Jeunesse blessée - Le Poche

lepoche

Jeunesse blessée - Le Poche

����������������������

���������

�������

������������

�������������������������������������������

���������������������������������������������

�������������������������������������������

�������������

������������������������������������������

�����������������

�������������������������������������������

�������������������������������

����������������

������������������������������

��������������������������������

�������������

>���������������

��������������������������������������������������������������������������������

������������������������������������������������������������������������������������

��������������������������������������������������������������������������������������


JEUNESSE BLESSÉE [ au Théâtre du Loup ]

14 SEPTEMBRE › 2 OCTOBRE 2011

Texte & mise en scène Falk Richter

Traduction & adaptation Anne Monfort

Assistante Tatjana Pessoa

Scénographie Alex Harb

Lumière Philippe Sireuil

Musique Paul Lemp

Vidéo Fred Vaillant

Costumes Marysol del Castillo

Jeu Fabrice Adde

Yoann Blanc

Anne Tismer

Coproduction Théâtre National – Bruxelles/

Festival de Liège, avec la

participation de La Bâtie Festival

de Genève et du Théâtre du Loup

Éditeur et agent théâtral L’Arche

Trois amis sont réunis dans le loft de l’un d’entre eux. On comprend qu’ils se

sont aimés puis séparés, chacun voguant comme il peut, cherchant des bouées

auxquelles s’accrocher pour ne pas couler.

À l’aube de la quarantaine, lorsque la jeunesse est passée, quelle direction

prendre ? Où chercher le bonheur ? Ces trois-là ne veulent pas entrer dans le

monde des adultes et refusent l’idéologie du travail comme centre de

l’existence : plan de carrière, réussite commerciale, etc.

Mercredi 14 septembre à l’issue de la représentation ›

rencontre avec Falk Richter

Images disponibles, libres de droits

Anne Tismer, Fabrice Adde & Yoann Blanc dans Jeunesse blessée / Photographie Véronique Vercheval


14 SEPTEMBRE > 2 OCTOBRE 2011 JEUNESSE BLESSÉE

COMMENT AVANCER DANS LA VIE SANS SE RENIER

Jean-Marie Wynants, Le Soir (MAD), 4 février 2009

Quel est le thème central de Jeunesse blessée?

C'est un peu le monde opposé à celui de Unter Eis. Après avoir parlé de ces consultants qui

font et défont la politique des grandes entreprises, je voulais parler de ceux qui subissent

leurs décisions. Il s'agit ici d'un trio au centre duquel on trouve un type qui essaie plus ou

moins de lutter contre l'idéologie du travail comme centre de la vie : la carrière, la réussite

commerciale, etc. Il est DJ et vit un peu comme un artiste free-lance.

Le spectacle se déroule en trois parties…

Oui, il s'agit de trois nuits, trois épisodes. Un peu comme dans un film. À l'occasion de son

anniversaire, le jeune homme retrouve ses deux meilleurs amis. Une femme et un homme.

La première vient de décider de se marier avec son boss. Elle travaille dans la pub et elle est

enceinte. Le second est un écrivain qui, en publiant un livre sur leurs années de jeunesse, a

fait un énorme succès. Il voudrait écrire un deuxième best-seller mais il n'a plus d'idées.

Ensemble, ils reviennent un peu à leur passé et s'interrogent sur leur avenir.

Les questions qu'ils se posent sont aussi les vôtres ?

Oui. Je me pose beaucoup ces questions : comment grandir, devenir adulte ? Autour de moi

beaucoup de gens s'interrogent aussi. D'une certaine façon, toutes mes pièces parlent de

ma vie, de ce que j'observe, des questions qui se posent à moi.

Comme dans Unter Eis, vous ne restez pas figé dans le réel. Le spectacle glisse aussi vers

quelque chose de plus onirique.

Il y a toujours un côté un peu irréel dans mon écriture et dans mon travail en général. Si je

vais dans le « surréel », ça parle différemment au public. Curieusement, cela devient plus «

vrai » que si je restais dans le réalisme pur.

Vous évitez le manichéisme…

C'est très important pour moi. Mes personnages sont à la fois victimes et agresseurs. Plutôt

que de stigmatiser des gens, je veux montrer que ce sont certaines idées qui sont

mauvaises. Pour tous. Dans Jeunesse blessée, le personnage central pense que grandir,

cela signifie devenir ennuyeux, abandonner ses idéaux. J'aurai quarante ans cette année et

la question du vieillissement m'intéresse. L'image que l'on donne des gens intéressants

dans les médias, la pub, le cinéma, etc., c'est toujours lié à la jeunesse. Quand on vieillit, on

a l'impression qu'on va être petit à petit exclu du monde.


14 SEPTEMBRE > 2 OCTOBRE 2011 JEUNESSE BLESSÉE

ENTRETIEN AVEC FALK RICHTER

Barbara Engelhardt - Extrait d’Alternatives Théâtrales n°100, janvier 2009

Vos pièces comme vos mises en scène montrent que vous pensez le théâtre dans un

contexte plus large, sur plusieurs plans : politique, social, économique, idéologique etc.

