les trésors de bibliothèque et archives nationales du québec

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i. 90 ans d’Histoire et d’actionLa protectiondossierpatrimoine cuLtLE PATRIMOINE CULTUREL QUÉBÉCOIS, 1922-2012En mars 1922, le gouvernement du Québec a confi é à la Commissiondes monuments historiques le mandat de conserver lesmonuments et les objets ayant un intérêt historique ou artistique.Pendant près de 40 ans, cette institution a assumé à elleseule la responsabilité de la sauvegarde et de la mise en valeurdes monuments historiques.La création du ministère des Affaires culturelles en 1961 a modifié progressivement le rôle de la Commission des monumentshistoriques et mené, en 1972, à l’adoption de la Loi sur lesbiens culturels et à la création de la Commission des biensculturels du Québec, un organisme au rôle consultatif.Depuis 1922, le concept de patrimoine a connu au Québec uneévolution qui l’a fait passer de « patrimoine-monument historique» ayant pour mission de rappeler le passé, à « patrimoinebienculturel », une ressource et un actif à développer. La législationquébécoise sur le patrimoine a refl été cette évolutionen élargissant progressivement les catégories de biens susceptiblesd’être reconnus et protégés. La Loi sur le patrimoine culturel,adoptée par l’Assemblée nationale le 19 octobre 2011,refl ète bien cette évolution en intégrant notamment la notionde patrimoine immatériel et le paysage.Source : Commission des biens culturels du Québec1922Création de la Commission desmonuments historiques par la Loi relativeà la conservation des monuments etdes objets d’art ayant un intérêt historiqueou artistique. Ont été successivementprésidents : Adélard Turgeon, Ralph-AlbertBenoît, Paul Gouin, Roland Bourret,Georges-Émile Lapalme, Jean-ClaudeLa Haye, Marcel Junius, Paul-Louis Martin,Cyril Simard, Marcel Masse, Louise Brunelle-Lavoie, Mario Dufour et Yves Lefebvre.À rayons ouverts 4 automne 2012 n o 90


En s’ouvrant sur des concepts qui dépassent le tangible, comme les paysageset le patrimoine immatériel, la nouvelle loi vient consacrer la dimensionculturelle du patrimoine québécois, dans toute l’étendue de sa signification.dossier90 ans d’histoire et d’actionVoir grand et voir loin :la Loi sur le patrimoine culturelLe concept de patrimoine a connu au Québec uneévolution qui l’a fait passer de « patrimoine-monumenthistorique » ayant pour mission de rappeler lepassé, à « patrimoine-bien culturel », une ressourceet un actif à développer. La législation québécoisesur le patrimoine a reflété cette évolution en élargissantprogressivement les catégories de bienssusceptibles d’être reconnus et protégés. La Loi surle patrimoine culturel, adoptée par l’Assembléenationale le 19 octobre 2011, reflète bien cette évolutionen y intégrant notamment le patrimoineimmatériel et le paysage 1 .La loi place le Québec en tête des pays qui ont àcœur la connaissance, la protection, la conservationet la mise en valeur de leur patrimoine culturel, fût-ilmatériel ou immatériel.La Loi sur le patrimoine culturel était attendueet souhaitée depuis plusieurs années. On ne compteplus les colloques, rencontres, discussions, lettresouvertes, livre vert et autres consultations qui ontmené à la concrétisation de ce projet. Les Québé-cois y ont beaucoup réfléchi, et se sont donné uneloi à leur image. Ils font ainsi figure d’exception etd’avant-garde dans le monde en plaçant leur patrimoineculturel au cœur même du développementdurable.Moderne et bien ancrée dans la réalité d’aujourd’hui,la nouvelle loi propose en effet un regard neufet une ouverture d’esprit sur notre compréhensiondu patrimoine. En s’ouvrant sur des concepts quidépassent le tangible, comme les paysages et le patrimoineimmatériel, elle vient en effet consacrer ladimension culturelle du patrimoine québécois,dans toute l’étendue de sa signification.Au-dede ces intentions, cette loi s’avèreconcrète et efficace puisqu’elle est dotée des instrumentsnécessaires à son plein déploiement dans lerespect de l’esprit qui a guidé sa conception. Ellemobilise et responsabilise davantage les citoyensde toutes les régions, les entreprises, ministères etorganismes, villes et municipalités par des mesuresbien définies qui contribueront à la protection et àla mise en valeur de toute la richesse de notre patrimoine.Cette loi voit grand et loin.1961Classement d’unepremière collectiond’œuvres d’art,celle de la chapellede l’Hôtel-Dieude Québec.1963Amendement de laLoi sur les monumentshistoriques :introduction dela définitiond’« arrondissementhistorique ».1963Déclaration du premierarrondissementhistorique :le Vieux-Québec.1963-1965Déclaration desept arrondissementshistoriques : leVieux-Québec, leVieux-Montréal, Sillery,le Vieux-Trois-Rivières,Charlesbourg,Beauport et Carignan.1964Premiers travauxde restaurationà Place-Royale,à Québec.1970Déclaration del’arrondissementhistorique del’Île-d’Orléans.1972Adoption de la nouvelleLoi sur les biensculturels : intégrationdes dispositionsconcernant les biens etsites archéologiques ;création de laCommission des biensculturels à titre d’organismeconsultatif.1973Déclaration du premierarrondissementnaturel : Percé.À rayons ouverts 6 automne 2012 n o 90


Le concept de patrimoine a connu au Québec une évolution qui l’a fait passerde « patrimoine-monument historique » ayant pour mission de rappeler le passé,à « patrimoine-bien culturel », une ressource et un actif à développer.dossierL’organisme qui conseille le ministrequant à l’application de la LoiEn instituant le Conseil du patrimoine cultureldu Québec, la Loi sur le patrimoine culturel dotele ministre de la Culture et des Communicationsd’un organisme de consultation appelé à lui donnerson avis ou à lui faire des recommandationssur toute question relative à la connaissance, à laprotection, à la mise en valeur et à la transmissiondu patrimoine culturel 2 . Elle confie notamment auConseil un mandat d’audition auprès des individuset des groupes sur toute question visée par la loi.Elle rehausse aussi à un niveau plus stratégiqueles interventions du Conseil. Celui-ci sera en effetappelé à intervenir beaucoup plus en amont, notammenten se prononçant sur les projets de plans deconservation qui seront dorénavant obligatoirespour tous les sites patrimoniaux et en procédant àdes consultations publiques sur toute question quepourrait lui confier le ministre. Le Conseil devramaintenir un degré élevé d’excellence et de pertinencede ses conseils et recommandations, lesquelsconstituent, pour le ministre, une aide à ladécision. Cette valeur ajoutée prend appui surquatre piliers : l’expertise propre des membres, lesétudes ou recherches commandées par le Conseil,la connaissance des enjeux et des acteurs régionauxainsi que les bonnes pratiques observéesdans d’autres pays ou auprès d’organisations internationales.Puiser à même nos racines pour continuerd’embellir le Québec : telle est la pensée qui animaitconstamment la Commission des biens culturelset telle sera aussi la perspective qui guidera leConseil.Cette perspective suppose que la protectionet la mise en valeur de notre patrimoine sontrésolument tournées vers l’avenir plutôt que versle passé.1. On peut lire le texte de la loi à l’adresse suivante :www.mcc.gouv.qc.ca, section « Lois et réglements ».2. Le Conseil du patrimoine culturel du Québec est composé de12 membres, dont un président et une vice-présidente qui occupentleur poste à temps plein. Les membres sont nommés par legouvernement en fonction de leur expertise, de leur formation etde leur expérience dans divers domaines reliés au patrimoine culturel.90 ans d’histoire et d’action1974Classement du premiersite archéologique :le poste de pêche etde traite de Nantagamiou,Côte-Nord-du-Golfe-Saint-Laurent.1986Amendement de la Loisur les biens culturels :partage des pouvoirsentre l’État et les municipalitéslocales pourla sauvegarde et lamise en valeur du patrimoinearchitecturalpar la citation demonuments historiqueset la constitution desites du patrimoine.2005Déclaration del’arrondissementhistorique et natureldu Mont-Royal.2010Dépôt du projet deloi 82, la Loi sur lepatrimoine culturel.v Vue du rocher Percé et de la ville – Percé Rock,P.Q. and Village from S. W., carte postale, WestBathurst (Nouveau-Brunswick), H. V. Henderson, 19--?.Arrondissement naturel, décret gouvernemental en 1973.2011Adoption de la Loi surle patrimoine culturel :création du Conseildu patrimoine cultureldu Québec, qui remplacela Commissiondes biens culturelsdu Québec. La nouvelleloi entre en vigueuren octobre 2012.À rayons ouverts 7 automne 2012 n o 90


II. LA LOI SUR LE PATRIMOINE CULTURELLes principes de basedossierLa Loi sur Le patrimoine cuLtureLLa Loi sur le patrimoine culturel a pour objet de favoriser la connaissance, la protection, la mise envaleur et la transmission du patrimoine culturel sous toutes ses formes. La loi souligne l’importancede la valeur identitaire du patrimoine culturel et sa forte contribution au sentiment d’appartenance àune collectivité.Le patrimoine cuLtureLLe patrimoine culturel est constitué de personnages historiques décédés, de lieux et d’événementshistoriques, de documents, d’immeubles, d’objets et de sites patrimoniaux, de paysages culturels patrimoniauxet de patrimoine immatériel.La Loi et Le déVeLoppement duraBLeLa Loi sur le patrimoine culturel s’inscrit dans une perspective de développement durable. La protectiondu patrimoine culturel est l’un des 16 principes fondamentaux formulés dans la Loi sur le développementdurable, adoptée en 2006. L’objet de la Loi sur le patrimoine culturel est cohérent avec ceprincipe.La Loi et La citoYenne et Le citoYenLe gouvernement souhaite favoriser la participation de l’ensemble de la population. Il le fera notammentgrâce à la tenue, par le Conseil du patrimoine culturel, de consultations publiques sur tous lesprojets de déclaration de sites patrimoniaux et toute question que le ministre lui soumettra.La Loi et Les municipaLitésLa Loi confie notamment aux municipalités locales et aux communautés autochtones des pouvoirssimilaires à ceux du ministre pour la protection et la mise en valeur de leur patrimoine.L’ordre puBLicIl s’agit d’une loi d’ordre public. Elle se veut donc à l’avantage de l’ensemble de la population québécoise,au-dedes divers intérêts privés. Elle comporte notamment des dispositions permettant de fairecesser des travaux pouvant représenter une menace pour un bien susceptible de présenter une valeurpatrimoniale, par principe de précaution. Elle confie aussi aux propriétaires de biens patrimoniaux laresponsabilité d’en assurer le maintien en bon état. La Loi prévoit des sanctions plus imposantes quepar le passé en cas d’infraction. Les amendes seront modulées en fonction du type de propriétaire etaugmenteront en cas de récidive.Source : ministère de la Culture et des CommunicationsOn trouvera à la page 39 la définition des principaux termes utilisés dans ce dossier sur le patrimoine culturel.À rayons ouverts 8 automne 2012 n o 90


Le patrimoineimmobiLierdossiers Le Vieux Moulin –Trois-Rivières (Canada),carte postale, Trois-Rivières,Pinsonneault, 19--?. Monumenthistorique, classement en 1961.En 1922, au moment de la création de la Commissiondes monuments historiques, le Québec était laseule province canadienne à légiférer dans le domainede la sauvegarde du patrimoine. La loi quiétait alors en vigueur avait pour principal objetde préserver le patrimoine religieux. Plusieurs foisamendée, la loi a vu son mandat élargi au coursdes années et elle englobe maintenant l’ensembledu patrimoine immobilier. Les biens immobilierspeuvent être divisés en deux catégories : les immeublespatrimoniaux et les sites patrimoniaux.Un immeuble patrimonial peut, bien sûr, êtreun bâtiment, mais il peut également s’agir d’unestructure, d’un vestige ou même d’un terrain surlequel il n’y a aucune construction. Le site patrimonial,pour sa part, est défini comme un lieu, unensemble d’immeubles ou un territoire. Pour êtrequalifiés d’immeubles ou de sites patrimoniaux,ces biens doivent présenter un intérêt pour leurvaleur archéologique, architecturale, artistique,emblématique, ethnologique, historique, paysagère,scientifique ou technologique, ou encore uneconjugaison de valeurs. Un site patrimonial peutde plus présenter un intérêt pour sa valeur identitaireou urbanistique. uLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLÀ rayons ouverts 9 automne 2012 n o 90


w Pont Perrault,Notre-Dame-des-Pins,Chaudière-Appalaches.Photo : © Ministère de laCulture et des Communications,Jean-François Rodrigue,2004. Monument historique,classement en 2004.dossiers Arrondissement historiquede Sillery, Québec, Capitale-Nationale. Photo : © Ministèrede la Culture et des Communications,Pierre Lahoud, 2004.Arrondissement historique, décretgouvernemental en 1964.Classer ou citer ?Le ministre peut classer un immeuble ou un sitepatrimonial. L’extérieur, l’intérieur, tout l’immeubleou une partie seulement peut être visé par le classement.Le classement d’un site patrimonial ne protègepas l’intérieur des bâtiments qui s’y trouvent.Le gouvernement peut, sur recommandation duministre, déclarer un site patrimonial. Il s’agit dustatut équivalant à celui d’arrondissement historiqueou naturel qui était prévu dans la Loi sur lesbiens culturels.En vertu de la Loi sur le patrimoine culturel,les municipalités peuvent citer des immeubles oudes sites patrimoniaux qui se trouvent sur leurÀ rayons ouverts 10 automne 2012 n o 90


Les biens immobiliers doivent présenter un intérêt pourleur valeur archéologique, architecturale, artistique,emblématique, ethnologique, historique, paysagère, scientifiqueou technologique, ou encore une conjugaison de valeurs.dossierterritoire. Si elles le souhaitent, elles peuvent désormaisprotéger les intérieurs des immeubles patrimoniauxqu’elles citent.La Loi sur le patrimoine culturel permet aussiaux communautés autochtones de citer des immeubleset des sites patrimoniaux situés sur leursterres de réserve, une nouveauté par rapport à laLoi sur les biens culturels.L’entretien du patrimoine immobilierLes propriétaires des biens classés et cités sontresponsables de préserver la valeur patrimonialede leurs biens. Toute personne intervenant sur unde ces biens, par exemple pour le restaurer, doit obtenirau préalable les autorisations nécessaires.Ces autorisations sont accordées par le ministrepour les biens classés ou les immeubles situés dansun site patrimonial classé ou déclaré, et par la municipalitépour les immeubles et les sites patrimoniauxcités.La Loi sur le patrimoine culturelLa vente d’un immeuble patrimonialUn avis préalable doit aussi être transmis au ministreavant la vente d’un immeuble patrimonialclassé ou situé dans un site patrimonial classé, afinqu’il puisse exercer son droit de premier acheteurs’il le juge pertinent.Source : Infolettre, Direction du patrimoine et de la muséologie.L’infolettre est une production du ministère de la Culture et desCommunications.v Moulin seigneurial de Tonnancour, Trois-Rivières, Mauricie.Photo : © Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine,Andréane Beloin, 2009. Monument historique, classement en 1975.À rayons ouverts 11 automne 2012 n o 90


