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BnF Chroniques 80

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<strong>Chroniques</strong> de la <strong>BnF</strong> SEPTEMBRE – DÉCEMBRE 2017<br />

<strong>Chroniques</strong> <strong>80</strong><br />

EN BREF | EXPOS | AUDITORIUMS | COLLECTIONS | NUMÉRIQUE<br />

PAYS-<br />

AGES<br />

EXPOSITION<br />

Paysages français<br />

Une aventure photographique,<br />

1984-2017 p. 6


ÉDITORIAL<br />

SOMMAIRE<br />

4<br />

6<br />

12<br />

13<br />

14<br />

16<br />

17<br />

18<br />

19<br />

20<br />

21<br />

22<br />

23<br />

24<br />

25<br />

26<br />

27<br />

28<br />

29<br />

30<br />

31<br />

EXPOSITIONS<br />

Jean Rouch<br />

Paysages français<br />

Patrice Chéreau<br />

Bourse du Talent / Hors les murs<br />

AUDITORIUMS<br />

Hackathon<br />

Prix Phonurgia Nova<br />

Cycle Einstein<br />

Littérature jeunesse<br />

Léon Bloy<br />

Cycle relations franco-italiennes<br />

Colloque droit(s) et gastronomie<br />

Master classes<br />

VIE DE LA <strong>BnF</strong><br />

Jean-Claude Meyer<br />

Prix de la <strong>BnF</strong><br />

COLLECTIONS<br />

Artaud<br />

Écrans à main du XVIII e siècle<br />

Gérard Macé<br />

Prix Niépce<br />

ACTUS DU NUMÉRIQUE<br />

Bibliothèque francophone numérique<br />

INTERNATIONAL<br />

Portail des bibliothèques d’Orient<br />

LIVRE <strong>BnF</strong><br />

Une nouvelle collection<br />

« Les Orpailleurs »<br />

Le Grand Armorial équestre<br />

de la Toison d’or<br />

Dans les territoires<br />

de la création<br />

Laurence Engel<br />

Présidente de la<br />

Bibliothèque nationale<br />

de France<br />

Ce numéro d’automne de <strong>Chroniques</strong> consacre son<br />

dossier à un événement exceptionnel de la programmation<br />

culturelle de la Bibliothèque : l’exposition<br />

Paysages français. Une aventure photographique,<br />

1984-2017. Pour la première fois sont réunis, en<br />

quelque 1 000 tirages, les travaux de 160 photographes,<br />

intervenus au cours des quarante dernières<br />

années dans le cadre de grandes commandes<br />

photographiques, publiques et privées, pour porter<br />

leur regard sur les territoires de la France. C’est<br />

à un véritable voyage photographique que le public<br />

est convié, à un voyage dans le temps aussi, inauguré en 1984 par la<br />

Mission photographique de la DATAR, qui choisit, pour documenter<br />

le territoire, de faire appel à des artistes. Ces travaux donnent à<br />

voir la beauté des paysages naturels et leurs mutations, le désarroi des<br />

grands ensembles, la portée, sociale et poétique, de lieux dédiés au<br />

travail. Ils révèlent également la force sensible et la richesse du discours<br />

que tient la photographie sur notre histoire, sur notre société,<br />

sur notre humanité.<br />

Deux autres expositions célèbrent des créateurs d’images et d’émotions<br />

exceptionnels : à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, c’est le parcours<br />

de Patrice Chéreau sur les scènes lyriques qui est présenté ; site<br />

François-Mitterrand, celui de Jean Rouch, l’Homme-Cinéma. Coproduite<br />

avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC),<br />

cette dernière exposition invite à redécouvrir, à l’occasion du centenaire<br />

de sa naissance, l’œuvre d’un créateur qui a inventé une manière<br />

nouvelle de raconter les hommes et le monde.<br />

Cette année, la <strong>BnF</strong> célèbre par ailleurs les vingt ans de sa bibliothèque<br />

numérique Gallica et ouvrira les festivités avec le 2 e Hackathon de la<br />

<strong>BnF</strong>. Nous convierons les gallicanautes et les explorateurs du net à<br />

inventer de nouveaux usages ou de nouveaux services, et donnerons<br />

aussi à tous l’occasion de plonger dans les profondeurs et les imaginaires<br />

ouverts par nos collections et nos applications.<br />

Enfin, autre temps fort de ce tour d’horizon de l’actualité de la Bibliothèque,<br />

une deuxième saison de master classes d’écrivains prolongera<br />

le plaisir, partagé lors des huit premières séances, d’approfondir avec<br />

des auteurs contemporains la fabrique intime de leur écriture.<br />

Un nouveau caractère<br />

à chaque numéro<br />

de <strong>Chroniques</strong><br />

La <strong>BnF</strong> soutient et valorise<br />

la création typographique<br />

française en invitant dans<br />

ses colonnes un caractère<br />

de titrage original,<br />

nova t eur, émergent,<br />

témoin de la vigueur<br />

actuelle de la discipline.<br />

Dans ce numéro<br />

Minérale est un caractère<br />

dessiné autour de fûts<br />

inhabituels, dont les côtés<br />

se croisent. Son dessin<br />

est pensé comme une exagération<br />

géométrique de<br />

la structure des incises, où<br />

les parties centrales de fûts<br />

verticaux sont amaigries.<br />

Ce phénomène est ici<br />

poussé à l’extrême : le fût<br />

se résume à deux triangles<br />

qui se rejoignent par leurs<br />

pointes, créant une zone<br />

claire, presque lumineuse,<br />

au centre du caractère.<br />

Sobre dans ses versions<br />

maigres, il devient plus<br />

exubérant dans ses versions<br />

grasses. Il est distribué<br />

depuis mai 2017 par<br />

la fonderie 205.TF.<br />

Le créateur<br />

Thomas Huot-Marchand<br />

est graphiste et typographe,<br />

il vit et travaille à Besançon,<br />

et dirige à Nancy l’Atelier<br />

national de recherche<br />

typographique.<br />

En couverture<br />

Jérôme Brézillon<br />

France(s) territoire liquide<br />

Série « Paysages français »,<br />

2010


EN BREF<br />

3<br />

Jeux vidéo<br />

Paris Games Week<br />

8 e édition<br />

Événement incontournable pour la<br />

communauté des « gamers » et les<br />

passionnés de jeux vidéo, la Paris Games<br />

Week offre la possibilité de découvrir<br />

en avant-première les futures sorties<br />

et les exclusivités de fin d’année. Chargée<br />

du dépôt légal de tous les documents<br />

sonores, vidéo et multimédias, la <strong>BnF</strong><br />

reçoit donc des jeux, des consoles et<br />

des accessoires, qui sont ensuite<br />

répertoriés et archivés dans les collections<br />

du département de l’Audiovisuel.<br />

La Bibliothèque présentera sur son stand<br />

des jeux que chacun pourra expérimenter.<br />

Art numérique<br />

Donner à voir<br />

l’art numérique<br />

Qu’est-ce qu’une œuvre d’art numérique ?<br />

Comment cet art s’est-il construit ces vingt<br />

dernières années ? Comment cet objet<br />

d’étude aussi riche que complexe est-il<br />

abordé par la critique d’art ? Autant de<br />

questions qui seront posées lors de la<br />

Biennale d’art numérique qui aura lieu le<br />

6 décembre sur le site François-Mitterrand.<br />

À cette occasion, plusieurs œuvres seront<br />

exposées ce même jour dans les deux salles<br />

de commission. Le colloque de clôture<br />

du projet de recherche Labex Arts-H2H<br />

aura pour thème la conservation de<br />

l’œuvre d’art numérique.<br />

Biennale d’art numérique de la <strong>BnF</strong>,<br />

le 6 décembre (Petit auditorium),<br />

présentation d’œuvres dans les salles<br />

de commission<br />

Journée de clôture du projet de<br />

recherche Labex Arts-H2H (salle 70),<br />

le 7 décembre de 9 h à 19 h<br />

(auditorium de l’INHA)<br />

Chu-Yin Chen, Vitamorph 2, 2012<br />

Du 1 er au 5 novembre 2017<br />

Parc des expositions,<br />

porte de Versailles, Paris<br />

De 8 h 30 à 18 h 30,<br />

fermeture à 18 h le dimanche<br />

Anniversaire<br />

Gallica a vingt ans !<br />

Numérisation<br />

Adoptez un livre !<br />

Vous souhaitez participer à la numérisation<br />

du patrimoine écrit de la <strong>BnF</strong> ? C’est possible !<br />

En adoptant un livre qui sera ensuite<br />

accessible dans Gallica, dont le titre sera<br />

associé à votre nom pendant dix ans.<br />

Et si vous avez des difficultés à faire votre<br />

choix, des listes d’ouvrages à adopter<br />

vous sont proposées, parrainées par<br />

des personnalités de la vie culturelle :<br />

par exemple Benoît Peeters, pour une liste<br />

dédiée à la bande dessinée. Lancé par<br />

les Amis de la <strong>BnF</strong> en mars 2011,<br />

ce programme a permis la numérisation<br />

de plus de 300 titres.<br />

Publics<br />

Journées portes<br />

ouvertes étudiants<br />

Les vendredi 6 et samedi 7 octobre 2017,<br />

le site François-Mitterrand ouvre<br />

grand ses portes aux étudiants pour<br />

faire mieux connaître ses espaces<br />

de travail et de lecture du Haut-de-jardin<br />

ainsi que ses activités culturelles.<br />

Plus d’infos sur bnf.fr<br />

Leonetto Cappiello, La Folie des bonbons Jacquin, affiche, 1926, <strong>BnF</strong>, Estampes et photographie<br />

À sa création en octobre 1997, la bibliothèque<br />

numérique de la <strong>BnF</strong> comptait 2 600 volumes<br />

et 7 000 images fixes. En 2017, Gallica donne<br />

accès à ses collections et aux ressources de<br />

nombreux partenaires en France et à l’étranger :<br />

un fonds représentant près de 5 millions de<br />

documents, allant des manuscrits aux vidéos<br />

en passant par des affiches, estampes, photographies,<br />

cartes, globes en 3D et livres au<br />

format EPUB, consultables sur tablettes et<br />

smartphones. Pour célébrer les vingt ans de<br />

Gallica, la <strong>BnF</strong> organise une série de manifestations<br />

tout au long d’une année. Rendez-vous<br />

dès cet automne pour le premier temps fort<br />

de ces festivités : la 2 e édition du Hackathon<br />

de la <strong>BnF</strong> (lire p. 14). Un dossier spécial<br />

sera consacré aux vingt ans de Gallica<br />

dans le prochain numéro de <strong>Chroniques</strong>.


4 EXPOSITIONS JEAN ROUCH CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

1 2<br />

JEAN ROUCH<br />

L’HOMME–CINÉMA<br />

+ À VOIR<br />

Jean Rouch,<br />

l’Homme-Cinéma<br />

Du 26 septembre<br />

au 26 novembre 2017<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Galerie des donateurs<br />

et allée Julien Cain<br />

Commissariat<br />

Alain Carou, <strong>BnF</strong><br />

Béatrice de Pastre, CNC<br />

Andrea Paganini,<br />

Centenaire et Fondation<br />

Jean Rouch 2017<br />

Exposition réalisée en<br />

coproduction avec le<br />

CNC dans le cadre du<br />

Centenaire Jean Rouch<br />

2017, avec le concours<br />

de la Fondation Jean<br />

Rouch et du Comité du<br />

film ethnographique.<br />

Dans le cadre de Paris<br />

Photo 2017<br />

En partenariat avec<br />

ARTE, Jeune Afrique<br />

Media Group, France<br />

Médias Monde, Sofilm<br />

Après-midi d’étude<br />

autour des enjeux<br />

contemporains du<br />

cinéma de Jean Rouch<br />

14 octobre 2017<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Grand auditorium<br />

Programmation<br />

de La Cinémathèque<br />

Jean Rouch aurait eu cent ans<br />

en 2017. Une exposition à la <strong>BnF</strong><br />

permet de redécouvrir un homme<br />

d’images qui a inventé une façon<br />

inédite de raconter les hommes<br />

et le monde.<br />

En 2004, il s’est éteint au Niger, pays<br />

où il a eu la révélation de sa vocation<br />

d’ethnographe en 1941 et tourné une<br />

grande partie de ses films. Toute sa vie,<br />

il a lié les sciences de l’homme et le<br />

cinéma d’une manière singulière.<br />

Quand, en 1957, il filme Oumarou<br />

Ganda à Abidjan, dans sa vie de tous<br />

les jours, puis lui montre les images en<br />

lui demandant de les commenter à sa<br />

place, Jean Rouch accomplit un geste<br />

révolutionnaire. Pour la première fois,<br />

le sujet de l’ethnographe a longuement<br />

la parole et devient par la force des mots<br />

un véritable personnage de cinéma. Le<br />

film Moi, un Noir apparaît notamment<br />

ainsi, comme l’une des prémisses de la<br />

Nouvelle Vague. À son tour, Oumarou<br />

Ganda deviendra cinéaste.<br />

Au-delà de cette œuvre, c’est une série<br />

de films, chacun porteur d’une proposition<br />

originale, qui a fait de Jean Rouch<br />

l’une des figures essentielles du cinéma<br />

moderne. Dans Les Maîtres fous<br />

(1954-57), La Pyramide humaine (1959-<br />

61), Chronique d’un été (1960-61), Jaguar<br />

(1954-68), Jean Rouch se moque des<br />

prétentions à l’observation neutre et<br />

« objective » des faits sociaux. Il assume<br />

pleinement la subjectivité, le jeu et le<br />

partage dans les relations avec ceux<br />

qu’il filme. Une partie de ses films sont<br />

Publication<br />

Découvrir les films<br />

de Jean Rouch<br />

Sous la direction<br />

de Béatrice de Pastre<br />

CNC / <strong>BnF</strong> / Somogy<br />

30


EXPOSITIONS JEAN ROUCH 5<br />

4<br />

3 5<br />

des réalisations collectives avec ses<br />

complices Damouré Zika, Lam Ibrahim<br />

Dia, Tallou Mouzourane et Moussa<br />

Hamidou. L’improvisation y est reine<br />

– une improvisation qui comme dans le<br />

jazz doit se préparer longuement pour<br />

donner d’heureux résultats. Avant tout<br />

le monde et toute sa vie durant, Jean<br />

Rouch est resté attaché à un cinéma<br />

léger, à des caméras mobiles et autonomes.<br />

En tout cela, il préfigure et interroge<br />

des pratiques de l’image qui sont<br />

les nôtres aujourd’hui.<br />

Les archives papier, photographiques<br />

et sonores de Jean Rouch sont conservées<br />

à la <strong>BnF</strong>. La plupart des quelques<br />

1<strong>80</strong> films à ce jour identifiés sont conservés<br />

au CNC, qui les a restaurés et<br />

numérisés. L’exposition Jean Rouch,<br />

l’Homme-Cinéma présente les richesses<br />

des deux fonds pour la première fois<br />

rassemblés, dans deux espaces d’exposition<br />

en accès libre. Allée Julien Cain,<br />

le visiteur est invité à découvrir la trajectoire<br />

de Jean Rouch – de l’influence<br />

des surréalistes aux rituels de possession,<br />

de la cosmologie des Dogons aux<br />

pulsations des métropoles –, à travers<br />

200 images de grand format et de nombreux<br />

extraits de films. On y découvre<br />

entre autres l’œuvre photographique<br />

de Jean Rouch, commencée dès l’adolescence<br />

mais beaucoup moins connue<br />

que son cinéma. En Galerie des donateurs,<br />

le visiteur pénètre dans l’atelier<br />

des films de Jean Rouch. Le croisement<br />

de ses carnets de terrain, de sa correspondance,<br />

d’extraits de films et d’archives<br />

audiovisuelles permet de saisir<br />

de manière très concrète l’originalité<br />

de sa pratique du cinéma et de l’anthropologie<br />

visuelle.<br />

Dans le cadre du centenaire de la naissance<br />

de Jean Rouch, des événements<br />

seront proposés pendant tout l’automne<br />

2017 par plusieurs institutions parisiennes<br />

: la <strong>BnF</strong> (voir agenda), la Cinémathèque<br />

du documentaire nouvellement<br />

créée et installée à la BPI / Centre<br />

Georges-Pompidou, le Musée du quai<br />

Branly, le Musée de l’Homme et le<br />

Comité du film ethnographique, la<br />

Cinémathèque française, etc.<br />

Alain Carou, département de l’Audiovisuel<br />

1 Jean Rouch posant<br />

avec ses amis<br />

et collaborateurs<br />

Niger, 1951, photographie<br />

<strong>BnF</strong>, Manuscrits<br />

2 Jean Rouch,<br />

Enfant dogon aux lunettes<br />

Mali, 1969, diapositive<br />

<strong>BnF</strong>, Manuscrits<br />

3 Jean Rouch,<br />

Damouré Zika endormi<br />

Ghana, 1954, photographie<br />

<strong>BnF</strong>, Manuscrits<br />

4 Jean Rouch<br />

et Germaine Dieterlen,<br />

Le Dama d’Ambara.<br />

Enchanter la mort,<br />

Mali, 1974-19<strong>80</strong>,<br />

photogramme<br />

CNC<br />

5 Jean Rouch,<br />

Bataille sur<br />

le grand fleuve,<br />

Niger, 1951, photogramme<br />

CNC<br />

6 Jean Rouch,<br />

Safi Faye posant<br />

sur une plage,<br />

Sénégal, vers 1968<br />

<strong>BnF</strong>, Manuscrits<br />

6


DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU PAYSAGES FRANÇAIS 7<br />

