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Franck LOZAC'H LA PUTE

La Pute Comment au théâtre aborder le problème de la prostitution ? La femme est-elle une esclave sexuelle ou pratique-t-elle cette profession de son plein gré ? A-elle une fonction sociale ? Est-elle prise dans un engrainage infernal ? L’auteur cherche à déterminer la situation exacte de cette femme spéciale, le plus souvent possédant un cœur et une âme généreuse.

La Pute

Comment au théâtre aborder le problème de la prostitution ? La femme est-elle une esclave sexuelle ou pratique-t-elle cette profession de son plein gré ? A-elle une fonction sociale ? Est-elle prise dans un engrainage infernal ?

L’auteur cherche à déterminer la situation exacte de cette femme spéciale, le plus souvent possédant un cœur et une âme généreuse.

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<strong>Franck</strong> <strong>LOZAC'H</strong><br />

<strong>LA</strong> <strong>PUTE</strong><br />

1


AVERTISSEMENT<br />

Je pense qu'il sera fort aisé à ceux et à celles qui liront ces lignes de<br />

comprendre au premier degré le sens exact des phrases qui sont hélas<br />

exprimées. Je me suis noyé dans la fange, et je n'ai pas hésité à user du plus<br />

vulgaire afin de démontrer l'horreur monstrueuse dans laquelle était soumise<br />

la prostituée. On me pardonnera, je n'en doute pas, les termes abjects utilisés.<br />

Il existe aujourd'hui en France un esclavage, le plus ignoble de notre<br />

civilisation. Il consiste à soumettre la femme non pas à l'identité de femelle<br />

reproductrice, mais à celle de trous béants. Je m'insurge contre cette<br />

ignominie. Je me contente d'une plume afin d'exprimer mon désarroi, car je<br />

ne puis agir différemment ne possédant pas les moyens et les mesures<br />

appropriés pour chasser ce fléau.<br />

<strong>Franck</strong> Lozac’h<br />

2


PERSONNAGES<br />

Belinda<br />

Géraldine<br />

Mickey<br />

Le gros Michel<br />

Un client<br />

Micheline<br />

Animation de bar, animation de rue.<br />

3


I<br />

Belinda est assise sur le lit. Elle est fortement dévêtue. Ses<br />

mains cachent son visage. Des larmes coulent le long de ses yeux. Elle<br />

entend sonner à la porte. Prestement elle s'essuie, se dirige vers le<br />

miroir, tape l'oreiller, donne un semblant d'ordre dans la chambre.<br />

Trente secondes s'écoulent.<br />

Belinda<br />

Voilà, j'arrive. Attendez un instant.<br />

Elle ouvre la porte. Feint à l'étonnement.<br />

Belinda<br />

Je m'en serais douté. J'ai reconnu à ta façon que c'était toi.<br />

4


Le client<br />

Drôle de façon de me recevoir.<br />

mouvement.<br />

Il tente de l'embrasser sur la bouche. Elle esquisse son<br />

Belinda<br />

Bon alors, c'est comme à l'habitude. Un coup par-devant, un<br />

coup par-derrière. Tu sais, mon amour qu'il faut penser à ta toilette.<br />

La scène devient ombre. On ne peut discerner les<br />

personnages. Dans un petit réduit, on doit imaginer ou supposer avec<br />

les yeux d'un voyeur Belinda s'occuper du client, lui laver dans le<br />

lavabo le sexe. Il se tient raide et ne dit mot. Elle l'entraîne sur le lit.<br />

Son comportement est passif. Le coït dure peu de temps. Elle le reçoit<br />

dans le vagin, puis se retourne. Il éjacule dans l'anus. Il expulse en<br />

râlant. Puis, se rhabille hâtivement et nerveusement.<br />

5


Le Client<br />

Tu m'obliges à aller trop vite. Il n'y a pas de sensualité, pas<br />

même un semblant d'amour ! Qu'en ai-je tiré de cela ?<br />

Belinda<br />

Tu m'as foutu ? Tu me dois cinq cents francs. Allonge le<br />

Pascal, mon mignon. La prochaine fois tu te masturberas avant de<br />

venir. Tu tiendras plus longtemps.<br />

Le Client<br />

Cela ne me suffit plus. C'est trop peu et trop cher.<br />

Belinda<br />

Mais qu'est-ce qui t'oblige à cracher ton pognon dans ma<br />

vulve ? Qu'est-ce qui t'interdit de trouver une femme ?<br />

6


ebord du lit.<br />

La lumière est rétablie. Il semble penaud et bête, assis sur le<br />

Belinda<br />

Je ne te force pas à me foutre. Mais évidemment, Monsieur<br />

est trop timide. J'ai dû le dépuceler ce grand imbécile. Il me demande<br />

de l'amour, et je ne lui vends qu'un trou béant où il peut jeter sa<br />

semence. Mais ce n'est pas assez. Il demande qu'une pute lui serve de<br />

mère, et de protectrice. Regardez-moi ce minable, il n'est pas même<br />

capable d'inviter une fille à danser dans une boîte de nuit ! Tu ferais<br />

d'énormes économies, et tu pourrais la baiser comme bon te semble. Ça<br />

ne durerait pas des minutes, mais des nuits entières !<br />

Le Client<br />

Alors, je paie et je me fais engueuler ! Voilà qu'une pute<br />

m'impose ses directives ! Tu veux donc le chômage ? Si nous tous<br />

agissions ainsi, qu'en serait-il de ta profession ?<br />

7


Belinda<br />

Ne t'inquiète pas, mon joli. Il me resterait toujours les Arabes.<br />

Ils sont le fond de ma caisse de commerce.<br />

Le Client<br />

On en tire aucun bénéfice ; tu confonds la recette avec...<br />

Belinda<br />

Ta gueule ! Je t'ai assez vu. Tu m'as baisée ? Alors casse-toi<br />

maintenant. J'en ai marre de ce micheton qui me donne des conseils.<br />

Fous le camp, te dis-je ! Tu m'as entendu ?<br />

Le Client<br />

Attends. Deux minutes. Tu peux m'écouter, un instant ?<br />

Pourquoi es-tu si violente, si agressive ? C'est bien la première fois que<br />

8


tu exprimes tant de haine. Que me reproches-tu ? Tu as l'argent. C'est<br />

rapide et bref. Je viens régulièrement. Alors quoi ?<br />

Belinda<br />

Je l'ignore. Je craque. Cette vie ne m'est plus possible. Tu sais<br />

combien j'en ai tiré comme toi aujourd'hui ? Encore tu es simple. Mais<br />

les autres ! Du vice, des déguisements. Se transformer en petite<br />

poupée, ou torcher ces enfants de salaud ! Crois-tu vraiment que cela<br />

soit mon traitement ? La trique, le cul en feu. Non, je n'en peux plus.<br />

On t'a déjà chié dans la gueule ? On t'a imposé les trois coups ? Se<br />

faire cravacher pour la jouissance du plaisir ! C'est infect, entends-tu ?<br />

De la merde ! Mais elle est réelle. Ma destinée de pute, c'est un avenir<br />

d'esclave !<br />

Le Client<br />

Tu l'as bien voulu. Tu pourrais t'en sortir. Personne ne t'a<br />

écarté les cuisses. Le vice, tu l'as accepté.<br />

9


Belinda<br />

Tu n'as rien compris au cercle infernal. On y entre avec une<br />

fellation. On n'en sort jamais. Des seins brûlés, cent nègres qui te<br />

foutent : ça, c'est la punition ! Je rapporte trop. Crois-tu que je pourrais<br />

m'enfuir. Si je tente de me libérer de ces chaînes, c'est ma mort ! Où<br />

que j'aille, quoique je fasse, il me retrouvera. Là seront mes<br />

souffrances. Mais tu ne saisis pas. Tache de trouver une minette, cela<br />

te suffira. Comprendre l'univers carcéral d'une pute ! Autant m'en<br />

référer à Dieu, et devenir Marie-Madeleine !<br />

Le Client<br />

Assez de tes jérémiades ! Assez de tes pleurnicheries !<br />

Maintenant je préfère me casser. Beaucoup de chômeuses voudraient<br />

gagner en dix minutes ce que tu fais avec un sexe. Plains-toi. Plainstoi,<br />

salope.<br />

Il la regarde, avec son visage de marbre. Elle s'assoie sur le<br />

lit, cuisses béantes.<br />

10


Et tu as l'audace de me parler de pureté. Tu n'as pas même de<br />

décence. Ferme tes cuisses. C'est le premier apprentissage pour chasser<br />

ta vulgarité.<br />

dernier.<br />

Il sort irrité, croise le souteneur. Il disparaît. Entre ce<br />

Mickey<br />

Il va falloir les agiter plus vite. Qu'est-ce que c'est que ce<br />

connard ? Tu causes, maintenant ? C'est pas un salon de thé, ici !<br />

Belinda<br />

Je lui ai accordé une rallonge de deux minutes. Tiens, prends.<br />

Le Pascal est sur la table. Toujours penser au client. Il revient ainsi.<br />

Laisse pisser. Il est puceau. Incapable de trouver une fille. Sa mère l'a<br />

trop couvé. Du moins, il paie. En plus, il est rapide.<br />

11


Mickey<br />

Tu sais ce que tu m'as donné, cette semaine, connasse ? Vingt<br />

mille balles ? Qu'est-ce que tu veux que je foute avec cette somme ?<br />

Que j'aille jouer aux osselets ?<br />

Il la saisit. La secoue. Lui retourne une paire de claques.<br />

Tu sais ce que l'on fait aux filles qui ne sont pas correctes ?<br />

sur le visage.<br />

Il sort un morceau de sucre. S'apprête à lui faire une croix<br />

Le souteneur<br />

D'abord, je te marque pour te punir. Après on saura te foutre<br />

pour t'humilier. Tu connais la punition ? Elle est terrible. Aucune fille<br />

en réchappe.<br />

Belinda s'éloigne et retrouve ses forces pour s'exprimer.<br />

12


Belinda<br />

Quel intérêt aurais-tu à détruire ton mange-pognon ? Si tu<br />

veux davantage de fric, laisse-moi descendre. Il y a le bar, il y a le<br />

trottoir. Mais non ! Toi, non ! Tu m'accuses de ne pas faire de fric,<br />

mais tu m'interdis de les voir. Tu crois peut-être qu'ils vont éjaculer par<br />

correspondance ; En vérité, tu crains le Gros Michel. Tu as peur qu'il<br />

me protège.<br />

Le Souteneur<br />

m'appartiens.<br />

Laisse tomber, connasse ! Ferme ta gueule. Ici, tu<br />

Belinda<br />

Les faire monter avec une photo. Avec mon cul stupide et<br />

obscène. Mais regarde-le. Il est gros, large et puant. Oui, je pue,<br />

comme toutes les putes. Le luxe et la Porsche, tu connais pas. Et<br />

pourtant, c'est la seule façon de t'enrichir. Mais regarde-moi cette<br />

piaule, elle est propice aux ébats amoureux ? Elle engendre le sexe,<br />

l'amour ? Monsieur le Souteneur m'interdit de taper dans des boîtes. Et<br />

13


Monsieur prétend que j'en suis cause ; Laisse-moi quitter cette ordure<br />

de chambre, et je te fais des millions.<br />

Le Souteneur<br />

Je vais te dire la vérité. Un jour, ton Michel je le criblerai avec<br />

mon flingue. Crois-le, on l'appellera Michel la passoire. Mais bordel,<br />

qu'est-ce que tu lui trouves à ce mec ?<br />

Belinda<br />

Ce mec, il n'enferme pas ses putes. Elles sont libres d'aller et<br />

de venir. Il ne les surveille pas. Il les laisse vivre. Elles ne sont pas<br />

cloîtrées, elles ne sont pas enfermées. Elles s'épanouissent, et écartent<br />

plus encore leurs cuisses. Tu as comparé tes revenus avec les siens. Il<br />

gagne dix fois plus que toi. Tu te jettes sur mon Pascal. C'est 5 000 F<br />

que t'aurais dû avoir cette après-midi. Tu me séquestres. Mais va jouer<br />

dix balles sur un canasson. Si j'avais un conseil à te donner, il serait<br />

mieux d'acheter des bons anonymes de la Caisse d'Épargne ; tu es un<br />

petit. Tu es un médiocre.<br />

14


Le Souteneur<br />

Je n'apprécie pas que tu puisses me parler de la sorte. Belinda,<br />

tu m'as aimé. Alors pourquoi uses-tu de tels propos ? Ceci est<br />

incompatible avec ton état de pute. Il faut me respecter. Et très<br />

précieusement. Viens, j'ai à te parler. Approche et assieds-toi<br />

doucement sur ce lit.<br />

Elle avance lentement, et ne comprend en rien où le souteneur<br />

veut en venir. Elle semble effrayée, mais obéit toutefois. Il lui tapote<br />

les jambes. Et d'un coup, lui projette la tête en arrière. Il lui arrache<br />

une touffe de sa chevelure blonde. Elle jette un cri de douleur.<br />

Le Souteneur<br />

La prochaine fois que tu oseras me contredire, ce sera mon<br />

poing que je t'enfoncerais dans le cul. Violemment, cruellement. Mais<br />

tu es une belle salope. Alors continue à sucer et à te faire foutre. Mais<br />

augmente le rendement. J'ai besoin de fraîche, mon amour, tu<br />

comprends.<br />

15


Elle reprend peu à peu ses esprits.<br />

Belinda<br />

Si du moins, je pouvais travailler. Mais reconnais, Mickey,<br />

que tu me l'interdis. Il y a contradiction. Tu veux plus, et je ne peux<br />

descendre. Je t'assure que le pognon est en bas, et non pas ici. Donnemoi<br />

une ligne téléphonique : en cinq minutes, on fait cent cinquante<br />

balles. Mais tu crains que j'appelle Michel, n'est-ce pas ?<br />

Le Souteneur<br />

Je crois que tu ne m'as pas bien entendu.<br />

Belinda<br />

Mais si ! Mais si ! Tu veux davantage de fric. Je te le jure, je<br />

les ferai. Mais je suis cloîtrée. Je ne fais que te le répéter.<br />

16


Mickey<br />

copains.<br />

Je fais monter des mecs. A toi de convaincre leurs petits<br />

Belinda<br />

Non, Mickey ne fais pas ça.<br />

Mickey se dirige vers l'armoire. Il se saisit d'une paire de<br />

menottes. Il lui met un mouchoir dans la bouche. Il déboutonne<br />

lentement son chemisier. Apparaissent deux seins splendides et<br />

généreux en forme de poire. Il l'observe humiliée et honteuse. Avec<br />

vice, avec délectation il allume lentement une cigarette. Il tire<br />

rapidement afin de faire rougir le bout incandescent. Sa main tient le<br />

mamelon, il écrase le rouge brûlant sur la pointe du sein. Elle se tord<br />

sous la souffrance, et sombre dans l'évanouissement.<br />

17


Le Souteneur<br />

Je t'avais bien prévenue. Il ne faut jamais m'accuser avec mon<br />

comportement. Tu sauras que j'ai toujours raison, comme tu es réduite<br />

à l'état d'esclave. Tu sais qu'elle sera ta prochaine punition, si tu oses<br />

me contredire ?<br />

terrible.<br />

Donc tu vas me le faire ce fric. Autrement, cela sera plus<br />

Elle n'entend pas même ses paroles.<br />

Je pourrais t'enculer, histoire de me décharger un peu. Mais tu<br />

es trop large. Tu ne saurais pas même le serrer pour que j'en rire<br />

quelque jouissance. D'ailleurs, il y a le foutre de l'autre idiot. Je déteste<br />

mêler les spermes. Je t'apprendrai le lavement, histoire d'hygiène. Tu<br />

comprends, c'est plus propre.<br />

des menottes.<br />

Il quitte la pièce, en laissant soigneusement sur la table la clé<br />

18


Ceci est une leçon. Mais ne me parle plus jamais sur ce ton.<br />

Ce n'était qu'un simple avertissement. Tu sais que je peux aller très<br />

loin, trop loin même. Seule, la mort odieuse te délivrerait. Garde ta<br />

distance de pute. Tu ne vivras jamais dans un bordel de luxe, mais tu te<br />

complairas toujours dans une chambre d'enculés. Tel est ton destin, ma<br />

sublime salope.<br />

Il sort avec un ricanement. Il appelle Géraldine.<br />

Le Souteneur<br />

Tiens, je crois que ta copine a quelques petits problèmes.<br />

Géraldine se précipite. Elle est à moitié dévêtue. Elle porte<br />

une robe de chambre en soie grise, légère et entrouverte.<br />

19


Géraldine se précipite<br />

Mais, ce n'est pas possible ! Qu'est-ce que tu as fait à ce<br />

salaud pour qu'il t'inflige cela ?<br />

Elle voit la clé sur la table, et la délivre rapidement. Elle lui<br />

arrache le bâillon de la bouche.<br />

Géraldine<br />

Que lui as-tu encore raconté pour qu'il t'impose cette punition ?<br />

Mais réponds-moi imbécile. Tu sais très bien qu'il est maniaque,<br />

complètement parano - qu'il frappe sans savoir pourquoi : Ho ! Ton sein<br />

! Il t'a brûlé le sein droit avec sa cigarette. Attends vingt secondes.<br />

Elle court et se dirige vers le lavabo. Elle humecte une<br />

serviette, et la place avec délicatesse sur le téton meurtri.<br />

20


Belinda, reprenant son souffle.<br />

C'est un fou à enfermer. Il m'accusait de ne pas faire<br />

suffisamment de fric. Je lui ai laissé entendre que je devais descendre,<br />

aller au bar ou sur le trottoir. Cela et rien de plus, je te le jure. Arrête<br />

de me toucher. Tu me fais mal.<br />

Géraldine<br />

Tu sais bien qu'on ne peut pas causer. Pourquoi ne fermes-tu<br />

pas ta gueule ? Bouffe des couilles, fais-toi enculer. Crache leur jute.<br />

Laisse les décharger en toi. Mais tais-toi. Moi, aussi je sais que je<br />

serais plus heureuse avec le Gros Michel. Tu ne lui as pas parlé de<br />

Michel ? Pauvre conne, ne prononce plus jamais ce nom devant lui.<br />

Toi, tu as eu les menottes. Moi aussi. La semaine dernière, il m'a<br />

pressé les seins avec des tenailles. Il m'a comme arraché clito.<br />

Souffrance effrayante, mais je suis vivante. Et cela est le plus<br />

important.<br />

21


Belinda<br />

Non, jamais je ne voudrais servir d'objet de tortures. Même<br />

les mégalos ne font pas ça. Cette violence est insupportable. Je te le<br />

répète, ce n'est plus supportable.<br />

Géraldine<br />

Vas-y, ma belle. Comme tu ne peux sortir par la porte<br />

d'entrée, envole-toi par les airs. De nuit, comme un chat, tu iras de toit<br />

en toit. Tu échapperas enfin à son joug infernal. Il te l'a déjà dit : "Où<br />

que tu ailles, quoique tu fasses, il te retrouvera". Nous sommes des<br />

putes, et nous le resterons jusqu'à la fin. Et quand on sera plus<br />

consommables, il nous jettera pareilles à de la merde.<br />

Belinda<br />

Au départ, je n'étais pas une merde. J'étais une bonne fille. Il<br />

m'a eue parce qu'il a su me faire jouir. Puis je suis tombée dans son<br />

piège. Une passe. Deux passes. Puis le vice infernal. Et la prostitution.<br />

22


Mais pourquoi ? Je suis séquestrée. Tu es une séquestrée. C'est de<br />

l'esclavage au vingtième siècle. L'usine n'est rien à côté !<br />

Géraldine<br />

On y gagne quand même plus de fric ! Moi aussi je me suis<br />

fait avoir après quelques heures de jouissance. Et j'ai obéi. Il me<br />

semblait tellement beau ! Quelle connasse, je n'étais pas !<br />

Dans un bordel à merde<br />

Une pauvre ingénue<br />

A décidé de perdre<br />

Son con et sa vertu.<br />

Elle salivait d'extase<br />

Et se savait foutue<br />

Et jouissait de ses râles<br />

En proposant son cul.<br />

23


Tu connais la chanson. C'est Micheline qui la sort quand elle<br />

est ivre. Elle se délivre de son identité, et tâche d'oublier son médiocre.<br />