Les personnages,éVénements etLieux historiquesLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLdossierLa population québécoisedispose d’un moyensupplémentaire decommémorer son histoireen rappelant le souvenirde certains personnages,événements et lieuxhistoriques significatifspour le Québec.La nouvelle Loi sur le patrimoine culturel permetau ministre de la Culture et des Communications,aux municipalités ainsi qu’aux communautés autochtonesde mettre en valeur de nouveaux typesde patrimoine. Parmi ceux-ci se trouvent les personnages,les événements et les lieux historiques.Auparavant, la Loi sur les biens culturels ne comprenaitpas de telles dispositions puisqu’elle portaitexclusivement sur la protection du patrimoineimmobilier et mobilier, ce qui restreignait d’autantla portée de la reconnaissance du patrimoineculturel.Un personnage historique décédé est une personneayant réellement existé et ayant joué un rôlesignificatif dans l’histoire. Il peut également s’agird’un groupe de personnages.Par conséquent,les personnes vivantes oules personnages fictifs nepeuvent pas être considéréscomme des personnageshistoriques.Un événement historiqueest un fait qui s’estproduit dans le passé, oul’aboutissement d’unprocessus historique, reconnucomme étant significatifdans l’histoire. Il peut être associé à unedate précise, mais il peut aussi être lié de façon pluslarge à une période historique. Un lieu historique,quant à lui, est un emplacement reconnu commeétant significatif dans l’histoire, qui peut être associéà un personnage, à un groupe ou à un événementsignificatif.désiGner ou identiFier?Concrètement, après avoir pris l’avis du Conseil dupatrimoine culturel du Québec, le ministre pourradésigner un personnage historique décédé, un événementou un lieu historique. De même, une municipalitépourra, par règlement de son conseil etaprès avoir pris l’avis de son conseil local du patrimoine,identifier un personnage historique décédé,un événement ou un lieu historique. Les communautésautochtones pourront faire de même.un aVantaGe pour La popuLationGrâce à cette nouvelle mesure de la loi, la populationquébécoise dispose d’un moyen supplémentaire decommémorer son histoire en rappelant le souvenirde certains personnages, événements et lieux historiquessignificatifs pour le Québec, d’entretenirleur place dans la mémoire collective et de favoriser,ultimement, une plus grande appréciation etune meilleure connaissance de l’histoire du Québec.Le Ministère fera connaître bientôt ses orientations,ses critères d’admissibilité et sa stratégie d’interventionquant à la désignation des personnages,des événements et des lieux historiques. Il est toutefoispossible de préciser tout de suite que la désignationde ce patrimoine mémoriel par le ministrereposera essentiellement sur un appel annuel depropositions effectué auprès de la population québécoise.Les municipalités et les communautésautochtones verront à fixer leurs modes de fonctionnementpour identifier les personnages, événementset lieux historiques liés à leur collectivité.Source : Infolettre, Direction du patrimoine et de la muséologie.L’infolettre est une production du ministère de la Culture et desCommunications.À rayons ouverts 12 automne 2012 n o 90


Le patrimoineimmatérieLdossierLa reconnaissance du patrimoine immatérielcomme composante du patrimoine culturel faitpartie des grandes nouveautés de la Loi sur le patrimoineculturel. Elle correspond aux orientationsmises de l'avant à l’échelle internationale et s'inscritdans le prolongement des actions que le ministèrede la Culture et des Communications soutientdepuis plusieurs années.qu’est-ce que Le patrimoine immatérieL?Le patrimoine immatériel se décline en cinq catégories: les savoir-faire, les connaissances, les expressions,les pratiques et les représentations. Les cinqcatégories d’éléments du patrimoine immatérielpeuvent être désignées par le ministre ou identifiéespar les municipalités et les communautés autochtones.Les objets et les espaces culturels, tout commeles personnes, ne peuvent pas être considéréscomme des éléments du patrimoine immatériel.Toutefois, lorsque des savoir-faire, des connaissances,des expressions, des pratiques ou des représentationssont associés à des objets ou à des lieux,il importe d'en tenir compte dans l’analyse de leurvaleur patrimoniale. Par exemple, les costumes etles masques utilisés lors d’un rituel jouent un rôleprépondérant et revêtent une grande importancepour la compréhension de la pratique. Des objets etdes espaces pourraient en revanche être classés oucités, notamment pour leur intérêt ethnologique,s’ils présentent une grande valeur patrimoniale.d’une Génération à L’autreLes éléments du patrimoine immatériel doivent être« transmis de génération en génération », c’est-à-direqu’ils doivent être vivants, et que des porteurs detradition peuvent encore les transmettre à d'autrespersonnes. Ainsi, une pratique révolue, que pluspersonne ne porte ni ne transmet, n’est pas, au sensde la loi, un élément du patrimoine immatériel.Une pratique longtemps disparue et recréée récemmentne l’est pas non plus.Parce qu’ils sont vivants, les éléments du patrimoineimmatériel ne peuvent pas être reproduits àl’identique d’une génération à l’autre. Ils sont adaptésà leur temps et à leur environnement, ils sont« recréés en permanence ».Si les personnes qui transmettent ces élémentsdu patrimoine immatériel – les porteurs de tradition– s’entendent sur l'apport significatif de ceséléments à leur identité culturelle et veulent assurerun contexte favorable à leur transmission, c’est« qu’une communauté ou un groupe » les « reconnaîtcomme faisant partie de son patrimoine culturel ».Un groupe d’experts ne pourrait donc pas déterminer,seul, si une pratique ou un savoir-faire est unélément du patrimoine immatériel. Avant tout, lacommunauté doit les considérer comme tels.Les éléments du patrimoine immatériel contribuentau sentiment d’appartenance, à la définitionde l’identité culturelle et à la fierté collective. Leurconnaissance, leur sauvegarde, leur transmission etleur mise en valeur présentent donc un intérêt public.Un élément du patrimoine immatériel peutêtre, par exemple :une forme traditionnelle d’expression orale,comme le conte (qui peut, lui, aborder des thèmescontemporains) ;une musique ou une danse traditionnelle ;un rituel marquant un passage important dansla vie d'individus ou de groupes ;un jeu traditionnel ;une pratique liée à la chasse, à la pêche ou à lacueillette ;une manifestation festive qui marque le calendrierou qui souligne le passage des saisons et à uLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLÀ rayons ouverts 13 automne 2012 n o 90


Les paYsagedossierLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLlaquelle participe un grand nombre de membresde la communauté ;la connaissance des usages médicinaux de certainesplantes locales ;la fabrication artisanale d’objets.Le processus de désiGnationConcrètement, après avoir pris l’avis du Conseil dupatrimoine culturel du Québec, le ministre pourradésigner un élément du patrimoine immatériel. Demême, une municipalité pourra, par règlement deson conseil et après avoir pris l’avis de son conseillocal du patrimoine, identifier un élément du patrimoineimmatériel. Les communautés autochtonespourront faire de même. L’élément désigné ou identifiésera inscrit au registre du patrimoine culturel,accompagné d’une description et diffusé dans leRépertoire du patrimoine culturel du Québec.Les nouvelles mesures de la Loi sur le patrimoineculturel donneront à la population un moyen dereconnaître le rôle important des éléments du patrimoineimmatériel dans la vitalité culturelle, permettrontde susciter l’intérêt pour ces éléments et deles mettre en valeur, de façon à en favoriser le développementcontinu. Les municipalités et les communautésautochtones verront à fixer leurs propresmodes de fonctionnement pour identifier les élémentsdu patrimoine immatériel liés à leur collectivité.Source : Infolettre, Direction du patrimoine et de la muséologie.L’infolettre est une production du ministère de la Culture et desCommunications.La désignation d’un paysage culturel patrimonialest une autre nouveauté de la Loi sur le patrimoineculturel. Cette désignation a pour but de signaleret de mettre en valeur des paysages culturels patrimoniauxparmi les plus significatifs du Québec. Sielle se concrétise par un décret gouvernemental,elle repose avant tout sur une démarche particulièrerésultant d’un consensus à l’échelle locale.Par ce geste, le gouvernement appose un sceaude qualité à un paysage culturel patrimonial, àl’instar de l’UNESCO qui le fait pour l’inscriptiond’un site sur la Liste du patrimoine mondial. Il s’agitainsi d’accorder un statut prestigieux apportant unereconnaissance nationale.qu’est-ce qu’un paYsaGe cuLtureLpatrimoniaL ?Un territoire désigné comme paysage culturel patrimonialn’a pas une superficie précise. Il peut fairepartie d’une seule municipalité, s’étendre sur lesterritoires de plusieurs municipalités locales oumême de plusieurs municipalités régionales decomté (MRC).Il importe avant tout que le territoire se distinguepar des caractéristiques paysagères remarquablespouvant être associées à des éléments naturelsd’intérêt, mais non exclusivement. Ces caractéristiquesdoivent aussi être reconnues parce qu’ellestémoignent d’une activité humaine particulièresur le territoire en question. Par contre, un paysagenaturel dans lequel l’humain n’aurait jamais laisséde traces ne pourrait pas être considéré comme unpaysage culturel patrimonial. uw Site historique des Galets, Natashquan, Côte-Nord.Photo : © Ministère de la Culture et des Communications,Pierre Lahoud, 2005. site historique, classement en 2006.À rayons ouverts 14 automne 2012 n o 90


s cuLtureLs patrimoniauxLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLdossierÀ rayons ouverts 15 automne 2012 n o 90


dossierLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLr Vue à vol d'oiseau deTrois-Rivières (Canada) en1881, carte postale, Provincede Québec?, s. é., 19--?.arrondissement historique, décretgouvernemental en 1964.s St Laurent, Ile d'Orléans,P.Q., partie Ouest, partie Est,carte postale, s. l., s. é., s. d.Détail. arrondissement historique,décret gouvernemental en 1970.Pour être désigné, le territoire doit présenter unintérêt historique, emblématique ou identitaire.L’intérêt historique découle des activités, desévénements et des personnages qui ont laissé leurmarque dans le paysage à travers le temps.L’intérêt emblématique d’un paysage repose surla présence d’éléments symboliques, généralementuniques, qui font figure d’emblèmes.L’intérêt identitaire fait référence aux caractéristiquesdu paysage auxquelles la communautés’identifie.d’éducation, soutient l’appro-priation collective, contribue àbâtir ou à renforcer l’identitélocale et donne de la visibilitéainsi que de l’attrait à un territoire.Cette reconnaissancepourra en outre avoir une incidencesur le développement économique, le tourismeou l’arrivée de familles dans la région.à L’oriGine de La démarcHe,Les aVantaGes de La désiGnationLa désignation d’un paysage culturel patrimonialprocure davantage que l’utilisation des outils réglementairesdont disposent déjà les municipalités.Elle offre une occasion de sensibilisation etLes interVenants LocauxPuisqu’elle repose sur une reconnaissance collective,la désignation d’un paysage culturel patrimonialnécessite la participation de plusieurs intervenants.Au départ, la démarche sera amorcée par lescitoyens, par les instances municipales et parÀ rayons ouverts 16 automne 2012 n o 90


La désignation d’un paysage culturelpatrimonial offre une occasionde sensibilisation et d’éducation,soutient l’appropriation collective etcontribue à bâtir ou à renforcerl’identité locale.dossierd’autres intervenants locaux qui feront appel àla collaboration de professionnels, spécialistesdu domaine, d’organismes locaux et du gouvernement.Indissociables, ils ont tous un rôle à joueret se partageront les responsabilités.La communauté locale est à la base de la désignationd’un paysage culturel patrimonial. Il faudramontrer que les élus, les intervenants économiques,les organismes du milieu et les citoyensont eu l’occasion de participer au processus etque leurs avis ont été pris en compte dans lesorientations proposées. La participationde la population et son engagementsont essentiels à la réussite de ladémarche.Les municipalités locales, MRC etcommunautés métropolitaines sontau cœur de la démarche puisque cesont elles qui présentent la demandeau ministre de la Culture et des Communications.Un citoyen ou un organismene peut pas présenter une demande,car elle doit absolument êtreportée par les élus locaux. En outre, aucune demandede désignation ne peut être présentée auministre si elle n’est pas faite par toutes les municipalitéslocales, les MRC et les communautés métropolitainesdu territoire visé.Le rÔLe des instances GouVernementaLesLe ministre de la Culture et des Communicationsreçoit la demande de désignation de paysage.Il prend l’avis du Conseil du patrimoine cultureldu Québec, puis détermine si la demande est uv Boulevard Turcot,Trois Rivières, carte postale,Montréal, Illustrated Post CardCo., vers 1908. arrondissementhistorique, décret gouvernementalen 1964.s St Laurent, Ile d'Orléans,P.Q., partie Ouest, partie Est,carte postale, s. l., s. é., s. d.Détail. arrondissement historique,décret gouvernemental en 1970.La Loi sur Le PatriMoine CuLtureLÀ rayons ouverts 17 automne 2012 n o 90


Il revient aux citoyens et aux municipalitésnon seulement de tirer profit de la désignation, maisaussi d’assurer l’entretien et la survie du paysage.dossierLa Loi sur Le PatriMoine CuLtureLw Vue du ChâteauFrontenac et d'une partiede la Haute-Ville, prise desairs – Air View of ChateauFrontenac and Upper Town,Quebec, Canada, cartepostale, Québec, LibrairieGarneau, s. d.arrondissement historique,décret gouvernemental en 1963.admissible. Si c’est le cas, il invite les intervenantslocaux à élaborer un plan de conservation.Le ministre sollicite les ministères concernés parle projet de désignation d’un paysage culturel patrimonial,et ceux-ci prêtent leur concours pour aiderles instances municipales à élaborer un plan deconservation. Lorsque le ministre est satisfait duplan de conservation qui lui est soumis et qu’il a prisl’avis du Conseil du patrimoine culturel du Québecsur le sujet, il peut transmettre sa recommandationpositive au gouvernement. Le gouvernement duQuébec peut alors désigner le paysage culturel patrimonial,après discussion au Conseil des ministres.La conserVation du paYsaGeLes instances locales sont responsables de l’établissementdu plan de conservation applicable au paysageculturel patrimonial qui sera désigné. Ce sontelles qui déterminent quels usages économiques,sociaux et culturels sont autorisés sur ce territoire,et elles définissent les mesures de protection descaractéristiques paysagères remarquables qu’ellesont reconnues.Après la désignation, elles devront adopter desrèglements pour assurer l’application et le respectdu plan de conservation. Elles devront aussi produireun rapport sur la mise en œuvre de ce plan deconservation tous les cinq ans.La boucle est bouclée : les citoyens, les élus municipauxet les principaux intervenants locaux ontété à l’origine de la demande, le gouvernement duQuébec a désigné le paysage. Il revient aux citoyenset aux municipalités non seulement de tirer profitde la désignation, mais aussi d’assurer l’entretienet la survie du paysage.Source : Infolettre, Direction du patrimoine et de la muséologie.L’infolettre est une production du ministère de la Culture et desCommunications.À rayons ouverts 18 automne 2012 n o 90


