Lire le dossier de presse - Handicap International

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Depuis près de deux ans, la Syrie est en proie à des combats d’une violence inouïe suite à la répression sanglante des

soulèvements populaires contre le régime de Bachar el-Hassad en 2011. Meurtries, les populations civiles sont les victimes

collatérales d’un conflit qui s’enlise jour après jour et n’épargne personne.

A l’approche du deuxième anniversaire du soulèvement, le bilan humain est effroyable. Près d’un million de réfugiés, ont

rejoint les pays frontaliers, dépassés par les besoins de ces populations qui ont tout perdu. A l’intérieur même des frontières

syriennes, aucun chiffre n’est disponible pour relater l’enfer dans lequel est plongée la population. Aux 70 000 morts déjà

recensés, s’ajoutent des milliers de disparus et des blessés innombrables.

Les blessés par balles, cibles d’explosions et de raids aériens meurtriers (l’association a dénoncé à cinq reprises l’utilisation

de bombes à sous-munitions) ne cessent d’affluer, victimes d’atrocités indicibles. Aux séquelles physiques s’ajoute une

détresse morale et matérielle pour des populations privées de tous leurs repères. A l’heure ou le bilan humain ne cesse de

s’accroitre, Handicap International en appelle à la responsabilité de la communauté internationale pour que le principe de

protection des civils soit respecté et que l’aide soit à la hauteur du désastre humanitaire.

Présente depuis l’été 2012 aux cotés des populations syriennes, Handicap International a déployé une réponse d’urgence

dans deux pays frontaliers de la Syrie, la Jordanie et le Liban et, depuis janvier 2012, au Nord du territoire syrien, dans les

zones désormais accessibles. Déployées en équipes soit fixe soit mobile au sein des communautés et dans les camps de

réfugiés, les professionnels de l’association interviennent auprès des victimes pour favoriser l’accès aux soins et

accompagner les blessés et les personnes handicapées. 165 personnes travaillent sans relâche au Liban, en Jordanie et

dans la province d’Idlib, au Nord de la Syrie.

Depuis mars 2011, le bilan ne cesse de s’alourdir pour les populations civiles. Chaque semaine, des milliers de Syriens sont

pris au piège de combats d’une rare violence. Victimes d’explosions, de sous-munitions et de raids aériens incessants,

torturés et emprisonnés arbitrairement, des milliers de civils subissent une répression sans merci suite aux soulèvements

contre le régime. Des maisons sont détruites, des familles entières sont brisées et les réfugiés qui parviennent aujourd’hui

aux frontières de leur pays ont souvent été les témoins de la mort de leurs proches et eux-mêmes victimes de violences.

Parfois lourdement handicapées, blessées ou mutilées, ces personnes se trouvent dans un état de dénuement total.

Hier témoins des affrontements, les femmes et les enfants sont aujourd’hui les premières victimes de la guerre. Ainsi, le viol

et les violences sexuelles seraient devenus de véritables outils au service de l’intimidation selon le Haut Commissariat des

Nations unis aux Réfugiés 1 .

Face à ce constat, la réponse humanitaire apparait totalement insuffisante. Contrôlée par le régime syrien, l’aide ne parvient

pas aux populations dans les zones tenues par les rebelles. L’écrasante majorité de la réponse humanitaire dans l’ensemble

du pays est menée par des initiatives syriennes, spontanées, isolées, manquant cruellement de soutien technique,

logistique, financier que les organisations internationales devraient être en mesure de leur apporter. Des milliers de Syriens

risquent leur vie quotidiennement pour apporter un minimum de réconfort à leurs concitoyens.