Elle répète ça. Elle le répète encore.<br />

Belinda<br />

Je veux te faire une confidence. Tu me jures de n'en dire rien<br />

à personne. Si tu osais le répéter, il en irait de ma mort. Je te parle avec<br />

tout mon sérieux. Je ne veux plus de ce sein brûlé, ni de mon sexe<br />

violenté. Il faut que je m'échappe, il faut que je fuis. Là, est ma seule<br />

solution. C'est l'unique possibilité. Plus de tortures ! Plus de vice !<br />

M'en retourner à l'état normal. Être une femme comme les autres. Ne<br />

plus jamais salir mon corps avec le sperme d'inconnus. Je voudrais<br />

manigancer un stratagème, trouver enfin une issue. Mais, j'ai besoin de<br />

ton aide, Géraldine !<br />

Géraldine<br />

A la première violence, parce que tu as pris une baffe, tu crois<br />

t'échapper ! Mais tu n'as reçu qu'une petite humiliation. D'autres<br />

suivront. De bien plus dures. Tu crois avoir une âme, mais tu n'as<br />

qu'un sexe. Il est uniquement fait pour être pris.<br />

24


Belinda<br />

Je te parle sérieusement. Si nous le voulons nous pouvons<br />

nous en sortir. Écoute-moi bien. Il suffit d'agir par l'absurde. Si trois,<br />

quatre heures nous sont données, avec le premier train, le premier<br />

avion, des destinations folles, il ne nous retrouvera pas. On peut se<br />

maquiller, se teindre la chevelure, changer de relations, voir un autre<br />

monde ou nous planquer tout simplement. Tu crois qu'il nous<br />

chercherait jusqu'à Lausanne, jusqu'en Suisse. Penses-tu qu'il tenterait<br />

de nous poursuivre ! C'est oublier les autres filles qu'il domine. Jamais<br />

il n'accepterait de les abandonner. Il est seul. Il ne forme pas un<br />

ensemble solide avec ses autres mecs : c'est chacun pour soi.<br />

Géraldine<br />

Là, tu te trompes, car toutes les putes pourraient agir ainsi.<br />

Non ils deviennent force, ils se rassemblent. Je ne voudrais pas même<br />

être une aiguille dans une motte de foin. Ils brûlent la motte. Apparaît<br />

l'aiguille. Ainsi de nous, ma petite sœur. Qu'arrive-t-il à un maquereau<br />

dénoncé par les filles ? Il s'en tire avec cinq ans de tôle ! Mais de sa<br />

25


prison, il nous domine encore. Et l'on continue à travailler pour lui. Et<br />

après, la punition - l'ignoble punition. Tu sais bien que les flics ne font<br />

rien. Ils nous surveillent trois mois, six mois. Mais le milieu nous tient<br />

jusqu'à notre mort. Car c'est la mort que tu recherches ?<br />

Belinda<br />

J'ai la certitude qu'il existe un moyen pour s'en sortir. Il faut<br />

être très fortes, mais nous le sommes, Géraldine.<br />

Géraldine<br />

Tu n'as pas de plan. Tu n'as pas même une ébauche d'évasion.<br />

Je te dis que cela est impossible.<br />

Belinda<br />

Il me faut descendre. Je dois dans un premier temps aller au<br />

bar. Il faut que je parvienne à travailler avec les clients.<br />

26


Géraldine<br />

Ça c'est logique. Et ça semble facile. Il pensera que tu veux<br />

lui rapporter davantage. Il prétendra même que tu as compris où il<br />

coulait en venir, c'est-à-dire à sa soumission pure et simple. Que tu as<br />

reçu une bonne leçon avec ce sein brûlé, que tu ne lui es qu'obéissance<br />

et pognon à faire. Laisse-moi, je vais arranger le coup. S'il ne m'écoute<br />

pas, c'est que j'y comprends rien. Je risque de prendre une trempe.<br />

Mais c'est à jouer.<br />

27


II<br />

Géraldine quitte la chambre. Le rideau tombe. Changements<br />

substantiels de décors. La scène pivote. A présent, nous sommes dans<br />

le bar. Effets classiques : des types de mauvais genre tapent le carton,<br />

la cigarette au bec. Des clients sont assis sur des tabourets. La pièce<br />

est enfumée. Il ne faut en rien tomber dans la parodie du bar. Cela<br />

doit être un bar. Quelques filles sont jambes pliées, et laissent<br />

apparaître un peu de leurs charmes. La lumière se projette sur le<br />

souteneur et Géraldine. Le Gros Michel tirant sur son cigare, est dans<br />

un coin. Géraldine joue les penaudes et les timides. Elle demande<br />

toutefois la permission de parler avec le Souteneur qui semble agacé.<br />

Il lui donne une oreille indifférente.<br />

Géraldine<br />

Je voudrais te parler loin des autres. Ce que j'ai à te dire est<br />

important. Tu sais que tu lui as foutu une sacrée trouille à Belinda. Elle<br />

te craint, et ne jure que par toi.<br />

28


Le Souteneur<br />

Si tu crois m'en apprendre. Je sais comment il faut les mâter<br />

les greluches. Cela lui a servi de leçon.<br />

Géraldine<br />

C'est pas pour ça que je voulais te causer. Je l'ai vue, elle<br />

semblait complètement pommée. Elle ne savait plus où en donner. Elle<br />

ne sentait rien avec le sein. Non, elle s'accusait de ne pas te faire<br />

davantage de fric. Elle disait : c'est ma faute, c'est ma faute. Si j'avais<br />

su ! Mais voilà le couac ! C'est qu'elle voudrait mais elle ne peut pas !<br />

Le Souteneur<br />

Qu'est-ce que tu me baves avec tes conneries ! Qu'est-ce que<br />

cela veut dire ? Attention, je t'ai à l'œil ! N'essaie pas de jouer au plus<br />

malin avec moi.<br />

29


Géraldine<br />

Elle m'a répété inlassablement : si je descendais, je suis<br />

persuadée que je lui en ferais des clients. Mais il me l'interdit. Mais<br />

pourquoi, Géraldine ? Mais pourquoi ? Elle me secouait. Elle me<br />

montrait ses seins, son sexe et son cul. Mais franchement, ne suis-je<br />

pas à baiser ? C'est de la qualité, tout ça. Puis, j'ai pensé comme elle. Je<br />

me suis dit : c'est con de lui interdire de descendre. Là, il y a du<br />

pognon à prendre. Elle est obéissante, et gonflerait ton portefeuille. Tu<br />

ne m'en veux pas, de te dire ça ? Mais elle n'osait pas.<br />

Le Souteneur<br />

Attends. Laisse-moi réfléchir. Tu prétends qu'elle veut<br />

travailler, et me faire gagner plus de fric.<br />

Il regarde le Gros Michel. Il se met à tiquer.<br />

30


Le Souteneur<br />

S'il n'y avait pas ce gros con, j'essaierai. Je tenterai. Je n'aurai<br />

rien à perdre. Mais il est là. Il va me la piquer.<br />

Géraldine<br />

Elle ne l'aime pas. Il est bouffi et grossier. Jamais, elle<br />

n'accepterait de travailler pour lui. Tu te fais des idées. Regarde-le. Il<br />

boit. Il est gonflé par les scotchs qu'il ne cesse de s'enfiler. Vulgarité,<br />

grossièreté. Ce n'est pas ce qui plaît à Belinda. Elle est trop fine, trop<br />

subtile pour se jeter dans les bras de cet ivrogne. Il ne parle pas, il rote.<br />

D'ailleurs, il ne travaille qu'avec la chaîne à vélo. Il détruit son appareil<br />

productif. Une belle pute, il en fait une laideur. Il frappe et cogne. A<br />

part cela, il ne connaît rien. D'ailleurs, toutes les filles sont d'accord<br />

avec moi : si elles pouvaient choisir, crois-moi que sur la place, ce<br />

n'est pas lui qui en imposerait - ce serait toi.<br />

31


Le Souteneur<br />

Ouais, ouais, je sais. Mais je n'y peux rien. Je ne peux tout de<br />

même pas le flinguer, cette espèce d'enflure, ce gros sac ambulant.<br />

Tous ces collègues me tomberaient dessus. Et c'est moi qui serais dans<br />

le trou. Quant à vous, vous deviendriez leurs putes. Et côté existence,<br />

cela sera plus terrible encore. Tu connais les rythmes infernaux qu'ils<br />

imposent à leurs filles. Ton chat serait en feu. Quant à ton cul, une<br />

caserne de pompiers ne suffirait pas à l'éteindre. Pour en revenir à<br />

Belinda, c'est de la bonne chair. J'exploite mal peut-être. Je pourrais en<br />

tirer davantage. Mais il faut la faire descendre. Et çà, je ne veux pas en<br />

entendre parler.<br />

Géraldine<br />

Mais pourquoi ? Tu n'as pas à les craindre. D'ailleurs elle<br />

t'obéira. Si tu lui imposes de remonter illico, elle refait quatre à quatre<br />

les marches ! Mais quel pognon, tu perds. Tu joues, Mickey : tu joues<br />

même très gros. Tu as plein de problèmes. Tu ne peux pas rembourser<br />

des dettes.<br />

32


Mickey, le souteneur<br />

Je joue ce que je veux. Et je n'ai aucune justification à donner<br />

à quelqu'un. C'est mon fric. J'en fais ce que bon me semble. Tiens-toi<br />

le pour dit, et reste à l'écart.<br />

Géraldine<br />

Ce n'est pas ce que je voulais dire, mais elle te ferait du<br />

pognon. C'est pas négligeable.<br />

Mickey<br />

Elle ne doit pas descendre. C'est perdre une valeur sûre.<br />

D'ailleurs, j'ai trop discuté avec toi. Allez ! Casse-toi de cette table.<br />

Il appelle le garçon, et demande un scotch. Il le respire<br />

lentement. Puis le boit à petites goulées. Il ressasse et réfléchit. Il<br />

observe d'un œil attentif le Gros Michel qui se marre en causant avec<br />

33


des types qui sont au bar. Géraldine fait son travail, sans grand<br />

résultat.<br />

Mickey<br />

Évidemment, ce n'est pas avec une connasse de ce genre que<br />

je pourrais jouer cent sacs sur la troisième avec Belle de mai. Pourtant,<br />

Karl m'avait dit que c'était un bon tuyau. Enfin, pas de fric.<br />

A Géraldine.<br />

Mickey<br />

Hé ! Approche un peu. Tu veux que je te mettes à l'amende.<br />

Qu'est-ce que cette pute qui fout rien. Regarde-moi comment tu es<br />

foutue. Va dans tes chiottes, et enlève ton slip. Du moins, tu les<br />

exciteras davantage.<br />

34


Géraldine<br />

Ce n'est pas de me foutre à poil qui te fera gagner du fric.<br />

Mais c'est d'être sur le trottoir. Mais ça aussi, tu me l'interdit. Je vais te<br />

dire, Mickey. Ici, il n'y a personne. Ils sont tous là pour regarder la<br />

marchandise. Mais aucun ne voudra me tirer. Mais tu m'interdis de<br />

traverser la rue. Les clients ne sont pas au bar, ils sont dehors. Là, il y a<br />

du monde. Belinda est séquestrée. Géraldine est interdite de sortir.<br />

Mais comment veux-tu ? C'est toujours Michel qui s'en tire le mieux.<br />

Où sont ces filles ? Elles sont dehors, et travaillent. Reconnais que tu<br />

voudrais bien obtenir ce que lui fait avec ces filles.<br />

Mickey<br />

En vérité, tu as peut-être raison. Tu peux dire à Belinda de<br />

descendre. Mais qu'elle ne frime pas. Qu'elle n'en fasse pas trop. C'est<br />

du luxe que je propose.<br />

35


Géraldine<br />

Je monte immédiatement. Je lui demande de se changer,<br />

d'apparaître sous un autre aspect. Tu verras, elle te plaira. Si elle ne<br />

peut séduire, c'est que je ne comprends rien à mon travail de pute.<br />

Quelques moments s'écoulent durant lesquels il y a agitation<br />

au bar. On discute. On boit. L'un inconnu cherche des histoires. Il est<br />

ivre. On le sort presto. Une autre met de la musique, elle glisse<br />

quelques pièces dans la boîte à disques. Tout s'en retourne au calme.<br />

Une sorte de brouhaha de routine, espèce de sourdine. Du haut de<br />

l'escalier, apparaît Belinda. Elle porte une robe très sexy, quoique<br />

élégante. Elle respire la classe. Elle descend toutefois avec maladresse<br />

les marches de l'escalier. Ses talons hauts à aiguille la gênent<br />

considérablement. Elle feint à une sorte d'aisance, mais prouve sa<br />

maladresse. Géraldine, la précède. Ses habits sont les mêmes. Belinda<br />

atteint la dernière marche. Les hommes assoiffés, l'observent avec une<br />

attirance dévorante. Elle est comme métamorphosée, belle, splendide<br />

et resplendissante. Sa chevelure roule sur ses épaules. Sa gorge<br />

pointue demande à faire exploser ses seins en poire. Belinda, baisse<br />

les yeux. Son souteneur est médusé. Un tabouret l'appelle. Elle<br />

s'assoie et commande un alcool. Les hommes détournent leurs<br />

regards, et bavardent bêtement. Tous ont en tête Belinda.<br />

36


Géraldine<br />

T'as vu l'effet qu'elle a fait ? C'était pas génial, mon idée ?<br />

Tous les mecs en sont fous, et déjà bandent pour elle. Tu vois bien<br />

qu'il ne fallait pas la laisser là-haut. Tu as perdu des millions avec ton<br />

comportement à con. Séquestrer la beauté ! Pourquoi pas la foutre aux<br />

oubliettes !<br />

Mickey<br />

Attends de la voir à l'ouvrage. On pourra en parler après. Soit,<br />

elle crache. Mais elle ne tire rien. Observe, pas un client. Si ça<br />

continue elle retourne au poulailler et tu vas m'entendre lui gueuler<br />

dessus.<br />

Géraldine<br />

Seulement deux minutes se sont écoulées. Leurs pines sont<br />

aimantées. Elles veulent la foutre. Elle est irrésistible.<br />

Le Gros Michel s'avance, et se dirige vers Belinda.<br />

37


Le Gros Michel<br />

Quand je t'avais dit que tu n'étais qu'une conne. Que tu devais<br />

t'en remettre à moi. Mais tu as préféré cet imbécile. Dix fois, vingt fois,<br />

je lui aurais cassé la gueule. Et crois-le, il l'aurait fermé. Mais non,<br />

Mademoiselle a préféré faire des siennes. C'est un minable qui te<br />

soutient. Et pourtant Dieu sait comme tu es belle ! Moi, je faisais de toi<br />

quelque chose de bien, car tu as la classe, Belinda. C'est pas ici que tu<br />

serais, mais avec les putes de luxe. Car tu es du luxe. Hé ! Dis-le, on te<br />

tire à combien ? Cent balles ? Mais tu plaisantes tu vaux deux fois ton<br />

prix. T'as vu son cul ? Il est sublime. Génial. Tous les mecs ont envie<br />

de la foutre. Je parie qu'il te donne une misère. Ah ! Bordel. Si du<br />

moins, tu voulais m'écouter !<br />

Belinda<br />

vélo...<br />

Tu n'es qu'un rustre. On connaît tes méthodes. La chaîne à<br />

Le Gros Michel<br />

J'ai évolué. Les salopes qui ne veulent pas m'obéir, c'est à la<br />

seringue que je les mène. Une bonne petite piquouse, et elles nagent<br />

38


dans le brouillard. Puis des melons à la queue leu leu. C'est le cas de le<br />

dire !<br />

Un gros éclat de rire, gonflé d'un rôt de bière. De poursuivre,<br />

Elles bavent dans le sperme. Elles en ont dans la gueule, dans<br />

le cul et dans le con. D'ailleurs les mecs y gueulent. Ils trouvent que<br />

c'est trop poisseux. On est obligé de la laver. Une autre piqûre pour lui<br />

serrer le cul - c'est trop mou et trop large. Un bon petit lavement, et<br />

voilà que c'est tout propre. Mais une fille à l'amende, c'est une fille à<br />

l'amende. Toi, ça ne t'arriverait jamais. De toute façon, elles ne savent<br />

plus où elles en sont. Comme des mécaniques. Mais crois-moi, ces<br />

Arabes foutent n'importent quoi. Tu sais ils sautent leurs chèvres làbas.<br />

Alors une femme ! Mais, je dis pas ça pour toi.<br />

Belinda<br />

Tu oses me parler de tes méthodes. Elles sont ignobles. C'est<br />

ainsi que tu veux que je quitte Mickey, et que je t'appartienne.<br />

39


Le Gros Michel<br />

Parlons-en de ton Mickey adoré.<br />

Il lui arrache son corsage. Apparaît son sein droit boursouflé<br />

par la brûlure de cigarette.<br />

Le Gros Michel<br />

Tu vas me parler d'amour ! Mais qu'as-tu fait pour subir cela ?<br />

Tu me dis que je suis détraqué. Mais, voilà ce qu'il ose te faire. Il<br />

castagne la marchandise.<br />

Belinda<br />

Mieux vaut crever que de travailler pour un mec de ton<br />

espèce. Tu n'es pas une ordure, cela serait si peu. Tu n'es que<br />

grossièreté, que vice et qu'ignominie ! J'ignore même si tu connais le<br />

sens de ce terme. Tu me proposes l'enfer. Laisse-moi dans mon<br />

purgatoire. C'est un monstre qui vit en toi. Comme on dit : entre deux<br />

maux, je choisis le moindre.<br />

40


Le Gros Michel<br />

Et pourtant, poupée ! Tu as tort. Tu as même très tort. Moi, je<br />

ne t'enfermerais pas. Tu pourras vivre. Écoute, Belinda. Depuis quand,<br />

n'es-tu sortie en ville pour t'acheter un vêtement, pour te faire belle ?<br />

Mickey te l'interdit, moi, je te l'accorderai. Toutes les filles te le<br />

jureraient. Demande-leur. Questionne-les.<br />

Elle en cesse là avec le gros Michel, et se dirige vers un<br />

client, qu'elle séduit rapidement. Elle discute, et parvient à la<br />

convaincre de monter. Tous les yeux sont fixés sur la croupe de<br />

Belinda qu'elle balance avec adresse. Le type la suit comme médusé.<br />

Son cul est génial. On le croyait près à éjaculer dans son slip. Les<br />

lumières tendent vers Mickey, qui rit sournoisement. Le gros Michel,<br />

agressif se dirige vers Mickey, une bière à la main. Il s'assoie à la<br />

table.<br />

Le Gros Michel<br />

Tu as enfin compris ce que valait ta pute. C'est de l'or. Je<br />

n'aurais pas hésité à te la piquer, mais elle semble t'aimer. Si l'on peut<br />

41


employer ce terme. Comment ce luxe pourrait se complaire d'un<br />

médiocre !<br />

Mickey<br />

Ne provoque pas, tu veux ! Quand je considère tes méthodes,<br />

je ne m'étonne pas qu'elle se refuse. Et qu'elle préfère Mickey, à un<br />

gros con de Michel.<br />

Le Gros Michel<br />

Hé ! P'tit gars ! On est de la même zone. Tu ne vas pas<br />

m'apprendre les belles méthodes. Tu as vu son sein ? C'est toi salaud<br />

qui détruis ton appareil productif. Alors pas de conseils et pas de<br />

remarques. Sinon, je t'écrase la gueule. Un connard comme toi, je le<br />

flingue. Rien, petit, tu n'es rien.<br />

Mickey<br />

Tu me lâches, un peu. J'te foutrais bien deux pruneaux dans<br />

ton bide. Il en cracherait de la bière. Alors fous le camp.<br />

42


Mickey quitte la table. Il monte lentement les escaliers, et<br />

regarde avec des yeux injectés de sang le gros Michel. Au passage, il<br />

croise le client qui semble fort satisfait du bien-être que lui a procuré<br />

Belinda. Mickey l'ignore et monte toujours avec lenteur. Les lumières<br />

s'effacent lentement. La scène plonge dans l'obscurité. Le rideau<br />

tombe.<br />

43


III<br />

La scène représente la chambre de Belinda. Elle est dévêtue.<br />

Deux Pascal brillent sur la table de chevet.<br />

Belinda<br />

Tu peux les prendre, ils sont à toi. Crois-le, ça ne m'a pas<br />

coûté très cher. Une robe fendue, une chevelure frisée, un peu de<br />

frime, un type en chaleur, et voilà ton pognon. Mickey, je te l'avais dit<br />

cent fois : je t'avais demandé de descendre au bar. Là sont les clients.<br />

Et là est le fric à prendre. Mais non, toi butté et stupide, tu as préféré<br />

me punir, m'enfermer dans ce taudis. Pour obtenir quoi ? Rien. De la<br />

recette minable.<br />

Mickey<br />

C'est Géraldine qui pour une fois a eu une bonne idée. J'ai<br />

longtemps hésité. Mais tu comprends, le pognon ça m'excite.<br />

44


illets.<br />

Il glisse rapidement l'argent dans sa poche. Il froisse les<br />

De poursuivre : c'était pas con, son idée. C'est vrai, je t'ai<br />

sous-estimée. Je te croyais seulement capable de te faire enfourcher par<br />

des branleurs. Non, tu vaux mieux que ça. Il y a du flouze à récolter,<br />

ailleurs. Avec de la bonne clientèle. Ho ! Certes ! Pas encore des<br />

émirs. C'est pas demain, que tu me fileras des pétrodollars. Mais qui<br />

sait ? Fais voir ton sein ? Il n'est pas trop abîmé. C'est vrai, j'ai été nul.<br />

