WS-AFRICA-SOMMET-ok

dave2000

ÉDITION SPÉCIALE

LA FEMME EST L’AVENIR DU SPORT

Édition spéciale Octobre 2021

L’AVENIR

COMMENCE

AUJOURD’HUI

Sport, éducation,

égalité, empowerment

© Riccardo Mayer / Shutterstock

LOVA RINEL

« IL Y A UNE AFRICANITÉ

FRANÇAISE, ASSUMONS-LA !»

CÔTE D’IVOIRE

LES FEMMES AU

CŒUR DU SPORT


Association

ASSOCIATION

NOS PARTENAIRES

ENGAGÉS ACTIVEMENT POUR UNE DIFFUSION GRATUITE DE WOMEN SPORTS AFRICA

EN PRINT ET DIGITAL DANS L’ENSEMBLE DES PAYS DU CONTINENT

TOP PARTENAIRES

PARTENAIRES DE DIFFUSION

YEMALY

YEMALY

YEMALY

ASSOCIATION

2 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


ÉDITORIAL

© mimagephotography / Shutterstock

FEMMES ET SPORT,

UNE THÉMATIQUE AU SOMMET !

D.R.

Les équipes de Women Sports Africa sont fières d’être partenaires du Nouveau Sommet

Afrique-France, qui met à l’honneur celles et ceux qui contribuent à construire un avenir

commun entre l’Afrique et la France.

Promouvoir l’égalité des genres grâce au sport et apporter ainsi notre contribution à

l’Objectif de développement durable N°5 des Nations Unies est ce qui nous anime au quotidien.

Women Sports Africa met en lumière les championnes, dirigeantes sportives et femmes

inspirantes du continent, ainsi que les hommes qui soutiennent, comme nous, la promotion

des femmes dans la société, l'éducation et l'empowerment à travers le sport.

Nous sommes heureux d’offrir ce magazine à tous les participants de ce beau sommet,

en présentiel comme en distanciel ! Nous y avons compilé quelques-uns de ces portraits

passionnants.

Bonne lecture et bon sommet à toutes et tous !

Bruno Lalande

Président-fondateur de Women Sports et Women Sports Africa

africa.womensports.fr

16, avenue e Hoche - 75008 Paris

PRÉSIDENT-FONDATEUR

BRUNO LALANDE

blalande@womensports.fr

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION

ET RÉDACTEUR EN CHEF

DAVID TOMASZEK

dtomaszek@womensports.fr

DIRECTEUR ARTISTIQUE

XAVIER CHAMBON

RÉDACTION

LÉA BORIE,

VANESSA MAUREL,

FLORIANE CANTORO,

RAPHAËL MARCANT,

ZOUMANA TRETA,

DAVID TOMASZEK

PARTENARIATS

BRUNO LALANDE

PUBLICITÉ

RÉGIE SPORT.FR

sport.fr/regie | regie@sport.fr

Remerciements pour leur contribution

à ce numéro aux équipes de : CIO,

OIF, AFD, Peace and Sport, FIFA,

UNESCO, Ministère de la Promotion

des Sports et du Développement de

l'Economie Sportive de Côte d'Ivoire.

Imprimé par Rotimpres

17181 Girona - Espagne

AFRICA.WOMENSPORTS.FR

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Twitter @WomenSports_fr

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EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 3


34

SOMMAIRE

ÉDITION SPÉCIALE

LA FEMME EST L’AVENIR DU SPORT

Édition spéciale Octobre 2021

L’AVENIR

COMMENCE

AUJOURD’HUI

Sport, éducation,

égalité, empowerment

LOVA RINEL

« IL Y A UNE AFRICANITÉ

FRANÇAISE, ASSUMONS-LA ! »

CÔTE D’IVOIRE

LES FEMMES AU

CŒUR DU SPORT

@WomenSports_fr

facebook.com/womensports.fr

womensports.fr

womensports.fr/video

© Riccardo Mayer / Shutterstock

16

06 LOVA RINEL

« Il y a une Africanité française,

assumons-la ! »

09 BENOÎT VERDEAUX

Un sommet unique pour réinventer

la relation Afrique-France

AFRIQUE DU SUD

10 L’INCROYABLE HISTOIRE DE

CASTER SEMENYA

ALGÉRIE

12 LE FABULEUX DESTIN DE

SALIMA SOUAKRI

BÉNIN

16 ISABELLE YACOUBOU

« Faire de l’humanitaire avec le


veux me consacrer à ça »

BURKINA FASO

22 UMÒJA

La marque de sneakers par-delà les

frontières

40

CAMEROUN

24 PORTFOLIO

Les 5 perles du football

camerounais

CAP-VERT - ÉGYPTE...

28 LE TOP 5

DES DESTINATIONS

pour un voyage sportif en Afrique

RÉPUBLIQUE DU CONGO

32 ANTOINETTE SASSOU

NGUESSO :

« Nous, Premières Dames, allons

continuer à porter notre voix pour

que les jeunes femmes puissent

accéder à l’autonomie

économique. »

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

34 NEFERTITI TSHIBANDA

«Nous souhaitons que l’édition de

Kinshasa batte le record de l’histoire

des Jeux de la Francophonie en

termes de participation, surtout

féminine ! »

4 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


62

66 80 78

CÔTE D'IVOIRE

42 CLÉMENTINE TOURÉ

Un rêve d’enfance devenu réalité

40 PAULIN CLAUDE DANHO

Un ministre d’action !

42 MARIAM DAO GABALA

De l’activisme au football !

44 ANNE MARIE N’GUESSAN

Première femme présidente

de la presse sportive

45 PORTFOLIO

Elles ont fait briller la Côte d’Ivoire

aux Jeux Olympiques de Tokyo !

GABON - TUNISIE

46 RECONVERSION

Azza Besbes, Géraldine Yema

Robert, des exemples à suivre

GUINÉE - SOMALIE...

48 SAFIA IBRAHIM-OTOKORÉ,

L’histoire d’un combat pour les

femmes et le sport

MADAGASCAR

52 LE RUGBY

pour transformer l'essai de l'égalité

MAROC

56 COACHING D'IMANE ERRAMLI

MAROC - MOZAMBIQUE...

58 10 CHAMPIONNES

qui ont marqué l’histoire

du sport africain

MAURITANIE

60 FOOTBALL EN MAURITANIE :

Naissance d’une équipe nationale !

NIGERIA

62 ASISAT OSHOALA

Première Africaine à remporter la

Ligue des champions

RWANDA

64 LE SPORT POUR OUBLIER

LE GÉNOCIDE !

SÉNÉGAL

66 FATMA SAMOURA

« Ma nomination à la FIFA a été

pour certains un véritable choc »

TANZANIE

72 SEPT JOURS SUR

LE KILIMANDJARO

Récit de rando sur le toit de

l’Afrique!

TUNISIE

76 L’ANNÉE DE LA

CONSÉCRATION POUR

ONS JABEUR ?

CLUB WOMEN SPORTS

78 L’UNESCO MISE

SUR LE SPORT

FEMMES D’INFLUENCE

80 GABRIELA RAMOS :

« L’égalité des genres est un

relais de croissance méconnu pour

l’économie mondiale »

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 5


SOMMET

Rencontre

Lova Rinel :

« Il y a une Africanité française,

assumons-la ! »

Présidente du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), Lova Rinel

est aussi l’une des marraines du Nouveau Sommet Afrique-France. Elle nous en explique les

enjeux, que son parcours personnel incarne à merveille.

PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID TOMASZEK

WOMEN SPORTS AFRICA : FAISONS

CONNAISSANCE, LOVA RINEL ! QUI

ÊTES-VOUS, D’OÙ VENEZ-VOUS, QUEL

EST VOTRE PARCOURS ?

LOVA RINEL : Je suis née et j’ai grandi

dans le « 94 » au Kremlin-Bicêtre, dans ce

qu’il convient d’appeler « une cité ». Mon

père était un immigré malgache. Il avait quitté

son pays pour redémarrer tout en bas de

l’échelle en France et donner le meilleur avenir

possible à ses enfants. J’ai un parcours

« républicain » classique, de l’école publique

jusqu’à la « Fac ». Avec une petite particularité

quand même : dès l’adolescence, j’étais

nitaire

et politique assez précoce, je l’avoue.

Je n’avais que 14 ans lors de ma première

« manif », pour l’abolition de la peine de mort

aux Etats-Unis. Je me sentais « happée » par

tous les combats, sans en comprendre tous

les enjeux : la situation en Palestine, la résidence

surveillée d’Aung San Suu Kyi en

Birmanie, les commémorations pour les victimes

de la Shoah… Je ne comprenais pas

tout. Et ce que je comprenais encore moins,

c’est que le jour, on manifestait pour l’égalité

de traitement partout dans le monde, et

le soir on se faisait « courser » par la police

dans notre quartier ! J’avais le sentiment diffus

que les questions de couleur et de race

étaient consubstantielles aux questions de

lutte de classe. Mais je ne savais pas encore

le formuler précisément. Ma conscience

contres

que je faisais lors de ces différentes

manifestations. Mais aussi grâce aux professeurs,

au lycée puis à l’université. L’un

d’entre m’a « sortie de ma banlieue » le jour

où il m’a dit : « Tu contestes sans connaître

les institutions ni l’histoire… ». Il m’a ouvert

les yeux. Je me suis mise à étudier le monde

pour mieux le comprendre. Mes professeurs

d’histoire, de français, d’économie, m’ont

élevée. Je me permets de leur rendre hommage

avant de placer une petite pique… aux

conseillers d’orientation que j’ai aussi eu la

« chance » de croiser. Ceux qui me disaient,

en substance, « ne cherche pas à faire de

grandes études, ce n’est pas pour toi » m’ont

motivée à leur prouver qu’ils avaient tort !

CE CHEMIN VOUS CONDUIT À VOUS

ENGAGER TRÈS JEUNE EN POLITIQUE.

J’avais 18 ans en 2001. J’ai choisi de m’engager

pour la gauche. Pour ma première

grande élection, patatras : j’ai pris Jean-Marie

Le Pen au second tour ! J’ai eu le vertige,

je me souviens avoir pleuré. Et dans la foulée…

démission de Lionel Jospin. Je me suis

dit : « Ils nous lâchent tous ». Ce premier

engagement concret en politique s’est donc

soldé par une incompréhension et une nouvelle

série de questions. Une entrée dans la

vie citoyenne compliquée. En parallèle, des

mouvements de banlieue se structuraient,

notamment des mouvements décoloniaux.

On me faisait comprendre que le monde

était dirigé par des dominants blancs. Là encore,

j’avais des doutes. Selon cette théorie,

en tant que femme noire issue de la banlieue,

je n’avais aucune chance. Pourtant

je croyais en la méritocratie. Mes modèles

étaient Joséphine Baker et Marie Curie. Une

fois de plus, je me suis dit « Je veux leur prouver

qu’ils ont tort ».

ON EN VIENT À VOTRE PREMIÈRE

EXPÉRIENCE EN AFRIQUE, PUIS VOTRE

RETOUR EN FRANCE...

Après une première expérience professionnelle

en tant que juriste en droit bancaire qui

ne m’a pas vraiment enthousiasmée, je me

suis lancée dans l’humanitaire. J’ai participé

à plusieurs missions au Soudan pendant la

guerre, entre 2007 et 2009. Une expérience

« EN TANT QUE FEMME NOIRE ISSUE

DE LA BANLIEUE, JE N’AVAIS AUCUNE

CHANCE. POURTANT JE CROYAIS EN LA

MÉRITOCRATIE. »

6 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Lova Rinel a

connu la banlieue,

l'Afrique, les

arcanes du

pouvoir... Le récit

de sa vie est un

roman d'aventures!

D.R.

évidemment très marquante. De retour en

France, je renoue avec mes velléités d’engagement

politique. J’ai été proche du Modem

et du PS. Pour les élections présidentielles

de 2012, je deviens présidente des jeunes

soutiens de… DSK ! Nouvelle désillusion.

J’ai alors mis de côté les combats politiques

nationaux pour travailler avec la coopération

décentralisée de la Région Ile-de-France, sur

les préservations de patrimoine dans des

pays comme le Laos ou Madagascar. C’est

là que survient un événement qui marquera

mon existence : le décès de mon père, en

2012.

C’EST DONC EN 2012 QUE VOUS

DÉCOUVREZ MADAGASCAR, LE PAYS

D’ORIGINE DE VOS PARENTS.

Je rapatrie mon père à Madagascar pour

l’enterrer sur la terre où il est né. Et je découvre

ce pays que je ne connaissais pas.

Sans pouvoir me l’expliquer, j’ai un « appel

de la terre » et je décide de m’y installer. Je

négocie d’abord un détachement à Madagascar

avec la Région Ile-de-France, mais

je ne tarde pas à m’impliquer dans la vie

politique locale puisque dès mon arrivée, je

suis engagée par le ministre du tourisme,

qui me veut dans son cabinet. J’entre

sans trop comprendre où je mets les pieds

dans ce gouvernement. Une expérience

étrange, mais en même temps une situation

idéale pour découvrir très vite le pays,

son immense pauvreté, son cruel manque

d’équipements et son fonctionnement

culturel et politique singulier. Je prends une

claque : l’Afrique m’apparaît dans toute sa

complexité. Quelques temps plus tard, je

deviens directrice de campagne d’un candidat

à la présidentielle. Alors que je venais

d’accoucher, on tire sur ma maison ! Je dois

donc être protégée en permanence par des

gardes du corps. C’est dans ce contexte un

peu fou que je tente tant bien que mal de

« faire de la politique ». Les problèmes sont

innombrables et il est impossible d’adapter

des techniques occidentales pour les

résoudre, les réalités culturelles sont totalement

différentes. Les questions liées

aux inégalités de traitement sont majeures.

Elles concernent les ethnies, les femmes…

L’avortement est interdit, l’homosexualité

est taboue. Et je ne suis pas la mieux placée

pour exprimer mon opinion sur tous

ces sujets car aux yeux des Malgaches, je


une Française, donc privilégiée. Je sors

de mon ethno-centrisme. Je réalise à quel

point, pour une femme, vivre à Madagascar,

ce n’est pas facile. C’est la culture malgache,

je dois la comprendre. J’apprends la

langue. Je tente de m’impliquer au mieux…

EN 2014, VOUS PARTICIPEZ À

L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT À

MADAGASCAR…


président de l’Assemblée, dont j’intègre

le cabinet. Je travaille donc avec les parlementaires

sur plusieurs textes de

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 7


SOMMET

loi, dont effectivement la très emblématique

abolition de la peine de mort.

C’est évidemment l’occasion d’une vie que

de rédiger un tel texte et le faire passer politiquement.

Mais c’est paradoxalement là

que je réalise le décalage entre nos idées

occidentales et la réalité malgache. C’est un

combat du Parlement contre l’exécutif. La

ministre de la Justice y est tout à fait opposée.

En décembre 2014, le texte est voté. Je

devrais être heureuse, mais je ne le suis pas.

La criminalité, la pauvreté et la corruption

sont toujours là. Le pays est même confron-


d’enfants que j'oeuve à démanteler… C’est

le tonneau des Danaïdes ! Je compose avec

des magistrats acquis à la cause de la démocratie,

contre la corruption. Mais je dois aussi

me faire violence et travailler avec tout le

monde. Je découvre alors les vertus du multilatéralisme

et de l’appui international indispensable

pour faire avancer le pays. Je suis

en relation avec les partenaires techniques


l’Union européenne… Mais faire comprendre

les réalités locales n’est pas toujours facile.

Je leur dis en substance « Donnez-moi

1 million d’euros pour payer les députés,

c’est indispensable pour faire fonctionner

la démocratie. » Ils me répondent « Mais

ils sont corrompus ! » Effectivement, je vis

alors dans un pays où la démocratie est en

rodage, cela demande au quotidien de composer

avec ce qui relève pour certains de

l'indicible. Une fois nommée conseillère spéciale

à la présidence pour le sommet de la

Francophonie, je découvre avec stupeur l'audace

chinoise. Monnayer la gestion de notre

électricité ou nos mines d'or contre des prêts

sans intérêt, ne semble choquer personne.

Je suis alors extrêmement agacée par son

discours public d'apparence amical mais qui

se traduit en réalité par une nouvelle forme

de colonialisme. Pourtant le spectre du passif

colonial a la peau dure, certains politiques

corrompus se réconfortent à pointer du doigt

la France, quand la pauvreté à Madagascar


plus de 60 ans, Cela ne tient plus, et moi ça

m'exaspère.

APRÈS AVOIR PARTICIPÉ À

L’ORGANISATION DU SOMMET

DE LA FRANCOPHONIE EN 2016

À MADAGASCAR VOUS RENTREZ

DONC EN FRANCE AVEC UNE VISION

DU MONDE COMPLÈTEMENT

DIFFÉRENTE…

« IL N’Y A JAMAIS EU AUTANT D’ÉLUS

ISSUS DE LA DIASPORA. CELA SIGNIFIE

QUE DES BLANCS ONT VOTÉ POUR DES

NOIRS ! »

Mes derniers travaux avant de quitter Madagascar

concernent la dépénalisation de

l’avortement et la reconnaissance de l’homosexualité.

Je vis à distance les attentats

de 2015 en France. Je pleure, je me pose

des questions. Je découvre avec effroi que

je suis née la même année que Mohammed

Merah. Lui a nourri une haine contre la France,

alors que j'avais construit une histoire d'amour

avec Elle. Merah disait défendre, de France,

les injustices en Afrique et au Moyen Orient

en tuant des innocents. Je rejette son combat,

il n'est pas le mien ; il n'est pas le nôtre !

#bringbackourgirls ce n'était pas pour en faire

des princesses, mais bien pour le réduire en

esclavage ! Et voilà que Manuel Valls décide

pourtant de déchoir de la nationalité des binationaux

alors que Merah ne l'était pas. Je

suis outrée comme jamais je ne l'avais été.

Cette Gauche a mis dans la tête des Français

qu'on serait tous des terroristes parce qu'on

aimerait l'idée d'une Afrique libre ! Le racisme

et l'islamophobie montent inévitablement,

l'antisémitisme revient. A l’épreuve du réel,

la démagogie est un tobbogan de médiocrité

intellectuelle qui crée de la radicalité. « Ils sont

devenus fous !» me dis-je alors. Rentrer était

une obligation, je décide de quitter Madagascar

après le sommet de la Francophonie en

2016. En 2018, j'intègre le CA du CRAN et en

devient la présidente en 2020. Professionnellement

je suis chercheure sur la dissua-


du Traité d'Interdiction complète des Essais

nucléaires à Vienne et œuvre pour le renforcement

de capacité en Afrique sur les sujets

de non prolifération. Pourtant en France, les

fractures en résonance avec l'Afrique et notre

lien identitaire se creusent. 14 millions de

Français ont un parent originaire d'Afrique.

Cette transformation de la France, pour moi,

la renforce, pour d'autres, l'affaiblit. L'enjeu est

là : notre Africanité française, assumons-la !

Par ailleurs, il n’y a jamais eu autant d’élus is-


ont voté pour des Noirs ! Mon message à la

Jeunesse d'Afrique et de France est le suivant :

« ne laissez pas la haine des autres empêcher

votre rapprochement. C'est avec l'Afrique que

l'on a libéré la France, c'est donc sur la France

que l'Afrique doit s'appuyer pour s'épanouir.

L'avenir c'est maintenant que nous devons le

bâtir, faisons-le ensemble. »

VOTRE PARCOURS PASSE

AUJOURD’HUI PAR CE SOMMET

AFRIQUE-FRANCE. QUELS EN SONT

LES ENJEUX À VOS YEUX ?

Changer le logiciel. Le passé est fait pour apprendre

et non pas pour y vivre. Ce sommet

s’adresse aux citoyens, plus particulièrement

aux citoyens engagés. C'est un moment unique

dans l'Histoire, c'est notre sommet des Non

Alignés à nous, et je refuse l'idée de louper le

rendez vous pour changer les choses parce

que je serai trop aigrie par le franc CFA. Est-ce

que je vais être déçue ? Je prends le risque,

je laisse l'Histoire jouer avec mes nerfs serei-


beaucoup plus complexe qu'avant, il y a des


qui ne trouvent pas du tout Paris attrayante. Il

y a des Français ayant du sang africain qui ne

sont absolument pas intéressés par l'Afrique,

et il y a des gens comme moi, et la diaspora et

tant d'autres. On est addict au fromage, mais

on peut renier ses amis pour un mafé ! C'est

le sommet de la nuance assumée ! Et puisque

je m’exprime dans les colonnes de Women

Sports Africa, je vais prendre un exemple

sportif. On ne se pose pas la question de la

diversité pour les performances sportives. Au

Jeux Olympiques de Tokyo, c’est un peu la


DERNIÈRE QUESTION, QUEL MESSAGE

AURIEZ-VOUS ENVIE DE FAIRE PASSER

À UNE JEUNE FEMME DE CITÉ QUI

AURAIT 14 ANS EN 2021 ?

Ta première identité, c’est ton genre. Ta

féminité est une force. Lis, étudie. « De

l’instruction naît la grandeur des nations »,

disait Jules Ferry. Je suis d’accord avec ça !

Et n’oublie pas une chose : le talent et le libre

arbitre n'ont ni de couleur ni de sexe, alors

ne t'autocensure pas ! WSA

8 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


UN SOMMET UNIQUE

pour réinventer la relation

Afrique-France

PAR BENOÎT VERDEAUX,

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

DU NOUVEAU

SOMMET AFRIQUE-FRANCE

troits et multidimensionnels,

les liens entre

É

l’Afrique et la France

sont ancrés par leur

proximité géographique,

leur histoire commune mais aussi leurs

interactions humaines intenses et croisées.

A bien des égards, notre présent

et notre avenir sont intimement liés.

Depuis le discours du Président de la

République à l’université Ki-Zerbo de

Ouagadougou le 28 novembre 2017,

nous nous sommes collectivement engagés

dans une démarche unique de dialogue

dont ce sommet sera un premier

aboutissement.

Premier sommet sans chefs d’État et

centré sur le dialogue, cet événement

d’un nouveau genre marquera à n’en

pas douter un nouveau chapitre dans

l’histoire des relations franco-africaines.

Des mois d’échanges et de dialogues

entre les jeunesses d’Afrique et de

France ont nourri un travail précieux pour

enrichir la série d’engagements prise par

le président de la République en faveur

d’une nouvelle relation entre le continent

africain et la France.

Entrepreneuriat, recherche, éducation,

culture, sport... les enjeux auxquels la

jeunesse nous enjoint de répondre sont

aussi passionnants que nombreux. Ils

nécessitent de s’inscrire dans une démarche

partenariale qui soit fondée sur

la transparence et la réciprocité.

Le Nouveau Sommet Afrique-France

marquera une étape historique dans ce

processus de réinvention de la relation.

Il constitue à la fois le point d’orgue de

plusieurs années d’échanges et le début

du chemin vers un regard neuf sur

la relation Afrique-France, en plaçant la

jeunesse africaine au cœur des préoccupations

communes. WSA

https://sommetafriquefrance.org

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 9


AFRIQUE DU SUD

Portrait

L’incroyable histoire de

Caster Semenya

Double championne olympique, triple championne du monde,

quintuple championne d’Afrique… Le palmarès de Caster Semenya

est irréprochable. Enfin, à une exception près semble-t-il : Caster

Semenya. Depuis son premier titre mondial en 2009, l’athlète

sud-africaine de 29 ans est constamment discréditée en raison de

son hyperandrogénie, à savoir son taux naturellement élevé de

testostérone. Retour sur le parcours d’une athlète décriée, devenue

une icône. PAR FLORIANE CANTORO

© Pascal Della Zuana / Icon Sport

l’histoire d’une athlète

qui courait trop vite.

Une sportive aux épaules

trop carrées, aux muscles

trop saillants et à C’est

la voix trop grave. Une femme à qui l’on

reproche d’être un peu trop tout, en

somme, mais pas assez féminine. « J’ai

entendu dire qu’à la naissance, vous étiez

un homme ? », ose même lui demander

un journaliste après son premier titre de

championne du monde du 800 m à Berlin,

en 2009.

Dix ans se sont écoulés depuis l’explosion

de Caster Semenya au plus haut niveau

de l’athlétisme international. Une décen-



mais aussi de polémiques. Car l’athlète

sud-africaine est hyperandrogène. Cela


d’hormones sexuelles mâles, les androgènes,

et notamment la testostérone.

Elle en fabrique naturellement plus que


les femmes produisent elles aussi de la

testostérone mais en faible quantité en


corps. Et cette sur-production dérange…

À chacune de ses victoires depuis 2009,

l’étiquette de la sportive « hyperandrogène»

ressort, et les doutes qui vont avec.

Caster Semenya serait-elle avantagée par

la testostérone ?

