L.ART en Loire 8

l.artenloire

L.ART en Loire is an international culture and art expression magazine. Exploration Theme : On the road // Sur la route
With Denis Rouvre & The LiFE, José Le Moigne, Kieran Wall, Gerard Artal, Keedy Marmye, Evelyne Charasse, Abdellatif Bhiri, Cie les planches et Les nuages (Sandrine Brunner, Damien Richard), Curiousplash, Jacques Cauda, Manuel Atréide, Peggy Faye, Teklal Neguib & Metamodernism / Shia Labeouf / Luke Turner / Nastja Sade Ronkko, Frédéric Javelaud, Damien Dutrait, Naoufel, Thierry Kespern, Mohamed Elkeurti, Frédéric Lucas, Laure Bolatre, Patti Smith, Brigitte Fontaine & Murièle Camac.

L.ART

en LOIRE

2# 8

février 2015

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 1


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février 2015

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015

Aubrac - Frédéric Javelaud


Sommaire

L.ART (Loire Atlantique Art Recherches Travaux)

4 Denis Rouvre au LiFE : Portraits et identité [Teklal Neguib]

6 Kieran Wall

10 Être créole et breton à la fois [José Le Moigne]

12 Haikus du château [Teklal Neguib]

Poesia

14 Gérard Artal

18 Keedy Marmye

22 Evelyne Charasse

24 Abdelattif Bhiri

28 Dossier d'exploration : Sur la Route

30 Sur la route... / Auf der strasse... [cie Les Planches et les Nuages]

44 L'héritage [Gérard Artal]

46 Roads [Christophe Chavaroc, AKA. Curiousplash]

64 Cut-up [Jacques Cauda]

66 Rebel Scum [Manuel Atreide]

70 Plénitude [Peggy Faye]

80 Mini thème : Oscillation métamoderniste

Perspective

82 Récit de voyage en l’art métamoderniste de Shia Labeouf [Teklal Neguib]

Dialogue

88 Aborted Metamodernist Dialogue [Teklal Neguib]

Philosophia

94 Letter from a broken (he)art [Teklal Neguib]

D’arbres et de pierre

96 Blue Monday [Frédéric Javelaud]

106 Photographies sans appareil [Damien Dutrait]

112 Des arbres, je ne connais rien [Naoufel]

118 Arboretum urbain [Thierry Kerspern]

Francophonia

134 Mohamed Elkeurti

138 Frédéric Lucas

142 Laure Bolatre

Découvertes

146 Dans la bibliothèque [Teklal Neguib]

148 Jeu poétique digital / Digital poetry game

150 Contributeurs

152 Appel à travaux (février 2015) / Call for works (february 2015)

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 3


Denis Rouvre au LiFE :

portraits et identité

Photographe très apprécié, Denis Rouvre prend possession

de l’alvéole 14 de la base sous-marine de Saint-Nazaire,

pour un moment d’émotions et de questionnements.

Denis Rouvre, Des français... Identités, territoires de l’ intime (2013-2014),

installation au LiFE – Ville de Saint-Nazaire, 2015 .Photo Marc Domage

4

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art


par

teklal

néguib

Artiste né en 1967, il est connu pour ses portraits

de célébrités, notamment à Cannes en 2011 et

2013 pour le Festival. Mais délaissant quelque

peu ce travail, il se consacre depuis quelques

années à une recherche plus personnelle.

Parti à la rencontre de ce qu’il nomme les « figures héroïques

», il photographie l’extraordinarité de gens ordinaires,

en France ou à l’étranger. Qu’ils soient Kanaks,

Sâdhus ou Sumo, tous passent sous le regard pénétrant de

Denis Rouvre. Pénétrant, mais respectueux de l’intime, de

ses sujets.

Il s’agit là d’une approche sensible de la personne photographiée,

ce que l’on retrouve dans la série présentée au

LiFE.

Exposée sous la forme d’un montage vidéo/son, l’œuvre

Des Français… Identités, territoires de l’intime nous parle

d’individus dans la complexité de leur être, de ce qui les

définit, ou plutôt, tels que eux-mêmes se définissent.

Ne cherchant pas à masquer leurs « défauts » physiques,

Denis Rouvre envisage plutôt ces derniers comme étant la

marque, ou montrant l’individualité de chacun. Il s’attache

aux rides, aux visages marqués, comme étant le livre de la

vie de la personne photographiée.

Un livre ouvert qui est déployé sous nos yeux, magnifié

par la douceur du regard du photographe, qui ne juge jamais.

Les ayant tous photographiés selon un même rituel, un

peu à la manière du protocole qu’utilisait Alphonse Bertillon,

pour ses photos d’identité judicaires –comme l’a

expliqué Sylvain Maresca, lors de sa conférence Le portrait

photographique, en image et identité le 4 février- Denis

Rouvre s’est attaché à faire converser ses sujets sur leur

identité : c’est quoi être français pour eux ?

Les réponses présentées en fond sonore, pendant que se

déploie la photographie du narrateur, sont aussi variées qu’il

y a d’intervenants. De la magie d’être français, un et multiples.

Des français dont les ancêtres ont toujours été issus

des territoires métropolitains, à ceux venus d’ailleurs, en

passant par les métis, issus d’ici et de là, l’exposition montre

toute l’extraordinaire variété d’un peuple en mouvement.

Face à cette question hautement complexe, chacun a

apporté ses réponses, avec ses mots et ses maux. Certains

ont mal à leur France, cependant que d’autres sont en harmonie

et paix avec celle-ci. Quand d’autres encore sont

français au-delà même de la question du territoire France.

Et que certains se révèlent incapables de définir leur identité,

et considèrent qu’ils n’en ont pas ou qu’alors, même à

un grand âge, elle n’est toujours définie, et ne le sera sans

doute jamais. Car oui, au fond, qu’est-ce qu’être Français ?

La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le

vernissage de l’exposition a eu lieu le lendemain des attentats

ayant vu la mise à mort de dessinateurs, chroniqueurs,

policiers… d’un journal que l’on a voulu assassiner. Mettre

en perspective les paroles des personnes interrogées

avec la manifestation du 11 janvier. Se demander ce que

ces mêmes personnes auraient répondu le jour du vernissage,

puis le 11 février, puis aujourd’hui. Voilà en filigrane le

questionnement qu’impulse cette série au regard des évènements

récents.

Auraient-ils utilisé les mêmes mots ? Auraient-ils ressenti

les mêmes maux ? Se seraient ils sentis plus ou moins

français ?

Les attentats ont résonné en nous comme une blessure

profonde, et j’ai ressenti cette exposition comme une part

du soin, que chacun d’entre nous, nous apportons. Un cri

d’amour, parfois aussi de colère envers cette identité si

forte, que la Révolution en disait que tout homme libre est

français.

Mais alors, c’est quoi pour vous être français ?

LiFE

Des français… Identités, territoires

de l’intime

Réalisation : Denis Rouvre

Montage : Julien Paris

Exposition : 9 janvier > 15 mars 2015

Entrée gratuite

Mercredi > dimanche • 14h > 19h

Base sous-marine

Alvéole 14

Boulevard de la Légion d’honneur

44600 Saint-Nazaire - France

Tél. : +33 (0)2 40 00 41 68

lelifesaintnazaire.wordpress.com

Denis Rouvre

Livre : Des Français… Identités,

territoires de l’intime

de Denis Rouvre,

Somogy Editions d’art.

rouvre.com

Extrait de l’installation (35')

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art 5


kieran

wall

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art


Je veux voler l’éternité,

Me l’apprivoiser en esclave ;

Cette impalpable ubiquité,

La veux porter en laticlave.

Je veux incarner le baroque,

Etre le voleur de l’Instant,

Le dépeindre dans sa défroque,

Fixer son goût inconsistant.

Je veux faire exister l’odeur

De ces souvenirs de tendresse,

Et partager avec ardeur

Le bien de tes tendres adresses.

Je veux l’existence future

De celui qui peut esquisser,

Seul maître de sa tessiture,

Un réel vraiment éclissé.

Je veux voler tous les instants

Qui dans l’esthétique se perdent ;

Je les veux rendre résistants

à ces années qui nous emmerdent.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art 7


L’air léger s’épaissit ;

L’hygrométrie relève

Le fond de l’air rassis

D’un vrai parfum de trêve.

La pluie, battante vive,

Cet espoir fabuleux,

Le fond de l’air ravive

D’un parfum nébuleux.

8

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art


Sous la lune riant,

Sémillante ordinale,

Sont les plantes brillant,

Leurs verdures banales.

Mensongers et fuyants,

Le temps et ses dédales

Cachent en fourmillant

Le très simple scandale

De la vie pétillant

La misère abyssale.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art 9


José

Le Moigne

Être Créole

& Breton à la fois

Lorsque j’étais enfant, adolescent et même un

jeune adulte, je me voulais Breton, sans aucune

restriction, sauf que j’avais la peau brune et

refusais, avec la dernière des énergies, de revenir

sur cette part de moi qui, quoi que je fasse et quoi

que je puisse écrire, me distinguait. Né à Fort-de-France,

d’une mère Martiniquaise et d’un père Breton, mais arrivé

à Brest à l’âge de deux ans, l’adaptation n’a pas été facile.

Mon enfance fut mutique, sans doute que mes larmes,

incessantes à ce que l’on m’a dit pendant les quinze jours

que dura le voyage, avaient asséché mes paroles en même

temps qu’elles effaçaient ma langue maternelle, le Créole.

L’école me dénoua. Une fois mise au placard les remarques

enfantines — plus imbéciles que racistes —, je devins, pour

chacun, un véritable petit Zef ; Ti Moign pour les copains.

Un seul bémol, de taille cependant, à l’heure des festoù

noz, l’interdit n’était pas négociable, je m’évinçais du cercle.

Non que je fusse incapable d’enchaîner comme les autres

gavottes et laridés, mais cela me semblait une incongruité.

J’étais Le Breton noir, titre de l’une de mes chansons ; la

nuance me paraissait de taille.

Pourquoi écrire cela alors que par mon métier, éducateur

puis directeur au Ministère de la Justice — Protection

Judiciaire de la Jeunesse —, j’ai traversé la France de long

en large, m’adaptant plus ou moins, le plus souvent avec

facilité, j’habite maintenant, pour partie en Belgique et pour

l’autre en Bretagne, à Plourarc’h où personne n’examine

la couleur de ma peau ? À Plourarc’h où, bien que je ne

comprenne pas davantage ma langue paternelle que je ne

parle le Créole, chaque jour, comme si la chose allait de soit,

on me hèle en Breton ! Au risque de faire rire, l’explication

me semble simple. Il m’a fallu attendre d’avoir passé 30

ans pour retrouver la Martinique ; mais ce jour-là, à peine

avais-je posé les pieds sur ma terre natale que je m’y suis

fondu, avec autant d’authenticité, aussi étroitement que

je me mêle à la roche celtique. Vrai Breton en Bretagne,

Martiniquais en Martinique, puis-je pour autant m’affirmer

biculturel comme d’autres sont bilingues ? Les choses ne

sont pas si simples. Il n’est pas rare qu’elles se bousculent

dans ma tête. Écrire devient alors pour moi le seul moyen

de refuser l’incomplétude, de fuir la déshérence, le seul qui

m’ait été donné pour faire litière à l’idée même d’une seule

trahison. J’ai vieilli. Bien que cette vision de moi m’ait aidé

à grandir, je ne suis plus Le Breton noir. En Bretagne tout

comme en Martinique — et aussi en Belgique — je suis

Créole, tout simplement Créole. Voilà ce que je m’efforce de

dire dans mes romans, dans mes poèmes et mes chansons.

Je ne suis pas de nulle part, mais je puis être de partout …

le temps de revenir.

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art


Je ne crains pas les arbres

j’ai l’impatience dure

aux lisières du souffle

je guette ton silence

sauras-tu reconnaître

la fracture de vie

N’am bez ket aon rak ar gwez

hiraezhin kalet a ran

war vevenn de alan

e c’hedan ‘c’hanout da devel

ha goût a ri an’veza

frailhar vehez

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art 11


teklal

néguib

Haïkus du Château

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art


Ressac des vagues,

Arbres dansant sous la bise,

Je respire la mer.

Canard qui rigole,

Ours pataud,

Je m’amuse au château.

Musique d’ambiance,

Canapé moelleux,

Je sirote mon verre.

Soleil couchant,

Ciel irisé, bijou de lune

Dans la fraîcheur d’un soir d’été.

Heure qui tourne,

Le château paisible s’endort,

Je pars me coucher.

Extraits d’un recueil de poèmes en cours de création.

