Numéro 61 - Le libraire

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Numéro 61 - Le libraire

le libraireOctobreLe bimestriel des librairies indépendantes- novembre 2010 • n o 61poste-publications 40034260GRATUITLa rentrée sousles projecteursEntrevuesJuanjo GuarnidoMarie LabergeYann MartelLibraire d’un jourDenis Villeneuve


1385, boul. Lionel-Boulet, Varennes, (QC), J3X 1P7Tél. : 450.929.0296 Fax : 450.929.0220 info@ada-inc.comwww.ada-inc.comwww.facebook.com (groupe éditions ada)www.twitter.com/editionsada


LE PREMIER LIVRE POUR ENFANTSDEJANETTEE BERTRANDRALibrairie indépendanteL’histoire d’un petitgarçon qui voulaitêtre rtêgrand puis quivoulut être petit…Photo : Jacques MigneaultG.I. CONTRE JIHADLe match nulPierre-Alain ClémentCOLLECTION ENJEUX CONTEMPORAINSLa confrontation entre GeorgeW. Bush et Oussama ben Ladens'est terminée sur un prévisiblematch nul. L'auteur exposeles raisons de cet échec mutuelen démontrant que les stratégies des deux combattantsne pouvaient qu'exacerber les tensions.294 pages | 30 $Ti-BouTTeRESSOURCESMINIÈRESEN AFRIQUEQuelle réglementationpour le développement?Sous la direction deBonnie CampbellTraduction de Damien Hatcher44 4p.• 21,95 $Texte deJanette BertrandIllustrations deCaroline Merolaillustré parCAROLINE MEROLAPhoto : Tshizerbia1000, rue Fleury EstMontréal, Québec H2C 1P7Tél. : (514) 384-4401 • Fax : (514) 384-4844librairie@maisondeleducation.comVotre Librairieau cœur de laPromenadeFleury!Sur demande :• carte-fidélité• commandes spécialeswww.maisondeleducation.comExplorant la nature des problèmessoulevés par la Banque mondiale concernant lesecteur minier africain, les auteurs soulignent le besoind'introduire des cadres réglementaires participant audéveloppement social et économique des pays africainset à la protection de l'environnement.278 pages | 35 $VIEILLIRAU PLURIELPerspectives socialesSous la direction deMichèle Charpentier,Nancy Guberman, VéroniqueBillette, Jean-Pierre Lavoie,Amanda Grenieret Ignace OlazabalCOLLECTION PROBLÈMES SOCIAUXET INTERVENTIONS SOCIALESPremier recueil francophone portant sur les différentsaspects sociaux du (ou plutôt des) vieillissement, il réunitles savoirs scientifiques et cliniques de 45 spécialistes. Ilporte le projet d'une société plurielle et inclusive, d'unesociété pour tous les âges où il fait bon vieillir.524 pages | 48 $leseditionsdelabagnole.comDepuis 40 ans au servicedes collectivitésToutes nos nouveautés au www.puq.ca


En septembre e chezGroupe LibrexLes incontournables !De grands ouvragesdans de petits livresQuatre nouveautés dansla collection«Intime »Fabrice de PierrebourgMichel Juneau-Katsuyau-Ces espions venus d’ailleursEnquête sur les activités d’espionnage au Canadadocument roman


Cet automne dans la© Jerry N. Uelsmann« Un jeuneauteurà découvrir.Un récithypnotisant. »Sortie : 5 octobreSIMONLAMBERTLa chambre« Onn’imaginepas tout cequ’unestatue peutprovoquer ! »Sortie : 12 octobreL’INDÉSIRABLESarah WatersLA FIN DEL’ALPHABETCS RichardsonRACHELLAVERDUREDe chair etde bronzewww.edvlb.comUne compagnie de Quebecor MediaATTRACTIONTERRESTREHélène Vachonen librairie le 22 septembre 2010www.editionsalto.comLE SOLDATDE VERRESteven Gallowayen librairie le 20 octobre 2010LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 5


Automne2010LITTÉRATURE TURED’AMÉRIQUEJean-FrançoisBeaucheminLetemps qui m’est donnéAndréGirardMoscouCosmosPREMIÈRE IMPRESSIONPierre YergeauConséquencess lyriquesPierre-Marc DrouinSi latendancesemaintientTOUS CONTINENTSMAINS LIBRESRÉFÉRENCESPhilippe LalouxLebonheur decuireLaDavid Martin Thibaultd Lévesque GendronRoutedes grandscrusde labièreVoirGuide restoVoir2011Jean-Claude CorbeilArianeArchambaultLe microvisuelfrançais/anglaisJean-Claude CorbeilAriane ArchambaultLemicrovisuelfrançais/espagnolCODE BARSANTÉ DUMONDEDÉBATSFrançois BarceloÇa sentlabananeÇaRoger ParéParoles de prisonniersniersQAIPlanète vivanteFrançois CardinalPerdus sanslanatureSousladirectiondeBernardGagnonDébats 17 — La Diversité québécoise endébatDominiqueDemersLa GrandeQuête deLJacob JobinTome 3–La Pierre bleueMichelineDuffAu boutdel’exilTome 3– L’insoutenable nablevéritéKarine GlorieuxMademoiselle TicTacTome 2–LesMontagnes nes russesMicheline LachanceCoffret LesFillestombéesTome 1 –Tome 2Sonia MarmenLa Fille duPasteurL FCullenTome 3–LePrixdelavéritéMaryse RouyUne jeune femme enguerreTome 4–automne 1945–étéé1949QUÉBEC AMÉRIQUEwww.quebec-amerique.comw.w


S O M M A I R Ele libraire n o 61Octobre - Novembre 2010EN PREMIER LIEULe mot de Josée-Anne ParadisBILLETLes alentours de Borges 8ÉDITORIALCe miracle qui arrive tout de même, parfois… 7LIBRAIRE D’UN JOURDenis Villeneuve : Entre romantisme et lucidité 10ENTRE PARENTHÈSES 12-13-14-50-57-60-62-63-66Fille de libraire etglobe-trotter engagée,Josée-AnneParadis a grandientre livres, partiesde soccer, cahiersd’écriture et sortiesculturelles.La tournéed’automneLITTÉRATURE QUÉBÉCOISELouise Lacasse : Prix Robert-Cliche 2010 15Le libraire craque! 17Marie Laberge : La vie après l’oubli 18Les choix de la rédaction 20L’autre monde est ici 21POÉSIELe libraire craque! | Les choix de la rédaction 22Premiers recueils 23LITTÉRATURE CANADIENNE ET ÉTRANGÈREDeux visions de notre monde 29Yann Martel : Béatrice, Virgile, Yann et l’Holocauste 24Le temps qui passe, Borges et moi 26Le libraire craque! 30Les choix de la rédaction 32Arthur Cravan : Poète et boxeur 33LA RENTRÉE SOUS LES PROJECTEURS 35 à 49ESSAIEn BD ou non, vos essais? 51Le libraire craque! 50Les choix de la rédaction 52CUISINELe libraire craque! | Les choix de la rédaction 54Histoire de manger local 55BEAU LIVRE | LIVRE PRATIQUELe libraire craque! 57POLICIERLe libraire craque! 59Les choix de la rédaction 60LITTÉRATURE DE L’IMAGINAIRELe libraire craque! 60Autre fin du monde 61LITTÉRATURE JEUNESSELe libraire craque! 67Les choix de la rédaction 69Le retour à l’école 71BANDE DESSINÉEJuanjo Guarnido : On n’apprivoise pas les chats sauvages 72Le libraire craque! 74Les choix de la rédaction 75CES AUTEURS QUI TIENNENT LA ROUTEJacques Poulin : Pour l’amour des mots 64Robert Lalonde : Un classique québécois 65POCHELe Québec en poche 76Dans la poche 77Le vent frais de l’automne fera bientôt son apparition, apportant au passage le désir des’emmitoufler dans un chandail chaud, de sortir, un café à la main, lire sous les derniersrayons de soleil estival une des nouveautés tant attendues, ou encore une découvertefraîchement proposée par un libraire.Récemment, j’ai entamé la lecture d’Au Bon Roman, une fiction signée Laurence Cossé.Grosso modo, l’histoire est celle d’une librairie où l’on ne vend que des chefs-d’œuvre. Bienentendu, avec un tel créneau, les clients se multiplient et le succès est quasi instantané.Les deux instigateurs du projet sont des lecteurs passionnés qui sont également trèspointilleux sur leurs choix de lecture. C’est pourquoi ils ont mis sur pied un comité anonymede huit écrivains spécialistes en littérature, à qui ils ont demandé de répertorier, chacun,les 600 titres qui, selon eux, devraient figurer dans les rayons d’Au Bon Roman. Le fonds dela librairie ainsi constitué, voilà qu’une myriade de clients se déclare satisfaits.Au Bon Roman est d’abord et avant tout un ouvrage qui propose une réflexion sur les biensculturels, leur commercialisation ainsi que la façon de les juger. En lisant ce livre, qui soit diten passant explique, sans être didactique, tous les us et coutumes d’une librairie, dusystème d’office et de retours à la gestion des communications, j’ai pensé à nos libraires.Bien entendu, les librairies ont besoin des best-sellers pour maintenir leur santé financière,mais elles ont également besoin des libraires pour conseiller et diriger les clients vers ces« livres nécessaires, des livres qu’on puisse lire le lendemain d’un enterrement, quand onn’a plus de larmes tant on a pleuré […], des livres splendides qui nous plongent dans lasplendeur du réel et qui nous y tiennent » (J. Cossé, Au Bon Roman). Parce que 600 livres,rares sont ceux qui peuvent se vanter d’en avoir lu autant, et ce, même dans une vie entière!Mais parce qu’il sait partager sa passion pour un titre ou déceler la qualité parmi la pléthorede nouveautés, notamment en cette période de rentrée littéraire, le libraire est uninterlocuteur primordial. Et le rôle du client? Ce dernier devra trouver un libraire qui a desgoûts similaires aux siens et saura lui faire découvrir des ouvrages vers lesquels il n’auraitjamais osé se diriger et qui l’émouvront pourtant.Le présent numéro contient un dossier spécial sur la rentrée (p. 35), dans lequel voustrouverez les titres les plus attendus de vos libraires, plusieurs courtes entrevues avec degrands noms de la rentrée littéraire (David Gilmour, Catherine Mavrikakis, Ying Chen, SylvieDesrosiers, Pascal Girard…), des listes d’ouvrages incontournables, etc. En outre, leshabituels commentaires critiques des libraires indépendants fourmillent dans ce numéro;plusieurs d’entre eux vous proposent même des articles longs qui valent le détour.Également, notre rédacteur en chef, Stanley Péan, vous propose un texte de fiction surBorges, à qui le billet de Laurent Laplante fait écho.Ainsi, lorsque le vent frais automnal apparaîtra, sortez, avec chandail chaud et café, lire unede ces nouveautés que vous aurez dénichées parmi la sélection offerte dans le libraire, ouencore avec celle qu’un libraire vous aura conseillée. L’automne, c’est fait pour vibrer,pas pour frissonner!Bonne rentrée!LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 7


LA VIE TOURMENTÉED’UNE GRANDE HÉROÏNEDE LA NOUVELLE-FRANCELe roman deAuteur d’unevingtaine de livres,Laurent Laplantelit et recense depuisune quarantained’années le roman,l’essai, la biographie,le roman policier…Le livre, quoi!LE BILLET DE LAURENT LAPLANTELe monde du livreLes alentoursde BorgesVous pouvez sans risque traiter de menteur celui qui sedit le fidèle interprète de Borges. Sans risque? Oui, toutsimplement parce que Borges multiplie les explorationset les laisse toutes une jambe en l’air. Pour lui, il n’y ajamais de certitude blindée. La religion? Hypothèserespectable, mais Borges n’y adhère pas. Lamétaphore? Premier choix de Borges, mais renié à30 ans. La rime et la métrique? Un carcan querejette le Borges de Madrid, mais qu’il embrasse quandil perd la vue. Comme l’instable fleuve d’Héraclite,Borges amende Borges.Borges : La vie commence), il n’ajoute rien de beau àses annotations de La Pléiade (Œuvres complètes, I etII). François Taillandier fait nettement mieux dansBorges. Une restitution du monde, au Mercure deFrance. En 150 belles pages lucides, il ouvre d’amplesperspectives sur Borges. Par exemple : « Cettepermanente et splendide fragilité de l’hypothèse, detoute hypothèse, fait de chacun de ses essais unexercice de la pensée et une dérision tendre de lapensée. » Tel est (peut-être) le plus vrai des Borges,celui qui propose et laisse porter.8 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Tome 2Sur le chemin de la justiceTome 1La passion de MagdelonMillie SydenierMillie Sydenier1. LE SOUFFLE DES SORCIÈRES4. L’ALLIANCE DE TERWIKMillie Sydenier2. LA CONFRÉRIE DE LA CLAIRIÈREMillie Sydenier5. LA DANSE DU CHAPARDEURMillie Sydenier3. LA PROPHÉTIE DE BAJANOOsez lire.www.lesediteursreunis.comDans cette perspective, il est tentant d’identifier (avecprudence) les auteurs et les genres littéraires quiplaisent à Borges et d’entendre ce que disent de lui ceuxqui l’ont étudié.Un exemple? Borges aime le roman policier. Peut-êtreparce que tout y est fluide (Bonjour, Héraclite!),hypothétique, déroutant. Borges cerne pourtant lepolar de règles précises : « A. limite facultative de sixpersonnages. [...] B. déclaration de toutes les donnéesdu problème. [...] C. avare économie de moyens. [...] D.priorité du comment sur qui. [...] E. pudeur de la mort.[...] F. nécessité et merveilleux dans la solution. » Unefois ce code proclamé, Borges le laisse changer (Rebonjour,Héraclite!). Ainsi, de Simenon, il dit souvent dumal, même si le père de Maigret cultive le comment.Ses éloges sont (presque) constants à l’égard deChesterton et d’Ellery Queen. Dans le cas de Chestertondans Les enquêtes du Père Brown, Borges aime que ledétective laisse la religion au vestiaire et préfère laraison aux miracles. Dans le cas d’Ellery Queen, Borges,qui fréquente les miroirs et le trompe-l’œil, s’éprendd’une signature qui cache deux cousins sous le pseudo.Peut-être Borges tombe-t-il ainsi dans un piègesemblable aux siens. Plusieurs des livres signés ElleryQueen étaient, en fait, écrits par des plumitifs à gageset d’autres étaient carrément apocryphes, selon ClaudeMesplède et Jean-Jacques Schleret, qui ont signé Lesauteurs de la Série noire.Borges, qui réinvente ce qu’il lit, subit lui aussi le regardd’autrui. Mario Vargas Llosa publie, par exemple, Undemi-siècle avec Borges aux éditions de L’Herne. Titreinflationniste, car Vargas Llosa veut dire qu’il a évoquéBorges quelques fois en cinquante ans. Quant au récentbouquin de son traducteur Jean-Pierre Bernès (J. L.Un livre essentiel sur Borges? Celui d’Emir RodriguezMonegal (Jorge Luis Borges. Biographie littéraire, 1983).Poliment, cet universitaire de l’Uruguay, qui a fréquentéBorges, contourne plusieurs de ses pudeurs. QuandBorges, secret et évasif, traite Freud d’obsédé, Monegalne perd pas son temps à vanter la psychanalyse. Ilexamine pourtant, sans voyeurisme, le parcours deBorges : immersion dans plusieurs codes linguistiques,vie avec papa et surtout maman bien au-delà de lamaturité, gêne et bégaiement qui interdisent pendantdes décennies toute conférence, etc. À Borges,Monegal applique la méthode Borges : il le lit et faitsurgir une série de Borges plausibles.Revenons à Taillandier : « Pour recevoir ce que Borgesnous donne, il faut avoir le goût du mystère, du jeuspéculatif et de la rêverie, mais aussi on l’acquiert àson contact. »LES ENQUÊTESDU PÈRE BROWNGilbert Keith ChestertonOmnibus1204 p. | 52,95$LES AUTEURSDE LA SÉRIE NOIREClaude Mesplèdeet Jean-Jacques SchleretJoseph K. éditeur640 p. | 78$UN DEMI-SIÈCLEAVEC BORGESMario Vargas LlosaL’Herne92 p. | 26,95$J.L. BORGES :LA VIE COMMENCEJean-Pierre BernèsLe Cherche Midi198 p. | 28,95$BORGES. UNERESTITUTION DU MONDEFrançois TaillandierMercure de France152 p. | 28,95$JORGE LUIS BORGES.BIOGRAPHIE LITTÉRAIREEmir Rodriguez MonegalGallimard588 p. | 45,95$


Journaliste culturel,animateur de radio, écrivainprolifique et présidentsortant de l’Union desécrivaines et des écrivainsquébécois, Stanley Péanest également rédacteur enchef du magazine le libraireet amoureux fou desbelles-lettres.L’ÉDITORIAL DE STANLEY PÉANLe monde du livreCe miracle quiarrive tout demême, parfois…Éditions ÉcosociétéNOUVEAUTÉS AUTOMNE 2010L’ÉCOLOGIE, AU COEUR DE NOTREMISSION ÉDITORIALERob HopkinsMANUELDE TRANSITIONDe la dépendanceau pétrole àla résilience localePréface deSerge MongeauL’autre matin au Cabaret Le Lion d’Or, devant un parterreréunissant des écrivaines et écrivains, des créatrices etcréateurs œuvrant dans de nombreuses autresdisciplines, des journalistes (du moins, les rares d’entreelles et eux encore affectés à la couverture de cette chosedite culturelle) et de simples amatrices et amateurs d’artset de lettres, Michelle Corbeil, la valeureuse directriceartistique du Festival international de la littérature (FIL),procédait au dévoilement de la programmation de laseizième édition de l’événement aux destinées duquelelle préside.Traditionnellement présentée à la fin août, cetteconférence de presse annuelle est devenue au fil des ansl’un des signes les plus évidents de la fin de l’été, d’unepart, et de l’approche de la rentrée littéraire automnale,d’autre part. Elle survient à la veille du retour en classede la plupart de nos jeunes; et, à l’instar du jour où laproverbiale marmotte, à quelques semaines duprintemps, sort momentanément de son hibernationpour chercher son ombre sur la neige, cette conférencenous invite à anticiper la saison qui s’amorce.Comme le signalait justement Michelle Corbeil, c’esttoujours un moment émouvant de revoir ces têtesfamilières, souvent les mêmes, qui œuvrent bon an malan dans Bouquinville avec cette nécessaire opiniâtreté. Etce qui vaut pour le FIL vaut forcément pour les autresmanifestations littéraires sur le territoire québécois qui lesuivront de semaine en semaine au cours de la saison, duFestival international de la poésie de Trois-Rivières auweek-end des Donneurs à Joliette, en passant par le toutnouveau Festival littéraire Québec en toutes lettres deQuébec et les désormais innombrables cabaretslittéraires, soirées de lecture et salons du livre.Diantre, même la ville de Saguenay, capitale culturelle duCanada en 2010, s’enorgueillit cette année du dévoilementofficiel des bornes consacrées aux écrivaines etécrivains originaires du Royaume des bleuets, et conçuesdans le cadre du projet « La littérature aux abords desrivières »! Et ce, malgré ce maire un tantinet « folkloriquelà-là» qui, l’automne dernier, semblait se frotter les mainsde délectation à l’idée de la possible disparition dulivre-papier, voire de la littérature elle-même, supplantéepar les blockbusters disponibles sur plateformenumérique et en anglais s’il vous plaît!Je me suis laissé dire par Michelle Corbeil et par d’autresanimateurs de notre vie littéraire que certains fonctionnaires,pourtant responsables de dossiers culturels àdivers paliers gouvernementaux, voyaient d’un œilsceptique la nécessité de la tenue de tous cesévénements littéraires. Pourquoi un festival axé sur lalittérature dans une ville où il y a déjà les Francofolies, leFestival de jazz, Juste pour rire et je ne sais quellemanifestation à grand déploiement?, lui aurait-ondemandé. À la faveur de l’apparent désintérêt de nosmédias populaires pour les champs d’activité culturellequ’on ne saurait amalgamer au simple divertissement, etde la croisade que semble mener notre gouvernementconservateur contre la vie intellectuelle et culturelle duQuébec et du Canada, les esprits chagrins ont beau jeude contester la pertinence même de la littérature.Avec un brin de sarcasme, l’écrivain André Belleau écritdans les pages de la revue Liberté qui fête cette année sondemi-siècle d’existence : « La littérature, c’est justementce qui n’arrive pas… »Fort heureusement, et un peu grâce à ces événementspublics que je conçois comme des interfaces entre laparole des écrivaines et des écrivains et leur publicnaturel, les lecteurs actuels et potentiels, ce miracle de lalittérature, celui de la rencontre entre l’œuvre et le lecteur,se voit facilité.Par bonheur, malgré ces forces obscurantistes quipoursuivent obstinément dans les officines du pouvoirleur travail de sape de toute forme de pensée, cemiracle-là qui doit arriver, arrive encore parfois…N’y trouvez-vous pas, comme moi, de quoi garder vivant unesorte d’espoir qui pourrait ressembler à la foi…?Bonne rentrée littéraire à toutes et à tous !En librairie le 9 sept.ISBN 978-2-923165-66-0216 p. 25$L’ALTERMONDIALISMEForums sociaux,résistances et nouvelleculture politiquePierre Beaudet, RaphaëlCanet et Marie JoséeMassicotteUn ouvrage de référencesur une force politiquedésormais incontournableEn librairie le 11 nov.ISBN 978-2-923165-69-1 - 320 p.Andrew NikiforukPréface de Thomas MulcairPLANÈTE JETABLEProduire, consommer,jeter, détruireD’après le film The Story of StufffAnnie LeonardNotre consommationeffrénée détruit laplanète.Quand nousarrêterons-nous ?Enfin un ouvrage complet et fouillé sur cettecatastrophe environnementale.En librairie le 20 octobreISBN 978-2-923165-68-4320 p. - 28$« Vraiment, un livre que jevous recommande. Si vousn’avez qu’une chose à lire,c’est cet ouvrage. »Isabelle Maréchal,Isabelle le matin – 98,5fm.En librairie le 28 septISBN 978-2-923165-67-7478 p. 34$LES SABLES BITUMINEUX :LA HONTE DU CANADAComment le pétrole sale détruit la planètewww.ecosociete.orgLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 9


Libraire d’un jourD ENISV ILLENEUVEEntreromantismeet luciditéAu fil des douze dernières années, Denis Villeneuve s’estimposé dans notre paysage cinématographique avec ses filmsUn 32 août sur Terre, Maelström et, plus récemment,Polytechnique. Accaparé par la sortie d’Incendies, son nouveleffort adapté de l’œuvre de Wajdi Mouawad, le Trifluviend’origine a trouvé le temps de revenir pour nous sur les lecturesqui l’ont marqué.ParStanley Péan10 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Le moins qu’on puisse dire au sujet des rapports de Denis Villeneuve avec lalittérature, c’est qu’ils sont marqués au sceau de la pudeur. Affligé d’une mémoirequ’il estime défaillante et d’un sentiment persistant d’imposture, le cinéaste etscénariste craignait de ne pas se souvenir suffisamment de ses lectures. Pourtant,notre libraire d’un jour s’est révélé un lecteur sensible dont les observations surles œuvres témoignent d’une compréhension des textes qui transparaît par ailleursdans son cinéma.« Mes premiers émois de lecture sont liés à trois caisses pleines de numéros du Journalde Tintin qu’une tante allait jeter à la poubelle », se rappelle Villeneuve, attendri par lesouvenir des bandes dessinées franco-belges de son enfance. « Hergé, Franquin, Gotlib,Pratt, je les ai adorés. Je lis encore un peu de BD, avec les enfants, mais si peu. Jepeux me tromper, je ne suis pas expert, mais il me semble qu’il manque à la BDcontemporaine ce romantisme, ce lien avec l’Histoire que je trouvais dans les BuckDanny, les Corto Maltese et les Alix qui m’ont tant marqué. » Villeneuve reconnaît quecet amour de jeunesse reflétait déjà un certain « désir de cinéma » chez lui : « J’ai faitun peu de bande dessinée, plus jeune; j’avais un copain qui dessinait et j’écrivais lesscénarios. C’est vrai que la BD et le cinéma ont beaucoup en commun : le rapport aucadrage, le découpage technique et un certain ludisme… »Quant au premier choc de lecture proprement littéraire, Villeneuve l’attribue sanshésiter au « Cycle de Dune » de Frank Herbert, dont il a lu la totalité à partir de sonentrée au secondaire : « J’étais très friand de science-fiction et c’est le gros truc quim’a accroché. Avec le recul, je crois que les livres d’Herbert décrivent par anticipationnotre monde postcolonial, notre XXI e siècle et les rapports problématiques entre politiqueet religion, l’opposition entre l’Occident et l’Islam. L’ennui, c’est qu’aprèsHerbert, aucun auteur de SF ne m’a autant ébranlé. J’ai essayé de me plonger dansAsimov, mais le charme n’opérait pas. Il m’a fallu attendre la découverte de La Routede Cormac McCarthy pour ressentir un choc similaire. Je l’ai lu en version originale,pour la musique de son écriture. Au-delà du récit, j’ai été bouleversé par l’écriture, labeauté de l’épure, la structure et la rythmique de la phrase. Ce livre figurera longtempsdans mon “Top 5” littéraire. »L’artiste en face du mondeSi la littérature d’anticipation n’a pas su accrocher Denis Villeneuve, le reste du corpuslittéraire mondial ne l’a pas ménagé en émois d’un autre type, à commencer parl’œuvre de Yukio Mishima : « Ma première rencontre avec lui, ç’a été Le Pavillon d’or,un roman qui m’a habité longtemps, dont les propos sur la tyrannie de la beauté, surles rapports entre la nature et la beauté m’ont profondément troublé. Je l’ai lu à la finde l’adolescence, et je crois qu’il a beaucoup influencé mon propre regard sur lesublime, le sacré, le rituel. » Comme pour son rapport avec Herbert, notre libraire d’unjour, qui se définit ironiquement comme un monogame en lecture, a poursuivilongtemps et intensément sa relation avec Mishima : « J’ai lu Le Marin rejeté par la mer,La Musique et Le Soleil et l’acier, enfin environ la moitié de son œuvre complète, parcequ’elle correspondait à mon propre romantisme exacerbé. »« LE CYCLE DE DUNE »(PLUSIEURS TOMES)Frank HerbertPocketentre 12,95 et 15,95 ch.LA ROUTECormac McCarthyPoints256 p. | 14,95$LE PAVILLON D’OR,LE MARIN REJETÉ PAR LAMER, LA MUSIQUE ET LESOLEIL ET L’ACIERYukio MishimaFolioentre 12,95$ et 14,95$ ch.ÉTRANGE MUSIQUEÉTRANGÈRELeonard Cohen, L’Hexagone292 p. | 26,95$LE CAP DE BONNEESPÉRANCEJean CocteauGallimard256 p. | 14,95$L’ÉCUME DES JOURSET J’IRAI CRACHERSUR VOS TOMBESBoris VianLe livre de poche10,95$ ch.


Rentrée automnale 2010COURRIER SUDET VOL DE NUITAntoine de Saint-ExupéryFolio7,95$ et 9,95$ ch.LA CHUTE, L’ENVERS ETL’ENDROIT, L’ÉTRANGERET LA PESTEAlbert CamusFolioentre 9,95$ et 13,95$© Films SevilleParmi ses autres influences majeures,le grand amateur des poésies de JeanCocteau et de Leonard Cohen cite BorisVian (L’écume des jours, J’irai cracher sur vostombes), dont il a lu les fictions, la poésie etle théâtre de manière compulsive et qui luia appris qu’un artiste doit créer avec lesérieux d’un enfant qui s’amuse en plus delui faire découvrir du Duke Ellington. Demême, le cinéaste évoque avec admirationla figure de Saint-Exupéry (Courrier Sud, Volde nuit), ce grand solitaire qui regarde lemonde du haut des cieux et dont ladémarche a quelque chose de cinématographique.Et dans un même souffle,mon interlocuteur se remémore le choc quelui avait infligé la lecture de Camus : « Je neme souviens pas lequel, de L’Étranger ou LaPeste, j’ai lu en premier. Mais je me rappellede l’expression de sa révolte face au silencedu monde, de ce regard lucide qui m’avaitbouleversé. Avant lui, je n’avais jamais étéconfronté à une pensée aussi précise ettranchée. Et si La Chute et les autresromans m’ont laissé une impression forte,c’est quand même un court texte deL’Envers et l’endroit (« L’Ironie ») qui m’a leplus touché. »Plus récemment, Denis Villeneuve a fait ladécouverte d’Elie Wiesel, nommément avecLa Nuit et L’Aube : « Voilà une œuvre douloureusement juste que j’aimerais transposerau cinéma. Wiesel nous montre que les gestes de violence ont toujours unlien avec le passé, et que commettre un crime équivaut toujours à souiller lamémoire des ancêtres. C’est un auteur auquel j’ai envie de revenir. » Évidemment,ces dernières années, le cinéaste a été happé par l’univers du dramaturge etmetteur en scène Wajdi Mouawad : « Je ne le lui ai pas dit, mais j’ai assisté à lalecture de la pièce Les mains d’Edwidge, j’ai vu aussi son adaptation du Voyage aubout de la nuit de Céline. Dans des pièces comme Incendies, je suis complètementfasciné par sa capacité d’exprimer un point de vue à la fois intime et collectif, demarier tragédie antique et préoccupations contemporaines. C’est un auteurmonumental, pour qui j’éprouve une admiration sans bornes, et son œuvre varester, c’est sûr. »Les choix de Denis VilleneuveL’AUBE ET LA NUITElie Wiesel,Points et Minuitresp. 10,95$ et 13,95$INCENDIESWajdi MouawadLeméac/Actes Sud94 p. | 14,95$Renald BérubéLes caprices du sportroman fragmentéen librairie le 14 septembreSergio KokisDissimulationsnouvellesen librairie le 28 septembreBULLETIN D’ABONNEMENTEsther CroftLes rendez-vous manquésnouvellesen librairie le 13 octobreNicolas TremblayL’esprit en boîtenouvellesen librairie le 1 er septembreLÉVESQUE ÉDITEURwww.levesqueediteur.com1985DISTRIBUTION : DIMEDIA INC.www.dimedia.qc.ca1/4 desiècle1 an/4 numéros (ttc)INDIVIDUINSTITUTION2010Canada 30 $ Canada 40 $Étranger 40 $ Étranger 50 $2 ans/8 numéros (ttc)INDIVIDUINSTITUTIONCanada 55 $ Canada 75 $Étranger 75 $ Étranger 95 $3 ans/12 numéros (ttc)INDIVIDUNomAdresseVilleCode postalTéléphoneCourrielCi-joint Chèque Visa MasterCardN oExpire leSignatureDateINSTITUTIONCanada 75 $ Canada 105 $Étranger 105 $ Étranger 135 $Visitez notre site Internet :www.xyzrevue.comLRETOURNER À :XYZ. LA REVUE DE LA NOUVELLE11860, rue GuertinMontréal (Québec) H4J 1V6Téléphone : 514.523.77.72Télécopieur : 514.523.77.33Courriel : info@xyzrevue.comSite Internet : www.xyzrevue.comLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 11


Prendre la bagnole jusqu’en FranceQuatre albums jeunesse publiés à la maison d’édition québécoise LaBagnole seront distribués en France à compter du mois d’octobre.Je suis fou de Vava et La fête des morts de Dany Laferrière, illustréspar Frédéric Normandin, ainsi que Les enfants de la table ronde de France Ducasse, illustrépar Vinicius Vogel, et Ce qui arriva à Chloé et Mélina un jeudi aprèsmidide Martine Latulippe, illustré par Fil et Julie, tâcheront doncde séduire le public français. La Bagnole, fondée en 2004 parMartin Larocque et Jennifer Tremblay, comporte sept collections,dont six s’adressent aux enfants de tous âges.Le feuilleton numérique d’Alexandre JardinAlexandre Jardin se lance dans l’aventure du numérique. L’écrivain français travaille eneffet à l’écriture d’un feuilleton que les lecteurs pourront suivre à partir de leur téléphone,ordinateur ou tablette numérique dès la fin octobre. Le récit, dont on ignore toujours letitre, se suivra en temps réel, au fil des événements que vivront les personnages auquotidien. Les lecteurs pourront également se plonger dans l’univers des héros, dont toutela vie numérique sera accessible, de leurscomptes Twitter et Facebook aux échangesde courriels. Deux options de téléchargementseront disponibles : un abonnement gratuit àpartir d’un site et une application payanteoffrant quelques avantages supplémentaires.« Le numérique, c’est une opportunitédémentielle, révolutionnaire, une nouvellegrammaire narrative », a déclaré l’auteur deFanfan à la presse.© Rostain© Karine PatryUne websérie pour Patrick SenécalL’auteur de récits d’horreur Patrick Senécal signe une nouvellewebsérie intitulée La Reine Rouge, qui mettra en scène lepersonnage de Michelle Beaulieu, tiré des romans 5150, rue desOrmes et Aliss. Réalisée en collaboration avec Olivier Sabino, lawebsérie présentera de petites capsules s’adressant à un publicde 13 ans et plus, dès ce printemps sur le site Reinerouge.tv.Patrick Senécal n’est pas étranger à l’adaptation cinématographiquede ses œuvres, puisque ses romans Sur le seuil, Lessept jours du talion et 5150, rue des Ormes ont tous été transposésau grand écran.Patrimoine canadien investit dans la traductionLe ministère du Patrimoine canadien investira 4,25M$ en aide à la traduction française etanglaise pour les éditeurs au cours des trois prochaines années, a annoncé cet été le Conseildes Arts du Canada. Le Programme national de traduction pour l’édition du livre offriradavantage de fonds aux éditeurs qui désirent traduire des œuvres canadiennes dans l’uneou l’autre des langues officielles et instaurera trois nouveaux projets pilotes visant àaméliorer la qualité des traductions. Les éditeurs pourront ainsi bénéficier de fonds pourobtenir les services d’un réviseur linguistique bilingue et recevoir des honoraires lors deleurs lectures pour évaluer le potentiel de traduction d’un titre. Enfin, le Conseilcoordonnera la tenue d’une Foire pour la vente de droits de traduction visant à faciliterl’acquisition des ouvrages et les relations entre les deux groupes linguistiques.Les ados trouveront leur bonheurdans la lecture!12 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010DERNIÈRE CHANCENorah McClintockPETITS MENSONGESNÉCESSAIRESTish CohenLES PREMIERS MAGICIENS1. La rébellion des cigognesMaude RoyerLES PREMIERS MAGICIENS2. Le sort des elfesMaude Royer


Par Dominique Lemieux, Josée-Anne Paradis et Alice MéthotFinalistes du Prix TDpour la littérature jeunesseLe Centre canadien du livre jeunesse et le Groupe FinancierBanque TD ont dévoilé les finalistes du Prix TD delittérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse. Parmiles candidats figurent notre collègue Guy Marchamps, librairechez Clément Morin, pour Rêver à l’envers, c’est encorerêver (illustrations de Marie-ClaudeFavreau, Soulières éditeur), ainsi queGeneviève Côté avec Comme toi!(Scholastic), Mélanie Tellier etMelinda Josie pour Le Géranium(Marchand de feuilles), PhilippeBéha avec Monsieur Leloup (Fides) etenfin Angèle Delaunois et MartineDoyon pour Venus d’ailleurs(Hurtubise). Le nom du lauréat seradévoilé le 2 novembre par le jurycomposé de Todd Kyle, spécialiste enlittérature jeunesse et bibliothécaire, Danielle Marcotte,consultante en littérature jeunesse, Brigitte Moreau,bibliothécaire en milieu scolaire, Benoît Saint-Aubin,libraire à l’Exèdre, et Danielle Vaillancourt, animatrice etspécialiste en littérature jeunesse.Des manuscrits de Kafka exhumésDes manuscrits de Franz Kafka ont été récupérés descoffres-forts de banques suisses et israéliennes, dans lesquels ilsétaient entreposés depuis 1956, a révélé l’AFP. Seul le professeurde littérature Itta Shedletzky, chargé de dresser l’inventaire descoffres, a obtenu l’accès aux mystérieuses archives dont onignore toujours le contenu. C’est dans le cadre d’un conflitjuridique opposant les héritières de Kafka aux autoritésisraéliennes que l’exhumation des précieux documents a eu lieu.L’auteur de La Métamorphose, décédé en 1924 de la tuberculose,avait chargé son ami Max Brod de détruire son œuvre, mais cedernier, défiant les dernières volontés de Kafka, en avait légué lasuccession à sa secrétaire Esther Hoffe en 1945. Les manuscritsont ensuite été rangés dans des coffres de sécurité à Zurich et àTel-Aviv, puis finalement transmis aux filles de Hoffe à la mortde celle-ci en 2007. Le procès en cours à Tel-Aviv a pour objectifd’établir le droit des héritières de disposer de cette succession.Une nouvelle directriceaux éditions L’InterligneLes éditions L’Interligne ont accueilli en août MagdaTadros à titre de nouvelle directrice pour la collectionjeunesse Cavales. L’écrivaine d’origine égyptienne, auteurede cinq romans pour les jeunes, a auparavant œuvré en tantqu’adjointe aux Arts et à la Culture au ministère duPatrimoine canadien ainsi qu’à titre de directrice généraledes Éditions Pierre Tisseyre. La collection Cavales proposedes romans de tous genres pour les lecteurs de 4 à 12 ans.Ma petite vache à mal aux pattesSoulières éditeur, qui ne cesse de nous épateravec des titres toujours renouvelés, toujoursaudacieux, proposera en octobre un ouvrageun peu hors norme : Oh! la vache! Il s’agit d’uncollectif signé par quatre auteurs de la maison– Alain M. Bergeron, Édith Bourget, ColombeLabonté et Guy Marchamps – qui comprendpoèmes, rimettes et textes élogieux pourrendre hommage à ce 100 e ouvrage illustré parCaroline Merola. En effet, cette dernière a illustré,depuis quatorze ans, les ouvrages de lacollection « Ma petite vache a mal aux pattes ».À la vue de cette nouveauté, Benoît St-Aubin,libraire à la librairie l’Exèdre, souligne que ce« collectif d’auteurs réputés promet ». À vousd’en juger maintenant!Offrir un livre? Pourquoi pas! Dans notre prochain numéro,le libraire a sélectionné pour vous des titres à offrir,tout au long de l’année, à vos amis comme aux membresde votre famille. Aussi, restez à l’affût de l’entrevue avecBret Easton Ellis!prochain numéro © Caroline MerolaLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 13


Par Dominique Lemieux, Josée-Anne Paradis et Alice MéthotLa Librairie Sélect dans les cartons de déménagementAprès trente-cinq ans d’existence à la même adresse, la Librairie Sélect tente sa chanceet déménage au centre-ville de Saint-Georges, le 1 er octobre 2010. Fondée en 1973 parGilles Genest, la librairie était située depuis ses débuts dans un centre commercial deSaint-Georges de Beauce. Le fils du fondateur, Jean-François, a pris la relève depuisles cinq dernières années. Déjà un incontournable sur le marché culturel de la Beauce,la Librairie Sélect se donnera pour mission de devenir un lieu de rencontres culturellesdans la région. Elle accueillera éventuellement un café littéraire, tout en continuantd’offrir un service de qualité. C’est tout un changement pour la Librairie Sélect quiouvrira ses portes au 12140 de la 1 ère avenue dès octobre.Trois femmespuissantes au cinémaLe metteur en scène Christophe Pertonréalisera l’adaptation cinématographiquede Trois femmes puissantes, le roman qui avalu à Marie N’Diaye le prix Goncourt en2009. Les noms des actrices qui interpréterontNorah, Fanta et Khady, ainsi queles dates du tournage de la productionne sont pas encore dévoilés. Histoire àsuivre…Après Robin et Stella,voilà Sacha et Stella!La belle petite Stella, inventée et illustréepar Marie-Louise Gay aux éditionsDominique et Compagnie, fera sourire lespetits grâce à un nouveau médium : le petitécran! En effet, Stella et son petit frèreSacha seront les personnages principauxd’une nouvelle série de dessins animés. Deplus, un nouveau coffret avec les quatretitres, cette fois en couverture rigide, seradisponible dès l’automne.Un doctorat honorifiquepour Dany LaferrièreLe 29 août dernier, l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) adécerné un doctorat honorifique à Dany Laferrière. Cet hommageà l’écrivain québécois d’origine haïtienne pour sa contribution à lalittérature coïncide avec le lancement d’unnouveau programme de création littéraire offert par l’université.D’autre part, les célébrationsentourant l’attribution de cedoctorat honoris causa à Laferrièreont souligné également l’accueil denombreux nouveaux étudiantshaïtiens, dont les études furentcompromises par les événementssurvenus dans leur pays natal enjanvier dernier.© Pierre CrépôLe roman d’Emily the StrangeEnfin! Voilà que l’histoire d’Emily the Strange, symbole iconographique gothique, pour laquelleT-shirts, macarons et autres accessoires ont déferlé dans les boutiques, sera racontée. Cette dernière,happée par une amnésie, n’aura que son journal intime pour l’aider à retrouver, son identité et samission. Signé Rob Reger, le premier tome de cette série s’intitule Les jours perdus et sera publié chezMichel Lafon. Jeune fille qui a pour credo « Soyez vous-mêmes », Emily se verra également transportéeau grand écran en 2012, alors qu’un film d’animation la mettant en vedette est prévu.14 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010La MAISONSUR LA GRÈVELINA SAVIGNACROMANLa Caboche


ENTREVUElittérature québécoiseL OUISEL ACASSEPrix Robert Cliche2010Après maints refus d’éditeurs, Louise Lacasse, lauréate 2010du prix Robert-Cliche du premier roman avec Éteignez, il n’ya plus personne, voit enfin son talent confirmé : « Je croyaisbeaucoup en ce roman. Je savais que si un jury devait lelire, il s’y attacherait. » Elle avait bien raison. Le jury,présidé par Micheline Lachance, a salué l’originalitédu sujet, l’humour et la qualité de l’écriture; unereconnaissance qui permet à la femme de 54 ans de recevoirune bourse de 10 000$ et, surtout, de retrouver son livreen librairie sous l’enseigne de VLB éditeur.ParDominique LemieuxOriginaire d’Alma, Louise Lacasseenseigne le français à des jeunes endifficulté de Montréal-Nord, mais elle leclame haut et fort : « Mon monde, c’est lalittérature. » Malgré cela, entre famille etboulot, difficile de trouver l’énergie pours’atteler à un roman : « Le manque detemps m’a permis de développer unemanière d’écrire. Des petits quinzeminutes, de petits chapitres, comme despetites histoires. » Une découvertedu règne animalet de l’environnementÀ partir de 3 ans32 pages, 9,95$Une collection quidonne les informationsnécessaires pourcohabiter de façonharmonieuse avecun animal.À partir de 6 ans32 pages, 9,95$Son roman suit le retour de Marie Cogère, professeure installée à New York, dansun village près du fleuve St-Laurent, un retour qui bouleverse les gens de la place.Chaque chapitre laisse entendre la voix de divers personnages liés, d’une façonou d’une autre, à Cogère, du facteur blasé à la voisine d’en face. Et toujours, ceregard amusant du narrateur, véritable commentateur des événements. Unnarrateur qui rappelle celui de La caverne de José Saramago, un écrivain qu’ellevénère autant que Victor-Lévy Beaulieu : « Au Québec, il n’y a pas d’écriture plusforte que celle de VLB. Son humour, sa manière de transformer le langage, toutcela me touche réellement. »Sarcasme et humour cachent un regard aiguisé sur le sort des régions, sur leurdépeuplement et l’exploitation de leurs ressources. « Je crois que l’écriture doitêtre engagée », déclare Mme Lacasse. Son prochain roman,incursion dans le milieu de l’éducation, le sera assurément.C’est sans parler de tous ces manuscrits enterrés au fond deses tiroirs. « Je vais peut-être jeter uncoup d’œil là-dedans... », conclutLouise Lacasse, un sourire dansles yeux.ÉTEIGNEZ, IL N’Y APLUS PERSONNELouise LacasseVLB éditeur176 p. | 19,95$Pour comprendreles écosystèmes,les changementsclimatiques et leurseffets sur la planète.À partir de 9 ans32 pages, 9,95$www.bayardlivres.caLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 15