Hormones à abattre

Pour la Fédération internationale d’ath-


elle, l’hyperandrogénie est à l’origine

d’écarts de performance entre les cou-

« protéger la compétition

libre et équitable », l’instance

décide d’instaurer des taux de testostérone

limites aux athlètes féminines.

Son premier règlement est contesté par

la sprinteuse indienne hyperandrogène

Dutee Chand qui obtient gain de cause

en 2015. Mais la fédération relance la

bataille trois ans plus tard. Elle édite

une nouvelle réglementation qui oblige

les athlètes hyperandrogènes à faire

baisser leur taux de testostérone à un

niveau inférieur ou égal à 5 nmol/L pour

les courses allant du 400 m au mile


du double tour de piste et du 1.500 m,

est clairement visée par ces dispositions.

Elle attaque le règlement de la fédération


« DIEU M’A CRÉÉE COMME JE SUIS,

JE M’ACCEPTE ET JE SUIS FIÈRE. »

et avance l’origine naturelle de cette hyperandrogénie

: « Dieu m’a créée comme

.

Pendant son procès, l’athlète sud-africaine

reçoit de nombreux soutiens. Son

discours est appuyé par des études

-

10 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


© Martin Rickett - PA Images / Icon Sport

té des relations entre hyperandrogénie et

performances sportives. Le docteur Cara

Tannenbaum, professeure de médecine

et de pharmacie à l’Université de Montréal,

estime notamment pour sa part

qu’« exclure Caster Semenya car elle produit

naturellement trop de testostérone


à un basketteur de jouer parce qu’il est

trop grand. […] Pour devenir un bon ath-


Interdite par

les règlements

de concourir

à cause de son

hyperandrogénie,

Caster Semenya a

décidé de se battre.

de testostérone, une grande taille ou

de grands pieds, qui peuvent tous être

considérés comme un avantage génétique

», poursuit la chercheuse.

Certains dénoncent également le sexisme

de ces dispositions qui ne concernent

que les compétitions féminines, pendant

que la domination sans partage d’athlètes

masculins comme Usain Bolt est

saluée, voire encouragée. « Un homme,

© Photoshot / Icon Sport

on ne lui dira jamais qu’il est trop masculin

; mais une femme qui gagne, et

qui démontre une certaine puissance,

c’est tout de suite une « sur-femme » qui

devrait concourir dans une catégorie à

part », s’agaçait l’an dernier, dans nos colonnes,

l’ancienne championne française

de saut en hauteur Maryse Éwanjé-Épée.

D’autres encore s’interrogent sur la crédibilité

de la Fédération internationale qui


de l’athlétisme mondial alors que le dopage

gangrène le milieu depuis des années.

Un « rat de laboratoire »

Cette bataille juridique entre Caster Semenya

et la Fédération internationale

trouve une première réponse le 1 er mai

2019, lorsque le TAS donne raison à

l’IAAF. Aujourd’hui, la championne africaine

ne peut donc plus participer aux

compétitions internationales sur ses distances

de prédilection si elle n’accepte

pas de suivre un traitement hormonal, ce

qu’elle ne semble pas disposée à faire.

« L’IAAF m’a utilisée comme un rat de

laboratoire dans le passé pour expérimenter

la façon dont le traitement qu’ils

voulaient me faire prendre abaisserait

mon niveau de testostérone », déclare

l’athlète sud-africaine qui a fait appel


Je n’autoriserai pas l’IAAF à

m’utiliser moi et mon corps une nouvelle

fois. » Une décision courageuse qui l’a

déjà privée des Mondiaux-2019 en septembre/octobre

derniers.

Mais Caster Semenya a de la ressource

et sa carrière sur les pistes est loin d’être

terminée ! Sur ses réseaux sociaux, la

championne de 29 ans ne cesse de poster

des messages encourageants sur son

avenir. Celle qui s’est également lancée

dans le football à Johannesbourg continue

de légender ses photos de l’emoji

cobra, le serpent qui la symbolise et

qu’elle mime avec ses mains à chacune

de ses victoires. En février 2021, Caster

Semenya a saisi la Cour européenne des

droits de l'Homme dans le bras de fer qui

l'oppose à la Fédération internationale

d'athlétisme. Entravée dans ses performances

sportives, l'athlète a décidé de

mener jusqu'au bout le combat devant

les tribunaux. Caster Semenya n’a pas

WSA

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ALGÉRIE

PORTRAIT

Le fabuleux destin de

SALIMA SOUAKRI

Légende du judo algérien, Salima Souakri fut la première femme à défendre les couleurs de

son pays dans son sport aux Jeux Olympiques en 1992. Elle fut aussi, à ce titre, une cible

pour les intégristes, qui ont assassiné son frère. Salima Souakri a multiplié les combats, pour

la reconnaissance du sport au féminin, pour l’égalité entre les femmes et les hommes au sein

de sa discipline, pour l’émancipation des jeunes filles par le sport, partout en Algérie. Autant

de combats qui lui ont valu le Trophée «Femme et Sport» pour le continent africain, décerné

en 2020 par le CIO. Aujourd’hui en charge du développement du sport d’élite en Algérie,

Salima Souakri a accepté de nous raconter son histoire. PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID TOMASZEK

WOMEN SPORTS AFRICA :

VOUS AVEZ ÉTÉ UNE IMMENSE

CHAMPIONNE DE JUDO. COMMENT

AVEZ-VOUS DÉCOUVERT CETTE

DISCIPLINE À UNE ÉPOQUE OÙ

TRÈS PEU DE JEUNES FILLES LA

PRATIQUAIENT EN ALGÉRIE ?

SALIMA SOUAKRI : Je suis née dans

un quartier populaire de la banlieue

d’Alger. Mes parents ont eu cinq garçons

et une fille, moi ! Mon père était

très fier d’avoir des garçons et son

voisin, qui n’avait eu que des filles,

était très jaloux. Nous vivions dans un

environnement très masculin et très

conservateur. Ce n’était pas facile pour

une jeune fille. Mais je refusais cette

situation et très jeune j’ai revendiqué

mon droit à l’égalité avec un acte fort :

j’ai fait le choix du célibat. J’ai marqué

cette conviction en me coupant les cheveux

très courts. J’ai choisi, en quelque

sorte, une « vie de garçon ». Le jour où

mon père a inscrit ses cinq fils à un club

de judo qui se trouvait à 10 km de notre

domicile, je l’ai supplié de m’y inscrire

aussi. J’ai pleuré toute une nuit. Et j’ai

fini par le convaincre. Il s’est dit que, de

toute façon, on allait me prendre pour

un garçon avec mes cheveux courts.

C’est ainsi qu’à l’âge de 10 ans j’ai

découvert les tatamis. J’étais la seule

fille. J'ai commencé les entraînements

dans un climat électrique. Les garçons

ne me faisaient aucun cadeau. J'ai reçu

les raclées de ma vie. Mais je m'entraînais

10 fois plus que les autres. Mes

frères ont fini par abandonner, las des

10 km à parcourir à pied pour rentrer de

l’entraînement. Moi, j’ai continué. Petit

à petit, j’ai commencé à battre des garçons.

Et petit à petit, d’autres parents

ont osé inscrire leurs filles.

QUELS ONT ÉTÉ LES MOMENTS LES

PLUS FORTS DE VOTRE CARRIÈRE

SPORTIVE ?

Lorsque j’ai commencé la compétition,

j’ai pu découvrir le monde. Je n’étais

jamais sortie de mon quartier. D’ailleurs,

mes copines me demandaient de

leur raconter tous les détails de mes

voyages. Elles vivaient ma passion par

procuration. Je leur offrais mes médailles.

En 1990, j’ai été sélectionnée

en équipe nationale à l’âge de 15 ans.

En 1992, j’ai été la première Algérienne

qualifiée pour les Jeux Olympiques, à

Barcelone. J'avais 17 ans, j’étais encore

junior, et j'ai décroché une belle

5e place ! L'année suivante, j'ai été

troisième aux championnats du monde

juniors à Buenos Aires, en Argentine.

J’ai ensuite été douze fois championne

d'Afrique, championne des Jeux méditerranéens.

J’ai aussi été la première

Africaine à remporter le Grand Chelem

de Paris Bercy en 2002. Toutes ces

D.R.

12 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


« Je voulais

briser les tabous

d'une société

patriarcale. Cela

a guidé ma vie. »

Les enfants sont nés pour être heureux.

Les adultes que nous sommes avons la

responsabilité d’être protecteurs et ambassadeurs

des enfants.

RACONTEZ-NOUS UNE AUTRE

FACETTE DE VOTRE VIE. VOUS AVEZ

ÉTÉ ANIMATRICE TV !

« TRÈS JEUNE J’AI REVENDIQUÉ MON

DROIT À L’ÉGALITÉ AVEC UN ACTE FORT :

J’AI FAIT LE CHOIX DU CÉLIBAT. »

compétitions m’ont procuré beaucoup

d’émotions. J’ai prolongé ma carrière

sportive en devenant entraîneure de

l’équipe nationale féminine de judo, en

2009.

EN TANT QUE FEMME SPORTIVE ET

ENGAGÉE, VOUS ÉTIEZ ÉGALEMENT

LA CIBLE DES INTÉGRISTES QUI ONT

TENTÉ D’ATTENTER À VOTRE VIE ET

ONT ASSASSINÉ L’UN DE VOS FRÈRES.

C’était la décennie noire. Les sections

féminines des clubs sportifs ont été supprimées.

La résistance à l’obscurantisme

était pour moi un nouveau combat. Lors

d’une nuit maudite de décembre 1993, un

groupe armé s’est présenté au domicile

familial. J’étais absente. Ils ont tué mon

frère Samir, âgé de 22 ans. Cela a pris

du temps, mais j’ai séché mes larmes et

refusé de baisser les bras. Ma vie était

menacée. Je ne pouvais plus rentrer chez

moi. Je devais changer régulièrement de

lieu pour dormir. Mais j’ai continué. Je

me sentais investie d’une responsabilité.

Mes exploits sportifs donnaient de l'espoir

à toute une population, en particulier

aux femmes. Cette douleur n'a fait que

renforcer ma détermination et mon espoir.

Je voulais briser les tabous d'une société

patriarcale. Cela a guidé ma vie. Et les

combats sont loin d’être terminés.

PARMI LES COMBATS QUE VOUS

ÉVOQUEZ, VOUS ÊTES ÉGALEMENT

AMBASSADRICE DE BONNE

VOLONTÉ DE L'UNICEF DEPUIS 2011.

QUELS MESSAGES VOUS ATTACHEZ-

VOUS À DÉFENDRE DANS LE CADRE

DE CETTE MISSION ?

Nous vivons malheureusement dans un

monde qui continue à faire souffrir ses

enfants, par le manque d'accès au soin

et à l'éducation et les guerres civiles.

D.R.

À la fin de ma carrière sportive, en

2008, j’ai été approchée par la chaîne

BeIn Sports pour être consultante lors

des Jeux Olympiques de Pékin. J’ai travaillé

depuis les studios situés au Qatar.

J'ai beaucoup aimé l'expérience et

reçu des propositions pour rester dans

cette chaîne. Mais je veux vivre en Algérie.

J’ai donc suivi une formation en audiovisuel,

puis j’ai fait mes premiers pas

sur des médias dans mon pays, d’abord

à la radio, ensuite à la télévision, où

j’ai glissé vers l’animation d’émissions

destinées au grand public. Je voulais envoyer

des messages de sensibilisation.

La télévision est un formidable outil

pour atteindre plus de monde que l'action

sur le terrain, qu’il s’agisse d’action

humanitaire ou civile. Je souhaite partager

avec le monde entier le message

que tout est possible dans la vie, qu’il

faut croire en ses rêves.

EN 2018, VOUS AVEZ ÉTÉ NOMMÉE

CONSEILLÈRE AUPRÈS DU MINISTRE

DE LA JEUNESSE ET DES SPORTS

ALGÉRIEN, PUIS DEPUIS JUIN 2019

VOUS ÊTES MINISTRE DÉLÉGUÉE

CHARGÉE DU SPORT D’ÉLITE.

QUELLES SONT LES MESURES QUE

VOUS PORTEZ DANS LE CADRE DE

CETTE FONCTION ?

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 13


ALGÉRIE

« Les adultes que

nous sommes avons

la responsabilité

d'être protecteurs

et ambassadeurs

des enfants. »

D.R.

« MES EXPLOITS SPORTIFS DONNAIENT

DE L'ESPOIR À TOUTE UNE POPULATION,

EN PARTICULIER AUX FEMMES. »

En même temps que je menais

cette petite carrière à la télévision, j’ai

poursuivi des études universitaires et,

comme mentionné précédemment, j’ai

été nommée entraîneure nationale en

judo. La suite logique était de m’impliquer

dans le Ministère de la Jeunesse

et des Sports, d’abord en tant

que conseillère, puis depuis peu en

charge du sport d’élite. C’est une instance

toute nouvelle créée en Algérie

sous l’impulsion du président. J’ai en

charge de superviser le suivi des athlètes

d’élite qui préparent les prochains

Jeux Olympiques et Jeux méditerranéens,

mais aussi de travailler sur les

infrastructures, la révision du statut des

athlètes ou encore l’identification des

jeunes talents que nous allons préparer

pour les Jeux Olympiques de Paris

en 2024. Le tout dans un contexte très

compliqué, puisque les athlètes ont été

privés d’entraînement pendant 9 mois

à cause du confinement. Le développement

du sport féminin va bien sûr de

pair avec l’ensemble des mes attributions.

VOUS ÊTES LA LAURÉATE POUR

L'AFRIQUE DU TROPHÉE CIO «FEMME

ET SPORT» POUR L'ANNÉE 2020,

QUI PRIME LES PERSONNALITÉS

QUI ONT CONTRIBUÉ DE FAÇON

REMARQUABLE À DÉVELOPPER,

ENCOURAGER ET RENFORCER

LA PARTICIPATION DES FEMMES

ET DES JEUNES FILLES DANS LE

SPORT. UNE DISTINCTION QUI VOUS

ENCOURAGE À POURSUIVRE VOS

COMBATS ?

Je suis très honorée d'être lauréate pour

le continent africain. C’est une belle reconnaissance

après un long itinéraire

de 36 ans dans le sport, qui continue.

L’émancipation de la femme par le sport

est un combat sur lequel il nous faut accentuer

nos efforts. Le CIO offre la possibilité

aux lauréates de demander un

financement pour un projet à hauteur de

30.000 dollars. J’ai décidé de porter un

projet pour la promotion du sport pour les

14 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


« JE N'AI PAS

GAGNÉ TOUS MES

COMBATS. »

D.R.

commission sur l’égalité des sexes.

Notre sport doit devenir un modèle. Depuis

les Jeux Olympiques de Tokyo, il y a

une parité totale dans la participation :

50 % de femmes et 50 % d’hommes.

Y compris dans les épreuves mixtes

avec des équipes composées de trois

hommes et trois femmes. Les instances

du judo sont également très concernées

par la prévention du harcèlement, des

violences sexuelles qui ont malheureusement

fait l’actualité en France ces

derniers temps, et de toutes formes de

discrimination.

femmes dans le sud de l’Algérie, dans la

région de Tamanrasset. C’est une zone

située à 2000 km de la capitale dans laquelle

on ne dénombre que 234 femmes

licenciées pour 250.000 habitants. Il y a

un manque de moyen et un faible taux

d'accès des femmes aux formations et

métiers du sport. Avec cette bourse du

CIO nous allons former 50 anciennes athlètes

femmes habitant dans ces régions

enclavées pour devenir dirigeantes techniques

et administratrices. Les parents

refusent parfois un encadrement masculin

pour leurs filles. Donc on crée des encadrantes

féminines et un environnement

propice à l’accueil des jeunes filles dans

les structures sportives. L’objectif est de

faire tâche d’huile et de répéter ce type

de dispositifs partout dans le pays.

VOUS ÊTES PAR AILLEURS MEMBRE

DE LA COMMISSION D’ÉQUITÉ

ENTRE LES SEXES AU SEIN DE LA

FÉDÉRATION INTERNATIONALE DE

JUDO DEPUIS 2019. QUELLE EST LA

POLITIQUE DE VOTRE DISCIPLINE

EN MATIÈRE D'ÉGALITÉ FEMMES/

HOMMES ET DE MIXITÉ ?

Le judo féminin n’a fait son apparition

aux Jeux Olympiques qu’en 1992 à Barcelone…

soit 28 ans après le judo masculin

! Depuis lors, la Fédération internationale

a pris de nombreuses mesures

conformément aux recommandations

du CIO, notamment la création d’une

EN 2018, VOUS AVEZ RACONTÉ

VOTRE HISTOIRE DANS UNE

AUTOBIOGRAPHIE INTITULÉE

«CEINTURE NOIRE, CŒUR BLANC».

VOUS AVEZ NOTAMMENT ÉCRIT :

« LE JUDO EST PLUS QU'UN

SPORT POUR MOI, C'EST AUSSI

LE CRI D'UNE JEUNE FILLE, D'UNE

FEMME QUI A TOUJOURS LUTTÉ

POUR UNE VIE MEILLEURE. » LA

VIE D'UNE JEUNE FILLE ET D'UNE

FEMME ALGÉRIENNE EST DONC UN

COMBAT ?

Je voulais raconter mon histoire pour

donner de l'espoir à toutes les jeunes

filles qui vivent des difficultés ou qui

ont des obstacles dans notre société.

Je voulais aussi adresser un message

à tous les parents : donnez les mêmes

chances de réussite aux filles qu'au

garçons ! J'ai souffert de cette discrimination

et su lutter contre. Ma vie n’a

pas été facile. Je n'ai pas gagné tous

mes combats… et finalement encore

plus appris de ceux que j’ai perdus ! Le

sport a été pour moi une chance et une

formidable école de la vie. Le sport est

un moyen très important d'intégration.

Grâce au sport j'ai pu réaliser tous mes

rêves. Maintenant que j'ai pu réussir

à travers le sport, je suis un exemple

concret qu’il ne faut jamais baisser les

bras. Il faut se battre, croire en ses

rêves ! Je veux maintenant donner de

l’espoir et de l’impulsion. WSA

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 15


BÉNIN

ISABELLE

YACOUBOU :

« Faire de l’humanitaire avec le

sport, je trouve ça magnifique et je

veux me consacrer à ça »

DU PARQUET AUX DÉFIS SOCIÉTAUX, IL N’Y A QU’UN REBOND...

La Franco-Béninoise

Isabelle Yacoubou a

soufflé ses 35 bougies il y a

seulement quelques semaines.

L’occasion de revenir sur

son immense carrière de

basketteuse professionnelle,

mais aussi et surtout sur

les nombreux engagements

pour lesquels elle se dévoue

désormais. Championne de

France, d’Italie et d’Espagne,

Championne d’Europe et

vice-championne olympique,

la Lionne de Bourges est aussi

« Championne de la Paix »

avec l’organisation Peace

and Sport et « Sport Impact

Leader » pour la plateforme

« Sport en commun »

de l’Agence Française de

Développement (AFD).

PROPOS RECUEILLIS PAR RAPHAËL MARCANT

WOMEN SPORTS AFRICA : TU ES

DEVENUE, EN 2017, CHAMPIONNE DE

LA PAIX POUR PEACE AND SPORT.

DEPUIS PEU TU ES AUSSI SPORT

IMPACT LEADER POUR SPORT EN

COMMUN. QU’EST-CE QUE CELA

SIGNIFIE ?

ISABELLE YACOUBOU : C’est tout simplement

être ambassadeur d’une vision, véhiculer

des valeurs et des messages forts et

promouvoir la paix à travers le sport. C’est

aussi mettre en place des projets pour

développer par le sport un lieu ou un domaine

bien spécifique. Je suis sensible à

ces sujets et en parler autour de moi est

naturel. C’est vraiment cette question de

rassembler et de transmettre un message

de paix et de bonheur. C’est aussi inspirer

les jeunes par notre « statut ».

COMMENT EST-ON AMENÉ À

REJOINDRE DES ORGANISATIONS

INTERNATIONALES TELLES QUE PEACE

AND SPORT ET L’AFD ?

J’ai rejoint Peace and Sport sur recommandation

de mon agent. Je cherchais à m’ouvrir

à ce type d’actions et d’horizons. Cela

s’est fait très vite. Pour mon rôle de Sport

Impact Leader, ça a été une évidence. Jean-

Marc Adjovi-Boco, l’un des fondateurs, est

d’origine béninoise, comme moi. Il m’a présenté

ce projet, a sollicité ma participation

D.R.

et j’ai tout de suite accepté. Je n’ai pas

hésité une seule seconde. Défendre ces

causes et participer à de tels projets, ça

me motive au quotidien.

POUR REBONDIR SUR TES ORIGINES,

EST-CE QUE TU SENS QUE TA

CARRIÈRE A INSPIRÉ DES JEUNES AU

BÉNIN ?

16 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


©Icon Sport

MINI

BIOGRAPHIE

D'ISABELLE

YACOUBOU

© Nolwenn Le G / Icon Sport

Prénom : Isabelle

Nom complet : Odjola Cafouni

Auxencia Yacoubou

Surnom : Baby Shaq, Shaqoubou

Née le : 21 avril 1986 à Godomey

au Bénin

Àge : 35 ans

Nationalité : Franco-Béninoise

Famille : 2 enfants, un garçon et une

fille

Profession : Joueuse de basket-ball

Débute le basket à 11 ans

Poste : Pivot

Taille : 1,90 m

Club actuel : Bourges

Carrière professionnelle : Tarbes

(05-06/09-10), Famila Schio (10-11),

Ros Casares Valence (11-12), Spartak

Moscou (12-13), Fenerbahçe Istanbul

(13-14), Heilongjiang Chenneng (14-15),

Famila Schio (14-15/17-18), Bourges

Équipe nationale : 147 sélections

(2007-2016)

«NOUS, ON CHANGE DE CHAUSSURES 4-5-

6 FOIS PAR AN (...). EUX JOUENT PENDANT

PLUSIEURS ANNÉES AVEC LA MÊME PAIRE

AU POINT DE FINIR PAR JOUER PIEDS NUS ! »

J’espère bien, au moins une personne

(rires). Non plus sérieusement je pense

oui, je reçois beaucoup de messages de

jeunes pour de l’aide ou des conseils et

je suis toujours très heureuse de pouvoir

leur apporter mon soutien. C’est

aussi pour ça que j’ai rejoint « Sport

en Commun ». Pour réaliser des projets

de développement du sport en Afrique,

pour l’Afrique. Ça me touche forcément

plus. Ils n’ont pas beaucoup de moyens.

C’est bien d’aider la France, mais là-bas

il n’y a rien. J’en ai d’ailleurs récemment

parlé avec des joueuses. Nous on

change de chaussures 4-5-6 fois par an

pour pratiquer. Eux, ils jouent pendant

plusieurs années avec la même paire

au point de finir par jouer pieds nus,

parfois !

Et leurs terrains sont souvent en ciment

et non en beau parquet. En France, on a

cette chance d’avoir des infrastructures

de qualité. En Afrique, il y a beaucoup à

faire ! Donc si je peux aller aider là-bas,

j’irai.

TRÈS TÔT, TU T’ES IMPLIQUÉE

DANS L’HUMANITAIRE. TU AS

NOTAMMENT ORGANISÉ DES

ÉVÉNEMENTS TELS QUE LES

MATCHS D’EXHIBITION ENTRE

COTONOU ET PORTO NOVO LORS

DU « BASKETBALL WEEKEND

D’ISABELLE YACOUBOU »

QUE RETIENS-TU DE CETTE

EXPÉRIENCE ?

C’était super. Mais faire des camps pour

une semaine par an, ce n’est pas assez

impactant. Aujourd’hui, on réfléchit à

une manière de pérenniser ces aides et

ces actions. Je suis en relation avec Patrick

Talon, président du Bénin, qui souhaite

restructurer le sport pour en faire

une place forte dans le pays.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 17


BÉNIN

Quand le moment sera venu, j’y

retournerai pour développer des projets

plus viables et plus durables.

L’IDÉE EST DONC DE PARTIR SUR

DES PROJETS À LONG TERME ?

J’AI ENTENDU DIRE QUE TU AURAIS

L’ENVIE DE CRÉER UNE ACADÉMIE,

NOTAMMENT.

« J’aimerais

créer une

académie au

Bénin. »

Oui, c’est même un rêve depuis toujours.

J’aimerais créer une académie

au Bénin pour permettre aux jeunes

de s’exprimer, d’apprendre à jouer au

basket mais pas seulement : il y a aussi

les cours, l’éducation ! Le sport est

une belle manière d’apprendre. C’est

un peu une école de la vie et ses valeurs

peuvent apporter beaucoup. J’aimerais

créer des vocations. Cette académie,

c’est mon petit rêve à moi mais

je n’ose pas en parler trop souvent. Ça

porte malheur (rires).