Mais tu me connais, j'éprouve une jouissance certaine à faire pâlir les<br />

putes.<br />

Elle se réfute : Mickey laisse tomber. Le sein se dégonflera.<br />

Baise-moi, si tu veux.<br />

Le public doit voir son sexe jaune entrebâillé. Elle est cuisses<br />

béantes. Elle est écartée. Il pousse sa jambe, et l'oblige à se refermer.<br />

Mickey<br />

C'est pas parce que je bande, que j'ai envie de te foutre.<br />

D'accord, tu as gagné un point. Mais n'en fais pas trop.<br />

45


Belinda<br />

Quoi ! Elle pue ma chatte ! Pourtant l'autre connard me l'a<br />

bouffée, et je te jure que j'en ai presque joui.<br />

Mickey<br />

Je te l'ai déjà dit. Ferme-la maintenant, et cesse d'en faire de<br />

trop. D'accord, tu as gagné un point, mais ne me chauffe pas.<br />

Belinda<br />

Ce que je te reproche, c'est de m'avoir toujours considéré<br />

comme une pute de bas quartier. Tu ne m'as jamais donné la possibilité<br />

d'être une autre fille. Mieux ! Bien mieux ! A présent, tu t'en rends<br />

compte, Mickey. Tu m'as enfermée durant des mois dans cette<br />

pourriture. Tu m'as interdit de sortir. Et je ne savais pas pourquoi. Les<br />

mecs devaient se fier à toi. Mais que craignais-tu au juste ? Pourquoi<br />

cette interdiction ?<br />

46


Mickey<br />

Tu as toujours été une fille différente des autres. Je ne te<br />

sentais pas. Je n'ai jamais cru en toi. Voilà pour l'interdiction de sortir.<br />

Peut-être que tu me sembles trop intelligente, et qu'il y a toujours<br />

quelque chose qui se manigance dans ta cervelle.<br />

Belinda<br />

Comme tu te trompes, et comme ta suspicion n'est pas de<br />

mise. Ai-je été une fois, une seule incorrecte avec toi ? Tu ne peux pas<br />

le prouver. D'ailleurs il n'y a aucune preuve. Je ne suis pas de celle qui<br />

laisse tomber son mac, même s'il s'est comporté comme un salaud. Je<br />

t'ai proposé ma chatte, ce soir. Et tu me la refuses. Non, Mickey,<br />

jamais tu ne pourras me reprocher quoi que ce soit.<br />

Il passe la main dans sa poche et entend le bruit délicat des<br />

billets. Ses yeux s'éclaircissent.<br />

47


Mickey<br />

Je sais ce que tu penses. Tu voudrais régulièrement descendre<br />

et ne plus rester cloîtrer dans cette pièce. Il faut reconnaître que ta<br />

première exhibition a craché. Tu en as étonné plus d'un. Ils te fixaient<br />

tous. Je crois même que certains ont dû éjaculer dans leur slip, ou sont<br />

en train de se branler en pensant à toi. Ça serait crétin de perdre cette<br />

marchandise.<br />

Belinda<br />

Tu joues trop petit. J'ai des idées bien supérieures aux tiennes.<br />

Ce n'était pas dans ce taudis qu'il fallait me laisser, ce n'est pas dans un<br />

bar rempli d'ivrognes qu'il me faut faire le tapin, mais c'est dans la rue,<br />

Mickey que je dois travailler. Mieux encore, comme le faisait<br />

remarquer le Gros Michel...<br />

Mickey<br />

Ne prononce jamais son nom, tu entends.<br />

48


Belinda<br />

Je suis une pute de luxe. Tu vas me dire que j'en demande de<br />

trop, pourtant il me faudrait une bagnole - une superbe - une Jaguar.<br />

Ainsi, je pourrais travailler avec Géraldine. A nous deux, on ferait des<br />

miracles. En trois minutes, on touche 1 000 balles avec une branlette.<br />

On les rendrait fous, les mecs.<br />

Mickey<br />

Te payer une Jag ! Et pourquoi pas une Rolls tant que tu y es !<br />

Tu es devenue complètement barjot ! Et avec Géraldine ! Elle ne sait<br />

pas même marcher avec des talons à aiguille. Niveau cancre, tu la vois<br />

conduire, une bagnole de course !<br />

Belinda<br />

De toute façon, nous permettre de l'essayer, nous engagerait à<br />

rien. Tu peux la louer la bagnole, on te la remboursera.<br />

49


Mickey<br />

Ça serait déjà bien beau, si je te permettais d'aller sur le<br />

trottoir. Tu n'as qu'une preuve dans le bar. Alors la caisse, le travail à<br />

deux !... Avec Géraldine ?<br />

Belinda<br />

Tu l'as sous-estimée. Elle n'est pas si niaise que tu le prétends.<br />

Mais elle est bloquée seulement. Elle est autorisée à descendre...<br />

Mickey<br />

Géraldine, elle me paie mes cigarettes, et encore je fume des<br />

brunes. Tu as connu un type satisfait lorsqu'il la tirait ?<br />

Belinda<br />

N'oublie pas qu'elle est caressante. Elle, c'est la douceur. Ça<br />

plaît aux michetons et aux vieux qui ne peuvent pas éjaculer. Hein !<br />

Combien de branleurs, combien d'impuissants à son actif ? Des<br />

50


centaines, peut-être ? Et puis la clientèle revient : c'est qu'elle est<br />

satisfaisante. Non, je t'assure, nous pourrions travailler toutes deux.<br />

Observe-moi. Imagine-la. On a tout ce qu'il faut où il faut. Je ne<br />

comprends pas pourquoi tu doutes. Quel est le malaise ? Il vient de<br />

moi, je suppose. Tu n'as pas confiance. Tu te méfies. Ainsi je serais<br />

indigne de toi. Ainsi, je pourrais faire des conneries. A moins que tu<br />

doutes de Géraldine...<br />

Mickey<br />

En Géraldine, j'ai une entière confiance. C'est elle que j'ai eue<br />

en premier. Elle est ma femme. Toi, tu es ma pute. Tu comprends la<br />

différence ? C'est un monde qui vous sépare. Elle, c'est ma moitié.<br />

Certes je la punis, mais c'est pour son bien. M'a-t-elle, une fois, une<br />

seule, accusé ? Que non ! Je crois en elle, et pourtant ce n'est qu'une<br />

pute.<br />

On entend gratter à la porte. Ils se regardent. Puis on frappe<br />

discrètement. Les coups se font plus forts.<br />

51


Géraldine<br />

C'est moi. Est-ce que tu peux m'ouvrir, Belinda ? J'ai à te<br />

causer. C'est de ce soir, tu m'ouvres ?<br />

Mickey lui fait signe de la tête.<br />

Belinda<br />

Entre. La porte n'est pas fermée.<br />

Mickey.<br />

Géraldine pousse la porte. Elle semble étonnée de voir<br />

Géraldine<br />

Je ne savais pas que vous étiez en conversation. Autrement,<br />

j'aurais jamais osé...<br />

52


Mickey<br />

Mais ça n'a pas d'importance. Belinda, tu seras gentille,<br />

retourne au bar et rapporte-moi quelques Pascal. Reste, Géraldine. Et<br />

ne joue pas les traumatisées. J'ai trois mots à te glisser.<br />

Belinda quitte sa chambre, avec quelques regards mauvais.<br />

Elle n'accepte pas que Géraldine utilise sa chambre. Effets scéniques.<br />

Mickey<br />

Tu écoutais à la porte ?<br />

Géraldine<br />

Je t'assure que non. J'arrive simplement. Non, je voulais te<br />

causer. Et comme je savais que tu n'étais pas en bas. Puis, j'ai<br />

demandé. On m'a dit que tu étais monté. Alors. Me voilà. J'ai quelque<br />

chose d'important à te dire.<br />

53


Géraldine se tord les mains. Ne sait comment s'y prendre.<br />

Elle tente quelques bribes de phrases, puis se réfute. Enfin, elle<br />

entame.<br />

Géraldine<br />

Tout çà, c'est à cause de Belinda. Elle zone complètement.<br />

Elle essaie de te tromper. C'est de la ruse, Mickey. Mais c'est pas vrai.<br />

Mickey<br />

Attends, calme-toi, mon petit. Je ne comprends rien à ce que<br />

tu me dis. Tu voudrais y aller calmos, histoire de pas mélanger tes<br />

gambettes. D'ailleurs, elles tremblent. Pourquoi ? Pose ton cul.<br />

Géraldine<br />

Je te dis que Belinda veut te tromper.<br />

54


Mickey<br />

Ça c'est risible ! Me tromper. C'est ce qu'elle fait nuit et jour,<br />

et cela dure depuis trois ans. Alors un peu plus.<br />

Géraldine<br />

Elle m'a causée, tout à l'heure, avant de descendre. Elle<br />

voudrait se casser, se faire la malle et la belle. Elle voulait même que<br />

j'y participe. C'est pourquoi, Belinda a souhaité descendre. C'est le<br />

premier pas vers la sortie.<br />

Mickey<br />

Tu rêves, Géraldine. Tu as déjà vu une pute jouer ce coup à<br />

son mac. Elle sait trop ce qu'elle risque. Donne-moi le nom d'une seule<br />

qui s'y est essayée. Tu sais comment elles finissent les filles !... Je ne<br />

voudrais pas être à la place des celles qui ont envoyé au coffre les<br />

mecs de Grenoble. Ils en ont pour cinq ans. C'est trop. C'est beaucoup<br />

trop. Mais elles, c'est la mort qui les attend dans des souffrances<br />

55


terribles. Toutes le savent, les macs sont solidaires. C'est la mort de la<br />

profession si on laisse faire. Alors ?<br />

Géraldine<br />

Peut-être pour les autres. Mais toi, qui te soutiendrait ? Le<br />

gros Michel, il veut nous prendre. Tu penses qu'il ne bougerait pas s'il<br />

savait qu'une d'entre nous, faisait la belle. Il en rirait même. Et toi, que<br />

deviendrais-tu ? Tu irais courir après ta salope ? Et les autres<br />

s'envoleraient comme une nuée de moineaux. Et pour les rattraper !<br />

Peut-être une, mais pour les autres, la liberté !<br />

Mickey<br />

Ça n'a pas de sens. Cela n'est jamais arrivé, et cela n'arrivera<br />

jamais. Mais c'est la révolution que tu proposes. C'est la folie la plus<br />

débile !<br />

56


Géraldine<br />

A moins que l'on recherche un statut à la scandinave. Faire la<br />

pute, peut-être. Mais être soumises à un mac, non. Tu sais ce qui se<br />

passe dans les autres pays, elles sont libres. Libres d'exercer ce métier,<br />

et libre de recevoir le client qui leur convient. Tu dis que c'est dingue,<br />

et pourtant, ça existe.<br />

Mickey<br />

Ouais, si ça continue, il faudra que je me recycle avec les<br />

Gays, avec les petites putes droguées, ou avec les petits arabes. Je sais<br />

que l'on est dans une révolution sexuelle, mais delà à remettre en cause<br />

l'appareil de production ! Non, c'est ta jalousie mauvaise qui te fait dire<br />

de telles conneries. D'ailleurs, je me demande pourquoi, je discute avec<br />

une pouffiasse de ton genre. Ouais, tu voudrais ressembler à Belinda,<br />

mais t'es moche. Jamais tu ne tireras les plus beaux mecs. Alors, il faut<br />

que tu te venges. Je suis persuadé que ça t'a plu l'amende.<br />

57


Géraldine<br />

Quelle amende ?<br />

Mickey<br />

Bon, laisse tomber. Si tu allais bosser un peu, histoire de<br />

ramener un peu de pognon. A continuer ainsi, tu vas te rouiller.<br />

Géraldine<br />

C'est malin, je suis rousse jusqu'au cul. Et une vraie.<br />

Géraldine allonge les billets.<br />

Géraldine<br />

Cinq cents, sept cents, plus trois cents, déjà mille. Un autre,<br />

quinze cents. Plus la pacotille.<br />

58


Mickey<br />

C'est pas riche tout ça.<br />

Géraldine<br />

Moi, je donne ce que je fais. D'ailleurs, tu peux pas me laisser<br />

deux cents francs ? Mais Belinda, elle te ment. Elle te fait croire qu'elle<br />

te laisse, mais elle en garde.<br />

Mickey<br />

Tu me les chauffes. Tu veux qu'on fouille la baraque, qu'on fende<br />

le matelas, ou que j'aille voir ce qu'elle a sur la Caisse d'Épargne ?<br />

Géraldine<br />

Elle ne serait pas assez ridicule pour que tu puisses le trouver<br />

illico. Mais, crois-moi si elle a pensé à s'échapper, ce n'était pas le cul<br />

nu. Je te parie que ça se chiffre en millions ce qu'elle t'a planqué.<br />

59


Mickey<br />

truquer ainsi.<br />

Écoute, j'observe ses allées et venues. Elle ne pourrait pas<br />

Géraldine<br />

Ouais, mais elle veut en sortir. Alors, il faut de la fraîche. Un<br />

vrai petit écureuil, ta Belinda.<br />

Mickey<br />

Tout cela n'est que suppositions. Je t'avoue que ça me paraît<br />

invraisemblable. Elle, oser penser ainsi, oser mijoter des simagrées. Je<br />

crois en vérité, que c'est toujours ta jalousie qui te fait sortir ces<br />

mauvaises paroles.<br />

Géraldine<br />

Moi, jalouse. Ce serait aller à l'amende. Avec toi, il ne faut<br />

pas déconner. Si l'on essaie te de contredire, c'est la punition terrible.<br />

60


Je sais l'horreur. Je sais ce que tu peux m'infliger. Alors pour que moi,<br />

pute, je te cause !...<br />

Mickey<br />

Laisse tomber. Je ferais une petite enquête. Si cela s'avère<br />

exact, je t'en remercierais. Tu sais ma reconnaissance. J'aime les<br />

bonnes filles comme toi. Mais je préfère l'exactitude. Tu m'as donné un<br />

avertissement, mais ne te goure pas, sinon.<br />

Géraldine<br />

C'est justement ce "sinon" qui démontre que ce que je bave est<br />

réel. Je n'ai pas envie de subir tes violences. Je sais trop ce que cela<br />

pourrait me coûter !<br />

Mickey<br />

Évidemment, ton clito en a reçu. Mais par-derrière, il reste à<br />

brûler. Tu les as vues, tes copines hurler de douleurs pour ce genre de<br />

conneries.<br />

61


Géraldine<br />

Mais, je ne veux pas te mentir. D'ailleurs, je ne saurais pas te<br />

mentir. Cela me coûterait trop cher.<br />

Ils cessent de parler. On entend des pas qui montent<br />

l'escalier. Nul d'éclat de rire, ni frénésie avant le coït. La montée est<br />

lente et régulière. Belinda ouvre sa porte, suivie d'un client. Tous les<br />

quatre sont étonnés. Mickey et Géraldine se lèvent.<br />

Belinda<br />

Mais bon dieu ! Qu'est-ce que vous foutez dans ma chambre ?<br />

Mais qu'est-ce que cela veut dire ?<br />

la pièce.<br />

Mickey tire un œil vers Géraldine. Ils sortent rapidement de<br />

62


Belinda<br />

Ne t'inquiète pas, mon mignon. Ce n'était qu'une pute et son<br />

mac. Ils devaient causer. Je reconnais qu'en rien il fallait prendre ma<br />

chambre pour un salon de thé. Mais laisse tomber et oublie cela.<br />

Elle se déshabille rapidement. Elle fait glisser le haut de sa<br />

robe. Ses seins apparaissent. Machinalement, elle tire sa culotte, et<br />

fait le geste avec le talon droit, le talon gauche.<br />

Belinda<br />

Et bien, tu préfères ainsi ? Tu veux que je me foute à poil ?<br />

Tu bouges ou quoi ? Monsieur préfère peut-être les porte-jarretelles, ça<br />

l'excite davantage ? Mon tout beau, tu sais que les extra, ça se paie. Si<br />

tu es salingue, il faudra allonger quelques billets en plus. Tu causes, ou<br />

quoi ? Il faut que je te fasse bander, ou tu es puceau. T'as l'air d'un con,<br />

debout comme ça. Allez avance la fraîche. Ce sera mille cinq cents.<br />

63


Il obéit. Il sort de son portefeuille trois billets. Belinda en<br />

laisse deux en évidence sur la table de chevet. Le dernier, elle le<br />

planque dans un tiroir. Elle devient plus gentille.<br />

Belinda<br />

Qu'est-ce que tu veux que je te fasse ? Ne reste pas planté<br />

comme un imbécile. Déshabille-toi. Tu as l'air tout idiot.<br />

Le Client<br />

Rhabille-toi. Je n'ai besoin de rien. Je ne suis pas venu, ici<br />

pour te prendre. Si je suis ici, c'est parce que j'ai entendu votre<br />

conversation au bar. Et je crois avoir compris.<br />

Belinda<br />

Ça te coûte cher du dialogue, mais après tout je peux bien te<br />

consacrer une demi-heure. Tu m'as l'air généreux. Si tu ne veux pas de<br />

mon entrecuisse. Si tu préfères causer, autant pour moi. Bon, qu'est-ce<br />

qu'il a à me dire, ce parfait client ? D'abord, comment t'appelles-tu : tu<br />

dois avoir un prénom, ou je me trompe.<br />

64


Le Client<br />

Assez de ces phrases insipides. Je désire te parler<br />

sérieusement. Je sais trop ta destinée de pute, comme je sais ton envie<br />

de fuir à tout jamais cet univers carcéral.<br />

Belinda<br />

Attends un peu. Tu n'aurais pas été payé par Mickey pour me<br />

sortir les vers ? Tout cela me semble si faux. Ça pue, ton truc. Je me<br />

méfie. Monsieur me donne mille cinq cent francs, mais c'est pour me<br />

causer. Dis-donc : tu es le mécène de la prostitution, ou quoi ?<br />

Le Client<br />

manège.<br />

Tu sais, j'ai des yeux pour observer, et j'ai bien compris ton<br />

Belinda<br />

J'ai appris à me méfier de tout le monde. Je ne crois pas même<br />

en moi. Ça c'est mon doute. Je t'assure que dans ce milieu, il est de<br />

mise.<br />

65


Le Client<br />

Il y a des prostituées qui m'intéressent. Ce sont celles qui<br />

veulent s'en sortir. Ce sont celles qui refusent l'esclavage, et si je peux<br />

les aider ! ...<br />

Belinda<br />

Les aider !... Pauvre imbécile. Tu ignores tout de ce rouage,<br />

de cette incapacité à s'en sortir. Alors toi, pauvre minable, comment ?<br />

D'ailleurs, tu n'es qu'un branleur, cela et rien d'autre. Alors vouloir<br />

jouer les D'Artagnan, cela ne te va pas. Bon, tu me tires ou quoi ? Tes<br />

quinze cents balles, il faut bien que je te les rembourse. Fais-la bander.<br />

A moins que tu sois un peu maso, et que tu aimes la mise en scène.<br />

Monsieur désire peut-être gémir sur le sein d'une blonde en pleurant sa<br />

mère, et recevoir une fessée.<br />

Le Client<br />

Je te parle très sérieusement.<br />

66


Belinda<br />

Je ne te sens pas du tout, du tout.<br />

Le Client<br />

C'est au bar que j'ai compris. Tu cherches la fuite. C'est gros<br />

comme ça. Méfie-toi. C'est trop visible. Et ton Mickey n'est pas le<br />

dernier des idiots. Il se méfie. D'ailleurs pourquoi causait-il avec l'autre<br />

pute dans ta chambre ?<br />

Belinda<br />

Écoute, tout ça m'agace. Je ne sais si tu mens, ou si tu dis la<br />

vérité. Toujours est-il que les minutes passent, et que moi je me fais<br />

ton pognon facile. Et cela est primordial. Tu me fais penser à un<br />

journaliste qui me donnerait du fric pour lui expliquer ma condition :<br />

enquête, qu'il dirait. Et bien tu m'amuses. Alors continue.<br />

67


Le Client<br />

Le billet planqué, c'était pour capitaliser. C'était pour gonfler<br />

ta dot, pour t'en sortir. Bien sûr, tu diras un billet, c'est un billet. T'en<br />

fais ce que t'en veux. Ouais, tu veux la belle, t'en tirer. Mais hélas, tu<br />

es coincée dans ta chambre. Je crois savoir ce que tu recherches : c'est<br />

le trottoir.<br />

Belinda<br />

Je t'écoute baver. Mais je n'ai rien dit du tout.<br />

Le Client<br />

Je ne dis pas que c'est sûr. Mais je possède peut-être le moyen<br />

pour te faire aller sur le trottoir. Et le trottoir, c'est le premier pas vers<br />

la liberté.<br />

68


Belinda<br />

Je n'ai pas besoin de toi pour m'en apercevoir. J'ai demandé<br />

depuis longtemps à Mickey l'autorisation de travailler ailleurs. Mais où<br />

veux-tu en venir ? Et en quoi me serais-tu utile ?<br />

Le Client<br />

C'est vrai. Mais je trouve con qu'une belle fille comme toi,<br />

soit interdite de voir le jour, le soleil. Qu'elle soit punie, et n'est pas le<br />

droit d'aller dans un magasin pour s'acheter ses slips et ses soutiengorge.<br />