LE LIBRAIRE CRAQUE!littérature québécoiseLES LARMES DE SAINT LAURENT Après Du bon usage des étoiles, je me suis lancésans crainte dans ce deuxième roman deDominique Fortier. C’est dans une avalanche d’images, d’informations, de couleurs quenous avançons à travers trois récits différents. Les deux premiers sepassent au début du XX e siècle, l’un à Saint-Pierre avec BaptisteCyparis, seul survivant de l’éruption d’un volcan, l’autre enAngleterre avec monsieur Love, un mathématicien qui donnera sonnom à un type de secousse tellurique. Le dernier se déroule àMontréal de nos jours, avec la rencontre de deux personnes qui sedécouvriront peu à peu. Le lien entre les trois? À vous de ledécouvrir. Tout comme dans le premier livre de Fortier, j’ai vraimentaimé la foison d’informations et les histoires d’amour peu communesde ses personnages. Encore, encore!Shannon Desbiens Les BouquinistesDominique Fortier, Alto, 344 p., 24,95$TIROIR N O 24Tiroir n o 24 est un livre qui présente Benoît, un gars quia l’impression d’avoir pigé le mauvais numéro dans la vie.L’histoire commence lors de son transfert de la crèche à l’orphelinat. Il a 6 ans. Noussommes en 1966 : l’institution est tenue par des sœurs pas toujours commodes. Seulle chant (il est soliste dans un chœur), lui offre quelquefois desmoments d’exaltation; c’est aussi ce qui lui apportera un ticket desortie. La famille Cyr, membre des riches donateurs, l’a remarqué àNoël et l’adopte pour qu’il aide la maisonnée dans sa boulangerie àMontréal. Mais ça ne finira pas aussi bien qu’il l’aurait voulu. Sur lethème de l’abandon et de l’identité, ce livre pas toujours facile nousfait prendre conscience du fait que le sort de quelqu’un peut netenir qu’à un fil. Une lecture qui fait réfléchir.Shannon Desbiens Les BouquinistesMichael Delisle, Boréal, 132 p., 17,95$MYCOLOGIEMarco est un magicien au chômage atteint d’une infectiondue aux champignons. MOI est un animateurd’émissions de cuisine aux penchants lubriques. À cause de la maladie de Marco, dudélire mystique d’un couple sadomasochiste, d’une jeune vierge et de son preuxchevalier, mais surtout d’un « trip de mush » qui tourne mal, lescorps des deux hommes sont malencontreusement interchangés. Ilserait difficile de déterminer si, par ce délire, Stéphane Crête tented’amener le lecteur à une prise de conscience précise ou, toutsimplement, à le balader dans les dédales de son imagination fertile.Mélangeant à qui mieux-mieux les types de personnages et lesniveaux de lecture, parfois jusqu’à la dissonance, Crête faitcependant la preuve qu’un créateur complice de son public peuttirer profit d’un cadre éclaté et rocambolesque sans délaisser laprofondeur Anne-Marie Genest PantouteStéphane Crête, Dramaturges Éditeurs, 134 p., 17,95$BIG WILLBig Will, c’est William Tamaali, un Cri de la Baie-James que l’auteur a rencontré en 1986 et à qui ilrend hommage par le biais de la fiction. Armoire à glace taciturne, Big Will tue sononcle et sa mère pour venger le meurtre de son père. Il s’enfuit avec son cousin Yagodans le sillage d’un bar itinérant qui sillonne la Côte-Nord etembarque à Halifax sur un bateau pour l’Océan Indien, où il seraattaqué par des pirates. De retour à Montréal, il s’installe dans unpetit appartement où il passe son temps à regarder des westerns,avant que ses fantômes ne le rattrapent. En lisant ce roman sur l’exildes Autochtones dans leur propre pays et sur la solitude du destindans un monde étranger, on ne peut qu’adorer Big Will, brute aucœur tendre qu’immortalise, « pour la mémoire », l’admirableécriture de Tremblay. Mathieu Croisetière Clément MorinAlain Ulysse Tremblay, Coups de tête, 184 p., 16,95$UNE PARTIE AVEC L'EMPEREUR En 1814, Napoléon est exilé sur l’île d’Elbe, horsd’état de nuire. Un groupe de conspirateursroyalistes engage un jeune comédien anglais qui, prenant l’identité d’un officiernommé Atwood, se rendra auprès de l’Empereur pour le divertir auxéchecs, gagner sa confiance et l’empoisonner. Dans une factureextrêmement classique, Stéphane Brulotte fait du personnaged’Atwood le narrateur de l’histoire, comptant sur ses apartésadressés au public pour nous situer dans le temps et exprimer sonconflit intérieur face à sa sympathie grandissante envers Bonaparte.Ce ressort théâtral devient rapidement lassant. De fait, onsouhai terait un peu plus d’assurance du dramaturge envers sonanecdote inspirée, ses personnages solides et tridimensionnels et,surtout, envers l’intelligence du spectateur. Anne-Marie Genest PantouteStéphane Brulotte, Dramaturges Éditeurs, 120 p., 15,95$MAI AU BAL DES PRÉDATEURS Nous pouvons être réfractaires à la forme dutexte, puisque Marie-Claire Blais nous offre,ici encore, un roman sans paragraphes et ne contenant presque pas de points. Maislorsque nous disons « oui », nous savons que nous participons àquelque chose de magistral. Cette dérive verbale imite le flotininterrompu de nos pensées, ce qui nous donne droit à un billetbackstage dans la tête des personnages. Au plus intime de leursdémons et de leur folie, nous faisons la rencontre de personnagesandrogynes qui ont la liberté de se créer eux-mêmes, mais qui sebrisent dans des sortes de bacchanales dévorantes. Cet uniquesouffle qui tient lieu de roman marque le rythme de la conditionhumaine. Puisqu’on peut reconnaître un grand écrivain au fait qu’ilrepousse les lieux communs, j’en reconnais une qui s’inscrit danscette catégorie. Isabelle Beaulieu PantouteMarie-Claire Blais, Boréal, 328 p., 27,95$LA CHAISE DU MARÉCHAL FERRANT La chaise du maréchal ferrant est uneœuvre de Jacques Ferron qui étaitépuisée depuis belle lurette. Heureusement, ce surprenant texte est réédité, en formatpoche, dans la collection BQ. Porté par une écriture proche duréalisme magique, ce récit de Ferron emprunte aux légendes et àl’histoire du Québec d’une certaine époque. Nous suivons lespéripéties successives de Jean Goupil, d’un autre Jean Goupil et,finalement, de la fille de ce dernier, Jean Goupille, autour de cettefameuse chaise volante appartenant au diable. Ce dernier, dupé etlessivé, cherche tristement à récupérer son bien en jouant seul avecses dés pipés dans l’arrière-boutique d’une taverne montréalaise. Unebelle virée littéraire dans l’imaginaire québécois.Christian Girard PantouteJacques Ferron, BQ, 174 p., 9,95$fait vécuL’INTRUSAmateurs de sensations fortes, vousserez servis avec la terrifiante histoirede la maison des hurlements d’Union. Steven Lachance, qui a rompu avec sa femme,n’a d’autre choix que de trouver une maison à louer abordable pourses trois enfants et lui. Une petite annonce retient alors sonattention, mais la magnifique maison sur laquelle il jette son dévoludevient vite le pire des cauchemars. Comment ne pas être effrayépar cette plume qui relate en détail des phénomènes paranormauxallant d’agressions physiques à des visions d’enfer, tels des clownsmonstrueux poursuivant les enfants dans les escaliers? Malgré unpetit côté chrétien moralisateur, c’est avec un plaisir intense quel’on avance dans cette aventure qui ne cesse de nous plonger dansl’horreur. Je vous défie de lire ce livre seuls dans un chalet, la nuit!Harold Gilbert SélectSteven Lachance, ADA, 314 p., 19,95$LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 17


ENTREVUElittérature québécoise© Michel Cloutier18 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010M ARIEL ABERGELa vie après l’oubli


Après l’immense succès de sa trilogie « Le goût dubonheur » et son polar Sans rien ni personne, MarieLaberge souligne ses trente-cinq ans d’écriture avecun dixième roman qu’elle souhaitait autonome,comme son premier, Juillet, paru en 1989. Revenir deloin suit la lente résurrection d’une femme quiémerge d’un coma et retrouve peu à peu des bribesde son ancienne vie, dont plusieurs éléments qu’elleaurait préféré garder dans l’oubli.ParElsa PépinAttablée à la Pâtisserie de Gascogne, rue Laurier, àMontréal, Marie Laberge parle avec enthousiasmedu personnage très fort au centre de son dernierroman. Contrairement à l’amnésique classique quicherche à retrouver au plus vite ses souvenirs, lanarratrice commence ici par se plaire dans l’oubli.Au réveil, Yolande a le compteur à zéro. Elle n’aaucun souvenir de son identité, ne connaît ni son âgeni qui sont ces gens qui la visitent et disent l’aimer.Elle apprend que le soir de l’accident de voiture àl’origine de son coma, son mari lui a annoncé qu’illa quittait pour Madeleine, sa meilleure amie.Réduite à son instinct, Yolande n’a pas de rancune.Elle jouit d’une « délicieuse indifférence », maisrapidement, son amnésie se fissure et laisse percerun passé avec, en trame de fond, une trahison qui sedevine. « Ne pas avoir d’affect donne une grandeliberté, mais peut aussi être une grande paralysieparce que ce n’est pas vrai », explique MarieLaberge. « Les êtres humains n’en sont pasdépourvus, mais momentanément, ça doit faire unbien fou! », ajoute l’auteure, riant de bon cœur.Vertueuse amnésieConstruit comme un casse-tête, Revenir de loin révèleau compte-goutte des morceaux de vie de cettefemme qui se découvre comme une étrangère, enmême temps que le lecteur. « C’est un romanconstruit comme un cheminement, un parcoursintérieur, parce que pour moi, on revient de loin pasphysiquement, mais intérieurement, quand on s’esttrahi, oublié, qu’on a été blessé », déclare l’auteure.Petit à petit, les souvenirs surgissent chez Yolande.Certains aspects de sa personnalité, comme sapuissante libido, réapparaissent à mesure qu’elle « sedégivre », ainsi que des fantômes, dont un enfant etun homme qu’elle a aimés, tous deux disparus :« Yolande ne peut pas reprendre tout à zéro, mais elleabandonne certains bagages de son passé qui ne luicorrespondent plus. Elle retrouve sonancienne maison qu’elle ne reconnaîtpas et qui lui déplaît énormément. C’estun signe qu’elle a fait quelque chose quin’est pas en harmonie avec elle-même.Yolande n’est pas pressée de découvrirpourquoi, mais elle est pressée de vivretelle qu’elle est. C’est une chance dansla vie de vivre de cette façon! »Criante de vérité, Yolande ose dire àsa fille adoptive qu’elle a besoin d’air,refuse d’accueillir son mari qui ladégoûte. Le seul visiteur qu’ellesupporte est un jeune bum de 24 ans,Steve, un handicapé qui lui tientcompagnie dans sa chambre d’hôpitalet lui raconte sans cérémonie ses« histoires de cul » : « Ce sont deux personnes diamétralementopposées. Si Yolande avait rencontré Stevedans sa première vie, elle ne l’aurait ni vu nientendu. À l’hôpital, elle n’a pas le choix de l’écouteret elle apprécie sa franche brutalité. Pour elle, laplus grande violence est celle du mensonge, alorsque pour la plupart des gens, la vérité est violente etle mensonge réconfortant. Yolande a inversé lerapport entre les deux. »Poser les armesRevenir de loin porte sur les dangers de s’oublier à caused’une amnésie plus insidieuse et sournoise que celle ducoma, celle qui nous éloigne de nous-mêmes à notreinsu : « Il y a des fractures dans la vie, des momentscharnières parce que quelque chose s’est cassé, où onse retrouve devant le choix de repartir comme avant oude partir selon ce qu’on est devenu. Combien de foisdans notre vie se demande-t-on si on tient encore auxvaleurs qui ont déterminé nos choix ? »Yolande a la chance de pouvoir repartir en faisant letri, mais elle ne peut pas effacer l’histoire. Le nœuddu roman se joue dans ce fragile équilibre entre lamémoire et l’oubli. « Presque tous les personnagesdu roman reviennent de loin. Ils ont été obligés deposer les armes et de se dire : est-ce que je suis oùje veux être? On pense toujours que les drames sontterriblement négatifs, mais ce sont des chances pourrevenir à soi », explique la romancière. Quant àsavoir si Marie Laberge a elle-même vécu cetterupture, elle répond que l’écriture nécessite unconstant retour à soi : « Je ne peux pas être commeYolande, parce que chaque livre que j’ai écrit dansma vie me vient d’une nécessité intérieure que je doisentendre. Si je me perdais de vue, je ne pourrais pasécrire. J’ai un métier qui m’oblige à me placer vis-à-vis demoi-même. »La poésie dans le corpsMarie Laberge a choisi de réveiller son héroïne avecdes bribes de poèmes qui lui ramènent ses étatsd’âme, un procédé qui reste, jusqu’à la fin du roman,une clef mystérieuse pour comprendre le passétrouble de Yolande. Le personnage retrouve, intacts,les vers d’Aragon, Baudelaire, Miron et plusieursautres poètes qui accompag nent son réveil. Seule lapoésie réussit à percer son mutisme émotif : « Lespoèmes reviennent comme des flashbacks. La poésiefait ça. Tout à coup, ça nous étreint, ça nous prend.Yolande a un rapport émotif avec la poésie. C’estd’ailleurs comme ça que le roman m’est venu »,explique la romancière qui a eu les premières idéesà l’origine du roman en 2005. « Si tout ce qui reste àYolande est des ragments de poèmes, ces fragmentsdisent quelque chose de l’état émotif dont elle ignorela teneur. C’est fascinant cette façon dont la poésiepeut nous entrer dans le corps! La poésie incarne àjamais des états d’âme, de bonheur, de plénituded’instants. Il n’y a pas grand-chose dans la vie quinous donne ça à part les grands chocs émotifs et lesgrands dangers. »Casser la solitudePour célébrer ses 35 ans d’écriture, ses 20 ans chezBoréal et son 60 e anniversaire de naissance, MarieLaberge offre donc cet automne un livre lucide surle retour à une vérité enfouie derrière les rituelsd’une vie traversée en aveugle : « Le cheminementde Yolande lui permet de retrouver assez d’authenticitépour être elle-même. C’est pour ça qu’ellechoisit de garder Steve dans sa vie, parce qu’il estle seul dans son entourage à tenir le langage qu’ilcrée, un langage d’une grande brutalité et d’uneimmense franchise. »Marie Laberge dit d’ailleurs trouver que notremonde manque d’espace pour le franc-parler. Sonprojet Des nouvelles de Martha est une façonde rétablir un dialogue. Depuis l’an dernier,l’auteure publie ce roman épistolaire à partir d’unecorrespondance qu’elle entretient personnellementavec ses lectrices et lecteurs : « Il y a des gens quine reçoivent jamais de lettres. Je me suis dit que çaleur ferait du bien de discuter avec quelqu’un.Ça marche bien. Ça casse la solitude, le monologueintérieur. » Le roman va se clore le 31 décembre2011 et connaît déjà un grand succès. Il occupeaussi beaucoup la romancière qui ne revient pasde loin, mais apprend à faire des choix pourconserver la même opiniâtreté et la même passionqui nourrissent son écriture depuis trente-cinq ans.REVENIR DE LOINMarie LabergeBoréal640 p.En librairie le 25 octobreLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 19


20 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010OHÉ la scienceÀ saisir à 5-6 anset à cultiver jusqu’à 8-9 ans !12,95 $ Distributeur exclusif au CanadaCYEL18,95 $Autres titres :Adresses sous-marinesISBN : 9782352630142Tomber d’en haut !ISBN : 9782352630067Un look naturel !ISBN : 9782352630104Aventure du pollenISBN : 9782352630081Tigre mange-t-il de l’herbe ?ISBN : 9782352630050Collection onDismoipourquoi uoi? Petitstsmotsmagiquesde Sara Agostinii3770,BoulevardIndustriel, Sherbrooke(Québec)Canada J1L 1N6Téléphone : 514 525-4442 Sans frais : 1 800 597-3116Télécopieur : 514 525-4443Internet : www.adl.qc.ca Courriel : commandes@adl.qc.caUne enfance de bouc émissaire à Ste-Anne; une idole en forme de Bernard Derome;une Julie un peu trop jeune, un peu trop adorable; une copine montréalaise tropparfaite pour qu’on puisse en être amoureux : voilà la vie de Jean-François. Dansce premier roman, Pierre-Marc Drouin dessine la vie d’un gars ordinaire, avec quion se plaît pourtant à partager un moment. Le personnage, une sorte de métaphoredu Québec, est un adolescent qui refuse de grandir. De saRévolution tranquille à son 3 e référendum (!), en passant parson Accord du Lac Meech et sa Nuit desSI LA TENDANCESE MAINTIENTPierre-Marc DrouinQuébec Amérique248 p. | 19,95$longs couteaux, Jean-François comprendrala portée de ses « non-choix ». Ainsi,au final, c’est une double histoire : celled’un homme et d’un peuple qui ne sechoisissent pas.D’Angoulême à Longueuil, un père de famille à l’aube de la quarantaine, exilé paramour, s’adapte comme il le peut à sa terre d’accueil. Il y a cette nouvelle vie,d’autres habitudes, un langage à remodeler, puis encore tous ces souvenirs delà-bas, le foie gras et le pineau, la naissance d’un fils. Il y a la nostalgie de lacampagne française et la surprise du premier ragoût de boulettes, le froid, labelle-famille et tous ceux qu’on a laissés derrière soi… L’auteurfranco-québécois, qui possède un sens del’observation aiguisé et qui maîtriseLA TRAJECTOIREStéphane LibertadHamac236 p. | 21,95$l’autodérision, pose son regard sur les usdes uns et les coutumes des autresavec une grande subtilité, sans jamaistomber dans la caricature. Chroniquedouce-amère de l’errance, La Trajectoireest un roman saisissant.En 2007, Tassia Trifiatis s’attardait, dans Judas, à une relation trouble entre uneGrecque et un Juif. Trois ans plus tard, elle décrit les rapports singuliers entreune jeune femme et sa grand-mère, qui dépérit à cause de cette démence qui luironge l’esprit. « Sa mémoire était une poupée russe à laquelle il manquait quelquesdemoiselles », écrit l’auteure. Chaque dimanche, la jeune visiteson aïeule et tient un journal de ses rencontres. Les rendez-vouss’enchaînent, l’amour et un profondrespect s’installent. Le passé fait échoMÈRE-GRANDTassia TrifiatisLeméac136 p. | 17,95$au présent, alors que l’excentriquemère-grand glisse vers sa fin. Parfoistroublant, souvent émouvant, ce romanen appelle à la dignité humaine.Aux yeux de nombreux Québécois, Anaïs Barbeau-Lavalette n’est déjà plus uneinconnue. À 31 ans, elle a déjà derrière elle plusieurs réalisations dignes demention, dont le long métrage de fiction Le Ring, sur la réalité cruelle des jeunesde Hochelaga-Maisonneuve. Cette fois encore, cette Grande Sœur qui connaît bien,grâce à cette implication, le milieu dans lequel les jeunesBARBEAU-LAVALETTEALETTEévoluent, y revient pour camper ses personnages et publie Jevoudrais qu’on m’efface. Cette femme JE VOUDRAISQU’ON M’EFFACEAnaïs Barbeau-LavaletteHurtubise184 p. | 19,95$LES CHOIX DE LA RÉDACTIONlittérature québécoiseimpliquée socialement raconte cette foisl’histoire de trois enfants écorchés par lavie. « Un roman polyphonique qui donne laparole aux laissés-pour-compte du quartierHochelaga », a-t-on pu lire dans Le Devoir.


Journaliste culturel,animateur de radio,écrivain prolifique etprésident sortant del’Union des écrivaines etdes écrivains québécois,Stanley Péan estégalement rédacteuren chef du magazinele libraire et amoureuxfou des belles-lettres.I CI COMME AILLEURSLA CHRONIQUE DE STANLEY PÉANlittérature québécoiseL’autre monde est ici« Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci », selon Paul Éluard, cité par HélèneVachon en exergue à son nouveau roman. Mais la citation aurait pu chapeauter avecautant d’à-propos les œuvres de Cynthia Girard et de Fannie Langlois, que j’ai aussiretenues. Car l’ailleurs est ici; enraciné dans le passé, le présent porte en lui les germesde l’avenir; et la littérature s’affirme comme ce lieu privilégié où le rêve et la réalité serencontrent, s’entrelacent.L’intrigue d’Attraction terrestre, le troisième roman « pour adultes » d’Hélène Vachon,gravite autour de deux hommes. D’abord, Hermann, solitaire pas très beau de 46 ans,fils unique qui n’a pas appris à partager et qui vit seul avec ses chats.Embaumeur de profession, Hermann trompe dans les livres sa craintedes femmes, dont l’envie d’amour et de maternité l’intimident. Il a parailleurs pour voisins une pittoresque galerie de personnages, maisentretient une impression de se déplacer constamment sur coussind’air qui contribue à le détacher de leurs préoccupations quotidiennes.Oscillant entre ciel et terre, il ressemble autant à Meursault qu’à Sol.Contrairement à celle de Meursault cependant, sa mère est bienvivante et elle s’inquiète de le voir s’entêter dans sa solitude, mêmes’il y a dans sa vie Clotilde, qui lui impose son amour comme uneplante verte dont il faut prendre soin, et Zita, qu’il désire.En face de lui, il y a un autre homme, atteint d’emphysème, depolyarthrite rhumatoïde, de Parkinson, qui vit cloîtré dans unemaison en deuil de soleil. Le Numéro 32 était pianiste de concert,jusqu’à ce que la maladie et surtout l’angoisse de la mort s’imposent dans sa vie ponctuéepar ses échanges avec son médecin traitant, qu’on croirait extraits d’une pièce de Beckett.Il se sent condamné et sait que c’est irrémédiable. En attendant, il voudrait être utile, setrouver un travail qui occuperait ses heures jusqu’à l’inévitable échéance. Mais, avant lamort, le hasard placera sur sa route le croque-mort qui vient d’égarer le mystérieuxmanuscrit que lui avait confié son voisin, M. Hu. Parce que ledit manuscrit a échoué entreles mains tremblantes du Numéro 32, les deux hommes sont appelés à se rencontrercomme ça arrive dans la vie, quoique rarement dans des circonstances aussi finementesquissées que celles imaginées par la romancière.Roman grave et désopilant, méditation sur la vie, l’amour et la mort,sur la joie d’exister en ce bas monde et d’y percevoir les traces del’autre qui l’habite, Attraction terrestre offre aussi le plaisirnon négligeable de la prose délectable d’Hélène Vachon qui,personnellement, m’avait manqué.Insolite bestiaireArtiste visuelle dont les œuvres sont exposées ici comme àl’étranger, Cynthia Girard œuvre aussi comme poète depuisquinze ans; habituée des performances scéniques, elle a prispart à des spectacles alliant poésie, théâtre et oralité. Ces détailsbiographiques ne sont pas innocents et ne m’ont guère quittél’esprit au fil de ma lecture de sa première œuvre de fiction, J’aiATTRACTIONTERRESTREHélène VachonAlto352 p. | 24,95$J’AI PERCÉ UN TROUDANS MA TÊTECynthia GirardHéliotrope112 p. | 15,95$percé un trou dans ma tête, qui reprend en mode narratif le propos d’un poème del’auteure, « There is an insect », dont je me permets de citer cette strophe :«Oui elle est dans ma tête / j’ai percé un trou / dans mon crâne et j’ai inséré unebranche/un scarabée est venu et est entré dans mon crâne / sur la branche / lescarabée est triste et il pleure et / ses larmes ont créé un étang dans mon cerveau /dans la matière grise et gélatineuse de mon cerveau il y a maintenant / un étang avecdes poissons rouges et des nénuphars. »Comme dans le poème, on a affaire à une narratrice dont la tête est un paysage peupléd’animaux psychédéliques, notamment une cruelle mère-araignée qu’elle redoute etune psychiatre scarabée dont elle s’est éprise. Est-elle folle? Sans doute, mais quioserait définir la folie? Contentons-nous alors de la dire atteinte d’un trouble qui setraduit par un discours lyrique, quasi incantatoire et par des visions teintées d’unérotisme débridé. « La voix des insectes et des animaux est pure, descends dans tespropres entrailles, fouille, cherche et tu trouveras le coffre secret du cervelet, celuique ta tête contenait avant que ta mère ne t’exproprie, conseille à l’héroïne la voixd’un vieillard, enregistrée sur un magnétophone. Une fois le trésor découvert tupourras retrouver ta personnalité, il ne s’agit que de descendre et de saluer lesanimaux que tu trouveras sur ton passage. »On songe à Aude, pour la précision clinique des descriptionsdélirantes; on songe à Ducharme, pour l’inventivité de cette langueet le sentiment de révolte qu’elle exprime. Mais au-delà de cescomparaisons bancales, ce texte vertigineux nous plonge dansun univers poétique et, en un sens, pictural qui porte la griffeéminemment personnelle de Cynthia Girard.À la croisée des cheminsUNE PRINCESSE SUR « Je suis dépossédée, prise d’assaut telle un château fort dontL’AUTOROUTE on aurait forcé l’entrée », affirme l’héroïne d’Une princesseFannie Langloissur l’autoroute, deuxième roman de Fannie Langlois, quiTriptyque126 p. | 18$débute à notre époque, quelque part entre Montréal etTrois-Rivières. Encore qu’il semble avoir des liens avec desévénements survenus dans un monastère occitan, au XIII esiècle. Recueillie par un automobiliste sur le bord de l'autoroute 40 où elle s’étaitévanouie, Laïka croit avoir été l’objet d’expérimentations sibyllines, dans un laboratoiresecret dont elle se serait échappée. Mais ses souvenirs sont imprécis et s’amalgamentà l’autre histoire, plus ancienne : celle de Magdala en 1243 au monastère de Prouilhe,tout près de la cité de Fanjeaux. Tout se mélange, rien ne va plus. Et les mystères dupassé comme ceux du présent lui semblent insolubles...Par sa construction qui juxtapose deux espaces-temps, Une princesse sur l’autoroutem'a inévitablement fait songer au Serrurier, de Mathieu Fortin, l’un des sujets de machronique du précédent numéro. Si l’intention fantastique est plus diffuse chez FannieLanglois que chez son confrère nicolétain, on retrouve le même intérêt pour l’onirismeet la dissolution des frontières entre réel et imaginaire. Les passages d’un univers à l’autresont orchestrés avec suffisamment de doigté pour décupler d’un chapitre à l’autrel’ambiance angoissante et ténébreuse dont dépend la réussite de ce roman; et l’écritureélégante de Langlois, malgré quelques petites maladresses çà et là, contribue jolimentà l’opacité du climat. Une belle surprise pour cette rentrée automnale...LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 21


LE LIBRAIRE CRAQUE!poésieLECTURES D’UN LIEUAvec Lectures d’un lieu, France Mongeaunous offre son livre le plus accompli.Cette poésie d’une grande profondeur nous touche en utilisant une langue souple oùle non-dit occupe l’espace essentiel qui lui sied. Quel est ce lieu?Celui de la douleur, de la souffrance, du rapport amoureux et de sesquestionnements : « Nous nous trahissons en quatre gestes/au plusfort de nos amours/certains verbes fabriquent des soifs et/rendentfous. » On pourrait dire que l’extrême lucidité qui émane desquestions est si vive qu’elle brûle même les réponses au fur et àmesure. Reste alors un abîme particulier où se joue une inversionqui pourrait être salvatrice, puisqu’elle est le « rappel d’unepénible ascension/dans la liberté noire de l’esprit ». Le constatfinal : l’ascension est quand même plus agréable à deux.Guy Marchamps Clément MorinFrance Mongeau, Écrits des Forges, 94 p., 12$CRÉPUSCULE D’AUTOMNEÀ l’instar de son compatriote Jorge LuisBorges, l’Argentin Julio Cortázar futsurtout reconnu en tant que romancier et nouvelliste. Pourtant, ses poèmes, que l’ondécouvre enfin en français (traduits par la poétesse Silvia BaronSupervielle), se révèlent d’une finesse qui confirme notre admirationpour l’écrivain. Crépuscule d’automne regroupe de nombreux poèmeset textes poétiques de diverses époques. Et bien que l’auteur yexploite différents tons et formes poétiques, une impression d’unitése dégage du tout. C’est d’ailleurs cet élan de liberté que l’onretiendra une fois le recueil refermé. Femmes, paysages, jeux, rêves,sensations; une vitalité qui s’exprime dans un amalgame d’imagesenvoûtantes : « Comme après une lutte jusqu’à l’oubli avec les millepattesde la fumée. » Ian Lauda Le FureteurJulio Cortázar, José Corti, 344 p., 42,95$LE LANCEUR DE DÉSLe lanceur de dés est le testament littéraire duPalestinien Mahmoud Darwich, l’une des figures deproue de la poésie contemporaine du monde arabe, mort en 2008. Dans ce recueil, lepoète chante la mélancolie identitaire de son peuple et sondestin, lourdement éprouvé par l’Histoire; il nomme les chosespour comprendre et se souvenir. C’est avec légèreté et grâce quel’exorcisme s’accomplit, bercé par les images naturelles et laréflexion philosophique. On retrouve dans son ouvrage despoèmes sur lesquels le temps ne fait que glisser : « Nous sommesqui nous sommes sans nous demander/qui nous sommes car noussommes toujours là, /ravaudant la robe de l’éternité. » L’éditionest illustrée de photographies de portraits du poète dessinés surles murs de lieux symboliques en Palestine. Ian Lauda Le FureteurMahmoud Darwich, Actes Sud, 88 p., 36,95$22 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Pierre Demers remportait récemment le Prix de poésie 2010 du Salon du livre duSaguenay-Lac-Saint-Jean pour son recueil La bénédiction des skidoos : poèmesenragés. Avec Coups de grisou, son huitième recueil de poésie, l’auteur, cinéaste etpolémiste explore le thème de la femme ou celui du couple dans ce « quotidienqu’il conjugue à tous les temps », avec un humour d’où s’élève parfois une pointed’amertume : « L’humeur des filles./Souvent insaisissable,tellement changeante./Dans chacun de leurs gestes,dans/L’attitude générale. » Le lecteur ydécouvrira une poésie de phrases courtes,COUPS DE GRISOUPierre DemersTrois-Pistoles78 p. | 18,95$LES CHOIX DE LA RÉDACTIONpoésiedont les vers sont ancrés dans le réel, voiredans le quotidien, et à laquelle il pourras’identifier tout en se délectant d’unrythme soutenu.


P AROLESLA CHRONIQUE DE SIMON-PIERRE BEAUDETpoésieEnseignant au cégepet musicien à sesheures, Simon-Pierre Beaudet s’estengagé en politiquecomme en poésie:avec conviction.Premiers recueilsOn recourt souvent à la métaphore de l’accouchement pour parler d’un livre quiparaît; à plus forte raison quand, par la même occasion, c’est l’écrivain lui-même quiest mis au monde avec son premier livre. Profitons ainsi de la rentrée pour saluerl’arrivée de nouvelles voix en poésie.Un mobile en papier de soieAimée Verret s’est déjà commise dans quelques événements poétiques sur la scènemontréalaise et anime un blog délicatement nommé « Tout me fait chier », dont lalecture est, comme on peut s’en douter, fort agréable. Son premier recueil, Ce qui abrûlé, présente toutes les ambiguïtés de cette mise au monde de la jeune écrivainequi abandonne dans l’espace public une partie de son intimité. L’auteure, qui admetqu’elle n’aime pas qu’on la lise, parsème son recueil d’aveux de pudeur et préféreraitpeut-être « promener son ombre sans laisser de trace », indiquant déjà dans lespremières lignes : « Je ne veux plus parler. J’en ai déjà trop dit. » Cette pudeur peinemalgré tout à se couvrir puisque « certains souvenirs […] restent, indélébiles, sur notrefigure ». C’est au rassemblement de quelques-uns de cessouvenirs qu’est consacré le recueil.Les poèmes se présentent comme une série d’instantanés, unalbum photo qui compose la mosaïque de cette identité en trainde se construire. Les photos agissent comme un miroir : ellesrenvoient à la narratrice une image d’elle en lente évolution. Lemoment présent, une fois croqué, devient instantanément unpassé dans lequel il lui faut décoder les lieux, les personneset les différentes étapes d’un soi-même autrement plusdifficile à saisir que le laisse croire un simple déclic d’appareilphoto.On voit la poète revivre son enfance, jouer à laprincesse, attendre les fées, s’imaginer l’avenir, s’imaginervieillir, vivre dans un nouveau corps et habiter un nouveauCE QUI A BRÛLÉAimée VerretTriptyque84 p. | 18$décor : « Le temps est un mobile en papier de soie qui se plie et se replie, mais jamaisne se déchire. » La suite de poèmes recompose ainsi une ligne du temps, desexpériences artistiques aux aventures amoureuses, qui nous mène au momentd’écriture du recueil; et, tout simplement, tout comme l’auteure, « vous êtes ici ».Composés en petits paragraphes serrés, ces poèmes en prose témoignent d’unemaîtrise certaine de l’écriture, autant par leur unité formelle que par leur déploiementnarratif. Le recueil s’achève en effet par un incendie, emportant poèmes et photos,mais, pour l’auteure, « ce qui a brûlé ne [lui] était pas plus cher que ce qui, peu à peu,[l]’a quittée », ce qu’on peut lire comme une métaphore du premier recueil qui, unefois livré à l’espace public, est désormais derrière soi.L’affaire de l’espèce humaineLa photographie est au cœur du premier recueil de la Gaspésienne Marie-JoséeCharest, Rien que la guerre, c’est tout, une œuvre déjà remarquée par la critique unpeu plus tôt cette année. L’auteure s’est inspirée d’un reportage de photographes deguerre. Chaque image raconte une histoire, un instant à la fois tragique et calme. Toutle recueil repose sur cette tension entre la cruauté des hommes – « il pleure […] avecses mains / qui n’ont rien d’autre à serrer / qu’une arme » – et la tranquillité despaysages, la poète notant la « douceur du soleil / couleur maïs », les herbes sur lacolline ou « les coteaux / battus de lumière perçante », autant de réminiscences du« Dormeur du val » de Rimbaud. La suite de poèmes, comme autant d’instantanés,est portée par une rythmique saccadée, qui rappelle le bruit des combats, mais laissecurieusement un espace à la réflexion et au silence.C’est néanmoins sur ce « rien » du titre qu’insiste l’auteure,l’humain, à travers l’expérience de la guerre, se niant lui-mêmejusqu’à l’inhumanité. Mort au combat, gisant dans une naturecruellement paisible, l’homme n’est plus « rien qu’une mare / rienqu’une forme », et finalement, « un homme / ce n’est que du sable/ rien que ça ». Si le point de vue est celui de quelqu’un del’extérieur, l’auteure désirant regarder sans prendre parti, le lecteurest néanmoins projeté dans un univers de tourmente avec lessoldats et civils, les combattants et les victimes, « dans uneville / où quelque chose se passe », où les protagonistes nepeuvent que constater que « c’est presque la fin / deshommes / autour d’eux ». Ce que Raymond Lévesque avaitappelé « l’affaire de l’espèce humaine » est ainsi dénoncé àtravers une description froide et minutieuse de ce « rien /RIEN QUE LA GUERRE,C’EST TOUTMarie-Josée CharestLes Herbes Rouges72 p. | 14,95$qu’un homme […] ne puisse faire » à un autre. L’auteure ne reculant manifestement pasdevant les sujets graves, elle prépare un second recueil portant sur… les camps de réfugiés.Le véritable scandale de cette existenceGérard Berréby, s’il publie lui aussi un premier recueil, n’est pas exactement le premiervenu. Il est le fondateur de la maison d’édition française Allia qui, depuis près de trenteans, publie ce qu’il appelle « les autres choses ». Son catalogue de plus de trois centstitres rassemble les classiques de la subversion et de la pensée critique, des situationnistesà l’histoire de la musique punk, en passant par les philosophes anciens autantque contemporains. Au fil du temps s’est constitué une communauté des lecteursd’Allia, chacun restant à l’affût des nouveautés comme des titres publiésprécédemment. Alors, quand paraît un titre de la « petite collection » avec le nom del’éditeur figurant à la place de celui de l’auteur, la curiosité est piquée pour de bon.Station des profondeurs est un ensemble de poèmes courts, introspectifs, d’où sourdune révolte contre « le véritable scandale de cette existence » et « encore cesconnards » qui « veulent faire le programme de ma vie ». Animé d’une « ardeurjuvénile », « délivré des petitesses de la vie », le poète sepropose d’« arracher la pensée mystique / des pattes destripatouilleurs ». Il s’inscrit ainsi dans la lignée des auteurs qu’il apubliés, notamment des artistes d’avant-garde. Sa poésie estd’ailleurs régulièrement traversée par les mots des autres; l’auteuréditeurrappelle volontiers le mot de Lautréamont selon lequel lapoésie doit être faite par tous, ou celui de Borges pour qui « lelangage est un ensemble de citations ». Pour autant, encontrepartie de cette révolte, « la transgression devenue /STATION DESPROFONDEURSGérard BerrébyAllia80 p. | 11,95$solitude indéterminée » est souvent marquée par lamélancolie des départs et l’ombre de la mort. Au final, c’estnéanmoins par la naissance du « rejeton élu par la félicité » quese termine le recueil : « Me voilà » seront les derniers de sespremiers mots.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 23


ENTREVUElittérature canadienneY ANNM ARTELBéatrice, Virgile,Yann et l’HolocausteLe moins qu’on puisse dire, c’est que Yann Martel ne s’estpas simplifié la vie avec son plus récent roman, Béatrice etVirgile. En plus de s’attaquer à un sujet miné et difficile,l’Holocauste, l’auteur de Histoire de Pi multiplie les procédésstylistiques et les références culturelles, et en utilisant desmoyens un peu détournés et passablement inédits.ParRémy Charest24 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Le livre, gravitant autour d’Henry, écrivain qui n’écrit plus après que sonprojet de livre sur l’Holocauste ait été refusé par son éditeur, passe par unconte de Flaubert sur Saint Julien L’Hospitalier (meurtrier pénitent, maismassacreur d’animaux impénitent), un traité sur l’art de la taxidermie etsurtout, une pièce écrite par un… taxidermiste mettant en vedette uneânesse (Béatrice) et un singe hurleur (Virgile) — un dialogue existentielévoquant Beckett et Jacques le Fataliste de Diderot. De l’Holocauste, onne traite directement qu’au début, quand Henry élabore son projet de livrevoué à l’échec. Le reste se fait à coups de parallèles audacieux et risqués— par exemple, entre les mécanismes de l’Holocauste et le traitement quel’humanité réserve aux animaux et à l’environnement.Ce degré d’invention élevé constitue pour Martel une obligation artistique,afin d’éviter à l’Holocauste de devenir une simple anecdote : « Il y a undanger à le représenter de façon purement historique et réaliste. Si l’événementreste seulement historique, il sera oublié. Il commence à y avoir uneréaction automatique. À entendre ces mêmes histoires 150 fois, de la mêmemanière, on s’en lasse — et ça ne sert pas la cause. »En ce sens, il salue la contribution de Maus d’Art Spiegelman, cette BDlégendaire où les nazis sont chats et les Juifs souris, ou encore de Tout estilluminé de Jonathan Safran Foer, roman éclaté et postmoderne d’un jeuneJuif américain parti sur la trace des origines familiales en Pologne. Dansces cas, dit-il, le fait de sortir du documentaire historique élargit notreregard sur la tragédie.© Christine Bourgier


Des recherches approfondiesYann Martel a amorcé ses recherches sur l’Holocauste dès 2003, multipliantles voyages à Auschwitz, en Allemagne ou en Israël, avant d’écrire quatremanuscrits, passés d’un tandem essai-roman à une pièce de théâtre,avant d’aboutir au résultat final. « Personne ne peut me dire que jene sais pas de quoi je parle », affirme-t-il avec conviction. Ses traducteurset parents, Nicole et Émile Martel (voir entrevue ci-contre), le confirment :« Sa recherche est consi dérable. C’est presque un doctorat », témoigne samère. C’est pourquoi le romancier a été choqué que certains critiques voientdans son roman une banalisation de l’Holocauste, notamment à cause desaspects animaliers : « J’ai été étonné de voir des critiques littéraires seméfier autant de procédés stylistiques – des métaphores, des fables, etc. Croireque ça dénature l’événement dont on traite, c’est mal comprendre l’art. »© Isobel HarryCertains ont peut-être été déroutés par le mélange d’humour et de tragédie,de légèreté et de gravité, d’autobiographie et de fantaisie. Rien n’est simpleet direct dans ce parcours à tiroirs. Par exemple, s’il est facile de tracer unparallèle entre Henry et Yann Martel (tous deux auteurs d’un roman àsuccès suivi d’un projet de livre sur l’Holocauste), l’auteur insiste sur lefait qu’Henry est un personnage naïf, distinct de lui, servant de métaphoresur les Juifs allemands : « Henry est à l’image la vie juive du début du siècle.C’est un artiste, il est multilingue, il fait même dans le commerce entravaillant dans une chocolaterie. De plus, les Juifs d’Allemagne n’ont pasvu venir Hitler, de la même façon que Henry ne s’aperçoit pas que letaxidermiste est dangereux avant qu’il ne soit trop tard. Il a fallu la Nuitde Cristal (les pogroms meurtriers de novembre 1938) pour qu’ils voientvraiment que leur situation était intenable. »Les réflexions de l’auteur et les parallèles qu’il trace ont certainement dequoi susciter la discussion. Souvent, on se sent un peu ambivalent devantcertaines théories, alors qu’à d’autres moments on peut être profondémenttroublé par les ressorts dramatiques du récit. Travaillé et retravaillélonguement, le livre respire l’effort et semble cependant demeurer pris dansle sujet immense qu’il cherche à transcender.Yann Martel sort de l’aventure Béatrice et Virgile sans regret, avecl’impression de repasser par un chemin connu. Après l’écriture assez aiséede son premier livre, Paul en Finlande, un recueil de nouvelles primé etaccueilli avec enthousiasme, le livre suivant, Self, avait été dur à sortir etreçu froidement. Puis était venu Pi, « une joie à écrire », reçu au superlatif,avant un nouveau tour de roue plus ardu. Or, le prochain livre, né dans lafoulée d’un pèlerinage à Compostelle, Yann Martel le voit bien venir àl’horizon : « Avec Pi, je savais tout ce que je voulais faire, il s’agissait queje le fasse. Je prévois la même démarche que pour Pi, cette fois. Il y a troisparties que je vois bien, j’ai 150 pages de notes… J’ai très hâte de m’yremettre. » On lui souhaite bonne route!BÉATRICE ET VIRGILEYann MartelXYZ24 p. | 22,95$Traduire en familleDepuis Histoire de Pi, Yann Martel a une confiance totale en ses deuxtraducteurs. Normal, puisqu’il s’agit de ses parents, Émile Martel etNicole Perron-Martel, qui ont la mission très singulière de ramenerl’œuvre de l’auteur de l’anglais vers sa langue maternelle. NicoleMartel insiste bien là-dessus : « La langue maternelle de Yann, c’est lefrançais. Nous ne lui avons jamais parlé une autre langue. » Toutefois,expliquent les deux diplomates retraités, l’anglais est devenu la languede ses études, le fait de rester dans un système à l’anglaise venantdonner un peu de stabilité, tandis que la famille passait d’un paysà l’autre.Écrivain et poète lui-même, Émile Martel explique que leur travail detraduction est très complémentaire : « Nicole a un type de regard plusanalytique, beaucoup plus rigoureux que le mien ». En traduisant Pi,les lettres à Stephen Harper (Mais que lit Stephen Harper?, parul’année dernière chez XYZ) ou Béatrice et Virgile, le travail s’est fait entrois étapes, les deux traversant le livre seuls, tour à tour,puis ensemble.Les traducteurs procèdent ensuite à une nouvelle relecture avecl’auteur, une étape où le travail se raffine, avec le mot de la fin accordéà l’auteur. « Si tant est que ça existe, l’autorité parentale, dans cecas-là elle ne s’applique pas, explique Émile Martel. Et enprime, Nicole se range souvent de son côté. » Une affirmation qui lafait un peu tiquer!Les deux voient surtout des avantages dans la proximité avec l’auteur.« On peut avoir des discussions à plusieurs niveaux, la communicationest très aisée », lance Nicole. Et si elle l’est un peu moins, « on vaencore se parler le lendemain », complète le père. Pour l’auteur, « c’estcomme avoir le traducteur dans ses bagages ».« Le traducteur devient un intime de l’œuvre », indique Émile Martel.Et quand on est déjà intime, le processus s’éclaire d’autant. « La partieautobiographique de son œuvre est transparente, pour nous », souligneNicole. Une transparence qui les aide à départager l’écart entre Henryet Yann, entre l’essai et le roman, à démêler l’écheveau d’une œuvredont l’accouchement aura été long et exigeant.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 25


