Jacques de Chartres, le maitre-charpentier de Charles V

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Jacques de Chartres, le maitre-charpentier de Charles V

4 t

JACQUES DE CHARTRES

LE MAITRE-ClIAR pENTIER DE CHARLES V

PAR

R. DELACHENAL

Extrait de l'Annuaire-Bulletin de la Société de l'HLstoire de France,

année 1917.

t

C

ri

PARIS

1918

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JACQUES DE CHARTRES

LE MAITRE-CHARPENTIER DE CHARLES Y

Raymond du Temple, le n maitre-maçon D de Charles V, n'est

un inconnu pour aucun de ceux à qui l'histoire du xiv 5 siècle

est quelque peu familière'. IL en va autrement d'un homme,

dont le nom est le plus souvent associé à celui de Raymond du

Temple et qui, de son vivant, n'eut peut-être ni moinsde crédit,

ni moins de notoriété. 3e veux parler de Jacques Barbel, dit

aussi et plus ordinairement Jacques de Chartres, bien oublié

aujourd'hui, sans qu'on puisse dire si cet oubli est légitime

ou injustifié. En tout cas, il n'implique pas nécessairement que

Raymond du Temple ait été un personnage d'une tout autre

envergure que Jacques Barbe!. Il ne faudrait pas supposer la

perte d'un bien grand nombre de textes, - et ces textes nous

apprennent peu de chose en général, -pour que, du maRremaçon

de Charles Y 1 il ne restât môme plus le souvenir. Le

maître-charpentier, son contemporain et son collègue, n'a pas

attiré d'aussi bonne heure l'attention des chercheurs. Son dossier

s'ouvre tardivement; il pourra s'enrichir quelque jour de

documents plus intéressants et plus explicites que ceux que j'ai

réunis et utilisés.

Jacques Barbel était évidemment, par lui-même ou par sa

famille, originaire de la ville de Chartres, comme le prouve la

forme habituelle de son nom Jacques de Chartres 2. L'époque

1. M. H. Stein a résumé tout ce qu'on sait â son sujet dans un article de

la Bibliothèque de l'École des chartes (t.. LXX, 1909, p. 440-455. Une

expertise au XiV' siècle, p. 450-451).

2. Ancien mémorial D, fol. 64, de la Chambre des comptes de Paris

(31 mars 1360). Prestation de serment de Jacques Isarbel, charpentier cl,

maître sles oeuvres et édifices du roi en la vicomié de I'aris (Arch. nat,,

Document

IULIU Ili IUIII D


-2—

de sa naissance est inconnue, et l'on ne saurait m&me pas la

resserrer avec certitude entre deux dates extrêmes.Voici ce qu'on

peut conjecturer avec une assez grande vraisemblance. Comme

il est probable que Jacques de Chartres avait au moins trente

ans en 1360, lorsqu'il fut pourvu de l'emploi important qu'il

devait conserver presque toute sa vie', la date de sa naissance

ne doit pas être postérieure à l'année 1330. Elle ne doit pasêtre

non plus antérieure de beaucoup à l'année 1315, car à l'avènement

de Charles VI, en 1380, le charpentier du roi fut maintenu

en fonction, ce qui n'eût sans doute pas été le cas si depuis

longtemps il avait dépassé la soixantaine.

Son nom se rencontre pour la première fois dans une note,

extraite d'un ancien mémorial de la Chambre des comptes de

Paris. Le 31 mars 1360, Jacques Barbel, charpentier, maitre des

oeuvres et édifices du roi en la ville et vicomté de Paris, prêta

serment, en cette qualité, devant les gens des Comptes 2 . L'emploi

qu'il allait tenir était devenu vacant, un peu moins de deux

ans auparavant, dans des circonstances tragiques. Au plus fort

de la dictature révolutionnaire d'Étienne Marcel, le 29 mai 1358,

PP 109, y. 431; Bibi. du Palais-Bourbon, collection Lenain, Tables des

registres de la Chambre des comptes, t. i, p: 116). -

Le 5 mai 1364, Jacques de Chartres est confirmé dans ses fonctions de

charpentier du roi à Paris (Mémorial D, fol-

64; Arch. nat., PP 109,

p. 456). Dans des comptes relatifs à divers travaux exécutés à l'Hôtel des

monnaies de Paris (1365-1371), il est appelé tantôt Jacques de Chartres,

tantôt Jacques Barbet (Areb. rat., V 913). Enfin, un texte du 26 février

1392 est aussi explicite que possible « Ileredes «eu .ausam hahentes

deffuncti Jacobi Barbe!, dicti de Chartres, quondam magistricarPCfltarU

Begis, etc. D (Arch. nat., JCK tS, fol. 140 y').

1. Par une pente naturelle, ses attributions furent élargies dans la suite

et il fui inaitre-charpentier du roi, non seulement à Paris et dans sa

vicomté, mais encore dans tout, le royaume. Il n'en reste pas moins qu'il

tenait dès 1360 un emploi très important.

2. Bibi. du Palais-Bourbon, collection Lc,,ain, Ta-bits des re gistres de le

Chambre des comptes, t. I, p. 116 (Mémorial D, fol. 4): & Jacques, dict

Barbet (Barbet), charpentier et maistre des oeuvres et edifiees du Boy au

comté de Paris (sic), a faiet serment le 31 mars 1350 ( y . s.). Il faut

certainement corriger : en la ville et vicomté de Paris.

Areb. nul., PP 109, p. 431 : Autre [mention] de prestation de serment

de Jacques Barbel, charpentier et maître des oeuvres du Boy... »

(Mémorial D, fol. 4). La date n'est pas indiquée.


-3—

avaient été punis du dernier supplice, avec les raffinements

barbares alors en usage, le u maître du pont de Paris », Jean

Péret, et le maître-charpentier du roi celui que les Grandes

chroniques appellent je ne sais pourquoi fleuri Métret, car son

vrai nom parait avoir été Thomas Fouquaut ou F'ouquant'.

Quoiqu'il en soit, ce dernier ne fut peut-être pas remplacé immédiatement

après la rentrée du régent dans la capitale, et, si cette

hypothèse est exacte, il aurait eu pour successeur Jacques de

Chartres. A 5011 avènement, Charles V confirma Jacques de

Chartres dans la charge de u maître-charpentier » du roi à Paris',

qu'il exerça pendant presque toute la durée du règne', et, après

la mort du prince, pendant sept ou huit années encore, jusque

en 4887 ou 1388. Au cours de cette période de près d'un quart

de siècle, il est mentionné très fréquemment, sans qu'il soit possible

de dégager rien de précis des textes qui le concernent4.

Presque toujours il figure en compagnie de Raymond du Temple,

sergent d'armes comme lui, etcollaborantauxinêmesentreprises

1- Chronique des règnes de Jean II et de Chartes V (Société de l'histoire

de France), t. J. Paris, 1910, in-8', p - 179 et n, 2.

2. Arch. net ., PP 109, p. 456 (8 mai? 1364); d'après le Mémorial D,

IN. 64.

3. On verra plus loin pourquoi je dis pendant presque toute la durée

du règne.

4. Mob. net., Ziin 913 (6 décembre 1370-22 juin 1371); J 151 n (24 avril

1372); X2A 10, fol, 77-79 (15 et 17 mars 1379).— BibI. net ., P.O.364, dossier

7369, BLANCHET, n' 9(24 septembre 1382); Clairambault, XXIX, u" 100

et 101 (17 novembre 1386, 4 février 1387), etc. Que ses attributions se

soient étendues à tout le royaume, On n'en a la preuve que par des textes

de date un peu tardive, remontant seulement au règne de Charles VI,

nnids je crois qu'il en fut ainsi de bien meilleure heure, sinon dès l'origine.

Ceci résulte au moins implicitement de ce qu'on lira plus loinn au

sujet d'un procès criminel, que Sacques de Chartres eut au parlement de

Paris vers la lin du règne de Charles V. Quoiqu'il en soit, voici comment

il se qualifie dams des quittances mIe 1386 et 1387 « ... Saques de

Chartres, sergent d'armes et maistre charpentier general. du Boy ,nostre

sire per tout son royaume... » (Bibi. net ., Clairambault, XXiX, n" 100

et loi; I? novembre 1386 et 4 février 1387). La dernière des deux pièces

citées ici est scellée d'un sceau rond de vingt millimètres, portant une tête

d'homme de profil à dextre, dans un qùadrilobe orné de quatre fleurs de

lis; légende détruite (G- Demay, Inventaire des sceaux etc km collection

Clairambault, t. I, w 2245).


-4—

qualifié « maitre-charpentier a ou « charpentier" du roi, comme

Raymond est appelé « maitre'maçon a ou « maçon D du roi. Nous

savons qu'il fut employé à la construction ou à la restauration de

l'Hôtel des monnaies de Paris, conjointement avec le célèbre

maître-maçon de Charles V'. Il travailla au Palais de la Cité 2 , au

Grand .Pont 3 ,aux Halles 4 , à l'hôtel Saint.Po1 5 et enfin au château

du Louvre 6, bien qu'il ne faille pas le confondre avec un autre

Jacques, dit parfois aussi Jacques de Chartres, mais plus exactementJacques

le Maçon, auteur d'une des statues qui décoraient

le grand escalier de la résidence royale du Louvre 7 . Son rôle ne

se bornait pas à faire exécuter les travaux qu'on lui commandait,

il avait, sous l'autorité d'un « visiteur général des oeuvres

du roi ', l'inspection des bâtiments royaux, quels qu'ils fussent.

C'est à ce titre que nous le voyons faire des expertises 8, dresser

des états de lieux ou des devis, presque toujours de concert avec

Raymond du Temple, chacun des deux maîtres prenant dans

l'oeuvre commune ce qui était de son métier'.

Depuis fort longtemps, - au moins depuis l'avènement de

Charles V, - le charpentier du roi avait sa demeure dans l'enceinte

du Palais de la Cité'°, où il occupait une maison, destinée

1. Arch. nal., Zia 913 (il décembre 1370-22 juin 1371).

2. BibI. tint,, P. 0.364, dossier 7869, BLANCHET, n'9 (24 septembre 1382).

3. BibI. tint., ans. fr . 26002, tr 262 (1364).

4. Ibid.

5. F. Bournon, L'hôtel Saint-Pol; p. 78, n. 2.

6. BibI. nat,, ms. fr. 26069, t," 827 et. 828.

7. La statue du duo de Berry, sculptée en 1365 (A. de Champeaux et

P. Gaucliery, Les travaux d'art exécutés pour Jean & 11'ance, duc de

Berry. Paris, Champion, 1894, in-4', p. 6,20-21,73,n. t, 91, 02). Jaoquès

le Maçon résidait ordinairement k Bourges. S'il a Ôté appelé aussi, réellement,

Jacques de Chartres, - ce qui n'est peut.être qu'une erreur de Sauvai,

auquel se référent les auteurs précis (p. 73, n. 1),— il

ne saurait

cependant, et d'aucune façon, être identifié avec le niaitre-charpentier de

Charles V et de Charles VI.

8. Arch. nat., J ISIs (24 avril 1372).

9. Arek. nul., Vs 10, fol. 77 r (17 mars 1379).

10. Ibid. « Jacques de ChavIres.., dit qu'il a esté, environ XXII ans n

passez, continuelinent et est elteores snaistre charpentier du Boy, et si

est sergent d'armes, et si a eu sa demourance, XVI ans ou environ, en

la circuite du Palays, etc. »


peut- ètre d'ancienne date à loger les titulaires du même emploi'.