Belinda<br />

Mickey connaît les tailles, ils me vont à ravir.<br />

Le Client<br />

qui te convient.<br />

Ouais, mais tu préférerais le lèche-vitrines, et décider de ce<br />

69


Belinda<br />

Écoute, toute cette conversation est insipide, et elle n'a aucun<br />

sens. Tu t'amènes, tu causes, tu prétends vouloir m'en sortir - je ne te<br />

demande rien. Voilà que Monsieur crache son pognon. Tiens, récupère<br />

mille francs.<br />

Le Client<br />

Non, te dis-je. Conserve ces billets. D'ailleurs, ils seront<br />

source de crédibilité auprès de Mickey.<br />

Belinda<br />

Bon ! Rhabille-toi. Qu'est-ce que je raconte ! Tu ne t'es pas<br />

déboutonné. C'est le réflexe tu comprends. Descendons les escaliers<br />

comme si de rien n'était. Mais, je vais te décevoir, tes paroles ne m'ont<br />

servie à rien. Je te l'ai dit : je ne te sens pas. Et puis tu parais trouble.<br />

Une sorte de notion bizarre, inexplicable à justifier.<br />

70


Le Client<br />

Viens. Je te suis. Mais sache que mes paroles ne sont en rien<br />

mensongères, que je n'étais pas manipulé par ton mac. Je pensais<br />

sérieusement ce que je te disais.<br />

Ils descendent les escaliers. Ils prétendent au sourire. Mickey<br />

les observe avec un œil septique. Le Client se dirige vers le bar, tandis<br />

que Belinda commande un alcool, et s'assoie à la table de Mickey. Elle<br />

lui sourit. Il conserve un visage glacial, et ne prononce mots. Quelques<br />

instants s'écoulent. On apporte à Belinda la consommation désirée.<br />

Elle la sirote avec application tout en fixant Mickey.<br />

Belinda<br />

Mickey, qu'est-ce que tu en dis ? Certes, tu préfères cet air<br />

indifférent. Mais tu dois reconnaître que je n'avais pas tort. Quand je<br />

t'ai demandé de travailler ici, tu as tiqué. Mieux encore, la réponse fut<br />

de m'imposer ta violence. Mais maintenant, tu t'aperçois que je n'avais<br />

pas tort. Tu as craint le gros Michel. Tu croyais qu'il allait me piquer<br />

71


comme je venais au bar. Qu'en est-il exactement ? Tout se déroule<br />

selon ta pensée et tes volontés. Alors qu'en dis-tu ?<br />

Mickey<br />

Ça sert à rien de frimer pour quelques billets en plus. Tu m'as<br />

fait que deux clients !<br />

Belinda<br />

Tu plaisantes, je l'espère. Tu sais que je peux faire plus.<br />

Comme on dit, ce n'est qu'un début.<br />

Mickey<br />

Évidemment, ça vaut le coup de le tenter. Mais je ne parviens<br />

pas à t'imaginer sur le trottoir. Toi ! Une fille comme toi ! Non, ça me<br />

semble impossible. Je crois que je te préfère bien planquée là-haut.<br />

Une cage dorée, c'est une cage dorée ! J'en connais des tourterelles qui<br />

y roucoulent.<br />

72


Belinda<br />

Le principe n'était pas le suivant. D'ailleurs l'image est fausse,<br />

comme cette pièce n'était qu'un taudis.<br />

Mickey<br />

Attends, je te retiens. Ce n'était pas un baraquement d'Arabes,<br />

quand même ! Le lieu n'est pas sinistre. Hé ! Tu n'es pas une star.<br />

C'était suffisant, mais en rien médiocre. C'est ça, plains-toi ! Prétends<br />

que je te faisais bouffer de la merde tant que tu y es. D'ailleurs, tu me<br />

sembles avoir grossi ?<br />

Remarquables.<br />

Elle lui montre ses jambes. Elles sont longues et fines.<br />

Belinda<br />

Si tu peux trouver meilleure qualité, tu me préviens.<br />

73


On apporte deux consommations à la table. Le garçon<br />

s'éclipse prestement. Micheline est au bar, et se regarde dans la glace.<br />

Elle est complètement ivre, et chante à tue-tête son refrain.<br />

Micheline<br />

Dans un bordel à merde<br />

Une pauvre ingénue<br />

A décider de perdre<br />

Son con et sa vertu.<br />

Elle salivait d'extase<br />

Et se savait foutue<br />

Et jouissait de ses râles<br />

En proposant son cul.<br />

Belinda<br />

Tu as écouté cette sublime réussite. C'est toi qui es parvenu à<br />

en faire cette déchéance. Non, ce n'est pas de l'ivresse. C'est de la<br />

drogue. Dans un mois, dans un an au plus tard, elle sera morte. Elle ne<br />

74


sait même plus où se piquer. Si, sous la langue, ou entre les orteils ! Et<br />

quand elle est en manque, c'est à la mayonnaise qu'elle s'oublie. C'est<br />

un déchet ! Tu me diras que c'est une erreur de pute, que jamais !...<br />

Ouais, mais des filles de sa sorte, ce sont des loques. Ça ne rapporte<br />

plus rien. Non, Mickey. C'est parce qu'elles ne pouvaient pas être ce<br />

que vous avez voulu qu'elles soient, qu'elles sont cela ! Et moi, je ne<br />

veux pas devenir ça. C'est trop horrible ! Non, c'est dégueulasse.<br />

Mickey<br />

Tu causes un peu trop. Je ne te demande pas de juger. Si tu as<br />

suffisamment de caractère, rien ne t'obligera à devenir Micheline. Toi,<br />

tu es équilibrée. Alors de quoi te plains-tu ?<br />

Belinda<br />

Mais je veux sortir de cet endroit infect. Ne plus tourner<br />

comme un ours dans sa cellule. J'ai besoin d'air. J'ai besoin de respirer.<br />

Assez de cet enfermement ! Assez de recevoir mes soutien-gorge, mes<br />

slips et mes robes par correspondance. Je veux bien t'obéir. Je veux<br />

bien te faire le pognon qu'il te faudra. Mais en contrepartie, il me faut<br />

75


sortir. Voir ce qu'il se passe dans la rue, dans un magasin. Sortir !<br />

Vivre, quoi !<br />

Mickey<br />

D'accord, sortir. Respirer l'aile blanche des petits oiseaux.<br />

Mais tu te trompes. Ce ne sera que la nuit noire. Le trottoir cafardeux.<br />

Tu devras faire les cent pas, tout en évitant les crottes de chien. Puis<br />

monter, redescendre. Des connards te dragueront ou toi tu seras<br />

obligée de les appeler "mon chéri", tout en sachant très bien qu'ils<br />

déambulent. Si tu veux discuter des prix, si tu veux être à poil sous un<br />

manteau de fourrure...<br />

Belinda<br />

Tu ne te souviens pas ce que je t'avais proposé. Je veux<br />

travailler avec Géraldine, en double. Je t'avais demandé une bagnole.<br />

Je n'ai pas envie de crever mes talons.<br />

76


Mickey<br />

Et puis quoi encore ! Tu veux brûler les étapes. Une Jag !<br />

Pourquoi par la Rolls tant que tu y es. Mademoiselle a la folie des<br />

grandeurs. Hé ! Belinda ! Reste modeste. Souviens-toi que tu n'es<br />

qu'une vulgaire pute.<br />

Belinda<br />

Je te l'ai déjà dit : tu veux du fric. Mais tu ne me donnes pas<br />

les moyens de ma politique de pute.<br />

Mickey<br />

assez.<br />

Politique de pute ! Tu lis trop les journaux. Tais-toi. C'est<br />

Belinda<br />

Ouais, mais à quoi te serviraient des fellations ou des sucettes<br />

à cinquante balles.<br />

77


Mickey<br />

Mais que crois-tu qu'il se passera lorsque tu seras sur le<br />

trottoir ? Ce seront des petits travaux, et tu devras en faire. C'est vingt<br />

fois, trente fois cette politique de pute, comme tu dis. Et là, tu vas te<br />

vulgariser - au plus primaire, à l'infect, au sale et au crasseux. Voilà ce<br />

que tu me demandes depuis des jours, et voilà contre quoi je<br />

m'insurgeais.<br />

Belinda<br />

Non, je crois que je dois tenter les coups. Quitte à passer par<br />

une phrase de vulgarité. Cela m'ouvrira sur d'autres hommes. Et puis la<br />

qualité viendra.<br />

Mickey<br />

Une pute se trompe. Ça c'est marrant. Ton raisonnement est<br />

absurde. Toi, dans une rue obscure, y grandir en qualité de michetons ?<br />

Et passer de la flûte à l'orgasme du beau mâle. Réfléchis : tu n'auras<br />

que les pommés, que les ivrognes ou les puceaux en mal d'amour. Les<br />

mecs qui sont bien, ils n'ont pas besoin de toi.<br />

78


Belinda<br />

Ouais, mais j'espère monter de grades. Et quand je t'aurais<br />

prouvé que je sais te faire du fric, et beaucoup de fric, tu me feras aller<br />

d'un échelon, et ce sera la bagnole que j'aurais !<br />

Mickey<br />

Vas-y doucement ma cocotte. En connais-tu une seule qui<br />

roule avec mon essence. Alors lève le pied, ou envoie-les en l'air !<br />

Belinda<br />

Si tu me considères trop minable pour en rester à ces déchets,<br />

ça ne sert à rien d'insister. Il m'est préférable de rester en attente dans<br />

cette piaule idiote, et d'espérer qu'un imbécile se glissera entre mes<br />

cuisses.<br />

79


Mickey<br />

Je n'ai rien dit. Je te parle de ce que je connais. C'est pas le<br />

bonheur, et c'est pas l'Évangile. Il te faudra tirer et pomper ! Imagine<br />

des jets de sperme glissant entre tes dents. Elle est belle, ta petite<br />

gueule ! Et bien, il faudra sucer. Et ceux-là; sans les laver. Tu devras<br />

t'en charger, ou les faire décharger.<br />

Belinda<br />

J'accepte de prendre le risque. Je sais ce qu'est le dégoût.<br />

Mieux encore, j'ai épousé l'ignominie et l'humiliation, et c'était toi<br />

Mickey. Mais de tes couilles, je n'en veux plus.<br />

Mickey<br />

OK, ma belle, c'est convenu. Tu as ma bénédiction. Je te<br />

donne tout le courage, pour agir. Mais fais ça vite et très bien. Et<br />

rapporte-moi du fric car j'en ai besoin.<br />

80


Belinda<br />

C'est tout ce que j'espérais de toi. Je t'en remercie. Sache que<br />

je saurais les prendre les michetons à cent balles. Crois-le. Oui, croisle.<br />

81


IV<br />

Dans la rue. Il y a des voitures stationnées sur le côté droit.<br />

Deux ou trois. Sur le trottoir de gauche, quelques putes vulgaires et de<br />

basse qualité tapinent. On peut les faire s'engueuler pour un mètre<br />

carré de trottoir, et les faire se taire, et se transformer à l'approche<br />

d'un client potentiel. Il y a des néons. Certains éclairent mollement<br />

l'enseigne du bar hôtel qui est situé sur le gauche. Belinda travaille.<br />

Le Client<br />

C'est donc toi ? Je ne comprends pas qu'en si peu de temps tu<br />

sois parvenue à sortir de ton endroit pourri.<br />

Belinda<br />

Comme quoi, j'ai suivi des conseils. Mais il faut monter et<br />

descendre. J'ai un de ces mal aux pieds. Et puis cet accoutrement ne me<br />

va guère. T'as vu ce cul. T'as vu cette culotte, elle me rase trop. J'ai l'air<br />

vulgaire.<br />

82


Le Client<br />

Il faut passer par là pour obtenir les voies de la liberté. Et puis<br />

tu t'en tireras rapidement.<br />

Belinda, regardant la façade de l'hôtel<br />

Fais semblant de t'intéresser à moi. Mickey ne cesse de<br />

m'observer. D'ailleurs il regarde en soulevant le rideau. Fais le type qui<br />

demande une réduction.<br />

A haute voix,<br />

Le Client<br />

Tu ne t'imagines pas que je vais me faire sucer pour cela.<br />

Non, mais dingue ou quoi ? T'as vu, toutes tes copines veulent moins.<br />

Alors toi. Dis-donc, c'était moins cher dans ton taudis à merde.<br />

83


Belinda<br />

ne s'en doute pas.<br />

Maintenant, il me faut faire du pognon et vite, et que Mickey<br />

Le Client<br />

Mais ce sont des centaines de passes qui te seront nécessaires<br />

afin d'obtenir quelque épargne. C'était le risque du trottoir. On tire<br />

beaucoup. On n'a rien.<br />

Belinda<br />

tenter.<br />

C'est peut-être le prix de la liberté. Mais ça vaut le coup de le<br />

Le Client<br />

Le coup ! Des centaines de coups !<br />

84


Belinda<br />

Je ne sais pourquoi je te fais confiance. Tu pourrais tout dire à<br />

Mickey et cela serait ma mort en échange de tes paroles. C'est risqué<br />

de se fier à un mec tel que toi. De quel côté, es-tu ?<br />

Le Client<br />

Soit tu es conne, soit tu m'as compris. La prostitution est et<br />

sera toujours. Mais celles qui veulent en sortir, je leur donne de l'aide.<br />

J'ai de l'argent.<br />

Belinda<br />

culs, pourquoi ?<br />

Peut-être, mais pas de femmes. Alors tu éjacules dans nos<br />

Le Client<br />

quelques pièces.<br />

J'ai trop été déçu. Je préfère vous allonger en vous glissant<br />

85


Belinda<br />

Ouais, mais avec le cul, tu t'en retournes dans ta piaule sans<br />

fille ni femme ni greluche. Au matin, c'est la bande et la branlette pour<br />

compenser. Alors je comprends pas.<br />

Le Client<br />

Je ne suis pas si bandeur que tu le crois. Deux, trois fois pas<br />

semaine, cela me suffit. Alors une femme régulièrement dans mon lit,<br />

je n'en ai pas besoin. Non ce qui m'intéresse c'est la pute avec son<br />

statut.<br />

Belinda<br />

Je paie mes impôts, je suis une citoyenne comme les autres. Les flics<br />

me foutent à l'amende, mais le fisc reconnaît mon métier. D'un côté, je suis<br />

punie par l'État. De l'autre, je suis reconnue par les inspecteurs. Je travaille<br />

aux forfaits. Un peu encore, et l'assistance sociale vient vérifier si ma chatte<br />

est propre. Alors que veux-tu d'autre ?<br />

86


Le Client jette des clins d'œil furtifs vers la devanture du bar.<br />

Il s'aperçoit que Mickey les observe et n'apprécie pas ce manège qui<br />

ne cesse de durer.<br />

Le Client<br />

Tiens. Je te crache un Pascal, et feins de me sucer. Oui, dans<br />

la rue contre la voiture.<br />

Belinda s'exécute. On l'imagine agenouillée face au client, et<br />

faisant prestement des mouvements rapides de fellatrice. Deux minutes<br />

s'écoulent. La scène est dans la pénombre. Les autres prostituées ne<br />

font guère de cas de ce qui se passe.<br />

Belinda<br />

Je ne comprends pas, c'est trop stupide. Pourquoi t'occupes-tu<br />

de moi ? Quel intérêt as-tu à t'intéresser à une pute ?<br />

87


Le Client<br />

Ne vas pas supposer que je suis amoureux de toi, que je suis<br />

une sorte de chevalier servant qui tente de sortir sa prisonnière de ses<br />

barreaux en or. Non, je ne t'aime pas. D'ailleurs comment aimer une<br />

pute ? On se glisse dans son vagin, mais on sait que des centaines de<br />

types l'ont déjà foutue. Ce n'est pas que je recherche la pureté ou la<br />

vierge... Mais imagine ta bouche, comment peut-on embrasser sans<br />

penser que tu as tiré des centaines de bites, que ta salive s'est mêlée<br />

avec leurs spermes puants. Crois-moi, il ne faut pas être dégoûté pour<br />

aimer une pute. Non, une compagne qui a eu des relations, cela se<br />

conçoit. Mais toi, jamais. Quand bien même tu serais belle, quand bien<br />

même tu te laverais dix fois par jour, tu resteras toujours souillée à mes<br />

yeux.<br />

Belinda<br />

Même une fille de luxe ? Tu ne me donnes peu d'espoirs et tes<br />

phrases sont terribles ! C'est ignorer que toutefois nous sommes des<br />

femmes, et que nous pouvons éprouver des sentiments et faire des<br />

enfants par exemple.<br />

88


Le Client<br />

La belle affaire : tu ne connaîtrais jamais le nom du père. Des<br />

milliards de spermatos qui grouillent dans tes trompes ! Je crois même<br />

que tu serais incapable de retrouver un mec qui t'a sauté la veille.<br />

Belinda<br />

Je ne serais qu'une mécanique sexuelle, pareille à de la... je ne<br />

trouve pas la comparaison ... pareille à de la merde ! Alors va<br />

interroger les autres filles. Demande-leur ce qu'elles pensent de ce que<br />

tu oses me dire. Elles te cracheront à la gueule. Car derrière la pute, il<br />

y a une femme. Et derrière cette femme, il y a un cœur. Je suis déjà<br />

punie, mais tu veux m'humilier plus encore.<br />

Le Client<br />

Comme tu te trompes ! Je ne sais pourquoi tu vis dans le nonsens<br />

! Non ce que je voudrais savoir c'est comment une pute veut enfin<br />

en terminer avec cet esclavage de femme, comment parviendra-t-elle à<br />

89


s'en tirer. Mais je t'avoue que si je pouvais t'être de quelconque utilité...<br />

je t'aiderai.<br />

Belinda<br />

Tout ce que tu dois faire, c'est de fermer ta gueule. Si Mickey<br />

venait à apprendre que tu es intervenu, ce sont des balles dans la peau<br />

pour toute récompense. N'essaie pas trop de me revoir, oui tiens-toi à<br />

l'écart. C'est un très bon conseil.<br />

Le Client<br />

Ça me dépasse. Pourquoi toutes ces manières ? Il t'est donc<br />

impossible de te casser, de foutre du pognon de côté, et de filer dans le<br />

premier train venu. C6olore-toi en rousse, coupe tes cheveux, porte<br />

d'autres habits. Je ne sais pas, moi ! La Suisse, Strasbourg ou un autre<br />

pays, ton mec ne te retrouvera pas. S'il te retrouve, il te tue. Mais entretemps,<br />

il perd des millions chaque jour en essayant de trouver une<br />

aiguille, ou plutôt une pute dans l'Europe entière.<br />

90


Belinda<br />

Bonne idée ! Mais s'il me retrouve, c'est la mort, et dans la<br />

torture, dans les souffrances les plus effrayantes. Écoute, il est<br />

préférable que maintenant tu te tires. Je t'ai assez vu. Ça paraît louche<br />

toutes ces causeries. Si tu veux me revoir, tente de choisir un autre<br />

lieu. Il t'a déjà repéré. Tel qu'il est, il va me poser des questions. Il<br />

renifle le doute à cent pas. C'est la meilleure chose, casse-toi.<br />

Le Client<br />

Tu veux connaître mon prénom ?<br />

Belinda<br />

Non. Je te connais de trop, hélas !<br />

Mickey sort dans la rue. Il se dirige vers Belinda. Elle se<br />

refait une beauté, et feint d'ignorer la venue de son mac.<br />

91


Mickey<br />

Je te trouve un peu trop complaisante avec ce connard.<br />

Pourquoi est-ce que tu discutes avec lui ? Le micheton c'est le<br />

micheton. Il faudra que tu l'apprennes. Mais qu'est-ce que ça veut dire<br />

toutes ces causeries ? Tu ne peux pas laisser pisser un peu. Occupe-toi<br />

de ton travail. La brillantine tu la jettes aux ordures. Tu n'as pas le<br />

temps de discuter. Travaille et bosse. D'ailleurs file-moi ce que tu lui<br />

as sucé. Cinq cents balles ! Et bien le type ! Un peu malade, non ! Mais<br />

ce n'est pas assez. C'est pourquoi je te conseillerai de tourner un peu<br />

plus ton trou du cul pour les exciter les mâles. Regarde-moi ces<br />

salopes. Du moins, elles travaillent un peu plus. Belinda, écoute, si tu<br />

ne me ramènes pas plus de pognon, je te renvoie presto, là-haut. Puis je<br />

te condamnerai. Tu sais ce que j'ai prévu pour toi en cas d'échecs ?<br />

Belinda<br />

Je ne préfère pas y croire, ma souffrance serait plus terrible<br />

que celle d'une sainte !<br />

92


Mickey<br />

Voilà, maintenant que tu te prends pour une purifiée. Et bien,<br />

ton cul est joliment en fleurs pour une mystique.<br />

Belinda<br />

Ne t'inquiète pas, je travaille. Mais laisse-moi me faire un peu<br />

la main. Ce n'est pas au bout d'un quart d'heure que tous les mecs vont<br />

se jeter sur moi. Peut-être que je ne connais pas encore la méthode. Je<br />

sais d'autres plus vulgaires parviennent à les coincer, et ils débandent<br />

après deux minutes. Mais ce métier ne s'apprend pas illico. Tu me<br />

parles toujours de mon cul, mais je ne peux toutefois pas me faire<br />

foutre sur la place. C'est me trouver dans le panier à salade et au violon<br />

pour la nuit. Ça c'est une perte de revenus. C'est pas ce que tu<br />

cherches, toutefois ?<br />

Mickey<br />

Ton billet est malingre. Il en faut d'autres et beaucoup. Ce<br />

n'est pas à moi de te faire des cadeaux, mais c'est à toi d'être très<br />

obéissante ou très travailleuse.<br />

93


Belinda<br />

Tu confonds tout encore, car tu es obtus. Je travaille dans du<br />

vulgaire, donc je ne peux te rapporter du fric. Je ne m'appelle pas<br />

Micheline. C'est avec la bagnole que je te rendrais riche.<br />

Mickey<br />

Encore la folie de tes grandeurs ! Tu te prends vraiment ?<br />

Pourquoi ? Parce que Mademoiselle est bachelière.<br />

Belinda<br />

Mickey, cesse ! Je te parle de mon cul. Non, de mon standing.<br />

Une sorte de classe, quoi !<br />

Mickey<br />

Je t'ai déjà dit qu'il n'est pas question de la bagnole. Et quoi<br />

encore ! Un jour, ce sera à moi de te ramener les mecs !<br />

94


Belinda<br />

Tu sais pourtant que c'est ça qui marche aujourd'hui. Deux<br />

filles - par exemple - moi et Géraldine dans une Porsche. On se coiffe,<br />

robe fendue. Et les michetons affluent. Ils paient gros, très gros.<br />

Mickey<br />

Tu veux voler les étapes. D'abord, travaille. D'ailleurs, il y a<br />

un branleur qui te matte mais qui n'ose approcher à cause de moi. Vasy.<br />

Prouve ce que tu sais faire.<br />

Belinda<br />

Comme tu veux et où tu veux.<br />

Belinda s'approche lentement du gosse. Il fouille dans ses<br />

poches sans connaître les convenances de la prostitution. Il est<br />

malaisé et maladroit. Elle s'avance et lui parle doucement. Lui, paraît<br />

tout penaud.<br />

95


Belinda<br />

Mais n'aie aucune crainte, mon mignon. Ça sert à rien de<br />

paniquer. Tu sembles si nerveux, après tu régleras l'addition.<br />

Il la suit, mécaniquement.<br />

Belinda<br />

Dis donc ? Tu n'aurais pas forcé un peu sur la dose, histoire<br />

de te donner du courage ? Histoire de perdre ton acné ?<br />

Elle le colle contre le mur, et glisse prestement sa main sur<br />

ses parties génitales. Le môme semble crucifié, et ne bouge pas. Elle<br />

déboutonne un à un les boutons de sa braguette, et fait exploser un<br />

sexe en érection.<br />

96


Belinda<br />

arranger ça.<br />

Je ne savais pas que je te faisais tant d'effets. Attends, on va<br />

Elle ouvre prestement sa jupe serrée et lui propose sa vulve.<br />

Elle y glisse son pénis. Lui, tout émoussé, éjacule après quelques vaet-vient.<br />

