Pêche aux anguilles sur le lac Begnas - Népal Sherpa Sig

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Pêche aux anguilles sur le lac Begnas - Népal Sherpa Sig

Pêche au Népal - Septembre 2009

Préambule

Nous avions promis, nous avons tenu;

et tel Tartarin de Tarascon, nous étions là, non

pas pour chasser le lion mais la grosse bête,

de celle qui nage. Nos cannes en bandoulière,

la casquette vissée sur le front dans un quasi

garde à vous devant celui qui nous avait

amenés là, nous descendions quotidiennement

sur les rives du lac Begnas pour rejoindre

notre embarcation. Nous restâmes environ une

semaine au bord de ce lac dans l’espoir

toujours renouvelé de pêcher un Mahseer,

cyprinidae mythique et omnivore. Il n’en fut

rien, mais involontairement nos rencontres

illustrèrent les nombreuses façons de pêcher

l’anguille. À la demande de Sig, les voilà

décrites sans que je ne puisse m’empêcher d’y

apporter notre regard particulier.

Le lac de Begnas

Cette histoire avait débuté 2 ans

auparavant, lorsque suite à une visite à

Kathmandou, mi sérieux, mi blagueurs, nous

avions fait la promesse à Sig de revenir pour

lui donner toutes les raisons de se livrer à un

de ses passe-temps favoris : la pêche. Cela

nous permettait aussi de passer quelques

jours avec la meute comme il l’appelle,

composée des 5 enfants élevés par Sig et

Danzee, le 6 ième et propre fils Sonam ayant

rejoint la France pour études quelques jours

auparavant Nous avions pris seulement un

billet d’avion et Sig se chargeait de

l’organisation locale. Sitôt arrivés à l’aéroport

et les formalités d’obtention des visas passées,

nous embarquâmes sur la Marutti. Ah la

Marutti (majuscule de majesté), mi voiture, mi

chameau de bât, elle mériterait un chapitre

entier. Sig avait décidé de nous conduire au

bord du lac Begnas, lac situé sur la droite, 10

km avant Pokhara. 200km séparaient notre

point de départ du point d’arrivée, soit moins

de deux heures sur nos autoroutes, quasiment

sept heures au Népal. Cela n’est pas le PIB,

mais donne à sa mesure l’écart entre les deux

mondes. Après moult trous, bosses, cahots,

nuages quasi opaques de gaz d’échappement,

nous avons accosté au pied de la digue du lac

où, malgré les services rendus, fut

abandonnée la pauvre Marutti pour les 8 jours

suivants. Notre fine équipe, 2 femmes, 3

hommes gravit péniblement les marches du

promontoire rocheux, Danzee retrouvant ses

réflexes de coolie – porteuse de charges après

avoir négocié pour tout le monde 2 chambres

dans un lodge superbement placé sur une

hauteur avec vue imprenable sur le lac pour un

prix défiant toute concurrence : 200 roupies la

chambre par nuit soit environ 60 centimes

d’euros par personne. Ce n’est pas le PIB

mais… Vous commencez à connaître la

chanson. Il est vrai que nous avions mis

beaucoup du nôtre puisque royalement nous

acceptions d’avoir les toilettes et la douche sur

le palier. Ce doit être l’explication de la

différence de prix avec le Négresco. Le lac de

Begnas est un lac d’une belle eau verte dont le

verrou naturel qui permit sa création a été

rehaussé pour former une digue. En aval de

cette digue : une pisciculture soutenue

fortement par les Japonais et plus loin le petit

village. Le lac est très découpé avec des

pentes sauvages et boisées plongeant de

manière abrupte dans ses eaux chaudes. Il est

soi-disant possible d’en faire le tour à pied, ce

que nous n’avons pas fait. Quelques

habitations tapies dans son inextricable

végétation le cernent de tous bords. Trahies

par leur lumière le soir, elles sont éparpillées

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sur les crêtes. Beaucoup plus sauvage que

celui de Pokhara, il est fréquenté quasi

exclusivement par les autochtones.