FICTION© Illustration: BleuoutremerLe temps qui passe,Borges et moi26 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Dans la foulée du nouveau festival littéraire Québec en touteslettres, qui aura lieu du 14 au 24 octobre prochain dans laVieille Capitale, Stanley Péan signe ici une fiction d’inspirationborgésienne, une « méditation en forme de rêverie » comme illa définit lui-même, sur l’auteur qui y sera à l’honneur : JorgeLuis Borges. À vous, donc, d’y découvrir à la fois un passionnéet un homme de lettres remarquable.L’autre soir en songe, au milieu du labyrinthe où se côtoient et s’amalgamentle présent, le passé et l’avenir, j’ai revu le jeune homme que j’étais au momentde ma découverte de Jorge Luis Borges.Dans le rêve, l’autre lisait, assis sur les berges de la Rivière-aux-Sables, dans unpetit parc que j’ai fréquenté avec compagnons de beuverie et anciennes flammes,et qui servit de décor à quelques-uns de mes récits fantastiques. Ce rêve avaittoutes les apparences de la réalité, mais cela ne saurait étonner ceux qui, à l’instardu vieil érudit de Buenos Aires, n’insistent pas pour classer réalité et réalismesur le même rayon de bibliothèque.La mémoire est une faculté qui oublie quand ça lui chante. Et à l’étudiant fraîchementinscrit en Lettres à l’Université Laval, je voulais demander ce qui l’avaitattiré chez Borges et ce qui pouvait expliquer que cette œuvre exerce encore lemême pouvoir de fascination sur le quarantenaire qu’il allait devenir. Je merappelais en tout cas avoir ébranlé les certitudes de Mèt Mo, mon défunt pèrepourtant cartésien et peu friand de fantastique, en lui offrant Le Livre de sable.Mon alter ego à l’aube de la vingtaine leva les yeux de son édition de poche durecueil de nouvelles Fictions. M’attendait-il dans ce jardin aux sentiers divergents?En tout cas, il ne paraissait guère surpris d’y voir arriver le futur lui-même /l’actuel moi-même, avec de gros sabots et des questions tarabiscotées. Évidemment,il m’avait reconnu, malgré les cheveux gris, les pattes doigts et l’embonpoint– rançons peu flatteuses du temps qui passe, inexorable, impitoyable. « Ilfaut te rappeler aussi Edgar Allan Poe, H. P. Lovecraft et Jacques Stephen Alexis,Harlan Ellison, Jacques Ferron et Marie-José Thériault, me suis-je lancé, avec unefamiliarité qui m’irrita un peu. »Alter ego ou pas, je n’apprécie pas trop qu’on me tutoie à la première rencontre,séquelle de mon éducation stricte et bourgeoise. Toutefois, le jeune Péan n’avaitpas tort. Mon rapport à Jorge Luis Borges n’était pas étranger à monaffection pour ces écrivains qui, à leur insu, avaient fait figurede modèles.Avant l’adolescence, longtemps avantde choisir la voie des lettres, j’avais lules Histoires extraordinaires de Poetraduites par Baudelaire et Mallarmé.À ma deuxième année d’université, jerelirais l’intégrale dans le texte originaldes nouvelles, poèmes, dialoguesphilosophiques et l’unique roman à lalumière des réflexions de Borges surl’œuvre d’un des rares écrivains qui aitsu modifier notre manière de lire : « Leroman policier a créé un type spécialde lecteurs », dixit Borges dans sesbrillantissimes Conférences. « C’est cequ’on oublie habituellement quand onjuge l’œuvre d’Edgar Poe; car si EdgarPoe a créé le récit policier, il a crééensuite le type du lecteur de romanspoliciers. »« Ce lecteur nouveau, volontierssuspicieux, perpétuellement sceptique,voire paranoïaque, n’hésite jamais àremettre en question tous les élémentsdu discours qui lui sont présentés, ycompris la parole du narrateur,déclarai-je.— Certes, ce n’est pas un minceexploit d’avoir inauguré à la fois ungenre littéraire et une approche inéditede la lecture, fait remarquer celui desdeux moi qui est encore jeune. Mais onpeut saluer chez Borges un faitd’armes similaire, car on qualifie biende borgésiens ce type de texteslabyrinthiques qui a eu un impact nonnégligeable sur le regard que nousposons sur la fiction etsur le réel. Car que savons-nousexactement du réel, sinon qu’il estaussi une construction?— C’est ce que déjà j’aimais à ton âgechez Philip K. Dick, qui l’avait sansdoute hérité de Borges, me répondisje,faisant à mon tour preuve desans-gêne. Encore qu’on ne puissecertifier que Dick ait fréquenté l’œuvredu grand maître argentin.— Je crois pour ma part qu’à l’instarde Kafka, il a exercé une influence siconsidérable que bon nombre de sessuccesseurs sont forcément sesémules, même sans l’avoir lu », lancesans coup férir le jeune moi, qui n’avaitpas encore appris à résister à latentation de l’esbroufe.Cette argumentation était difficile àréfuter, tant les rêveries de Borgessemblaient avoir été écrites nulle partet ailleurs, comme les Mille et une nuitsou comme ces textes littérairesperpétuellement réincarnés sousdiverses plumes dans la nouvelle« L’Auteur du Temps d’aimer » duméconnu Claude Mathieu, le plusborgésien des écrivains québécois.Peut-être alors Borges n’a-t-il été quele canal par lequel ses œuvres se sontconcrétisées. Mon double n’hésite pasà renchérir : « Plus encore, l’ombre queprojette son œuvre est si incontournablequ’elle


w w w . h e u r e s b l e u e s . c o mParPar Stanley PéanAlex et Mauve : la tortueCélyne Fortin etMarion ArbonaLa Grande TricoteuseAgnès Grimaud etMarion Arbonadonne l’impression d’avoir rétroactivementinfluencé des écrivains qui pourtant l’onthistoriquement précédé! »Comme d’autres avant ou après nous, moiet moi intellectualisons notre rapport àBorges, et c’est vrai que l’œuvre s’y prête,par sa vertigineuse érudition autant que parsa portée métaphysique. Pourtant, lepouvoir d’envoûtement de ses textes, quirelèvent parfois autant des littératures del’imaginaire que de la dissertationphilosophique ou du récit historique tientaussi à l’humour discret du créateur deL’Aleph et du Rapport de Brodie.« Trop souvent, ces exégètes dont il apeuplé ses écrits oublient que la littératureest pour Borges un jeu, une jonglerieludique avec des concepts à la fois fondamentauxet frivoles », assénai-je doctementà mon cadet. « Il faut imaginer ce biblio -thécaire aveugle s’amusant avec rigueur,écrire sérieusement, mais sans se prendreau sérieux. De son propre aveu, il n’écrivaitni pour l’élite ni pour la masse, mais pourlui, ses amis et pour adoucir le coursdu temps.Poe que Borges sans doute connaissaitpar cœur.Il n’y avait pas la moindre inflexionmenaçante dans cette riposte, mais ellesuffit à réintroduire au cœur de la rêverieun doute sur la nature de celle-ci, accentuépar la présence, trop appropriée pour êtrefortuite, de la rivière qui déroulait sur sonlit des eaux d’une noirceur digne du Styx.© Martine DoyonJ’ai eu l’envie de jeter un coup d’œil surmon reflet à fleur d’eau, histoire dem’assurer que j’étais bel et bien moi, entrain de rêver cette rencontre dont je mesouvenais d’autrefois, mais mon alter egom’avait devancé en m’annonçant froidementqu’il était celui qui rêvait et moi, justele rêvé qui adoptait tour à tour mon visagede quarantenaire et celui de mon père, àl’époque où je lui avais fait lire Borges.Soudain, de ce rêve insolite, celui de nousdeux qui rêvait s’arracha pour consigner cerécit sur le bloc-notes que je plaçaisrituellement sur ma table de chevet avantde m’endormir.Pourquoi les éléphants ont-ils peur des souris?Alain M. Bergeron etMarie-Claude DemersAbécédaire des anibêtesRobert Soulières etMarjolaine Bonenfant— Is all that we see or seem but adream within a dream ? », déclara le jeunemoi-même dont je rêvais, citantun poème d’EdgarLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 27


Écrivain, éditeuret chroniqueurlittéraire, MichelVézina a fait vœude culture et d’art.Entre deux aventures,il s’y consacrecorps et âme.S UR LA ROUTELA CHRONIQUE DE MICHEL VÉZINAlittérature étrangèreDeux visionsde notre mondeJe l’ai souvent écrit : la littérature française aura à relever le nez et à se lâcher lenombril; les livres doivent parler du monde. Mes cris auraient-ils été entendus, quediable? J’imagine ne pas avoir été le seul à le souligner, puisque cet automnelittéraire s’ouvre avec – au moins – deux titres qui, justement, nous parlent de cemonde pas joyeux du tout que nous avons construit. Nous vivons une époque noire :normal que les romans le soient, au moins un peu. Entre Virginie Despentes et PhilippeClaudel, deux visions apocalyptiques.Virginie Despentes énerve ou séduit. C’est selon. AvecApocalypse bébé, son nouveau roman, non seulement risque-tellede conforter les uns et les autres dans leurs sentiments à sonégard, mais peut-être encore les stigmatisera-t-elle.Dans le paysage littéraire français, Despentes détonne etdérange, elle fait un peu tache. Et c’est tant mieux! Parce que cepaysage (comme tout paysage sclérosé) mérite de plus en plusqu’on lui brasse sa cage – tout comme le nôtre, d’ailleurs, maisc’est un tout autre sujet. Si le pays de la littérature« nombrilistocentriste » a un besoin urgent d’apercevoir lemonde, d’en parler, d’y penser, Virginie Despentes, avecApocalypse bébé, relève le nez.APOCALYPSE BÉBÉVirginie DespentesGrasset342 p. | 29,95$Lucie est détective privée. Un peu minable, il est vrai. Elle se spécialise dans la filatured’enfants de bonne famille, ces riches qui craignent pour leurs petits et leurs petites,et qui les font suivre pour en savoir plus, d’abord sur l’assiduité de leur fréquentationscolaire, mais aussi sur leurs activités hors des murs. Ce qu’ils découvrent est rarementrose : qui traînant au café, qui s’explosant la tête au quotidien, qui faisant des pipesdans les chiottes… Nous sommes au XXI e siècle et les enfants ont des iPhones et desadresses courriel, ils s’envoient en l’air sans amour ni espoir de celui-ci, et l’avenirexiste encore moins que pour ceux de la fin des années 70 qui criaient « No future ».L’adolescente que file Lucie n’échappe à aucune de ces règles. Dès le départ, la filaturede Lucie foire. La petite réussit à se glisser entre les mailles du filet de sa surveillanceet fugue. Elle disparaît. L’agence file doux et la grand-mère, riche et habituée de traiterdu haut de son rang avec la plèbe des bas-fonds, pique sa crise dans les bureaux; elleexige qu’on retrouve sa petite-fille. Elle offre même une récompense juteuse. Alors,Lucie, qui n’est pas une spécialiste des disparitions, décide de faire appel à unespécialiste, une légende dans le petit monde des détectives privés : la Hyène. Et cettedernière n’a pas de morale. C’est une caricature de lesbienne, mais personne n’oseraitle lui dire en face : la Hyène a non seulement le coup de boule facile, mais une rarepropension à l’ultraviolence lorsqu’elle est poussée aux limites de la colère. D’où lesurnom, d’ailleurs.Apocalypse bébé plonge au cœur de ce monde de sexe, de mensonges, au cœur dece mal-être social qui accable trop de jeunes de notre époque : familles explosées,sexe débridé, drogues dures, futur sombre, enfants abandonnés à eux-mêmes… Unbeau monde, oui.Et sans vouloir vendre de punch, la fin fait l’effet d’une douche glacée…L’EnquêteJ’adore Philippe Claudel, que j’ai découvert avec Le rapport de Brodeck, ce roman où ilarrive à nous parler de la Deuxième Guerre mondiale sans jamais écrire ni les mots« Juifs », ni « Shoah », ni « camps », ni « Nazi ». J’aime Philippe Claudel depuis longtempsparce qu’il a le regard tourné sur le monde. Pour de vrai et depuis longtemps.Avec L’Enquête, Claudel plonge au cœur d’une folie sociale sans nom, dépeignantun monde qui ressemble trop au nôtre, où l’Entreprise est garante de tout, où lesgens sont anonymes, aphones, décervelés; où plus aucune vérité n’est acquise, oùplus aucun mensonge n’est exclu. Peut-être même celui de la ligne fragile entre vieet mort, entre rêve et réalité. On pense même, à quelques reprises, au filmJacob’s Ladder…L’ENQUÊTEPhilippe ClaudelGallimard288 p. | 29,95$en librairie le 29 octobreL’Enquêteur est gras, chauve et peu attirant. Il est envoyé dansune petite ville pour y enquêter sur le suicide d’une vingtained’employés de l’Entreprise. La ville est grise et froide; le temps yest à la pluie et à la neige. À la gare, personne n’attendl’Enquêteur, qui doit marcher pendant des heures avant de serendre au poste de garde de l’Entreprise où un vigile (lui aussigras, chauve et peu attirant, comme presque tous les personnagesd’hommes qui apparaîtront au fil de la lecture) lui interditl’entrée au complexe industriel. Des heures de marche plustard, transi, il trouve un hôtel tenu par une Géante qui luifait monter neuf étages pour se rendre à la chambre 14. Lelendemain, sale, l’Enquêteur est confronté au Policier, puisau Guide, puis à toute une panoplie de personnages tousaussi kafkaïens les uns que les autres, qui en viennent à luifaire croire qu’il serait peut-être mort. Carrément. Et quand il finira par sortir de l’hôtelpour se rendre à l’Entreprise, il ne comprendra pas comment il se peut qu’ils aientété si près, alors qu’il a bien marché pendant au moins trois heures, la veille…L’Enquête est un livre très sombre, mené de main de maître. Un livre essentiel donton ne pourra jamais dire qu’il n’est pas en prise directe avec notre monde, où selivre cette guerre immonde qui ne souffre ni ennemis ni alliés, où tout est dit sansque rien ni personne n’ait de prise sur rien, un monde où tout est toujours contreditsans que personne n’ait de compte réel à rendre à qui que ce soit.Un monde entropique, un monde mourant.Un monde mort.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 29


LE LIBRAIRE CRAQUE!littérature étrangèreSUKKWAN ISLANDL’ultime pèlerinage mâle : un hommedécide d’amener son fils de 13 ans,une année durant, sur une île isolée et sauvage du sud-ouest de l’Alaska. Ce qui devaitêtre une année d’aventures et de découvertes devient rapidement une descente auxenfers, alors que les lieux s’avèrent hostiles et les capacités du père,quasi inexistantes. Folie, psychopathie, chagrin, Roy ne sait quelmal accable son père et lui donne ces élans destructeurs. Jusqu’aurevirement, qui sidérera même le plus aguerri des lecteurs. Del’écriture ciselée de David Vann émane une atmosphère oppressanteet fébrile d’un réalisme insoutenable. Histoire simple d’un dramecomplexe, voilà un roman sorti tout droit des tripes d’un jeuneauteur qui, visiblement, a lui-même connu le fond du « trop-loin ».Marianne Chevrier Du SoleilDavid Vann, Gallmeister, 192 p., 36,95$LES DERNIERS JOURSDE STEFAN ZWEIGPour l’écriture de ce livre, Laurent Seksik s’est inspiréde biographies de Stefan Zweig, ainsi que du journalintime et de la correspondance de ce grand écrivainautrichien. On le sait, Zweig a fini ses jours au Brésil avec sa jeunefemme. Le couple s’est suicidé : lui, incapable de faire face à l’horreurdu charnier qu’est devenue l’Europe, et elle, qui ne s’imaginait pasvivre sans lui, nourrie des souvenirs de cet homme qui aurait pu êtreson père. Le monde d’hier a disparu, amenant le tarissement del’écriture chez celui qui est aujourd’hui adulé et respecté de toutesparts. Seksik rend de manière fort inspirée la déroute de ces fuyardsd’une civilisation si brutalement interrompue, oscillant entre lesréminiscences remaniées d’une époque dorée et les réflexions sur unhorizon des plus noirs. Un beau livre, duquel transpire une mélancoliecertaine. Yves Guillet Le FureteurLaurent Seksik, Flammarion, 188 p., 39,95$MES SEULS DIEUXLe contraste entre l’Inde et l’Occidentest important, comme nous pouvonsle constater à travers le recueil de nouvelles, très touchant, d’Anjana Appachana : Messeuls dieux. Les histoires se déroulent dans une Inde actuelle et oscillent entre levaudeville et les problèmes de castes, toujours à l’ordre du jour. Estégalement abordée, avec beaucoup de finesse, la position desfemmes, soumises à leur famille, mari, belle-famille et, parfoisencore, contraintes d’accepter des mariages arrangés. Un réeldécalage existe entre la progression des études et la persistancedes traditions. C’est avec une grande poésie que l’auteure nousattire dans ce monde paradoxal. Un livre qui fournit des donnéessocio économiques très enrichissantes et permet de se faire uneréelle idée du pays au-delà de l’aspect « Bollywood ».Tania Massault PantouteAnjana Appachana, Zulma, 304 p., 36,95$LE DODÉCAÈDRE OU DOUZE CADRESÀ GÉOMÉTRIE VARIABLEIl est toujours intéressant de lire desexercices de style. Paul Glennon nouspropage douze récits de tous genres, quientretiennent des liens les uns avec les autres, sans pour autant lesterminer. Il s’est donné pour défi de nous les livrer à l’image dudodécaèdre. Chaque récit doit en évoquer quatre autres. Et le toutnous donne un résultat très intéressant. De plus, les PUO se sontdotées d’une équipe de douze traducteurs afin de donner une saveurdifférente à chaque histoire. Un parfum de mystère flotte au longde la lecture. Parfois, le fantôme d’un récit précédent apporte uneréponse ou, pire, nous plonge encore plus dans la perplexité. J’aibien hâte de voir ce que Paul Glennon nous livrera dans l’avenir. Unechose est sûre, le défi du dodécaèdre est relevé avec brio!Shannon Desbiens Les BouquinistesPaul Glennon, Presses de l’Université d’Ottawa, 264 p., 24$ROSA CANDIDAAudur Ava Olafsdottir est de la racedes écrivaines qui vous embarque dèsles premières pages. Le héros, que son vieux père appelle affectueusement « mon petitLobbi », est un grand candide de 22 ans. Il se dégage de ce personnage, papa d’unbébé de 6 mois qu’il a eu avec une femme qu’il n’a côtoyée qu’uneseule nuit, une naïveté attachante. Alors qu’il part restaurer laroseraie d’un monastère, il enchaîne les mésaventures cocasses.C’est avec son départ que tout débute. L’éloignement géographiqueengendrera, en effet, un surprenant développement de l’instinctpaternel. Ce roman, débordant d’humour, illustre la difficulté d’êtreun homme et nous offre une histoire d’amour à contre-courant. Unlivre d'une grande fraîcheur que l’on quitte à regret, mais remplid’une nouvelle foi en l’Homme. Tania Massault PantouteLA MORT DE BUNNY MUNRO C’est durant le tournage du film The Road,dont il a créé la trame sonore, que Nick Cavea eu l’idée de ce roman. Comme dans l’histoire de Cormac McCarthy, un homme et son filspartent sur la route à la suite du suicide de la mère. Mais contrairement au père de TheRoad, Bunny Munro — vendeur de produits de beauté qui veut« sauter » toutes ses clientes, obsédé par Avril Lavigne et KylieMinogue (« Toutes mes excuses », leur écrit Cave dans sesremerciements!) — cumule les frasques et les excès. Si au départ ontrouve Munro simplement drôle et pathétique, plus on avance dansle roman, plus on s’attache à cet être impossible, plus on éprouve dela compassion pour lui, son fils et ce qu’ils vivent, jusqu’à sa morttragique. Nick Cave prouve ici qu’il peut nous bouleverser autant parsa musique que par son écriture. Mathieu Croisetière Clément Morin30 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010LA JEUNESSE MÉLANCOLIQUEET TRÈS DÉSABUSÉE D'ADOLF HITLERAudur Ava Olafsdottir, Zulma, 336 p., 29,95$Qui de mieux pour imaginer lajeunesse ordinaire d’Adolf Hitler avecun brin d’humour que Michel Folco?En s’inscrivant dans la continuité chronologique des fameux Tricotin, ce roman àl’écriture délectable offre à Adolf des ancêtres et une jeunesse quel’Histoire n’a pas décrits. Malgré la banalité de cette enfance morneet pauvre, nous ne pouvons nous empêcher de déceler à travers cepersonnage les traces de l’homme au caractère et à l’idéologieaujourd’hui tristement célèbre. Au gré des rencontres et desanecdotes marquantes, ce roman bourré de l’ironie propre à sonauteur nous fait rire et frissonner tout à la fois. Car qui aurait vudans ce garçon sans talent et aux cheveux étranges le plusdangereux dictateur de notre époque? Geneviève Roux De VerdunMichel Folco, Stock, 352 p., 29,95$Nick Cave, Flammarion, 332 p., 39,95$CANCRES LTD & CIEUn doyen désireux de sauver la réputation usurpée deson collège ou encore un chef de police voulant ruinercelle d’une vieille Anglaise : les histoires de Tom Sharpe, l’auteur génial de Wilt et duBâtard récalcitrant, c’est du bonheur, de l’éclat de rire, la preuvesalutaire qu’on peut ébranler les plus profondes convictions de sonlecteur sans l’enquiquiner avec des propos sentencieux. Cancres Ltd& Cie, recueil de quatre récits humoristiques de l’auteur britannique,est une entreprise de démolition. En effet, l’institution des collègesanglais, la vieille aristocratie, la nostalgie de l’Empire, la littératured’aventure, rien n’est épargné et on rigole; un gage qu’il n’y a pasmeilleur dénonciateur des maux de notre temps que celui qui le faitavec humour. Christian Vachon PantouteTom Sharpe, Omnibus, 1056 p., 44,95$


LE LIBRAIRE CRAQUE!littérature étrangèreORAGES ORDINAIRESUn jeune climatologue voit sa viebasculer lorsqu’il est le témoin d’unmeurtre. La victime, un chercheur en pharmacologie, détenait des papiers importantset des tueurs à gages le recherchent pour retrouver ces documents. Mais de leur côté,les policiers croient qu’il est le meurtrier. Pour sauver sa peau, ilfait disparaître toute trace d’identité : passeport, cartes de crédit,téléphone portable, jusqu’à devenir un sans-abri. Ce livre est unroman complet qui mélange plusieurs genres, du thriller au dramesocial, tout en portant une charge sévère contre le monde desaffaires. L’histoire est prenante et pleine de rebondissements. Bref,un magnifique roman : William Boyd maîtrise ses sujets d’une façonremarquable. Huguette Houde VaugeoisL’ÉCOLE DES FILMSAprès avoir constaté les échecs scolaires de Jessie, sonfils adolescent, David Gilmour lui permet de rester àla maison. Seulement, il devra regarder des films choisis par son père, ancien critique decinéma : ce sera sa seule éducation. De Truffaut à Scorsese, en passantpar Kurosawa, David Gilmour fait découvrir l’histoire du cinéma à sonfils, mais aussi au lecteur. Il décrit avec minutie et passion lesmoments les plus marquants du septième art. Une liste de tous lesfilms mentionnés clôt d’ailleurs le volume. Mais L’école des films estavant tout un récit d’apprentissage : Jessie apprendra la vie demanière différente à travers le cinéma et à travers les évènements quimarqueront les trois années de son décrochage. Pas difficile de croire,donc, que L’école des films, c’est peut-être, tout simplement, l’écolede la vie. Denis Gamache Au CarrefourWilliam Boyd, Seuil, 480 p., 34,95$David Gilmour, Leméac, 224 p., 23,95$LE CUISINIERMartin Suter a une écriture agréablequ’on retrouve avec joie à chaqueroman. Le cuisinier ne fait pas exception, d’autant plus que l’auteur ajoute des délicesgastronomiques au raffinement littéraire. Andréa, jeune serveuse collectionnant lesproblèmes avec la hiérarchie, découvre chez son collègue Maravan,cuisinier tamoul, un talent hors du commun pour la cuisineaphrodisiaque. Dans une Suisse touchée par la crise économique, ilsvont monter un commerce culinaire très particulier. En parallèle,nous découvrons, par l’intermédiaire de Maravan, la diasporatamoule fuyant la guerre civile qui ravage le Sri Lanka. Un excellentbonus nous attend également à la fin où nous retrouvons les recettesréalisées au cours de l’histoire. Un véritable bijou dont on se délectelongtemps après la lecture.Tania Massault PantouteMartin Suter, Bourgois éditeur, 346 p., 39,95$PRODIGIEUSES CRÉATURES Au 19 e siècle, Elizabeth Philpot, vieille fillefraîchement arrivée à Lyme, en Angleterre, pour yhabiter avec ses sœurs, fait la connaissance de Mary Hanning, très jeune fille sans éducationqui gagne sa vie et celle de sa famille en ramassant des fossilessur la plage pour les revendre aux touristes. Entre les deux femmesse tisse une amitié dont la trame principale est leur fascinationmutuelle pour ces « curios ». S’inspirant de Jane Austen et d’autresauteurs féminins de l’époque, Tracy Chevalier trace le portraitdélicieux mais révélant une grande injustice de femmes réclamantleur place dans un monde d’hommes. Avec une grande finesse, l’auteuremet en parallèle l’histoire intime de ces deux femmes mues parune même passion, mais séparées par la rivalité, avec les avancéesde l’histoire naturelle dans tout leur impact sur les croyances del’époque. Un bijou de roman! Anne-Marie Genest PantouteTracy Chevalier, Quai Voltaire, 378 p., 39,95$LES TÉMOINS DE LA MARIÉEMarc, un éternel célibataire coureurde jupons, annonce à ses amis qu’ilse marie avec une jeune femme de Shanghai. Quelques jours avant les noces, il meurtdans un accident d’auto. Les quatre amis d’enfance doivent doncaccueillir la fiancée à l’aéroport et la préparer à cette terriblenouvelle. Mais, surprise! C’est elle qui les réconforte. Elle connaîtdes détails sur chacun d’eux et changera le cours de leur vie.Pourquoi? Dans quel but? Un roman léger et intelligent, danslequel j’ai beaucoup aimé ces personnages aux relations parfoisdifficiles. Soyons positifs : il y a toujours une solution pourchaque problème. Didier Van Cauwelaert a une écrituredivertissante qui nous assure un agréable moment de lecture.Huguette Houde VaugeoisDidier Van Cauwelaert, Albin Michel, 248 p., 27,95$LE JOUR AVANT LE BONHEURErri De Luca a une écriture fluide etpoétique qui vous emportera dès lespremières pages. Nous suivons ici un jeune orphelin dans le Naples de l’après-guerre.Amoureux fou d’une jeune voisine qu’il a vue apparaître à une fenêtre du 3 e étage, iltente d’atteindre ce bonheur. Le concierge de l’immeuble, entreune discussion sur l’histoire et une partie de cartes, veille sur lui.« Tu es une bonne graine », lui dit-il; une graine qui pousseégalement grâce à l’ « arrosage littéraire » d’un généreux librairedu quartier. Aidé par ces deux tuteurs improvisés, notre hérosapprend la vie, l’amour et la folie des hommes. Comme chez PauloCoelho, c’est toute une philosophie de vie qui vous sera proposéedans ce roman. Retrouvez l’univers de cet auteur dans Trois chevauxet Sur les traces de Nives, qui sont également de véritables bijoux.Tania Massault PantouteErri De Luca, Gallimard, 138 p., 24,95$L’ENTREPRISE DES INDES La genèse d’un rêve : celui d’un homme, ChristopheColomb, et de cette folle entreprise qui devaitl’amener, par accident, à découvrir l’Amérique. C’est en effet les débuts de cetteaventure qui nous sont racontés sous forme de confidences parBartolomé, le frère cadet du célèbre explorateur. Nous voici doncplongés dans le Lisbonne du XV e siècle, où le narrateur apprend lemétier de cartographe dans une cité en pleine effervescence. Songrand frère, maintenant devenu un amiral très en vue, l’entraîneradans la folie qui le pousse à naviguer vers l’ouest afin d’atteindreles richesses des Indes. La plume précise d’Erik Orsenna nous faitvoguer aux côtés de ces pionniers jusqu’à l’établissement despremières colonies sur l’île d’Hispaniola.Marc-André Hébert Galeries de GranbyErik Orsenna, Stock/Fayard, 400 p., 32,95$SUITE(S) IMPÉRIALE(S)Septième roman de Bret Easton Ellis,Suite(s) impériale(s) est la suite deMoins que zéro, paru en 1985. Clay, maintenant dans la mi-quarantaine, est devenuscénariste à New York et retourne à Los Angeles pour procéder au casting de sonprochain film. Il reprend contact avec ses anciens amis et seretrouve confronté aux aspects les plus sombres de sa personnalitélorsqu’une sordide histoire de meurtre vient le troubler. Dans ceroman noir moderne, sexe et violence se côtoient dans un styledénué d’émotion, propre à l’auteur, qui tend vers une représentationpessimiste de la nature humaine. Et c’est ce qui fait qu’Ellis nonseulement choque, mais est aussi l’un des auteurs les plus efficaceset les plus essentiels de sa génération. En librairie le 5 octobre.Pénélope Jolicoeur VerdunBret Easton Ellis, Robert Laffont, 234 p., 29,95$LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 31


LE LIBRAIRE CRAQUE!littérature étrangèreAPOCALYPSE BÉBÉApocalypse bébé nous entraîne sur lestraces de Valentine, la fille d’un auteurà succès, en fugue depuis plusieurs jours. Lucie, une détective privée blasée qui étaitchargée de surveiller l’adolescente, et la Hyène, son redoutable brasdroit au passé louche, vont tenter de la retrouver, en parcourantla France et l’Espagne, dans un thriller lesbien extrêmementefficace. La particularité du dernier roman de Virginie Despentesréside dans l’insertion de chapitres qui permettent de sortir ducadre narratif et de connaître les pensées les plus secrètes despersonnages croisés au fil de l’enquête. On se trouve rapidementhappé par cette histoire incroyablement bien ficelée et la finale,aussi troublante qu’inattendue, nous laisse le souffle coupé. Unincontournable de la rentrée! Pénélope Jolicoeur De VerdunLES CHOIX DE LA RÉDACTIONlittérature étrangèreBIFTECKMartin ProvostPhébus128 p. | 19,95$Dans la famille Plomeur, on est boucher de père en fils : en matière de viande, ons’y connaît. D’ailleurs, le jeune André sait parfaitement manier la chair – celledes femmes, bien sûr! En pleine guerre de 14, alors que tous les hommes du villagesont partis au front, le garçon boucher, lui, se charge d’occuper les épousesesseulées. Or, toute bonne chose à une fin et, alors que les soldats rentrent aubercail, André trouve soudain devant sa porte un bambin, puis un autre, et untroisième… au total sept bébés abandonnés! Le nouveau père,chassé du village par un mari jaloux,quittera sa Bretagne natale et, sa progénituresous le bras, prendra la mer à larecherche d’une terre d’asile. Récit d’unvoyage insolite, Bifteck est un véritablefestin de lecture!Virginie Despentes, Grasset, 342 p., 29,95$QUAND SOUFFLE LE VENT DU NORD Peut-on tomber amoureux d’un expéditeurde courriels? En voulant résilier unabonnement à un magazine, Emmi se trompe d’adresse et envoie plusieurs courriels àLéo. Celui-ci répond d’abord assez sèchement, mais peu à peu, les échanges sporadiquesdeviennent de plus en plus nombreux. Tous les deuxjouent habilement avec les mots, oscillent entre envie, désir,raison, séduction et fantasmes. Vont-ils se rencontrer? Emmi estmariée, Léo sort d’un chagrin d’amour... Ce roman surprenant, sansmièvrerie, est composé uniquement des courriels échangés.Pourtant, on ne s’ennuie pas une seconde : on lit fébrilement, onsourit et on frémit à la lecture des propos intelligents. Sansapporter de solutions aux protagonistes, l’auteur abordedélicatement la notion d’infidélité et les réflexions valent ledétour... Johanne Vadeboncœur Clément MorinDaniel Glattauer, Grasset, 348 p., 29,95$C’est l’histoire d’un prince charmant. Ou plutôt d’une princesse. Alors qu’Antheatombe amoureuse de Robin, une artiste rebelle qui ressemble à Johnny Depp, sasœur Midge a du mal à accepter son homosexualité. Elle se tourne alors vers Paul,un garçon doux et délicat, comme une fille. Version queer des contes de fées qu’onrépète aux petites filles, Girl meets boy s’inspire du mythe d’Iphis – jeune filleélevée comme un garçon, tel que raconté dans Les Métamorphoses d’Ovide – pourbousculer les genres, littéraires comme sexuels. La romancièreécossaise Ali Smith signe une fablemilitante remplie d’humour dans laquellel’homophobie en prend pour son grade.GIRL MEETS BOYAli SmithDe l’Olivier144 p. | 32,95$32 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010LA MISE À NU DES ÉPOUX RANSOME Si vous avez des bleus à l’âme, réjouissezvous: Alan Bennett est de retour! Après Lareine des lectrices, fable hilarante sur la monarchie britannique, il nous livre ici unesuperbe critique de la vie compassée d’un couple bourgeois, évidemment anglais,victime d’un cambriolage des plus radicaux. Pendant qu’ils étaientà l’opéra, l’appartement des Ransome a été cambriolé : tout a étéemporté jusqu’aux plinthes, au tapis et au papier hygiénique. Ilne reste que les murs… Le couple passe de l’encombrement de savie à une simplicité involontaire épuisante et à la nécessité dedevoir affronter le monde réel. Drôles, tendres et cruels à la fois,les personnages semblent sortir de chez Madame Tussaud. La cireva-t-elle fondre ou bien craquer? Un roman dans lequel la mise ànu rime avec la mise à mort… pour rire, évidemment!Marie-Pierre Laens PantouteAlan Bennett, Denoël, 160 p., 23,95$LE KABBALISTE DE PRAGUEDepuis plus de trente ans, Marek Halternous livre dans ses romans des récits etdes légendes transmis par le peuple juif. Dans le cas présent, le titre en lui-même peutsembler rébarbatif à des néophytes en matière de Kabbale. Grâce àun glossaire complet des termes utilisés, on parcourt le roman avecune aisance de kabbaliste. L’histoire met en vedette un rabbin maîtredans la transmission de la Kabbale et sa petite-fille, qui fait face àune promesse faite par son père et son meilleur ami. Un romanpassionnant, qui nous entraîne dans une lutte pour la liberté dechoix, notamment celui d’un époux. L’action nous plonge en pleinXVI e siècle, pendant lequel la Kabbale a pris son essor en Europe.Mais ici, seul le Golem pourra dénouer l’intrigue. Un autre succès deMarek Halter. Audette Landry Boutique VénusMarek Halter, Robert Laffont, 276 p., 29,95$Sentant que sa mort est proche, un vieil homme se confie à son fils. Il se remémoreles événements qui ont marqué son existence; sa fuite de la ville de Temesvar enRoumanie durant la guerre, la maladie qui faillit lui coûter la vie, sa rencontreavec Zsuzsanna, sa future femme à qui il avait promis une vie de lait et de miel,la perte d’un de leurs enfants… Avec nostalgie, il se souvientde son compagnon d’aventures, Stefan,dont il fut mystérieusement séparé enDE LAITET DE MIELJean MatternSabine Wespieser144 p. | 31,95$1944 et qui, soixante ans plus tard, luimanque toujours autant. Avec De lait et demiel, Jean Mattern livre un roman surl’amitié émouvant et d’une grande beauté.Le premier roman du Suédois Henrik B. Nilsson a séduit son pays d’origine. Visiteguidée au cœur de la Vienne du début du 20 e siècle, alors capitale culturelle del’Europe, l’intrigue du roman Le faux ami dévoile une période sombre de l’histoiredu Vatican. Les personnages, tiraillés entre tradition et modernité, errent dansles rues de la capitale autrichienne, notamment l’attachant Hermann Freytag, uncorrecteur retraité, rappelé au travail pour corriger le manuscrit de l’écrivain àsuccès Boris Barsch : écrit faisant un piedde nez à l’Église catholique. L’atmosphèreLE FAUX AMIHenrik B. NilssonGrasset576 p. | 32,95$prenante, le grand souci du détail et lesamusants clins d’œil à la réalitécontemporaine rendent ce texte fortdistrayant. On entendra encore parler decet Henrik B. Nilsson.


Robert Lévesqueest journalisteculturel et essayiste.Ses ouvrages sontpubliés aux éditionsBoréal, Liber et Lux.E N ÉTAT DE ROMANLA CHRONIQUE DE ROBERT LÉVESQUElittérature étrangèreArthur CravanPoète et boxeurMarcel Duchamp ça va, tout le monde ou presque le connaît, ne serait-ce que pourson urinoir, son porte-bouteilles, sa Joconde avec un bouc et des moustaches, et soncélèbre Nu descendant un escalier. Les rats de cinémathèques l’ont tous vu joueraux échecs avec Picabia sur le toit du Théâtre des Champs-Élysées dans Entr’acte deRené Clair. L’élégant hurluberlu des ready-mades est quasiment aussi célèbre quePicasso. Mais il est un autre hurluberlu, plus hurluberlu encore, que la mémoirecollective a moins choyé, qu’elle a largué, si l’on peut dire, puisque cet hurluberlu-làest disparu en mer en 1918, au large de Salina Cruz dans le golfe du Mexique. Il avait31 ans. Il ne s’appelait pas vraiment Arthur Cravan, mais il s’appelait Arthur Cravanquand même…Les deux zigotos, Duchamp et Cravan, étaient nés la mêmeannée, en 1887, l’un Français, l’autre Anglais. Ils se connurent àParis puis à New York, s’amusèrent et se méfièrent l’un de l’autre,et se distancièrent, car, comme Céline et Léautaud quis’ignoraient publiquement, on comprend qu’entre monstres ougrands farfelus, entre génies ou réels francs-tireurs, on garde dela distance, on ne se marche pas sur les nougats. Mais tout lesrapprochait, cependant, ces artistes de l’antitout qui ruaientdans les brancards des autres, les Anciens comme lesModernes, ces « anartistes » selon le néologisme qu’inventaDuchamp, l’ancêtre du pop art, le pépé de Warhol.ARTHUR CRAVAN,PRÉCIPITÉBertrand LacarelleGrasset268 p. | 29,95$Duchamp était champion aux échecs? Cravan boxait! Il étaitpoète et boxeur, Cravan, et il fut champion de France de boxe amateur en 1910. Cessportifs, et de l’échiquier et du ring, tous les deux très grands, tous les deux trèsbeaux, tout les deux très chauds lapins (à New York, lors de l’Armory Show de 1913,ils courraient après la même fille, Mina Loy, qui arrêta son choix sur Cravan, autremotif de méfiance…), avaient quelque chose de l’aristocratie de la controverse et dela noblesse de l’humour. Mais il importe tout de même de dire que Duchamp, dansle champ de l’art, a une importance majeure (désacralisation et remise en questionde l’art) que Cravan, dans la caravane de la littérature, aussi original fût-il, aussi brutalet drôle, n’a pas. Disparu tôt, peut-être aurait-il produit une œuvre dépassant,surpassant ses errances de jeunesse, ses coups de pied au cul de tous sescontemporains (sauf son ami Van Dongen!) Mais qui sait!Un an avant de mourir, le vieux Duchamp accorda des entretiens au critique d’artPierre Cabanne. Ces Entretiens de 1967 (maintenant épuisés), je les ai lus et relus.L’inventeur fascinant se raconte et s’explique, sur l’art et sur son abandon de l’art.C’est à lire absolument pour bien remonter à la source de l’art moderne, de cet espritnouveau qui fit le XX e siècle, l’âme du XX e siècle débutant que représentaient cesDuchamp, Cravan, Picabia et ceux que Breton enrégimentera plus tard, une fois sonManifeste du surréalisme lancé, régiment dont ne firent jamais partie nos deuxlascars même pas rivaux, mais royaux…Cabanne demanda à Duchamp ce qu’il pensait d’Arthur Cravan : « C’était un drôlede type. Je ne l’aimais pas beaucoup, lui non plus d’ailleurs. Vous savez, c’étaitlui qui, à l’un des Salons des Indépendants, en 1914, avait engueulé tout lemonde dans des termes étonnants, en particulier Sonia Delaunay et MarieLaurencin, il a eu des ennuis pour ça… » Voilà ce que l’octogénaire MarcelDuchamp daignait dire de celui qui lui chipa la belle Mina Loy un demi-siècleplus tôt. Par contre, à propos du boxeur, pas de retenue : « C’était un boxeurfantastique, très grand. »Ce que Cravan, dans la revue Maintenant qu’il avait créée, qu’il tenait seul etdistribuait à la brouette, avait écrit sur Marie Laurencin, la blonde d’Apollinaire,choquerait sans doute encore aujourd’hui à peu près tout le monde, sauf lesgrands amateurs de crudités : « En voilà une qui aurait besoin qu’on lui relèveles jupes et qu’on lui mette une grosse… quelque part. » Il ajoutait : « Pour luiapprendre que l’art n’est pas une petite pose devant le miroir. » Puis il enprofitait pour définir sa pensée : « La peinture c’est marcher, courir, boire,manger, dormir et faire ses besoins. » Cravan n’épargnait pas plus Apollinaire,et il dut faire preuve de prestesse pour éviter le duel avec l’armoire à glacequ’était le poète d’Alcools… Cravan tirait sur tout ce qui bougeait, ce qui eutl’heur de plaire à Breton qui reconnaissait chez lui « le climat du pur génie »,mais l’on peut penser que Cravan, comme les autres, s’il n’était pas disparudans le golfe du Mexique, aurait connu l’excommunication papiste, lui qui avaitécrit, dans ses derniers textes poétiques (Notes, vingt pages écrites en 1917),que « les plus grands monuments font le plus de poussière ».C’est un jeune homme, Bertrand Lacarelle, qui nous ramène Cravan en 2010. Il a32 ans, il vit à Paris, il a déjà publié un ouvrage sur le poète Jacques Vaché (autrehurluberlu dadaïste avant la lettre, mort en 1919 d’une overdose d’opium). Sontexte est vif de compréhension, habile dans le survol, brillant dans l’approche dece Fabian Avenarius Lloyd, alias Arthur Cravan (Cravan pour le nom du village –Cravans – d’une de ses petites amoureuses). Les amateurs du surréalisme, del’humour noir, de l’ « umour » comme l’écrivaient et Cravan et Vaché, vont serégaler. Le chapitre sur la visite que Cravan aurait faite à Gide en 1913 (mais onne sait pas si elle a eu lieu!) est pissant; il le traite de cabotin et lui sert « desmœurs d’Androgide »…, et puis il se dit absolument pas admirateur du monsieur,mais nécessiteux, car il est allé chez Gide puisque l’auteur des Nourrituresterrestres est riche et qu’il a besoin de sous pour ses steaks de pugiliste…Il faut dire qu’Arthur Cravan (les requins mexicains ont déchiqueté son âme)était le neveu d’Oscar Wilde par sa mère qui était la sœur de Constance Lloyd,la cocue madame Wilde, qu’il n’était pas chauve, mais soutenait avoir « lescheveux les plus courts au monde », et que son œuvre complète (mais l’éditionen est épuisée) pourrait se lire en une heure… Il faudra rééditer Cravan! Avantle centenaire de sa dernière baignade…LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 33


De la lecture pour tous !COMPACTS ROMANS ESSAISLE FROID MODIFIELA TRAJECTOIRE DES POISSONSPierre SzalowskiPAUL ET CLAUDELDaniel dÄL’ART DE LA SÉCURITÉMaurice Cusson[ En librairie le 16 septembre ]LE JARDINIER DE MONSIEUR CHAOSFrancis MalkaJE VOUDRAIS QU’ON M’EFFACEAnaïs Barbeau-Lavalette[ En librairie le 30 septembre ]LA NOUVELLE QUÉBÉCOISEGaëtan BrulotteALBUM[ En librairie le 7 octobre ]MADEMOISELLE PERSONNEMarie Christine BernardEN ROUTE ET PAS DE SENTIMENTMichel GosselinTINTIN ET LE QUÉBECTristan Demers