C'est à cette circonstance que nous devons de le mieux connaitre

et d'être pleinement renseignés sur une période très tragique

de son existence 2 . -

Jacques de Chartres se maria deux fois. Sa première femme,

dont il était veuf en 4374, avait pour. prénom Cal hcrine 3. Il

épousa en secondes noces, déjà mûr lui-môme, une a jeune

fille a, bien apparentée et de œ bonne renommée s, mais fort

peu cultivée', qui s'appelait Guiot(c. Que fut cette union entre

conjoints d'âges très différents et qui n'allait pas sans quelques

risques? Il serait assez vain de le rechercher. Toujours est-il

qu'elle fit naitre ou qu'elle exaspéra, chez Jacques de Chartres,

un défaut, exagéré sans doute par des adversaires médisants,

niais qui cependant n'est pas niable et lui eût coûté fort cher,

si un protecteur, auquel on ne résistait pas, ne fut très opportunément

intervenu en sa faveur. Il était jaloux de sa femme,

jaloux de façon ridicule, comme il advient d'ordinaire, et à un

point tel qu'un éclat était fatal°. C'est en 1.378 que le scandale

se produisit.

t. Arch. nat., XSA

9, fol. 178 • Dicto Jacobo de Carnoto ex adverso

proponenle et dicenle qund ipse viginti duobus annis vol cireiter chipais

magister se,, superior earpentarius nosler continue fuerat et adhuc oral,

ipsumque tanquam -ydoneuni et bene merilum servientem nostruni armomin

constjtueram,,s longoqvc

tcrnpore in domo carpentarie dicti palecil

nost-i ,no,onr paoiflcarn traxerat, etc. »

2. AstI,. mi. , X-t 10, Tel. 77-79 (15 et 17 mars 1379); xis 1471,

fol. 220v (7juillet 1379); X2t 10, fol. 88 r (8 juillet 1379), fol 92(4 novembre

1379); X2s9, fol. 177-178v' (23 juin 1379).

3. Arch. nat., 33166, fol. 72 y', n' 174 (31 octobre 1374) « Et depuis

nous, par nez antres lettres et pour les causes contenues en ycelles, ayons

donné et ottroié à Jaques (le Chartres, nostre sergent d'armes et maigre

de nez envies de charpenterie, tant à cause de Kat/serine sa femme, etc.

(il s'agit de certains héritages criés et mis en veule ).

4. Arch. nat., X2 10, foi. 77 v « ... et si n esté et est mariez à une

.jeune fille (lui est de bonne renommée et de bons amis, et ont mené

lionne vie ensemble. » Elle ne savait pas lire, ce qui à cette époque n'était

ni choquant ni extraordinaire; « elle qui ne scet lire j , est-il dit à propos

de messages prétendus qu'on lui aurait envoyés clandestinement.

5. Mob. ont., X2A 9, fol. 179 « ... una cum predicl.i Jacobi (de Cor_

nom) et Guiote uxoris sue... deposiciouibus sen eorifessionibus, »

C. Ibid., fol. 78 y' ,, Item (d-i.çenl tc.ç demandeurs) de tant que la


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Cette année-là, Charles V était entré en possession du comté

de Dreux, par la vente que lui en avaient faite Marguerite et

Péronnelle de Thouars, héritières, par leur frère Simon, décédé

sans postérité, des derniers comtes de Dreux. Comme il était

d'usage en pareil cas, le ii visiteur général » des bâtiments

royaux, Philippe Ogier, fut envoyé à Dr e ux , avec les deux

maîtres des oeuvres, Raymond du Temple et Jacques de

Chartres,.pour visiter les édifices qui, de même que les terres

du comté, se trouvaient réunis au domaine de la couronne 4 . Sa

mission remplie, - au bout d'un mois à peu près, - Jacques

de Chartres revint à Paris où, ainsi qu'il a été dit, il avait son

domicile dans l'enceinte du Palais. Quand il voulut pénétrer chez

lui, il trouva la porte close et fut obligé de « heurter longuement

» avant qu'elle ne s'ouvrit. Mécontent, et peut-être déjà

inquiet de cette attente inexpliquée, il essaie de faire parler « la

chambrière n. Mais celle-ci se dérobe et le renvoie à sa maîtresse,

qui lui dira pourquoi elle se garde si bien'. Plus ou moins sponfemme

de Jacques est bonne et de bon lignage, et de tant devait il avoir

moins de souspeou, et toutesvoies en estait il jaloux par tele manicre

qu'il ne souffrait pas que elle alast air messe, mais par long temps l'a

tenue si estroicte que elle ne povoit pas aber à l'eglise ne soy confesser,

et une foi; par le temps de Pasques, la mena nus Augustins pour estre

confessée et se tenoit tonsjours de costé elle jusques à tant que elle fis

confessée, et si pres du prestre qu'il povoit, et In tist lever de confesse

avant que elle eust tout parfait, rnonstrant semblant que il lui despiaisoit

pour la demeure, et ne In laissoit nier plain pas (te voie que il ne

feust empres elle. »

I. Arch. rat., x9, fol. 77v' (VI mars 1379): « lient dit (Jacques de

Chartres) que quant le Boy et nagaires la conté de Dreux, maistre Plielippe

Ogier mena à Dreux, IOuT visiter les ouvrages, le dit Jaques,maistre

charpentier, et maistre Rayonna, maistre masses du Boy, et y furent environ

Un inoys. D

-

Philippe Ogier cumulait plusieurs emplois très lucratifs. Il n'était pas

seulement n visiteur general des oeuvres royales s, mais aussi secrétaire

du roi, concierge du Palais, etc. (Chronique des règnes de Jean II et de

Charles 'V. Société de l'histoire de Fiance, t. Il, P. 223, n. 4). -

Charles V acquit de Marguerite de Thouars un tiers du comté de Dreux

et de Peronnelle de Thouars les deux autres tiers (23 janvier et 10 septembre

1378) Voyez Duchesne, Histoire de la maison & ,Dreux, P. 304.

2. Arch. ait., XSh 10. fol. 77 r : n ... et y furent (à Dreux) environ ut

inoys. Et (tuant il retournerent à paris, clmascun d'eulz s'en nIa en sou


-1-

tanément, la femme s'exécute et raconte que c'est pour échapper

aux poursûites du chantre de la Sainte-Chapelle, Pierre de

Beaune,l'un des notaires du roi, qu'elle a été contrainte de s'enfermer

dans sa maison et de ne laisser ouvrir la porte qu'à bon

escient'. Voilà une histoire dont la donnée - de pure invention,

semble-t-il, - est moins innocente que celle du Lutrin et fait

plutôt penser à un conte de Boccace. H faut dire que depuis longtemps

la jalousie de Jacques de Chartres s'en prenait, contre toute

justice et toute vraisemblance, aux chanoines de la Sainte-Chapelle.

IL proférait à leur égard les plus terribles menaces, - des

menaces de mort, - si bien qu'ils avaient obtenu du roi qu'interdiction

fût faite à leur dangereux voisin de résider plu

longtemps dans l'enceinte du Palais. Il était à craindre, en effet,

que cet homme irascible, égaré par une jalousie féroce, ne passât

quelque jour des paroles aux actes et ne se livrât aux pires voies

de fait'. Plusieurs chanoines, dont le trésorier, et aussi, semblet-il,

Pierre de Beaune, le plus grand dignitaire du chapitre

après le trésorier, étaient venus notifier à Jacques de Chartres

les ordres du roi. La démarche avait eu lieu en sofa absence,

hostel, et quant le dit Saques vint empres son ratel il trouva close la porte

au devant et y Imita moult longuement avant que l'en la lui ouvrist, et

demanda â sa chanil,criere la cause pourquoy l'en li faisait si longuement

muser A la porte, la quelle lui respondi que sa femme lui dirait la cause. »

1. Arub, nul., XL 10, fol..77 v. - Le nom de,P. de Beaune se lit naturellement

au bas don grand nombre d'actes qu'il a signés en qualité de

notaire royal, mais on ne sait rien de plus â son sujet.

2. Arcb. nat., xs J, fol. 178 « Invalescente autein et erescente zelotipie

hujusmnodi demencia seu sernione(?) nonnullis dicte capelle ndstre

capellanis perpetuis, boue fume viteque laudabilis et oonversaeionis

.honeste, minas terribiles et horrendas pluries intulerot, asserendo quasi

ces interficeret et occideret. Quitus minis per eosdem capellanos dicto

thesaurario superiori expositis et ex ejuséem tbesaurarii relatu ad nostram

noticiarn devolutis, nos periculis que ex premissis suboriri passent

obviare volentes, predicto thesaurarie et Michacti de Foulards, presbitern

capellano nostro dicteque capelle canonico, preceperamus ut dicte Jacobo

ex parte nostra dicereot et injungerent quod ex toue dounum extra palaeii

nostri aircuitum sihi queTeret, inlubendo ne ibidem de cetera mnoraretur.

Le trésorier de la Sainte-Chapelle était lingues Boucau, sous-aumônier

do roi, auquel Charles V avait donné, eu 1377, la succession d'Arnoul de

Grand-l'ont, décédé (BibI. ont., uns. lat. 47107, n' 29. Paris, 20 février 1377.

Copie du 27 février 1377).


-8—

mais le charpentier savait que les chanoines avaient pénétré

dans sa maison, lui absent et tandis que sa femme se trouvait

seule. Il en avait aussitôt conçu les plus horribles soupçons et,

• sur je ne sais quels indices, attribué à Pierre de Beaune un rôle

odieux'.

Au dire de Jacques de Chartres, tout ce qu'il avait appris de

sa femme, en rentrant à son logis, lui fut répété le lendemain

• matin, sous la foi du serment'. Ce lendemain, qui était un

dimanche, - le dimanche après l'octave de la mi-août 1378, -

il passa la majeure partie de son temps hors de chez lui, en

compagnie de Raymond du Temple, occupés l'un et l'autre à

rédiger et à mettre au net le rapport qu'ils avaient à fournir à

la suite de leur récente visite à Dreux'. Sa besogne terminée,

vers l'heure du crépuscule ou du couvre-feu 4 , il regagnait tran-

• quillement sa demeure, sans plus songer au chantre, quand la

fatalité voulut que les deux hommes se trouvassent inopinément

l'un en face de l'autre, devant le logis de Pierre de Beaune,

qui se promenait sur la chaussée avec un chanoine de la

Sainte-Cha$lle, Jean Roussel 5. Un hasard malheureux aurait

donc été' la cause du drame qui allait ensanglanter l'enclos du

• Palais. C'est du moins ce que le charpentier allégua plus tard

pour sa défense; mais d'autres témoignages, contraires au sien

I. Arch. rial., X2s9, fol 178.

2. Arch, nat., X2A 10, fol. 18 « ... ta quele lui afferma par somment

(les choses susdites), à jeun cuer, en l 'a muni ore que elle avoit fait le soir

precedent. i

3. Ibid. « lient, dit que le dit lendemain, qui fa le dimanche après les

otiaves (le la Miaoust, le dit Jaques et le tilt Raymon avoient fait mettre

pat eseript leur rapport des diz ouvrages de Preux. »

4. Arch. nat., X2a 9, fol. 177v' « ... bora noctis quasi iguitegii...

fol. 178 r s Pie vero crastina, circa noetis erepuseulum... »

5. Arch. nat., Xu 10, fol. 78 , •.. et au soir il cuira dedans la porte

du Palays, pour s'en venir en son liostel et ne peusoit point au dit chantre,

tuais il trouva ycellui chantre (L'aventure sur la chaussée en la court du

Palays, au devant de t'ostel du dit chantre.., n - XIA 9, fol. 177 r

« ... videns dicturn Petrum in curie sets planicie et ealceya palacii nostri

predicti, p,'ope perrofltt'fl nostrurn et canleram audiencie nos(re, bora

noetis quasi igaitegii, cum Johanne Rousselli, capellano dicte capelle,

toquentem et spaciantem... » ces dernières précisions topographiques sont

très intéressantes. Il s'agit ici du perron d'angle, te perron d-nt roi, qui

donnait accès dans la grande salle.