Le château dont il est fait référence est le Château des Tourelles

à Pornichet. Il s’agit de haïkus, créés au Château,

et/ou inspirés par celui-ci.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - l.art 13


gérard

artal

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


Désarroi

J'ai longtemps occupé le fond d'un conte étrange

En y cloîtrant mon cœur sa joie et ses tourments

à l'intérieur obscur tel un nid de mésange

Dans un buisson discret bondé d'attachements

Puis posé mes quatrains aux gorges d'un dédale

Mon passé dans un voile à l’œuvre de l'oubli

Tout immergeait en moi l'agitation mentale

Du sort qui me liait au pouvoir affermi

Ayant atteint le but à ce jour je m'incline

La rime est sans écho et n'ai plus de vision

Qu'à présent déconfit la plume libertine

Y traîne mon décor sans plus grande illusion

Aux fards du potentiel abondent les chimères

Où notre temps s'égare il s'enchâsse en ses rets

Animé des éclats des porteurs de bannières

J'effeuille mes espoirs jusqu'aux derniers rejets

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 15


Le déclin

Une pensée soudaine a repris ton image

En silence au plus bas du puits des privations

Assoiffé de frissons je fouille à l'avantage

En mes rêves noyés dans nos folles liaisons

Je te vois éployée empressée de me tendre

Tes jeunes seins d’airain si chers au souvenir

Selon l'instant obscur du supplice à dépendre

De tes chairs soutenues flagellants mon désir

Coiffée du voile blanc recluse et singulière

à l'occulte sofa je t'ai vu murmurer

Tes chimères d'enfant en chasse aventurière

De brûlante façon aux impulsions d'aimer

Si le cœur bat toujours j'ai perdu la jouvence

Hélas en vain l'effroi s'agite ma raison

à l'excès être épris puis sombrer d'abstinence

Voir le corps du bourreau et souffrir l'affliction

Il est l'heure du temps de parer mes faiblesses

Cet instant sous le vent au reflux des sanglots

Restent déserts mes ans ensablés de caresses

De l'amante d'antan le martyr est sans. mots

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


La foi rebelle

La chandelle allumée sur un excès de foudre

Me suis brûlé une aile et maintenant voilà

Que la foi est rebelle au regret me résoudre

Il n'est rien de plus terne et je suis au plus bas

Mais que veut dire aimer si on ne sait le vivre

Ce verbe généreux qui touche nos esprits

Il traite d'attentions et son bonheur à suivre

De constantes douceurs tout fuyant les conflits

Le miel est un trésor et rien n'est comparable

Si ce n'est la chaleur des feux du grand frisson

Les fougues de l'amour embrassant l'accordable

Qui rend l'être serein son âme en concession

Mais dans le plein revers vont les plaintes amères

Virant dans le parcours jusqu'aux rapports fielleux

Quand la brise a passé emplie de leurs colères

S'effacent les affronts comme étrangers des vœux

J'ai toujours su chérir à ma grande faiblesse

Pour gagner l'infini des cœurs en communion

Je médite la suite à vaincre la détresse

Les sortir de l’abîme acquittant l'addition.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 17


keedy

marmye

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


THE BULLY

brown child blue

greed of the white collar so cruel

fading earths green

only gold is seen

poor

papa's anger reddens

beaten dull and grey mama deadens

baby starving breasted cream

everybody living a black dream

blind

the bully doesn't know

the child is really a

r a i n b o w

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 19


10 GREEN BOTTLES

10

green bottles

hanging on the wall

if dad drinks them all

he’ll accidentally f

a

l

l

3, 4

hide behind the door

got to be nimble

got to be quick

or else you’ll get whipped

with the jug cord or stick

That’s my old man

he plays

6

he beats us hard out

when he aint got his fix

it’s always raining

it’s always pouring

when Daddy’s drunk

and always snoring

7, 8

Dad wakes up late

then my old man

he played

11

he played knick knack on me

now I’m in heaven

cos all the kings horses

and all the kings men

couldn’t put me

together again

9, 10

never to start again

20

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


9, 10

never to start again

two halves dont make a whole

this is your sister

they said

half of us knew

that she

wasn't a full

the other half

happy

to simply

play

the fool

its easy

to believe

a half truth

than a

whole

but

it set her a-p-a-r-t

she felt like a half

and not a whole

a half

with a part

that had a hole

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 21


evelyne

charasse

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


Dans

Le bois

De l’ogre

Je sème

Des graines

De cailloux

Ceux

Qui dissolvent

La nuit

La nuit

Me met

Au secret

L’aube

En brise

Les scellés

Chaque matin

Déposer

Un peu

De rose

Sur les joues

Du ciel

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 23


abdelattif

bhiri

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


Le souffle

Ton souffle me berce tel un zéphyr

Nourrissant tous mes rêves et les sainfoins

D’une liqueur prodiguant mille soins

Etincelants comme de vrais saphirs

Quand tout autour de moi s'enténèbre

Ton souffle m'épargne cette asphyxie

Quand mes vains maux me déséquilibrent

Alors, il m’inonde d’ataraxie

Ton souffle rassure un cœur qui tremble

Dont la peur est portée à son comble

Si ce n'est ta présence, délivrance !

Ton souffle en tant qu'une source pérenne

S'irradiant avec large exubérance

Pour m'offrir une vie vraiment sereine !

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 25


Regard !

De tes beaux yeux couleur de jais

Fusant d’un monde cristallin

Je hume un souffle du Séraphin

Antidote aux tourments que j'ai !

Regard semant un plein désir

Regard aux vertus balsamiques

Regard aux tons hédonistiques

M'offrant des plaisirs à loisir!

Regard caressant tous mes rêves

Meublant l'univers de délices

J'ose y percevoir des prémices

D'un amour qui grandit sans trêve!

Regard résumant tous les mots

Tant son charme est très saisissant

Miroir de ton cœur ravissant

Chassant tristesse et tous les maux!

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA


Un amour simple !

Entre ombres et lumières

Vacille mon cœur sans complainte

Entre l'effusion des sens, éclaire !

Ne souffrant point de feinte

Entre le vertige des sensations

Le parfum des rêves suspendus

Entre le délire des quatre saisons

S'affole mon âme au désir étendu

Entre la lune snobant les étoiles

Jaillit ton spectre éblouissant

Entre le soleil caressant les pétales

Ton amour est un nectar nourrissant

Entre la morosité et l'amertume

D'un quotidien fatalement régulier

J'apprivoise ma frêle plume

Pour meubler mon spleen journalier!

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - POESIA 27


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RoAdS - Christophe Chavaroc (AKA. Curiousplash)

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


dossier

d'exploration

sur la route

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 29


cie

les planches

et

les nuages

sur la route...

/ auf der strasse...

30

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route… des Vignes - Région de Saillon/St-Pierre-de-Clages - Sandrine Brunner

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 31


Sur la route… du Glacier - Région Evolène/Ferpècle - Sandrine Brunner

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


‘‘ Regarder les paysages à travers le cadre et la musique,

n’ importe où, très fort Purcell, Ô Solitude.

La musique nous quitte, part dans les prés,

les paroles des chansons on les laisse derrière entre les peupliers couchés.

Sous le soleil ou la pluie, le jour, la nuit traverser ces villes à peine connues,

ne pas s’arrêter, être nulle part. ’’

Béatrice Monnard

in Des oiseaux et des voitures - éditions de l’Aire - Vevey - 2013

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 33


Sur la route… d’Italie - Région de Bourg-St-Pierre/Col du Grand-St-Bernard - Damien Richard

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route… d’Italie - Région de Bourg-St-Pierre/Col du Grand-St-Bernard - Damien Richard

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 35


Sur la route… d’Italie - Région de Bourg-St-Pierre/Col du Grand-St-Bernard - Damien Richard

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route… du Glacier - Région d’Evolène/Ferpècle - Sandrine Brunner

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 37


Sur la route… du Haut - Région de Raron/Leuk/Brig - Damien Richard

38

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route… du Haut - Région de Raron/Leuk/Brig - Damien Richard

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 39


Sur la route… d’Italie - Région de Bourg-St-Pierre/Col du Grand-St-Bernard - Damien Richard

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route… d’Italie - Région de Bourg-St-Pierre/Col du Grand-St-Bernard - Damien Richard

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 41


Sur la route… d’Italie - Région de Bourg-St-Pierre/Col du Grand-St-Bernard - Damien Richard

‘‘ Celui qui marche a toujours un rêve d'avance. ’’

Jérôme Meizoz

in Fantômes – éditions d'En Bas – Lausanne – 2010

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route… du Lac - Région de St-Gingolph/Le Bouveret/Vouvry - Sandrine Brunner

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 43


gérard

artal

l' h é r i tag e

On le dit vagabond celui qui, pas rasé, mal lavé, le baluchon sur le

dos sillonne les routes à la recherche de la véritable liberté...celle

de vivre pleinement son ère jusqu'à s'user marginalement dans

l'aventure. Une errance sur l'asphalte qui s'est attachée à enrichir

le mythe américain et sa suite chez les branchés de cette

religion novatrice aux émotions des années 60. Germait le mythe Beatnik au

refus des valeurs coutumières pour cette nouvelle souche montante... la beat

génération, ce courant précurseur de celui des Hippies aux ambitions de lutter

contre le matérialisme et avide d'un pouvoir libertaire radical. La paix et

l'amour seront chantés par cette jeunesse aventureuse américaine et suivie

sur les continents comptés, engagée dans ce mouvement de contre-culture

qui rejetait la société de consommation mais encore les coutumes de vie

des générations qui les précédaient. Ils bannissaient l'agressivité dans toutes

les formes de violence et tout prônant la modération ils louaient la liberté

jusqu'à celle sexuelle.

La fuite en avant dans cette décennie de contestation sur une route autre

que celle du conformisme et la soumission de tous pouvoirs. Fuir cette société

de l'anéantissement, celle de la consommation et celle des conventions. Fuir

l'autorité parentale et celle de la posture qui ne serait pas de leur convenance.

Sur la route ils pouvaient ainsi cueillir et inhaler cette fleur de paix, le

symbole de la pensée idéologique de la non-violence. Les médias les

avaient baptisé « Flower Child », les enfants de la fleur... de préférence celle

qui produisait le pollen ou les feuilles qui touchaient leurs levées sensorielles

pouvant ainsi rêver à ce nouveau monde élevé au-dessus du réel. Le

Beatnik représentera par la suite une génération de crédules déjantés sur

une route sans issue reprise par le rayonnement d'un bouddhisme pratique

venu contrer le Béat dérivant aux bénéfices des pouvoirs en place.

Le malaise des jeunes de cette odyssée aura inspiré le domaine artistique,

écologique, et ainsi nous laisser un profitable héritage culturel.

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


Sur la route

Vaguer l'obscur asphalte en errante foulée

Sous le dais d'une nuit le silence tout bas

Singulière démence et austère pensée

Je baloche mon sort au néant de mes pas

Et règne le bonheur d'apparence sévère

Fantasque solitude au bienfait plein d'effroi

L'âme va l'étendue traînante et coutumière

La face au clair de lune et le cœur en émoi

Se devine au plus loin l'âcreté d'une essence

Relents de mon enfance allez-vous en de moi

Mes ans fuient de l'appui tout tenant la cadence

Fleurir en vain le temps où s'égare la foi.

Tout est un faux miroir que le mésaise endure

Il reflète beau monde à ses rudes tourments

Qui touchent la misère à la grande envergure

Je loge sur la route et m'illustre d'arpents

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 45


Christophe

Chavaroc

aka.

curiousplash

roads

No man's land

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 47


Nightbag

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Basilicata

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Fat old sun

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Sheep

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(F)lake

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Cover

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Whitelight

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Here

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Cows

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dry sun

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Connected

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Torre Bianca

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jacques

cauda

cut up

sur la route

de la peinture

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nombreux goûts des langues remplies d’eau

dans des pots fixés avec des pinces métalliques

il suffit de déplacer le chevalet outil désuet

tout en jetant un œil fermé l’autre ouvert à

l’intersection

de la ligne d’horizon et du modèle à surfigurer

qui tient à bout de bras

bel objet de la verticalité

plus loin

il y a des bleus des blancs maquillés et des

angles faits avec le corps du modèle qu’on

retrouve partout entre les doigts au bord du

cadre ou encore sur une chaise située de l’autre

côté du chevalet

dans le cas où le modèle est quasiment seul

visage tourné vers le cadre comme endormi les

paupières closes

le moindre geste quel qu’il soit vieillit celui qui

le surprend d’un nombre d’heures équivalent

à celui qui prend la pose mais par souci

d’équivalence il (le modèle) ne rencontre sa

surfigure qu’après avoir posé et encore

à quoi il faut ajouter

des vides

des creux au sens charnel

qui viennent en avant danser

sur la pointe des soies

graviter à rebrousse-poil

comme échappés des eaux

et beaucoup de temps reposé pour atteindre

son reflet vu et revu comme hameçonné dans le

cadre

pendant ce temps-là le dit modèle s’empêche de

vider son temps de vie par les pores qu’il aime

montrer sans pudeur

se faufile dans les pupilles

puis sans transition

nec nuda minus formosa videtur

avec du vivant du mouvement par veines

semble-t-il

et de la dimension lorsqu’on décrit

mais pour l’heure entre les pinces métalliques

et les pots remplis d’eau le modèle maintenant

surfiguré pousse le ciel en plomb contre le cadre

de la toile en train de se faire

et chacun voit dans cette surfigure

l’accomplissement des langues dont il a été

question dès le commencement

puisque le cadre est rentré dans la danse

nous voici (il y a des bleus des blancs maquillés

et des angles faits avec )

à l’instar des tissus ces écailles

qui sont à la peau en surface

et bientôt des mains

sur le rectangle de lin cru

plus loin

par l’âme du couteau et du pain

modulant le mot d’aimer les mouvements

ondulatoires doucement comme silences

tombant blancs

nombreux goûts des langues remplies d’eau

le châssis ce quadrille entendu

cette table où manger la peau

les veines et le mouvement du sang

pris dans un fin treillis

de fils engendrés par les ondes

de la danse qui devient épaisse

il se fait des vides

il se fait

des creux au sens charnel

qui viennent en avant danser

sur la pointe des soies

graviter à rebrousse-poil

comme échappés des eaux

toujours en mouvement sur le tendu

de la toile de lin

mailles à partir du modèle

enfin délivré de lui-même

on le voit bien

avant comme apprêt

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 65


66 L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


manuel

atreide

rebel

scum

Parler de la Beat Generation, c’est avant tout parler

de rébellion. Nous pouvons parler à foison des

références culturelles de ce mouvement littéraire

et artistique mais ce qui le distingue de bien

d’autres courants, c’est sa profonde résonance

avec un certain nombre de mouvements sociaux.

La Beat Generation naît après la seconde guerre

mondiale aux USA. Le pays est vainqueur, riche, la société

de consommation offre à la classe moyenne un niveau de

vie que seuls les plus privilégiés avaient jusque-là goûté.

Vingt ans après la grande dépression, les Etats-Unis

connaissent un âge d’or. Pourtant, la Beat Generation, dans

cette décennie d’opulence, se voit comme une génération

perdue, brisée, larguée.

L’opulence matérielle que connaît la classe moyenne

américaine des années 50 cache en réalité une société très

fermée qu’une partie de sa jeunesse rejette. Après une

courte période de décélération des dépenses militaires

après la seconde guerre mondiale, la tension croissante

entre les blocs de l’Ouest et de l’Est conduisent les USA à

se lancer dans une course aux armements en même temps

que la paranoïa grandit dans le pays à propos de la menace

communiste. Les USA sont certes devenus riches, mais se

rêvent comme un pays de capitalistes blancs protestants

et hétérosexuels. Les minorités n’ont aucune place.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route 67


Dans une société que leurs parents, qui ont gagné la guerre

contre le monstre nazi, forgent à leur convenance, que

peuvent bien faire les jeunes des années 50 ? Se rebeller

bien sûr. Pour la majorité, le jazz puis le rock ainsi que les

diverses luttes contre toutes les formes de ségrégation

raciales et sociales vont fournir un cadre suffisant pour

cette rébellion juvénile. La Beat Generation va aller plus loin.

Dans l’espace d’abord. Les USA sont un pays-continent

mais l’urbanisation rapide du pays concentre la population

– et surtout la classe moyenne – dans les mégapoles en

cours de constitution. La Beat Generation va réinventer

le rêve américain de l’ouest, notamment au travers

du mythique livre de Jack Kerouac, Sur la Route, que

l’auteur écrira en trois semaines en 1951. Il y relate divers

voyages d’est en Ouest, ainsi qu’au Mexique. Alors que les

américains découvrent les joies du voyage en avion, la Beat

Generation va elle, ramper au sol et partir à la découverte

de l’immensité du pays.

