AR Magazine Voyageur - Numéro 55 - Les plus belles routes des vins

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MAGAZINE VOYAGEUR

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bouteilles

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Activités

insolites

L 13134 - 55 - F : 6,90 € - RD

ÉTÉ 2021

LES PLUS

BELLES ROUTES

DES VINS

BOURGOGNE • COGNAC • FRONTON

ALSACE • CHAMPAGNE • MOSELLE


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ISSN : 2108-3347

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Blanc-Gras, Guillaume Cromer,

Laurent Delmas, Franck Ferville,

Antonio Fischetti, Emeric Fohlen,

Nicolas Leblanc, François Mauger,

Aurélie Rodrigo, Tristan Savin, Virginie

Suères, Jeremy Suyker, Albert Zadar.

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10

CAROLINE VIGNAL

14

BOURGOGNE

46

GRAND EST

58

COGNAC

70

FRONTON

90

CORÉE DU NORD


1969

Naissance le 16 décembre

1969.

1997

Diplômée de la FEMIS.

1998

Solène change de tête,

premier court métrage.

2000

Les Autres filles, premier

long métrage, présenté

à La Semaine de la

Critique au Festival

de Cannes.

2002

Premiers textes pour

le théâtre et France

Culture.

2012

Divorce et fiançailles,

premier scénario pour

la télévision.

2020

Antoinette dans les

Cévennes, nommé

aux César 2021 dans

les catégories Meilleur

scénario original

et Meilleur film. César

de la meilleure actrice

pour Laure Calamy,

son interprète principale.

Le DVD du film est édité

par Diaphana.

10 ENTRETIEN


CAROLINE VIGNAL

Avec Antoinette dans les Cévennes, Caroline Vignal a obtenu

l’un des rares succès du cinéma français en temps de

pandémie. Laure Calamy, son interprète en duo comique

avec un âne, a même obtenu le César de la meilleure actrice.

Retour sur les voyages de la réalisatrice.

TEXTE LAURENT DELMAS

PHOTO FRANCK FERVILLE

Avez-vous fait le voyage de Stevenson dans les Cévennes avant

de le porter à l’écran via votre Antoinette ?

Oui, avec le père de ma fille. Durant douze jours, nous avons marché sur les

traces de l’écrivain, mais sans âne, car il nous semblait que le trajet était trop long

pour le faire avec. Nous avons tenté l’expérience seulement au cours de balades

plus courtes. La présence d’un âne rend les choses plus compliquées à vrai dire,

il ne faut vraiment pas être pressé et nous, nous aimons marcher d’un bon pas.

L’âne est un peu un boulet. Le film est né des souvenirs de plusieurs randonnées

cévenoles et le scénario en a été nourri. À l’origine, il y eut une petite randonnée

avec ma fille du côté de Vialas en Lozère. Plus le temps passe, plus j’apprécie

ces petites explorations très proches de nous qui recèlent de véritables trésors.

Sans les opposer forcément à des voyages au long cours vers des destinations

très éloignées, j’estime désormais que la découverte de ce qui est autour de nous,

à notre portée plus immédiate, est tout aussi précieuse, riche et bénéfique.

L’adulte que vous êtes se souvient-elle de son premier

voyage d’enfance ?

Mon père a été reçu au concours interne de l’ENA le jour même de ma naissance.

Comme il se doit, il a dû effectuer dans la foulée plusieurs stages à l’étranger dont

un dans l’Espagne franquiste. Alors, c’est certainement mon premier voyage

à l’étranger mais dont je ne garde évidemment aucun souvenir vu mon très jeune

âge. À vrai dire, c’est un peu particulier, parce que mon père étant devenu

diplomate, on ne voyageait pas du tout ! Nos voyages consistaient à revenir dans

le Midi où nous allions retrouver mon arrière-tante, mes grands-parents et mes

oncles. Toutes nos vacances se passaient là-bas : c’était notre lieu familial, notre

point de chute et c’est toujours le cas.

De quel Midi s’agit-il ?

Du côté de ma mère, c’est dans l’Hérault et plus exactement dans la vallée de

l’Orb, à Cessenon-sur-Orb où je continue d’aller. Du côté de mon père, c’est dans

le Gard, à Montpezat, près de Nîmes, où mes grands-parents faisaient du vin,

ENTRETIEN

11



— BOURGOGNE —

PETITE

VADROUILLE

DANS LES

GRANDS

CRUS


16 BOURGOGNE

Château de La Rochepot.