CETTE VISION DES CHOSES, CE

RÊVE, C’EST UNE ENVIE DEPUIS

TOUTE JEUNE OU C’EST UN

ÉLÉMENT QUI A ÉTÉ MÛREMENT

RÉFLÉCHI AU FIL DES ANNÉES ?

D.R.

Je pense que ça fait partie de mon

éducation. Ma mère ne gagnait pas

beaucoup, mais elle accueillait toujours

plein de monde à la maison, de

la famille comme des inconnus. Mes

parents ont toujours souhaité aider les

autres avant de penser à eux-mêmes.

C'est inscrit dans mon histoire familiale

et forcément, j’ai envie de faire la

même chose. Je pense que c’est aussi

ce qui m’a poussée à vouloir adopter

(ndlr : Isabelle a adopté un petit garçon

© Baptiste Fernandez/Icon Sport

« JE SUIS LA PREMIÈRE BASKETTEUSE

FRANÇAISE À QUI ON A AUTORISÉ

D’EMMENER SA FAMILLE AUX JEUX

OLYMPIQUES »

D.R.

béninois en 2015 puis a donné naissance

à une petite fille en 2018, elle

est aujourd’hui l’heureuse maman de

deux enfants qui se prénomment Espoir

et Lisa !).

ÊTRE UNE MAMAN ATHLÈTE, QU’EST-

CE QUE CELA SIGNIFIE ?

Ici en France c’est très compliqué. La

mentalité n’est pas très évoluée. En

Italie c’est totalement différent. Ici, le

boulot c’est le boulot et la famille n’en

fait pas partie. Je pense qu’il faudrait

du changement. Par exemple, je suis

la première basketteuse à qui on a autorisé

d’emmener sa famille aux Jeux

18 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


petite interview pour montrer ce que

je savais faire et qui j’étais. C’était ma

dernière chance. Des mots n’auraient

pas suffi, il fallait plus que ça, quelque

chose qui marque les esprits. […]

J’avais une chance sur un million que

ça fonctionne, mais c’est arrivé !

Olympiques lorsque j’étais en équipe

de France. J’ai l’impression que c’est

un sujet tabou en France comparé à

d’autres pays.

C’EST LE MOMENT DE REPARTIR DE 0

ET DE REVENIR SUR TON PARCOURS.

UN PARCOURS EXCEPTIONNEL QUI

A COMMENCÉ PAR L’ENVOI D’UNE

VIDÉO, UNE SORTE DE LETTRE DE

MOTIVATION INTERACTIVE, AU

CLUB DE TARBES ! RACONTE-NOUS

CETTE ANECDOTE ÉTONNANTE.

Quand tu es du Bénin, c’est très compliqué

de se faire remarquer et de se

vendre. Alors à l’époque, j’ai fait une

vidéo avec une démonstration et une

DURANT TA CARRIÈRE, TU AS

TOUT CONNU, DES SUCCÈS ET

DES MOMENTS PLUS DIFFICILES,

EN CLUB COMME EN ÉQUIPE DE

FRANCE, AVEC PAS MOINS DE 147

SÉLECTIONS. QUE RETIENS-TU DE

CETTE BELLE AVENTURE ?

Ce n’est pas les chiffres ou les succès

que je retiens mais surtout les

amitiés et les rencontres. J’ai côtoyé

des joueuses incroyables. On a partagé

plus que du sport, des véritables

moments de vie. Les Bleues, c’est

une vraie famille, aujourd’hui encore.

Je suis quelqu’un qui ne me pose pas

de questions. J’ai connu des hauts et

des bas depuis le début de ma carrière

sportive. J’ai pris quelques « claques ».

Forcément, ça m’a fait mal parce que

je suis une personne franche et ouverte

qui ne se met pas beaucoup de

barrières. J’en ai pris quelques-uns en

pleine face. On fait des choix, des fois

ça ne se passe pas très bien mais il

faut faire avec. C’est dur mais ça nous

aide à apprendre et à grandir !

TON CÔTÉ FONCEUSE T’A-T-IL

PARFOIS JOUÉ DES TOURS ?

Oui c’est certain, mais je préfère être

détestée pour ce que je suis plutôt que

d’être aimée pour ce que je ne suis

pas. Je reste toujours droite avec moimême

et avec mes valeurs. Je suis une

Lionne, si vos valeurs ne rentrent pas

en concordance avec les miennes je

préfère rester seule et me mettre en

mode sauvage.

REVENONS À CES PROJETS

SOCIÉTAUX QUE TU MÈNES

AUJOURD’HUI EN PARALLÈLE DE

TA CARRIÈRE SPORTIVE. SONT-ILS

FINALEMENT UNE MANIÈRE DE

RENDRE CETTE CHANCE QUE TU

DÉCRIS ?

Bien sûr oui. Si personne ne m’avait tendu

les bras, je serais encore au point de

LE PALMARÈS

D'ISABELLE YACOUBOU

En club :

Coupe de France cadettes : 2004

Championne de France : 2010

Coupe d’Italie : 2011, 2015, 2016,

2018

Championne d’Italie : 2011, 2015,

2016, 2018

Euroligue : 2012

En sélection :

Championne d’Europe : 2009

Médaille de bronze championnat

d’Europe : 2011

Médaille d’argent au championnat

d’Europe : 2013, 2015

Médaille d’argent aux Jeux

Olympiques de Londres : 2012

Récompenses individuelles :

Meilleure joueuse du championnat

d’Europe des 20 ans et moins : 2006

Meilleure joueuse française du

championnat de France : 2009, 2010

MVP du championnat et de la Coupe

d’Italie : 2018

Cinq de l’Euro : 2013

Chevalier de l’ordre national du

mérite : 2013

départ aujourd’hui. Donc oui, pouvoir aider

et amener la paix par le sport et utiliser

mon image pour améliorer des conditions

de vie, ce sont des choses que

j’ai envie de faire. Faire de l’humanitaire

avec le sport, je trouve ça magnifique

et je veux me consacrer à ça.

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 19


BÉNIN

Nous, les sportifs, on ne se

rend pas forcément compte qu’on peut

avoir un rôle plus important que seulement

celui d’être sur le terrain. On ne

se rend pas compte du poids que l’on a

hors terrain et de tout ce que l’on peut

faire. On a ce pouvoir de faire bouger

les choses alors faisons-le. Je pense

même que ce que l’on fait après notre

carrière de sportif a plus d’impact que

juste marquer des paniers ou remporter

des trophées.

Y-A-T-IL UNE EXPÉRIENCE

PARTICULIÈRE QUI T’A MARQUÉE ET

T’A CONVAINCUE DANS CE CHOIX

FUTUR ?

« J’AI UN PROFIL ATYPIQUE, MA

CARRURE, MES TATOUAGES...

FORCÉMENT ÇA INTERPELLE LES

ENFANTS ! »

Mon voyage au Burundi avec Peace

and Sport m’a véritablement marquée,

il restera gravé en moi à jamais. Nous

sommes allés à la rencontre de jeunes

enfants (9-10 ans) qui étaient confrontés

à la guerre… et qui se faisaient la

guerre. Mon but était d’apaiser les tensions.

J’ai un profil atypique, ma carrure,

mes tatouages... forcément ça interpelle

les enfants ! La curiosité leur a permis

de s’ouvrir un peu et au fil des questions

ça nous a rapprochés. Tellement

qu’à la fin ils ne voulaient plus que je

parte ! Et les voir jouer ensemble lors

des Jeux de l’Amitié (2018) alors qu’au

départ il semblait impossible de les faire

cohabiter, c’était magnifique. A la fin, ils

s’appréciaient, ils étaient un groupe. Je

trouve que ce genre de choses montre

la force du sport. Une force qui permet

de rassembler. Le sport casse des barrières

immenses et ouvre des portes

encore plus grandes. Ça m’a marquée,

vraiment.

QUELS MESSAGES SOUHAITES-TU

FAIRE PASSER À CES JEUNES FILLES

ET JEUNES GARÇONS QUI RÊVENT

DE MARCHER SUR TES TRACES ?

D.R.

Je leur dirais de se dépasser, de toujours

croire en leurs rêves et de se

battre. Les rêves sans effort sont inutiles.

Ça fait mal, on tombe, mais il faut

avoir la force de se relever et de se

battre. Comme disait Michael Jordan,

« on peut tomber dix fois si on se relève

onze fois ». Il faut toujours se battre pour

accéder à ses rêves. Résilience, courage

et espoir sont les maîtres mots. WSA

Questions bonus

TON SURNOM FAVORI : Yacoubou ça me va très bien

TON MEILLEUR SOUVENIR EN EDF : Les Jeux Olympiques

évidemment avec la médaille d’argent au bout.

TA SÉRIE PRÉFÉRÉE : -



remédie à ça.

TON PÊCHÉ MIGNON : Je suis une très, très grande gourmande

alors la nourriture en général.

TON CHOIX DE RÉINCARNATION : Une hippie pour être

plus connectée avec la nature, je regrette toutes les choses que

l’on fait endurer à notre planète.

MAMAN POULE OU MAMAN STRICTE ? Je suis une maman

très stricte tout en étant la plus cool des mamans.

LA PLUS GROSSE BÊTISE FAITE PAR TES ENFANTS : Ils

jours

en train de courir partout et à Noël, on lui a offert une paire

de chaussures qu’il voulait par-dessus tout. En à peine quelques

jours, il les avait déjà cassées. La semelle était totalement décol-


en fait beaucoup mais à chaque fois elle s’en rend compte et


20 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Sport en Commun

en bref

Plateforme panafricaine pilotée de Dakar, Sport en Commun

a pour objectif de favoriser l’accompagnement et le financement

de projets liés au développement par le sport en Afrique.

En s’appuyant sur l’offre de solutions existantes complétées par

une offre de services sur-mesure, la plateforme Sport en Commun

se positionne en guichet unique à travers quatre principales missions

:

- Favoriser et accélérer le financement des projets de toute taille

(micro, méso et macro)

- Favoriser et accélérer l’accompagnement des projets sur toute

leur durée de vie

- Fluidifier les mises en relation et interactions entre acteurs

- Assurer la promotion de la thématique et favoriser le partage et

retour d’expériences

+

En savoir plus : www.sportencommun.org

Les Sport Impact Leaders dont fait partie

Isabelle Yacoubou

Athlètes de haut niveau, en activité ou reconverti(e)s, sources d'inspiration

pour de nombreux jeunes, ces personnalités du monde du

sport sont toutes engagées aux côtés de Sport en Commun pour un

développement économique et social grâce au pouvoir du sport.

Peace and

Sport

en bref

Créée en 2007 par le médaillé olympique

et champion du monde de pentathlon

moderne Joël Bouzou, Peace and Sport

est une organisation mondiale, neutre, indépendante

et opérationnelle qui utilise le

sport et ses valeurs comme instrument de

paix.

En moins de dix ans, la dynamique sportive

a déjà permis à Peace and Sport de

réinsérer des enfants soldats, de redonner

confiance à des orphelins de guerre, de réintégrer

des réfugiés, de faciliter l’accès à

la scolarité…


« Cest un honneur de recevoir le prix de

« Champion de la Paix de l’année ». Le respect

envers les autres est quelque chose que j’ai

appris lorsque j’étais enfant et que j’essaie

toujours d’appliquer sur le terrain de football.

C’est un plaisir d’être reconnu comme étant

un joueur « fair-play ». Je remercie Peace

and Sport ainsi que S.A.S le Prince Albert II

de Monaco pour ce prix et j’espère continuer

à inspirer et soutenir les personnes issues de

milieux défavorisés. »

© D.R. Icon Sport

L’utilisation du sport comme outil pédagogique

a incité les mouvements sportifs internationaux

à se mobiliser concrètement.

Parallèlement, les réussites sur le terrain

de Peace and Sport ont sensibilisé les décideurs

politiques et les gouvernements à

voir le sport comme un réel vecteur de paix.

Découvrez les champions de la paix Peace

and Sport dont fait partie Isabelle Yacoubou :

+

www.peace-sport.org/fr/

nos-champions-de-la-paix/

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 21


BURKINA FASO

DÉCOUVERTE

Umòja,

la marque de sneakers

par-delà les frontières

© Charlaine Croguennec

Comment est-ce qu’un beau jour, un Guinéen et un Congolais sont parvenus à mettre sur pied

depuis le Burkina Faso jusqu’en Europe une paire de sneakers unisexe entièrement composée

de ce qui peuple la nature ? Une démarche engagée pour la planète et les travailleurs, portée

par Lancine Koulibaly et Dieuveil Ngoubou. Portrait d’une marque de chaussures pas comme

les autres. PAR LÉA BORIE

L’HISTOIRE D’UNE

FABRICATION À TRAVERS

LES SAVOIR-FAIRE

Le point de départ de la fabrication de la

paire de « Mmea » commence en Afrique

de l’Ouest, et traverse ensuite l’Europe.

« C’est l’histoire d’une connexion entre

les savoir-faire textiles d’Afrique subsaharienne

et l’innovation européenne, et

ainsi de créer des passerelles entre les

techniques de plusieurs pays », entame

Dieuveil Ngoubou, co-fondateur de la

marque Umòja.

Affiner les savoir-faire : le choix du

Burkina Faso

Si la marque tablait au départ sur cinq

tion,

c’est sur le Burkina Faso que ses


concentrer, et nous expliquent leur choix.

« Nous avions en ligne de mire le Burkina

Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, l’Ouganda

et le Sénégal, explique le co-fondateur

Lancine Koulibaly, avec une idée en tête :

valoriser l’artisanat textile ouest africain

dans le respect de son environnement. »

C’est alors qu’en creusant leurs recherches,

les associés réalisent que le

savoir-faire burkinabais en particulier

cocherait toutes les cases pour lancer

leur projet. « Ce pays nous a semblé le

mieux organisé pour développer un marché

d’échelle, et c’est là qu’on a trouvé le

plus grand savoir-faire textile, développe

Dieuveil Ngoubou. De plus, dans d’autres


Alors qu’ici, la production de coton est

maîtrisée, ce qui rend l’organisation de la

production plus simple. »

© Kerrafr

Une production tripartite : à chaque

pays sa spécificité

Ce projet relie le continent africain et le

continent européen, avec plus précisément,

un fonctionnement tripartite entre

la France, le Portugal et le Burkina Faso.

Le Burkina Faso, pour son savoir-faire

tissulaire et de peinture naturelle, et sa

production de coton. La France pour sa

production et son savoir-faire de tissage

autour du lin pour les lacets - travaillés à

Chollet - et du chanvre. Et le Portugal pour

sa maîtrise de la technique d’assemblage

de la chaussure. Car là aussi, le travail

se corse ! « La plupart des matériaux


utilisés dans l’industrie de la chaussure

sous cette forme, précise Dieuveil Ngoubou.

Les machines ne sont pas toujours

adaptées. Il nous a fallu convaincre nos

© Kerrafr

22 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Récit de la

fabrication

végétale d’une

chaussure par une

entreprise engagée

à tous points de

vue.

© Charlaine Croguennec

© Kerrafr

© Kerrafr

© Charlaine Croguennec

partenaires. L’atelier portugais est le seul

qu’on ait trouvé capable de travailler avec

nos matériaux alternatifs de la sorte. Ce

serait plus simple avec un t-shirt ou un

pantalon, mais avec la chaussure, il a fallu

sortir de notre zone de confort et montrer

qu’on pouvait faire différemment ».

Ajouté à cela le lait d’hevea venu d’Asie

et transformé en France, en résulte une

paire de chaussures riche en histoires et

en expertise. Et c’est sa force, d’avoir allié

tous ces atouts. WSA

D.R.

Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 23


CAMEROUN

LES 5 PERLES

DU FOOTBALL CAMEROUNAIS

Le Cameroun est une véritable terre de championnes. Plusieurs grandes footballeuses

y sont en effet nées. Parmi elles, Gabrielle Onguéné, ou encore Gaëlle Deborah

Enganamouit. Croyez-nous, vous n’avez pas fini d’en entendre parler ! PAR IANYA MATHLI

GABRIELLE

ONGUÉNÉ, 32 ANS

Actuelle joueuse du

CSKA Moscou en

Russie, Gabrielle

Onguéné a marqué

l’histoire de son

pays en devenant

la première et

unique buteuse

camerounaise d’un

tournoi olympique

en inscrivant un but

contre la Nouvelle-

Zélande aux JO de

Londres (31 juillet

2012). En 2016,

Gabrielle Onguéné

a aussi était élue

meilleure joueuse de

la CAN féminine.

© Alexpress/Icon Sport

AJARA NCHOUT,

28 ANS

Joueuse du Valerenga

Fotball, Ajara Nchout

a été désignée femme

du match de la demifinale

perdue face au

Nigéria lors de la CAN

Féminine 2018 au

Ghana. Elle a jusqu’à

présent participé à de

nombreuses grandes

compétitions, dont

le championnat

d’Afrique en 2014 ou

encore la CAN 2016.

24 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


© Orange Creek / Icon Sport

RAÏSSA FEUDJIO,

25 ANS

Quel parcours. À

seulement 25 ans,

Raïssa Feudjio, joueuse

du UDG Tenerife,

a déjà été finaliste

du championnat

d’Afrique 2014,

finaliste de la Coupe

d’Afrique des nations

2016, Troisième du

championnat d’Afrique

2012 et Troisième de

la Coupe d’Afrique

des nations 2018 avec

l’équipe nationale du

Cameroun.

© Alexpress/Icon Sport

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 25


CAMEROUN

© Alexpress/Icon Sport

ESTELLE JOHNSON, 33 ANS

Joueuse au Sky Blue FC en NWSL

(Ligue nationale de football féminin

aux États-Unis), Estelle Johnson a

joué sous les couleurs nationales du

Cameroun en 2019 et a notamment

participé à la Coupe du monde

féminine, la même année. L’occasion

pour elle de se faire connaître et

surtout adopter par les Camerounais.

© Alexpress/Icon Sport

GAËLLE DEBORAH ENGANAMOUIT, 28 ANS

Vainqueure des Jeux africains de 2011, finaliste du Championnat d’Afrique 2014, Finaliste de la Coupe d’Afrique des

nations 2016, meilleure joueuse camerounaise de la saison 2010-2011, meilleure buteuse du championnat de Suède

2015, meilleure joueuse africaine 2018… On ne compte plus ses belles performances et ses titres personnels !

Gaëlle Deborah Enganamouit est sans conteste la plus grande joueuse camerounaise, voire africaine. Un statut

qu’elle a mis à profit puisqu’en 2019, elle a inauguré la première école de football féminin du Cameroun, à laquelle

elle se consacre pleinement depuis l’annonce de sa retraite le 9 juin 2020 (jour de ses 28 ans).

26 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


le premier média

100 % femmes et sport !

france et Afrique

20 MILLIONS

DE LECTRICES

grâce à des partenariats

de diffusion avec

20 fédérations françaises

et 30 institutions

internationales !

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CAP-VERT - EGYPTE - ZAMBIE...

© GaudiLab / Shutterstock

28 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


LE CAP-VERT

Trekking ou randonnée

Spot : l’île de Santo Antão au nord de l’archipel pour découvrir le

plateau de Norte, la vallée de Paul (la plus luxuriante du pays !) ou

encore le petit village de Caibros et ses terrasses perchées sur le

flanc de la montagne.

© Kasia_Przygodzka / Shutterstock

© Daboost / Shutterstock

LE MAROC

Kitesurf (ou windsurf)

Spot : la presqu’île de Dakhla sur la côte ouest du Sahara Occidental.

© Cesare Palma / Shutterstock

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 29


CAP-VERT - EGYPTE - ZAMBIE...

© michaeljung / Shutterstock

L’AFRIQUE DU SUD

Escalade

Spots : la fameuse Table Mountain qui

surplombe Cape Town, les blocs de

Rocklands dans la réserve naturelle du

Cederberg (à 200 km au nord du Cap) ou

encore les falaises de Waterval Boven au

nord-est de Johannesbourg.

© chriswalley07 / Shutterstock

© Miguel M.P / Shutterstock

30 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


© JackDiver / Shutterstock

L’EGYPTE

Plongée sous-marine (ou snorkelling)

Spot : le parc national de Ras Mohammed dans la mer Rouge (à la pointe sud du désert du Sinaï) et son impressionnante épave du SS Thistlegorm, un

bateau militaire dans lequel on peut encore apercevoir de nombreux véhicules.

© Sergiy Zavgorodny / Shutterstock

LA ZAMBIE

Rafting

Spot : le Zambèze pour admirer les sublimes chutes de Victoria.

© Cordelia Bua / Shutterstock

© Torsten Reuter / Shutterstock

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 31


RÉPUBLIQUE DU CONGO

Entretien

Antoinette Sassou

Nguesso :

« Nous, Premières Dames, allons

continuer à porter notre voix pour que

les jeunes femmes puissent accéder

à l’autonomie économique. »

Première Dame de la République du Congo et Présidente de l’Organisation des Premières

Dames d’Afrique pour le Développement (OPDAD), Antoinette Sassou Nguesso nous présente

en exclusivité pour Women Sports Africa la stratégie de son organisation, notamment dans le

combat pour l’égalité des sexes et pour que les jeunes femmes « soient reconnues comme actrices

incontournables du développement de notre continent ». PROPOS RECUEILLIS PAR AMINATA MENDY

WOMEN SPORTS AFRICA : VOUS AVEZ

ÉTÉ ÉLUE, L’AN DERNIER, PRÉSIDENTE DE

L’OPDAD. QUELLES SONT LES ORIGINES

DE VOTRE ENGAGEMENT POUR CETTE

CAUSE ? QUE PEUVENT (ET DOIVENT)

FAIRE LES PREMIÈRES DAMES POUR

L’AFRIQUE ?

ANTOINETTE SASSOU NGUESSO :

L’OPDAD est l’aboutissement d’une trajectoire

initiée en 2002 à Genève dans la lutte

contre le VIH/SIDA. En effet, jusqu’en 2018,

notre organisation s’appelait Organisation

des Premières Dames d’Afrique contre le

Sida en sigle OPDAS. Nous pensions, avec

nos partenaires d’ONUSIDA, qu’il fallait une

incarnation sociétale de ce combat et les

Premières Dames dans leurs pays respectifs,

pouvaient symboliser cette incarnation.

lité

et beaucoup de partenaires ont pu mesurer

les effets positifs de notre implication

dans ce combat. De proche en proche, cette

crédibilité a conduit plusieurs personnes à

croire que nous pouvions élargir notre périmètre

d’intervention. Certaines d’entre nous

avaient déjà, dans leurs pays respectifs, des


et en 2018, nous avions donc envisagé de

faire ce saut qualitatif. L’OPDAD, qui a succédé

à l’OPDAS, est donc une réponse aux

attentes plus larges de nos populations et de

nos partenaires, dans des domaines aussi

variés que les maladies non transmissibles,

l’égalité des sexes, l’autonomisation économique

des femmes et j’en passe. C’est donc

ce challenge de l’élargissement que nous devons

relever aujourd’hui.

« CONCERNANT LE SPORT, JE SUIS

CONVAINCUE QUE C’EST UN FACTEUR

D’ÉPANOUISSEMENT DE L’ÊTRE HUMAIN,

DE TOLÉRANCE ET DE PARTAGE. »

32 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


D.R.

Nous sommes, nous Premières Dames, des

caisses de résonance des attentes des populations

et nous essayons autant que faire se

peut, de plaider auprès des autorités et des

partenaires au développement, les problématiques

qui touchent au quotidien de ces

populations et parfois d’accompagner l’action

des gouvernements ou des partenaires,

dans la mobilisation des ressources et dans

la mise en œuvre des solutions adoptées.

LE PLAN STRATÉGIQUE 2019-2023 DE

L’OPDAD INSISTE SUR : LA RÉDUC-

TION DES NOUVELLES INFECTIONS

AU VIH ET DE LA MORTALITÉ DUE AU

SIDA ET AUX MALADIES NON TRANS-

MISSIBLES; L’ÉGALITÉ DES SEXES;

L’AUTONOMISATION DES FEMMES ET

DES JEUNES ; LA SANTÉ REPRODUC-

TIVE, MATERNELLE, NÉONATALE ET

INFANTILE; LA SÉCURITÉ SOCIALE ET

LA PROTECTION SOCIALE. QUELLES

SONT LES ACTIONS DE L’OPDAD ET

COMMENT LES FINANCER ?

Comme vous le soulignez, notre plan stratégique

intègre plusieurs dynamiques et toutes

ces dynamiques sont prioritaires. Vous

devez savoir que notre rôle est un rôle de

Avec l’OPDAD,

Antoinette Sassou

Nguesso travaille

sur l’égalité des

sexes. Le sport

est un outil pour

renforcer la mixité.

plaidoyer. Par nous-mêmes, nous n’aurons

jamais assez de ressources pour répondre

aux attentes des populations. Aussi, l’OPDAS

hier, l’OPDAD aujourd’hui, sont des lieux de


Etats et des partenaires au développement.