La pêche au népalais

C’était notre premier jour. Munis de

deux lancers, avec des leurres neufs brillants

de mille feux, semblables à autant de feux

d’artifices, nous ne pouvions imaginer qu’un

pauvre poisson népalais pu résister. C’était le

monde de la technologie occidentale, de la

révolution industrielle contre dame nature, les

premiers ne pouvant que gagner. Ce viatique

en tête, nous décidâmes de faire nos

premières armes le long de la berge. Elles

furent rapidement couronnées de succès audelà

de nos espérances puisque mon ami et

moi, nous pêchâmes dans une synchronie

quasi parfaite un filet. Oui un filet, un grand et

lourd filet qui, insidieusement, avait été posé

parallèlement à la digue à une dizaine de

mètres de celle-ci. Dame nature n’avait pas

voulu du rendez-vous. Notre rencontre se

transformait en rencontre technologie

occidentale contre technologie népalaise, avec

pour une fois et cela n’est pas si fréquent,

une victoire népalaise. Première leçon

d’humilité. La deuxième intervint quand un

baigneur très gentiment se proposa d’aller

décrocher nos lignes. Je vécus alors un grand

et long moment de solitude pendant lequel un

grand dadais d’occidental, tout de propre

encore vêtu, tirait sur une petite canne à pêche

qui ployait pour maintenir à la surface le leurre

accroché au filet et au bout duquel s’ébattait

un népalais. N’aurait été la vue discrète du

filet, on aurait pu croire que je l’avais pêché. Il

nous libéra. Tout honteux, nous remîmes au

lendemain notre quête piscicole.

La pêche au filet

Nous avions loué un bateau en même

temps que la chambre. Les bateaux de

Begnas, tous sur le même modèle, sont

parfaitement symétriques avec proues et

poupes effilées semblables à des navettes de

machine à tisser. Pas de moteur si ce n’est

humain, à savoir un pagayeur assis sur la

pointe de son choix et une pagaie maniée

alternativement d’un côté ou de l’autre selon la

direction souhaitée. Sig déjà expert nous servit

de maître pour un savoir-faire acquis en

quelques traversées de lac. Il était évident

pour nous : ce ne pouvait être qu’un travail

d’homme. Grossière erreur : sur le lac de

Begnas, ce sont les femmes qui manient la

pagaie et posent les filets, marque

d’émancipation féminine me direz-vous ; pas

du tout car participant aux plus rudes tâches y

compris dans le bâtiment, la femme népalaise

n’est rien. Ce n’est pas le PIB mais… Sig doit

raconter Elles sont de l’ethnie Majhi, l’ethnie

des pêcheurs et pêcheuses... Pour revenir à

nos bateaux, chaque jour dès quinze heures,

un essaim d’embarcations s’éparpillait sur le

lac. Chargée ras la gueule de filets

soigneusement disposés, chacune rejoignait la

zone de pêche probablement réfléchie et pas

toujours identique. Quel que soit le jour, la plus

forte densité se situait près du débordoir. On

en déduisit que c’était là que devait résider la

plus forte densité de poissons. Peut être à

cause de l’existence d’un courant ou d’une

température de l’eau différente. Quoiqu’il en

soit arrivée au point de départ souhaité, la

pécheresse puisque ce ne sont que des

pécheresses (et dieu sait qu’elles étaient

nombreuses) s ‘accroupissait à l’une des

extrémités du bateau près de sa montagne de

filets. Saisissant la pagaie au plus près de la

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palette, elle imprimait alors à celle-ci d’un côté

du bateau et sans effort apparent, un geste de

godille qui avait pour conséquence de faire

reculer doucement le bateau. De l’autre côté

du bateau et de l’autre main, d’un geste

circulaire et mesuré allant du bateau vers le

large, pareil au semeur, elle déployait son filet,

engin de prédation sans faille. Ces

innombrables filets, aux mailles de toutes

tailles, aux longueurs démesurées, ne

peuvent à terme que conduire à l’épuisement

des ressources recherchées. Ce point est

d’autant plus vrai que la moindre anse était

quasiment tricotée, un filet à l’envers, un filet à

l’endroit pour établir un écheveau tellement

entrecroisé que n’importe quel alevin désireux

de voir le monde au delà de l’anse ne pouvait

que se prendre dans les rets. Même au milieu

du lac, nous vîmes des filets se croiser.