Par l’esprit ensuite. La Beat Generation rompt en partie le

consensus social sur les drogues et reprend le mouvement

d’exploration des substances hallucinogènes comme

source d’inspiration artistique tout autant que comme

moyen de fuite d’une réalité trop étriquée.

Mais c’est surtout dans la rupture des conventions

morales puritaines que la Beat Generation va devenir

emblématique. Ce rejet de la morale n’est pas une

construction collective mais résulte plus des individus

phares du groupe. Jack Kerouac, très libéré sexuellement,

se mariera trois fois et aura un certain nombre d’amants.

Lucien Carr, bisexuel, sera accusé, jugé et condamné pour

le meurtre de son amant David Kammerer. Jack Kerouac,

l’aura aidé à dissimuler l’arme du crime. Allen Ginsberg

est l’auteur de Howl, un poème qui vaudra un procès à un

libraire de San Francisco en raison du caractère « obscène »

du texte.

La Beat Generation a porté ce thème de la libération

sexuelle. Dix ans avant le mouvement hippie – qui se

réclamera en partie de la Beat Generation, les beatniks

renvoient l’Amérique d’Eisenhower à ses contradictions :

le « pays de la liberté » ne l’est pas en matière de mœurs.

Mais la Beat Generation, aux prises avec l’expérimentation

des drogues, va échouer à transformer en profondeur la

société américaine. Ses membres les plus importants

vont certes influencer plusieurs générations d’étudiants

mais n’arriveront pas à pénétrer les foyers – et surtout la

mentalité – de la classe moyenne.

Le flambeau va être repris par les mouvements de

libération des minorités sexuelles des années soixante-dix

et quatre-vingt. Les émeutes du Stonewall Inn de 1969, au

cœur de Greenwich Village, un des lieux emblématiques

de la Beat Generation, vont illustrer avec éclat cette

oppression que vivent les minorités sexuelles américaines.

Cette mécanique d’oppression, Ginsberg l’avait moquée et

provoquée treize ans auparavant dans Howl. Harvey Milk

et son combat pour une représentation politique des LGBT

à San Francisco dans les années soixante-dix sont aussi

une continuation et une extension de la Beat Generation.

La métropole de Californie du Nord est en effet devenue

une capitale de la contre-culture avec le mouvement San

Francisco Renaissance auquel a participé, entre autres,

Allen Ginsberg.

Le lien entre les beatniks des années 50 et la génération

SIDA est tout aussi évident. L’irruption de l’épidémie au sein

de la communauté gay de New York vient frapper en plein

cœur une partie de l’intelligentsia américaine du début des

années quatre-vingt. Les leçons de la Beat Generation ne

seront pas oubliées : la contestation politique peut se nourrir

de la créativité artistique et l’artiste engagé politiquement

peut avoir une parole dévastatrice d’efficacité.

Certes, les beatniks ne sont pas en première ligne dans la

bataille contre le SIDA mais Act-Up, par bien des côtés, est

un enfant de la Beat Generation. Reprenant à son compte

la révolte, ce mouvement politique est l’expression, trente

ans après, du même sentiment de génération perdue,

abandonnée, massacrée. Act-Up mêlera tout aussi

brillamment les revendications politiques et sociales avec

l’art, notamment le street-art. L’agit-prop, héritage des

années hippies viendra donner au mélange un impact que

les politiques et les médias reconnaîtront rapidement.

Et maintenant ? Soixante ans après, que reste-t-il de

la flamboyance de la Beat Generation ? De sa créativité

débridée, de son refus de vivre dans une société cadenassée

par les préjugés et le conformisme ? À vrai dire, pas grandchose.

Les révolutions conservatrices initiées dans les

années soixante-dix et quatre-vingt ont profondément

rebattu les cartes sociales. Les contre-cultures ont pris un

coup de vieux et les zadistes des années deux mille dix ont

maintenant bien du mal à apparaître comme l’avant-garde

sociale et politique d’une société pétrifiée par la peur du

chômage et du terrorisme. Les mouvements LGBT euxmêmes

ont vieilli.

J’avoue, mon regard se tourne vers le monde trans’.

L’invention d’un autre futur est là, chez ces hommes et ces

femmes à qui la société nie jusqu’au droit d’être. Au-delà

des horreurs subies, les trans’ réclament un monde qui leur

permettra de prendre toute leur place. Cela passe bien sûr

par de fortes revendications sociales : contestation d’un

monde divisé entre deux sexes et deux genres, définition

fluide de l’humanité, refus des divisions homme/femme.

Cela passe aussi par un mouvement artistique et littéraire

dont nous ne voyons pour le moment qu’une infime partie.

Tout comme la Beat Generation, l’humanité trans’ rejette

une société conformiste confortable pour la majorité. Tout

comme la Beat Generation, cette humanité repart aux

sources. Au travers des luttes pour l’égalité de leurs droits,

de leur représentation au cinéma, de leur place dans les

médias, de leur appartenance même au mouvement LGBT,

les trans’ questionnent le monde actuel et le défient de

regarder dans le miroir.

Ce faisant, elles/ils le réinventent.

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - dossier d'exploration : sur la route


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Anheung, Corée du Sud, mai 2010

peggy

faye

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Camargue, France, novembre 2012

plénitude

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Gaspésie, Québec, septembre 2010

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Alice Springs, Australie, mai 2013

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Swansea, Tasmanie, mai 2013

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Gaspésie, Québec, août 2014

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Coin-du-Banc, Québec, août 2014

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Kata-Tjuta, Australie, avril 2013

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Blue Mountains, Australie, mai 2013

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Alice Springs, Australie, mai 2013

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mini thème

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste


oscillation

métamoderniste

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Teklal

Neguib

Récit de voyage

en l’art métamoderniste

de Shia Labeouf

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste perspective


Je m’en rappelle encore, de ce moment, où j’ai découvert

l’artiste Shia Labeouf. C’était un matin de

début février 2014. Il ne faisait pas chaud. Nous

étions en semaine. Et il faut bien l’avouer, je serai

bien restée sous la couette. Mais ni une ni deux,

il fallut bien se lever. Je commençais à m’habiller, tout en

écoutant la radio. Une musique, puis les infos. J’étais debout,

au pied du lit, en train d’essayer de mettre mes collants.

Et là, soudainement, la radio m’apprit qu’un acteur du

nom de Shia Labeouf s’était présenté sur un tapis rouge

pour le film Nymphomaniac, avec un sac en papier sur la

tête, sur lequel était inscrit « i am not famous anymore ».

Ce fut comme un coup de poing en pleine figure. J’en trouvais

cela tellement intéressant que j’en laissai choir tous

mes vêtements.

Et ce fut le début d’un drôle de voyage…

En effet, la première chose que je me suis dite, c’est que

cet acteur, un quasi inconnu pour moi, posait les bonnes

questions, mais qu’en plus il les posait bien.

Tout ce que je savais de lui à ce moment-là, c’était son

prénom et son nom (et encore, je n’avais retenu ce dernier

que parce que c’est un nom cajun [je suis française] qui

plus est bizarre), qu’il était brun, et qu’il avait joué dans

Transformers. Un quasi inconnu, comme dit précédemment.

Surtout que, Transformers, c’est le genre de film qui

ne présente aucun intérêt pour moi, que je ne vais pas voir,

dont les acteurs ne m’intéressent pas du tout, et du coup je

ne leur prête strictement aucune attention.

Ceci dit, comme je ne suis pas à une contradiction près, je

suis quand même allée voir Transformers 4, et j’ai même vu

RIPD (si çà, ce n’est pas de l’ouverture d’esprit !).

Bref, pour dire les choses telles que, je ne savais rien de

lui, à part qu’il jouait dans des films ne présentant aucun

intérêt à mes yeux. Du coup, je partais, on peut le dire, avec

un a priori plutôt négatif. Mais cette information, ce matinlà,

a aiguisé ma curiosité, tant je trouvais sa démarche de

très grande qualité.

Cela mettait en jeu, de nombreuses questions au regard

de l’identité, qui est mon champ de recherches artistiques.

L’artiste en moi fut enthousiasmée. En effet, il questionnait

le concept de célébrité, tant pour les artistes ayant

« prouvé » leur mérite (par un travail artistique d’acteurs,

artistes visuels, chanteurs, etc…) que pour ces célébrités

instantanées que sont les « stars » de la téléréalité. Sa fugacité,

sa folie, ses côtés positifs, mais aussi et non des

moindres, ses éléments négatifs (être scrutés à longueur

de temps, pour chaque activité, l’agressivité de certains, la

jalousie, son côté montagnes russes, sa perversité). Toutes

ces choses que le film Maps to the stars de David Cronenberg

a su si bien raconter (excellent film soit dit en passant).

Sa démarche interrogeait aussi sa place d’humain dans sa

célébrité, sa propre place d’être sensible, avec ses fragilités,

ses bêtises, ses erreurs, ses réussites, sa quête, aux prises

avec ce statut de « famous people »

Quel droit à l’erreur pouvait-il lui être accordé quand

chacun de ses gestes est vilipendé instantanément sur

toute la planète ?

Avec son sac en papier sur la tête, il était un artiste en

grève de sa propre célébrité, en révolte contre cet enfermement,

qui fait de vous un objet et une image, sans âme,

sans vie, et non plus un être, dans toute sa complexité. Ce

sac sur la tête était un appel pour la liberté via un enfermement

par refus d’un autre enferment dans un monde

apparemment libre…

Refuser de jouer le jeu de la célébrité pour retrouver sa

propre liberté, dans un anonymat, qui lui est refusé. Une

disparition de la célébrité pour une renaissance en tant

qu’être. Un refus de donner son corps en pâture, pour se le

réapproprier. Faire disparaître la célébrité pour reconquérir

l’humain, se débarrasser de l’irréel au profit d’un retour du

réel.

C’est en cela d’ailleurs que l’utilisation du sac en papier

est intéressante, en ce qu’il bloque la communication. Il est

un rempart, un refuge, face à cette dernière, cette communication

dévoyée des temps modernes, qui chosifie les

célébrités, pour n’en faire que des objets. Ce sac cache le

visage de l’artiste, ce reflet de l’identité, de l’individualité.

Ces yeux étaient à moitié mangés par le sac. Invisibilisé, le

reflet de l’âme. Une volonté de se cacher, de retrouver sa

part intime, humaine.

À mon sens, sa performance allait d’ailleurs bien audelà

de la problématique de la célébrité, car à l’époque

d’internet, des réseaux sociaux, et a fortiori pour notre génération,

la question est surtout de savoir si nous avons

encore la main sur notre part intime, sur nous-mêmes, sur

notre être.

Shia Labeouf était donc là, sur son tapis rouge, son sac

sur la tête, représentant générationnel de ce mouvement

de révolte contre la réification de l’humain.

Travaillant personnellement sur la place de l’humain dans

le monde contemporain, je ne pouvais qu’être intéressée,

séduite, par cette démarche, ce happening, cette déclaration

de guerre au travers d’un sac en papier.

J’ai donc décidé à ce moment-là de suivre son travail.

Mais encore fallait-il en déterminer la méthodologie. En

effet, face à l’incompréhension (au mieux) voire au pire,

l’agressivité des médias, qui le ridiculisaient ou carrément

le clouaient au pilori tout en essayant de le faire passer pour

fou (sic, re-sic, et re-re-sic), la question était donc pour moi

de réussir à trouver un moyen d’ « entendre » son travail,

sans être parasitée par la lecture que les médias pouvaient

en faire. Rien que la présentation par la radio ce matinlà

de I am not famous anymore me confronta directement

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste perspective 83


à cette problématique. Etre toute ouïe au message, pour

l’écouter sans a priori, voilà quel était mon désir profond.

J’ai donc fait un choix qui pourrait paraitre étrange, bizarre.

Plutôt que de suivre précisément et systématiquement

son travail, j’ai décidé que dans un premier temps

(sur plusieurs mois), j’allais n’en écouter, n’en suivre que

l’« écume ». Pour prendre la métaphore du bateau, non pas

suivre le bateau lui-même, mais la trace d’écume qu’il laisse

dans son sillage, afin de ne me concentrer que sur le chemin

suivi et non être distraite par le brouhaha alentour. J’ai donc

décidé de ne suivre, de n’écouter que les empreintes, les

traces des performances qu’il allait réaliser, pour ne surtout

pas me laisser envahir par le point de vue des médias, ce qui

était ma crainte principale. Ne surtout pas laisser pervertir

mon regard, par celui des journaux. Ce suivi de loin de son

travail est ce qui m’a permis de forger ma propre opinion

sur celui-ci, de pouvoir bénéficier de tous les questionnements

que celui-ci provoquait, et qu’en tant qu’artiste, je

souhaitais pouvoir pleinement apprécier. Apprécier ce travail

à sa juste valeur, voilà quel était mon objectif.

Mais cela n’a pas été sans inconvénients, puisque de

facto, je suis passée à côté de quelques performances, par

exemple. Ainsi, si j’ai pu apprécier certaines performances

a posteriori, out of office reste pour moi un grand mystère,

le décalage dans le temps entre la performance et le moment

où je l’ai découverte, ayant manifestement été fatal à

ma compréhension. En choisissant cette méthodologie de

suivi d’un artiste, je savais malheureusement courir ce type

de risques. Cependant, face à la problématique « média »,

ils n’ont pas pesé bien lourds dans la balance. Et c’est ainsi

que suivant les traces des activités artistiques de Shia Labeouf

de loin, j’ai pu en « extraire la substantifique moelle »,

comme l’aurait si bien dit Rabelais.

Les mois ont passés. J’ai doucement écouté les murmures

des performances, l’écho de leurs voix à travers

les méandres des médias. Puis, début octobre, quand j’en

ai senti le processus assez mûr, alors je me suis décidée

à plonger dans le travail de Shia Labeouf, un peu comme

une archéologue qui en lieu et place de creuser la terre à la

recherche de ruines ou d’ossements, allait parcourir le net

en une archéologie contemporaine.

Je me suis donc documentée, au travers d’interviews, de

blogs, des films des performances.

Ainsi, je découvris que contrairement à la présentation

faite par la presse, les performances étaient une œuvre

collective, réalisée certes bien entendu par Shia Labeouf,

mais aussi par Nastja Säde Rönkkö, performeuse finlandaise,

et Luke Turner, écrivain et artiste anglais. Je suis donc alors

partie à la découverte de ces artistes, dont j’ai regretté

l’absence de mention ou de traitement par les médias,

surtout généralistes.

J’ai notamment apprécié l’œuvre Till the morning comes,

co-création de ces deux artistes, dont j’aime beaucoup le

rapport à la nature, la mer déchainée, le phare lumineux au

loin. Une thématique qui me touche, d’un être seul allant

puis revenant du phare. Une solitude, seulement accompagnée

du bruit du silence…

Le concept de (If You) Hold On, travail de Nastja Säde

Rönkkö, m’a aussi beaucoup plu, même si pour le coup le

plus intéressant aurait été d’y assister, bien sûr.