iii. Le patrimoine d’Hier, d’auJourd’Hui et de demainLes documents patrimdossierpar Valérie D’Amour, archiviste, Centre d’archives deMontréal, et Isabelle Crépeau, bibliothécaire, direction desacquisitions et de la préservation des collections patrimonialesL’utilisation de l’expression « documents patrimoniaux» est l’une des nouveautés de la Loi sur le patrimoineculturel qui est entrée en vigueur au Québeccet automne. Ce nouveau texte de loi reflète l’évolutiondu concept d’objet patrimonial et découled’une réflexion lancée il y a 40 ans tant au Québecqu’à l’étranger.Même si l’ancienne loi assurait déjà la protectiondes documents patrimoniaux en tant que biens his-toriques 1 , la nouvelle définit plus clairement lepatrimoine documentaire en distinguant précisémentles objets des documents patrimoniaux. Cesderniers sont décrits soit comme « un support quicontient de l’information sous forme de mots, desons ou d’images, soit [comme] l’information ellemême2 ». Préalable essentiel, ils doivent présenter« un intérêt pour [leur] valeur artistique, emblématique,ethnologique, historique, scientifique ou technologique3 ». Les fonds d’archives, les collections dephotographies, les bandes sonores ou les imprimés,par exemple, peuvent être considérés comme desdocuments patrimoniaux.w Classe de rhétoriquede Lionel Groulx auSéminaire de Valleyfield,1914-1915. Centred’archives de Montréal,fonds Lionel Groulx(CLG1, T1, 21.18).Photo : Élie Gendron.Bien historique,reconnaissance en 1976.À rayons ouverts 20 automne 2012 n o 90


oniauxun héritage À découVrirdossierLa Loi sur le patrimoine culturel comporte enoutre des modifications en ce qui concerne les typesde protection dont bénéficient les documents patrimoniaux.Tandis que la loi de 1972 permettait dereconnaître ou de classer un document en fonctionde son importance patrimoniale, la nouvelle loi facilitel’octroi des protections au niveau provincial enn’attribuant qu’un seul statut, le classement. Enplus, elle confère dorénavant aux municipalités ainsiqu’aux communautés autochtones le droit de citerdes documents dont ils sont propriétaires.des exempLesDepuis 1976, le ministère de la Culture et des Communicationsdu Québec a accordé une protectionjuridique à plus d’une centaine de fonds d’archivesregroupant principalement des documents desxIx e et xx e siècles. Parmi les premiers biens culturelsde nature documentaire protégés, on trouveneuf fonds de la collection Lionel Groulx et le fondsJacques Ferron. Plusieurs statuts de protectionconcernent des archives institutionnelles commeles 169 registres d’état civil des paroisses de l’Outaouais.Certains fonds sont regroupés et formentdes ensembles documentaires, par exemple lesfonds du Séminaire de Rimouski ou les archives del’Université Bishop. Des documents spécifiques onten outre été classés ; pensons au journal intime deCaroline Debartzch, classé en 2005. Les documentsde la collection Louis-François-Georges-Baby ainsique le manuscrit d’Émile Nelligan intitulé « Lestristesses » sont les derniers biens de nature documentaireà avoir été classés, en 2007. uLe PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainv Page du scrapbook d’Anne-Marie Palardy illustrant son tour deFrance, 1909-1910. Centre d’archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean, fondsFamille Dubuc (P1, D144, P97). Bien historique, reconnaissance en 1979.À rayons ouverts 21 automne 2012 n o 90


dossierdocuments patrimoniaux à BaN qBibliothèque et Archives nationales du Québec(BAnQ) possède quelques fonds d’archives protégésen vertu de la loi et inscrits au Registre des biensculturels (qui deviendra le Registre du patrimoineculturel), soit les neuf fonds regroupés dans la collectionLionel Groulx et le fonds Famille Dubuc. Desinformations relatives à ces attributions de statutssont diffusées dans le Répertoire du patrimoine cultureldu Québec. Ce corpus semble modeste, maisil faut se rappeler qu’en vertu du règlement sur ledépôt légal et de la Loi sur Bibliothèque et Archivesnationales du Québec, l’institution a pour missionde rassembler et de conserver de manière permanentele patrimoine documentaire québécois. Parconséquent, les documents faisant partie des collectionspatrimoniales possèdent déjà un statut particulierqui leur assure protection et mise en valeur.La mise en VaLeurBAnQ emploie divers moyens de diffusion pour faireconnaître le patrimoine documentaire québécois,notamment celui qui est identifié comme un bienculturel. L’exemple le plus éloquent est sans douteÀ rayons ouverts 22 automne 2012 n o 90


En préservant ces documents riches d’informations textuelles,sonores et visuelles, nous créons une archéologie du savoir,inspirons la recherche historique et favorisons la compréhensiondes patrimoines matériels et immatériels québécois.dossierle fonds Famille Dubuc. Ainsi, le scrapbook et lejournal de voyage d’Anne-Marie Palardy, épousede J.-E.-A. Dubuc, sont numérisés et accessiblessur le portail de BAnQ (banq.qc.ca). Un article deCatherine Bertho Lavenir analysant les journaux devoyage de madame Palardy a récemment été publiédans la revue savante de BAnQ4 . Le tome 3 du livreLes chemins de la mémoirepublié par la Commissiondes biens culturels du Québec comprend en outreun article rédigé par Laurent Thibeault intitulé« Fonds Famille-Dubuc5 ». Une exposition perma-nente à la Pulperie de Chicoutimi, La main à la pâte,présente également des photographies de ce fonds.Le patrimoine documentaire québécois estun héritage à découvrir. Constitué principalementpar des communautés religieuses, des établissementsd’enseignement, des municipalités, des institutionsprivées et quelques particuliers, c’est unlegs unique et précieux, essentiellement soustraitau circuit du commerce. En préservant ces documentsriches d’informations textuelles, sonores etvisuelles, nous créons une archéologie du savoir,inspirons la recherche historique et favorisons lacompréhension des patrimoines matériels et immatérielsquébécois.Le PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainr Télégramme offrant des vœux de mariage à Julien-Édouard-Alfred Dubuc et à Anne-Marie Palardy, décembre 1909.Centre d’archives du Saguenay–Lac-Saint-Jean, fonds Famille Dubuc (P1, D144, P28C). Bien historique, reconnaissance en 1979.v Extrait d’une lettre du patriote Jean-Joseph Girouard adressée à son épouse, alors qu’il est en prison à Montréal,16 janvier 1838. Centre d’archives de Montréal, fonds Familles Girouard et Berthelot (CLG4, A1a, 1.3). Bien historique,reconnaissance en 1976.1. La loi qualifiait de bien historique « tout manuscrit, imprimé,document audio visuel ou objet façonné dont la conservationprésente un intérêt historique, à l’exclusion d’un immeuble ».Loi sur les biens culturels (L.r.Q., chapitre B-4), Québec, Éditeurofficiel du Québec, 1972, chapitre 1, article 1c.2. La Loi sur le patrimoine culturel, infolettre, 27 février 2012,site Web du ministère de la Culture et des Communications.3. Loi sur le patrimoine culturel, projet de loi n° 82 (2011, chapitre 21),Québec, Éditeur officiel du Québec, 2011, chapitre 1, article 2.4. Catherine Bertho Lavenir, « regard sur les autres, regards sur soi :les journaux-lettres d’anne-Marie Palardy (1907-1923) », Revue deBibliothèque et Archives nationales du Québec, n° 3, 2011, p. 34-47.5. Commission des biens culturels du Québec (éd.), Les cheminsde la mémoire, tome iii : Biens mobiliers du Québec, Québec,Publications du Québec, 1999, p. 333-338.À rayons ouverts 23 automne 2012 n o 90


Le patrimoine reLigieuxLa gestion d’un pdossierLe PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainpar Denis Boucher, historien, chargé de projets au Conseildu patrimoine religieux du QuébecL’enjeu du patrimoine religieux constitue un beaudéfi pour la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel.La situation particulière des églises qui fermentappelle non seulement à des changements dans lespratiques de la conservation, mais aussi à une gestionplus intégrée d’un patrimoine qui concerneles communautés locales.L’entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoineculturel est l’occasion d’observer lepassé. Il importe en effet de déterminer quelssont les atouts sur lesquels s’est appuyée ladéfense du patrimoine religieux au coursdes dernières années.queLques atouts importantsGrâce à un inventaire national des lieuxde culte réalisé en 2003, le Québec disposed’un portrait exhaustif de ses églises etchapelles de toutes confessions religieuses1 . Alors qu’on ne possède pasencore d’inventaires complets pourles ensembles conventuels (couvents,monastères et autres abbayes) ni pourles orgues, des initiatives sont prisespour inventorier des biens mobiliers etdes formes de patrimoine immatérielreligieux, grâce à des démarchesconcertées 2 . On peut par ailleursse réjouir de la création de comitésde travail sur l’avenir des biens mobilierset des archives des communautésreligieuses à l’initiative d’unConseil du patrimoine religieux duQuébec (CPRQ) appelé à jouer un rôlede concertation élargi.À rayons ouverts 24 automne 2012 n o 90


atrimoine en changementdossierLe patrimoine religieux jouit d’une position enviableparmi tous les types de biens protégés légalement.Depuis 1929, année où fut classée la premièreéglise (Notre-Dame-des-Victoires à Québec),plus de 300 bâtiments religieux ont pu bénéficierd’une protection en vertu de la loi. Ces bâtimentssont admissibles à une aide financière pour leurrestauration depuis 1995. Quelque 379 millions dedollars ont été investis dans cette mesure jusqu’àmaintenant par les différents partenaires, ce qui apermis la réalisation de plus de 2500 chantiers.Cela a certainement contribué au maintien et à larevalorisation de ces monuments exceptionnels.L’expertise développée en restauration et la valorisationdes métiers spécialisés et des savoir-fairetraditionnels sont d’autres atouts considérables.Quelques constats préoccupantsMaintenant que la loi est adoptée, il importe degarder en mémoire trois constats importants.Premièrement, le patrimoine religieux est unpatrimoine fondateur sous-estimé. Il imprègne profondémentl’identité du Québec, dans ses paysages,ses villes et ses villages, dans toutes les formes d’art,dans ses institutions sociales et ses mentalités. Ilconstitue une collection patrimoniale gigantesque :9307 bâtiments et plus de 31 300 objets de type religieuxsont inscrits au Répertoire du patrimoineculturel du Québec 3 ! La transmission de cet héritagesera-t-elle possible, malgré une certaine indifférencecollective engendrée par la relation, pourle moins ambiguë, des Québécois avec leur passéreligieux ? uLe patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demainvv Église de Notre-Dame-des-Victoires,Québec, Capitale-Nationale.Photo : © Ministère de la Cultureet des Communications, Marie-Claude Côté, 2003. Monumenthistorique, classement en 1929.v Église St. François Xavier,carte postale, Fraserville,J.E. Mercier, 19--?. Situé dansun site du patrimoine, constitutionen 2008.À rayons ouverts 25 automne 2012 n o 90


Le PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMaindossierw Église Ste-Marguerite-Marie, Magog, P.Q., cartepostale, Berkeley, (Californie),Mike Roberts, 19--?. Monumenthistorique, citation en 2008.s L’église Sainte-Marguerite-Marie de Magog accueillela bibliothèque municipaledepuis un an. Photo : Ville deMagog. Monument historique,citation en 2008.Deuxièmement, il s’agit d’un patrimoine soushaute pression. La conjoncture qui prévaut en matièrede pratique religieuse aggrave toujours davantagela situation financière des autorités de l’Église.Si seulement 14 églises sont protégées par la loiaujourd’hui, la situation risque de changer rapidement.Comment justifier l’entretien coûteux d’unpatrimoine, si riche soit-il, lorsque celui-ci n’est plusni utilisé ni accessible et n’intéresse pas les jeunesgénérations ?Troisièmement, la conservation plus spécifiquedes lieux de culte – on en compte près de 2800 auQuébec – n’est désormais envisageable que si onpeut les réutiliser. Que ce soit pour les adapter àd’autres activités qu’ils pourront accueillir en parallèleà la pratique du culte ou pour les transformercomplètement, la conservation des temples patrimoniauxexige désormais des modifications parfoismajeures à leur intégrité physique. Modifier pourconserver : voilà un défi qui appelle une gestionintelligente du changement pour réinscrire, collectivement,ce patrimoine dans sa communauté.Gérer un patrimoine en transFormationLe sort des églises bouscule le débat sur le patrimoinereligieux. Une fois qu’on a convenu que laÀ rayons ouverts 26 automne 2012 n o 90


dossierniaux disparus ou en mauvais état. Ses valeurssociosymboliques et historiques peuvent aussi êtremises en lumière.Est-ce que le niveau de transformation du bâtimentobtient l’approbation d’une large proportionde la population concernée ? La transformationd’un bâtiment patrimonial doit entraîner une forteadhésion de l’opinion. Le défi est de préserver l’espritdu lieu et sa signification collective malgré ladisparition partielle ou complète de sa fonction originale.L’histoire et les souvenirs qui nourrissentl’attachement de la population au bâtiment pourront-ilsencore s’incarner dans le lieu transformé ?La transformation des églises, comme moyen deconservation de celles-ci, suppose une implicationaccrue des communautés locales. Ainsi ce patrimoinepourra-t-il redevenir un espace de créativitépour inventer des projets novateurs, susceptiblesd’incarner les aspirations actuelles et futures d’unecommunauté.1. Pour consulter l’inventaire des lieux de culte du Québec :www.lieuxdeculte.qc.ca.2. Pour consulter l’inventaire du patrimoine immatériel religieuxdu Québec : www.ipir.ulaval.ca.3. Pour consulter le répertoire : www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rPCQ.4. on doit souligner l’importante réflexion lancée par la Commissiondes biens culturels du Québec sur les études d’impact patrimonial.nathalie hamel, L’étude d’impact patrimonial – Un outil pour la gestiondu changement, Québec, Commission des biens culturels du Québec,2008, 62 p.transformation d’une église est la première conditionà sa conservation, comment opter pour desmodifications nécessaires pour préserver ses valeurspatrimoniales reconnues ? Au cours des dernièresannées, la réflexion a surtout porté sur lapertinence immobilière et la faisabilité techniqueet financière, mais peu sur l’évaluation de l’impactpatrimonial de la transformation des lieux deculte 4 . Il faut en effet aller au-dedes argumentsde développement durable, de viabilité financièreou de compatibilité physique. C’est pourquoi nousposons quelques questions pour assurer la réussited’un projet, comme autant de critères généraux quidéfiniraient l’« acceptabilité patrimoniale » d’unprojet de transformation.Est-ce que la vocation envisagée est compatibleavec les caractéristiques patrimoniales du bâtiment? Chaque bâtiment possède ses caractéristiquesqui doivent pouvoir cohabiter avec les nouvellesfonctions, mais l’environnement du bâtiment,son architecture, son décor ou les œuvres d’art qu’ilrenferme sont souvent des qualités qui ont été soulignées.Le projet de conversion pourrait ainsi misersur certaines qualités patrimoniales pour renforcersa pertinence : la qualité physique, la qualité sociosymboliqueet certaines qualités économiques.Est-ce que la transformation de l’église a permisde mettre en valeur ses qualités patrimoniales reconnues? La transformation peut même être l’occasionde restaurer certains éléments patrimovMagog [Église Sainte-Marguerite-Marie], 1951.Centre d’archives de Montréal,fonds Ministère de la Culture,des Communications et dela Condition féminine, sérieOffice du film du Québec(E6, S7, SS1, D52790-51).Photo : Joseph Guibord.Monument historique, citationen 2008.Le PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainÀ rayons ouverts 27 automne 2012 n o 90