-r,

—9—

et plus dignes de créance, semblent établir la préméditation.

Jacques de Chartres cherchait l'occasion d'une mauvaise querelle

et il s'était mis en état de la soutenir'.

Quoiqu'il en soit, et à supposer qu'il eût oublié les révélations

si troublantes de sa femme, elles lui revinrent soudain à la

mémoire, avec une précision terrible,!! vit rouge et, tirant son

couteau, - à l'entendre, un méchant couteau de quelques sous,

d'après une autre version, une dague à lame triangulaire, -

il en porta plusieurs coups à Pierre de Beaune avec un acharnement

et une rage manifestes 2 . Le chantre n'en mourut pas,

mais ses blessures étaient graves; leur guérisoà demanda beaucoup

de temps et des soins très compliqués3.

1, Arch. naL, XtÀ fl, fol. 177 V' « .,. et sub ce colore (les prétendus

griefs qu'il avait contre P. de Beaune) prefatus Jacobus, (Ilmûtus, iflstrUts

precedentibn,s, associatus nonnuflis sais conlpiicibn,s, videns dietom

Petrum in curie sou planicie et calceyn palacil... Peurs ipsum gressus

$005 dirigeas, eundem Petrum per brachium, lingeas se crnn eu Ioqui

voile, ceperat et retro dicturn capellanum (avec lequel il se promenait)

inodico spacio traxerat et statirn, nulle verbe sire votais precedentibus,

eundem Petrum... percusserat et vijtncraverat. ,

2. Àrch. nul., %2A 10, fol. 78 t ... et, quant il le aperceut, le tuer lui

fremi et eshoullu par les paroles que sa dite femme lui avoit dit et la

souspcçon qu'il avoit du dit chantre, et pour Ia • fureur qu'il avoit lori

ycellui chantre d'un petit coutel qu'il avoit, de la valeur de environ un

blanc de liii deniers, et n'estoit pas dague ne contel periHeux, ne si n'y

et aguet appensé, ne aucunes armeures, et si n'avoit pas volonté (le le

tuer,..

Les adversaires de Jacques de Chartres, - car, bien entendu, cette

affaire devait aboutir A des poursuites tant criminelles que civiles, - précisent

le nombre des coups cinq, et font de ce vulgaire couteau lino armé

meurtrière . ...Jaques n lèru... V coups ou corps d'une dague... n (Ibid.,

fol. 77) ... et neantmoins il le navra V plaies, et sera trouvé que c'estoit

d'une dague ou conte] (lui equipole à III costés, comme il pourroil

apparoir par la trasso des plaies et aussi par les vestures du chantre qui

furent pereiées (fol. 78 r). L'intérêt de ces distinctions était de savoir

S'il y avait lieu ou non do faire application au coupable de la lui romaine,

Lv qui ment ielo (Code, livre IX, titre XVI, Ad legem Co,'nelianr de SiearUs,

consUl., 7), qui assimile A l'homicide le fait d'être porteur d'une arme,

qu'on a prise avec l'intention de tuer « Is qui cum tolu aml,ulaverit

hominis necandi causa, aient is qui hominem occident, vel- cujus dote

moto factum cru co,nniissurn, legis Gornelire (le sicariis prcna coercetur.

Cf. Digeste, livre XLVIII, titre VIII, loi 1, pr., Ad legem Cornaient de

siea,'iis et veneflcis.

3. Aret. nat., X2s 10, fol. 77 ... dont il a esté loue temps malades,


- 40 -

Qu'il eût agi de propos délibéré ou sous l'impulsion d'un sentiment

violent, qu'il avait été impuissant à réprimer, le maîtrecharpentier

s'était mis dans ur très mauvais cas et avait encouru

une très grosse responsabilité. Indépendamment de son caractère

ecclésiastique, le chantre de la Sainte-Chapelle était, en

raison de son titre de notaire royal, sous la protection et la

sauvegarde spéciale du rot. Autre circonstance aggravante

l'attentat avait été commis dans l'enclos du Palais, qui jouissait

d'immunités particulières, et où s'élevait la plus ancienne résidence

royale'. Jacques de Chartres ne pouvait se méprendre, ni

se faire illusion sur les conséquences de son acte. Elles lui apparurentavec

une telle évidence qu'après avoir déposé en lieu sûr ses

biens les plus précieux, il s'éloigna de Paris précipitamment, afin

d'éviter une arrestation immédiate'. Il alla même très loin du

en peril de mort, et encores n'estoit bien gari,.. fol. 78 r « Item, se

le chantre est gariz, c'est de la volonté de Dieu tant seulement. » -

X2s 9, fol. 177 r-178 u ... pro quihus vulueracionibus dictus Petrus,

(le CUJUS morte festina habebatur ah omnibus ipsum visitantibus opium

pocius pinta de vita, leeto jacuerat egritudinis, per medicos sen phisicos

et cirurgicos expertes coin oportunis et custodibus accessariis,

tain de die quam de Doc, tribus inensihus et amplius, cura pervigili

visitatus et eeiam custoditus. Ex ipsoruinque vulnerum lesione et

sanguinis effusione ruerai dictus Pet-rus suis v.irihus vacantes nec pris-

Imam potuerat recuperare sanitatein, sert egritudine in en remanente

dolores inmensos, adveniente renovacione sets mutacione temporis, in dieterme

veineront cicatricibus sustinebat. Ex quo certa ligamenta, mcdicorum

sen cirurgicorum expertorum artificio studioso composita, supei

loca dictorum vulnerumIigata sen posita deferre et habere frequenter et

quasi continue necessario cogebatur, senciens vite sue fore tempora breviata

plus debito naturali. » Je reproduis la version de la partie adverse.

Jacques de Chartres et son avocat atténuent naturellement beaucoup ta

gravité des blessures.

I. Arch. nul., XU 10, fol. 70 e Les demandeurs proposent que le dit

de Beaune estoit notoirement en la sauve garde du Roy comme chantre

et chanoinne, et aussi comme notaire du Roy que il est. D

Item, proposent l'immunité du Palais auquel demouroient les diz de

Beaune et Jaques. Et ,ieantn,oins Jaques a fera en trayson, de nuit,

dedens le ei-rcuite du Palais, etc.

2. Aret. Rit., X2Â 10, fol. 78 « ... et quant il et feru le dit chantre il

se n,ist en chemin en aient vers son hostcl, et toutevoies il s'en retourna

vers la porte et yssi hors du Palays, et ala en ta ville pour goy shuver

qu'il ne fenst prins. »


- •l .1 -

premier coup, car c'est; en Languedoc, auprès du duc d'Anjou,

pour lequel il avait travaillé et qui lui voulait du bien, qu'il

chercha un conseil et un appui 1 . Le duc le rassura de son mieux,

l'engageant à reprendre ses occupations habituelles, comme si

rien ne s'était passé s , et en effet le coupable, racontant l'affaire

à sa manière, la ramenait aux proportions d'un incident presque

négligeable s . Louis d'Anjou écrivit même en faveur de son

protégé au roi, au chancelier et à quelques-uns des chambellans

de Charles V, vraisemblablement au premier de tous et le plus

influent, Bureau de la Rivière.

Cependant l'orage s'amassait sur la tête de Jacques de Chartres.

Ainsi qu'il était à prévoir, le chapitre de la Sainte-Chapelle se

considéra comme atteint par l'injure faite à l'un de ses dignitaires

4 , et de divers côtés l'action publique fut mise en mouvement.

Le prévôt de Paris, - il est à peine besoin de rappeler

qu'il s'agit ici du célèbre Hugues Aubriot, - cita le maitrecharpentier

à comparaitre devant le tribunal du Châtelet, et, la

citation étant demeurée stns effet, prononça contre le défaillant

la peine du bannissement s. Jacques de Chartres avait ignoré la

En réalité, il aurait mis moins de précipitation à se sauver et n'aurait

pas négligé de prendre certaines précautions ... et deinde, bonis suis

a dicta domo deportotis et quo veinerai positis, reddens se fugitivuni,

etc. s (X2& 9, fol. 177 r).

I. Arch. ont., Xli 9, fol. 177 y' . .. ... reddens se fugitivurn et de pre-

,dictis culpabileni, M plura et diversa Inca a villa nostra Parisins longe

distancia, et presertim cd partes lingue occitane pcnes carùsirnunz

germanum et in eisdern partibus tocn.rn tenente,n ,zostrun2 duce,n Andegavensem,

accesserat, etc. »

2. Arch. mat., Xli 10, fol. 78 cc dit que il est alez devers le duc

d'Anjou au quel il a servi, le quel lui tist bonne chlore et obtint de lui

lettres adrecans au Boy adiin que il cust pardon du fait, et aussi lettres à

Mon», le chancelier et à iluseurs chambellans du Roy, et lui dist le duc

qu'il retournast seuremeùt devers le Boy pour poursuir sa besoigne, etc. »

5. Arch. mat., Xli 10, fol. 79.

4. Ibid., fol. 77(15 mars 1379) u Entre le procureur du Boy tendant A

toutes lins, et ,naistre Pierre de Beaune, chantre et chanoinne de la chapelle

royal du ratais Ù Paris, et les tresorier et chanoinnes de la dite chapelle,

pour tant comme à chascun touche, demandeurs d'une part, etc.

5. Arch. ont., Xli 10, foi. 178 « Preterca proponebant (actores) quod

hujusmodi maleticiis ad preposili nosiri Parisiensis noticiain devolutis,

idem prepositus, ut sue inenhuerat officie, corain ipso dictuin Jacobum,


- 42 -

sentence rendue contre lui en son absence. Au lien d'y obéir en

s'exilant lui-môme du royaume, il s'apprêtait à rentrer à Paris,

comme le duc d'Anjou le lui avait conseillé, quand il fut arrêté

à Meaux, en rupture de ban, et' conduit de là au Chàtelet de

Paris', où des commissaires du Parlement vinrent l'interroger 2•

Ses propres aveux, obtenus sans contrainte, attestèrent chez

lui le dessein arrêté et persistant de se venger du chantre'. Il

y avait donc eu, au moins aux yeux des plaignants, préméditation

et guet-apens.

L'affaire fut plaidée à la Chambre criminelle, où cite venait .à

la poursuite du procureur général. Les chanoines de la Sainte-

Chapelle s'étaient portés partie civile, pour leur propre compte,

en môme temps que le principal intéressé. Dans leurs conclusions,

ils demandaient une peine corporelle contre Jacques de

Chartres, - ce qui était empiéter sur lele du ministère

publie, comme leur avocat le reconnut par la suite', - et à plus

juste titre réclamaient des réparations morales et de grosses

pluries ne per debita et competencia intervalle, et in lods assuetis, sub

penabannimenti, fecerat evocari, et qua non venerat sed coifiparere contempserat,

ipse, suis exigentibus contumaciis et defectibus, per serdenciqm

stve judiciun dicti preposi(i n regno nos fro exciusus fuerat et

ba.nnitns...