1 Intervention de la Haut Commissaire assistante du HCR Erika Feller, le 27 février 2013 http://www.unhcr.fr/512e33a1c.html


Chronologie d’un désastre humanitaire

Mars- Avril 2011

29 avril 2011

Juin 2011

Septembre - décembre

2011

Janvier 2012

Mars 2012

Mai 2012

3 juillet 2012

Juillet 2012

20 aout 2012

Septembre 2012

26 février

12 février 2013

Mars 2013

Les chiffres clés 2

Manifestations violemment réprimées à Damas, Deraa et Banias qui feront une centaine de morts et de

nombreux blessés

L'ONU condamne l'utilisation de la violence pour réprimer les manifestations et décide l'envoi

urgent d'une mission en Syrie pour enquêter sur les violations des droits de l'Homme.

L'apparition des premiers camps de réfugiés syriens : l'armée lance une vaste opération militaire dans

la région de Jisr al-Choughour, à la frontière syro-turque. Près de 10 000 Syriens quittent le pays et dans

les pays voisins, les camps de réfugiés se multiplient.

Les manifestations contre le régime s'intensifient malgré la violente répression. La Fédération

Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) publie un rapport alarmant sur la répression et la torture en

Syrie.

Homs bombardée : plusieurs quartiers de Homs sont bombardés par les forces syriennes. Des groupes

de l'opposition font état de 200 à 260 morts. Dès lors, la ville sera pilonnée sans relâche, du matin au soir.

Le régime syrien accepte le plan de paix de l'ONU. Le plan de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue

arabe pour la Syrie prévoit l'arrêt des violences, le retour de l'armée dans les casernes, la libération des

détenus, le respect du droit à manifester et l'acheminement de l'aide humanitaire. 300 observateurs de

l'ONU sont déployés pour vérifier le bon respect du cessez-le-feu en Syrie.

Massacre à Houla : les affrontements entre le régime syrien et les opposants font 108 morts et 300

blessés à Houla dans le centre du pays. Le Conseil de sécurité de l'ONU condamne à l’unanimité ce

massacre et souligne la responsabilité du gouvernement syrien.

Human Rights Watch dénonce «un archipel de la torture» : la torture en Syrie serait utilisée de

manière systématique contre des opposants au régime de Bachar el-Assad, selon un rapport de l'ONG

Human Rights Watch (HRW). Grâce à plus de 200 témoignages, 27 centres de torture sont identifiés à

travers le pays.

L'armée syrienne lance l'assaut sur Alep : les forces gouvernementales lancent une offensive sur Alep,

deuxième ville du pays et enjeu crucial du conflit.

Un effroyable bilan humain : l'organisation syrienne des droits de l'Homme fait état de plus de 26 500

morts et 65 000 disparitions.

L'ONU dénonce les cimes de guerre en Syrie : la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme,

Navi Pillay, dénonce les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité et demande une enquête sur le

massacre de Daraya où plus de 500 corps ont été découverts.

Près d'un million de réfugiés ont été enregistrés depuis le début du conflit, selon le Haut-commissariat

aux réfugiés

Près de deux ans après le début du soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad, près de 70 000

personnes ont été tuées selon l'ONU.

Handicap International condamne l’utilisation répétée de bombes à sous-munitions par l’armée

syrienne dans des zones à très fortes concentration de populations civiles. L’organisation qui avait déjà

relayé l’utilisation de ces armes à 4 reprises, constate leur utilisation croissante en dépit des

condamnations internationales.

Plus 70 000 morts depuis le début du conflit en mars 2011

Depuis le début du conflit, 4 millions de Syriens ont fui les combats et près d’1 million de

personnes se sont réfugiées dans les pays voisins. 80% d’entre elles ont rejoint les pays

frontaliers après 2012.

Depuis début janvier, plus de 40 000 personnes fuient la Syrie chaque semaine.

Plus de quatre millions de Syriens ont besoin d'une assistance humanitaire.

Des blessures durables

Handicap International est témoin chaque jour des conséquences de combats toujours plus meurtriers. Basées au Liban en

Jordanie et dans la province d’Idlib, en Syrie, les équipes de l’association accueillent quotidiennement de nouvelles victimes.