L’EXPOSITION ÉVÉNEMENT<br />

PAYSAGES<br />

FRANÇAIS<br />

Paysages français.<br />

Une aventure<br />

photographique,<br />

1984-2017<br />

Du 24 octobre 2017<br />

au 4 février 2018<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Exposition virtuelle<br />

expositions.bnf.fr/<br />

paysages-francais<br />

À noter aussi<br />

Cycle de conférences<br />

autour de l’exposition<br />

Commissariat<br />

Raphaële Bertho,<br />

université de Tours<br />

Héloïse Conésa, <strong>BnF</strong><br />

Exposition réalisée<br />

avec le soutien de Picto<br />

Foundation, fonds de<br />

dotation du laboratoire<br />

Picto<br />

En partenariat avec<br />

Le Monde, Le Point,<br />

L’Œil, France 3<br />

et France Culture<br />

Avec le concours<br />

exceptionnel de la RATP<br />

En partenariat avec l’INA<br />

Dans le cadre de Paris<br />

Photo 2017<br />

+ À VOIR<br />

Cette exposition exceptionnelle,<br />

qui rassemble pour la première<br />

fois plus de 160 auteurs et quelque<br />

1 000 tirages issus de quarante<br />

années de travail collectif autour<br />

des paysages français, est l’occasion<br />

d’une réflexion sur les<br />

mutations de la France, de son<br />

identité, de son territoire, au<br />

prisme des plus grands photographes<br />

contemporains : Basilico,<br />

Brotherus, Couturier, Depardon,<br />

Doisneau, Plossu, Ristelhueber,<br />

Weiner… Ces derniers bousculent<br />

la représentation traditionnelle<br />

du paysage et explorent des<br />

esthétiques ouvrant à de nouvelles<br />

thématiques.<br />

Une histoire des missions<br />

photographiques en France<br />

À partir des années 19<strong>80</strong>, alors que la<br />

France changeait de physionomie, le<br />

regard des photographes sur le paysage<br />

français a été convoqué à l’initiative de<br />

quelques grands commanditaires, pour<br />

rendre compte de ces métamorphoses.<br />

Ainsi, dès 1984, la Mission photographique<br />

de la DATAR (Délégation à<br />

l’aménagement du territoire et à l’action<br />

régionale) a dépêché partout en<br />

France, pendant quatre ans, des photographes<br />

encore inconnus ou déjà<br />

célèbres pour représenter le paysage<br />

français. La <strong>BnF</strong> conserve, depuis la fin<br />

de cette décennie, le fonds de la Mission<br />

photographique (planches-contact<br />

et tirages). Il semblait donc légitime que<br />

cet ensemble devenu mythique soit présenté<br />

ici à sa juste valeur.<br />

La mission de la DATAR a été la première<br />

d’une longue série de commandes<br />

financées par l’État ou les collectivités<br />

locales et toutes conservées à<br />

la <strong>BnF</strong>. Également portées parfois par<br />

des groupes de photographes comme<br />

France(s) territoire liquide, ces commandes<br />

se sont succédé jusqu’à<br />

aujourd’hui pour livrer une multitude<br />

d’images de la France.<br />

À gauche<br />

Sophie Ristelhueber,<br />

Mission<br />

photographique<br />

de la DATAR,<br />

série « Ouvrages d’art<br />

et paysage dans les<br />

montagnes du Centre<br />

et des Alpes »,<br />

N 202, entre Barrême<br />

et Digne (Alpesde-Haute-Provence),<br />

1986<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

1. Hölderlin, 1823<br />

Un reflet des évolutions<br />

de la photographie<br />

Les photographies exposées questionnent<br />

des territoires aux frontières de<br />

plus en plus labiles : celles du genre paysager<br />

qui bascule vers le portrait ; celles<br />

d’un pays pris dans le flux des échanges<br />

contemporains ; celles du champ photographique<br />

lui-même, en constante<br />

réinvention. Argentiques ou numériques,<br />

fixes ou mouvantes, les images présentées<br />

sont plurielles, à l’instar du paysage<br />

kaléidoscopique qu’elles captent.<br />

Les écritures photographiques parlent<br />

du patrimoine comme du quotidien,<br />

s’invitent dans le débat pour proposer<br />

de nouvelles manières d’« habiter poétiquement<br />

¹ » le monde. Le goût pour le<br />

pittoresque semble s’effacer au profit<br />

d’une esthétique sensible à d’autres<br />

thèmes : transfiguration du banal,<br />

nature modifiée par l’homme...<br />

Le photographe est, quant à lui, tour<br />

à tour chercheur dans un paysagelaboratoire<br />

ou arpenteur recensant les<br />

mutations du paysage en territoire ; il<br />

est aussi auteur quand il imprime son<br />

style aux lieux. Il est enfin l’architecte<br />

capable de donner une vision autre de<br />

son pays.


8 EXPOSITIONS PAYSAGES FRANÇAIS CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Une traversée photographique<br />

de quatre décennies<br />

Le visiteur suit d’abord « L’expérience<br />

du paysage » menée dans les années<br />

19<strong>80</strong> par les vingt-neuf photographes<br />

de la Mission photographique de la<br />

DATAR (1984-1988), de Robert<br />

Doisneau à Raymond Depardon en<br />

passant par l’Américain Lewis Baltz<br />

ou l’Italien Gabriele Basilico. Du<br />

Mont-Saint-Michel à Marseille, ces<br />

photographes s’affranchissent de la<br />

nécessité d’un regard illustratif sur les<br />

paysages urbains et naturels, au profit<br />

d’une véritable liberté dans les choix<br />

esthétiques et documentaires.<br />

Les années 1990 permettent d’entrer<br />

dans « Le temps du paysage » : devenu<br />

« patrimoine », celui-ci est mis à l’honneur<br />

dans les travaux d’Harry Gruyaert<br />

ou de John Batho, réalisés pour le<br />

Conservatoire du littoral. Le paysage<br />

est aussi montré comme mobile et<br />

changeant, marqué par le cycle des saisons,<br />

le passage des années ou les transformations<br />

structurelles. On suit ses<br />

évolutions avec les travaux d’Anne-<br />

Marie Filaire et Thierry Girard pour<br />

l’Observatoire photographique national<br />

du paysage ou ceux de Bernard<br />

Plossu dans le cadre du chantier du<br />

tunnel sous la Manche.<br />

Avec ses caractéristiques et ses limites<br />

naturelles ou administratives, le territoire<br />

devient ensuite, dans les années<br />

2000, un élément fondateur des dispositifs<br />

photographiques ; il donne lieu au<br />

développement d’un imaginaire topographique<br />

où « Le paysage devient style ».<br />

À travers des séries spécifiques ou des<br />

travaux au long cours qui embrassent<br />

la totalité du territoire français, le style<br />

aisément identifiable de photographes<br />

reconnus tels que Thibaut Cuisset,<br />

Gilles Leimdorfer, Jürgen Nefzger, participe<br />

en effet à la valorisation des lieux.<br />

Enfin, depuis le début des années 2010,<br />

le paysage n’est plus seulement photographié<br />

comme un espace à décrire<br />

mais aussi comme un lieu à habiter.<br />

L’homme s’y installe, s’immisce dans<br />

le cadre de l’image ; le récit des liens<br />

qui unissent « L’être au paysage » se fait<br />

plus intime et circonstancié, selon une<br />

relation fusionnelle et utopique,<br />

comme le montrent par exemple les<br />

travaux d’Elina Brotherus et de Thibault<br />

Brunet, membres de France(s)<br />

territoire liquide.<br />

Raphaële Bertho, université de Tours<br />

Héloïse Conésa, département<br />

des Estampes et de la photographie<br />

Ci-dessous<br />

Jürgen Nefzger,<br />

série « Fluffy Clouds »,<br />

Centrale nucléaire<br />

de Nogent-sur-Seine<br />

(Aube), 2003<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

Catalogue<br />

Paysages français.<br />

Une aventure<br />

photographique,<br />

1984-2017<br />

Sous la direction<br />

de Raphaële Bertho<br />

et Héloïse Conésa,<br />

commissaires<br />

de l’exposition<br />

Avec les contributions<br />

de François Bon,<br />

écrivain, Bruce Bégout,<br />

philosophe et écrivain<br />

Éditions de la <strong>BnF</strong><br />

304 pages<br />

270 illustrations<br />

49,90


DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU PAYSAGES FRANÇAIS<br />

9<br />

1 Patrick Tourneboeuf,<br />

série « Nulle part »,<br />

Sans titre,<br />

1999-2005<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

2 Marion Gambin,<br />

France(s)<br />

territoire liquide,<br />

série « Entre-deux<br />

lieux », [Aire<br />

d’autoroute, France],<br />

2013<br />

3 Fred Delangle,<br />

France(s) territoire liquide,<br />

série « Paris-Delhi »<br />

Porte Saint-Denis, Paris, 10 e<br />

arrondissement, colorisé<br />

par Ashesh Josh, 2010<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

Le paysage<br />

comme<br />

laboratoire<br />

1<br />

2<br />

3<br />

Michel Poivert est historien de la<br />

photographie¹. Raphaële Bertho<br />

et Héloïse Conésa, commissaires<br />

de l’exposition, l’ont rencontré.<br />

<strong>Chroniques</strong> : L’essor du genre paysager<br />

a-t-il permis aux photographes des<br />

années 19<strong>80</strong> de « s’émanciper », notamment<br />

vis-à-vis du photojournalisme ?<br />

M. P. : Le paysage urbain, périurbain<br />

ou rural a constitué une sorte de laboratoire.<br />

Le genre a même concurrencé<br />

voire éclipsé le documentaire social à<br />

la française des années 1970 et 19<strong>80</strong>.<br />

Or, il s’agissait de propositions fortes<br />

qu’il est urgent de redécouvrir – je<br />

pense notamment à celles de l’agence<br />

Faut voir. Le paysage était peut-être<br />

plus consensuel et surtout plus éloigné<br />

du photoreportage ; il a ainsi permis à<br />

la photographie d’intégrer plus aisément<br />

le domaine de l’art contemporain.<br />

C : Quel a été selon vous l’impact de la<br />

Mission photographique de la DATAR<br />

sur les photographes contemporains ?<br />

M. P. : Cette mission a fait date et, dans<br />

une certaine mesure, elle a fait école.<br />

Car le projet incluait un cahier des<br />

charges et posait en même temps la<br />

question du statut du photographe<br />

comme artiste. D’où une double problématique,<br />

définir le paysage en photographie,<br />

et réaliser une sorte de paysage<br />

de la photographie contemporaine.<br />

L’impact de la DATAR a donc dépassé<br />

le genre du paysage, si bien que cette<br />

mission constitue aujourd’hui un véritable<br />

repère dans l’histoire contemporaine.<br />

J’aime à penser qu’il s’y est même<br />

inventé un certain vernaculaire européen,<br />

en réponse à ce qui venait des<br />

États-Unis, notamment avec le grand<br />

référent que constituait l’exposition New<br />

Topographics (1975) qui mariait photographie<br />

de paysage et art conceptuel.<br />

C : Le rapport au paysage a évolué dans<br />

nos sociétés actuelles. De quelle façon<br />

ces évolutions ont-elles conditionné de<br />

nouvelles pratiques photographiques ?<br />

M. P. : Il me semble que nous vivons de<br />

plus en plus le paysage à travers la<br />

notion de site et la photographie a sa<br />

part dans l’artialisation des paysages.<br />

Dans sa diversité, la photographie<br />

contemporaine a inventé de nouveaux<br />

critères de beauté du paysage. Les<br />

espaces périurbains qui avaient au<br />

départ une connotation péjorative associée<br />

au terme de « no man’s land » sont<br />

devenus des lieux de mystère et de<br />

charme. La photographie rejoint ici ce<br />

que le cinéma avait déjà largement développé<br />

en faisant de la banlieue un paysage<br />

: repensons aux films de Pasolini !<br />

1. Michel Poivert enseigne à l’université Paris 1<br />

Panthéon–Sorbonne où il dirige le département<br />

d’histoire de l’art


10 DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU PAYSAGES FRANÇAIS CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