J’ai aussi particulièrement aimé Something Warm When I

Think About You pour tout à la fois son mélange poétique

de tristesse et de tendresse, et son fond d’absurdité et de

naïveté. La nature comme soin, comme refuge au malheur

humain, dans une forêt qui semble avoir été dévastée par

des incendies, une forêt d’arbres brulés… Soins donnés,

soins reçus, qui est le plus malheureux de l’humain ou

de la nature ? Qui a le plus besoin de tendresse pour se

reconstruire ?

Quant à Luke Turner, il a été véritablement mon coup de

cœur. Je suis littéralement tombée amoureuse de sa série

The ontic order, travail totalement hypnotique, que je vous

invite instamment à découvrir. Des tableaux abstraits, avec

des formes, dans lesquelles on peut tant projeter, imaginer,

être libre en somme de ses interprétations. S’y perdre…

une mise en abîme de soi-même, de ses certitudes, perdre

son esprit dans les méandres de l’abstrait…

J’aime aussi beaucoup The damoclean frame, ce corps

étrange posé là. Dont on ne sait rien. Seul, nu dans cette

pièce froide, blanche comme un hôpital, aseptisée. Un

corps anguleux, frêle, et cette cheminée toute petite, si

petite qu’aucun feu ne peut réchauffer la pièce et encore

moins ce corps, dont on ne sait s’il dort, ou s’il est mort.

Anonymisé, car sans visage, seuls des cheveux sont visibles.

Etrange… là aussi une mise en abîme, qui nous fait

avoir mal pour ce corps, qui nous fait avoir froid pour cette

pièce, qui nous fait vaciller à les regarder. Si beau et qui

touche au corps et au cœur…

Sinon, outre sa création thevoid, j’ai aussi apprécié la série

Ruins, pour son travail autour du lieu, de la ruine grecque,

de son architecture. Un travail intéressant à mirer, où ces

ruines justement s’effacent petit à petit dans le fond noir

des photos, comme si elles étaient un dernier rappel avant

l’oubli, une métaphore, peut-être de la destinée humaine ?

C’est par Luke Turner, aussi, que j’ai découvert le Metamodernisme,

courant récent, créé vers 2009-2010 par

Timotheus Vermeulen et Robin van den Akker, qui sont des

théoriciens culturels. Si vous souhaitez vous renseigner davantage,

prenez le temps de lire l’introduction rédigée par

Luke Turner pour la revue en ligne anglaise Queen Mob’s

Teahouse.

Ce qui, personnellement, m’a beaucoup intéressée dans

cette théorie, c’est la question du quadriptique sincérité,

ironie, naïveté et cynisme, au regard de la génération dite

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste perspective


métamoderniste, c’est-à-dire la mienne (génération ayant

été élevée dans les années 80 et 90, pour reprendre la définition

donnée par Luke Turner), qui se trouve au carrefour

de ces traits. C’est l’implication de cette théorie (descriptive

et non pas prescriptive) dans la question identitaire, qui je

l’avoue m’enthousiasme tout particulièrement. Bien sûr, le

champ de la théorie métamoderniste est bien plus vaste

que l’identité, qui n’en est qu’un petit élément, mais c’est à

mon sens, sans doute le plus passionnant, en tout cas celui

qui personnellement, me passionne le plus, car la perspective

soulevée est des plus alléchantes. C’est l’ouverture du

champ des possibles en matière de recherches sur l’identité

et la nature humaine.

Quant à Shia Labeouf, j’ai enfin pu voir son visage. Il était

passé d’une tête en forme de sac en papier marron (je vous

avais bien dit qu’il était brun), à un visage humain (avec

cheveux courts et barbe fournie)… quand on vous dit que

les chirurgiens esthétiques d’Hollywood font des miracles !

Ouf, un humain !

J’ai été très intéressée notamment par la performance

#IAMSORRY, par ce qu’elle racontait de sa propre humanité,

mais aussi de ce que pouvaient en faire les autres. En

situation de très grande vulnérabilité, il y a montré toute sa

sensibilité d’être blessé, meurtri (certes à commencer par

sa propre bêtise, l’affaire du plagiat ndlr, mais aussi par la

réaction ultra-violente et totalement disproportionnée qui

s’en est suivie, comme si justement il n’était plus un être

humain, mais un simple punching-ball). Mettant en scène,

son propre corps, sans barrière de protection, ni filet, il s’est

retrouvé et s’est mis à la merci du public, totalement accessible

à celui-ci, simplement caché par son sac en papier.

Et si la majorité des personnes ont compris la sincérité

de sa démarche et de ses excuses, en l’accompagnant et le

soutenant à leur manière, dans un moment de très grande

humanité, et de profonde connexion entre êtres, durant ce

happening de quelques jours, d’autres n’ont pas montré un

tel respect de sa personne, de son être. Sans parler du viol,

des journalistes même se sont permis de lui enlever le sac

sur la tête, et des membres du public se sont pris en photos

avec lui, sans respect ni de son individualité, ni des règles

établies. En effet, en situation de domination, et de pouvoir

(ce qui était ici très clairement le cas, Shia Labeouf étant

en position totalement vulnérable et infériorisée), certains

ne savent pas gérer ce pouvoir, justement, ne savent pas

l’utiliser sainement et respectueusement… d’où les dérapages

possibles, pouvant aller jusqu’à la violence (cf expérience

de Stanley Milgram). Ainsi Marina Abramovic avait

elle-même été agressée lors d’une performance artistique,

Rhythm 0, en 1974, où justement elle donnait ce pouvoir au

public. Ce sont les spectateurs eux-mêmes qui avaient fini

par ordonner la fin de la performance, devant la gravité de

la violence.

Ces réactions posent la question d’à qui appartient le

corps des célébrités, ont-elles elles-mêmes un droit dessus,

ou appartient-il au collectif, avec chacun ayant un droit de

regard dessus, d’en faire ce qu’il veut ? Qui possède l’usus,

l’abusus et le fructus ? Qui peut dire « je suis propriétaire de

ce corps » ? Est-ce la célébrité qui y vit dedans ou le public

qui lui, en jouit, et peut vivre dans le fantasme de le posséder

? L’analyse des réactions du public est en ce sens,

très intéressante, car elle met à nu toute l’opposition entre

propriété et possession. Il est à noter qu’en droit français

de la propriété privée, au bout de 30 ans de possession

d’un bien immobilier, le possesseur devient propriétaire, en

lieu et place du propriétaire légitime [c’est la prescription

acquisitive], et en matière mobilière, il n’est pas besoin de

ce délai de trente ans, puisque selon l’adage, « possession

vaut titre ». D’où l’acuité de cette question philosophique.

Ainsi, la célébrité devient le propriétaire dépossédé de son

corps, dont le public est le possesseur, sans se soucier des

droits et des attentes minimales de respect de la personne

connue.

Cela rejoint tout le débat entre vie privée et vie publique

des célébrités, mais aussi la transformation des célébrités

en objet, réifié, et la perte de leur identité d’être humain,

au final.

L’autre performance que j’ai beaucoup aimé est #INTER-

VIEW, que j’ai pu regarder et lire en réel, pour une fois. Publiée

fin novembre, et réalisée en partenariat avec Aimee

Cliff, journaliste à Dazed and Confused, elle consiste tout

d’abord en une interview par messagerie, publiée telle que,

avec la continuité des mails, ainsi que les fautes, stylisée

par les trois artistes, puis une vidéo d’une heure, faite de

silences gênés entre deux personnes ne se parlant pas, et

se regardant simplement. De la difficulté d’une communication

uniquement non-verbale…

Je me suis surtout intéressée à la partie purement interview

de la performance, qui se place d’ailleurs, dans la

lignée de #IAMSORRY. Très longue, elle est à mettre en

perspective de la très belle interview que l’artiste a aussi

donné pour le magazine Interview (et dont j’aime particulièrement

la photo avec le sabre, et celle avec la cigarette

écrasée sur la langue, sans parler du contenu, si profondément

humain), début octobre 2014. #INTERVIEW décrit

les mots et les maux d’un homme fragile et sensible, dans

ses difficultés, joies, créations. C’est un être complexe, pas

toujours dans les clous d’une société normopathe, qui hait

les émotions, pourtant fondement de notre humanité. Il y

parle de philosophie, de métamodernisme, de rédemption,

de sincérité et d’ironie.

Il apparaît ici comme un être émotionnel justement, dans

ses larmes, à la vie difficile, qui tombe mais se relève. Une

personne résiliente en somme. Fondamentalement attachante,

qui a connu et connaît une crise existentielle,

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste perspective 85


qu’il a su en compagnie des artistes Luke Turner et Nastja

Sade Ronkko, transformer en une quête artistique majeure,

à l’envergure générationnelle. #INTERVIEW donne

une image si sensible, très émouvante, si belle de la sincérité

d’un homme à nu, dans l’étrange douceur de l’émotion

exprimée.

J’avoue que j’aime profondément ces hommes aux

gueules cassées. Qui fourbus, à terre, se relèvent. Qui ont

la rage de vivre, même si c’est pour s’en prendre plein la

figure. J’aime ces herbes à l’allure plus ou moins droite de

loin, mais qui de près se révèlent herbes folles, s’équilibrant

à coup de zigzags. Des hommes qui ont vécu, qui ont du

vécu, qui ont connu la fange, ces hommes tout à la fois

fragiles et forts, forts parce que fragiles et acceptant tant

bien que mal cette fragilité. Des hommes à l’humanité,

pleine et entière, dans sa sensibilité la plus crue… de la

richesse des failles et des blessures !

Comme le dit Junichirô Tanizaki, dans éloge de l’ombre

(1933), à propos des objets, certes, mais ceci est applicable

aux humains, « contrairement aux Occidentaux qui s’efforcent

d’éliminer radicalement toute souillure, les Extrême-Orientaux

la conservent précieusement, et telle quelle, pour en faire

un ingrédient du beau ».

Car en effet, c’est de la douleur, de la souffrance, que l’on

apprend. Pas d’une vie paisible et béate. Car il faut connaître

le manque pour comprendre toute la valeur, et la saveur

d’un instant de paix, de bonheur, la valeur d’un sourire, d’un

geste de tendresse, de la chaleur humaine, même sur internet

et les réseaux sociaux.

Plutôt que de faire un long paragraphe sur le sujet, je

publie ici un poème (poème Être), que j’avais écrit il y

a quelques années sur ce même sujet, et que la lecture

d’#INTERVIEW m’a remémoré :

Nous sommes riches de nos blessures et de nos failles

Nous sommes riches de nos faiblesses et de nos douleurs

Nous sommes riches de nos cicatrices et de nos démons

Nous sommes si fragiles et si forts à la fois

C’est pourquoi nous sommes

Mais au-delà de lui, cette œuvre parle aussi de nous,

cette génération métamoderniste. Elle est la définition

de notre temps, de notre être, de notre vie. C’est là que le

format dialogue, car c’est plus à mon sens une conversation

que réellement une interview, prend tout son sens. Un

vrai échange se noue entre les deux acteurs de la performance,

Shia Labeouf donc, et Aimee Cliff. Et à ce que dit

le premier, la seconde y répond, apporte ses nuances et

confirmations. Et c’est cet échange, et non un monologue,

qui permet d’apprécier toute l’ampleur générationnelle des

propos. Car au travers de ses mots, Shia Labeouf ne parle

pas seulement de lui, mais in fine, aussi de nous, plus âgés

ou plus jeunes, mais de la même génération. Partageant

un rapport spécifique aux réseaux sociaux et à internet.

Partageant avec lui d’avoir été élevé dans l’ironie, chère

aux Simpson, et à South Park. D’être nés et d’avoir grandi

dans un monde en crise, et de vivre adultes, toujours dans

ce même monde en crise ; culturellement marquée par la

crise, voilà notre génération. à la croisée des chemins entre

ironie, sincérité, cynisme et naïveté. #Interview le raconte

très bien ; même cet appel à une forme de naïveté, cet attrait

vers, ce sens de… de chacun de ces quatre éléments,

en fait. Une génération métamoderniste, si étrange aux

précédentes.

Et c’est en cela que je trouve l’ensemble du travail de Shia

Labeouf, Nastja Sade Ronkko et Luke Turner fondamental.

Car bien au-delà des questions de célébrité, il nous parle

et parle aux autres, de notre génération. Ainsi, la réduction

par les médias des performances à une excentricité de Shia

Labeouf-célébrité est dommageable, et passe complètement

à côté de leurs apports. Ne les considérer que comme

l’ego-trip d’un artiste ne parlant que de lui, c’est oublier

que le premier des matériaux d’un artiste, c’est lui-même,

qu’il malaxe, modèle, détruit et reconstruit dans une mise

en perspective, une exploration de l’humain qu’il est, que

nous sommes.

Et il est d’ailleurs un peu frustrant à ce propos, mais cela

n’est que mon point de vue personnel, que les artistes

eux-mêmes n’aient pas explicité davantage leur méthode

de travail : qui apporte les idées ? Comment se décide sa

réalisation ? Comment se répartissent-ils le travail ? Les

décisions sont-elles prises collégialement ou existe-t-il un

leader ? Etc.

Car si Shia Labeouf est le corps de la performance, le médium

par lequel elle est exprimée, sa part visible, le processus

de création et de travail collectif reste des plus mystérieux,

et c’est là que réside justement la frustration. Mais

il est fort vrai aussi, à la décharge des artistes, que je suis

une passionnée de la compréhension des mécaniques de la

pensée, de l’éclosion de l’idée à sa réalisation.

Cependant, replacer, de la part des médias, le travail de

Shia Labeouf dans le collectif auquel il appartient et dont

il est le produit permettrait de ne pas en oublier la portée

générationnelle. Car au fond, chacun d’entre nous peut

se retrouver dans les questions soulevées, les descriptions

faites. Chacun d’entre nous peut extraire dans la « substantifique

moelle » d’#INTERVIEW et des autres œuvres une

part de lui-même, une description de ce qu’il est, de ce que

notre génération est.

Ainsi, ce voyage dans l’art métamoderniste de Shia

Labeouf, Nastja Sade Ronkko, et Luke Turner, a été une

magnifique découverte, qui en tant qu’artiste, travaillant

sur la place de l’humain dans le monde contemporain, m’a

complètement bouleversée : de par sa qualité, les enjeux et

questionnements soulevés.

Car, le travail collectif réalisé exprime bien au-delà des

membres de ce même collectif. Il est le verbe et l’image d’une

génération, jusque dans son romantisme (#LOVELETTER).