« Nous avons récemment pris en charge une famille dont la mère, la fille et le cousin ont chacun été amputés d’un ou

2 Source UNHCR - http://www.unhcr.fr/emergency/508e90cc6-512f57b4c.html


plusieurs membres », raconte Lise Salavert, responsable du projet handicap et vulnérabilité pour Handicap International en

Jordanie. « Leur maison a été touchée par une bombe et trois de leurs filles sont mortes. L’horreur est telle que tous les

repères volent en éclat ». Au fil des mois, ces situations toujours plus dramatiques se sont multipliées. Aux traumatismes

psychologiques qui marqueront des générations de Syriens, s’ajoutent une détresse physique indicible. Soignées dans des

conditions sommaires, les victimes blessées, mutilées et parfois lourdement handicapées n’ont pas eu accès aux soins de

réadaptation et risquent de développer des pathologies lourdes et durables. Parmi les victimes, les enfants n’ont pas été

épargnés. « Plus d’un quart de nos bénéficiaires sont des enfants de moins de 12 ans », explique Henri Bonin,

ergothérapeute mobilisé en Syrie pour Handicap International. « Des vies sont détruites par les combats et également par

l’absence d’une prise en charge médicale adéquate ».

Des frontières murées. Une aide qui ne parvient pas aux populations

Si la situation est aujourd’hui catastrophique, l’épais voile de fumée qui recouvre le huit clos syrien dévoilera dans les mois et

les années qui viennent un véritable massacre humain. Trop fragiles pour fuir les combats, des millions de Syriens sont

aujourd’hui otages du conflit. Canalisée par le régime en place, l’aide humanitaire peine à parvenir jusqu’à ces victimes dans

les régions contrôlées par l’opposition et ne bénéficie qu’à un seul côté du conflit. L’accès aux soins est à alors impossible.

Handicap International est à ce jour l’une des rares ONG, entrée au Nord du pays, dans la province d’Idlib. Dans ce pays

muré, des équipes de kinésithérapies sont aujourd’hui mobilisées pour appuyer les services de santé et accompagner les

victimes nécessitant des soins de réadaptation Une goutte d’eau dans un océan de besoins toujours plus importants. Aux

cotés d’autres ONG, l’association tire la sonnette d’alarme pour que la communauté internationale fasse pression sur le

gouvernement syrien afin que l’aide parvienne aux populations civiles.


Chaque jour, 200 nouvelles victimes s’ajoutent à l’inhumain bilan du conflit syrien. Depuis janvier 2013, le nombre de

réfugiés a doublé, tandis que dans le huit-clos syrien, les massacres perpétrés contre les civils se poursuivent. Déployées

aux frontières de la Syrie et au cœur du pays dans la province d’Idlib, les équipes de Handicap International sont chaque

jour confrontées à la détresse croissante des populations déplacées tant sur le plan physique que moral. Alors que l’inaction

de la communauté internationale pour faire face aux besoins des déplacés est criante, l’association aux cotés d’autres ONG

tente, sans jamais céder au sentiment d’impuissance, de soulager les souffrances des victimes.

Constituées en équipes fixes et mobiles dans les camps de réfugiés et au sein des communautés pour identifier les blessés,

les équipes de l’association se mobilisent sans relâche pour accueillir et orienter les populations déplacées, soigner et

accompagner les blessés et soutenir les structures médicales. Fin juin, près de 37 000 personnes devraient avoir bénéficié

du soutien direct de l’association.

L’action de Handicap International

Juillet -Aout 2012

Handicap International déploie un dispositif d'urgence au Liban et en Jordanie pour accueillir et soigner les

réfugiés syriens.

Juillet 2012 L’association dénonce l'utilisation de bombes à sous-munitions par l'armée syrienne.

Octobre 2012

Décembre 2012

Elle déploie un dispositif d'urgence pour aider les familles de réfugiés à préparer l'hiver dans la vallée de la

Bekaa, au Liban, où les hivers sont particulièrement rudes.