La rentrée sous les projecteursL’équipe du libraire braque les projecteurs sur les nombreuses nouveautés de la rentrée littéraire. Sans oblitérerles grands noms attendus avec impatience, nous vous proposons une sélection de titres à surveiller,comprenant nouveaux auteurs et écrivains confirmés. De plus, vous découvrirez dans les pages qui suivent desentrevues avec des grands de la littérature, de même que les choix de vos libraires. Ces derniers se sontaimablement prêtés au jeu de révéler leurs coups de cœur parmi les auteurs québécois et étrangers.Notez que cette sélection n’est pas exhaustive et que certains titres ne paraîtront qu’en octobre ou ennovembre. Restez à l’affût!L’équipe de rédaction du librairepar Dominique LemieuxLittérature québécoiseCatherine MavrikakisFiger l’éternitéAprès le tourbillon du Ciel de Bay City, CatherineMavrikakis revient cet automne avec L’éternité enaccéléré, « un ensemble d’instantanés, de réactionsécrites qui ont la prétention d’empêcher le présent d’êtrejetable », dixit l’auteure. Rencontre en accéléré.© Marie-Reine MatteraCes textes, corrigés et retravaillés, sont tirés de votreblogue. Que pensez-vous du Web?J’erre sur le Web. Je m’y promène. Je n’y vois quedes avantages. Le Web permet des réinventionspermanentes.On sent l’angoisse dans votre carnet. En quoi cela vousalimente-t-il?Je suis inquiète, toujours inquiète, aux aguets, face àl’avenir, face à ce qui peut nous tomber dessus. C’est uneforme d’écoute du monde, des autres. Je suis une oreilletendue, oui, très tendue…D’où l’inspiration vous est-elle venue?Je me suis faite « cannibale » du moment, des êtres,des journaux, des réflexions que j’ai entendues, detout, de tout. C’est souvent un événement anodinqui me rend perplexe, qui m’irrite, qui me fait rireet qui est le déclencheur de ce type de réflexion.Cela peut être aussi un rêve. J’ai essayé de comprendreen quoi l’objet de mon intérêt réveillait des chosesen moi. C’est tout.En quoi le quotidien vous inspire-t-il?Je ne connais que le quotidien. Il nous écrase souvent.Il nous avale. L’écrire me permet de lui donner un sens,une forme, de le mettre à distance.Vous dites : « Lire n’est pas une partie de plaisir. Écrire nonplus. » Pourriez-vous nous en dire davantage?Je suis particulièrement fatiguée de la culture du divertissement.Un livre n’a pas nécessairement à vous faire plaisir.On ne va pas au musée juste pour trouver cela amusant.Il me semble que l’art doit révéler quelque chose de grave.Quelles lectures vous influencent?En ce moment, Bret Easton Ellis, Will Self, Alice Sebold.Le New York Times, mais aussi Baudelaire. Je lis beaucoupet suis très poreuse.À quoi ressemblera votre prochain ouvrage?Mon prochain livre est presque fini. Cela parle de quatrepersonnes qui ont vécu un même drame. Soit par procuration,soit directement. L’un de mes personnages est uncondamné à mort.Les grands retoursIl y a de ces auteurs que l’on suit comme une religion. Ainsi, ilest facile d’imaginer qu’une pléthore de fidèles déposera destonnes de Revenir de loin de Marie Laberge sous le prochainarbre de Noël. Michel Tremblay en ravira autant avec ses Contesde Josaphat-le-Violon (Leméac), qui baignent toujours dans lemonde attachant de ses personnages fétiches. Même chosepour Jean-François Beauchemin, Louis Hamelin et SuzanneJacob qui nous séduira avec Un dé en bois de chêne (Boréal), unrecueil de nouvelles à propos de relations amoureuses et de ruptures. On attendaussi Conséquences lyriques (Québec Amérique), le prochain Pierre Yergeau,décrit par l’éditeur comme « un roman cubiste ». Claude Jasmin revient, lui,avec Papamadi, une autofiction publiée chez VLB éditeur, alors que Lucie Pagépoursuit son combat pour un monde meilleur (Encore un pont à traverser, Libreexpression). Quant à André Marois, il touche au roman psychologique avec Neufans, pas peur (La courte échelle), alors qu’on plonge dans la crise de la cinquantainegrâce à Comme dans un film des frères Coen (XYZ) de Bertrand Gervais.Sortir de son blogueDepuis les succès mérités de Caroline Allard, lamère indigne, ou du doué chauffeur de taxiPierre-Léon Lalonde, la tendance du bloggeurécrivainne s’estompe guère. Et tant mieux...Premier arrêt, du côté d’une autre mèreindigne – de deux petits terroristes – sanscensure et au ton attachant. Véronique Fortin,du blogue Pépinesurunfil.com, mérite de faire le saut hors des écrans avec sonsucculent Journal irrévérencieux d’une mère normale (La Bagnole), un recueil de sesmeilleures chroniques illustré par Rémy Simard. Dans un tout autre registre, SandraGordon sort de sa Cour à scrap (.com) pour offrir un solide premier roman qui, selonJean Barbe, montre un sens extraordinaire du dialogue. Il faudra chercher cesCorpuscules de Krause (Leméac) en librairie. Autre grand nom du Web, le journalisteet chroniqueur Nicolas Langelier présente au Boréal un roman au titre tout indiqué :Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles. Voilàqui pique la curiosité! Les lecteurs préféreront peut-être se lancer dans l’universLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 35


36 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Littérature québécoiseYing ChenUn brin de sagesseIl y a d’abord eu La mémoire de l’eau en 1992. Puis,de ces incontournables Lettres chinoises à Un enfantà ma porte, Ying Chen a séduit les lecteurs d’ici. Lecharme se poursuit avec Espèces (Boréal), autre tourde force de l’auteure d’origine chinoise, maintenantinstallée à Vancouver. Par le quotidien de ses personnagesfétiches, une femme anonyme et son époux,Ying Chen nous guide dans ce que l’humain a de plussombre et se braque contre l’individualisme etl’inhumaine humanité. Le tout,enrobé dans uneécriture élégante, sobre et efficace.Ainsi, la femme sans nom revient, se vautre dans sonmarasme habituel. Et puis, d’un coup, c’est la révélation.Elle se métamorphose en chat, sans que sonentourage s’en émeuve réellement. Pour la femmechat,tout change. Elle observe, méditative. Elle jetteun regard nouveau sur ces humains qui vivent avecun tel sentiment de supériorité.Le contraste entre la vie féline et la condition humaineest majeur. « Pourquoi est-ce plus facile aujourd’huid’être un chat qu’être humain?, se questionne YingChen. Les individus sont maintenant plus enclins às’occuper d’un chat que d’un de leurs semblables.C’est le monde à l’envers. » En chat, la femme atteintune nouvelle sérénité. « La vie est tellement plussimple sans langage », explique l’auteure. Pessimiste,Ying Chen? « Pas du tout. En fait, je suis théoriquementpessimiste. Pratiquement, il faut continuer, jecontinue, l’humanité continue. On ne peut pas êtrepessimiste dans l’action. »À l’aube de la cinquantaine et après vingt ansd’écriture, Ying Chen est à l’heure des bilans : « J’aimoins de force en vieillissant, moins de temps pourécrire, moins d’énergie, moins de concentration. Jesuis plus prudente. J’essaie de ne pas être trop sage,même si je le suis plus qu’avant. J’ai un peu plusde lucidité. Un peu plus de sérénité, aussi. »Chose certaine, les lecteurs resteront fidèles à lafragile artiste.© Tie-Ting SuCaroline Larouche,Les BouquinistesLes bouteilles, Sophie Bouchard (La Peuplade)Les soupirs du vent, Marie-BernadetteDupuy (JCL)Bancs publics, Nicole Houde (La Pleine Lune)Déjà, Nicolas Bertrand (Septentrion)Noblesse déchirée (t. 3), Jennifer Ahern (Libre Expression)sombre mais drôle d’Une vie inutile (Héliotrope) deSimon Paquet, qui tient le blog du même nom.Toujours aussi prometteurRetrouver un auteur qui avait fait grande impressionles saisons passées est toujours une expérienceagréable. Le vent automnal annonce le retourd’Hélène Vachon qui avait épaté, en 2002, avec Latête ailleurs. Cette fois, elle offre un morceau touten finesse avec Attraction terrestre (Alto), quicélèbre, selon son éditeur, « le bonheur d’exister surterre ». Chez Leméac, on applaudit la récidive deSofia Benyahia qui, trois ans après l’excellent Lescouteaux à pain trouent les seins comme rien,revient avec Contes pour mon père. Après avoirfréquenté l’univers des moines, David Dorais ouvrela porte à un étrange Cabinet de curiosités, un texteà la limite du fantastique publié à L’instant même,qui annonce également Soyons amis de SuzanneLantagne. Grâce à Un souffle venu de loin d’EstelleBeauchamp, dont on se rappelle Les enfants de l’été,on s’évadera avec Mirka, enfant réfugiée au Canadaaprès la Deuxième Guerre mondiale. Dans unregistre plus léger, Anne Bonhomme quitte le milieuscolaire de La suppléante pour naviguer, avec Échecset maths (Stanké), dans les méandres de la télé -réalité et de la beauté à tout prix.Se faire un nomPercer, voilà le défi de tout auteur d’unpremier roman. Qui seront les perlesrares, les Kim Thuy ou Marc Séguin dela rentrée 2010? Il faudra fouiller,encore une fois, du côté du Marchandde feuilles, qui offre La huitième gorgéede Valérie Carreau, des nouvelles sur lequotidien de femmes, et L’évangileselon Taura de Jimmy Lalande, quiprouvera – qui sait – l’existence deDieu. À moins que la surprise ne viennede l’artiste visuelle Suzanne Leblanc etde son roman philosophique d’unegrande sensibilité La maison à penserde P. (La Peuplade). La chronique familialedu dramaturge Gilles Vilmont, Ladernière nuit de Jeanne (La courteéchelle), intrigue aussi avec ces frères etsœurs rassemblés, malgré les conflits, auchevet de leur mère mourante. Lamaladie est également présentedans Déjà (Septentrion), du jeuneMontréalais Nicolas Bertrand. Pendantque Dominique Robert ouvre la porte desa Chambre d’amis (Herbes rouges), lesdésillusionnés, eux, opteront pourZ.I.P.P.O. (Leméac), premier roman dedeux altermon dialistes, Mathieu Blais etJoël Casséus.Un vers pour la routeGrosses pointures d’un côté, nouveaux venus del’autre : l’automne augure bien dans les rayons depoésie. Parmi les plus attendus, notons le recueil deLouise Dupré (Noroît), L’épreuve de la distance deDenise Brassard (Noroît), Les grands cimetières deMartine Audet (L’Hexagone), L’or de Klimt deJean-François Poupart (Poètes de brousse), Toutel’œuvre incomplète de François Hébert (L’Hexagone)et Les Urbanishads, la premièreincursion en poésie pour ledramaturge et romancier SergeLamothe (Lézard amoureux). Deplus, on surveille attentivement lesparutions de Véronique Cyr, ClaudeParé, François Guerrette, JoanneMorency, Jean Sioui et PatrickLafontaine, qui ont derrière euxdes recueils de grande qualité.On pourra aussi côtoyer les oiesde Mireille Gagné ou les icônesdémodées de Nelson Charest, ets’aventurer dans les haïkus deXavier Jacob, dans les graffitis deChantal DesRochers et auxtréfonds de la nuit avec FranzBenjamin. Un détour s’impose vers les élans deMarjolaine Beauchamp (Aux Plexus, L’écrou),lauréate du Grand Slam National de Poésie 2009.Et pourquoi ne pas essayer la poésie de PierreDesRuisseaux (Chemin du miracle, Noroît), actuelpoète officiel du Parlement canadien à Ottawa?Entre deux plateaux de tournageIl est toujours intrigant de découvrir les créationslittéraires de figures connues du petit et du grandécran. Manient-ils les mots aussi bien que la parole?Il faudra lire. D’abord, L’homme errata (Fides), del’homme de théâtre Jean-François Casabonne suit laremise en question d’un artiste. Avec talent, lacinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette conserve l’espritde son film Le Ring avec Je voudrais qu’on m’efface(Hurtubise). De son côté, le comédien Gilbert Turpdévoile la reprise en main d’un homme (Ne t’arrêtepas, Leméac). Michel Jean, animateur de JE, rendraquant à lui un hommage bien senti aux femmes avecUne vie à aimer, à paraître chez Libre Expression,


aussi éditeur du western Unehistoire de cowboy de – leshabitués de RDS la reconnaîtront -Claudine Douville. On ne peutpasser sous silence les premiersromans du scénariste et comédienBenoît Roberge (Éparpillé, LesMalins) et de Varda Étienne (Femmesde gangster, Intouchables). Mentionsspéciales aussi à Roy Dupuis qui figure dans le titredu Luc Mercure (La faute à Roy Dupuis, Leméac) etau hockeyeur Patrick Roy, qui, incidemment, portele même nom que l’auteur de La ballade de NicolasJones (Quartanier). Gageons que ce Patrick Roylittéraire retiendra notre attention avec son « westernmétaphysique ».Une histoire à raconterLes Québécois sont friands de sagashistoriques, et ils seront gâtés aucours des prochaines semaines!Détour obligé par la conclusion dela série « Un bonheur si fragile »du prolifique Michel David, décédéen août. Son éditeur, Hurtubise,offre également les suitesespérées des « Folles années » deJean-Pierre Charland et de La forcede vivre de Michel Langlois. Suites ultra-attenduesaussi que celles des « Mémoires d’un quartier » deLouise Tremblay-D’Essiambre et de « Racines defaubourg » de Sophie-Julie Painchaud, toutes deuxchez Guy Saint-Jean éditeur, d’« Au bout de l’exil» de Micheline Duff, d’« Une jeune femme enguerre » de Maryse Rouy et de « La Fille du PasteurCullen » de Sonia Marmen, publiés chez QuébecAmérique. Par ailleurs, pour ceux qui n’ont entaméaucune de ces séries, jetez votre dévolu sur leprometteur Jour de tourmente (VLB) de Marie-Claude Boily, sis dans le Montréal ouvrier desannées 1880, ou sur Le curé d’Anjou (Fides)d’Odette Mainville, basé sur l’histoire vraie d’unprêtre gaspésien alcoolique. Pour un zeste deglamour, optez pour les destins de « Reinestragiques » (Danny Saunders, LesÉditeurs Réunis).Lire un sourire aux lèvresRire de soi, voici l’objectifqu’atteint François Barcelo avecÇa sent la banane, romand’autodérision dans lequel unQuébécois s’évertue à donnerdes cours de claquettes, malgréson incapacité à en exécuter lemoindre pas. L’humour est aussiau rendez-vous dans Et Dieucréa les animaux à notreimage, fable moderne imaginéepar Marc Sauvageau (Planèterebelle). Autre conte pouradultes, Hier, j’ai marché quinze jours (MichelBrûlé) d’André Richard ravira les amateurs de récitspoétiques et humoristiques. L’ironie et l’humourd’Hélène Ferland se revêtent de noir au détour despages d’Une nouvelle chasse l’autre (Sémaphore),un recueil qui, entre deux récits plus sombres,laisse poindre un soupçon de sarcasme bien senti.Car, même si la vie n’est pas toujours drôle, mieuxvaut en rire…À l’ombre d’un sourireUn livre est un rétroviseur, un moyen de regarderle passé. Un ouvrage comme En route et pas desentiment (Hurtubise) permet de suivre lesderniers moments d’Anne Hébert à travers lesyeux de Michel Gosselin, qui aréellement côtoyé la grande damedes lettres avant son décès. Fictionet réalité s’entremêlent pourmontrer un nouveau visage de ladiscrète Anne Hébert. Semblableproposition du professeur etcritique Réal La Rochelle, qui revitle passage à Montréal dugénial interprète et compositeur LeonardBernstein, dont on souligne le 20 e anniversaire dedécès cette année (Lenny Bernstein au parcLafontaine, Triptyque). D’autres s’attardent à desclans, dont André Lamontagne, qui exhume lepassé de la communauté chinoise à Québec dansLes fossoyeurs (David). Plus intime, Nadia Ghalemraconte avec L’amour au temps des mimosas(Mémoires d’encrier) le parcours d’immigrants. Lethème de la mémoire est également omniprésentdans le quatrième roman de Jérôme Élie, L’oubli,après nous (Pleine lune). La narratrice de Jemourrai pas zombie, deuxième roman de DianeLabrecque à qui l’on doit Raphaëlle en miettes,entame la recherche de deux anciennes flammes.Comme quoi il y a des rencontres qui marquentà jamais…Yves Guillet,Le FureteurTiroir N o 24, Michael Delisle (Boréal)Le temps qui m’est donné, Jean-François Beauchemin (Québec Amérique)De chair et de bronze, Rachel Laverdure (VLB éditeur)La respiration du monde, Marie-Christine Huglo (Leméac)Comme dans un film des frères Coen, Bertrand Gervais (XYZ)© l’AbricotWilliam M. MessierUne étrange odeurde réussiteUne odeur de diesel mélangée aux pénibles parfumsdes charognes. Voilà ce qu’Étienne, personnageprincipal du roman Épique de William S. Messier(Marchand de feuilles), devra subir pendant l’été2005. Road novel au cœur des Cantons-de-l’Est, cerécit s’avère une des bonnes surprises de la rentrée,un condensé d’humour fin qui s’amuse à tisser desliens entre le folklore et la modernité. « Je trouve leparadoxe entre les deux concepts intéressant,puisqu’ils sont normalement opposés », soulignecelui qui a signé le recueil de nouvelles Townshipsen 2009.Pendant la période estivale, Étienne ramassechevreuils morts et moufettes écrasées au côté deJacques Prud’homme, une légende du tout Brome-Missisquoi. Puis, après de multiples signes avantcoureurs,un déluge frappe la région. Frappeégalement l’imaginaire des Estriens, qui ont alorsbien besoin de ces héros locaux. Au détour, Messierdiscourt sur le temps. « C’est un élément importantdu texte, croit-il. L’idée de prendre le temps, de sel’approprier est mise de l’avant. »Décidément, Messier, originaire de Cowansville,magnifie sa région natale : « Je me considèrechanceux d’avoir trouvé un terreau aussi fertile »,déclare l’auteur dans la mi-vingtaine. Inspiré de laprose de Mark Twain, « un géant de la littératuremondiale », Épique magnétise. Embarquez dans cepick-up, toutes fenêtres baissées, une casquetteJohn Deere sur la tête!ÉPIQUEWilliam S. MessierMarchand de feuilles282 p. | 19,95$LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 37


38 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Littérature québécoiseMathyas LefebureConter les fousMathyas Lefebure a un parcours atypique. Suffit delire D’où viens-tu, berger?, récit couvert d’éloges en2006, pour s’en convaincre. Ex-publicitaire, Lefeburea tout quitté pour devenir berger en France. Encoreaujourd’hui, entre deux périodes d’écriture, il prendsoin de ses brebis.Malgré la richesse de ses expériences, l’auteurnomade nous mène cette fois dans un tout autreunivers : « J’avais d’abord entrepris d’écrire une suiteà D’où viens-tu, berger? C’était facile de continuer dansla même veine, mais je trouvais que je tournaisen rond. » Il a donc glissé vers le roman, une transitionréussie.Une promenade dans les rues glacées de la métropoleaura été le déclic pour ce Grand livre des fous (Leméac),premier d’une potentielle trilogie. Devant lui, unsans-abri hurle, affalé devant un banc de neige : « Cetterencontre m’a permis de rassembler plusieurs tramesnarratives qui me trottaient dans la tête et qui netrouvaient pas de jonction : celle de Philomène, unevieille dame mythomane inspirée par ma grand-mère,celle d’Alex, un adolescent qui recherche la poésie purepar le biais du LSD, et celle de Jonathan, un petit garçonallumé qui essaie de raconter l’imaginaire. »Autour de ces trois personnages gravite un petitgroupe de fous, nouvellement installé dans la maisonde Philomène après leur sortie de l’asile. En filigrane,Lefebure trace un portrait saisissant d’un petit villagequébécois des années 1980, où se mélangent curésinfluents, conventions sociales étouffantes et fermetured’esprit.En somme, Lefebure l’admet : « Je ne montre pas lecôté le plus glorieux de la désinstitutionalisation auQuébec. » Mais, loin de la critique sociale, il donne laparole aux acteurs de leur époque, dont les voix sontfortes et divergentes. « Conte mes fous », implorePhilomène sur son lit de mort. Ce que Jonathan fait.Ou, plutôt, ce que Mathyas Lefebure fait. Avec brio,devons-nous ajouter.©Émilie Richard-FrèveIci et ailleursOn éprouve toujours un plaisircoupable à apprivoiser sonquartier à travers les yeux d’unécrivain. D’abord, détour obligépar la métropole avec NicoleHoude, récipiendaire du Prix duGouverneur général en 1995, quis’aventure avec Bancs publics(Pleine lune) dans les rues duquartier Rosemont. On se déplace dans Parc-Extension avec Lucie Ledoux, qui présente Unroman grec (Triptyque), le récit d’une Québécoise« pure laine » née dans le quartier le plusmultiethnique de Montréal. Aucun mal de merprévu, malgré un séjour sur le fleuve joliment misà profit dans La belle et le marinier, recueil decontes de Lucie Bisson (Planète rebelle). BenoîtSéguin propose quant à lui de se rendre au fondd’un rang d’un petit village grâce à son romanphilosophique Et le vent a soufflé sur la glaise(Jour). Ceux qui veulent s’évader pourront le fairegrâce à Marc Ory, qui nous amène à Venise(Zanipolo, Triptyque). Il faudra monter plus aunord, à Moscou en fait, pour retrouver l’artisteatypique qui hante L’homme blanc de Perrine LeBlanc (Quartanier). Peut-être souhaiteriez-vousplutôt faire escale dans l’une des chambres duChâteau bizarre (Marcel Broquet), un collectif dequinze auteurs-poètes, dont José Acquelin etPatrick Coppens?Tonbo, Aki Shimazaki (Leméac/Actes Sud)« Je suis toujours bouleversée quand je lis cetteauteure dont l’œuvre a une portée à la foisintime et humaniste. Une valeur sûre! »GaïacJoël Desrosiers (Triptyque)La femme nue mettait la nuit en valeur,Jean-Claude Germain (Hurtubise)Zanipolo, Marc Ory (Triptyque)« Un univers baroque et mystérieux, avec lasomptueuse Venise en toile de fond : un bonheurde lecture ! »Attraction terrestreHélène Vachon (Alto)Manon Trépanier,AlireSOUS LESPROJECTEURSLE TEMPS QUI M’EST DONNÉOn ne se lasse pas de Jean-FrançoisBeauchemin. Son écriture sensible etson univers riche et inimitable seprêtent à merveille à ce récit personneld’une tribu composée de cinqfrères et d’une sœur. Un essentiel!Jean-François Beauchemin (Québec Amérique)LA PURETÉThibault nous convie, avec ces dixnouvelles, à un périple étonnant aupays d’Haruki Murakami et de YokoOgawa. Sa plume gagne en puissanceet en raffinement et laisse undélicieux arrière-goût.Vincent Thibault (Hamac)LA NOYADE DU MARCHAND DEPARAPLUIESUn titre intrigant, un auteur inspirant,un sujet original: la table est misepour un autre plaisir de lecture signéFrancis Malka. Un livre se retrouveentre les mains d’un cordonnier qui necherchera qu’à s’en départir.Francis Malka (Hurtubise)LA CONSTELLATION DU LYNXQuatre ans après Sauvages, LouisHamelin se frotte à la crise d’Octobredans une fresque fascinante. SelonJacques Godbout, « plus personnen’osera parler de ces événements sansse référer à La Constellation du Lynx ».LES CAGES HUMAINESLouis Hamelin (Boréal)Les mouches pauvres d’Ésope, paru en2004, avait fait sensation. La jeuneAndrews réussit un autre bon coupavec ce troisième roman, qui met enscène des personnages attachants dela faune hongkongaise.LE POSTIER PASSILAÉmilie Andrewes (XYZ)Alain Beaulieu frappe fort avec sonPostier. L’arrivée d’un facteur dans unpetit village de province perturbetoute une communauté. Derrière latranquillité se cachent médisances,tromperies et doutes. Un microcosmeà découvrir!Alain Beaulieu (Leméac/Actes Sud)


©Martine DoyonFrançoisCardinalRetrouverla natureUn jeudi d’août, le soleil tarde à se coucher. Soirée idéale pourjouer à la marelle ou se promener en vélo dans le voisinage.Et pourtant... « J’ai remarqué qu’il n’y avait pas d’enfantdehors; même dans un quartier familial, les rues étaientdésertes », relate François Cardinal, éditorialiste à La Presse.Ce fait éloquent l’a poussé à écrire Perdus sans la nature,premier titre de la collection « La santé du monde » deQuébec Amérique. Le journaliste y observe la vie dénaturéedes jeunes, en explique de façon simple les origines et lesimpacts et, surtout, propose des solutions attrayantes.Père de trois enfants, François Cardinal constate que jouerà l’extérieur n’est plus en vogue en cette ère où pullulentconsole de jeu, ordinateur et télévision : « Avant, jouervoulait dire jouer dehors. Plus maintenant. Aujourd’hui, lapunition n’est plus d’obliger les jeunes à rester à l’intérieur,c’est plutôt de les envoyer dehors. » Comme plusieurs,Cardinal n’hésite pas à lier explosion des problèmes desanté et déclin marqué du jeu.À qui la faute? Cardinal pointe les parents surprotecteursqui « se résignent trop facilement à laisser leurs enfantsdevant un écran », mais aussi les autorités scolaires etpolitiques. « En bout de piste, les jeunes sont moins incitésà jouer dehors, connaissent moins la nature, sont moinsdébrouillards, moins créatifs », croit-il. L’embonpoint,l’obésité et le diabète, eux, augmentent, les troubles decomportement aussi.Entre constats troublants et entrevues pertinentesd’experts, Cardinal signe un manifeste en dix points pourrenverser la tendance : « S’il y a une chose que l’on devraitfaire rapidement, c’est obliger nos enfants à se déplacer àpied ou en vélo, exhorte l’essayiste. J’espère que mon livreamènera les parents à se questionner sur leur façond’encadrer leurs enfants. » Et la réflexion se poursuivra avecgrand plaisir sur le blog de l’auteur www.perdussanslanature.comou dans le livre L’enfant et les écrans de SylvieBourcier (CHU Sainte-Justine).Ismaël Bellil,la Maison de l’ÉducationRetours sur l’attentat contre les femmesde l’École polytechnique de MontréalFrancis Dupuis-Déri (Remue-ménage)Le nazisme et nous. Essai sur le phénomène naziJean-François Lessard, (Liber)Pour en finir avec OctobreFrancis Simard (Lux)Le temps des souvenirs : chroniques et échangesJean Faucher et Claude Jasmin (Marcel Broquet)Les années DuplessisXavier Gélinas et Lucia Ferretti (Septentrion)Changer le mondeLes idées bouillonnent en cette rentrée 2010. Regard surces essais qui montrent le monde sous toutes ses coutures.Facile de devenir pessimiste. Là, les bombes éclatent. Alorsque Fabrice de Pierrebourg s’exprime dans Martyrs d’uneguerre perdue d’avance (Stanké) et que Roméo Dallaireplaide contre le recours aux enfants soldats (Ils se battentcomme des soldats, ils meurent comme des enfants, LibreExpression), Pierre-Alain Clément affirme l’échec mutuelde George W. Bush et Oussama Ben Laden (G.I. contreJihad, PUQ) et Danielle Laurin, critique au Devoir, lance uncri du cœur (Promets-moi que tu reviendras vivant, LibreExpression) à ce mari-reporter de guerre. Au final, GilbertLavoie, chroniqueur au Soleil, constate les traumatismesdes soldats (Blessures de guerre, Septentrion). La DeuxièmeGuerre mondiale, elle, continue de nous hanter avec lebrillant Les derniers jours de Mussolini (Fayard) et Eichmann(Tallandier), biographie de l’architecte de l’Holocauste. Etle sort des victimes? Il faudra lire Eva et Ruda, récit de deuxamoureux ayant vécu l’essor nazi (Passage).Ici, le smog devient banal. Écosociété en témoigne avecPlanète jetable, alors que Vilain petit canard (Multimondes),qui s’attarde aux produits domestiquestoxiques. Ajoutons-y les tragédies naturelles –Mémoire d’encrier revient notamment sur le séismehaïtien (Haïti délibérée, Refonder Haïti) – et les conflitsliés à la religion. Tous devraient prendre du recul avecMusulman mode d’emploi d’Haroon Siddiqui (XYZ) ouLà-haut, il n’y a rien de Normand Baillargeon et sescomplices (PUL). D’autres maux grugent nos sociétés.Les journalistes André Noël et André Cédilot s’infiltrentau cœur des magouilles avec Mafia inc. (Homme).Pendant ce temps, les Intouchables publient Moi, Ziad,soldat des gangs de rue. Autre sujet inépuisable, ledébat sur la langue, mis en lumière dans La langue auquotidien (Nota bene) et Le salut de l’arrière-pays (Prisede parole).Déprimant? Il faut se convaincre que le bonheurdemeure possible (La vie est cool, Transcontinental).On peut se divertir devant Une histoire politique dupantalon (Seuil) ou Cigarette : histoire d’une allumeuse(Payot), découvrir des sujets au goût du jour avec Lesmédias sociaux 101 de la réputée Michelle Blanc(Logiques) et La science, de votre sous-sol jusqu’auxétoiles (Multimondes) ou se détendre avec le Petittraité de simplicité pour les femmes (Béliveau).Et, avant tout, il faut se réconforter en se disant quecertains travaillent à bâtir un monde meilleur (Guérir laterre, Albin Michel), dont David Suzuki (La planète enhéritage, Boréal), Noam Chomsky (Futurs proches, Lux),Mercédès Baillargeon (Féminisme(s) en mouvement,Remue-ménage), le Dalaï Lama (L’éducation du cœur,Cornac), Jacques Grand’Maison (Société laïque etchristianisme,Novalis) et Richard Dawkins (Le plus grandspectacle du monde, Robert Laffont). Comme le ditAntonine Maillet dans le titre de son nouveau livre,« Fais confiance à la mer, elle te portera » (Leméac)…par Dominique LemieuxEssaiSOUS LESPROJECTEURSPOURQUOI LIRE?Avec érudition et talent, l’auteur dubrillant Dictionnaire égoïste de la littératurefrançaise propose une philosophiede la lecture mêlant conseils ethumour : « Lire ne sert à rien. C'est pourcela que c'est une grande chose. »Charles Dantzig (Grasset)SABLES BITUMINEUX :LA HONTE DU CANADAPréfacé par Thomas Mulcair, l’ouvrage,superbement documenté et vulgarisé,s’avère un vibrant plaidoyer contrel’industrie pétrolière. On s’y attaqueaux dangers liés à l’exploitation et ànotre dépendance démesurée. Unappel à l’action!Andrew Nikiforuk (Écosociété)UNE HISTOIRE DU MARIAGEElle avait démystifié le célibat etl’infidélité, Elizabeth Abbott s’attellemaintenant aux épousailles.Qu’il soit d’amour ou de devoir, desexualité ou de loyauté, le mariagen’aura jamais autant diverti.Elizabeth Abbott (Fides)HIÉRARCHIESParions que vous vous délecterez de cepetit livre atypique. En diverses listes,ce professeur de philo classe idées etconcepts, bons ou mauvais. Provocateur?Certes, mais on apprécie ceregard fin sur l’humanité.Louis Godbout (Liber)À chacun sa bioBon an, mal an, une kyrielle de biographies déferle en librairie.En 2010, côté politique, on se tournera vers Tony Blair (AlbinMichel), Margaret Trudeau (Flammarion Québec), Confucius(Seuil), Nelson Mandela (Archipel), Robert Bourassa (LesMalins) et l’ex-felquiste Jacques Lanctôt (Stanké). Lescélébrités ne sont pas en reste : Janine Sutto (Libre Expression),racontée par son gendre Jean-François Lépine, ArnoldSchwarzenegger (Transit), Keith Richards (Robert Laffont),Frank Zappa (Triptyque), et RBO (Les Éditeurs Réunis). Nousavons bien hâte de jeter un œil aux témoignages de JeanCoutu (Homme), Ingrid Betancourt (Gallimard), Élisa T. (JCL)et Natascha Kampusch (JC Lattès), la jeune Autrichienneséquestrée pendant 3096 jours. Le libraire est égalementintrigué par les récits de voyages de René Ouellet et ÉricBertrand (Bertrand Dumont), le dernier amour de GeorgeSand (Grasset), l’esprit de contradiction de Lysiane Gagnon(Boréal), la saga des Tudors (Flammarion), le retour du profLéo-Paul Lauzon (Michel Brûlé) et les Rencontresextraordinaires (Nil), qui dévoile des liens surprenants entre,notamment, Michael Jackson et le créateur des albumsMartine ou Andy Warhol et Jean-Paul II.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 39


Littérature étrangèrepar Alice MéthotDavid GilmourLe film de sa vieDans L’école des films, l’écrivain, journaliste et professeur DavidGilmour donne une leçon de cinéma – et de vie – à son fils Jesse.© CBCTêtes d’afficheAvec près de 700 nouveauxtitres, la France dominesans contredit la productionlittéraire de la rentrée. Etavec seulement 85 premiersromans, les éditeurs misentcette année sur les poidslourds de la littérature.En tête des tirages les plus élevés, on retrouvesans surprise le traditionnel Amélie Nothombavec Une forme de vie (Albin Michel), suivi deprès par Michel Houellebecq et La carte et leterritoire (Flammarion), deux romans quimettent en scène des héros portant le mêmenom que leurs créateurs. Jean d’Ormessonretourne au récit philosophique avec C’est unechose étrange à la fin que le monde (RobertLaffont) et Olivier Adam explore le thème dusuicide dans Le cœur régulier (L’Olivier).La malédiction des colombesLouise Erdrich (Albin Michel)Le Testament d’OlympeChantal Thomas (Seuil)La montagne de minuitJean-Marie Blas de Roblès (Zulma)« Après le truculent Là où les tigres sontchez eux, Jean-Marie Blas de Roblès nousprépare de nouveau à vivre uneremarquable traversée. »La solitude du docteur MarchGeraldine Brooks (Belfond)Passé sous silenceAlice Ferney (Actes Sud)Véronique Grondin,Librairie du Centre40 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Miné par ses échecs scolaires, Jesse, un adolescent de 15 ans,décide d’abandonner l’école avec la permission de son père : « Jesseétait sain, intelligent, beau, heureux, aucun problème. Sauf qu’ildétestait l’école. Et il est impossible de forcer un garçon de 6 pieds4 à faire ses devoirs! », se rappelle l’auteur en riant. Lui-même auchômage à cette époque, Gilmour propose donc au jeune hommede rester à la maison avec lui, à condition qu’ils regardent ensembletrois films par semaine.Entre les projections d’Annie Hall, des Quatre cents coups et deCasablanca – qui ne sont au fond qu’un prétexte au récit –, l’anciencritique de cinéma et son fils entament une conversation intime quis’échelonnera sur trois ans. Tandis que Jesse vit ses premiers échecsamoureux, Gilmour se trouve torturé par les remords, la culpabilité,l’impuissance à aider celui qu’il aime tant : « Je me disais : “Tu asruiné ta vie et tu es en train de ruiner celle de ton fils. ” Pour moi,c’était insupportable. » L’affection qu’éprouve l’écrivain pour son filsest palpable et contagieuse. C’est que, contrairement à l’adotypique mal dégrossi, « Jesse perçoit les choses profondément et illes exprime avec une égale sensibilité », affirme Gilmour. On nesaurait être plus d’accord à la lecture de ces mémoires doux-amers,chronique d’un amour inconditionnel entre les deux hommes.Il nous tardait de savoir ce qu’il était advenu de Jesse par la suite.Incidemment, le jeune homme, aujourd’hui dans la vingtaine,tourne son premier court-métrage dans lequel il est producteur,réalisateur et scénariste. « Une maison d’édition de New York désireque Jesse écrive sa propre version de L’école des films », d’ajouterson père avec fierté. En attendant l’adaptation cinématographiqueallemande de L’école des films, à laquelle Gilmour participera,l’écrivain, qui n’a aucune intention d’écrire d’autresmémoires, fera paraître en 2011 son 7 e roman,intitulé The Perfect Order of Things.L’ÉCOLE DES FILMSDavid GilmourLeméac224 p. | 23,95$Faste programme donc, dont on retiendraégalement quelques titres d’auteurs confirméstels que Ouragan de Laurent Gaudé (Actessud), l’ambitieux roman historique Le siècle desnuages de Philippe Forest (Gallimard), sansoublier le nouvel effort du prix Nobel sudafricainJ. M. Coetzee, L'Été de la vie (Seuil).Jean-Baptiste Del Amo, qu’on a découvert en2009 avec Une éducation libertine, revient avecLe Sel (Gallimard) alors que le traducteurréputé Claro propose CosmoZ (Actes Sud).Le cœur régulierOlivier Adam (de l'Olivier)« J'adore Olivier Adam, c’est un des raresauteurs que je suis avec fidélité. »LiberaceAmanda Sthers (Plon)« Sthers a un humour subtil qui devrait êtrefabuleux pour faire parler Liberace, qui étaittout sauf subtil! »Six mois, six joursKarine Tuil (Grasset)L’enquêtePhilippe Claudel (Stock)« Depuis Le rapport de Brodeck, tout livre dePhilippe Claudel devient un événement! »OuraganLaurent Gaudé (Actes Sud)Marie-HélèneVaugeois,Librairie VaugeoisFemmes de lettresLes éditeurs font plus quejamais la part belle au beausexe cette saison. Outre leretour des trois plus audacieusesécrivaines françaises(Claire Castillon, VirginieDespentes et Ann Scott),soulignons la présence de lajeune auteure Karine Tuil, qui livre son héroïneà l’emprise d’un prédateur sexuel dans Sixmois, six jours (Grasset), tandis qu’ElietteAbécassis fait le récit amer d’Un mariageordinaire (Albin Michel). Maria Luna Veras'aventure pour sa part chez les travestis dansPute (Buchet-Chastel), alors que VirginieMouzat sonde les relations mère-fille dans Lavie adulte (Albin Michel) et que Léonora Mianocherche l’amour dans Blues pour Elise (Plon).À la guerrecomme à la guerreComme toujours, les récitsde guerre ont la cote cheznos cousins. Cinq romans luisont consacrés à l’enseigneseule de Grasset, dontL’ennemi du bien deStéphane Denis, l’intrigantL’homme mouillé d’Antoine Senanque et le trèsattendu Otage de l’auteur franco-américain etprix Nobel de la paix Elie Wiesel. L’insomnie


des étoiles de Marc Dugain (Gallimard) est campédans l’après-Deuxième Guerre, tout commeTroisième jour de Chochana Boukhobza (Denoël).Martin Provost, quant à lui, aborde la PremièreGuerre mondiale dans Bifteck (Phébus), alors queTony Cartano s’attaque à laguerre d’Espagne avec Des giflesau vinaigre (Albin Michel).Premiers de classeCôté découvertes, quelquespremiers romans de jeunes (etmoins jeunes) auteurs prometteursont piqué notre curiosité,à commencer par la chroniquesatirique Libre seul et assoupi de Romain Monnery(Au Diable Vauvert). On s’intéressera à l’Enfanceultramarine d’Anne-Sophie Constant (CNRS) ainsiqu’à La colère du rhinocéros de Christophe Ghislain(Belfond). Du plomb dans le cassetin de JeanBernard-Maugiron (Buchet-Chastel) et Le Frontrusse de Jean-Claude Lalumière (Le Dilettante)promettent de faire sourire tandis que Requiempour Lola rouge de Pierre Ducrozet (Grasset) etNevrospiral de Patrick Olivier Meyer (Calmann-Lévy) éveilleront des désirs passionnelschez leurs lecteurs.De par le mondeDu côté anglo-saxon, lestablettes des librairies separeront bientôt des nouveauxtitres de Ken Follet (La chute desgéants, Robert Laffont) et PhilipRoth (Indignation, Gallimard)qu’on devine déjà au sommet des palmarès. BretEaston Ellis fait comme à son habitude lamanchette avec ses Suite(s) impériale(s) (RobertLaffont) et Salman Rushdie joue au conteur dansLuka et le feu de la vie (Plon).Coelho est de retour avec Brida (Flammarion), etl’auteure allemande primée du Nobel 2009 HertaMüller propose La Bascule du souffle (Gallimard).Post-MortemDe nombreux auteurs mythiquesverront leurs œuvres traduitesou révisées en langue françaisecet automne. Aux éditions del’Olivier paraîtront ainsi lesversions intégrales des recueilsdu nouvelliste postmoderneRaymond Carver, Débutants et Parlez-moid’amour. L’éditeur indépendant Tristram revisitepour sa part les légendaires « Gonzo papers »d’Hunter S. Thompson, dont les deux premierstomes, Parano dans le bunker et Dernier tangoà Las Vegas, ont assuré la gloire du délirantjournaliste américain.Deux nouveaux textes du regretté David FosterWallace se voient enfin édités au Diable Vauvert;les étonnants La fille aux cheveux étrangeset C’est de l’eau, véritables chefs-d’œuvre de lalittérature américaine. Pour finir, le roman inéditÀ qui la faute de Sophie Tolstoï (Albin Michel)fait son entrée dans les bacs à l’occasion ducentenaire de la mort de son mari Léon.Tania Massault,Librairie PantouteSOUS LESPROJECTEURSL’INDÉSIRABLEMeilleur roman de l’année selonStephen King, en lice pour le prestigieuxMan Booker Prize, cettefresque familiale gothique située dansl’Angleterre des années 40 soulève lespassions des critiques et des lecteursdepuis sa sortie en librairie.Sarah Waters (Alto)LE LIVRE DE DAVESatire postapocalyptique de la viemoderne, Le livre de Dave donne à lireles écrits d’un chauffeur de taxisexiste et xénophobe, découverts 500ans après sa mort à la suite d’unterrible déluge, et devenus la référencespirituelle du Nouveau monde.PURGEWill Self (De l’Olivier)Alors que l’Union soviétique s’effondre,la vieille Aliide s’isole du reste dumonde, jusqu’au jour où une femmehantée par un lourd secret de famillelui demande l’asile. Une tragédiehaletante de la nouvelle sensationfinlandaise.Sofi Oksanen (Stock)POINT OMÉGALa prolifique romancière américaine Joyce CarolOates revisite un fait divers dans Petite sœur, monamour (Philippe Rey), pendant qu’AmandaBoyden propose un portrait chaotique de laNouvelle-Orléans dans En attendant Babylone(Albin Michel). À la même enseigne, Louise Erdrichoffre le sombre La Malédiction des colombesquand, de son côté, l’historienne britannique AnitaBrookner explore le déracinement amoureux dansÉtrangers (Fayard).Les hispanophones ne sont pas en reste cettesaison : l’Argentin Alan Pauls propose unesingulière Histoire des cheveux (Bourgeois) alorsque le Salvadorien Horacio Castellanos Moya faitparaître l’audacieux Effondrement aux Allusifs. Letoujours populaire écrivain lusophone PauloLes tendres plaintesYoko Ogawa (Actes sud)« Ses livres sont des merveilles de descriptionet de poésie. »L’amour est une îleClaudie Gallay (Actes sud)Un autre mondeBarbara Kingsolver (Rivages)« Ses personnages sont si attachants qu’ils onttendance à nous accompagner après la fin duroman. »Rosa candidaAudur Ava Ólafsdóttir (Zulma)Apocalypse bébéVirginie Despentes (Grasset)Le légendaire auteur américain imaginedans cette novella un tête-à-têteincongru, campé dans le désertcalifornien, entre un universitaire à laretraite et le jeune cinéaste venul’interviewer sur sa collaboration avec legouvernement de Bush.Don DeLillo (Actes Sud)LES ASSOIFFÉESEn 1971 en Belgique, un groupe derévolutionnaires féministes s’emparedu pouvoir et met en place un régimeapparenté à l’apartheid qui exclut leshommes de toute vie sociale. Uneuchronie inquiétante qui promet defaire des vagues.Bernard Quiriny (Le Seuil)DEMAIN J’AURAI VINGT ANSÀ Pointe-Noire, capitale économiquedu Congo, dans les années 70, unjeune garçon nommé Michel découvrel’amitié et l’amour tandis que son paysvit les débuts de son indépendancesous un gouvernement marxiste.Alain Mabanckou (Gallimard)LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 41