Nous veillons à ce que ces problématiques


partenaires. Notre plan stratégique, qui recoupe

les préoccupations des Etats et des

partenaires au développement, se décline

au niveau de chaque Etat, en plan d’action

annuel sur l’une des thématiques ou sur

l’ensemble. Nous venons en complément

des préconisations adoptées au niveau de

l’Union Africaine ou de chaque pays, en essayant

donc de faire avancer les choses par

notre vigilance et nos plaidoyers.

REVENONS PLUS PARTICULIÈREMENT

SUR L’OBJECTIF D’ÉGALITÉ DES SEXES.

QUELLES INITIATIVES L’OPDAD SOUT-

IENT-ELLE SUR CETTE THÉMATIQUE ?

PENSEZ-VOUS NOTAMMENT QUE LE

SPORT PEUT-ÊTRE UN VECTEUR D’ÉGAL-

ITÉ FEMMES-HOMMES ET DE MIXITÉ ?

Notre organisation a pu faire adopter par

l’Union Africaine dans le cadre de l’égalité

des sexes, une résolution portant sur l’interdiction

des mariages forcés des jeunes


cœur de dénoncer les violences basées sur

le genre, parce qu’il n’est pas normal dans

le monde actuel qu’une partie du genre humain

ait droit de vie ou de mort sur l’autre.

Nous allons continuer à porter notre voix

pour que les jeunes femmes puissent accéder

à l’autonomie économique et qu’elles

soient reconnues comme actrices incontournables

du développement de notre

continent. Cela prendra certes du temps

parce que les habitudes ont la vie dure,

mais l’égalité juridique des sexes est un

combat qui vaut la peine d’être mené et

l’OPDAD s’y attelle.

Concernant le sport, je suis convaincue

que c’est un facteur d’épanouissement de

l’être humain, de tolérance et de partage.

L’exemplarité induite par la carrière des

sportifs et des sportives, ne peut de mon

point de vue, que contribuer à renforcer la


égalité formelle des sexes. A ce titre, je voudrais

donc féliciter votre initiative à travers

la création de ce magazine Women Sports

Africa, et je vous souhaite un grand succès.

Je pense que les Premières Dames de l’OP-

DAD, pourront compter dans le futur sur

votre magazine, pour donner une image

dynamique des femmes africaines.

VOUS AVEZ ÉTÉ INSTITUTRICE. DI-

RIEZ-VOUS QUE L’ÉDUCATION EST

LA MEILLEURE DES ARMES POUR LE

DÉVELOPPEMENT ?

C’est une évidence que de se battre pour

une éducation plus large et de qualité pour

nos enfants. Je ne voudrais pas enfoncer

une porte ouverte en disant que le capital

humain est la source de tout développement.

Il y a certes des inégalités aujourd’hui

dans certains de nos pays, dans l’accès à


Mais nous constatons avec plaisir que cet

écart est en train de se combler grâce aux

politiques volontaristes de nos pays en la

matière. Si toute une classe d’âge, tous

sexes confondus, parvenait à obtenir une

éducation de qualité, je suis convaincue


substantiels. L’enseignante que j’ai été a

toujours placé l’accès à l’éducation comme

levier incontournable à l’harmonie d’une

société, à son épanouissement et à son développement.

WSA

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 33


RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Rencontre

Nefertiti Tshibanda :

« Nous souhaitons que l’édition de

Kinshasa batte le record de l’histoire des

Jeux de la Francophonie en termes de

participation, surtout féminine !»

La République Démocratique

du Congo (RDC), le « plus

grand pays francophone

au monde », accueillera la

prochaine édition des Jeux de

la Francophonie. Rencontre

avec Nefertiti Tshibanda, qui

nous explique les enjeux de cet

événement pour son pays et

pour la jeunesse francophone.

PROPOS RECUEILLIS PAR AMINATA MENDY

WOMEN SPORTS AFRICA : NEFERTITI

TSHIBANDA, VOUS AVEZ ÉTÉ NOM-

MÉE EN 2019 DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE

DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE

DU CONGO À L’ORGANISATION IN-

TERNATIONALE À LA FRANCOPHO-

NIE (OIF). EN QUOI CONSISTE CE

POSTE ?

NEFERTITI TSHIBANDA : En effet,

depuis le mois de décembre 2019, j’ai le

privilège et l’honneur d’occuper le poste

de Déléguée Générale à la Francophonie

en République Démocratique du Congo.

En tant que Correspondante nationale

de mon pays auprès de l’Organisation

internationale de la Francophonie, je

suis l’interlocutrice privilégiée pour faciliter

les contacts, la circulation de

l’information et la mise en œuvre dans

certains cas, des actions de coopération

engagées par l’OIF sur toute l’étendue

du territoire congolais, dans le cadre de

l’organisation des prochains Jeux de la

Francophonie à Kinshasa et en amont

de ceux-ci.

LA DATE DES JEUX DE LA FRANCO-

PHONIE A ÉTÉ REPORTÉE PAR LE CON-

SEIL D’ORIENTATION DU CIJF POUR

L’ÉTÉ 2022, SUITE AU REPORT DES

JEUX OLYMPIQUES DE TOKYO EN 2021.

CETTE DÉCISION, ENTÉRINÉE PAR LE

CONSEIL PERMANENT DE LA FRANCO-

PHONIE, PERMET À LA RDC DE BÉNÉFI-

CIER D’UNE ANNÉE SUPPLÉMENTAIRE

POUR PRÉPARER L’ÉVÉNEMENT. EST-

CE UNE BONNE NOUVELLE ?

Suite au désistement d’un pays membre,

l’Organisation internationale de la Francophonie

a lancé un appel à candidatures

en urgence à l’endroit des Etats et


récupérer l’organisation des Jeux. La République

Démocratique du Congo se réjouit

d’avoir été désignée Etat-hôte de la

9e édition. Elle a aussitôt mis en place un

Comité National d’Organisation, qui s’est

lancé dans une course contre la montre

pour délivrer des Jeux exceptionnels en

un temps record: un an et demi au lieu

de quatre ans. La situation sanitaire

« LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU

CONGO EST UN PAYS CONTINENT OÙ

LES JEUNES REPRÉSENTENT PRÈS DE

TROIS QUARTS DE LA POPULATION. »

34 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


La République

Démocratique du

Congo est fière

d’accueillir les Jeux

de la Francophonie.

“Ensemble pour

Kinshasa 2022 !”

D.R.

mondiale a entraîné le report de tous les

grands rendez-vous sportifs. Décaler les

Jeux a été une éventualité qui s’est avérée

inévitable. Dans ce cas précis, c'est

effectivement un délai bienvenu pour

l'organisation et pour la communication.

Au-delà des aspects purement logistiques

qui entrent en compte dans la préparation

de ce grand rendez-vous sportif et

culturel, nous souhaitons que l’édition

de Kinshasa batte le record de l’histoire

des Jeux de la Francophonie en termes de

participation, surtout féminine! A ce jour,

nous avons plus de 30 Etats et gouvernements

inscrits sur 88 Etats et gouvernements

membres. C’est ici que je lance un

appel aux jeunes sportives francophones.

« Été 2022 c’est à Kinshasa ! Kinshasa

vous attend !

QUELS SONT LES ENJEUX DE CET

ÉVÉNEMENT POUR VOTRE PAYS?

QUEL HÉRITAGE EN ATTENDEZ-VOUS ?

Les enjeux sont sur plusieurs aspects,

économiques, politiques, touristiques,

culturels… La République Démocratique

du Congo est un pays continent où les

jeunes représentent près de trois quarts

de la population. Le sport et la culture

occupent une place prépondérante dans

notre société. Abriter cet événement permettra

à la communauté francophone,

particulièrement la jeunesse, de découvrir

l’hospitalité légendaire de la République

Démocratique du Congo. En ce qui

concerne l’héritage, il est doublement

apprécié. Les échanges d’expériences et

l’expertise mise à notre disposition par le

Comité International des Jeux de la Francophonie

sont de grande valeur. L’investissement

de notre gouvernement dans

de nouvelles infrastructures sportives et

culturelles sera un legs pour les années


l’épanouissement de la jeunesse congolaise

et pour l’Afrique !

LA RDC EST LE PLUS GRAND PAYS

FRANCOPHONE AU MONDE APRÈS

LA FRANCE. IL DEVIENDRA UN JOUR

LE PREMIER, SI L’ON EN CROIT LES

COURBES DÉMOGRAPHIQUES.

QU’EST-CE QUE CELA VOUS INSPIRE ?

La République Démocratique du Congo

avec une population de plus de 85 millions

d’habitants « est » le plus grand


Avec plus de 400 dialectes parlés à travers

notre pays et tout en célébrant notre

diversité linguistique, nous avons opté


Langue d’études, langue d’échanges

économiques et culturels, le Français est

pour nous une ouverture vers ce monde


d’appartenir et dans lequel nous avons

vocation à jouer un plus grand rôle. Nous

avons une très grande richesse culturelle

à partager. WSA

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 35


CÔTE D'IVOIRE

36 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Sport au

féminin en

Côte d’Ivoire

Rencontre avec ces femmes et ces hommes qui œuvrent

pour le développement de la place

des femmes dans le sport ivoirien !

© Artem Onoprienko / Shutterstock

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 37


CÔTE D'IVOIRE

Clémentine Touré,

Un rêve d’enfance devenu réalité

Sélectionneuse nationale de l'équipe féminine de football ivoirienne, Clémentine Touré a mené

« Les Éléphantes » sur le podium de la Coupe d'Afrique des nations féminine en 2014. L’ancienne

joueuse internationale, aujourd’hui âgée de 44 ans, est également instructrice permanente à la

FIFA, avec pour rôle et objectif principal de développer le football féminin africain. Portrait.

PAR ZOUMANA TRETA, AVEC LES ÉQUIPES DE WOMEN SPORTS AFRICA

Contrairement à ses homologues

de l’Allemagne

tème

favorisant l’essor

du football féminin, à

l’instar des Etats-Unis et du Canada qui

réunissent tous deux plus de la moitié des


nombre de pratiquantes dans le monde,


Clémentine Touré a longtemps galéré

avant de pouvoir exercer sa passion.

Aujourd’hui à la tête de la sélection nationale

féminine, elle savoure le chemin

parcouru.


Ferkessédougou, le chef-lieu de la région

du Tchologo situé à 650 km d’Abidjan au

Nord de la Côte d’Ivoire, se lie très tôt de

D.R.

passion pour le football. En effet, chez les

Touré, le football est une histoire de famille.

Avec un père professionnel en Côte

d’Ivoire, trois frères passionnés et deux

de ses quatre sœurs, elles aussi douées

dans l’exercice, il ne pouvait en être autrement.

« Petite, on ne parlait que de foot

et nos cadeaux, c’était des ballons », raconte

Clémentine Touré. « J’allais dans la

rue pour jouer avec les amis et souvent,


Les garçons me rejetaient et me disaient


Mais je me suis accrochée et, au lycée,

ils m’acceptaient car je me débrouillais

bien. Tous voulaient me prendre dans

leur équipe. Le prof de sport a même

demandé l’autorisation au proviseur de

m’incorporer à l’équipe masculine. »

« En présentant mon dossier

pour participer à un stage,

on m’a refusé en m’expliquant

que c’était réservé aux

hommes »

Avec une carrière passée entre la Côte

d’Ivoire et le Ghana, marquée par


tion

physique et sportive et se lance sur

les traces de son paternel, entraîneur lui


les portes se ferment.

« JE SUIS UNE

BATTANTE, JE N’AI

JAMAIS VOULU

ABANDONNER. »

« Personne ne voulait de moi », rappellet-elle.

« En présentant mon dossier pour

participer à un stage, on m’a refusé en

m’expliquant que c’était réservé aux

hommes. Le jour du stage, je suis revenue

et j’ai dit à l’instructeur : “Je veux et

je vais réussir !” Il m’a accepté et j’ai tout

fait pour être la meilleure. J’ai travaillé

contre vents et marées, je voulais leur

prouver que j’avais ma place. » Mission

accomplie avec une place de major de

promotion décrochée « avec les félicitations

de la Fédération ».

Pourtant, les désillusions s’enchaînent

dans un pays alors peu enclin à la féminisation

de son football. Après une première

expérience avec le club ivoirien

des Amazones de Koumassi, Clémentine

Touré garde en mémoire un moment frustrant.

Le jour de sa première nomination

à la tête des Eléphantes, en 2006 : « La

presse et l’opinion m’ont immédiatement

rejetée. J’étais soi-disant trop jeune, inexpérimentée…

En fait, j’étais une femme.

Je suis partie et j’ai alors pris l’engagement

de devenir une grande entraîneuse

et de prouver aux yeux du monde entier

qu’une femme pouvait réussir. »

Quelques mois plus tard, sa vie chavire.

Après un premier trophée décroché

avec ses Amazones, Clémentine Touré

capte l’attention des dirigeants d’Aguilas

Verdes, l’une des meilleures formations

D.R.

38 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


D.R.

Je tenais ma


suis une battante, je n’ai jamais voulu

abandonner. Jacques Anouma, le président

de la Fédération d’alors, m’a alors

rappelée pour redevenir entraîneuse

des Eléphantes avant de me décorer. Je

ne pouvais pas refuser cette reconnaissance.

»

La qualification pour la Coupe

du monde, un grand moment !

« LES GARÇONS ME

REJETAIENT ET ME

DISAIENT DE JOUER

À LA MARELLE

AVEC LES AUTRES

FILLES. »

équato-guinéennes : « J’ai tout de suite

accepté l’offre. J’avais l’opportunité de

m’exprimer et de vivre mon expérience. »

L’aventure ne dure qu’une saison. Le

temps d’un succès en championnat et

d’une promotion à la tête de la sélection

de la Guinée équatoriale couronnée par

une victoire historique au Championnat

d’Afrique des nations 2008 alors que

la Côte d’Ivoire échoue une fois de plus

D.R.

Une nouvelle fois, les miracles s’accumulent.

En 2012, la Côte d’Ivoire participe

à sa première compétition continentale

avant, deux ans plus tard, de décrocher

une inattendue troisième place, qui offre

aux Eléphantes une participation au Mondial

canadien, avec un effectif sans stars,

composé quasi exclusivement de jeunes

joueuses du pays.

« Personne ne s’y attendait, on a beaucoup

travaillé dans l’ombre. La Fédération

m’a beaucoup aidée. Un projet a été

mis en place, notre discipline progresse

et les licences grimpent. Aujourd’hui, le

foot féminin n’est plus tabou et on joue

même devant 1 000 ou 2 000 supporteurs

! »

La sélectionneuse des Eléphantes ambitionne

de coacher un jour une équipe

masculine. « Ce serait avec plaisir. Je ne

sais pas s’ils accepteraient une femme…

Mais un jour, j’essayerai... » rêve coach

Clémentine Touré. WSA

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 39


CÔTE D'IVOIRE

Portrait

Paulin Claude

Danho,

un ministre d’action !

Porté à la tête du Ministère de

la Promotion des Sports et du

Développement de l’Economie

Sportive le 26 mars 2021,

Paulin Claude Danho se veut

un ministre de terrain.

PAR ZOUMANA TRETA

C

hangeant très vite de méthodes

à laquelle les Ivoiriens

étaient habituées,

cet ingénieur Supelec est

au cœur de toutes les actions

majeures de son département pour

faire « bouger les lignes avec un changement

de paradigme » comme il aime à le

dire. Lancement de travaux, pose de pierre,

réarmement moral des athlètes ivoiriens en

compétition, présence physique à leurs côtés,

réunion de haut niveau. Il n’hésite pas à

troquer le costume pour une tenue de sport

D.R.

pour être là où il faut sur le théâtre des actions

! Auréolé de ses trente années d’expérience

de gestionnaire de collectivité locale,

le député-maire de la commune d’Attécoubé,

dans le District Autonome d’Abidjan, par

ailleurs, Président de l’Union des Villes et


Claude Danho veut transposer cette proximité

acquise dans le milieu du sport.

Pour lui, « le sport ne devra plus être loin

des populations et seulement de compétition.

Mais plutôt faire partie intégrante

du quotidien de nos concitoyens ». Aussi,

a-t-il entrepris un vaste projet de pratique

régulière d’Activités Physiques et Sportives


Cette ambition de lutter contre la sédentarité

et le bien-être des populations commencent

à porter des fruits.

En effet, il n’est plus rare de voir, tous les

jours, à chaque coin de rue, des séances de


ou de randonnée pédestre, par groupe ou

individuellement.

Soucieux de ce que le sport peut apporter

en termes de rayonnement de son pays, de

création de richesses, d’amélioration du

bien-être des populations et à la consolidation

de la cohésion sociale, Paulin Claude

Danho fonde beaucoup d’espoir sur le projet

AGORAS.

Né de l’excellente relation de coopération

entre la France et la Côte d’Ivoire, à

travers l’Agence Française de Développe-


réponse aux supports indispensables à la


du gouvernement ivoirien.

Infrastructure installée dans la proximité

tique

du sport des populations dans leur

environnement immédiat, l’AGORAS vise

toutes les couches sociales au cœur des

communautés.


proximité qui serviront de socle à la réalisation

de l’ambitieux programme « La Côte

d’Ivoire Sportive Solidaire » conduit par le

Ministre de « Terrain » qu'est Paulin Claude

Danho, sous la supervision du Premier Ministre

Patrick Achi et le leadership de SEM

Alassane Ouattara, Président de la République

de Côte d’Ivoire. WSA

« LE SPORT NE DEVRA PLUS ÊTRE LOIN

DES POPULATIONS ET SEULEMENT DE

COMPÉTITION. MAIS PLUTÔT FAIRE PARTIE

INTÉGRANTE DU QUOTIDIEN DE NOS

CONCITOYENS. »

40 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Le ministre n’hésite

pas à troquer le

costume pour une

tenue de sport pour

être là où il faut

sur le théâtre des

actions !

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 41


CÔTE D'IVOIRE

Mariam

Dao Gabala

De l’activisme au football !

En outre, avec son équipe, elle devra veiller

à réviser des textes de l’instance fédérale,

notamment les statuts et le code

électoral qui devront être adoptés par

l’Assemblée générale de la FIF.

De même, elle devra s’atteler à réviser

les statuts de certains membres de la fédération

et les textes qui amèneront le comité

à acter, en tant qu’organe électoral,

pour organiser et superviser les élections

d’un nouveau comité exécutif de la FIF.

A l’état civil Mariam

Jacqueline Gabala épouse Dao

est une activiste des droits de

l’homme en Côte d’Ivoire. Elle

a fondé sa réputation pour

son engagement en faveur du

leadership des femmes pour

lesquelles elle consacrera une

grande partie de sa vie à leur

développement, surtout en

milieu rural. PAR ZOUMANA TRETA

C’est donc cette femme multifonctionnelle

et pluridimensionnelle qui a été nommée,

depuis le jeudi 14 janvier 2021, Présidente

du Comité de Normalisation du Football en

-


Mission citoyenne

Mme Dao Mariam Gabala a pour mission

de relancer en une année le sport roi en


volontiers de « mission citoyenne » consiste

à gérer les affaires courantes de la Fédéra-


Son expérience et son abnégation au

travail, lui ont valu plusieurs distinctions.

A savoir :

• Chevalier dans l’ordre de l’éducation



• Chevalier dans l’ordre du mérite natio-


Mariée et mère de cinq garçons, Mariam

Dao Gabala est Sénatrice depuis avril

2019. Elle est de confession catholique

et membre engagée de la communauté

« Mère du Divin Amour ». WSA

D

Mariam Dao Gabala

commence sa vie professionnelle

en qualité de


d’une institution de formation des cadres

africains, puis devient consultante successivement

pour le Bureau international


-



bâtira, durant 20 ans, sa carrière dans


par le Conseil œcuménique des églises

sonnes

réputées non solvables, notamment

par le microcrédit dans les pays du

Sud.

Mariam Dao Gabala a développé un portefeuille

de coopératives, d’institutions

de microcrédits et d’entreprises sociales

de la région ouest-africaine avec un accent

particulier pour les activités liées à

la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire.

« ELLE A POUR MISSION DE RELANCER EN

UNE ANNÉE LE CHAMPIONNAT DU SPORT

ROI EN CÔTE D’IVOIRE. »

Mariam Dao Gabala entourée de Sarah Solémalé, émissaire de la FIFA (à gauche),

Paulin Claude Danho et Me Dieudonné Happi, conseiller de la CAF et du CN- FIF (à droite)

D.R.

42 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Figure de

l'économie

sociale, Mariam

Dao Gabala a

pris les rênes de

la fédération de

football !

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 43


CÔTE D'IVOIRE

Rencontre

Anne-Marie

N’Guessan

Première femme présidente

de la presse sportive

Anne-Marie

N’Guessan a

notamment décidé

de célébrer les

journalistes de

sport en créant des

prix distinctifs.

Elue présidente de l’Union Nationale de la

Presse Sportive de Côte d’Ivoire (UNPSCI) au

terme de son 5 è congrès ordinaire, Anne-Marie

N’Guessan a été investie le 5 décembre 2019.

PAR ZOUMANA TRETA

D.R.

par l’engagement de tous,

nous pouvons en faire un

cipation

à l’évolution du secteur

de la presse et au développement

du sport en Côte

d’Ivoire. » Telle est l’ambition


femme présidente de l’Union

des journalistes sportifs de la

Côte d’Ivoire.

Depuis son élection, plusieurs

actions ont été menées.

Entre autres, des visites

de remerciements, de

sensibilisation et de remobilisation

des confrères dans

les différentes rédactions de

la place. A cela, s’ajoutent les

procédures pour donner une

existence légale à l'association

et à renouer avec l’Association

Internationale de la


plusieurs années de silence.

Comme projet, Anne Marie

N’Guessan épouse Coulibaly,

journaliste au service des

Sports de la Radiotélévision


la tribune "L’Invité UNPSCI".

Une activité qui se déroulera

à des intervalles réguliers et

dédiée aux personnalités du

monde du sport.

Le bureau exécutif de

l’UNPSCI ambitionne également,

avec l’appui de ses

partenaires, de sillonner la

Côte d’Ivoire pour promouvoir

la paix par le Sport. WSA

P

a s s i o n n é e

de sport, elle

a placé son

mandat sous

le signe de

l’union, la solidarité, la formation

et la redynamisation de

la faîtière.

« Avec ses 130 adhérents

dont 87 détenteurs de la

carte de membre, l’UNPSCI

est un formidable creuset de

fraternité et de solidarité et

est appelée à grandir comme

le montre notre détermination

à agir dans ce sens,

mais comme le souhaite

l’Association Internationale

de la Presse Sportive (AIPS)


Marie N'Guessan est connue du grand public ivoirien pour présenter

le Journal des Sports sur RTI1, la première chaîne de la Radiodiffusion

Télévision ivoirienne.

D.R.

44 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


PORTFOLIO

ELLES ONT FAIT BRILLER LA CÔTE D’IVOIRE

AUX JEUX OLYMPIQUES DE TOKYO !

RUTH GBAGBI

27 ans, taekwondo

Médaille de bronze en -67 kg

MARIE-JOSÉE TA LOU

32 ans, athlétisme

4 e du 100 m, 5 e du 200 m

© Icon Sport

© James Lang-USA TODAY Sports-Sipa USA - Icon Spor

AMINATA CHARLENE TRAORÉ

22 ans, taekwondo - 5 e en +67 kg

© Swen Pfertnerdpa - Icon Sport

MURIELLE AHOURÉ

33 ans, athlétisme

Demi-finaliste du 100 m

© Martin Rickett - PA Images - Icon Sport

ZOULEIHA ABZETTA DABONNE

28 ans, judo

-57 kg

IJF

TALITA TE FLAN

26 ans, natation

400 m nage libre

D.R.

SEBEHE CLARISSE LAGO

23 ans, Jeux Paralympiques

Lancer du poids

D.R.

EN SAVOIR PLUS SURWWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 45


GABON - TUNISIE

Reconversion

Azza Besbes,

Géraldine Yema Robert,

des exemples à suivre

Deux sportives de haut niveau nous racontent comment elles ont anticipé la fin de leur carrière.

Deux histoires différentes, deux parcours distincts, une même réussite.

PAR FLORIANE CANTORO

Azza Besbes

30 ans

Sportive encore en activité.

Escrime (sport peu professionnel).

Reconversion progressive pendant

la carrière (double projet).

Consultante chez EY.

Géraldine Yema Robert

41 ans

Sportive récemment retraitée.

Basketball (un des sports les plus

professionnels pour les femmes en

France).

Reconversion anticipée en fin de

carrière (reprise des études).

Coordinatrice nationale du

Championnat scolaire et

universitaire (Gabon).

Azza Besbes est une escrimeuse tunisienne spécialiste

du sabre. Parmi ses plus beaux succès

sportifs, on peut citer un titre de vice-championne

du monde 2017, 12 titres africains et deux quarts-


lui aussi bien rempli : école d’ingénieur et école de commerce





Le double projet : une priorité !

