BnF | Chroniques 83

ateliermd

Chroniques de la BnF SEPTEMBRE – DÉCEMBRE 2018

Chroniques 83

EXPOSITION p. 6

Les Nadar,

une légende

photographique

EN BREF | EXPOS | AUDITORIUMS | COLLECTIONS | NUMÉRIQUE


ÉDITORIAL

EN BREF

3

SOMMAIRE

4

6

15

16

17

18

19

20

21

22

23

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30

31

EXPOSITIONS

Jan Dibbets

Les Nadar

Jérôme Lindon

Passion d’imprimeur : Franck Bordas

Jean-Jacques Lequeu

AUDITORIUMS

Cycle Histoire des mers

Debussy

Colloque Droit(s)

et apparence vestimentaire

Journée d’étude ethnologie française

Hackathon

VIE DE LA BnF

Les affiches du OFF

Emmanuel Carrère

Souscription Richelieu

Maylis de Kerangal

COLLECTIONS

Philippe Fénelon

Amos Gitaï

Izis Bidermanas

Littérature jeunesse

Prix Niépce

INTERNATIONAL

Portail Fondation Polonsky

Portail France-Chine

LIVRE BnF

Un lieu pour penser¹,

un lieu pour rêver

Laurence Engel

Présidente de la

Bibliothèque nationale

de France

Dans le foisonnement de sa programmation, pluridisciplinaire

et multiforme, la BnF dessine des

chemins qui sont faits pour vous accompagner :

non pas des voies à sens unique, mais une carte

pour découvrir tous les plaisirs que vous promettent

nos invités.

Au rendez-vous, certaines séquences révèlent la

BnF comme un lieu fait pour penser, qu’il s’agisse

de faire entendre les Échos de la recherche d’aujourd’hui

ou d’ouvrir les portes de notre Université

populaire, celle de « Tous les savoirs ».

Avec cette année un nouveau cycle sur l’histoire

des mers, de l’Antiquité au XXIe siècle ; mais aussi,

fidèles au poste, les invités du grand philosophe

François Jullien et de ses « Cours méthodiques et populaires de philosophie

». D’autres chemins vous invitent à profiter d’une BnF également

faite pour rêver, avec nos collections, ou avec les spectacles

et performances réalisés « En scène » – où vous retrouverez notamment

les Inédits, que nous consacrons cet automne à Debussy dont

on célèbre le centenaire de la mort, et le lancement d’un nouveau

cycle de lecture à voix haute, celle de manuscrits de la BnF par les

comédiens de la Comédie Française, dans la merveilleuse salle de lecture

des Manuscrits rue de Richelieu.

Littérature encore, mais aussi photographie, sont les deux thématiques

qui rythment dorénavant chaque année la programmation des

expositions. Avec en cette rentrée une grande exposition Nadar, qui

présentera pour la première fois l’histoire d’un atelier unique et légendaire,

celui de Félix, bien sûr et de ses célèbres portraits, mais celui

aussi de son frère Adrien Tournachon et de son fils Paul Nadar : une

saga à travers laquelle s’expose l’histoire d’un siècle photographique,

la passion de trois artistes et de trois inventeurs qui ont su mêler à

leur art les apports des révolutions techno logiques pour les maîtriser

et les diffuser. Et côté littérature, la rencontre inspirante que la BnF

a organisée entre le plasticien Jan Dibbets et une œuvre majeure de

la poésie médiévale, Louange à la sainte croix, du moine Raban Maur :

l’occasion, à la manière d’un « Make it New », de présenter face à ce

sublime manuscrit quelques œuvres iconiques de l’art minimaliste,

dans une belle « conversation avec l’art médiéval ».

Les Combats de Minuit vous fera par ailleurs entrer dans la bibliothèque

du célèbre éditeur Jérôme Lindon et de sa femme Annette, dont les

enfants ont fait don à la BnF ; et Épreuves d’imprimeur vous fera découvrir

l’atelier de Franck Bordas qui a accompagné les créations d’estampes

d’artistes parmi les plus grands du XXe siècle, de Dubuffet à

Keith Haring : autant de portes grandes ouvertes vers les savoirs et

vers les plaisirs que la BnF vous propose de pousser d’un simple geste,

avec le Pass BnF !

Un nouveau caractère

à chaque numéro

de Chroniques

La BnF soutient et valorise

la création typographique

française en invitant

dans ses colonnes

un caractère de titrage

original, novateur,

émergent, témoin

de la vigueur actuelle

de la discipline.

Dans ce numéro

Le LCT Palissade est une

fonte appartenant

à la famille des didones ;

elle reprend les traits

des caractères italiens

du XVII e siècle. Le LCT

Palissade est une

étude d’un courant de

l’histoire, à la croisée

entre révolution industrielle

et romantisme. Le résultat

est une police forte,

solide, à chasse étroite.

Le dessin est orienté

vers des fûts très noirs

qui rappellent certains

caractères du début

du XIX e siècle et les Italiens

du début XVII e siècle.

Afin de faire écho au

romantisme, les déliés sont

très fins pour permettre

un contraste maximal

et conserver l’élégance

de la forme globale.

Le créateur

Quentin Jumeau Stavinsky

est un designer graphique

web et dessinateur de

caractère qui vit à Nantes.

Il travaille au sein de l’atelier

la Casse depuis 2012.

En couverture

Adrien Tournachon,

Pierrot écoutant,

1854-1855

BnF, Estampes et

photographie

1. Selon la belle expression

reprise du colloque organisé

en juin 2018 par l’université

Sorbonne-Nouvelle

Patrimoines numériques partagés

La France en Amérique

Lors de la visite d’État du président

Emmanuel Macron aux États-Unis

en mai 2018, la BnF, la Bibliothèque

du Congrès et les Archives

nationales américaines ont signé

un accord de partenariat pour

la création de la bibliothèque

numérique La France en Amérique.

Au prisme de nombreux documents, livres,

cartes et gravures, ce nouveau site permettra

de mieux faire connaître les relations

culturelles et historiques qui se sont nouées

entre la France et l’Amérique du Nord

(en particulier les États-Unis) du XVI e au

XIX e siècle. Ce projet s’inscrit dans la continuité

du portail bilingue de Gallica La France

en Amérique, conçu en 2005 pour rendre

accessible à des publics toujours plus

nombreux un patrimoine culturel commun.

Coopération

Partager, enrichir,

contribuer :

les 17 e journées des Pôles

associés et de

la coopération (JPAC)

Cette nouvelle bibliothèque vient compléter

la collection numérique de la BnF « Patrimoines

partagés », qui comprend déjà les sites

France-Pologne et Bibliothèques d’Orient.

g

Allez plus loin

avec Gallica !

gallica.bnf.fr,

onglet Dossiers,

France Amérique

La BnF travaille en étroite collaboration

avec un réseau de plus de deux cents

bibliothèques de tous statuts réparties sur

l’ensemble du territoire. Ces partenaires

sont engagés dans des actions de coopération

numérique avec Gallica et de signalement

du patrimoine dans le Catalogue collectif

de France (CCFr). Organisées par le département

de la Coopération de la BnF, les 17 e JPAC

se tiendront du 1 er au 3 octobre 2018 sur le

site François-Mitterrand. Trois cent cinquante

participants venus de toute la France sont

attendus. Aux séances plénières et ateliers

thématiques proposés s’ajoutent pour

la première fois des espaces d’échanges

entre professionnels ainsi que des visites

de la BnF et de bibliothèques partenaires

parisiennes. Deux vidéos seront présentées

en avant-première de leur diffusion publique :

l’une sur les manuscrits numérisés de

Flaubert, réalisée en collaboration avec

les bibliothèques de Rouen et de la Ville

de Paris, l’autre sur le catalogue collectif

de France (CCFr). Enfin, ces rencontres

seront l’occasion pour la BnF de fêter

les 20 ans de Gallica avec ses partenaires.

Plus d’infos sur bnf.fr,

onglet Pour les professionnels,

Coopération nationale

Découverte

Journées européennes

du patrimoine 2018

À l’occasion de la 35 e édition des Journées

européennes du patrimoine les samedi 15

et dimanche 16 septembre 2018, sur le

thème de l’art du partage, les sites François-

Mitterrand, Richelieu, Arsenal et la Maison

Jean-Vilar à Avignon ouvrent leurs portes

et organisent visites et ateliers. C’est

l’occasion de faire connaître la richesse des

collections de la BnF et

de découvrir l’architecture, les activités,

les métiers, mais aussi les coulisses

de la BnF.

Plus d’infos sur bnf.fr

Disparition

Michel Levallois, président

de la Société des études

saint-simoniennes

La BnF souhaite rendre hommage à Michel

Levallois, président de la Société des

études saint-simoniennes, récemment

disparu. Après une carrière dans la haute

administration, Michel Levallois avait

consacré de nombreux travaux à la figure

d’Ismaÿl Urbain, conseiller de Napoléon III

établi en Algérie, dont la correspondance,

en cours d’édition, est conservée dans

les archives du mouvement saint-simonien

à la Bibliothèque de l’Arsenal. L’actualité

scientifique de ce fonds, riche de

35 000 pièces, doit beaucoup au séminaire

mensuel qu’il organisait depuis des

années à l’Arsenal, renforcé depuis 2015

par l’Agence nationale pour la recherche

« Saint-simonisme 18-21 » dont la BnF

est membre associé.


4 EXPOSITIONS JAN DIBBETS CHRONIQUES DE LA BnF83 EXPOSITIONS JAN DIBBETS 5

Make it new 1 .

Conversations avec l’art médiéval

Carte blanche

Jan Dibbets

Make it New.

Conversations avec

l’art médiéval. Carte

blanche à Jan Dibbets

Du 6 novembre 2018

au 10 février 2019

BnF I François-Mitterrand

Figure majeure de l’art néerlandais

et de la scène artistique

internationale, Jan Dibbets

s’est vu très tôt associé à l’art

conceptuel. Avec Make it New¹.

Conversations avec l’art médiéval

il s’éloigne de son terrain familier,

la photographie, pour faire

dialoguer Raban Maur, moine

bénédictin né à Mayence vers 780,

avec des artistes d’aujourd’hui.

Indépendamment de la place majeure

occupée par Jan Dibbets au sein de

l’histoire de l’art contemporain et de

son affiliation à la tendance « conceptuelle

» qui a bouleversé le paysage artistique

des années 1960 ; indépendamment

de sa figure de pionnier en

matière de photographie plasticienne,

l’artiste néerlandais a aussi joué un rôle

1 2

Commissariat

Jan Dibbets

Charlotte Denoël,

département

des Manuscrits (BnF)

Publication

Catalogue de l’exposition

Sous la direction

de Charlotte Denoël

et Erik Verhagen

128 pages, broché, 39

Erik Verhagen, maître

de conférences

en histoire de l’art

contemporain (université

de Valenciennes)

En partenariat avec

Libération et artpress

primordial en sa qualité de passeur, dès

le début de sa trajectoire internationale.

Exceptés les spécialistes de la période,

rares sont ceux à savoir que Dibbets a

servi d’instigateur mais aussi de principal

intermédiaire et de conseiller officieux

(avec l’artiste italien Piero Gilardi)

auprès du légendaire commissaire

d’exposition Harald Szeemann lors

de la préparation de Quand les attitudes

deviennent forme à la Kunsthalle

de Berne en 1969. Cette exposition

d’art contemporain est considérée

aujourd’hui comme l’une des plus

importantes en la matière au cours de

ces cinquante dernières années.

Un passeur

Réunir des artistes des deux côtés de

l’Atlantique, favoriser leurs rencontres

avec des commissaires d’exposition, critiques

et galeristes : c’est une part non

négligeable des activités que Dibbets a

développées tout au long de sa carrière.

Qu’il se retrouve aujourd’hui à son tour

commissaire d’exposition à la BnF n’a

à ce titre rien de surprenant. Sa première

expérience de commissariat au

musée d’Art moderne de la Ville de Paris,

La Boîte de Pandore en 2016, s’est d’ailleurs

révélée plus que concluante. Le

but de cette exposition était de proposer

une relecture très personnelle et inévitablement

subjective de l’histoire de

la photographie, avec, en filigrane, l’ambition

de souligner en écho à sa propre

pratique, la dimension autoréflexive du

médium. Pour l’artiste, la photographie

ne saurait en effet se réduire à sa fonction

d’enregistrement et traduit une part

de transformation qui lui confère une

forme d’autonomie.