Polarpar Stéphane PicherMarc-André© Yves LarocheIl est loin, le temps où le roman policier n’était qu’unpasse-temps pour messieurs. En plus d’être considérécomme un vrai genre littéraire, le « polar » est devenule plus populaire d’entre eux, se diversifiant en mêmetemps que ses publics. Résultat : la plupart des grandséditeurs, et plusieurs plus petits, ont une collectionpolicière. Un coup d’œil sur l’automne en témoignera.SOUS LESPROJECTEURSROAD DOGSJacques CôtéFiction et réalitéJacques Côté est, de mémoire de libraire, l’auteur de lasérie policière la plus populaire du Québec. Il se lancepourtant dans une nouvelle saga dès cet automne.Que ses lecteurs soient rassurés : cela ne signe pas la findes aventures de Duval et Harel pour autant! « Je leursuis très attaché, mais à un moment, j’ai senti le besoinde m’en séparer momentanément », explique l’écrivain,qui a toujours entrecoupé l’écriture de ses romanspoliciers d’autres projets (Wilfrid Derome, expert enhomicides, L’ADQ, le bêtisier). « Sinon, je ne m’amusepas », précise-t-il.Regards sur le rivageLes « suspects habituels » du polar ne chôment pascette année! Chez Rivages, dont la politique éditorialeest remarquable, des auteurs peu connus (Doug Allynavec Juke Box Cadillac, Peter Temple avec Un mondesous surveillance) côtoient des classiques de notretemps (Tokyo, ville occupée, deuxième tome de latrilogie de David Peace et le second David Fulmer, Jass.)La célèbre « Série Noire » de Gallimard revit depuisquelques saisons. De nouvelles preuves : Coup de sang,premier roman de l’Irlandais Hughes Declan, unerecrue en pays francophone; En ce sanctuaire, unenouvelle aventure alcoolisée du privé Jack Taylor de KenBruen et Les yeux morts, d’Elsa Marpeau.Archipel en vueÀ l’Archipel, où l’on assume unevocation très « grand public », deuxauteurs maison retiendront l’attention: Sebastian Fitzek (Tu ne tesouviendras pas) et James Patterson,le « millionnaire numérique » (Uneombre sur la ville). Sensiblement lemême créneau chez Belfond : Ze Star (Ben Elton), Sansun adieu (Harlan Coben), Rhapsodie en noir (CraigMcDonald) et L’Heure d’avant (Collin Harrison).Jack Foley, recordman du braquage debanques et héros de Loin des yeux, avu sa peine réduite de trente ans àtrois mois grâce à une astuced’avocat. Saura-t-il en profiter pourrevoir ses priorités?Elmore Leonard (Rivages)LE PRÉDATEURLe maître du polar « rural » entraîneson garde-chasse enquêteur et sonlecteur dans des aventures enlevantes.Son Wyoming évoque parfois... leQuébec avec sa nature sauvage et sestempêtes de neige.C. J. Box (Seuil)FRÈRES DE SANGPour la première fois en français, ledeuxième roman de ce favori de lacritique, qui est aussi scénariste etacteur! Le Bronx comme vous nel’avez jamais lu, par un auteur qui nefait pas de concessions.Richard Price (Presses de la cité)44 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Intitulée « Les cahiers noirs de l’aliéniste », la série comporterasix tomes, dont deux seront publiés cet automne.Il y mettra en scène un personnage ayant déjà existé. Defait, lors de ses recherches pour la biographie sur WilfridDerome, Côté envisage l’idée d’écrire des livres autour deGeorges Villeneuve, le professeur de médecine légale deDerome : « Villeneuve était un aliéniste, ayant étudié àParis la médecine mentale, mais il avait aussi étudié à lamorgue de Paris. Il a été le premier à faire de l’entomologiejudiciaire en Amérique du Nord. » Ce pionnier del’humanisation de la médecine a eu une vie suffisammentremplie pour inspirer toute une série de romans : àMontréal, il a travaillé à la morgue comme médecinexpert et à l’asile Saint-Jean-de-Dieu comme surintendant,en plus d’être impliqué dans la crise des Métis del’Ouest canadien en 1885.Réalité et fiction s’entremêlent dans cette nouvelle série :« Comme écrivain, je ne m’en tiens pas toujours à laréalité; j’aime procéder par thèmes et variations, pourparler en langage musical. » Ainsi, il raconte parfois sonhistoire en suivant de très près la réalité historique;ailleurs, il invente davantage. « Un peu comme dans leAmadeus, de Milos Forman et Peter Shaffer », dit l’auteurde Québec en souriant. Et pour Duval et Harel? « D’ici deuxans », jure-t-il. Au moins, ses nombreux fervents admirateurspourront patienter avec cette prometteuse série!Sonate pour cette terre du SudCes dernières années, d’autres éditeurs sont venusréclamer leur place dans le genre, tels Sonatine ouActes Sud, qui ajoutera quatre titres, de quatre paysdifférents, à sa collection « Actes Noir » : Bunker,d’Andrea Maria Schenkel; La neuvième pierre, de KylieFitzpatrick; La terreur de vivre, d’Urban Waite et Djoliba,fleuve de sang, d’Alain Wagneur. Un nouveau venuintrigant, Asphalte, propose trois recueils thématiquesde nouvelles dans sa nouvelle collection « AsphalteNoir » : Paris noir, Los Angeles noiret Londres noir. Chezles Éditions des Deux Terres, deux nouveaux RuthRendell (On ne peut pas tout avoir et Tu accoucherasdans la douleur) et deux enquêtes philosophiquesd’Isabel Dalhousie, par Alexander McCall Smith (Ladouce tranquillité des samedis et L’importance d’êtrereconnaissant).Au seuil d’une nouvelle citéLe Seuil ne cédera pas sa place en cetautomne occupé : L’empoisonneused’Istanbul (Petros Markaris), L’enversdu décor (Joseph Wambaugh), Ladanse de la mort (Veit Heinichen) etPour la place du mort (Charlie Huston)viendront augmenter ses collectionsUN ANGE AVEC UN REVOLVEREnfin en français, l’intégrale desnouvelles de ce grand du roman noir,fils spirituel de Chandler et deHammett : une véritable « biographie »de son privé Lew Archer. Le mot « classique» prend ici tout son sens.Ross Macdonald (Zanzibar éditeur)Hébert,Galeries de GranbyLeviatemps, Maxime Chattam (Albin Michel)L’homme inquiet, Henning Mankell (Seuil)Roma enigma, Gilda Piersanti (le Passage)Le septième fils, Arni Thoraninsson (Métailié)Le musée perdu, de Steve Berry (Cherche Midi)


policières. Les Presses de la Citémarqueront leur territoire en rougegrâce à de nouveaux « Sang d’encre » :Du sang sur la neige, de Levi Henriksen;Box 21, d’Anders Roslund; L’Ennemiintime, d’Ava McCarthy et, la star de lamaison, Elizabeth George, avec LeCortège de la mort.Un petit goût de chez nousChez les autres éditeurs, signalonsquelques publications qui forment lapointe de l’iceberg. Notez qu’unevisite chez votre libraireindépendant vous per -mettra de découvrir desœuvres qui, si elles nesont pas présentées enpiles comme des denréespérissables, méritent uneplace dans votre bibliothèque.Chez les éditeurs d’ici, soulignonsla parution de L’Homme qui mangeait leslivres (Patrice Robitaille, Interligne), deComment appeler et chasser l’orignal(Sylvain Houde, Coup de tête) et dudeuxième tome des « Marionnettistes », deJean-Louis Fleury (Guy Saint-Jean). ChezLibre Expression, on fait paraître unquatrième Luc Bertrand (Le Quinzièmeverset) et un troisième Johanne Seymour(Vanités). Flammarion Québec a mis lamain sur En plein cœur, de Louise Penny, lapremière enquête de son ArmandGamache traduite en français.Science-fictionJeremy Laniel,CarcajouLes Anonymes, R.J. Ellory (Sonatine)Le syndrome [E], Franck Thilliez(Fleuve Noir)Le casse du siècle, Michael Lewis(Sonatine)Vinci : l’ange brisé, Didier Convard(Fayard)Verdict, Justin Peacock (Sonatine)Souffle de découvertesD’autres titres à surveiller chez Bragelonne(Deuil, de Peter James), Calmann-Lévy (Unmeurtre gratuit, de David Levien), Fayard(Ça ne fait de mal à personne, de JamesRussell et Redemption factory, de SamMillar), Fleuve Noir (Hors d’haleine, de JonStock), Florent Massot (Private Gentleman,de Martin Booth, tout juste sorti en film),Michel Lafon (Black Run, d’Alex Barclay etDes cadavres trop bavards, de DavidBaldacci) et le Serpent à Plumes (Haine,d’Anne Holt). N’oublions pas Baleine,qui publiera entre autres Holiday, deJean-Bernard Pouy et une aventure québécoisedu Poulpe (Maria, chappe de haine,de Luc Baranger).Contrairement à ce qui se fait pour le roman policier, seuls quelques éditeurs secommettent en science-fiction et en fantastique. Mais on aurait tort de négliger leslittératures de l’imaginaire, qui conservent leurs fidèles côté éditeurs et côté lecteurs.L’espace nous manque pour en rendre compte autrement que de façon exhaustive, maisvoici, mentionnés, quelques incontournables.Terry Pratchett fera paraître, toujours à l’Atalante, le 33 e tome des « Annales duDisque-monde », Allez les mages. Le deuxième volume de « La Lignée », de Guillermo delToro, La Chute, paraîtra aux Presses de la Cité. Dragons et serpents, de Robin Hobb(Pygmalion), est le premier d’un nouveau cycle. Mentionnons chez Mnémos Stefano Beni(Terra!) et David Gemmell (Le Lion de Macédoine, 2 tomes). Ian MacDonald et son Fleuvedes dieux (Denoël) devraient aussi attirer l’attention. Bragelonne est particulièrement actifavec, par exemple, Ombres et flammes (Kevin J. Anderson), La Louve et la croix (AndrewS. Swann) et Abandonnés des dieux (premier tome des « Elfes » de James Barclay). AuQuébec, Héloïse Côté (Tueuse de dragons, Alire) et Jean-Pierre Davidts (Les Sept larmesd’Obéron (t. 3)) se lancent dans l’aventure.Comme on peut le voir, l’imaginaire, les frissons et l’évasion sont bien vivants!Un plaisir renouvelée152 pages, 17,95 $, ISBN 978-2-89448-634-4236 pages, 21,95 $, ISBN 978-2-89448-622-1lafrançaiselabritanniqueéÀlajaponaisefeuilletageen ligne :3027204 pages, 19,95 $, ISBN 978-2-89448-633-7www.hamac.qc.caw wac.qc.cafeuilletagefeuilletageen ligne : 3129en ligne : 3031La nouvelle le enseignede la littératuretératureMembre de l’LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 45


Littérature jeunessepar Josée-Anne ParadisKatia Courteau,Clément MorinBenoît Saint-Aubin,L’ExèdreLéo et les presqu’îles (Livre-CD)Gilles Vigneault (Montagne secrète)Le petit Gus fait sa criseClaudine Desmarteau (Albin Michel)46 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010© Thomas DesrosiersSylvie DesrosiersVoyage au paysde l’absurdeSylvie Desrosiers aura conquis de nombreux jeuneslecteurs durant sa carrière. Ceux qui ont été séduitspar l’incontournable série « Notdog » seront ravisd’apprendre que l’auteure québécoise n’a pas rangésa plume et qu’elle en propose une nouvelle,« Philibert Tanguay » (la Courte Échelle), qui oscillecette fois habilement entre aventure et absurdité.Celle qui adore écrire pour les 9-12 ans, puisque toutcomme elle, ils aiment le rire et l’aventure, n’hésitepas à qualifier sa nouvelle série de loufoque : « J’y vaisavec toute la folie dont je suis capable », ajoute-t-elle.Et de la folie, il y a en a dans ses livres! En effet,Philibert et son frère Olivier concoctent des recettesdans une glacière, préparations qu’ils goûtent afin devoyager dans d’autres lieux et d’autres époques. Ainsi,Philibert jouera aux cartes avec un mammouth, seracapturé par des Iroquois, se baladera enmontgolfière sous le règne de Louis XVI et affronteradeux bandes qui se disputent un territoirenew-yorkais pour la vente illégale de malbouffe.« La base est assez réelle : par exemple, pour l’île dePâques, c’est ce qui y arrive qui devient complètementabsurde », explique l’auteure qui, dans ce casprécis, a alors intégré au récit un lapin dément qui sepromène sur ce territoire insulaire. Pour laparaphraser, on peut dire qu’on part dans le délirecomplet, dans l’humour!L’inspiration de Sylvie Desrosiers lui est venue lors del’écriture d’un précédent roman : « Quand j’ai écrit Lesprinces ne sont pas tous charmants, j’ai eu un plaisirfou. C’était la première fois que j’envoyais mespersonnages au Moyen Âge, que je les campais dansun autre espace-temps. Ça m’a trotté dans la têtelongtemps. Je me disais que j’aimerais faire quelquechose dans le genre, mais beaucoup l’avaient déjàfait. » Finalement, c’est mission accomplie puisque,entre rires et éléments absurdes, le lecteur seretrouve en territoires complètement nouveaux!Le maître des zions. Capitaine Static (t. 4)Alain M. Bergeron, (Québec Amérique)Léviathan, Scott Westerfeld (Pocket jeunesse)Blanche-Neige, Benjamin Lacombe (Milan)Sur les traces du mystiqueMylène Gilbert-Dumas (Soulières Éditeur)Passez au vert!Cet automne, c’est l’occasion de réfléchirà l’avenir de la planète. Planète vivante(Québec Amérique), une collaborationavec le Biodôme de Montréal, pousse àcomprendre et à préserver la biodiversitéalors que Voici ma planète (Bayard)traite des changements climatiques. Pour les petits, L’Arbrier(Albin Michel) propose des activités pour découvrir lesarbres du quartier. Le voyage de Kwé-Kwé (Planète rebelle,avec CD) explore quant à lui l’idée de symbiose avec lanature dans un conte amérindien renouant avec nos ancêtres.Mariane Cayer,DaigneaultLe fléau de l’ombre.Fablehaven (t. 3), Brandon Mull (Ada)« La menace de l’Étoile du soir est-elle la pire chosequ’auront à affronter Seth et Kendra? »Trahisons. Entités (t. 2), Mathieu Fortin (Trampoline)Les portes, John Connolly (L’Archipel)Lettres à mon ravisseur, Lucy Christopher (Gallimard)Cathy’s ring, Sean Stewart (Bayard)Parents à vendreCarole Tremblay (400 coups)Un éléphant qui se balançait…Marianne Dubuc (Casterman)Le roi de la patate, Rogé (Dominique et compagnie)Enfant volée, Marsha Forchuk Skrypuch (Scholastic)100 % filles : « Je serai la plus bellepour aller danser »On le sait, les filles aiment être coquettes. Afin decombler leur appétit de trucs de beauté, de questionssur la puberté et d’idées pour s’amuser, quelquesouvrages sont de mise. Bien entendu, les célèbres L’ABCdes filles (Les Malins) et sa version française Le Dico desfilles (Fleurus) sont LES bibles pour adolescentes. Deplus, Le guide du gardiennage (Les Malins) est unessentiel. Et pour amuser les fillettes, Fêtes de princesseset de fées gourmandes (Guy Saint-Jean) propose desrecettes et des décorations qui rendront magiques lesmoments passés en leur compagnie. Pour les plus âgéespour qui amour, école secondaire, relations sexuelles etliberté font partie des tracas quotidiens,voici des romans qui sauront lesréconforter : La fille d’en face (Leméac),Aurélie Laflamme (t. 7) et Morgane(t. 3)(Intouchables), La fille qui voulaitêtre Jane Austen (Albin Michel), Oserastu?(t. 4) (Guy Saint-Jean), et Où vas-tu,Sunshine? (Gallimard).Parce qu’on est tous différentsLa différence est au cœur des préoccupations denombreux jeunes. Dans Karim le Kaki (Bayard, dès3 ans), Félix présente son formidable ami qui a un accentet des goûts bizarres. Et pourquoi ne pas feuilleterL’Encyclopédie des religions (Gallimard) pour découvrirla richesse de chaque croyance? Autre aspect de ladifférence : les enfants dont la mère est en prison. C’estle thème abordé dans le nouveau roman de SylvieFrigon, chez Remue-Ménage. Et pour ceux qui setrouvent trop petits, Ti-Boutte,de Janette Bertrand (Bagnole),saura vous convaincre ducontraire! Le dragon de l’albumCharles à l’école des dragons(Seuil) a quant à lui besoin d’uncoup de pouce pour prendreson envol…Le goût du sport?Qui a dit que les sportifs n’aimaient pas lire? Sûrementpas ces auteurs qui consacrent leur plume au sport! Ducôté de Scholastic, la biographie illustrée Le fameuxTim Horton ravira le fan de hockey, tout autant queBienvenue à Rocketville, petit roman aux éditions duPhoenix, qui raconte l’histoire de Zack, 9 ans, qui reçoitun équipement de hockey de son père, équipementpour le moins… magique! Côté baseball, les petits rirontavec l’album J’aime pas les mascottes (400 coups)pendant que les 8 ans et plus se régaleront des romansde François Gravel Ça, c’est du baseball! et Du soccerextrême, chez Foulire.Histoires de familleCet automne, ce sont les grands-parents qu’onretrouve sous les feux de la rampe. Pour les lecteurs


de 8 à 11 ans, on annonce L’été de grand-papa(L’Interligne), Vlad et moi et les nids-de-poule (Soulières),Ma mémé passe l’Halloween (Pierre Tisseyre) et Le complot(Phoenix). Pour les 13 ans et plus, on recommandeUne bougie à la main (Boréal), un roman d’apprentissagesur la vie adulte.Amour, amour,quand tu nous tiens!Alors que Louise Portal revisitel’histoire d’amour la plus populairedans Juliette et Roméo(Hurtubise), les éditions Marchandde feuilles offrent une ritournelle audacieuse avecTarentelle. Quant à eux, les 400 coups publient Échoet Narcisse, un mythe romantique illustré par MarionArbona. Et, parce que l’amour a plusieurs visages,l’album Le plus beau des cadeaux (Alice) nous endévoile toutes les facettes.Raconte-moi une histoireParfois, même si on adore nosamis, on a besoin d’être seul.La solution Ninja (Scholastic)propose une histoire brillante surle thème de la solitude en amitié.Tout est question de liberté.Justement, le très coloré Un poil de liberté (Isatis)raconte les aventures du chat Monchou, qui goûte àla liberté de l’extérieur pour la première fois. Dans lamême veine, le félin de l’espace de Basile au secoursde Ted (Scholastic), entre roman et BD, saura en fairerigoler plusieurs. Dans ce type de romans hybrides,les tomes 3 et 4 des « Dragouilles » (Michel Quintin)sont attendus avec impatience. Victor et la dentperdue (Hurtubise), illustré par Fil et Julie, racontel’histoire rocambolesque d’un petit qui perd unedent… Mais chez les 400 coups, ce sont les parties ducorps des animaux qui disparaissent dans Les oreillesde Monsieur lapin! Un clin d’œil au Nez de Gogol?Toujours avec les bêtes, le magnifique Alex et Mauve– La tortue (Les Heures Bleues) est un album humoristiqueoù deux enfants inventifs cherchent unesolution pour aider une tortue épuisée.Des séries de fantastiques romansPlusieurs nouvelles séries fantastiques sortent pourla rentrée. En rafale, voici des titres dignes demention : Le Cercle d’Éloan (t. 1) (Mortagne) où desjeunes insulaires découvrent les pouvoirs d’unmystérieux cristal ainsi qu’un monde insoupçonné;Damné (t. 1) (Hurtubise), de l’auteur du Talisman deNergal, Hervé Gagnon; Les premiers magiciens (t. 1)(Hurtubise), qui plaira aux filles grâce à son histoiremagique où les enfants humains naissent dans lesfeuilles de chou et où l’alliance entre le peuple deshommes et celui des magiciens est rompue; Emrys(t. 1) (Intouchables), écrit par l’auteur de Celtina, oùle protagoniste éponyme a accès à l’informationuniverselle grâce à un cristal; et Les quatre Nillë (t. 1)(Marcel Broquet), l’histoire d’une héroïne qui sorttout juste de l’adolescence et qui devra combattre lemal au nom du bien. Et bien sûr, il ne faut pas oublierles séries qui ont fait leurs preuves : Will Ghundee(t. 6), Le royaume de Lénacie (t. 3), Tila (t. 8), JacobJobin (t. 3), Wariwulf (t. 3), Les ailes d’Alexane (t. 2) etArielle Queen (t. 9).Histoires à dormir deboutPour bien dormir, il faut éviter lesmauvais rêves (Les cauchemars deLéonard, Dominique et compagnie),laisser notre esprit vagabonder dansdes décors oniriques (La machine àrêver, Soulières), se sentir détendu (Massage pourpetites mains, Dominique et compagnie), savoirs’accrocher aux étoiles et se doucher dans la rosée(Kalladimoun, Interligne) ainsi que vaincre sa peur dunoir (Max Malo à la belle étoile, Québec Amérique)et celle des monstres (Mémère et ses cinq monstres,Hurtubise et L’École des monstres, QuébecAmérique). Sur ce, bonne nuit, beaux rêves, pas depuces, pas de punaises!© Karine PatryMADAME WENHAMPatrick SenécalLa Bagnole200 p. | 12,95$Patrick SenécalHorreur et erreurEn plus d’écrire pour les adultes, Patrick Senécal estun papa attentionné qui a inventé, pour le simpleplaisir de ses enfants, Madame Wenham, l’histoired’une enseignante qui a d’horribles façons de punirles élèves fautifs. Rom et Nat, les alter ego de saprogéniture, devront donc trouver le talon d’Achillede cette sorcière. « Madame Wenham représentesurtout cette obsession de la performance quifrappe de plus en plus de parents », expliqueSenécal, soulignant que le concept de réussite chezles jeunes est devenu démesuré. « Ce qui fait peuraux gens, c’est quand on prend quelque chose denormalement rassurant et qu’on le rend inquiétant.Pour les enfants, ça peut être le Père Noël ou unenseignant… ». Ainsi, la lecture de MadameWenham est l’occasion de se plonger dans ledanger… en toute sécurité! Vous trouverez la versionintégrale de cette entrevue sur le site Internet dulibraire (www.lelibraire.org).jocelyn boisvertle livresomnifèreSOUS LESPROJECTEURSLE LIVRE SOMNIFÈREVoilà un livre qui ne prend pas lelecteur pour un idiot! Ce dernier seraberné, ne distinguant plus les frontièresentre rêves et état de veille!Est-ce réellement un crime que derêver sans la permission de l’État?Jocelyn Bérubé (Soulières)CENTURY. L’ANNEAU DE FEU (T. 1)Rome, Paris, Shanghai, New York :quatre villes pour quatre jeunes aventuriersaux pouvoirs surnaturels quidevront mener une enquêtecommune. L’auteur d’ « UlysseMoore » annonce une nouvelle sérieen quatre tomes haletants!RECKLESSPierdomenico Baccalario (Bayard)Dotée d’une imagination fertile,Cornelia Funke (Cœur d’encre) inventecette fois un miroir magique donnantaccès à un monde médiéval, peuplé degens à la peau faite de pierresprécieuses ainsi que de créaturesextraordinaires. Il faudra y plonger.Cornelia Funke (Gallimard)MÉCHANT COCO. LE JOURNALSECRET DE JOJO SAPINOJojo Sapino a un nouvel oiseaude compagnie, qui mord et quicrie. En effet, Méchant Coco luidonne du fil à retordre! Mais pourl’apprivoiser, Super Jojo a plusd’un tour dans son sac. Décidémentl’album le plus rigolo de la rentrée!Lucie Papineau et Philippe Béha (Dominique et compagnie)LE CHANT DU TROLLCet album inédit de feu Botteroraconte la confrontation de deuxforces, à laquelle prend part lapetite Lena. Sur son chemin sedressent alors un troll, des meutesd’animaux monstrueux, puis lesalliés. Illustrée par Gilles Francescano,voilà une œuvre à découvrir!Pierre Bottero (Rageot)PAPILLON DE NUIT. LILI-LA-LUNE (T. 1)Roman initiatique pour lectrices quierrent entre enfance et vie adulte,voilà un ouvrage aussi divertissantqu’intelligent. Lorsqu’elle rangera seslunettes, Lili sortira de son cocon,avec toutes les joies et conséquencesque cela entraînera.Amélie Bibeau (Vent d’Ouest)LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 47


48 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Beau livre© Robert EtcheverryRafaëleGermainSouperde fillesRafaële Germain est mieux connue pour ses romans« féminins » que pour ses talents gastronomiques, maisqu’à cela ne tienne! En compagnie de son amie JessicaBarker, la belle blonde nous invite à passer à table avecDeux folles et un fouet.« L’idée est venue lors d’un souper de filles. Une amienous a dit : “Pourquoi vous n’écririez pas un livre decuisine?” Le lendemain – de brosse –, Rafaële Germainen parlait avec son éditeur, qui sauta sur l’occasion. Lesdeux « folles » entreprirent alors de rassembler lesrecettes qui ont fait leurs preuves auprès de la visite. Uneexpérience qui, selon l’écrivaine, allait de soi : « J’adorerecevoir », confie celle qui a choisi sa maison spécifiquementen fonction de sa cuisine, dans laquelle se trouveun long bar où s’accoudent les invités pour jaser avecl’hôtesse, un drink fruité à la main.Ce sont d’ailleurs ses amis qui inspirent bon nombre desrecettes contenues dans le livre. Au menu, des cocktailspour arroser la veillée entre copines (et le déjeuner biengras pour s’en remettre le lendemain), les salades« presque » diète pour celles qui se font accroire qu’ellesveulent perdre du poids, les mets appropriés pouraccompagner le match de hockey avec les boys et,évidemment, la gâteau au chocolat à servir à sa chumen peine d’amour.Accompagnées de textes dont le style et l’humourrappellent les best-sellers de l’auteure, les imagesappétissantes de Deux folles et un fouet convaincront lesmoins « foodies » d’entre vous.DEUX FOLLES ETUN FOUETJessica Barker etRafaële GermainTrécarré192 p. | 34,95$par Alice MéthotÀ la soupe!Boulimiques d’images, voici dequoi faire saliver vos pupilles.Cette saison marque plus quejamais le retour au « comfortfood » et à la simplicité. AvecSoupesoup (Flammarion), CarolineDumas nous propose sessoupes, sandwichs et salades savoureux, tandis queBob Le Chef nous enseigne l’art de cuisiner sans secasser la tête avec L’anarchie culinaire 2 (La Presse).Aux Éditions de l’Homme, Jean-François Plante nousrévèle ses secrets culinaires avec Plaisirs coupables etLaurent Godbout nous sert une cuisine décontractéedans Comme au chalet (De l’Homme). Dans Lebonheur de cuire (Québec Amérique), le chef réputéPhilippe Laloux partage sa passion pour son métieret, enfin, nos Chasseurs d’épices préférés, Ethné etPhilippe de Vienne, sont de retour chez Trécarré.L’art et l’HistoireÀ l’occasion du centenaire duquotidien, son directeur auxpages culturelles Jean-FrançoisNadeau fait paraître Le Devoir,un siècle québécois aux Éditionsde l’Homme. À la mêmeenseigne, nous retrouvons ledeuxième tome de l’excellent Gilles Vigneault,l’apprenti sage signé Mia Dumont. Chez Fides paraîtraÀ chacun son métier d’Hélène-Andrée Bizier,quatrième livre de la série consacrée à l’histoire duQuébec en photos. La célèbre photographe AnneGeddes revient cette année avec l’album Naissances(Hors Collection) et la toujours surprenante maisond’édition Taschen propose une histoire des graffitisavec Trespass : une histoire de l'art urbain illicite.Vaste mondeHeureux qui, comme Ulysse, afait un beau voyage sans mêmequitter la maison, grâce auxbeaux livres de la saison. Tandisque Bruno Blanchet livre letroisième tome de La frousseautour du monde aux éditions La Presse, ChrystineBrouillet nous amène en balade dans la ville lumièreavec ses Carnets de Paris, illustrés par l’aquarellisteJean-Guy Meunier (Les Heures Bleues). Le pilote etphotographe Mario Faubert propose de survoler larégion magnifique du Nord du Québec dans Nunavik– Québec inconnu (Passage), un ouvrage regroupantdes textes des chanteuses Chloé Sainte-Marie etÉlisapie Isaac et préfacé par Yann Arthus-Bertrand. Cedernier fait également paraître chez La Martinière LaBiodiversité, dans lequel il présente les menaces quipèsent sur notre planète. Chez le même éditeur, HansSilverster dresse un portrait insolite d’un villageéthiopien dans Fenêtre sur l’Afrique, un album-photopréfacé par l’écrivain Alain Mabanckou.Harold Gilbert,Librairie SélectFragments : poèmes, écrits intimes,lettres, Marilyn Monroe (Seuil)« Perçue par plusieurs comme superficielleet vulgaire, Marilyn, près de 50ans après sa mort, met à nu sa sensibilité poétique, sesopinions sur écrivains et cinéastes et ses coups d’œil surla société dans cette publication réunissant écrits et photos.Quand la plus belle femme du monde se fait justice. »1001 livres pour enfants qu'il faut avoir lus avantde grandir, Julia Eccleshare (Trécarré)75 years of DC Comics, Paul Levitz (Taschen)Photomaton, Raynal Pellicer (La Martinière)SOUS LESPROJECTEURSLES BANLIEUSARDISESLa plus branchée des banlieusardess’est fait connaître aux internautesgrâce à son blogueBanlieusardises.com, dans lequelelle consigne depuis 2001 sestrouvailles gastronomiques. On lesretrouve avec bonheur dans laversion papier, à conserver tout près du garde-manger.Martine Gingras (Trécarré)PARTIR AUTREMENTAUTOUR DU MONDEPartagez le quotidien d’unetribu africaine, visitez uneferme écologique en Amazonie,découvrez au vingtcinqinitiatives de tourismeresponsable dans 15 des plus belles régions du mondeen compagnie de l’amusant globe-trotter BrunoBlanchet.Bruno Blanchet (Ulysse)SOUVENIRSÀ la veille d’être papa, le jeune chefrevisite la cuisine de sa mère et deses grands-mères. Marcotte remetau goût du jour nos plats traditionnels,des classiques comme desrecettes oubliées, mais pourtanttoujours aussi savoureux.Louis-François Marcotte (Flammarion Québec)MISSIONL’épouse de Jean Charest accompagnela Croix-Rouge depuis plus dedix ans. De ses missions en Inde,en Chine et au Libéria, elle dresseun portrait qui, au-delà de ladétresse humaine, révèle lecourage des hommes. Les profitsréalisés par la vente du livre seront versés àl’organisme.Michèle Dionne (La Presse)


PascalGirardUnValentinpour larentréeUne bande dessinée illustrée par Pascal Girard et scéna -risée par l’humoriste et cinéaste Yves Pelletier, ça ressembleà quoi? « C’est loin de ce que je fais normalement »,répond du tac au tac l’auteur de Jimmy et le Bigfoot. Entrevueavec le dessinateur de Valentin, qui sortira bientôtaux éditions La Pastèque.Comment en êtes-vous arrivé à collaborer avec Pelletier ?C’est Yves qui m’a approché. À la base, il avait l’idée de faireun moyen métrage. Mais, comme c’est plus difficile àfinancer et que c’est moins bien reçu qu’un long ou uncourt métrage, le projet s’est transformé en bande dessinée.Et que retrouve-t-on de si différent dans Valentin ?C’est vraiment l’univers d’Yves. On sent son côtéromantique, alors que mes trucs à moi sont souvent plusmélancoliques. Par exemple, mes personnages sontpresque toujours des perdants! Dans Valentin, ils ont unevie, des amis… Et, surtout, ça finit bien!On reconnait ton style dans le rythme et le dessin…Pour Valentin, je suis seulement dessinateur, mais j’aicollaboré au scénario dans le sens où c’est moi qui ai fait ledécoupage. J’ai donc pu décider du rythme.Après Valentin, ta prochaine BD sera éditée chez Delcourt.Est-ce une forme de consécration pour un bédéistequébécois d’être publié en France ?Je vois plutôt ça comme un défi. En même temps, c’est leprojet qui m’a demandé le moins de compromis. J’aivraiment eu carte blanche pour Consortium. En plus, il s’agitd’une BD en noir et blanc de 160 pages, sans case. Ça neressemble pas à ce que Delcourt a l’habitude de publier!Yves PelletierQue dire de l’expérience de la BD par rapport à celledu cinéma?J’ai adoré. Il faut dire que Pascal et moi nous sommes étonnammentcompris. À quelques rares exceptions, ce qu’ilm’envoyait correspondait à ce que j’avais imaginé lors dela rédaction. Ce qui m’a plu le plus, c’est de pouvoir concrétiserles choses rapidement. À la télé ou au cinéma, c'estlong et parfois très lourd.par Cynthia BrissonAnnie Léonard,Le Marché du LivreLargo Winch (t. 17), PhilippeFrancq et Jean Van Hamme(Dupuis)Pluto (t. 5), Osamu Tezuka et Naoki Urasawa (Kana)Concours Hachette 2010 – Histoires de pêche,Collectif (Glénat Québec)Nocturne, Pascal Blanchet (La Pastèque)L’été est une saison cruelle pour les amoureux du 9 eart! Le rayon des nouveautés ne leur offre pratiquementrien, sinon l’écho de leur attente. Heureusement,le temps des tablettes vides est révolu, et lesprochaines semaines promettent leur lot de parutionsalléchantes.Par où commencer, sinon par la BD québécoise quiannonce à elle seule deux suites attendues? Toutd’abord, Francis Desharnais récidive avec un secondtome de Burquette (Les 400 coups). La jeune Alberte aréussi à échapper à la burqa, mais parviendra-t-elle àfuir la machine à coudre en fonte? On se régale déjàdes nouveaux délires audacieux de l’auteur! Dans unregistre un peu plus sérieux, Jean-Sébastien Bérubétravaille sur la suite des captivantes aventures deRadisson (Glénat Québec). Michel Falardeau, quant àlui, renoue enfin avec la BD! On avait beaucoupapprécié Mertownville. On attend donc avecimpatience son « one-shot » Luck (Dargaud).Le Canadien Bryan Lee O’Malley, qui a connu un succèspour le moins inattendu avec « Scott Pilgrim » (Milady),n’a pas fini de séduire ses lecteurs, car les tomes 2 et 3seront disponibles en français cet automne. Côtéaméricain, le dixième tome de « Fables » (Panini comics)est finalement arrivé en librairie. Ceux qui ne connaissentpas encore Bill Willingham et sa version décapantede l’univers des contes de fées doivent absolument s’ymettre. Intelligent et culotté! Le douzième « WalkingDead » doit également paraître cet automne.Évidemment, la BD européenne n’est pas en reste. Lesmordus de science-fiction seront ravis d’apprendre lasortie du tome 4 d’ « Orbital » (Dupuis), de Serge Pelléet Sylvain Runberg. Les Espagnols José Robledo etMarcial Toledano poursuivent également sur leurlancée avec le tome 3 de « Ken Games » (Dargaud), unpolar bien ficelé et rafraîchissant. De plus, le prolifiqueJoann Sfar signe Chagall en Russie(Gallimard), un romangraphique qui raconte la vie d’un certain peintre…L’arrivage en provenance du Japon a aussi de quoirégaler les amateurs de mangas. On attend avecimpatience le tome 3 de « Bakuman » (Kana), par lesauteurs de Death note, mais aussi Rock (Casterman),le dernier Kyoko Okazaki et le deuxième tome de laBande dessinéeSOUS LESPROJECTEURSLES ANNÉES DOUCES (T. 1)Le bédéiste japonais qui a conquis àl’unanimité le cœur des lecteurs occidentauxrevient avec de nouvelles histoirespleines de sensibilité et de poésie.Cette adaptation du recueil d’HiromiKawakami promet purement et simplementune généreuse dose de bonheur!Jiro Taniguchi (Casterman)LE MASQUE DE LA VÉRITÉ.LE SCORPION (T. 9)Les coffres du pape sont vides. Lesmoines-guerriers se rebellent. Lesgrandes familles s’entre-déchirent.Le Scorpion semble avoir prisl’avantage sur Trebaldi. Or, sa quêtede vérité le ronge encore et la luttequ’il livre à l’Église n’est pas encore terminée.Stephen Desberg et Enrico Marini (Dargaud)LE TROISIÈME TESTAMENT.JULIUS (T. 1)Comment « le Boucher d’Alexandrie »a-t-il bien pu devenir Julius deSamarie, le premier homme à recevoirla parole de Dieu? Les auteurs duTroisième testament retournent auxsources de la légende pour un nouveau cycle de leurcélèbre fresque ésotérique.Alex Alice, Xavier Dorison et Robin Recht (Glénat)nouvelle série d’Aya Nakahara (connu pour « LovelyComplex »). Et, bien que le nombre de tomes de cette sériesoit en train de devenir indécent, on ne peut s’empêcherd’espérer « Les Gouttes de Dieu » (t. 15) (Glénat).Pour terminer, petite curiosité à surveiller : l’adaptation enbande dessinée d’Orgueil et préjugés et zombies (Casterman)par Cliff Richards et Tony Lee. Le remake de JaneAusten par Seth Grahame-Smith n’a décidément pas finid’avoir du succès!Éric Gougeon, ImagineLucky Luke contre Pinkerton. LesNouvelles aventures de LuckyLuke (t. 4), Tonino Benacquista etDaniel Pennac (Lucky comics)Visions africaines. Hugo Pratt, un gentilhommede fortune, Paolo Cossi (Vertige Graphic)Tintin et le Québec : Hergé au cœur de laRévolution tranquille, Tristan Demers (Hurtubise)Rédemption. La Jeunesse de Blueberry (t. 19),François Corteggiani et Michel Blanc-Dumont(Dargaud)LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 49


LE LIBRAIRE CRAQUE!essaiL’ALOUETTE AFFOLÉE Quel beau récit! Il ne m’a pas été facile de me replongerdans une autre lecture après cela. C’est le genred’histoire qui vous reste en tête longtemps après la dernière page;probablement est-ce parce que tout ce qui est raconté est véritablementarrivé. J’ai fermé ce livre avec une réelle frustration à cause du fait quenous ne connaissons pas beaucoup de récits québécois sur la DeuxièmeGuerre mondiale. L’histoire autobiographique de Gilbert Boulangerpourrait faire un excellent film qui nous changerait du modèleétatsunien. Tous les ingrédients s’y trouvent : action, suspense,aventure, amour, etc. Il ne faut pas s’attendre à lire un ouvrage militairefroid et tactique, mais plutôt un roman passionné sur un homme quivoulait voler coûte que coûte et qui s’est vu emporter par le maelströmde la guerre. Merci, monsieur Boulanger! Shannon Desbien Les BouquinistesGilbert Boulanger, Lux, 270 p., 24,95$L'HISTOIRE DE FRANCE EN 100 MOTS CÉLÈBRES L’histoire de France en 100 motscélèbres saura captiver toutcurieux qui désire acquérir des connaissances générales sur lesgrandes lignes de l’histoire de France. La spécificité du livre résidedans la méthodologie employée par l’auteur, soit l’histoire paranecdotes, ou plus précisément par citations célèbres. Tout enprocédant selon une logique chronologique, Meuleau cite certainspersonnages fondamentaux de l’histoire de France et accompagneleurs citations à l’aide de brèves explications historiques : « L’État,c’est moi » de Louis XIV, « Soldats, du haut de ces pyramides,quarante siècles vous contemplent… » de Bonaparte, « Je vous aicompris » et « Vive le Québec libre! » du Général de Gaulle, etc. Unelecture originale et très enrichissante.Ismaël Bellil La Maison de l’ÉducationMaurice Meuleau, Armand Colin, 232 p., 25,95$COMMENT GOOGLE MANGERA LE MONDELa première édition de cetouvrage est parue en2007. À la vitesse à laquelle évoluent le monde du Web et la numérisation du livre,une nouvelle édition s’avérait nécessaire. Daniel Ichbiah avait déjà abordé cet universen 1995 et est en mesure de nous faire comprendre la positionprivilégiée de Google et sa forte rentabilité. Par chance, ces 280pages sont accessibles à tous. Si vous désirez en savoir davantagesur les « PageRank », les « Adwords », la numérisation des livres,cet essai est tout à fait approprié. Critique face à la manière defaire de Google, l’auteur nous prévient du danger qu’il représenteà l’égard des libertés individuelles. Une vraie saga qu’il faut lireabsolument si vous n’êtes pas spécialiste du Web et que vousdésirez vous faire une bonne idée de ce qui est en marche avecGoogle. Audette Landry VénusDaniel Ichbiah, Archipel, 280 p., 29,95$LE CRÉPUSCULE D'UNE IDOLE :L'AFFABULATION FREUDIENNELes guerres opposant différentesécoles de penséene datent pas d’hier. AvecLe crépuscule d’une idole, Michel Onfray envoie une déclaration de guerre radicale auxpsychanalystes. Polémiste, il avance comme un char d’assaut, détruisanttous nos fondements freudiens bien enracinés. À coupsd’argumentation et de citations, il se fraye un chemin pour détruirele « dieu de la psychanalyse », en lui laissant quand même porterun titre de « philosophe ». Un essai à lire pour ceux qui aiment lacontroverse, bien sûr, car on ne retrouve pas une once de nuancedans les propos de l’auteur. J’invite donc chacun à se faire une idéesur le sujet en gardant l’esprit bien ouvert. On dit que l’âmehumaine est un abîme insondable : à chacun son moyen d’exploration?Anne Gosselin PantouteMichel Onfray, Grasset, 612 p., 34,95$50 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010JOURNAUX 1959-1971S’imprégner de la prose d’une grandefigure de la littérature argentine et lireses journaux intimes est une expérience. Cela permet de prendrecontact avec l’esprit de l’artiste et d’apprendre à la connaître sanspasser par le filtre éditorial et celui de l’auteur. Les journauxd’Alejandra Pizarnik nous présentent une femme tourmentée,quelqu’un de tellement sensible que chaque petite variation de sonunivers l’affecte intensément. Elle a l’impression de tourner en rond,ne sait pas où se poser pour être complètement bien avec elle-même.Elle veut écrire, trouver son propre style, mais ne se rend pas comptequ’elle est justement en train de réaliser toutes les choses qui ferontd’elle une des poètes argentines les plus influentes de sa génération.Anne Gosselin PantouteAlejandra Pizarnik, Corti, 360 p., 42,95$BLANCHISSEZ-MOI TOUS CES NÈGRESAprès avoir secoué lesâmes sensibles avec destitres comme Et si Dieu n’aimait pas les Noirs ou Noirs dans les camps nazis, Serge Bilépropose cette année un ouvrage sur le blanchiment des Noirs. Bilé y traite, entreautres, de l’histoire de cette pratique en énumérant les motifspour lesquels, encore aujourd’hui, des individus tentent dese blanchir la peau : pression sociale, désir de plaire, defaciliter la drague… L’auteur explique parallèlement lestechniques employées pour mener à bien une telle entreprise :crèmes, rayons X, huiles… Enfin, l’ouvrage contient une longueannexe composée de témoignages de Burkinabés qui s’éclaircissentla peau. Une lecture très accessible sans toutefois être facile,le sujet traité y étant réellement bouleversant.Ismaël Bellil La Maison de l’ÉducationSerge Bilé, Pascal Galodé éditeur, 128 p., 30,95$À l’agenda26 e Festival Internationalde PoésieDu 1 er au 10 octobreDivers lieux, Trois-Rivièreswww.fiprt.comQuébec en toutes lettresDu 14 au 24 octobreDivers lieux, Québecwww.quebecentouteslettres.com16 e Semainedes bibliothèques publiquesDu 16 au 23 octobrePartout à travers le Québecwww.semainedesbibliotheques.comSalon du livre du Saguenay—Lac-St-JeanDu 30 septembre au 3 octobreCentre des congrès Holiday Innwww.salondulivre.caSalon du livre de l’EstrieDu 14 au 17 octobreÉdifice Expo-Sherbrookewww.salondulivredelestrie.comSalon du livre de la Côte-du-SudLe 6 et 7 novembreSt-Jean-Port-Joliwww.salondulivrecotedusud.qc.caSalon du livre de RimouskiDu 4 au 7 novembreCentre des congrèsde l’Hôtel Rimouskiwww.salondulivrederimouski.ca