Certains d’entre eux restaient à la surface,

portés par de petits flotteurs sombres qui, la

pénombre arrivant, apparaissaient comme des

pointillés sur le lac par la lune éclairé. D’autres

probablement lestés s’enfonçaient dans l’eau

verte avec comme repères des bouteilles en

plastique à chacune des extrémités et de

temps en temps un bouchon de polystyrène

relié par un cordage au filet. Le matin, sur

place dès l ‘aurore, vers 5h du matin à

l’époque où nous nous trouvions, le petit

manège recommençait mais cette fois-ci pour

relever les filets. Et jour après jour, il en fut

ainsi.

La bouse et le millet

Après notre première déconvenue, la

seconde épreuve fut les appâts. Que fallait-il

utiliser ? Pour notre première rencontre avec le

lac, nous nous étions pourvus de pâte

constituée de farine mélangée à l’eau et de

limnées géantes attrapées sur notre chemin.

Les premiers ne se maintenaient que trop peu

de temps dans l’eau, les seconds ne

semblaient pas avoir les faveurs des habitants

du lac. Parlons en, pour l’instant nous n’avions

vu que des spécimens achetés par notre

logeuse mais rien qui nous certifia leur

présence dans ce lac magnifique de Begnas.

C’est ainsi que perdus dans nos réflexions,

deux adolescents surgirent des bois avec à la

main, deux morceaux de fins bambous

d’environ cinquante centimètres pourvus de 2

anneaux dont l’un à l’extrémité. Ils

s’installèrent à la limite des nénuphars qui

occupaient le fond de l’anse. Puisant dans un

sac une matière brunâtre, ils en

confectionnaient alors des boules au sein

duquel était emprisonné le leurre accroché à

leur hameçon. Danzee apprit ce que contenait

leur sac : de la bouse de vache mélangée à du

millet. Cette cuisine spéciale était d’une

efficacité étonnante car sitôt jetée, je voyais

émerger de dessous les nénuphars de

nombreuses ombres ondoyantes qui se

jetaient avec voracité sur la boule qui se

désagrégeait. La boule jetée entraînait le fil de

pêche qui au travers des anneaux pouvait

aisément coulisser le long des cannes et

anneaux rudimentaires. Quarante centimètres

en amont de leur hameçon, ils avaient attaché

un flotteur fait d’une petite chip de polystyrène.

Ils prirent ainsi un tilapia et, ce que chez moi

nous appelions un cabot ou chevesne.

Lorsque ces poissons furent pris, ils leur

passèrent une liane dans les ouies et les

remirent à l’eau. C’est ainsi qu’à leur pied

comme un chien attaché devant un magasin,

s’ébattait, vivante, leur pêche.

La chambre à air de camion

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Debout sur la berge, fasciné par mes

petits voisins qui, à coup de bouse de vache et

de millet, garnissaient leurs filets, je ne l’ai pas

vu arriver. Un bruit sur le côté me fit tourner la

tête pour tomber sur un enfant mouillé, en slip

de bain sombre avec, en travers du corps, une

chambre de pneu de camion gonflée. Il tenait à

la main une brochette d’anguilles, de celles

appelées « Stone eel ». Ces anguilles ont un

corps tacheté, une gueule pointue se terminant

par un bec. L’enfant me sourit, passa, et s’en

alla rejoindre le fond de l’anse. Puis se mettant

à l’eau, assis dans son radeau improvisé formé

par la bouée, il sortit d’un sac, passé inaperçu,

des morceaux de polystyrène qu’il posait

délicatement et régulièrement sur l’eau pour

former des S qui balayaient de long en large

l’anse où nous pêchions. Intrigué par son

manège, je l’observais. Ces petits morceaux

de polystyrène d’un blanc sale à force d’avoir

vécu étaient autant de flotteurs pour un

morceau de fil d’environ vingt à trente

centimètres à l’extrémité duquel se trouvait un

hameçon qu’il pourvoyait consciencieusement

et systématiquement avec ce que j’imaginais

être un appât. Sa nature nous fut révélée

lorsque ma femme eut un échange avec cet

elfe, digne de figurer dans un documentaire de

TV5, section ethnographie ou encore de jouer

lele de Moogly selon Kipling. Une fois ses

lignes posées, il revenait sur le bord, sortait tel

un magicien une épuisette de son sac fourretout

et se mettait à fourrager dans les plantes

aquatiques qui s’étendaient le long des berges.