Témoins de l’histoirenos bibliothèqueLe patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demaindossiers Photographie de labibliothèque Luc-Lacourcièreà Beaumont tirée de PierreBeaudet, Robert Lamontagne,artisan de Beaumont, Québec,Éditions GID, 2010, p. 63.Photo : Paul St-Arnaud. Situédans un site du patrimoine,constitution s. d.par Simon Mayer, bibliothécaire, Direction de la Collectionnationale et des services spécialisésSituée au cœur des communautés, la bibliothèqueest une institution-phare de la vie culturelle desQuébécois. C’est pourquoi on l’aménage souventdans un édifice qui fait partie intégrante du patrimoine…y compris du patrimoine en devenir.Une trentaine de bibliothèques sont inscritesau Répertoire du patrimoine culturel du Québec.Témoins de l’histoire du Québec, de nombreux édificesculturels incarnent des styles architecturauxqui, ensemble, forment le paysage bâti. En voiciquelques-uns.De la Nouvelle-France à l’Amériquedu Nord britanniqueNommée en l’honneur d’un grand ethnologue québécois,la bibliothèque Luc-Lacourcière de la localitéde Beaumont, sur la côte sud de Québec, logeÀ rayons ouverts 28 automne 2012 n o 90


s et édifices cuLtureLsdossierdans un édifice qui, avec son toit escarpé, rappelleles manoirs de la Nouvelle-France. Des travaux derestauration menés de main de maître par l’artisanRobert Lamontagne ont permis à la populationlocale de retrouver dans une forme remarquablel’esprit de l’ancien presbytère érigé en 1722 1 .La conquête anglaise de la colonie entraîne denouvelles influences en provenance d’Angleterrequi se manifesteront au tournant du xIx e siècledans la facture architecturale de plusieurs édificespublics. L’engouement anglais pour la symétrie, ledépouillement, les pilastres et le fronton classiquede style palladien, qu’a bien assimilé l’architecteFrançois Baillairgé, donne à Québec une éléganteprison qui deviendra un collège, puis le MorrinCentre, un centre culturel incluant une bibliothèquechère à la communauté anglophone de Québec 2 .Près d’un siècle plus tard, c’est au tour du stylevictorien de meubler nos paysages. La vieille postede Coaticook et l’édifice Haskell de Stanstead enoffrent deux remarquables exemples ; le second,qui abrite une salle d’opéra, a pour particularité dechevaucher la frontière canado-américaine.Sainte-Agathe-des-Monts, vivant alors une périodede prospérité, voit s’ériger un bureau de poste dansce style. Celui-ci abrite aujourd’hui la bibliothèqueGaston-Miron, nommée en l’honneur du poète,natif de la municipalité. L’édifice Pamphile-Lemay,qui accueille la bibliothèque de l’Assemblée nationaledu Québec, la bibliothèque Saint-Sulpice, futureBibliothèque nationale du Québec située rueSaint-Denis, la Bibliothèque centrale de Montréal,sise en bordure du parc La Fontaine, trois édificess Bureau de Poste,Ste. Agathe des Monts,Québec, carte postale,Ottawa, PhotogelatineEngraving Co., 19--?.Monument historique,citation en 1993.Le PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainde paris à montréaL et àsainte-aGatHe-des-montsDans la seconde moitié du xIx e siècle, le style SecondEmpire, d’inspiration française, avec ses toits mansardéset ses ornementations classiques, s’est répandudans l’architecture religieuse québécoise grâceau travail de Victor Bourgeau, qui nous a laissé plusieurséglises et édifices conventuels. La bibliothèqueChristian-Roy de L’Assomption est un parfaitexemple de couvent construit à cette époque à partird’un plan type de l’architecte.Au début du xx e siècle, l’influence de l’École desbeaux-arts de Paris se fait sentir dans la conceptionde nombreux édifices publics au Québec. La ville deconçus originellement pour héberger une thèque, constituent aussi de monumentales incar-biblionationsdu style Beaux-Arts. Toutes trois offrent desolides assises au développement du patrimoinedocumentaire et de l’architecture au Québec.1. Pierre Beaudet, Robert Lamontagne, artisan de Beaumont,Québec, Éditions Gid, 2010, p. 62-63.2. amélie dion, « L’influence des conquérants », Continuité, n° 119,2008-2009, p. 34-37.À rayons ouverts 29 automne 2012 n o 90


Quelques idées sur lepatrimoine modernedossierpar France Vanlaethem, professeure associée,École de design de l’UQAML’horizon du patrimoine s’est sans cesse élargidepuis la fondation de la Commission des monumentshistoriques du Québec en 1922 et les actualisationssuccessives de la loi visant à assurer laprotection des biens culturels identitaires. Ceux-ciont d’abord été reconnus dans les monuments d’artet d’histoire et, ensuite, progressivement étendusaux découvertes archéologiques, aux ensemblesurbains anciens et aux artéfacts liés à la vie quotidiennelaborieuse des ancêtres.Cependant, depuis la fin des années 1980, au Québeccomme ailleurs, l’ancienneté n’est plus la qualitépremière et indiscutable du patrimoine. À cetteépoque, certaines personnes ont demandé que soitreconnue la valeur pérenne du Westmount Square,mise en péril par des travaux de rénovation. L’extrêmesimplicité architecturale de cet ensemble dessinéen 1964 par l’architecte Ludwig Mies van der Rohen’était plus au goût du jour. Réparer son esplanadesans tenir compte de la continuité visuelle entre l’intérieuret l’extérieur et décorer sa galerie de boutiques,c’était oublier certains des apports essentielsdu mouvement moderne qui bouleversa les conceptionsen matière d’architecture et d’urbanisme dansla première moitié du xx e siècle.Un pas vers la reconnaissanceLa Commission des biens culturels du Québeca contribué à la reconnaissance du patrimoinemoderne en lançant une étude sur le sujet qui débouchaen 2005 sur la publication d’un documentde réflexion intitulé Comment nommer le patrimoinequand le passé n’est plus ancien ? Y sont exploréesentre autres les différences qui séparent le patrimoinerécent du patrimoine ancien : outre sa jeu-nesse, on y souligne son abondance (auxx e siècle, le Québec, comme bien d’autrescollectivités, a plus construit qu’au coursdes siècles précédents) ainsi que sa fragilitétechnique et esthétique. Les nouveauxmatériaux et composants techniques misen œuvre, tels le béton armé coulé surplace ou les légers murs-rideaux de verreet de métal, se sont souvent détériorésplus rapidement qu’on ne s’y attendait.De plus, les bâtiments modernes résistentmal aux interventions peu attentives àleur simplicité formelle ou encore à leur inhabituellearticulation spatiale, sinon tectonique.Si, au moment de la construction, la nouveautéplus ou moins radicale du bâti emballait promoteurset usagers, pour quelques-uns, elle est rapidementdevenue synonyme de perte. C’est ainsi qu’en1963, un groupe de citoyens s’était élevé contre leprojet du futur Westmount Square, jugeant inacceptablessa taille et sa facture en rupture avec le bâtiexistant. Alors que les grandes opérations immobilièresse multipliaient au cœur des villes, le traumatismecausé par les destructions de pans entiersde l’environnement familier, précédé dans certainscas par l’éviction d’un grand nombre d’habitants,cristallisa la réaction, conférant un nouvel élan aumouvement patrimonial. Ainsi l’architecture moderne,quelle que soit la qualité des réalisations, estsouvent associée à de mauvais souvenirs.Patrimoine en devenir –l’architecture moderne du QuébecAlors qu’elle laisse place au Conseil du patrimoineculturel, la Commission des biens culturels duQuébec publie un ouvrage abondamment illustrésur le sujet, Patrimoine en devenir – L’architecturemoderne du Québec, dans lequel elle poursuit ur France Vanlaethem,Patrimoine en devenir –L'architecture moderne duQuébec, Québec, Publicationsdu Québec, 2012.v Westmount Square,Montréal, 1964-1969,Ludwig Mies van der Rohe,architecte, Chicago ;Greenspoon, Freedlander &Dunne, architectes, Montréal.Photo : © M. Brunelle.Le patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demainÀ rayons ouverts 31 automne 2012 n o 90


dossierl’investigation amorcée antérieurement en examinantla question de l’identification et de l’évaluationde ce patrimoine différent des autres. Depuisles années 1990, une question méthodologiquemobilise les professionnels du patrimoine sur leplan international, de même qu’au Canada et àMontréal. Une interrogation sur les éléments dubâti récent présentant un potentiel patrimonialnourrie par l’abondante littérature historiographiqueproduite sur le Québec contemporain mèneà associer le patrimoine moderne du Québec à laRévolution tranquille, un phénomène dont la dynarCaisse Desjardinsdu Quartier de Saint-Henri,Montréal, 1965-1966, HenriBrillon, architecte, Montréal.Rénovation, 2009-2011,Jean Damecour, architecte,Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Photo : © M. Brunelle.s Station-service de L'Îledes-Sœurs,Verdun, Montréal,1967-1968, Ludwig Mies Vander Rohe, architecte, Chicago ;Paul H. Lapointe, architecte,Montréal. Recyclage, 2011, Lesarchitectes FABG, Montréal.Photo : © M. Brunelle.mique dépasse les années 1960, auxquelles il estspontanément associé.Le désir de changement qui est au cœur de lamodernité se traduit dès l’entre-deux-guerres dansl’environnement bâti, où apparaissent des édificesnovateurs non seulement sur le plan typologiqueet technique, tels les premiers gratte-ciel, maisesthétique. À Québec et à Montréal, les premièresmaisons modernistes sont dès lors construites.Certes, la modernisation accélérée amorcée avecla Seconde Guerre mondiale multiplierait les constructionsse démarquant du bâti traditionnel dansÀ rayons ouverts 32 automne 2012 n o 90


dossiertoutes les régions du Québec, de même que dansles secteurs où les pouvoirs établis ont le plus depoids. Rappelons que le tiers des lieux de culteconstruits au Québec avant 1975 le furent après1945 (et la moitié au xx e siècle).tecture moderne en réalisant des restaurationsminutieuses orientées vers la restitution de l’étatd’origine, aujourd’hui, alors que la valeur du patrimoinemoderne est plus largement reconnue, sepose la question de la sauvegarde de très nombreuxéléments plus communs. Un tel enjeu n’est passeulement d’ordre culturel, il est devenu central enregard des exigences du développement durable :« le bâtiment le plus vert est celui qui existe déjà »,affirme Richard Moe, le président du NationalTrust for Historic Preservation, dans son discoursde réception du Vincent Scully Prize en 2007 1 .L’approche soucieuse d’authenticité matériellequi tend à prévaloir en restauration n’est plus nipertinente ni viable alors que s’impose la conservationdes immeubles modernes ordinaires plutôtqu’iconiques, comme l’a indiqué l’architecte JohnAllan à Helsinki en août 2012 lors de la dernièreconférence de Docomomo International, l’organismevoué à la documentation et à la conservationde l’architecture du mouvement moderne. Le défiest d’intervenir non seulement pour remettre cesimmeubles en bon état physique, mais aussi pourles adapter à l’économie et à la vie contemporaines,tout en préservant les traits porteurs de valeur patrimoniale.Deux récents projets de conservation témoignentde cette dualité d’objectifs : d’une part,le recyclage de la station-service dessinée par Miesvan der Rohe à l’île des Sœurs en Maison des générationset, d’autre part, la rénovation de la CaisseDesjardins de Saint-Henri.De nouveaux défisL’abondance est un défi pour la conservation. Si,depuis 20 ans, sur la scène internationale, la prioritéa été de préserver les grandes œuvres de l’archivHôtel de ville,Trois-Rivières, 1967-1968,Leclerc & Villemure,architectes ; Denoncourt &Denoncourt, architectes,Trois-Rivières ; GeorgesDaudelin, architectepaysagiste, Trois-Rivières.Photo : © M. Brunelle.Le patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demain1. Richard Moe, « Sustainable Stewardship – Historic PreservationPlays an Essential Role in Fighting Climate Change », TraditionalBuilding, vol. 21, n° 3, juin 2008, www.traditional-building.com(consulté le 23 août 2012).À rayons ouverts 33 automne 2012 n o 90


En matière de patrimoine,où en est le Québec ?dossierLe patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demainr Le Jardin Saint-Roch et la renaissancedu nouveau quartier Saint-Roch, Québec.Photo : Ville de Québec.par Serge Filion, urbaniste, membre du collège des Fellowsde l’Institut canadien des urbanistes (1999) et membreémérite de l’Ordre des urbanistes du Québec (2009)Un pays d’une immensité et d’une beauté à couper le souffle. Un palimpseste sur lequelpourraient se dessiner les contours d’une civilisation encore à venir de classe mondialequi ferait du Québec entier un État exemplaire où auraient été admirablement respectéset conservés lacs, montagnes et rivières en trame de fond d’un mode exemplaire d’occupationshumaines, agricoles, urbaines et villageoises soucieuses de beauté, de durabilitéet de création toujours effervescente. En un mot, un pays exemplaire à l’aune desvaleurs humaines fondatrices croisées à une nature que nous aimerions encore croireindomptable. Une réserve mondiale de la biosphère dans toute sa pureté et sa fougue.Avant de rêver à des actions humaines enrichissantespour le cadre naturel déjà doté de perfectionsmultiples, il faut savoir ce qu’il reste des rêves stratifiésde nos prédécesseurs enfouis dans le sous-sol, lesvillages, les systèmes de rang issus des seigneuries,les édifices patrimoniaux parce que remarquables.Notre habileté à construire aujourd’hui un mondemeilleur trouve son origine dans notre façon deconserver et d’accumuler le patrimoine des générationsprécédentes et de transmettre le tout aux générationsmontantes. Car comment s’enrichir et s’investirdans de grands projets de société si chaque cohortede Québécois doit repartir à zéro ou presque ?Le Québec s’est hissé au plus haut rang des nationsen ce qui concerne la pertinence du corpuslégislatif capable de réguler les actions individuelleset du monde des affaires qui signent nos paysagesen devenir. En effet, les urbanistes et les décideursdisposent d’un coffre à outils des plus sophistiquésqui permet formellement de gérer à peu près tousles cas de figure.En plus de la protection de nos terres agricolespar la Commission de protection du territoire agricoleet par la Loi sur l’aménagement et l’urbanismequi contient à elle seule tous les artifices légauxsusceptibles de donner des dents aux principes misde l’avant, il y a maintenant la Loi sur les biensculturels qui vient d’être revue, corrigée et adoptéeà l’unanimité par l’Assemblée nationale : celle-ciintègre désormais les notions de paysage et debiens immatériels.Le Québec et le reste du mondeAvec ou sans plan, avec ou sans réglementation, lesvilles se développent. Mais le Québec n’est pas leseul à subir les pressions de l’absolue nécessité deloger ses habitants le plus confortablement et de lafaçon la plus abordable possible, de permettre à sesentreprises de produire des biens et des servicesdans un environnement de qualité sans nuire à leurposition concurrentielle, ainsi que de protéger sesressources naturelles renouvelables et non renouvelablesdans le meilleur intérêt des générationsfutures.Le Québec possède un arsenal législatif et réglementairede classe mondiale pour la protection etÀ rayons ouverts 34 automne 2012 n o 90