REGARDS<br />

Trois des photographes présents<br />

dans l’exposition parlent de leur travail<br />

Elina Brotherus<br />

Série « 12 ans après », 1999<br />

« Cette série a été réalisée douze ans<br />

après une résidence d’artiste que j’ai<br />

faite à Chalon-sur-Saône, au musée Niépce,<br />

en 1999. Depuis cette époque, je<br />

suis la moitié du temps en France et<br />

l’autre moitié en Finlande, mon pays<br />

d’origine. En 2012, le musée m’a<br />

recontactée pour mener des ateliers avec<br />

des classes et j’ai accepté à la condition<br />

d’être logée au même endroit qu’auparavant,<br />

un carmel du XV e siècle rénové<br />

dans les années 1970. Ce qui m’intéressait,<br />

c’était de rentrer dans cette<br />

machine à remonter le temps pour faire<br />

une sorte d’expérimentation animale<br />

sur moi-même. Je me suis mise à faire<br />

des diptyques où l’on voit parfois exactement<br />

le même espace à douze ans d’intervalle.<br />

C’est ce qui m’a intéressée dans<br />

cette série : montrer l’écoulement du<br />

temps. Le paysage, c’est aussi la contemplation<br />

sur place, attendre le bon<br />

moment, la bonne lumière, souvent très<br />

tôt le matin.<br />

Je ne souhaite pas m’exprimer sur cette<br />

photo, L’Étang (2012), qui correspond<br />

à une période particulière de ma vie. En<br />

tout cas, la figure vue de dos est une thématique<br />

de prédilection ; c’est comme<br />

une invitation pour le spectateur à se<br />

joindre au personnage de la photo.<br />

J’aime aussi beaucoup les surfaces qui<br />

se reflètent, les miroirs, les lacs, les paysages<br />

épurés, la simplicité de construction.<br />

Le paysage le plus simple, c’est<br />

une ligne et deux champs, au-dessus et<br />

en-dessous. Sur cette photo, le fil que<br />

l’on voit à la surface, c’est le déclencheur<br />

pneumatique qui permet de<br />

prendre une photo sans retardateur avec<br />

un appareil argentique mécanique. Il<br />

montre que l’auteur de la photo est aussi<br />

le modèle. Souvent, je considère le paysage<br />

comme un décor ou comme une<br />

scène où se déroule une action. Dans<br />

certaines phases de mon travail, les photos<br />

sont très autobiographiques – souvent<br />

des autoportraits ou un paysage à<br />

l’intérieur duquel je me prends en<br />

photo ; dans d’autres, elles font plutôt<br />

référence à l’histoire de l’art. »<br />

Propos recueillis par Corine Koch<br />

Délégation à la communication<br />

1<br />

+ D’INTERVIEWS<br />

1 Elina Brotherus,<br />

France(s)<br />

territoire liquide,<br />

série « 12 ans après »,<br />

L’Étang, 2012<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

2 Sabine Delcour,<br />

Mission<br />

photographique<br />

du Conservatoire<br />

du littoral,<br />

série « Delta<br />

de la Leyre »,<br />

2006-2007<br />

2


DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU PAYSAGES FRANÇAIS<br />

11<br />

Sabine Delcour<br />

Série « Delta de la Leyre », 2006-2007<br />

« Depuis vingt-cinq ans, je travaille sur<br />

le paysage et sur les rapports de l’homme<br />

à l’environnement, qu’il soit urbain ou<br />

rural. Je photographie des villes, des<br />

forêts, des espaces montagneux ou des<br />

îles au rythme des saisons et je manipule<br />

les codes de la photographie de<br />

paysage, pour faire apparaître la puissance<br />

d’évocation du territoire, sa capacité<br />

à susciter un imaginaire. Ce qui<br />

m’intéresse, ce sont les liens entre un<br />

paysage et la mémoire des êtres humains<br />

qui l’habitent, les liens entre un territoire<br />

intime et un territoire paysager. Je<br />

fais parler les gens, je collecte leurs récits<br />

sur les lieux que j’investis pour nourrir<br />

une réflexion sur la façon dont le paysage<br />

est perçu. Je me demande aussi :<br />

d’où nous vient le rapport que nous<br />

entretenons avec le paysage ? Est-ce qu’il<br />

existe en nous une matrice de ce rapport<br />

? C’est dans ce cadre que j’ai également<br />

travaillé sur des sites géologiques<br />

; c’est aussi un travail sur le temps.<br />

Quand le Conservatoire du littoral m’a<br />

proposé de photographier le delta de la<br />

Leyre, j’étais en train de réaliser un travail<br />

sur le cheminement et sur les parcours<br />

individuels. J’étais très imprégnée<br />

par ce projet et par sa dimension symbolique.<br />

Il a été très présent dans la relation<br />

que j’ai eue avec ce territoire. J’ai<br />

insisté pour photographier le domaine<br />

de Certes, dans le fond du bassin d’Arcachon,<br />

qui était un lieu de mon enfance.<br />

Quand j’ai commencé, les relations avec<br />

les gardes du littoral qui entretiennent<br />

le domaine étaient assez froides. Je leur<br />

ai montré les images que je faisais et<br />

leur regard m’a beaucoup apporté.<br />

Ensuite ils m’ont emmenée dans des<br />

endroits auxquels je n’aurais jamais pu<br />

accéder sans eux ! Je réalise mes images<br />

à la chambre en laissant apparent le bord<br />

du négatif. Cela donne à voir que c’est<br />

la vision de l’auteur qui permet au spectateur<br />

de rentrer dans le paysage. L’œil<br />

du spectateur chemine dans l’image où<br />

se noue une complexe relation entre flou<br />

et net. »<br />

Propos recueillis par Sylvie Lisiecki<br />

Délégation à la communication<br />

3 Laurent Kronental,<br />

série « Souvenir<br />

d’un futur »<br />

Joseph, 88 ans,<br />

Les Espaces d’Abraxas,<br />

Noisy-le-Grand, 2014<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

3<br />

Laurent Kronental<br />

Série « Souvenir d’un futur », 2011-2015<br />

« Il s’agit de mon premier projet. Depuis<br />

plusieurs années, je voulais m’engager<br />

sur un sujet à propos des personnes<br />

âgées mais je ne savais pas comment.<br />

Ce qui était sûr, c’est que je voulais les<br />

montrer de manière insolite, dans un<br />

cadre où on ne s’attend pas à les voir.<br />

Je souhaitais aussi déconstruire l’image<br />

un peu péjorative de la personne âgée<br />

qu’on a tendance à se représenter<br />

comme fatiguée.<br />

À Courbevoie, il y a une ruelle de terre<br />

qui mène à la Défense. Un jour, j’ai rencontré<br />

là un couple de seniors avec<br />

lequel j’ai sympathisé. En les voyant<br />

dans leur jardin avec le linge qui séchait<br />

et les tours derrière, je me suis dit que<br />

le sujet était là, dans cette superposition.<br />

Ce qui me donne des émotions,<br />

c’est de parler des époques qui se juxtaposent<br />

en un même endroit.<br />

En parallèle, j’ai développé une attirance<br />

pour les grands ensembles qui<br />

évoquent quelque chose de toujours<br />

futuriste. Rassembler les deux sujets<br />

permettait de parler à la fois de la marginalisation<br />

de ces quartiers et de celle<br />

du grand âge.<br />

Dans le cas de Joseph, 88 ans, il s’agit<br />

d’une scène que j’ai photographiée dans<br />

le quartier des Espaces d’Abraxas,<br />

construit dans les années 1970 par<br />

Ricardo Bofill, à Noisy-le-Grand. Ce<br />

vieux monsieur m’a tout de suite interpellé<br />

par son allure à la fois élégante et<br />

décalée. Dans sa posture, il y a de la<br />

dignité, de la mélancolie et de la force.<br />

Cette image est l’une de mes préférées.<br />

Elle évoque un monde parallèle presque<br />

apocalyptique, où les derniers témoins<br />

seraient les personnes âgées qui se<br />

tiennent encore droites face à ces<br />

colonnes de béton. D’ailleurs, j’ai choisi<br />

des gens qui avaient une certaine jeunesse<br />

dans leur vieillesse. “ Mon corps<br />

vieillit mais mon esprit semble ne pas<br />

avoir vieilli ” , m’a dit l’un d’eux. »<br />

Propos recueillis par Corine Koch<br />

Délégation à la communication


12 DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU PATRICE CHÉREAU CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Patrice<br />

Chéreau<br />

Du théâtre<br />

à l’opéra<br />

Patrice Chéreau.<br />

Mettre en scène<br />

l’opéra<br />

Du 18 novembre 2017<br />

au 3 mars 2018<br />

<strong>BnF</strong> I Bibliothèque-musée<br />

de l’Opéra<br />

Commissariat<br />

Sarah Barbedette,<br />

Opéra national de Paris,<br />

Pénélope Driant, <strong>BnF</strong><br />

À l’occasion de la reprise de<br />

De la maison des morts de Leoš<br />

Janáček, l’une des dernières<br />

productions mises en scène par<br />

Patrice Chéreau, la <strong>BnF</strong> s’associe<br />

à l’Opéra national de Paris<br />

pour célébrer son parcours sur<br />

les scènes lyriques.<br />

Parallèlement au travail théâtral entamé<br />

dès ses années d’études au lycée Louisle-Grand,<br />

Patrice Chéreau (1944-2013)<br />

se lance à vingt-cinq ans dans la mise<br />

en scène d’opéra, avec L’Italienne à Alger<br />

de Rossini présentée au Festival de Spolète,<br />

puis Les Contes d’Hoffmann<br />

d’Offenbach, à l’Opéra de Paris. Lors<br />

du centenaire du Festival de Bayreuth<br />

en 1976, il est choisi pour monter les<br />

quatre opéras de L’Anneau du Nibelung<br />

de Wagner aux côtés de Pierre Boulez :<br />

provoquant d’abord un scandale retentissant,<br />

sa mise en scène finit par conquérir<br />

le public et lui vaudra une renommée<br />

internationale. Toujours avec Boulez,<br />

Chéreau dirigera la création mondiale<br />

de Lulu de Berg dans sa version intégrale,<br />

avant d’entamer de fructueuses<br />

collaborations avec de nombreux chefs<br />

d’orchestre : Sylvain Cambreling pour<br />

Lucio Silla ; Daniel Barenboim pour<br />

Wozzeck, Don Giovanni et Tristan et Isolde ;<br />

Daniel Harding pour Così fan tutte ; et<br />

enfin Esa-Pekka Salonen, aux côtés<br />

duquel il signera sa dernière mise en<br />

scène lyrique, Elektra de Strauss, lors du<br />

Festival d’Aix-en-Provence en 2013.<br />

Ci-dessus<br />

Lulu, musique<br />

d’Alban Berg, mise<br />

en scène de Patrice<br />

Chéreau, Opéra<br />

de Paris, 1979,<br />

avec Yvonne Minton<br />

et Teresa Stratas<br />

Photographie<br />

de Daniel Cande<br />

<strong>BnF</strong>, Arts du spectacle<br />

Catalogue<br />

Sous la direction<br />

de Sarah Barbedette<br />

et Pénélope Driant<br />

Éditions Actes Sud<br />

1. Patrice Chéreau,<br />

note de travail pour<br />

L’Anneau du Nibelung<br />

de Richard Wagner<br />

IMEC, Fonds<br />

Patrice Chéreau<br />

Avec ces onze productions, Patrice<br />

Chéreau a profondément renouvelé la<br />

fabrique de l’opéra, mettant ses talents<br />

de directeur d’acteurs au service d’une<br />

conception toujours plus incarnée des<br />

rôles chantés, soutenu dans sa démarche<br />

par le scénographe Richard Peduzzi,<br />

dont les décors, d’une grande inventivité,<br />

contribuaient pleinement à l’action<br />

sur le plateau. Ces décors entraient<br />

souvent en résonance avec un univers<br />

pictural très riche, dans lequel le metteur<br />

en scène avait baigné dès son<br />

enfance, marquée par l’activité d’un<br />

père peintre et de nombreuses visites<br />

de musées. Constamment sollicité<br />

par les directeurs de maisons d’opéra,<br />

Chéreau a rencontré d’éclatants succès,<br />

même si l’histoire de ses relations avec<br />

le genre lyrique est teintée d’une ambivalence<br />

irréductible : à plusieurs reprises,<br />

Chéreau a déclaré tourner définitivement<br />

le dos à l’opéra, déplorant la trop<br />

grande lourdeur administrative et les<br />

difficultés inhérentes à un calendrier<br />

de répétitions bien plus restreint qu’au<br />

théâtre.<br />

L’exposition présentée dans les espaces<br />

de la Bibliothèque-musée de l’Opéra<br />

au Palais Garnier rassemble plus d’une<br />

centaine de documents, issus des collections<br />

de la <strong>BnF</strong>, de prêts privés et du<br />

fonds Patrice Chéreau déposé à l’Institut<br />

Mémoires de l’édition contemporaine<br />

: notes de travail, livrets annotés,<br />

correspondance, esquisses, maquettes<br />

de décors, photographies, archives<br />

audiovisuelles… Elle invite à découvrir<br />

les divers enjeux, formels ou conceptuels,<br />

qui sous-tendent chacune des<br />

onze productions lyriques du metteur<br />

en scène, puis propose un second parcours<br />

plus thématique, qui permet au<br />

visiteur d’explorer les différents processus<br />

de création mis en œuvre par<br />

Chéreau à l’opéra : comment diriger les<br />

chanteurs comme de véritables comédiens,<br />

comment œuvrer en concertation<br />

étroite avec les chefs d’orchestre,<br />

quelles relations établir entre l’action<br />

dramatique et la musique ? L’exposition<br />

dresse ainsi un portrait du metteur<br />

en scène au travail, cherchant en permanence<br />

à donner à l’opéra la puissance<br />

d’un « théâtre grandi, porté à l’incandescence<br />

par la musique, comme<br />

l’épée de Siegfried¹ ».<br />

Sarah Barbedette, Opéra national de Paris<br />

Pénélope Driant, <strong>BnF</strong>, département de la Musique


EXPOSITIONS BOURSE DU TALENT / HORS LES MURS 13<br />

Photographes<br />

émergents<br />

Depuis dix ans, la <strong>BnF</strong><br />

présente les photographies<br />

lauréates de la Bourse du Talent,<br />

qui récompense de jeunes<br />

photographes. Organisée par<br />

Photographie.com et Picto,<br />

cette manifestation, qui a pour<br />

thèmes le paysage, le reportage,<br />

le portrait et la mode,<br />

est aujourd’hui un indicateur<br />

des talents émergents.<br />

Lauréate 2017 dans la catégorie Reportage,<br />

Chloé Jafé, née en 1984, s’intéresse<br />

aux femmes dans la mafia japonaise,<br />

depuis son installation à Tokyo<br />

en 2014. Son projet, intitulé Inochi<br />

Azukemasu, expression qui signifie le<br />

« don de sa vie » et ainsi l’engagement<br />

au sein d’un clan, est une sorte de carnet<br />

de voyage dans le monde des yakusas.<br />

La jeune photographe a tenté d’intégrer<br />

un clan de la mafia pour<br />

comprendre la place des femmes dans<br />

cette organisation méconnue. Elle a pu<br />

photographier en se faisant progressivement<br />

accepter. Dans cet univers<br />

dominé par les hommes, les femmes<br />

n’existent que comme maîtresses,<br />

épouses ou filles, même si leur rôle dans<br />

le fonctionnement de l’organisation est<br />

important.<br />

Afin de contribuer à sauvegarder la<br />

mémoire de la création, qui deviendra<br />

patrimoine au fil du temps, organisateurs<br />

et photographes font don à la <strong>BnF</strong><br />

d’un ensemble de tirages qui viennent<br />

enrichir la collection de photographie<br />

contemporaine du département des<br />

Estampes et de la photographie.<br />

Sylvie Lisiecki<br />

Délégation à la communication<br />

1<br />

À noter<br />

Jeunes photographes<br />

de la Bourse du<br />

Talent 2017<br />

Du 15 décembre 2017<br />

au 4 mars 2018<br />

Allée Julien Cain<br />

Avec le soutien<br />

de la Fondation Roederer<br />

1 Bourse du Talent<br />

# 69 Reportage :<br />

Chloé Jafé, lauréate,<br />

série « Inochi<br />

Azukemasu », 2014<br />

2 Astérix chez les<br />

Belges, planche<br />

originale, dessins<br />

d’Albert Uderzo, texte<br />

de René Goscinny,<br />

Paris, 1977<br />

<strong>BnF</strong>, Réserve<br />

des livres rares<br />

3 Jean-Benjamin<br />

de La Borde<br />

(1734-1794), d’après<br />

les observations<br />

de François Levaillant<br />

(1753-1824),<br />

Partie Méridionale<br />

de l’Afrique depuis<br />

le Tropique du<br />

Capricorne jusqu’au<br />

Cap de Bonne-<br />

Espérance contenant<br />

les Pays des<br />

Hottentots, des<br />

Cafres et de quelques<br />

autres Nations<br />

Carte manuscrite<br />

au lavis et à la plume<br />

<strong>BnF</strong>, Cartes et plans<br />

2<br />

Hors les murs<br />

Dans les collections<br />

de la <strong>BnF</strong><br />

Afin de faire mieux connaître<br />

ses trésors, la <strong>BnF</strong> ouvre ses<br />

collections à des musées des<br />

régions de France. Dans chacun<br />

de ces musées, une sélection<br />

de chefs-d’œuvre – gravures,<br />

photographies, cartes, manuscrits<br />

ou monnaies et médailles – est<br />

présentée autour d’une thématique<br />

ou d’un artiste en résonance<br />

avec l’histoire et les collections<br />

du lieu où elles sont accueillies.<br />

Ces présentations sont également<br />

l’occasion de numériser un<br />

ensemble d’œuvres qui sont mis<br />

en ligne dans Gallica.<br />

Festival international de géographie<br />

de Saint-Dié-des-Vosges<br />

Du 29 septembre<br />

au 1 er octobre 2017<br />

À l’occasion du Festival international<br />

de géographie de Saint-Dié-des-Vosges,<br />

qui met à l’honneur l’Afrique du Sud<br />

autour du thème « Territoires humains,<br />

mondes animaux », la <strong>BnF</strong> présente une<br />

carte de l’Afrique australe établie par<br />

l’explorateur et ornithologue François<br />

Levaillant (1753-1824).<br />

3<br />

Musée du Louvre, Paris<br />

D’or et d’ivoire : reliures<br />

du Moyen Âge<br />

Cinq reliures d’orfèvrerie et d’ivoire<br />

sont présentées dans les salles<br />

du département des Objets d’art du<br />

musée du Louvre, du 31 octobre 2017<br />

au 2 juillet 2018.<br />

Prêts de la <strong>BnF</strong><br />

Musée d’art et d’histoire<br />

du judaïsme, Paris<br />

Du 27 septembre 2017<br />

au 4 mars 2018<br />

René Goscinny, au-delà du rire<br />

À l’occasion du quarantième anniversaire<br />

de la disparition de René Goscinny,<br />

l’exposition, René Goscinny, au-delà du<br />

rire, rend hommage au célèbre scénariste.<br />

Dans ce cadre, la <strong>BnF</strong> prête<br />

quarante-quatre planches originales<br />

d’Astérix issues d’Astérix le Gaulois,<br />

La Serpe d’or et Astérix chez les Belges,<br />

trois albums donnés par Albert Uderzo<br />

en 2011.