Belinda<br />

Tu sais ce que tu me dois, mon mignon. Avec toi, ça été plutôt<br />

rapide. Donne-moi deux cents francs. Je t'ai ouvert " au cul",<br />

maintenant il faudra que tu te débrouilles tout seul. Tu comprends que<br />

ce n'est pas une solution que de faire appel à des pros. Maintenant à toi<br />

les minettes, et fonce, ne rougis pas, ne palis pas. Écoute mes conseils.<br />

Elle lui passe une fois encore les mains sur ses attributs.<br />

97


Belinda<br />

Mais dis donc, mon petit bourricot, tu débandes pas. Tu<br />

voudrais voir mes nichons, et mon cul pour me glisser ton foutre.<br />

Elle le branle rapidement. Il commence à se pâmer. Il tente de<br />

la serre contre son corps. Elle le tient à distance. Elle l'agite de toutes<br />

ses forces avec ses deux mains. Il explose dans des râles. Il est presque<br />

à l'agonie. Elle branle, et branle. Il a la queue en feu et demande<br />

grâce.<br />

Belinda<br />

Tu appelleras ça un bon dépucelage. Maintenant, petit con,<br />

tires-toi. Je t'en ai assez fait. Oui, casse-toi. Je te l'ai dit : trouve des<br />

copines car les putes, c'est cher. Je t'ai fait un caprice. Mais comprends<br />

que ce n'est pas de l'amour. C'est du sperme. Mais l'amour ne se fait<br />

pas sur le trottoir. Allez ! Casse-toi.<br />

Le môme s'exécute, tout content de ce qu'il lui arrive. Mickey<br />

observait la scène.<br />

98


Belinda<br />

Voilà le genre de clients que tu me proposes. A ce rythme-là,<br />

jamais je ne pourrais satisfaire à tes besoins. Comment veux-tu que je<br />

te fasse vingt mille francs par semaine ? Mais, c'est du rêve ou quoi ?<br />

Il y a une logique pure et simple. Il existe des hommes qui sont<br />

capables de cracher 5 000 F pour une nuit. Mais évidemment, en<br />

parler, ça te gonfle les oreilles.<br />

Mickey<br />

Non ! Non, j'écoute toutes les suppositions. Je ne suis pas si<br />

coincé que tu le prétends. Alors, de toi ma belle... Tout ce que tu<br />

baves, je l'écoute avec attention.<br />

Belinda<br />

Je ne bave pas. Ou alors c'est pour cracher le sperme de ces<br />

merdeux. Je te dis qu'il faut aller vers la haute. Il existe des hommes<br />

qui veulent de la bonne marchandise. Mais ceux-là on ne les trouve pas<br />

sur le macadam. Non, ils sont dans les hôtels grand luxe. Des quatre<br />

99


étoiles ! Je vais m'épuiser avec ces cons. Je vais me vieillir. Tu<br />

souhaites que ta marchandise se démode ? Et pourtant tes méthodes<br />

sont celles d'un temps passé, mais hélas complètement dépassé.<br />

Mickey<br />

On t'a jamais dit que tu avais une grande gueule ? Qu'il serait<br />

préférable que tu te calmes un peu ? J'ai été bon avec ton misérable<br />

cul. A présent, tu voudrais l'offrir à des PDG en manque de secrétaires.<br />

Pourquoi pas vamper les Émirs les plus riches de cette planète en<br />

promenant ta merde sur la Croisette. Ho ! Mais ils vont se jeter sur toi,<br />

et mettre à tes genoux leur fortune. Tu veux retourner au bar, je te prie,<br />

beauté. J'ai deux mots à glisser à ta copine là-bas.<br />

Mickey<br />

Dis donc, Belinda est complètement hystérique. Elle veut s'envoyer<br />

les rois du pétrole. Elle doit avoir sa dose de parano. Tu l'as vu son cul ? On<br />

peut même dire qu'il est génial ! Mais delà à prétendre !... Je t'avoue que je<br />

comprends rien à cette greluche. Elle si prude, si sauvage. Voilà qu'elle me<br />

branle doublement un puceau, et puis ces airs comme si elle se croyait !...<br />

100


Géraldine<br />

Évidemment, y'a de quoi être suffoqué. Mais tu peux<br />

l'imaginer en platine, avec la robe fendue et tout le tra la la. Elle jette<br />

sa classe. C'est une blonde sublime. Tu ne l'as peut-être pas compris :<br />

elle se bloque avec la misère, elle s'épanouit avec la richesse. A<br />

chacun, son monde. Moi, je ne suis que !... Enfin rien. Mais elle !... Ça<br />

vaudrait le coup que tu l'essaies. Mais tiens-la, méfie-toi. Les papillons<br />

s'envolent.<br />

Mickey<br />

Tu as déjà connu une putain qui ait tenté de se faire la belle ?<br />

Aucune n'y est parvenue et crois-moi, si une seule s'y essayait, ce sera<br />

sa mort assurée. Non, le problème n'est pas là. En vérité, Belinda<br />

monte vite. Elle monte trop vite. Enfin, je me comprends. Elle descend<br />

de sa chambre. Puis, se propose au bar. Après, c'est le trottoir. Et<br />

maintenant, elle veut tirer des mecs à pognon. Moi, je ne lui demandais<br />

que peu : du pognon, des sommes insignifiantes. Quoique j'aurais<br />

préféré plus...<br />

101


Géraldine<br />

Mets-toi à sa place. Elle a de l'envergure. S'arrêter-là, cela ne<br />

lui va pas. Elle voudrait plus. T'as vu comment elle cause. Et ses<br />

phrases ? Je te parie qu'elle lit au moins un livre par an. On dirait que<br />

Belinda c'est du savoir en quelque sorte. Parfois elle me sort des mots,<br />

je n'en comprends même pas le sens. Mais je fais semblant. Alors je<br />

bouge la tête.<br />

Un client se présente, mais n'ose approcher comme il voit<br />

Mickey discuter avec à Géraldine.<br />

Géraldine<br />

Tiens, tu viens de m'en faire perdre un. C'était cent balles au<br />

minimum. D'autant qu'il semblait bien fringuer. Je t'assure que ce soir,<br />

ce n'est pas le super, il fait si froid. Tu penses, ils ont les couilles<br />

gelées.<br />

102


Mickey<br />

Laisse tomber. Ton travail passe après. Non ! Non ! Je veux te<br />

parler de Belinda.<br />

Géraldine<br />

Je ne peux rien dire d'autre. Je te l'ai répété. Méfie-toi des<br />

papillons qui s'envolent.<br />

Mickey<br />

Ouais ! Un papillon n'a une espérance de vie que de deux<br />

jours. Il meurt rapidement. Mais, elle me dit : Hôtel, standing, 5000 F !<br />

Ça me fait tiquer. Et en même temps, je suis alléché par la proposition.<br />

103


Géraldine<br />

Toujours est-il que tu ne pourrais pas l'envoyer ailleurs. Tu<br />

surveilles comme un chien de garde. Alors lui donner la possibilité de<br />

décider d'aller où bon lui semble, de sortir, de rentrer - ça, tu ne<br />

l'admettrais pas. Suppose, qu'un soir, elle ne puisse te téléphoner et<br />

qu'elle soit dans le centre-ville, tu vas pousser ta gueulante. Tu la<br />

puniras. Mickey tu n'as pas suffisamment l'esprit ouvert pour permettre<br />

à une de tes filles d'aller où bon lui semble. Je ne te dis pas ça<br />

méchamment : mais tu es limité intellectuellement. Tu es le genre de<br />

type qui préfère jouer à la Caisse d'Épargne plutôt que d'investir 100<br />

000 F dans une zone pétrolière. A chacun son système. Tu disais :<br />

Belinda a un cul génial. C'est une blonde. Peut-être qu'il est en or !<br />

Enfin, j'ai la certitude qu'elle t'aime. Que jamais elle te fera des<br />

magouilles !<br />

Mickey<br />

Je ne peux toutefois pas l'envoyer sur la côte. La laisser seule<br />

pendant la période estivale, et attendre qu'elle me rapporte du fric. Non<br />

! Non ! Cela n'a pas de sens !<br />

104


Géraldine<br />

Tu m'as demandé de te conseiller. Que puis-je faire d'autre ?<br />

C'est déjà bien heureux que tu ne m'aies pas frappée parce que je t'ai<br />

craché mes vérités.<br />

Mickey<br />

Je ne suis pas dans une période agressive. J'essaie de réfléchir.<br />

Plutôt de comprendre. Le doute s'empare de moi. Mais je n'ai pas de<br />

violence. D'ailleurs tu ne me causerais pas, c'est moi qui poserais et<br />

répondrais aux questions.<br />

Géraldine<br />

Un bol d'air de liberté ne serait d'aucun risque. Tu peux lâcher<br />

la corde doucement. Rien ne t'impose à la laisser partir pour aller<br />

n'importe où. Tu as suffisamment de jugeote pour la freiner dans ses<br />

ardeurs de liberté.<br />

105


Mickey<br />

Ouais, la liberté. Mais de la liberté surveillée. Ça c'est pas con<br />

! Je ne peux toutefois pas jouer les agents secrets, et ramper le long des<br />

murs pour vérifier nuit et jour si elle agit selon mes désirs.<br />

Géraldine<br />

D'autant qu'elle ne doit pas passer pour une pute. Elle doit être<br />

une entremetteuse de la haute. Alors toi, la suivant ! Toi, tentant de<br />

vérifier ses actions - ça n'irait pas . Le problème est bien différent<br />

Mickey : il s'agit d'avoir confiance. Depuis qu'elle travaille pour toi,<br />

elle ne t'a jamais trompé. C'est une fille sérieuse. A toi de penser pareil.<br />

Tu dois croire en elle. C'est drôle de demander à un mac de croire en<br />

quelque chose. S'il savait l'existence de Dieu, oserait-il soumettre à<br />

l'état d'esclave ces douces sœurs ?<br />

Mickey<br />

Tu ne vas pas me faire tes sermons, toi la pute qui suce<br />

n'importe qui pour cinquante balles. Et encore, il te faut un client naïf,<br />

106


n'ayant pas éjaculé depuis trois semaines. T'as vu ta gueule ! Elle bave<br />

du sperme ! C'est vachement alléchant ! Et puis ton cul est tellement<br />

élastique, qu'on sent rien dedans ! C'est mou !<br />

Géraldine<br />

Bien, va draguer. Récupère les gamines de treize ans. Mais<br />

drogue-les au passage. Tu verras le passage sera plus étroit. Il y en a<br />

des pucelles pommées cherchant un homme charmant qui les<br />

protégera, qui les foutra. Et qui les enverra sur le trottoir. Tu peux<br />

aussi tenter les petits pédés. Pas de problème : ils sont déjà drogués.<br />

Reste plus qu'à les mettre... en manque. Tu vois je te donne des<br />

conseils pour faire évoluer ton appareil lucratif !<br />

Mickey<br />

Là, tu devrais de taire. Tu ne me chatouilles pas, tu gonfles.<br />

Tu gonfles terriblement. Il serait préférable que tu la boucles.<br />

107


Géraldine<br />

Hé ! Mickey : n'oublie pas que c'est toi qui es venu à moi, que<br />

c'est toi qui m'as demandé des conseils. Je n'y peux rien si tu es énervé.<br />

Mais tu m'avais prévenu que tu étais calme et doux comme un bon<br />

agneau, ce soir.<br />

Mickey<br />

Ouais, par-delà tout, j'en suis à ma première question. Libérer<br />

Belinda ou non ? Toi, ta gueule. D'ailleurs, on se retrouvera et tu<br />

paieras tes quatre vérités. Me causer, soit. Mais se moquer, ça coûte<br />

cher. Très cher.<br />

Géraldine<br />

Attention. Sois correct. Il y a cinq minutes, tu prétendais au<br />

contraire. Tu demandais des conseils. J'en ai assez d'être puni, et d'être<br />

à l'amende. Je connais trop tes méthodes. Alors ne te venge pas sur<br />

moi. Il vaut mieux que je travaille. Mickey va au bar. Laisse-moi<br />

maintenant.<br />

108


Elle change de trottoir. MIckey la regarde d'un air amusé,<br />

satisfait de lui avoir foutu la frousse. Il l'observe tortiller son cul<br />

rapido presto. Il se marre. Il en rit sournoisement. Mickey pousse la<br />

porte et entre dans le bar hôtel.<br />

Belinda est au comptoir avec le premier client. Il est<br />

totalement ivre. Il tache de balbutier quelques paroles qui sont<br />

presque inaudibles.<br />

Belinda<br />

Alors, tu te décides. Tu montes ou quoi ? Tu es complètement<br />

beurré. A te saouler de la sorte tu vas finir par dormir ou dégueuler sur<br />

mon corsage. Bon, tu les as assez lorgnés ces seins. Maintenant, mon<br />

petit con il faut tu agisses. Ça vient ou quoi ?<br />

Le Client<br />

bander.<br />

Je crois avoir trop bu. Je ne sais pas même si je parviendrai à<br />

109


Belinda<br />

Je te branlerai quand même.<br />

Le client fouille dans ses poches. Il y arrache tous les billets<br />

et toute la monnaie qu'elles contenaient. Il jette le tout sur le comptoir.<br />

Avec prestance, avec habileté, Belinda compte ce qu'il possède. Elle<br />

lui glisse trois mots à l'oreille.<br />

Le Client<br />

assez !<br />

Tu me proposes ça, avec ça ! Non, non et non ! Ce n'est pas<br />

Belinda, toujours à l'oreille<br />

Bon ! Je te ferais...<br />

110


Le client parle au Gros Michel.<br />

Le Client<br />

Tu sais ce qu'elle me propose ?<br />

Il s'approche et lui cause lentement. L'autre ricane avec sa<br />

grossièreté naturelle.<br />

Le gros Michel<br />

Ma pauvre Belinda, il faut vraiment que tu aies besoin de<br />

pognon pour tirer avec cette masse difforme ! Il est totalement blindé.<br />

Je te l'ai déjà dit : si tu voulais travailler avec moi, ce n'est pas cette<br />

savate que je te proposerais, mais des mecs de première !<br />

Belinda<br />

Peux-tu me donner le nom d'un type qui soit plus ignoble,<br />

111


plus terrible que toi ? Tu ne respectes pas les filles qui se donnent, qui<br />

se prostituent pour ta personne. A choisir entre deux ignominies, je<br />

préfère la moindre. Oui, j'aime mieux encore un sein brûlé qu'à une<br />

branlée avec une chaîne à vélo. Toi, tu es un malade. Non, tu es dingue<br />

car tu en jouis. Ici, personne n'a osé te casser la gueule, mais quand ça<br />

t'arrivera je serais la première à battre de mains, à applaudir. Tiens, si<br />

un mec avait du cran, il te descendrait. Tu mérites d'être bouffée par<br />

les rats. Moi, je les ai vues les filles que tu as punies. Je ne peux croire<br />

qu'un être si écœurant puisse exister. Leurs dos, c'était de la charpie.<br />

Leurs sexes saignaient. Accrochées, presque pendues pendant des<br />

heures et toi qui frappes, qui frappes toujours. On les entendait hurler,<br />

supplier la fin de leurs tortures. Mais, toi cynique et jouissif, tu<br />

poursuivais inlassablement. Tu imposais ton terrible traitement. Tout le<br />

monde le sait, ici : la petite Christiane - c'est toi qui l'as tuée. Ho !<br />

Certes, on l'a retrouvée dans une décharge d'ordures. Mais c'était toi.<br />

Car tu signes tes crimes.<br />

Le Gros Michel<br />

Mais vas-y, petite salope. Qu'est-ce que tu attends ? Va me<br />

dénoncer à la police, les flics se sont mes frères. Ils ont besoin de types<br />

de mon genre, car je détruis la gangrène. Je fais leur boulot. Je peux<br />

dire que je suis aimé et considéré. Un coup de fil, et je sors une pute,<br />

112


ma pute du violon. Ce n'est pas de la crédibilité ça ? Quant à<br />

Christiane, ce n'est pas mon affaire. J'ignore quel salaud m'a détruit ma<br />

petite protégée. J'étais à l'enterrement, et j'ai pleuré.<br />

Belinda<br />

Mais je rêve ! Tu craches ta merde par la gueule. Non, tu vas<br />

me faire croire que tu possèdes quelques sentiments. Tu as dû vendre<br />

ta mère. Toi, pleurer sur Christiane ! C'est à en rire. Mais tu as raison :<br />

tu gagnes davantage de fric avec tes putes qu'en tournant un scénario.<br />

Pourtant tu serais un bon comédien.<br />

La violence monte dans le Gros Michel ! On imagine ses yeux<br />

sortir de sa tête. Il l'observe fixement. Il n'a qu'une envie : frapper<br />

Belinda pour toute la vérité qu'elle vient de lui cracher au visage.<br />

113


Belinda<br />

Surtout, ne me touche pas. Tu as vu qui est à trois mètres de<br />

toi. Il tire vite lui aussi. D'ailleurs, regarde où est sa main. Elle caresse<br />

la gaine de son arme à feu. Mais si tu veux ta mort, je serais très<br />

heureuse d'y avoir participé.<br />

Le Gros Michel<br />

Tu vois, Belinda, tu as une chance terrible. Ton souteneur<br />

n'est pas mort, ou n'est pas en taule. Tu n'oserais jamais me parler<br />

ainsi. Mais je te promets qu'un jour ou l'autre, tu te mettras à genoux<br />

devant moi. Tu me demanderas le grand pardon. Et la pulpeuse<br />

Belinda effrontée ne sera plus qu'une masse de chair saignante, plus<br />

honteuse plus humiliée que la première des Saintes.<br />

Belinda<br />

C'est fort étrange que de mêler sainteté et prostitution. Enfin,<br />

il doit y avoir en nous quelque chose de bon.<br />

114


Le Gros Michel<br />

Plutôt quelque chose de putride. Nous, nous sommes les<br />

bennes à ordures. C'est pourquoi on t'a ramassée. Tu étais dans le<br />

caniveau. Au lieu de te jeter dans la fosse à merde, on t'a récupérée. Et<br />

tu te plains ? Pourquoi ne veux-tu pas comprendre que tu n'es qu'une<br />

vulgaire pute ? Que jamais tu ne changeras de condition ? Que c'est<br />

ton passé, ton présent et ton avenir. Que jamais tu n'y échapperas !<br />

Belinda<br />

On ne naît pas pute, on le devient. Ce sont, comme on dit, les<br />

circonstances de la vie qui font ce que nous sommes. Au départ, la<br />

femme est pareille aux autres : elle n'a jamais été conçue pour se faire<br />

foutre jour et nuit, ou pour se faire sodomiser par le premier micheton<br />

venu. Tu connais les stratagèmes pour faire d'une pauvre fille perdue,<br />

une pute à pognon. Elle est pommée, faible. Un type la baise<br />

correctement. Elle se laisse emportée dans ses vapeurs. Puis la réalité,<br />

l'atroce vérité : je veux dire l'esclavage. Tu crois donc que nous ne<br />

sommes que des mécaniques sexuelles, que nous n'éprouvons pas le<br />

115


moindre sentiment, et qu'en ce sens nous ne pourrions aimer notre<br />

progéniture ?<br />

Le Gros Michel<br />

Tu ne connaîtras pas le père !<br />

Belinda<br />

Qu'importe ! Il serait mien. Le fruit de mon corps !<br />

Le Gros Michel<br />

C'est de la philosophie que tu me causes. Moi, j'en ai assez de<br />

ces pleurnicheries, de ces jérémiades de putains à morale. Tu sais qui<br />

tu es, et tu sais ce que tu vaux. Pourquoi ne pas me dire que tu étais<br />

une enfant gentille qui craignait la nuit, et qui se protégeait avec son<br />

gros nounours ? Que tu faisais des cauchemars et que ton père venait te<br />

baiser le front afin de te rassurer ?<br />

116


Belinda<br />

Il est vraiment impossible de causer avec toi. Tu n'as aucun<br />

grain de pensée dans ta grosse tête.<br />

Le Gros Michel<br />

Mais c'est toi qui compliques tout. Tu ne veux pas reconnaître ta<br />

destinée. Tu seras pute à vie. Tu n'as pas mis le doigt dans l'engrenage, non,<br />

tu te fais tirer le cul par des dizaines de mecs. Nuance ! C'est toi la machine.<br />

