Les tropiques, jardin nourricier - Cirad

cirad.fr

Les tropiques, jardin nourricier - Cirad

LA

DE

HALLE

VILLETTE

GRANDE

15


SEPTEMBRE

1999

Le Cirad

et le Jardin

planétaire à la

Grande Halle de

la Villette

-

JANVIER

23


PARIS,

2000

LES TROPIQUES,

le jardin nourricier


CIRAD

Centre

de coopération

internationale

en recherche

agronomique

pour le

développement

42, rue Scheffer

75116 Paris

Téléphone :

01 53 70 20 22

Télécopie :

01 53 70 21 44

www.cirad.fr

Crédit photos et illustrations

(de gauche à droite et de haut en bas)

Les tropiques, l’autre jardin

(pp. 2 et 3) :

Illustration originale de Terri Andon –

Zébus Afar, © Cirad-Emvt – Pluie-

Averse, © Sunset – Désert, Brossard,

© Sunset – Savane à Madagascar,

C. Lanaud, © Cirad – Ouragan El Niño,

© Weather Stock/Sunset – Lutte contre

l’ensablement au Maroc, V. Dollé,

© Cirad – Ouragan Georges, Weather

Stock, © Sunset – Illustrations originales

de Helen Larkins.

Les tropiques, une histoire

(pp. 4 et 5) :

Groupe de bovidés, Sahara, Acacus,

Lybie (environ 2000 avant notre ère),

© Y. et C. Gauthier – Outils

préhistoriques, © Agropolis Museum –

Le Jardin d’essai d’Alger. Carte

postale – Scène de labourage en

Égypte. L’Illustration, 1847

(Bibliothèque municipale de

Montpellier) – Liste des plantes

cultivées, extrait du Rapport du Jardin

d’essais de Camayenne, Guinée

française, 1899 (Document Cirad) –

Greffage d’orangers dans les serres de

l’Institut national d’agronomie

coloniale, © Cirad – Moissonneuses,

Canada, Masterfiles, © Pix –

Hélicoptère, 1957 (Bibliothèque

municipale de Montpellier), © Science

et Vie – © Agropolis Museum – Barrage,

M. Morell, © IRD – Plantation

d’arachides, © Cirad – Serres, © Cirad.

Couverture : Illustration originale de

Terri Andon

Coordination : Anne Hébert, Cirad,

Direction des relations extérieures

Textes : Pascale Ammar-Khodja,

avec la collaboration des chercheurs du

Cirad et de l’Ird

Création et mise en pages :

Denis Delebecque, Bernard Favre,

Pascale Thiers, Louma productions

© Cirad août 1999

Plusieurs exemples et références de cette brochure ont été

tirés de documents de la Fao (Rome, Italie).

Certaines des pages (en particulier la première et la dernière

double page) ont été élaborées en collaboration avec

Agropolis-Museum (Montpellier). Agropolis-Museum

présente au public une exposition permanente sur les

agricultures et les nourritures du monde, avec notamment

la Fresque historique de l'alimentaire, Paysages du monde,

Aliments du monde, Nourritures du monde, Boissons du

monde, Banquet de l'Humanité.

Agropolis-Museum est ouvert au public tous les jours

sauf le mardi de 14 à 18 h 00. Agropolis-Museum

est aussi un musée virtuel : www.agropolis.fr,

rubrique Agropolis-Museum.

E-mail : museum@agropolis.fr

Tél. : 04 67 04 75 00

Fax : 04 67 04 13 69

Ce document a été édité par le Cirad

à l’occasion de l’exposition promenade

« Le Jardin Planétaire » organisée du

15 septembre 1999 au 23 janvier 2000

à la Grande Halle de la Villette.

Il a été réalisé avec le concours :

• du ministère des Affaires étrangères,

Sous-Direction de la recherche ;

• du ministère de l’Aménagement

du Territoire et de l’Environnement ;

• de l’Agence française pour le

développement (AFD);

• du Fonds français pour

l’environnement mondial

(FFEM).

GROUPE AGENCE

FRANCAISE DE

DEVELOPPEMENT

F

F

E

M

Les tropiques, une diversité

(pp. 6 et 7) :

Collecte de matériel biologique,

© Cirad – Paysage de forêt tropicale,

Japack, © Sunset – Caméléon,

C. Lanaud, © Cirad – Ornithorynque,

in Voyage de découvertes aux terres

australes, Freycinet et F. Péron,

1816 (Bibliothèque municipale de

Montpellier) – Grenouille, C. Lanaud,

© Cirad – Illustrations du radeau des

cimes par Jean-Louis Tripp.

Les tropiques, des ressources

(pp. 8 et 9) :

Arche de Noé, illustration originale de

Terri Andon – Interprétation d’image

Spot, plantation d’hévéa au Liberia,

© Cirad – Parc Naukluff, Namibie, FLPA,

© Sunset – Chutes d’Iguazu à la

frontière du Brésil et de l’Argentine,

J. Warden, © Sunset – Sécheresse en

Thaïlande, Kittprempool, © Still

Pictures – Tsé-tsé en position de

piqûre : Glossina fuscipes fuscipes,

Newstead, 1910, B. Geoffroy et

D. Cuisance, © IRD/Cirad – Troupeau,

© Cirad-emvt – Petite fille portant du

poisson, Mauritanie, Demi Onep, © Still

Pictures – Éléphants et impalas,

Zimbabwe, I. de Szoborowski, © Cirad.

Les tropiques, un enjeu

(pp. 10 et 11) :

Marché de poissons à Dhaka,

Bangladesh, Shehzad Noorani, © Still

Pictures – Rizière, C. Poisson, © Cirad

Rizière en Guinée, C. Poisson, © Cirad

Rizière aux Philippines, C. Poisson,

© Cirad – Rizière d’altitude, C. Poisson,

© Cirad – Riz, C. Poisson, © Cirad

Rizière en Indonésie, © A. Rival –

Illustrations de Helen Larkins.

Les tropiques, un défi

(pp. 12 et 13) :

Enfants à Madagascar, C. Lanaud,

© Cirad – Marché d’Abidjan,

C. Lanaud, © Cirad – Récolte de thé en

Malaisie, C. Lanaud, © Cirad – Rizière

au Bangladesh, Shehzad Noorani,

© Still Pictures – Labour dans une

rizière au Bangladesh, Shehzad

Noorani, © Still Pictures – Marché de

Chichikastenan, Guatemala,

Timmermann, © Sunset – Cerrados

Brésil, R. Billaz, © Cirad – Culture de

soja dans une couverture de paille de

riz, L. Séguy, © Cirad – Rocinha, Rio de

Janeiro, John Maier, © Still Pictures –

Dhaka, Bangladesh, Shehzad Noorani,

© Still Pictures.

Les tropiques, des nourritures

(pp. 14 et 15) :

Illustrations de Helen Larkins.


Les tropiques,

l’autre

jardin

Forêt

équatoriale,

déserts brûlants,

steppes arides

du Sahel, savanes herbeuses, lagunes, marécages…

la zone intertropicale présente une grande variété

de paysages, de cultures et de modes de vie.

Les tropiques ne connaissent pas d’hiver

rigoureux, de printemps fleuri, d’été torride

et d’automne coloré. Sauf en altitude et

dans les déserts de latitude élevée, les tropiques

ne connaissent pas le gel. À l’exception de la

zone équatoriale, deux saisons liées au rythme

des pluies se partagent l’année : une saison sèche

relativement fraîche

de décembre à

février, puis de plus

en plus chaude

jusqu’en avrilmai,

et une

saison des pluies

correspondant

à l’été dans

l’hémisphère nord.

La pluie constitue

la principale préoccupation

des populations tropicales qui

redoutent terriblement la sécheresse. Les

précipitations sont, en effet, très variables et

imprévisibles. Sous les tropiques, il pleut trop,

ou pas assez.

« Le cultivateur qui a connu la

sécheresse ne l’oublie jamais.