I. Arch. net., X2s 9, foi. 177 r: « Qui quidem Jacobus, preilictas lit.-

teras (ducis Andegavensis) afferens, fuerat in villa Meldensi propter hue

raptus et carceri mancipatus, nepostmoduni (le mandata nostro in dietum

Castelletum nostruin Parisius prisionarius adduetns, super predieti?

per dictam nostram curium puniendus...

X2A 10, fol. 78 « ... et avant qu'il soit venuz devers le Roy, il a esté

nrrestez prisonnier à Meaulz et 'se meut orques riens do ban

2. Arch. nul., X2s 10, fol, 77 n Il dient que Jaques a confessé le fait

de sa bouche, en Ohastellet, sana contrainte, par devant mess. de ceans,

etc. o

3. Xt 10, fol. 78 v°79 e ... et encores e menacié à Meaulx, en Chastellet

et ailleurs, que, se. il eschape, il tuera le chantre. Et si a dit à

Meaulx, prçsens pluseurs' bonnes gens, que le deable, qui l'a par lune

temps conseillié et par lequel il s vesqi', lui avait fait navrer le dil.

chantre, et qu'il l'avait fait en esperance et volenté de le tuer. »

4. Ibid., fol. 78 Les demandeurs repliquent et font declaration de

leurs conclusions, disses que les crirnineles sont pour le procureur du

Roy tant seulement et ne tendent le chantre et croix de la ehapele que à

fin civile tant seulement, et ainsi doit estre entendu. » Cette mise au

point. avait sans doute étérendue nécessaireparla plaidoirie de l'avocat

du maitre-charpentier « ficin e merveillé des conclusions crirnineles


L.

-13--

indemnités pécuniaires pour Pierre de Beaune et pour eux-mêmes

en tant que chapitre. Le procureur général, de son côté, requérait

que le coupable fili puni dans sa personne et dans ses biens

dans sa personne, au moins par l'ablation du poing; dans ses

biens, par la condamnation à une amende au profit du roi l.

Les plaidoiries prononcées à l'audience, et dont on a un bref

résumé dans le registre criminel du Parlement, ne sont pas de

nature à éclairer notre religion. Les deux versions de l'événement,

présentées tour à tour par l'avocat des demandeurs et

celui du défendeur, sont aussi dissemblables que possible; elles

se contredisent sur tous les P eints ". Pour les demandeurs, la

culpabilité de Sacques de Chartres, non seulement ne fait pas de

doute, mais est encore accrue par les circonstances aggravantes

qu'ils se plaisent à énumérer. L'attentat ne saurait se justifier;

par son âge comme par son caractère, Pierre de Beaune aurait

dû être à l'abri des soupçons, que de faux rapports ont inspirés

à un mari notoirement jaloux 3. Le maitre-charpentier a brutalisé

sa femme pour lui arracher, sous Tes coups, un récit mensonger

de faits qui n'ont jamais existé. Bref, les accusations

portées contre le chantre ont été forgées délibérément par les

deux époux, dans des conditions qui enlèvent toute valeur au

témoignage de la dénonciatrice 4 . La tentative de meurtre a été

faites parle chantre et ceuix de la chapelle, etc. » Cet etc. nous empêche

mal heureusement d'en savoir plus long.

j . Foi. 77 « Si concluent (les demandeurs), considele fait dampjiable

et le ban, que Jaques soit condernpnez et punis en corps et en Lieus,

ou au inohis ait coppé le poing, etc. Item, pour le chantre et ceuiz de la

chapelle en amende honorable ceans et sur le lieu, du malefice, etc., ù

mettre en la chapelle M ages (l'argent à perpetuel meinoire et amende

rolilable au chantre 'le mil livres parisis, et autant à la chapelle, donmages

et interés du chantre, et despens au chantre et à la chapelle, et

qu'ilz soient lutiez avant toute contiscacion, etc. j

2. Les demandeurs déposèrent et développèrent leurs conclusions le

mardi 15 mars 1379. L'avocat de Sacques de Chartres y répeôdit le surlendemain.

Celui de la partie adverse répliqua dans la même audience.

3. Fol. 78 r « ... et, se Saques estoit jaloux de sa femme, il ne s'en

de voit prendre au chantre, qui est homme de bonne vie, et homme d'assez

ancien ange, et salis Souspecon... »

4. Ibid. à «item, il a batue et deinené rudement sa femme t'eut lui dire

les choses dessus dites, etc., et aussi les ont forgées ensemble depùis le

fait avenu, etc.


- 44 -

préméditée; elle a constitué un véritable guet-apens'. Elle a eu

lieu de nuit, dans l'enceinte de ce Palais, qui n'a pas cessé d'être

une résidence royale. La victime a reçu plusieurs blessures

graves, faites avec une arme très dangereuse et qui pouvait fort

bien causer la mort 2. Le chantre étant placé sous la sauvegarde

spéciale du roi 3 , c'était commettre le crime de lèse-majesté que

de l'atteindre dans sa personne ou dans ses biens.

L'avocat de Jacques de Chartres ne concéda pas grand chose

aux demandeurs. Pour lui, la responsabilité de son client n'existe

presque pas. D'abord le cas n'est pas criminel 4 , et tout au plus

une indemnité pécuniaire, très modérée, pourrait-elle être due

au plaignant s . Les faits allégués par la femme sont tenus polir

exacts, et par conséquent on conçoit que le mari outragé n'ait

pas été maitre de lui en apercevant le suborneur'. Les coups

qu'il a portés n'ont fait que des blessures insignifiantes, guéries

au bout de peu de temps, telles que pouvait les faire un couteau

d'aussi mince valeur'. L'acte pour lequel il est poursuivi

n'a pas été commis dans le Palais proprement dit, « en haut u,

I. Fol. 78 r Et. si appert bien que ce lu daguet. appensé, eonsiderii

•La nature du fait et comment . il print le dit chantre pal la main, ainsi qu'il

voulsist parler à lui de conseil, et le navra comme dessus est dit, et loi!,

l'en user en ceste inatiere de la loy Es qui eum teln.

2. Ibid. Item, il est moult à noter que le dit laques ne voulait

lias tant, seulement haire le dit chantre, mais le voutoit murtrir mauvaisement,

car il le feri es parties les plus perifleuses de son eorps que pourvoient

yrnaginer touz les me,licins et mortiers qui sont ou monde, etc. »

3. Fol. 77 e Les demandeurs proposent que le dit de Beaune estait

notoirement en la sauve garde du Itoy, comme chantre et chaneinne et

aussi comme notaire du Roy que il est. s

4. Fol. 78 « Item, le Cas n'est pas criminel, car le chantre est gariz,

et si ne use l'on pas au royaume de ta dite loy (Is qui cum telo). 1-

mais n'y a que simple debat civil et non criminel... »

5. Ibid. : « Si conclut qu'il ne soit pas puniz criminelment, caria matiere

est pure civile, sans crime aucun, et qu'il ne soit tenuz à faire amende

honorable ne ymages, etc., et que partie n'y face à recevoir, et, se amende

y a, que elle soit pecuniaire et petite, et sans tenir prison et qu'il soit

delivrés ou au moins eslargiz, etc. »

6. Fol. 78 Item, dit que il n'y et aguet appensé, mais tu en aventure,

par chaleur, qui peut cheoir en tout homme marié, en tel cas, et

si n'y ot aucuns port l'armes; si n' s lieu la 10)' h qui citer (etc.

7. c'est du moins ce qu'il aurait essayé de faire accroire au due d'Anjou

(fol. 79), Car son avocat ne va pas aussi loin pour justifier son client,

Il se borne à dire que le chanoine est guéri.


15 -

mais sur la chaussée, en aval », et d'ailleurs, à ce moment-là,

le roi ne résidait pas dans la Cité 4.

Les débats judiciaires sont plutôt favorables à la femme par

la discrétion qu'ils observent à son endroit. il est visible que,

terrorisée par un mari ombrageux et brutal, elle s'est laissé

arracher les déclarations mensongères de la première heure,

et n'avait pas pris d'elle-môme les précautions extraordinaires

par où elle feignait de défendre une vertu, qui n'était

pas menacée.

L'arrêt du Parlement, rendu le 23 juin 13792, fit justice des

imputations dirigées contre Pierre de Beaune, mais il fut moins

sévère pour Jacques de Chartres qu'on n'aurait pu s'y attendre,

puisque en somme rien ne justifiait son agression, ni les violences

auxquelles il s'était livré. C'est qu'au cours du procès un

fait nouveau s'était produit, - le q raït du prince », - et que

ta liberté des juges n'était plus entière. A deux reprises, Charles V

était intervenu en faveur de son charpentier, auquel il portait

évidemment beaucoup d'intérêt et dont les services lui étaient

nécessaires. Tout d'abord, par des lettres closes, il avait notifié

aux magistrats sa volonté formelle que Jacques de Chartres

n'encourût ni la peine de mort, ni la perte d'un membre, -

en l'espèce l'ablation du poing. Une seconde fois, par des lettres

patentes, - équivalant presque à des lettres de rémission, -

il avait fait d'une affaire criminelle une affaire purement civile,

de façon qu'au regard du roi elle ne comportât qu'une condamnation

à l'amende-. Les conseillers du Parlement n'avaient

1. Areb. na, X2Â 10, foi. 78v' « Item., le Boy n'estoit pas pour lors

ou Palays. Si ne doit pas estre entendue l'immunité si largement comme

s'il y eud esté, muais n'y n que simple clebat civil et non criminel, et 'nosbernent

que le fait ne lu pas fait ou Palays en bauD, mais sur la chaussée,

en la court, par aval, »

7. Areb. nul., Xla 9, fol. 177-178 y'. L'arrêt fut Prononcé par le iremier

président du Parlement, Arnaud de Corbie. Les plaidoiries s'Ôtnient

l.ern,inées te Ii mars, et cejour-là la cour avait donné l'appointemnertt

suivant e Finnblemem,t appointiez sont que la court verra te bannissement,

la confession de Jaques et de sa femme, et considerera les faix et

raisons des parties et fera droit. » En marge « En arrest. - Fait. »

3. Areh. ont., X2s 9, fol. 179 ... partibus ad plenum auditis et in

arresto per dictam nostram curiam appunctuatis, coin per certas nostras

litteras dansas dicte oestre curie, certis de causis nos ad hoc moventi-


t

- 16 -

qu'à se conformer à des « instructions » aussi nettes, d'autant

plus que les demandeurs eux-mêmes, après quelques protestations

platoniques, se déclaraient, de plus ou moins bonne grâce,

prêts à déférer aux désirs du roi'.