Et tu ne pourras jamais l'arrêter. Tu as les roulements. Quant à l'huile pour<br />

éviter de faire grincer les rouages, c'est ta salive, ma belle petite cocotte ou<br />

ma sublime salope. Je crois qu'un mec là-bas, Mickey, te regarde. Ça le<br />

dérange que tu me causes. Alors va, obéis à ton mac. Il s'énerve sur place.<br />

Rejoins-le. Je vous fais apporter deux whiskies<br />

Belinda se dirige vers la table. Mickey l'attend.<br />

117


Belinda<br />

Pardonne-moi, j'ai été un peu longue. Mais il y a seulement<br />

cinq minutes que je t'ai vu.<br />

Mickey<br />

Tu ne trouves pas déplorable le comportement de Micheline.<br />

C'est une mécanique sexuelle ou verbale.<br />

Au fond du bar, on entend Micheline répéter inlassablement<br />

le refrain qu'elle a inventé. Elle se regarde dans la glace, avec la<br />

gorge bourrée d'alcool.<br />

Micheline<br />

Dans un bordel à merde<br />

Une pauvre ingénue<br />

A décidé de perdre<br />

Son con et sa vertu<br />

118


Elle salivait d'extase<br />

Et se savait foutue<br />

Et jouissait de ses râles<br />

En proposant son cul.<br />

Mickey<br />

Je ne voudrais pas que tu deviennes pareille à cette fille. En<br />

vérité, elle n'avait pas de cran. Elle se plonge dans l'ivresse. Mais elle<br />

n'est qu'une déchéance.<br />

Belinda<br />

Micheline n'est en rien coupable. On s'est trompé, on s'est<br />

gouré. Elle n'était pas faite pour ça.<br />

Mickey<br />

Justement, c'était mon idée. Il est évident que certaines<br />

craquent, mais que d'autres sont capables d'obtenir des résultats fort<br />

honorables. J'ai parlé à Géraldine. Elle m'a dit le plus grand bien de toi,<br />

et c'est bizarre mais je l'ai cru.<br />

119


Belinda<br />

Tu veux dire quoi ? Elle t'a fait de la pub à mon sujet. Elle a<br />

prétendu que tu pouvais couper le fil qui me retenait à la patte. Et que<br />

douce colombe, je reviendrai dans la volière.<br />

Mickey<br />

Oui, c'est à peu près cela. Elle semblait dire la vérité. Non, j'ai<br />

cru que ce qu'elle disait était vrai.<br />

Belinda<br />

Tu accepterais donc de me laisser huit, dix ou douze heures<br />

seule, sans me surveiller le moindre instant. Tu me permettrais d'aller<br />

dans la ville et de m'en retourner au petit matin ?<br />

120


Mickey<br />

L'expérience serait peut-être à tenter. D'autant si tu me<br />

ramenais plus de fric.<br />

Belinda<br />

Mais, il n'existe pas de macs qui aient osé laisser leurs putes<br />

aller où bon leur semble. Ils ont trop peur qu'elles se fassent la malle,<br />

qu'elles se tirent à tout jamais.<br />

Mickey<br />

Dans la vie, il faut innover. Il faut prendre des risques. Mais<br />

je sais qu'il y a une fille sérieuse en toi ; que jamais tu ne t'amuserais à<br />

me faire la belle. D'ailleurs tu aurais trop conscience du mal que tu<br />

subirais.<br />

121


Belinda<br />

Enfin un mac intelligent. Un type qui peut comprendre qu'une<br />

pute n'a jamais été conçue pour travailler sur dix mètres carrés de<br />

trottoir. Enfin un mac qui a compris que l'on pouvait rapporter plus en<br />

ayant davantage de liberté. Quand me permettras-tu de commencer ?<br />

Mickey<br />

Halte-là ! Calme-toi, ma petite. De la liberté, de la liberté,<br />

certes mais contrôlée. Si je te signe un contrat, tu devras t'en retourner<br />

toutes les nuits au bercail ou me passer un coup de fil pur me signaler<br />

où tu es. Ainsi je pourrais te surveiller à distance.<br />

Belinda<br />

Il est exact que dans cette grande ville, c'est pas facile de<br />

signaler où l'on est. Alors un coup de phone, et tu seras mis au courant.<br />

122


Mickey<br />

Calme-toi, et arrête de speeder à mort. On dirait une gamine<br />

qui va à son premier bal. Mais pour cela, il faut qu'elle soit habillée. Tu<br />

as vu tes vêtements : ils sont miséreux. Ce n'est pas avec cela que tu<br />

pourras séduire un mec de la haute. Non, deux ou trois habits sexy, te<br />

seront indispensables. On ira ensemble les acheter. C'est moi qui<br />

débourserais. Je vois des jupes fendues gris perle, ou noires - enfin du<br />

prestige, quoi ! Puis la coiffure, - une belle chevelure épaisse avec des<br />

frisettes - il paraît qu'ils adorent cela. J'investis, mais je dois<br />

rentabiliser. Je dois aussi te filer quelques billets pour pas que tu es<br />

l'air d'une conne devant une bouteille de champagne. Enfin tout ceci<br />

est à penser, mais est à penser très vite. Mais n'est pas de la connerie<br />

que de prendre un tel risque. Je ne sais pas. Tu dois faire 5 000 F par<br />

nuit. Au bout de ce temps je récupère mon capital.<br />

Mickey se questionne et boit rapidement le scotch. Après<br />

l'euphorie, s'en revient la raison. Il sait qu'il prend un risque.<br />

123


Belinda<br />

Je ne connais pas un système qui permette de récupérer son<br />

capital en trois jours. Cela semble exceptionnel. D'autant que les<br />

risques sont réduits. Tu pourras toujours reprendre les sommes<br />

investies.<br />

Mickey<br />

J'aime la chance. Et toi foutue comme tu l'es, tu sembles une<br />

bonne pouliche. C'est vrai qu'un bon pur-sang, ou plutôt un vieux ridé,<br />

un beau gris accepterait ton cul génial. Ouais, je mise sur toi.<br />

Belinda retrouve un comportement enfantin. Elle saute sur<br />

place pareille à une gamine.<br />

Belinda<br />

C'est vrai que nous irons tous deux acheter les habits<br />

nécessaires ? Je crois que des dessous excitants ne seraient pas de<br />

mise. Il vaut mieux jouer dans le sombre. Tu vois un parfum subtil, et<br />

non pas une eau de toilette vulgaire. Peut-être les mains aussi, un<br />

124


ouge tendre. Et les pieds avec d'adorables orteils peints. Oui, c'est ça<br />

le look. D'ailleurs, il faut être à l'inverse de ce que l'on est. Surtout ne<br />

pas passer pour une pute, mais pour une fille de bonne compagnie.<br />

Une sorte de richarde qui a tout essayé, qui s'emmerde et cherche son<br />

prince charmant.<br />

Mickey<br />

Prince charmant ! Il te faut de la culture. Le "cul" soit, mais le<br />

"ture" à revoir. Pour l'instant tu fonctionnes à 50 %. Des efforts sont<br />

indispensables, ma belle. Je te conseillerais de relire ou lire tes<br />

classiques.<br />

Belinda<br />

intelligemment.<br />

Je ne vois pas le problème. J'ai mon bac. Alors je peux causer<br />

125


Mickey<br />

Oui, mais plus de dix ans se sont écoulés, et le savoir, ça<br />

s'oublie. Un autre le remplace : celui de la vie de pute : il y a une<br />

différence entre une grosse bite et une équation du second degré.<br />

Belinda<br />

C'est comme le vélo : ça ne s'oublie pas. Ne t'inquiète pas. Je<br />

serai y faire. J'ai des cartouches pour ce qui est de causer. D'ailleurs<br />

même un type de la haute ne se soucie pas de savoir si tu as compris<br />

Einstein ! Il te demande seulement de lui faire oublier ses problèmes<br />

du moment. Là, il y a nuance. Seul un pédé, demande à une femme<br />

d'être intelligente. Non, il faut avoir une certaine classe, un certain<br />

maintien et ça va. Ce qu'il faut, c'est trouver la raison pour laquelle je<br />

suis libre. En fait, je peux tout simplement être riche, seule, belle et en<br />

manque d'amour.<br />

126


Mickey<br />

Et d'argent. Donc tu n'es pas tout à fait riche. Souviens-t'en !<br />

C'est pour cette raison que je te donne la liberté. Remonte dans la<br />

chambre, ma chérie. J'ai besoin de réfléchir. Ça circule dans ma<br />

cervelle. Fais-moi passer un Bourbon au bar.<br />

Mickey prend sa tête entre les mains. Il souffle fortement. Il<br />

tique. Il tapote, cogite. Il s'énerve en quelque sorte.<br />

Le Gros Michel<br />

Tiens, regarde. Je t'apporte ton Bourbon. Ça ne te dérange pas<br />

que je cause quelques instants avec toi.<br />

Il s'assoie sans demander l'autorisation. Mickey boit<br />

rapidement sans se soucier de sa présence.<br />

127


Le Gros Michel<br />

Alors, si j'ai bien compris, tu es pour la libération de la pute.<br />

Je reconnais que tu as pris de l'avance sur le temps et sur la société.<br />

Mais si tu joues les précurseurs, crois-tu que d'autres te suivront ?<br />

Penses-tu qu'ils accepteront de voir leurs filles aller de bars en bars et<br />

d'hôtel en plages ? Et de rester comme des cons en attendant que la<br />

pute apporte le fric ? On dirait que tu veux détruire la profession.<br />

Mickey<br />

Je t'interdis de toucher à Belinda.<br />

Le Gros Michel<br />

Réfléchis. Si toutes demandent la libération, c'est la<br />

débandade. Et le bordel, il se fait à l'extérieur. Comment les contrôler ?<br />

128


Mickey<br />

Il suffit d'avoir confiance.<br />

Le Gros Michel<br />

Tu joues les naïfs. Ta colombe va s'envoler. Tu sais pourquoi<br />

? Car il te sera impossible de surveiller toutes tes filles. Si l'une trouve<br />

l'issue de secours, les autres s'y engouffreront. Tu me diras :<br />

impossible, elles savent ce qu'elles subiront. Erreur ! Erreur encore !<br />

Car elles prétendront passer à travers le filet.<br />

Mickey<br />

Tu vois, tu joues les mecs épais, ça tu leur fous des coups à tes<br />

filles. Mais tu as un petit pois à la place de la cervelle. Évidemment le<br />

raisonnement économique, tu connais pas. Une greluche a combien<br />

d'années d'écartement ? Quinze ans, au plus ? Donc il faut qu'elle<br />

rentabilise son capital-cul. On prend mais on lui en laisse. A trente-huit,<br />

quarante ans, elle est morte. Et oui, jeunesse se passe. Ce qu'elle désire,<br />

c'est faire un million de francs lourds à cet âge. Et moi, je l'assume. Mais, il<br />

129


lui faut la liberté. Ce n'est pas en faisant des sucettes à cinquante balles<br />

qu'elle y parviendra. Et ce n'est pas un capital-risque ! Puis avec ses cent<br />

briques, elle se retire. Entre-temps, je trouve d'autres pouliches. La suite<br />

est assurée. Pas con, non ? Comprends : si je la laisse libre, elle rapporte<br />

plus. Elle se retire plus vite. Mais entre-temps, je prends davantage.<br />

Mickey, après un léger blanc<br />

J'avoue que j'active un peu. C'est parce que les idées se mêlent<br />

dans la citrouille. Bon, je recommence. Dès le début. Il y a deux façons<br />

de considérer la pute : l'ancienne et la moderne. Moi, je suis un mac de<br />

mon temps. Le passé, tu le connais. Je lâche doucement la corde. Je lui<br />

demande de prouver à l'extérieur. Les sommes qu'elle me rapporte sont<br />

de plus importantes. Donc je continue, et je lui permets de travailler<br />

sans que je sois toujours derrière son cul. Elle représente du luxe,<br />

comme elle est belle. Donc je la vends à de la clientèle huppée.<br />

Belinda en tire davantage de liberté, travaille mieux. Moi je lui donne<br />

plus. Elle me rapporte plus. C'est simple, non ?<br />

130


Le Gros Michel<br />

Ouais. A peu près. Mais si ton système fonctionne, c'est vers<br />

le syndicalisme qu'on va. Et demain, elles défileront dans la rue en<br />

demandant des augmentations de salaire.<br />

Mickey<br />

Il ne faut pas confondre la vulgaire avec l'initiée. La grosse<br />

vache avec la sélection de pute. Mon système n'est valable qu'avec la<br />

superbe. Il y a des filles à arabes, et des filles pour des cheiks arabes. Y<br />

a une nuance. Les uns sont à cinquante balles, les autres sont à dix<br />

mille, vingt mille francs la nuit. En vérité, je devrais créer une école de<br />

putes pour leur enseigner la prestance, le maintien et le bon goût. Je<br />

devrais leur apprendre à chasser leur vulgarité, à en faire des honnêtes<br />

femmes. Et qui te dit qu'après cela elles ne pourraient pas se ranger ?<br />

Devenir des épouses modèles ? Et faire des mômes comme la<br />

fonctionnaire d'en face ? Mais en plus, elles auraient un compte<br />

bancaire bien gonflé, et une Mercedes devant la porte. Personne ne<br />

pourrait savoir quelle profession auparavant elles exerçaient. Tu vois,<br />

je n'essaie pas de les humilier. J'en tire du pognon. Mais je leur<br />

permets d'être des femmes comme les autres, évidemment après le petit<br />

131


esclavage. Mais c'est gagner plus. C'est vivre dans un autre milieu.<br />

C'est côtoyer des gens d'une autre importance.<br />

Le Gros Michel<br />

Je suis stupéfié. J'écoute et je bave tes paroles. On dirait que<br />

tout cela pourrait se passer !...<br />

Mickey<br />

Mais cela se passera !...<br />

Le Gros Michel<br />

A t'entendre, ça paraît si simple.<br />

132


Mickey<br />

C'est ton recrutement qui est mauvais. Tu t'es toujours<br />

satisfait de filles faciles. C'est pourquoi tu ne pouvais penser à mon<br />

idée. Et si elle était géniale ?<br />

Le Gros Michel<br />

Tu t'emportes trop vite. Tu cours d'idées en idées. Tout est sur<br />

le papier, mais l'application. Rien.<br />

Mickey<br />

Je tente l'expérience avec Belinda. Si j'échoue avec elle, là<br />

d'accord. Mais tu sais comme moi, qu'il y a des types qui ont pensé<br />

différemment de nous. Des femmes en outre. Et elles ne sont pas dans<br />

ces taudis de merde. Elles mettent en relation leurs protégées avec<br />

ceux qui ont du pognon. Moyennant vingt pour cent. Elles s'en tirent<br />

fort bien. Elles ne se salissent pas l'ongle d'un pouce. Je te le dis. Je te<br />

le répète. Il faut faire évoluer le métier.<br />

133


Le Gros Michel<br />

Soit. Mais qu'est-ce que je fais de mes anciennes ? Je les<br />

change contre des neuves. Je dois recruter. Et entre-temps, le fric ne<br />

tombe pas. Non, c'est transformation, que dis-je, cette métamorphose<br />

ne me va pas.<br />

Mickey<br />

C'est drôle. J'ai toujours eu de la haine pour toi, et voilà que je<br />

te donne un système pour te permettre de gagner du pognon. Je sais<br />

très bien que si mon système échoue, tu serais le premier à en rire. Que<br />

dis-je à en jouir ! Et me voyant courir après ma pute, tu te dépêcherais<br />

de me piquer les miennes.<br />

Le Gros Michel<br />

Cela serait impossible, comme nos méthodes sont différentes.<br />

Toi tu travailles dans la douceur. Moi, je préfère m'imposer avec la<br />

force. Tu m'as suffisamment reproché d'agir dans la violence. Mais<br />

mon principe m'a permis de gagner plus que toi.<br />

134


Mickey<br />

Moi, je détiens la qualité. Elle s'appelle Belinda. Toi, tu<br />

possèdes l'alcoolique et c'est Micheline. Tu les rends débiles, tes filles.<br />

Moi, aucune n'a eu à se plaindre de mes traitements.<br />

Le Gros Michel<br />

J'étais venu ici pour causer. Mais je m'aperçois que tu veux<br />

me chauffer. Je préfère ne pas chercher l'histoire. Laisse-toi t'imbiber<br />

de tes Bourbons. C'est plus raisonnable.<br />

Mickey<br />

Je crois qu'il est préférable que tu te casses. Laisse-moi<br />

plonger dans mon ivresse. Le reflet du miroir est plus beau que ta sale<br />

gueule.<br />

135


Le Gros Michel<br />

Tu veux m'énerver. Je peux t'écraser. La raison s'impose en<br />

moi? Je préfère m'éloigner. Tiens, regarde. Un client. Je suppose qu'il<br />

va tirer Belinda. En vérité, reconnais-le, tu tolères toujours les bonnes<br />

vieilles méthodes : la pute au premier, et toi ici pour la surveiller.<br />

Comme tu as raison. Comme on dit : le passé a du bon. Je te laisse : j'ai<br />

mes pouliches à soigner. Je dois vérifier si elles travaillent<br />

sérieusement.<br />

136


V<br />

Le mouvement suivant se déroule dans la chambre de<br />

Belinda. Le client est assis sur le lit.<br />

Le Client<br />

Tu es certaine de ne pas te tromper. C'est tellement risqué ton<br />

truc. J'ai l'impression que tu es en train de faire une sacrée connerie.<br />

Belinda<br />

Il m'est impossible de supporter cet esclavage. Je veux être<br />

libre. Enfin être une femme pareille aux autres.<br />

Le Client<br />

D'accord. Cela, c'est facile à comprendre. Mais tu n'as aucune<br />

méthode, aucun plan. S'il te récupère, s'il te rattrape, c'est la mort, la<br />

mort assurée dans les souffrances les plus abominables.<br />

137


Belinda<br />

Cela vaut le coup de tenter. D'ailleurs je ne vis pas ! Que<br />

m'importe la vie ! Elle n'est que tortures, que punitions et dépendances.<br />

Suppose qu'il me repère : que m'arrive-t-il ? Sept ou huit heures de<br />

violence. Puis la mort. Mais je ne sentirais rien. Je saurais me bourrer<br />

la tête d'anesthésiants afin de diminuer l'intensité de leur cruauté.<br />

Observe que ma vie n'a pas de sens !<br />

Le Client<br />

Des putes, il y en a toujours eu. Il y en aura toujours. Les<br />

filles qui t'entourent acceptent avec résignation leur destinée. Elles ont<br />

l'espoir de quitter leurs lieux exécrables, et de redevenir des femmes<br />

pareilles aux autres.<br />

Belinda<br />

Mais, moi j'ai une notion différente. Je ne peux pas leur<br />

ressembler. Cela fait déjà cinq ans que j'exerce cette profession. Que je<br />

138


eçois tout ce qu'on me propose entre les jambes. Non. Ce n'est plus<br />

tolérable. Il me faut fuir à jamais. Ou alors j'accepte ma fin.<br />

Le Client<br />

Comment oser prendre un tel risque ? Jamais une pute n'est<br />

parvenue à se faire la belle. Où qu'elle aille, quoiqu'elle fasse, elle est<br />