Des années plus tard, loin de

l’Afrique, dans le climat humide

d’une région septentrionale,

il s’éveille en sursaut la nuit au bruit

d’une soudaine averse et s’écrie :

enfin, enfin! »

Karen Blixen, Hors de l’Afrique

« L’attitude d’un Indien

en face des nuages et de la pluie

demeure fondamentalement différente

de celle d’un Occidental. Pour le

premier, nuages est synonyme

d’espérance; pour l’autre, il évoque la

consternation. L’Indien scrute le ciel,

et si le soleil est caché par un

cumulus, son cœur se remplit

d’allégresse. »

Khushwant Singh

Au regard de la place qu’il occupe au cœur des débats

de société et de développement, l’environnement

constitue désormais un enjeu politique et

socio-économique vital.

Pour relever le défi, la France se doit de :

• assister ses partenaires en matière de gestion des

ressources naturelles, supports de leurs économies (forêts,

grands fleuves, eaux souterraines, ressources halieutiques,

sols, diversité biologique…);

• parfaire la connaissance scientifique des phénomènes et

l’analyse approfondie des interactions homme-nature;

• privilégier des actions de terrain exemplaires et

reproductibles.

Mexique

Dans une petite vallée sèche à 1600 mètres d’altitude, Las

Fuentes est un village de hauts plateaux tempérés, siège

d’un ejido – une forme juridique particulière d’usage de la

terre, qui est attribuée de façon communautaire à un

groupe de paysans; il abrite également des paysans sans

terre, mais aucun propriétaire privé, à la différence des

villages voisins où subsistent quelques héritiers des anciens

grands domaines constitués à partir de la conquête

espagnole, les haciendas.

À plusieurs reprises, Chava Martinez a été élu président

du conseil de l’ejido. Plus jeune il partait chaque année

travailler aux États-Unis.

Aujourd’hui, les relations qu’il a tissées avec

l’administration locale lui permettent de négocier le

financement d’un puits collectif pour l’irrigation, ou des

arrangements concernant le

remboursement des dettes de l’ejido.

Pour lui et sa famille, une mauvaise

récolte serait dramatique si la

banque publique se montrait trop

stricte.

La conjoncture actuelle de

restriction des aides l’inquiète.

Brésil

Munifumi Mitsubara est le pionnier d’une agriculture respectueuse de

l’environnement. Il vit dans les zones tropicales du Mato Grosso où sa

famille s’est installée après avoir quitté le Japon au début du siècle. Au

cours des années 80, il a accueilli pendant plusieurs années, dans son

exploitation (la Fazenda Progreso), les expérimentations conduites par le

Cirad sur des techniques de semis réalisé sans labour directement sur une

couverture végétale. Il y consacra plusieurs dizaines d’hectares

et des financements très conséquents.

La Fazenda Progreso, de 2000 ha environ, est située dans les fronts

pionniers de la route conduisant de Cuiaba (MT) à Santarem (PA), dans

les Cerrados. M. M. l’avait acquise au début des années 70 alors qu’il

était marchand de grains dans le sud du Brésil. Il décida de s’y installer

quelques années plus tard, en abandonnant ses activités antérieures

pour y cultiver du soja. Mais, à cause de l’érosion engendrée par la

monoculture (le soja ne se cultive qu’une partie de l’année, entre-temps

les sols sont à nu) et les outils de labour, il a dû modifier

ses pratiques culturales.

Son sens aigu de l’observation, le soin qu’il a apporté à mettre en œuvre

sur ses propres parcelles les recommandations issues de la recherche, lui

ont permis de suivre pas à pas les étapes qui ont conduit à la maîtrise du

semis direct dans des couvertures permanentes, et d’améliorer

considérablement les résultats de son exploitation (augmentation des

rendements, diminution des dépenses d’intrants, diversification des

cultures, constitution d’un élevage très performant...).

Membre influent de la Coopérative locale, il a joué un rôle déterminant

dans l’adoption massive de ces techniques par les autres agriculteurs

(plusieurs centaines de milliers d’hectares en quelques années).

Aussi modeste que studieux et entreprenant, il est sans cesse

à la pointe du progrès technique.

Les actions du ministère des Affaires Étrangères

Ses objectifs sont :

• chez ses partenaires, contribuer à la conservation de

l’environnement, appuyer la mise en œuvre d’opérations

de développement durable, former des compétences;

• pour elle-même, valoriser son expertise et élaborer des

positions françaises sur l’enjeu environnemental;

• en multilatéral, rechercher les cohérences dans les

actions afin de mieux rentabiliser les ressources financières

disponibles.

Dans son engagement pour la protection de l’environnement,

la France intervient dans le cadre des conventions

internationales issues de la Conférence de Rio sur le

développement durable (1992).

Le soleil, à la verticale dans les régions

tropicales, fournit une énergie

considérable, théoriquement favorable

pour la production agricole. Mais les

tropiques sont un milieu fragile :

l’aridité et la sécheresse, l’agression des

pluies et l’érosion, la dégradation de la

matière organique des sols…

constituent de fortes contraintes au

développement de l’agriculture.

2


Burkina Faso

Amidou habite la région de l’Oudalan à l’extrême nord du Burkina Faso.

Cette région est caractéristique du milieu sahélien. Une pluviosité

moyenne annuelle de 350 à 400 mm, en une seule courte saison des

pluies, permet d’y pratiquer à la fois une culture extensive de mil et un

élevage plus ou moins mobile.

Plusieurs groupes ethniques d’agro-pasteurs (à la fois agriculteurs et

éleveurs), sédentaires ou semi-nomades, coexistent dans l’espace régional.

Si certaines unités de production familiales se consacrent prioritairement

à l’élevage et d’autres à l’agriculture, la plupart combinent ces deux

activités. Les semi-nomades, contrairement aux sédentaires, s’installent

pendant la saison sèche sur les terres cultivables afin d’y concentrer la

fumure animale grâce au parcage des troupeaux; pendant la saison des

pluies, ils habitent à l’écart des champs pour que les animaux

n’occasionnent pas de dommages aux cultures.

Le mil et le lait constituent les bases de l’alimentation. La vente

d’animaux permet d’acheter sur les marchés les compléments céréaliers

nécessaires et les autres biens de consommation. En période difficile, des

activités complémentaires, telles que la cueillette (de nombreux végétaux

sauvages permettent de diversifier et de compléter la ration alimentaire) et

surtout le travail des hommes lors des migrations lointaines, peuvent être

indispensables à la survie de la famille et à la reconstitution du cheptel.

Comores

Les Comores sont un archipel de l’océan Indien, au large de Madagascar et des

côtes africaines. C’est là qu’Ahmed vit avec sa famille, sur l’île la moins

peuplée, Mwali, dans un village de pêcheurs au bord du lagon. En fait, comme

beaucoup de Comoriens, Ahmed est pêcheur-agriculteur : le produit de la

pêche lui permet de compléter la nourriture habituelle, ou d’acheter du riz et

d’autres denrées lorsqu’il vend suffisamment de poisson : c’est ce qu’on appelle

la pêche vivrière.

Ahmed ne peut pas prendre la mer tous les jours avec sa « galawa », une

pirogue à deux balanciers : elle est trop fragile lorsque la mer est agitée,

pendant la période de mousson par exemple, d’octobre à mars. Il pêche surtout

la nuit, sur le récif, avec une lampe à pétrole. Il utilise des lignes de fond ou de

traîne et parfois des nasses ou un filet pour ramener des thons, des bonites et

des « capitaines ».

Avec sa femme, il cultive aussi un potager où il récolte du manioc, des

ignames, du maïs, des légumes. De plus, la cocoteraie plantée autour du village

permet d’utiliser les fruits pour se nourrir, pour fabriquer de l’huile, du savon,

des bougies, et les palmes pour tresser les toits et les cloisons des maisons.

Ahmed espère pouvoir bientôt obtenir un prêt pour acheter une « japawa »,

une barque en plastique insubmersible dont le gouvernement encourage l’achat

pour développer la pêche artisanale. Elle lui permettra de sortir plus souvent et

d’aller plus loin.

Sri Lanka

Cameroun

Gaston Bivina habite Ekali, un village de

la zone forestière camerounaise, situé à

environ 50 km de Yaoundé. Dans le

village coexistent deux systèmes

d’arbitrage : celui des notables et celui de

l’administration territoriale. Comme tous

les anciens, Gaston fait partie du Conseil

des notables.

