire de ses

derniers numéros :

N° 128, 1 er trimestre 2012 :

- Annick LEBON-HÉNAULT, La Société d’Art et d’Histoire à la découverte de la

Russie, p. 5-6.

- Annick LEBON-HÉNAULT, Chroniques de la paroisse de Carlucet du XVII e au

XVIII e siècle. 1 re partie : De la générosité de François de Costes à l’efficace gestion de

Pierre Blanche, p. 7-26.

- Jean-Emmanuel de FERRIÈRES DE SAUVEBŒUF, Réflexions autour des fontaines

monumentales du château de Sauvebœuf, p. 27-45.

- Claude LACOMBE, Sur deux croix d’autel en ivoire, des XVII e et XVIII e siècles,

ayant fait partie du trésor de la cathédrale de Sarlat, p. 46-48.

43


44

N° 129, 2 e trimestre 2012 :

- Annick LEBON-HÉNAULT, Chroniques de la paroisse de Carlucet du XVII e au

XVIII e siècle. 2 e partie : Des embarras du « secondariat » avec Etienne Ourtal à la

fracture révolutionnaire, p. 59-77.

- Anne BÉCHEAU, Histoire du repaire noble de Chignac, à Castelnaud-La Chapelle des

origines au XIX e siècle, p. 78-82.

- Patricia ALCABEZ, Analyses des actes d’un mariage à Saint-Cyprien au XIX e siècle,

p. 83-90.

- Michel LASSERRE (Document glané par), La légende de Castel-Réal, p. 91-92.

INVITATION À LIRE…

* Guy MANDON, avec une préface de Jean-Pierre POUSSOU, 1789 en Périgord. La Révolution et les chemins de la

liberté, éd. Sud-Ouest, 2012, 412 p., ISBN 978-2-8177-0163-9

Voici trois ans, Guy Mandon avait capté l’attention des sarladais en nous présentant l’année 1789 en Périgord, à

la Société d’Art et d’Histoire. C’est désormais en lisant les 400 pages de son ouvrage publié aux éditions Sud-Ouest

que nous pouvons suivre les Périgourdins sur leurs chemins de liberté. Car le but de l’auteur n’est pas seulement de

narrer les faits qui ont émaillé les vingt mois qui vont de l’annonce de la convocation des

Etats généraux aux élections municipales de 1790. Il est surtout question d’inviter le lecteur

à rechercher, au long des chemins de liberté que s’ouvrent ses habitants, les ressorts qui

font le Périgord révolutionnaire.

L’auteur le fait en constatant de bout en bout une réalité : s’ils sont réunis en mars

1789 à Périgueux pour élire leurs huit députés, les Périgordins sont pour le reste sur des

logiques très différentes, dans des cadres que l’Ancien Régime n’a cessé de renforcer et qui

opposent de part et d’autre de l’axe des fleuves les élections de Périgueux et de Sarlat.

L’étude des trois phases qui scandent la période montre bien cette opposition : au cours du

deuxième semestre de 1788 quand il s’agit de se mobiliser pour la renaissance des États

particuliers du Périgord ; au cours de l’été et de l’automne de 1789 quand s’impose

l’obligation de s’organiser face au vide du pouvoir créé par le 14 juillet ; enfin à l’hiver

1790 quand s’engage le grand mouvement paysan qui parcourt le Sud-Ouest de la France

dont le Sarladais est l’un des points de départ.

Il y a donc bien une spécificité sarladaise de la Révolution en Périgord. Dominés au nord par le Conseil des

Communes de Pierre Éléonor Pipaud des Granges, le Sarladais doit beaucoup aux initiatives de personnages clefs

comme le comte de Beaumont, Loys et surtout Maleville dont l’auteur montre l’originalité politique, construite dans la

rigueur d’un patriotisme conservateur, soucieux de l’enracinement des acquis révolutionnaires et des premières lois

qui les consacrent et très résolu à protéger ces acquis d’un monde rural que les revendications antiseigneuriales et la

cherté liée à la crise frumentaire peuvent pousser aux excès. Là est l’esprit de la Confédération sarladaise qui engage

autour de Sarlat villes et bourgs du Sarladais dans un pacte défensif. Là aussi probablement est la coupure avec un

monde rural dont le rôle dans l’accélération du vote de la loi de mars 1790 est souligné.

Au fond, la recherche de ces chemins de la liberté dans laquelle on a pu voir un simple renouvellement de la

tradition croquante de la révolte, montre surtout des acteurs au cœur de leur époque. Etre révolutionnaire, en Périgord

en 1789 et en Sarladais en particulier, cela correspond à des comportements politiques fortement repérables. L’intérêt

de l’ouvrage de Guy Mandon est dans la façon de nous engager dans cette recherche. Notons que l’ouvrage est

prolongé par un blog http://1789-en-Perigord.blog4ever.com qui permet de retrouver l’histoire des villes et villages en

révolution et d’ouvrir certains dossiers qui nous permettent de poursuivre le dialogue avec l’auteur.

G. M.

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