14 AUDITORIUMS HACKATHON CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

HACKATHON<br />

2e ÉDITION !<br />

Hackathon de la <strong>BnF</strong> Samedi 25<br />

et dimanche 26<br />

novembre 2017<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Programmation<br />

culturelle<br />

Plus d’infos sur bnf.fr<br />

Samedi 25 novembre<br />

14 h : lancement<br />

du Hackathon et<br />

conférence inaugurale :<br />

« Le numérique dans<br />

nos vies »<br />

15 h – 18 h :<br />

conférences et ateliers :<br />

« Le citoyen et les<br />

données numériques »<br />

20 h - minuit : <strong>BnF</strong>’s<br />

afterwork : remixes<br />

d’extraits des collections<br />

de la <strong>BnF</strong> par un collectif<br />

de DJs<br />

Dimanche 26<br />

novembre<br />

14 h – 16 h : scène<br />

ouverte aux musiciens<br />

du web sous la houlette<br />

de PV Nova<br />

12 h – 17 h : installation<br />

sonore sur le thème<br />

du paysage avec Arnaud<br />

Sallé, compositeur<br />

Dans le cadre de la Semaine<br />

de l’innovation publique,<br />

la <strong>BnF</strong> organise son 2e Hackathon.<br />

Thème de cette édition : la musique.<br />

Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un hackathon<br />

? Réponse : un marathon de<br />

vingt-quatre heures non-stop destiné à<br />

inventer de nouveaux services ou usages<br />

à partir d’images et de données, en l’occurrence<br />

celles de la <strong>BnF</strong>. Cet événement<br />

ne s’adresse pas qu’à des mordus<br />

de la technique ! Tous ceux qui souhaitent<br />

contribuer à l’effort de l’État en<br />

matière de données ouvertes sont aussi<br />

invités à partager leurs idées auprès de<br />

développeurs (informaticiens, designers,<br />

graphistes) qui leur donneront corps<br />

sous forme de prototypes. Car si la<br />

richesse d’un hackathon est bien de rassembler<br />

une communauté éphémère aux<br />

compétences variées, à la <strong>BnF</strong>, elle représente<br />

aussi la volonté collective et désintéressée<br />

de faire avancer la connaissance<br />

plus vite et de manière plus connectée<br />

aux besoins des usagers.<br />

Mais le Hackathon de la <strong>BnF</strong> est aussi<br />

une fête du numérique : l’occasion pour<br />

tout un chacun de découvrir les données<br />

de ses collections sur le son et la<br />

musique, d’assister à des conférences et<br />

à des ateliers afin de mieux comprendre<br />

l’importance de ces données et les<br />

usages que tout citoyen peut en faire,<br />

d’assister à des concerts et des performances<br />

sonores : le samedi, un collectif<br />

Musique Conférences Making Concerts<br />

de DJs et musiciens électro vous invitera<br />

à danser sur des remixes constitués<br />

à partir des fonds sonores de la <strong>BnF</strong>, et<br />

le dimanche après-midi, la scène sera<br />

ouverte aux musiciens du web sous la<br />

houlette de PV Nova.<br />

Quelles données la <strong>BnF</strong> met-elle<br />

à disposition ?<br />

La <strong>BnF</strong> met gratuitement à la disposition<br />

du public l’ensemble des données<br />

descriptives qu’elle produit dans le cadre<br />

de la constitution et de la valorisation<br />

de ses collections. Outre les catalogues<br />

en ligne grâce auxquels chacun peut<br />

faire une recherche, consulter et sauvegarder<br />

ses résultats sous diverses formes,<br />

sont apparues les APIs, ces fameuses<br />

Application Programming Interfaces destinées<br />

à récupérer automatiquement des<br />

données à partir d’un programme informatique<br />

distant qui communique avec<br />

les serveurs de la <strong>BnF</strong>. Concrètement,<br />

on vous donne le mode d’emploi et c’est<br />

vous qui pilotez directement, sans passer<br />

par l’interface homme-machine (ou<br />

IHM) que constituent les sites web des<br />

catalogues ou de Gallica.<br />

Les utilisateurs de la <strong>BnF</strong> ont accès en<br />

permanence aux réservoirs de données<br />

et aux APIs correspondantes qui seront<br />

accessibles durant le Hackathon.<br />

Parmi ceux-ci, le catalogue général rassemble<br />

14 millions de notices et décrit<br />

les livres et journaux imprimés, les collections<br />

iconographiques, les partitions<br />

manuscrites et imprimées, les documents<br />

audiovisuels (son, image animée,<br />

jeux vidéo et logiciels). Le catalogue<br />

<strong>BnF</strong> Archives et manuscrits décrit les<br />

collections d’ouvrages écrits à la main<br />

des origines à nos jours et les fonds d’archives<br />

littéraires, dramaturgiques, historiques<br />

ou scientifiques.


AUDITORIUMS HACKATHON 15<br />

Avec plus de 4 millions de documents,<br />

Gallica, la bibliothèque numérique de<br />

la <strong>BnF</strong>, est l’une des plus importantes<br />

du monde.<br />

Enfin, Data, la plateforme de données<br />

ouvertes de la <strong>BnF</strong>, regroupe sur une<br />

même page web toutes les informations<br />

dont elle dispose sur un titre, un auteur<br />

ou un thème en exploitant les principes<br />

du web de données. Un utilisateur physique<br />

ou un ordinateur distant peuvent<br />

ainsi récupérer des synthèses ou des<br />

fichiers structurés leur permettant<br />

ensuite de mieux se repérer dans les<br />

autres ressources de la Bibliothèque.<br />

Gallicarte<br />

Le Hackathon de la <strong>BnF</strong>,<br />

comment ça marche ?<br />

La participation est libre et gratuite pour<br />

les hackathoniens qui se rassembleront<br />

dans le hall des Globes. L’inscription<br />

au Hackathon se fait en ligne à partir<br />

du 15 septembre 2017. Les participants<br />

s’engagent à passer vingt-quatre heures<br />

non-stop à la <strong>BnF</strong> (un espace de repos,<br />

de restauration et des douches seront<br />

mis à disposition !). À trois reprises<br />

durant ces vingt-quatre heures, les<br />

équipes (dix au total) présenteront leur<br />

projet devant un jury pour un temps<br />

d’échange. À l’issue des restitutions sera<br />

remis le prix du Hackathon <strong>BnF</strong>, récompense<br />

qui marque l’engagement de la<br />

Bibliothèque à développer le projet lauréat<br />

pour en faire un service permanent<br />

offert aux usagers.<br />

Autour de cet événement et durant tout<br />

le week-end, une programmation culturelle<br />

ouverte à tous sera proposée dans<br />

le hall d’entrée : conférences et ateliers<br />

autour du numérique, mais aussi<br />

remixes, performances musicales et jeux<br />

vidéo. Vous êtes les bienvenus !<br />

Matthieu Bonicel, Direction générale<br />

En haut<br />

Hackathon 2016<br />

À droite<br />

Une illustration<br />

du projet Gallicarte<br />

Le premier prix du Hackathon<br />

2016 a été décerné au projet<br />

Gallicarte. Conformément à<br />

l’engagement pris par la <strong>BnF</strong>, il<br />

a été développé de façon à apporter<br />

de nouvelles fonctionnalités<br />

aux utilisateurs de Gallica.<br />

Cet outil permet d’afficher sur une carte<br />

les résultats d’une recherche effectuée<br />

dans Gallica. La nouvelle fonctionnalité<br />

permet de visualiser, par exemple,<br />

l’ensemble d’un fonds photographique<br />

géolocalisé sur une carte interactive en<br />

présentant les documents et leurs métadonnées<br />

issues du catalogue. Pour le<br />

grand public, la carte comme mode<br />

d’affichage est d’utilisation simple. Pour<br />

les utilisateurs plus avertis, la carte<br />

comme mode de visualisation peut faire<br />

émerger des hypothèses de recherches.<br />

Le prototype, développé en vingt-quatre<br />

heures pendant le concours, proposait<br />

des fonctions simples sur un corpus<br />

documentaire relativement réduit.<br />

L’engagement pris par la <strong>BnF</strong> était de<br />

proposer ce mode de présentation des<br />

résultats pour un grand nombre de<br />

documents dans Gallica. Dans un premier<br />

temps, des cartes thématiques<br />

(gastronomie, événements sportifs,<br />

monuments historiques, villes françaises…)<br />

ont fait leur apparition dans<br />

l’interface de la bibliothèque numérique.<br />

Par la suite, de nouvelles fonctionnalités<br />

comme la visualisation des<br />

entités nommées (noms de personnes,<br />

de lieux, d’organisations, dates) sur des<br />

fonds de cartes récents ou anciens<br />

seront accessibles depuis les pages de<br />

résultats de requête. Enfin, des opérations<br />

collaboratives avec les Gallicanautes<br />

seront organisées pour améliorer<br />

la précision des données présentées :<br />

les utilisateurs pourraient aider à identifier<br />

précisément le lieu de certaines<br />

prises de vues ou retracer le parcours<br />

d’un héros de roman. Gallica pourra<br />

aussi proposer des services géolocalisés<br />

comme des recueils d’affiches ou<br />

de photos anciennes en fonction de l’endroit<br />

de consultation. Ces nouveautés<br />

seront disponibles dans Gallica à partir<br />

de la fin de l’année.<br />

Matthieu Gioux<br />

Chef de produit Gallica


16 AUDITORIUMS HACKATHON<br />

CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Gallica Studio<br />

Un filon à creuser<br />

Avec plus de 4 millions de documents,<br />

Gallica est une véritable mine pour<br />

les hackathoniens. Certains pionniers<br />

ne s’y sont d’ailleurs pas trompés<br />

et s’approprient quotidiennement<br />

ces fonds pour créer des réalisations<br />

innovantes. Gallica Studio, nouveau<br />

site de la <strong>BnF</strong>, a pour but de mettre<br />

en valeur ces réalisations.<br />

Inspiré par le développement des<br />

démarches participatives et créatives<br />

sur le web telles que le Rijsks Studio du<br />

Rijsksmuseum Amsterdam, Gallica Studio<br />

s’inscrit dans la continuité des premières<br />

initiatives de la <strong>BnF</strong> en la<br />

matière et offre une plateforme d’expression<br />

inédite, qui rassemble et met<br />

en contact la communauté des Gallicanautes.<br />

Pour cela, le site se décline<br />

en quatre rubriques aux objectifs complémentaires.<br />

La boîte à outils<br />

Elle accueille des outils de développement<br />

de projet (écriture collaborative,<br />

sondage, partage de documents…) et<br />

fournit une documentation complète<br />

sur les services en ligne de la <strong>BnF</strong>,<br />

concernant par exemple data.bnf.fr ou<br />

le meilleur moyen de réaliser une Gallicabox.<br />

Les projets collaboratifs<br />

Véritable cœur du site, cet espace souhaite<br />

promouvoir les projets liés à Gallica.<br />

Un article est consacré à chacun<br />

de ces projets, tous accompagnés par<br />

la <strong>BnF</strong>. Il revient sur leurs objectifs,<br />

leurs besoins et les possibilités de participation<br />

pour les autres Gallicanautes.<br />

Les projets Gallicarte et « Que dirait<br />

Diderot ? » de l’édition 2016 du Hackathon<br />

de la <strong>BnF</strong> ont d’ailleurs vocation<br />

à y figurer. Ils seront rapidement<br />

rejoints par d’autres projets que les Gallicanautes<br />

pourront soumettre.<br />

La veille<br />

Complémentaire de la démarche « Du<br />

côté des Gallicanautes », rubrique du<br />

blog Gallica, la veille contient différents<br />

tutoriels de réutilisation de Gallica. Elle<br />

illustre ainsi la créativité des Gallicanautes<br />

en permettant aux utilisateurs<br />

de suivre pas à pas leurs démarches de<br />

création. De la confection de costumes<br />

d’époque à la réalisation de maquettes<br />

de la tour Eiffel, en passant par des tutoriels<br />

plus techniques, cette rubrique sera,<br />

à l’image des Gallicanautes, aussi variée<br />

qu’enthousiasmante.<br />

La résidence d’artiste<br />

Cette dernière rubrique présente la<br />

création d’un artiste à partir de l’univers<br />

de Gallica. Elle permet également<br />

des rencontres entre l’artiste et les Gallicanautes.<br />

De ces regards croisés<br />

autour de Gallica pourront ainsi naître<br />

de nouvelles collaborations proposées<br />

à l’ensemble des Gallicanautes.<br />

Gallica Studio, c’est aussi et surtout un<br />

espace ouvert et convivial qui n’attend<br />

plus que vos projets pour prendre toute<br />

son ampleur. Nous sommes donc impatients<br />

de découvrir vos idées, à déposer<br />

dans la rubrique « Proposer un projet<br />

». Les orpailleurs, c’est vous !<br />

Anne-Laure Michel<br />

Département de la Coopération<br />

À gauche<br />

Pierre Van Rompaey,<br />

Se faire chercheur<br />

d'or ? Achetez plutôt<br />

un billet de la Loterie<br />

nationale,<br />

affiche en couleur,<br />

années 1950,<br />

Le Bélier, Paris<br />

Bibliothèque Forney<br />

Prix<br />

Phonurg<br />

Prix Phonurgia Nova<br />

Les samedi 23<br />

et dimanche 24<br />

septembre 2017<br />

Samedi de 10 h à 20 h<br />

Dimanche de 11 h à 20 h<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Petit auditorium<br />