Née dans une famille de grands champions, Azza

Besbes a eu conscience très tôt des risques liés à une

carrière sportive de haut-niveau. Elle a toujours su

qu’elle devait se construire un « bagage » à coté de

l’escrime, et donc concilier sport et études. À l’école,

elle s’arrangeait avec les administrations pour rattraper

les cours ou déplacer des examens. Elle se dit également

« bénie » d’avoir eu des parents qui l’ont aidée

Géraldine Yema Robert est une ancienne basketteuse

professionnelle franco-gabonaise.

Elle a remporté de nombreux titres pendant sa

carrière dont celui de championne de France

2014 avec Montpellier. Sélectionnée quelques

fois en équipe de France, l’ailière d’1m84 a été une illustre

capitaine des « Panthères » du Gabon avant de prendre sa

retraite en décembre dernier. Elle est depuis Coordinatrice

nationale du Championnat sportif scolaire et universitaire

gabonais.

Une carrière sur les parquets inattendue !

Pour comprendre la reconversion de Géraldine Yema Robert,

il faut d’abord connaître son histoire. Contrairement à

la majorité des basketteuses professionnelles, elle n’est pas

issue d’un centre de formation ; elle a été repérée sur les

playgrounds londoniens, alors qu’elle jouait avec des amis.

« À la base, je ne pensais pas du tout avoir ce genre de

carrière », confie-t-elle. À l’époque, elle venait de terminer

une licence en informatique pour devenir analyste-pro-

46 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


dans son double projet, « l’un comme aide aux devoirs,

l’autre comme chauffeur ».

Pour EY, les choses ont été plus faciles car c’est le cabinet

lui-même qui est venu la démarcher, intéressé

par son profil « atypique » de sportive de haut-niveau.

L’entreprise accepte donc qu’elle soit libérée à certains

moments pour se rendre aux entraînements, en stage

ou en compétition.

Le double projet : une sérénité !

Mis a part deux petites périodes de temps où elle a privilégié

l’escrime (avant les JO de Rio et en début d’année

pour préparer l’Olympiade de Tokyo finalement reportée

à 2021), la championne a toujours voulu mener

de front carrière sportive et carrière professionnelle.

Un choix qu’elle revendique pour plusieurs raisons.

D’abord, travailler chez EY lui permet de connaître des

gens en dehors du milieu sportif ; cela crée « une diversité

de milieux qui est enrichissante » pour elle. Ensuite,

cela lui apporte de la « sérénité » ; « je sais que le jour

où je mettrai un terme à ma carrière sportive, la vie ne

s’arrêtera pas ». D’ailleurs, pour l’anecdote, lorsqu’Azza

Besbes décroche l’argent au Mondial-2017, elle vient

tout juste d’être embauchée chez EY. « Je sortais d’une

déception à Rio où je perds 15-14 en quarts-de-finale.

J’avais repris mes études, pensant ma carrière terminée.

Puis EY m’a contactée. Je me suis dit : « Tiens, j’ai

trouvé un job et mon entreprise est partante en plus

pour que je continue le haut-niveau ! » Dans la foulée,

je fais la meilleure performance de toute ma carrière.

Parce que tout simplement j’avais l’esprit léger, je savais

que ma reconversion était assurée. »

Elle poursuit : « Quand je finis l’entraînement, que je

prends ma douche et que j’enfile mon tailleur pour aller

au cabinet, je deviens « Azza la consultante ». J’oublie

le stress des blessures, la pression des résultats...

Et inversement quand je quitte le bureau. » C’est ainsi

qu’elle trouve son équilibre. Et cela aurait été de même

si elle avait évolué dans un sport plus professionnel que

l’escrime tel que le tennis ou le football. « Ne faire que

du sport ne [l]’intéresse pas ». Quand elle arrêtera le

haut-niveau, elle devra aussi compenser ce « vide »,

sans doute en restant impliquée dans le milieu, soit au

niveau des instances, soit au niveau du sponsoring.

grammeur et vivait de petits boulots en Angleterre tout en

élevant son fils. Lorsqu’elle signe son premier contrat pro

en 2004, elle a déjà 24 ans.

S’en suivent quinze années à arpenter les parquets du

monde entier ! Une carrière enrichissante qui fait évoluer

ses envies professionnelles. L’informatique est rapidement

abandonné. « Je me voyais bien continuer dans le sport et

plus précisément dans le management sportif ». Géraldine

Yema Robert s’est donc inscrite à l’Université de Montpellier,

section Management et Marketing Territorial du Sport

(diplômée en 2018).

La bonne préparation,

la bonne opportunité

« Je songeais à ma reconversion depuis deux ou trois

ans déjà », explique-t-elle pour justifier cette reprise des

études. Cela faisait quelques années aussi que le chef de

l’État gabonais et son ministre des Sports la sollicitaient

pour venir développer le sport dans son pays natal. « Je

me sentais encore capable de jouer en pro, alors j’ai continué

», sourit-elle. Puis, en décembre, on lui a proposé de

remettre sur pied un projet pour les jeunes : le Championnat

sportif scolaire et universitaire. Elle s’est dit que c’était

une « belle opportunité » et le « moment idéal » pour sa

retraite.

La transition des parquets vers ce poste très administratif

s’est bien passée. Outre son diplôme anticipé, l’ancienne

basketteuse peut s’appuyer sur son expérience du haut-niveau

dans ses nouvelles fonctions : gestion du stress, travail

d’équipe, confiance... Elle connaît tout cela par cœur !

C’est pourquoi, selon Azza Besbes, les sportifs devraient

avoir plus de chances avec les entreprises.

Le coup de gueule d’Azza Besbes : « Les athlètes de

haut-niveau ne sont pas suffisamment sollicités par

les entreprises alors qu’ils sont pourtant bourrés de

qualités ! Un athlète a tellement vécu dans sa carrière

qu’il pourrait s’adapter et devenir très vite performant

à n’importe quel poste. Ses qualités valent plus qu’un

diplôme. Il a donné beaucoup d’émotions à son pays,

beaucoup d’exposition. C’est une expérience qui devrait

être valorisée, pas sanctionnée. »

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 47


GUINÉE - SOMALIE - DJIBOUTI - RDC

D.R.

Rencontre

Safia Ibrahim-Otokoré

L’histoire d’un combat pour les

femmes et le sport

La vie de Safia Ibrahim-Otokoré est un roman. Nommée dernièrement directrice de l’Agence

Française de Développement (AFD) en République Démocratique du Congo après occupé

pendant trois ans le poste de sous-directrice en Guinée, elle est l’incarnation de tous les

engagements qui sont la raison d’être de ce magazine : la place des femmes dans le sport et dans

la société, l’émancipation des jeunes filles par le sport, le sport en tant que moteur de la réussite

personnelle… Bienvenue dans un monde d’espoir et d’enthousiasme. Votre guide s’appelle Safia !

PAR DAVID TOMASZEK

48 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


« À 7 ANS J’ÉTAIS « COUSUE ». JE NE

DEVAIS PAS ALLER À L’ÉCOLE. À 34 ANS,

J’ÉTAIS VICE-PRÉSIDENTE DE LA RÉGION

BOURGOGNE EN CHARGE DU SPORT. »

En faisant du sport,

Safia a fait vaciller

les certitudes

culturelles de sa

famille. Découvrez

son histoire

incroyable.

J’ai un parcours ordinaire,


que le sport a rendu extraordinaire.»

Née à Djibouti de


Ibrahim-Otokoré a connu la grande pauvreté.

Une famille nombreuse, immigrée, vivant

dans les quartiers les plus défavorisés de

la ville, sans électricité. Sa vie était toute

tracée, sous le poids des traditions. « À 7

ans j’étais « cousue » La vie qui

m’était promise c’était : pas d’école et un

mariage programmé. » Mais le destin sourit


malformation, est prise en charge par une

ONG. La responsable de cette ONG repère


la scolariser. Un professeur de sport détecte

son potentiel athlétique et l’inscrit à une


basculer grâce au sport. Mais elle devra en

passer par un compromis incroyable : être

considérée par sa famille… comme un garçon

! «


à nos traditions. Mais le prof lui a expliqué

que je pouvais gagner des prix. Cela représentait

énormément de ressources pour


je cours mais « en tant que garçon ». Mon

surnom était « serpent ». » Un « serpent » qui

devient champion de Djibouti, rapporte des

revenus à ses parents et fait vaciller les certitudes

culturelles de son foyer. « On était 10



j’étais « rentable ». » Elle gagne le droit de

«vivre comme un garçon» et de poursuivre


des clés de sa réussite qu’elle tente aujourd’hui

de reproduire pour d’autres jeunes



dans la rue, les familles ne le font que s’il y

a un enjeu économique. La clé de la scolari-


d’étude. »


des études supérieures dans le domaine

du sport, d’abord à l’Institut National de la


à Abidjan, en France ensuite où elle valide

une licence UFR STAPS. Tout en poursui-


de celui qui deviendra son mari, une petite

star à l’époque, le footballeur Didier Otokoré.

Ensemble, ils s’installent à Auxerre. « Je deviens

« femme de joueur de foot », ce qui ne

correspond pas forcément à mon tempéra-


étudiante, entraîneure de basket, enseignante

dans un foyer social. Et pour la petite


Roux, qui était un peu notre papa, je le retrouverai

quelques années plus tard face à

moi dans des réunions du conseil municipal

d’Auxerre puis de la Région Bourgogne ! »


la fonceuse ne fait que commencer. Elle devient

maman, vit en Afrique quelque temps,

puis revient en France pour embrasser une

carrière politique. Jusqu’à devenir vice-présidente

de la région Bourgogne en charge

du sport ! « J’ai soutenu la campagne de

François Patriat qui a été élu Président. Il

m’a donnée deux délégations, le sport et

les relations internationales, avec toute la

légitimité et le pouvoir de décision.

utilise ce pouvoir pour mettre le paquet sur

le sport féminin. « Au début, cela

© Kibuuka

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 49


GUINÉE - SOMALIE - DJIBOUTI - RDC

© Kibuuka

« LE SPORT EST DEVENU UN ENJEU

PRIORITAIRE DE L’AFD. NOTAMMENT

POUR FAVORISER L’ÉMANCIPATION

DES FEMMES. »

a un peu « traumatisé » les gens

que l’on investisse autant dans le sport féminin.

J’ai dit à mes interlocuteurs : « Depuis

toujours, le monde s’occupe des garçons.

Je vais m’occuper des femmes. En s’occupant

des femmes, on s’occupe de la com-

» On donnait les mêmes

subventions aux sections féminines qu’aux

plus grands clubs pro de la région, comme

l’AJ Auxerre en football ou la JDA Dijon en

basket ! Dans les régions, le sport n’est pas

une compétence obligatoire. On l’inscrivait

dans une démarche d’égalité. Par exemple,

Anne-Caroline Chausson qui a décroché la

médaille d’or aux Jeux Olympiques de Pékin


sport. On lui a donné une bourse. On a acheté

200 minibus pour favoriser le transport


a créé le prix « Femmes et Sport». Bref, on a

assumé une politique sportive féministe ! »


du socialiste Pierre Moscovici. Elle participe

à la campagne de François Hollande

aux présidentielles françaises de 2012.

Tout en conservant en permanence des

activités dans le monde du sport. « Pour gagner

le droit d’avoir cette «grande gueule»,

il faut que je gagne ma vie en dehors de

la politique !

intègre l’Agence Française de Dévelop-


charge des questions Genre et égalité F/H

auprès de la direction stratégique et communication,

puis en 2016, elle est nommée

conseillère du directeur général, Rémy

Rioux. En 2018, elle devient directrice-adjointe

de l’AFD en Guinée, en charge du

pole éducation, formation, décentralisation

nier,

ce ne sont pas moins de 140 millions

d’euros qui ont été octroyés en Guinée par

l’AFD, sur des projets de développement.

En 2019, l’AFD a intégré le sport comme

un axe majeur de sa stratégie, au service

de valeurs telles que l’égalité entre les

sexes ou l’autonomisation économique

des jeunes femmes. Une politique que Sa-


et dont elle nous livre les clés. « Le sport

est devenu un enjeu prioritaire de l’AFD.

Notamment pour favoriser l’émancipation

des femmes. Le sport est un vecteur de cohésion

sociale et d’égalité pour promouvoir


avons par exemple de grands projets dans

le domaine du football, en partenariat avec

la FIFA, qui visent un objectif majeur de

© Kibuuka

50 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


développement durable : l’égalité entre


nous soutenons la création d’équipes féminines

et les projets éducatifs autour du

football.

que le sport est un formidable vecteur

d’émancipation. «C’est un moyen pour les

femmes africaines de participer de ma-


Sportive de

haut niveau,

entraîneure,

femme politique et

même “femme de

footballeur”, Safia

a eu plusieurs vies !

-


est un langage universel, inspirant, qui ré-



les différences physiques. Un espace pour

s’émanciper, se dépasser, partager et créer

du lien social.


© Kibuuka

soi que peut apporter le sport aux femmes,

pour réussir leur vie. « Le sport est un excellent

moyen pour valoriser les capacités

physiques et mentales des femmes et pour



voire de développer des capacités de leadership,

dans des contextes où leur corps

est souvent un enjeu sociétal. »


son parcours. « Je n’ai pas demandé à naître


m’ont « cousue ». A l’adolescence j’avais la

rage. J’ai transformé cette rage en force.

Aujourd’hui, je veux rendre à la société ce

que le sport m’a donné. » Tout en portant de

toutes ses forces ce combat pour l’émancipation

des femmes africaines par le sport,


en mettant des couleurs dans sa propre vie.

«

brevet de pilote. Mon prochain projet fou

est de faire le tour du continent africain en

avion par la côte. » « Rien ne nous est interdit

parce qu’on est femme », assène-t-elle,

avant de nous livrer sa devise préférée en


conspire à mon bonheur. » WSA

LES PROJETS FOOTBALL

SOUTENUS PAR L’AFD

Un partenariat entre

la FIFA et l’AFD pour

l’émancipation des

filles par le football en

Afrique

Le 4 juin 2019, l’AFD et la FIFA

ont signé le premier accord

de partenariat en présence

du Président de la République

française qui symbolise la

première rencontre entre

le monde du football et le

monde du financement du

développement. La signature

de cet accord vise à placer

le football comme puissant

vecteur de développement

dans le monde et à coopérer

sur des projets communs sur

le continent africain autour de

deux objectifs principaux :

1. L’égalité entre les

femmes et les hommes pour

permettre l’autonomisation et

l’émancipation des femmes

par le football

2. Le football à des fins

éducatives

Un premier projet commun

FIFA / AFD est en cours

d’identification dans le golfe

de Guinée pour l’émancipation

des filles par le football.

La FIFA et l’AFD travaillent

sur un projet pour réduire les

inégalités entre les femmes

et les hommes et favoriser

l’émancipation des filles par le

football au Bénin, en Guinée et

au Togo.

Deux objectifs sont

recherchés à travers

ce projet

Autonomisation sociale des

filles : les filles et les garçons

deviennent des champions

du changement dans leurs

communautés. En jouant,

les filles acquièrent des

compétences de vie comme

la confiance en soi, l’esprit

d’équipe, l’affirmation de soi.

Des activités de sensibilisation

en marge des entraînements

permettant aux filles d’acquérir

des connaissances et

compétences les amènent

à devenir plus à même de

prendre des décisions sur leur

santé sexuelle.

Autonomisation économique

des filles : les filles participant

au programme acquièrent des

compétences pour leur futur.

En utilisant la méthode de

l’autonomisation économique

des femmes qui gagnent, le

projet permet de créer des

emplois liés au sport, comme

les éducateurs d’EPS, les

organisateurs d’évènements,

les entraîneurs, les arbitres

ou encore les joueuses

professionnelles.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 51


MADAGASCAR

Madagascar,

LE RUGBY POUR

TRANSFORMER

L’ESSAI DE L’ÉGALITÉ

Depuis quelques années, Madagascar utilise le sport, et

plus précisément le rugby, au service de l’éducation de sa

jeunesse. Gouvernement, corps enseignant et communautés

malgaches, tous ont compris les enjeux du sport pour le

développement. Tous, y compris les jeunes filles, qui trouvent

sur les terrains les clés de leur émancipation.

PAR FLORIANE CANTORO

Utiliser le rugby comme

outil d’éducation et

d’émancipation et

comme vecteur de solidarité

internationale.

C’est avec cette ambition chevillée au

corps que «Terres en Mêlées» a débarqué

à Madagascar en 2014, à la demande

de la fédération Malagasy Rugby.

Créée en 2011 par l’ancien rugbyman

professionnel Pierre Gony, également

éducateur sportif, cette association

avait déjà fait ses preuves en matière de

sport pour le développement avec des

projets menés au Maroc et au Sénégal.

Mais à Madagascar peut-être encore

plus qu’ailleurs, l’idée d’utiliser la pratique

du rugby comme support éducatif

a plu. « Il y a un vrai engouement de la

part du gouvernement malgache pour

mettre le sport au service du développement

», explique Pierre Gony. Cette

volonté associée à une forte culture

rugby, et Terres en Mêlées a eu vite fait

de prendre ses quartiers sur cette île de

l’océan Indien.

19.000 jeunes filles initiées au

rugby

Aujourd’hui, l’association joue un rôle de

tout premier plan à Madagascar. Via ses

actions éducatives, elle rythme chaque

jour le quotidien de milliers de jeunes

dissent

grâce aux valeurs véhiculées par

le rugby. En six ans, plus de 30.000 enfants

malgaches ont été initiés à la pra-

mi

les actions notoires de l’association,

on peut citer la création du premier championnat

national de rugby scolaire mixte


Rugby, le Ministère de la Jeunesse et des

Sports et le Ministère de l’Éducation na-

Notre approche est de toucher

prioritairement le milieu scolaire car le

tissu associatif africain n’est pas encore

assez développé, explique le fondateur de

«Terres en Mêlées». En revanche, beaucoup

d’enseignants locaux souhaitent

être formés pour faire de l’éducation par

le sport une réalité au sein des établisse-

© Terres en Mêlée

52 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021


ments scolaires. Il s’agit de leur donner

les ressources pédagogiques nécessaires


de favoriser l’égalité des genres au sein

de leur communauté. »

Émancipation par le rugby, le

bel exemple de Marcelia

La compétition

n’est pas la seule

finalité du sport.

Madagascar l’a

bien compris !

Pour porter haut et fort ses valeurs,

«Terres en Mêlées» a préféré donner la


projets plutôt qu’aux rugbymen profes-


ont émergé pour devenir des symboles

de l’éducation et de l’émancipation par

le sport.

EN SIX ANS,

PLUS DE 30.000

ENFANTS

MALGACHES ONT

ÉTÉ INITIÉS À LA

PRATIQUE DU

RUGBY, DONT

19.000 FILLES.

C’est notamment le cas de Marcelia,

20 ans. En 2014, quand l’association ar-



avec ses fameux ballons ovales, c’est pour

elle une petite révolution. Elle découvre

que le rugby lui donne une force nouvelle.

« Quand je l’ai rencontrée, elle était une

jeune maman de 13 ans, se souvient

Pierre Gony. Elle ne pouvait pas jouer au

rugby avec son bébé dans les bras… alors

je le lui ai pris et je lui ai donné un ballon

à la place. Elle est entrée sur le terrain, l’a

traversé en bousculant tous les garçons

sur son passage pour marquer un essai.

C’était incroyable ! Les regards sur elle

ont immédiatement changé : les gens ne


devenue maman trop tôt, mais ils percevaient

désormais la sportive aux

Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 53


MADAGASCAR

Marcelia est une

jeune malgache

privée d’école qui,

grâce au sport et au

rugby, a obtenu la

reconnaissance de

tous.

© Terres en Mêlée

qualités athlétiques impressionnantes,

une dure à cuire qui ne recule

jamais devant l’adversité. » Marcelia est

rapidement devenue une icône au sein de

sa communauté. Elle a été repérée par les

grands médias et son chemin l’a menée

jusqu’à la dernière Coupe du monde de

rugby au Japon, où elle était égérie pour

Société Générale. « C’est l’histoire d’une


sport, a obtenu la reconnaissance de tous.

Elle prouve qu’on peut réussir dans le

sport autrement que par la compétition.»


le ballon ovale » - produit par les Docs du

Nord et réalisé par Christophe Vindis en

2017 retrace son parcours. « Elle incarne


qui sont prêtes à se battre pour vivre leur

passion et capables de surmonter tous les


traditionnels - pour évoluer librement sur

cipation.

»

Tous unis pour l’égalité des

genres à Madagascar


«Terres en Mêlées» et a convaincu le Ministère

de l’Europe et des Affaires Etrangères

à travers son Ambassade de France


le premier Brevet d’aptitude Sport pour



Ce projet, doté d’une enveloppe globale

de 500.000 €, a également pour mission

DES JEUNES FILLES ONT ÉMERGÉ

POUR DEVENIR DES SYMBOLES DE

L’ÉDUCATION ET DE L’ÉMANCIPATION

PAR LE SPORT.

© Terres en Mêlée

54 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


de former sur deux ans « une nouvelle

génération de professeurs d’éducation


puissent comprendre les enjeux du sport

pour le développement et avoir des outils

adaptés pour travailler sur l’égalité des

genres et la mixité en temps scolaire ». Ce

projet a permis la mise en place d’autres

activités comme des stages sur l’entrepreneuriat

sportif dans différentes villes de la

grande île, des stages de sensibilisation

au rugby pour les institutrices ou des entraînements

pour les enfants défavorisés

de Tananarive et de Tamatave.

Ce projet « Réduire les inégalités femmeshommes

par le rugby, vecteur de la promotion

du genre et de développement à

Madagascar » est mené à l’initiative de

l’Ambassade de France à Madagascar,

en partenariat avec l’Académie nationale

des sports et Malagasy Rugby. Pierre

Gony se réjouit de l’implication des instances.

Il entend donner une suite au

projet en « accompagnant les formateurs

ainsi accrédités pour qu’ils


de la communauté éducative malgache,

les contenus appris. » Les formations se

poursuivent également à destination des

la nouvelle

Marcelia », «Terres en Mêlées» a récemment

créé le dispositif du « XV des am-



vise à accompagner des joueuses pour

qu’elles deviennent des éducatrices en faveur

de l’égalité des genres, puis des ambassadrices.

« Le but est qu’elles prennent

la parole pour sensibiliser leur communauté

autour de l’empowerment des femmes

via le sport. » Marcelia a déjà marqué l’essai,

à d’autres de le transformer. WSA

© Terres en Mêlée

TERRES EN MÊLÉES :

HISTOIRE ET ACTIONS

DE L’ASSOCIATION

Pour comprendre l’histoire de Terres en

Mêlées, il faut d’abord connaître celle de

Pierre Gony. Cet ancien joueur du Stade

Toulousain, 36 ans aujourd’hui, était un

adolescent turbulent. Il aurait pu « mal

tourner » si un éducateur de rugby ne lui

avait pas tendu la main pour le remettre

« sur le droit chemin ». « Il m’a permis

de me remobiliser sur mon parcours en

me faisant intégrer un grand club de

rugby : à 14-15 ans, je suis passé de petit

délinquant à rugbyman de haut niveau. »

Quelques années plus tard, Pierre Gony

décide de devenir éducateur à son tour. Il

se donne pour mission d’aider les jeunes

des quartiers défavorisés de Toulouse via

la pratique du rugby, en les amenant dans

les clubs. Il les suit et les accompagne

pendant des années, jusqu’à ce que ces

jeunes grandissent et deviennent des

adultes insérés dans la société.

© Terres en Mêlée

Estimant avoir fait « sa part du travail »,

l’ancien athlète décide de se consacrer à

un projet plus personnel alliant son goût

du voyage, sa passion du rugby et son

métier d’éducateur. À 25 ans, il se lance

un défi : faire le tour de l’Afrique à vélo,

des ballons sur le porte-bagage, et troquer

le gîte et le couvert contre des séances

d’initiation. « Aller à la rencontre de l’autre

avec le rugby comme passeport. »

L’engouement que suscite son projet est

tel qu’une association est créée : Terres en

Mêlées. Elle se lance dans l’aventure au

Maroc en 2011. Sur place, les bénévoles

aident un groupe de jeunes marocains

à monter un club de rugby dans leur

village. De fil en aiguille, d’autres clubs

et d’autres initiatives similaires voient le

jour dans plusieurs pays africains et cela

conduit à la création de trois nouvelles

associations Terres en Mêlées au Togo,

au Burkina Faso et à Madagascar. Dix

ans plus tard, Terres en Mêlées est un

réseau d’associations affiliées qui œuvrent

ensemble dans l’éducation par le sport

pour créer une culture commune de paix.

Ses actions portent sur le développement

de la pratique, la promotion de l’égalité

des genres, l’éducation socio-citoyenne et

l’accompagnement vers l’emploi.