Jacques de Chartres fui condamné 40 à faire amende «houorable

et publique D au procureur du roi, à Pierre de Beaune,

au trésorier et aux chanoines de la Sainte- Chapelle; 2 0 . à

payer à Pierre de Beaune, à titre de réparation et d'indemnité,

500 livres tournois; 30 payer au roi, à Litre d'amendeproprement

dite, 1,000 livres tournois'. Défense lui fut faite d'avoir

bus, ,nandasseïnus causant hujusmodi judkari absque dicti Jacobi morte

sec perdicione n,etnbrorun,, CL deinde per certas nostras jitteras. in Mis

sericis et cers viridi sigillatas peflam sou putliciOneln criminalem, quani

occasioue prelnissorum erga nos potucraL indurriSse vol incidisse, de

dort» nostra sciencia et auctoritate regia graciaque speciali convertisse-

'nus sec irn,Lavisse,nus in civilein, dietuinque bannum unadum omnibus

iode .secutis adnullassetnus omnino, procuratori nostro silenciuin perpe-

Luuin super hoc imponendo et dict.um Jacobum ad regnuni nostrum

bonarnque famam guam an houa sua l'on confiscata reponendo, .hoc

mediante quod ipse Jacobus dicto procuratori nostro et prefatis petto,

thesaurario et carlonicis emeitdam solenoem cL noLabilein faceret et preslard.,

dictoque Petro de sua interesse satisfaceret ail arbitrium nostre

curie su1,radicte, prout premissa in ci sdem nostris litteris plenius sont

express»... s

1. Arcb. naL, XSs 9, fol. 179 « ... quas quidem JitLeras nostras [coin]

dicta nostra «cria predictis actoribus ostendi fecisset ut cas ionjiugnarent

et contra ipsas et earum tenorein et ellectum (licerent et propouerent

quidquid eis videretur expedire, prefatis actoribus respondentibus et

dicentibus quod, tiret dicte nustrc liltere verilalein dictonrnr inaleficiOn4n,

non continerent, rai subrtpti& pluribus «(flUis et ,aciouibus

dici sou judicari deberent, ipsi tamen pro expedicione hujusmodi negocii

nolentes se Iongis sou prolixis litigiis involvere nec audienciain curie

nostre propter hoc oceupare, de et super tenore predictarum nostrarum

litteraruin ac super eorum jure in predictis discrecioni, disposicioni et

ordivacioni ejusdein nostre curie se totaliter submittebant, jus super

preniissis sibi tien coin instancia requirendo.

2. Ibid., fol. 179-179 r ii l'redicta nostra «uns littenis nostnis anledictis,

eidcm Jacobo de Carnoto, ut predicitur, concessis obtemperando,

prefatutti Jacobuin ad faciendum, plicandum et gagiandum emendam

honorabitem et publicain, in tunica sine capucio et zona, flexisque gentbus,

tain in dicta nostra cunia, predictis procuratoni nostro, Potin de

IleIna, t]wsaurario et canonidis, quam super Iocum obi dictus I'ctrus

vuineratus ertitit, ut prefertur, eisdem Petro, thesauranio, et canonicis

nec000 erg» dietum Petrum de loba pro suis injuriis, dampnis, lute-


s,

- 'li -

son habitation dans l'enclos du Palais, d'où il fut expulsé à perpétuité'.

Le paiement de l'indemnité de 500 livres tournois et

de l'amende de 1,000 livres était gagé sur les biens du coupable,

qui demeurerait « en prison fermée » tant qu'il ne serait pas

acquitté de sa double dette, et envers Pierre de Beaune et envers

le roi'.

En conséquence, après avoir fait « amende honorable et

publique à tous ceux auxquels il devait cette réparation

morale 3 , Sacques de Chartres se constitua prisonnier au ChâLelet'.

Sa détention ne fut pas de longue durée. La sentence du

Parlement avait été rendue le 23 juin; dès le 7juillet suivant,

le charpentier du roi était « élargi » dans Paris ou, comme on

le disait alors, e dedans les bastides », c'est-à-dire à la condition

de ne pas dépasser la limite de l'enceinte fortifiée. Pierre

de Beaune avait consenti, en ce qui le touchait, à cet « élargissement

n , lequel devait durer jusqu'au vendredi après la Toussaint

(4 novembre), et il est facile d'imaginer pour quels motifs

il se montrait aussi conciliant 1 . La Toussaint passé, le roi

cesse et expensis in summa quingentarum librarum turonensium et ad

tenendum carcereni firmatuin quousque de ipsa somma plenarie satisfecent,

et ergs nos in emenda mille libraruin turonensiucn per arresturn

c&ndetnpnavit et condeinpnat. »

1. ArS. net., XIs 9, lb!. 179 r.

2. Ibid.

3. Ibid. n Emendas aute,n bonorabiles antedictas, idem Jacobus modo,

forma et lods antedictis gagiavit atque fecit.

4. Ârch. nat., Xs 10, fol. 8S(8 juillet 1379); fol. 923 novembre 1379).

5. Àrcb. rat., XI- 1471, 'foi. 220 r (7 juillet 1379) « Ce jour maistre

Pierre de Beaune, chantre de la Saincte Chappelle de Paris, a consenti

que Jaques de Chantres, charpentier, soit elargis eu tant que li touche

jusques au vendredi après la Toussains prochain avenir, senz prejudice

de son nrrest et lors pourra faire executer son arrest, comme il eut peu

faire par avant. »

XIs 10, fol. 88 (8 juillet) « Jaques de Chartres, charpentier, prisonnier

au Chastellet do Paris, pour la somme de V frans adjugée â maistre

Pierre de Beaune, chantre de- la chapelle royale, et pour la somme de

mil frans adjugée au Boy nostre sire, par arrest de ceans, pronuncié l

xxizr jour de juing derr. passé, est eslargis parlai la ville de Paris

jusques au vendredi après la Toussaint prochain venant, du consentenient

du dit de Beaune et par vertu [des lettres] de nosseigneurs les conseilliers

sur le demainne et tresoriers de France, etc.


â

t

t 'Y,

.. 4".

- 18 -

intervint derechef et, en termes encore plus impérieux; il « voulait

que son charpentier continuât à jouir de la même liberté

relative, u iour entendre s, c'est-à-dire pour vaquer e à ses

ouvrages D. l'homme nécessaire fut donc élargi de nouveau,

jusqu'au lendemain de Quasimodo (30 avril 1380 1 ). Cette

fois ce dut être l'élargissement définitif. Quant à l'amende de

1,000 livres, il est bien probable qu'elle ne fut lamais payée.

Jacques de Chartres n'encourut donc pas de disgrâce pour

avoir attenté à la'vie de Pierre de Beaune. A vrai dire, tant qu'il

fut sous le coup de poursuites criminelles, il demeura eu fait

comme en droit privé de sou emploi de maltre-charpentier du

roi 2 . Cc ne fut toutefois qu'une suspension temporaire, qui prit

fin officiellement les mai 1380, peu de mois avant la mort de

Charles V 3 . Charles VI maintint en fonction ce modeste et utile

serviteur, dont soit appréciait le mérite et auquel il n'avait

jamais retiré sa confiance. Jacques vivait encore en 1387, lors

du duel célèbre entre Jacques le Gris et Jean de Carouge. C'est lui

qui construisit les lices à l'intérieur desquelles se mesurèrent

les deux champions 4. Vers la fin de 4388, il avait un successeur,

Robert Fouchicr , mais sa mort paraît avoir , été postét.

Arch. rial., X2A 10, fol. 92 (3 novembre 1379) « ... consideré aussi

que le Boy veuit son eslargissement, pour entendre à ses ouvragez... »

2. Ibid., fol. 77 (15 mars 1379) « Entre le procureur du Roy, etc., et

Jaques de Chantes, prisonnier ou chastellet de Paris, nagaircs maistrc

charpentier du Boy, deffendeur, d'autre (part)... n

3. Arch. ont., PP 109, p. 514 (S mai 1380). Lettres de retenue de Jacques

de Chartres, maUre-charpentier à Paris. D'après le Mémorial D, foi. 206 r,

de la Chambre des comptes.

4. Bibi. nul., Clairambault, XXIX, n' lOt (4 février 1387). Quittance de

Jacques de Chartres, « sergent d'armes et mai g re charpentier general du

.Roy nostre sire par tout son royaume n, à Jean de la Folie, « receveur de

Paris u, de la somme de 120 livres parisis, à lui « ordenés prendre -et

avoir par le Boy nostit sire sur la recepte de Paris, et par ses lettres

données le x111 jour de decembre derrenierement passé, pour employer

et' la façon des lices aagaires faites pour le champ de bataille qui a esté

fait en ycclles de messire Jehan de Carouges et de Jaques le Gris s. Sur

ce duel célèbre, voyez Areb. rial., Xis Il, fol. 206, 211, 212, et l'arrêtiste

Jean le coq, Quoestiones, LXXVI, LXXVII et LXXXV:

5. Àrcb. est., PP 109, p. 548 (d'après le mémorial E, fol. 107 V', de la

chambre des comptes) « Autre [mention d'institution] de Robert Fouchier,

su' charpentier du Boy. • Cetté c institution est certainement de


4'.

- 19 -

rieure de quelques années (1391 ou 392). On ignore s'il laissa

une descendance.

Fut-il, comme Raymond du Temple parait l'avoir été, un

véritable artiste et non Pas seulement un entrepreneur expérimenté

et habile? On ne peut que poser la question, en attendant

que des textes nouveaux permettent d'y répondre. Mais il est

vraisemblable qu'à une époque où la sculpture sur bois tenait

une si large place dans la décoration des édifices publics et privés,

Jacques de Chartres a dû attacher son nom à des créations originales,

à des oeuvres intéressantes, malheureusement fragiles

de leur nature et dont le souvenir même ne s'est pas conservé.

Ex'riun's DRS REGISTRES .1)11 PARLurEr'r DE PARIS.

I.

(Arch. .rat., Vs 10, foi. 77-79; 15 et 17 'flan 1370.)

Entre le procureurdu Boy tendant à toutes fins, et maistre Pierre

de Beaune, chantre et chanoinne de la chapelle royal du Palais

à Paris, et les tres.orier et ehanoinnes de la dite chapelle, pour

tant comme à cliascun touche, tendans à lin civile, demandeurs

d'une part, et Jaques de Chartres, prisonnier ou Chastellet de

Paris, nagaires maistro charpentier du Boy, deffendeur d'autre.

Les demandeurs proposent que le dit de Beaune estoit notoirement

en la sauve garde du Boy comme chantre et chanoinne, et

aussi comme notaire du Boy que il est. Item, proposent l'immul'année

1388 et probablement postérieure au 15 mai et antérieure au

10 août. Le 18 novembre 1388, le maitre-charpentier du roi est bien

Robert Fouchier (H. Stem, Une expertise au Xlv' siècle, dans Bibi, de

lÉc, des chartes, 1909, L. LXX, p ' 446-455). II est qualifié sergent d'armes,

comme Jacques de Chartres l'avait été.

t. Arcli nal.., XX 13 2, fol. 140 r clieredes sen causam babentes dclfuncti

Jobannis Barbe], dicti de Chartres, quondam magistri carpentarli

Regis, pro denariis de ipsis indebite redditis per thesaurum sali ultirna

[die] junii ultime [preteritil (1392) pro niagistro Ludovico Blancheti,

secretario Regis, cul nichil solverunt, prout constitit per cedulani nostram

de redditione predicta hic reddit.arn, pro eodem VIIxx XVIII l.Xl.s. X d. p. »


- 20 -

nité du Palais ouquel demouroiint les dis de Beaune et Jaques.

Et neantmoins Jaques a fcru en trayson, de nuit, dedens le circuite

du Palais, V coups ou corps d'une dague, dont il s esté (Pierre de

Beaune) lonc temps malade en peril de corps, et encores n'est pas

bien gens, etc. Item, aien t que pour ce fait il a esté bannis du

royaume par le prevost de Paris et, depuis le ban, a esté pris à

Meauls et admenez en Ohastellet pour estre punis par la court

de ceans, selon l'exigence (lu cas. Si concluent, considéré le fait

dampnable et le ban, que Jaques soit condempnez et punis en corps

et en biens, ou au moins ait coppé le poing, etc.