Rendez-vous annuel très attendu<br />

des créateurs radiophoniques et<br />

sonores, les prix Phonurgia Nova<br />

sont nés à Arles en 1986, d’après<br />

une idée de Pierre Schaeffer.<br />

Ils célèbrent la « radio de création »<br />

et la liberté de raconter le monde<br />

avec et par les sons. L’édition<br />

2017 met à l’honneur les auteurs<br />

de fictions, de documentaires,<br />

de captations ou de pièces<br />

purement sonores.<br />

Les prix Phonurgia Nova ont une<br />

double vocation : d’une part, réaffirmer<br />

sans cesse que le son est un médium<br />

d’expression singulier du réel et de<br />

l’imaginaire, et donc révéler la création<br />

sonore et radiophonique la plus<br />

contemporaine ; d’autre part, sensibi-


AUDITORIUMS PRIX PHONURGIA NOVA / CYCLE EINSTEIN<br />

17<br />

LA COSMOLOGIE<br />

EST UN SPORT<br />

DE COMBAT<br />

Dans le cadre de<br />

« Tous les savoirs »<br />

L’université populaire<br />

de la <strong>BnF</strong><br />

SCIENCES<br />

Cycle de quatre<br />

conférences<br />

« Un siècle<br />

de cosmologie :<br />

d’Einstein<br />

au Big Bang »<br />

Les mardis 3<br />

et 10 octobre, 7<br />

et 14 novembre 2017<br />

De 18 h 30 à 20 h<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Petit auditorium<br />

ia Nova<br />

liser les responsables culturels de tous<br />

les pays à un domaine de la création<br />

qui mérite d’être considéré, préservé et<br />

valorisé, au même titre que l’écrit ou<br />

d’autres arts de support comme le cinéma<br />

ou la photographie.<br />

Ingénieur, homme de radio et compositeur<br />

français considéré comme le père<br />

de la musique concrète, Pierre Schaeffer<br />

a œuvré tout au long de sa carrière<br />

pour la reconnaissance de cette « littérature<br />

radiophonique ». Il serait heureux<br />

de constater que son ambition est<br />

partagée par une institution telle que<br />

la <strong>BnF</strong>. En accueillant ce concours<br />

international, la Bibliothèque a également<br />

créé le prix Archives de la parole<br />

pour récompenser les auteurs qui<br />

s’aventurent sur les chemins tortueux<br />

de la captation de la parole. Enregistrer<br />

les voix et les silences du monde<br />

est tout un art. Les 23 et 24 septembre,<br />

cet art sera à la fête !<br />

Marc Jacquin<br />

Directeur de Phonurgia Nova<br />

Toute l’actu des prix<br />

www.phonurgianova.blog.<br />

lemonde.fr<br />

Facebook I Phonurgia<br />

Nova Awards<br />

www.phonurgia.org<br />

Consultez les<br />

archives sonores<br />

de la <strong>BnF</strong> sur Gallica<br />

gallica.bnf.fr ><br />

enregistrements sonores<br />

Archives sonores<br />

www.sonosphere.org<br />

Ci-dessus<br />

Concert par T.S.F.,<br />

Press photo,<br />

Agence Rol, 1923<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

À droite<br />

Adrien Barrère,<br />

Herr Professor<br />

Einstein ou<br />

le Kolossal Relatif,<br />

dessin, 1930<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

En 1917, Einstein étend à l’univers<br />

sa théorie de la relativité générale<br />

qui n’a alors que deux ans ; une<br />

application qui semble aller de soi<br />

mais pose nombre de problèmes<br />

fondamentaux. Un nouveau<br />

cycle de conférences décrypte cent<br />

ans de cosmologie relativiste.<br />

« J’ai encore commis quant à la gravitation<br />

quelque chose qui m’expose au<br />

danger d’être enfermé dans un asile<br />

d’aliénés. » Cette phrase qu’écrit Einstein<br />

à un ami en 1917 révèle déjà à quel<br />

point la relativité générale, trop complexe,<br />

sera peu appréciée. Car ce n’est<br />

plus sur la scène newtonienne, cet<br />

espace absolu, euclidien, que se joue<br />

désormais notre destin matériel ; l’univers<br />

lui-même devient partie du destin<br />

universel. L’univers est à inventer !<br />

Mais dans l’ombre de la théorie, la cosmologie<br />

séduit assez largement les<br />

experts car elle permet de mieux comprendre<br />

la structure de la relativité, de<br />

tester, de jouer avec des espaces-temps<br />

très divers. Ainsi, on s’instruit, on entre<br />

progressivement dans cette théorie<br />

étrange, on en repère les structures possibles,<br />

les limites, les questions.<br />

Dès les années 1920 apparaissent aussi<br />

les premières observations cosmologiques,<br />

en particulier le décalage spectral<br />

vers le rouge qui permettra de prouver<br />

l’expansion de l’univers. Au plan<br />

théorique, ce n’est encore qu’un sport,<br />

mais un sport de combat auquel<br />

s’adonnent de nombreux cosmologistes<br />

tels que Willem de Sitter, Alexandre<br />

Friedmann, Georges Lemaître, Howard<br />

Percy Robertson. Néanmoins, les observations<br />

s’imposent peu à peu ; la loi d’expansion<br />

de Hubble est acceptée au tournant<br />

des années 1930 et le fond diffus<br />

cosmologique, ce rayonnement qui remplit<br />

l’univers, prédit en 1948, est détecté<br />

en 1965. Grâce à de nombreuses<br />

observations, on contraindra la géométrie,<br />

la composition de l’univers, on<br />

comprendra l’origine des galaxies... Peu<br />

à peu, la cosmologie va incorporer, mais<br />

aussi permettre de tester, l’ensemble de<br />

la physique atomique, nucléaire, quantique,<br />

sans oublier la gravitation.<br />

Jean Eisenstaedt<br />

Directeur de recherche émérite au CNRS,<br />

à l’Observatoire de Paris<br />

Jean-Philippe Uzan<br />

Directeur de recherche au CNRS,<br />

à l’Institut d’astrophysique de Paris


18 AUDITORIUMS LITTÉRATURE JEUNESSE CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Un grand rendez-vous<br />

pour l’édition jeunesse<br />

COUV 295_RLPE_COUVERTURE 07/06/17 11:10 Page1<br />

Les 1 res Assises<br />

de la littérature<br />

jeunesse<br />

Organisées par le<br />

Syndicat national de<br />

l’édition en partenariat<br />

avec la la <strong>BnF</strong> - Centre<br />

national de la littérature<br />

pour la jeunesse (CNLJ)<br />

Deuxième secteur économique<br />

de l’édition française, la<br />

littérature pour la jeunesse<br />

est un domaine clé de la vie<br />

littéraire. Ces 1 res Assises réunissent<br />

professionnels de<br />

l’édition, auteurs et bibliothécaires<br />

; l’occasion d’un temps de<br />

réflexion et d’échanges.<br />

L’édition pour la jeunesse française est<br />

l’une des plus dynamiques qui soient,<br />

ce que le monde entier s’accorde à<br />

reconnaître. Depuis quelques années<br />

pourtant, ses auteurs souffrent d’une<br />

réelle précarité, exacerbée par la « bestsellerisation<br />

» et le rythme soutenu de<br />

production. Si le développement du<br />

marché numérique semble moins<br />

menaçant que ce que l’on avait craint,<br />

la fragilité de notre exceptionnel tissu<br />

de librairies n’en est pas moins réelle.<br />

Lundi 2 octobre 2017<br />

De 9 h 30 à 18 h<br />

Afin de documenter ces Assises, le<br />

numéro de juillet de La Revue des livres<br />

pour enfants a choisi de donner la parole<br />

aux métiers de la littérature jeunesse.<br />

Treize acteurs de la chaîne du livre<br />

dressent donc un portrait de groupe de<br />

l’édition jeunesse telle qu’elle s’invente,<br />

se fabrique, se vend et se diffuse en<br />

France.<br />

La matinée de ces 1 res Assises sera<br />

consacrée aux politiques éditoriales<br />

avec plusieurs tables rondes. Les débats<br />

se poursuivront l’après-midi autour des<br />

problématiques de diffusion et de<br />

médiation. Un rendez-vous nécessaire<br />

et attendu.<br />

Marie Lallouet<br />

Département Littérature et art<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Grand auditorium<br />

Ci-contre<br />

Revue des livres pour enfants,<br />

numéro 295, juillet 2017<br />

<strong>BnF</strong>, Centre national de la littérature pour la jeunesse<br />

JUIN 2017<br />

295<br />

Made in France<br />

Centre national de la littérature<br />

pour la jeunesse<br />

Made in France<br />

LA REVUE<br />

DES LIVRES<br />

Actualités<br />

et nouveautés<br />

du livre<br />

POUR pour la jeunesse<br />

ENFANTS<br />

295<br />

avril<br />

2017<br />

12 euros<br />

Gallicadabra<br />

La première application<br />

de lecture sur tablette<br />

à destination des enfants !<br />

Ateliers enfants<br />

de 0 à 13 ans<br />

Cartes pop-up, gravure,<br />

écritures médiévales...<br />

Un univers de découvertes.<br />

bnf.fr > Visites et ateliers<br />

Fabricabrac<br />

Une nouvelle application<br />

pour jouer et créer<br />

avec les collections !<br />

Coin lecture<br />

pour les enfants<br />

Albums, contes, poésie,<br />

théâtre, romans, bandes<br />

dessinées… tout est en salle I<br />

et accessible gratuitement !<br />

cnlj.bnf.fr<br />

Éditions<br />

jeunesse<br />

Des rééditions de livres<br />

pour enfants, issus<br />

des collections de la <strong>BnF</strong>.<br />

editions.bnf.fr


AUDITORIUMS LÉON BLOY<br />

19<br />

LÉON BLOY<br />

PARIA CÉLESTE<br />

Table ronde Léon Bloy<br />

Animée par<br />

François Angelier<br />

Avec Pierre Glaudes,<br />

François L’Yvonnet,<br />

Caroline de Mulder<br />

Le centenaire de la mort de<br />

Léon Bloy (1846-1917) est<br />

l’occasion de (re)découvrir<br />

un écrivain assoiffé d’absolu,<br />

en guerre contre la médiocrité<br />

bourgeoise de son époque,<br />

porteur d’une langue puissante<br />

et novatrice. François Angelier,<br />

producteur de l’émission<br />

Mauvais Genres à France Culture,<br />

animera une table ronde qui<br />

lui est consacrée.<br />

<strong>Chroniques</strong> : Grand imprécateur,<br />

catholique halluciné, Léon Bloy<br />

est un peu un écrivain maudit ?<br />

François Angelier : Oui. Il est affublé<br />

d’une réputation totalement fausse et<br />

nocive de vitupérateur anarchisant, antisémite,<br />

ordurier, haineux… Léon Bloy<br />

est généralement associé à des écrivains<br />

dits « décadents » comme Hugues Rebell<br />

ou Georges Darien. Il est grand temps<br />

de revenir sur cette légende noire !<br />

Jeudi 30 novembre<br />

2017<br />

De 18 h 30 à 20 h<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Petit auditorium<br />

Ci-dessous<br />

Léon Bloy,<br />

1890<br />

« On ne peut pas<br />

être et avoir été.<br />

– Vous vous trompez,<br />

cher employé des Pompes<br />

funèbres, et la preuve,<br />

c’est qu’on peut<br />

avoir été un imbécile,<br />

et l’être encore. »<br />

Léon Bloy,<br />

Exégèse des lieux communs,<br />

1902, p. 182<br />

C. : Qu’est-ce qui parle à un lecteur<br />

d’aujourd’hui dans ses textes ?<br />

F. A. : D’abord sa langue ! Une langue<br />

fin de siècle, orfévrée, riche, dense et<br />

qui charrie toutes sortes de néologismes,<br />

de formules acrobatiques. C’est un des<br />

grands écrivains français, dans la lignée<br />

à la fois de Joseph de Maistre et de<br />

Rabelais. C’est surtout un des auteurs<br />

les plus drôles qui soient ! Certains passages<br />

du Désespéré ou de son Journal,<br />

dans lesquels il évoque la banlieue, les<br />

propriétaires et les curés, sont à mourir<br />

de rire. Mais c’est aussi un théologien<br />

de l’histoire, en tant que catholique<br />

formé par Barbey d’Aurevilly et<br />

le père Tardif de Moidrey à une interprétation<br />

symbolique des événements<br />

historiques. Pour lui, l’homme est dans<br />

une nuit totale, il ignore absolument ce<br />

qu’il en est de la vérité des faits, de la<br />

valeur des êtres et de la nature de ce<br />

qu’il vit. Et c’est la souffrance qui est<br />

illuminatrice et révélatrice.<br />

C. : Il y a une dimension sociale<br />

très forte dans son œuvre…<br />

F. A. : Au cœur de la méditation de Bloy,<br />

il y a la figure du pauvre, qui est le<br />

Christ, et les pauvres qui en sont les<br />

reflets diffractés dans le monde. Il a eu<br />

sous les yeux le spectacle d’une société<br />

bourgeoise opulente dont il pointe<br />

les gaspillages scandaleux : il est l’un<br />

des rares écrivains avec Charles Péguy<br />

à avoir pensé l’argent. C’est un homme<br />

qui a vécu en marge, dans un grand<br />

dénuement matériel, dans une sorte<br />

d’exil bien qu’il ait toujours vécu à Paris<br />

ou en banlieue. Il a été très tôt considéré<br />

comme un personnage douteux,<br />

marginalisé par le milieu littéraire et<br />

contraint à vivre d’expédients dans la<br />

précarité et la misère. C’était un paria,<br />

mais un paria revendiqué puisqu’il se<br />

voulait un « témoin de l’absolu », c’està-dire<br />

de la vérité chrétienne et catholique.<br />

Dans son Journal, il donne de la<br />

Troisième République une vision hallucinée<br />

de fosse aux monstres, de jungle<br />

étrange et protéiforme, entre Jérôme<br />

Bosch et Félicien Rops. Et c’est d’une<br />

drôlerie renversante.<br />

Propos recueillis par Sylvie Lisiecki<br />

Délégation à la communication<br />

À lire<br />

Sueur de sang (1893)<br />

Histoires<br />

désobligeantes (1894)<br />

Le Désespéré (1887)<br />

La Femme pauvre<br />

(1897)<br />

Journal,1892-1917<br />

(1999)<br />

Dans les ténèbres<br />

(1918) [posthume]


20 AUDITORIUMS CYCLE RELATIONS FRANCO-ITALIENNES / COLLOQUE DROIT(S) ET GASTRONOMIE<br />

CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Droit(s) & gastronomie<br />

Colloque « Droit(s) et gastronomie »<br />

sœurs<br />

& rivales<br />

France & Italie<br />

Dans le cadre de<br />

« Tous les savoirs »<br />

L’université populaire<br />

de la <strong>BnF</strong><br />

HISTOIRE<br />

Cycle de conférences<br />

« Les relations francoitaliennes<br />

aux XIX e<br />

et XX e siècles »<br />

Un cycle de conférences sur les<br />

relations entre la France et l’Italie<br />

aux xixe et xxe siècles analyse<br />

les rapports étroits qu’entretiennent<br />

les deux pays à l’époque<br />

moderne et contemporaine.<br />

Les interactions entre ces voisines que<br />

sont la France et l’Italie sont à la fois<br />

tissées d’amitié et agitées par une forte<br />

rivalité depuis une époque lointaine.<br />

Elles ont pourtant nourri la vie artistique<br />

et culturelle aussi bien que la<br />

sphère politique et économique. Au fil<br />

des siècles, ces multiples échanges ont<br />

favorisé la constitution d’un fonds patrimonial<br />

extrêmement riche qui concerne<br />

toutes les disciplines académiques. Ce<br />

cycle de conférences est l'occasion de<br />

présenter le fonds, relativement peu<br />

connu du grand public, tout en faisant<br />

le point sur les événements clés qui se<br />

sont produits aux xix e et xx e siècles et<br />

ont façonné les relations franco-italiennes<br />

de l'époque moderne.<br />

Emanuela Prosdotti<br />

Département Histoire,<br />

philosophie, sciences de l’homme<br />

Les vendredis<br />

13 octobre,<br />

17 novembre,<br />

15 décembre 2017<br />

<strong>BnF</strong> François-Mitterrand<br />

Salle 70<br />

De 18 h 30 à 20 h<br />

Plus d’infos<br />

dans l’agenda<br />

Organisateurs<br />

<strong>BnF</strong>, Institut de recherche<br />

pour un droit attractif<br />

(IRDA - université Paris<br />

13), Centre de recherche<br />

juridique Pothier (CRFJP –<br />

université d’Orléans)<br />

Vendredi 17 novembre<br />

2017<br />

De 9 h 30 à 18 h<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Petit auditorium<br />