Comme bon nombre de petits planteurs

tropicaux, Gaston, gros travailleur, a

planté, année après année, des cacaoyers,

« capital arbres » capable de donner un

revenu régulier lui permettant de marquer

son droit sur le sol par rapport à ses

voisins. Sa femme se consacre

aux cultures vivrières, qui peuvent se

vendre mais qui sont surtout produites

pour nourrir la famille (manioc,

banane plantain…).

Jusqu’à une date récente,

Gaston a bien maîtrisé son activité

agricole, en cohérence avec sa force

familiale de travail.

De 1956 à 1991, la collecte du cacao

était effectuée sous le contrôle de

l’administration camerounaise qui fixait

un prix garanti aux producteurs.

À présent, la libéralisation des échanges

laisse les petits planteurs seuls face aux

commerçants. En outre, la tendance

actuelle à la baisse des cours

du cacao est pour eux un élément

supplémentaire de fragilité.

Ouganda

Samwiri habite la région du

Kigezi au sud-ouest de

l’Ouganda. Cette région

d’altitude, située sur l’équateur,

est très vallonnée et très peuplée.

Comme la plupart de ses

compatriotes, Samwiri se

consacre aux cultures vivrières

qui lui permettent de nourrir sa

famille.

Grâce à des sols très fertiles et à

deux saisons des pluies, il récolte

toute l’année du manioc, des

patates douces et des bananes

plantains et deux fois par an des

haricots, du maïs et du millet.

Mais, dans sa région, les

agriculteurs sont très nombreux

et ne possèdent, comme lui, que

peu de terres : moins de deux

hectares en général. Il n’y a pas

de machines agricoles, sa femme

et ses enfants l’aident beaucoup

pour les travaux des champs. Les

parcelles cultivées se trouvent à

flanc de montagne, sur des

terrasses. Leur village, lui, est au

fond de la vallée. Le Kigezi tout

entier ressemble à un jardin bien

entretenu. Il espère que les

récoltes seront meilleures cette

année, après la sécheresse du

début de l’année 1997 et les

pluies torrentielles du début de

1998. Pour améliorer ses

revenus, et à condition de

trouver de la terre à acheter, il a

le projet de planter des caféiers :

son pays est le premier

producteur de café d’Afrique.

Depuis quatre ans, la vie de Shantala et

de sa famille est en train de changer.

Shantala travaillait dans une grande

plantation de thé, qui est la culture

dominante au Sri Lanka.

Les plantations de thé ont été créées par

les Anglais au siècle dernier. Le thé est

d’excellente qualité car il pousse sur des

terrasses au flanc des montagnes où le

climat tropical est tempéré par l’altitude

et où la pluviosité est importante (plus

l’altitude est élevée, plus le thé est

corsé), mais sa culture demande

beaucoup de travail. La cueillette –

tâche délicate – se fait toute l’année;

ensuite, il faut rouler les feuilles, les

laisser fermenter puis les sécher avant

de les trier et de les mettre en sacs. Le

salaire journalier est de quelques francs

et, pour pouvoir vivre, toute la famille

de Shantala travaillait à la plantation.

Il y a quelques années, Shantala a

entendu parler d’une association qui

proposait une plantation en locationvente

aux journaliers acceptant de se

constituer en coopérative. Le thé serait

commercialisé, sans intermédiaires,

selon le principe du commerce équitable

(Fair Trade) : un prix minimum,

toujours supérieur aux coûts de

production, garanti aux coopérateurs, un

contrat conclu sur plusieurs années. Ce

principe correspond à une demande de

plus en plus grande des consommateurs

et donne aux producteurs une sécurité

qui leur permet de faire des projets.

Après avoir hésité, Shantala a rejoint la

coopérative et aujourd’hui elle ne le

regrette pas : ses revenus ont augmenté,

elle possède quelques parts de la

plantation, elle peut faire soigner ses

enfants quand ils sont malades et

envisage même d’envoyer

les plus jeunes à l’école.

Mais le travail reste dur…

Java

La famille Prawiro habite Kedung, l’un des

hameaux du village de Wukirsari, situé dans

la province de Yogyakarta, en Indonésie.

L’essentiel de son activité économique se

confine au hameau. Un réseau d’entraide

particulièrement actif lie tous les habitants

de Kedung, pour des travaux tels que la

construction et l’entretien des réseaux

d’irrigation. Les Prawiro se rendent à

Wukirsari pour le marché (tous les cinq

jours), ou pour régler des problèmes

administratifs avec le chef de village. Une

fois par an, à l’occasion du lebaran (fin du

ramadan), toute la famille se rend à

Yogyakarta, capitale culturelle de Java.

Bien que de nationalité indonésienne,

Monsieur Prawiro se considère avant tout

comme javanais.

Avec 8 ares de pekarangan (jardin)

et 50 ares de sawah (rizière) en pleine

propriété, qu’ils cultivent toute l’année sans

interruption, les Prawiro bénéficient d’un

statut social élevé. Ils font partie des 15 %

de privilégiés tirant l’essentiel de leurs

revenus de l’activité agricole. À Kedung,

seulement une famille sur deux possède un

jardin et une rizière. La petitesse des

surfaces en propriété oblige de nombreuses

familles à recourir au travail à l’extérieur

pour compléter leurs revenus.

UN CLIMAT ÉQUATORIAL, DES CLIMATS TROPICAUX

Ici, ce sont les pluies qui caractérisent les climats. Les tropiques

connaissent trois grands climats types avec cependant des

variantes régionales.

• Le climat équatorial humide est caractérisé par des

températures élevées et constantes, des précipitations abondantes

tout au long de l’année, une humidité atmosphérique

permanente. C’est le domaine de la grande forêt, des plantations

pérennes (palmier à huile, cacaoyer, caféier, hévéa), des

tubercules (igname, patate, manioc), des bananiers et du maïs.

Les paysans y pratiquent souvent des cultures

itinérantes sur brûlis ou ils y exploitent des

agroforêts. Il s’étend sur une

zone couvrant environ

cinq degrés de part et d’autre de l’équateur : en Amérique sur le

bassin amazonien (Brésil, Surinam, Guyane française, Guyana,

Venezuela); en Asie du Sud-Est et Pacifique sur des portions de

la Péninsule malaise, de l’Indonésie, de la Nouvelle-Guinée, et

de nombreuses îles du Pacifique; en Afrique orientale sur les

côtes du Kenya et de la Tanzanie et la côte est de Madagascar, en

Afrique occidentale et centrale sur le bassin du Congo (Zaïre) et

la bande côtière du golfe de Guinée.

• Le climat tropical soudanien, aux deux saisons très contrastées

(sèche et humide), décline une succession de climats qui assure

une transition progressive entre les deux extrêmes.

C’est le domaine des savanes et des grandes cultures annuelles :

coton, maïs, sorgho, riz pluvial… Il est aussi le lieu de

prédilection d’une association active et intensive entre

l’agriculture et l’élevage. Il s’étend entre les 5 e et 15 e degrés de

latitude nord et sud : sur l’Amérique du Sud,

l’Afrique centrale et occidentale.

Il plonge même jusque dans certaines parties

de l’Asie du Sud-Est. On l’observe également

à des latitudes plus élevées et dans la zone

équatoriale d’une grande partie de l’Afrique

orientale.

3

• Le climat tropical sec, voire aride, intéresse les zones

désertiques chaudes et semi-arides. Ces zones ont une

pluviosité faible et aléatoire souvent concentrée en

une saison très courte. Sans irrigation, les cultures

pluviales y sont risquées ou pratiquement impossibles

(Afrique du Nord, Arabie, Iran, Inde du Nord-Est,

Australie et une partie de la côte Pacifique de

l’Amérique du Sud). C’est le domaine des

oasis, des grands élevages transhumants, des

nomades et du miraculeux mil pénicillaire

qui peut se contenter de quelque 300 à

450 millimètres de pluie. Il est

généralement centré sur les

tropiques du Cancer et du

Capricorne (Sahel

africain, Nordeste

du Brésil en sont

les exemples

les plus

connus).


Les tropiques,

une histoire

Dès que les hommes ont commencé

à travailler la terre, ils ont donné naissance à des

communautés agricoles et des civilisations

qui se sont développées différemment.

Avec le temps, les écarts se sont creusés.