Elle déploie ses équipes en Syrie, dans la province d'Idlib. Une unité de réadaptation fixe et des équipes

mobiles prennent en charge des centaines de blessées.

En Syrie, les équipes de l’association ont déployé des activités au nord du pays pour porter assistance aux victimes privées

d’accès aux soins.

Présente à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest de la ville d’Alep, l’association constate quotidiennement l’horreur et la

violence subie par les populations. Les blessés à qui l’association porte assistance, parfois lourdement handicapés, se

comptent par centaines. Contraints de survivre dans des camps de fortune, ils sont soignés dans des conditions sommaires

et risquent de développer des handicaps durables.

Depuis janvier 2013 l’association a déployé une équipe de kinésithérapeutes mobilisée sans relâche pour identifier les

victimes et fournir des soins de réadaptation et du matériel d’aide à la marche évitant le développement de pathologies

lourdes. En appui aux trois hôpitaux de la province, un centre de réhabilitation a également été ouvert et un atelier de

fabrication de prothèses devrait être opérationnel dans les semaines à venir pour soutenir la prise en charge de services de

santé privés de moyens pour soigner.

Si l’intervention des équipes de Handicap International au Nord de la Syrie soulage des populations lourdement touchées,

elle ne peut pour autant couvrir qu’une infime partie des besoins.


« Jens, kinésithérapeute pour Handicap International en Syrie

Depuis mi janvier, Jens travaille comme kinésithérapeute au

sein de la mission d’urgence de Handicap International en

Syrie. Dans les camps de déplacés, dans les hôpitaux et depuis

le centre de réadaptation installé par l’association dans le

gouvernorat d’Idlib, il est au chevet des blessés.

3 Chaque soir nous entendons les bombardements sur les villes

voisines et chaque matin nous rencontrons de nouveaux blessés.

Nous travaillons dans des hôpitaux où le sang est encore visible. Il

est impossible d’oublier que les lignes de front ne sont qu’à

quelques kilomètres et bien sûr c’est un contexte très pesant

psychologiquement. Mais nous savons aussi que le travail que nous

accomplissons est indispensable.

Les blessés qui arrivent par dizaines, avec des blessures très

graves, demanderaient une prise en charge lourde, sur plusieurs

semaines ou plusieurs mois. Mais ils sont opérés dans l’urgence,

puis doivent quitter l’hôpital pour permettre à d’autres blessés d’être

soignés. Au mieux, il s’agit de fractures complexes causées par des

impacts de balle, mais le plus souvent ce sont des amputations, des

blessures à la colonne vertébrale ou au cerveau. Avec le peu de

moyens dont ils disposent, les hôpitaux ne sont pas en mesure

d’assurer un suivi régulier des patients, qui ont pourtant besoin de

comprendre ce qui leur arrive, d’être accompagnés dans leur

rééducation pour ne pas perdre encore plus de mobilité. […]

Lorsque nous intervenons, nous nous trouvons face à des

personnes qui ont connu une succession d’événements

traumatisants. Ce sont des hommes et des femmes qui ont vécu

durant deux années l’aggravation d’un conflit qui détruit peu à peu

leur pays, leur ville, leur quartier, et qui ont fini par en être eux

mêmes des victimes directes, le plus souvent à la suite d’une

explosion ou d’un tir de sniper. Ces personnes se sont ensuite

retrouvées entourées d’autres blessés, dans des hôpitaux de

fortune, et généralement déplacées dans des camps où les

conditions de vie sont extrêmement précaires… Alors quand nous

leur expliquons qu’en faisant régulièrement des exercices de

rééducation, elles peuvent améliorer leur situation ou celle de leur

enfant, c’est une première lueur d’espoir après une suite

interminable de traumatismes. Aussi dérisoire que cela puisse être

»

en comparaison de ce qu’elles ont perdu, c’est quelque chose de

très important.