Quelle approche détermine votre travail ?

Je pars toujours de ce qui m’intéresse le plus à un moment précis. Je veux comprendre le

monde dans lequel je vis, je veux comprendre comment fonctionne notre système politique,

notre système économique et comment il détermine les hommes qui en font partie,

comment il oriente leurs modes de pensée et leurs sentiments. Lorsque j’ai écrit Le

Système en 2003, je voulais chercher comment je pouvais parvenir à saisir, avec mes

moyens, c’est-à-dire l’écriture et la mise en scène, à quoi ressemble notre mode de vie :

comment vivons-nous ici, en Occident, quelle représentation avons-nous du bonheur, existet-il

encore des valeurs autres que l’argent et la réussite ? Les gens ne sont-ils animés que

par la peur, la peur du déclassement social, peur de son propre vide intérieur, de la solitude,

de ne plus entretenir la moindre relation avec autrui, peur de vieillir, peur du burnout, peur

que tout s’écroule – et ne faisons-nous rien d'autre que de combattre sans cesse cette peur

du vide intérieur ? Je voulais savoir comment fonctionne en réalité notre démocratie

économique, qui sont les détenteurs du pouvoir, qui sont les responsables – mais surtout : à

quoi ressemble notre système vu de l’intérieur : comment ressentons-nous les choses ? Et

les ressentons-nous vraiment ? N’avons-nous conscience de nous-même que dans la

catastrophe – et que ressentons-nous alors ?

Quels liens s’opèrent entre cette orientation claire en terme de contenu et vos mises en

scène d’autres textes, en particulier de classiques ?

Je recherche toujours dans les textes classiques ce qui m’intéresse du point de vue du

présent. À la Schaubühne de Berlin, j’ai mis en scène une trilogie de Tchekhov, en partie en

coproduction avec le festival de Salzbourg : Les Trois Soeurs, La Mouette, La Cerisaie. J’ai

trouvé dans les personnages de Tchekhov des individus solitaires, très modernes, qui

entretiennent entre eux des rapports emprunts d’une grande brutalité, qui pensent avant

tout à eux-mêmes mais sont incapables d’être heureux – toutes leurs conceptions de

l’existence échouent, ce qui provoque ce vide intérieur et les rend en même temps très

agressifs. L’ennui tchekhovien est pour moi ce vide qui ronge l’homme moderne et qu’il

répercute vers l’extérieur sous une forme souvent agressive et destructrice, son

insatisfaction quant à sa propre existence, à laquelle il ne voit aucune alternative et aucun

salut sous une forme utopique. Les pièces de Tchekhov se déroulent toutes sur fond de

grand bouleversement à l’échelle de la société, de rupture. Les personnages pressentent

que dans peu d’années un changement si énorme surviendra qu’ils ne peuvent vraiment se

l’imaginer, et qu’eux-mêmes et leur mode de vie seront balayés par ce changement. De ce

point de vue, nous ressemblons aux personnages de Tchekhov : notre façon de vivre ne

tiendra plus très longtemps, tout ceci va s’effondrer, et cela commence d’ailleurs déjà. Nous

le pressentons, mais à l’instar des personnages de Tchekhov nous ne savons comment agir

maintenant, nous ne savons pas que faire, nous continuons à vivre, simplement, et espérons

finalement que tout cela continuera ainsi.


14 SEPTEMBRE > 2 OCTOBRE 2011 JEUNESSE BLESSÉE

L’ennui n’est pas précisément un des attributs de vos propres personnages, que caractérise

davantage une sorte d’hyperactivité : les managers dans État d’urgence, les consultants

dans Sous la glace, les employés du « village global » dans Electronic City, tous fonctionnent

comme un hamster courant perpétuellement dans sa roue. Vos protagonistes

contemporains ne sont plus des ouvriers… Dans quelle mesure sont-ils les « profiteurs » ou

au contraire les victimes de leurs conditions de travail ?

Mes protagonistes sont à la fois coupables et victimes, détruisent les autres et eux-mêmes.

Celui qui est allé jusqu'à l'épuisement professionnel comme employé dans la finance, à la

bourse, comme consultant, nuit à lui-même et au monde : son activité n’apporte rien de

positif à la collectivité, mais ne sert qu’une maximisation à très court terme des profits, ce

qui implique souvent que des emplois soient supprimés ou que soit bradée la propriété de

l’état. C’est là le problème du néolibéralisme : il ne s’agit que d’augmenter rapidement les

profits sans qu’il n’y ait de stratégies à long terme. Toute comme il n’existe pas d’idée de ce

que l’on pourrait faire de sa propre vie en dehors de la carrière professionnelle. C’est cette

folie que je montre notamment dans Sous le glace.

Voyez-vous dans ce rapport de l'homme au travail une forme contemporaine du « héros

tragique » ?