Après une première collaboration<br />

très réussie entre la <strong>BnF</strong> et l’IRDA,<br />

les organisateurs ont souhaité<br />

continuer à confronter l’idée du<br />

droit à celle de son environnement<br />

social. Fédérateur par excellence,<br />

le thème de la gastronomie<br />

alimente les débats de cette année<br />

en prenant appui sur les riches<br />

collections de la <strong>BnF</strong>.<br />

Comment définir la gastronomie ? Peutêtre<br />

l’art de jouir, de manière raffinée,<br />

de la fonction qui consiste à s’alimenter<br />

; l’hédonisme de la bonne chère, en<br />

quelque sorte. Confrontons-la au droit<br />

et elle se présente d’abord comme un<br />

élément du patrimoine, voire un art,<br />

avant d’être un enjeu économique et<br />

sociétal. En tant qu’art (même mineur),<br />

en tant qu’élément du patrimoine culturel,<br />

la gastronomie mérite-t-elle une<br />

protection juridique ? Partie prenante<br />

des échanges humains et des repas d’affaires,<br />

dans quelle mesure est-elle prise<br />

en compte par les droits de la distribution,<br />

de la consommation, du travail ou<br />

de la santé, et par les accords internationaux<br />

encadrant la liberté du commerce<br />

? Voici quelques-unes des interrogations<br />

auxquelles ce colloque<br />

tentera de répondre.<br />

Géraldine Goffaux-Callebaut<br />

Professeur de droit privé, université d’Orléans<br />

Ci-dessous<br />

Abraham Bosse, Les Cinq sens,<br />

recueil, collection Michel Hennin,<br />

estampes relatives à l’Histoire de France,<br />

Paris, 1635<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes et photographie<br />