Make it New

Le propos de Make it New est tout autre.

Dibbets ne s’aventure plus ici sur le terrain

connu de la photographie mais

cherche à instaurer un dialogue avec

un créateur, Raban Maur, dont il ignorait

l’existence avant de le découvrir sur

le tard, au hasard d’une consultation

de manuscrits à la BnF, il y a une

dizaine d’années. Une dizaine d’années

de digestion pour l’artiste néerlandais

à qui la BnF a souhaité adresser une

invitation : celle de répondre aux œuvres

du moine du IXe siècle. Cette réponse,

Dibbets a désiré la formuler collectivement

en faisant appel à des confrères,

compagnons de route, amis pour certains,

qui ont comme lui cherché à

renouveler et renégocier les paramètres

de l’« objet » d’art, au sens large du

terme, dans les années 1960.

D’un côté donc, des manuscrits carolingiens

témoignant d’une vertigineuse

inventivité formelle, aussi abstraits que

minimalistes, et de l’autre une dizaine

d’artistes comme Carl Andre, François

Morellet, Sol LeWitt, dont la démarche

semble s’inscrire dans la continuité des

compositions épurées du moine visionnaire.

Presque mille deux cents ans

séparent l’un des autres. Pourtant, en

dépit de leurs différences, d’un contexte

et de motivations incomparables, la

conversation semble aussi naturelle

qu’évidente.

Charlotte Denoël, département des Manuscrits

Erik Verhagen, université de Valenciennes

3

Le projet de cette exposition

à la BnF est né de la découverte

par Jan Dibbets d’une troublante

correspondance entre le

langage visuel d’un manuscrit

médiéval et celui de l’art

minimal et conceptuel, à

plus de dix siècles de distance.

Entretien avec l’artiste.

Chroniques : Comment le projet de cette

exposition est-il né ?

Jan Dibbets : L’un de mes amis connaît

très bien Charlotte Denoël, conservatrice

au département des Manuscrits,

qui avait vu les vitraux que j’ai faits pour

la cathédrale de Blois. Quand je l’ai rencontrée,

elle m’a dit : « La prochaine fois

que vous viendrez à Paris, je vous montrerai

quelque chose qui pourrait beaucoup

vous intéresser. » Ce jour-là, elle

m’a présenté le livre de Raban Maur,

Louange à la sainte croix. Coup de

foudre ! Ce livre était différent de tout

ce que j’avais vu auparavant. Il émanait

de lui une atmosphère tellement volontaire

que j’ai été absolument choqué de

voir qu’une telle chose existe et qu’elle

soit seulement connue des spécialistes.

Ce livre correspond à une pensée informatique,

qui est typiquement XXe et

XXI e siècles. Il y a eu, à l’époque carolingienne,

d’autres exemples qui ressemblent

plus ou moins à cela mais ce

livre est unique. Au même moment, je

dessinais les vitraux d’une grande

1 Jan Dibbets,

Blue vertical,

New Colorstudy,

1976-2012

C-print sur Dibond,

250 x 125 cm

2 Richard Long,

Cornwall Slate Line,

1981, œuvre au sol,

278 pierres

Collection CAPC,

musée d’art

contemporain

de Bordeaux

3 Jan Dibbets

4 Raban Maur,

Louange à la sainte

croix, vers 847

BnF, Manuscrits

g

Allez plus loin

avec Gallica !

Le manuscrit de

Louange à la sainte croix

1. D’après l’expression

d’Ezra Pound

(1885-1972) appelant

au renouvellement

des formes poétiques.

cathédrale à Haarlem (Pays-Bas). Et

cela m’a ouvert les yeux, m’a permis de

mieux appréhender le livre. Par respect

pour Raban Maur, nous avons imaginé

comment nous allions pouvoir faire

connaître ce livre à un public plus large.

C. : Depuis quand vous intéressez-vous

à l’art médiéval ?

J. D. : Toute ma vie, je me suis intéressé

à l’art médiéval et aux églises romanes ;

en parcourant toute la France, l’Italie

et l’Allemagne, j’ai vu plus ou moins

tout ce qui existe de notable dans ce

domaine. C’est une fascination intime

que j’ai aussi pour l’époque carolingienne

; on sent pour la première fois

que les civilisations byzantine et romaine

s’éteignent mais que leurs vestiges sont

récupérés par une civilisation jeune et

nouvelle. J’ai toujours été fasciné par

4

l’art médiéval parce qu’il est tellement

original et profondément créatif.

C. : Est-ce que l’art médiéval a été

au centre de discussions entre les artistes

de votre génération ?

J. D. : Non, pas du tout. Il s’agissait

davantage de quelque chose dont je parlais

en privé plutôt qu’avec un autre

artiste. Les artistes ne discutent pas

ensemble de ce genre de choses. Ils s’en

fichent. Ce que je souhaite montrer de

façon simple et modeste, ce n’est pas

que Raban Maur a influencé l’art

moderne – parce que personne ne

connaît son existence – mais que des

parallèles peuvent être faits entre la pensée

et l’attitude de Raban Maur et l’art

minimal et conceptuel d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Corine Koch

Délégation à la Communication


EXPOSITIONS LES NADAR 7

Les Nadar,

une légende

photographique


Pour la première fois, une exposition est consacrée

aux trois Nadar : le célèbre Félix Nadar (1820-1910),

son frère Adrien Tournachon (1825-1903)

et son fils Paul Nadar (1856-1939). Leur passion

commune pour la photographie, inséparable

de leur foi dans le progrès et de leur goût de l’innovation

a fait d’eux des précurseurs à plus d’un titre : chacun

à sa manière a contribué à écrire une page essentielle

de l’histoire de la photographie, où l’œuvre d’art

côtoie l’intuition commerciale et l’innovation technique.


8 DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU LES NADAR CHRONIQUES DE LA BnF83

DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU LES NADAR

9

1

Les Nadar

modernes précurseurs

Page 6

Félix Nadar, Façade

de l’atelier du

35, boulevard des

Capucines, vers 1861

BnF, Estampes

et photographie

1 Félix Nadar,

George Sand, 1864

BnF, Estampes

et photographie

2 Adrien Tournachon,

Félix Nadar dans

l’atelier d’Adrien

Tournachon,

1853-1854

BnF, Estampes

et photographie

g

Allez plus loin

avec Gallica !

L’œuvre de Félix Nadar,

celle d’Adrien

Tournachon,

les épreuves

d’archives de l’atelier.

Les Nadar,

une légende

photographique

+ À VOIR

Du 16 octobre 2018

au 3 février 2019

BnF I François-Mitterrand

Photographes mais aussi

peintres, dessinateurs, écrivains,

journalistes, caricaturistes

et inventeurs, Félix Nadar,

son frère Adrien Tournachon

et son fils Paul Nadar ont marqué

de leur empreinte l’histoire

du médium photographique.

Félix Nadar, personnalité flamboyante

aux multiples facettes, est célèbre pour

la géniale galerie de portraits qu’il fait

de ses contemporains dans les années

1850-1860. On sait moins peut-être qu’il

fut un ardent défenseur du progrès des

sciences, de grandes causes généreuses

qui animèrent son siècle, qu’il prit position

pour la théorie du plus lourd que

l’air, les idéaux républicains et la laïcité.

Sait-on qu’il fut aussi un écrivain,

un journaliste et un caricaturiste de

Commissariat

Sylvie Aubenas,

directrice du

département des

Estampes et de la

photographie (BnF),

Anne Lacoste,

directrice de l’Institut

pour la photographie

des Hauts-de-France

grand talent ? Qu’il eut un frère, Adrien

Tournachon, peintre et photographe,

artiste bohème ? Que son fils Paul dirigea

à partir de 1886 l’atelier familial

fondé en 1855 qui ne ferma qu’en 1939 ?

Que ce même Paul fut, en France, le

représentant de la firme Kodak et le

président de la chambre syndicale de

la photographie ?

Sous le pseudonyme de Nadar, forgé

par Félix Tournachon dans l’effervescence

des salles de rédaction parisiennes

de la fin des années 1830, se

cachent donc trois hommes remarquables

dont le plus en vue a conduit

à faire oublier les deux autres.

L’exposition organisée par la BnF propose

de réparer cette injustice en présentant

trois histoires, trois personnalités

complémentaires, parfois alliées,

parfois opposées : cette confrontation

Exposition réalisée

avec le soutien

de la Fondation Louis

Roederer, Grand

Mécène de la Culture

Publication

Catalogue de l’exposition

Les Nadar, une

légende photographique

Sous la direction

de Sylvie Aubenas

et Anne Lacoste

352 pages, relié,

59,90

Exposition virtuelle

expositions.bnf.fr/

les-nadar/

En partenariat avec

Le Figaro, Le Journal

des arts, L’Œil, Télérama

Le samedi 2 février 2019,

une journée d’études

au Petit Auditorium

rassemblera des

spécialistes autour

des figures des Nadar.

jamais réalisée jusqu’ici permet de

comprendre les enjeux, les ambitions

et les progrès de la photographie

depuis le Second Empire jusqu’au

milieu du XXe siècle et de mieux évaluer

trois œuvres liées mais pourtant

distinctes.

Un ensemble exceptionnel

En 1950, après la mort prématurée de

Marthe Nadar, fille de Paul et ultime

descendante de la famille, la BnF

acquiert l’ensemble des tirages et des

archives de l’atelier tandis que la direction

générale de l’Architecture prend

en charge les centaines de milliers de

négatifs sur verre.

C’est cet ensemble exceptionnel, complété

de prêts du Metropolitan

Museum of Art à New York, du Getty

Museum à Los Angeles et du musée

d’Orsay parmi d’autres, qui permet à

travers plus de trois cents pièces,

épreuves photographiques originales,

dessins, estampes, peintures, de brosser

une saga familiale et artistique sans

équivalent. Le choix a été fait de privilégier

une présentation des œuvres

des Tournachon et des Nadar selon

trois prismes complémentaires, en évitant

le fil chronologique.

Le parcours débute par les portraits et

autoportraits extrêmement nombreux

et variés de la famille : des merveilleux

autoportraits d’Adrien Tournachon

caché sous son chapeau de paille

jusqu’aux amusants snapshots de Paul

Nadar en passant par les mises en scène

de Félix Nadar, tous les styles et les

époques sont rassemblés en un raccourci

qui donne des clés de compréhension

au visiteur pour la suite de l’accrochage.

Le cœur de l’exposition aborde évidemment

l’art du portrait : de Gérard de

Nerval et Charles Baudelaire à Sarah

Bernhardt et Joséphine Baker en passant

par Gustave Doré, George Sand,

Victor Hugo, Lamartine ou Bakounine,

les célébrités ont été immortalisées par

l’un ou l’autre Nadar. Un tropisme particulier

pour la scène, le théâtre et la

pantomime est commun aux trois

Nadar. Est évoquée aussi la transformation

d’un studio d’artiste en entreprise

commerciale avec la multiplication

et la standardisation du portrait.

Enfin, et c’est sans doute le plus inattendu,

de très nombreuses applications

de la photographie à divers domaines

scientifiques illustrent la passion des

Nadar pour le progrès. Ils sont pionniers

de la photographie aux lumières

artificielles, de la photographie aérienne,

de la photographie instantanée : les

images produites, bien que documentaires

ou expérimentales, n’en sont pas

moins fortes ni belles.

L’exposition ne prétend pas apporter

un éclairage complet et définitif sur

toute la richesse et la densité de l’activité

de cette famille vouée à la photographie

– ce serait chose impossible –

mais propose de renouveler la vision de

l’ensemble des œuvres, de stimuler le

regard et d’accompagner l’intérêt sans

cesse renouvelé de la recherche.