Aussi tout comme moi, je vous invite à effectuer ce si beau

voyage dans l’art d’un homme sensible, émouvant dans sa

sincérité, d’un artiste qui se repositionne en tant qu’être humain,

dans l’affirmation et la revendication de la complexité

de l’être qu’il est, des êtres que nous sommes tous.

Alors, fermez les yeux, ouvrez votre esprit et votre cœur, et

écoutez le message …

86

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste perspective


Pour aller plus loin

Performance

La réflexion entamée dans cet article sur " propriété et possession du corps

des célébrités ", ainsi que sur la problématique de la presse à scandales

et des médias plus traditionnels est prolongée dans le cadre de la

performance artistique sur Twitter " So Scandalous ".

Pour en savoir plus, consultez la page du site web, qui y est consacrée

Shia Labeouf

Site (commun aux trois artistes)

Twitter

Les performances :

I Am Not Famous Anymore

#IAMSORRY

#INTERVIEW

Les interviews à lire :

#INTERVIEW

Interview Magazine

Les films à regarder :

Fury

Des hommes sans loi

Charlie Countryman

Nastja Säde Rönkkö

Site

Twitter

Facebook

Les performances :

Till the morning comes

(If You) Hold On

Something Warm When I Think About You

Interview à lire :

Meet the two artists behind Shia LaBeouf’s #IAMSORRY

Luke Turner

Site

Twitter

Facebook

Art :

The ontic order

The Damoclean Frame

Thevoid

Ruins

Interview à lire :

Digital Pioneers

Metamodernisme

Site web :

Notes on Metamodernism

Introductions :

Metamodernism: A Brief Introduction, Luke Turner,

Berfrois/QMTH

The Metamodernist Manifesto, Luke Turner

Reportages :

Metamodernism - The return of history

What is Metamodernism ? Frieze

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste perspective 87


A b o r t e d

Metamodernist

Dialogue

The Absent I - Toile sur châssis - Teklal Neguib

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste dialogue


Teklal

Neguib

Tic Tac

Tic Tac Tic Tac

Courent les heures

Le jour se lève

Que déjà à toute allure

Le temps file

Tic Tac Tic Tac

Bébé vagissant

Pas après pas avançant

Enfant jouant

Ado s’énamourant

Adulte fuyant

Tic Tac Tic Tac

Je cours, je cours, je cours,

Argent, carrière, consommation,

J’emplis ma vie de vacuité

Pensant lui donner sens

Le néant m’emplit

Et je cours, je cours, je cours

Tic Tac Tic Tac

Je m’abandonne au vide

Sans humanité

Je me déleste de mes émotions

Et je m’oublie

Tic Tac Tic Tac

Et puis vieil homme

Mon corps se casse

En cette journée maudite

Où je suis né

Et où la vie étincelle

N’est que trace fortuite

Tic Tac Tic Tac

Et à mon tour

Je disparais

Tic Tac Tic Tac

J’suis mort

Tic Tac

Tic Tac Tic Tac

Run the hours

The sun rises

And already at full speed

Time flies

Tic Tac Tic Tac

Baby screaming

Step by step moving

Kid playing

Teen loving

Adult fleeing

Tic Tac Tic Tac

I run i run i run

Money, career, consumer items

I fill my life with vacuity

Thinking i will give it sense

Nothingness fills me

And i run i run irun

Tic Tac Tic Tac

I give in to emptiness

Without humanity

I get rid of my emotions

And i forget myself

Tic Tac Tic Tac

And then old man

My body breaks

During this damned day

Where i was born

And where spark life

is only fine trace

Tic Tac Tic Tac

And on my turn

I disappear

Tic Tac Tic Tac

I ‘m dead

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste dialogue 89


The Absent II - Toile sur châssis - Teklal Neguib

90

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste dialogue


Pli de mur

Pli de mur

Pour un regard

Comme une feuille

Que l’on déchire

Petit enfant en quête

Du mystère de l’envers

Obsession de l’enfance

Pour cet inconnu passionnant

Table

Chaise

Petit Piano

Coussins

Mini-fauteuil

Pouf

Echelle d’enfant

Brinquebalante

Et dangereuse

L’enfant grimpe

Grimpe grimpe

Mais sous son poids

Effondrement, cris

Et pleurs

Douce la main de la mère

Qui rattrape l’enfant

Le cajole et le console

Et de ses bras, le porte

En haut du mur

Alors de son regard

L’enfant rit

De ce mystère

Désormais dévoilé

Pli de mur

Pour un regard

Comme une feuille

Que l’on déchire.

Fold of wall

Fold of wall

For a look

As a sheet

We rip

Little child in quest

Of the mystery of the underside

Obession of childhood

For this fascinating unkown

Table

Chair

Little piano

Cushions

Mini-armchair

Pouffe

Child ladder

Shaking

And dangerous

The child climbs

Climbs climbs

But under his weight

Collapse, screams

And cries

Sweet the hand of the mother

Which catches the child

Cuddles him and consoles him

And with her arms, brings him

At the top of the wall

Then from his look

The child laughs

About this mystery

Hencefoth unveiled

Fold of wall

For a look

As a sheet

We rip

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste dialogue 91


The Absent III - Toile sur châssis - Teklal Neguib

92

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste dialogue


Une porte

Tourne, tourne

La porte qui s’ouvre

Se ferme

Claquement de vie

Disputes, le couple se déchire

Caresse, réconciliation

Tendresse, le couple s’aime

Tourne, tourne

La porte qui s’ouvre

Se ferme

Enfants qui rient

Courses, jeux,

Glissades

Les enfants s’esclaffent

Tourne, tourne

La porte qui s’ouvre

Se ferme

Un vieil homme qui regarde

Une vieille femme qui l’aime

Douceur des claquettes

De cannes alanguies

Tourne, tourne

La porte qui s’ouvre

Se ferme

Inventaire du notaire

Maison qui se vide

Fantômes esseulés

Ne tourne plus

La porte

Qui se ferme.

A door

Turns, turns

The door which opens

Closes

Slam of life

Disputes, the couple falls apart

Caress, reconciliation

Tenderness, the couple loves each other

Turns, turns

The door which opens

Closes

Kids who are laughing

Runnings, games,

Slides

The kids are guffawing

Turns, turns

The door which opens

Closes

An old man who’s looking at

The old woman who loves him

Gentleness of the tap dance

Of the languid sticks

Turns, turns

The door which opens

Closes

Inventory of the notary

House which is emptying

Forsaken ghosts

Won’t turn anymore

The door

Which is closing

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste dialogue 93


Teklal

Neguib

Tonight, I write to you from a country in tears, in

tears of mourning and horror, a country who has

seen 12 of its people die from for drawing cartoons.

Bullets for cartoons. No comment.

Since Wednesday, I have spent my time crying.

My body trembling, not from fear, but because of emotions,

overwhealming emotions. Thoughts, shock, knock together.

My heart is broken. Cartoonists, columnists, policemen, a

cleaner, a proofreader, a festival founder are dead. Dead for

France. Dead for an idea, a beautiful idea, one of the founding

ideas of our democraties: freedom of speech.

Our ancestors of blood and arts fought before, and for

some died for it, for us now. XVIII° century philosophers,

rest in peace. Such freedom, such right, so dearly obtained,

Wednesday was flouted. Murdering Charlie has murdered

the Revolution. Murdering the 12 has murdered Voltaire.

Murdering them has murdered French people, these people

the Revolution told «all free man is French». Our hearts,

our bodies and our souls vandalised by bullets and the blood

of our dead. Our hearts are broken and our souls shattered.

We are touched. All the country, the World, together behind

Charlie, whatever we may have thought about it before. Get

behind it, because it’s not time … no time to criticize. It’s

time to be ONE, one people, one soul, one heart, with our

decimated family.

Because it’s an important part of our family that we have

lost, a part of what makes us who we are, we, this generation

raised in the 80’s and the 90’s. Charlie Hebdo represents the

part of irony which is so important to us, which built us as

humans and now as adults. Our generation has lost part of

what educated it. But the question is how will this generation

of irony act and react ? out of sincerity, out of cynicism,

out of hypocrisy and out of naivety, this generation which

had been described as metamodernist. A generation born in

crisis, nurtured in crisis, living an adult life in crisis. Living in

a crisis culture. Living this days a transitional crisis moment.

What will we do with this time? This event? Which part at

the crossroads will we choose? More irony, in this time of the

murder of irony? The increase of cynicism as a complete fall

in faith for the future and for humanity? Could sincerity win,

after these events? Or naivety as all the gatherings seem to

show? Or, perhaps, a sort of balance will appear. Our generation

is at the crossroads of which ways humans envisage the

world and future.

In 10 or 15 years, we will reach in masses the levels of power:

political power, economic power, artistic power… Some

of us will become leaders. But how will this metamodernist

generation use its power? What will we do with the World,

with our siblings? What leaders will we become? This event is

such an important moment, which impacts not only France,

but the whole world, citizens of all countries, members of our

generation all over the world, that we may say it will have

an impact upon what sort of humans we will become, we

will decide to become. Perhaps we will do nothing following

this event (which is yet doing something). Perhaps we will

do something, perhaps it will empower us. For the moment,

it’s much too early to know, to answer the questions, but the

next weeks, months and years will teach us a lot about our

metamodernist generation, and what it will become. This

event is such an impacting moment because the dead were

our fathers, our brothers and sisters, and we are the depositories

of their legacy, of this murdered irony. They died for

freedom of speech. Because of a war, a war declared on art,

politically correct or incorrect. To fall on a battlefield should

not have to exist for paper and cartoons.

What did we think about the cartoons? Most of us appreciated

them a lot, and some of us were shocked. Does that

still have any importance? They are dead for us to have the

right to agree, or not, for us to have the right to think, to

question, about ourselves, about others, about everything.

They are dead for us to be free. They acted without hate,

and that is the essential. Because today, they can’t publish

anything, even things which could make us moan. And that,

that makes us moan even more. Because what is the use of

having the right to moan if there is no-one to moan against?

What is the use of having the right to laugh if there is no-one

to make us laugh? Never forget that they are dead for us to

have the right not to agree with them. Because, it would be

better to moan, to grumble, to be angry, instead of seeing

them all dead, all twelve of them, fallen for France and for

freedom of speech. Dead on their own battlefield.

Because being a journalist, a cartoonist, but also an artist

or a chief editor seems to be dangerous professions. How

could we imagine that with our paintbrushes, our pencils,

our pens, our photo-cameras and our film cameras, our

bodies, our canvases, we could risk our lives, our safety,

while we live in democraties? Our goal is never hatred, our

goal is the instillation of thought within our fellow humans

for a more peaceful coexistence, for all of us to reflect upon

the world we live in. Because it’s the vocation of art and

newspapers, even they are ironic or the complete opposite

to make people reflect, question, effect self-analysis, widen

their perspectives. How will the artists of our generation act

and react? Art and newspapers are a richness, and an enrichment

for each of us, as citizens, as artists, as humans.

How can art and newspapers play a role, a key role in the

94

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste philosophia


letter from

a broken (he)art

creation of contents, creators of thought? How may we participate

in the emergence and vitality of our cultures in situations

where sometimes there is not a lot of safety, and at

worst no safety? Yet, culture, art, knowledge construct us as

humans, and as citizens. They are our souls, which help raise

us, touch us and sometimes appal us. They can unsettle us,

but always they educate us, show us the way, give us faith in

humanity, even in the most dreadful moments.

So our weapons are our drawings and cartoons, our canvases,

our novels, our poems, ours haikus, as our short texts,

our essays, our magazines, our films, our hapennings, our

dancing and our music. Our art is our shield. Our «wars»

don’t kill anyone, because our fights are for love, and faith

in humanity.

Among the Charlie Hebdo dead, there is one who particularly

touched me. It was Cabu. Cabu, for the french of

our generation (described as at the crossrads of irony, sincerity,

hypocrisy, and overt naivety) was our father. As The

Simpsons, and South park, our father in irony. He educated

us to caricature, to the press cartoon, with tenderness and

love, with patience and respect. Cabu? We waited for that

moment, in front of the TV, when he was going todraw in our

favorite kids TV show. For me, it was like waiting for a sweet,

a long awaited moment. And I remember seeing him on TV.

Oh my god, no, it was not bullets I wanted to send him.

Certainly not. I remember, when I saw him, I wanted to kiss

and hug him. When we saw him, it was only tenderness and

love we wanted to give him, to share with him, and nothing

else. I was young, it was long time ago, but I never forgot this

great Cabu with his sweet and funny cartoons. Father has

passed, our generation is orphaned.

His cartoons were an emotion because art is emotion. And

emotion creates us as human, as being. Emotion and tears

are beautiful. They are our hearts’ art, the bloody tears of

our wounded bodies. Wounded to unspeakable depth by

the death of our fathers, our brothers, and sisters. About

the gatherings, some said it was beautiful, but of no utility.

I answered that beauty is yet useful by itself. It shows the

unity of a nation, a people, behind this idea of freedom of

speech, and its corollary, freedom of opinion (for agreeing

or disagreeing). It shows this solidarity, this shared mourning,

this support we give each other, for staying on our feet.

It’s a great moment of naivety. But sometimes, naivety is

necessary. Believing in us, having faith in humanity is what

the world needs, what human beings need, to have trust in

the future.

In France, in foreign countries, this seen support is a caress

to our afflicted and teary hearts, a sweet caress of reassurance

in this time of mourning and pain. It is a little soothing,

a way to show to our dead what they meant to us, what freedom

represents for each and everyone of us.

Caresses to the soul, caresses to the heart are so important

in these moment, a calming cure. Sometimes, what makes

you feel good can take peculiar ways. The day of the twelve’s

murders, an artist had published her last song, and the video

of it. It’s Sia, and I can say, at that moment, my mind was

not in listening music mode. In the end, I decided to listen

to it (for permiting me to think about something else). It was

no deception. Both the song and the video are absolutely

splendid, very emotional. But more, it was a shock.

The music and the video spoke to me about myself, my

feelings, after the attack. About my emotions, various, contradictory,

savage, violent or sweet. A desire for revolt, a desire

for crying, breaking everything, hiding myself away, being

angry, being with the other, needing him or her, a desire

for tenderness and rendering tenderness back.

The music and the video have no link, of course, with the

event, but in the end, they accompanied me in my process

of mourning and shock. Because the music of Elastic Heart

is the symphony of my emotions, the video the mirror of my

pains. They are my music for Charlie, a music video I spend

my time listening to and watching. And I cry…

Because emotions are music

And music is emotion

We always come back to (he)art…

He was named Cabu

He was named Ahmed

He was named Charb

She was named Elsa

He was named Tignous

He was named Franck

He was named Wolinski

He was named Michel

He was named Bernard

He was named Frédéric

He was named Honoré

He was named Mustapha

For Charlie Hebdo

For the 12

For the 17

For freedom of speech

For newspapers

For art

For we, all

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - mini thème : oscillation métamoderniste philosophia 95


frédéric

javelaud

_blue_monday_

96

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 97


98 L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 99


100 L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 101


102 L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 103


104 L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 105


damien

dutrait

Photographies

sans appareil

Extraits du livre PHOTOGRAPHIES SANS APPAREIL,

Damien Dutrait, TALAïA Editions.