traquée, puis démasquée. Et là, ça ne pardonne pas.<br />

Belinda<br />

C'est vrai, mais j'ai un petit avantage. Mickey croit en moi. Il<br />

ne peut supposer que je me taille. D'ailleurs, il souhaite me donner plus<br />

de liberté, ça c'est d'un. De plus, jamais le Gros Michel ne le<br />

soutiendrait : ils sont deux macs qui se font la guerre. Imagine quelle<br />

jouissance il tirerait à savoir que je me suis cassée ! Ce serait pour lui<br />

une énorme victoire, et jamais il n'aiderait Mickey pour me retrouver.<br />

139


Le Client<br />

Oui, mais dans un autre sens, il pourrait penser différemment.<br />

Et le soutenir, pourquoi ? Tout simplement de crainte que ces filles à<br />

lui n'agissent de même, que ça fasse boule-de-neige, en quelque sorte.<br />

Belinda<br />

C'est un risque énorme. Mais je suis prête à l'assumer.<br />

D'ailleurs une fois le doigt dans le rouage, je ne pourrais arrêter le<br />

mécanisme. C'est ça ou se faire empaler, alors ! Dans les deux cas, je<br />

subis la torture. Si même Mickey parvenait à le savoir, la punition<br />

serait celle-là.<br />

Le Client<br />

Explique-moi comment tu comptes t'en sortir ?<br />

140


Belinda<br />

Il est fort aisé de comprendre que seule je ne saurais m'en<br />

sortir. J'ai besoin d'une autre personne. Et cette personne, c'est toi.<br />

Attends, ne panique pas. Si l'on se débrouille très bien, cela se passera<br />

facilement.<br />

Le Client<br />

Tu comptes m'utiliser pour fuir en Suisse ou dans un autre<br />

pays ami. La Belgique, par exemple ? Tu imagines que j'accepterais<br />

ton système avec un P.43 dans la nuque ou dans les fesses. Mais<br />

réfléchis trente secondes, Margot ! Je refuse de mourir pour une fille<br />

que je n'aime pas.<br />

Belinda<br />

Si ! Tu m'aimes. Et tu me le prouveras demain. La question<br />

n'est pas là. As-tu suffisamment de courage pour oser ce que personne<br />

encore n'a eu le cran de tenter ? Te rends-tu compte : délivrer une pute<br />

! Cela est de l'exceptionnel. Du rarissime.<br />

141


Le Client<br />

Qui te dit que j'ai quelconque projet avec toi ? Me sentir<br />

poursuivi jour et nuit. Me savoir toujours un pistolet braqué sur la<br />

nuque ? Crois-tu que c'est envisageable ? Que c'est une vie ? Tout ça<br />

pour sortir une pute. Je n'en ai pas les moyens. Quand bien même je les<br />

posséderais, je ne m'aventurerais pas dans une telle entreprise. Mieux<br />

vaudrait encore me satisfaire d'une gentille petite sur le coin. Non,<br />

mais tu rêves ! Une bande de macs à mes trousses, parce que je leur ai<br />

piqué une frangine !<br />

Belinda<br />

D'ailleurs, quoi que tu dises, tu as envie de vivre le danger. Tu<br />

as besoin de te surpasser. Ho ! Ce n'est pas braquer une banque ! Ce<br />

n'est pas cracher à la gueule de ton patron, mais quelque chose de plus<br />

fou, de plus dingue et de plus excitant. Pourquoi tu ne dis pas tout à<br />

Mickey. Il te croirait. Je te dis que tu m'aimes.<br />

Le Client<br />

Si je ne descends pas immédiatement, c'est pour qu'il se méfie<br />

de rien. Je ne désire pas qu'il s'étonne que le coup soit si rapide. Mais,<br />

142


moi t'aimer ? Tu pues le sperme gluant. Tant de types t'ont foutue ! Tu<br />

n'es pas un passage mais un Arc de Triomphe. Mais le Triomphe en<br />

moins. Si je te roulais un patin, j'aurais l'impression d'avoir les<br />

microbes de toutes ces bites que tu as sucées. Reconnais que c'est<br />

écœurant. Alors t'aimer ! T'aimer ! Tu rêves !<br />

Belinda<br />

Je me lave et je me brosse les dents. Une femme qui a chié, tu<br />

lui bouffes le cul ? Et l'autre qui a vomi, tu l'embrasses toutefois !<br />

Alors, mes microbes. Ce sont plutôt tes paroles qui puent. La merde<br />

n'est pas au cul, mais dans la teneur de tes propos.<br />

Le Client<br />

Tu peux toujours causer, et causer : m'entraîner dans une telle<br />

aventure ! Me soumettre à la mort. Non. Rien de bon. Après tout, tu<br />

dois te débrouiller seule. D'ailleurs cela correspondrait à une cavale. Et<br />

à deux, on serait plus repérables. Si j'ai un conseil, c'est d'agir unique.<br />

Et surtout de travailler par l'absurde. Va à l'inverse de ce que tu penses<br />

bon de faire. Déboussole-toi pour le désorienter. Il connaît tes désirs,<br />

143


tes rêves. Et bien, joue le contraire. Il faut chasser la raison et le bon<br />

sens. Tu détestes l'Algérie, et bien va en Algérie. C'est bien le dernier<br />

pays au monde où il te cherchera. Calfeutre-toi dans une usine. Et<br />

travaille à la pièce. Tu seras dans ta propre opposition. Une pute au<br />

SMIC, ça c'est génial ! Parce que le type, il te recherchera dans les<br />

endroits chics, les aéroports, les quatre étoiles, les gares ou les bars de<br />

luxe.<br />

Belinda<br />

Je te croyais plus courageux. Tu es une sorte de miteux, un<br />

incapable à tenter l'aventure. C'est peut-être la seule de ta vie et tu<br />

pourrais prendre une décision. Et pas n'importe laquelle ! Celle qui<br />

permettra ma délivrance !<br />

Le Client<br />

Attention, ma beauté ! Tu n'es pas Cendrillon et moi, je n'ai<br />

pas la gueule du Prince Charmant. Alors tes rêveries, tu sais où tu te<br />

les places ! Oui. Et plus fort encore. N'hésite pas à t'empaler. Du<br />

moins, tu te réveilleras.<br />

144


Belinda<br />

Bon, alors ! Qu'est-ce que je fais : je te laisse tomber comme<br />

deux vieilles prunes ? Comme deux couilles molles et ramollies ?<br />

Le Client<br />

Si tu essaies de m'énerver, de m'exciter, pour que j'obéisse à<br />

tes ordres, ça c'est la belle erreur ! Tu ne me chaufferas pas. Dis-moi<br />

plutôt combien je te dois pour avoir écouté tes balivernes.<br />

Belinda<br />

C'est gratuit.<br />

Le Client<br />

Heureusement.<br />

145


Belinda<br />

Attends encore trente secondes. De toute façon, je ne<br />

supposais pas qu'un type ait suffisamment de cran pour m'aider. Je<br />

cause pas comme ça pour t'attaquer. Non. C'est une simple observation<br />

: les mecs ont le courage pour torture les filles. Mais ils n'en ont pas<br />

pour délivrer une pute. C'est plus facile de mettre des menottes, que de<br />

détacher des liens. Bon. Je m'en tirerai toute seule. Jure-moi une seule<br />

chose. Cette conversation doit être gardée secrète. Tu imagines<br />

autrement les conséquences.<br />

Le Client<br />

Moi, je descends maintenant. Ton Mickey se douterait que ça<br />

sent pas bon si je restais plus longtemps. Ne t'inquiète pas, j'aurais l'air<br />

dégagé et satisfait.<br />

Belinda semble mystifiée. Elle est comme avachie sur son lit<br />

comprenant enfin que personne n'acceptera de l'aider, qu'elle sera<br />

seule pour tenter d'échapper à son impossible destin. Elle se lève<br />

tristement, se dirige vers la glace, et commence un monologue.<br />

146


Belinda<br />

Ma pauvre fille, observe-toi : les rides t'accusent, les joues se<br />

creusent. Oui, ta jeunesse est fanée. Déjà trente ans, et tu en parais<br />

quarante. Aucun espoir ! Aucune possibilité pour te sortir de ce ghetto.<br />

Même celui en qui tu avais confiance, t'a comme planquée,<br />

abandonnée. Tu me diras qu'on n'abandonne pas une pute. On ne la<br />

soutient pas. Elle est telle qu'elle est : c'est-à-dire misérable jusqu'à son<br />

extrême. Donc tous tes projets sont à jeter, ou à brûler comme des<br />

lettres d'amour d'un temps passé.<br />

Après un léger blanc.<br />

Tiens, c'est drôle. Te voilà romantique. Il faudra pourtant te<br />

mettre dans la cervelle qu'une pute n'a pas de sentiments, ni cœur ni<br />

pensées. Qu'elle n'est qu'une machine érotique qui obéit, qui agit et fait<br />

jouir. Mais qui ne ressent rien.<br />

147


Elle se lève.<br />

Mais cela ne voudrait rien dire. J'existe pourtant. Je suis<br />

capable de donner de l'amour - du vrai - et de l'affection. Ainsi je serais<br />

capable d'épouser, de redevenir pareille aux autres, c'est-à-dire une<br />

femme qui aime et qui peut avoir des enfants. C'est étrange ce qui<br />

traverse mon esprit, ce qui paraît le simple et est accessible à des<br />

millions de femmes, m'est interdit. Et dire que je rêve de la petite<br />

pucelle qui avait treize ans. Tout pure et pleine de retenue. Je me<br />

plonge dans ma jeunesse, dans mon enfance ou dans cette adolescence<br />

! Oui, quinze ans. Un sein caressé, une première fesse montrée dans la<br />

pudeur. C'était le temps merveilleux de la retenue. Et ces tendres<br />

baisers !<br />

Elle fredonne Trenet.<br />

Et les baisers d'Hélène<br />

Par un beau soir d'été<br />

Non, j'en suis pas sûre<br />

148


Et le sourire d'Hélène<br />

Par un beau soir d'été.<br />

Drôle de folle complainte. D'ailleurs, je ne m'appelle pas<br />

Hélène. Enfin, le rêve n'est pas interdit ! Je crois qu'il m'est nécessaire<br />

de laisser vagabonder mon âme. Oui, ne suis-je pas une femme ?<br />

La douceur de nos corps<br />

A fui avant la mort<br />

Je respire le désir<br />

De ton cœur qui soupire.<br />

C'est bête ces phrases qui me passent par la cervelle. Elles ne<br />

veulent rien dire. Elles n'ont aucun sens. D'ailleurs elles m'inquiètent.<br />

J'ai l'impression de m'en retourner vers Micheline qui sans espoir<br />

pleure elle aussi sa douleur; Allons, Belinda ! Réveille-toi ! Ce n'est<br />

pas parce qu'un connard a décidé de t'abandonner que tu dois remettre<br />

en cause ton projet. Si tu voulais te réveiller un peu. Te donner un<br />

semblant d'impulsion.<br />

Elle se tape les joues. Respire profondément. Se secoue la<br />

tête, et s'en retourne à son état premier.<br />

149


Bon, réfléchis à présent. C'est passé ? Tu es nette ? Fini ton<br />

romantisme absurde ? Tu tends vers la réalité ? Triste réalité ! Oui,<br />

mais c'est ainsi ! Alors, récupéré ? Donc, il faut fuir. Comment ? Je<br />

l'ignore. Mais il faut en finir avec cet état absurde. Récapitulons : le<br />

client t'a laissé tomber. Ça, il fallait s'y attendre. C'est la trouille.<br />

Mickey te donne son entière confiance. C'est un bon point. A exploiter<br />

!...Mais comment m'en sortir, seule ? Dans un sens, c'est mieux peutêtre.<br />

Tu n'auras pas à traîner derrière toi un paquet encombrant. Tu<br />

seras toute légère ! Mais je dois trouver l'issue sans attirer l'attention de<br />

Mickey. La splendide, la merveilleuse sortie. Autre atout. J'ai quelque<br />

argent de côté - 125 000 F - C'est peu. Ça peut me servir. Et pour une<br />

cavale en fait c'est beaucoup. Aller où ? Quelle direction ? Le but<br />

consiste à échapper à cette prostitution. Et la conséquence, c'est de<br />

faire peau neuve - enfin une autre vie. Il faut que j'engrange les paroles<br />

du client. Aller à l'inverse de ma logique. Donc je dois raisonner<br />

connement. Ça me sera facile.<br />

bandé.<br />

Elle rit. On frappe à la porte. Arrive Mickey complètement<br />

150


Belinda<br />

Mais qu'est-ce que tu as eu besoin de te saouler ? Tu as<br />

complètement épongé le bar. Mais pourquoi es-tu dans cet état ?<br />

Elle l'aide à s'asseoir sur le lit. Se dirige vers le lavabo, et<br />

mouille une serviette. Elle tente de le décuver.<br />

Belinda<br />

Hein ! Mickey ! Tu ne vas pas me faire le coup du sommeil.<br />

Bon Dieu, tu es beurré de Bourbons. Une allumette et ta gorge<br />

s'enflamme. Je parie que c'est encore le Gros Michel qui t'a raconté ses<br />

mensonges. Et toi, allant sur allant, tu as ingurgité toutes ces bêtises. Il<br />

t'a même sorti ses conneries me concernant.<br />

Mickey se fait humecter le visage. Râle quelque peu. Mais n'a<br />

pas la force de répondre.<br />

151


Belinda<br />

C'est une bonne douche froide et glacée qu'il te faudrait. S'il<br />

n'en était que de moi, ça ferait longtemps que tu serais à poil et au jet.<br />

Mais, évidemment si je m'y essayais tu me le reprocherais le lendemain<br />

matin. Tu prétendrais même que ce n'était qu'une légère ivresse. Que<br />

cela méritait pas de te mouiller. Et c'est moi encore qui en recevrais.<br />

Bon ! Tu m'entends, du moins.<br />

Mickey est allongé sur le lit, et commence à ronfler.<br />

Ha ! Non ! Ca ce n'est pas possible ? Viens ici.<br />

Elle le tire du lit. Le soulève jusqu'au lavabo et l'asperge<br />

convenablement. Deux, trois minutes dure cet exercice.<br />

Belinda<br />

Enfin, tu ouvres un œil. Et le deuxième, là-bas ? Bon, ça<br />

semble tenir debout. N'es-tu pas fou de boire autant ? Mais pourquoi<br />

152


as-tu ingurgité tous ces alcools ? Tu pues le Bourbon à dix mètres.<br />

Qu'est-ce que tu vas faire complètement avachi là, sur mon lit, comme<br />

une lavasse ? Oublier ton ivresse ? Il te faudra des heures. Et la nuit va<br />

tourner. Et moi, je ne pourrais recevoir personne. Et après, tu<br />

m'accuseras de n'avoir pas travaillé ! Hein ! Tu m'entends ou quoi ?<br />

Elle tente de l'aider à se lever. Il s'étale aussitôt.<br />

La solution la meilleure consisterait à descendre dans la rue, à<br />

bosser à mon compte. Oui, il est préférable que je revienne demain<br />

matin, du moins, tu ne seras plus dans les roses.<br />

Mickey est complètement hagard. Il ne sait plus même où il<br />

est. On se demande comment il a pu gravir les marches de l'escalier<br />

qui menaient à la chambre.<br />

153


Écoute Mickey, réveille-toi. J'ai beau te secouer de toutes mes<br />

forces, tu ne réponds que par des râles. Si je te laisse dormir, demain<br />

matin tu auras des barres qui te traverseront la tête. Il faut que tu<br />

résistes ? Putain ! Essaie de dire quelques mots. Tu n'en es pas même<br />

aux bribes. Il te faudra huit jours pour te refaire !...<br />

Elle se dirige rapidement vers la table de chevet, et en tire un<br />

petit flacon de parfum.<br />

Tu sentiras la poule. Mais qu'importe. Ça te changera du coq.<br />

Tiens ! Renifle ! Je sais c'est dégueulasse. Mais voilà ce que je peux<br />

m'acheter. Alors ne renâcle pas. C'est pas vrai. Il n'y a rien à en tirer de<br />

toi. Écoute : tu vas roupiller. Pendant ce temps je vais dans la rue.<br />

Elle l'allonge sur le lit. Lui retire ses chaussures. Tapote<br />

doucement l'oreiller sur lequel elle incline sa tête. Elle éteint la lampe<br />

de chevet. Belinda lui déboutonne sa chemise, fait glisser son<br />

pantalon.<br />

154


Tu m'excuseras, mais j'ai autre chose à faire.<br />

On l'observe dans la salle de bain. Elle troque sa robe contre<br />

une jupe fendue et sexy. Elle se maquille, et donne un coup de peigne<br />

dans la chevelure. Ses cheveux épais et blonds roulent sur ses épaules.<br />

Elle l'embrasse sur la joue.<br />

Au revoir, chéri. Mais le boulot m'attend.<br />

155


VI<br />

Le mouvement se déroule dans la rue. Le client contre une<br />

voiture de luxe attend Belinda.<br />

Belinda<br />

Qu'est-ce que tu fous là encore ? Je t'avais pourtant dit que je<br />

ne voulais plus te voir. Toi-même pareil à un couard, tu t'en étais parti.<br />

Et voilà, maintenant que Monsieur me nargue ! D'ailleurs, qu'est-ce<br />

que tu fais contre cette bagnole ? Elle ne t'appartient pas ! Tu l'as<br />

empruntée. Je te sais incapable de la voler.<br />

Le Client<br />

Je ne te nargue pas. Et cette voiture est la mienne.<br />

156


Belinda<br />

qu'il le soit.<br />

Alors, si je comprends, Monsieur joue dans le riche. A moins<br />

Le Client<br />

Tu sais que je te trouve, super belle.<br />

Belinda<br />

Évidemment, on peut toujours cracher : une jupe fendue, des<br />

talons hauts, une chevelure, un maquillage. Ça s'appelle avoir de la<br />

gueule. Mais le matin, au petit-déjeuner, à poil, comme les autres. On<br />

n'est pas grand-chose. Les paupières sont lourdes. Et on ne provoque<br />

en rien le désir. Ça c'est pour l'artifice. La réalité est trompeuse. Alors<br />

ma beauté ! Ma beauté, tu sais où tu te la mets ?<br />

157


Le Client<br />

C'est exact, Belinda. J'ai fait preuve de médiocrité et de<br />

couardise. J'ignore si cela s'appelle le courage des timides qui hésitent,<br />

se retournent et doutent. Mais j'avoue avoir envie de tenter cette<br />

fabuleuse aventure. Je ne sais ce qu'il adviendra de moi. Comme de toi,<br />

aussi. Mais cet excès m'excite.<br />

Belinda<br />

Attention, il s'agit d'une chose sérieuse. Si cela réussit, c'est la<br />

prostitution qui est remodelée. Que dis-je, remise en cause ! Imagine la<br />

pute libre d'agir, et d'accomplir ce que bon lui paraît.<br />

Le Client<br />

Ce n'est pas ainsi que j'ai travaillé le problème. Les autres<br />

prostituées, je ne les connais pas. Toi, seule représente quelque chose à<br />

mes yeux.<br />

158


Belinda<br />

Supposons que tu ne bluffes pas. Comment pourrais-tu<br />

accepter qu'une fille qui a entrebâillé ses cuisses pour des centaines de<br />

mecs, puisse être crédible avec ta morale ? Tu m'as juré le contraire il y<br />

a une heure. Tu changes plus vite tes pensées qu'il ne m'en faut pour<br />

baisser ma culotte. Tout cela n'est pas sérieux. Une pute se méfie. Cela<br />

ne m'étonnerait pas que derrière, il y ait Mickey.<br />

Le Client<br />

rencontrer.<br />

Mickey, je ne le connais pas. Et je ne souhaite en rien le<br />

Belinda<br />

Si tu veux parler franchement, tu le peux. Mickey s'est goinfré<br />

la gueule d'alcool. Alors, vas-y pour la cause. Il dort. Crois-le : il n'est<br />

pas prêt de descendre les escaliers.<br />

159


Le Client<br />

Tu sais pourquoi il s'est enivré ?<br />

Belinda<br />

Cela lui arrive parfois. Un verre. Puis deux. Ça gueule, ça<br />

discute, ça redemande une tournée. La cause en est peut-être le Gros<br />

Michel qui ne cesse de le gonfler. Alors, comme il le craint, il fait<br />

comme ça, mais en vérité il tremble. Alors il se jette dans l'alcool : il se<br />

sent plus fort.<br />

Le Client<br />

Tu le crois apte à nous chercher, si je tentais de te faire évader ?<br />

Belinda<br />

C'est certain que la fureur, que dis-je, que la folie monterait en<br />

lui. Il jurerait de me tuer. Et de me soumettre aux tortures terribles qui<br />

160


vont jusqu'à la mort. Quant à toi, ta souffrance serait plus ignoble<br />

encore, comme tu serais celui qui a décidé ma fuite.<br />

Le Client<br />

Si je comprends, je joue avec ma mort. Je me projette dans un<br />

milieu qui n'est pas le mien. Et dans le meilleur des cas, c'est la<br />

violence qui m'attend.<br />

Belinda<br />

Tu es naïf ou quoi ? Tu te mêles de choses qui te sont<br />

interdites, qui te sont étrangères. Mais je ne t'impose pas de me suivre.<br />

Je suis capable de m'en sortir toute seule. D'ailleurs, tu le disais : deux<br />