Sylvie Aubenas

Département des Estampes et de la photographie

2


10 DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU NADAR CHRONIQUES DE LA BnF83

DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU LES NADAR

11

1

2

Page de gauche

Paul Nadar,

Sarah Bernhardt dans

Pierrot assassin, 1883

BnF, Estampes

et photographie

1 Adrien Tournachon,

Gérard de Nerval,

1855

BnF, Estampes

et photographie

2 Félix Nadar,

Baudelaire debout,

1862

BnF, Estampes

et photographie

3 Félix Nadar,

Alexandre Dumas,

1855

BnF, Estampes

et photographie

4 Paul Nadar,

Joséphine Baker,

vers 1930

BnF, Estampes

et photographie

5 Félix Nadar, Eugène

Delacroix, 1858

BnF, Estampes

et photographie

6 Adrien Tournachon,

Gustave Doré, 1854

BnF, Estampes

et photographie

7 Félix Nadar,

Charles Baudelaire,

vers 1857

BnF, Estampes

et photographie

8 Paul Nadar,

Caran d’Ache, 1886

BnF, Estampes

et photographie

3

4

7

5

6

8


12 EXPOSITIONS DOSSIER RICHELIEU LES NADAR CHRONIQUES DE LA BnF83

DOSSIER EXPOSITIONS RICHELIEU LES NADAR

13

La mort de Victor Hugo, par Paul Nadar

« Hugo étendu sur son grand lit à colonnes, sa

chemise de nuit, l’oreiller tout froissé, ses cheveux

en brosse, son nez assez fort qui n’avait pas

encore été émacié par la mort. […] Mon père

avait obtenu de pouvoir ouvrir les persiennes

de la fenêtre qui donnait sur le jardin. […]

C’est le soleil qui l’a éclairé pour la dernière

fois… Et ce cliché pris par mon père en larmes,

c’est peut-être son chef-d’œuvre. »

Carlo Rim citant Paul Nadar dans Le Grenier d’Arlequin. Journal 1916-1940,

Paris, Denoël, 1981, p. 112-113.

1

3

2

1 Félix et Paul

Nadar, Victor

Hugo sur

son lit de mort,

mai 1885

BnF, Estampes

et photographie

2 Félix Nadar,

Jean Journet,

vers 1857

BnF, Estampes

et photographie

3 Félix Nadar,

Autoportrait

avec Ernestine

en nacelle,

vers 1863

BnF, Estampes

et photographie

4 Adrien

Tournachon,

Autoportrait,

1853-1855

BnF, Estampes

et photographie

4


14 EXPOSITIONS LES NADAR CHRONIQUES DE LA BnF83

EXPOSITIONS JÉRÔME LINDON

15

1 Félix Nadar,

Maquette d’hélicoptère

de Ponton d’Amécourt,

1863

BnF, Estampes

et photographie

2 Félix Nadar,

Autoportrait en douze

poses. Étude pour

une photosculpture,

1861-1867

BnF, Estampes

et photographie

3 Félix Nadar,

Paul Nadar enfant

et deux membres de

l’ambassade japonaise,

1862

BnF, Estampes

et photographie

Les combats

de Minuit

Les combats

de Minuit : dans

la bibliothèque

de Jérôme

et Annette Lindon

Du 9 octobre au

9 décembre 2018

BnF I François-Mitterrand

Galerie des donateurs

Entrée libre

penseurs comme Pierre Bourdieu et

Gilles Deleuze, et laissant des revues et

collections telles que Critique et

Arguments creuser les sillons propices

au renouvellement de la pensée.

1

3

2

Ci-dessus

Marguerite Duras,

Moderato Cantabile,

1958

Ci-contre

Jérôme Lindon et

Alain Robbe-Grillet

devant le portrait

de Samuel Beckett,

photographie de

Despatin & Gobeli,

Paris, 1994

BnF, Estampes

et photographie

1. Lettre à Jacques

Sternberg, 29 janvier

1960, BnF, Manuscrits.

Grâce au don de leurs enfants

Irène, André et Mathieu, la

bibliothèque d’Annette et Jérôme

Lindon, directeur des Éditions

de Minuit, a rejoint les collections

de la BnF en 2015. Une exposition

en Galerie des donateurs leur

rend hommage.

« Oui, je m’efforce de défendre le plus

vigoureusement possible les livres que

j’édite. Ce n’est pas pour les avoir édités,

mais parce que, déjà avant, je les

aime¹ », écrivait en 1960 Jérôme Lindon.

De cet engagement pour les livres,

témoigne la bibliothèque qu’abritait son

appartement parisien. Ces livres portent

pour la plupart une dédicace de l’auteur,

esquissant le portrait en creux d’un

éditeur rapidement devenu une incarnation

du courage et de l’exigence.

L’écho de voix exemplaires

Si certains évoquent ses qualités

humaines, comme Le Corbusier sa

gentillesse, ou Jean-Louis Bergonzo

son « intelligentillesse », beaucoup

insistent sur son courage. Rappelons

qu’en 1948, lorsqu’il reprend à Vercors,

l’auteur du Silence de la mer, les rênes

de la maison d’édition fondée dans la

clandestinité, il n’a que 22 ans. La guerre

pendant laquelle, juif, il a dû se cacher

avant de combattre au maquis, est une

expérience fondatrice, à l’origine de

nombre de ses choix éditoriaux,

notamment pendant la guerre d’Algérie.

Henri Alleg, auteur de La Question

(1958), qui relança le débat public sur

l’emploi de la torture par l’armée

française, salue celui « qui fut et demeure

de tous les combats contre tous les

racismes et toutes les intolérances ».

Combattant la censure politique ou

morale, Jérôme Lindon a fait entendre

des voix ignorées ou opprimées : des

rescapés de la Shoah tels que Charlotte

Delbo ou Elie Wiesel, des prêtres

ouvriers, Barbara – une prostituée en

lutte pour ses droits –, Monique Wittig

et son Corps lesbien, etc. En prise avec

les évolutions de la société, il apporte

un soutien sans faille aux sciences

humaines et sociales, accueillant des

Le choc Molloy

Mais selon Jérôme Lindon, l’événement

de sa vie d’éditeur – « peut-être le seul »,

disait-il – reste sa rencontre avec Samuel

Beckett. C’est en 1951 que se produit

le « choc » Molloy : de cette lecture

découle l’essentiel du catalogue littéraire

des Éditions de Minuit. Outre le

respect de ses pairs, il y trouve confirmation

du modèle éditorial qu’il entend

défendre : l’émergence d’une littérature

nouvelle, choisie à la seule aune de la

qualité du texte, sans concession pour

le goût du public ni les lois du marché.

Dans ce combat, il est rejoint par l’écrivain

Alain Robbe-Grillet, qui attire chez

Minuit un groupe d’auteurs mus par un

même rejet des formes du passé : Michel

Butor avec La Modification, Marguerite

Duras et Moderato cantabile, Claude

Simon, prix Nobel en 1985 – seize ans

après Beckett – mais aussi Robert Pinget,

Claude Ollier, ou encore Nathalie

Sarraute et ses Tropismes. Une génération

plus tard, à la suite de Jean Echenoz,

dans l’ombre de Beckett et du passé

prestigieux de la maison, les jeunes

auteurs du « nouveau Nouveau Roman »,

de Jean Rouaud à Jean-Philippe

Toussaint, d’Éric Chevillard à Marie

N’Diaye, pour n’en citer que quelquesuns,

montrent que le modèle voulu par

l’éditeur, ce « découvreur de lieux littéraires

et limitrophes » auquel Christian

Oster rend hommage au seuil d’un de

ses livres, est toujours vivant.

Séverine Dupuch-Garnier, Anne Renoult,

Bérénice Stoll

Réserve des livres rares


16 EXPOSITIONS FRANCK BORDAS CHRONIQUES DE LA BnF83

EXPOSITIONS JEAN-JACQUES LEQUEU

17

La passion de l’imprimé

Franck Bordas

Épreuves d’imprimeur.

Estampes de

l’Atelier Franck Bordas

Du 2 octobre

au 25 novembre 2018

BnF I François-Mitterrand

Allée Julien Cain

Accès libre

+ À VOIR

Jean-Jacques Lequeu

bâtisseur de fantasmes

Jean-Jacques Lequeu

(1757-1826).

Bâtisseur

de fantasmes

Du 11 décembre 2018

au 31 mars 2019

Petit Palais, musée des Beaux-Arts

de la ville de Paris, en partenariat avec la BnF

Hors les murs

Dans les collections

de la BnF

Afin de mieux faire connaître

ses trésors, la BnF ouvre ses

collections à des musées ou des

bibliothèques partout en France.

Créées depuis quarante ans dans

les ateliers et le studio Bordas

par vingt-six artistes d’horizons

et d’âges très différents, les

quatre-vingt-dix lithographies et

estampes numériques exposées

dans l’allée Julien Cain disent

le parcours peu commun,

marqué du signe de la passion

et de l’invention, de l’imprimeur

et éditeur d’art Franck Bordas.

Franck Bordas a 19 ans quand il ouvre

à Paris dans le Marais son premier

atelier lithographique. Son projet est

de relancer l’estampe de création en

invitant les artistes à explorer à ses

côtés les potentialités de ce procédé

d’impression.

L’aventure de l’atelier

Baigné depuis l’enfance dans le monde

de l’édition, il se forme à 17 ans au

métier d’imprimeur-lithographe chez

son grand-père, le maître lithographe

Fernand Mourlot. Dans l’illustre atelier,

il découvre, à côté d’un savoir-faire

exceptionnel, la formidable convivialité

qu’engendre le brassage social entre

artistes et artisans. De cet apprentissage,

Franck Bordas garde une fascination

pour l’imprimé et pour le monde de

l’art. Son enthousiasme et sa fougue

convainquent les artistes de le suivre

dans l’aventure. Son parcours est jalonné

d’intenses collaborations : Daniel

Pommereulle, Jean Dubuffet, Roberto

Matta, Henri Cueco, Gilles Aillaud,

Pierre Buraglio, Pierre Alechinsky, Paul

Cox, Hervé Di Rosa, François Boisrond

ou les Américains Joan Mitchell, James

Brown et Keith Haring. Certains artistes

novices en matière d’impression réalisent

avec lui leurs premières lithographies.

D’autres sont familiers des procédés.

Pour d’autres encore, l’idée même

d’imprimé est au cœur de leur démarche

artistique. À tous, Franck Bordas offre

les conditions d’une création authentique

: geste juste, qualité d’écoute, esprit

d’expérimentation. À son tour, il forme

dans l’atelier des jeunes praticiens à qui

il transmet son savoir-faire et sa passion.

Il développe également une activité

d’éditeur et publie, à côté des éditions

d’estampes, des livres d’artistes parmi

lesquels les dix-neuf titres de la collection

« Paquebot ».

Ci-dessus

Hervé Di Rosa,

Dirosaland, 1985.

Lithographie en

5 couleurs et rehaut

rouge fluo, 160 × 120 cm.

20 épreuves sur Arches.

Impres sion et édition

Atelier Franck Bordas.

Ci-contre

Hervé Di Rosa dans

l’atelier de la rue

Princesse en 1985.

Rencontre des

générations : Fernand

Mourlot, le maître

imprimeur, Hervé Di Rosa

et Franck Bordas sont

réunis autour de la

presse pour le premier

tirage en grand format

sur pierre.

Le studio numérique

Dans les années 1990, pressentant l’opportunité

que peuvent représenter les

outils informatiques pour les métiers

de l’estampe, stimulé par les expériences

menées dans son atelier par

Jean-Charles Blais, Mark Di Suvero ou

Tim Maguire, il suit activement les

développements des nouvelles technologies

dans le secteur de la création

graphique et de l’impression numérique.

Pendant quelques années, les

ordinateurs et les imprimantes côtoient

dans l’atelier les presses lithographiques.

En 2005, il ouvre un studio

dédié au numérique, dans lequel il

continue d’accueillir des artistes. Pour

Franck Bordas, le numérique est un

nouveau langage imprimé : « Parce qu’il

dématérialise le geste créateur, [il] permet

tous les possibles en matière d’estampe

et de multiple : nombre infini

d’images, [...]d’exemplaires, [...]de formats

et de supports. »

Réalisées spécialement pour la BnF, les

impressions numériques pigmentaires

de Tim Maguire et Philippe Baudelocque

s’imposent avec la qualité de

présence physique et la fraîcheur qui

caractérisent l’estampe originale. Toutes

ces œuvres témoignent de la richesse

et du dynamisme de ce secteur rare de

la création contemporaine.