Les actions de Terres en Mêlées ont

reçu une reconnaissance internationale.

Notamment le soutien de la Fédération

internationale de rugby (World Rugby),

via son programme « Spirit of rugby ». Et

Terres en Mêlées Madagascar a gagné

le prestigieux prix Beyond Sport Global

Award à New York en 2018.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 55


MAROC

ENTRAÎNEMENT

7 exercices expliqués par

IMANE

ERRAMLI

I

Imane

Erramli,

28 ans, est

ambassadrice

Adidas au Maroc. Fana

de sport, actuellement en

doctorat communication

et marketing digital,

elle a créé une agence

digitale spécialisée

dans le community

management. Sur

Instagram

(@era_fitness_dr),

l’influenceuse sportive

recense quasiment

50 000 abonnés. « Je

milite pour le bien-être,

le sport et le women

empowerment !

Ma motivation est de

partager ma passion qui

est le sport avec les gens

de ma communauté ! Je

fais du crossfit, de la boxe

et des semi-marathons!

explique-t-elle. J’essaye

de pousser les femmes mes à

pratiquer du sport tout

en aimant leur corps,

le plus important n’est

pas d’avoir un physique

parfait, des abdos tracés

mais plutôt de se sentir

bien dans son corps et

de forger son mental.»

Pour cela, Imane Erramli

brise uns à uns les

clichés de corps dits

« parfaits ». « Ma devise

est « Célébrons les

vrais corps de la vraie

vie ». Célébrons sans

discrimination tous les

corps, tous les genres es et

toutes les morphologies.

ogie

Pas de Photoshop. Pas

de taille ou de modèle

prédéfini. Ce n’est pas

tel ou tel corps qui nous

rend heureux. Ce qui fait

le bonheur, c’est notre

relation avec ce corps. »

PAR V. MAUREL - PHOTOS IMANE ERRAMLI

D.R.

56 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


D.R.

D.R.

D.R.

LE SOULEVÉ DE TERRE

(DEADLIFT)

Bienfaits :

Muscle les jambes et le bas du dos.

Muscle l’ensemble de la chaîne

postérieure.

Fait travailler le dos.

Aide à retrouver une position correcte

Explications :

Le mouvement

consiste ste en une flexion

des jambes, le soulevé d’un poids plus

ou moins lourd depuis le sol et de se

redresser.

esser.

LE SQUAT (MOUVEMENT

FONDAMENTAL UTILE À TOUTES LES

DISCIPLINES SPORTIVES, LE SQUAT EST UN

EXERCICE DE BASE DU RENFORCEMENT

MUSCULAIRE)

Bienfaits :

Le squat est une arme redoutable pour

muscler le bas du corps !

Vise principalement les cuisses et les

fessiers (quadriceps, adducteurs, ischio-

jambiers).

Au fil des séances, ce renforcement des

membres inférieurs garantit des gestes

plus efficaces et permet de diminuer le

risque de blessures articulaires.

En sollicitant les muscles stabilisateurs,

le mouvement permet de travailler

l’équilibre mais aussi la mobilité.

LA PLANCHE (PLANK)

Bienfaits :

Renforce et stabilise la ceinture

abdominale et le dos.

Améliore la posture et permet de se

sentir mieux dans son corps.

Peut aider à soulager les douleurs

en cas de problèmes de dos.

Le but de ces

exercices est de se

sentir bien

dans

son corps.

LES POMPES (PUSH-UPS) UPS)

:

SYMBOLISENT LA FORME PHYSIQUE

Bienfaits :

Contribuent à une

bonne ne santé

cardiaque

Renforcent ent le buste, le dos

et le haut

du corps

Permettent ent de cibler plusieurs urs groupes

musculaires ulai

et peuvent vous aider à

renforcer vos os

D.R.

LE PONT (MOUVEMENT TIBÉTAIN)

Bienfaits :

Renforce les épaules, le bas du dos

et les fessiers.

Stimule le bas-ventre, le cou et les

genoux.

Explications :

Asseyez-vous au sol, jambes tendues,

les pieds sont écartés de la largeur

du bassin. Posez les mains à plat

sur le sol, de chaque côté du bassin.

Prenez une inspiration profonde puis

ouvrez la poitrine vers l’avant et

soulevez le bassin au maximum de

manière à former un angle droit avec

les genoux. Laissez aller la tête en

arrière autant que possible. Revenez

en position initiale.

D.R.

LES FENTES (LUNGES)

Bienfaits :

Efficaces pour raffermir et affiner les

jambes.

Sollicitent toute la chaîne musculaire

des fessiers aux mollets en passant

par les cuisses.

LA CHAISE-GAINAGE

INAG

AGE

La chaise est un exercice de gainage

(isométrique) pour les cuisses,

permettant de travailler et renforcer en

particulier les quadriceps et les muscles

ischio-jambiers par un travail statique.

D.R. D.R.

© Iakov Kalinin / Shutterstock

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 57


MAROC - ETHIOPIE - MOZAMBIQUE...

Podiums

10 championnes

qui ont marqué

l’histoire

du sport

africain

PAR VANESSA MAUREL

B NAWAL EL

MOUTAWAKEL

La Marocaine est un exemple pour son

pays. Elle a décroché la médaille d’or du

premier 400 m haies féminin de l’histoire

des Jeux Olympiques, à Los Angeles

en 1984. Elle a ensuite embrassé une

carrière politique, notamment au Comité

international olympique dont elle est

devenue vice-présidente.

Palmarès :

Jeux Olympiques : 1 médaille d’or /

Championnats d’Afrique : 4 médailles d’or

C HABIBA GHRIBI

Là aussi, c’est une sportive qui a marqué

l’histoire de son pays. L’athlète Habiba

Ghribi est devenue la première médaillée

olympique tunisienne, à Londres en 2012.

Cette médaille d’argent décrochée sur

le 3000 m steeple, qu’elle a dédiée à

«toutes les femmes tunisiennes», s’est

transformée en or en 2016, puisque celle

qui l’avait devancée (Yuliya Zaripova) a été

déclassée en raison de dopage.

Palmarès :

Jeux Olympiques : 1 médaille d’or /

Championnats du monde : 1 médaille d’or,

1 médaille d’argent

D MURIELLE AHOURÉ

Considérée comme l’une des plus grandes

athlètes de son pays et du continent

tout entier, l’Ivoirienne Murielle Ahouré

compte à son actif de nombreux titres,

dont notamment celui de championne

du monde en salle du 60 m, en 2018.

Spécialiste du sprint, Murielle Ahouré est

également quadruple vice-championne du

monde sur les épreuves du 60 m, 100 m

et 200 m.

Palmarès :

Championnats du monde : 2 médailles

d’argent / Championnats du monde en

salle : 1 médaille d’or, 2 médailles d’argent

58 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


E MARIA MUTOLA

Maria Mutola est sans conteste l’une des

sportives africaines les plus reconnues.

Elle est la seule athlète de l’histoire à

avoir remporté quatre titres mondiaux ou

olympiques sur 800 m, mais également la

seule athlète mozambicaine (hommes et

femmes confondus), à avoir remporté un

titre mondial ou olympique. À son compteur,

elle détient une médaille d’or olympique, et

3 médailles d’or mondiales.

Palmarès :

Jeux Olympiques : 1 médaille d’or, 1

médaille de bronze / Championnats du

monde : 3 médailles d’or, 1 médaille

d’argent, 1 médaille de bronze /

Championnats du monde en salle :

7 médailles d’or, 1 médaille d’argent,

1 médaille de bronze

H FRANÇOISE MBANGO

Spécialiste du triple saut, Françoise Mbango

est double médaillée d’or olympique (2004

et 2008), et deux fois médaillée d’argent

aux championnats du monde. Cette athlète

est la seule Camerounaise de l’histoire

(hommes et femmes confondus) à avoir

remporté un titre mondial ou olympique. En

2010, Françoise Mbango a été naturalisée

française.

Palmarès :

Jeux Olympiques : 2 médailles d’or /

Championnats du monde : 2 médailles

d’argent / Championnats du monde en

salle : 1 médaille d’argent

I TIRUNESH DIBABA

Son palmarès laisse sans voix. Trois fois

championne olympique, cinq fois championne

du monde. Rien que ça ! Mais surtout,

l’Étiophienne Tirunesh Dibaba est la seule

athlète à avoir réalisé le doublé sur 5.000 m

et 10.000 m lors d’une même édition des Jeux

Olympiques (en 2008 à Pékin). Elle est en outre

l’actuelle détentrice du record du monde du

5.000 m avec le temps de 14 min 11 s 15,

établi à Oslo en 2008.

Palmarès :

Jeux Olympiques : 2 médailles d’or, 3 médailles

de bronze / Championnats du monde : 5

médailles d’or, 1 médaille d’argent

G SABRINA SIMADER

La skieuse austro-kényane a été la première

africaine de cette discipline à participer

aux Jeux Olympiques. C’était en 2018 à

Pyeongchang et Sabrina Wanjiku Simader

avait 19 ans. Seule représentante du Kenya

aux olympiades cette année-là, elle

a participé au slalom géant et au Super-G.

F TEGLA LOROUPE

Membre du club des Champions de la Paix

(collectif créé par Peace and Sport), la

Kényane a été la première athlète africaine à

remporter le marathon de New York, en 1994

(puis en 1995). Tegla Loroupe a aussi été

médaillée de bronze aux championnats du

monde sur 10.000 m en 1995 et 1999. Audelà

de ces titres, l’athlète détient également

les records du monde du 20 km et du 30 km.

Palmarès :

Record du monde de l’heure avec 18,340 km

le 7 août 1998 à Borgholzhausen / Record

du monde du 20 km en 1 h 05 min 26

le 3 septembre 2000 à Borgholzhausen /

Record du monde du 25 km en 1 h 27 min

05 le 21 septembre 2002 à Mengerskirchen

/ Record du monde du 30 km en 1 h 45 min

50 le 7 juin 2003 à Warstein

J SISTA ROCKET

Bon, on vous l’accorde, on triche un peu… Il

ne s’agit pas d’une, mais de trois sportives

africaines qui ont marqué l’histoire. Les trois

Nigérianes Seun Adigun, Ngozi Onwumere

et Akuoma Omeoga sont devenues les

premières athlètes de leur pays à participer

à des Jeux Olympiques d’hiver, en 2018 à

Pyeongchang, dans la discipline du bobsleigh.

K RUTH GBAGBI

24 ans et déjà dans l’histoire. Ruth Gbagbi est

devenue la première sportive originaire de Côte

d’Ivoire à être médaillée olympique (bronze),

lors des JO 2016. La taekwondoïste est

également devenue la première Africaine à être

titrée championne du monde, en 2017 (-62kg).

Palmarès :

Jeux Olympiques : 1 médaille de bronze /

Championnats du monde : 1 médaille d’or

Photographies : 1 : © Martin Rickett / PA Images / Icon Sport • 2 : © PA Images / Icon Sport • 3 : © Martin Rickett / PA Images / Icon Sport • 4 : © Vonderlag / Icon Sport • 5 : © Photoshot / Icon Sport • 6 : © Icon Sport / GEPA / Andreas Pranter • 7 : © UPI / Icon Sport • 8 : © Photoshot / Icon Sport

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EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 59


MAURITANIE

L’équipe nationale

féminine de football

de Mauritanie a vu

le jour en 2019. Avec

un plan ambitieux

de développement !

D.R.

Football en Mauritanie :

naissance

d’une équipe

nationale !

L’été dernier, l’équipe

de football féminine de

Mauritanie a disputé

son premier match de

compétition internationale,

quelques jours avant

le tournoi COTIF, en

Espagne. Une rencontre

amicale perdue face

à Djibouti (3-1), qui a

marqué l’histoire et ouvert

la voie à de nombreux

espoirs pour les joueuses

mauritaniennes.

PAR VANESSA MAUREL

Portées par Fatou Diop, qui

a inscrit le seul but de son

équipe sur pénalty, les Mauritaniennes

et leur fédération

souhaitent désormais viser

plus haut. En effet, la FFRIM a pour projet de

porter le football féminin au même niveau

que le football masculin et ainsi «contribuer


qui freinent cette discipline dans le monde.»

L’an dernier, l’équipe masculine de football

nationale a participé à sa première CAN


concédé une défaite pour deux matchs nuls

contre l’Angola et la Tunisie. Un exploit qui

donne de l’espoir à la section féminine et

son coach Aboulaye Diallo qui désire «montrer

au monde que la femme mauritanienne

peut être sportive». Mais pas que ! Si depuis

2016 les footballeuses évoluent dans leur

propre championnat, elles aspirent désormais

au plus haut niveau.

Porter le football féminin au

niveau du football masculin !

C’est pourquoi la FFRIM a mis en place un

département en charge du développement

de la section féminine. Les organisateurs

ont pour objectif de former et préparer

une nouvelle génération de femmes entraî-

D.R.

per

l’équipe nationale de football féminin

aux compétitions internationales. Pour cela,

le département veut «développer les infrastructures

et la logistique requises pour

le développement du football féminin en



des clubs et écoles, ou encore augmenter le

nombre de femmes entraîneures élite dans

le football ayant une formation d’entraîneur

de haut niveau».

Un programme inimaginable il y a encore

quelques années. Mais le travail paie. Fatou

Diop l’a récemment prouvé en signant son


2019, avec le club de 1 ère division marocaine

Assa Zag. Un petit pas de plus vers la professionnalisation

du football en Mauritanie, qui

devrait, à coup sûr, donner de l’espoir aux

WSA

60 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


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NIGÉRIA

Football

Asisat Oshoala,

première Africaine à remporter

la Ligue des champions

Larmes aux yeux, sourire

aux lèvres et les doigts

qui forment le V de la

victoire, Asisat Oshoala

pose fièrement à côté de la

fameuse coupe aux grandes

oreilles. La Nigériane a

réalisé l’exploit. Elle a

remporté le 16 mai 2021 la

Ligue des Champions sous

les couleurs du

FC Barcelone. Historique.

PAR VANESSA MAUREL

© Instagram @asisat_oshoala

Asisat Oshoala, grâce au

succès du FC Barcelone


de Ligue des Champions,

est devenue la première

africaine à remporter la Ligue des champions

féminine. Un sacre qui vient récompenser

une incroyable carrière.

« Mes parents étaient opposés à ce


majoritairement masculin, parce que


fervents musulmans, mais elle a refusé

d’abandonner son rêve », a expliqué

à l’AFP son grand frère Abdulbasic. « Je

dois admettre que cela a causé beau-


j’ai poursuivi mon chemin » a pour sa

part témoigné l’intéressée dans une

autobiographie publiée sur le site du

FC Barcelone.

C’est avec cette force et cette détermination

qu’Asisat Oshoala a continué de réaliser

ses rêves. De villes en villes, de continents

en continents, elle a prouvé de quoi

elle était capable. La Nigériane a d’abord

commencé son parcours en Afrique, au

FC Robo puis au Rivers Angels. Elle s’est

ensuite envolée pour l’Angleterre, où

elle a d’abord rejoint Liverpool avant de

continuer l’aventure avec Arsenal. C’est

seulement après avoir évolué une année

en Chine que la joueuse s’engage avec

le FC Barcelone. Là, sa vie et sa carrière

prennent un tournant. Initialement prêtée

au club, Asisat Oshoala, grâce à ses

8 buts inscrits en 11 matchs, a permis


Ligue des champions !

« Quand j’ai eu la chance de pouvoir faire

ce que j’aimais faire, j’ai fait en sorte

d’utiliser cette chance au mieux. Comme


accord, j’ai le sentiment que ce serait

une déception pour moi si je ne donnais

pas le meilleur de moi-même en permanence

», a-t-elle déclaré dans l’émission

Sports This Morning. Cette même année

2019, Asisat Oshoala est élue meilleure

joueuse africaine… pour la 4 e


devenue en 2020 la première joueuse


compétition.

Forte de sa notoriété et de ses titres


monter des projets concrets. Oshoala a

ouvert un service de sport-études dédié

au football à Lagos, au Nigeria, son pays

natal. Ce centre permet aux jeunes et

ner

après l’école et d’être encadrées par

des coachs professionnels. WSA

62 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


La Nigériane Asisat

Oshoala, 26 ans,

aujourd’hui au

FC Barcelone, est

considérée comme

la meilleure joueuse

du continent.

© UEFA / Pool / Icon Sport

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 63


RWANDA

Enquête

RWANDA

Le sport pour

oublier le génocide

Tel un phénix qui renaît de

ses cendres, le Rwanda a su

surmonter le drame de 1994

pour devenir l’un des pays

les plus viables du continent

africain. Économiquement,

mais aussi socialement. Et

il se trouve que le sport n’est

pas étranger à cette belle

réussite. Explications.

PAR AZZA BESBES ET FLORIANE CANTORO

Il y a vingt-six ans, le Rwanda vivait l’une

des plus grosses tragédies humaines du

XX e siècle : le génocide des « Tutsi » par la

communauté « Hutu ». À la fin de la guerre

civile, en juillet 1994, le pays déplorait

environ un million de morts. Sa population,

décimée, était marquée par des années de

violences et de dissensions. Aujourd’hui

pourtant, le Rwanda affiche un tout autre

visage : celui d’un état stable et prospère.

Il est souvent pris en exemple par ses

voisins africains pour sa modernité et

sa bonne santé économique (8% de

croissance annuelle en moyenne au cours

des deux dernières décennies).

investi dans les bons secteurs (infrastructures,

agriculture, éducation, etc.). Socialement,

«le sport a joué un rôle très important

dans la cohésion du pays », explique Valens

Munyabagisha, le président du Comité

national olympique et sportif rwandais

(CNOSR). Il cite le Comité international

olympique (CIO) - « bâtir un monde pacifiste

et meilleur par le sport » - et précise à cet

effet que « les premières compétitions ont

commencé dans le pays en novembre 1994,

soit quelques mois seulement après la fin du

génocide. » Le mouvement sportif rwandais

a donc rapidement pris de l’ampleur, poussé

par Kigali, la capitale ambitieuse qui souhaite

devenir « le noyau du sport en Afrique ».

Les évolutions de ces vingt-cinq dernières

années sont visibles aussi bien en matière

de haut niveau que d’infrastructures et de

sport-santé.

Boom du sport de haut-niveau

Dans ce domaine, le pays a multiplié l’organisation

d’événements sportifs d’envergure.

Le Rwanda a notamment accueilli, en 2016,

le Championnat d’Afrique des nations de

football (CHAN), une compétition disputée

tous les deux ans entre les seize meilleures

équipes du continent. Il devait également,

au printemps, accueillir les phases finales

de la toute nouvelle Basketball Africa

League mais celle-ci a été reportée en raison

de la pandémie du Covid-19.

Les progrès en matière de haut niveau se

mesurent également dans les bons résultats

des sportifs rwandais. À ce titre, les

coureurs cyclistes sont particulièrement

prolifiques avec cinq victoires sur le Tour

du Rwanda (de 2014 à 2018). L’an dernier,

cette course est passée de la catégorie

2.2 à 2.1, soit une classe d’épreuve supérieure.

Le beach-volley féminin a également

le vent en poupe avec une participation des

joueuses nationales au dernier Championnat

du monde en 2019.

De nouvelles infrastructures

Le pays s’est doté de cinq terrains de

football de niveau standard (dont deux

à Kigali) et en a remis à neuf un certain

nombre déjà existants. La capitale vient

également de se munir d’un terrain de

basketball haut de gamme, le Kigali Are-

LE SPORT POUR PANSER

LES BLESSURES

Comment le pays s’est-il remis du drame

de 94 ? Économiquement, le Rwanda a

bénéficié d’aides extérieures (Banque mondiale,

Fonds monétaire international) et

D.R.

© Rwanda Olympic

64 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


L’Office du

tourisme du

Rwanda est

sponsor du PSG

et du club anglais

d’Arsenal.

© Dave Winter / Icon Sport

masculine ainsi que sur la manche des

maillots de match des féminines. À partir

de la saison prochaine, les supporters

parisiens pourront également savourer thé

et café rwandais à la buvette du Parc, soit

deux produits phares de l’économie locale.

Le PSG promet en outre que ses joueurs

partiront à la découverte du Rwanda, et

que le club travaillera avec des jeunes footballeurs

du « pays aux mille collines » via

des programmes de formation.

UNE BELLE PLACE POUR

LES FEMMES DANS LE SPORT

Le Rwanda est donc un pays qui bouge et

progresse vite. « Kigali est une vraie inspiration

pour les autres villes africaines, se félicite

Valens Munyabagisha. Plusieurs cités

voisines ont d’ailleurs adopté le « car free

day » et le pratiquent à leur tour. »

Par ailleurs, le pays est également en

na, et un nouveau complexe multi-sportif

devrait bientôt s’élever sur le site du

stade Amahoro.

Des journées sans voiture !

Depuis 2016, le Rwanda a instauré le «car

free day » dans les trente districts du pays.

Il s’agit d’une journée sans voiture tenue

deux fois par mois, le dimanche, afin de

donner l’occasion à la population rwandaise

de faire du sport. À Kigali, la municipalité

investit chaque fois un peu plus dans

l’organisation de ces activités physiques

de plein air. « C’est aussi l’occasion de fournir

des tests et des informations concernant

les maladies liées à la sédentarité », précise

Valens Munyabagisha. Le président du

CNOSR souligne, en parallèle, l’émergence

de salles de sport un peu partout dans le

pays. Il explique que l’activité physique a

également tendance à revenir dans le giron

scolaire (avec des journées mensuelles dédiées

dans les écoles), et dans le domaine

professionnel sous l’égide de l’Association

en charge du sport des travailleurs.

« VISIT RWANDA »,

CLAMENT LES FOOTBALLEURS

DU PSG ET D’ARSENAL

Pour peaufiner son développement aujourd’hui,

le Rwanda mise sur le tourisme,

une industrie qui représente 12,7% du PIB

et qui génère plus de 132.000 emplois

dans le pays. Dans ce secteur, « le tourisme

sportif est tout particulièrement favorisé »,

note Mr. Munyabagisha. Les récents partenariats

conclus entre Kigali et les clubs

de football d’Arsenal (2018) et du Paris

Saint-Germain (2019) illustrent bien cette

démarche. Avec l’équipe anglaise, le Rwanda

a signé un contrat de trois ans estimé à

35 millions d’euros, impliquant la mention

« Visit Rwanda » sur tous les maillots des

Gunners (équipes masculine et féminine,

tenues d’entraînement et de match). « Avec

Arsenal, nous avons enregistré un chiffre

d’affaires de plus de 36 millions de livres

sterling en l’espace de quinze mois seulement

», détaille le chef du sport rwandais.

Au PSG, la mention « Visit Rwanda » apparaît

sur les panneaux publicitaires du Parc

des Princes plusieurs fois par match depuis

le début de l’année, sur les maillots d’entraînement

et d’échauffement de l’équipe

avance en matière de parité et de mixité,

avec des taux records de femmes dans

les instances dirigeantes. A la Chambre

des députés, par exemple, elles représentent

plus de 60% des élus, ce qui

fait du Parlement rwandais le parlement

le plus féminin au monde. « Dans

le sport, nous voyons aussi leur émergence

car les trois dernières ministres

des Sports et de la Culture en date sont

des femmes», rappelle le président du

CNOSR. Le bureau exécutif de son instance

compte quant à lui trois femmes

sur sept membres, dont une qui siège

au CIO, Félicité Rwemarika (commission

sport et société active). Aussi, il ne

manque plus qu’un champion olympique

au Rwanda pour parfaire sa panoplie du

pays le plus sportif d’Afrique ! WSA

Un grand merci à Valens Munyabagisha, président

du CNOSR, pour ses éclairages sur les évolutions du

mouvement sportif rwandais.

© City of Kigali

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 65


SÉNÉGAL

Rencontre

Fatma Samoura :

« Ma nomination à la FIFA a été

pour certains un véritable choc »

Entretien exclusif avec la femme la plus puissante du football mondial, Fatma Samoura,

secrétaire générale de la FIFA. Son parcours, depuis son Sénégal natal jusqu’à Zurich, siège

de l’organe suprême du football, en passant par l’ONU où elle a œuvré durant 20 ans dans

plus de 70 pays, le développement du football féminin, les enjeux de l’empowerment des

femmes par le sport… Fatma Samoura nous dit tout !

PROPOS RECUEILLIS PAR LES SERVICES DE LA FIFA ET DAVID TOMASZEK - REMERCIEMENTS NAOISE KING

WOMEN SPORTS AFRICA :

VOUS ÊTES SECRÉTAIRE

GÉNÉRALE DE LA FIFA ET

À CE TITRE LA FEMME

LA PLUS PUISSANTE DU

FOOTBALL MONDIAL

ET VENEZ D’ÊTRE

INTRONISÉE AU HALL

OF FAME DU FORUM

INTERNATIONAL DES

FEMMES. REVENONS

SUR VOTRE PARCOURS

HORS DU COMMUN. D’OÙ

VENEZ-VOUS, FATMA

SAMOURA ?