Item, pour le chantre et coula de la chapelle eh amende honorable,

ceans et sur le lien du maléfice, etc., et à mettre en la

chapelle ymages d'argent à perpétuel memoire, et amende profitable

an chantre de mil livres pariais, et autant k la chapelle,

dommages et interés du chantre, et despens au chantre et à la chapelle.,

et qu'ils soient paies avant toute confiscacion, etc. Il aient

que Jaques a confessé le fait, de sa bouche, en Chastellet, sans

contrainte, par devant mess. de ceans, etc.

Le dit Jaques est renvoies prisonnier en Chastellet et ordennera

la court se il sera ois par conseil en pLainne audience, ou non.

Jeudi xvlla jour de mars MCCCLXXVIII. Paillart et la Grange.

Jaques de Chartres respont contre le procureur du Roy, le chantre,

tresonier et les chanoinnes de la chapelle, et dit qu'il a esté,

environ XXII ans a passez, continuelement, et est encore maistre

charpentier du Boy, et si est sergent d'armes, et si a eu sa démonrance

XVI ans ou environ en la cireuite de Palays, et si a esté et

est mariez à une jeune fille, qui est de bonne renommée et de

bons amis, et ont mené bonne vie ensemble, item, dit que, quant

le Boy et nagaires la conté de Dreux, maistre Phelippe Ogier

mena à Dreux, pour visiter les ouvrages, ledit Jaques, maistre

charpentier, et maistre Raymon, maistre unisson (lu Roy, et y

furent environ un moys. Et quant ils retourneront à Paris, chascun

d'eulz s'en nIa en son hostel, et quant le dit Jaques vint empres

son ostel, il trouva close la porte au devant et y hu;ta moult longuement

avant que l'en la lui ouvrist, etdemanda à sa chambeniere

la cause pourquoy l'en Le faisoit si longuement muser à la porte,

la qiiele lui respondi que sa femme lui diroit la cause. Et quant

il Lu entré en son hostel, sa femme lui dist que la porte avoit esté

tenue fermée affin que l'en ne peust entrer ens ne aler par devers

elle de par le dit chantre, qui l'avait fait requenir de villenie de son


- 21 -

corps, dès environ demi an auparavant, et lui avoit fait presenter

par femmes et jeunes milans, en plusieurs lieux, en Yeglise Saint

l3erthelemy et ailleurs, lettres, les queles elle, qui ne scet lire et

qui ne s'i vouloit accorder, avait gelé là aval. Et affin qu'elle ne

feust plus sollicitée de par le dit de Beaune, elle en avait laissié à

aler oit le service de Dieu en la chapelle en bas et à Saint Michiel

par lonc temps. Pour les queles paroles le dit Jaques fu esmeuz,

et lendemain au matin il conjura sa femme de lui dire venté sur

les choses dessus dites, la quele lui afferma par serement, a jeun

cuer, en la maniere que elle avoit fait le soir precedent. De quoy

il fu doulant et esnleu plus que devant. Item, dit que le dit lendemain,

qui lu le dimanche aptes les ottaves do la miaoust, le dit

Jaques et le dit Baymon avaient fait mettre par escript leur rapport

des dia ouvrages de Dreux, et au soir il entra dedans la porte

du Palays pour s'en venir eu son hostel, et ne pensait point au

dit chantre, mais il trouva ycellui chantre d'aventure sur la.

chaussée, en la court du Palays, au devant de Postel du dit

chantre, et, quant il le aperceut, le ruer lui fremi et esboutlu,

pour les paroles que sa dite femme lui avait dit et la souspeçon

qu'il avait du dit chantre, et pour la fureur qu'il avoit feri ycellui

chantre d'un petit conte[ qu'il avait, de la valeur de environ un

blanc de quatre deniers, et n'estoit pas dague ne coutel perilleux,

ne si n'y et aguet appensé ne aucunes armeures, et si navoit pas

volonté de le tuer, et quant il et féru le dit chantre il se mist en

chemin en alant vers son hostel, et toutevoies il s'en retourna

vers la porte, et yssi hors du Palays et ala en la ville pour soy

sauver qu'il ne feust prins. Item, dit que il est alez devers Je duc

d'Anjou, auquel il a servi, le quel lui flstbonne chiere, et obtint de

lui lettres adreçans au Roy, afin que il eust pardon du fait, et aussi

lettres à Mons. le chancellier et à pluseurs chambellans du Roy.

Et lui dist le duc que il retournast seurementdevers le Roy pour

poursuir sa besoigne, et avant qu'il soit venuz devers le Roy il

a esté attestez prisonnier à Meaulz et ne sceut onques riens du

ban, car se il eu oust eu cognoissance il ne se feust pas volontiers

tenez ou royaume. Item, dit que il n'y et aguét appensé,

mais fa en aventure, par chaleur qui peut cheoir en tout homme

marié en tel cas, et si n'y et aucun port d'armes; si n'y a lieu

la loy la qui cuva teto. Item, le cas n'est pas criminel, car le

chantre est gariz, et si ne use l'on pas ou royaume de la dite loy.

Item, le Roy n'estoit pas pour lors ou Palays; si ne doit pas

estre entendue l'immunité si largement comme S il y eust esté.


- 22 -

Mais n'y a que simple debat civil et non criminel, et mesmement

que le fait ne lu pas fait ou Palays en hault, mais sur la chaussée,

en la court, par aval. Item, a merveille des conclusions crimineles

faites par le chantre et ceulx de la chapelle, etc Si conclut

qu'il ne soit pas punis criminelment, car la matiere est pure civile,

sans crime aucun, et qu'il ne soit tenus à faire amende honorable

ne ymages, etc., et que partie n'y face à recevoir et, se amende y

s, que elle soit pecuniaire et petite, et sans tenir prison, et qu'il

soit delivrés ou au moins eslargiz, etc.

Les demandeurs repliquent et font declaration de leurs conclusions,

disans que Les crimineles sont pour le procureur du Roy

tant seulement, et ne tendent le chantre et ceuix de la chapele que

à fin civile tant seulement, et ainsi doit estre entendu. Item,

dient que Jaques, en ce cas qui est de malefice, deust respondre,

par le stile de ceans, eu personne, mais la court a ycellui examiné

à part, d'office, et ne peut varier sa confesion Si n'est pas nocessite

qu'il en parle de sa bouche à proscrit, et le dit le procureur

du Roy, pour les assistans, pour le temps avenir, etc. Item,

de tant que la femme de Jaques est bonne et de bon lignage, et

de tant devoit il avoir moins de souspeçon, et touteveies en estoit

il jaloux par tels maniere qu'il ne souffroit pas que elle alast oir

messe, mais par loue temps l'a tenue si estroicte que elle ne pouvoit

pas aller à l'eglise ne soy confesser, et une fois, sur le temps

de Pasques, la mena ans Augustins, pour estre confessée, et se

tenoit touzjours de resté elle jusques à tant que elle lu confessée,

et si pres du prestre qu'il povoit, et la fist lever dé confesse avant

que elle eust tout parfait, monstrant semblant que il lui desplaisoit

pour la demeure, et ne la laissoit aler plain pas de voie que il ne

feust empres elle. Item, il a batue et demené rudement sa femme

pour lui dire les choses dessus dites, etc., et aussi les ont forgées

ensemble depuis le fait avenu, et ' bien appert, car il y a grant

differance entre leurs confessions ou deposicions, etc., et aussi

les defenses de Jaques ne sont que paliations controuvées, qui n'ont

aucune couleur de venté, car la femme dit que elle ne cognoist

ceuls qui lui apportoient les messages du chantre, et si ne scet

quelx joyaux, ne si ne monstre les lettres, et, se Jaques estoit

jaloux de sa femme, il ne s'en devoit pas prendre au chantre, qui

est homme de lionne vie et homme d'assez ancien sage et sans

souspeçon, et neantinoins il le navra V plaies, et sera trouvé que

c'estoit d'une dague ou coutel qui equipole à ni costés, comme il

pourroit apparoir par la tresse des plaies, et aussi par les vestures


- 23 -

du chantre qui furent perciées. Et si appert bien quo ce tu d'aguet

appensé, censideré la nature du fait et comment il print le dit

chantre par la main, ainsi qu'il voulsist parler à lui de conseil,

et le navra comme dessus est dit, et doit l'en user en ceste mtiere

de la loy h qui cuni telo. Et si en a l'en usé et use souvent, comme

il advint d'un homme, qui fut espié à la porte Baudet à Paris, et

lu feruz et le cuida l'en avoir tué; si lu gariz et neantmnins celui

qui le navra fu penduz. Et aussi pour mendre cas s'ensuit punicion

criminele, comme d'un asseurement enfraint par une butTe,

etc. item, il est moult à noter que le dit laques ne vouloit pas

tant seulement battre le dit chantre, mais le vouloit murtrir mauvaisement,

car il le feri es parties les plus perilleuses de son corps,

que podrroient ymaginer toua les medicins et murtriers qui

sont au monde et encores a menacié à Meaulx, en Chastellet et

ailleurs, que, se il esehape, il tuera le chantre etc. Et si a dit à

Meaulx, presens pluseurs bonnes gens, que le deable, qui l'a pas

lonc temps conseillié et par lequel il a vesqu, lui avoit fait navrer

le dit chantre, et qu'il l'avoit fait en esperance et volenté de le tuer.

Item, se le chantre est garis, c'est de la volenté de Dieu tant seulement.

item, se Jaques n'a riens sceu du ban, ce ne doit prejudicier

ans demandeurs, car il ne le povoient (sic povoit) ignorer,

veu ce que il a confessé, et si est le ban fait bien et deuement, et

si appert que il n'est pas yssu hors du royaume. Item, il ne exposa

pas la venté du fait au duc d'Anjou, qui a singuliere affeccion à

la chapelle et y a esleu sa sepulture, car il lui dist que il avait

seulement haillié un cop à un chanoine de la chapelle, dont il

avoit esté gariz le rn jour après, et te dit chantre en avait geu au

lit plus de trois maye, et si n'en escript onques le duc d'Anjou

au Roy, mais à aucuns ses chambellains, et au cas dessus dit, etc.

Et ne peut le duc, ne autre que le Boy, donner congié à un banny

de converser au royaume, etc. item, que l'immunité du Palays est

notoire, supposé que le Boy n'y soit pas, car touz jours y est ta

court souveraine, qui represente sa personne, et y 'parle l'en ou

nom du Roy en tontes lettres, etc.; et est certain que autele

immunité est paravat en la court que en la grande sale en haut, etc.

Item, quant à un homme qui lu batuz de vergés sans autre punition,

pour une bateure faite en la court du Palays, dient que un

malfaiteur, qui avoit un jeune enfant avec lui, portant son espée,

bati, en la court du Palays, le clerc ou varlet d'un receveur, et'

s'en fouy le malfaiteur principal, et son valet fu prins, et par le

debat de la eognoissance d'entre Je prevost de Paris et le con-


- 24

cierge du Palays, la court cogneu de la besoigne, et lu ledit varlet

batuz de verges ou Palays, et par les quarreîours de Paris, et

par mi ce lu delivrés, car il n'avait pas fait le matefice, ne si n'en

estait coulpable autrement que de porter l'espée après son dit

maistre, etc. Si n'y fait riens se cas, etc. Concluent comme dessus.