Ci-contre<br />

Tract de la Ligue des droits<br />

de l’Homme et du citoyen, 1934<br />

Archives départementales de l’Isère, Grenoble


AUDITORIUMS MASTER CLASSES / SOUSCRIPTION RICHELIEU<br />

21<br />

Bibliothèque nationale de France<br />

Devenez mécène !<br />

© Jean-Christophe Ballot / <strong>BnF</strong> / Oppic<br />

+ À ÉCOUTER<br />

EN LISANT,<br />

EN ÉCRIVANT ¹<br />

Dans le cadre<br />

de « En scène »,<br />

cycle de master<br />

classes littéraires<br />

<strong>BnF</strong> I François-Mitterrand<br />

Petit auditorium<br />

Mardi 26 septembre<br />

2017<br />

Amélie Nothomb<br />

Mardi 17 octobre<br />

2017<br />

Geneviève Brisac<br />

De 18 h 30 à 20 h<br />

Lors d’une première série de master<br />

classes, huit écrivains contemporains<br />

sont venus évoquer, en 2017, leur relation<br />

intime à l’écriture. Comment naît<br />

un projet de roman ? Quel est le moteur<br />

de l’écriture ? Pour qui écrit-on ? Telles<br />

sont les questions qui ont été posées à<br />

Yasmina Reza, Jean Echenoz, Maylis de<br />

Kerangal ou Pierre Michon au cours<br />

d’un entretien à bâtons rompus avec un<br />

producteur de France Culture, différent<br />

à chaque séance. Chacun s’est ainsi<br />

confronté à la « fabrique » de son écriture.<br />

En partenariat avec<br />

France Culture et le<br />

Centre national du livre<br />

Plus de dates<br />

dans l’agenda<br />

Ci-dessus<br />

Amélie Nothomb,<br />

2016<br />

1. Recueil de fragments<br />

et de notes de Julien<br />

Gracq, publié en 19<strong>80</strong>.<br />

Editions José Corti<br />

Ces entretiens, qui tentent de mettre au<br />

jour le processus de création, sont<br />

aujourd’hui disponibles sur bnf.fr/événements<br />

et culture/conférences en ligne.<br />

À l’occasion d’une nouvelle saison de<br />

master classes, cet automne et au cours<br />

du premier trimestre 2018, on pourra<br />

découvrir les voix d’autres auteur(e)s ;<br />

les premières invitées seront Amélie<br />

Nothomb, Geneviève Brisac, Virginie<br />

Despentes, Hélène Cixous et, dans le<br />

cadre de la Foire du livre de Francfort,<br />

Marie NDiaye et Atiq Rahimi.<br />

Participez<br />

à la restauration<br />

du Cabinet du roi<br />

à Richelieu<br />

Chef - d’œuvre du XVIII e<br />

FAITES UN DON<br />

sur www.bnf.fr ou par chèque<br />

e<br />

Délégation au mécénat<br />

58 rue de Richelieu<br />

75002 Paris<br />

01 53 79 48 51<br />

richelieu@bnf.fr<br />

partenaire de la souscription


22 VIE DE LA BNF JEAN-CLAUDE MEYER<br />

CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Ci-contre<br />

Dîner des mécènes,<br />

salle Labrouste<br />

(site Richelieu),<br />

juin 2017<br />

Dîner des mécènes<br />

Le mardi 6 juin, la <strong>BnF</strong> a tenu son<br />

traditionnel dîner des mécènes dont le<br />

bénéfice doit contribuer à financer cette<br />

année la rénovation de la salle Ovale<br />

(site Richelieu). Cette soirée, donnée en<br />

présence de Françoise Nyssen, ministre<br />

de la Culture, a rassemblé environ<br />

250 couverts.<br />

Depuis sa création, le dîner des<br />

mécènes a permis l’entrée<br />

de quelques pièces exceptionnelles<br />

dans les collections de la <strong>BnF</strong> ; parmi<br />

elles, on compte les Mémoires de<br />

Casanova ou la partition pour chant<br />

et piano des Troyens d’Hector Berlioz.<br />

JEAN-CLAUDE MEYER<br />

BIBLIOPHILE & MÉCÈNE<br />

Depuis plus de quinze ans,<br />

le Cercle de la <strong>BnF</strong> contribue<br />

à l’acquisition d’œuvres patrimoniales<br />

majeures. À l’occasion<br />

du dîner annuel des mécènes<br />

de la <strong>BnF</strong>, nous avons rencontré<br />

son président, Jean-Claude Meyer,<br />

banquier, bibliophile passionné,<br />

amoureux d’Apollinaire et<br />

des surréalistes.<br />

<strong>Chroniques</strong> : Comment est née l’idée<br />

d’un Cercle de mécènes ?<br />

Jean-Claude Meyer : C’est Jean-Pierre<br />

Angremy, alors président de la <strong>BnF</strong>, qui<br />

a décidé de créer ce Cercle en 2000 à<br />

l’occasion de l’acquisition des Mémoires<br />

d’outre-tombe. Son intention était de rassembler<br />

de grands mécènes – entreprises<br />

ou personnes privées – qui<br />

puissent contribuer aux acquisitions de<br />

la <strong>BnF</strong>, que la loi Aillagon sur les trésors<br />

nationaux a par ailleurs favorisées.<br />

Les derniers à avoir rejoint notre conseil<br />

d’administration sont Cédric de Bailliencourt,<br />

vice-président du groupe<br />

Bolloré, et Louis Gallois, aujourd’hui<br />

président du conseil de surveillance de<br />

PSA. Il est important d’avoir, dans ce<br />

Cercle, des grands patrons de l’industrie<br />

qui s’intéressent aux livres, et donc<br />

à la <strong>BnF</strong>. Le cheminement passe d’ailleurs<br />

souvent par la bibliophilie.<br />

C. : Comme cela a été le cas pour vous ?<br />

J.-C. M. : En effet, mes grands-parents<br />

étaient membres des 100 bibliophiles<br />

de la NRF et de nombreuses sociétés<br />

de bibliophiles qui fleurissaient alors ;<br />

je le suis moi-même un peu puisque j’ai<br />

créé une société d’édition à but non<br />

lucratif qui a pour vocation de marier<br />

des artistes et des auteurs contemporains<br />

de grande qualité (Lichtenstein,<br />

Baselitz, Penone, Buren). Et puis, les<br />

artistes rêvent d’argent et les banquiers<br />

rêvent d’art…<br />

C. : Quels sont vos goûts littéraires ?<br />

J.-C. M. : J’aime autant Villon, Charles<br />

d’Orléans que Barbey d’Aurevilly,<br />

Proust, Camus ou Houellebecq. J’ai<br />

aussi une prédilection pour les écrivains<br />

surréalistes, probablement pour<br />

ce qu’ils apportent de fantaisie et<br />

d’imaginaire en contraste avec les<br />

chiffres auxquels je suis confronté tous<br />

les jours.<br />

Lors du dîner des<br />

mécènes, juin 2017<br />

Laurence Engel,<br />

présidente de la <strong>BnF</strong>,<br />

Françoise Nyssen,<br />

ministre de la Culture,<br />

et Jean-Claude Meyer<br />

C. : Parmi les œuvres dont vous avez<br />

soutenu l’acquisition, en est-il une<br />

pour laquelle vous avez une tendresse<br />

particulière ?<br />

J.-C. M. : L’acquisition du manuscrit de<br />

Nadja d’André Breton, en 2016, est<br />

dans le droit fil de mon goût pour le<br />

surréalisme.<br />

C. : Pourquoi un dîner annuel des mécènes ?<br />

J.-C. M. : Nous avons eu l’idée de ce<br />

dîner pour récolter des fonds et contribuer<br />

au rayonnement de la <strong>BnF</strong>. Ensuite,<br />

j’ai créé le prix de la <strong>BnF</strong> sur le modèle<br />

des prix littéraires américains décernés<br />

à la New York Public Library. Ce prix<br />

récompense un auteur vivant de langue<br />

française pour l’ensemble de son œuvre.<br />

Le dîner des mécènes est très apprécié<br />

par de grands lecteurs, des bibliophiles,<br />

des galeristes (Thaddaeus Ropac,<br />

Sébastien Petibon, Daniel Templon,<br />

Jean-Gabriel Mitterrand…), des industriels<br />

tels que Roederer, Lagardère ou<br />

Hermès, des sociétés d’édition comme<br />

Editis ou Hachette, Albin Michel,<br />

Grasset.<br />

Propos recueillis par Corine Koch<br />

Délégation à la communication


VIE DE LA BNF PRIX DE LA BNF<br />

23<br />

« Mon seul but, c’est de mourir<br />

en sachant encore le grec » Paul Veyne<br />

Pour sa 9e édition, le prix<br />

de la <strong>BnF</strong> a été décerné à<br />

Paul Veyne, né en 1930, grand<br />

historien de l’Antiquité<br />

romaine, spécialiste des langues<br />

anciennes et auteur d’une<br />

œuvre considérable.<br />

<strong>Chroniques</strong> : Quelles lectures<br />

ont marqué votre formation<br />

intellectuelle ?<br />

P. V. : D’abord la lecture de la revue<br />

de l’école des Annales¹ et puis le milieu<br />

des historiens du Moyen Âge et des<br />

Temps Modernes, qui, lui, était entré<br />

dans la modernité. Et la lecture des<br />

ethnographes : le fameux livre de Marcel<br />

Mauss sur le don 2 a été déterminant<br />

pour moi, pour comprendre tout<br />

un pan de l’Antiquité, en particulier<br />

le rôle des dons. Je me souviens que je<br />

ne parlais que du potlach3 et mes professeurs<br />

en Sorbonne me demandaient<br />

en riant : « Mais enfin, qu’est-ce que<br />

c’est le potlach ? »<br />

C : Comment trouvez-vous vos sujets ?<br />

P. V. : Quand je tombe sur un phénomène<br />

où je me dis : « Tiens, ça ressemble…<br />

La clef de ça, c’est probablement<br />

cette chose que les sociologues<br />

appellent… » Ou bien : « C’est un trait<br />

original, il faudrait souligner que ça<br />

existe. » C’est le sentiment d’une bizarrerie.<br />

Pour reprendre le mot de Florence<br />

Dupont, latiniste et helléniste : il<br />

y a là un « écart ».<br />

C : Existe-t-il un sujet pour lequel<br />

vous avez éprouvé plus d’intérêt ?<br />

P. V. : Celui que j’ai décrit pour ma<br />

thèse sur le don dans la vie publique de<br />

l’Antiquité romaine 4 ce que j’ai appelé<br />

« le pain et le cirque » – ce sont des<br />

dons faits au peuple. C’est aussi important,<br />

et moralement plus important que<br />

l’impôt. Imaginez que la France vive<br />

plus du mécénat que de l’impôt sur le<br />

revenu ! Il y avait là une masse de faits<br />

qui étaient des exemples de dons, mais<br />

nulle part on n’avait fait la théorie de<br />

À lire<br />

Et dans l’éternité<br />

je ne m’ennuierai pas :<br />

souvenirs, Paris,<br />

Albin Michel, 2014<br />

Palmyre, l’irremplaçable<br />

trésor, Paris,<br />

Albin Michel, 2015<br />

La Villa des Mystères<br />

à Pompéi, Paris,<br />

Gallimard, 2016<br />

Ci-contre<br />

Paul Veyne, 2012<br />

1. Annales. Économies,<br />

sociétés, civilisations.<br />

Paris, École des hautes<br />

études en sciences<br />

sociales, devenue<br />

depuis Annales. Histoire,<br />

sciences sociales<br />

2. Essai sur le don.<br />

Forme et raison<br />

de l'échange dans les<br />

sociétés archaïques,<br />

paru en 1923 -1924<br />

dans L'Année<br />

sociologique, disponible<br />

sur Gallica<br />

gallica.bnf.fr/<br />

3. Comportement<br />

culturel fondé sur<br />

un système de dons /<br />

contre-dons dans<br />

le cadre de partages<br />

symboliques<br />

4. Le Pain et le cirque :<br />

sociologie historique d'un<br />

pluralisme politique,<br />

Paris, éd. du Seuil, 1976<br />

l’ensemble. J’ai pu mettre ces petits faits<br />

distincts sous un concept, celui du don<br />

chez Marcel Mauss.<br />

C. : Comment travaillez-vous<br />

en général ?<br />

P. V. : Comment je travaillais autrefois !<br />

Depuis deux, trois ans, je ne peux plus,<br />

j’ai quatre-vingt six ans. Actuellement,<br />

mon seul but, c’est de mourir en<br />

sachant encore le grec. Mais dans ma<br />

façon de travailler, il y avait trois choses :<br />

j’ai beaucoup de livres et j’ai presque<br />

tous les textes, alors c’est le point de<br />

départ. Ensuite, je possède tous les<br />

manuels de base, essentiellement allemands<br />

et anglais d’ailleurs, donc le travail<br />

peut très bien être avancé. Quand<br />

il fallait finir l’article ou le livre, je faisais<br />

un séjour de quinze jours à Rome<br />

parce qu’on y trouve la bibliothèque de<br />

l’Institut archéologique allemand qui<br />

possède, bien classés, tous les livres<br />

d’Antiquité. C’est la plus belle bibliothèque<br />

d’histoire ancienne et d’archéologie<br />

du monde 5 .<br />

C : L’Antiquité est pour vous un monde<br />

« autre » ; qu’est-ce qui vous a paru<br />

motivant au point de vouloir vous<br />

y consacrer ?<br />

P. V. : C’est ce que dit Florence Dupont,<br />

le monde des « écarts », dans les deux<br />

sens du mot. C’est un monde qui est<br />

ailleurs ; aussi bien que les cultures primitives,<br />

c’est un monde autre. Cette<br />

altérité n’est pas seulement dans l’espace,<br />

ce qui nous sépare dans l’espace<br />

d’une tribu amazonienne actuelle ; c’est<br />

cet écart total, métaphysique, angoissant<br />

: le temps. Il y a peut-être l’idée de<br />

la mort là-dedans, c’est un monde<br />

mort ; pire, un monde aboli, une espèce<br />

de sentiment métaphysique de ce qui<br />

n’est plus. Ce monde autre fait des<br />

écarts, à un autre sens du mot : il fait<br />

des écarts de conduite avec nous. Il n’a<br />

pas la même morale, pas la même religion.<br />

Le grand effort est alors de « comprendre<br />

», ce qui signifie ici non pas<br />

« admettre », mais arriver à « exprimer<br />

quelle est la différence ».<br />

5. Le Deutsches<br />

Archäologisches Institut<br />

Propos recueillis par Vanessa Desclaux<br />

Dpt. Philosophie, histoire, sciences de l’homme


24 VIE DE LA BNF BIBLIOTHÈQUE DE LA MAISON JEAN VILAR CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº79


COLLECTIONS ARTAUD<br />

25<br />

Quand Artaud<br />

jetait un sort à Hitler<br />

Souvent exposés, publiés,<br />

commentés, les sorts d’Antonin<br />

Artaud sont bien connus.<br />

Ils conservent toutefois une part<br />

de mystère, qui tient autant à leur<br />

nature souvent jugée délirante<br />

qu’à leur forme inouïe. Acquis<br />

lors de la vente organisée par<br />

la famille d’Artaud en janvier 2017,<br />

le plus emblématique d’entre<br />

eux, le « Sort à Hitler », a rejoint<br />

les collections du département<br />

des Manuscrits.<br />

Artaud écrit ses premiers sorts épistolaires<br />

depuis l’Irlande, en 1937. Tantôt<br />

protecteurs tantôt mortifères, ils<br />

conjuguent les effets graphiques de<br />

l’écriture (majuscules, soulignement,<br />

couleurs), le soin apporté à la mise en<br />

page, la violence imprécatoire et la perforation<br />

du papier. De cette période<br />

datent les sorts à Lise Deharme<br />

(romancière, poétesse et muse du surréalisme)<br />

et à Jacqueline Breton<br />

(peintre et plasticienne), aujourd’hui<br />

conservés à la Bibliothèque littéraire<br />

Jacques Doucet. Les sorts composés<br />

par Artaud depuis l’hôpital de Ville-<br />

Evrard se caractérisent, quant à eux,<br />

par une gradation de la violence par<br />

rapport aux précédents. Témoins de la<br />

révolte artistique, métaphysique et existentielle<br />

du poète, ils constituent une<br />

force d’agression généralisée, dont<br />

Artaud expliquera la signification en<br />

février 1947 : « Le but de toutes ces<br />

figures dessinées et coloriées était un<br />

exorcisme de malédiction, une vitupération<br />

corporelle contre l’obligation de<br />

la forme spatiale, de la perspective, de<br />

la mesure, de l’équilibre, de la dimension,<br />

et à travers cette vitupération<br />

revendicatrice, une condamnation du<br />

monde psychique incrusté comme un<br />

morpion sur le physique qu’il incube<br />

ou succube en prétendant l’avoir formé.<br />

J’en étais en 1939 à ma deuxième année<br />

d’internement, et bien que parfaitement<br />

sain d’esprit je me voyais maintenu<br />

à vie dans les asiles d’aliénés français<br />

[…] Et les figures donc que je<br />

faisais étaient des sorts – que je brûlais<br />

avec une allumette après les avoir<br />

aussi méticuleusement dessinés. »<br />

Après la série des sorts au docteur Léon<br />

Fouks, médecin à Ville-Evrard, à Sonia<br />

Mossé (<strong>BnF</strong>, Manuscrits) et à Roger<br />

Blin (<strong>BnF</strong>, Manuscrits), datés de mai<br />

1939, Artaud jette un sort à Hitler, au<br />

mois de septembre. Jamais envoyé, il<br />

se compose d’une lettre, accompagnée<br />

de son enveloppe, dans laquelle il est<br />

fait référence à une prétendue rencontre<br />

à Berlin, en 1932, au moment<br />

À gauche<br />

Antonin Artaud,<br />

« Sort à Hitler »,<br />

septembre 1939<br />

<strong>BnF</strong>, Manuscrits<br />

Ci-dessus<br />

Antonin Artaud,<br />

par Man Ray,<br />

1926<br />

où Artaud y tourne Coup de feu à l’aube<br />

de Serge de Poligny : « Cher Monsieur,<br />

Je vous avais montré en 1932 au Café<br />

de l’Ider à Berlin, l’un des soirs où nous<br />

avons fait connaissance et peu avant<br />

que vous ne preniez le pouvoir, les barrages<br />

[que j’avais] établis sur une carte<br />

qui n’était pas qu’une carte de géographie,<br />

contre une action de force dirigée<br />

dans un certain nombre de sens<br />

que vous me désigniez. Je lève<br />

aujourd’hui Hitler les barrages que<br />

j’avais mis ! Les Parisiens ont besoin<br />

de gaz. Je suis vôtre, Antonin Artaud. »<br />

Le verso porte le post-scriptum et les<br />

éléments graphiques du sort : « P.S. :<br />

Bien entendu cher Monsieur, ceci est<br />

à peine une invitation : c’est surtout un<br />

avertissement. S’il vous plaît, comme<br />

à tout Initié, de ne pas en tenir compte,<br />

à votre aise. Je me garde. Gardez-vous !<br />

La purulence des Initiés Français a<br />

atteint au paroxysme du spasme, d’ailleurs,<br />

vous le savez. »<br />

Avec les Avis aux masses et aux initiés,<br />

également acquis lors de la même vente,<br />

les trois sorts conservés au département<br />

des Manuscrits constituent le plus<br />

important ensemble d’écrits magiques<br />

d’Artaud conservés dans une collection<br />

publique.<br />

Guillaume Fau<br />

Département des Manuscrits


26 COLLECTIONS ÉCRANS À MAIN DU XVIII E SIÈCLE<br />

CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

Insolites écrans<br />

1. Des estampes non<br />

découpées des XVII e<br />

et XVIII e siècles destinées<br />

à être collées sur ces<br />

écrans sont conservées<br />

au département<br />

des Estampes et de<br />

la photographie<br />

Ni livre, ni estampe, ni médaille,<br />

cet objet tient un peu de ces<br />

trois catégories à la fois.<br />

La <strong>BnF</strong> en a acquis plusieurs<br />

récemment et en conserve<br />

une vingtaine en tout.<br />

En Europe, à partir du XVII e siècle, cet<br />

accessoire servait à protéger de la chaleur<br />

du feu le visage de celui ou celle<br />

qui était assis(e) auprès d’une cheminée.<br />

Au XVIIIe siècle, on en comptait<br />

plusieurs douzaines réparties dans les<br />

pièces à vivre des palais, des demeures<br />

aristocratiques et des appartements<br />

bourgeois. Sa feuille de carton fixée sur<br />

un bâton, que l’on tenait à hauteur des<br />

yeux, portait souvent à l’avers et au<br />

revers des textes et des images imprimés<br />

destinés à instruire ou à divertir<br />

son usager. Hier, objet utilitaire et<br />

« jetable » de la vie courante ; aujourd’hui,<br />

objet d’art de la plus grande rareté.<br />

Son nom ? « Écran à main » ou « petit<br />

écran », par opposition à l’écran sur pied<br />

qui se dresse devant la cheminée.<br />

Les écrans exceptionnels du XVIIIe siècle<br />

conservés à la <strong>BnF</strong> – aux départements<br />

des Arts du spectacle, des Cartes et<br />

plans, des Estampes et de la photographie<br />

ainsi qu’à la Bibliothèque-musée<br />

de l’Opéra –, attestent que cet objet<br />

mérite d’être appréhendé comme un<br />

document historique de premier plan¹,<br />

un médiateur original de la transmission<br />

du savoir et un accessoire primordial<br />

de la sociabilité des classes aisées.<br />

La diversité des domaines traités sur<br />

ses deux faces (souvent organisés en<br />

séries encyclopédiques de plusieurs<br />

écrans sur un même sujet) reflète la<br />

variété des centres d’intérêt de ses utilisateurs<br />

: géographie, histoire, littérature,<br />

théâtre, musique... Enfin,<br />

des artistes tels que Watteau, La Joue,<br />

Boucher, Le Prince, Peyrotte, ainsi que<br />

des ornemanistes et des illustrateurs<br />

contemporains comme Huquier, Gravelot<br />

ou Eisen ont exercé leur talent sur<br />

des estampes conçues pour ces écrans,<br />

dont la poésie demeure intacte et puissante<br />

par delà les siècles.<br />

Nathalie Rizzoni<br />

Université Paris-Sorbonne<br />

N. Rizzoni prépare une monographie sur<br />