Cécile Pocheau-Lesteven

Département des Estampes et de la photographie

Lorsqu’il arrive à Paris en 1779,

frais émoulu de l’école gratuite

de dessin de Rouen, Jean-Jacques

Lequeu (1757-1826), fils de

menuisier, a la ferme ambition

de devenir un architecte reconnu.

Mais il ne parvient pas à dépasser

le stade de dessinateur d’agence

au service d’artistes installés,

tel Jacques-Germain Soufflot

qui réalise alors le Panthéon.

C’est dans les bureaux du cadastre

– nouvellement créé par les révolutionnaires

– que Lequeu gagne sa vie à partir

de 1793 et jusqu’à sa mise à la retraite

en 1815. Seul et réfugié dans son appartement

du passage du Grand-Cerf, rue

Saint-Denis, il dessine : des visages, des

femmes statues de chair dans des poses

suggestives, des sexes à la précision anatomique.

Il écrit : une méthode pour

dessiner la figure humaine, des pièces

de théâtre malheureusement perdues.

Mais surtout, il travaille à L’Architecture

civile, spectaculaire recueil de lavis en

couleurs nourri de la lecture du Songe

de Poliphile¹ et de récits de voyages, cartographie

fantasmée d’un pays que l’artiste

peuple de temples, palais et

fabriques de jardin… tant appréciés des

élites de la fin du XVIIIe siècle. La virtuosité

du dessinateur s’allie ici à la poésie

érudite ou brute des titres et des

textes dont il émaille ses dessins, pour

entraîner le spectateur dans un étrange

périple.

Jean Duchesne, conservateur du Cabinet

des estampes de la Bibliothèque

royale, eut l’intuition géniale d’accepter,

en 1825, le don que Lequeu souhaitait

faire de ses portefeuilles, préservant

ainsi de l’oubli un œuvre de près

de huit cents pièces.

La singularité de cet ensemble a donné

lieu à de nombreuses interprétations et

à une abondante littérature. Mais, souvent

cité et reproduit, Lequeu n’avait

jamais fait l’objet d’une exposition

monographique. C’est aujourd’hui

chose faite avec la présentation, pour

la première fois dans toute son étendue,

de cet ensemble si particulier d’un

artiste solitaire mais où l’on entend

résonner les mouvements d’une société

en pleine mutation.

Corinne Le Bitouzé

Département des Estampes et de la photographie

1. Chef-d’œuvre littéraire

de la Renaissance

(1499).

Ci-dessus

Jean-Jacques Lequeu,

Temple de la

devination qui forme

le fond septentrional

de l’Élisée.

BnF, Estampes

et photographie

À droite

Autoportrait de

Rembrandt appuyé

sur un rebord de

fenêtre, 1639.

BnF, Estampes

et photographie

Musée Pierre-Noël,

Saint-Dié-des-Vosges

Du 5 octobre 2018

au 6 janvier 2019

Voyages en Scandinavie

dans les collections de la BnF

Musée des Beaux-Arts de Rouen

Du 9 novembre 2018

au 11 février 2019

Jean-Jacques Lequeu dans

les collections de la BnF

Exposition d’estampes de l’artiste

natif de Rouen, en prélude

à l’exposition du Petit Palais.

Culture près de chez vous

La BnF participe à l’opération

Catalogue des désirs, dans le cadre

du plan «Culture près de chez vous »

du ministère de la Culture qui

organise le prêt d’environ 500 œuvres

de grandes institutions culturelles

en direction de territoires isolés.

Prêts remarquables

de la BnF

États-Unis

Denver Art Museum, Denver

Rembrandt : Painter as Printmaker

Du 16 septembre 2018

au 15 décembre 2019

Prêt de 75 estampes.

Scriptorial d’Avranches

Trésors de calligraphie et d’enluminures

normandes (XI e -XII e siècles)

Du 26 juin au 30 septembre 2018

Prêt de 11 manuscrits.


18 AUDITORIUMS CYCLE HISTOIRE DES MERS CHRONIQUES DE LA BnF83

AUDITORIUMS DEBUSSY

19

Debussy dans les collections de la BnF

Histoire des mers :

échanges et conflits

Tous les savoirs,

l’université populaire

de la BnF

Cycle « Histoire

des mers »

(détail : voir agenda)

Les 10 octobre,

21 novembre

et 5 décembre 2018

18 h 30 – 20 h

Dans le cadre de son université

populaire, la BnF propose

un nouveau cycle historique,

« Histoire des mers ». Il vise à

retracer quelques jalons

importants de l’histoire humaine,

de l’Antiquité au XXIe siècle,

en analysant les différentes

formes de relations politiques,

économiques ou culturelles

entre peuples et États

que les mers ont pu favoriser.

Mers et océans ont longtemps représenté

un milieu hostile à l’homme,

source de terreur et de fascination, pour

reprendre le sous-titre de l’exposition

organisée sur ce thème en 2003 à la BnF.

Explorateurs et conquérants se sont

toutefois vite lancés à la découverte de

cet espace sans frontières réellement

définies. La mer est devenue un lieu

privilégié de rencontres, d’échanges et

d’affrontements : dès l’Antiquité, le sort

de grands empires se joue à Salamine,

aux Îles Égates ou à Actium. Au

XVIIIe siècle, la voie maritime permet à

la Grande-Bretagne de devenir le premier

empire colonial et économique au

monde, assurant une suprématie

durable à la langue anglaise. En 2017,

les échanges maritimes ont représenté

80 % du transport mondial.

BnF I Richelieu

Salle 70

Entrée libre

1. antiquitebnf.

hypotheses.org

2. histoirebnf.

hypotheses.org

Les trois premières conférences prolongeront

les présentations consacrées en

2016-2017 à Délos et aux îles de la mer

Égée dans le cadre du cycle « Archéologie

de la Grèce ». Elles interrogeront le

positionnement des grands États dans

leur relation à la mer et poseront la

question d’une mondialisation dont les

prémices apparaissent dès l’Antiquité.

Les trois conférences suivantes étudieront

les relations entre de grandes puissances

maritimes ou coloniales à des

époques et dans des théâtres géographiques

bien distincts : la complexité

du jeu vénitien en mer Méditerranée

face à l’expansion ottomane aux XVIe et

XVIIe siècles, l’évolution de l’affrontement

franco-anglais, de la Manche aux

Caraïbes, au XVIIIe siècle, la rivalité qui

oppose Espagnols, Néerlandais et

Anglais entre océan Indien et océan

Pacifique dans la seconde moitié du

XIXe siècle.

Enfin, les dernières conférences de ce

cycle aborderont les relations maritimes

contemporaines dans un contexte géopolitique

profondément renouvelé, à la

fois du fait de bouleversements environnementaux

importants, d’un cadre

juridique instable et de l’émergence de

nouvelles puissances expansionnistes

Ci-dessus

Lafitte de Brassier

et Louis François

Grégoire,

Cartographie des

environs de Macao,

1780

BnF, Cartes et plans

Ci-dessous

Diogo Homem

Atlas nautique de

la mer Méditerranée,

de la mer Noire et

de l’océan Atlantique

nord-est, 1559

BnF, Cartes et plans

avec les deux exemples de l’océan Arctique

et des mers d’Asie du Sud-Est.

Ce cycle sera l’occasion de mettre en

lumière quelques-unes des riches collections

de la BnF en rapport avec la

mer. On trouve bien entendu atlas et

cartes nautiques mais aussi traités de

navigation, collections monétaires,

sources sur la Marine royale de l’Ancien

Régime, récits de voyage, presse

coloniale, archives ethnographiques,

études contemporaines de géostratégie…

En contrepoint des conférences,

différents billets seront publiés en 2019

sur les blogs L’Antiquité à la BnF ¹ et

L’Histoire à la BnF ², afin d’illustrer

quelques-uns des fonds les plus remarquables

de la Bibliothèque.

Fabien Plazannet

Département Philosophie, histoire,

sciences de l’Homme

Debussy,

l’écho

d’une guerre

Concert

Les inédits de la BnF

Debussy, l’écho

d’une guerre

Par le Trio Antara

Dans le cadre de l’année Debussy,

le Trio Antara propose une

soirée autour de la Sonate pour

flûte, alto et harpe de Debussy.

Fruit d’un partenariat

entre la fondation Royaumont,

la Médiathèque musicale Mahler

et la BnF, ce concert est

l’aboutissement d’un travail

de recherche autour des sources

de la sonate conservées

au département de la Musique.

Outre cette pièce majeure, le programme

donne à entendre une création

en trio autour de Syrinx de Benoît

Sitzia en hommage à Claude Debussy,

la Pièce en concert nº5 de Jean-Philippe

Rameau adaptée par le Trio Antara ou

Homenaje pour Le Tombeau de Debussy

de Manuel de Falla, adapté à la harpe.

Au cours de la soirée, des extraits de la

correspondance de Debussy et du texte

d’Éric Vuillard, La Bataille d’Occident,

seront lus par la comédienne Dominique

Frot. Des photos projetées de

Jean-Marc Volta donneront par ailleurs

à voir, à la surface des eaux, les reflets

de la nature déformés jusqu’à l’abstraction.

La formation flûte, alto et harpe

apparaît pour la première fois en 1915

sous la plume de Claude Debussy. Le

Trio Antara a été créé en 2005. Chacun

de ses concerts est une invitation à suspendre

le temps.

Corine Koch

Délégation à la Communication

Jeudi 18 octobre 2018

18 h 30 – 20 h

BnF I François-Mitterrand

Petit auditorium

Tarif unique : 10 €

g

Allez plus loin

avec Gallica !

Autour de Debussy

Le noyau des collections de

la BnF relatives au compositeur

Claude Debussy (1862-1918)

provient de la bibliothèque

du Conservatoire, rattachée

à la Bibliothèque Nationale

en 1935.

En 1924, la Bibliothèque Nationale

reçoit une cinquantaine de manuscrits

autographes du compositeur, donnés

par l’éditeur Jacques Durand. Par

la suite, le département de la Musique

s’est enrichi, sur son site Richelieu-

Louvois comme à la Bibliothèque-musée

de l’Opéra, de très nombreux

manuscrits autographes. Ces esquisses,

particelles, manuscrits de travail,

mises au net et épreuves corrigées

sont entrés par dons (notamment

celui de Madame de Tinan, en 1977)

et par acquisitions (auprès des éditions

Jobert, en 1981, lors de la vente de

la collection Meyer, en 1986…).

François Lesure, qui a dirigé le département

de 1970 à 1988 et consacré

plusieurs ouvrages au compositeur,

a eu un rôle déterminant dans cette

politique d’enrichissements.

Le centenaire Debussy à la BnF

Claude Debussy est décédé il y a cent

ans. La BnF a décidé de s’associer

aux célébrations qui accompagnent

cet anniversaire en coéditant avec

le Centre de documentation Claude

Debussy le fac-similé du manuscrit

autographe du Quatuor 1 du compo siteur.

Elle a également organisé plusieurs

manifestations tout au long de l’année

2018. Lors du second semestre,

outre le concert donné par le Trio Antara,

le documentaire de Marie Guilloux,

Concerto pour Debussy (Schuch

Productions), qui s’appuie sur les

collections de la BnF, sera diffusé

le 23 septembre sur Arte. Enfin, la BnF

prépare un corpus dans Gallica autour

de Claude Debussy. Disponible à la

fin de l’année, il réunira les manuscrits

autographes, la correspondance

et l’iconographie conservés par la

Bibliothèque.

Mathias Auclair

Département de la Musique

En 2014, la BnF a encore acquis

une esquisse pour le final de la Sonate

pour violon et piano.