Le développement de

l’agriculture dépend des

sols et des climats. Mais

l’histoire explique également les

différences et les inégalités qui

caractérisent aujourd’hui les agricultures de notre planète.

Ainsi, ce sont seulement quelques sociétés d’Eurasie, d’Afrique

et d’Amérique qui connurent les outils métalliques à l’âge du

bronze. Ce sont les mêmes qui, à l’âge du fer, remplaceront

couteaux, petites haches, pointes de bâtons à fouir par des

outils beaucoup plus performants comme les haches, les houes,

les bêches, les faucilles et seront les premières à trouver

comment utiliser l’énergie animale (araire, bât, charrette).

Certaines sociétés humaines

vivront aussi des bouleversements

considérables, notamment du fait

de la colonisation.

Les écarts se creuseront encore

davantage dans la seconde moitié du

XIX e siècle. Les agricultures de

l’Europe du Nord-Ouest et de

l’Amérique du Nord connaîtront un

véritable essor grâce aux progrès de

l’industrie, à l’apparition de nouveaux


La Révolution verte

L’insuffisance alimentaire chronique en Asie inquiète particulièrement les

États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. La menace de pénuries

alimentaires, voire de famines, dans les pays en développement alerta en effet

les pays du Nord sur la nécessité d’accroître la production agricole. L’Inde

devient alors un enjeu stratégique dans cette course production-population.

Des fondations nord-américaines (Rockefeller, Ford…) entreprennent, à la

fin des années cinquante, d’aider à la modernisation des agricultures en Asie,

mais aussi en Amérique latine où éclataient des conflits agraires générés par la

pauvreté. Elles investirent alors dans le transfert, vers les régions tropicales,

des techniques agricoles conçues en Occident. C’est la « Révolution verte »

dont l’objectif fut avant tout de mettre au point des variétés de blé et de riz

très productives, en utilisant massivement engrais et pesticides. La

communauté internationale mène alors parallèlement une politique agricole

d’accompagnement considérable, finançant massivement des infrastructures

d’irrigation, mettant en place un appareil parapublic de grande envergure

(organismes de recherche publique, de vulgarisation, entreprises publiques

d’approvisionnement en intrants, offices publics d’achat, organismes publics

de financement du crédit…); les résultats furent spectaculaires. En Asie, la

Révolution verte a permis notamment à de grands pays de devenir autosuffisants en

riz (Inde, Indonésie, Bangladesh et Philippines) ou de passer au rang de grands

exportateurs (Vietnam, Birmanie).

Mais la Révolution verte atteignit cependant ses limites en deux ou trois décennies.

Elle ne put être appliquée partout et s’est limitée à des pays à fort potentiel de

production (abondance d’eau, sols et climats favorables), à forte densité de population,

dotés d’infrastructures de communication, d’institutions facilitant le fonctionnement de

l’économie de marché, de

politiques publiques très

incitatives. En outre, elle

a été préjudiciable pour

l’environnement :

remontée des nappes

phréatiques et salinisation

des sols dans les zones

intensément irriguées,

pollution par les intrants

chimiques, etc.

matériels mécaniques à traction

animale ou à vapeur (faucheuses,

moissonneuses, batteuses…) et à la

révolution des transports (chemins

de fer, bateaux à vapeur) qui permettra

aux paysans d’écouler plus facilement

et plus rapidement leur production.

Au XX e siècle, l’apparition de

nouvelles techniques et de nouveaux

outils (motorisation, sélection,

fertilisation minérale, traitements) fera

exploser ces inégalités au profit des pays

développés.

Ces plantes tropicales qui ont bouleversé notre alimentation

Les premiers contacts des voyageurs européens avec les pays

asiatiques, puis la découverte des Amériques et de l’Afrique ont fait

connaître au vieux monde de nombreuses plantes exotiques, dont

certaines ont occupé progressivement une place considérable dans

l’alimentation et l’agro-industrie.

Dès avant la Révolution française, le thé, le café, la pomme de terre,

le sucre de canne, le coton et l’indigo avaient dépassé en Europe le

stade de simple curiosité exotique : nobles et bourgeois avaient pris

goût aux breuvages stimulants et à la consommation des autres

plantes qui se répandaient dans la population.

À partir du XIX e siècle, avec le développement des transports à

vapeur et la généralisation de l’expansion coloniale, de nouveaux

produits tropicaux devinrent accessibles, puis essentiels, pour les

économies européennes : c’est le cas du riz, des huiles végétales

(d’arachide, de palme), de la banane et de plusieurs autres fruits

tropicaux, mais aussi de l’hévéa avec la très forte croissance du

marché des pneumatiques. Plus récemment, avec l’« acclimatation »

du maïs aux conditions tempérées, c’est encore une plante tropicale

qui occupe une place de choix dans l’économie agroalimentaire des

pays tempérés.

5


Les tropiques,

diversité...

une

Les tropiques constituent une source

inestimable de diversité biologique.

La vie et la reproduction s’y poursuivent

tout au long de l’année. Le froid, le gel

n’empêchent jamais la croissance continue

des plantes et la prolifération incessante

de toute sorte d’organismes vivants.

Diversité

et alimentation

Si la diversité biologique est cruciale pour le

devenir des écosystèmes « naturels », elle l’est

plus encore pour les agriculteurs, éleveurs et

pêcheurs et plus généralement pour les

humains, leur alimentation et leur cadre de vie.

Parmi près de 13000 plantes alimentaires

connues, 4800 sont cultivées mais quatre

espèces seulement représentent près de 50 % de

l’alimentation mondiale (le blé, le maïs, le riz et

la pomme de terre) et 18 plantes en

représentent 80 %. Ce faible nombre de plantes

sur lesquelles repose notre alimentation ainsi

que la diminution de leur diversité génétique

pourraient entraîner des risques importants en

cas d’épidémie ou de changement climatique.

La mondialisation des échanges, jointe aux

progrés dans la sélection de variétés à haut

rendement, aboutit à ce que l‘alimentation de

l’humanité repose sur un petit nombre de

plantes, d’animaux, de plus en plus fragiles.

Chaque pays, chaque culture dispose d’un

patrimoine de savoir-faire agro-alimentaire et

culinaire important qui s’appuie sur cette

diversité et la spécificité des plantes et animaux,

et permet de les valoriser. La diversité est donc

à la fois biologique et culturelle.

6

Les forêts tropicales, un des berceaux de la diversité

Elles ne couvrent que 6 % de la superficie du globe et pourtant les forêts tropicales concentrent

plus de la moitié des espèces animales et végétales de notre planète. On estime que, dans ces

espaces tropicaux, seulement 10 % des organismes vivants sont décrits et qu’il resterait environ

30 millions d’espèces à identifier, surtout des insectes. Un hectare de forêt porte, en moyenne, de

50 (en Asie) à 300 (en Afrique) espèces de grands arbres accompagnés de plus de deux mille

autres plantes. Les milieux forestiers de la ceinture tropicale du globe ont également une

particularité par continent, notamment parce qu’ils abritent une faune spécifique comme le

gorille en Afrique, le panda en Asie, sans compter les orchidées d’Amérique du Sud, etc.

Pour l’humanité, les forêts tropicales jouent un rôle fondamental. Elles lui apportent

directement nourriture, pharmacie et matières premières et, plus globalement, ont un rôle

essentiel pour la protection des sols, la régulation des eaux. En outre, elles marquent leur

influence sur les climats.

Mais l’utilisation souvent abusive de ces espaces (par exemple par une exploitation mal organisée

et un défrichement régulier pour les besoins de l’agriculture) a conduit, depuis un demi-siècle, à

une forte réduction des superficies de forêts tropicales ou à une perturbation de leur diversité.

Chaque année, 15 à 20 millions d’hectares disparaissent (l’équivalent d’un terrain de football

chaque seconde), signifiant l’extinction probable de très nombreuses espèces.


On estime à environ 13 millions le nombre d’espèces végétales

et animales présentes sur la terre, sur lesquelles

1,75 million ont été identifiées à ce jour. Les forêts

tropicales à elles seules concentrent la moitié des espèces de

notre planète. Cette diversité biologique est essentielle à la

survie de l’humanité. C’est au sein de cette diversité qu’ont été

découvertes, domestiquées et sélectionnées les espèces de

végétaux cultivés et d’animaux élevés. Mais

c’est aussi dans cette diversité qu’on été

trouvés et pourront

être trouvés

les gènes

nécessaires

à l’amélioration de

ces espèces. Pourtant, des pertes irréversibles sont déjà

à déplorer. On estime, par exemple, qu’au cours

du XX e siècle il y a eu une réduction de

Le Fonds français

pour l’environnement mondial

Comment favoriser le développement

économique et social des pays pauvres

tout en préservant l’environnement de

la planète?