Normand Baillargeonest professeur ensciences de l’éducationà l’UQAM. Aussiessayiste, il estl’auteur du Petit coursd’autodéfenseintellectuelle, qui aconnu un franc succès.S ENS CRITIQUELA CHRONIQUE DE NORMAND BAILLARGEONessaiEn BD ou non,vos essais?La bande dessinée est aujourd’hui appelée le neuvième art et ce n’est que justice :elle a, en effet, conquis ses lettres de noblesse. Il n’est donc pas étonnant qu’on aitdepuis longtemps tenté, de diverses manières, de la mettre au service depropos, disons, plus sérieux ou plus savants.En ce qui concerne les essais, il existe, par exemple, en langue anglaise et publiéepar Icon Books, une très riche collection appelée « Introducing » dans laquelle unauteur et un dessinateur unissent leurs talents pour exposer des sujets aussi variéset complexes que la pensée de Kant, la théorie du chaos, le romantisme et de très,très nombreux autres. L’éditeur Zones, en France, propose depuis peu quelque chosede semblable dans une collection inaugurée avec un instructif Marx (mode d’emploi),rédigé par le regretté Daniel Bensaïd et illustré par Charb.Ces mariages de la BD et de l’essai sont intéressants et, dans certains cas, réussis.Mais puisqu’on se contente, somme toute, de plaquer des dessins sur un essai usuelexposant des idées et des concepts, les véritables amateurs de BD argueront que lemariage n’est pas vraiment consommé, dans la mesure où les diverses composantesdes codes narratifs propres à la BD n’ont pas réellement été transposés à l’essai. Il existediverses tentatives pour atteindre cet ambitieux objectif, mais le défi est particulièrementgrand et on doit reconnaître que les réussites ne sont pas légion.C’est pourquoi il convient de saluer l’espèce d’événement éditorialque constitue la parution de Logicomix.Je le répète : il s’agit d’une grande réussite, superbement rendue en langue française.On pourra d’ailleurs en juger sur le site Internet du livre, où sont présentées quelquesunesde ses planches : www.logicomix.com/fr/.Une histoire de l’indépendantisme québécoisAu moment où je rédige ces lignes, les études québécoises, jadis florissantes, nesemblent plus, tant ici qu’à l’étranger, susciter un aussi grand intérêt. Quant aunationalisme québécois, le moins que l’on puisse en dire est qu’il se cherche, au pointoù d’aucuns pourront être tentés de décréter l’indépendantisme moribond. Il n’estrien d’aussi vital, durant de semblables épisodes, que de prendre une perspectiveplus large sur l’actualité et, pour ce faire, de se replonger dans cette longue duréechère aux historiens.C’est justement ce que proposent Comeau, Courtois, Monière et leurs nombreuxcollaborateurs en retraçant l’histoire de l’indépendantisme au Québec. Notez quedans ce volume, ils la content jusqu’en 1968; un deuxième et dernier tome reprendraà cette date.Les ouvrages collectifs ont tous, par définition, le défaut de réunir des contributionsinégales. Mais dans celui-ci, les directeurs de publication ont eu la sagesse deproposer à leurs auteurs un mode d’exposition qui minore fortement ce défaut usuelen assurant une certaine et bienvenue unité à l’ensemble de l’ouvrage.LOGICOMIXApostolosDoxiádis et ChristosPapadimitriou,Alecos Papadatos(dessins)Vuibert38 p. | 38,95$Les fondements des mathématiques en BDCet ouvrage, qui nous arrive dans sa version française, est paruen anglais en 2009 et a presque unanimement été accueilli avecde grands éloges. Les auteurs y traitent d’un sujet difficile et quirisquerait, si ce n’était des talents des auteurs et des dessinateurs,d’en rebuter plus d’un : la crise des fondements qui secoue lesmathématiques au début du XX e siècle.Pour l’aborder, les auteurs procèdent par mise en abyme. L’ouvragenous ramène d’abord au 4 septembre 1939, alors que s’amorce laDeuxième Guerre mondiale. Ce jour-là, le Britannique BertrandRussell, philosophe, logicien, réformateur social et pacifiste durantla Première Guerre, est aux États-Unis et s’apprête à prononcer uneconférence sur « Le rôle de la logique dans les affaires humaines ».Sur fond de profondes tensions politiques, Russell va raconter son parcours, qui seconfond avec celui de la logique mathématique et de la crise des fondements,évoquant au passage les principaux protagonistes (Frege, Hilbert, Poincaré,Wittgenstein, Gödel, notamment) de ce qui reste une des plus grandes aventuresintellectuelles de l’histoire de la pensée humaine.Mais à cette mise en abyme s’en ajoute une autre, alors que les créateurs deLogicomix se mettent ponctuellement en scène pour commenter, expliquer ou simplementréagir à ce qu’ils racontent, offrant ainsi un contrepoint contemporain auxpropos de Russell et aux péripéties intellectuelles, mais aussi personnelles qu’ilévoque. Car si l’ouvrage traite de la recherche de la vérité et de la quête de lacertitude, il aborde aussi le lourd tribut (jusqu’à la démence) que paient parfois ceuxet celles qui s’avancent si loin sur de si tortueux chemins.Celui-ci reconstitue la trajectoire de l’indépendantisme en se donnant comme corpus« les essais des penseurs qui ont produit des réflexions substantielles sur l’accessiondu Québec à l’indépendance politique ». Trois moments sont distingués : la phasedes Patriotes, ses antécédents et ses suites (1832-1900); la première moitiédu XX e siècle (1900-1945); enfin, la période de 1945 à 1968,année considérée, pour des raisons évidentes, comme uneannée charnière.HISTOIRE INTELLECTUELLEDE L’INDÉPENDANTISMEQUÉBÉCOIS, 1834-1968 (T. 1)CollectifVLB228 p. | 32,95$Il en résulte une fort belle et instructive galerie de portraitscomprenant, entre autres, Louis-Joseph Papineau, Médéric Lanctôt,Wilfrid Morin, Paul Bouchard, Raoul Roy, Marcel Chaput, sans oublierMaurice Séguin ni René Lévesque et de nombreux autres.D’autres, plus fins connaisseurs du sujet, enapprendront moins que moi dans cet ouvrage. Demon côté, j’y ai découvert des œuvres et despersonna lités qui m’étaient peu connues. J’y ai aussieu la confirmation que l’idéologie indépendantiste,dont la popularité a connu des hauts et des bas, atrès diversement été modulée au cours de notrehistoire, selon les personnalités qui l’ont pensée, bien entendu, mais aussi selon lesévénements et les grands courants idéologiques et économiques d’ici et de l’étranger.C’est ainsi que l’indépendantisme a été ouvert ou fermé, de gauche ou de droite,laïc ou ultramontain, libéral ou conservateur, ethnique ou cosmopolite. Cependant,les questions fondamentales qu’il a soulevées (notamment : pourquoi l’indépendance?Qui est Québécois? Quelles valeurs sont portées par ce projet politique?Comment le faire advenir?) restent importantes à débattre.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 51


LES CHOIX DE LA RÉDACTIONessaiCette « cartographie des nouvelles pensées critiques » rend compte, comme sonsous-titre l’indique, des nouvelles théories sociales et politiques contemporaines,soutenues par des philosophes et des penseurs de notoriété internationale telsque Noam Chomsky, Jacques Rancière, Judith Butler et Toni Negri. Annonçant leretour de la pensée radicale, le docteur en sociologie Razmig Keucheyan, qui signecette introduction pratique et accessible à la pensée politiquemoderne, s’applique à mettre en contexteet à analyser ces théories (post-marxisme,HÉMISPHÈREGAUCHERazmig KeucheyanLux336 p. | 29,95$poststructuralisme, anti-pouvoir, néospinozisme,etc.) en rappelant les défaitesdes grands mouvements de contestationdes années 1960 et 1970.L’Acadieque vous n’avezjamais lue !L’instant même de la Création, la naissance de l’Univers, l’origine du Big Bang :voilà le mystère suprême, sondé obstinément par des chercheurs depuis dessiècles. Serait-il enfin sur le point d’être révélé? Ce moment où « la lumière fut »,le « visage de Dieu », a été entrevu par Georges Smoot en 1992, grâce aux photosprises par le satellite COBE de la lumière la plus anciennejamais émise par l’Univers, appelée la radiation fossile. Ledocteur en mathématiques GrichkaLE VISAGE DE DIEUIgor et GrichkaBogdanovGrasset288 p. | 29,95$Bogdanov et le docteur en physiquethéorique Igor Bodganov examinent lesavancées scientifiques qui ont mené àcette découverte et sa signification pourl’Homme dans un ouvrage accessibleet fascinant.52 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Des livres pour savoirwww.editionsnotabene.caUN ESSENTIELLa langue au quotidienChoix de textes, annotations et introductionde Karine Cellard et Karim LaroseLa collection « Initiatives » des Presses de l’Université du Québec propose avec Commerceéquitable : Les défis de la solidarité dans les échanges internationaux une synthèse de l’histoire,des pratiques et des enjeux du commerce équitable pour les non-initiés. Ce procédé commercialfondé sur les principes éthiques du partage des bénéfices a profondément évoluédepuis ses premiers échanges internationaux jusqu’à son institutionnalisation actuelle.Les auteurs de l’ouvrage, respectivement sociologue, anthropologueet spécialiste de la question,offrent de refaire leCOMMERCE ÉQUITABLE.LES DÉFIS DE LA SOLIDARITÉDANS LES ÉCHANGES INTERNATIONAUXLouis Favreau, Jean-Frédéric Lemay,Christophe MaldidierPresses de l’Université du Québec184 p. | 18$parcours du commerceéquitable afin d’en identifierles difficultés et les défis àrelever par ses promoteurset ses militants.Imaginez : du jour au lendemain, plus d’ordinateurs, plus d’avions ni de voitures,plus de plastique, plus d’oranges de la Floride ou de vin de France. Que deviendraitnotre société sans le carburant qui lui permet de s’alimenter, de se déplacer, defonctionner? Serions-nous en mesure d’assurer notre survie si le pétrole venait àdisparaître? Le pic pétrolier étroitement lié aux changements climatiques exigeune transformation de nos modes de vie. Dans Manuel de transition. De la dépendanceau pétrole à la résilience locale, Rob Hopkins propose les outils nécessairesà cette transformation dans le but de construire immé -diatement une sociétéMANUEL DE TRANSITION DELA DÉPENDANCE AU PÉTROLEÀ LA RÉSILIENCE LOCALERob HopkinsÉcosociété216 p. | 25$apte à s’adapter auxcatastrophes énergétiquesqui nous menacent.


Troublant...Estelle BeauchampUn souffle venu de loinEn 1940, la guerre amène au Canada des enfantsréfugiés. Mirka est ainsi accueillie, comme un petitoiseau farouche, par la famille Dumouchel. Ainsidé bute l’histoire attachante d’une femme rétive etimpétueuse, traits qu’elle doit, découvrira-t-elle, à sesorigines tziganes qu’on lui a cachées. En composantavec son passé troublant, sa famille adoptive, sa so ciétéd’accueil, ses aspirations et son tempérament, Mirkafera sa vie au Canada en traversant les dé cennies del’après-guerre à la fin du siècle.Roman • 211 pagesLivre papier 21,95 $ • ISBN 978-2-89423-249-1Livre numérique 16,95 $ • ISBN 978-2-89423-364-1PHOTO : ANNE MURPHYPHOTO : NATHALIE MONETTEMonique RoyLe chant des nuits heureusesArrivée pour l’été à son chalet sur la mer, Caroconstate que sa sœur Maryse y est. Elles ne se sontpas revues depuis que Maryse s’est enfuie avec Bobby,l’amant de sa sœur. Revient-elle lui refaire le coup ?Caro retrouve la favorite de leur mère, la charmeusenarcissique, l’adepte des remarques troublantes. Maisson comportement l’inquiète. Que s’est-il passé aujuste avec Bobby ? Ce roman explore avec perspicacitéune relation familiale troublée, où l’amour finit partriompher de la névrose.Roman • 243 pagesLivre papier 22,95 $ • ISBN 978-2-89423-252-1Livre numérique 16,95 $ • ISBN 978-2-89423-369-6PrisedeparoleEn vente chez tousles bons libraireshttp://pdp.recf.caeditionsmichelquintin.caLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 53


LE LIBRAIRE CRAQUE!cuisineCUISINE LOCALE QUATRE SAISONS Comme le titre l’annonce si bien, voiciun magnifique livre sur la cuisinequébécoise. Après avoir fait au moins une dizaine de recettes, je peux affirmer que cetouvrage divisé en quatre chapitres (pour les quatre saisons) est unindispensable. Anne Samson nous y fait découvrir les denréesdisponibles et une étonnante variété de mets qui les mettent envaleur. Découvrez le fantastique gâteau à la betterave (délicieux)et les quesadillas à la québécoise. Ce qui sort de l’ordinaire des livresde recettes? Les conseils et le tableau de substitution d’alimentsservant à maximiser l’utilisation des produits de chez nous. Vouspourrez aussi consulter le calendrier de disponibilité de vosingrédients préférés et savoir où vous les procurer. Vous vous devezd’essayer cet ouvrage! Shannon Desbiens Les BouquinistesAnne Samson, Modus Vivendi, 272 p., 29,95$BARBECUE PARTY« Marabout Chef » nousoffre, encore une fois, depetites merveilles culinaires illustrées par de très alléchantes photos. Cette collection,à la portée de toutes les bourses, est très accessible pour les cuisiniers débutants.Dans l'ouvrage Barbecue Party, les recettes proposées sont à lafois simples et originales, s’inspirant de toutes les cuisines dumonde. En effet, entre brochettes de poulet Bombay et courgettesà la chermoula (mélange marocain), il y en aura pour tous lesgoûts. De plus, les jaquettes intérieures de l’ouvrage comprennentdes grilles très utiles, notamment sur les différentes parties duporc, du bœuf et de l’agneau, ou encore sur la conservation desaliments ou les mesures culinaires. Un excellent livre pratique àavoir pour profiter de l’été indien avec ses amis.Tania Massault PantouteChristine Bricout et Elisabeth Boyer, Marabout, 120 p., 11,95$LES 100 MEILLEURES BIÈRES 2010 Le goût des Québécois en termes deconsommation de bière, de vin etd’alcool s’est grandement raffiné ces dernières années. Dans le domaine de la bière,l’explosion du nombre de microbrasseries et de commerces spécialisésest remarquable. Il n’est donc pas étonnant de voir apparaître un guideannuel sur les bières, inspiré des guides Aubry, Phaneuf et Chartier.Tandis que le petit côté « encyclopédique » de cet ouvrage séduira àcoup sûr les épicuriens, ses descriptions brèves et concises plairontdavantage aux amateurs, qui aiment boire, à l’occasion, une bière augoût plus complexe. Les auteurs, en prime, dressent une liste des pointsde vente où trouver une plus grande variété de bières ainsi qu’un indexexhaustif des microbrasseries québécoises. Bref, de l’excellent travailfait par de véritables « péteux de broue »! René Paquin Clément MorinAlain McKenna et Richard Prieur, Transcontinental, 264 p., 19,95$CUISINE DE FAMILLE À PETITS PRIX Si vous avez envie d’idées nouvellescôté cuisine, mais aussi de simplicité,vous serez servis avec Cuisine de famille à petits prix. Toutes les recettes sont facilesd’exécution et ne nécessitent pas de longues préparations ni d’amalgames complexesd’ingrédients : rien de trop élaboré pour un goût qui plairacependant à la majorité des convives. Les chefs ont bienentendu tenu compte du coût, de façon à suggérer desmets abordables. Et, ô merveille, il y a des suggestionspour apprêter les restes! C’est original et ça change de laroutine. De plus, on trouvera des astuces pour la planificationdes menus, ce qui nous permettra d’économisertemps et argent. À découvrir sans faute! Tout le monde ytrouvera son bonheur… culinaire! Hélène Talbot Boutique VénusLes chefs Blais, Dufresne, Loiseau et Archambault, La Presse, 158 p., 24,95$LES CHOIX DE LA RÉDACTIONcuisine54 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Tél. : 418 877-3110 • editions@gidweb.com • leseditionsgid.comAvec la nouvelle année scolaire, bien des mamans auront une raison de vouloirs’arracher les cheveux : avec cinq lunchs par semaine, ce n’est pas moins de180 idées originales qu’il leur faudra dénicher! En guise de coup de pouce,Marie-Claude Morin (animatrice à la radio RockDétente), mère de trois enfants,a inventé des recettes faciles, accessibles, saines et sans noix. C’est ainsi que l’onretrouve des sandwichs à la salade de chou et de la salade de millet, des pâtes àl’ail et du ragoût aux légumes et autofu. Et les photos ont de quoiBOÎTE À LUNCHPOUR ENFANTSMarie-Claude MorinModus Vivendi184 p. | 24,95$rendre les plats appétissants pourles plus difficiles! Une façon à la foiséconomique et santé de varier lesmenus tout en éloignant les enfantsde la malbouffe.On les voit à l’épicerie, dans leurs formes singulières, leurs couleurs marbréesainsi que leurs grosseurs diverses. Et on se dit : « Ma grand-mère saurait quoi enfaire, elle! » Alors voilà un ouvrage qui lève le voile sur les modes de préparationdes courges, qui sont bien plus que des décorations d’Halloween. Deux cultivateursde La Courgerie, une ferme ancestrale de la région de Lanaudière, signentce guide du parfait néophyte en matière de cucurbitacées.Ils y expliquent comment les choisir,LES COURGES DANSVOTRE ASSIETTEPascale Coutu etPierre TremblayGoélette176 p. | 24,95$les couper, les cuisiner, lesconserver et… avec quels vins lesdéguster! Vous découvrirez que cetaliment proclamé « Légume del’année 2010 » peut être savouré entarte, en salade, en raclette, en platscongelés et même à la mijoteuse.


ARTICLEcuisineHistoire de manger localEn arrivant à Montréal en 1999, j’étais le roi du macaroniau jus de tomate. Dix années de vie métropolitaine m’onttransporté d’une découverte culinaire à l’autre et m’ont faitvisiter un large éventail de pays. En 2009, je n’étais pasvraiment versé davantage dans l’art de la concoction d’un plat,mais mes goûts s’étaient raffinés et, même si un bon macaronipouvait dépanner un soir de disette, la recherche de sensationsfortes pour mes papilles gustatives prenait le dessus.ParShannon Desbiens,de la librairie Les BouquinistesJe suis ensuite revenu en région, à Chicoutimi, en vue d’agrandir la famille. Ici, siquelques restaurants peuvent faire pâlir d’envie certaines institutions montréalaises,le choix n’est guère large.C’est pour cette raison que j’ai commencé à ouvrir des livres de cuisine, afin de recréerchez moi les bons plats de la cuisine du monde. Il restait à trouver lesingrédients et épices dont j’avais besoin. Parfois en vain. Puis, de bonnes choses surgirentdu passé : orignal, perdrix, caribou et j’en passe. On nous offrait de belles pièces de gibier.Des aliments dont j’avais oublié les saveurs et que je n’avais jamais eu la chanced’apprêter moi-même.Pachamama, cuisine autochtone et bouffe bien de chez nous!C’est vers cette période que Manuel Kak’wa Kurtness est venu à la librairie pour uneséance de signatures du livre Pachamama (Boréal). Tout le monde trouvait cocasse d’ydécouvrir une recette où l’on proposait de l’écureuil : rien de plus efficace pour attiser lacuriosité. Finalement, c’est dans ce livre que j’ai trouvé les premières recettes pour ma« viande de bois ». Le plus intéressant, par contre, c’est l’histoire des peuples desPremières Nations du Québec et de l’Ontario; je ne m’étais jamais penché sur ce sujet.L’auteur nous présente chaque nation de l’Est canadien, un résumé de son parcours etles aliments qui constituent son alimentation. C’est probablement le premier livre decuisine que j’ai lu en entier. Et les recettes en valent le détour! Malgré tout, je n’ai pas eul’occasion d’attraper d’écureuil au cours de l’année. Un jour, qui sait?Ça y était, j’avais la piqûre. J’ai eu subitement envie de connaître les plats de chez nous.Le temps des fêtes aidant, les livres de recettes locales se mirent à affluer à la librairie.Et comme l’histoire a toujours été un peu mon dada, un livre a attiré mon attention. Ils’agit d’À table en Nouvelle-France d’Yvon Desloges, publié chez Septentrion. Ici, on nousexplique le choc des cultures entre les Autochtones et les Européens. À l’aided’illustrations et de tableaux, on suit la progression de l’alimentation de nos ancêtres, del’adaptation aux produits locaux (la plupart du temps dédaignés) à l’influence del’importation sur la culture locale et l’alimentation des Autochtones. Ce n’est pas tout lemonde qui pouvait se permettre de manger des produits importés. Et il fallait s’adapteraux brusques changements des saisons, que l’on connaît si bien. Une démarcation s’estvite faite entre les sphères sociales, créant ainsi une diversification culinaire. Bien quecertaines recettes soient disséminées un peu partout entre les chapitres, Yvon Deslogesa eu la brillante idée de les regrouper par catégories sociales à la fin du livre. Vous pouvezalors manger comme on le faisait chez le paysan, le voyageur, les religieuses, le cabaretieret ainsi de suite. Un survol des différents plats présentés vous mettra l’eau à la bouche.Adaptées aux produits courants d’aujourd’hui, ce sont des recettes faciles à faire.La cuisine familiale au QuébecDurant mes premières journées à la librairie, trois livres trônaient bien en vue sur une table.Ce n’était pas le genre de livres tape-à-l’œil. Il m’a fallu consulter les ouvrages précédemmentmentionnés pour me rendre compte que ces livres recelaient pourtant le plus complet destrésors. Le Saint des Saints, Michel Lambert, qui nous propose, aux éditions GID, le résultatde ses recherches sur l’histoire de la cuisine au Québec, à partir des premiers pas de l’hommeen ces terres. Le volume un, Histoire de la cuisine familiale au Québec : ses origines autochtoneset européennes, traverse le temps, depuis la préhistoire du Québec jusqu’à l’intégration de lacuisine européenne. En première partie, chaque nation autochtone, les anciennes, lesdisparues et les actuelles, est scrutée à la loupe afin de nous faire découvrir son garde-manger.La deuxième partie nous propose une incursion chez les Européens, avec les aliments qu’ilsont apportés, leur origine et la place qu’ils ont prise dans les plats d’ici.Dans le second volume, La mer, ses régions et ses produits, on visite d’abord chaque régionen contact avec la mer, son paysage, son peuplement, ses ethnies, son garde-manger etses recettes. Ensuite, nous faisons le tour des profondeurs maritimes : chaque poisson,fruit de mer, mammifère marin, plante de bord de mer sont scrupuleusement étudiés.Dans le troisième volume, La forêt, ses régions et ses produits, le principe est le même.L’ouvrage est toutefois divisé en deux livres, tellement la matière est abondante. Chacundes trois volumes possède une variété de recettes gastronomiques se rattachant au sujetdu chapitre. Lambert prévoit un quatrième et un cinquième volet, qui couvriront la cuisineen milieu urbain ainsi que l’apport de la cuisine du monde dans la cuisine québécoise.Il nous promet aussi un recueil de recettes. Je les attends avec impatience… Faites vite,monsieur Lambert!De plus en plus, le Québec se rend compte de l’importance de manger local. Les avantagesautant économiques qu’environnementaux abondent. Sans oublier que c’est tellementbon! Plusieurs livres offrent aux gourmets épris des bons plats d’ici des conseils et debonnes recettes adaptées au climat québécois, notamment Cuisine locale quatre saisonsd’Anne Samson (Modus Vivendi), dont je parle à la page précédente. N’hésitez pas à vousy abandonner… Une multitude de goûts et de saveurs vous attendent! Bon appétit!LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 55


Une rentrée colorée, des nouveautés en série!Guy Saint-JeanÉDITEUR56 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010LE DICO DE TIBOest un dictionnaire joliment illustré par PHILLIPE BÉHAqui présente 449 mots suivi de 449 définitions… pas unede plus ! Des mots de tous les jours avec des définitionsdrôles, loufoques, absurdes et surprenantes qui ne serventà rien sinon à faire sourire. Ce qui est déjà pas mal !LE DICO DE TIBO est un ouvrage festif, rigolo qui plaira à touset encore plus aux amateurs de jeux de mots et d’absurde.Le Dico de Tibo… ça se lit comme un roman !LE DICO DE TIBO DE GILLES TIBO,ILLUSTRÉ PAR PHILIPPE BÉHA / HORS COLLECTIONTOUT EN COULEURS / 112 PAGES / 16,95 $SOULIÈRES ÉDITEURwww.soulieresediteur.comE


LE LIBRAIRE CRAQUE!beau livre | livre pratiqueTHE GODFATHER FAMILY ALBUM La tentation est trop forte de dire de ce livre qu’ils’agit d’« une offre que vous ne pouvez pasrefuser ». Cet ouvrage assez lourd pour empêcher Luca Brasi de remonter du lit de larivière Hudson est fort bien nommé. En parcourant ces pages superbes (sublimesphotographies de Steve Schapiro accompagnées d’essais etd’entrevues), on sent bien à quel point la famille est ce qui a permisà ce film de devenir l’un des chefs-d’œuvre du septième art. Ondécouvre la parenté de Mario Puzo (auteur du roman et du scénario),celle de Coppola, mais surtout la drôle de famille qu’est devenue cetteéquipe d’acteurs incroyables. Ce film dont Paramount ne voulait pasvraiment, ce sont les artisans (auteurs, acteurs, réalisateur,compo siteur) qui en ont fait une œuvre véritable. Un si beaulivre qu’il vous faudra une table basse juste pour lui!Stéphane Picher PantouteSteve Schapiro, Taschen, 528 p., 89.95$VIVRE AUTREMENT : 30 HABITATSINSOLITES EN FRANCEOriginalité, dépaysement et esthétique... voilàce que l’on nous présente dans Vivreautrement : 30 habitatsinsolites en France. Des photos sublimes de décors extraordinaireset des résidences comme il en existe peu... De quoi nous faire rêver!On nous fait donc découvrir des habitats insolites tels que wagonsde train, bus, anciennes églises ou chapelles, moulins, bories,bergeries, gares, pigeonniers, châteaux d’eau et autres bâtimentscomplètement réhabilités et magnifiquement aménagés. Si vousdésirez voyager à peu de frais et surtout vous remplir les yeuxde pures merveilles architecturales, c’est le livre à voir. Vraimentoriginal! Hélène Talbot Boutique VénusStéphanie Caumont, Gründ, 180 p., 53,95$APPRENEZ À JOUER DU PIANOLe piano a toujours été pour moiun instrument plein de mystères.L’ouvrage d’Ashworth nous propose une méthode complète pour apprivoiser les difficultésdu clavier. Par une série de leçons (trente au total), nous sommes amenés à jouer desséquences de plus en plus corsées. Pour ceux qui sont impatients dedevenir des pianistes de renom, un dictionnaire d’accords et un autrede gammes agrémentent une bonne moitié de l’ouvrage. De plus, pourles auditifs, un CD-ROM permet de suivre les leçons, ce qui est unmariage parfait entre apprentissage de la musique et technologie.Boogie-woogie, jazz, rock’n’roll, musiques latines, tous ces genres sontà votre portée. Je ne suis rendu qu’à la leçon 15, mais je n’ai que trophâte de pouvoir jouer des accompagnements de jazz! À ce prix, c’estun excellent livre. Maxime Côté Lévesque Les BouquinistesMON CARNET (À REMPLIR) AVANT D'ALLERVOIR UN PSY (OU PAS...)Steve Ashworth, Broquet, 256 p., 19,95$Vous êtes blasé, vous êtes enquestionnement ou vous avez toutsimplement le goût de vous changerles idées? Ce mignon petit volume, conçu sous forme de questions/réponses conciseset de listes à remplir, s’adresse à vous. Les propos de cet ouvrage tiennent plus de lamise au point sur soi-même, et c’est ainsi que l’on peut offrir untel volume en cadeau à quelqu’un sans crainte de l’offenser. Le livreest divisé en différentes thématiques telles que l’enfance, la vieamoureuse et professionnelle ou les chansons, films et voyages nousayant marqués. À souligner les textes du genre « première fois »,toujours très intéressants. Il devient si vite amusant de remplir cespages dominées par l’orangé que l’on voudrait plus d’espace pourécrire. À la fois fascinant et amusant, ce petit exercice biographiqueet psychologique! Harold Gilbert SélectPatricia Chalon et Nathalie Faure, Marabout, 160 p., 16,95$Par Dominique Lemieux, Josée-Anne Paradis et Alice MéthotFirst à la québécoiseLa maison d’édition française First prendra un accent québécois à l’automne.L’éditeur de la populaire collection « Pour les nuls » a annoncé la parution prochainede titres développés exclusivement pour le marché québécois. Ces livres serontadaptés en fonction des réalités d’ici. Le premier titre de la série, prévu pournovembre, sera Le diabète pour les nuls, un guide pour prévenir, soigner et mieuxvivre la maladie. On y retrouvera des références aux législations provinciales ainsiqu’une liste d’adresses locales. Un ouvrage sur les finances personnelles suivraégalement avant les Fêtes. L’éditeur travaille aussi sur des éditions québécoisespour ses guides sur le jardinage, la création d’entreprises, la bourse etla nutrition.Aurélie par-ci, Aurélie par-là!En octobre, Le journal d’Aurélie Laflamme sera publié enFrance, chez Michel Lafon, pour le plus grand plaisir deslectrices françaises! Reste à voir si certaines expressionsseront alors adaptées afin de mieux coller à leur réalité…Il s’agit d’une belle consécration pour la jeune auteureIndia Desjardins, qui a publié, le 1 er septembre Pleins desecrets, le septième et avant-dernier tome de la série. Avecun film et 475 000 exemplaires vendus, on peut affirmerqu’il s’agit de la série pour adolescentes la plus appréciée!Un doctorat honorifique pour Gaston BellemareL’éditeur Gaston Bellemare, fondateur de la maison d’édition Les écrits des Forges et du Festivalinternational de la poésie de Trois-Rivières, recevra le 4 octobre un doctorat honoris causa del’Université du Québec à Trois-Rivières. L’ancien président de l’Association nationale des éditeursde livres a consacré sa carrière au rayonnement de la poésie au Québec et ailleurs dans le monde.Félicitations!Voir la vie en « jaune orange »Il faudra compter une nouvelle maisond’édition dans le milieu littéraire québécois.Jaune-Orange fait son entrée, cet automne,avec un titre-choc, soit un recueil deréflexions philosophiques de Nelly Arcan, quis’est suicidée il y a bientôt un an, et de sonfiancé Laurent Aglat. Maxitations, un petitlivre de 600 maximes et citations, fera voirle regard acerbe, mais enjoué, de l’auteurede Putain et de Folle. Il dresse un portrait dela dernière année de l’écrivaine et deson amoureux. La maison Jaune-Orange seradirigée par Caroline Poupart, la sœurde l’éditeur Jean-François Poupart (Poètesde brousse), et proposera des textesd’approche facile.Rouge sang ou rouge passion?Une nouvelle division chez le Groupe Modus voitle jour : il s’agit des éditions Rouge, qui sontdédiées à la littérature de type chick-lit. Les deuxpremiers titres à paraître sont Sang pour sang, oùle lecteur sera entraîné à Las Vegas dans unehistoire glamour, osée et drôle où les vampires neseront pas en reste, et Luxure et rédemption, oùtoute l’histoire découle d’un certain pacte entre unriche planteur du XVIII e siècle et un ange déchu.Désir et péchés seront au rendez-vous!LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 57


ISBN :9782809901832ISBN : 978284459199984459199939,95$ISBN:9782809901702624pages 49,95$ISBN :9782809901948222 pages 69,95$PINKFLOYDpar Glenn PoveyISBN : 9782809901825825 ISBN : 9782809900927809900927ISBN:9782809901573512 pages 49,95$ISBN :9782809901535496 pages 79,95$Collection ICARESPrix revelation 2010ISBN : 9782354080716288 pages 27,95 $ISBN : 9782354080884400 pages 34,95 $ISBN : 9782354080716336 pages 34,95 $ ISBN : 9782354080907400 pages 29,95 $ISBN : 9782354080877432 pages 34,95 $ISBN : 9782354080860416 pages 32,95 $Distributeur exclusif au Canada3770, Boulevard Industriel, Sherbrooke (Québec) Canada J1L 1N6 Téléphone : 514 525-4442 Sans frais : 1 800 597-3116 Télécopieur : 514 525-4443 Internet : www.adl.qc.ca Courriel : commandes@adl.qc.ca


LE LIBRAIRE CRAQUE!polarLA LIBRAIRIE DES OMBRES Comment ne pas être attiré par un titresemblable! Dans ce premier roman de MikkelBirkegaard, le lecteur est rapidement envoûté par l’atmosphère qui règne à la librairieLibri di Luca, dont vient d’hériter le personnage principal, JonCampelli. Ce dernier devra résoudre un conflit qui règne depuis plusde vingt ans entre les membres de deux sociétés de lecteurs auxpouvoirs insoupçonnés. Même si l’intrigue s’essouffle un peu versla fin du récit, l’action nous tient tout de même en haleine jusqu’àla dernière page, comme dans tout bon roman policier. Abordantau passage l’histoire de la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie, ceroman passionnant célèbre le pouvoir des mots sur la société et laLecture avec un grand « L ».Isabelle Prévost Lamoureux La Maison de l’ÉducationMikkel Birkegaard, Fleuve noir, 450 p., 29,95$GREEN RIVERQu’on pense à La Ligne Verte, à À l’ombre deShawshank, voire à Prison Break ou encore à L’expérience,le thriller carcéral Green River nous transporte dans le meilleur de ces mondes. L’auteur,s’amusant avec plusieurs théories sociologiques et philosophiques,nous amène au cœur d’une histoire où l’homme est un loup pourl’homme. En tournant les pages de ce thriller haletant, on retrouvedes échos de Kant, Hobbes et Bentham. Bref, dans un milieu où jadisrégnaient la loi et l’ordre et où désormais règne la loi du plus fort,Willocks nous entraîne dans les noirceurs de la nature humaine. Créantdes dilemmes immoraux vécus par des personnages tout aussiimmoraux, Green River suit l’épopée d’un lucide dans un monde debêtes. Quand l’émeute éclate, plus rien n’est certain.Jérémy Laniel CarcajouTim Willocks, Sonatine, 650 p., 39,95$MAIS C’EST À TOI QUE JE PENSE On s’attend à un thriller dans sa plus puretradition, et on se retrouve avec un romand’une grande finesse psychologique teintée d’espoir. Mark, un homme sans histoire,est tout simplement choisi par quatre victimes d’un pédophile dontle sadisme ferait rougir le Marquis de Sade lui-même. Ce que cesenfants devenus habitués à l’horreur attendent de Mark, c’est qu’illes ramène à leurs parents qui ont probablement accepté leur mortvue leur disparition depuis de nombreuses années. Les émotionsse mélangent aléatoirement avec l’horreur afin d’amener le lecteurdans un sentiment qui se traduit autant par l’impuissance que ledépassement de soi. La grande qualité de Braunbeck est de nousdonner la chair de poule en une phrase pour aussitôt nous fairesourire par une autre. Un ouvrage qui mérite d’être découvert.Harold Gilbert SélectGary A. Braunbeck, Bragelonne, 358 p., 34,95$CHAMBRE 26 Par une froide nuit d’automne, un homme est retrouvé mortnoyé dans le bain de la chambre numéro 26 d’un petit hôtelparisien. Mais qui est donc cet inconnu retrouvé sans papiers et sans argent, laissantderrière lui ses deux petits chiens? Patrick Vernier, récemment promuinspecteur à la police criminelle, sera chargé de l’enquête. À premièrevue, il semblerait que ce soit un meurtre gratuit, cruel et sans mobileapparent. Pourtant, son flair de policier lui dit qu’une des résidantesde l’hôtel, madame Nay, ne lui dit pas toute la vérité. Saura-t-il percerle lourd secret de cette vieille Polonaise au passé trouble? Chambre 26est un petit polar de 88 pages, intéressant et léger, que l’on dévore enun après-midi! Idéal pour se changer les idées. Un bon moment assuré!Hélène Laviolette-Noiseux La Maison de l’ÉducationTecia Werbowski, Les Allusifs, 88 p., 13,95$QUAND LA MORT S’INVITE À LA PREMIÈRE L’officier Marmet entraîne le lecteurdans les coulisses des arts de la scènedans Quand la mort s’invite à la première. L’action se déroule au milieu du XX e siècle,au Théâtre municipal. Sur scène, la première a commencé depuispeu lorsque tous réalisent que la réalité dépasse la fiction : l’acteurprincipal est mort sur scène! Tentant de faire respecter le calme,l’officier en charge s’aperçoit qu’une seconde personne est décédée.Vous recherchez une intrigue policière empreinte de l’atmosphèredes années 50? Ce livre satisfera votre soif d’énigmes et de mystère.Néophyte en matière d’auteurs québécois, je dois admettre queBernard Gilbert a su attirer mon attention et accroître mon goûtpour le polar québécois. Maxime Côté Lévesque Les BouquinistesBernard Gilbert, Québec Amérique, 335 p., 24,95$KELLER EN CAVALECe n’est pas avec joie que Keller apprend quequelqu’un d’autre a fait son travail. Quand on estun tueur à gages sur le bord de la retraite, on est vite surpris de voir qu’on estrecherché à travers les États-Unis… pour un meurtre qu’on n’amême pas commis (mais qu’on voulait commettre). Un piège! Kellerdoit prendre la fuite. Il apprendra que sa seule alliée est morte,immolée dans sa demeure. C’est donc dans sa voiture que nousaccompagnons le protagoniste à travers les États américains, alorsqu’il tente de regagner son havre de paix : New York. Mais enest-ce un, vraiment? Keller en cavale est un bon roman policier,léger à lire, teinté d’humour, que je conseille aux amateurs dechasse à l’homme. Une très bonne lecture, qui nous fait voyagersur notre continent. Maxime Côté Lévesque Les BouquinistesLawrence Block, Seuil, 298 p., 32,95$L’ÉTRANGE CAS DU DR NESSE La vie du Dr Nesse est méticuleusement bienorga nisée : il coule des jours paisibles avec sa femmeet ses deux filles. Tout bascule lorsqu’il reçoit en consultation un jeune du nom deJonas qui semble avoir un grave trouble de la personnalité; le patient en vient d’ailleursà développer une fascination inquiétante pour le Dr Nesse. Sonobsession le poussera à entrer en contact avec sa fille ainée. Lorsquecelle-ci disparaît sans raison, les soupçons du docteur se porterontinévitablement sur son patient. Le commissaire Espinosa sera chargéde résoudre cette disparition soudaine. Toutefois, lorsque ladeuxième fille disparaît à son tour, le commissaire est dansl’obli gation de considérer le Dr Nesse lui-même comme suspect.Sommes-nous devant le cas d’un patient obsessionnel ou bien d’unmédecin paranoïaque? Suivez le commissaire Espinosa dans cetincroyable dédale de péripéties.Hélène Laviolette-Noiseux La Maison de l’ÉducationLuiz Alfredo Garcia-Roza, Actes Sud, 270 p., 33,50$L’ENFANT PERDUSi vous cherchez ce que veut dire le mot anglais« thriller », lisez L’Enfant perdu. Vous savez, ce typede romans au sujet desquels on entend souvent des phrases comme : « Ce livre, vousne pourrez pas le lâcher »? Voilà. Avec des personnages solidement campés, crédibles,attachants et détestables et une vision du monde non pas en noiret blanc, mais plutôt avec toutes les couleurs de la terre de Carolinedu Nord : brune, noire, grise, sèche ou mouillée du sang deshommes, des femmes, des enfants. Une terre à l’image du monde,où beauté et mort se côtoient. On comprend à cette lecturepourquoi Hart a gagné deux fois le prix Edgar en seulement troispolars. Oui, pour le frisson qui fait peur et plaisir, pour le « thrill »comme on dit parfois en « franglais » : il faudra maintenant comptersur John Hart. Stéphane Picher PantouteJohn Hart, Lattès, 494 p., 29,95$LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 59


LES CHOIX DE LA RÉDACTIONpolarHabillé pour tuer s’ouvre sur le monologue d’une femme qui a un peu trop bu etdécide tout de même de prendre sa voiture. Sur l’autoroute, elle tombera en panne,en pleine noirceur. Elle cherche donc de l’aide auprès des autres automobilistes,qui se font malheureusement très rares. À son grand soulagement, c’est unefemme qui s’arrêtera pour lui venir en aide. Mais c’est là que le cauchemarcommence… Une enseignante à la retraite sera poignardéeen plein jour, deux femmes serontmassacrées à la sortie d’un salon deHABILLÉ POURTUERJonathan KellermanSeuil380 p. | 34,95$beauté. Le seul indice? Des voitures deluxe noires… Kellerman entraîne leslecteurs dans les quartiers huppés de LosAngeles, à la poursuite d’un meurtrier quin’a pas peur de se déguiser. En librairiele 5 octobre.Ce livre, malgré les apparences, n’est pas anodin. En effet, la force de son intriguelui a permis d’être sélectionné pour le Barry Award du meilleur roman policier dela décennie, et ce, aux côtés d’auteurs confirmés tels que Connelly, Larsson,Lehane et Zafón. Et, dans sa version originale, En plein cœur a remporté plusieursprix dont le Creasy Dagger en Grande-Bretagne, les prix Anthony et Barry auxÉtats-Unis et le Prix Arthur-Ellis au Canada. Dans un petitvillage des Cantons-de-l’Est, le corpsd’une enseignante retraitée est retrouvéEN PLEIN CŒURLouise PennyFlammarion Québec336 p. | 28,95$au matin de l’Action de grâce. De primeabord, on pense qu’il s’agit d’un accidentde chasse. Mais l’inspecteur en chef de laSûreté du Québec, qui a derrière luil’expérience et devant lui l’intuition, n’estpas de cet avis. Démasquera-t-il le coupable?LE LIBRAIRE CRAQUE!science-fictionFLASHFORWARDCe roman a inspiré la série télé « FlashForward », quipossède certaines similarités avec « Lost » : assez pourm’intriguer et me tenter! L’action du roman, publié en anglais en 1999par l’auteur canadien Robert J. Sawyer, se déroule en 2009. Pendant2 minutes 17 secondes, l’humanité perd conscience et aperçoit sapropre vie vingt ans plus tard. Serez-vous riches, mariés, heureux,puissants? Comment seront la technologie, l’économie, la politique?Chaque vision révèle une bribe de ce que l’avenir réserve à l’humanité.La mise en commun de ces visions révélera le destin de la planète. Ceroman d’anticipation nous projette dans le futur vers des avenuessurprenantes et une fin philosophique audacieuse.Jean-François Genest SélectRobert J. Sawyer, Milady, 380 p., 12,95$METRO 2033Ce qui sera toujours rassurant dans les romans descience-fiction de ce type, c’est qu’une fois fermés, toutredevient normal. En revanche, lorsqu’on se dit que ça pourrait arriver… C’est ce quidonne toute sa dimension impressionnante au livre. Nous sommes en 2033, à Moscou.Du moins, à l’intérieur de son métro. La surface de la Russie, sinondu globe, a subi un bombardement nucléaire et les rares survivantsse sont réfugiés dans les différentes stations du métro moscovite.Et depuis, ils s’organisent comme ils le peuvent. Artyom est appeléà se rendre de sa station à une autre mais, pour cela, il doittraverser plusieurs épreuves. La vie n’est plus ce qu’elle était.Quant à la surface de la terre, les radiations y ont fait naîtrel’horreur. Effrayant et palpitant : j’ai adoré. À découvrir.Shannon Desbiens Les BouquinistesDmitry Glukhovsky, L’Atalante, 632 p., 36,95$60 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Thriller, saga familiale et histoire de réfugiés, Shanghai Moon sortira du lot cetautomne. Lydia Chin, détective privée à New York, a été engagée pour retrouverun voleur de bijoux, lesquels appartenaient à une famille de réfugiés juifs. Commeces bijoux n’ont qu’une valeur sentimentale et que des meurtres se succèderont,Lydia diversifiera ses pistes. Grâce à une correspondance vieille de soixante ansentre la fille — qui a fui l’antisémitisme allemand en Chine — etla mère — restée en Autriche —, Lydiadécouvrira que cette famille détenaitSHANGHAI MOONS. J. RozanLe Cherche Midi492 p. | 34,95$un joyau mythique nommé la lune deShanghai. « Un plaisir de lecture d’uneintensité que seuls les grands romancierssavent susciter », en dit Denis Lehane.Tableau d ’honneurReinhard Jirgl, prix Georg-Büchnerpour sa contribution remarquable àla langue allemande et à la culturegermanophone.Sofi Oksanen, Prix du Roman Fnacpour Purge (Stock).Hervé Gagnon, Prix littéraire Jeunessedu Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour La révélation du centre.Le Talisman de Nergal (t. 6) (Hurtubise).Vincent Borel, prix Laurent Bonelli,Lire & Virgin Megastore pour Antoineet Isabelle (Sabine Wespieser).Pierre Demers, Prix de poésie duSalon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour La Bénédiction des skidoos(Trois-Pistoles).Louis-Bernard Robitaille, prixSamuel-de-Champlain pour son ouvrageCes impossibles Français (Denoël).Lorsque Julieapprend ledécès de sa tantepréférée, elle esttrès surprise quecette dernière ne luilègue qu’une lettreaccompagnée d’unemystérieuse clef, etde l’adresse d’unebanque à Sienne.Julie s’envole alorspour l’Italie et ydécouvre une liassede papiers jaunisrelatant les amoursde son ancêtreJuliette Tolomei etd’un jeune hommeprénommé Roméo.Troublée par cettehomonymie entreses ancêtres et lespersonnages deShakespeare, ellecherche à en savoirplus. Et ce qu’elledécouvre lui faitmesurer le terribledanger qui la guette…