FATMA SAMOURA : Je suis

née et j’ai grandi au Sénégal.

À 18 ans, mon baccalauréat

en poche, je suis partie en

France pour poursuivre mes

études universitaires. Je suis

rentrée au Sénégal en 1986

après l’obtention d’un Diplôme

d’Etudes Supérieures

merce

International à l’IECS

de Strasbourg et une maîtrise

en Langues Étrangères Ap-


pour débuter ma carrière

professionnelle à la Senchim,

dustries

Chimiques du Séné-


commercialisation de produits

phosphatés élaborés. Je suis

mariée et mère de trois enfants.

VOUS AVEZ REJOINT LA

FIFA EN 2016. POURQUOI

LE FOOTBALL ?

COMMENT S’EST PASSÉE

VOTRE INTÉGRATION ?

VOUS OCCUPEZ

DÉSORMAIS LE POSTE

INCROYABLEMENT

PRESTIGIEUX DE

SECRÉTAIRE GÉNÉRALE.

QUEL EST VOTRE

QUOTIDIEN ? QUELS SONT

LES GRANDS ENJEUX DE

VOTRE MISSION ?

J’ai rejoint la FIFA pour une

raison simple, le pouvoir fédérateur

unique du football. J’ai


de secrétaire générale en juin

2016. Avant d’assumer ces

nouvelles responsabilités à

Zurich, j’avais passé 21 ans

à travailler avec le Système

des Nations Unies que j’ai rejoint

à l’âge de 33 ans en mai

1995 au siège du Programme

Alimentaire à Rome, en Italie.

J’ai eu au cours de ma carrière

onusienne à travailler

sur des programmes de développement,

d’urgence et de

relèvement en Italie, à Djibouti,

au Cameroun, au Tchad, en

Guinée, au Niger, à Madagascar

et au Nigéria.

Au cours de mes différentes

affectations, j’ai eu à voyager

dans plus de 70 pays différents

pour entreprendre des

évaluations des capacités


répondre à des crises humanitaires

réelles ou hypothétiques

ou pour fournir des

aides d’urgence, de secours

et de relèvement ou simplement

pour aider les communautés

à renforcer leur capacité

de résilience face aux

catastrophes naturelles ou

causées par les hommes.

« LES FEMMES SONT AU

CŒUR DU DÉVELOPPEMENT

DE L’AFRIQUE. »

C’est lors d’une de mes missions

au Libéria que j’ai pu

mesurer le pouvoir du football

et mesurer son potentiel

unique à restaurer la paix et

la cohésion sociale. En effet,

pendant la guerre civile des

années 90, les seuls moments

où les combattants

acceptaient de faire momentanément

taire les armes

c’était lorsqu’il pleuvait ou

lorsqu’il y avait un match de

football.

66 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


En 2016,

Fatma Samoura

est devenue la

première femme

secrétaire générale

de la FIFA.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 67

D.R.


SÉNÉGAL

Gabrielle

Aboudi Onguene

(Cameroun), lors

de la Coupe du

Monde Féminine

de la FIFA 2019, en

France.

© Richard Sellers - PA Images - Icon Sport

Avant de rejoindre

mon dernier lieu d’affectation

avec les Nations Unies au

Nigeria, j’étais basée à Madagascar

ou j’ai occupé d’octobre

2010 à janvier 2016,

les fonctions de Coordonnatrice

résidente du système

des Nations Unies et Représentante

résidente du PNUD.

La tension politique était très

forte pendant toute la durée

de ma mission à Madagascar.

Pendant près de deux

ans j’ai dû me déplacer entre

mon domicile et mon bureau

sous forte escorte militaire.

L’organisation des élections

s’est faite dans des conditions

politiques, sécuritaires

et humanitaires extrême-


Grande Ile début 2016 après

que l’ONU et la communauté

internationale aient aidé Madagascar

à travers des élections

justes, transparentes

et démocratiques à revenir à

l’ordre constitutionnel.

C’est à quelques jours de

mon départ que j’ai été invitée

à un dîner auquel prenait

part Gianni Infantino, qui

était en pleine campagne

pour la présidence de la FIFA.

Nos échanges au cours de ce

dîner étaient cordiaux. Je lui

ai écrit pour le féliciter lorsqu’il

a été élu président de la

FIFA en février 2016. Au mois

de mai 2016, il a proposé

mon nom au poste de secrétaire

général au Conseil de la

FIFA qui a endossé sa proposition.

J’ai pris mon poste à

Zurich en juin 2016.

Ma nomination à la FIFA a

été pour certains un véritable

choc. En 112 ans d’existence

l’organisation n’avait connu

que des administrateurs

hommes tous issus du même

« EN 112 ANS D’EXISTENCE

L’ORGANISATION

N’AVAIT CONNU QUE

DES ADMINISTRATEURS

HOMMES TOUS ISSUS DU

MÊME CONTINENT. »

continent. La décision du

président Infantino de proposer

une femme africaine au

poste de secrétaire général

était visionnaire et avant-gardiste.

Étant lui-même père


qu’avec 50% de la population

mondiale composée de

femmes, donc la moitié des

fans de football du monde,

il était temps d’amener une

femme à la FIFA.

Ma nomination n’est pas

restée un acte isolé car aujourd’hui

le monde sportif

et celui du football en particulier

est beaucoup plus

inclusif que par le passé. Il

y a six femmes qui siègent

au Conseil de la FIFA, l’organe

décisionnel. Les commissions

permanentes de la

FIFA, ainsi que les associations

membres, comptent de

plus en plus de femmes dans

68 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


leurs rangs y compris au niveau

le plus élevé de l’administration

des fédérations.

Dans mon rôle, j’ai bien peur

qu’il n’y ait pas de journée de

travail normale, encore moins

de semaine de travail normale

! L’éventail des responsabilités

est si large qu’un

jour n’est jamais comparable

à un autre. Pour le moment,

une grande partie de mon

travail consiste à aider nos

membres du monde entier à


sont confrontés du fait de la

Covid-19.

Pour ce faire, le plan de secours

FIFA Covid-19 a été

lancé via la distribution par la

FIFA de 1,5 milliard de dollars

de fonds de secours.

Ce plan de relèvement est

vraiment révolutionnaire et a

été conçu pour montrer la solidarité

du football en action

grâce à un volet subvention

et un volet prêt sans intérêt.

En effet, chaque fédération

a droit à une subvention


de protéger et redémarrer le

football. Chaque association

reçoit en outre une subvention

de 500,000 USD, spéci-



à la possibilité de demander

un prêt sans intérêt d’un

montant maximal de 5 millions

de dollars US. Le plan

de secours FIFA Covid-19

fournit donc les ressources


communauté du football pour

garantir l’avenir du football

de base et des jeunes, ainsi

que celui du football professionnel

féminin et masculin.

et des équipes, effectuer

des tests Covid-19 et mettre

en place les protocoles sanitaires

nécessaires pour limiter

la propagation du virus.

Les résultats du plan de secours

FIFA Covid-19 sont

jusqu’ici jugés très positifs et

ont permis de renforcer l’engagement

de la FIFA à préserver

et à protéger le football,

encore plus pendant cette


2020 a été une année très

spéciale et l’administration

de la FIFA s’est consacrée en

priorité à la protection et la

préservation du football ainsi

qu’à la gestion de l’administration

et du personnel de la

FIFA.

Je voudrais ajouter en conclusion

que, bien sûr, pour le moment,

la santé passe avant

tout et que le football ne devrait

être joué que si toutes

les dispositions sanitaires

sont mises en place pour pro-


du football et les fans.

« 1,12 MILLIARD DE

PERSONNES DANS LE

MONDE ONT REGARDÉ

LA COUPE DU MONDE

FÉMININE DE LA FIFA À LA

TÉLÉVISION EN 2019. »

COMMENT JUGEZ-VOUS

LA PLACE DU FOOTBALL

FÉMININ DANS LE

MONDE EN GÉNÉRAL

ET EN AFRIQUE EN

PARTICULIER À L’HEURE

ACTUELLE ? QUELLES

SONT LES MESURES

MISES EN PLACE PAR LA

FIFA POUR PROMOUVOIR

LE FOOTBALL FÉMININ ?

Le football féminin en général

est passé au premier plan

grâce au franc succès de la

Coupe du Monde Féminine

de la FIFA qui s’est déroulée

en France en juin-juillet

2019. Quand nous revenons

sur cette compétition, les

statistiques montrent à elles

seules à quel point le football

féminin s’est développé depuis

l’édition de 2015 au Canada.

Les chiffres sont sans

équivoque et augurent d’un

avenir radieux pour le football

féminin.

En effet, 1,12 milliard de personnes

dans le monde ont

regardé la Coupe du Monde

Féminine de la FIFA à la télévision

en 2019 et 481,5

millions de personnes ont regardé

la compétition


que les fédérations et les

confédérations peuvent faire

fonctionner leurs organisations,

payer les factures et

les salaires des entraîneurs

Chidinma Okeke

(Nigeria) face à

l’Allemagne lors de

la Coupe du Monde

Féminine de la

FIFA 2019.

© Alexandre Dimou / Icon Sport

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 69


SÉNÉGAL

sur les plateformes

numériques. En moyenne,

17,27 millions de téléspectateurs

ont suivi chaque

match en direct et, lorsque

vous comparez ce chiffre aux

8,39 millions qui ont suivi les

matchs en direct lors de la

septième édition de la compétition

en 2015, vous pouvez

voir que le football féminin

a énormément gagné en

popularité.

Le football féminin en Afrique

est également en pleine

croissance. L’Afrique regorge

de talents du football et

ma mission de six mois en

qualité de déléguée générale

de la FIFA pour l’Afrique

m’a permis de côtoyer les

plus grands talents de notre

continent, dont beaucoup

sont des femmes. Je veux

voir l’Afrique au sommet du

football mondial et mon rêve

est de voir plus d’équipes féminines

africaines atteindre


du Monde Féminine de la

FIFA - ce qui est un objectif

réalisable comme le prouvera

certainement l’édition 2023,

organisée par l’Australie et la

Nouvelle-Zélande. Le nombre

d’équipes participantes passera

de 24 à 32, ce qui signi-


de pays africains, d’Amérique

latine, et d’autres régions du

globe, auront l’occasion de


à la compétition ultime de la

coupe du monde de football

féminin.

Je regrette l’annulation de la

Coupe d’Afrique des Nations

féminine 2020 et j’espère

qu’en 2021 la CAF remettra

le football féminin africain

sur les rails, car les équipes

féminines doivent jouer des

matchs compétitifs à chaque

fois qu’elles en ont l’opportu-


mieux pour les matches de


Monde Féminine de la FIFA.

Quant à savoir comment la

FIFA promeut le football féminin,

laissez-moi souligner

ce qui suit : la FIFA a investi

1 milliard de dollars dans

le football féminin pour le


développer le football féminin

sur et en dehors du terrain.

L’année dernière, nous

avons commencé à voir les

fruits de l’investissement

dans le football féminin

avec la Coupe du monde

féminine de la FIFA la plus

réussie de tous les temps.

Avant le coup d’envoi, nous

avons accueilli la toute première

Convention mondiale

sur le football féminin, et

nous avons été ravis de voir

participer divers dirigeants


sociaux et d’éminentes personnalités

qui ont donné à

cette convention un cachet

très spécial et permis de rehausser

encore davantage le


Nous nous sommes appuyés

sur le succès sans précédent

de la Coupe du Monde Féminine

de la FIFA en France en

2019 pour lancer une série

d’initiatives en faveur du football

féminin.

Pour répondre aux besoins

de nos membres du monde

entier pendant la pandémie,

nous avons mis à disposition

des supports de formation

nuel

des administrateurs en

charge du football féminin,

le livret des programmes de

développement de la FIFA,

l’analyse physique de la

coupe du monde féminine

2019 et le rapport de solidarité

des clubs de cette même

coupe du monde. Tous ces

supports sont disponibles

sous forme numérique. Par

ailleurs, depuis le début de

la pandémie, notre division

de football féminin a organisé

plus de 500 appels Zoom

avec nos fédérations et les

parties prenantes du football

féminin pour les soutenir pen-


Comme je l’ai mentionné plus

haut, le plan de secours FIFA

Covid-19 a été élaboré pour

protéger et préserver le football

pendant cette période


en est l’un des principaux bé-


« LE MONDE DU FOOTBALL

EST BEAUCOUP PLUS

INCLUSIF QUE PAR LE

PASSÉ. »

© Alexandre Dimou / Icon Sport

Busisiwe Ndimeni

(Afrique du Sud),

lors de la Coupe du

Monde Féminine

de la FIFA 2019, en

France.

En outre, pour montrer à quel

point la FIFA prend au sérieux

la protection des femmes

dans le football en novembre,

la Commission des parties

prenantes du football de la


séries de réformes majeures

visant à renforcer la

protection des joueuses et

des entraîneurs de football.

De nouvelles normes minimales

mondiales pour les

joueuses, notamment en ce

qui concerne la maternité

sont en train d’être promues.

Les nouvelles règles comprennent

un certain nombre

de mesures clés, notamment

le droit à un congé de maternité

obligatoire d’au moins 14

semaines et le paiement d’au

moins deux tiers du salaire

contractuel des joueuses.

A leur retour au travail, les

clubs doivent réintégrer les

joueuses, fournir un soutien

médical et physique adéquat,

s’assurer qu’aucune joueuse

n’ait à souffrir d’un désavantage

quelconque en raison

de sa grossesse tout en

garantissant une meilleure

protection de l’emploi des

femmes dans le football. Les

nouvelles règles établissent

des normes minimales pour

les contrats d’entraîneurs et


contrats. Ces propositions seront

soumises au Conseil de

la FIFA pour approbation.

70 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


« JE RECONNAIS

QU’ÊTRE LA PREMIÈRE

FEMME NOIRE À OCCUPER

CE POSTE À LA FIFA

CHANGE LA DONNE. »

PENSEZ-VOUS QUE

LE SPORT SOIT UN

LEVIER DE PROMOTION

SOCIALE DES FEMMES

EN AFRIQUE ? PLUS

GLOBALEMENT

ENCORE, QUEL EST

VOTRE REGARD SUR LA

PLACE DE LA FEMME

EN AFRIQUE ET SON

ÉVOLUTION ? EN TANT

QUE «ROLE MODEL»,

QUEL MESSAGE POUVEZ-

VOUS ADRESSER À UNE

JEUNE FILLE AFRICAINE

D’AUJOURD’HUI ?

Le sport et le football en particulier

fournissent formation,

compétences et inculquent

la discipline. La pratique du

football en particulier crée un

esprit d’équipe et enseigne

des compétences telles que

le fait de savoir gagner et

perdre, de respecter l’adversaire,

d’être fair play, etc…

qui sont des valeurs importantes

dans la vie de tout

individu. Le football joué

à l’école est également un

excellent moyen de garder


l’école. Des études ont mon-


longtemps à l’école, moins

elle est susceptible d’être

victime de grossesse précoce

et indésirable ou de risquer

sa vie et celle de ses enfants

suite à des complications lors

de l’accouchement.

Le football représente également

une source d’inspi-


africaines. Les femmes et


étaient ravies quand elles

ont vu leurs sœurs du Nigéria,

d’Afrique du Sud et

du Cameroun participer à

la Coupe du monde féminine

de la FIFA 2019. Voir

quelqu’un qui vous ressemble

atteindre les plus

hauts sommets du sport

mondial est une grande motivation

et source d’encouragement

pour beaucoup


elles aussi envie de rêver

grand.

Les femmes sont au cœur du

développement de l’Afrique.

Elles gèrent leur foyer, leurs

enfants et en conséquence

la société au sens large.

Les femmes africaines sont

fortes et ont la capacité de

gérer les problèmes et les


avec perspicacité et créativité.

Maintenant que de


femmes poursuivent leurs

études, nous voyons ce

genre de créativité exploser

dans les salles de conseils.

De plus en plus de femmes

assument de grandes responsabilités

dans le monde

des affaires et cette tendance

va se poursuivre.

J’aimerais voir plus d’investissements

dans l’éduca-


femmes pour les maintenir à

l’école, dans les centres de

formation et à l’université.

Le programme FIFA Football

pour les écoles, que nous

avons lancé en Mauritanie,

s’appuie sur les aspects

positifs du football pour apporter

des messages d’encouragement

et d’autono-


qui participent à l’initiative.

Nous espérons déployer ce

programme sur tout le continent

africain et atteindre


de garçons grâce aux effets

positifs du football.

Je dirais que je me sens

très privilégiée et honorée


me considérer comme leur

modèle. Je suis tout à fait

consciente que c’est une

grande responsabilité à

assumer et c’est quelque

chose que je prends très

au sérieux. Je reconnais

qu’être la première femme

noire à occuper ce poste à

la FIFA change la donne et

j’essaie d’inspirer d’autres

africains et minorités par

mes actions.

Aux jeunes filles lisant

cette interview, je dirais :

sachez ce que vous voulez

et foncez ! Ayez un plan de

carrière et faites tout pour

vous y tenir. Soyez les meilleures

dans vos domaines,

soyez confiantes et fières.

En un mot « Croyez en vousmêmes

» WSA

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 71


TANZANIE

VOYAGE

Sept jours sur

le Kilimandjaro

RÉCIT DE RANDO SUR LE TOIT DE L’AFRIQUE

À l’extrême nord de la Tanzanie, comme sorti de terre au milieu de la savane, le

Kilimandjaro détonne autant qu’il impressionne. Surnommé le « toit de l’Afrique », il

culmine à 5.895 mètres d’altitude. L’été dernier, Lorenne, 25 ans, est partie à

l’assaut de ce mythique sommet. Kinésithérapeute de profession, la jeune

femme originaire de Tarbes s’est lancée dans l’ascension de sa vie

avec son compagnon et deux couples d’amis, sportifs aguerris.

Encadrés par l’agence Congema Safaris, ils ont choisi un

parcours en sept jours par la voie « Machame »,

réputée pour être l’une des plus belles. Lorenne

nous raconte cette aventure.

PAR FLORIANE CANTORO

72 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Une pente pas si raide !

J-0, veille du départ. Dans un hôtel

d’Arusha, une ville située à quelques

kilomètres au sud du Kilimandjaro,

nos six randonneurs français profitent

des dernières heures de confort.

Contrairement à certains trekkeurs qui

choisissent des nuitées en gîtes, eux

ont opté pour une forme d’ascension

plus authentique en bivouacs. Un

contact direct avec la nature sciemment

recherché mais qui se complique quand

la météo n’est pas au beau fixe. « On

a pris la pluie d’entrée… », se souvient

Lorenne, évoquant une première nuit

« mouillée » sous la tente. Le ton est

donné: ce « Kili », il faudra se le mériter !

Heureusement, les randonnées des

jours 1 et 2 sont assez faciles, avec

un faible dénivelé. Cela représente

environ 4 heures de marche par jour

pour des sportifs comme eux (entre 4

et 6h en moyenne). Mis à part un petit

« mur » à 4.000 mètres surnommé le

« Breakfast Wall » (car les trekkeurs

ont pour habitude d’y laisser leur petit

déjeuner…), l’ascension du Kilimandjaro

est d’ailleurs un effort physique assez

abordable, même pour les moins

sportifs des aventuriers. « On a vu

tous types d’âges et de profils », assure

Lorenne.

L’ascension du

toit de l’Afrique

est un rêve pour

les amoureux de

la montagne.

© Lumiere Media / Shutterstock

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 73


TANZANIE

Jeux de cartes et poulet-frites en altitude

En principe, les randonneurs terminent l’étape quotidienne

vers 13h00 et passent l’après-midi à jouer aux cartes et à

discuter, « pour tuer le temps ». Car les marcheurs n’ont

absolument rien d’autre à faire sur le Kilimandjaro que…

marcher ! Ce sont les « porteurs » qui s’occupent de la

logistique, de monter et démonter le campement. Ces

accompagnateurs indispensables, parmi les mieux payés

des hommes tanzaniens, calent parfois sur leur dos jusqu’à

20 kg de tentes, de chaises, de vêtements… « Nous, on a

vraiment le strict minimum dans nos sacs de rando : une

bouteille d’eau, de quoi se couvrir, des barres de céréales

et c’est tout ! », reconnaît Lorenne. Il y a aussi les cuisiniers

- qui vont jusqu’à leur concocter un surprenant pouletfrites

à 4.000 mètres d’altitude ! - et les guides. Sans ces

personnes de soutien (une douzaine pour six randonneurs

en l’occurrence), les touristes ne peuvent pas accéder au

« toit de l’Afrique ». Le règlement du Parc empêche même

les meilleurs traileurs du monde de grimper sans un guide

certifié.

© TristanBalme / Shutterstock

© JLwarehouse / Shutterstock

Le mal des montagnes :

ennemi public numéro un

L’importance de ces soutiens pendant l’ascension se fait

particulièrement ressentir au jour 3, celui de la marche

d’acclimatation. Une sorte d’aller-retour en altitude

pour adapter ses poumons au manque d’oxygène. Ce

jour-là, le petit groupe d’amis atteint les 4.600 mètres.

« Les filles ont commencé à se sentir patraques pendant

la montée. Ensuite, la soirée a été compliquée pour tout

le monde : on a tous eu mal à la tête et des nausées », se

rappelle Lorenne. C’est ce que l’on appelle le « mal des

montagnes ». « Pour moi, l’altitude est ce qu’il y a de plus

difficile sur le Kilimandjaro », déclare la jeune femme

passionnée de trail, pourtant habituée aux courses en

hauteur sur les cimes des Pyrénées.

« Le mal des montagnes peut toucher tout le monde sans

exception, sportif ou non, et on ne peut rien y faire ».

Les médicaments tels que le paracétamol ou l’ibuprofène

demeurant assez peu efficaces.

S’écouter, s’écouter, s’écouter

© Lubo Ivanko / Shutterstock

Au matin du jour 4, les maux de tête et les nausées

affectent toujours les filles. Lorenne, elle, n’a plus d’appétit.

Les doutes s’installent : parviendront-ils au sommet,

ensemble ? « Il a fallu se rebooster tout en restant lucides

sur notre santé », explique Lorenne, qui avait pensé à

embarquer un oxymètre de pouls dans son sac à dos. Il faut

bien garder à l’esprit que l’ascension du Kilimandjaro n’est

pas une promenade de santé. Si la difficulté du parcours

n’est pas insurmontable, cela reste un trek de plusieurs

jours dans des conditions extrêmes (jusqu’à -10°C) et à

une altitude inhabituelle pour la plupart des grimpeurs. Les

conséquences pour l’organisme peuvent être dramatiques

74 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


qu’une seule chose : redescendre ! ». Tous sont d’ailleurs

unanimes : c’est un peu plus bas, à Stella Point, qu’ils ont

véritablement eu les larmes aux yeux. « C’est là que l’objectif

est psychologiquement atteint. Il ne reste qu’une heure de

marche, à peine. Dans nos têtes, c’est déjà plié ! ».

À 5.895 mètres, Lorenne et ses amis rebroussent donc vite

chemin. Ils dorment quelques heures au camp de base,

en journée, puis rechaussent les baskets pour dévaler

encore un peu de pente. « C’est la journée de marche la

plus longue », se rappelle la randonneuse. La descente

finale s’effectue le jour 7, le coeur léger : « Les douleurs

s’amenuisent. On réalise qu’on l’a fait, on est content, libéré

et on a perdu 3 kg ! (rires) ».

Un dernier conseil pour la route : pas

d’ascension à l’improviste !

Lorenne et ses

amis auront mis

7 jours à monter

et à descendre.

© Timaldo / Shutterstock

Ce que Lorenne retient de son expérience, c’est qu’il ne faut

surtout pas s’aventurer sur le Kilimandjaro sur un coup de

tête. Ce genre d’expédition nécessite d’être correctement

préparée, notamment en termes d’équipements contre

le froid. Elle conseille également aux aventuriers les

moins sportifs de s’entraîner un minimum avant le départ.

« L’altitude nous affaiblit déjà suffisamment. Si les jambes

ne suivent pas, en plus, ça risque d’être très compliqué. »

Résumons pour les personnes intéressées : acheter une

bonne doudoune, suivre un programme sportif « accéléré »

et booker un vol pour la Tanzanie. C’est parti ! WSA

comme en témoignent les quelques malheureux décès

déclarés chaque année par les autorités du Parc. « Il n’y a pas

de médecin dans les groupes d’ascension, on est en autogestion,

précise Lorenne. Les guides font un check-up rapide

tous les soirs mais il faut s’écouter soi en priorité car ils ont un

peu tendance à pousser. Ils ont envie qu’on aille au bout, qu’on

soit heureux et qu’on recommande leur agence. »

Aussi, les jours 4 et 5, c’est « tranquillement » que les six amis

rejoignent le dernier camp de base, à 4.752 mètres, attentifs

au moindre signe de fatigue des uns et des autres.