dossierla gestion de ses territoires. Tout son territoire estcouvert par la réforme cadastrale, l’évaluation despropriétés, les plans d’urbanisme, les schémasd’aménagement et de développement de premièreet de deuxième génération : un actif inestimableet un soutien indispensable à toute politique deconservation et d’aménagement du territoire. Toutcela cependant n’assure pas et ne peut assurerl’arrêt de l’étalement urbain non indispensable,l’empiètement continuel sur les meilleures terresarables, le recul des forêts originelles, la destructionirréversible des patrimoines bâtis accumuléspar les générations précédentes et jugés « obsolètes» ou encore trop coûteux à entretenir... Nouspossédons à peu près tous les outils pour corrigerces situations et réclamer l’adoption de bonnespratiques en la matière.Et pourtant le Québec est loin des pressions sociales,démographiques et économiques observéesen Asie, par exemple, où l’absolue nécessité de lacroissance est en train de faire disparaître les établissementshumains traditionnels par l’arrivée massivede nouvelles tours d’habitation et de bureauxstandardisés (Block Attack). Depuis les années 1930,1940, 1950 et surtout récemment, entre 25 % (Bangkok)et 90 % (Hong Kong) des quartiers traditionnelspopulaires des grandes villes asiatiques (Pékin,Shanghai, Hong Kong, Tokyo, Séoul, Jakarta, Singapour)ont littéralement disparu à la suite de l’attaqueconjuguée de la reconstruction urbaine des centreset plus récemment de l’étalement urbain vers lalointaine périphérie 1 .Pendant ce temps, l’Europe, dotée avantageusementdes plus beaux paysages construits de la planète,croule dans un immobilisme économique etfiscal qui risque de mettre à mal la protection, l’entre-tien et la remise aux normes de paysages urbainsdotés d’une sublime harmonie d’ensemble. La criseéconomique pourrait contaminer le marché immobilierdans l’ensemble de l’Europe. Nous avons pufaire ce constat aux congrès de l’Organisation desvilles du patrimoine mondial à Quito (Équateur) en2009 et à Sintra (Portugal) en 2011, dont nous avonspublié des comptes rendus dans la revue Formes.Entre-temps, le Québec peaufine sa réglementationet ses lois à un point tel que l’on puisse parlerd’une législation de classe mondiale dont plusieurspays pourraient s’inspirer. Vivement pour ces paysdes plans d’urbanisme, d’aménagement et de développementconcertés avec les grands acteurs immobiliers,les autorités locales et la population.1. Voir l’excellent ouvrage Winny Maas (dir.), The Vertical Village –Individual, Informal, Intense, Rotterdam, NAi Publishers, 2012.v Bitexco Financial Tower,début de la succession despaysages urbains, Saigon.Photo : Luciano Mortula.s Harmonie des couleurset des formes, Lisbonne.Photo : Serge Filion, 2011.Le patrimoine d’hier, d’aujourd’hui et de demainÀ rayons ouverts 35 automne 2012 n o 90


dossierLe PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainLe patrimoine cuLtureL du québecen imagesQuelques exemples tirés des fondset collections de BAnQpar Michèle Lefebvre, agente de recherche, directionde la recherche et de l’édition, et Julie Fontaine, archiviste,Centre d’archives de MontréalESTRIE ÉGLISE SAINT-JAMESL’Église Saint-James, construite à Hatley en1827-1828, constitue le plus ancien templeanglican encore existant dans les Cantons-de-l’Est.Située en retrait, dans une vaste aire paysagèrequi rappelle les commons (espaces communaux)des villages de la Nouvelle-Angleterre, l’égliseest classée en 1989.East Hatley, carte postale, Province de Québec?, s. é., 19--?.MAURICIE–BOIS-FRANCSDÉCOR PEINT DE L’ÉGLISE NOTRE-DAME-DE-LA-PRÉSENTATIONLe décor peint de l’église Notre-Dame-de-la Présentation à Shawinigan-Sud,classé depuis 1975, est l’une des grandes œuvres d’art d’Ozias Leduc. On voitici un croquis du Christ en croix fait par l’artiste qui orne le chœur de l’église.Croquis du Christ en croix d’Ozias Leduc, entre 1941 et 1955.Centre d’archives de Montréal, fonds Ozias Leduc (MSS327/10/19).À rayons ouverts 36 automne 2012 n o 90CHAUDIÈRE-APPALACHESPALAIS DE JUSTICE DE SAINT-JOSEPH-DE-BEAUCEConstruit en 1862 et classé en 1985, le palais de justice deSaint-Joseph-de-Beauce est édifié pour répondre à une réformedu système judiciaire du Canada-Est, faisant de cette municipalitéle centre d’un nouveau district. L’édifice, qui intègre une prison,orientera le développement ultérieur de la trame urbaine.Palais de justice St-Joseph-de-Beauce, carte postale,Province de Québec?, s. é., 19--?.


MONTRÉAL LES GÉANTES DE LA RUE SAINT-JACQUESLes géantes, ensemble de quatre sculptures allégoriquesd’Henry Augustus Lukeman, rehaussent la façade de laBanque royale du Canada, rue Saint-Jacques, jusqu’en 1991.Reconnues comme œuvres d’art du patrimoine québécois en 1999,elles ornent, depuis, l’intérieur du Centre d’archives de Montréalde Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).Photo : Pro Multi + Inc., après 1999.OUTAOUAIS MANOIR LOUIS-JOSEPH-PAPINEAULe manoir Papineau, classé en 1975, est érigé au milieu duxix e siècle par Louis-Joseph Papineau, sur sa seigneurie dePetite-Nation. La résidence a également abrité NapoléonBourassa, gendre de Papineau et peintre célèbre, ainsi que lefils de celui-ci, Henri Bourassa, fondateur du journal Le Devoir.Manoir du Patriotte [sic] Papineau, Montebello, P. Qué.,carte postale, Ottawa, L. E. Chevrier éditeur, vers 1910.dossierLe PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainLAVAL-LAURENTIDES ET LANAUDIÈREGRAND PONT DE FERME-ROUGELe grand pont de Ferme-Rouge est l’un desplus vieux ponts couverts du Québec et l’undes seuls à deux travées encore debout.Reconnu monument historique en 1990,il est construit dans la foulée de la colonisationdes Laurentides et relie les villes de Kiamikaet de Mont-Laurier.Grand pont de Ferme-Rouge, 1955. Centre d’archives deMontréal, fonds Ministère de la Culture, des Communicationset de la Condition féminine, série Office du film du Québec(E6, S7, SS1, P207757). Photographe non identifi é.À rayons ouverts 37 automne 2012 n o 90


dossierLe PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainLe patrimoine cuLtureL du québecen imagesSAGUENAY–LAC-SAINT-JEAN FONDS FAMILLE DUBUCCet extrait du journal intime d’Anne-Marie Palardy, épousede l’industriel saguenéen Julien-Édouard-Antoine Dubuc,contient une photo représentant une réunion de famille aujour de l’An 1898. Le fonds Famille Dubuc, conservé à BAnQ,est l’un des rares fonds d’archives classés (1979).Extrait du journal intime d’Anne-Marie Palardy, 1898. Centre d’archivesdu Saguenay–Lac-Saint-Jean, fonds Famille Dubuc (P1, D144, P48).MONTÉRÉGIE MAISON QUINTALConstruite entre 1727 et 1750par François Quintal fils, sur uneterre concédée par le seigneurPierre Boucher en bordure du fleuveSaint-Laurent, la maison Quintalest modifiée en 1887 dans l’espritéclectique victorien, alors qu’ellesert de lieu de villégiature. Elleest classée en 1976.Julianna Joos, Maison Quintal-Quesnel,estampe, 25 x 33 cm, Montréal, Graff, 1992.ABITIBI-TÉMISCAMINGUE ET NORD-DU-QUÉBEC BOURLAMAQUELe village minier de Bourlamaque est fondé par la Lamaque Gold Mines en 1935. Classé en 1979 pour son intérêt en tant quetémoin de la ruée vers l’or en Abitibi, il comprend 82 bâtiments répartis sur 22 hectares aujourd’hui intégrés à la ville de Val-d’Or.Village minier de Bourlamaque sous la neige, 1937. Centre d’archives de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, fonds Canadien National (P213, P351).Photographe non identifi é.À rayons ouverts 38 automne 2012 n o 90


QUÉBEC VIEUX PRESBYTÈRE DE DESCHAMBAULTMaison d’inspiration française, le vieux presbytère de Deschambault est construit entre 1815 et 1818sur la pointe du cap Lauzon et classé en 1957. L’intérêt du site réside également dans la richessedes vestiges archéologiques amérindiens et euro-québécois présents sur le terrain attenant.Brian O’Keefe, Vieux presbytère de Deschambault, reproduction d’œuvre d’art, 36 x 51 cm, Québec (province), s. é., 1993.CÔTE-NORD ARCHIPEL-DE-MINGANL’Archipel-de-Mingan, reconnu pour ses célèbres monolithesde calcaire, est décrété arrondissement naturel en 1978.Ses beautés sont vantées notamment par Roland Jomphe,poète de la région, dont le fonds d’archives est conservé auCentre d’archives de la Côte-Nord de BAnQ.Les monolithes du Mirage, s. d. Centre d’archives de la Côte-Nord,fonds Roland Jomphe (P53, S2, SS1, D15). Photo : roland Jomphe.LE PATRIMOINE CULTURELEN QUELQUES DÉFINITIONSAIRE DE PROTECTIONL’aire de protection permet d’exercer un contrôlesur le développement de l’environnement d’un monumenthistorique classé pour conserver la valeur patrimonialede ce dernier. La création d’une aire de protectionn’est pas automatique du seul fait qu’il y a classement.Elle n’existe que si le ministre en détermine le périmètreet adopte un décret en ce sens.ARRONDISSEMENT HISTORIQUE OU NATURELLa déclaration d’arrondissement historique ou naturelpermet d’identifi er et de protéger un territoire, enraison de la concentration de monuments ou de siteshistoriques qu’on y trouve ou bien en raison de l’intérêtesthétique, légendaire ou pittoresque que présenteson harmonie naturelle.BIEN ARCHÉOLOGIQUETout bien témoignant de l’occupation humainepréhistorique ou historique.BIEN CULTURELUne œuvre d’art, un bien historique, un monumentou un site historique, un bien ou un site archéologique,une œuvre cinématographique, audiovisuelle,photographique, radiophonique ou télévisuelle.BIEN HISTORIQUETout manuscrit, imprimé, document audiovisuel ouobjet façonné dont la conservation présente un intérêthistorique, à l’exclusion d’un immeuble.CITATION DE MONUMENT HISTORIQUELa citation est une mesure de protection légale àlaquelle une municipalité peut recourir pour protégerun monument historique situé sur son territoire dontla conservation présente un intérêt public.CLASSEMENTLe classement permet de préserver des biens dontla conservation présente un intérêt public en raisonde leur valeur patrimoniale.CONSTITUTION D’UN SITE DU PATRIMOINELa constitution d’un site du patrimoine est une mesurede protection légale à laquelle une municipalité peutrecourir pour protéger tout ou partie de son territoireoù se trouvent des biens culturels immobiliers et danslequel le paysage architectural présente un intérêtd’ordre esthétique ou historique.MONUMENT HISTORIQUEUn immeuble qui présente un intérêt historique parson utilisation ou son architecture.ŒUVRE D’ARTUn bien meuble ou immeuble dont la conservationprésente, d’un point de vue esthétique, un intérêt public.PATRIMOINETout objet ou ensemble, matériel ou immatériel, reconnuet approprié collectivement dont la connaissance,la sauvegarde, la transmission ou la mise en valeurprésente un intérêt public.RECONNAISSANCELa reconnaissance est une mesure de protection légaleà laquelle peut recourir le ministre dans le cas de biensdont la conservation présente un intérêt public en raisonde leur valeur patrimoniale.SITE ARCHÉOLOGIQUEUn lieu où se trouvent des biens archéologiques.Source : ministère de la Culture et des Communications.dossierLe PatriMoine d’hier, d’auJourd’hui et de deMainÀ rayons ouverts 39 automne 2012 n o 90


L’OsstidchoÀ la découverte du mythepar Benoit Migneault, chef de service, Musique et films,direction de la référence et du prêtla vie de banqw De gauche à droite :Robert Charlebois,Yvon Deschamps,Louise Forestieret Mouffe.il y a de ces événements qui marquent l’histoire d’une nation etqui en constituent une pierre d’assise dont on ne mesure biensouvent l’importance que des années plus tard. C’est le cas deL’Osstidcho, spectacle emblématique de la fin des années 1960,et véritable coup de poing culturel qui a permis aux créateurs,et au public, de se libérer des conventions corsetées alorspropres aux arts de la scène et à la chanson. depuis quelquessemaines, on peut (re)découvrir ce spectacle sur le portail Webde Bibliothèque et archives nationales du Québec (BanQ).hormis son nom si évocateur, quelques photographieséparses et une brève entrevue réalisée pour la société radio-Canada, il ne restait rien de vraiment tangible de cet événement.on pouvait même s’interroger : la réputation du spectaclepouvait-elle se mesurer à la réalité ou s’agissait-il simplementd’une vision magnifiée du passé ?Mais voilà qu’en 2003 on découvre un enregistrement audiodu spectacle présenté à la Comédie-Canadienne en septembre1968. un peu plus tard, ce dernier est acquis par BanQ quiprocède ultérieurement à l’acquisition du fonds d’archives d’Yvondeschamps. au cours du traitement de ce fonds, en 2009, ony découvre un autre enregistrement réalisé, celui-ci, lors duspectacle de clôture de L’Osstidcho au théâtre de Quat’sousle 20 juin 1968. deux enregistrements !L’institution entreprend une recherche intensive dans ses fondset collections pour trouver et rassembler tous les documentsportant sur le spectacle. L’effort de synergie apporte les fruitsescomptés : affiches, photographies inédites et illustrationsdiverses complètent les deux enregistrements. Pour latoute première fois, nous pouvons nous plonger danscet univers iconoclaste marqué par la démesureet l’enthousiasme d’une génération nouvelle quientendait bien pourfendre les lieux communset imposer une vision du monde s’écartant dessentiers battus.À rayons ouverts 40 automne 2012 n o 90