Finablement appointiez sont que la court verra le bannissement,

la confession de Jaques et de sa femme et considercra les

faix et raisons des parties et fera droit.

A la marge e En arrest. .

II.

(Arch. cal., XU 9, fol. 177479 r; 23 juin 1379.)

Gonstitutis in nostra parlamenti curie, procuratore nostro generali,

pro nobis ad omnes fines, et dilecto clerico et notarlo nostro

magistro Petro de Belna, sacre capelle castre palatii nostri regalis

Parisius canonico et cantore, necnon dilectis nostris tbesaurario

et canonicis predicte capelle, prout eorum quemlibet tangebat et

tangit, ad fluera civilem dunitaxat tendentibus, actoribus ex uns

parte, et Jacobo Barbelli, alias de Carnoto, carpentario, prisionario

in Castelleto nostro Parisius, defensore ex altera, pro parte

dictorum actorum contra dictum defensorem extitit propositum

quod dictus Jacobus, dura superior sou magister carpentarins noster

tuerait et in domo nostra carpentarie 1 , sita in circuitu nostri

palatii Parisius, morabatur, de sua uxore adeo zelotipus extiterat

quod ipsam uxorem suam ad ecclesiam, ut in celebracione divini

servicii interesset, vix et coin maxima semel in trium2

vol quatuor annorum spacio accedere permiserat. Invalescente

autem et crescente zelotipie hujusmodi demencia sen sernione3,

nonnullis dicte capelle nostre capellanis perpetuis, bone lime

viteque landabilis et conversacionis honeste, minas terribiles et

horreudas pLanes intulerat, asserendo quod eus interficeret et

occideret. Quibus minis per cosdem capellanos dicte tbesauranio

superiori expositis,' et ex ejusdem thesauranii relatu ad nostram

noticiam devolutis, nos periculis, que ex premissis suhoriri passent

1. Registre carpentElriO.

2. Ibid. tritium.

3. On pourrait lire sei'rnoue, mais ce mot n'aurait ici aucun sens.

Sernione pour .se"nia, se,'i'eunu, doit signifier démangeaison, prurit,

etc.


- 25 -

abviare, veloutes, predicto thesaurario et Michaeli de Fontanis,

preshitero capellano nostro dicteque capelle canonico 1 , preceperamus

ut dicta Jacobo ex parte nostra dicerent et injungerent quod

ex tunc domum extra palacii nostri circuitum sibi quereret, inhibendo

ne ibidem de cetero moraretur et pro hujusmodi precepto

nostro exequendo dicti tiiesaurarius et Michael, associati suis

gentibus et quibusdam 2 ejuedem capelle capellanis, ad predictam

domum dicti Jacobi accesserant, ipsoque Jacobo non invente,

et eiedem thesaurario, Michaele et secum existentibus abinde recedentibus,

dictes Jacobus, cognito quod ipsi thesaurarius et Michael

ac nonnulli alii in domo sua fuerant, ut prefertur, ad eundem

thesaurariuin accesserat et sibi quam plues, elata et comminatoria

verba dixerat et protulerat, eodem thesaurario precepta prodicta

per nos, ut predicitur, ordinata dicto Jacobo faciente. Quibus

sic actis, dictus Jacobus, de predictis ad iram communs, nolens

contra dictas thesaurarium et Michaelem, eu qua nobis servientes

in hospicio nostro continuepersonaliter residebant, rancorem quem

in cordis interioribus 3 confovebat ostendere, sed contra dictum

Petrum de Belna, quem suspicahatur in domo sua unacum thesaurario

et Michaele predictis, occasi000 premissorum, extitisse,

sub falso et ficto zelotipie sue velamine ad ulcionem via fiai ternerani

procedere 4, dixerat, licet falso et mendaciter, quod idem

Petrus uxorem dicti Jacobi pluries et sollicite requiriri (sic) et

exhortari fecerat ut eam carnaliter cognosceret, et sub eu colore

prefatus Jacobus, armatus, insidiis precedentibus, associatus nonnullis

suis-complicihus, -videns dictum Petrum in curte sen plunicie

et calceya palacii nostri predicti, prope perronum nostrum

et cameram audiencie nostre, hora noctis quasi ignitegii, cum

Johanne Rousselli, capellano dicte capelle, loquentem et spaciantem,

Feues ipsum gressus suas dirigera, eundem Petrum per brachium,

fingenè se cum eu Ioqui veHe, ceperat et retro dictum

capeltanum modico spacio traxerat, et statiin, nullo verbe sive

minis precedentibus, eundem Petrum, de hoc sibi nullatenus prot.

Miche! de Fontaines, chapelain du Roi, qualifié même premier chapelain

en 1378 (L. Delisle, mandements et actes divers de Charles V,

n- 1734).

2. Registre quibusdeun.

3. Ibid. in corde interioribus.

4. La phrase est mal construite, quoique le sens s'en dégage suffisamment.

Il semble qu'il y manque un mot entre scd et contra sed

Ivolensi contra. -


--26-

caventem sed penitus ignorantem, quadam dagua son cultello cuspideo

et acutissimo, une ictu in portera, nue ictu subtus brachium,

et duobus ictibus in ventre percusserat et vuineraverat. Ex quibus

ictibbs seu vu]neracionibus letalibus dictus Petrus vu]neratus, ad

terram tanquam mortuus corners ceciderat, eumque sic ad terram

prostratum prefatus Jacobin quinto vuinere in partibus inferioribus

inter coxam et veutrem dicte cultello crudeliter et enormiter

vuineraverat, eredens et firmiter tenons dicturn Petrum ibidem

occidisse et morti tradidisse. Elengatus autem paululum, audito

per eum voce sen clamera dicti Petri, ad ipsum Petrum confestim

et impetuose revenus fuerat, volons et satagens perversum, premeditatum

et inceptum propesitum suum effectualiter adimplere et

mortem ipsius Petri nequiter properare, quem statim occidisset

nid in hoc ex amicabili verborum prefati capetiani reprehensiono

fuisset refrenatus. Quibus sic actis, dictes Jacobus a' predicti

palacli nostri circuitu recedens et votuntatem suam perversam et

precogiLtam,vldelicet occidendi dictum Petrum, verbis suis ostendens,

tristicia son furore repletus ex en quod dictus Pètrus non

erat portuus, exciamando dixerat quod ipso clefecerat cure

Petrus non esset totaliter interfectus, et deinde bonis suis a dicta

domo deportatis et que voluerat posit.is, reddens se fugitivum et

de predictis culpabilem, ad plura et diversa loca a villa nostra

Parisius longe distancia, et presertim ad partes lingà occitane

penes carissimum germanum et in eisdem partibus locumtenentem

nostrum, ducem Andegavensem, accesserat, et ah codera germano

nostro litteras inipetraverat ut ail remittendum 2 dicte Jacebo

predicta maleticia moveremur. Qui quidem Jacobin, predictas litteras

afferens, fuerat in villa Meldensi propter hoc captus et carceri

mancipatus, ac postmodum (le mandato riostro in dictera Gastelletum

nostrum Parisius prisienarius arlductus, super predictis per

dictam nostram curiam puniendus. Pro quibus vulneracionibus

dictus.Pctrus, de cujus morte festina habebatur ah omnibus ipsum

visitantibus opinio pecius quam de vita, bote jacuerat egritudinis,

per medicos son phisices et eirurgicos expertes cura mcdicaminibus

oportunis et custodibus neccessariis, tara de die quam

de nocte, tribus mensibus et amplius, cura pervigili visitatus et

eciam custoditus. Ex ipsorumque vuluerum lesione et sauguinis

effusione fucrat dictes Petrus suis virihus vacuatus nec pristinam

t. Registre ad.

2. Ibid. reinittendo.


- 27 -

potuerat recuperare sanitatem sed egritudine in co remanente

dolores inmensos, adveniente renovacione sen mutacione temporis,

in dictorum vuinerum cicatricibus sustinebat. Ex quo certa

ligamenta, medicorum sen cirurgicorum expertoruin artificio Mudioso

composita, super loca dictorum vuinerum ligata Leu posita

deferre et babere frequenter et qdasi continue necessario cogebatur,

senciens vite sue fore tempora breviata plus debito naturali.

Que fada fuerant et erant in rei perniciose exmp1um justicieque

lesionAn, scandalum et offensant, armorum delacionem, vire

et prodicionem commictendo, immunitatem sou franchisiam

et 'securitatem predicti palacE nostri, per quant pena sen punicio

amissionis et abscisionis pugni in violatorem Leu malefactorem

inliigi debebat et consueverat, ac savam gardiam contant, in et sub

qua fuerat et erat notorie dictus Petrus, ausu temerario infringere

non vercndo,et alias muttipliciter deïinquendo,in dictorumque(sic)

Petri, thessurarii et canonicorurn maximam injuriam, pejudicium

atque dampnum. .Preterea proponebant quod hujusmodi

maleficiis ad prepositi nostri Parisiensis noticiam devolutis, idem

prepositus, ut suc incubuerat ofllcio, coram ipso dictum Jacobum,

pluries se per debita et competencia intervalla, et in loris assuetis,

sub pena bannimenti, fecerat evocari, et quia non venerat sed comparere'