Jens, auprès d’un amputé au centre

de réadaptation de Handicap International au nord d’Idlib, Syrie.

© B. Blondel / Handicap International


« Abdul, victime collatérale du conflit syrien,

Gravement blessé à la jambe lors d’un bombardement à Alep,

Abdul entame aujourd’hui un travail de rééducation avec les

kinésithérapeutes de Handicap International présents dans le Nord

de la Syrie. Un moyen pour lui et pour son père de penser à la

guérison après avoir passé quatre mois dans l’univers macabre

des hôpitaux de fortune où défile chaque jour un flot ininterrompu

de blessés.

Il y a quatre mois, Abdul et son père se trouvaient dans les rues d’Alep

quand ils ont entendu approcher un avion. « Tout était très confus. Je

ne sais pas ce qui a blessé Abdul, si c’est un fragment de la bombe ou

des gravas projetés par l’explosion. J’ai seulement entendu le bruit de

l’explosion, puis je l’ai vu en pleurs au sol. Je l’ai pris dans mes bras et

j’ai couru jusqu’à l’hôpital le plus proche. Alors que nous nous

éloignions nous avons entendu l’avion revenir puis trois autres

détonations. J’ai appris plus tard que 7 personnes étaient mortes et 15

gravement blessées. »

Dans l’hôpital où Abdul et son père sont arrivés, les médecins leur ont

dit que la jambe d’Abdul était trop endommagée pour pouvoir être

soignée avec les moyens dont ils disposaient. La seule solution était de

l’amputer au dessus du genou. « Pour moi c’était impensable. Nous

sommes donc repartis et j’ai pu faire accepter mon fils dans un hôpital

spécialisé où j’ai payé 5 000 dollars pour qu’il soit opéré. Nous y

sommes restés deux mois. Nous avons du partir lorsque je n’ai plus eu

assez d’argent pour les soins. Nous sommes venus ici (plus à l’ouest

d’Alep) parce que j’espérais trouver un endroit où Abdul pourrait

recevoir les soins dont il a encore besoin. »

L’équipe mobile de kinésithérapeutes de Handicap International a

rencontré Abdul peu après son arrivée, début janvier, dans ce petit

hôpital, improvisé dans un ancien bâtiment publique. « Abdul est jeune

et très dynamique, explique Henri, responsable du projet de

réadaptation d’urgence de Handicap International dans le Nord de la

Syrie. Ce que nous voulons, c’est qu’il utilise cette énergie pour bouger,

faire des exercices tous les jours et ne pas perdre la mobilité de sa

jambe blessée. Il y a quelques semaines, il a subit une greffe de peau

»

et lui faudra encore des mois pour guérir, et probablement de nouvelles

opérations chirurgicales.

Photo: © B.Blondel/Handicap International


Accueillir et orienter les populations déplacées - Les relais Handicap & Vulnérabilité

Face à la détresse des réfugiés, privés de leurs repères, Handicap International a mis en place des points Handicap &

Vulnérabilité destinés à accueillir, aider et orienter les personnes fragilisées pour leur permettre d'accéder à l'aide

humanitaire. Au nord du Liban, dans la vallée de la Bekaa ainsi que le long de la frontière nord-ouest de la Jordanie, les

équipes constituées de kinésithérapeutes et de conseillers psychosociaux accompagnent des populations brisées. « Au fil

des mois, les personnes qui arrivent sont de plus en plus marquées. Ceux qui passent la frontière aujourd’hui s’étaient moins

préparés que les premiers réfugiés que nous avons vu arriver. Ils arrivent sans rien d’autre que des images

cauchemardesques » explique Lise Salavert, responsable du projet Relais Handicap et Vulnérabilité en Jordanie. « Nous

identifions les personnes qui ont besoin d’aide et nous les orientons vers les acteurs qui pourront leur proposer des

réponses adaptées. Celles-ci vont d’une intervention chirurgicale ou une prise en charge psychologique à la distribution de

kits de première nécessité par exemple ».