Le tragique réside dans le fait qu’il n’y a pas d’alternative au système. Celui qui refuse de

s'épuiser au travail, qui ne fait pas tout pour sa propre carrière est exclu, il constitue une

existence individuelle sans valeur : on ne peut aujourd’hui faire partie de la société que si

l’on dispose d’un certain revenu, sinon on n’est pas un citoyen, on n’existe pas, on est réduit

à une statistique, les laissés pour compte, la lie, pour laquelle il n’y a aucune perspective.

(…)

Jeunesse Blessée est une réponse à Sous la glace – elle met en scène des gens qui sont

sortis du système, qui ne font pas carrière ou s’y refusent, ceux qui n’ont pas part à la

richesse, qui ont du temps, ceux qui ont « ralenti »…

« Le spectacle est une grande fête, durant laquelle les trois personnages

tentent de produire de la chaleur, de vivre à l’encontre d’une indifférence

sociale et d’imaginer des alternatives à l’état présent. »

Falk Richter


14 SEPTEMBRE > 2 OCTOBRE 2011 JEUNESSE BLESSÉE

FALK RICHTER

ANNE TISMER

Associé à la Schaubühne de Berlin, l’auteur et metteur en

scène Falk Richter a l’âge de ses personnages. Il est l’une

des personnalités les plus marquantes de la scène

allemande et internationale d’aujourd’hui. Son œuvre

s’inscrit dans un théâtre engagé politiquement sans faire

l’impasse sur une dimension intime et charnelle des

personnages. Privilégiant l’individu aux discours

dogmatiques, Falk Richter impose un théâtre d’émotions,

où les acteurs s’engagent corps et âme. Avec Jeunesse

blessée, pièce créée en février 2009 au Festival de Liège

en coproduction avec le Théâtre National de Bruxelles, il

signe sa première mise en scène en français.

Dernièrement il réalise avec Stanislas Nordey My Secret

Garden, un spectacle inspiré de son journal intime (de

passage au Théâtre du Grütli en mars 2011) et Play Loud,

une création qui s’articule autour de dix chansons. Cet

automne il proposera une adaptation de La Carte et le

territoire de Michel Houllebecq à la Schauspielhaus de

Düsseldorf.

« Grande dame du théâtre européen » Anne Tismer est

née à Versailles et vit actuellement au Togo. Performeuse

et plasticienne, ex animatrice du collectif berlinois Gutes

Tun, elle travaille notamment à partir de ses propres

textes-actions comme Bongani ou plus récemment

Hitlerine, mais joue aussi avec des metteurs en scène

d’envergure tels que Peter Stein, Luc Bondy ou Thomas

Ostermeier, notamment dans Nora d’après La Maison de

poupée d’Ibsen. En français, elle interprète les trois

créations qui lui vaudront le Prix spécial de la Critique

Théâtre en 2009 : Le 20 Novembre de Lars Norén,

Négresse de Franz Xaver Kroetz et Jeunesse blessée de

Falk Richter. Sous sa direction, on la retrouve aussi

dernièrement dans My Secret Garden et Play Loud

coproduit par le Théâtre National de Bruxelles et le

Festival de Liège.


14 SEPTEMBRE > 2 OCTOBRE 2011 JEUNESSE BLESSÉE

FABRICE ADDE

YOANN BLANC

Originaire de Normandie, Fabrice Adde fait ses armes de

comédien au Conservatoire Royal d’Art Dramatique de

Liège, avant de fouler les planches puis les plateaux de

cinéma. Il se distingue notamment dans le film Eldorado

de Bouli Lanners présenté à la Quinzaine des Réalisateurs

de Cannes.

Au théâtre, on le retrouve à la Comédie de Genève dans

Barbelo, à propos de chiens et d’enfants de Biljana

Srbljanovic mis en scène par Anne Bisang et dans La Vie

est un rêve de Pedro Calderón de la Barca mis en scène

par Galin Stoev, sous la direction duquel il joue plus

récemment dans Danse Dehli d’Ivan Viripaev, présenté au

Théâtre de la Colline et au Théâtre de la Place à Liège.

Son interprétation dans Jeunesse blessée, lui vaut le Prix

Espoir masculin aux Prix de la critique Théâtre 2009.

Comédien franco-suisse, Yoann Blanc étudie à l’Institut

National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS) de

Bruxelles avant d’arpenter les planches des théatres de

France, de Belgique et de Suisse.

Il joue notamment sous la direction d’Alain Françon dans E

et Naître au Théâtre National de la Colline, d’Armel

Roussel, dans Pop ?, Si demain vous déplait au Théâtre

Varia de Bruxelles et plus récemment Ivanov/ReMix aux

Tanneurs qui a été présenté cet hiver au Grü, ou encore de

Philippe Sireuil dans Le Triomphe de l’amour et Pleurez

mes yeux, pleurez d’après Le Cid au Théâtre National,

pour lequel il est nominé comme meilleur comédien aux

Prix de la critique Théâtre en 2010.

More magazines by this user
Similar magazines