TEXTE MICHEL FONOVICH

PHOTOS JEREMY SUYKER

Ce n’est pas la taille qui compte, et la Bourgogne

le prouve. Ses vins sont célébrés partout dans

le monde et les plaisirs qu’ils procurent sont

intenses alors que son vignoble est minuscule.

Alors, comment expliquer pareille performance ?

Certains évoquent les climats, d’autres invoquent

l’histoire… cela méritait d’aller creuser.

N’a-t-on jamais autant parlé du climat ? Il ne fait rien qu’à se

réchauffer, qu’à se dérégler, tant et si bien qu’il inquiète. Il

faudrait agir pour le remettre d’aplomb, mais de là à tomber

d’accord entre États. De sommets internationaux en lois « climat

», on n’avance pas. Le sujet est brûlant, pourtant on tourne

autour du pot. Pourquoi ne pas prendre exemple sur la

Bourgogne où l’on discute du climat de manière courante et

apaisée depuis fort longtemps. Sa première mention écrite

remonte à 1584, c’est dire. Certes, il y a climat et climat.

Bernard Pivot, grand amoureux des mots et du vin, en sait

quelque chose : « En Bourgogne quand on parle d’un climat, on ne

lève pas les yeux au ciel, on les baisse sur la terre. » Typiquement

la phrase qui ne rassure pas l’honnête amateur de jus de la

treille se baladant pour la première fois entre Côte de Beaune

et Côte de Nuits. Chercherait-on à l’embrouiller ? Cela mérite

un approfondissement. Officiellement, le climat désigne une

parcelle de vignes, progressivement et précisément délimitée

par l’homme, et qui est reconnue par son nom depuis des

siècles, souvent depuis le Moyen Âge. Chaque climat est unique

et son nom raconte l’histoire de sa parcelle, faisant référence à

son origine, à la nature du sol, au relief, à l’exposition, à l’hydrométrie…

Son nom qui devient celui du vin. Ainsi Montrachet,

le meilleur vin blanc du monde selon certains, évoque un mont

au sommet seulement pourvu d’une végétation rachitique, un

mont chauve semblable au crâne tonsuré d’un moine. Entre

ix e et xi e siècles, on en voyait beaucoup de ces crânes lisses au

milieu des vignes, car quand ils ne priaient pas, bénédictins et

cisterciens se faisaient vignerons. À force de travail et d’observation,

ils acquirent une connaissance quasiment millimétrique

du terrain qui leur permit d’identifier les parcelles. En édifiant

des clos, ils achevèrent de poser les bases de la viticulture bourguignonne.

Plus tard, les puissants ducs de Bourgogne s’avèrent

les meilleurs ambassadeurs du vignoble et veillent à sa qualité.

Philippe le Hardi en 1395 fait interdire le gamay au profit du

pinot noir moins productif, mais réputé supérieur. Au fil des

siècles, les climats se généralisent tandis que les vignobles

finissent de passer aux mains des négociants et des viticulteurs

avec le coup de pouce de la Révolution. Qui dit climat, dit

monocépage. Les Bourguignons n’ont en effet pas trouvé mieux

pour révéler la diversité des sols : le pinot noir cher à Philippe

le Hardi pour les vins rouges, le chardonnay pour les vins

blancs. En 1935, les AOC en officialisant les climats (plus de

1200) et les crus consacrent la réussite d’une viticulture bourguignonne

centrée sur le terroir et entérinent la mosaïque des

climats. Ne restait plus pour eux qu’à recevoir l’onction de

l’Unesco avec une inscription sur la liste du patrimoine mondial.

C’est fait depuis 2015.

La grande petite Bourgogne

Partout sur le globe, la Bourgogne est connue pour ses vins

alors qu’ils ne représentent que 3 % de la production nationale.

Parmi eux, les grands crus (Montrachet, Corton, Chambertin,

Échezaux, Romanée-Conti…, 33 en tout) comptent seulement

pour 1 % et les premiers crus pour 10 % ! On voit par là qu’il

n’y en a pas pour tout le monde et l’on se doute que pour avoir

le privilège de tremper ses lèvres dans l’un de ces nectars, il

BOURGOGNE

17


Château de Chasselas.