Telle est la préoccupation visée par la

France lorsqu’elle crée en 1994 le

FFEM (Fonds français pour

l’environnement mondial),

spécialement destiné à promouvoir les

activités qui concilient ou réconcilient

développement économique et

préservation des grands équilibres de

notre planète. Le FFEM finance,

dans une cinquantaine de pays du

monde situés majoritairement en

Afrique, des projets exemplaires de

cette préoccupation dans quatre

domaines : la protection de la

biodiversité, la lutte contre l’effet

de serre, la protection des eaux

internationales et la préservation

de la couche d’ozone.

plus des trois quarts des potentialités d’utilisation de

la diversité variétale dans les cultures.

Le radeau des cimes

Depuis une dizaine d'années, grâce à cette invention française, les

scientifiques peuvent accéder au sommet des arbres de la forêt

tropicale, situé entre 30 et 45 mètres au-dessus du sol. Ce

radeau des cimes représente une occasion unique de

collecter micro-organismes, échantillons botaniques

et échantillons d'insectes dont beaucoup étaient

méconnus jusqu'alors. Ces données permettent de

mieux comprendre l'écologie des forêts tropicales.

Les expéditions mises en place à cette occasion

rassemblent des chercheurs de nombreux pays

et représentent une aventure humaine et

scientifique passionnante. Trois missions sur

cinq ont eu lieu en Guyane française

dont la forêt fait l'objet de

nombreuses études.

7


Les tropiques,

... des ressources

Les ressources naturelles comme l’eau,

les sols, les formations végétales, les

animaux (terrestres et aquatiques)…

font aussi partie de notre patrimoine.

Jusqu’à une époque récente, ces ressources naturelles étaient

généralement utilisées de façon harmonieuse. Mais la population

humaine, en raison de son nombre croissant et des technologies qu’elle développe, influence

fortement le devenir des ressources qui sont vitales au développement de l’agriculture des pays du

Sud. Il devient donc urgent de

trouver des solutions techniques

qui permettent de les préserver.

Il est également indispensable

de proposer des solutions visant

à donner aux usagers de ce

patrimoine les moyens de le

valoriser et de le gérer

durablement, en conservant

des pratiques et organisations

sociales garantes de la survie

des communautés rurales.

L’eau recouvre les trois quarts de la surface du globe,

mais 97,5 % est salée. Sur les 2,5 % restants, une

bonne partie est souterraine, est inaccessible ou gelée

dans les glaciers.

Les sols, une

ressource capitale

mais en danger

Tous les sols cultivables ne sont

pas mis en valeur et certaines

régions disposent encore de

réserves (essentiellement en

Amérique latine et en Afrique)

dont l’inventaire et la

classification sont cependant

largement avancés et leurs

aptitudes agricoles connues.

Toutefois, ces ressources sont

limitées en surface et inégales en

valeur et en répartition; 11 %

seulement des sols de la planète

ont une véritable vocation

agricole, les autres étant trop

humides, trop secs, trop escarpés,

trop peu profonds, chimiquement

inaptes ou gelés en permanence.

Bien que l’érosion soit au départ

un phénomène naturel,

l’influence de l’homme peut en

aggraver et accélérer les processus.

Actuellement, cette dégradation

des sols affecte plus ou moins

sérieusement près de 2 milliards

d’hectares de terres arables et de

pâturages dans le monde, soit une

superficie plus vaste que celle des

États-Unis et du Mexique réunis.

Elle est due notamment à la

désertification et à la destruction

de la végétation qui ne protège

plus les sols des méfaits du

ruissellement et du vent. Une fois

détruit, le sol est souvent

irréversiblement perdu et la zone

concernée peut demeurer stérile.

En outre, les pluies tropicales sont

généralement plus abondantes et

agressives qu’en régions tempérées

et les sols – particulièrement après

déboisement – arrivent

difficilement à absorber de telles

quantités d’eau : le ruissellement

et l’érosion peuvent alors prendre

des formes catastrophiques.

Par ailleurs, la mise en culture

sous irrigation artificielle de zones

arides provoque des processus

parfois lents (échelle du millier

d’années), mais parfois très

rapides (échelle de la dizaine

d’années), de dégradation

chimique des sols par salinisation.

Actuellement, on estime que

20 à 30 millions d’hectares parmi

les plus productifs sont

sérieusement affectés.

L’eau est indispensable à la plupart des activités humaines, économiques,

sociales ou culturelles. Or, les ressources en eau sont limitées et l’eau est

inégalement répartie : les deux tiers de l’humanité

ne disposent pas d’eau saine. L’eau insalubre fait

des milliers de victimes dans le monde pendant que

la croissance démographique fait reculer le volume

disponible par habitant. Depuis 1950, ce volume a

diminué de moitié en Amérique du Nord et des trois

quarts en Afrique. La pénurie d’eau touche

aujourd’hui 230 millions de personnes dans vingtsix

pays. Avec l’augmentation de la demande, les

pays, les foyers, l’industrie et l’agriculture se

disputent tous l’eau. Si L’eau est peu fréquemment

rare, elle est très souvent insalubre ou inaccessible.

Dans une ville comme Douala au Cameroun

(10 mètres de précipitations annuelles) seules 50 000 personnes, sur plus

de 2 millions, ont accès à une eau potable.

8

L’accès à l’eau pour tous

Dans les années à venir, cela risque de s’amplifier. D’ores et déjà, l’accès

à l’eau est un facteur supplémentaire de conflits.

La Conférence de Paris sur l’eau et le

développement durable qui s’est tenue en

mars 1998 a permis à plus de 80 pays de

venir témoigner de l’importance de cette

bataille de l’eau. Ils ont posé les principes

d’une gestion durable de la ressource

permettant de contribuer au développement

des pays tropicaux : priorité à accorder au

développement des capacités humaines plutôt

qu’aux grands projets souvent sans

lendemain, nécessité d’une gestion au plus

près du terrain qui associe tous les groupes

sociaux, et enfin, dans ce but, échange

d’expériences en réseau qui doit fonder la coopération internationale

dans le domaine de l’eau.


Élevage : mieux combattre les tsé-tsé

La glossine ou « mouche tsé-tsé » véhicule des parasites (trypanosomes) aux effets pathologiques

graves sur les hommes (« maladie du sommeil ») mais aussi sur le bétail (amaigrissement, chute

de lait, avortement, mortalité, incapacité à l’effort, etc.).

Les pertes qui en résultent, estimées à 1,5 milliard de dollars par an, freinent considérablement le

développement de l’agriculture mais aussi l’approvisionnement en protéines (viande, lait).

Ces maladies ou trypanosomoses sont transmises généralement par la piqûre d’une mouche (il y a

31 espèces ou sous-espèces de tsé-tsé en Afrique) préalablement contaminée avec le sang parasité d’un

mammifère infecté.

Le bétail peut être traité et guéri s’il n’est pas trop gravement atteint et

les experts estiment qu’on pourrait élever 33 millions de bovins supplémentaires

sur le continent africain.

La FAO pense qu’actuellement 60 millions de bovins et 100 millions de petits

ruminants sont exposés au risque.

La lutte est dirigée à la fois contre les tsé-tsé et contre le parasite. Elle associe le

contrôle de l’insecte à une gestion raisonnée de la maladie (thérapie, sélection

d’animaux tolérants, etc.).

Pour faire face à ce défi, le Cirad s’est orienté vers le contrôle local des tsé-tsé

par des méthodes simples, souples, propres et gérables par les populations

rurales : pièges, écrans attractifs, imprégnation insecticide du bétail (devenant

des pièges vivants). Il a également investi dans la mise au point d’un vaccin

original anti-effet pathogène du parasite. Il s’est, par ailleurs, engagé dans des

méthodes d’identification rapide des milieux favorables aux tsé-tsé et fréquentés

par le bétail, méthodes associant imagerie satellitaire et enquêtes de terrain

permettant de spatialiser les zones à risques parasitaires et leur gestion.