ces écrans méconnus et projette d’organiser<br />

une exposition pour les faire découvrir<br />

Ci-dessus<br />

Écran à main, décoré<br />

d’une scène de la<br />

comédie en trois actes<br />

Les Moissonneurs<br />

de Charles-Simon<br />

Favart et C.-H. de<br />

Fusée de Voisenon<br />

(musique d’Egidio<br />

Duni), représentée<br />

pour la première fois<br />

le 27 janvier 1768 par<br />

les Comédiens Italiens<br />

ordinaires du Roi<br />

Avers : fond à décor<br />

gouaché et gravure<br />

en taille-douce<br />

rehaussée en couleurs<br />

Revers : fond à décor<br />

gouaché représentant<br />

des ornements avec<br />

un extrait du livret<br />

Paris, entre 1768<br />

et 1789<br />

<strong>BnF</strong>, Arts du spectacle


COLLECTIONS GÉRARD MACÉ<br />

27<br />

Un poète voyageur<br />

En 2016 et 2017, Gérard Macé a<br />

fait don au département des<br />

Manuscrits de la correspondance<br />

qu’il a reçue et des carnets tenus<br />

entre 1978 et 1993, seuls brouillons<br />

subsistant de son œuvre littéraire.<br />

Depuis 1974, il compose une œuvre<br />

poétique, écrit des essais et des traductions.<br />

Récemment, il a également publié<br />

trois volumes de Pensées simples chez<br />

Gallimard (2011-2016). De l’élaboration<br />

de cette œuvre ne subsistent que<br />

peu de traces, l’utilisation de l’ordinateur<br />

ayant, à partir de 1997, effacé les<br />

avant-textes et autres brouillons chers<br />

aux généticiens. Des livres des vingt premières<br />

années cependant, Gérard Macé<br />

a conservé des carnets qui mettent en<br />

évidence sa méthode de rédaction, souvent<br />

fluide, d’un seul jet, comportant<br />

malgré tout quelques repentirs ou<br />

poèmes inédits.<br />

Ses carnets témoignent de centres d’intérêt<br />

variés. Leçon de chinois (1981), Le<br />

Dernier des Égyptiens (1989), ou encore<br />

Choses rapportées du Japon (1993) disent<br />

bien sa fascination pour d’autres<br />

cultures, d’autres écritures, tandis que<br />

L’Autre Hémisphère du temps (1995)<br />

transporte le lecteur dans l’Amérique<br />

de Magellan et Vasco de Gama. Son<br />

intérêt pour les signes, notamment,<br />

transparaît dans sa façon d’aborder ces<br />

cultures à travers leurs langues – vocabulaire<br />

japonais, hiéroglyphes égyptiens<br />

accompagnés de leur signification...<br />

Ci-dessus<br />

Gérard Macé,<br />

2016<br />

Ci-contre<br />

Gérard Macé,<br />

Où grandissent<br />

les pierres,<br />

kanji, 1985<br />

<strong>BnF</strong>, Manuscrits<br />

daut), de traducteurs, d’éditeurs (Bruno<br />

Roy, Jean-Jacques Pauvert, Pierre<br />

Seghers) et de photographes (Henri<br />

Cartier-Bresson, Willy Ronis) est représenté<br />

ici, dessinant le paysage en creux<br />

des activités éclectiques de Gérard<br />

Macé ainsi que de ses amitiés. La correspondance<br />

avec Serge Boucheron, qui<br />

fut son professeur de philosophie avant<br />

de devenir un ami cher, est particulièrement<br />

abondante.<br />

Par sa diversité et son ampleur, cet<br />

ensemble offre ainsi à l’étude tout un<br />

pan de la création littéraire et artistique<br />

du XX e siècle.<br />

Anne Verdure-Mary<br />

Département des Manuscrits<br />

Depuis 1997, Gérard Macé est également<br />

photographe, même si cet aspect<br />

de son œuvre n’apparaît pas dans le<br />

fonds. En revanche, sa correspondance<br />

rend compte de l’ensemble de ses activités<br />

littéraires et artistiques : tout un<br />

réseau d’écrivains (Louis Aragon, François<br />

Cheng, Jacques Réda, Jean Rou-


28 COLLECTIONS PRIX NIÉPCE<br />

CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

OLIVIER CULMANN<br />

L’EXOTISME DU REGARD<br />

Le 18 mai dernier, Nathalie<br />

Bocher-Lenoir, présidente<br />

de l’association Gens d’images,<br />

a remis le prestigieux prix Niépce<br />

au photographe Olivier Culmann<br />

sur le site Richelieu de la <strong>BnF</strong>.<br />

Olivier Culmann, né en 1970, est<br />

membre du collectif de photographes<br />

Tendance Floue depuis 1996. En une<br />

vingtaine d’années, il a accompli une<br />

trajectoire exemplaire où se lit l’exigence<br />

à la fois éthique, esthétique et<br />

politique inhérente à tout travail documentaire<br />

au long cours. Ce parcours se<br />

caractérise également par une attention<br />

aiguë portée au pouvoir subversif de<br />

l’image.<br />

Le travail d’Olivier Culmann révèle<br />

avant tout un « exotisme du regard ». En<br />

effet, son œuvre s’articule autour d’une<br />

exploration de l’espace photographique,<br />

où les notions de champ, contre-champ<br />

et hors-champ peuvent servir de grille<br />

de lecture, et d’une recherche sur la<br />

figure de l’autre. Par sa démarche, il<br />

interroge sans cesse la liberté et le<br />

conditionnement du regard, ainsi que<br />

notre réception des images.<br />

Dans les années 1990, il renouvelle la<br />

vision documentaire avec Une vie de poulet,<br />

mise en regard de deux reportages<br />

engagés ; l’un sur une chaîne industrielle<br />

de volailles, l’autre sur les derniers<br />

appelés du contingent.<br />

Au lendemain du 11 septembre 2001,<br />

la série « Autour, New York » souligne<br />

son intérêt pour le contrepoint critique<br />

vis-à-vis d’une actualité brûlante : il<br />

délaisse en effet le spectaculaire des<br />

ruines du World Trade Center pour les<br />

expressions de sidération qu’elles provoquent<br />

sur les visages des Américains<br />

et des touristes.<br />

Ci-dessus<br />

Olivier Culmann,<br />

« The Others »,<br />

2009-2014<br />

C’est à la faveur de « Hors sol », série<br />

réalisée à l’ambassade de France de<br />

New Delhi et exposée à la <strong>BnF</strong> en 2010,<br />

qu’Olivier Culmann réfléchit à la porosité<br />

des lieux comme des identités. Ainsi,<br />

avec « The Others », c’est son corps<br />

d’Occidental grimé selon les codes vestimentaires<br />

indiens qui devient le terrain<br />

d’une réflexion plus large sur les<br />

fantasmes sociaux et l’altérité.<br />

Il y a fort à parier que le photographe<br />

saura nous surprendre encore dans le<br />

cadre de sa collaboration avec le laboratoire<br />

Picto, partenaire du Prix Niépce,<br />

qui lui propose de concevoir un objet<br />

photographique inédit, destiné entre<br />

autres à enrichir la collection de photographie<br />

contemporaine de la <strong>BnF</strong>.<br />

Héloïse Conésa<br />

Département des Estampes<br />

et de la photographie


ACTUS DU NUMÉRIQUE BIBLIOTHÈQUE FRANCOPHONE NUMÉRIQUE 29<br />

Une bibliothèque pour<br />

274 millions de francophones ¹<br />

Au fil d’une lente expansion<br />

qui a gagné toutes les régions<br />

du monde, la langue française<br />

a rapproché les peuples, lesquels<br />

ont tissé des relations aussi riches<br />

de convergences que de tensions.<br />

Entrer dans la Bibliothèque<br />

francophone numérique, c’est<br />

tourner les pages de cette histoire<br />

et feuilleter l’album de famille<br />

de la francophonie.<br />

Grâce à cette bibliothèque numérique,<br />

que l’on pourrait qualifier de « Gallica<br />

des Francophones », l’internaute accède<br />

à des milliers de pages, de photographies,<br />

d’affiches, de cartes et de journaux<br />

physiquement dispersés dans les<br />

1 : chiffre OIF<br />

Site de la Bibliothèque<br />

numérique<br />

francophone<br />

http :// rfnumbibliotheque.org<br />

Site du Réseau<br />

francophone<br />

numérique<br />

www.rfnum.org<br />

bibliothèques de différents pays francophones.<br />

Les fonctionnalités de cette<br />

bibliothèque reposent sur le savoir-faire<br />

technologique (numérisation, indexation,<br />

mise en ligne) acquis depuis vingt<br />

ans grâce à Gallica et partagé par la<br />

<strong>BnF</strong> avec les membres du Réseau francophone<br />

numérique (RFN).<br />

Ce portail, qui a reçu le soutien de l’Organisation<br />

internationale de la Francophonie<br />

(OIF), a été dévoilé lors de son<br />

lancement officiel à Bruxelles en avril<br />

dernier. Si cet outil est encore en phase<br />

de développement, il réunit déjà un millier<br />

de documents issus de nombreuses<br />

bibliothèques nationales (Belgique,<br />

Canada, France, Luxembourg, Maroc,<br />

Québec, Suisse) mais aussi de bibliothèques<br />

patrimoniales en Haïti (Bibliothèque<br />

haïtienne du Saint-Esprit), à<br />

Madagascar (Bibliothèque et archives<br />

universitaires d’Antananarivo) et au<br />

Sénégal (Institut fondamental d’Afrique<br />

noire de l’université Cheikh Anta Diop).<br />

Une sélection de corpus géographiques<br />

et thématiques est présentée par des<br />

personnalités du monde de la recherche<br />

francophone, telles que le linguiste français<br />

Alain Rey. Cette collection a vocation<br />

à s’enrichir progressivement et à<br />

illustrer l’histoire polyphonique, souvent<br />

heurtée mais toujours féconde,<br />

d’une communauté linguistique en<br />

pleine expansion.<br />

Franck Hurinville<br />

Délégation aux relations internationales


30 INTERNATIONAL PORTAIL DES BIBLIOTHÈQUES D'ORIENT<br />

CHRONIQUES DE LA <strong>BnF</strong> Nº<strong>80</strong><br />

LE PATRIMOINE<br />

DOCUMENTAIRE<br />

UN TRAIT D’UNION<br />

ENTRE ORIENT & OCCIDENT<br />

Bibliothèques d’Orient<br />

Huit institutions partenaires<br />

à l’ouverture du site<br />

Bibliothèque nationale de France<br />

(Paris), Institut français d’archéologie<br />

orientale et Institut dominicain d’études<br />

orientales (Le Caire), Centre d’études<br />

alexandrines (Alexandrie), Institut<br />

français du Proche-Orient et<br />

Bibliothèque orientale de l’université<br />

Saint-Joseph (Beyrouth), École biblique<br />

et archéologique française (Jérusalem),<br />

Institut français d’études anatoliennes<br />

(Istanbul).<br />

Un site trilingue<br />

(français, arabe, anglais)<br />

Près de 7 000 documents exceptionnels<br />

en ligne et beaucoup d’autres à venir.<br />

Cent textes rédigés par des<br />

universitaires, scientifiques<br />

et conservateurs pour éclairer<br />

les thématiques et contextualiser<br />

les documents.<br />

Réalisé grâce au soutien de la Fondation<br />

d’entreprise Total et du groupe Plastic<br />

Omnium.<br />

Fruit d’une collaboration de<br />

la <strong>BnF</strong> avec sept bibliothèques<br />

patrimoniales et de recherche<br />

implantées au Proche-Orient,<br />

le site Bibliothèques d’Orient<br />

a pour ambition de sauvegarder,<br />

réunir et valoriser un patrimoine<br />

documentaire aussi exceptionnel<br />

et menacé que le patrimoine<br />

architectural. Il rassemble des<br />

collections uniques et encore<br />

peu connues qui témoignent<br />

de la richesse des interactions<br />

entre l’Orient et l’Occident<br />

depuis plusieurs siècles.<br />

Destiné aussi bien à la communauté<br />

scientifique qu’au grand public, le site<br />

Bibliothèques d’Orient s’intéresse principalement<br />

aux pays qui bordent la côte<br />

orientale de la mer Méditerranée, avec<br />

un corpus couvrant la période des<br />

années 1<strong>80</strong>0 à 1945. Son contenu est<br />

encadré par un conseil scientifique qui<br />

réunit, aux côtés de Laurence Engel,<br />

présidente de la <strong>BnF</strong>, des universitaires<br />

et chercheurs de renommée internationale,<br />

parmi lesquels Henry Laurens<br />

(professeur au Collège de France, titulaire<br />

de la chaire d’histoire contemporaine<br />

du monde arabe), Sophie Basch<br />

(professeur de littérature française à<br />

l’université Paris-Sorbonne), Sylvie<br />

Aubenas (directrice du département des<br />

Estampes et de la photographie, <strong>BnF</strong>)<br />

et Françoise Hours (chef du service des<br />

Littératures du monde, responsable<br />

scientifique, <strong>BnF</strong>). L’internaute découvrira<br />

ainsi, grâce à six rubriques thématiques,<br />

un vaste fonds de documents<br />

remarquables mais encore confidentiels,<br />

car dispersés dans différents pays et institutions.<br />

Parmi eux, on trouve des archives<br />

diverses : de précieux manuscrits<br />

hébreux ; deux recueils de livres liturgiques<br />

syriaques des XIe et XVIIe siècles,<br />

restaurés dans le cadre du projet ; des<br />

cartes ouvrant de nouvelles perspectives<br />

quant à l’histoire sociale et économique<br />

de la Turquie. À découvrir aussi, les<br />

ancêtres des Guides Bleus ou les dessins<br />

préparatoires de la Description de l’Égypte,<br />

un recueil dont <strong>80</strong>0 planches inédites<br />

sont conservées uniquement par la <strong>BnF</strong>,<br />

ou encore des albums photographiques<br />

originaux. Autant de documents qui<br />

invitent d’un simple clic à la connaissance<br />

et à l’imaginaire.<br />

Ci-dessus<br />

Nicolas-Jacques Conté,<br />

Le Caire, vue de la<br />

mosquée du sultan<br />

Hassan, 1798-1<strong>80</strong>9,<br />

aquarelle et crayon<br />

<strong>BnF</strong>, Estampes<br />

et photographie<br />

Site Bibliothèques<br />

d’Orient<br />

heritage.bnf.fr/<br />

bibliothequesorient/<br />

homepage<br />

Bibliothèques d’Orient est amené à<br />

s’enrichir dans les mois à venir grâce à<br />

de nouvelles contributions en France<br />

et à l’étranger. Mais la vaste collection<br />

documentaire du site offre déjà de nouvelles<br />

opportunités de recherches. En<br />

comparant quatre traductions du Coran<br />

par Albert Kazimirski, lexicographe et<br />

traducteur du XIXe siècle, on vient par<br />

exemple de découvrir que le verset 19<br />

de la sourate 87 de l’édition de 1840<br />

remplace curieusement par « Jésus »<br />

l’« Abraham » du texte arabe, ce que corrige<br />

la traduction révisée de 1841.<br />

En contribuant à préserver et valoriser<br />

ce patrimoine culturel plurimillénaire,<br />

la <strong>BnF</strong> s’inscrit pleinement dans ses<br />

missions de coopération, de conservation<br />

et de recherche, en accord avec les<br />

conclusions de la Conférence internationale<br />

sur la protection du patrimoine<br />

en péril (Abou Dhabi, 2016 ) et de sa<br />

déclaration : « Miroir de notre humanité,<br />

gardien de notre mémoire collective<br />

et témoin de l’extraordinaire esprit de<br />

création de l’humanité, le patrimoine<br />

culturel mondial porte en lui notre avenir<br />

commun. »<br />

Stéphane Chouin<br />

Délégation aux relations internationales


LIVRE <strong>BnF</strong><br />

31<br />

Une nouvelle collection<br />

« Les Orpailleurs »<br />

Les pépites littéraires<br />

de la Bibliothèque<br />

nationale de France<br />

Les éditions de la <strong>BnF</strong> lancent<br />

une collection littéraire issue<br />

des fonds de la Bibliothèque.<br />

Des textes d'anticipation<br />

visionnaires, aux confins<br />

de la littérature de genre,<br />

qui suscitent le double plaisir<br />

de la découverte et de la lecture.<br />

L’Énigme de Givreuse,<br />

suivi de La Haine surnaturelle,<br />

J.-H. Rosny aîné<br />

Présentation de Roger Musnik<br />

160 pages, 12,50<br />

Parution : 19 octobre 2017<br />

Réédition d’un roman de 1917<br />

Un chalet dans les airs,<br />

Albert Robida<br />

Présentation de Roger Musnik<br />

192 pages, 13<br />

Parution : 19 octobre 2017<br />

Réédition d’un roman de 1925<br />

La Grande Panne,<br />

Théo Varlet<br />

Présentation de Roger Musnik<br />

224 pages, 13<br />

Parution : 19 octobre 2017<br />

Réédition d’un roman de 1930<br />

Le Grand Armorial équestre<br />

de la Toison d’or,<br />

Michel Pastoureau<br />

et Jean-Charles de Castelbajac<br />

24 x 32 cm, 256 pages,<br />

1<strong>80</strong> illustrations, 49<br />

Parution : 2 novembre 2017<br />

Coédition <strong>BnF</strong> et Seuil<br />

Cet ouvrage est une réédition à l’identique<br />

d’un manuscrit médiéval peint<br />

à la gouache sur papier, au milieu du<br />

XVe siècle, représentant les membres<br />

de l’ordre de chevalerie de la Toison<br />

d’or. Il est précieusement conservé à<br />

la Bibliothèque de l’Arsenal au titre<br />

de trésor national depuis le XVIIIe siècle.<br />

L’expressivité des figures équestres, la<br />

fougue des cavaliers, l’audace des<br />

cimiers, la somptuosité des couleurs, la<br />

beauté flamboyante de l’ensemble : tout<br />

invite à ouvrir la réflexion sur un univers<br />

artistique. Ce fac-similé est enrichi<br />

du double regard que portent sur cette<br />

pièce exceptionnelle Michel Pastoureau,<br />

historien de l’art, spécialiste des<br />

emblèmes et auteur de nombreux<br />

ouvrages sur la couleur, et Jean-Charles<br />

de Castelbajac, prestigieux créateur de<br />

mode, passionné par l’art héraldique.<br />

chroniques.bnf.fr<br />

<strong>Chroniques</strong> de la Bibliothèque nationale de France<br />

est une publication trimestrielle<br />

Présidente de la Bibliothèque nationale de France<br />

Laurence Engel<br />

Directrice générale<br />

Sylviane Tarsot-Gillery<br />

Délégué à la communication<br />

Patrick Belaubre<br />

Responsable éditoriale<br />

Sylvie Lisiecki<br />

Comité éditorial<br />

Jean-Marie Compte, Joël Huthwohl, Olivier Jacquot,<br />

Anne Pasquignon, Anne Manouvrier, François Nida,<br />

Bruno Sagna<br />

Rédaction, suivi éditorial<br />

Corine Koch<br />

Rédaction, coordination agenda<br />

Sandrine Le Dallic<br />

Coordination graphique<br />

Jérôme Le Scanff<br />

Iconographie<br />

Sylvie Soulignac<br />

Réalisation Atelier Marge Design<br />

Mathieu Chévara (direction artistique),<br />

Jean-Charles Bassenne, Louise Comiran (mise en page),<br />

Juliette Paquereau (coordination éditoriale)<br />

Impression<br />

Stipa ISSN : 1283-8683<br />

Abonnez-vous !<br />

Pour recevoir gratuitement <strong>Chroniques</strong> à domicile,<br />

abonnez vous en écrivant à Marie-Pierre Besnard :<br />

marie-pierre.besnard@bnf.fr<br />

Ont collaboré à ce numéro<br />

François Angelier, Alain Carou, Héloïse Conésa,<br />

Sarah Barbedette, Raphaële Bertho, Elina Brotherus,<br />

Stéphane Chouin, Sabine Delcour, Vanessa Desclaux,<br />

Pénélope Driant, Jean Eisenstaedt, Guillaume Fau,<br />

Géraldine Goffaux-Callebaut, Franck Hurinville, Laurent<br />

Kronental, Marc Jacquin, Marie Lallouet, Michel Poivert,<br />

Emanuela Prosdotti, Nathalie Rizzoni, Jean-Philippe Uzan,<br />

Anne Verdure-Mary<br />

Votre avis nous intéresse N’hésitez pas à nous écrire<br />

pour nous faire part de vos remarques et suggestions :<br />

sylvie.lisiecki@bnf.fr<br />

Crédits iconographiques<br />

Couverture : © J. Brézillon, Paris – p. 2, 15, 22 en haut et en<br />

bas : © D. P. Carr / <strong>BnF</strong> – p.3 en haut © D.R. – p. 4 : n° 1, 2, 3<br />

et 6 : © J. Rouch, n° 4 et 5 : © CNRS/CFE/J. Rouch –<br />

p. 6 : S. Ristelhueber © ADAGP, Paris 2017 – p. 8 : © J.<br />

Nefzger, Courtesy Galerie Françoise Paviot, Paris –<br />

p. 9 : 1.© P. Tourneboeuf – 2. © M. Gambin, Courtesy Label<br />

Expositions - D. Charon, Paris – 3. © F. Delangle © ADAGP,<br />

Paris 2017, Courtesy Galerie Binôme, Paris – p.10 :<br />

1. E. Brotherus © ADAGP, Paris 2017- Galery Gb Agency,<br />

Paris 2. © S. Delcour / Cliché Mission photographique<br />

du Conservatoire du littoral, fonds géré par l’association<br />

À travers le paysage, Arles – p. 11 : © L. Kronental – p. 13<br />

en bas à gauche : © C. Jafé – À droite, en haut : ASTÉRIX® -<br />

OBÉLIX® / © 2017 Les Éditions Albert René / Goscinny –<br />

Uderzo – p. 16 : © Parisienne de Photographie / Roger-<br />

Viollet – p. 19 : © adoc-photos – p. 21 : © B. Levy /<br />

divergence-images pour Le Monde – p. 23 : © B. Charoy/<br />

Pasco – p. 24-25 : A. Artaud © ADAGP, Paris, 2017 –<br />

p. 25 : © Man Ray Trust / ADAGP / Telimage – 2017 –<br />

p. 27 : © Mantovani / Opale © Gallimard via Leemage –<br />

p. 28 : © O. Culmann / Tendance Floue

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