Reconnus par beaucoup d'acteurs humanitaires comme une nécessité pour offrir une prise en charge individuelle adapté,

ces relais devraient se multiplier dans les mois qui viennent pour faire face aux besoins toujours plus importants des

réfugiés.

Soigner et accompagner les populations les plus vulnérables

Handicap International apporte une attention particulière à la situation des personnes blessées ayant subi un traumatisme

invalidant. Afin de venir en aide au grand nombre de blessés, l’équipe de kinésithérapeutes de l’association s’est déployée

dans les camps de réfugiés, au sein des communautés urbaines et dans les hôpitaux. L’association fournit des services de

réadaptation aux personnes qui ont été amputées et qui doivent apprendre à vivre avec une prothèse, ainsi qu’aux

personnes dont le traumatisme pourrait engendrer un handicap permanent (suite à une immobilisation prolongée, d’une

fracture complexe, d’une attaque cardiaque…).

La réadaptation fonctionnelle au service de la reconstruction

Pour les personnes mutilées, blessées lors de guerres, de catastrophes naturelles, ou diminuées par une maladie, l’accès

aux soins de réadaptation est première étape vers l'autonomie.

L'appareillage : pour « vivre debout » : Pour les populations mutilées l’appareillage et l’aide technique permettent de

retrouver une plus grande autonomie de mouvement. Qu'il s'agisse de prothèses, d'orthèses ou d'autres types

d'appareillage, les techniques orthopédiques utilisées par les spécialistes de Handicap International sont adaptées aux

matériaux, aux compétences et aux infrastructures disponibles sur place.

La rééducation : vers l'autonomie : La marche, la parole, la mobilité du bras... Pour de nombreuses personnes blessées

ou appareillées, l'autonomie passe également par le réapprentissage de chaque geste de la vie quotidienne.

Kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes ou psychomotriciens, jouent un rôle essentiel dans ce long

rétablissement.


Areeg Mahadwi, auprès d’une victime

Photo: © B.Blondel/Handicap International

Photo: © B.Blondel/Handicap International

« Areeg Mahadwi, kinésithérapeute jordanienne de 25 ans,

travaille pour Handicap International depuis juillet 2012.

A l'hôpital Dulayl, ou des refugiés nécessitant une

intervention chirurgicale sont pris en charge, elle travaille au

coté de personnes dont les corps et les vies ont été brisés.

‘’Chaque patient est un cas particulier. Au niveau médical c’est un

défi puisque je dois m'adapter et être créative afin d'aider chaque

patient à retrouver sa mobilité souvent sa confiance en soi.

Dans la plupart des cas que je traite, il s'agit de fractures, souvent

complexes, puisqu'elles résultent de blessures par balle et

d'explosions ou parce que plusieurs jours se sont écoulés avant

que la personne ait pu bénéficier de soins de santé adaptés. Un

nombre important de personne fini par devoir être amputé soit en

raison de la gravite de la blessure, soit parce que la personne n’a

pas été soignée a temps.

A un niveau personnel, c'est très difficile. Beaucoup des

personnes dont je m'occupe ici sont encore traumatisées en

raison de ce qu’elles ont vécu. Un grand nombre d'entre elles sont

inquiètes de voir la guerre se poursuivre. Elles sont conscientes

»

que leurs amis et les membres de leurs familles qui se trouvent

toujours en Syrie sont en grand danger.

« Ammar miraculé de la guerre

L’horreur des scènes fuies par Ammar et sa famille pour

quitter la Syrie et se réfugier en Jordanie est difficilement

descriptible. Cherchant à se protéger des combats, ils

s’étaient abrités dans une maison qui a été frappée de

plein fouet par un obus. Ammar a perdu un bras et sa

jambe droite. L’explosion a également couté la vie à trois

de ses cousines et gravement blessé deux autres

membres sa famille, désormais eux aussi amputés.