èontempserat, ipso, suis exigentihus contumaciis et defectibus,

per sentenciam sive judicium dicti prepositi, a regno nostro

exciusus fuerat et bannitus. Et idcirco petebant et requirebant,

videlicet dicti Petrus, thesaurarius et canonici, predictum Jacohum

erga ipsos in emenda honorabiti, notahili et publica, tant in

dicta nostra curia quam super iocum uhi dictus Petrus vulneratus

extiterat, ut prefertur, ad arbitrium dicte nostre curie facienda, et

ergs dictum Petrum in emenda utili mille librarum Parisiensium,

in suisque dampnis et interesse, et ad ponendum in dicta capella

ymagines argenteas ad perpetuam memoriam predictorum, necnon

erga dictes thesaurarium et canohicos in emenda proflcua

mille librarum Parisiensium, ac in ipsorum Petri, thesaurani

et canonicorum expensis, in prosecucione premissorum factis

et faciendis, et ad tenendum carcerem firmatum douce de premissis

satisheret, condempnari et condempnatum comelli, ac de

omnibus ois propter hoc adjudicandis sibi de et super bonis dicti

Jacobi satisheri p!enarie, penitus et ante omrjem adjudicacionem,

confiscacionem vel emendam, noble; aut quibuscumque alus prop-

1. Registre :cemperare.


- 28 -

ter bec faciendam. Petebat .insuper dictus procurator noster quod

dictas Jacobus, attentis premissis, unacum certa confessione per

eum curare certis nostris et predicte oestre curie consitiariis de et

super predictis maleficiis spontance facta, incorpore et in bonis

erga nos, vel saltem in amissione vol abscisione pugni aut alias

ad arbitrium dicte nostre curie condempnaretur et puniretur, ad

hujusmodi fines factis et racionibus predictis et nonnullis allis

plenius allegatis. Dicte Jacobo de Carnoto ex adverse proponente

et dicente quod ipse, viginti duobus annis vol circiter élapsis,

magister seu superior carpentarius noster continue fuerat et adhuc

eiat, ipsumque tanquam ydoneum et bene meritum servientm

nostrum armorum constitueramus, lèngoque tempore in domo

carpentarie dicti palacii nostri murera pacificam traxerat, ac cum

quadam uxore juvene et honesta, ab honestis et probisparentibus

extracta, fuerat et erat conjugatus, cum qua vitam pacificain

duxerat et ducebat; dicente eciam quod quodam sero ipse Jacobus,

qui circi edificiorum nostrorum negocia vacaverat, ad donnera

suam accedens, certam portam prions ingressus, ipsa bora claudi

minime consuetam clausam invenerat etflrmatam. Ex cujus c!ausure

festinacione dictus Jacohus admirans causam interrogaverat,

oui dicta ejus uxor dixerat, responderat et asserucrat quod ipsam

portant lune clausam et firmatam teneri fccerat et faciebat, ad

finem quod dicte Petro de .Eelna et suis nunciis, si qui superveairent,

denegaretur 'ici impediretur ingressus. Nam dictes Petros

cana plur,ies per certes nuncios sues, tare juvenes clenicos quam

mulieres antiquas, requiri et exortari fecerat, ac per litteras eidem

uxori per ipsum super hoc transmissas requisivérat ut cum es carnali

copula conimisceret. Volens autem dicta uxor prefati Petri

seducciones et requestas inhonestas evitare et probitatem suam

juxta (lebitum matrimonium 4 fideliter observare, dictant portam

ante horam consuetam firmani et caudi fecerat. Mane autem ad ycniente,

predicta uxor per prefatum Jacohum, ejus manitum, cum

juramento requisita, verba predicta de dicte Petro et ejus sollicitaclone

predicto Jacobo asse.ruerat esse vera. Ex quo dictus Jacobus

intra se s ad iram commotus extiterat,sicut humana nature conjugatorum

ad iram in talibus faciliter inclinatur. Die vero crastina,

circa noctis crepusculum, prefatus Jacobus, intrans dicti palacii

nostni portam, sperans ad domum suam accedere, ut ibidem more

I. Sic juxta debitum inatrimonil?

2. Sur le registre, on lit plutôt introre, ce qui ne donne pas (le sent


- 29 -

solito pernoctaret, nulles armaturas habens vol deferens, nec de

dicte Petro tente aliqualiter recoleus, ipsum Petrum' a casu, in planicie

curtis scu ca]ceya dicti nostri palacli, reppererat, et eo vise

verbisque uxoris sue, que vera crediderat et credebat, mewoiter

cogitatis, fremitu sanguinis interveniente, dictum Petrum quodain

parvo cultello miniini valons, non periculoso, non cuspideo, nec

pro facto arinoruin preparato a]iqualitèr vol aptato, et absque insidUs,

percusserat, nec propter hoc occidendi dictum Petrum habuerat

voluntatem, dictoque Petro sic percusso ipso Jacobus ad portam

2 dornus sue grosses sues paucis passibus direxerat. Timens

tamen corporis capcionem, a palacie oestre predicto recesserat; et,

tractu temporis penes germanum nostrurnaccedens, ab en litteras,

oobis directas, obtinuerat, cd bern quod hujusmodi factum remictenemus

eidem, sibique prefatns germanus noster dixerat ut penes

nos absque timorejusticie reverteretur, regressuh securum ei verbaflter

concedendo. Et hoc non obstante ipse ad nos propter hoc

accedeus in villa Meldensi captes extiterat, dictumque bannum

penitus ignoraverat et ignorabat, neque ad ipsius noticiam devenerat;

dicente pretereaquod ex hujusmodi percussione sen de!icto

levi sen simplici subsequi non debebat mortis punicio sen membri

perdicio vol abscisio, aut quevis alia criniinalis punicio, actentis

premissis per eum propositis, actento eciam quod dictus Petrus

ex suis vuinerihus sanctus existebat cc notorie vigebat corporea

sanitate, nec eciam in Ioco ipsius delicti dici sou notari poterat

iminunitas, cure in aula vol alus Iocis ejusdem pa]aeii nostri,

quibus erat imrnunitas predicta, nollatenus evenisseut, nec protunc

personaliter residerernus in uostro palacio supradicto; dicente

ulterius quod, supposito quod dictes Petrus ad prosequendum

injuriam quam proponebat admitteretur, dieu tamen tbesaurarius

et canonici de predietis nullam prosecucionem facere seu intentare

poterant, nec ad hoc admitti debebant, cure dictus Jacobus in

predictis injuriam'seu molestacionem vel offensam eisinferre nultatenus

cogitasset sou voluisset 3, vel aliqualiter intendisset. Quaro

petebat dictes actores et precipue dictes thesaurarium et canonicos

ad proposita et requesta per ipsos non admitti, ac eniendam,

si que propter hoc contra ipsum adjudicaretur, minimam et civilem,

non autem criminalem, et sine detencione prisionis dici et

1. Registre ipsum et Petrinu.

2. Ibid. partein.

3. Ibid voluissent.


- 30 -

declarari, eumqun a carcere liberari vol saltem elargari, quantpures

raciones ad hos fines lacius allegando.

Super'quibus predictis et alus, que dicte partes hinc jade, tam

agePdc et defendenclo quant replicando et duplicândo, dicere,

proponere, petere et requirere voluerint, dictis partibus ad plenum

auditis et in arresto per dictam nostram cu rium appunctuatis,

cure certas nostraà litteras c]ausas 1 dicte nostre curie,

certis de causis nos ad hoc moventibus, mandassemus causant

1ujusmodi judicari absque duai Jacobi morte seu perdicione mcmbrorum,

et deinde per certas nostrgs litteras in fuis sentis et cera

viridi sigillatas penam sen punicionem criminalem, quant occasione

premissorum erga nos pottierat incurrisse vol incidisse, de

certa nostra sciencia et auctoritate regia graciaque speciali convertissemus

sert rnuta'vissemus in civilem, dictumquc bannum

une eum omnibus mUe secutis aduullassemus omnino, procuratori

nostro sulencium perpctuum super hoc imponendo, et dictum

Jacobum ad regnum nostrum bonamque famam suant ac bona

sua non confiscata reponendo, hoc ,nediante quod ipso Jacobus

dicte procuratori nostro et prefatis Petro, thesaurariO et canonicia

emendam solennem et notabilem faceret et prestaret, dictoque

Petro de eue interese satisfaceret, ad arbitrium nostre curie

supradidte, prout premissa in eisdem nostris litteris plenius sont

expressa; quas quidem ]itteras nostras dicta nostra caria predictis

actoribus ostendi fecisset ut cas impugnarent, et contra ipsas et

Parom tenorem et effectum dicerent et proponerent quidquid ais

videretur expedire, prefatis actoribus respoudentibus et, dicentiL

bus quod, lien dicte nostre littere veritatem dictoruin rnale6cuorum

non continerent, sed subrepticie pluribus causis et racionibus

dici sen judicari deberent, ipsi tamen pro expedicione hujusmcdi

negocii nolentes se longis sen prolixis litigiis involvere nec

audienciam curie nostre propter hoc occupare, de et super tenore

predictarum nostrarum litûcrarum ac super eorum jure in predictis

discrecioni, disposicioni et ordinacioni ejusdem rustre curie

se totaliter submittehant 2, jus super premissis sibi fieri cure

instancia requirendo. Tandem, auditis dictis partibus in omnibus

que circa premissa dicere et proponere voluerunt, visisque

per dictam nostram curiam banniunento et litteris uostris, de

quibus superius habetur mencio, unacum predicti Jacobi et Guiote,

I. Registre causas.

2. Ibid subrnittebat.


- 31 -

uxoris sue, per ipsam curiam nostram ex oflicio super predittis

examinatorum, deposicionibus seu confessionibus, consideratisque

et rdtentis matera deliberacione omnibus circa hoc attendendis

et que (lictam nostram curiam movere poterant et dehebant, prodicta

nostra curia, litteris nostris antedictis, cidem Jacobo de

Carnoto, ut predicitur, concesais, obtemperando, prefatum Jacohum

ad faciendum, plicanduin et gagiandum emendam honorabilein

et puhiicam, in tunica sine capucio et zona, flexisque

genibus, tam in dicta nostra curia predictis procuratori nostro,

.Petro de Beina, thesaurario et canonicis, quam super locum ubi

dictes Petrus vuineratus extitit, ut prefertur, cisdem Petro, thcsaurario

et canonicis, necnon; erga dictum Petrum de Beina, pro

suis injuriis, dampnis, interesse et expensis, in somma quingentarum

4 librarum turonensium et ad tenenduin carcereni firmatuni

quousque de ipsa summa plenarie satisfecerit, et erga nos

in emenda mille librarum turonensium per arrestum condempuavit

et condempnat.

Ejuendas autem honorabiles antedictas idem Jacobus modo,

forma et locis antedictis gagiavit atque fecit. Ordinavit eciam et

ordinaL dicta caria nostra quod de et super bonis dicti Jacobi lieret

executio et dicte Petro iategra satisfactio de dictis quingentis

libris, primitus et antequam pro nehis occasions predicte ernende

nostre super ipsis bonis aliquid exigatur seu levetur. Et unacum

hoi prefatum Jacobum ab babitacione et mansione palacii nostri

predicti et c]ausure seu circuitus ejusdem per idem arrestum perpetue

expulit et privavit, et expellit atque privat.

Pronunciatum XXII!' die junii W CGC LXXIXo,

Tu.

(AMI. nat., X 1471, fol. 220 V'; 7juillet 1379.)

COSHIE.

Ce jour, maistre .Perre de Beaune, chantre de la Saincte-Chappelle

de Paris, a consenti que Jaques de Chartres, charpentier,

soit elargis en tant que li touche jusques au vendredi après la

Toussains prochain avenir, senz prejudice de son arrest, et lors

pourra faire executer son arrest, comme il eut peu faire par avant.

1. Registre quingarum.

2. Ibid. satislhcerit.


- 32 -

1V.

(Areb. ruai, x.A lii, fol. 88; 8juillet I379.

Jaques de Chartres, charpentier, prisonnier au Chastellet de

Paris pour la somme de V' francs, adjugée à maistre Pierre de

Beaune, chantre de la chapelle royale, et pour la somme de

mil francs adjugée au Boy nostre sire, par arrest de ceans, pronuncié

le xxiii jour de juing derr. passé, est eslargis parmi La

ville de Paris jusques au 'vendredi après la Toussains prochain

venant, du consentement du dit de Beaune et par vertu {des lettres

de nos seigneurs les conseiltiers sur le deinainne et tresoriers de

France. Et est cest eslargissement enregistré ou registre ciil de

ceans et aussi par devers le prevost de Paris.

En marge « Eslargissement. »

V.

(Àrch. nat., X2 10, fût. 92; 3 novembre 1379.)

Jaques de Chartres, charpentier du Roy nostre sire, qui sest

rendu prisonnier ou Chastellet de Paris, pour les sommes adjuger

au Boy et à maistre Pierre de Beaune, comme il est escripi

cy dessus, le nu' jour de juillet, considerd le consentement du dit

(le Beaune, qui en ce s'est consentis par les lettres que le Boy lia

escriptez sur ce, consideré aussi que le Roy veuit son e'dargisement,

pour entendre à ses ouvragez, si comme Le prr'vost de

Paris le m'a fait relater par Andrieu le Preus, suit est

eslargis parmi la ville et dedens les bastides de Paris jusques à

lendemain de Quasimodo prochain venant, en La Inaniere et souz

Les submissions et obtigacions qu'il est escript cy dessus e dit

y"0 jour de juillet.

En marge « Eslargissement.

Nogent-le-Rotrou, imprimerie DAapsLny_GOUS'L(SEITR

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