Climats de confiance

Avec les Monts du Mâconnais et la Côte châlonnaise, le Massif

central connaît ses derniers soubresauts calcaires et n’en finit

plus d’agoniser en douces ondulations piquetées de chicots

rocheux. Un paysage qui doit beaucoup à l’homme et plus

encore aux moines. Ici les vignes sont en grande partie l’héritage

des Bénédictins de l’abbaye de Cluny. Fidèles à leur principe

« ora et labora » (Prie et travaille), ils ont défriché les coteaux

et planté leurs ceps avec toute la ferveur de l’amour du Christ…

et de son sang. À raison de six ou sept offices par jour, le vin

de messe coulait à flots. Au fil des vendanges, les bons pères

apprirent à reconnaître les meilleurs terroirs et finirent par

morceler la campagne en une foultitude de lopins de terre

connus pour donner des vins de caractère différent en fonction

de la nature du sol et de la météorologie locale : les climats,

c’est ainsi qu’on les nomme, ont désormais l’insigne honneur

d’appartenir au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Cette

marqueterie alambiquée de parcelles issues d’un long et laborieux

apprentissage fait toute la spécificité – et toute la complexité

– du vignoble bourguignon. Pour débrouiller cet

écheveau, mieux vaut s’adresser à un professionnel. À Fuissé,

sur la place Saint Germain, un vieux panneau mural qui doit

être là depuis les années cinquante vante les mérites du vin

local, « Le Fuissé, le vin de la joie de vivre, le vin de vos vacances ».

Juste devant, la maison Auvigue a installé ses cuveries dans les

murs de l’église romane désacralisée en 1872. Sylvain Brenas,

le gérant, tente de nous initier au système pyramidal des appellations,

avec à la base l’appellation régionale Bourgogne répartie

en 6 AOC, suivie dans le Mâconnais de l’appellation sousrégionale

Mâcon, puis des appellations communales où le vin

se voit rattaché à son village d’origine (dans le genre Pouilly-

Fuissé ou Saint-Véran). Enfin, au sommet de l’échafaudage

trônent les premiers crus et les grands crus aux noms d’AOC

communale systématiquement suivis d’un nom de climat.

Limpide non ? Et on s’étonne que les Américains ou les Chinois

soient perdus en dehors du chablis ou du chardonnay…

Problème pour le Mâconnais, jusqu’à l’été dernier, la région

ne pouvait se targuer d’aucun premier cru. Une bizarrerie issue

tout droit des vicissitudes de l’Histoire. « En juin 1940, la

Wehrmacht décide de réquisitionner tous les vins au nord de la ligne

de démarcation, sauf les premiers et grands crus, raconte Sylvain

Brenas. Tous les vignerons au nord de la ligne se sont empressés de

classer leurs meilleures parcelles en premiers crus tandis que le

Mâconnais, non concerné par les réquisitions de par sa situation

au sud de la ligne, est resté en climats. » Un manque de valorisation

qui explique en partie le défaut de notoriété des vins du

Mâconnais. « Le problème est en passe d’être résolu puisque l’an

dernier, 194 ha sur les 770 de la région ont été classés en 22 appellations

premiers crus ! »

30 SAÔNE-ET-LOIRE


L’art de la dégustation

Après avoir vaguement débrouillé les arcanes du vignoble

bourguignon, le néophyte peut enfin jouer les nomades

bachiques le long de la « Route 71 » , pour un road-trip œnologique

rendu possible grâce à l’application du même nom.

Il pourra selon ses envies sillonner les parcelles ivres de soleil,

déchiffrer le solfège éternel des travaux viticoles, s’attarder

dans la fraîcheur des caveaux, se repaître de patrimoine roman

dans des villages ramassés autour de leurs souvenirs et bien

sûr déguster les vins du pays. Ou tout au moins s’initier à la

dégustation. Car qui ne s’est jamais retrouvé au fin fond d’une

cave, occupé à se faire un vigoureux bain de bouche avec le

contenu de son verre tout en recherchant l’inspiration face au

vigneron qui l’observait du coin de l’œil ? Que dire en effet ?

Un « Humm, pas mauvais » peut laisser votre hôte légèrement

sur sa soif. Les plus audacieux pourront tenter un « Slurp, il a

de la cuisse » à moins de se lancer dans un très élaboré « Je trouve

qu’il a la bouche ample, légèrement beurrée, évoluant sur une finale

suave, longue et parfumée. » Plus classe mais pas facile à placer.

On peut aussi avancer la traditionnelle « note de groseille et de

fraise des bois », mais ça ne marche pas trop avec les blancs.