en collaboration avec Bibliothèque et archives nationales du Québec (BanQ)et hexagram uQaM, la Fondation Jean-Pierre Perreault a récemment mis en ligneune exposition virtuelle sur le célèbre chorégraphe. Les œuvres chorégraphiquesqui y sont décrites ont été documentées en grande partie grâce au fonds Jean-PierrePerreault conservé au Centre d’archives de Montréal de BanQ. Cette rétrospectiveporte sur des chorégraphies marquantes de l’artiste parmi lesquelles ont été choisiesMonuments, Dernière paille, Vent d’Est, Joe, Nuit et Eironos.Grâce au travail archivistique réalisé en amont, le fonds d’archives a été épuré.L’application des normes et procédures sur le tri d’archives de même que le transfertdes affiches au Centre de conservationJean-Pierre Perreault,chorégraphede BanQ ont permis de rationaliserl’information. Complices de l’effort deduction de l’information non essentielle,Ginelle Chagnon et theresa rowat,respectivement vice-présidente etadministratrice de la Fondation Jean-PierrePerreault, ont été des témoins privilégiés du travail de réorganisation du fondsd’archives. À partir des documents d’archives triés, sélectionnés et classés selonles activités du créateur du fonds, on a pu dégager l’essentiel du cheminementartistique de ce grand chorégraphe.par Johanne Mont-Redon, archiviste, Centre d’archives de MontréalLe fonds d’archives nous révèle que le premier geste chorégraphique de l’artisteprend naissance dans un dessin et que le projet immobilier de l’espace chorégraphiquetémoigne du souhait de bâtir un lieu privilégié consacré à la danse. enfin,les dossiers relevant des productions chorégraphiques contiennent suffisammentd’informations pour perpétuer la mémoire artistique du chorégraphe et permettrela reconstitution des spectacles. Le testament artistique de Jean-Pierre Perreaultest ainsi honoré par la volonté de la Fondation derendre les travaux de l’artiste accessibles autantaux artisans du milieu de la danse qu’au public engénéral grâce à son association avec BanQ. dansce cadre, le fonds d’archives, présenté dans la basede données Pistard de BanQ, s’inscrit comme lerésultat d’un travail commémoratif où se reconstruitla mémoire de l’artiste.Le projet d’exposition virtuelle a demandé uneseconde phase de collaboration. La Fondation asélectionné, parmi tous les documents d’archives,des pièces contribuant à l’enrichissement du parcoursvirtuel. ainsi, nous remarquons la présence de manuscrits,de photographies, de vidéos, de programmesde spectacles et surtout de dessins, œuvres picturalesinitiatrices des spectacles en devenir. dans lemilieu de la danse, la rencontre productive entre lesreprésentants de la Fondation Jean-Pierre Perreaultet BanQ a créé un moment névralgique, une prisede conscience à l’égard du patrimoine archivistiquedes arts de la scène. de l’expérience de collaborationavec la Fondation et hexagram uQaM, nous retenonsces instants de grâce où le chorégraphe laisse uneempreinte indélébile créée par la véracité de sa vision,qu’elle soit écrite, dessinée ou filmée.la vie de banqv Joe, [de] Jean-Pierre Perreault, affiche, 100 x 60 cm, Montréal, Fondation Jean-PierrePerreault, 1996. Photo : robert etcheverry ; graphisme, tanya Johnston, Barbara rosenstein.À rayons ouverts 41 automne 2012 n o 90


sondage sur le service de référence à la Grande Bibliothèquepar Jimmy Légaré, chef de service, histoire, sciences humaines et sociales, direction de la référence et du prêtla vie de banqdu 26 avril au 9 mai derniers, les bibliothécairesde référence de la Grande Bibliothèqueont utilisé un court questionnaireafin de mieux connaître l’appréciation desusagers à l’égard des services d’informationet de référence qu’ils offrent.Le questionnaire, qui s’inspire d’une initiativeaméricaine, a été construit avec l’aided’un groupe de bibliothécaires issu des différentsservices de la Grande Bibliothèqueet d’un consultant de la firme de recherchemarketing Multi réso, qui ont fourni leurscommentaires tout au long de sa conception.La particularité de ce sondage est queles bibliothécaires répondent aux mêmesquestions que l’usager, et cela, pour unemême interaction. Le questionnaire estimprimé sur deux parties détachables etnumérotées, l’une destinée au bibliothécaireet l’autre à l’usager. Le numéro est lemême sur les deux parties, ce qui permetde les rassembler et ainsi de comparer lesrésultats des deux côtés du comptoir.Les usagers et les bibliothécairesdoivent noter, sur une échelle allant deTrès satisfait à Très insatisfait, les cinqéléments suivants : l’entretien lui-même engénéral, son aspect humain (courtoisie,ouverture, etc.), l’information fournie(quantité, qualité, pertinence, clarté, etc.),la durée ainsi que le développement del’autonomie de l’usager.Plus de 300 questionnaires ont étéremplis par des usagers et près de 350 pardes bibliothécaires. Pour la plupart des élémentsdu questionnaire, 95 % des répondantsse sont déclarés satisfaits ou trèssatisfaits. il est intéressant de remarquerque l’appréciation de l’usager est de façongénérale plus positive que celle du bibliothécaire,celui-ci étant plus critique parrapport au service qu’il fournit.Cet outil peut être réutilisé à différentsmoments de l’année. il permet d’obtenir desdonnées sur le service de référence et dedéterminer des indicateurs pour l’améliorationdu service. Par exemple, l’autonomiede l’usager pourrait être renforcée en adoptantune approche où le bibliothécairemontre davantage à l’usager ses démarcheslors de la recherche documentaire.RÉSULTATSBIBLIOTHÉCAIRE USAGERENTRETIENEN GÉNÉRALINFORMATIONASPECTHUMAINDURÉE AUTONOMIEENTRETIENEN GÉNÉRALINFORMATIONASPECTHUMAINDURÉE AUTONOMIETRÈS SATISFAIT 57,6 % 61,4 % 73,4 % 54,1 % 33,3 % 89,1 % 84,3 % 90,5 % 84,7 % 60,6 %SATISFAIT 40,9 % 34,5 % 25,1 % 41,8 % 46,4 % 10,0 % 14,4 % 8,2 % 13,4 % 33,3 %MOYENNEMENT SATISFAIT 0,9 % 3,5 % 0,9 % 3,2 % 18,5 % 0,3 % 0,6 % 0,6 % 1,0 % 4,8 %INSATISFAIT 0,0 % 0,0 % 0,0 % 0,0 % 1,8 % 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,6 % 1,0 %TRÈS INSATISFAIT 0,6 % 0,6 % 0,6 % 0,9 % 0,0 % 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,3 %BanQ et l’avenir des archivesdes communautés religieusespar Daniel Ducharme, archiviste, Centre d’archives de Montréalr De gauche à droite : DanielDucharme, Mélanie Lanouette,Ollivier Hubert, Marie-AndréeFortier, Denise Maltais et MarcLacasse.À l’instar de l’ensemble du milieudes archives, Bibliothèqueet archives nationales du Québec(BanQ) se préoccupe del’avenir des archives des communautésreligieuses du Québec.À cet effet, en partenariatavec le Conseil du patrimoinereligieux du Québec, la directiongénérale des archives de BanQ a tenu une Journéedes archives religieuses au Centre d’archives deMontréal le 18 avril 2012.sur le thème Archives et communautés religieuses :état des lieux et pistes de solution pour l’avenir, près de120 participants se sont penchés sur les perspectivesenvisagées pour la sauvegarde du patrimoine archivistiquereligieux du Québec. il ne s’agissait ni d’un colloqueni d’un symposium, mais bien d’une journée au cours delaquelle les décideurs et les acteurs du milieu ont prisla parole pour échanger sur la question.Parmi les modèles qui ont été présentés, on retiendraque deux communautés ont opté pour un partenariatavec des musées, que d’autres se sont regroupéesautour de l’évêché d’une région et que d’autres encoreont créé leur propre service d’archives. en après-midi,les participants ont constitué cinq ateliers afin de discuter,d’une part, de la pérennité des archives religieuseset, d’autre part, de ses acteurs en tant que témoins del’action. une séance plénière a permis de faire la synthèsedes discussions de la journée.en tant que membre du comité des archives du Conseildu patrimoine religieux, BanQ soutient les acteursdes communautés religieuses dans leur cheminementvers des solutions diversifiées, notamment par ses programmesd’aide financière et par son expertise enaide-conseil. d’ailleurs, le 26 avril 2013, une autreJournée des archives religieuses au cours de laquelleles acteurs feront le point sur les solutions émergeantdu milieu des communautés religieuses de la régionde Québec aura lieu au Musée de la civilisation deQuébec. Bien entendu, BanQ répondra présente àl’appel du milieu.À rayons ouverts 42 automne 2012 n o 90


Un collectif remarquablepar Sophie Montreuil, directrice de la recherche et de l’éditionCertains sont très connus,d’autres beaucoup moins,d’autres encore sont pratiquementoubliés : 20 livres tirésdes collections patrimonialesde Bibliothèque et archivesnationales du Québec (BanQ)sont au cœur du collectifLivres québécois remarquablesdu XX e siècle, publiérécemment par les Pressesde l’université du Québec, encollaboration avec BanQ.sous la direction de ClaudeCorbo, recteur de l’universitédu Québec à Montréal, cecollectif réunit les textes decollaborateurs ayant accepté de se prêter au jeu d’une analysequi devait privilégier un angle bien particulier : traiter desaspects « remarquables » non pas du contenu des livres ou deleur valeur littéraire, mais bien de leur matérialité, de leur rareté,de leur beauté ou de leur destin singulier.Le défi a été relevé avec brio : tout en révélant leur unicitégrâce à la finesse des analyses individuelles, les 20 livresétudiés contribuent aussi à documenter, chacun à sa façon,la petite et la grande histoire de l’édition au Québec. au fildes pages, et en s’inspirant du regard rétrospectif que leprofesseur Jacques Michon jette sur l’ensemble des titres danssa postface, le lecteur découvre en quelque sorte les coulissesdu milieu éditorial, autant les réussites que les infortunes,et ne peut que saluer la détermination et la créativité qui ontanimé les acteurs de cette histoire, c’est-à-dire les auteurs,les éditeurs, les illustrateurs et autres collaborateurs.abondamment illustré et d’une facture graphique élégante,ce collectif se veut un écrin de choix pour ces 20 livres quicomptent parmi le riche patrimoine documentaire dont BanQest la gardienne.Les collaborateurs : aurélien Boivin, Pascal Brissette, daniel Chouinard,Monique Cormier, stéphanie danaux, Martin doré, François dumont,Claude Fournier, Yves Gingras, Pierre hébert, robert Lahaise, MarcelLajeunesse, danielle Léger, renée Legris, robert Melançon, JacquesMichon, Jean-François Palomino, Pascale ryan, Mariloue sainte-Marie,hélène samson, Josée Vincent et audrée Wilhelmy.Préface de Guy Berthiaume et sophie Montreuil.introduction de Claude Corbo.riStontac d’andrée maiLLet, 1945Les beaux livres pour enfants découlent le plus souvent du travail de deuxcréateurs, l’auteur et l’illustrateur. C’est le cas de Ristontac, un album grandformat dont les magnifiques illustrations de robert La Palme mises au servicedu texte d’andrée Maillet en font l’un des livres jeunesse canadiens-françaisles plus célèbres des années 1940.Pascale Ryan« Un remarquable livre pour enfants »,p. 125PoËmeS d’HanKéou d’aLain GrandBois, 1934un livre remarquable à plus d’un titre, qui ne ressembleà rien d’autre, publié dans des circonstances nondépourvues de mystère, et dont les exemplaires encirculation sont si rares que plusieurs commentateursen parleront sans l’avoir vu : tel se présente le premierrecueil de poèmes d’alain Grandbois, intitulé Poëmes.Claude Fournier« Un livre rarissime venu de la Chine profonde », p. 67dictionnaire Général de la lanGue FranÇaiSeau canada de Louis-aLexandre BéLisLe, 1957ouvrage unique en son genre, parce qu’ilest le premier à marier le parler canadienau français standard, mais aussi parce qu’ilempruntera des canaux inhabituels pourrejoindre ses lecteurs, le Bélisle est encoreaujourd’hui un cas d’espèce, tant pour leslinguistes que pour les historiens du livre.Josée Vincent« Un dictionnaire en sept variations », p. 1683la chaSSe-Galerie d’Honoré BeauGrand, 1900honoré Beaugrand a voulu participer, avec La chassegalerie,au mouvement de sauvegarde de notre patrimoinequ’il savait menacé […]. il a immortalisé avec talent, dansune langue soutenue, qui ne néglige pas pour autantle parler populaire, quelques faits légendaires, lesquels,sans lui, ne seraient pas parvenus jusqu’à nous.Aurélien Boivin« Un recueil bellement illustré d’un conteur de talent », p. 18Pour des renseignements sur la publication : www.puq.ca124la vie de banqÀ rayons ouverts 43 automne 2012 n o 90


Programmede soutienà la rechercheDix chandelles et plus de 80 boursiers !par Isabelle Crevier, agente de recherche, Direction de la recherche et de l’éditionla vie de banqr Nous remercions Cécile Bocagequi a permis la reproduction d’un détailde son estampe (2 e illustration).Le concours 2012-2013 marquait le 10 e anniversaire du Programme de soutien à larecherche financé par la Fondation de BAnQ. Depuis 2003, plus de 80 chercheurs(étudiants et professeurs) ont obtenu une bourse. C’est le 16 octobre dernier, lors de lacérémonie annuelle de remise des bourses, que cet anniversaire a été souligné.Cette année, trois étudiantes ont reçu une bourse de doctorat : Danielle Blouin, del’Université du Québec à Montréal, pour son projet sur l’histoire de lareliure d’art au Québec, Kim Gladu, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour ses travaux sur la littérature galante, et Leila Inksetter, del’Université de Montréal, pour ses recherches sur l’organisation socialedes Algonquins du lac Abitibi et du lac Témiscamingue. Une autre doctorantede l’Université de Montréal, Sandrine Garon, a remporté la bourseRelations France-Québec pour son projet sur les réseaux d’influence despeintres d’histoire canadiens au xix e siècle.Deux étudiantes à la maîtrise en histoire figurent parmi les lauréats : Jessica Grosman,de l’Université Concordia, pour son projet sur CHOC-MF, une radio communautaire deJonquière, et Julia Lewandoski, de l’Université McGill, pour son étude sur la redéfinitiondes territoires situés aux frontières du Québec et du Vermont.Enfin, quatre chercheurs venant de l’extérieur du Québec ont aussi reçu une bourse.Parmi eux se trouvent deux doctorants en histoire : Paul Hébert, de l’Universitédu Michigan, qui s’intéresse à l’activisme des intellectuels antillaisà Montréal entre 1960 et 1970, et Carole Payen, étudiante aux Facultésuniversitaires de Namur, qui étudie le phénomène NIMBY (Not in my BackYard) dans une perspective comparée entre la Wallonie et le Québec. Leprojet de Jacques Palard, directeur de recherche émérite au CNRS, surles effets de la reconversion des religieux au Québec entre 1965 et 1980,a aussi été retenu. En outre, Pamela Sing, professeure de littérature à l’Universitéde l’Alberta, a reçu une bourse pour son projet sur la représentation des loupsgarousdans les bandes dessinées.Valoriser l’essentiel – Un grand partenaire pour BAnQLe 5 septembre dernier, Guy Berthiaume,président-directeur général de Bibliothèqueet Archives nationales du Québec (BAnQ), aprocédé à une annonce importante en présentantle grand partenaire qui accompagneraBAnQ au cours des quatre prochainesannées. Il s’agit de La Capitale groupe financier,qui appuiera dorénavant l’institution.« Les missions de La Capitale et de BAnQconvergent vers un but commun, soit devaloriser l’essentiel d’une culture. Alors queLa Capitale aide ses clients à bâtir et à protégerleur patrimoine financier, BAnQ offreà ses usagers des lieux de partage et dediffusion de savoir et de culture. Il nous asemblé tout naturel d’établir une collaborationentre les deux institutions, et noussommes fiers de vous annoncer aujourd’huile début d’un partenariat qui se poursuivrajusqu’en 2016 », a déclaré René Rouleau,président du conseil et chef de la direction àLa Capitale groupe financier.Grâce à son association avec La Capitale,BAnQ accroîtra sa capacité d’innover, sonoriginalité et sa spécificité degrande institution du savoir duxxi e siècle.À rayons ouverts 44 automne 2012 n o 90