Publication en avril 2015

106

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


Il y a un endroit où j’aimerais t’emmener.

C’est un endroit où je ne veux pas retourner à moins d’être sûr

d’y vivre avec toi.

C’est au bord de la mer.

La photo est prise depuis la terrasse, sous le cèdre centenaire

dont les branches les plus basses ferment le haut du cadre.

On s’assoit, ici, dans un certain axe, les pieds sur le muret. Et on

regarde l’océan qui ne veut jamais rester en place. L’océan qui

ne veut jamais prendre la même couleur. L’océan qui parfois se

confond avec le ciel. L’océan à qui il ne faudrait que quelques

instants pour tout engloutir. L’océan qui roule et déroule

l’infini de ses verts et de ses bleus dans les ocres des sables

bourdonnants.

Mais tu connais l’endroit, la photo est encadrée au dessus de

notre lit.

Juin 2011

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 107


Je ne me souviens plus s’il s’agit d’une photo ou d’un tableau.

Si c’est une photo, je l’ai perdue.

Un temps, j’ai cru à une peinture de Hopper. Il existe une toile

intitulée CornHill qui ressemble beaucoup à mon souvenir, mais

ce n’est pas ça.

J’ai peur que l’image de cette toile ait faussé mon souvenir.

Comme un rêve qu’on raconte mal et qui, pourtant, devient le

rêve lui-même. Car c’est tout ce qu’il en reste.

Voici le souvenir que j’essaie de garder intact :

Une lande collineuse couverte d’un gazon ras, presque jaune.

Une colline centrale, plus haute, dont les pentes se déroulent

lentement vers celui qui la regarde.

Autour, il n’y a rien.

Seule, au centre, une petite maison blanche très simple,

légèrement floue, couronne la colline.

La lumière est coupante.

C’est une fin d’après-midi, l’Ouest est à gauche du tableau.

La lumière Or sur ces collines impressionne une fin de journée

douce et calme.

Pourtant, je suis incapable de dire si j’arrive dans cette maison ou

si j’en pars ;

Je ne la reconnais pas, mais tout m’y est familier.

Les murs blancs de chaux, les volets verts sans doute écaillés, les

tuiles brunes…

Je pourrais avoir vécu d’heureux moments ici.

Non datée

108

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


Une porte est ouverte dans le rempart.

Au travers on voit la mer.

Du rempart à la mer un chemin de béton se dessine, plus blanc

sur l’amoncellement de roches brunes qui forment les contreforts

de la ville.

Il est très tôt mais le soleil est déjà levé et inonde la photo.

Au bout, sur les dernières roches avant l’océan, il y a un homme

de dos.

L’homme contemple l’océan. On dirait qu’il est là depuis des

heures, des jours.

On dirait que l’océan attend un signe pour l’emporter et

l’engloutir. On distingue l’écume bouillonnante de l’eau se

fracassant sur la pierre.

C’est mon père.

Je l’ai suivi.

J’ai été réveillé par du bruit dans la maison.

J’ai vu mon père traverser le salon. Je l’ai suivi.

Il a traversé la ville. Je l’ai suivi.

Je me demande à quoi il pense.

Je me demande à quoi il pense.

1988

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 109


En Ombrie, quelque part au milieu d’un parc, sous des cyprès, au

dossier d’une chaise écaillée, un appareil photo. Intrigué je m’en

empare et cherche d’instinct autour de moi son propriétaire.

Mais je suis seul, c’est l’été, les ombres de la fin d’après-midi

ont commencé leur rotation en s’étirant paresseusement. Il fait

encore chaud.

Il y a cette petite brise douce, tiède et qui sent la résine.

Je m’assoie et allume l’appareil. L’écran lumineux me propose

d’abord une série de fonctions et de chiffres. Un signal lecture.

Me voici assis, contemplant votre vie ; une tranche de celle-ci.

Celle où vous avez défait vos cheveux pour poser sur un pont.

Celle où vous souriez paresseusement, dos à la mer et au soleil

qui se couche. Celle aussi où votre regard se perd dans une drôle

de lumière à la terrasse d’un restaurant.

Les minutes s’écoulent. Pendant ce temps suspendu, je deviens

votre amant virtuel, votre photographe particulier. J’invente votre

nom, votre taille, le nom de votre ville. J’apprends la couleur de

vos yeux, la douceur certaine de votre peau, votre souffle sucré,

le tendre de vos lèvres. Me sentir si proche de vous me fait me

sentir seul.

Avant de partir j’ai pris une photographie de moi et ai reposé

l’appareil où je l’avais trouvé.

Eté 90

110

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


Tu vois, sur la photo, j’ai gardé mes gants.

C’est un peu ridicule.

J’ai gardé mes gants, je ne sais pas pourquoi : je ne suis pas

sorti…

Si. Une fois. J’ai marché dans la brume.

Ce qu’on voit au fond, derrière la vitre où mon reflet s’esquisse,

c’est une île.

Je ne peux pas t’apprendre ce que c’est… Tu l’as, toi, ton île.

Et de ton île à la mienne il y a… Quoi ? Un océan ?

Je n’ai pas besoin de passer la vitre, de toute façon, il n’y a que

des brumes.

Et quelques formes d’arbres.

C’est Janvier sur l’île aux moines. La brume avale tout. Tout s’y

fond, sauf les Mimosas qui surgissent flamboyants de jaune dans

le gris de l’hiver.

Savais-tu que le Mimosas est un arbre ? et qu’il fleurit en

Janvier ?

Moi, non. Je ne savais pas.

Pardon, mon écriture n’est pas droite.

Je t’écris de cette île qui n’est pas la mienne. Je suis là, je

t’attends. Et cette attente, elle est à moi…

Je t’écris derrière la vitre d’un écran où s’affiche un océan. Et, tu

vois, j’y pose un doigt.

Je ne me souviens pas qui a pris cette photo de moi

photographiant l’océan…

PS : Il y a une autre photo où je ris aux éclats. Celle-là je ne te

l’envoie pas. Je te la montrerai quand nous nous reverrons.

Janvier 2012

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 111


Des arbres, je ne connais rien

Je les vois dans ma ville

Tels d’étranges riverains

Îlots de verdure ou asiles

naoufel

des arbres,

je ne connais rien

112

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


Des poumons sur une souche

Qui cache les bâtisses laides

Une rangée de retouches

Témoins muets des bipèdes

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 113


Leurs feuilles bruissent délicatement

Je les remarque par la fenêtre

Frêles silhouettes que le ciel fend

Comme des cathédrales prêtes à naître

114

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


Si le citadin gâche la forêt

Pour décorer ses avenues

Il arbore ses allées

Et imagine qu’il a vaincu

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 115


Le mal violent des cités

La végétation des hommes

Qui se figent dans le regret

De parquer la nature en somme

116

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


Leur vie devient un mouvement lent

Et même presqu’immobile

Où les arbres disputent aux habitants

Le privilège d’être futiles.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres 117


thierry

kerspern

118

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - d'arbres et de pierres


arboretum urbain

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Mohamed

Elkeurti

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L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia


Invocation

Dès l’aube j’erre, par monts et par vaux

En marmonnant de tristes mots

J’invoque les pierres, j’invoque l’écume

Pour adoucir mon amertume

J’invoque les cieux et les nuages

Des journées mornes zébrées d’orages

Je m’agenouille devant des feux

Mazda j’invoque, cet autre Dieu

Je fais appel à tant de prophètes

Et soliloque en tête à tête

Mon âme j’offre en sacrifice

Et la mélange à de drôles d’épices

J’arpège en vain mes longs silences

Et me consume en ton absence

Je « parcœurise » des incantations

Pour une ultime apparition

J’apprends à a faire des sortilèges

Et à tendre au sort de vilains pièges

Je m’initie à de sombres rites

Chez des tribus, grandes et petites

Je pleure les larmes de tout mon corps

Et le Destin cruel j’implore

J’emplis les pages de milliers de rimes

Et les récite du fond de l’abïme

Mais rien n’y fait, ma mie est morte

Et ici bas, plus rien ne m’importe.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia 135


Élégie

Je t’avais esquissé la plus belle des toiles

Et t’avais décroché de lointaines étoiles

Je t’avais, naïvement, fait l’aveu le plus doux

Puis t’avais dessiné de mes rêves les plus fous

Je t’avais revêtu des plus fines dentelles

De chaussures légères et de robes si belles

Je t’avais emmené vers de lointains horizons

Nous errâmes, insouciants, pendant maintes saisons

Je t’avais alors fait d’impossibles promesses

Impatient de connaître d’impensables nuits d’ivresse

Je t’avais fait connaitre Roméo et Juliette

Et t’avais lu des poèmes de torrides conquêtes

Je t’avais préparé de ces mets raffinés

Que j’avais, par amour, tendrement cuisinés

Je t’avais fait entrevoir notre futur chez nous

Nid d’amour plus beau que le plus beau des bijoux

Mais hélas, mille hélas, il fut dit que ce soir

Une visite impromptue d’une certaine Dame En Noir

Troublerait notre joie et notre rêve de bonheur

Me laissant impuissant, larmes aux yeux, peine au cœur

Elle fut là, la Maudite, pour t’emporter, mon amour

Pour l’ Ailleurs funeste, loin de moi pour toujours.

Mes promesses ont changé de nature depuis lors

Et ne songe qu’à fleurir ta tombe jusqu’ après ma mort

136

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia


Errance et questionnements

Devrais-je errer

Sur maintes vagues et leur écume

Devrais-je pleurer

Mon triste sort, mon amertume

Devrais-je rire

De mon passé triste à mourir

Devrais-je craindre

Les lendemains et tout l’avenir

Devrais-je offrir

Ma vie aux Dieux de cette terre

Ou bien prier

Celui qu’on dit plus grand Seigneur?

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia 137


frédéric

lucas

Le Rêve

Quand la vie alimente les rêves

là où rien n'est possible

permet à l'impossible

de prendre pied.

Aux sens aux accents trop forts

se substitue la délicatesse

des temps oubliés

L'inattendu surgit de la vie

Amplifie les effluves,

jusqu'à la démesure ;

L'esprit réaménage les idées

Se les réapproprie, les recopie,

Jusqu'à la magnificence

Débordant de sensibilités,

d'émotions et d'intentions,

J'effleure nos âmes

138

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia


Quelle promenade !

Descendant le chemin

Dessous les chênes

Le ciel à travers le feuillage

Je regarde au delà du sillage

Tombé maintes fois

Je remonte en selle

Enfant que je fus

Vadrouiller sur

Ce chemin de terre

Et je roule,

Et j'atteins

Le moment

Où ma selle

Sera redevenue

Trop haute

Et je roule,

Et j'atteins

Le moment

Où les pédales

S'échapperont

De dessous

Mes sandales.

Descendant le chemin,

A travers le feuillage,

Je m'enfuis déjà

Je ne suis plus là

Avec les nuages

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia 139


Hé ! Doté de vie

Je respire,

Je sombre,

Je surgis.

En salle d'opération

Des gants aux mains

J'opère

J'ose à peine

Je survis.

En pleine insomnie...

Sorti d'un rêve

Une ombre

Un creux

Une envie.

Doté de vie,

Je m'installe dans l'été

Je touche au je suis

Je vogue au serai

140

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia


Boudiné

Tenture délurée

À travers l'ure

Dissèque nos esprits

Paresse d'un délit

Les joutes s'expriment...

À travers l'hymne

Raconte ses délires

Se transcende dans l'ire

Conte moi des histoires

Distille de l'espoir

Les billes s'enroulent

dans l'herbe, déboulent

Souris à peine

Me touche à peine

Un allant en un venant

Souffrent les attenants

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia 141


laure

bolatre

142

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia


à Pégase

à toi mon ami

Qui a su dès le premier instant

Me donner ta confiance :

Je dédie ces mots

Je me souviens de ce rêve

Où nous volions ensemble,

Survolions des myriades de lumière

Troublant le sommeil des fées,

Volant au côté

De Dieux mythiques.

Je n’avais aucune crainte,

Car je savais que blottie

Entre tes ailes

Je ne craignais rien

Si ce n’est la peur

De devoir revenir à la réalité.

Le souffle léger de tes ailes déployées,

La chaleur de ce crépuscule

Cette danse au milieu des étoiles

Que de féerie insoupçonnée !

A chaque fois que mon cœur est lourd

Que mon âme se désespère

Je pense à toi.

Je te revois

Tes grands yeux bruns

Me murmurant l’espoir

Et de nouveau ma vie a un sens :

Je sais où mes pas me mènent,

Je suis sereine.

Chaque chose arrivera à son heure

Il suffit juste

De poursuivre son chemin.

Je garde dans ma paume

La douceur de ton pelage immaculé

Comme un présage

D’un avenir radieux

Et d’un autre voyage

Aux pays des cieux.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia 143


Cette main posée sur mon épaule,

Ce souffle qui murmure,

Les mots qu’il me faut vous dire

En ce jour où les larmes,

Marquent le pas,

De ces incertitudes qui trahissent nos cœurs.

Je ne suis qu’une humble messagère.

Je ferme les yeux et me laisse guider

Vers les dires,

En ce jour où son âme fatiguée

S’élève vers la lumière

Et qu’il nous faut accepter

Que la mort vive sa vie.

Je me dois de vous transmettre

Ces dernières paroles d’amour :

« Je vous aime et serai toujours près de vous,

Dans la brise qui caresse votre joue,

Dans le soleil qui vous réchauffe

Quand le froid du chagrin se fait trop lourd,

Je serai cet oiseau qui vous réveille à l’aurore

Et vous berce à l’aube

Je serai là à chacune de vos prières

La lumière m’est douce

Mes souffrances ne sont plus.

Je puis vivre ma mort sans regret,

Mon chemin de vie sur cette terre se termine.

Il me faut penser à demain,

Il n’est plus temps de se retourner.

Je m’élève vers ma route

Peut-être vous attendrai-je ?

J’ignore ce que sera mon destin.

Le vôtre, est de continuer votre chemin

Afin de construire les souvenirs

Qui diront qu’un jour

J’ai vécu ici, à cette époque,

Et que dans un futur je retrouve mes racines

Dans cette dimension ou dans une autre

Qu’importe :

J’aurais été, j’ai été, je suis et je serai. »

144

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia


Vide

Lorsque le vide

Se fait absence,

Quand le rêve

Se fait oubli,

Et que saigne mon cœur,

Je pense à toi…

Je cherche ton regard

Dans l’immensité du néant,

Me blesse sur des images perdues

Je sens que tu es là

Mais…

Je te veux,

Je t’appelle :

Seul le silence me répond.