Bref, la dégustation peut vite devenir un calvaire. Sauf que le

long de cette Route 71, des vignerons ont mis au rencart la

dégustation guindée autour du tonneau pour faire découvrir

leur production autrement, sur un mode ludique et convivial.

Voici quelques pistes pour prendre un peu de bon temps en

compagnie de ces nouveaux ambassadeurs des vins. Précisons

que pour parvenir sans encombres au terme de ses vacances,

il est toujours recommandé de recracher.

« Le Fuissé,

le vin de la joie

de vivre,

le vin de vos

vacances. »

Maison Auvigue à Fuissé, dans l’église St Germain.

SAÔNE-ET-LOIRE

31


58


— LES CHARENTES —

IL ÉTAIT UNE FOIS

LE COGNAC

Descendant mollement des plateaux limousins jusqu’à l’océan,

la Charente donne son nom à deux départements, serpente entre

les vignobles, baigne les villes d’Angoulême, Jarnac, Cognac…

Bonne fée, elle a promis à Cognac, il y a quelques siècles déjà,

un destin exceptionnel, une renommée universelle par la grâce

d’une eau-de-vie qui serait baptisée Cognac, tout simplement.

Écoutons-la nous raconter cette légende de A jusqu’à Z.

TEXTE MICHEL FONOVICH

PHOTOS EMERIC FOHLEN

Château royal de Cognac.

Alambic

Attrape-vapeurs tout en courbes

et rondeurs. Adore se faire chauffer.

En cuivre forcément. Les eaux-de-vie

qu’il enfante dans ses entrailles

deviendront cognacs.

Barrique

Entre ses douelles en bois de chêne,

la barrique berce pendant des années

les eaux-de-vie, les pare d’une couleur

plus ou moins ambrée, leur prodigue

tanins et arômes. Le cognac lui voue

une reconnaissance éternelle.

Charentaise

Terre bénie entre toutes, la Charente

ne se contente pas d’avoir donné

naissance au cognac. On lui doit aussi

la charentaise, cette confortable

pantoufle de feutre aux motifs

traditionnellement écossais. Fainéant

notoire, casanier jusqu’au bout des

ongles, le célèbre Robert Bidochon ne

s’en sépare jamais, non plus que de son

béret. Ah ! siroter un bon cognac dans

un verre ballon, le cul calé dans un

fauteuil club et les pieds au chaud dans

une paire de charentaises. Sans doute

M. Bidochon en rêve-t-il et il n’est pas

le seul, du moins en France mais

certainement pas aux États-Unis

ou en Chine. Là-bas, le cognac, loin

d’être une boisson pour fin de repas

languissante, fouette les sens,

dynamite les fêtes, enjolive les repas.

Dégustation

Comme il y a des ambassadeurs

du Guatemala, de l’Unesco ou

du foie gras, il y a des ambassadeurs

LES CHARENTES

59


DE GAUCHE À DROITE

• Phare de la Coubre (La Tremblade).

• Talmont-sur-Gironde en surplomb

de l’estuaire.

66 LES CHARENTES


elles, comptent avec délectation

leurs exportations vers l’Amérique

où la communauté afro-américaine

est une clientèle fidèle.

Sidecar

Au numéro 1 de la place François 1 er

à Cognac, si vous poussez la porte

du bar Louise, vous trouverez derrière

le comptoir, Germain Canto, maître

ès cocktail et cognac. Évidemment,

le patron connaît ses classiques et le

sidecar en particulier : 5/10 e de cognac,

3/10 e de Cointreau, 2/10 e de jus

de citron. Comptez sur lui pour vous

rappeler que le cognac n’est pas

ce solitaire indécrottable refusant

en toutes circonstances de partager

son verre. Tout le contraire vu qu’il

était traditionnellement bu en long

drink. Dans la pénombre bleutée

de son antre, Germain cajole près

de 300 bouteilles de cognac. « Derrière

chacune il y a des hommes, explique-t’il.

Mon plaisir est de transmettre leur histoire

et leur savoir-faire. » Servir un morignac

– un mojito où le cognac supplante

le rhum – quoi de plus simple pour lui,

mais en matière de mixologie, il préfère

ouvrir des voies, goûter au vertige des

cimes. On l’a ainsi vu infuser du

popcorn beurré dans un VSOP pour

élaborer la base d’un nouveau cocktail.

Étonnant, non ?