Comme ma femme intriguait elle aussi ne

cessant de prendre des photos, le petit homme

s’approcha et tout doucement et gentiment lui

montra le fruit de son activité. Accélérant le

cycle de l’échelle alimentaire, il pêchait des

crevettes qui, à leur tour, finiraient leur vie à la

pointe de ces hameçons comme friandises

exposées à l’envie du poisson qui voudrait. Ma

femme me raconta ce que je n’avais pas

observé. Après la pêche aux crevettes, Moogly

choisissait soigneusement de petits cailloux

comme plomb pour le lest de ses lignes. Une

fois de plus, notre technologie était battue à

plate couture. Quoi qu’il en soit, nous avions

résolu l’énigme des appâts, nous progressions

dans nos connaissances halieutiques. La

difficulté tenait au fait de se procurer des

crevettes.

La pêche à l’occidentale

N’ayant pas d’elfe sous la main, sans

crevette, nous décidâmes de chercher des

vers de terre. La chasse fut rapidement

fructueuse derrière le lodge. Quelle différence

existe-t-il entre un vers français et un ver

népalais. Pour la forme, la longueur et la

consistance : aucune, pour la vigueur c’est tout

autre chose. Le ver népalais se compare à un

ressort que vous avez remonté capable de

sauter hors de la boite. Notre première

campagne fut solitaire, nous partîmes avec

JPG sur le bateau pour s’ancrer en bordure

d’une anse où nous étions seuls au monde,

pratiquement en face de notre lodge. Premier

lancer, première touche, franche, la ligne fut

tirée, une bête se débattait fortement. Il fallu

que JPG l’attira près du bord pour que nous

nous rendîmes compte que c’était une

anguille. Extrêmement vigoureuse, elle choisit

ce moment pour se détacher. Lançant juste

derrière, nouvelle touche, franche. La canne à

nouveau en U, c’était encore une anguille qui

cette fois fut ramenée à bord. Ce fut ensuite un

petit tilapia. Puis plus rien si ce n’étaient de

nombreuses branches accrochées en l’air,

dans l’eau, pratiquement tout y passa. La

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seconde campagne fut collective et

particulièrement bien préparée avec thermos,

vers à gogo et petits gâteaux. Nous partîmes

au lever du jour pour poser notre vaisseau sur

une prairie, toujours en face du lodge. Après

avoir déposé le reste de l’équipage et du

matériel, nous retrouvâmes notre petite anse

qui s’avéra stérile ce jour là. De guerre lasse,

nous rejoignîmes le corps de l’expédition.

Celui-ci avait eu plus de chance et quelques

anguilles s’étaient faits prendre, toujours au

ver. Nous essayâmes alors toutes les

techniques, lignes avec bouchon, ligne de

fond, bas de ligne plus ou moins important, de

près, de loin, du bateau. Miracle de la

technologie, la seule technique efficace fut

juste de mettre ma femme à l’extrémité d’une

canne. Cela changea du tout au tout. Bien que

ce fut nous qui montions les lignes,

accrochions les vers, lancions ce fut elle qui

avait les touches et l’une après l’autre,

plusieurs anguilles vinrent compter fleurette à

mon épouse qui sans état d’âme et fort

amusée les déposait sur le gazon. La seule

différence peut être était dans le bouchon, dont

on m’avait fait cadeau dans une brocante. Là

les nôtres éclairaient quasiment le lac de

leur couleur vermillon, il était seulement

bicolore : blanc dessous, vert dessus. C’était

l’explication selon ma femme. Je vous laisse

juge sinon une autre explication vous sera

proposée à la fin de ce récit. Pour compléter le

descriptif, sa ligne était composée de quelques

plombs d’un bas de ligne de 50 à 60

centimètres et toujours d’un ver. Campagne

après campagne, la pêche fut cependant

maigre pour finir par une anguille plus grosse

que nature qui rompit le film après avoir mordu

à la canne de qui ? de ma femme !