Programmede soutienà la rechercheDe nouvelles boursespar Isabelle Crevier, agente de recherche, direction de la recherche et de l’éditionla vie de banqdepuis quelques années, le nombre des candidatures reçuesdans le cadre des concours du Programme de soutien à larecherche est en hausse, tous concours confondus. dansun souci toujours plus grand de répondre aux besoins desmilieux de la recherche, Bibliothèque et archives nationalesdu Québec (BanQ) offre maintenant deux nouvelles bourses d’excellence : une boursesur des sujets liés à la bibliothéconomie et à l’archivistique et une bourse de recherchesur L’institut Canadien de Québec (L’iCQ) et son fonds d’archives.La bourse sur des sujets liés à la bibliothéconomie et à l’archivistique (12 500 $) estofferte à des étudiants qui poursuivent des études de doctorat dans une université québécoise.elle a pour but de favoriser des recherches de haut niveau sur l’un des sujetssuivants : la bibliothéconomie ainsi que l’histoire et le développement des bibliothèquesau Québec ; l’archivistique ainsi que l’histoire et le développement des archivesau Québec ; les publics de BanQ et l’usage des ressources et des servicesmis à leur disposition ; l’impact des technologies sur la lecture et sur l’écriture; les métadonnées sur les documents de BanQ et les données produitespar les activités de celle-ci. tous ces sujets découlent de la Politique de larecherche et de la diffusion scientifique adoptée récemment par l’institution.Grâce à une entente récente entre BanQ et L’iCQ, une autre bourse vientégalement bonifier l’offre du Programme. Cinq mille dollars seront attribuésà un étudiant à la maîtrise ou au doctorat pour son projet sur L’institut et son fondsd’archives, acquis en 2010 par BanQ. Le fonds institut canadien de Québec (P108),conservé au Centre d’archives de Québec, renferme des trésors précieux pour larecherche, par exemple des écrits qui témoignent de la fondation de L’institut en 1848,des renseignements sur les abonnés des bibliothèques et sur les tâches de leurpersonnel, etc.en plus des deux nouvelles bourses, le Programme conserveses bourses de doctorat et de maîtrise destinées aux étudiantsdu Québec qui exploitent les fonds d’archives et les collectionspatrimoniales de BanQ ou qui s’intéressent à des questions liéesaux mandats de l’institution. La bourse relations France-Québec nesera plus offerte.Quant à l’enveloppe de 10 000 $ autrefois destinée aux chercheursde l’extérieur du Québec, elle a été réaménagée : trois bourses de 2500 $ chacune sonttoujours offertes à ces chercheurs et cinq bourses de 500 $ chacune peuvent désormaisêtre demandées par des chercheurs du Québec qui souhaitent se déplacer pourconsulter des documents patrimoniaux dans un édifice de BanQ.La campagne promotionnelle du concours 2013-2014 bat son plein et toute personnequi désire soumettre sa candidature est invitée à consulter le portail de BanQ àwww.banq.qc.ca/psr où se trouve le règlement complet.Le Programme de soutien à larecherche bénéficie de l’appuifinancier de la Fondation de BAnQet de L’Institut Canadien de Québec.À rayons ouverts 45 automne 2012 n o 90


D’art et de culturecultureGérald Godin, poètepar Éric Fontaine, rédacteur-réviseur, direction de la programmation culturelleen 1981, après la défaite du camp du« oui » au référendum de mai 1980,Gérald Godin, ministre dans le cabinet derené Lévesque, écrit : « La poésie est lechamp de la liberté totale. est-ce le seul ?Peut-être 1 . » C’est dire que la poésie étaitpour lui une préoccupation de tous lesinstants. dès le 27 novembre 2012,l’aire d’exposition de la section artset littérature de la Grande Bibliothèqueaccueille l’exposition Gérald Godin –« Être ou ne poète 2 ». sous des airs deplaisanterie, ce titre renvoie très sérieusementà hamlet de shakespeare etau rôle vital qu’a joué la poésie dansla vie de Gérald Godin. Journaliste,recherchiste-documentaliste, rédacteur,scénariste, éditeur, Godin a pratiqué tousles métiers que lui permettait sa plume,mais il a surtout été poète, prenant unepart active aux côtés de sa compagnePauline Julien à l’explosion littéraireet musicale qu’a connue le Québec aucours des années 1960 et 1970.la section arts et littératureexploiter l’œuvre poétique de Godindans le contexte très précis de l’aired’exposition de la section arts etlittérature de la Grande Bibliothèquereprésentait un énorme défi.Comment rendre justice àl’héritage littéraire de Godin,comment interpeller levisiteur, comment l’intriguer touten lui offrant une manière uniqued’« expérimenter » l’œuvre du poète,et cela en moins de deux minutes !nous voulions surtout faire appel à lacuriosité des visiteurs, autant ceux venusexpressément visiter l’exposition queles nombreux visiteurs « accidentels »qui traverseront cette importante airede circulation sur leur parcours.un enVironnement immersiFPour élaborer le volet littéraire del’exposition, Bibliothèque et archivesnationales du Québec (BanQ) a faitappel à andré Gervais, éditeur et amide Godin, qui a dressé un portrait sentidu poète. Guidé par une profondeconnaissance de son œuvre, il aégalement choisi les poèmes que nousoffrons au public. Pour le volet artistique,qui laisse libre cours à la magie de lapoésie de Gérald Godin, nous souhaitionscréer un environnement sonore etvisuel immersif. Cette idée, exploitée parle designer Philippe Legris avec une raresensibilité et un extrême souci du détail,a donné lieu à la création de coupolesautoportantes, ou « douches sonores »,qui permettent aux visiteurs de vivreune expérience poétique englobante.w Gérald Godin à la Nuit de lapoésie, Montréal, 26-27 mars 1970.Centre d’archives de Montréal,fonds Daniel Kieffer (P688, S2).Photo : daniel Kieffer.À rayons ouverts 46 automne 2012 n o 90


Gérald Godin et Pauline Julien, au domiciledu couple, avenue Selkirk, à Montréal, 1969.Centre d’archives de Montréal, fondsGérald Godin (MSS464, 032, 054).Photo : Gabor szilasi, office du film du Québec.cultureles « doucHes » sonoresChaque coupole s’inspire d’un grandthème de l’œuvre de Godin, son amourdes femmes, sa tendresse pour les motset les gens du peuple, sa conscienceaiguë de la vie quotidienne et de l’actionpolitique. Ces coupoles font usage d’unetechnologie de pointe qui oriente le sonvers le seul visiteur, sans gêner les autresusagers de la Grande Bibliothèque etsans recourir à des casques d’écoute.sous les douches, la poésie de Godinest à la fois mise en musique et traduiteen images.Pour la dimension musicale, BanQ afait appel au slammeur ivy, qui a récemmentsigné le très bel album Hors dessentiers battus, et à l’artiste interdisciplinaired. Kimm, des Filles électriques.Portés avec force par les voix de cesdeux interprètes exceptionnels, lespoèmes de Godin livrent une partie deleur extraordinaire beauté. Pour la dimensionvisuelle, BanQ s’est tournée versl’enseignant et co-commissaire de l’expositionBertrand Carrière, qui a demandéà un groupe de jeunes photographesissus du Cégep andré-Laurendeau depenser aux mots de Godin. « Je me suisfait un plaisir de guider ces six jeunesnon seulement au cœur d’une œuvrepoétique, mais aussi à travers desannées qu’ils n’ont pas connues maisqui ont des résonances étonnantes avecle présent », explique Bertrand Carrièredans sa présentation de l’exposition.en complément À l’eXpositiondeux activités seront offertes à l’auditoriumde la Grande Bibliothèque encomplément à l’exposition : une soiréePoésie et jazz en hommage à GéraldGodin, en compagnie du trio danielLessard et du comédien et poète henriChassé, le 18 décembre à 19 h, et uneprojection du film documentaire Godinde simon Beaulieu, le 29 janvier à 19 h.Ces activités, ainsi que l’exposition,contribueront à souligner la contributioninestimable de Gérald Godin à notrehéritage littéraire.w Maquette de la « douche sonore ».design : Philippe Legris.1. « Cette vie d’appétits (notes) », dans andré Gervais(éd.), Traces pour une autobiographie – Écrits etparlés II, Montréal, L’hexagone, 1994, vol. ii, p. 84.2. La partie entre guillemets du titre de l’expositionest une citation d’un poème que Godin a écrit enjuillet 1989, moins d’une semaine avant sa secondeopération au cerveau. Laurence olivier, le grandacteur shakespearien, vient alors tout juste de mourir.À rayons ouverts 47 automne 2012 n o 90


Le cabinet des curiositésWashington et StoboUn cas d’espionnage dansnos archivespar Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste, Centre d’archives de MontréalcuriositésLe Centre d’archives de Montréal conserve un extraordinaire dossier quirenferme tous les éléments d’un film à grand déploiement se déroulant surdes champs de bataille de l’Ohio et de la Pennsylvanie ainsi qu’à Montréalet à Québec. Les acteurs sont George Washington, l’armée britannique,la milice coloniale, les forces françaises, la milice canadienne et leurs alliésamérindiens ainsi que, au cœur de l’aventure, Robert Stobo.Pour les Américains, l’acte de reddition signé par Washington à lasuite de sa déconfiture devant les forces françaises et amérindiennesau Fort Necessity (Uniontown, Pennsylvanie), le 3 juillet 1754, est certesun document important 1 . En effet, il s’agit du seul acte de capitulationde George Washington, qui écrira à son frère : « Je ne doute pas quevous ayez entendu les détails de notre défaite honteuse, qui a été siscandaleuse que je déteste en parler 2 . »Pour le lecteur intéressé par les drames d’espionnage, cet acte dereddition d’une valeur historique inestimable est au cœur d’un procès pourhaute trahison intenté contre Robert Stobo, un otage laissé aux Françaisqui attendaient le retour de Washington avec une vingtaine de prisonniers.L’échange n’eut jamais lieu. Un an plus tard, lors d’une tentative britanniquepour s’emparer du Fort Duquesne (Pittsburgh, Ohio), les forces françaisesdécouvrirent un plan de leur fort ainsi qu’une lettre de Stobo, suggérantà ses confrères d’attaquer ce fort : « Quant à moi, je mourrais dix mille foispour avoir la joie de posséder ce fort une seule journée; ils [les Français]sont si vaniteux de leur victoire que les entendre est pire que la mort 3 . »Stobo nia tout. Après 19 jours d’interrogatoires devant un conseil deguerre réuni à Montréal, le passage sur la sellette lui délia la langue. Ilavoua avoir voulu venger le viol des conditions de capitulation signées parWashington. Il s’était mis secrètement à l’œuvre, étudiant la structure dufort et l’organisation militaire des Français et il avait remis furtivement samissive à un autochtone de confiance à l’intention des forces britanniques.Condamné à la décapitation, Stobo tenta de s’évader à plusieurs reprises.En 1759, il réussit, après 36 jours d’aventures incroyables, à rejoindreles forces anglaises au Fort de Louisbourg (Île-du-Cap-Breton) 4 .1. Cette bataille, Battle of the Great Meadows, a été la première de la guerre de Sept Ans ou,comme les Américains la nomment, The French and Indian War.2. George Washington, The Writings of George Washington, lettre à Augustine Washington,2 août 1755 : I doubt not but you have heard the particulars of our shameful defeat, which reallywas so scandalous, that I hate to mention it. http://oll.libertyfund.org/ (consulté le 16 juin 2012).3. Robert C. Alberts, « Robert Stobo », Dictionnaire biographique du Canada,www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?&id_nbr=1665 (consulté le 16 juin 2012).4. Les pièces du procès sont numérisées sous la cote TL4, S1, D6128 et les documents relatifs àl’évasion de Stobo se trouvent sous la cote TP1, S777, D183.r Signatures de George Washington, James Mackay et Louis Coulon de Villiers accompagnant les articlesde la capitulation lors de la reddition du Fort Necessity, 3 juillet 1754. Centre d’archives de Montréal, fondsJuridiction royale de Montréal (TL4, S1, D6128).w Plan du Fort Duquesne à l’embouchure des rivières Ohio et Monongahela dessiné par l’otage Robert Stobo,28 juillet 1754. Centre d’archives de Montréal, fonds Juridiction royale de Montréal (TL4, S1, D6128).À rayons ouverts 48 automne 2012 n o 90


Comptes rendus de lecturespar Isabelle Morrissette, bibliothécaire, Direction de la référence et du prêt, etSimon Mayer, bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des services spécialisésLaurent MaréchauxÉcrivains voyageurs – Ces vagabonds qui disentle mondeParis, Arthaud, 2011 · ISBN : 9782081245655Ce livre superbement illustré nous fait entrer dans le merveilleuxmonde des écrivains voyageurs. Que vous partiez à la rencontrede Pierre Loti sur les mers du monde, de Rudyard Kipling enInde, de Blaise Cendrars au Brésil, de Georges Simenon surle continent africain ou de Jack Kerouac sur les routes mythiques de l’Amérique,vous serez fasciné par ces récits. Ce livre présente autant des portraits de voyageursqui devinrent écrivains que d’écrivains qui devinrent voyageurs. La fiction côtoiesouvent les données plus factuelles dans ces récits. Mais comme répondait BlaiseCendrars à un journaliste lui demandant s’il avait vraiment pris le Transsibérien :« Qu’est-ce que cela peut bien te foutre, puisque je vous l’ai fait prendre à tous ! » IMlectureYves PeyréLa bibliothèque Sainte-Geneviève – À traversles sièclesParis, Gallimard, 2011 · ISBN : 9782070132416De la bibliothèque monastique du vi e siècle à l’institutioninteruniversitaire et publique qui fait la joie des chercheurs et descurieux du Paris d’aujourd’hui, la bibliothèque Sainte-Genevièvedévoile ici sa prestigieuse histoire gravée au cœur de lamétropole française. Agrémenté de portraits de bibliothécairessouvent héroïques qui ont permis à Sainte-Geneviève de survivre aux grandesépreuves de l’histoire et qui ont fait bénéficier l’institution de leurs connaissanceset de leurs passions, cet ouvrage lève le voile sur le cabinet de curiosités de labibliothèque et sur les circonstances de l’acquisition de certains fonds particuliers.On y apprend entre autres que la bibliothèque est propriétaire d’un fonds scandinavetout à fait remarquable. Le lecteur sera de plus impressionné par la présentationd’une architecture exceptionnelle et fonctionnelle qui a récemment permis àl’institution de prendre le virage technologique. SMFrançois HébertLa littérature populaire en fascicules au QuébecQuébec, Éditions GID, 2012 · ISBN : 9782896341337Les aventures amoureuses de la belle Françoise AC-12,l’incomparable espionne canadienne-française, celles d’IXE-13,l’espion play-boy, et les souvenirs amoureux de Rita la petiteservante ont su captiver de nombreux lecteurs. Qu’elles aientpris la forme du roman d’espionnage, du roman d’amour oudu roman policier, les nombreuses séries de littérature en fascicules ont permisaux Québécois de lire des aventures rocambolesques peuplées de personnagesplus colorés les uns que les autres, comme en font foi les milliers de titres recenséset les nombreuses illustrations de couverture reproduites dans ce répertoire.Après de longues années de recherche dans les endroits les plus inhabituelset étonnants, François Hébert nous offre ici un ouvrage de référence indispensablepour quiconque s’intéresse à la littérature populaire québécoise desannées 1940, 1950 et 1960. SMÀ rayons ouverts 49 automne 2012 n o 90