Talmont-sur-Gironde

Niché au sommet d’un promontoire,

le tout petit village toise le vaste

estuaire. Dans son église romane,

Sainte-Radegonde prie pour que

son église du xii e siècle bâtie au bord

du précipice ne soit pas emportée

un jour par les flots, ces rongeurs

insatiables. De l’autre côté de la baie,

le hameau du Caillaud vit lui aussi

perché sur des falaises tombant à pic

dans les eaux turbides de la Gironde.

C’est ici que Lionel Gardrat a planté

du colombard. Un choix original

dans un vignoble voué à l’ugni blanc.

Originale aussi la décision de cultiver

en biodynamie dans la région. Quitte

à ne rien faire comme les autres et bien

conscient de ne pas posséder l’art

de l’assemblage des grandes maisons,

il fabrique son Cognac de l’Estuaire

à partir de parcelles clairement

identifiées.

Ugni blanc

Ne dites pas de ce cépage d’origine

italienne qu’il prend toute la place.

Magnanime, il a laissé 2 % du vignoble

à ses petits copains : colombard et folle

blanche.

VO

Do you speak english ? Au xviii e siècle,

les Britanniques ne disaient pas

souvent non à un verre de cognac.

Certains firent le voyage jusqu’en

Charente afin de s’initier aux subtilités

de la double chauffe et y créèrent leurs

propres maisons de négoce. Jean

Martell, James Delamain et Thomas

Hine arrivèrent d’Angleterre, Richard

Hennessy d’Irlande.

LES CHARENTES

67


« ON VOULAIT VOIR GRAND »

Pierre Cabon fait partie des victimes du Bataclan. Depuis ce drame, il est

paraplégique, mais pas question de rester chez lui pour autant. Avec sa femme,

Myriam, ils ont créé l’association Wheeled World pour démontrer qu’il est possible

de voyager en fauteuil jusqu’au bout du monde.

Photo : © Wheeled World

Le monde du handicap,

ça fait peur ?

Pierre : Le monde du handicap était une

vraie nouveauté pour nous, on n’y avait

jamais été confrontés avant, eh oui, on

ressent de la peur. Heureusement, on

l’apprivoise au fil des rencontres, des

expériences et dans notre cas, en voyageant

tout simplement.

Pourquoi avoir choisi le voyage ?

Myriam : Nous nous sommes mariés

après le Bataclan et on a eu le déclic pendant

notre voyage de noces aux États-

Unis. Un survol en hélicoptère du Grand

Canyon nous a procuré une telle émotion

que l’on s’est dit qu’on ne pouvait pas

s’arrêter là. D’autant plus, qu’après le

choc du Bataclan et la paralysie subite de

Pierre, on ne pensait plus pouvoir revivre

des expériences comme celles-là.

Présentez-nous Wheeled World.

Myriam : C’est une association qui a pour

objectif de donner envie de voyager à

tous, que l’on soit valide ou en situation

de handicap et surtout de permettre à

chacun de le faire sereinement. Notre

premier projet avec Wheeled World était

de se lancer dans un tour du monde, on

voulait voir grand, se prouver qu’on pouvait

faire plein de choses. Au fond, la

seule limite est celle que l’on se fixe. On

s’est envolé en 2019 puis le Covid a tout

interrompu. Cette pause forcée nous a

réorientés vers le local. Il y a tant de

choses à faire en France.

Ça ressemble à quoi le voyage

pour un couple handi-valide ?

Myriam : C’est de l’organisation et de la

coordination. Par exemple, pour la

Nouvelle-Zélande on a utilisé un tandem

électrique adapté. Assis devant, Pierre

« maindalait » pendant que moi derrière,

je pédalais. Pour des terrains difficiles

avec du sable ou des cailloux, on s’est

inspiré des pulkas tirées par des explorateurs

polaires comme Matthieu Tordeur

ou Mike Horn. Je marchais devant avec

un harnais relié au fauteuil par des cordes

et Pierre poussait sur les roues.

Quel est votre souvenir

le plus fou ?

Myriam : Difficile de choisir. On a fait

du kayak au pied d’un glacier en

Argentine, on s’est hissé jusqu’au Machu

Picchu au Pérou, et la traversée la

Nouvelle-Zélande en tandem reste une

grande aventure.

Comment faites-vous

la promotion du voyage

pour tous ?

Pierre : En juillet, on a lancé Les

Éclaireurs, notre chaîne YouTube avec

laquelle on va à la rencontre des acteurs

du tourisme français qui rendent l’outdoor

accessible à tous. Tout n’est pas encore

parfait, mais, c’est encourageant, les gens

que l’on croise ont la volonté de

s’améliorer.