Préserver les ressources aquatiques

En Asie, des millions de gens tirent la majorité de leurs protéines alimentaires des ressources aquatiques. Les

pêcheries marines et continentales fournissent près de 30 % des protéines animales de la région. En Afrique,

cette proportion est de 21 %, en Amérique latine de 8 %, et en Asie de plus de 50 %. Environ 30 % du

produit mondial de la pêche est transformé en farine de poisson pour le bétail ou la pisciculture et n’est

pas destiné à la consommation humaine. Environ 60 % des prises mondiales sont pêchées par les pays

en développement. Or la pêche a aujourd’hui atteint ses limites naturelles. Alors que les pêcheurs des

pays du Nord utilisent des techniques industrielles et modernes, ceux des pays en développement

sont équipés de flottilles artisanales. Il en résulte une surexploitation des stocks aquatiques et une

concurrence inégale sur une même ressource. Si l’on n’y prend pas garde, la situation de ces stocks

dans le monde risque de se détériorer et de ne plus se renouveler.

Les actions du ministère de l’Environnement

Garant des grandes conventions internationales signées dans le domaine de

l’environnement, le ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement

est aussi un partenaire de terrain pour les pays en développement. Son action repose

principalement sur la recherche, l’information et le recueil de données. C’est ainsi que,

dans le cadre de la lutte contre la désertification, il aide l’Observatoire du Sahara et du

Sahel, participe à l’Organisation météorologique mondiale, et forme des techniciens au

sein d’ONG africaines. Ses interventions peuvent être très diverses : cycles d’études

sur la gestion environnementale de la Patagonie; aide au classement de la palmeraie

de Errachidia, dans le Sud marocain; lutte contre l’érosion marine des côtes

méditerranéennes; développement d’un projet d’agroforesterie au Brésil pour lutter

contre l’effet de serre… Mais toutes participent de la même volonté de faire de la

protection de l’environnement un défi collectif et non un obstacle au développement.

Les communautés

locales et la gestion

de leurs ressources

Au Zimbabwe, comme dans de

nombreux pays d’Afrique, la

cohabitation des agriculteurs et de

la faune sauvage n’est pas toujours

pacifique.

Les activités humaines ont réduit

et fragmenté l’espace dans lequel la

faune avait l’habitude de se

déplacer. Privés de l’accès à l’eau,

les animaux sauvages dévastent par

leur passage les champs pour aller

s’abreuver. Parfois même, ils pillent

les greniers des villages et

déclenchent la colère des

villageois. Chaque année, un

cinquième des récoltes peut être

détruit. L’objectif est donc de

trouver un équilibre afin que les

animaux et les humains puissent se

partager l’espace en toute quiétude.

C’est dans cet esprit qu’a été lancé

le projet de conservation de la

biodiversité dans la vallée du

Zambèze. Les paysans acceptent de

mieux respecter l’habitat naturel

des animaux. En compensation, la

faune, sans être mise en péril, paie

un tribut en nature. Sa

valorisation, bien gérée, se fait sous

différentes formes et contribue au

développement des villages et au

mieux-être des habitants. En

négociant des quotas de

prélèvement, on augmente les

produits et les revenus locaux issus

de l’exploitation de la faune, on

met notamment de la viande de

brousse à la portée des villageois

(qui manquent de protéines).

Convaincus de la nécessité de

protéger la faune sauvage, les

villageois participent aux

concertations et aux négociations.

Le regard qu’ils portent sur leur

environnement s’est modifié.

D’autant que les paysages et la

faune protégés peuvent se prêter au

développement d’un écotourisme

dans la région (autre source de

revenus importante) ainsi qu’à la

chasse sportive. Des formations à la

gestion des ressources naturelles

ont donné aux responsables locaux

les moyens d’élaborer une politique

de développement dynamique et

durable où chacun trouve son

intérêt. Ce projet mené par le

Cirad et financé par l’aide française

(ministère des Affaires

étrangères, FFEM) montre la

voie d’une entente écologique

possible entre développeurs et

protecteurs.

9


Les tropiques,

un enjeu

Actuellement, plus de 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation

chronique. La sécurité alimentaire est menacée dans de nombreux pays par la

rapidité de la croissance démographique et la généralisation de la pauvreté.

Le droit

de s’alimenter

Il n’y a pas de droit de l’homme plus

fondamental que celui de

s’alimenter. En 1948, la

Déclaration universelle des droits de

l’homme reconnaissait que toute

personne a droit à un niveau de vie

suffisant pour assurer sa santé, son

bien-être et ceux de sa famille,

notamment pour l’alimentation.

La sous-alimentation (manque de

nourriture) fait bien plus de victimes

que les famines sans faire la une des

journaux télévisés. Elle devient

critique lorsque le besoin énergétique

minimum n’est pas assuré (de 1600

à 1800 calories par personne et par

jour) avec de fortes disparités selon

le sexe, l’âge, le poids ou le mode

de vie.

La malnutrition (carences

multiples, en protéines, fer,

vitamines…) entraîne des maladies

spécifiques qui affaiblissent les

individus, les rendent plus

vulnérables aux autres maladies

courantes. Elle freine la croissance

des enfants, y compris leur

développement intellectuel. Ainsi, le

manque de vitamine A est lié à

l’augmentation de la mortalité

infantile. Elle est aussi souvent

responsable de la cécité des enfants.

L’anémie, due en majorité au

manque de fer, est le problème le

plus répandu, avec 2 milliards de

personnes touchées dans le monde.

La malnutrition affaiblit les facultés

intellectuelles et la productivité, et

elle est l’une des causes principales

de la mortalité maternelle dans les

pays en développement.

Aujourd’hui, malgré les

progrès spectaculaires

réalisés dans

l’agriculture et dans les politiques

publiques au cours des cinquante

dernières années, et malgré

un certain ralentissement de

la croissance démographique,

plus d’un tiers de

l’humanité souffre

de malnutrition

liée à des carences

en minéraux et

vitamines

essentiels. Même

lorsque la

nourriture est

largement

disponible, tous les

habitants n’ont pas

forcément les

moyens de se la

procurer. Les plus

pauvres sont en

situation

d’insécurité

alimentaire. Leur

garantir l’accès à la

nourriture reste

essentiel pour

échapper au piège

de la pauvreté.

La sécurité

alimentaire existe

lorsque tous les habitants, à tout moment, ont accès aux

aliments nécessaires pour mener une vie saine et active,

autrement dit quand l’alimentation est disponible tout au

long de l’année et à des prix à la portée de chacun. Or, pour

des milliards d’hommes, trouver de quoi manger reste un

sujet d’inquiétude et l’accroissement de la population

mondiale est tel qu’il continue à excéder la disponibilité

alimentaire dans de nombreux pays.


ROI DES TUBERCULES

Le riz est consommé partout dans le monde, et représente le quart des ressources

alimentaires de la planète. Sa part est discrète dans l’alimentation très diversifiée des

consommateurs des pays les plus développés (5 kg en France). En revanche, le riz est

l’aliment de base de plus de la moitié de l’humanité (190 kg par habitant et par an au

Myanmar, ex-Birmanie, 145 kg en Indonésie), nourriture traditionnelle dans de

nombreux pays (65 kg au Japon), ou plus récemment plébiscité (60 kg au Sénégal,

45 kg au Brésil).

Sa consommation augmente particulièrement en Afrique et en Amérique latine où il se

substitue aux féculents et autres céréales, mais aussi dans les pays développés, sous une

diversité de formes (étuvé, précuit, complet, etc.) et avec une bonne image diététique.

Les besoins mondiaux en riz usiné augmenteront au rythme de 2 % par an,

essentiellement en

raison de

l’accroissement de la

population.

Le riz est une des plus

anciennes plantes

vivrières cultivées,

sa domestication

remontant à plusieurs

millénaires. Elle s’est

effectuée en Asie d’où le

riz s’est propagé vers la

Chine (sa culture y est

attestée depuis trois

millénaires avant notre

ère) ainsi qu’en Afrique

où sa diffusion a été

plus limitée. Son

introduction dans les

autres parties du monde

est plus récente.