Défis et enjeux technologiquestechnologieSL’Osstidcho – Un beau défi techniquepour la diffusion de la culturepar Jean-François Gauvin, directeur des services WebBibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)diffuse depuis plusieurs années sur son portail du contenuen flux continu (ce qu’on appelle le « streaming »). Jusqu’àtout récemment, nous n’avions eu aucun problèmetechnique. Le système était très simple : un serveur FlashMedia Server 3.5 diffuse, à la demande, des fichiers MP3,pour les enregistrements sonores, et des fichiers FLV,pour la vidéo. Ces fichiers sont stockés sur le serveur dela bibliothèque numérique de BAnQ. Et pour les vidéosinstitutionnelles, nous avons un compte YouTube…Dès les premières rencontres avec les collègues réunispour le démarrage du projet de mise en ligne des bandessonores de L’Osstidcho, nous avions certaines réserves.Faire de cette mise en ligne un événement médiatiqueau cœur du lancement de la programmation culturellede l’automne entraînait un risque technologique important.Un calcul rapide nous indiquait que si 250 personnesécoutaient en même temps une partie des enregistrementsde ce spectacle phare de la fin des années 1960, le réseaude BAnQ allait s’écraser au grand complet. De quoi nousinquiéter sérieusement ! Notre bande passante étant déjà utilisée presque à saturation en période de pointe,nous ne pouvions ignorer le risque que cette mise en ligne produirait. De plus, la technologie que nousutilisions pour le flux continu, basée sur Flash, n’était pas compatible avec les tablettes et autres appareilsmobiles. Il nous fallait trouver une solution pour remédier à ces deux problèmes.La solution YouTube étant hors de question pour des raisons de propriété intellectuelle, nous avonsenvisagé divers scénarios. Notre premier réflexe a été de faire appel à des fournisseurs externes,mais les frais de mise en service et le peu de temps dont nous disposions nous ont fait considérerd’autres options. En collaboration avec nos collègues de la Direction de l’infrastructure technologique,nous avons décidé de doubler notre bande passante, mais en la divisant en deux segments distincts.L’un de ces segments est dorénavant réservé au trafic du portail de BAnQ, donc à la diffusion desdocuments multimédias de la Collection numérique, dont L’Osstidcho. Cela nous a permis à la foisde régler les problèmes périodiques de saturation en après-midi et d’assurer une meilleure qualitéde service pour notre portail. Restait encore la question des appareils mobiles…La nouvelle version 4.5 de Flash Media Server d’Adobe permet la diffusion sur plateformes mobiles(iOS et Android). Il nous suffisait, pensions-nous, de faire une mise à jour de notre installation, et letour serait joué. En fait, ce fut la partie la plus difficile à régler ! La documentation du produit n’indiquepas clairement comment procéder et, pour une fois, Internet ne fut guère plus utile. Ce n’est qu’aprèsplusieurs jours d’essais et d’erreurs que nous avons découvert la bonne procédure. Ne restait qu’àassembler le tout et à créer les pages Web à mettre en ligne. Bonne écoute !À rayons ouverts 50 automne 2012 n o 90


Coup d’œilsur les acquisitions patrimonialespar Daniel Chouinard, bibliothécaire, Direction des acquisitions et de la préservation des collections patrimoniales, etHélène Fortier, archiviste-coordonnatrice, Centre d’archives de Montréal, avec la collaboration de Christian Drolet, archiviste-coordonnateur,Centre d’archives de Québec, de Marthe Léger et de Marielle Lavertu, archivistes, Centre d’archivesde Montréal, de Jean-François Palomino, cartothécaire, Direction de la recherche et de l’édition, et d’Isabelle Robitaille,bibliothécaire spécialiste de collections, Direction de la recherche et de l’éditioncoup d’ŒilÀ la santé d’un généreux marchand !Le Centre d’archives de Québec de Bibliothèque etArchives nationales du Québec (BAnQ) vient d’enrichirson corpus documentaire des archives historiquesde l’hôpital Jeffery Hale (Jeffery Hale’s Hospital).Ces dernières s’avèrent un ajout important auxsources concernant le domaine de la santé et offrentune mine de renseignements sur la communautéanglophone de Québec.Fondé à Québec en 1865 à la suite du legs testamentairedu riche marchand Jeffery Hale (1803-1864), l’hôpital portant son nom a d’abord pourmission de servir la population protestante, principalementanglophone. Le premier établissementest sis rue Saint-Olivier. Le 12 juin 1901, l’hôpitalJeffery Hale inaugure officiellement ses nouveauxlocaux, rue Saint-Cyrille. En 1956, il déménage denouveau pour occuper son emplacement actuel au1250, chemin Sainte-Foy. uw Groupe d’infirmièresposant devant l’Hôpital JefferyHale situé à l’époque sur larue Saint-Cyrille à Québec,vers 1904. Centre d’archivesde Québec, fonds HôpitalJeffery Hale (P942).Photographe non identifié.À rayons ouverts 51 automne 2012 n o 90


coup d’ŒilL’hôpital reçoit son premier patient le 19 vier 1867, quatre jours avant son ouverture offi-jancielle.En 1901, une école d’infirmières voit le jour,la première dans la ville de Québec. Elle ferme sesportes en 1970 après avoir formé 1285 diplômées.Dès les premières années du xx e siècle, des patientscatholiques sont admis à l’hôpital ; l’embauche depersonnel catholique débute en 1911. Aujourd’hui,l’établissement est bilingue, mais les membres deson personnel sont majoritairement francophones.Ce fonds d’archives illustre la riche histoire decet établissement hospitalier et de son personnelnotamment par les procès-verbaux du conseil d’administration,des rapports annuels, des listes et desphotographies du personnel infirmier et médical,ainsi que des dossiers de recherche sur le marchandJeffery Hale et sur l’histoire de l’hôpital. Le fonds renfermeégalement deux registres d’admission despatients (1867 à 1923), un registre des visiteurs (1874à 1887) ainsi que des photographies des différentsbâtiments occupés par l’hôpital au fil des ans.w Nicolas de Fer, Les costesaux environs de la rivièrede Misisipi, 20 x 32 cm,Paris, Nicolas de Fer, 1701.sur les traces de cavelier de Lasalle et de Le moyne d’ibervilleParmi les nouvelles acquisitions de cartes anciennesfigure la carte de l’éditeur Nicolas de Ferintitulée Les Costes aux environs de la riviere de Misisipi(Paris, 1701), qui relate les aventures de deuxcélèbres explorateurs français : Robert Cavelier deLa Salle et Pierre Le Moyne d’Iberville. Après avoirdescendu le Mississippi jusqu’à son embouchure,La Salle obtient les ressources pour coloniser laLouisiane. En 1684, il traverse l’Atlantique avec unconvoi de quatre navires et 320 hommes et femmes.Il atteint le golfe du Mexique, mais ne parvient pasà retrouver l’embouchure du Mississippi. La cartemontre la baie de Matagorda, lieu de débarquementsur les rives actuelles du Texas.À l’époque, les calculs de longitude étaient imprécis,ce qui explique en partie les difficultés de l’explorateur.Pendant qu’il recherche désespérément leMississippi, les malheurs se succèdent : naufrages,attaques indiennes, morts pour cause d’insalubrité.Quelques survivants assassinent La Salle d’une balledans la tête; la carte comporte d’ailleurs un cartoucherappelant cette mort brutale.De Fer signale également les réalisations dePierre Le Moyne d’Iberville, à qui le ministre confiepar la suite la mission d’établir les fondationsd’une colonie à l’embouchure du fleuve. En 1699,d’Iberville fait construire un fort dans la baie deBiloxi. Il rentre ensuite en France où cet exploitet d’autres lui valent le titre de chevalier de Saint-Louis. L’année suivante, il retourne en Louisianepoursuivre l’exploration du continent, renforcerson établissement et en construire un nouveau. Lacarte montre l’emplacement de toutes les tribusÀ rayons ouverts 52 automne 2012 n o 90


indiennes avec lesquelles les Français se sontefforcés de nouer des relations cordiales, tellesque les Bayagoulas, Biloxis, Moctobis, las, Houmas etPascagou-Taensas.coup d’ŒilL’itinéraire artistiquede Louise portalLe Centre d’archives de Montréal a acquis récemmentle fonds Louise Portal, l’une des figuresemblématiques de notre scène culturelle.Omniprésente sur nos écrans depuis plus de40 ans, cette artiste se révèle dans un imposantcorpus documentaire. Documents audiovisuels,photographies, manuscrits, scénariosde films et de téléromans illustrent sa carrièreprolifique (environ 3 mètres linéaires de documentstextuels, 1449 photographies, 140 vidéoset 23 bandes sonores).Le chercheur pourra redécouvrir les multiplestalents de Louise Portal : actrice, chanteuse,écrivaine et porte-parole engagée. Levolet « Vie personnelle » permet de suivre l’artistede l’enfance à aujourd’hui en feuilletantles pages de son journal intime, ses notes,ses dessins et ses agendas. Il contient aussiplusieurs photographies.La série « Vie professionnelle » retrace ses premièresarmes au Conservatoire, dans des revuesmusicales, dans la Ligue nationale d’improvisationet dans plusieurs téléséries. Elle permet de revisiterles moments forts de son impressionnantefilmographie. Louise Portal explore en parallèlele monde de la chanson (1980-1992), aventure quise concrétise par l’écriture de nombreuses pièceset la production de quatre albums, de vidéoclips,de spectacles et de tournées.Suivant les traces de son père, Marcel Portal,elle se consacre également à l’écriture romanesque.Une vingtaine de manuscrits et tapuscrits annotésnous permettent d’observer l’évolution de sonprocessus créatif. Femme d’engagement, LouisePortal offre sa voix à divers événements culturels,La série « Vie professionnelle » retrace ses pre- dont les Rendez-vous du cinéma québécois etLes Correspondances d’Eastman. Une cinquantained’entrevues radiophoniques et télévisuellesviennent jeter un éclairage complémentaire surl’itinéraire fascinant de cette amoureuse inconditionnellede la vie.r Extrait du manuscritL’éclectisme de l’artisteandré L’archevêqueLe fonds d’archives André L’Archevêque, conservéau Centre d’archives de Montréal, témoigne de ladiversité et de la richesse de l’œuvre de cet illustrateurpublicitaire et artiste peintre né en 1923. Ilcontient des cahiers de croquis, des dessins et desillustrations de pages couvertures de romans à uCap-au-Renard de LouisePortal, 2001. Centre d’archivesde Montréal, fonds LouisePortal (P868, S2, SS3, D7).À rayons ouverts 53 automne 2012 n o 90


coup d’Œilw Étude au crayon feutred’André L’Archevêque pourle tableau Le flirt de la rueBeaudry, 197-?. Centred’archives de Montréal,fonds André L’Archevêque(P859, S6, D5).10 cents : des aventures de Volpek d’Yves Thériault etdes romans mettant en vedette IXE-13. On y trouveégalement des carnets de dessins publicitaires, desesquisses de tableaux et des textes liés aux albumsd’art auxquels André L’Archevêque a collaboré etaux expositions qui lui ont été consacrées.André L’Archevêque a entre autres créé la vachede la campagne publicitaire des Producteurs de laitdu Québec « Le lait, c’est vachement bon » ainsique, pour le ministère du Tourisme du Québec,une suite de tableaux destinés à la promotionde 10 régions du Québec à l’étranger. Son tableaude la collection « Moments mémorables du sportau Canada » représentant Le but gagnant de PaulHenderson commémore la victoire de l’équipe canadienneface à la Russie en 1972. L’Archevêque réaliseégalement l’affiche Les grands voiliers (1984) etune eau-forte représentant le Château Ramezayremise au gouverneur général du Canada.Ce fonds est une source unique d’information surcet artiste qui s’est fait connaître dans le domainede la publicité et dont les tableaux font partie deplusieurs collections publiques et privées. Il comprend0,34 mètre linéaire de documents textuels,797 dessins et 437 photographies de l’artiste et deses œuvres.Vous avez dit « confutation »et « mécométrie »?Dans un ouvrage publié à Paris en 1611 et intituléConfutation de l’invention des longitudes ou de lamecometrie de l’eymant, Didier Dounot (1574-1640),professeur de mathématiques à Paris, s’adonne àla confutation (réfutation) de la technique de la mécométriede l’aimant, c’est-à-dire la manière de mesurerles longitudes par le moyen de l’aimant développéepar Guillaume Le Nautonier (1560-1620).À rayons ouverts 54 automne 2012 n o 90


C’est en 1604 que Le Nautonier, pasteur, astronomeet géographe, publie son œuvre sur la navigationpar mécométrie, qui fut plusieurs fois rééditéeet traduite en plusieurs langues. Dès 1611, Dounotreproche à Le Nautonier de ne pas appuyer sesaffirmations par des démonstrations plausibles.Il avance également que les observations utiliséesne soutiennent pas sa théorie, en particulier cellesfaites en Nouvelle-France.Dounot était un fin connaisseur des récits devoyage des explorateurs de l’Amérique du Nord, telsque Jacques Cartier, Sébastien Cabot et Samuelde Champlain. Il mentionne à plusieurs reprisesles techniques de prise de longitude à l’île duCap-Breton et au passage du Nord-Ouest. Il traitelonguement de la longitude de l’île Corbeau auQuébec, en mentionnant que les calculs faitspar Le Nautonier ne concordent pas avec ceux desexplorateurs. Il conclut son ouvrage en se réclamantde Samuel de Champlain :« Mais àfin de clorre entierement la boucheaux contredisans, qui publient que le sieur deChamplain pratique tous les jours en Canada laMecometrie, & qu’il la trouve for exacte […] j’ay sibonne opinion de luy à cause de ses laborieusesentreprises en la navigation : que je ne crois pointqu’il soit Autheur de ces discours, veu principalementque jusques icy il n’a publié aucune deses observations que je sçache. »Réfuté par plusieurs autres contemporains,Le Nautonier tomba dans un oubli presque complet.Aujourd’hui, plusieurs historiens des sciencesvoient tout de même en lui un précurseur dansl’étude du magnétisme terrestre.coup d’Œilv Didier Dounot, Confutation de l’invention des longitudes ou de la mecometriede l’eymant […], Paris, François Huby, 1611, page de titre.Les activités culturelles de BAnQBibliothèque et archives nationales du Québec (BanQ) constitue un lieu unique de notre mémoire collective. Par sa mission, l’institutionrassemble tous les savoirs, dont la diffusion est assurée par les nombreuses actions qu’elle entreprend et poursuit. La programmationculturelle y joue un rôle essentiel en matière de démocratisation et de médiation culturelle. elle contribue au rayonnement institutionnelen offrant à chaque saison des activités diversifi ées mettant en valeur les collections de BanQ (expositions, conférences, clubs d’écoute,etc.), en plus de participer à la promotion des arts, de la culture et des savoirs sous diverses formes.Pour le détail de la programmation, consultez le Calendrier des activités culturelles de BanQ disponible sur support papier dans tousles édifi ces de l’institution et dans de nombreux lieux culturels ainsi qu’en version PDF sur le portail de BanQ (banq.qc.ca).Pour tout renseignement · Région de Montréal : 514 873-1100 · Sans frais, d’ailleurs au Québec : 1 800 363-9028

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