Entretien réalisé par Aurélie Rodrigo

www.wheeledworld.org

HEUREUX QUI COMME…

85


UN

SURF CAMP

À LA MODE

BRETONNE

Il y a treize ans, Karine et Franck ont tout quitté pour s’installer à Plogoff

dans le Finistère. Là-bas, ils ont construit un camp écoresponsable :

Embruns d’Herbe. Leur projet ? Imaginer le monde de demain, avec le surf

comme levier de réflexion.

Comment cette aventure

est-elle née ?

Passionnés d’activités de plein air et architectes

de formation, nous voulions nous

installer en Bretagne près de la mer pour

y construire un habitat en matériaux

écologiques. La première maison a

d’abord été pour les copains, puis on en

a fait une autre pour nous. On commençait

à recevoir pas mal de demandes, donc

l’idée de louer ce type d’hébergement a

finalement fait sens. On a continué à

développer ce projet d’écolieu et Embruns

d’Herbe a vu le jour, il y a trois ans.

Quel type de séjour

proposez-vous ?

On veut permettre à tous les passionnés

de nature et de sports de glisse de vivre

une expérience authentique en s’essayant

en parallèle à l’écoconstruction ou la

permaculture. Notre camp propose des

hébergements touristiques et des formules

à thèmes, avec la possibilité de

faire du surf, mais aussi du yoga, des

massages ou des balades en vélo.

De quelle façon contribuez-vous

au tourisme durable ?

L’écotourisme est notre première mission.

Nous essayons de développer une

démarche qui tend vers le zéro déchet,

mais aussi de faire des efforts sur la gestion

de l’eau. L’office de tourisme de

Bretagne nous a identifiés comme un

laboratoire vivant du tourisme de

demain. Ici, notre but est de développer

un écolieu transformable. Si demain il

n’y a plus de tourisme, des familles pourront

venir et profiter d’un système autosuffisant

en fruits et légumes.

Quel est le lien entre surf et tourisme

écoresponsable ?

On est de plus en plus nombreux à pratiquer

ce sport, donc c’est notre responsabilité

de protéger le littoral et de faire

passer le message à la jeune génération.

Le surf n’est pas juste une performance

sportive ou technique. C’est un équilibre

entre l’homme et la nature. Ici, on sensibilise

le surfeur sur sa façon de consommer.

On lui montre qu’il n’est pas

nécessaire de faire une heure de route en

voiture pour aller surfer et qu’il peut

utiliser son vélo.

De futurs projets ?

Déjà, nous souhaitons développer notre

production locale, afin d’offrir une restauration

allant du jardin à l’assiette. On

souhaite aussi mettre en place des formations

pour accompagner les professionnels

qui souhaitent se lancer dans

l’écotourisme. Cet été, on a pour projet

d’organiser un stage avec des shapers

locaux, où les gens vont pouvoir venir

réfléchir et discuter autour de la durabilité

des planches. Embruns d’Herbe est

un lieu en perpétuelle évolution.

Entretien réalisé par Charlène Dosio

www.embrunsdherbe.com

Photo : © Embruns d’Herbe

86 INITIATIVE


90


La Corée du Nord, le pays le plus énigmatique

de la planète. Y aller, c’est franchir les limites

de l’absurde. Depuis 1948, la dynastie des Kim

(Kim Il-sung, Kim Jong-il, et le petit dernier,

Kim Jong-un) lutte fermement contre l’impérialisme,

défend des idées révolutionnaires et opprime son

peuple au nom d’une société communiste utopique.

Les Coréens du Nord sont les enfants des Kim.

Vous naissez Kim, vous travaillez Kim, vous

mangez Kim, vous vous mariez Kim, vous mourez

Kim. Que reste-t-il d’un séjour dans cette dictature

aussi féroce que paranoïaque ? Un grand malaise

et beaucoup d’interrogations. Didier Bizet n’y coupe

pas. Que peuvent dire des photos rapportées

d’un pays où tout est mensonge, où tout participe

à la propagande d’État ? Que peuvent-elles faire

sinon mentir elles aussi ? Afin de contourner

cet écueil, Didier a décidé de retoucher ses photos

en insérant dans chacune un élément quelquefois

à peine perceptible mais toujours impertinent qui

révèle la vérité derrière la mise en scène ou le décor.

Albert Zadar

Didier Bizet

Corée du Nord,

le grand mensonge ?

www.didierbizet.com

91PORTFOLIO 55

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