personnes sont plus repérables.<br />

Le Client<br />

A moins qu'elles forment un couple soudé. Suppose que tu<br />

m'épouses devant la loi. Ta prostitution disparaît. Remarque que je<br />

serais un sacré connard pour épouser une pute.<br />

161


Belinda<br />

Certes, mon corps a servi. Mais mon âme, hein ! Cet esprit, tu<br />

ignores ce qu'il renferme. Peut-être que derrière cette carapace de fille<br />

vulgaire se cache une femme faite d'amour, et du vrai. Après tout, je ne<br />

suis pas qu'une machine sexuelle. J'ai des sentiments, moi aussi. Et qui<br />

te dit que je ne pourrais pas rendre un homme heureux ?<br />

Le Client<br />

C'était une illusion. Ce sont mes paroles qui m'ont emporté.<br />

Jamais, je n'aurais le souci de t'épouser.<br />

Belinda<br />

femme aussi.<br />

Certainement, mais une pute n'est pas qu'une pute, c'est une<br />

Le Client<br />

m'intéresse.<br />

Pas pour moi, en tout cas. Non, c'est la notion d'aventure qui<br />

162


Belinda<br />

Pauvre con ! L'aventure ! Petit fonctionnaire miteux. C'est<br />

grave cette situation. Si tu veux de l'exotisme, va t'inscrire au Club<br />

Méditerranée. Tu te sauteras une collègue de bureau en chaleur depuis<br />

onze mois. Et sans risque, sans pétard braqué sur ta nuque. Mais tu es<br />

un gosse ou quoi ? On dirait que tu rêves. Que tu n'as aucune<br />

conscience du monde de la prostitution. Tu crois qu'on le règle avec<br />

des serpentins. On n'est pas au théâtre ici. Tu vis dans la réalité atroce,<br />

abominable et de tous les jours. Non, tu ne le connais pas. Tu n'as que<br />

des yeux de voyeur. Et encore, par le petit bout de la lorgnette. Mais<br />

c'est une loupe, non un microscope qu'il te faudrait acheter.<br />

Le Client<br />

C'est certain. Je ne vis pas pour me faire enculer toutes les<br />

heures. Mais j'essaie de te comprendre. Je ne joue pas les prêtres<br />

confesseurs qui sans connaître rien de la vie, prétendent vouloir donner<br />

des conseils.<br />

163


Belinda<br />

Heureusement, pas de curé dans les parages ! D'ailleurs, ils ne<br />

sont bons qu'à confesser des innocentes. Mais, les vrais problèmes, ils<br />

se cachent les yeux, comme ceux qui nous gouvernent ou comme la<br />

Police.<br />

Le Client<br />

N'agresse pas tout le monde. Moi, les Curés, la Police, le<br />

Gouvernement. Et Mickey, et le Gros Michel. Il te manque Dieu.<br />

Evidemment tu n'y crois pas.<br />

Belinda<br />

Si tu étais dans ma condition, tu entends, tu n'espérerais que la<br />

mort après cette vie injuste. Tu ne pourrais jamais prétendre qu'un<br />

bonhomme qui est assis sur un nuage a décidé de ma condition, de<br />

cette condition car je ne la mérite pas. Mais crois-tu réellement qu'une<br />

enfant, qu'une ado, qu'une jeune femme soient faites pour se<br />

transformer en putain ?<br />

164


Le Client<br />

Ce sont les méandres du Destin qui imposent un sort ingrat.<br />

Belinda<br />

Où encore as-tu été cherché cette phrase ? Dans des livres, je<br />

suppose ? Non, ma vie c'est de la merde, et j'en ai jusque-là. Mon âme<br />

est puante, mon corps est meurtri, détruit par l'injustice de l'homme -<br />

ou des hommes. Alors, Bon Dieu, du moins que mon cul soit propre :<br />

Ca sauvera les apparences.<br />

Le Client<br />

Mais il y a des cicatrices dans ton coeur et dans ta cervelle<br />

comme il y a des marques de cigarettes sur ton sein droit !<br />

165


Belinda<br />

Cela serait si peu. Mais la conversation n'avance pas. Alors, tu<br />

veux m'aider, oui ou non ? Ça ne sert à rien de sortir des phrases, il<br />

faut agir et vite.<br />

Le Client<br />

Moi, je suis toujours prêt. Oui, je suis disponible. Mais, il<br />

serait raisonnable que tu t'en retournes vers Mickey. A force de trop<br />

parler, les autres vont se douter que quelque chose se passe, et ça c'est<br />

dangereux.<br />

Belinda<br />

es capable ?<br />

C'est raisonnable. Mais ça tient toujours pour nous deux ? Tu<br />

166


Le Client<br />

Je te dis de remonter au premier. Et va cajoler ton Mac. Tu lui<br />

diras que tu n'as rien fait, que tu es sortie et que tu as repéré les<br />

endroits qui étaient à pognon. Je te parie que cela lui suffira.<br />

167


VII<br />

Belinda n'écoute pas les conseils du Client. Elle entre dans le<br />

bar, s'assoie à une table et commande un alcool. Géraldine et le gros<br />

Michel qui sont de concert, commentent son comportement.<br />

Géraldine<br />

Et bien ! Elle ne monte pas même voir Mickey. Après la<br />

beurrée qu'il est foutu, elle pourrait du moins aller le border.<br />

Le Gros Michel<br />

Ne t'inquiète pas. C'est déjà fait. Il est au dodo comme un<br />

gentil poupon. Ça lui servirait à quoi d'observer un mec qui pu l'alcool<br />

et qui ronfle comme un ours qui hiberne.<br />

168


Géraldine<br />

Tu la vois là-bas dans son coin. On dirait qu'elle cogite un<br />

truc. Tu sais, moi je connais les putes. Mais là, il y a quelque chose de<br />

louche. Je renifle. Ouais, c'est bizarre.<br />

Le Gros Michel<br />

Je crois tout simplement qu'elle n'a pas de fraîche, et que ça<br />

tournique dans sa cervelle. Souviens-toi qu'elle s'était prévalu de faire<br />

du fric en visitant d'autres quartiers ! Et bien par un Pascal dans son<br />

soutien-gorge, ou dans son porte-jarretelles. Alors elle réfléchit, la<br />

greluche.<br />

Géraldine<br />

Non ! Non ! Tu ne connais pas les femmes. Il y a quelque<br />

chose qu'elle mijote sous son crâne.<br />

169


Le Gros Michel<br />

Qu'est-ce que tu compliques ? Toi, Géraldine, tu n'as jamais<br />

cherché la solitude devant un verre ? Et l'autre, Micheline ? Ce n'est<br />

pas un verre, c'est la bouteille. Mais ça fait partie du travail. Il y a des<br />

hauts et des bas comme on dit. Et bien, c'est un bas.<br />

Géraldine<br />

N'empêche que tu te trompes. Je l'ai observée. Belinda n'a pas<br />

quitté ce coin de rue. Non. Elle a causé avec un type, un client, un mec<br />

que j'ai déjà vu deux ou trois fois. C'est pourquoi elle n'a pas recherché<br />

les lieux où elle pourrait s'assumer.<br />

Le Gros Michel<br />

Attends, mon chou. Tu vas trop vite. Derrière tout ça, il y a<br />

peut-être la jalousie comme son cul est mieux que le tien. Ça, tu ne<br />

veux l'admettre. C'est vrai, elle plaît davantage. Elle rapporte plus. Je<br />

ne te dis pas ça pour te vexer.<br />

170


Géraldine<br />

Tu prétendrais que ma langue est mauvaise, que je ne raconte<br />

que des balivernes, histoire d'écraser Belinda. Voilà déjà cinq ans que<br />

je la connais, la fille. Puisque je te dis qu'elle est différente, c'est que<br />

j'ai raison.<br />

Le Gros Michel<br />

Plutôt que de t'occuper du comportement, si tu travaillais un<br />

peu, histoire de pas trop te rouiller. Ton entrecuisse fait grève, ou tu<br />

crois aux congés payés ? C'est de la rouille par-devant, et de la<br />

calamine par-derrière, mon amour.<br />

Géraldine<br />

chose de grave.<br />

Cesse tes conneries. Moi, je te parle sérieux. Il y a quelque<br />

171


Belinda toujours assise à sa table, appelle le garçon. Il lui<br />

apporte un bloc-notes et un crayon.<br />

Géraldine<br />

Tu vois bien. Elle n'écrit jamais.<br />

Le Gros Michel<br />

Elle souhaite peut-être écrire ses mémoires de pute. Elle en<br />

aurait des trucs salingues à raconter - ça c'est une idée de best-sellers.<br />

Géraldine<br />

Tu veux être sérieux une fois ? Non. Ecoute. Mais ne te<br />

moque pas. Elle semble s'être analysée, ou plutôt avoir réfléchi sur son<br />

cas.<br />

172


Le Gros Michel<br />

Ecoute, ma belle, tu ne crois pas que tu compliques un peu.<br />

Une pute n'est qu'une pute. Pourquoi la psychanalyser, pourquoi<br />

essayer d'imaginer un truc qui ne vit que dans ta cervelle ! Tu<br />

compliques trop.<br />

Géraldine<br />

Ça prouve bien que tu n'as rien compris aux femmes. Soit tu<br />

peux les dominer. Mais savoir Ce qui se passe dans leur cervelle - ça,<br />

tu en es incapable. Elles sont plus réfléchies, plus précieuses que tu ne<br />

le penses. Mais observe-la. Elle griffonne. Elle écrit à toute allure. Ça<br />

sort à une vitesse incroyable. On dirait son testament, avant l'heure.<br />

Deux, trois, quatre feuilles. Et vas-y que je noircis. Mais qu'est-ce que<br />

cela veut dire ?<br />

Le Gros Michel<br />

Tu te plais à tout compliquer. Si elle a besoin de cracher des<br />

phrases sur du papier miteux, laisse-la faire. Pourquoi t'intéresses-tu<br />

autant à Belinda ?<br />

173


Géraldine<br />

C'est que son comportement est anormal.<br />

Le Gros Michel<br />

Bon, assez de toutes tes causeries. Mickey est son Mac ? O.K.<br />

Belinda lui appartient ? O.K. Elle a le droit de sortir quelque peu -<br />

d'accord. Elle tente de jouer à la pute de luxe, et alors ? Mais que peuxtu<br />

lui reprocher au juste ? Tiens tu es bien une femelle ! Je parie que<br />

c'est la jalousie qui te fait parler ainsi. Un bon conseil. Occupe-toi de<br />

ton cul, et fais-le travailler plutôt que de rester là comme une connasse<br />

à regarder l'autre. C'est vrai, bon Dieu, tu ne fais pas de fric. Mais<br />

Mademoiselle observe, analyse et critique. Si tu n'es pas foutue de<br />

descendre dans la rue, il y a des mecs au bar. Plutôt que de parler, il<br />

serait préférable que tu ailles en sucer un dans les chiottes. Du moins<br />

tu rapporteras du pognon.<br />

174


Géraldine<br />

Si tu savais du moins chasser ta vulgarité quelque peu. Ne<br />

peux-tu user d'autres termes. Je sais : tu me diras que l'on suce un<br />

poivron ou un PDG sa réaction est la même...<br />

Le Gros Michel<br />

Tu me le sors de la bouche.<br />

Géraldine<br />

Assez de ces stupidités ! Assez de tes jeux de mots grossiers.<br />

Je te demande d'observer le comportement de Belinda.<br />

Le Gros Michel<br />

J'en ai assez de cette rengaine. Elle écrit, et bien quoi ? Elle ne<br />

fait qu'écrire ? Et alors ? Même si je reconnais que cela était bizarre.<br />

Que devrais-je en conclure ! Après tout elle noircit des phrases pour sa<br />

175


vieille tante malade, ou pour son grand-père alité. Un truc de ce genre.<br />

On peut tout imaginer. Mais comme la curiosité te démange, va,<br />

approche, assieds-toi à sa table et avec un oeil discret, tente d'arracher<br />

quelques bribes de phrases pour en tirer le contenu.<br />

Géraldine<br />

D'ailleurs, il est trop tard. Elle replie les feuilles, et sort une<br />

enveloppe de son sac. Elle referme le tout, et souffle de satisfaction.<br />

Le Gros Michel<br />

Avait-elle un gros péché à se faire pardonner ? Toujours<br />

qu'elle semble délivrée. Observe-la déguster avec délectation le fond<br />

de son verre. Va-t-elle en commander un autre. Tiens, qu'est-ce que je<br />

disais. Mo, je comprends les greluches.<br />

176


Belinda se fait servir rapidement. Elle s'enfile en deux<br />

goulées son alcool. Elle se dirige vers le bar, et d'une façon anodine<br />

au Gros Michel :<br />

Belinda<br />

Tiens, tu remettras ça à Mickey. Il est beurré. Moi, je dois<br />

travailler. Mais quand il y descendra<br />

Belinda sort du bar. Elle regarde un dernier instant. Puis<br />

referme la porte. Le Gros Michel et Géraldine semblent médusés. Du<br />

moins, ils reprennent leur attitude, et ne font rien voir paraître.<br />

D'ailleurs Mickey apparaît dans le haut des escaliers. L'ivresse le<br />

contient encore. Il descend difficilement les escaliers raides. Il<br />

s'agrippe à la rampe. Il est suffisamment net pour s'exprimer, discuter<br />

et répondre. Cette soûlerie n'est pas totale. Avec un café, il n'y<br />

paraîtrait rien.<br />

177


Le Gros Michel<br />

Tu arrives mal. Belinda vient de sortir. Elle nous a dit que tu<br />

étais tellement beurré que tu dormais tout tranquille. Et voilà qu'on te<br />

voit debout. Quelle rapidité pour décuver ! Et quelle facilité pour<br />

oublier les maux de tête !<br />

Géraldine<br />

connaissance ?<br />

Tiens, Belinda, nous a remis une lettre. Veux-tu en prendre<br />

Mickey se saisit avec habileté de l'enveloppe. Il parcourt<br />

rapidement les pages et semble comme exténué. On dirait que le sol lui<br />

glisse sous les jambes. Il relit à nouveau. Fait de la fixation sur<br />

certains passages. Retourne les feuilles et reste de marbre. Une sorte<br />

de mécanique de la bouche lui permet d'exprimer quelques phrases.<br />

Les gens au bar cessent de parler. C'est un silence total. Il s'approche<br />

du public, et commence à dire :<br />

178


Mon cher Mickey<br />

Je prétends être une pute révolutionnaire. Que ces termes ne<br />

te fassent pas sourire car je te propose la suite. J'ai décidé de te fuir, de<br />

quitter ces lieux maudits et ces endroits infernaux où je n'étais pas une<br />

femme, mais la dernière des esclaves soumises à ton joug impossible.<br />

Je t'ai aimé, Mickey et tu en as profité. Tu m'as imposée à<br />

sucer, à coucher à me faire enculer. Et en grâces, je ne recevais de ta<br />

part que la torture physique quand les sommes que je te donnais<br />

n'étaient pas suffisantes.<br />

Ces violences et ces humiliations ont duré cinq ans. Je ne<br />

peux davantage supporter cette honte. Sache que je suis une fille bien.<br />

Je n'ai rien à faire dans un bordel. Je ne veux pas conserver cette<br />

identité de pute pour que tu te graisses la patte à mes dépens.<br />

179


J'ai donc décidé de prendre une décision unique. Je te quitte,<br />

Mickey. Je te fuis et j'espère que jamais tu ne me retrouveras. Sache<br />

que ta Belinda n'est pas une fille sotte : elle ira à l'inverse de ce que tu<br />

crois où je suis. Si tu me cherches dans un bordel, je travaillerais à la<br />

pièce dans une usine. Si tu me crois à PARIS, je serais en Suisse ou<br />

dans un patelin de Province. J'irai dans ma logique ou à l'inverse de<br />

mon bon sens.<br />

Ne déchire pas cette lettre, et ne la froisse pas. Il existe tant de<br />

manières pour fuir cette ville que tu pourrais te déguiser en Berger<br />

allemand, tu ne retrouverais pas ma trace.<br />

Ho ! J'imagine toute la haine qui habite ton coeur, si tu en<br />

possèdes un. Et toute ta volonté de me retrouver pour me punir d'une<br />

façon abominable, et me soumettre à la mort ! Mais que m'importe, je<br />

n'existe pas, je n'existerais jamais avec ta présence.<br />

L'univers de la prostitution est un monde carcéral où l'on y<br />

rentre avec l'insouciance de la jeunesse et où l'on n'en sort jamais. J'ai<br />

décidé de prendre ce risque. D'aller au-delà. Oui, je veux être la<br />

première d'entre les putes à m'essayer de m'en sortir. Ne t'inquiète en<br />

rien pour l'argent : j'ai préparé ma sortie et j'ai des sommes<br />

suffisamment importantes pour passer pendant des mois pour une<br />

180


ourgeoise. Toi, tu devrais baliser : tous les macs du coin sont contre<br />

toi. Si tu venais à me rechercher, ils te piqueraient tes filles. Tu vois, je<br />

ne sais pas où est l'intérêt. Soit tu me files et tu échoues, et tu perds des<br />

millions. Soit tu me laisses en paix, et tu t'assures avec ta bande de<br />

putasses.<br />

Veux-tu que je serve d'exemple ? Cela plairait au Gros<br />

Michel. Quand bien même, tu me rattraperais, tes putes seraient<br />

soumises à ce mac. Alors, tu souhaites me courser ?<br />

J'ai trop souffert, Mickey, de ta cruauté de tes ignominies.<br />

Pour toi, une femme n'est qu'un objet mécanique qui n'a pas d'âme.<br />

Elle est faite pour recevoir des pénis dans son vagin. Cela et rien<br />

d'autre.<br />

Quand je t'écris que je suis révolutionnaire, c'est avant tout<br />

parce que je suis la première à oser la liberté. Mais pas comme les<br />

putes de Grenoble qui ont fait un procès à leurs Macs et se sont<br />

planquées derrière des flics. Moi, c'est mieux. Je veux une autre vie.<br />

Oublier les centaines de bites qui m'ont foutue. Rechercher une eau<br />

purificatrice après le viol, et je ne tombe pas dans le mystique. Je ne<br />

suis pas Marie Madeleine. Il me sera possible de rencontre un homme,<br />

181


mais un seul avec lequel je pourrais avoir des enfants. Tu vois tout cela<br />

est fort bête - mais c'est la vie.<br />

Des hommes à putes, il en existera toujours. Je souhaite<br />

toutefois que tu te poses cette question : pourquoi ai-je osé soumettre à<br />

une ingénue cette souffrance terrible ? Comment puis-je oser les<br />

imposer par la violence à m'obéir ? Du moins, Bon Dieu, que cette<br />

pensée traverse ta cervelle ! Du moins, qu'elle t'éclaire un peu !<br />

Il ne faut pas, Mickey, il ne faut pas imposer à une innocente<br />

cette ignoble prostitution.<br />

Je me dois de tenter une vie autre. Qu'importe ce que je serai :<br />

une bourgeoise, une prolétaire mais pas une pute !<br />

Tu sais que je suis maladroite, que j'écris fort mal. Je ne me<br />

relis pas. Mais je crois avoir fait des répétitions - c'est pourquoi je<br />

préfère en achever là avec ma lettre.<br />

perdrais. Je pars.<br />

Souviens-toi, ne me poursuis pas. Ne me recherche pas, tu y<br />

Belinda.<br />

182


Mickey est complètement perdu. Il regarde la scène. Relit les<br />

dernières phrases et observe le Gros Michel qui ricane bêtement.<br />

Le Gros Michel<br />

Comme on dit : une de perdue... Mais c'est vrai que ça<br />

pourrait être inquiétant pour la profession. Enfin, moi mes filles sont<br />

moins intelligentes. D'ailleurs, elles ne savent pas fuir. Belinda a peutêtre<br />

fait du stop, puis une voiture, l'avion ou le train. Alors, va : cours à<br />

droite, à gauche. Mais que de travail ! Et personne pour t'aider.<br />

Mickey<br />

Je n'ai pas même de haine. Je me fiche totalement de tes<br />

paroles stupides. Tu ne comprends donc pas.<br />

Le Gros Michel<br />

Tu raisonnes comme une aubergine. C'est pourquoi je n'ai<br />

point de violence à ton égard. Tu sais il faut savoir s'adapter. Belinda<br />

183


est la première à fuir. D'autres seront soumises à notre esclavage - non<br />

à notre despotisme. C'est vrai des imbéciles avec un beau cul<br />

viendront. Et on les baisera. Elles nous lécheront, et penseront de notre<br />

sorte. Mais c'est vrai c'est la première, celle qui a eu l'audace. Tu vois<br />

Mickey dans toute profession, il faut savoir s'adapter, se<br />

métamorphoser, essayer d'être quelqu'un d'autre. Toi, tu as du retard.<br />

Mais moi j'avais déjà devancé cette lettre, votre comportement. Et<br />

j'avais pensé que la pute se taillerait. Une chose est à faire qui<br />

rapportera dix fois, que dis-je, cent fois ou mille fois plus. Tu n'as pas<br />

compris ? C'est la came. La belle et douce drogue. Il nous faudra<br />

changer. Mais, crois-le, mon pauvre Mickey, ce sont des milliards,<br />

d'autres milliards qui nous attendent. Et cela dès aujourd'hui.<br />

Mickey<br />

raison !<br />

Des milliards contre Belinda ! Bordel de merde. Tu as encore<br />

184

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