Cultivé sur tous les

continents, il est présent

des zones tropicales aux

zones tempérées et à des

altitudes allant jusqu’à

2400 mètres au Népal.

Il peut être

traditionnellement

irrigué mais aussi

submergé sous nappe

d’eau de parfois

plusieurs mètres de profondeur, de mangrove, pluvial

(comme les autres céréales), sur brûlis, défriche de

forêt, de plaine ou d’altitude. Cette grande variété des

modes de culture du riz sculpte et diversifie beaucoup

de paysages de notre planète. Savoir développer

La famine

L’humanité subit le fléau de la famine

depuis la nuit des temps : la plus

ancienne que l’on connaisse eut lieu en

Égypte en 3500 avant J.-C. et la pire

fit entre 9 et 13 millions de victimes en

Chine entre 1876 et 1879. Les famines

sont causées par des facteurs humains

comme la guerre et les conflits

ethniques, religieux et tribaux, ainsi que

par les conditions météorologiques et les

Le riz, plante mythique de la sécurité alimentaire

cataclysmes naturels. Les populations

pauvres ne sont pas aptes à y faire face.

Les famines n’ont pas disparu au

XX e siècle. Certaines sont restées

tragiquement célèbres (1978 dans le

Nord-Est du Brésil, 1983 au Sahel,

1984 en Éthiopie, 1989 au Soudan, et

1992 en Somalie). Même si elles se sont

raréfiées, les famines ont fait davantage

de victimes que les guerres au cours de

la dernière décennie. Cependant, les

chiffres sont peu élevés comparés au

durablement tous ces types de riziculture contribue à améliorer la sécurité alimentaire.

La demande croissant très fortement, il est nécessaire d’accroître la productivité tout en

luttant contre une pression parasitaire et des ravageurs de plus en plus élevée. Il faut,

en outre, élargir l’aire de production à différents milieux.

Le Cirad s’est particulièrement impliqué avec ses partenaires dans le transfert auprès

des pays du sud de l’ensemble des technologies mises au point. En 1990, il crée

notamment des variétés de riz pluvial adaptées à des altitudes supérieures à 1 000 mètres

en région tropicale. À Madagascar, elles sont cultivées jusqu’à 1500 mètres, avec

des rendements de 5 t/ha (1 tonne avec des variétés conventionnelles). Il travaille

actuellement sur tous les constituants des systèmes de production à base de riz. Pour

appuyer cette démarche, il porte un effort particulier sur la qualité du grain, la lutte

contre les ennemis

des cultures, les

variétés hybrides,

la production de

semences et les

biotechnologies. Le riz

possède, en effet, la

particularité d’avoir

le plus petit génome

parmi ceux des

graminées cultivées

et représente un

concentré de

l’information

génétique retrouvée

chez ces dernières.

Ce caractère

synthétique rend plus

facilement accessible

le décryptage des

gènes (agencement,

expression, fonction).

nombre de personnes dont le régime

alimentaire ne suffit pas à les maintenir

en bonne santé.

• Aujourd’hui, pour une population

mondiale de 6 milliards d’individus :

– 10 à 15 millions meurent encore de

faim chaque année;

– 800 à 850 millions sont sousalimentés,

soit une personne sur six;

– 1,5 à 2 milliards souffrent de

malnutrition, soit une personne

sur trois;

– 190 millions d’enfants de moins

de 5 ans souffrent de carences

protéiniques énergétiques.

• Sénèque : « On ne peut attendre ni

respect de la loi, ni raison de ceux

qui ont faim ».

• « Seul celui qui a

connu la famine

connaît le goût

des aliments ».

Proverbe peul du

Nord-Cameroun.

Je suis le Manioc, le Roi des Tubercules.

Je souffre, mais je suis bien content,

Parce que je suis aimé par

tout le monde.

Ah! Mais surtout

par les Camerounais(es).

Moi le manioc,

Mes feuilles c’est un délice,

elles sont découpées et préparées

Avec l’arachide ou avec les palmistes;

on me donne ce joli Nom de « Kouem »;

Oui je souffre.

Mais je suis content,

parce que je suis le bien-aimé.

Mes tubercules sont enlevés et préparés.

Là c’est mon propre nom le « Manioc ».

Ce n’est pas fini, oui je souffre,

mais bien content.

On me trempe dans l’eau, je pourris,

je sens,

On m’attache dans le sac,

tout mon jus sort,

On me pile, je prends le nom de famille

maternelle « Miondo »

(Bâton de Manioc), « Mintoumba »,

« Bobolo ».

Oui je souffre, mais bien content.

Ce n’est pas fini.

Mon jus séché c’est l’amidon pour

divers usages.

Moi le Roi des Tubercules.

Chez mes frères Nigérians, je subis

plusieurs transformations

Et me donne le nom « Gari ».

De mes feuilles aux tubercules

passent par mon jus, rien n’est négligé.

Oh! quel bonheur.

Je suis content,

Parce que je suis vraiment

le Roi des Tubercules.

Endale Shylot, Cameroun

Nourrir

les villes du Sud

La planète compte chaque année

environ 60 millions de citadins

supplémentaires. D’ici 2025, ceux-ci

représenteront plus de 60 % de la

population mondiale. Cette explosion

urbaine est particulièrement marquée

dans les pays du Sud. Elle y provoque

une brutale remise en cause des

systèmes traditionnels de production,

d’échange et de consommation. Dans

les villes et leur proche périphérie, se

développent alors de nouvelles formes

d’agriculture, d’élevage,

d’agroforesterie mais aussi de

nouveaux métiers spécialisés pour

transformer et distribuer les aliments

et restaurer les citadins. Cette

agriculture périurbaine joue un rôle

croissant dans l’approvisionnement

des villes, notamment en produits

frais. Elle procure aux citadins qui s’y

consacrent de nouveaux emplois et

revenus. Cette proximité offre aux

agriculteurs et éleveurs des facilités

d’accès au marché, aux services, aux

produits intermédiaires de la ville.

Dans ce contexte, et bénéficiant de

ces opportunités, les systèmes de

production et d’échanges évoluent vite

et constituent un vivier d’innovations

intéressantes. Mais la proximité de la

ville se traduit aussi par une forte

pression foncière sur les terres

cultivables, par des difficultés de

cohabitation entre citadins,

agriculteurs ou éleveurs, par un

accroissement des risques sanitaires

pour les aliments. Néanmoins, si

l’agriculture en zone périurbaine reste

confrontée à de multiples difficultés,

elle invente chaque jour de nouvelles

façons de réconcilier l’urbanisation et

l’agriculture.

11


Les tropiques,

un défi

Nourrir la planète tout en préservant les ressources naturelles,

mieux insérer l’économie des pays tropicaux dans l’économie mondiale compteront

parmi les défis vitaux du troisième millénaire. L’agriculture est au cœur de ces enjeux

importants qui nous concernent tous.

2025, notre planète devrait compter près de

9 milliards d’habitants dont 7 milliards se

D’ici

trouveront dans les zones tropicales.

Pouvons-nous produire assez, assurer à chacun l’accès à

une alimentation suffisante, de façon durable et cela

sans porter atteinte à l’environnement?

Autant de questions qui poussent la

communauté internationale à

promouvoir à l’échelle de la

planète un développement

durable, et l’idée d’une

nouvelle révolution

agricole dite

cette fois

révolution doublement verte, plus productive

que la première et vraiment « verte » : un

accent particulier est maintenant donné à

la gestion des ressources naturelles qui, pour

l’agriculture, sont avant tout des facteurs

de production (sol, eau, ressources

génétiques…). Il s’agit donc aujourd’hui de

mieux prendre en compte la spécificité des

milieux naturels et la diversité des types

d’agriculture qui leur correspondent pour

proposer de nouvelles techniques de

production et de nouveaux modes

de gestion des ressources naturelles.

Mais il s’agit aussi de proposer des

innovations institutionnelles dans

les domaines de la gestion de

l’espace et du foncier, de l’eau,

de la biodiversité, des

L’Agence française de développement

Pour l’AFD, la préservation des patrimoines de

ressources naturelles dans les projets de

développement devient une priorité. Outil

principal de financement de l’aide française au

développement, l’AFD prend en compte dans

tous les projets qu’elle finance la dimension

environnementale à travers des études d’impact

et de définition de mesures correctives.