Le souvenir s’estompe,

Je t’espère…

Je me dédouble

Dans un matin frileux.

Sans espoir

De retour

Je te vois…

Je prie :

Ne me laisse pas pleurer,

Prends-moi près de toi,

Envole ma solitude,

Dis-moi les,

Ces mots magiques

Qui sauront me redonner la flamme,

Laisse-moi me perdre,

Reviens-moi…

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - francophonia 145


dans la

bibliothèque

par

teklal néguib

Glaneurs de rêves

Patti Smith Éditions Gallimard

Glaneurs de rêves est un magnifique recueil de textes poétiques, mi-souvenirs,

mi-rêves. Racontés à hauteur d’enfant, d’une enfant rêveuse, gambadant entre nature,

poésie et vie imaginaire. C’est aussi un miroir des États-Unis des années 50, la vie

familiale simple et tendre d’une enfant excentrique.

Parsemé de photographies intimes, personnelles, le livre se lit d’une traite avec un

plaisir gourmand non-dissimulé.

Une belle plongée dans des paysages sensibles, comme des tableaux où l’on se sent

comme un papillon voletant de pensées en pensées, au sens littéral.

Just Kids

Patti Smith Éditions Denoël

Just Kids est un livre-souvenirs, écrit par une auteure-chanteuse complexe. Le texte

raconte son passage de la fin de l’enfance à l’âge adulte, mais aussi la mue d’une

personne lambda à l’artiste reconnue qu’elle devint ensuite.

Il s’agit aussi de l’histoire d’une rencontre amoureuse entre Patti Smith et Robert

Mapplethorpe, amoureuse puis amicale, le second étant homosexuel. Et au travers du

récit, si bien écrit qu’il est une dégustation, l’on peut suivre aussi la transformation de

Robert Mapplethorpe en cet artiste photographe célèbre pour ses nus masculins.

Livre à valeur historique, c’est un petit bijou qui permet d’entrevoir ce que furent

les années 70 new-yorkaises, ce délire artistique excentrique, terreau d’artistes

majeurs et dans la lumière ou paumés, disparus dans le néant.

146

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - Dévouverte


Les hommes préfèrent les hommes

Brigitte Fontaine Éditions Flammarion

Recueil de nouvelles, à ne pas mettre entre les mains de moins de 18 ans, le livre est à

l’image de l’auteure, une excentricité sans borne, et sans fard.

Des récits que l’on pourrait croire écrits sous influence, d’alcool, de drogues, ou d’on ne

sait quel produit. Il s’agit d’un delirium tremens, d’une écrivaine foutraque, comme je les

adore. Après avoir lu Portrait de l’artiste en déshabillé de soie, je ne pouvais manquer sa

nouvelle production.

Un délire, d’une artiste à la marge, qui sous son langage peu BCBG, parle d’un

humain assez miséreux mais le magnifie.

Vitres ouvertes

Murièle Camac Polder 155 (Revue Décharge)

Vitres ouvertes est de ces petits recueils-rencontres, porteur d’émotions. L’autre est un

autre soi-même, dont on part avec joie à la découverte. Un autre soi-même et non plus

simple autre, cet étranger. Un autre soi-même, un humain, comme nous, en somme.

Car ce que vitres ouvertes nous propose c’est une galerie de portraits de divers

personnages, certains étranges, originaux, pleins d’ardeur, parfois désespérée. Certains

sont des étudiants en art, d’autres touristes, d’autres promeneurs de nuit…

Un monde contemporain se peint sous nos yeux comme un tableau vivant

et poétique.

Ut picturia poesis…

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 - Dévouverte 147


jeu poétique digital

JOUE le JEU !

Teklal Neguib & L.ART en Loire

t’invitent à un nouveau jeu !

Teklal Neguib a créé un jeu/dialogue poétique sur

twitter, à partir de son poème Insomnia. Certains

artistes ont déjà proposé leur version de ce poème,

alors utilise ses mots et crée… Tu peux aussi ajouter

tes propres mots à ses mots. Tu es libre…

Tu es autorisé à malaxer le poème de Teklal Neguib, à

le torturer, le transformer…

Utilise des copies d’écran, des macros, ce que tu

veux…

Son propre poème est présenté de telle sorte, que le

lecteur ne sait pas dans quel sens le poème doit être

lu, ce qui crée deux poèmes en un seul.

Alors, sois libre, sois inspiré ! JOUE LE JEU !

Et tu seras publié dans L.ART en Loire 9 (80.000

lecteurs par numéro)

Tu peux utiliser le hashtag #digitalpoetrygame

Utilise facebook, twitter, tumblr, instagram, ton blog…

pour publier ton œuvre.

Envoie un message à lartenloire@gmail.com Teklal

Neguib, avec le lien de ton travail ou sa copie d’écran,

pour être sûr que Teklal Neguib a bien reçu ta recréation

d’Insomnia. N’oublies pas d’envoyer ta minibiographie.

Pour plus d’informations, lis l’appel à travaux (dernières

pages de la revue) et la page #digitalpoetrygame.

Le but

Montrer le mouvement/l’oscillation de l’inspiration

entre artistes… une sorte d’expérience métamoderniste

à partir d’un poème lui-même métamoderniste.

Alors, joue le jeu et sois publié !

Plus il y aura de poètes/artites qui joueront, plus

l’expérience sera intéressante !

148

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015


DIGITAL POETRY GAME

PLAY

the GAME !

Teklal Neguib & L.ART en Loire

invite you to a new game !

Teklal Neguib has created a poetry game/dialogue in

twitter from her poem Insomnia. Some artists have

yet did his own creation from it, so use her words

and create… You can too add your own words to her

words. it’s free…

You are allowed to knead it, to torture it…

Use screenshot, macro, what you want…

Her own poem is presented for readers not to know

the direction of the reading and that creates two

poems inside one.

So be free, be inspired ! PLAY THE GAME !

And you will be published you in L.ART en Loire 9

(80.000 readers/issue)

You can use the hashtag #digitalpoetrygame

Use facebook, twitter, instagram, tumblr or your blog

to publish your poem.

Send an email to lartenloire@gmail.com with the link

of your work, or the screenshot of it, to be sure Teklal

Neguib has received your re-creation of Insomnia.

Don’t forget to send your mini-biography.

For more informations, read the call for works (two last

pages of the magazine) and the #digitalpoetrygame

page.

the goal

To show the movement/the oscillation of inspirations

between artists… a sort of a metamodernist game

from a metamodernist poem…

So play the game, and be published !

The more poets/artists will play the game, and the

more interesting the experience will be !

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 149


Les contributeurs

TEKLAL NÉGUIB

Teklal Neguib est une poétesse, écrivaine, critique

d’art contemporain, et rédactrice en chef de L.ART

en Loire, revue de culture et d’expression artistique

(fondée en 2013). Elle écrit pour de nombreux sites et

magazines.

// Teklal Neguib is a poet, writer, art critic, and the

chief editor of L.ART en Loire, an international culture

and art expression webmagazine. She writes for

various websites and magazines.

teklalneguib.weebly.com/

Kieran Alexander WALL

33 ans, traducteur technique et légal de formation,

passionné de poésie et de littératures classiques et

modernes. Poésies, un premier recueil publié en 2012

chez Stellamaris Editions (Brest).

Correcteur de l’article Letter from a broken (he)art de

Teklal Neguib (section Philosophia)

José Le Moigne

Né le 7 janvier 1944 à Fort-de-france (Martinique)

d’un père Breton et d’une mère Martiniquaise. En 1947,

la famille quitte la Martinique pour s’installer dans

le Brest ruiné de l’après-guerre. José Le Moigne ne

quittera la Bretagne qu’en 1968 après la réussite d’un

concours administratif. Dès lors il exercera son métier

d’éducateur puis de Directeur à la Protection Judiciaire

de la Jeunesse (Ministère de la Justice) à travers

la France (Orléans, Lamotte-Beuvron, Clermont de

l’Oise, Rouen, Nantes, Valenciennes, Douai). José Le

Moigne est membre du Comité de Rédaction de la

revue Hauteurs (Valencienne) et membre depuis plus

de dix ans du comité d’administration de la Maison

de la poésie du Nord-Pas-de-Calais. José Le Moigne

a publié de nombreux romans et livres de poésie, et

participé à de nombreuses anthologies.

Gérard artal

Membre de la Société des Poètes Français

Plus de 450 poèmes présentés sur mon site :

artal-poemes.fr

Un roman historique Qui était L.P Un recueil de

généalogie De Caffoz à Caffot Publications dans

diverses revues et journaux (L'agora... revue de la

Société des poètes français, L.ART en Loire, Revue

Littéraire Acacia, Centre Presse Aveyron). Lauréat

de divers prix dont en 2008 Lauréat au concours

de poésie Centre Presse, en 2010 Deuxième prix au

concours international de poésie francophone de

l'Alliance française, en 2011 troisième prix francophone

de la Ville de Cavalaire.

Gérard Artal possède divers sites et blogs : artalpoemes.fr,

midiblog, blog du Sud Ouest.

Keedy Marmye

I am a proud indigenous Maori woman who hails from

a remote valley called Whareponga, New Zealand. My

tribe is Ngatiporou. This is my centre and at the heart

and soul of all I do. If I’m not reading or writing then

I’m probably spending time with my very large family

made up of my kids, siblings, parents, cousins, nieces,

nephews, uncles, aunts, nannies and papa’s.

I’m also a mum and a PhD student studying business

and international management. I’m trawling through

over-intellectualized academic journals and articles

daily. I write poetry to keep my sanity.

Evelyne Charasse

Je m’appelle Evelyne Charasse.

Je suis née en 1960 à Chalon-sur-Saône. J’habite

actuellement à La Rochelle.

J’essaye d’écrire des flocons de neige

JACQUES CAUDA

Réalisateur, écrivain, peintre et photographe. En 2000,

il interrompt sa carrière de documentariste pour

créer le mouvement surfiguratif dont il exposera les

grandes lignes dans un manifeste Toute la lumière

sur la figure. « Surfigurer, écrit-il, c’est prendre pour

objet des sensations dont la source n’est plus le réel

mais sa représentation rétinienne. Le monde est devenu

une immense image aveugle qu’il faut revoir afin de lui

redonner un regard ». Portraits, animaux et végétaux,

sont les objets privilégiés qui (sur)figurent dans sa

peinture.

Abdellatif Bhiri

Natif de Safi, au Maroc en 1962, Abdellatif BHIRI

est un enseignant de la langue française et de sa

littérature au secondaire. Son parcours poétique est

concrétisé par la parution d’un premier recueil, Bribes

et étincelles aux éditions Edilivre en mai 2013. Puis d’un

second recueil Souvenirs vivaces, paru aux Editions

SLAIKI Frères à Tanger en 2013. Il a par ailleurs

contribué à plusieurs projets de recueils collectifs à

l’échelle nationale et internationale. Son écriture est

caractérisée par une profonde sensibilité liée à une

grande maîtrise de la langue française. Lauréat entre

autres du troisième prix de poésie de l’AMALEF.

SANDRINE BRUNNER

Comédienne et metteure en scène, Sandrine dirige la

compagnie Les Planches et les Nuages depuis 2004 à

Paris où elle vit depuis plus de douze ans. Depuis 2010,

elle dirige également l’antenne de cette structure en

Valais (Suisse) où elle est née et où elle a grandi.

Sandrine a à cœur de développer ses projets artistiques

de chaque côté de la frontière, les laissant ainsi

résonner entre le rythme trépidant de la ville Lumière

et la douceur de vivre valaisanne. Avec sa compagnie,

elle s’attache à proposer des projets qui permettent

une évasion, qui poussent à la réflexion, qui invitent à

quitter les habitudes du quotidien pour ouvrir d’autres

fenêtres sur le monde qui nous entoure. De plus en

plus, Sandrine cherche à sortir le théâtre du théâtre, à

pousser les murs et à aller à la rencontre d’un public qui

pourrait encore s’ignorer... Avec B.U.L - la Brigade des

Utopies Littéraires, elle cherche à teinter le quotidien

de poésie en apportant la littérature là où on ne

l’attendrait pas ou plus.

DAMIEN RICHARD

Graphiste de formation (sorti de l’ENSAAMA Olivier

de Serres en 2005), Damien travaille depuis plusieurs

années comme graphiste, webdesigner, photographe

et illustrateur indépendant. Il collabore régulièrement

avec le Collectif La Palmera, la compagnie Les

Planches et les Nuages et Les Funambules.

Depuis bientôt deux ans, il propose chaque jour

avec Damien Dutrait un diptyque poétique sur le

site poesieadeuxmains.fr. Il est également intervenu

en tant qu’artiste visuel sur des mises en scène

de Néry : Guidoni chante Prévert, Blue and Black

Zebra, Aventures Surréalistes...

Depuis 2013, il est aussi photographe pour la Montreux

Jazz Artists Foundation.

150

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015


SUR LA ROUTE... / AUF DER STRASSE...

Proposé dans le cadre des festivités du Bicentenaire

de l’entrée du Canton du Valais dans la Confédération

suisse, le projet Sur la route... / Auf der Strasse... de la

compagnie Les Planches et les Nuages propose dix

week-end de road trip littéraire et musical à travers

tout le Valais entre mai et septembre 2015.

Le concept : un autobus SAURER de 1956, dénommé

«Arthur», embarque un public de 30 personnes

maximum. Sur sa route et au fil de la journée, Arthur

marque plusieurs escales auxquelles le public est

invité à descendre pour profiter de l’interprétation par

deux comédiennes et un guitariste de textes d’auteurs

valaisans mis en scène dans des univers variés du

canton. Une agape conviviale constituée de produits

valaisans est proposée à mi-parcours.

Pour plus d’information et pour réserver :

cie-planches-nuages.net

Tentez une aventure faite de rencontres, de mots, de

notes et de sensations inédites !

Christophe Chavaroc AKA. CURIOUSPLASH

Graphiste, issu de la culture des 90’s, passionné

et inspiré par la musique. Composant des visuels

géométriques, épurés, construits. À la recherche d’une

certaine vibration, autant dans les photos que dans un

travail graphique.

sadesx.wix.com/curiousplash

facebook.com/CURIOUSPLASH

manuel atreide

Blogueur et journaliste, il a collaboré à Minorités et

l'Hémicycle. Spécialiste de la révolution numérique,

passionné par l'information, la photographie, les

musées, la danse et l'opéra, il travaille sur les questions

de la place sociale des minorités tout en écrivant son

premier bouquin.