Depuis qu’il a passé la frontière, en août dernier, Ammar vit à

Irbid en Jordanie, en sécurité avec deux de ses sœurs, ses

parents et sa grand-mère. Handicap International lui a permis

d’obtenir une prothèse pour sa jambe, et une équipe lui rend

visite plusieurs fois par semaine pour des séances de

réadaptation. Un travail technique essentiel pour permettre à

Ammar de remarcher, mais également un soutien

indispensable pour sa famille.

Plusieurs fois par semaine, Ammar effectue des séances de

rééducation pour réapprendre à marcher, avec sa prothèse, et

pour apprendre à vivre sans son bras droit depuis qu’un obus

a frappé de plein fouet la maison où il s’était abrité en Syrie.


Pour Maha, la kinésithérapeute de Handicap International qui suit Ammar depuis plusieurs semaines, le courage du petit

garçon est une incroyable source de motivation. « A 7 ans, Ammar a déjà traversé des moments plus difficiles que ce que la

plupart d’entre nous est capable d’imaginer. Avec nos visites régulières, nous souhaitons avant tout lui montrer que nous

sommes à ses côtés, qu’il n’est pas seul et que nous l’aiderons autant que nous le pourrons, mais c’est lui qui ouvre la

route. »

Lors de chaque visite, Ahmad, agent communautaire est également présent pour établir un lien privilégié avec Ammar et sa

famille. Lorsqu’il lui demande ce qu’il souhaite faire plus tard, Ammar fait semblant d’être timide, puis encouragé par sa

grand-mère il répond : « Pilote ! Pilote d’avion ! »

Pour les familles de réfugiés, le travail de soutien effectué par les équipes de Handicap International au profit des plus

vulnérables est souvent ce qui est le plus important. « Nous savons que nous ne sommes pas seuls, explique le père

d’Ammar. Nous avons quelqu’un à qui parler de nos problèmes et avec qui nous pouvons chercher des solutions. »

Peu à peu les langues se délient, et Ammar commence à raconter ses jeux avec les autres enfants, les bonbons qu’il a vus

»

dans la vitrine du supermarché, et son amoureuse, la fille d’une famille saoudienne qui l’a aidé lui et sa famille lors de leur

arrivée en Jordanie. Un jour il l’épousera, il en est sûr et certain !

Sensibiliser les populations réfugiées aux risques liés aux restes explosifs de guerre

Depuis juillet 2012, l’association a dénoncé à cinq reprises l’utilisation de bombes-à sous-munitions par l’armée syrienne. Au

dedes conséquences immédiates des bombardements sur les civils, elle s’inquiète des conséquences sur le long terme de

la présence en Syrie de nombreuses sous-munitions qui n’ont pas explosé à l’impact. Après l’attaque, les populations se

trouvent face à un danger omniprésent difficile à repérer. Les enfants, en particulier, sont souvent attirés par ces engins

atypiques.

En Jordanie, afin de prévenir les dangers liés aux restes explosifs de guerre, l’association mène des séances de

sensibilisation auprès des populations réfugiées afin d’anticiper leur retour en Syrie. 9000 personnes ont déjà bénéficié de

séances de sensibilisation et l’association continue sans relâche d’informer les réfugiés qui ont récemment rejoint les camps.

Accompagner les réfugiés pour affronter l’hiver

La vallée de la Bekaa, au Liban est une zone montagneuse où les hivers sont rudes. Handicap International accompagne les

populations qui traversent l’hiver dans des conditions déplorables. Elle distribue des kits d’isolation qui incluent un cadre de

bois et des toiles de plastique pour bloquer les ouvertures où s’engouffre le froid et 200 poêles au fuel, qui permettent aux

familles vivant actuellement dans des abris très rudimentaires de résister à la chute des températures. 650 familles ont à ce

jour été accompagnées.

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