Née à Paris,Elisabeth Vonarburgvit à Chicoutimidepuis 1973. Elleest considéréecomme l’écrivainefrancophone de SFla plus connue dansle monde.A U - DELÀ DU RÉELLA CHRONIQUE D’ELISABETH VONARBURGimaginaireAutre fin dumondeLe Canada (et surtout le Québec), devenu frontière avancée de la forteresseAmérique, est en proie au terrorisme quotidien et aux grandes migrationshumaines fuyant les crises déclenchées par les bouleversements climatiques.Paul Verlande et son partenaire Alexis Voronine, deux superflics de la Suretédu Québec, enquêtent sur la mort suspecte de deux policiers bien ordinaires.En cours de route, ils découvrent des enlèvements puis des assassinatsd’enfants, exécutés avec un excès surprenant de technologies bien tropsophistiquées. Tandis que s’accumulent catastrophes naturelles et humaines etque la crise globale s’accélère, ils vont déterminer qu’il existe un lien entre tousces cas. Voilà Métacortex, de Maurice G. Dantec.Si vous voulez lire un thriller futuriste normal, ce livre n’estpas pour vous. En effet, tout bascule dans le premier tiersdu roman : après l’arraisonnement d’un camion transportantdes armes illégales, Verlande hérite d’un objet très spécial,une enveloppe noire d’abord, mais qui se métamorphoseensuite à répétition. Cet objet transcende rapidement lasimple technologie de pointe : entrant en contact avec lapsyché de Verlande et son corps, il va jusqu’à modifier sonADN et le doter de capacités surhumaines.Et si vous voulez lire un roman de science-fiction futuriste« normal », ce livre n’est pas vraiment pour vous non plus.Non seulement le fameux « Métacortex » prend en coursde route une coloration de plus en plus métaphysicosurnaturelle,mais encore le tout est écrit dans le styleurgent et furieux du prophète qui crie dans le désert :MÉTACORTEXMaurice G. DantecAlbin Michel808 p. | 34,95$Dantec a des positions idéologiques assez particulières, mystico-délirant sur lareligion, polémico-écumant sur les frictions interethniques. Mais ici, la fictionest heureusement bien présente, en alternance avec les tirades idéologiquesvirulentes, les considérations philosophiques obscures et les spéculations nonmoins complexes sur la nature du monde, de l’Histoire, de la psyché humaine,de la Cité — la polis, dont les représentants de l’Ordre et de la Loi sontl’émanation la plus évoluée selon le narrateur.Mais ce n’est pas tout! L’histoire de Paul Verlande rejoint l’Histoire : son père,alsacien, a été engagé de force à 17 ans dans l’armée allemande. Dans de longsépisodes en contrepoint à l’évolution de l’enquête de son fils, on plonge aveclui dans la campagne de Russie, puis dans les marches et contremarches suivantle débarquement des Alliés. Après quoi, il participe à la fondation d’Israël et,recruté par le Mossad, devient agent clandestin au Canada. Le traumatisme dela guerre de 40, fondamental pour Dantec, occupe donc un espace considérabledans le roman. La Seconde Guerre mondiale, martèle Dantec, n’a jamais prisfin : les nazis ont perdu une bataille, mais pas la guerre idéologique, car leurfolie militarotechnologique s’est métastasée à l’Est comme à l’Ouest…Les sauts dans le temps avec le père de Verlande deviennent de moins en moinsun procédé littéraire et de plus en plus un élément de l’action, car le Métacortexa quelque chose à y voir. Verlande finit par voir son père jeune soldat, discuteravec lui et même les utiliser, lui et son groupe de survivants devenus bien réelsle temps de la bataille finale, dans l’antre souterrain de la Bête, contrel’organisation qui se cachait derrière tant d’événements horribles oucatastrophiques depuis le début du roman.Il y a quelque chose de sombrement jouissif dans ce roman. C’est laSchadenfreude (la joie provoquée par le malheur des autres) devant le GrandNettoyage Vengeur. La fin du monde, ce bon vieux classique de la SF. Ou dumoins la fin d’un monde, notre irrécupérable monde pécheur (la finale est littéralementapocalyptique). Il y aura pourtant quelque chose après. Et surtoutquelqu’un. Apothéose christique inversée : Paul Verlande, mort deux fois etressuscité par le Métacortex, surhomme quasiment divin, mais aussi premieret dernier de son espèce, est le gardien ignoré d’une humanité qui va régresseren deçà du Verbe, « un des derniers hommes à être doté de la parole » :« Je nomme la parole des morts […] je la diffuserai […] contre tous ces« vivants » agglomérés en meutes ou en troupeaux […] contre tous,absolument tous, […] innocents comme coupables, victimes etbourreaux, réfugiés et tortionnaires, victimes-bourreaux […] tous severront renvoyés à la réversibilité des sacrifices, tous devront composeravec le tabernacle qu’ils ont cru pouvoir ouvrir sans en payer le prix.Je suis le gardien de toutes les frontières, je suis la sentinelle de toutesles forteresses, je suis le flic de toutes les cités qui disparaissent. […]Je suis l’homme qu’il vous faudra tuer si vous voulez continuer à vivre,et à mourir, dans vos existences carcérales.Je suis le dernier flic.Je suis l’instrument du sacrifice. »Si vous désirez lire un roman qui essaie d’être tout en même temps, et quiy parvient assez souvent, ce livre est peut-être pour vous.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 61


Harvey Pekar (8 octobre 1939 - 12 juillet 2010).Auteur de la série culte « American Splendor »,Pekar souffrait depuis les années 1990 d’un cancerdu système lymphatique. Il avait fait mention de sesproblèmes de santé dans Our Cancer Year, ouvragecoécrit avec son épouse, Joyce Brabner. Outre sacarrière de bédéiste, il était également comme uncritique de jazz. D’abord paru en 1976 et mis enimages par notamment Robert Crumb, AmericanSplendor relate le quotidien de l’alter ego de Pekar,alors employé dans un hôpital. Sombre constatd’une Amérique dysfonctionnelle dans laquelle lepersonnage évolue, American Splendor a été adaptéau grand écran en 2003 sous le même titre. Pekary était interprété par Paul Giamatti.Bernard Giraudeau (18 juin 1947-17 juillet2010). Auteur de Le marin à l’ancre, Les contesd’Humahuaca, Les hommes à terre et Les dames denage, Giraudeau était également un comédien trèsapprécié du public. On a pu le voir notamment dansLes spécialistes, Le fils préféré, Ridicule et Une affairede goût. En 2009, il a publié Cher Amour, auxéditions Métailié.Bertrand Vac (20 août 1914 – 23 juillet 2010).Lucide, Bertrand Vac, pseudonyme d’Aimé Pelletier,l’était. Ses romans ont marqué leur époque, brillantscoups d’éclat au cœur des sombres annéesPages d’histoirecinquante, au Québec. Soixante ans après avoir suscitéla polémique avec son premier roman, LouiseGenest, Bertrand Vac est décédé. Outre ses activitésd’écrivain, Vac travaillait comme médecin chirurgien.Après avoir récolté le prix du Cercle du livrede France pour Louise Genest, l’histoire d’unefemme quittant mari et enfant pour un chasseurmétis, Vac écrit des nouvelles, des essais, du théâtre,mais ne délaisse jamais totalement le roman.On se rappellera notamment Saint-Pépin, P.Q. En1998, à l’âge vénérable de 84 ans, il lançait À toutdésir (Québec Amérique), une saga montréalaise sedéroulant au tournant du siècle.André Geerts (18 décembre 1955 - 27 juillet2010). Bédéiste belge, André Geerts a créé lacélèbre série Jojo, publiée chez Dupuis et dontl’album ultime paraîtra en octobre prochain. Il étaitégalement l’auteur de Mademoiselle Louise et deJabert contre l’adversité (Delcourt). « Rarement unauteur aura-t-il autant ressemblé à son univers :généreux, sensible, timide et modeste », adéclaré son éditeur à la suite de la triste nouvelle.Michel David (28 août 1944 - 4 août 2010).Grand nom du milieu littéraire québécois, l’écrivainMichel David est celui à qui l’on doit les sagas historiqueset best-sellers La Poussière du temps, Àl’ombre du clocher et Chère Laurette, lesquels se sontécoulés à plus de 800 000 exemplaires. Avant de seconsacrer à l’écriture, il fut enseignant durant prèsde trente ans et a collaboré à plusieurs ouvragespédagogiques. Sans contredit l’un des auteurs lesplus prolifiques au Québec – il travaillait sept jourssur sept! – , Michel David a réservé quelquessurprises à ses lecteurs puisque plusieurs de sesrécits paraîtront à titre posthume au cours desprochaines années. Rappelons qu’en 2000, il avaitreçu de la part du gouvernement français lamédaille du Rayonnement culturel.Patrick Cauvin (6 octobre 1932 - 13 août 2010).Auteur d’une trentaine de romans, d’une pièce dethéâtre, de scénarios de films et de bandes dessinées,Patrick Cauvin laisse derrière lui une œuvremajeure. L’écrivain français, qui publiait cetteannée Une seconde chance (Plon) et L’immeuble (LeCherche Midi), s’appelait en réalité Claude Klotz.Hélène Brodeur (13 juillet 1923 - 15 août2010). Romancière québécoise, Hélène Brodeur asigné dans les années 1980 les Chroniques duNouvel-Ontario, en deux tomes, chez Prise de parole.Elle fut lauréate de plusieurs prix littéraires.« Hélène Brodeur est de celles et ceux qui ontenrichi le corpus de la littérature franco-ontarienne », aécrit à son sujet Johanne Melançon, professeure àl’Université Laurentienne.Une rentrée à votre hauteur62 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010www.editionsxyz.comYann MartelBéatriceet VirgilePhoto : Christine BourgierWayson ChoyLa Montagned’orEn librairiele 23 septembreClaudeLe BouthillierÉros en thérapieEn librairiele 7 octobreBertrand GervaisComme dansun film desfrères CoenEn librairiele 23 septembreÉmilie AndrewesLes cageshumainesEn librairiele 28 octobre


Par Dominique Lemieux, Josée-Anne Paradis et Alice MéthotLe Quartanier annonce une nouvelle collection« Polygraphe ». Voilà le nom de la nouvelle collection des éditions du Quartanier, dirigéepar Éric de Larochellière et Alain Farah. Ainsi, ce sont entre deux et trois titres par saisonqui paraîtront dans cette collection aucœur de laquelle « la narration, le récit,la souveraineté de l’imaginaire et laforce du style » seront à l’honneur. Plusaccessibles à tous les types delecteurs, les premiers titres annoncésdans la collection sont La ballade deNicolas Jones, de Patrick Roy, ainsi queL’homme blanc, de Perrine Leblanc.Du nouveau pour Geronimo!Alors que l’on attend pour la fin octobre le Royaume desdragons (Albin Michel), ce nouveau hors-série « qui pue et quisent bon » du plus connu des rongeurs, on apprend que leséditions Origo feront de Geronimo… l’acteur principal d’unesérie de bandes dessinées! Le premier titre, La découverte del’Amérique, sera suivi de L’imposteur du colisée, Le secret duSphinx et Sur les traces de Marco Polo. Une autre façon dedécouvrir l’univers de cette souris rédactrice est de lire latoute nouvelle série des « Téa Stilton », sa petite sœur, pourqui les éditions Albin Michel viennent de lancer de plus petitsromans, à l’image de ceux qui ont fait le succès de Geronimo, afin d’accompagner les horssérie,déjà fort populaires.Grande campagne Munsch de ScholasticLes éditions Scholastic lancent une grande campagne sur l’auteur Robert Munsch (Uneprincesse dans un sac) afin de souligner la parution de son 30 e ouvrage – Beaucoup trop debagages – dans leur maison. Cette campagne, qui s’intitule Mon Munsch à moi, a lieu du1 er septembre au 31 octobre et consiste à inviter les jeunes à voter sur le site Internet deScholastic pour l’une des trois histoires dont les résumés sont en ligne. L’histoire quicumulera le plus de votes sera publiée au mois de mai 2010. À vous de choisir, donc!Lévesque éditeur : nouvelle maison québécoiseDès l’automne 2010, la nouvelle maison d’édition fondée par Gaëtan Lévesque apparaîtradans le paysage littéraire québécois. La publication d’une vingtaine de titres par an, autantd’auteurs reconnus qu’émergents, est annoncée. On souligne la parution d’un recueil denouvelles d’Esther Croft, lauréate de plusieurs prix littéraires, qui s’intitulera Les rendezvousmanqués. En outre, cette nouvelle maison rééditera l’œuvre entière de Sergio Kokis,un auteur fort prolifique.Des biographiespour jeunes lecteursLa nouvelle collection Minibios, chezGoélette, publie des biographies pour leslecteurs de 8 ans et plus. On n’y parle pasde Maurice Dupessis ou de MarilynMonroe, non. Bien que ces célébrités soientmythiques pour les plus vieux, les jeunes,eux, se reconnaîtront davantage dans lesbiographies de Guy Lafleur et deJulie Payette, des héros qui rejoignentle quotidien et l’intérêt des jeunesd’aujourd’hui. Alors que dans un premiertemps leur enfance et leur parcours sontdécrits, c’est dans un deuxième temps quele lecteur en apprendra plus sur le domainedans lequel ces célébrités se sontillustrées; l’ouvrage se termine sur un jeuquestionnaire.Un polar de Jean Lemieuxsur grand écranIl y a longtemps que les lecteurs de polarsont craqué pour l’univers singulier de JeanLemieux. Les cinéphiles pourront bientôtfaire connaissance avec le sergent AndréSurprenant, enquêteur fétiche de l’écrivain.En effet, On finit toujours par payer, paru àLa courte échelle, sera adapté au grandécran. Le réalisateur de Karmina et de Lavie après l’amour, Gabriel Pelletier, prendraen charge l’adaptation. Le tournages’est enclenché le 14 septembre aux Îlesde-la-Madeleineet rassemblera plusieursvisages connus du grand public, dontPierre-François Legendre, StéphanieLapointe, Pascale Bussières, GermainHoude et Normand D'Amour. On finittoujours par payer, qui sera rebaptiséLa peur de l’eau, suit les recherches dusergent Surprenant après le meurtreétrange de la fille d’un pêcheur de crabesmadelinot.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 63


CES AUTEURS QUI TIENNENT LA ROUTEJ ACQUESPour l’amourP OULIN© Pierre Filiondes motsAu lendemain de ma folle envie d’écrire sur mon auteur fétiche,Jacques Poulin, j’ai souhaité tout abandonner. Comment pourrais-jedisserter sur cet écrivain chérissant l’essentiel des mots? Jamaisd’adjectifs superflus, jamais de longues phrases truffées d’adverbessoporifiques… que l’essentiel. Mais j’avais accepté : je n’avais doncplus le choix. Et si Jacques Poulin lui-même venait à lire monmodeste article lui rendant hommage? Mon vocabulaire serait-iladéquat? Aurais-je usé de la ponctuation aux bons endroits?Arriverais-je à faire dire à ces mots ce qu’ils veulent réellementdire? « Je n’arriverai jamais à l’écrire, mais je vais essayer! », dixitl’auteur lui-même dans Études Canadiennes. D’ailleurs, s’il y a uneseule phrase que je retiens de tous les livres de monsieur Poulin,c’est celle-ci, tirée de La traduction est une histoire d’amour :« En cas de doute, fonce tête baissée! »ParMarilou Bernier, de la librairie Carcajourencontre avec Jack Waterman, considérécomme l’alter ego de l’écrivain.Pour la première fois, je montais à bordd’un minibus Volkswagen et j’offrais depetites croquettes à des chats. Aprèsavoir parcouru la Piste de l’Oregon avecla Grande Sauterelle et Jack dans le butde retrouver le frère de ce dernier, j’aivoulu repartir avec lui pour une tournéed’automne… Cette histoire, c’est celledu Chauffeur qui, trois saisons parannée, parcourt les régions de Charlevoixet de la Côte-Nord à bord de son bibliobus,transportant avec lui des tonnes de livrespour souligner l’ensemble de l’œuvred’un écrivain de langue française, auQuébec. L’année d’après paraît L’anglaisn’est pas une langue magique, son dernierlivre que j’ai admiré avant d’endéguster chaque mot.Depuis le premier instant passé dansl’univers créé par Jacques Poulin, il y aune douzaine d’années, et dès quej’ouvre un de ses bouquins, je sais qu’enlisant cet auteur je me retrouverai chezmoi, peu importe où il m’entraîneracette fois. Je sais que ce sera chaud,Je sais qu’en lisant cet auteurje me retrouverai chez moi,peu importe où il m’entraînera cette fois.64 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Né à Saint-Gédéon de Beauce en 1937, Jacques Poulin a d’abord complété desétudes classiques aux séminaires de St-Georges et de Nicolet avant d’obtenir,en 1964, une licence en lettres de l’Université Laval. Avant de se consacrerentièrement à son métier d’écrivain, il a été traducteur et conseiller enorientation. Voilà pour l’essentiel des faits. Pour le reste, on n’en sait que trèspeu. Et c’est très bien ainsi. D’ailleurs, ce qui importe, ce sont ses textes.C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai l’impression de connaître l’auteur :grâce à ses personnages…Son premier roman, Mon cheval pour un royaume, a été accueilli de façon plutôtmitigée par la critique… Quelques (très) mauvais papiers qui auraient pu fairetaire à tout jamais n’importe quel nouvel écrivain, mais pas Jacques Poulin! Ilrécidive deux ans plus tard avec Jimmy puis, en 1970 avec Le cœur de la baleinebleue. En 1974, il reçoit le prix de La Presse pour Faites de beaux rêves, dontl’histoire se situe au Grand Prix de Formule 1 de Montréal.Après Les grandes marées en 1979, il publie ce qui allait devenir son plus grandsuccès ainsi que ce passage obligé de ma génération : en effet, qui n’a pasété fortement invité à lire Volkswagen blues à l’école? C’était ma premièrepouvant être empruntés par tous. Mais leChauffeur se fait vieux et il lui sembleque tout ça tire à sa fin. Puis un jour,dans une foule, il y a Marie. Bien queles personnages ne soient pas toujoursles mêmes, les noms de Jack Watermanet de Marie reviennent souvent. Marie,Mary, Marika… parce que ce nomévoque LA femme, la première, la vraie,l’idéal féminin recherché. On se doutebien qu’encore une fois, l’amourprendra une grande place au sein dutexte. Depuis ces deux livres, je n’ai puabandonner Jacques Poulin…En 2008, Jacques Poulin obtient le prixGilles-Corbeil, attribué tous les troisans par la Fondation Émile-Nelligan,douillet, ensoleillé et plein de livres. Jesais aussi que je dois prendre le tempsde lire les mots, un à un, « ralentirla lecture pour retarder le moment où[on doit] être obligé de quitter lespersonnages » (La tournée d’automne),puisque ces mots sont si importants etchoisis avec tant de soin. Je ne sais passi un jour il considérera qu’il estparvenu à son but, celui de raconter laplus belle histoire d’amour : un bonheurpur, « cette chose indescriptible et platecomme une mer calme », dit-il. Je crois,au fond de moi, que cette histoire, il lavit en silence avec tous ses lecteurs quiattendent impatiemment l’écrivainqui, pour eux, semble le plus lentdu Québec.


R OBERTL ALONDE© Dominique ThibodeauUn classiquequébécoisJe ne me rappelle pas, du plus loin que mes souvenirs meramènent, avoir quitté Montréal sans apporter dans mes bagagesun livre ou deux, et davantage, bien sûr, pour un voyage d’uneplus longue durée. Mais je me souviens parfaitement de nejamais avoir été aussi heureuse que lorsque je partais àl’automne sur la côte du Maine, avec dans ma valise le dernierRobert Lalonde. Je savais déjà qu’avec sa poésie, son style, sonamour de la langue française, sa passion et son âme exaltée, toutesles vagues de Moody Beach surferaient jusqu’au plusprofond de mon cœur et y déposeraient des milliers d’embruns depoésie très pure. Chaque ligne, chaque paragraphe occuperaientmes jours et mes nuits. J’étais en sécurité et comblée même si,en certaines saisons, aucun amant n’était venu m’accompagner.passé le village. Ou bien est-ce parce qu’il acité La Rose d’Or, de mon autre auteurfétiche, le Russe Paoustovski, en évoquantcette urgence d’écrire pour dire dans nospropres mots ce que des millions d’autresont dit avant nous : la vie, l’amour, la mort,les oiseaux, les chiens ou une « simplepartie de pêche à la ligne sous les saulesnoirs ». Ou bien sont-ce tous ces motsd’ici – fardoches, herbe-à-dinde, chibagne,ou même un Arthur Buies. Si bienque l’ultime livre qu’il laissa glissernonchalamment dans un dernier geste,un soir de novembre, fut un Lalonde, Unebelle journée d’avance.Comme je voudrais qu’au dernier soir de mavie, dégagée depuis longtemps de l’urgencede la nouveauté et de la promotion desauteurs à la mode, et puis finalementÀ chaque fois que je refermais l’un de ses livres,il me semblait qu’un pan de ma vie s’illuminait.ParJocelyne Vachon, de la Maison de l’ÉducationEn apportant un Lalonde, tel que Des nouvelles d’amis très chers, j’avais aussi en primeses auteurs favoris : Tchekhov, Maupassant, Yourcenar, Giono, Flannery O’Connor,Emily Dickinson, Gabrielle Roy, Michel Tremblay et bien d’autres encore. Puisqu’enplus d’avoir ce fabuleux talent d’écrivain, Robert Lalonde est un grand lecteur, qui « ala tête bourrée de citations, de phrases et de livres ». C’est rassurant pour une librairetelle que moi, puisque que sans lecteur, il n’y a ni auteur ni libraire.Je n’ai pas souvenir non plus de n’avoir lu un seul livre que pour son unique histoire,aussi captivante et palpitante fût-elle. Il me fallait surtout entendre une musique, unevoix narratrice pour chercher un écho dans tous les non-dits de ma vie, pour apaiserla cacophonie du monde, pour glorifier l’inexprimable d’une vie anonyme et sans gloire,pour cautionner aussi mes incohérences, mes égarements et mes dualismes. Avectalent, grâce et élégance, Robert Lalonde était cette voix, ce magicien des mots quifaisait naître tant d’émotions et qui donnait tellement de relief à la simplicité des gesteset à la grandeur des jours sans histoires : « C’est la brunante, l’heure grise, ma petiteéternité d’incertitude et de frousse. »À chaque fois que je refermais l’un de ses livres, il me semblait qu’un pan de ma vies’illuminait. C’est peut-être parce qu’il est né à Oka et qu’enfant mes parents m’yamenaient pique-niquer dans la pinède du Bois des Écoliers juste après la grande côte,sautadit, vlimeuse – qui ont bercé monenfance et qui résonnent encore quelquefoiscomme du bonheur : « S’il est un dieu, pourmoi, il est dans cette lumière qui ressuscitemon droit légitime, naturel, inaliénable aubonheur, un bonheur dont j’ai gardé lesouvenir, sans jamais l’avoir connu. »Passé les douanes à Phillipsburg, bienengagée sur la route 89 qui m’amèneraitbientôt jusqu’à York, je lisais les panneauxroutiers qui défilaient comme un leitmotiv àchacun des ponts que je franchissais où ilétait inscrit : « Bridge freezes before road ». Etje me disais : « Quelle savoureuse nouvelleRobert Lalonde saurait en tirer! Quatremots, mais il en ferait jaillir des centainesd’autres comme la multiplication des painsdans l’Évangile. »J’ai toujours vu mon père un livre à la main,que ce soit un Maupassant, un Victor Hugodétachée d’absolument tout, le dernier livrequi me glisserait des mains soit aussiun classique tel que les vôtres, RobertLalonde, puisqu’auteur classique québécoisaurez-vous été déjà proclamé! Et peut-êtreserais-je en train de lire Que vais-je devenirjusqu’à ce que je meure : « Ou encore lafatigue, cette espèce d’accablement inexplicablequi s’abat sur nous, hommes, bêtes etoiseaux, quand ce qui nous attend – la nuit,la migration, l’amour, la survie – nous paraîttout à coup au-dessus de nos forces. »Mais à vous chers lecteurs, bien loin de moila tentation de ne vous suggérer qu’un livrede Lalonde : je serais infiniment coupablede vous priver ainsi de les lire tous.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 65


Deslivresindispensablespour larentrée !Voici une formidable source d’inspirationet de références pour intégrer facilementl’achat local au fil des saisons. AnneSamson vous invite à la découverte deplus de 140 recettes savoureuses etfaciles à réaliser, avec des aliments dechez nous.256 pages • 29,95 $Animatrice à la radio RockDétenteet maman gourmande, Marie-ClaudeMorin vous présente Boîte à lunchpour enfants, un livre de recettes etd’idées pour vous aider à réaliser5 lunchs par semaine, 180 lunchspar année !192 pages • 24,95 $Découvrez les deux nouveautés de lacollection Essentiel. Pain vous présenteplus de 200 recettes de boulangerie àconfectionner sans machine à pain etCru vous propose plus de 160 recettespour une alimentation saine et vivante.240 pages • 24,95 $En vente dèsle 30 septembre66 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010www.groupemodus.com


LE LIBRAIRE CRAQUE!littérature jeunesseLA FOURMI ET LA CIGALESur le ton et le rythme de « La cigaleet la fourmi », Françoise Sagan aréécrit la célèbre fable de La Fontaine, en l’adaptant à la société des années 70. Notrefourmi travailleuse et économe a engrangé tellement de mouches et de vermisseaux qu’ellese retrouve avec un surplus de stock... Que faire? Peut-être que la cigale, sa voisine, seraintéressée par cette nourriture… Mais cette dernière, d’un« vous stockiez, j’en suis fort aise! », inverse les rôles… et lamorale, car la cigale, tout en chantant, a bien profité de lasaison estivale. Cette fable, malicieusement revisitée et jolimentillustrée, fait la démonstration qu’il vaut mieux être cigale quefourmi… un peu comme Françoise Sagan le fut dans sa proprevie. Dès 5 ans Josyane Girard Le FureteurFrançoise Sagan, Stock, 34 p., 16,95$LA FILLE QUI RÊVAIT D’EMBRASSER BONNIE PARKERMarginale, mais semblableà tous dans sa quêted’identité, Florence se perd et se retrouve entre Andy, qui est seulement un ami, etRaphaëlle, qui fait battre son cœur plus rapidement. Alternant entre journal intimeet narration, Isabelle Gagnon évoque ici avec brio les pensées d’uneado de 16 ans, qui se questionne sur l’amour et la sexualité, qui crieaprès ses parents, déteste son frère et joue de la guitare. Avec elle,nous (re)découvrons les premiers émois physiques, décrits de façontout à fait naturelle, sans forcer les choses ni les rendre plus bellesqu’elles le sont. De plus, la conclusion est parfaite et l’ouvrage estillustré des magnifiques photographies de Perrine « La Fraîcheur »Sauviat. À lire et à faire lire, car le roman plaira aux ados, mais aussiaux adultes qui ne se souviennent plus de ce qu’est l’adolescence.Dès 14 ans Geneviève Roux De VerdunIsabelle Gagnon, Du remue-ménage, 114 p., 12,95$ENFANT DE LA JUNGLEMorpurgo est un sorcier! Il m’a eu, encore :pas besoin de magie pour rester accroché àcette histoire, inspirée par le sort d’un enfant qui eut la vie sauve grâce à l’instinct desurvie d’un éléphant sur lequel il se baladait au moment du tsunami en 2004. Entraînédans la jungle par l’animal, il y survivra pendant de nombreuxmois avec courage et débrouillardise. Capturé par un trafiquantd’orangs-outangs, il réussira à s’enfuir et sera recueilli par unefemme qui, justement, a fondé un refuge pour petits orangsoutangsau cœur de la jungle. Hymne à la nature, plaidoyer pourla sauvegarde des milieux naturels et des espèces en voie dedisparition, c’est une aventure poignante et palpitante où lescréatures fantastiques sont les animaux de la jungle eux-mêmes!Dès 10 ans Lorraine Guillet Le FureteurMichael Morpurgo, Gallimard, 300 p., 22,50$MISTIK LAKEOdella et ses deux petites sœurs souffrentde l’absence de leur mère, qui les aquittées, malheureuse avec un mari qui s’occupait davantage de sa carrière que de safamille. Comble de malheur, elle est morte dans le pays où elle avaitchoisi de suivre un nouveau conjoint. Ce qu’Odella ignore cependant,c’est le passé de sa mère, qui refera peu à peu surface. L’adolescentea dû grandir un peu vite en prenant soin de ses sœurs, au détrimentde sa propre vie. On la verra donc reprendre le contrôle de sonexistence, exprimer ses sentiments et, enfin, s’épanouir. Un beaupersonnage, franc, parfois cru, mais terriblement attachant dans sondésarroi. Dès 15 ans Lorraine Guillet Le FureteurENSORCELEUSE. NIGHT WORLD (T. 3)Théa n’en peut plus dedéménager. Encore unefois, elle se retrouve dans une nouvelle ville et à cause de qui? De sa chère cousineBlaise. Mais cette fois, leur grand-mère ne leur permettra pas de tout gâcher. Ellesauront bientôt 18 ans et devront faire un choix en tant quesorcières. En effet, puisqu’elles viennent d’une souche très anciennede sorcières, elles doivent assumer leurs responsabilités. Mais Blaisene l’entend pas ainsi parce qu’elle aime beaucoup s’amuser avec lesgarçons en jetant toutes sortes de sortilèges. Tout bascule le jouroù Théa rencontre Éric, qui s’avère être son âme sœur. Qu’en dira leNight World? Selon la loi, ils ne peuvent être ensemble. Une sorcièreet un humain? Une autre histoire des interdits du Night World quinous captive jusqu’à la fin! Dès 13 ansCaroline Larouche Les BouquinistesLisa Jane Smith, Michel Lafon, 302 p., 24,95$CHAKA ZOULOU, FILS DU CIEL Voici l’histoire de Chaka, où l’on découvre sajeunesse avec tous ces rites d’initiation, sasorcellerie et ses griots, son ascension puis sa prise de pouvoir. Chaka a bel et bien existé.Il a unifié petits royaumes et différentes tribus en une seule et grande nation : les Zoulous,ces « Fils du ciel », peuple d’Afrique du Sud. Ce grand guerrier aagrandi son empire et établi les règles de ce grand État zoulou quifit face aux envahisseurs étrangers, les Boers hollandais et lesAnglais. Ambitieux, courageux, visionnaire… et sanguinaire, il futcomparé à Napoléon, son contemporain, par son sens de l’organisationet son goût pour la conquête. Chaka est passé de héros à mythe.Personnage historique à découvrir, il sera toujours l’incarnation duguerrier et un symbole de courage et de liberté. Dès 12 ansJosyane Girard Le FureteurMartha Brooks, Alice, 246 p. 22,95$LE ROMAN DE CASSANDRA. OSERAS-TU? (T. 3) Le roman de Cassandra, troisièmetome de la série « Oseras-tu? » deMarie Gray, s’inscrit parfaitement dans l’esprit de cette collection. Comme touteadolescente, Cassandra rêve d’amour. Cependant, elle est celle que les gars préfèrent justecomme une bonne amie. Sa vie familiale n’est guère reluisante : ellevoit à peine son père et vit seule avec son frère et sa mère, qui a uneattitude très dégradante envers elle. Elle vit également des momentsdifficiles à l’école où de fausses rumeurs circulent à son sujet. Victimed’un profond rejet, Cassandra fait tout ce qu’elle peut pour s’en sortir.La recherche constante d’estime de soi est sans contredit le thèmeprincipal du récit. Voici donc une belle histoire réaliste que lesadolescents et adultes nostalgiques liront avec grand plaisir.Dès 14 ans Tania Dionne Librairie MartinMarie Gray, Guy Saint-Jean éditeur, 316 p., 14,95$Lilyan Kesteloot, Casterman, 92 p., 13,95$DEVANT MA MAISONDevant ma maison, derrière l’ours qui pêche ouà côté des étoiles, se trouvent une multitudede petites choses anodines qui ne pourraient être plus merveilleuses, puisque dessinéesà l’aide du crayon de bois de Marianne Dubuc. De fil en aiguille, suivant la cadence dela seule imagination, elles défilent comme s’enchaînent les« pourquoi » dans les phrases des tout-petits. Au fil despages de Devant ma maison, vous croiserez l’abominablehomme des neiges, la chèvre de monsieur Séguin, un princecharmant, l’énorme tentacule d’une toute petite pieuvre et,ouf!, ma maison. Ce petit imagier est un bijou de livrejeunesse qui égayera la journée d’un bambin ou encore labibliothèque d’un grand lecteur au cœur d’enfant. Dès 3 ansMarianne Chevrier Du SoleilMarianne Dubuc, La courte échelle, 120 p., 19,95$LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 67


LE LIBRAIRE CRAQUE!littérature jeunesse68 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010TREIZE RAISONSTroublant, inquiétant, Treize raisonsest la conclusion inévitable d’uneréaction en chaîne. Une adolescente démolie, une vie rendue impossible par de petitsdétails anodins qui, mis les uns à la suite des autres, l’ont blessée au point où elle n’aplus voulu vivre. Sa dernière volonté fut dictée sur des cassettesaudio qu’elle distribua à ceux qui ont eu un impact sur sa décisionfatale. On découvre donc la jeune Hannah Baker en sillonnant lagamme d’émotions ressenties par Clay Jensen, triste héritier d’unefraction de vie ruinée. La lecture est facile à suivre avec lechangement de police lorsqu’il est question du contenu descassettes, et le vocabulaire est assez simple. La conclusion estbouleversante, nous montrant que rares sont ceux qui peuventintervenir dans une telle décision. Dès 14 ansMyriame Marcotte Robidoux Le FureteurJay Ahser, Albin Michel, 288 p., 21,95$SORTILÈGESLaurell est de retour à Avalon, cette fois poury faire sa formation de fée d’automne. Maisla société des fées ne lui paraît plus si merveilleuse, une fois redécouverte. Et si sessentiments ambivalents envers Tamani n’ont pas changé, ceux envers David non plus.Et en plus des trolls, d’autres ennemis, très humains mais simystérieux, s’ajoutent à la liste de ses déjà forts nombreux soucis.Dans ce deuxième volet, on entre davantage dans l’univers des fées,en particulier dans celui d’Avalon, que l’on avait à peine aperçulors du premier tome de cette série. Cette incursion dans leurmonde est magnifiquement bien contée, ainsi que le retour deLaurell à sa très ordinaire condition humaine… L’histoire est assezlongue à se mettre en place, mais après, on est emporté parl’univers féérique d’Aprilynne Pike. Dès 12 ansMariane Cayer DaigneaultAprilynne Pike, ADA, 368 p., 24,95$PLUS PROCHE. TUNNELS (T. 4) Enfin une série où le tome quatre est aussi bonque le premier! En effet, l’auteur Roderick Gordoncultive son talent dans ce quatrième volet qui est selon moi le mieux construit.Nous retrouvons les personnages que nous aimons dans leur cadrerespectif, en surface ou sous terre, ce qui permet une lecture aérée,bien divisée. L’action se déroule sans interruption au fil des pages,l’intrigue est soutenue, et les jumelles Rebecca sont encore plusdiaboliques que jamais! Nous ne sommes pas uniquement attachésau personnage principal; ses acolytes sont aussi fascinants! Celanous aide à détester encore plus les méchants Styx et leur projetde destruction massive. À lire absolument pour pouvoir apprécierl’adaptation des aventures de Will à l’écran, en 2012!Isabelle Prévost Lamoureux La Maison de l’ÉducationRoderick Gordon, Michel Lafon, 416 p., 24,95$NEVERWHEREY a-t-il des moines noirs à la station Blackfriarsdu métro de Londres, un comte à la stationEarl’s Court ou des moutons à Shepherd’s Bush? Richard Mayhew était convaincu quenon. Mais cela, c’est parce qu’il ne connaissait pas encore l’existence du « Londresd’en bas », là où la plupart des légendes urbaines voient le jour.Ce monde, invisible pour les non-initiés et régi par ses propres lois,cache de nombreux êtres sinistres et des phénomènesinquiétants. Neverwhere, pour la première fois traduit en françaisdans sa version intégrale revue et augmentée par l’auteur, est unlabyrinthe d’imagination et d’étonnements dont vous ne voudrezplus sortir. Maintenant, que pensez-vous de l’existence d’unénorme alligator dans les égouts de New York? Dès 13 ansSophie Dufresne PantouteNeil Gaiman, Au Diable Vauvert, 494 p., 39,95$L’EMBRASEMENT. HUNGER GAMES (T. 2) Une téléréalité servant à mater lesoulèvement de la population; uncombat à mort pour amuser la galerie; une adolescente ne cherchant qu’à protéger ceuxqu’elle aime. Voici ce qu’est Hunger Games, dont le deuxième tome nousamène à un niveau supérieur. La victoire de Katniss ayant mis le feuaux poudres, la révolte gronde. L’héroïne tente de calmer le jeu sous lamenace du Capitole. Malgré tout, elle se retrouve à nouveau au cœurde l’action, mais cette fois-ci, il n’est pas question de subir sans réagir.Ainsi, une vague d’émotions s’abat sur le lecteur. Il a le cœur serréd’inquiétude et de stress, le rouge lui monte à la tête de colère et àcause d’un sentiment d’injustice, l’espoir s’intensifie face aux multiplesmanifestations de courage et d’amour : tout cela fait en sorte qu’il enreste estomaqué… Dès 9 ans Sophie Dufresne PantouteSuzanne Collins, Pocket, 404 p., 29,95$EN ROUTE POUR LE CONCERT DE NOTRE VIE. EMO (T. 1) Un band, un cercled’amis, l’amour secretpour une amie, une admiration pour le « vieux » Ozzy Osbourne du temps qu’iltravaillait avec le guitariste Randy Rhoads : bref, toutes les caractéristiques d’une sériepour adolescents sont réunies. Cette histoire, pour la présenterbrièvement, est racontée par le jeune Guillaume, guitariste dugroupe Résistance. Le band se rend dans une salle de spectaclesafin de monter sur scène pour la première fois. Toutefois, il semblequ’un drame s’apprête à chambouler la soirée; il faudra lire leprochain tome afin de comprendre quelle sera la nature de cedrame. Si nous admettons qu’il s’agit d’une série pour inciter lesjeunes à lire, « Emo » s’avère tout aussi recommandable que« Pavel » le fut. Dès 9 ans Ismaël Bellil La Maison de l’ÉducationL’ARCHIPEL DES RÊVES. LES CHRONIQUES DEL’IMAGINARIUM GEOGRAPHICA (T. 1)Benoît Bouthillette, La courte échelle, 56 p., 4,95$Dès les premières lignes, l’action etl’ambiance de L’archipel des rêvescaptent le lecteur. Nous sommes en1917, à Londres, où un savant vient d’être assassiné. Charles, Jack et John, troishommes ayant des liens avec la victime, sont interrogés par la police. Tout porte àcroire qu’on cherchait à voler au professeur un document :l’Imaginarium Geographica. John en sera désormais le détenteur;une grande responsabilité comportant de nombreux dangers. Lestrois compagnons de fortune mettront le cap malgré eux versl’Archipel des Rêves à bord du Dragon Indigo. C’est alors le débutd’une aventure fabuleuse. Maintenant, il faudra sauver le mondede l’imaginaire contre les assauts du Roi Hiver. Le combat estamorcé. Une histoire au rythme haletant truffée de référenceslittéraires et mythiques. Dès 12 ansKatia Courteau Clément MorinJames A. Owen, Bayard jeunesse, 328 p., 29,95$TRAHIE. LA MAISON DE LA NUIT (T. 2) « L’obscurité n’est pas toujours synonymede mal, tout comme la lumière n’apportepas toujours le bien. » Cette phrase, maintes fois répétées dans le livre, le résumebien : le mal se cache là où on ne s’y attend pas, parfois même aucœur des personnes desquelles on souhaiterait bénéficier de laprotection. Même tous les dons de Zoey ne la protégeront pas desépreuves; ni ses amis, loyaux comme toujours. L’histoire met plusde temps à se mettre en place que dans le premier tome, mais onsent une volonté d’ajouter des personnages pour étoffer l’intrigue àlong terme. Voilà qui est très agréable, puisque passé la premièrepartie du livre, tout s’enchaîne avec une grande fluidité et donne àpenser que l’on en est encore qu’aux tout débuts, pour notre plusgrand plaisir! Dès 12 ans Mariane Cayer DaigneaultP.C. et Kristin Cast, Pocket Jeunesse, 354 p., 24,95$


LES CHOIX DE LA RÉDACTIONlittérature jeunesseBORIS AU PAYSDES CLOWNSJocelyn BoisvertVent d’Ouest84 p. | 8,95$Si un auteur sait manier adéquatement la plume pour amuser les jeunes, c’estsans contredit Jocelyn Boisvert. Que ce soit avec Le livre somnifère (Soulières) ouBoris au pays des Clowns, on a de quoi douter de notre réalité quotidienne! BorisTanguay déteste son nez, les clowns et se faire ridiculiser. Mais peu de tempsaprès la visite du clown Baboune dans sa classe, Boris se voit catapulter àClowntown, où l’absence d’un appendice nasal rubicond le rendra exceptionnel,pour ne pas dire illégal… S’il n’avait pas suivi ce ballon coloré,aussi! Comment échappera-t-il à ces clownsqui attendent de lui qu’il fasse une prestationcomique sous un grand chapiteau?Inventive et complètement délirante, cettehistoire ravira les lecteurs qui en ont assezdes blagues fades! Dès 8 ansDès9 ansDocumentaire Les échecsDès8 ansDocumentaire Les saisonsDès10 ansLa jeune Florence réalise le rêve de sa vie cet été : elle part en voyage auxÎles-de-la-Madeleine! En compagnie de ses parents, de sa grand-mère et surtoutde son imbécile de chien Truffe, notre héroïne va à la découverte des maisonscolorées, des homards, de la mer et de ses mystères. Le troisième tome de la sériejeunesse « Les découvertes de Florence », de la Campivallen -sienne Mylène Arpin, nous fait découvrir les secrets les mieuxgardés des Îles. Grâce à ses cartesDES DOLLARSPLEIN LES POCHESMylène ArpinJKA168 p. | 12,95$géographiques, ses illustrations sur laflore et la faune de cette région et à unefoule d’informations surprenantes etrigolotes, Des dollars plein les pochespermet d’explorer les Îles d’une manièretout à fait originale. Dès 7 ans.Le journal d’Alice –Lola FalbalaLa classe de madameCarolinedominiqueetcompagnie.comEffroyable Mémèreà la plageAlors que dans L’ours qui aimait les arbres on découvrait un mammifère velu quifaisait des câlins à tout ce qui était vivant, y compris un bûcheron qui tentait decouper le plus vieil arbre de la forêt, dans L’orignal qui avait la frousse, onrencontre un élan qui a peur de tout. En effet, l’auteur Nicholas Oldland, originairedu Nouveau-Brunswick, met en scène cet orignal craintif qui passe à côté de biendes amis, des jeux et… de la vie. Pourtant, l’ours et le castor s’amusent, luidonnant ainsi l’exemple! Mais l’orignal a beau chercher desréponses par le biais de la méditationou de la navigation sur Internet, c’estL’ORIGNAL QUIAVAIT LA FROUSSENicholas OldlandScholastic32 p. | 9,99$ailleurs qu’il trouvera ce qui luimanque réellement. Une petitehistoire profonde, pour ces petitslecteurs qui ont tendance à resterpassifs! Dès 3 ansGO GIRL !La rentrée scolaireGO GIRL !La nouvelle élèvePlusieurs séries se font compétition afin de trouver preneurs chez les jeuneslecteurs. Mais avec le premier tome de la série « Enigmae.com », ces derniersseront assurément comblés. En effet, tous les éléments recherchés s’y retrouvent :des personnages crédibles et attachants, une intrigue habilement ficelée et uneécriture soignée. Enigmae.com est un site internet que Léo et Félix consacrentaux découvertes insolites, fruits de leurs recherches. Cependant, ils se retrouverontplongés dans une histoire plus grande que nature lorsqueleur voisine, aux charmes de laquelle ilsLE SECRET DEL’ANESTHÉSISTE.ENIGMAE.COM (T. 1)Anne Bernard LenoirLa courte échelle158 p. | 12,95$ne sont pas insensibles, leur apportera unvieux document relatant une étrangehistoire : celle de la mort (ou du meurtre?)d’un médecin de Grosse Île. Complètementenlevant! Dès 9 ansDocu BD – TricératopsDocu BD – Ptéranodon* Également disponibles : Tyranosaure et VélociraptorLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 69