À côté de cette collection unique

au monde de manuscrits autographes

de Debussy, le département de

la Musique détient également

d’importantes collections de correspondances

et de photographies ainsi

que de l’iconographie (maquettes

de décors et de costumes, photographies,

affiches…) relative aux

œuvres scéniques du compositeur :

l’opéra Pelléas et Mélisande (1902),

les ballets Le Martyre de saint

Sébastien (1911), L’Après-midi

d’un faune (1912), Jeux (1912), La Boîte

à joujoux (1913)…

Si le département de la Musique

concentre la plupart des sources

conservées sur Debussy à la

BnF, d’autres départements (Arts

du spectacle, Audiovisuel,

Arsenal, Manuscrits, Estampes…)

peuvent se prévaloir également

de collections importantes

sur le compositeur.

1. Claude Debussy,

Quatuor, préface

de Pierre Boulez, Paris,

BnF éditions, 2018.

Ci-dessus

Paul Nadar

Portrait de Claude

Debussy, 1905.

BnF, Estampes

et photographie


20 AUDITORIUMS COLLOQUE DROIT(S) ET APPARENCE VESTIMENTAIRE CHRONIQUES DE LA BnF83

AUDITORIUMS JOURNÉE D’ÉTUDE ETHNOLOGIE FRANÇAISE I HACKATHON

21

« Ordonnance du roy, portant

tres-expresses inhibitions et defences

à toutes sortes de personnes de

quelques qualité ou condition qu’ils

soient, de faire porter ny vestir

doresnavant aucuns de leurs pages,

laquais, estafiers, carossiers ny

autre quelconques gens de suite

de livrées d’incarnat, blanc et bleu,

à peine de punition corporelle,

et de trois cens livres d’amende. »

Ordonnance du roi, 25 septembre 1624.

À Paris par Pierre Mettayer,

imprimeur et libraire ordinaire du roi.

À gauche

Ordonnance

[interdisant le port

de la livrée bleue,

réservée aux

domestiques du Roi]

de Louis XIV, 1703.

BnF, Droit,

économie et politique

Ci-dessous

Portrait de dame en

pied tenant une fleur

et costumée à la

mode du XV e siècle.

BnF, Estampes

et photographie

Naissance de

l’ethnologie française

Colloque

Valoriser les archives

des ethnologues.

Usages contemporains

des collections

Jeudi 4 octobre 2018

9 h 30 – 18 h

BnF I François-Mitterrand

Petit auditorium

Vendredi 5 octobre

2018

9 h 30 – 18 h

Université Paris-Nanterre,

maison Max-Weber

Hackathon 3 e

Hackathon de la BnF

Samedi 24

et dimanche 25

novembre 2018

BnF I François-Mitterrand

Samedi 24 novembre

14 h : lancement

du hackathon

15 h – 18 h :

conférences et ateliers

Dimanche

25 novembre

14 h : fin du hackathon

Droit(s) et apparence

vestimentaire

Colloque

« Droit(s) et

apparence

vestimentaire »

Vendredi 9 novembre

2018

9 h 30 – 18 h 30

BnF I François-Mitterrand

Petit auditorium

La BnF, l’université Paris-13¹

et l’université d’Orléans² avec

le soutien du LabEx ICCA,

s’associent à nouveau pour

organiser un colloque de droit

en lien avec une thématique

originale. Après Droit(s) et street

art en 2016, Droit(s) et gastronomie

en 2017, ce sont des droit(s)

et de l’apparence vestimentaire

dont il est question cette année.

Enjeu de patrimoine, de création, de

société ou de pouvoir, l’apparence vestimentaire,

transgressive ou normative,

est toujours chargée de sens et synonyme

de dit et de non-dit. Elle constitue

pour l’histoire, la sociologie, l’anthropologie

et l’ethnologie un matériau

important. Pour la littérature et l’art en

général, elle représente une source

d’inspiration inestimable. Le droit,

quant à lui, s’est emparé du sujet depuis

des siècles. En effet, l’apparence vestimentaire

peut susciter le trouble dès

lors qu’elle échappe aux codes sociaux

ou à la norme ; à l’inverse, elle permet

d’extérioriser une obligation, une tendance,

une appartenance, un statut, une

catégorie, une profession.

La problématique est ici traitée dans

une approche pluridisciplinaire sous

ses angles esthétiques, sociétaux, politiques

et religieux, ce qui permet de

contextualiser au mieux la réflexion et

fait tout le sel de ce colloque, particulièrement

pour les juristes. Les collections

de la BnF sont riches de gravures

et d’estampes qui représentent tour à

tour le vêtement, le costume, la tenue,

l’uniforme. Quant aux collections patrimoniales

de droit (dont 70 000 factums

et 50 000 actes royaux issus de

la collection Morel de Thoisy), elles

contiennent de nombreuses ordonnances

qui révèlent qu’en fonction des

époques, le port de certains vêtements

ou de certaines couleurs est imposé ou

interdit. En témoignent les factums de

procès concernant la façon de se vêtir,

règlementaire ou non, décente ou indécente,

des justiciables.

Catherine Aurérin

Département Droit, économie, politique

1. Dans le cadre des travaux de l’Institut

de recherche pour un droit attractif.

2. Dans le cadre des travaux du

Centre de recherche juridique Pothier.

La BnF accueille, le 4 octobre,

la première journée du colloque

« Valoriser les archives des

ethnologues. Usages contemporains

des collections » organisé

en coopération avec le LabEx

Les passés dans le présent

de l’université Paris-Nanterre.

Réfléchir aux nouvelles opportunités

qu’apporte à la recherche la mise en

ligne des sources ethnographiques, tel

est l’objet de ce colloque. Cette

réflexion découle de la création du portail

À la naissance de l’ethnologie française

qui comprend divers documents

numérisés : archives, photographies,

articles de presse, etc., issus des premières

missions ethnographiques françaises

en Afrique subsaharienne dans

les années 1930.

Partenaire du projet, la BnF présente

Ethnologie française, le corpus Gallica

réalisé à cette occasion. Ce dernier

regroupe différents types de documents

conservés à la Bibliothèque et disponibles

sur Gallica, des documents liés

aux missions ethnographiques évoquées

plus haut. On abordera également

d’autres exemples de sites web valorisant

des collections ethnologiques de

différentes natures.

La numérisation des sources induit une

réflexion globale sur l’évolution de la

recherche et de la valorisation. Les

actions traditionnelles dans des revues

scientifiques comme Gradhiva, l’usage

des archives ethnographiques dans

l’édition critique de sources ou les expositions

sont toujours d’actualité. On

pense par exemple au succès de l’exposition

Jean Rouch. L’Homme-cinéma.

Cependant, ces actions sont concurrencées

par de nouvelles pratiques épistémologiques.

Ainsi les techniques de

fouilles de données (data mining) que

permet la numérisation, mais aussi la

mise en ligne des sources et l’agrégation

des outils technologiques ont de

nouveaux effets cognitifs sur la

recherche. De même, des artistes s’approprient

les documents mis à leur disposition

et s’en inspirent pour créer et

interroger le passé. Ce colloque permettra

donc de faire le point sur cette

transformation des usages.

Caroline Tourette

Direction des Collections

Pour la 3e année consécutive,

la BnF invite ses usagers à

24 heures de hackathon dans

le cadre de la semaine de

l’innovation publique. Le thème

de cette année ? La jeunesse.

Lors du week-end des 24 et 25

novembre, le hall des Globes se transforme

en incubateur pour accueillir cent

hackathoniens. L’idée ? Créer des services

et des usages à partir des différentes

banques de données de la Bibliothèque

mais aussi enrichir les services

existants. Côté pratique, des agents de

la BnF seront là pour guider et accompagner

les participants.

Cette 3e édition du hackathon s’inscrit

comme le point d’orgue d’une année

de développement des données ouvertes

à la BnF : Gallica marque blanche qui

permet de mutualiser les développements

réalisés pour Gallica – la bibliothèque

numérique de la BnF – , l’archive

ouverte pluridisciplinaire HAL,

ou encore Gallica studio, véritable boîte

à outils qui accueille les réalisations des

gallicanautes.

Des activités ludiques et participatives

seront également proposées au public

non-hackathonien : ateliers d’initiation

numérique pour les familles, ateliers à

destination des chercheurs qui souhaiteraient

enrichir leurs compétences sur

le plan numérique, ateliers de démonstration

de l’offre BnF en matière de

médiation numérique (livres enrichis,

applications…).

Corine Koch

Délégation à la Communication


22 VIE DE LA BNF LES AFFICHES DU OFF CHRONIQUES DE LA BnF83

VIE DE LA BNF EMMANUEL CARRÈRE 23

La passion de l’enquête

Emmanuel

Carrère

Best off

La bibliothèque de la Maison

Jean-Vilar, antenne

du département des Arts

du spectacle à Avignon, a organisé

la 6e édition du concours des

plus belles affiches du festival OFF.

Un jury composé de personnalités venant

d’horizons divers a sélectionné

vingt-cinq des plus belles affiches. Le

prix de l’affiche du public, organisé pour

la première fois via le site lafficheduoff.fr

a été attribué à l’affiche Marre Mots (en

bas, à droite). Depuis l’ouverture de la

Maison Jean-Vilar à Avignon en 1979,

c’est ici que la BnF collecte et conserve

et conserve la mémoire du festival.

Artistes de gauche à droite

et de bas en haut

Marion Cochat, Line Villeneuve, Juliette Baigné,

Charlotte Christiaën, François Damville, Éva

Grüber-Lloret, Marion Bigorgne, Saluces Design,

Serguei Maïdoukov, Laurane Perche, Pierre Jeanneau,

Céleste Bollack, Narguess Majd, Claude Boujon,

Thierry Girard, Florent Barret- Boisbertand, Rebecca

Dautremer, Laurent Moreau et GS Éveil artistique des

jeunes publics, Louise Duneton, Cédric Cartaut, Julie

Pied-Noir, Patrice Junius, Étieve Marc, Adelina

Kulmakhanova et Jacek Wozniak, Oliver Brandicourt,

Geneviève Gleize et Odile Guichard.

Pour cela, elle invite chaque compagnie

et théâtre du OFF à donner programmes,

affiches, dossiers de presse,

tracts, ainsi que toute autre trace témoignant

de leurs activités – captations

vidéos, photographies… Les spectacles

du OFF, répertoriés dans le catalogue

de la BnF, entrent ainsi dans le patrimoine

national.

Lenka Bokova, Bibliothèque de la Maison Jean-Vilar

Ci-dessus

Les 24 affiches lauréates

du concours des plus

belles affiches du OFF

et l’affiche lauréate

du prix du public.

Le prix de la BnF¹ 2018 a été

décerné à Emmanuel Carrère.

L’écrivain, également journaliste,

scénariste et cinéaste, a construit

depuis quarante ans une œuvre

singulière, de la fiction à l’écriture

du réel. Dans cette œuvre portée

par la passion de l’enquête,

la trame entrecroise le récit

de soi à celui de la vie des autres.

Entretien.

Chroniques : Qu’est-ce qu’un bon sujet ?

Emmanuel Carrère : Tout ce que je

sais, c’est que cela demande une rencontre

entre quelque chose qui vous

est extérieur, et même souvent éloigné,

et un écho intérieur fort. Quand

se combinent les deux, et que se crée

cette conviction magique que l’on est

la personne au monde qui peut le traiter,

voilà, on a le sujet. Même si c’est

un peu absurde et emphatique, il faut

croire à quelque chose comme ça pour

soulever cette montagne qu’est l’écriture

d’un livre. Il y a une notion de

droit que je trouve très juste : c’est

celle de l’intérêt pour agir. Si vous

constatez une injustice, vous pouvez

la dénoncer dans une tribune mais

vous ne pouvez agir en justice que si

vous pouvez démontrer que cette

injustice vous lèse personnellement.

Je pense que pour écrire un livre, il

faut à la fois un sentiment d’être utile

au sens général mais aussi cet intérêt

pour agir qui est personnel.

C. : Vos livres récents mêlent le récit,

l’enquête et une part autobiographique.

Comment est venu l’emploi de la première

personne, qui apparaît dans L’Adversaire,

le livre que vous avez consacré à l’affaire

Jean-Claude Romand ?

E. C. : J’ai fini par me résoudre à utiliser

le « je » à partir du moment où j’ai

commencé à écrire des livres qui comportaient

une dimension documentaire.