2 minutes au sommet et 3 kg en moins !

Le jour 6 est sans aucun doute le plus dur de l’aventure :

c’est l’ascension finale. Elle se fait de nuit (départ à minuit)

et se déroule en deux étapes : un premier tronçon jusqu’à

Stella Point (5.756 mètres), puis un second jusqu’à Uhuru

Peak, le point culminant de l’Afrique.

L’expédition nocturne tourne vite au cauchemar pour

Lorenne qui fait une hypoglycémie. Elle ne s’alimente pas

beaucoup depuis trois jours. Chaque pas lui demande

un effort considérable. Elle puise dans ses ressources

pour finalement atteindre le sommet « au mental » vers

7h00 du matin. « Paradoxalement, je n’ai pas trop profité

de la vue. J’avais tellement mal à la tête qu’il me tardait

© @lorenneb / Instagram

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 75


TUNISIE

Portrait

L’année de la consécration pour

Ons Jabeur ?

Après avoir marqué l’histoire du tennis en disputant les quarts-de-finale de l’Open d’Australie

(une première pour une joueuse africaine !), la Tunisienne Ons Jabeur est entrée cette année

dans le Top 20 mondial au classement WTA. De quoi augurer d'un avenir radieux !

PAR FLORIANE CANTORO

À27 ans, Ons Jabeur compte

déjà parmi les personnalités

sportives africaines les plus

connues. Et pour cause :

depuis dix ans, la jeune tenniswoman

tunisienne ne cesse de repousser

les limites de son sport.

Initiée à la pratique du tennis à l’âge de trois

ans par sa mère, amatrice des courts, Ons

fait une première fois parler d’elle en 2011,

en remportant le tournoi de Roland-Garros

en simple juniors. Un an après avoir déjà at-

-


arabe, 16 ans à l’époque, s’impose face à

-

mière

joueuse africaine à gagner un tournoi

du Grand Chelem en simple depuis 47 ans

et la victoire de l’Égyptien Ismail El Shafei à

Wimbledon en 1964, en juniors.


jamais imposée sur le circuit WTA, considéré

comme la ligue majeure du tennis féminin,

mais s’en rapproche fortement. Preuve en




En Grand Chelem, la N°1 du tennis africain


en atteignant le 3 eme tour de Roland-Garros


d’Australie 2020, une première pour une

joueuse du monde arabe et du continent

africain. Elle s’assure au passage une place



e Elle a franchi un

cap, assure Salma Mouelhi, la présidente

de la Fédération tunisienne de tennis. Ons a

toujours eu des qualités techniques et physiques,

mais ce qui est différent c’est qu’elle

DEPUIS DIX ANS, LA JEUNE

TENNISWOMAN TUNISIENNE NE

CESSE DE REPOUSSER LES LIMITES

DE SON SPORT.

Un an plus tard, en 2012, elle passe professionnelle

et dispute son premier match sur

le circuit WTA le 14 février à Doha, mais s’incline

face à la Française Virginie Razzano en

trois sets.

Une icône avec de l’ambition

De 2009 à 2018, Ons Jabeur remporte de

nombreux tournois sur le circuit ITF - sorte

de 2 eme division du tennis féminin disputée

par des joueuses juniors ou professionnelles

classées au-delà de la 100 e place mondiale


en 2017. Elle s’est en prime offert d’éliminer

sur son passage la Slovaque Dominika

Cibulkova, 7e mondiale à l’époque. Cette année-là,

elle entre dans le Top 100 mondial,

devenant ainsi la seconde joueuse de tennis

africaine aussi bien classée après sa compa-


2019, Ons Jabeur s’offre un nouveau beau

parcours en tournoi majeur en ralliant le 3 eme

tour de l’US Open, mais voit ses ambitions

douchées par la Tchèque Karolina Pliskova


star du sport tunisien féminin réussit une

performance encore plus remarquable : elle

croit vraiment en elle. Elle a le potentiel

pour viser plus haut, le Top 10 mondial par

exemple. »

Cette année pourrait être la bonne. En

jouant son meilleur tennis, Ons Jabeur a en-


palmarès d’un tournoi WTA, en s'imposant

sur le gazon de Birmingham ! Ce premier

titre sur le circuit majeur n'est certainement

pas le dernier. La championne tunisienne

pointe désormais dans le Top 20 du

classement mondial. Et elle ne compte pas

s'arrêter là ! WSA

76 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


A 31 ANS, MARIE-JOSÉE

VISE DÉSORMAIS

LA GLOIRE OLYMPIQUE.

Ons Jabeur a

décroché en 2021

son premier titre

sur le circuit

professionnel

féminin WTA.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 77

© Anthony Dibont / Icon Sport


CLUB WOMEN SPORTS

L’UNESCO

MISE SUR

LE SPORT

© Graham Aubrey

L’agence des Nations

Unies fait du sport un

outil indispensable pour

l’éducation, la santé et

l’égalité

Grâce à son pouvoir transformateur, le sport est un outil incontournable pour le développement,

l’inclusion sociale et l’égalité des genres. Il occupe une place centrale au sein de l’UNESCO, agence

des Nations Unies cheffe de file pour l’éducation physique et le sport. De fait, l’agence onusienne

assure une mission de coordination et de plaidoyer pour l’intégration systématique du sport dans

les politiques publiques d’éducation, de santé, d’égalité et de jeunesse au niveau international et

national. Elle intervient également auprès de ses États membres pour favoriser les investissements

des gouvernements, des partenaires de développement et du secteur privé dans le sport pour le

développement. PAR LA RÉDACTION DE WOMEN SPORTS, EN COLLABORATION AVEC LES ÉQUIPES DE L’UNESCO

Dans l’ombre de la

COVID-19, trois crises

contemporaines majeures

Chute de l’activité physique,

déclin de la santé mentale, accélération

des inégalités de genre,

la COVID-19 a mis en lumière et

démultiplié ces trois phénomènes

préexistants, interdépendants

mais trop souvent sous-estimés.

81 % des adolescents ne


d’activité physique selon l’OMS,

ce taux étant encore plus élevé

ment

constaté que les troubles

d’anxiété et les états dépressifs

chez les jeunes ont bondi de plus

de 200 %. Aujourd’hui plus que

jamais, l’activité physique et sportive

est nécessaire pour cultiver

la résilience physique, mentale et

socio-émotionnelle.

Pourtant, de nombreux obstacles

à la pratique systématique

du sport persistent partout dans

le monde, notamment pour les

femmes, victimes d’inégalités en

termes d’accès et de participation

au sport et à une éducation physique

de qualité. Elles sont aussi

les premières victimes de harcèlement

et de violences sexuelles

dans le sport, rencontrent des


LE SPORT C’EST :

+80%

de confiance

chez les filles

+40%

de réussite

aux examens

responsabilité dans l’écosystème

sportif et subissent un écart de

rémunération conséquent par rapport

aux hommes. Le sport d’élite

© Girard Olivier

n’est pas exempt de ces inégalités

genrées : le continent africain

compte aujourd’hui une seule

joueuse de rugby professionnelle

78 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


– Babalwa Latsha – et les ligues

professionnelles de football fé-

minin sont quasiment absentes.

Bien que, sur le continent africain,

les habitudes sportives varient se-

lon les cultures, l’histoire coloniale

et les zones linguistiques, des obs-

tacles communs à tous les pays

persistent, ralentissant la promo-

tion et l’accessibilité du sport : la-

cunes politique, juridique, institu-

tionnelle, manque d’infrastructure


Le sport, une solution

facile d’accès et à fort

impact

Des preuves solides démontrent

le pouvoir transformateur du

sport pour améliorer la vie des

individus, et plus particulière-


L’investissement dans le sport et

son écosystème est donc un che-

min prometteur pour atteindre un

développement durable, inclusif

et égalitaire en Afrique. La stra-

tégie de développement durable

pour intégrer le sport dans

les politiques publiques nationales

de façon systématique.

L’UNESCO accompagne ainsi

ses Etats membres dans cette

démarche à travers la mise

en place de plans d’actions,

l’organisation de sommets interministériels

(MINEPS) et de

comités intergouvernementaux

(CIGEPS)pour l’activité physique,

l’éducation physique et

le sport. Par ailleurs, l’UNESCO

appuie le développement de

politiques sportives ciblées, notamment

grâce à la génération

de données à travers les différents

projets qu’elle porte.

Les inégalités structurelles, les

conditions d’insécurité, la peur

des agressions et les expériences

de harcèlement nuisent

à l’engagement des femmes

dans le sport. L’UNESCO est

engagée dans l’élaboration et

la mise en œuvre de directives

pour la sécurité des sportifs


FIT FOR LIFE en bref

Intégrer

les politiques

d’égalité,

de sport,

d’éducation,

de jeunesse

et de santé

Encourager

et permettre la

participation

des jeunes

dans le sport,

une éducation

physique de

qualité et

des bonnes

habitudes

alimentaires

Eduquer

aux valeurs

du sport pour

changer les

comportements,

surpasser les

stéréotypes

de genre

et favoriser

l’inclusivité et le

respect

Fit for Life sera lancée officiellement en novembre 2021 lors de la

Conférence Générale de l’UNESCO.

Mesurer

l’impact des

interventions afin

d’accroître les

investissements

Stiliani “Ani” Chroni présente

l’Observatoire Mondial

des Femmes et du Sport

Stiliani “Ani” Chroni est Professeure de psychologie du sport, de

pédagogie et d’entraînement sportif à l’Université des Sciences

Appliquées Inland Norway - INN University. Ancienne présidente

de Women Sport International, elle a été récemment nommée

Manager par intérim de l’Observatoire Mondial des Femmes et du

Sport. Elle nous en parle en quelques mots.

UNE DATE

2021 bien sûr ! L’idée de l’Observatoire Mondial des Femmes et du Sport

est née lors de la 4 ème Conférence internationale des ministres et hauts

fonctionnaires responsables de l’éducation physique et du sport (MINEPS

IV) et a mûri lors de la 6 ème Conférence (MINEPS VI). L’idée a été accueillie

favorablement par le mouvement international pour les femmes et le

sport, et beaucoup d’entre nous ont travaillé sans relâche partout dans

le monde pour la rendre réelle et concrète. Voir cette idée se matérialiser

en Suisse en 2021 est une étape importante pour les droits des femmes,

leur autonomisation et l’équité dans et par le sport.

TROIS MOTS

L’Observatoire Mondial des Femmes et du Sport aura pour mission de :

UNIR ET FÉDÉRER

Fédérer le mouvement international pour les femmes et le sport et unir

toutes les voix féminines et les efforts des parties prenantes dans toutes

les régions du monde afin de faire caisse de résonnance et porter au-devant

de la scène les réalisations des femmes dans le sport.

PROUVER ET AMÉLIORER

Soutenir les avancées de la recherche sur des données concrètes et développer

des méthodologies de suivi et d’évaluation pour prouver que les

engagements et les actions en faveur de l’égalité des genres dans l’éducation

physique et le sport progressent et améliorent la vie des filles et des

femmes dans le monde entier.

GUIDER ET CONSEILLER

Guider et conseiller les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux

dans chaque pays pour réaliser des analyses sectorielles, développer,

mettre en œuvre, évaluer et suivre des plans d’action en faveur de

l’égalité des genres dans le sport.

UNE AMBITION

Nous espérons de tout cœur que l’Observatoire Mondial des Femmes et

du Sport transformera le monde. Inspirer, influencer, engager et miser sur

le changement pour faire progresser la vie de toutes les filles et femmes

dans et par le sport est ce à quoi nous aspirons. Que le sport soit le catalyseur

de changements durables, qu’il favorise le progrès et soit porteur

d’opportunités dans toutes les régions du monde !

D.R.

de l’Union Africaine «reconnait

le sport comme un élément de

culture et un contributeur majeur

au développement humain, au

renforcement de la cohésion nationale

et au rapprochement des

peuples». Les recommandations

d’Antanarivo de 2019 concrétisent

cette reconnaissance en

déclinant le plan d’action de Kazan

de l’UNESCO pour le continent

Africain.

Le rôle de l’UNESCO

Les plans de relance post-COVID

sont une opportunité indéniable

de mettre en place des mécanismes

de protection au niveau

international, et s’engage à accompagner

les gouvernements

et organisations sportives pour

prioriser la protection des spor-


des femmes. De plus, un Observatoire

Mondial des Femmes et

du Sport a été lancé en juillet

2021 sous la coordination de


absence de données dans ce

domaine et d’atteindre l’égalité

des genres dans et à travers le

sport.

Ces données serviront à encourager

les investissements dans

le sport pour le développement,

notamment à travers la Coalition

pour le développement durable à

travers le sport, menée par l’AFD

et dont l’UNESCO est un membre

fondateur. Cette Coalition rassemble

les banques de développement

du monde entier pour les


autour du sport qui contribuent

aux avancées sociales et économiques.

Les expériences positives précoces

en matière de sport, notamment

à l’école et dans la communauté,

sont essentielles pour

favoriser une participation régulière

et à long terme des femmes


ces expériences, l’UNESCO lancera

prochainement son initiative Fit

for Life (En Forme pour la Vie). Solution

à faible coût et fort impact,

Fit for Life a pour objectif d’autonomiser

les jeunes, de renforcer

leur résilience et de développer

leurs compétences de vie et leur

esprit critique à travers une éducation

physique de qualité basée

sur les valeurs du sport. WSA

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 79


FEMME D'INFLUENCE

L’INTERVIEW

Gabriela Ramos :

« L’égalité des genres est un relais de croissance

méconnu pour l’économie mondiale »

Nous avons eu l’immense honneur de nous entretenir avec Gabriela Ramos, Sous-Directrice

générale pour les sciences sociales et humaines à l'UNESCO. Cette femme mexicaine méconnue

du grand public est l’une des personnalités les plus influentes dans le monde ! Elle a contribué aux

côtés des plus hauts dirigeants de la planète à affronter la crise financière mondiale de la précédente

décennie. Aujourd’hui, elle met son talent au service des grandes causes portées par l’UNESCO,

comme l’égalité des genres. Gabriela Ramos revient en exclusivité pour Women Sports sur les

moments forts de sa brillante carrière. PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID TOMASZEK

WOMEN SPORTS : GABRIELA

RAMOS, AVANT DE PRENDRE VOS

FONCTIONS À L’UNESCO, VOUS

ÉTIEZ DIRECTRICE DE CABINET DU

SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OCDE ET

SHERPA POUR LE G20. QUEL EST LE

CHEMIN QUI VOUS A MENÉ VERS UNE

FONCTION AUSSI PRESTIGIEUSE ?

GABRIELA RAMOS : Le point de départ,


étions une famille très égalitaire, j’ai un


devaient réussir autant que les garçons !

Nous avons été poussés à nous dépasser

dans nos études et nos vies professionnelles.

Mon père disait toujours : « mes

». Mes parents

ont fait de moi la personne pleine de

mier

poste important était au ministère des

Affaires étrangères au Mexique. Et là encore,

j’ai eu la chance d'être soutenue. Ma

carrière aurait pu s’arrêter net lors de ma

première grossesse, mais mon directeur

de l’époque a insisté pour que je reste et

a adapté mon emploi du temps. En réalité,


y a 24 ans, je travaille toutes les nuits pour

mener de front vie de famille et vie professionnelle

! Mais au moins, je n’ai jamais eu

à choisir entre les deux.

VOUS AVEZ DONC DÉMARRÉ VOTRE

CARRIÈRE AU MEXIQUE. COMMENT

S’EST FAITE VOTRE TRANSITION VERS

L’OCDE ?

Au ministère j'étais en charge des relations

avec l'OCDE, dont le bureau mexicain recherchait

un directeur. J'ai d’abord refusé

car ce poste nécessitait de nombreux déplacements

internationaux. Cela me semblait

incompatible avec ma vie de jeune

maman. Mais six mois plus tard, mes amis

à l’OCDE m'ont rappelé et ont insisté pour

que je postule. Encouragée par cette pression

amicale, j’ai accepté. Et je ne le regrette

vraiment pas. Durant six belles années, j’ai

travaillé au sein de l’OCDE en étroite collaboration

avec mon pays, le Mexique. C’était

une période très dynamique. Nous avons

notamment permis à quelque 50 millions

de mes compatriotes d’accéder à une assurance

santé. Lorsque le Mexicain Ángel

Gurría a été nommé secrétaire général de



devenir sa Directrice de Cabinet. C’était un

nouveau saut dans l’inconnu : cette fois, j’allais

vraiment devoir quitter le Mexique ! Là

encore, j’ai hésité, mais c’est un poste que

je ne pouvais vraiment pas refuser.

CHACUNE DES GRANDES ÉTAPES DE

VOTRE CARRIÈRE VOUS RAMÈNE À

DES DILEMMES QUANT À VOTRE VIE

DE FAMILLE. EST-IL DONC SI DIFFICILE

DE CONCILIER VIE PROFESSIONNELLE

ET VIE FAMILIALE À CE NIVEAU DE

RESPONSABILITÉ ?

« CONSTRUISEZ JEUNE VOTRE CARRIÈRE

POUR VOUS RENDRE INDISPENSABLE

LE JOUR OÙ LE BÉBÉ ARRIVERA »

80 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


Gabriela Ramos

fut numéro 2 de

l'OCDE et sherpa

pour le G20 avant

de devenir Sous-

Directrice générale

de l'UNESCO.

D.R.

EN SAVOIR PLUS SUR WWW.WOMENSPORTS.FR ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 WOMEN SPORTS AFRICA 81


FEMME D'INFLUENCE

Sincèrement je veux croire qu’il

est possible de tout concilier. Et concrètement,

je le fais ! Mais il ne faut pas se

voiler la face. Les carrières des femmes

sont menacées par la maternité. Je

conseille toujours aux jeunes femmes ambitieuses

: « Construisez jeune votre car-


jour où le bébé arrivera ! » Je me souviens

aussi du précieux conseil que m’avait donné

la directrice de la garderie où je déposais

chaque jour mes enfants. Elle m’avait

dit : «

veux leur donner de toi ? » Cette petite

phrase a été un déclic. J’avais l’opportunité

de devenir un « role model ». Il fallait que

je saisisse cette opportunité.

VOUS ÊTES DONC DEVENUE

NUMÉRO 2 DE L’OCDE ET « SHERPA

POUR LE G20 ». EN QUOI CONSISTE

CE POSTE ?

« Sherpa » est le terme utilisé en diplomatie

pour désigner le représentant personnel

d'un chef d'État. En ma qualité de

sherpa, je représentais donc l’OCDE, aux

côtés de représentants d’Angela Merkel

pour l’Allemagne ou de François Hollande,

alors président de la France. Son

« sherpa » était Emmanuel Macron, avec

qui j’ai donc collaboré lors des grands

sommets internationaux de cette époque.

Une période marquée par la réforme du


la crise de 2008. L’OCDE est alors devenue

un acteur majeur du G20. J’ai aussi

œuvré à l’inclusion d’un objectif « genre »

au G20. J’ai commandé des études qui

ont démontré que les femmes sont un

relais de croissance méconnu de l’économie

mondiale. Combien perd-on à empêcher

les femmes de contribuer à l'économie

? Si l’on réduit le chômage des

femmes à l’échelon mondial, on gagnera

de précieux points de croissance ! On a

réussi à faire de l’OCDE une institution

plus portée sur les questions sociales.


IRONIE DU SORT, À L’OCDE VOUS

AVEZ ŒUVRÉ POUR UNE DIMENSION

SOCIALE DE L’ÉCONOMIE ET

UN OBJECTIF « GENRE », ET

AUJOURD’HUI À L’UNESCO, VOUS

POUVEZ APPORTER UNE DIMENSION

ÉCONOMIQUE À UNE AGENCE DONT

L’ACTION SOCIALE ET LA LUTTE POUR

L’ÉGALITÉ DES GENRES SONT LA

RAISON D’ÊTRE !

« LES FEMMES NE DOIVENT PAS

ÊTRE DES VICTIMES : LA CLÉ, C'EST

L'INDÉPENDANCE ÉCONOMIQUE. »

Effectivement, il ne faut pas opposer l’économique

et le social. Encore moins séparer

le combat pour l’égalité des genres avec

celui pour l’égalité « tout court », dans tous

les domaines. Les femmes ne doivent pas

être des victimes : la clé, c'est l'indépendance

économique. Cela commence par

l’éducation, d’abord au sein des familles


et des femmes. À l’OCDE, nous avons pu-


les meilleures élèves en mathématiques.

À la question « Penses-tu être bon ? », 60%



est donc immense et tous les leviers doivent

être utilisés pour gagner ce combat de l’égalité

: quotas, culture, politique favorable à la

famille sur les plans économique et social.

EN TANT QUE SOUS-DIRECTRICE

GÉNÉRALE POUR LES SCIENCES

SOCIALES ET HUMAINES À UNESCO,

COMMENT UTILISEZ-VOUS LE SPORT

DANS VOS PROGRAMMES ?

GABRIELA RAMOS

en bref

Gabriela Ramos est Sous-Directrice

générale pour les sciences sociales et

humaines à l'UNESCO.

Précédemment, elle occupait les

fonctions de Directrice de Cabinet

du Secrétaire général de l’OCDE

et Sherpa pour le G20, et Chef du

Centre de l’OCDE à Mexico pour

l’Amérique latine, où elle a coordonné

la préparation de différents rapports

sur le Mexique en vue de promouvoir la

réforme dans le domaine de l’éducation

et de la santé. Elle a organisé le Forum

de l’OCDE dans ce même pays et a

aussi préparé et lancé la série phare des

publications « Getting it right ».

Avant de rejoindre l’OCDE, Gabriela

Ramos a occupé plusieurs postes

auprès du gouvernement mexicain,

notamment celui de Directrice des

affaires économiques (chargée entre

autres des relations avec l’OCDE)

au sein du ministère des Affaires

étrangères, et de Secrétaire technique

au sein du Cabinet du ministre

du Budget. Elle a également été

Professeur d’économie internationale

à la Universidad Iberoamericana et à

l’Instituto Tecnológico Autónomo de

Mexico. Madame Ramos est titulaire

d’un master en politiques publiques de

l’Université de Harvard, et a bénéficié

de bourses d’études de Fulbright et

Ford MacArthur. Elle a été décorée

de l’Ordre national du mérite par le

Président de la République française,

Monsieur François Hollande, en 2013.

Nous avons le mandat sport des Nations

Unies. Promouvoir la pratique du sport

leurs

qu’il porte est au cœur de nos programmes.

Avec l’initiative mondiale « Fit

for Life », l’UNESCO appelle notamment

à investir dans une éducation physique


relance post-COVID-19. Nous avons également

des programmes pour l’empowerment

des jeunes femmes par le sport et

la promotion de l’égalité des genres. Nous

œuvrons aussi pour que les médias diffusent

davantage de sport féminin, ou

encore que les fédérations réduisent les

écarts de revenus entre les sportifs et les

sportives. Nous venons également de lancer

l’Observatoire Mondial des Femmes

et du Sport en partenariat avec le gouvernement

suisse. Un projet très ambitieux !

Les femmes et le sport ont toujours été

au cœur du travail de l’UNESCO, et aujourd’hui,

avec moi, ces thématiques seront,

je l’espère, encore plus visibles et

incontournables. WSA

D.R.

82 WOMEN SPORTS AFRICA ÉDITION SPÉCIALE NOUVEAU SOMMET AFRIQUE-FRANCE • Octobre 2021 EN SAVOIR PLUS SUR AFRICA.WOMENSPORTS.FR


UNE GRANDE ÉTUDE SUR

LE SPORT FÉMININ

Women Sports Africa a été sélectionné

pour apporter son expertise à une grande

étude commanditée par l’Agence Française

de Développement (AFD), menée par

le cabinet PwC, en partenariat avec

l’Institut de Relations Internationales et

Stratégiques (Iris).

Un travail profond de 11 mois sur le terrain, co-construit

avec une kyrielle d'experts internationaux pour

réaliser un diagnostic inédit dans 5 pays d’Afrique

(Afrique du Sud, Egypte, Kenya, Maroc, Sénégal)

sur la pratique sportive des femmes, en particulier

des jeunes filles. Objectif : définir une stratégie et

dégager des pistes opérationnelles pour renforcer

la participation des femmes aux activités sportives.

Les grandes conclusions de l’étude sont présentées

au Nouveau Sommet Afrique-France.

© Monkey Business Images / Shutterstock


Je suis nature,

je suis

© Decathlon United et Jean-Michel André

Laetitia, lanceuse de marteau Roxane, boxeuse Dado, sprinteuse

UnitedLadiesOfDecathlon UnitedChampionsOfDecathlon OneBlueTeam.com


©A.RAVERA

VIRGINIE HERZ

L’actualité féministe dans le monde

SAMEDI 20H40 TU - DIMANCHE 17H40 TU

Le magazine de celles et ceux qui font bouger un monde encore largement dominé par les hommes

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