PEGGY FAYE

Artiste photographe émergente montréalaise. Depuis

2009, elle expose régulièrement, en individuel et

en collectif, aussi bien à Toronto et Melbourne mais

principalement à Montréal. En plus de sa pratique solo,

l’artiste s’implique dans de nombreux projets collectifs,

engagés et activistes et propose des installations

extérieures de son travail. Son travail constitue un

matériau servant les domaines de la photographie de

rue, documentaire, sociale et artistique. Finalement,

la démarche de Peggy Faye tend à (dé)montrer

l’universalité de nos existences, ce qu’elle nomme la

similitude des différences.

FRÉDÉRIC JAVELAUD

Photographe, graphiste, maquettiste... Diplômé des

Beaux arts de Marseille. Photographe du quotidien, il

tend à révéler la beauté de ces petits riens... qui font

la vie.

damien dutrait

Auteur, metteur en scène et musicien. Membre du

Collectif la Palmera. Auteur de recueils de textes

poétiques et de textes pour le théâtre. Il participe a de

nombreux projets théâtraux. Il écrit et joue au sein du

groupe « La Crevette d’Acier » (tournée en France et

en Europe, enregistrement de deux albums). Auteur,

comédien et metteur en scène avec la compagnie de

cirque Morosof.

Il collabore aussi à la mise en scène des concerts de :

Chloé Lacan, Jéréme Boucris, le groupes « Charivari ».

Scénariste, réalisateur de courts-métrage et de clips,

avec « John et Sasha » il obtient le prix de scénario

festival « Les Conviviales » de Nannay ; il réalise une

web série musicale : La mariée était en fuite (avec

Antoine Villiers et Chloé Lacan). Il met en scène

H2ommes, ciné-concert pour les enfants, prix Adami

Jeunesse 2014, et P’tite souillure de K. Kwahulé,

création Martinique et Avignon 2013. Il collabore

régulièrement avec la Cie Théâtre des 2 saisons.

naoufel

38 ans, employé.

J’écris et je peins pour ne pas oublier que j’existe.

Thierry Kerspern

Reprend une activité artistique mise en jachère

depuis longtemps. Il fait surgir ses envies et ouvre son

regard à toutes sortes d’horizons. Quand l’énergie et

l’enthousiasme se raréfient, il se rappelle que « tout

a été photographié 100 fois, mais si je déclenche c’est

parce que ça m’amuse, c’est parce que ça m’amuse ».

mohamed elkeurti

en août 1957 . Ex-Professeur d’Anglais reconverti

dans le commerce d’emballage. Passionné de

littérature avec une (légère) prédilection pour le

fantastique et la SF. Ecrivain amateur, avec à mon actif

un certain nombre de nouvelles. Venu assez tard à la

poésie

Frédéric Lucas

40 ans, administratif, de formation scientifique, sportif

occasionnel, l’écriture comme d’une extension.

LAURE BOLATRE

Née à Bourges comme Berthe Morisot et Vladimir

Jankélévitch. D’une nature réservée et secrète elle

préfère les longues balades au tumulte de la ville. Ces

flâneries sont propices à l’inspiration de l’auteur qui

s’installe alors dans sa bibliothèque pour écrire et

mettre en forme ses libres pensées.

directrice de publication/rédactrice en chef teklal neguib

graphiste/maquettiste frédéric javelaud

gestionnaire site web teklal neguib

Pour nous contacter, nous transmettre une contribution, un

communiqué de presse, nous tenir informés d’une sortie de livre,

d’une exposition, nous faire part de vos critiques, vous pouvez nous

écrire à lartenloire@gmail.com Tous les textes, toutes les œuvres

publiés restent la propriété exclusive de leurs auteurs respectifs et

sont protégés en vertu des lois en vigueur. La rédaction n’est pas

responsable des textes et images publiés, qui engagent la seule

responsabilité de leur auteur.

édition

Teklal Neguib, pour L.ART en Loire

44600 Saint Nazaire (France)

Site web de la revue lartenloire.weebly.com

Facebook facebook.com/L.ARTenLOIRE

Twitter twitter.com/LARTenLoire

ISSN 2256-988X - Dépôt légal 21/02/2015

date de parution 21/02/2015

Revue gratuite ne pouvant être vendue

Erratum : dans le numéro 7, la pastille relative à l’œuvre de Jacques

Cauda comporte une erreur quant à son prénom. Comme vous

l’aurez noté, ce n’est bien sûr pas Jean-Claude mais Jacques.

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 151


Appel à travaux :

L.ART en Loire # 9 (mai 2015)

Règlement de l’appel à travaux :

Article 1

L.ART en LOIRE est une webrevue gratuite d’art et de littérature et

faisant appel à des contributeurs bénévoles. Vous pouvez découvrir

les anciens numéros ici : issuu.com/l.artenloire

Article 2

Le fait même de proposer des textes, poèmes, articles, photos… ou

d’accepter d’en écrire/produire un vaut acceptation du présent règlement

et autorisation de publication.

Article 3

Pour être publié, vous devez écrire soit en français/anglais/espagnol

ou être bilingue (français + autre langue). A noter que dans le

cas d’œuvres bilingues, seule la version française fera foi, vous resterez

seul responsable du contenu de la version dans l’autre langue.

La revue ne saurait être tenue responsable d’une langue qu’elle ne

maîtrise pas ou ne connaît pas.

La section Francophonia est uniquement pour les francophones (en

monolingue ou en bilingue). La section L.ART est réservée aux artistes

de Loire Atlantique ou de Bretagne, ou les expositions artistiques

ayant eu lieu sur ces deux territoires. La section théâtre est

seulement en français/anglais/espagnol (pas de traduction).

Vous déclarez et garantissez disposer de tout droit et autorisation

requis pour l’exploitation d’un quelconque contenu dans le cadre de

chacune de vos contributions de façon à ne pas violer les droits des

tiers (droit d’auteur, droit à l’image).

Les textes/œuvres ne doivent pas être constitutifs de contenu :

• à caractère raciste ;

• à caractère diffamatoire, injurieux, calomnieux à l’égard de tiers,

personnes physiques ou morales ;

• constituant une contrefaçon d’un droit de propriété intellectuelle ;

• contraire à la réglementation.

Article 4

Vous devez être l’auteur de l’œuvre ou des œuvres que vous proposez

à L.ART en Loire.

Proposer un ou des travaux signifie que vous reconnaissez en être

le créateur ou être le détenteur des droits relatifs à ce travail. Si votre

création (poème/texte/autre) a déjà été précédemment publiée

dans un livre, s’il vous plaît, spécifiez-le (titre, auteur, maison

d’édition), et vérifiez que vous avez bien le droit de le republier dans

un magazine.

Même si votre travail est publié dans L.ART en Loire (magazine + site

web + diffusion sur le web -tumblr, instagram, twitter-…] avec votre

nom…), vous restez le propriétaire de votre travail, et conserver tous

les droits dessus.

Si vous ne respectez pas les règles relatives à l’originalité de votre

œuvre, le plagiat ou la contrefaçon pourraient vous être reprochés

et vous en supporteriez alors seul toutes les conséquences.

Article 5

Vous pouvez proposer plusieurs œuvres, mais soyez aimable de préciser

simplement pour quelle section vous la/es soumettez.

Article 6

Envoyez, je vous prie, vos œuvres par mails, en pièce jointe, sous

format word ou format photo classique en haute définition (entre 3

et 10 mo), à lartenloire@gmail.com (attention nouvelle adresse mél :

L minuscule + artenloire…).

La date limite pour transmettre vos œuvres est le 15 avril 2015, pour

une publication autour du 15 mai 2015. Dans la mesure du possible,

transmettez vos œuvres dès finition.

Si vous avez des difficultés à envoyer votre message, n’hésitez pas à

contacter Teklal Neguib (rédactrice en chef) sur facebook facebook.

com/teklalneguib ou sur twitter twitter.com/teklalneguib

Article 7

À votre contribution, dans le corps de votre mél, joignez une mini

auto-biographie (5 lignes maximum, pour la page CONTRIBUTEURS).

Les mini-bio doivent être jointes à chaque envoi, même si vous avez

déjà participé à d’autres numéros.

Article 8

Voici les différents appels à textes :

Section L.ART

• Une Nouvelle de 10 pages maximum se déroulant soit en Loire

Atlantique, soit en Bretagne.

• Un article sur une manifestation culturelle ayant eu lieu en Loire-

Atlantique ou en Bretagne : 5 pages maximum

Section poesia

• Un ensemble de 3 poèmes, sujet libre.

Section dossier d’exploration Thème Bruit d'enfance

Nostalgie de l'enfance, réminiscence de ses odeurs et de ses goûts,

de ses jeux et de ses émerveillements,découverte de l'autre et des

premières amours et amitiés, moments d'étrangeté première où l'on

apprend à devenir un futur adulte....

• Un à trois poèmes sur le thème du dossier spécial

• Une nouvelle sur le thème choisi (5 pages maximum).

• Article sur une exposition/un artiste en lien avec ce thème

• Photos (6 à 10) et/ou peintures (6) sur ce thème

Section Philosophia

• Un article de réflexion sur un sujet philosophique (5 pages maximum).

La revue n’étant pas une revue polémiste, il s’agit bien ici

d’un texte à caractère philosophique et non politique.

Section D’arbres et de pierres

L’art concernant un endroit qui peut être la nature, la ville, ou une

pièce.

• Une nouvelle, 10 pages maximum sur thème libre ayant pour contexte

un lieu urbain, rural, la nature ou prenant place dans une

pièce bien définie.

• Un à 3 poèmes avec cette même contrainte de lieu

• Un portfolio de photos avec cette même contrainte de lieu (équivalent

à 6 pages de la revue).

• Une petite pièce de théâtre (10 pages maximum)

Section Théâtre

Publication d’une pièce de théâtre, sujet libre, qui peut avoir déjà été

jouée/publiée. Vérifiez cependant que vous avez alors le droit de la

publier dans la revue, et si oui, alors vous pouvez la proposer.

La pièce de théâtre pourra être publiée sur plusieurs numéro de la

revue (maximum 4 numéro, 20 pages maximum par numéro).

Langues autorisées : français, anglais espagnol (en monolingue)

Section Francophonie

• Une nouvelle de 10 pages maximum sur un sujet libre

• 1 à 3 poèmes sur sujet libre

Section Découverte

• Un article de découverte sur un livre/film/un artiste non-francophone…

que vous avez aimé.

• 1 à 3 poèmes d’un poète non-francophone (langues anglaise/espagnole)

152

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015


Call for works:

L.ART en Loire issue # 9 (may 2015)

Rules of the call for works

Rule 1

L.ART en Loire is a free webrevue of art and literature which calls on

voluntary artists to contribute to it. You can discover the previous

issues: issuu.com/l.artenloire

Rule 2

The fact to offer texts/poems/articles/photos/… or to accept to

write/produce it/them means

acceptance of this present rules and permission to publish.

Rule 3

To be published you need to be French/English/Spanish speaker or

bilingual (French+ another language) Francophonia section is only

for French speaker or bilingual.

Noteworthy : in the case of a bilingual publication, only the french

version will be valid. You will stay the only person responsible of the

content of the version in the other language.

The mag and its staff can’t be considered as the person responsible

of the language they don’t master or know.

L.ART section is only for Brittany/Loire Atlantique artists or artists

exhibiting in these areas.

The other sections are opened to all.

Théâtre section is only in French/English or Spanish (no translation)

You declare and assure having all the rights and permissions required

for the utilization of the work(s) you offer in order to not violate

the rights of others (copyrights, right to the image…)

The texts/works you offer must not have a content:

• racist

• defamatory, insulting, slanderous against a third party (who

could be a legal person or a natural person)

• constituting a counterfeiting of a right of an intellectual property

• against the law

Rule 4

You need to be the creator of the work(s) you offer to L.ART en Loire.

Submitting work(s) means you recognize to be the creator or the

owner of the rights pertaining to this work(s). If your creation (poem/

text/other) was first published in a book, PLEASE specify it (title,

author, book house), and check you have the right to republish it in

a magazine.

Even if your work is published in L.ART en Loire (mag+ website+ distribution

on the web -tumblr, twitter-…] with your name…), you stay

the owner of your work, and keep the rights on it.

If you don’t respect the rules relating to the originality of the work

you offer it could reproach you for plagiarism or counterfeiting, and

then, you would accept alone all the consequences.

Rule 5

You can offer several works, but be kind to precise each section you

want your work to be published in.

Rule 6

Please send your work(s) by Email (word format, .jpeg, or photos in

High Definition format) attached

to your Email and before april 15 th 2015.

Send it to lartenloire@gmail.com (lowercase L + artenloire… : watch

out, this is the new e-mail of the mag). if you have some difficulties

to send the message don’t hesitate to join Teklal Neguib (CHIEF EDI-

TOR) on facebook facebook.com/teklalneguib or on twitter twitter.

com/teklalneguib

The issue 7 of L.ART en Loire will be published around may 15 th 2015

Rule 7

Please include a mini-autobiography in your Email, even if you have

contributed before (for the

CONTRIBUTORS page).

Rule 8

The different calls of works:

Section L.ART

• Short text (maximum: 10 pages) / or 1 to 3 poems from a writer

living/born in Brittany/Loire Atlantique (land around Nantes and

Saint Nazaire)

• An article about cultural action/exhibit in Loire Atlantique or Brittany

(5 pages maximum)

Section Poesia

• 3 poems, free subject

Section: special file: Noise of childhood

Nostalgia of childhood, recollection of its smells and tastes, its

games and its wonderments, dicovery of the other, of the first loves

and friendships, moments of strangeness where you learn to become

an adult...

• 1 to 3 poems

• a short text (5 pages maximum)

• article about an exhibit/artist who studies this topics

• photos (6 to 10) and /or paintings about this subject

Section philosophia

• Article of philosophy on a philosophical topic (5 pages maximum)

Section D’arbres et de pierres (Trees and stones)

Art about place which could be nature, urban, or room

• A short text (10 pages maximum), free topic: an urban/rural/nature

environment or taking place in a definite room being the

only constraint.

• 1 to 3 poems about an urban/rural/nature environment or taking

place in a definite room

• a portfolio (6 to 10) of photos an urban/rural/nature environment

or taking place in a definite room

• a little play (10 pages maximum)

Section theater/theatre

• Publication of a play already play/published or not. Could be published

in 4 four parts (the current issue and the followings). Exclusively

in French/English or Spanish (no translation) (20 pages

maximum per issue)

Section Francophonia (bilingual possible)

• A short text (10 pages maximum), free subject

• 1 to 3 poems, free topic

Section Discovery (découverte)

• An article to review/introduce a book/film/artist french or non

French speaker you like

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015 153


2# 9

parution autour du 15 mai 2015

154

L.ART en LOIRE - # 8 - février 2015

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