Quand vous écrivez des livres de fiction,

vous pouvez facilement écrire à la troisième

personne en disant : « Madame

Bovary pense ceci. » Mais si vous écrivez

sur une personne réelle, vous n’avez

pas accès à sa conscience. Donc vous

ne pouvez parler qu’en votre nom

propre.

C. : Quelles ont été vos lectures fondatrices ?

E. C. : J’ai beaucoup lu les grands

auteurs classiques français et russes, les

anglo-saxons… Du côté d’une littérature

moins « noble », j’ai toujours eu un

goût très vif pour le fantastique. Je suis

une sorte d’encyclopédie vivante de

À lire aux éditions

P.O.L

Le Royaume, 2014

Limonov, 2011

D’autres vies que la

mienne, 2009

Un roman russe, 2007

L’Adversaire, 2000

Version intégrale

de l’entretien dans

Chroniques en ligne.

1. Ce prix, dont

c’est la dixième édition,

est doté d’un montant

de 10 000 euros grâce

à l’initiative de

Jean-Claude Meyer,

président du

Cercle de la BnF.

cette littérature… Il est difficile de trouver

une nouvelle des années 1950 que

je n’aie pas lue !

C. : Et aujourd’hui, que lisez-vous ?

E. C. : Je lis plus de poésie qu’auparavant

et aussi beaucoup de livres de l’ordre du

reportage. Je travaille actuellement à un

projet de film d’après un très bon livre

de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham.

Il s’agit d’une sorte de reportage

en immersion dans le monde du travail

précaire. À partir de là, je me suis intéressé

à des livres de reportage dans un

univers social qui était étranger a priori

à celui de l’auteur : par exemple Le Peuple

de l’abîme (1902) de Jack London sur la

population très pauvre de Londres et

aussi un livre extraordinaire de George

Orwell intitulé Le Quai de Wigan (1937)

sur la condition ouvrière dans l’Angleterre

des années 1930. J’ai été tellement

impressionné par ce texte que je me suis

mis à lire l’œuvre d’Orwell de façon systématique.

C. : Un souvenir de la BnF ?

E. C. : J’ai surtout fréquenté la salle

Labrouste rue de Richelieu, quand

j’avais entre 20 et 30 ans. J’y ai beaucoup

travaillé pour l’un de mes premiers

livres, Le Détroit de Behring, un

essai qui traitait de l’uchronie : qu’est

ce qui serait arrivé si les choses s’étaient

passées autrement, si Napoléon avait

gagné à Waterloo, par exemple. J’ai

passé beaucoup de temps à la BN à lire

des livres qu’on ne trouvait pas ailleurs

et j’ai le souvenir d’heures très heureuses

occupées à lire sous ces lampes

d’opaline verte.

Propos recueillis par Sylvie Lisiecki

Délégation à la Communication


24 VIE DE LA BNF SOUSCRIPTION RICHELIEU CHRONIQUES DE LA BnF83

20 ANS DE GALLICA MAYLIS DE KERANGAL

25

Participez à La

renaissance de Richelieu !

La rénovation du site Richelieu,

berceau historique de la BnF

et l’un des symboles forts du

patrimoine français, se poursuit,

après une première phase qui

s’est achevée en 2017. L’appel aux

dons lancé en septembre 2016

pour soutenir la restauration a été

largement entendu ; mais la BnF

a encore besoin de votre soutien.

Le public a répondu présent à l’appel

aux dons lancé pour la seconde phase

des travaux qui redonneront une vie

nouvelle aux espaces de Richelieu.

La souscription publique porte sur

deux espaces emblématiques : la salle

ovale et le salon Louis XV. Construite

à partir de 1897, inaugurée en 1936, la

salle ovale demeure l’une des plus belles

salles de lecture du monde. Ses

mosaïques, dorures, peintures décoratives,

murs de livres et son immense

verrière à 18 mètres de hauteur lui

valent le surnom de « paradis ovale ». À

l’issue des travaux en 2021, elle retrouvera

sa vocation première de lieu public

– une bibliothèque ouverte à tous au

cœur du saint des saints de la recherche !

Le salon Louis XV, dit aussi Cabinet

du roi, aménagé au XVIIIe siècle pour

accueillir la collection royale de monnaies

et médailles, nécessite d’importants

travaux pour retrouver l’éclat

d’origine de ses décors peints par trois

grands maîtres, François Boucher,

Charles Natoire et Carle Van Loo.

Autre lieu emblématique, la galerie

Mazarine, décorée par de grands

artistes du xVIIe siècle, est un chefd’œuvre

de l’Italie baroque au cœur

de Paris. Conçue par le cardinal

Mazarin comme un écrin pour ses collections

de peintures et de sculptures,

elle deviendra en 2021 un espace d’exposition

ouvert à tous, une véritable

« galerie des trésors » puisés dans les

collections de la BnF, la pièce maîtresse

d’un nouveau musée. C’est pour la restauration

de cet espace exceptionnel

que nous vous invitons à vous mobiliser

aujourd’hui.

Depuis 2016, un million d’euros a déjà

été récolté auprès du grand public pour

la rénovation de Richelieu. Il reste

encore 600 000 euros à réunir pour

atteindre l’objectif de collecte. Chaque

don est précieux : votre générosité est

notre force.

Kara Lennon Casanova, délégation au Mécénat

Participez à la

restauration

de la galerie Mazarine

Faites un don

Sur bnf.fr

ou par chèque

Délégation au Mécénat

Quai François Mauriac

75 013 Paris

01 53 79 48 51

richelieu@bnf.fr

Ci-dessus

La galerie Mazarine

À droite

Détail de la fresque

du plafond,

comportant les

marques des tests

effectués pour

la restauration

La galerie Mazarine,

un enjeu crucial

de restauration

Construite par François Mansart

entre 1644 et 1646, la galerie Mazarine

est l’un des rares exemples de galerie

palatine en France, à l’instar de la

galerie d’Apollon au Louvre ou de

la galerie La Vrillière dans l’enceinte

de la Banque de France. Le cardinal

Mazarin en confia la décoration à

Giovanni Francesco Romanelli, élève

de Pierre Cortone, et à Gian Francesco

Grimaldi. Décoré dans le plus pur

style baroque, le plafond peint de la

galerie est l’un des joyaux du site.

À la demande du cardinal, le peintre

s’est inspiré des Métamorphoses

d’Ovide et de sujets mythologiques

et héroïques et a réalisé un vaste

cycle de fresques. La voûte, d’une

surface de 280 m 2 , est en mauvais

état : de nombreuses fissures

sont apparues, des tâches sombres

dues aux infiltrations d’eau et aux

repeints marquent l’œuvre, devenue

opaque. L’aspect des dorures des

moulures du plafond est empâté et

rugueux. Un premier chantier-test

a permis de déterminer quels procédés

seront utilisés pour restaurer

les décors de la galerie, qui deviendra

l’un des plus beaux espaces

du nouveau musée de la BnF.

Sur la piste

de l’imbricata

À l’occasion des 20 ans de Gallica,

l’écrivaine Maylis de Kerangal

nous fait partager son expérience

de la recherche documentaire

dans les collections numérisées

de la BnF et éclaire le rôle de

la documentation dans sa création

littéraire.

C’est une tortue, une Eretmochelys imbricata,

qui m’a conduite à ouvrir sur Gallica

Le Premier Voyage autour du monde

par le chevalier Pigafetta. Dans le

roman auquel je travaillais alors, l’héroïne,

Paula Karst, étudiante dans une

école de peinture en décor, apprend les

techniques du trompe-l’œil et choisit

de peindre pour son diplôme un panneau

d’écaille de tortue.

Antonio Pigafetta, je l’avais croisé étudiante

alors que je travaillais en histoire

sur des cosmographies du XVIe siècle.

Mais c’est en pistant l’écaille de l’Eretmochelys

imbricata, et apprenant qu’elle

avait été introduite en Europe par les

navigateurs portugais à leur retour

d’Asie – les Chinois, par exemple, l’utilisent

dès le VIIIe siècle pour confectionner

des objets précieux – que je l’ai

retrouvé, lui et son extraordinaire journal

de bord converti en carnet de terrain

une fois touché terre, document où

il relève, décrit, dénombre, dresse l’inventaire

de ces nouveaux endroits du

monde. Le mouvement de ma recherche

s’enclenche donc ainsi : navigateurs portugais,

Magellan, Pigafetta et j’atteins

directement Gallica, la monographie

imprimée, traduite par Henrik Jansen

dans une édition de 1800-1801.

Une double hélice

Livre après livre, j’explore le lien entre

documentation et imagination, la

manière dont l’enquête documentaire

joue dans l’écriture de fiction. Ou comment

la recherche concourt à créer

l’imaginaire du texte, tandis qu’en

retour l’écriture du roman constitue le

document en source poétique – j’envisage

cette double hélice comme le

moteur interne de mon écriture. Progressivement,

j’ai entrepris de tisser la

démarche documentaire dans le cours

même de la narration, de les synchroniser

l’une l’autre, méthode qui permet

de conserver la teneur organique de

l’écriture, d’éviter que les informations

amassées soient réduites à un stock de

données dont la fiction serait le « traitement

», que le roman soit ainsi piloté

de l’extérieur.

Master classe littéraire

de Maylis de Kerangal

à retrouver en ligne

sur bnf.fr, onglet

Événements et culture,

revoir les conférences

Dernier ouvrage

paru : Un monde à portée

de main, Gallimard,

collection « Verticales »,

2018

Moissonner les images

Donc Pigafetta. Je fais défiler le volume,

je me promène, je cherche les tortues.

Ce faisant, je moissonne les images du

voyage, sa durée interminable, la faim

et la soif, les tensions à bord du navire.

Une digression s’opère, des associations

d’idées se forment, je construis peu à

peu le hors-champ d’une scène de mon

texte. Bientôt, dans l’onglet qui permet

de préciser ma recherche, je saisis

« tortue » et les voici qui surgissent,

à la page 154 de l’imprimé : « Nous en

prîmes deux, dont la chair seule de

l’une pesait vingt-six livres, et celle de

l’autre quarante-quatre livres. » Je les

visualise alors, les yeux fixes, la carapace

ruisselante, et j’agence les images :

« Elle [Paula Karst] appelle lentement

les deux tortues géantes pêchées le long

des côtes de Bornéo vers 1521 et dont

les chairs seules pesaient vingt-six et

quarante-quatre livres – Paula a compulsé

la chronique de Pigafetta, lu le

récit de la traversée du Pacifique, l’angoisse

de l’océan, les jours qui s’accumulent,

l’eau et les vivres qui manquent,

les souris qui se vendent trente ducats,

les rats qui pissent sur le biscuit, le cuir

et les copeaux de bois bouillis en guise

de soupe, le scorbut et le béribéri, les

premiers contacts avec les autochtones,

les ambassades méfiantes et les salamalecs,

les perles des rois indigènes grosses

comme des œufs de poule, les embuscades

sagaies contre arquebuses, Magellan

tué par une flèche empoisonnée

dans la baie de Mactan. »

Pigafetta infuse, son Voyage résonne :

l’enquête documentaire jouant ici pleinement

dans la fabrique du récit, dans

sa machinerie.

Maylis de Kerangal


26 COLLECTIONS PHILIPPE FÉNELON I AMOS GITAÏ

CHRONIQUES DE LA BnF83

COLLECTIONS IZIS BIDERMANAS

27

PHILIPPE FÉNELON

Paris vue par

Izis

Bidermanas

Philippe Fénelon est le compositeur

vivant le plus joué à l’Opéra

de Paris : cinq de ses œuvres

ont été commandées, créées

ou reprises par ce théâtre.

Il a donné l’ensemble de ses

manuscrits musicaux à la BnF.

Né en 1952, Philippe Fénelon obtient

son prix de composition du Conservatoire

de Paris dans la classe d’Olivier

Messiaen en 1977. Il reçoit ensuite plusieurs

commandes d’État, notamment

Dans l’ombre du ciel, op. 29, créé en 1978

pour le 70e anniversaire d’Olivier Messiaen.