Ces études précèdent les décisions de

financement et la mise en œuvre de tous les

projets d’infrastructures.

Dans le domaine de la production agricole,

l’AFD, en compagnie des principaux

partenaires de l’aide française, va apporter

son appui technique et financier à un vaste

programme de développement des méthodes

agro-écologiques : ces techniques très

prometteuses doivent permettre à des

économies paysannes de la zone

intertropicale de sortir de la spirale

d’appauvrissement continu dans lequel

elles sont prises.

COMMERCE INTERNATIONAL :

CONJUGUER AGRICULTURE ET ENVIRONNEMENT

L’Organisation mondiale du commerce (OMC)

ouvre un nouveau round de négociations en fin

d’année 1999. L’organisation internationale,

chargée de négocier un nouvel accord

commercial mondial et de trancher les litiges

commerciaux entre États, va devoir, pour la

première fois, prendre en compte des critères

sociaux et environnementaux. Les accords

commerciaux devront rester compatibles avec

les accords internationaux existants destinés à

protéger certaines espèces animales, assurer la

qualité des eaux ou limiter la circulation des

déchets toxiques… Mais pas seulement.

Lorsqu’elle règle les différends commerciaux

entre États, l’OMC devra prendre en compte

les principes de précaution et de pollueurpayeur

dont pourrait se justifier un pays.

Enfin et surtout, ces règles devront contribuer

au développement durable des pays en

développement et ne pas se contenter

simplement de faciliter le développement

des exportations des pays développés.

12


Des techniques agro-écologiques pour une agriculture respectueuse de l’environnement

Dans les années 1970, les agriculteurs

du sud du Brésil avaient dû trouver des

solutions pour faire face à l’érosion des

sols due à la grande culture mécanisée

du soja. Ils eurent l’idée de laisser sur

place les résidus de leur récolte jusqu’au

semis suivant, sans plus labourer. Cette

pratique de semis direct fut un succès.

Elle échoua cependant dans les zones

intertropicales de savanes herbeuses

massivement défrichées du centre-ouest

brésilien, les cerrados. Dans ces régions,

au climat plus chaud et plus humide, la

couverture était beaucoup plus difficile à

maintenir. Dès 1983, le Cirad effectue

un travail de pionnier en adaptant aux

cerrados ces techniques de semis direct

sur couvert végétal à la grande culture

mécanisée.

Aujourd’hui, trois millions et demi

d’hectares de la zone tropicale

brésilienne sont couverts par des

systèmes de culture à base de soja, de

riz, de maïs, de cotonnier et de fourrage

utilisant ces nouvelles pratiques

agricoles : en protégeant en permanence

le sol (soit par une couverture morte

constituée de résidus de récolte, soit par

une couverture vive constituée par une

plante différente de celle cultivée) et en

À propos de gestion agro-écologique

L’idée centrale de la gestion

agro-écologique des sols est de

reproduire, dans les champs

cultivés, les mécanismes qui

assurent l’équilibre des forêts

avec leurs milieux : protéger le

sol en permanence contre les

pluies torrentielles et les

températures excessives qui

caractérisent les climats

tropicaux; recycler les

éléments nutritifs du sol avant

qu’ils ne soient drainés hors de

la portée des cultures grâce à

un enracinement profond;

favoriser le développement et

le maintien des organismes

vivants du sol (insectes, vers,

micro-organismes), qui

contribuent très activement à

l’« aérer », à produire de

l’humus et à solubiliser les

éléments minéraux des

matières organiques.

semant directement à travers cette couverture à l’aide d’outils

adaptés, on supprime les labours qui, en zone tropicale humide,

peuvent détériorer très vite les sols s’ils sont inconsidérément

réalisés.

Ces techniques offrent de nombreux avantages, puisqu’elles

permettent notamment à l’agriculteur de réduire la pénibilité

de son travail et d’accroître la productivité.

Elles ont, en outre, des effets bénéfiques pour

l’environnement : recyclage des nutriments par les

plantes de couverture; préservation du sol et de l’eau;

limitation de la déforestation (par stabilisation des

exploitations).

Aujourd’hui, le Cirad se consacre à l’adaptation de

ces techniques pour la zone tropicale dans plusieurs pays

en voie de développement, notamment à Madagascar.

émissions de gaz à effet de serre… et de mettre en place des agricultures durables et plus productives.

Dans les pays en développement, qui dépendent fortement sur le plan économique de l’agriculture,

augmenter l’utilisation durable des ressources agricoles et promouvoir le développement rural demeurent

les moyens les plus rapides et les plus satisfaisants pour lutter contre la pauvreté et améliorer la sécurité

alimentaire. L’agriculture, les forêts et les pêches sont donc de puissants moteurs du développement.

La France de l’outre mer constitue dans la relève de ce défi un atout majeur. Elle permet en effet la

réalisation, sur ces terres tropicales, de recherches et d’expérimentations dont les résultats sont importants

pour l’avancée des connaissances scientifiques mais aussi pour la contribution au développement des pays

de la zone intertropicale.

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Les tropiques,

des

nourritures

Aux quatre coins du monde,

les cuisines et les recettes ne se

ressemblent pas, les ustensiles

de cuisine ne sont pas les mêmes.

À chacun sa façon de faire.

Au Burkina Faso…

Les femmes écrasent le mil à l’aide d’un pilon. Dans un

chaudron, elles cuisent ensuite cette farine avec de l’eau.

Cette bouillie s’appelle le tô ou bien la pâte.

On la mange avec une sauce à base de concentré de

tomates, de gombos (condiment), de piments, de poisson

séché, de haricots secs... Cette sauce est

préparée dans un mortier, le

tô zunlugo.

En Chine…

Les Chinois découpent leurs aliments (légumes,

poissons...) en petits morceaux à l’aide d’un

fendoir et d’un billot. Ils les cuisent à feu vif dans

un wok. Ces préparations se consomment avec

du riz (cuit aujourd’hui dans un autocuiseur

électrique), et de la sauce

de soja, du gingembre, de la

ciboule et d’autres

épices.

Les aliments oubliés du monde

Certaines plantes alimentaires

traditionnelles pourraient bien devenir les

aliments de demain. On a ainsi

redécouvert l’amarante et le quinoa, des

graines provenant, à l’origine, des Andes

et considérées comme sacrées par les

Incas du Pérou et les Aztèques du

Mexique. Elles sont toutes deux

nourrissantes et d’utilisations diverses.

Elles sont également vivaces : l’amarante

prospère dans les climats chauds, le

quinoa résiste aux gelées et pousse

jusqu’à des altitudes de

4 000 mètres. (Extrait de « L’ampleur

des besoins », Atlas des produits

alimentaires et de l’agriculture, FAO.)

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Au Mexique…

Dans un mortier de

pierre appelé le

molcajete, les

Mexicains

préparent une

sauce à base de

légumes, d’épices,

de piments... qui

sont écrasés avec

un pilon. Cette sauce

accompagne généralement

une viande (dinde, poulet...), bouillie séparément dans une marmite, la cazuela.

Les repas sont toujours accompagnés par les tortillas (galettes de maïs), désormais

achetées toutes prêtes.

En Inde…

Les vendeurs ambulants de

Delhi, en Inde, proposent une

multitude de plats. Le riz au

safran est un mets très répandu

car beaucoup d’Indiens sont

végétariens. Le riz est cuit et coloré

avec du safran dans une grande marmite,

puis servi avec une sauce à la tomate, très

épicée. On le consomme sur place, pesé et

servi sur des assiettes.

En Thaïlande…

On mange souvent dans la rue, mais aussi

sur la plage. Des marchandes transportent

dans un panier les produits frais

(poissons, crevettes, brochettes de

volailles, légumes) prêts à être cuisinés et

dans un autre le brasero dont elles

raniment la flamme pour les grillades

qu’on leur demande. Le tout est servi

dans des petits bols ou des assiettes

en carton.

En France…

Le « poulet-frites » est un plat bien

apprécié en France.

On fait rôtir le poulet dans un four

électrique. Les frites (achetées surgelées)

sont cuites dans une friteuse électrique.

Les repas sont traditionnellement

accompagnés de pain,

acheté en boulangerie.

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