Je ne peux pas passer à la suite sans dire

quelques mots sur la pêche au lancer. Nous

avions des cuillères et des Rapalas qui à

défaut de poissons virent l’eau. Comme je l’ai

précédemment indiqué, confiant dans la

technologie occidentale et dans l’information

en direct du web, nous avions acheté des

rapalas quasiment pour le thon tellement ils

étaient gros. S’ils ne furent guère efficaces à

part quelques filets à nouveau et en pleine

eau, ils nous donnèrent au moins l’impression

par leur taille d’avoir attrapé quelque chose

lorsque nous les ramenions. Après quelques

renseignements, la cuillère semble à proscrire

quelle que soit la période et pour le Rapala,

veuillez me croire soyez modestes, seulement

des petits de quelques centimètres.

Le coup du parapluie

Devant nos faibles succès, nous

décidâmes d’aller au village. La visite fut brève

car hormis quelques échoppes et une place

rugissantes de bus bondés, il n’y a rien de

spécifique à raconter. C’est à notre retour et

sans que cela fut prévu que nous reprîmes

notre série documentaire sur les techniques

népalaises de pêche à l’anguille. En effet, sur

le chemin, au bord du ruisseau formé par le

déversoir du lac, nous rencontrâmes deux

femmes qui tenaient un parapluie, rien

d’extraordinaire jusque là sauf que celui-ci était

ouvert et renversé, la pointe vers le sol comme

lorsque Mary Poppins dansait. Toujours

curieux, nous nous approchâmes. Ces dames

aux formes arrondies, habillées en sari

multicolore tenaient à la ceinture un petit

panier de forme particulière. Plus haut que

large, une partie inférieure renflée, un gros col

avec un bouchon de tissu, le panier était en

osier et contenait le fruit de leurs efforts : des

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anguilles évidemment: encore des

pécheresses. Par mimiques interposées, elles

nous expliquèrent alors comment elles

procédaient. Tout d’abord elles agitèrent sous

notre nez ce que nous avions pris pour une

pelote de laine accrochée à un bâton. Il n’en

était rien, c’était une boule énorme de vers de

terre qui avaient été patiemment empalés sur

un fil de telle sorte qu’ils formaient une

véritable pelote de chair. Notre brave

interlocutrice percevant notre incompréhension

décida de passer à l’action pour illustrer par

ces gestes ce que notre pauvre intelligence de

gens des villes ne pouvait immédiatement

comprendre. Elle s’assit au plus près de la

rivière, la main gauche tenant le parapluie

ouvert à l’envers et, avec son bras droit,

trempa par sa canne interposée sa pelote dans

l’eau parmi les herbes de la rive. On aurait dit

une reine, Poséidon n’aurait pas fait mieux.

Cela suffit ; nous comprîmes que lorsque

l’anguille mordait, notre pécheresse extrayait

de l’eau la bête tout occupée à son festin et

ramenait le tout rapidement au-dessus de son

parapluie. Le temps que l’anguille comprenne

et lâche sa proie, elle tombait dans la cuvette

formée par le parapluie ouvert, le tour était

joué. Cette technique n’est pas sans rappeler

la pêche à la grenouille dans le marais

vendéen qui se pratique elle aussi sans

hameçon et où le malheureux batracien

trompé par un bout de laine rouge juste

attaché à un fil est hissé non pas au-dessus

d’un parapluie inversé mais d’un sac de jute

cerclé. On peut en déduire que le temps de

réaction d’une anguille doit être équivalent à

celui d’un batracien ou que la dextérité de la

femme népalaise équivaut bien à celle du

pêcheur des marais vendéen. Pour ce qui est

des mérites comparés du parapluie ou du sac

de jute, je vous laisse juge.

Conclusion

Ici s’arrête notre série documentaire

sur la pêche à l’anguille au Népal. Je dois

cependant ajouter que, durant notre campagne

de pêche, comme vous l’aviez compris, c’est

ma femme qui eut le plus de succès. Ceci

m’oblige à conclure : que ce soit en Occident

ou au Népal, c’est la femme qui a toujours

pêché.

Référence bibliographique

Fish Catching In The Himalaya Waters Of

Népal de Tej Kumar Shrestha, DSC

L. C. et A. G.

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