En 1980, il reçoit le prix Stock–

hausen pour son œuvre pour piano, Épilogue

op. 32. Pensionnaire à la Casa de

Vélasquez de 1981 à 1983, il est ensuite

récompensé à de nombreuses occasions

: prix Georges Wildenstein (1983),

prix Villa Médicis hors les murs (1991),

prix Musique de la SACD (2004),

grand prix de la musique symphonique

décernée par la SACEM (2007)…

Compositeur de plus de cent œuvres

dans tous les genres musicaux, Philippe

Fénelon montre un intérêt particulier

pour les relations entre littérature, peinture

et musique mais aussi pour la dramaturgie

; il compose ainsi pour la scène

lyrique Le Chevalier imaginaire, d’après

AMOS GITAÏ À LA BNF

Le cinéaste Amos Gitaï a fait

don à la BnF des archives

liées à son travail sur l’assassinat

de Yitzhak Rabin en 1995¹.

Dans le documentaire Give Peace a

Chance (1994), Amos Gitaï suit les négociations

de paix entre Israéliens et

Palestiniens au moment des accords

d’Oslo. Trois semaines après l’assassinat

du Premier ministre israélien le

4 novembre 1995, il revient sur les traces

de l’événement avec The Arena of Murder.

Et, vingt ans plus tard, il tourne une fiction

: Rabin, The Last Day. Il prolonge

cette œuvre cinématographique par une

exposition, Chronicle of an Assassination

Foretold, présentée notamment à la

Collection Lambert à Avignon, lors de

l’édition 2016 du festival. Elle trouve alors

un écho dans la cour d’honneur du Palais

des papes avec la performance Yitzhak

Rabin : chronique d’un meurtre annoncé 2.

Ce fonds exceptionnel rassemble des

documents sous forme papier – scénarios,

notes, photographies, presse

– mais aussi une documentation

numérique inédite. C’est ainsi que se

constitue aujourd’hui la mémoire du

cinéma, à travers les correspondances

électroniques, les images et les textes

numériques et surtout les archives filmiques

numériques qui donnent à voir

comme jamais auparavant la genèse

d’un film. La possibilité d’explorer

une telle archive est d’autant plus

importante dans le cas d’Amos Gitaï

et du projet Rabin que l’événement

historique et ses traces sont au cœur

du processus.

Un partenariat de recherche a d’ailleurs

été conclu entre la BnF et l’université

de Stanford sur les archives

du cinéaste.

Joël Huthwohl

Département des Arts du spectacle

Ci-dessous

Philippe Fénelon,

Omaggio (a Tiepolo),

manuscrit autographe,

1990.

BnF, Musique

Ci-contre

Le cinéaste israélien

Amos Gitaï

1. Une exposition

sur le sujet est prévue

à la BnF en 2020.

2. Reprise à la

Philharmonie

de Paris cet automne.

Cervantès (1992) ; Les Rois, d’après

Cortázar (2004) ; Salammbô, d’après

Flaubert (1998) ; Faust, d’après Lenau

(2007) ; Judith, d’après Hebbel (2008) ;

La Cerisaie, d’après Tchekhov (2010) ;

JJR, citoyen de Genève (2012), Flaubert

et Voltaire (2014). Philippe Fénelon a

par ailleurs écrit plusieurs livres sur son

métier de compositeur. Il est également

réalisateur de films.

Le fonds donné à la BnF comprend l’ensemble

des manuscrits autographes des

œuvres du compositeur. Il réunit de

nombreux états préparatoires manuscrits,

des épreuves corrigées ainsi que

des archives et de la documentation.

En faisant ce don, Philippe Fénelon

marque une nouvelle étape dans les

relations de la BnF avec la création

musicale de son temps : après Michèle

Reverdy, il est le deuxième compositeur

vivant à confier généreusement

l’ensemble de ses manuscrits musicaux

à la Bibliothèque.

Mathias Auclair

Département de la Musique

La BnF a récemment acquis

un ensemble exceptionnel

de photographies originales

d’Izis sur Paris.

Un ensemble historique – et en partie

inédit – de soixante-dix neuf photographies

originales d’Israël Bidermanas, dit

Izis (1911-1980), a rejoint les collections

du département des Estampes et de la

photographie. En 1946, ces épreuves ont

servi à composer la première exposition

parisienne de l’artiste lituanien. Présentée

galerie La Boétie, Paris vue par Izis

Bidermanas est entièrement conçue par

lui, comme un hommage à sa ville rêvée.

Imprégné de références picturales,

notamment impressionnistes, le photographe

y fait la part belle aux paysages

et à la Seine, véritable fil de sa flânerie

poétique. Les tirages de l’exposition

témoignent aussi de ses influences littéraires.

Montés sur carton, ils ont pour

singularité d’être accompagnés de textes

autographes d’une trentaine d’écrivains

de l’époque : à la demande d’Izis, leur

portraitiste et ami, Paul Éluard, Francis

Carco, Elsa Triolet, Francis Ponge,

Lise Deharme ou encore Robert Giraud

ont tracé à l’encre les « interprétations

poétiques » des images de leur choix. En

1950, Izis édite vingt-cinq de ces « photo-poèmes

» dans son ouvrage Paris des

rêves. Après le succès de l’exposition, le

bel album en héliogravure connaît une

immense popularité. S’il fait la notoriété

du photographe (exposé au MoMA

à New York en 1951), il marque aussi

l’histoire du livre de photographie : celleci

n’y est plus la simple illustration ou

le double indifférent du texte mais sa

source même d’inspiration. Un pas vers

une complicité d’auteurs incarnée dès

1951 par le duo Izis / Jacques Prévert et

ses célèbres albums Grand bal du printemps

et Charmes de Londres.

Dominique Versavel

Département des Estampes et de la photographie

Ci-contre

Izis (photographie) et Paul Éluard (texte),

« Paris a froid... », tirage argentique original monté

sur carton avec texte autographe d’époque, vers 1946,

BnF l Estampes et photographie


28 COLLECTIONS LITTÉRATURE JEUNESSE

CHRONIQUES DE LA BnF83

COLLECTIONS PRIX NIÉPCE

29

Dix ans

de littérature

jeunesse à la BnF

Nous le savons, la littérature

jeunesse est en quête de

reconnaissance. Comment

la BnF prend-elle part à ce

combat ? Laurence Engel,

présidente de la BnF, répond

aux questions de Jacques

Vidal-Naquet, directeur du

Centre national de littérature

pour la jeunesse (CNLJ)

qui a intégré la Bibliothèque

il y a dix ans.

Ci-dessus

La page d’accueil du

nouveau site du CNLJ

Ci-dessous

La Revue des

livres pour enfants,

juin 2018

NB : Nous reprenons ici

un extrait d’un entretien

publié dans La Revue

des livres pour enfants

(n o 300, avril 2018).

Sa version complète

est consultable sur

Chroniques en ligne.

Jacques Vidal-Naquet : Les Assises

de la littérature pour la jeunesse [qui ont

eu lieu le 2 octobre 2017] ont réaffirmé

la nécessité de reconnaître la littérature

de jeunesse comme une littérature à part

entière. Quelle peut être l’action de la

BnF pour aider à cette reconnaissance ?

Laurence Engel : La littérature jeunesse

est en effet une littérature à part

entière, dont la force est évidente : la

créativité des formats, des écritures, des

supports éditoriaux, le lien avec l’illustration,

sont là, spectaculaires ! Le fait

que La Joie par les livres ait intégré la

BnF il y a dix ans, et la création qui

s’est ensuivie du CNLJ, doivent être à

ce titre considérés comme le signe

d’une reconnaissance de la littérature

jeunesse à l’égal de la littérature en

général. Cette égalité de traitement,

cette égale prise en compte, c’est sans

doute la manière juste de donner toute

sa place à ce domaine. Et la remarque

vaut pour moi à tous les niveaux : en

matière d’offre culturelle, prendre en

compte le public jeune, cela ne veut

pas dire lui proposer une culture moins

aboutie, moins professionnelle, moins

exaltante. D’ailleurs, j’ai toujours privilégié

la notion de « tout public » à celle

de « jeune public ».

J. V.-N. : Quelle visibilité pour la littérature

de jeunesse et ses créateurs à la BnF ?

L. E. : Partout où se déploient les missions

de la BnF, la littérature jeunesse

est considérée. Je pense aux acquisitions

ou à la valorisation de dons comme celui

de la merveilleuse œuvre de Georges

Lemoine qui a fait l’objet en 2016 d’une

belle exposition en Galerie des donateurs

; je pense à la numérisation ou au

signalement des collections qui distingue,

depuis 2015, un univers « jeunesse

» dans le catalogue général. Mais

il s’agit aussi de donner une visibilité

aux professionnels : les Assises en sont

un bon exemple, mais je pense aussi au

cycle « Les visiteurs du soir » qui accueille

tous les ans auteurs, illustrateurs,

conteurs, éditeurs, sans oublier La Revue

des livres pour enfants qui est aussi un

outil essentiel. Enfin, il y a les propositions

que nous faisons aux enfants : venir

écouter Vingt mille lieues sous les mers pendant

le festival La Bibliothèque parlante

par exemple ou mettre à disposition des

produits spécialement développés pour

eux, l’application Gallicadabra côté lecture,

et Fabricabrac côté ateliers.

J. V.-N. : Dans quelle mesure votre

engagement en faveur de la démocratisation

culturelle prend-il en compte

la question des publics jeunes ?

L. E. : L’engagement pour la démocratisation

culturelle est en effet l’un des

fondements du métier que j’ai choisi.

Il repose sur une conviction : ne jamais

se résoudre à ce que telle création soit

réservée à telle population. Et pour cela,

il faut travailler à améliorer les chemins

qui conduisent aux œuvres. La question

du jeune public est ici déterminante

parce qu’il s’agit d’une population

qui n’a pas encore été totalement

façonnée par son milieu et qui se caractérise

par une grande liberté. On rejoint

ici les enjeux de l’éducation artistique

et culturelle. À l’école et pendant l’enfance,

on peut travailler à une plus large

diffusion des œuvres parce que le déterminisme

social est moins puissant

qu’ailleurs, pour reprendre les catégories

bourdieusiennes ; mais aussi parce

que, dans un pays démocratique, c’est

à l’école que l’on peut toucher les populations

les plus diverses. Le lien entre

l’école, les institutions culturelles, les

associations du champ de l’éducation

populaire, les artistes et les auteurs est,

dans cette perspective, fondamental.

Propos recueillis par Jacques Vidal-Naquet,

directeur du CNLJ

Stéphane Lavoué

les visages

d’un territoire

Depuis 2015, le département des

Estampes et de la photographie

achète chaque année un ensemble

d’œuvres au lauréat du prestigieux

prix Niépce. Remis par Nathalie

Bocher-Lenoir, présidente

de l’association Gens d’images,

à la BnF et en présence de

Laurence Engel, le 17 mai dernier,

le prix a cette année salué le travail

du photographe Stéphane Lavoué.

Retour sur l’œuvre de ce jeune

artiste, né en 1976.

Après l’obtention de son diplôme d’ingénieur

à l’École supérieure du bois en

1998, Stéphane Lavoué part travailler

en Amazonie en tant que chargé des

achats pour un grand groupe industriel.

Lors de ce séjour au Brésil, il découvre

un reportage de Sebastião Salgado sur

les ouvriers des mines d’or de la Serra

Pelada et décide de devenir photographe.

Saisir l’humanité

De retour en France, il commence à

travailler pour la presse en tant que portraitiste

pour des journaux nationaux

et internationaux. S’ensuivent diverses

commandes, parmi lesquelles celle

d’Éric Ruf pour le trombinoscope des

sociétaires de la Comédie-Française.

De Pierre Soulages à Salman Rushdie,

de François Hollande à Vladimir Poutine,

artistes, hommes politiques,

acteurs ou intellectuels, nombreux sont

ceux qui ont posé face à l’objectif de

Stéphane Lavoué.

Le photographe privilégie un fond

sombre et neutre d’où émerge le visage

éclairé et intensément expressif de son

modèle. Il déroge même à la prise de

vue classique du portrait en ne photographiant

pas toujours de face ou à une

distance fixe. Ce cadre déstructuré fait

ressortir la part d’intimité établie entre

le modèle et le photographe. Plus que

de simples commandes éditoriales,

Stéphane Lavoué préfère d’ailleurs parler

de moments d’échanges de regards,

de « rencontres photographiques ».

Comme le soulignait à juste titre Marie-

Pierre Subtil, rédactrice en chef du

Ci-contre

Josie dans les

quartiers de viande.

Cette jeune fille

habite dans le

« royaume » du

nord-est du Vermont

et elle est passionnée

de chasse et de

viande. Elle travaille

dans une boucherie

qui fait de la découpe

« à façon » de la

viande de chasse

ou du bétail des

fermiers environnants.

magazine 6Mois, qui présentait la candidature

de Stéphane Lavoué au prix

Niépce : « Peu de photographes réussissent

à ce point à saisir l’humanité de

leurs sujets. »

Projets personnels et collaboratifs

S’éloignant progressivement de l’univers

journalistique, Stéphane Lavoué a

développé divers projets personnels

comme The North-East Kingdom, travail

au long cours réalisé à la frontière du

Canada et des États-Unis. Dans cette

contrée que ses habitants ont arbitrairement

qualifiée de « royaume », il sillonne

les paysages mystérieux du Vermont

en quête du « roi ». Il rencontre

alors des personnalités fortes qui sont

autant d’éléments de ce « conte photographique

», comme une jeune femme

au regard intense par exemple qui pose,

déterminée, au milieu de carcasses de

viandes. Sur le territoire français, l’œuvre

de Stéphane Lavoué se déploie à travers

deux ensembles emblématiques dont le

point de départ est le projet collaboratif

La France vue d’ici lancé par le festival

ImageSingulières et le journal en

ligne Médiapart. Avec la série L’Équipage,

il portraiture les villageois de Penmarch

et questionne leur rapport à l’identité

bigoudène dans ce lieu à la pointe du

Finistère ; puis il poursuit cette recherche

avec les travailleurs du Guilvinec, premier

quartier maritime de France. Plus

récemment, invité par le collectif Tendance

floue, il a participé au projet collectif

Azimut en marchant neuf jours

dans la région Occitanie. Dans tous les

cas, le rapport pictural que le photographe

entretient avec son médium

confère à son travail une dimension

intemporelle qui l’éloigne du reportage

et lui permet de renouveler l’écriture

documentaire humaniste.

Héloïse Conésa

Département des Estampes

et de la photographie


30 INTERNATIONAL PORTAIL FONDATION POLONSKY I PORTAIL FRANCE-CHINE CHRONIQUES DE LA BnF83

INTERNATIONAL I LIVRE BNF 31

Des manuscrits médiévaux

à la pointe de l’innovation

Grâce à un mécénat exceptionnel

de la Fondation Polonsky dont

l’objectif est de favoriser l’accès

au patrimoine culturel, la BnF

et la British Library ont déployé

un vaste programme de

numérisation et de diffusion,

« France-Angleterre, 700-1200 :

manuscrits médiévaux de la BnF

et de la British Library ».

Ce programme, qui a débuté courant

2016, est sur le point de s’achever. Il

inclut huit cents manuscrits conservés

à parts égales par la BnF et la British

Library. Sélectionnés en fonction de

leur importance pour l’histoire des relations

franco-anglaises au Moyen Âge,

ces manuscrits ont aussi un intérêt artistique,

historique ou littéraire. Produits

entre le VIIIe et la fin du XIIe siècle, ils

couvrent des domaines très variés,

représentatifs de la production intellectuelle

du haut Moyen Âge et de l’époque

romane. Parmi eux, on trouve quelques

précieux témoins somptueusement

enluminés, comme le bénédictionnaire

de Winchester des environs de l’an 1000,

un livre d’évangiles du nord-est de la

France de la seconde moitié du XIe siècle

ou le psautier anglo-catalan de Cantorbéry

vers 1200.

Si le corpus présente un intérêt scientifique

incontestable, le programme se distingue

aussi par ses aspects transverses.

Il présente en effet la particularité d’englober

différentes opérations de valorisation

des manuscrits : numérisation,

restauration ou description scientifique

dans les catalogues en ligne des deux

institutions, BnF archives et manuscrits

et Explore Archives and Manuscripts,

ou encore médiation.

Le prêt de plusieurs reliures précieuses

de la BnF au musée du Louvre

(1 er novembre 2017 – 2 juillet 2018) a

permis d’admirer deux des reliures restaurées

dans le cadre du programme.

L’exposition qui se tient jusqu’au 19

février 2019 à la British Library, Anglo-

Saxon Kingdoms, comprend par ailleurs

plusieurs chefs-d’œuvre inclus dans le

programme de la Fondation Polonsky,

tandis que l’œuvre exceptionnelle de

Raban Maur sera au cœur d’une exposition

d’art contemporain orchestrée

par le plasticien Jan Dibbets à la BnF

à partir de novembre prochain (voir p.4).

Un autre volet du programme

concerne la numérisation des huit

cents manuscrits et leur mise en ligne

sur Gallica et Digitised Manuscripts,

« Ce programme permet de rassembler

les richesses de la Bibliothèque

nationale de France et de la British

Library, et de les rendre accessibles

tant aux chercheurs qu’au grand public

d’une manière attractive et innovante.

Notre fondation est très heureuse

de soutenir cette collaboration

qui permet de perpétuer les échanges

culturels et la profonde influence

mutuelle qui caractérisent l’histoire

de ces deux nations depuis des siècles. »

Dr Leonard S. et Marc Polonsky,

Fondation Polonsky

À gauche

Evangelia quattuor,

1051-1100.

BnF, Manuscrits

Ci-dessous

Missel de Saint-Denis,

vers 1050

BnF, Manuscrits

g

Allez plus loin

avec Gallica !

Lire le billet du blog

Gallica sur les manuscrits

numérisés sur la

légende de Saint Michel

et le dragon.

À noter :

ce programme fait

l’objet d’une publication

commune à paraître

aux Éditions de la BnF

en novembre 2018.

Pour plus d’informations,

consultez l’ensemble

des manuscrits sur

le site : manuscrits-franceangleterre.org,

à partir

du 21 novembre 2018.

bibliothèques numériques de la BnF

et de la British Library. En complément,

deux portails seront lancés à la

fin de cette année : l’un, multilingue

et créé par la BnF à partir de l’infrastructure

Gallica marque blanche, permettra

de visualiser l’ensemble des

manuscrits du corpus à l’aide du standard

IIIF et du visualiseur Mirador.

Ces derniers favorisent l’interopérabilité

des données, c’est-à-dire permettent

de rendre les images conservées

dans différentes institutions

compatibles, de les comparer au sein

d’une même bibliothèque numérique

ou encore de les annoter. Le second

portail est un interpretative website de

médiation grand public créé par la British

Library pour valoriser une partie

des manuscrits autour d’axes thématiques.

Enfin, une publication bilingue

aux éditions de la British Library et

de la BnF sur un ensemble choisi de

manuscrits enluminés ainsi qu’un

colloque international (Paris, BnF,

21-23 novembre 2018) clôtureront le

projet à la fin de l’année, tandis qu’un

film sur les manuscrits et leur numérisation

assurera sa promotion.

Charlotte Denoël

Département des Manuscrits

France-Chine, une nouvelle bibliothèque numérique

dans la collection « Patrimoines partagés »

La bibliothèque numérique France-Chine

sera en ligne à l’automne 2018. Ce

nouvel opus de la collection « Patrimoines

partagés » a pour ambition de rendre

compte de la richesse et de la diversité

des relations entre la France et la Chine,

sur les plans diplomatique, économique,

scientifique et culturel. Cette bibliothèque

réunira des documents remarquables

issus des fonds imprimés, manuscrits,

cartes et plans, photographies,

affiches, images de la BnF

soit 3 000 à 4 000 documents du

domaine public. Elle sera complétée

par des ensembles documentaires

et iconographiques rassemblés

dans le cadre de partenariats avec la

bibliothèque nationale de Chine, la

bibliothèque de Shanghai et plusieurs

bibliothèques et archives françaises,

dont les archives diplomatiques.

Murs de papier. L’atelier

du papier peint (1798-1805)

Christine Velut

préface de Vincent Darré

Date de parution : 31 octobre 2018

220 pages, 39

Cet ouvrage vous invite à découvrir une

histoire haute en couleur qui s’écrit sur

les murs des intérieurs bourgeois à la

toute fin du XVIIIe siècle. Tous les échantillons

de papier peint présentés dans

ce magnifique ouvrage proviennent de

la collection de la BnF. Aujourd’hui

encore, ces créations constituent une

source inépuisable d’inspiration pour

les créateurs et les décorateurs contemporains.

Ci-dessus

Fabrication

du papier en Chine,

XVIII e siècle.

BnF, Estampes

et photographie

heritage.bnf.fr/france-chine

Les Plus Beaux Contes

de notre enfance

choisis et présentés

par Boris Cyrulnik

Date de parution : 11 octobre 2018

332 pages, 25

Une sélection des plus beaux contes

d’Andersen, Grimm ou Perrault, merveilleusement

illustrés par Dulac,

Nielsen, Rackham et Doré, choisis et

présentés par le « médecin de l’âme »

Boris Cyrulnik. Le Petit Chaperon rouge,

La Belle au bois dormant, Tom Pouce… :

ces grands récits d’amour, de transgression,

de ruse et de quête initiatique permettent

aux enfants de triompher imaginairement

de l’adversité et du péril,

de construire leur propre image… Bref !

de devenir adulte.

chroniques.bnf.fr

Chroniques de la Bibliothèque nationale

de France est une publication trimestrielle

Présidente de la

Bibliothèque nationale

de France

Laurence Engel

Directrice générale

Sylviane Tarsot-Gillery

Délégué à la

communication

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Responsable éditoriale

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Comité éditorial

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Abonnez-vous !

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agenda

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Coordination graphique

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Réalisation

Atelier Marge Design

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(direction artistique),

Jean-Charles Bassenne,

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(mise en page),

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(relecture-correction)

Impression

Stipa ISSN : 1283-8683

Pour recevoir gratuitement Chroniques à domicile,

abonnez-vous en écrivant à Marie-Pierre Besnard :

marie-pierre.besnard@bnf.fr

Ont collaboré à ce numéro

Sylvie Aubenas, Mathias Auclair, Catherine Aurérin,

Lenka Bokova, Corine Le Bitouzé, Emmanuel Carrère,

Héloïse Conésa, Charlotte Denoël, Séverine Dupuch Garnier,

Joël Huthwohl, Maylis de Kerangal, Kara Lennon-Casanova,

Fabien Plazannet, Cécile Pocheau-Lesteven, Anne Renoult,

Bérénice Stoll, Caroline Tourette, Jacques Vidal-Naquet,

Erik Verhagen, Dominique Versavel, Jennifer Ward.

Votre avis nous intéresse

N’hésitez pas à nous écrire pour nous faire part

de vos remarques et suggestions : sylvie.lisiecki@bnf.fr

Crédits iconographiques

p.2 : © Léa Crespi

p.3 à gauche : © Library of Congress

p.3 à droite : © David Paul Carr / BnF

p.4 à gauche : © Adagp, Paris 2018

p.4 à droite : © Photo I.S.O. © Adagp, Paris 2018

p.5 à gauche : © Reinhard Mayr / Bawag Foundation

p.5 à droite : © Adagp, Paris, 2018

Collection de l’artiste, Amsterdam

p.15 : © Despatin et Gobeli

p. 16 à gauche : © Ianna Andreadis

p.16 à droite : © Adagp, Paris 2018

p.21 : © David Paul Carr/ BnF

p.22 : © Laure Néron

p.23 : © Hélène Bamberger / POL

p.24 : © Jean-Christophe Ballot / BnF

p.25 en haut : © Léa Crespi

p.25 en bas : © Éditions Gallimard, août 2018

p.26 en bas : © Arnold Jerocki / Divergence

p.27 : © Izis

et p.29 : Stéphane Lavoué.

Quatrième de couverture

Félix Nadar,

Main du banquier D. Cliché

obtenu à la lumière diurne.

Épreuve tirée à la lumière

électrique, 1861.

BnF, Estampes et photographie

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