ACCENTSDE LA LITTÉRATURE FRANCOPHONE DE L’OUEST CANADIEN, DE L’ONTARIO ET DE L’ACADIEROMANSJEUNESSENLE SOIXANTIÈME PARALLÈLEDidier LeclairÉditions du VermillonUn agent de la Gendarmerie royale, posté dansle Nord canadien, découvre la misère des populationsautoch tones vivant dans des logementsinsalubres où la tuberculose et le suicide font desravages chez les jeunes.À PARAÎTREL’HOMME QUIMANGEAITDES LIVRESPatrice RobitailleÉditions L’InterligneNLE PETIT LAPINÀ L’OREILLETOMBANTEÀ partir de 8 ansAnnette SippleyBouton d’or AcadieÀ PARAÎTRELA RUÉEVERS L’OUESTMonique GenuistÉditions de lanouvelle plumeNBLANC-BEC ETANTHRACITEÀ partir de 7 ansIvan VanheckeBouton d’or AcadieNHISTOIRES DE L’AVÈNEMENTDU CANADAYves BretonÉditions du VermillonÀ la fois divertissantes et instructives, ces Histoiresportent sur la Préhistoire, les Indiens, les explorateurset les pionniers français qui ont jeté lesbases d’un pays moderne en Amérique du Nord.NSOUS LE CIELDE LA PRAIRIEJacqueline BlayÉditions du BléNSHI-SHI-ETKOPETITE GABRIELLEDEVIENDRA GRANDEÀ partir de 10 ansLouise-Michelle SauriolÉditions des PlainesCe livre retrace le parcours hors du commund’une jeune Gabrielle Roy qui, par ses choix etsa détermination, a réalisé ses rêves et s’est attiréreconnaissance et succès.NLA FORÊTDU LANGAGEJean ChicoineÉditions du BléÀ partir de 4 ansNicola I. CampbellIllustrations de Kim LaFaveÉditions des Plaineswww.recf.cafacebook.com/recf.ca1-888-320-8070Regroupement des éditeurs canadiens-françaisApprentissage Illimité•Bouton d’or Acadie•Centre FORA•Centre franco-ontarien de ressources pédagogiquesÉditions David•Éditions de la nouvelle plume•Éditions des Plaines•Éditions du BléÉditions du Chardon Bleu•Éditions du Gref•Éditions du Nordir•Éditions du VermillonÉditions L’Interligne•Éditions La Grande Marée•Éditions Perce-Neige•Éditions Prise de parole


C’est à l’université,grâce à un professeurpassionnant, queNathalie Ferraris esttombée amoureuse deslivres pour enfants.À tel point qu’elle acommencé à encritiquer, puis àen écrire.AU PAYS DES MERVEILLESLA CHRONIQUE DE NATHALIE FERRARISlittérature jeunesseLe retour à l’écolePar chance, j’ai toujours aimé l’école. Surtout le retour à l’école. L’instant d’un week-end,je passais du temps dans les grands magasins avec ma mère. Elle m’achetait des pantalons,des chandails, une robe ou deux. Suivaient les bas, les chaussures propres, les chaussuressport et les chaussures de tous les jours. Puis venaient le coupe-vent, le parapluie et lesbottes de pluie. On s’arrêtait une demi-heure pour manger et on repartait choisir descartables, des feuilles mobiles, des crayons à mine et de couleurs, un étui pour les ranger,une règle, une efface, un sac à dos et une boîte à lunch. De retour chez moi, assise surmon lit, je déballais mon trésor. Ça sentait le neuf! Ça sentait l’impatience d’étrenner cesnouveaux vêtements. Ça sentait la hâte d’écrire avec ces nouveaux crayons. Ça sentaitl’empressement d’user ces cahiers vierges. Ça sentait bon le retour à l’école…La première foisVous souvenez-vous de votre première fois? Pas la première fois que vous avez faitl’amour! La première fois que vous êtes allés à l’école? Dans l’album Le premier jour,Julien est sur le point de vivre sa première fois. Une première foisbien inquiétante, à en croire ses deux frères : « Tu vas voir, ditMax, l’école, c’est épouvantable! Surveille toujours ton casier. Il ya des petits voyous de 6 e année qui pourraient bien mettre desgrenouilles, des sangsues ou des couleuvres dans tes bottes depluie. […] Mais à midi, mon cher Juju, c’est encore pire. Il y a desextraterrestres laids et gluants qui vont vouloir voler ton lunch etle bouffer d’un coup sec, raconte Léo. » Devant tant de danger,Julien décide de s’armer. Dans son sac d’école tout neuf, il cacheson étoile de shérif, ses lunettes à rayons paralysants et sa capede superhéros. Mieux vaut prévenir! Cette histoire signée RobertSoulières est tout à fait délicieuse. Le texte, bien écrit commetoujours, se lit avec un grand bonheur puisqu’il est, à l’exceptiond’une seule fois, interrompu par des jeux de mots ou desréflexions personnelles auxquels l’auteur nous a habitués. QuiLE PREMIER JOURRobert SoulièresLes 400 coups32 p. | 16,95$plus est, Soulières attend le lecteur avec un revirement de situation qui fait sourire grandcomme ça! Sur le plan des illustrations, Christine Battuz propose des images coloréeset des personnages aux bouilles bien expressives. Si ce n’avait été du texte imprimé surun motif ligné et donc difficile à lire, cet album aurait obtenu un 10/10!Avant la première foisAvec la panoplie de livres pour tout-petits disponibles en librairie, certains parentsprennent un peu d’avance sur l’école en enseignant à leur progéniture des notions debase, comme les chiffres et les lettres. Parmi ces livres, les abécédaires font bonne figure.Paru à la fin du printemps dernier, L’abécédaire abracadabrant est saisissant d’inventivitéet d’originalité. Fruit de l’imagination de trois grands-mères éprises des mots, ce livreécrit à six mains, à trois têtes et à trois cœurs jongle avec des allitérations et joue avecles sons de manière très dynamique. À la lettre D, en plus d’observer des dragons, undonjon, des dents et un drapeau, on lit :« Dans les histoires, il y a des dragons/ Des dragons dangereux dorment dans le donjon.DANGER! / Que faire pour se débarrasser des dragons dangereux? / Les dépecer?…L’ABÉCÉDAIREABRACADABRANTMuriel Comeau,Carole Filion etJeanne d’Arc MartinDe la Bagnole52 p. | 21,95$DANGER! / Les désosser?… DANGER! / Les déchiqueter?…DANGER! / Les dénicher?… BONNE IDÉE!Dehors dragons! »Deux pages plus loin, alors que la forêt incarne la lettre F etqu’on s’amuse à découvrir, dans l’illustration, desframboises, des feuilles, des fourmis, des fleurs, un faon etun feu de camp, le texte ne présente que des sons inquiétants: « Dans les histoires, il y a la forêt. / Ffrrr, ffrrr, ffrrr,ffrrr, ffrrr, ffrrr… / Flll, flll, flll, flll, flll, flll… / Flitt, flitt, flitt... / Fsch,fsch, fsch, fsch, fsch, fsch... / Flap, flap, flap… / Ffftt ! / Froumfroum froum… »Plus loin, pour illustrer la lettre T et le temps, qui n’est jamaisnommé, on remarque un tapis, des tomates, de la terre, untambour, une tasse, une tisane, une table, une tétine, unetuque, un téléphone et une télévision, et on lit : « Dans les histoires, il y a le Tic! Tac! Tic!Tac! / Tic! Tac! Tic! Tac! / Tout de suite! / Tic! Tac! Tic! Tac! / Trop tôt! / Tic! Tac! Tic! Tac!/ Trop tard! / Tic! Tac! Tic! Tac! / Tant pis! / Tic! Tac! Tic! Tac! »Pour accompagner les vingt-six textes un peu fous et ô combien intelligents des troisgrands-mères, Bruno St-Aubin a créé des illustrations où tout vole, fourmille, bouge,gigote, saute, bondit et danse. Il y fait aussi chercher des mots sérieux, farfelus ou horscontexte au jeune lecteur. Franchement, si cet album, qui mérite plus que la note parfaitede 10/10, ne donne pas envie aux enfants d’aller à l’école, aucun autre ne le fera!Après la première foisEn fait, c’est faux. Bien d’autres livres peuvent donner le goût aux enfants de reprendrele chemin de l’école et d’apprendre. La collection « Savais-tu? », publiée chez MichelQuintin, a depuis ses débuts séduit bien des parents, des enseignants et des enfants.Alliant humour et connaissance, la quarantaine de titres de cettecollection est consacrée aux animaux les moins populaires de laplanète, comme les rats, les vautours, lesserpents, les coquerelles, les sangsues, lesguêpes et les acariens. À ces intéressantsdocumentaires vient de s’ajouter unenouvelle collection : « Connais-tu? ». Traçant leportrait de grands personnages qui ontmarqué l’histoire et l’imaginaire collectif,comme Cléopâtre, Barbe Noire, Marco Polo et Erik le Rouge, la collectionreprend la formule qui a fait le succès de « Savais-tu? » : la bande dessinée pourrire et le texte en bas de page pour s’instruire. D’ailleurs, comme il vaut mieux lire d’abordle texte pour savourer ensuite les gags de la bande dessinée, une note à cet effet aurait puêtre ajoutée en début de chaque livre. Là, on aurait obtenu un 10/10. Mais comme leshabitués connaissent déjà l’ordre de lecture, ce détail ne cause aucun problème.Bon retour à l’école!CONNAIS-TUCLÉOPÂTRE?Johanne MénardMichel Quintinéditeur64 p. | 8,95$LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 71


ENTREVUEbande dessinéeJ UANJOG UARNIDOOn n’apprivoisepas les chatssauvages72 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Le crime ne chôme pas et, pourtant, Blacksad s’est fait discretpendant cinq ans. Explications avec son dessinateur, JuanjoGuarnido, alors que paraît le quatrième tome de la série, L’Enfer,le silence, qui se révèle une balade anxiogène et mystérieuseau son de la douce complainte d’un vieux standard de Gershwin,dans les rues fleurant l’humidité de la Nouvelle-Orléans.ParDominic Tardif© Martine DoyonOn pourrait le croire agacé d’être à ce pointpressé par un lectorat qui n’hésite pas àmonter au créneau sur la blogosphère pourlui reprocher une pause de cinq ans. Cinqans sans nouvelles de Blacksad, le félin leplus populaire de la bande dessinée depuisle Chat de Geluck, qui laisse finalementpoindre sa blanche gueule dans L’Enfer, lesilence, quatrième tome de la série. EtJuanjo Guarnido, son dessinateur, est lepremier à s’autoflageller et à regretter sesatermoiements quand on le rejoint au boutdu fil : « Je me le reproche moi-même,plaisante-t-il à moitié. Il s’agit en fait d’unconcours de circonstances, j’ai travaillé surun dessin animé et sur une série d’albumspour enfants (« Sorcelleries »), j’ai déménagédeux fois, j’ai eu des soucis familiaux.À un moment donné, Dargaud [sa maisond’édition] m’a fait comprendre avec unedouce pression qu’il ne fallait pas queBlacksad 4 devienne une Arlésienne. »Après la résolution de meurtres et demystères dans de glauques cités nonidentifiées, c’est à la Nouvelle-Orléans quenous retrouvons l’enquêteur, chat anthropomorphebaraqué comme le Minotaure etténébreux-circonspect comme Roy Dupuis,flanqué de son truculent et pestilentielsous-fifre, Weekly, sympathique scribe dejournaux jaunes. Un décor qui permet àGuarnido de retrouver les clairs-obscurs etles coloris iridescents des meilleuresplanches da la série. Un choix de décor qui,a priori, ne l’a pas fait sauter de joie devantson scénariste, Juan Diaz Canales, quisouhaitait que son histoire se déroule aucœur du berceau du jazz. « J’avais peurd’avoir à faire un travail important derecherche, explique le Grenadin d’origine.Je me suis rendu là-bas, ça m’a permis dedécouvrir cette ville pour laquelle j’ai eu unimmense coup de cœur. Je ne le regrette pasdu tout, parce que ce travail a été vraimentjouissif. C’était l’année dernière; j’ai trouvéune ville qui renaît de ses cendres et qui leclame haut et fort. » Pourquoi avoir senti lebesoin de traverser la mare quand quelquesclics sur Google et un détour par Wikipédiaauraient sans doute pu suffire? « Ça ne vousdonne pas vraiment une idée de ce que c’estqu’une ville, surtout une ville avec unpaysage urbain aussi caractéristique quela Nouvelle-Orléans. J’avais fait unprédécoupage après des recherches surInternet, et je vous le dis : je n’avais pascompris le caractère de cette ville, je lafaisais ressembler à quelque chose qu’ellen’était pas. Quand je suis arrivé, je m’ensuis rendu compte tout de suite. J’aurais pupasser dix minutes voire une minute danschaque quartier et j’aurais compris ce quec’était. » Il est de ces choses qui se passentdans l’air d’une ville, qui se vivent plusqu’elles ne s’expliquent, vérité de La Paliceque ne nierait pas notre taciturne et quiet« fouille-merde » de Blacksad.Après avoir dû frayer avec les plus grandsintellectuels et nobélisables dans Âme rouge(oui, les fripouilles sont partout), Blacksad,ennuyé par un soporifique boulot de gardedu corps, se voit confier par un producteurpas si vertueux que ça la mission de mettrele grappin sur un musicien héroïnomane(on pense forcément à Charlie Parker et àChet Baker) en cavale. Une occasion de


plonger à fond dans la note bleue, qui avait émaillé tous lesprécédents tomes de la série : « J’avoue que je ne suis fande jazz que depuis le deuxième tome, dans lequel il y avaitune chanson de Billie Holiday. Ce n’était pas une musiquequi m’attirait énormément, mais mon scénariste m’a faitdécouvrir Holiday, Louis Armstrong et puis d’autresinterprètes; je me suis intéressé énormément à EllaFitzgerald et à Nat King Cole. » On entendra ici, dans unattendrissant dénouement marqué au sceau de l’espoir,l’ubiquitaire quoique toujours aussi bouleversante « Summertime», que Guarnido raconte avoir souvent interprétée avecle groupe Slumberland (une formation de gens de la BDtoujours active, au sein de laquelle il jouait de la guitare).Question d’être au poilSi on peut reprocher à la série « Blacksad » sonmanichéisme latent et ses intrigues minceur – la touche deGuarnido constituant pour beaucoup la principale sourced’éblouissements —, ses créateurs ont toujours sucontourner l’écueil de la facilité en se jouant des archétypesanimaliers. C’est-à-dire en y adhérant fidèlement ou en yallant à rebrousse-poil. « Quelquefois, les personnagescorrespondent à l’acquis culturel du lecteur et auxpersonnages des fables. Cela dit, il est intéressant decontrarier l’archétype. Notre critère de casting, c’est laL’ENFER,LE SILENCE.BLACKSAD (T. 4)Juan Diaz Canaleset Juanjo GuarnidoDargaud56 p. | 24,95$simple apparence physique. Parfois, il y a des personnagescomme celui de l’hippopotame dans ce quatrième tome qui,par sa taille, joue un rôle donné non pas parce que l’animala culturellement une image sympathique ou antipathique;simplement, ça vous fait un personnage avec une masseimposante, qui peut se prendre trois balles dans le ventreet continuer de représenter un danger.Que les aficionados se le tiennent pour dit : il n’y a pasd’autre long hiatus sur le radar de Guarnido, d’autantqu’il avoue avoir finalement trouvé sa zone de confortavec l’aquarelle, une technique peu usitée en BD, quiaura conféré aux aventures du chat des nuances dignesdes impressionnistes. « J’avais d’abord choisi l’aquarellepar masochisme; je l’ai regretté pendant longtemps,mais sur cet album, j’ai commencé à me sentir à l’aise,simplement parce que je crois qu’avant, je travaillaisavec le mauvais matériel sur le mauvais papier avec lamauvaise démarche. Mais j’ai découvert des possibilitésque j’ignorais parce que j’utilisais une méthode detravail erronée. » Besoin d’être plus rassuré sur lapérennité de la série? « Je pourrais passer le reste de mavie à ne dessiner que Blacksad et je serais complè -tement heureux », conclut-il. Il faudrait souffrir d’anxiétémaladive pour exiger plus beau serment.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 73


LE LIBRAIRE CRAQUE!bande dessinéeL’INVITATIONL’invitation est une BD sur l’amitié, l’amitiéau cœur de la vie d’adulte. Cette vie d’adultequi passe, jour après jour, de plus en plus vite avec notre petite routine qui s’installeet les responsabilités de grandes personnes qui s’incrustent en chemin. Une multitudede gens passent dans notre vie, des amis restent, mais quelques-unsseulement se lèveront à 3 h du matin pour vous aider si vous enavez besoin. Ceux-là vous soutiendront dans vos piresmoments, même après une longue absence. L’invitation c’est toutça, raconté avec un tempo très calme et soutenu par des couleurssobres. C’est aussi des cases où le texte cède sa place à un dessincontemplatif chargé d’émotions, permettant au lecteur d’entrer àson rythme dans l’histoire et de prendre son temps pour s’enimprégner. Anne Gosselin PantouteJim et Mermoux, Vent d’Ouest, 160 p., 29,95$LE LABYRINTHE D’ÉMERAUDE.LONG JOHN SILVER (T. 3)Le capitaine Long John Silver est armépour conquérir les mers et le cœurde bien des lecteurs! Mystérieux,inquiétant, il s’enfonce avec détermination dans sa quête du trésor de Guyanacapac. Àses côtés : une bourgeoise malicieuse, un honnête médecin, unIndien un peu fou et toute une bande de sinistres pirates. La routepromet d’être longue avant d’atteindre le convoité butin, dontchacun s’est fait sa propre idée : mais on ne peut que s’en réjouir,car cela signifie que l’aventure n’est pas terminée. Librement inspirédu roman L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, Long John Silverdonne un nouveau souffle à la bande dessinée de piraterie, tout endemeurant plutôt classique dans son ensemble. La psychologie despersonnages infuse une dose de finesse et de subtilité à la série. Capsur le quatrième tome! Cynthia Brisson Marché du LivreXavier Dorison et Mathieu Lauffray, Dargaud, 54 p., 24,95$ESSEX COUNTYLe comté d’Essex est situé dans l’extrêmesud-ouest de l’Ontario, tout près de Windsoret de son vis-à-vis américain, Detroit. On découvre l’univers d’une famille rurale, qu’onsuit sur quatre générations à travers une multitude d’histoires disposées dans ledésordre. Il y a Lester, jeune dessinateur orphelin, possible alterego de l’auteur, qui se crée un riche monde imaginaire pouréchapper à l’étouffante solitude de la ferme de son oncle. Il y aVince, son arrière-grand-père, et le frère de celui-ci, héros duvillage après une incursion, au cours des années 1950, dans lemonde du hockey semi-professionnel. Il y a des secrets de famille,qui modulent les rapports de tous ces protagonistes. C’est richeet on s’attache à ces petites gens. Un dessin noir et blancaux contours nets souligne une certaine naïveté. Une belledécouverte. Yves Guillet Le FureteurJeff Lemire, Futuropolis, 496 p., 44,95$LA VISITE DES MORTSMaurice Petit est de ces êtres qu’on neremarque pas. Chaque jour, il suit saroutine sans jamais bifurquer de sa trajectoire, jusqu’au jour où il tombe sur la noticenécrologique d’un de ses camarades de classe. La panique le prend, ilest persuadé qu’il sera le prochain! Il décide de se rendre auxfunérailles. Face au silence des autres, il se lève et rend hommage àson ami. C’est la révélation! Les gens sont bouleversés par ses proposet vont vers lui, le touchent, le remercient, l’enlacent. Pour lapremière fois, il se sent vivant. Le travail de Philippe Girard m’émeutde plus en plus. C’est peut-être parce qu’il ose entrer dans l’émotion.Grâce à lui, Maurice Petit ne sera plus jamais un être fade ettransparent. Marie-Hélène Vaugeois VaugeoisPhilippe Girard, Glénat Québec, 84 p., 15,95$74 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010THE ROLLING STONES EN BANDES DESSINÉES On s’interroge d’entrée de jeu sur lapertinence d’une biographied’icônes de la musique rock (ici, les Rolling Stones) sous forme de bandes dessinées.Ce n’est qu’une fois la lecture terminée que se dégagent les forces de cette initiative.La forme de la synthèse, imposée par le genre, permet en effetd’aller droit au cœur du sujet. Chacun des chapitres évoque unmoment ou un évènement marquant de la carrière mythique dugroupe. Le découpage des périodes est, en plus, marqué grâce àl’attribution d’un illustrateur différent pour chacune d’elles. Cespériodes sont d’ailleurs présentées par un texte continu parseméde citations des protagonistes, ce qui accentue l’aspect« témoignage » du document. Reste que cet ouvrage s’adressedavantage au néophyte qu’au véritable amateur.Ian Lauda Le FureteurCéka, Petit à Petit, 252 p., 46,95$TRANCHES NAPOLITAINESCette bande dessinée fonctionne unpeu comme un recueil de nouvelles,c’est-à-dire qu’on y retrouve plusieurs petites histoires, chacune inspirée par la villede Naples. Les quatre bédéistes nous offrent leur vision unique de la cité italienne, cequi permet au lecteur d’en découvrir de nouveaux aspects toutau long de l’ouvrage. Personnellement, ce sont les planchesd’Alfred que j’ai préférées, notamment grâce à leur réalisme. J’aibeaucoup aimé le style de ses dessins ainsi que le propos de sonhistoire qui, à mon avis, reproduit l’atmosphère de Naples avectoute sa folie, sa beauté et ses contradictions. Je crois que cettebande dessinée saura plaire aux routards qui sont déjà passéspar là, mais aussi à ceux qui souhaitent voyager, le temps dequelques pages! Chloé Legault PantouteCollectif, Dargaud, 80 p., 34,95$TERRE PROMISE. LES ROYAUMES Avec ce troisième tome de la série surOUBLIÉS : LA LÉGENDE DE DRIZZT (T. 3) Drizzt, ce personnage légendaire, oncommence vraiment à comprendre l’importancede la légende. L’adaptation en bande dessinée des classiquesde R. A. Salvatore est une excellente façon de parcourir en accéléréla vie du personnage ultime de SF. Les épreuves que traverse le hérosinspiré des mondes de « Donjons et dragons » dessinent le caractèredu mythique elfe-noir. Drizzt décide de défier les croyances de sonpeuple. N’ayant pas trouvé refuge dans les méandres obscurs del’Outreterre, l’elfe-noir tentera sa chance à la surface de la terre. Terrepromise marque le début des aventures à la surface et lespremières rencontres des compagnons d’aventures de Drizzt. On fermele livre et on attend le quatrième! Jean-François Genest SélectR.A Salvatore, Tim Seeley et Andrew Dabb, Milady, 478 p., 12,95$BORDERLINE. METROPOLITAN (T. 1) Ce sont les couleurs qui m’ont attiré verscette bande dessinée. Julien Bonneauexploite en effet à merveille les variations entre les couleurs chaudes et froides. Cela siedparfaitement au genre de sujet qu’est l’état limite. Très peu de texte,mais des images saisissantes nous mettent dans l’ambiancepsychologique de l’histoire. C’est d’ailleurs cette spécificité qui peutréellement faire entrer le lecteur dans la peau d’une personne diteborderline. L’histoire se déroule principalement dans le métro de laVille Lumière. Le lecteur sera peut-être confus au départ, cherchantà savoir qui est qui, mais cela s’éclaircira facilement au fil de lalecture. J’espère que la suite de cette série (« Metropolitan ») ne sefera pas trop attendre! Maxime Côté Lévesque Les BouquinistesJulien Bonneau, Dargaud, 48 p., 24,95 $


LE LIBRAIRE CRAQUE!bande dessinéeLE CHASSEUR. PARKER (T. 1)Plus que l’amour ou l’argent, ce quifait vivre Parker, c’est le désir devengeance. Évadé de prison dans ce but unique, il parcourt l’Amérique à la rechercheson ancien partenaire qui a voulu sa part, sa femme et sa mort. La réputation deRichard Starke, alias Donald Westlake, n’est plus à faire. L’auteurde polars, décédé en 2008, a écrit quelques-uns des romans noirsles plus marquants de ce siècle. En adaptant sa série de romansdont Parker est le personnage principal, Darwyn Cooke donne lamesure de son talent de bédéiste. S’en tenant au noir, au blanc etau bleu, ses illustrations tirent profit des ombres pour construireun monde inquiétant, menaçant et perfide, comme les gangstersqu’elles mettent en scène. Un suspense si époustouflant, riche etcomplet que vous pourriez ne lire que cette BD cette année etêtre quand même rassasiés! Anne-Marie Genest PantouteRichard Starke & Darwyn Cooke, Dargaud, 140 p., 34,95$LE DERNIER DES MOHICANSIl y a l’art et la manière de reprendreun classique. Dans son adaptation duroman de Fenimore Cooper, Cromwell nous raconte à sa façon cette histoire de guerreentre Anglais, Français et nations autochtones, cette histoire de vengeance et d’amour.Dans ses illustrations tracées à grands coups de pinceaux gras surune surface plus ou moins rugueuse, le bédéiste peint une naturesauvage où les uniformes rouges trop voyants n’ont vraiment pasleur place, alors que les Indiens y évoluent en se fondant dans lepaysage. Ponctuant chaque chapitre d’extraits de divers romansévoquant l’instinct de survie, l’auteur nous ramène au constatterrifiant que, bien plus que la forêt, c’est l’homme qui estl’ennemi de l’homme. Seul un véritable artiste est capable dereprendre un classique avec brio : Cromwell est de ceux-là.Anne-Marie Genest PantouteCromwell, Soleil, 120 p., 29,95$Dans un petit village français au début du XX e siècle,une femme simple d’esprit accouche d’un bébémort-né. La douleur est insupportable. Le seul moyen desurmonter sa peine est de prétendre que l’enfant, nommé Lydie,est toujours vivant et de s’occuper de lui comme s’il était présent.Le village se prête au jeu… Une belle fable, tout en douceur, quipose un regard troublant sur le rôle du mensonge dans la société;le mensonge comme acte de générosité, comme acte de bonnefoi, peut-il engendrer le bien? Le mensonge soutenu peut-ildevenir, au fil du temps, vérité? Un album signé Jordi Lafebre etZidrou qui nous pousse à réfléchir sur un sujet difficile et souventtabou… Philippe Leblanc Vienne PantouteLYDIEJordi Lafebre et Zidrou, Dargaud, 60 p., 26,95$FACE CACHÉE (T. 1)Voici une bande dessinée magnifique dont ledessin et l’ambiance devraient plaire à tousles amateurs de Tanigushi! Nous suivons le quotidien d’un homme, analyste financierà Tokyo, qui ne voit sa famille que le week-end. En semaine, il habite une boîte exiguë,logement typique dans les villes japo naises surpeuplées etonéreuses. Malgré la légèreté de la narration, nous découvronspeu à peu les travers de cet homme ou, du moins, sa face cachée,qui n’est pas forcément celle d’un bon mari. Il y a peu de paroles,ce qui laisse le loisir au lecteur de s’imaginer diverses hypothèsesque l’on espère voir confirmées ou non dans le second et derniertome de cette série. Certaines pages méritent une mentionspéciale, notamment celles avec tous ces parapluies transparentsd’une grande beauté. Un album à déguster. Tania Massault PantouteSylvain Runberg et Olivier Martin, Futuropolis, 152 p., 34,50$PLUTO (T. 4)Décidément la plus belle découvertemanga de l’été, « Pluto » s’impose avecforce au fil des tomes. Naoki Urasawa nous livre, purement et simplement, un grandchef-d’œuvre de science-fiction. Il faut dire qu’on ne s’attendait à rien de moins de l’auteurdes excellentes séries « Monster » et « 20 th Century Boys »! Cettefois-ci, le grand maître du suspense japonais s’inspire du célèbre robotAstroboy pour construire un récit pour adultes sombre et captivant.Les membres de la commission d’enquête Bora et les robots les plusforts du monde se retrouvent tour à tour victimes d’un étrangemeurtrier. Le coupable se cache-t-il parmi les humains ou les robots?Astro sera-t-il le prochain sur la liste? Bref, « Pluto » a sans contreditle scénario et le graphisme pour séduire même ceux qui boudentd’ordinaire le manga. À mettre entre toutes les mains!Cynthia Brisson Le Marché du livreNaoki Urasawa et Osamu Tezuka, Kana, 190 p., 13,95$LES CAHIERS UKRAINIENSC’est lors d’une série de séjours enUkraine que le bédéiste Igort a puisé lamatière première des Cahiers ukrainiens, premier tome d’un diptyque, réalisé sousl’influence du documentaire. Cet ouvrage illustre, par le biais des témoignages de citoyensrencontrés au hasard du voyage, l’histoire de l’Ukraine, fortementmarquée par le génocide culturel et physique mené sous le règne deStaline. On y aborde aussi ces années de famine, résultat d’unegouvernance pendant laquelle les opposants au processus decollectivisation étaient punis. D’une façon personnelle, cette BDpermet de se familiariser avec le contexte social et politique de cetterégion, en plus de rappeler à quel point la volonté de vivre d’unpeuple est puissante, jusqu’à traverser, ce qui, à nous, contemporainsoccidentaux, paraît aujourd’hui inconcevable. Ian Lauda Le FureteurIgort, Futuropolis, 176 p., 41,50$LES CHOIX DE LA RÉDACTIONbande dessinéeDans Les Chemins de traverse, l’auteur Maximilien Le Roy et l’illustrateurSoulman, reconnus pour leur engagement, mettent en images le témoignagebouleversant de deux militants : l’un est palestinien et fait partie du Cercle desparents ; l’autre, israélien, est un déserteur et un membre des Anarchistes contrele mur. Les deux hommes, qui ont tous deux subi les assauts haineux de la guerre,voient leurs trajectoires individuelles s’entrecroiser dans unmême projet, celui du taayoush, quiLES CHEMINS DETRAVERSEMaximilien Le Royet SoulmanLa boîte à bulles112 p. | 29,95$signifie « Vivre ensemble » en arabe.Après Faire le mur et Gaza, il s’agit dutroisième ouvrage sur le conflit israélopalestiniende Le Roy, qui, en offrant laparole aux défenseurs de la paix, donneà lire une histoire poignante marquéepar l’espoir.Alors que dans le premier tome (Prix Réal-Fillion, Grand prix Bédéis Causa 2009),Alberte devait se soumettre aux idéaux de son intellectuel de père en portant laburqa pour des raisons « d’expériences socio-éducatives », voilà que dans cettesuite, la burqa disparaît, mais le rire perdure. Son père, qui n’est pas à coursd’idées, l’enchaînera cette fois au symbole de l’oppression que vivent des enfantspartout à travers le monde : la machine à coudre en fonte!Mais bonne nouvelle à l’horizon : la mère d’Alberte l’invite àvisiter la Balaysie… « Burquette » estBURQUETTE (T. 2)Francis DesharnaisLes 400 coups72 p. | 14,95$une critique sociale légère sous formede bandes dessinés, avec laquelle onpasse un bon moment, et qui nouspousse à réfléchir au-delà des principesconvenus.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 75


ARTICLElivre de pocheLe Québec en poche!76 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010Quand on pense rentrée littéraire, on pense immédiatement à« nouveautés grand format ». Et pourtant, parmi les centainesde livres qui vont surgir en librairie, certains titres vousrappelleront quelque chose, mais leur format sera différent :petits ils seront, cette fois-ci.ParPar Katia Courteau, de la librairie Clément MorinLe moment de la rentrée littéraire est aussi l’occasion pour certaines maisons d’éditionde rééditer des livres en format poche qui ont connu de beaux succès lors de leur premièreparution. De cette façon, on offre un second souffle aux livres et, on permet au lecteur delire sans se ruiner. Et si le livre de poche ne fait pas seulement référence au temps desvacances, il ne provient pas non plus que de la France. De fait, l’édition québécoisedéveloppe de mieux en mieux le marché des petits formats : XYZ, Typo, Québec Amérique,La courte échelle, BQ, Libre Expression et Boréal sont quelques-uns des éditeurs bienconnus proposant ces versions à moindre coût. Certains réinventent le format poche,comme la maison Alto ose le faire, en redessinant l’objet littéraire : les livres y gagnenten élégance avec la collection Coda.Quelques titres québécois attendus cet automne en format pocheDans leur collection Compact, les Éditions du Boréal publient deux titres de DanyLaferrière : Comment conquérir l’Amérique en une nuit (le scénario du film) et J’écris commeje vis (entretien réalisé par Bernard Magnier). De Victor-Lévy Beaulieu, on attend Blancheforcée (récit) et Monsieur de Voltaire : romancerie. Autre grand auteur, Louis Hamelin publieLes spectres agités. Les éditions Alire, quant à elles, font les choses autrement. Proposant,le plus souvent, leurs nouveautés en format poche, elles publient par la suite leursmeilleurs succès en grand format, comme ce fut le cas pour l’excellente série de Jean-Jacques Pelletier « Les gestionnaires de l’apocalypse ». Jacques Côté, quant à lui, publieune nouvelle série de polars historiques : « Les cahiers noirs de l’aliéniste » (voir notreentrevue à ce sujet en page 44). De plus, l’auteur des Chroniques de l’Hudres, Héloïse Côté,nous offre un nouveau roman de fantasy : La tueuse de dragons. Enfin, nousretrouverons Hell.com, de Patrick Senécal, en petit format.Chez Hurtubise, Marie Christine Bernardverra son roman Mademoiselle personneressortir sur les rayons. Même chose pourle roman tant remarqué de PierreSzalowski Le froid modifie la trajectoiredes poissons.Les amateurs de romans historiquestrouveront leur compte chez Typo, quipublie plusieurs titres dont les deuxièmestomes de « La fille du cardinal » de NadineGrelet, de « La châtelaine de Mallaig » deDiane Lacombe et de « La cordonnière » dePauline Gill.Les Allusifs, pour leur part, nous donnerontentre autres Le Week-end en Bourgogne, unrecueil de nouvelles inédites de MavisGallant, traduit de l’anglais par GenevièveLetarte.L’éditeur Le Quartanier publie lui aussi detrès beaux livres inédits, en petit format. Envoici quelques-uns en rafale : La Pologne etautre récits de l’Est de Vincent Tholomé,Le grand complot de la collectivité, un recueilde poèmes de Fabien Loszach, Civil deDaniel Foucard et Matamore n o 29, uneréédition du roman d’Alain Farah. Lanouvelle collection Coda chez Alto proposedes rééditions de leurs titres les plusimportants tels que Nikolski de NicolasDickner et Parfum de poussière de RawiHage. Mais qu’en est-il des titres quiviennent de paraître? On annonce Lescarnets de Douglas de Christine Eddie etLa fin de l’alphabet de Charles ScottRichardson. Il s’agit-là de deux titresà découvrir.La collection 10 sur 10 de Libre-Expressionnous propose entre autres Katana –le roman du Japon et Drakkar – le romandes Vikings de Paul Ohl, en plus de Laparoissienne et Un purgatoire de DenisMonette, Le cirque bleu et le Récif du princede Jacques Savoie et Notre Afrique, deLucie Pagé.Comment s’y retrouverparmi tous ces titres?Je vous mets sur une piste à ne pasmanquer : Le froid modifie la trajectoire despoissons, de Pierre Szalowski, publié chezHurtubise. L’enfant a 10 ans. Il vientd’apprendre que ses parents vont seséparer. C’est vers le ciel qu’il se tournepour demander de l’aide. Le lendemain,5 janvier 1998, le toit du monde déchargeles premières rafales de pluie verglaçantesur le Québec. Son souhait est exaucé. Toutsera transformé : les habitudes et lepaysage, mais par-dessus tout, les gens.Avec un humour intelligent couplé à laqualité de son écriture, Pierre Szalowski asu créer des personnagesbigarrés etattachants dont lestrajectoires serontmodifiées. Un regardsur les êtres humainsqu’il fait bon croiser.


DANS LA POCHEL’ART DE LA SIESTE ET DE LA QUIÉTUDEHervé Collet et Cheng Wing Fun, Albin Michel, 528 p., 10,95$Dans cette anthologie de poésie chinoise, c’est l’art d’embrasserMorphée qui est mis à l’honneur. Tous les poèmes choisis et traduitspar Hervé Collet et Cheng Wing Fun révèlent à la fois l’harmonie deséléments ainsi que la sérénité du corps. En effet, puisque la sieste estune quiétude contemplative, il s’agit également d’une façon de saisirl’instant présent, d’apprendre le détachement. « Le vent clair meréclame un poème / la lune brillante m’invite à boire / ivre jem’écroule devant les fleurs / le ciel pour couvertures, la terre pour oreiller » : tout endouceur, on vous invite à lire ces hymnes à la sieste de façon à vous ressourcer.LA BAR-MITSVA DE SAMUELDavid Fitoussi, Le Livre de Poche, 288 p., 10,95$Samuel n’a que 9 ans lorsqu’il émigre avec sa mère hystérique deleur banlieue de Paris à Montréal. Transplanté dans ce milieu terneet froid où règne l’ennui, notre héros entreprend de faire lachronique dérisoire de son univers, marqué par la préparation desa bar-mitsva, l’absence de son père et l’éveil sexuel. Le premierroman de David Fitoussi, inspiré de son propre parcours, pose unregard irrévérencieux sur les mythes attachés aux mères juives età la transmission des cultures. « L’humour de Fitoussi transparaît à travers lesdéceptions, la hargne et le ton acerbe. Comme un Woody Allen sous acide », enavait dit Anne-Marie Genest, de la librairie Pantoute, lors de sa parution.D-DAY ET LA BATAILLE DE NORMANDIEAntony Beevor, Le Livre de Poche, 864 p., 14,95$Si le Débarquement de Normandie est inscrit dans la légende,la bataille qui s’ensuivit, s’étendant sur trois mois de guerrecontinue et terriblement sanglante, fut autrement plusdécisive. Antony Beevor s’applique à reconstruire, ou plutôt àdéconstruire le mythe qui entoure cette tristement célèbrebataille et à révéler les erreurs stratégiques commises par lesAlliés. En s’appuyant sur des archives, des documents inédits,des enregistrements originaux et des témoignages de combattants, l’historienbritannique nous entraîne au cœur du combat pour nous faire voir l’horreur, labêtise et l’incompréhension qui menèrent à la perte de plusieurs milliers demilitaires américains et de civils français.L’ESPÈCE FABULATRICENancy Huston, Babel, 208 p., 12,95$Vaste entreprise d’exploration de l’imaginaire des hommes, L’espècefabulatrice pose la question du rapport entre la fiction et la réalité,de la construction de l’esprit comme part intrinsèque de notreidentité. La prémisse de l’essai — tout est fiction — suppose queles êtres humains inventent autant qu’ils interprètent le mondedans lequel ils évoluent. Cette hypothèse, l’auteure, philosophe etgrande lectrice, tentera d’en faire la démonstration point par point, sondant lesmystères de la pensée, du langage, de la conscience, évoquant au passage sespropres souvenirs. Nancy Huston propose une réflexion sur un thème complexe,la quête de Sens, avec la clarté et la simplicité des grands vulgarisateurs.MORT DE TROUILLEDonald Westlake, Rivages, 320 p., 16,95$Barry a 20 ans et il est amoureux. L’avenir leur appartient, à lui,l’Américain, et à Lola, la Sud-américaine. Or, sans un sou, leslendemains s’avèrent misérables. Après des années de petites combineset d’opportunités manquées, nos deux personnages pensent détenirla solution à leurs problèmes financiers : l’assurance-vie. C’est alorsqu’ils échafaudent une arnaque digne des films de suspensehollywoodien : simuler la mort de Barry afin que Lola touche la prime. Vol d’identité,exil vers le Sud : un plan infaillible. Jusqu’à ce que la belle-famille, la police et lacompagnie d’assurances s’en mêlent… Embrouilles, bévues et quiproquos s’ensuiventdans ce polar humoristique délirant, comme seul Westlake savait les faire.LA BRÈVE ET MERVEILLEUSE VIE D’OSCAR WAOJunot Diaz, 10/18, 352 p., 14,95$Le second roman de Junot Diaz, lauréat du Pulitzer 2008, est unefabuleuse saga familiale campée dans la banlieue du New Jersey.Oscar, fils d’une immigrante dominicaine exilée aux États-Unis avecses deux enfants, est victime d’une malédiction ancestrale, le« fuku ». L’éternel puceau au physique ingrat, à la vie amoureuseinexistante et à la malchance chronique, trompe l’ennui – et fuitla réalité – dans les livres de science-fiction et les jeux de rôle. Son histoire, etcelle de sa famille, racontée dans une langue métissée constituant un véritabletintamarre, se déploie sur trois générations. On y fait le pont entre l’Île deSaint-Domingue sous la dictature de l’infâme Rafael Trujillo et la banlieueghettoïsée retenant ses promesses de rêve américain.RENCONTRES FORTUITESMavis Gallant, Points, 416 p. | 15,95$Mavis Gallant, cette Montréalaise qui demeure depuis 1950 à Paris,est reconnue comme étant l’une des meilleures écrivainescanadiennes, de la trempe d’Alice Munro. Dans Rencontresfortuites, elle décrit les tribulations d’une jeune femme que sonmari a quittée, dans le Paris des années 60. C’est donc ce personnageexcentrique, complètement à l’opposé des héros traditionnels,que nous accompagnons dans cette comédie de mœurs où il fera laconnaissance d’un peintre hystérique et suicidaire, d’une famille névrosée et d’unvoisin hors norme. Récit d’une errance doublé d’une satire sociale, il s’agit « d’unchef-d’œuvre d’humour acéré » (Nouvel Observateur) à découvrir.LE VOYAGE DE L’ÉLÉPHANTJosé Saramago, Points, 224 p., 12,95$Le dernier roman du regretté écrivain portugais José Saramago,prix Nobel de littérature 1998 décédé le 18 juin dernier, racontel’odyssée de Salomon, un pachyderme insouciant témoin (etvictime) des caprices, disputes et calomnie des hommes. Situéen 1551 entre Lisbonne et Vienne, en passant par l’Espagne etl’Italie, Le Voyage de l’éléphant expose la faiblesse des hommesen oscillant entre les faits réels et imaginaires avec l’humour etl’ironie qu’on connaît à son auteur. « Un roman éblouissant de maîtrise, réflexionféconde sur l’amitié, la religion, les rapports de force entre des nations auxfrontières encore fluctuantes », selon le journal Voir.NOUS TROISJean Echenoz, Minuit, 192 p., 12,95$Trois personnages – le héros, la femme et l’autre – s’entrecroisentpendant un tremblement de terre, un raz-de-marée qui détruitMarseille ou dans une fusée en orbite. Deux hommes et unefemme muette, anonyme et inaccessible, quelques narrateurspour brouiller les pistes sur des millions de kilomètres et,surtout, la plume fine et adroite d’Echenoz nous transportentdans un voyage en apesanteur. Selon Le Monde, « Echenoz confirme ici ses donsde virtuose de la langue, de slalomeur surdoué de la conjugaison, de jongleurun peu pitre de la grammaire ». Nous trois paraît en format poche en mêmetemps que le très attendu Des éclairs aux éditions de Minuit.TROIS TASSES DE THÉGreg Mortenson et David Oliver Relin, Points, 482 p., 16,95$Au Pakistan, la première tasse de thé offerte signifie que vous êtes uninconnu, la deuxième, que vous êtes un ami, et la troisième, que vousfaites partie de la famille. Ainsi, lorsque l’alpiniste Greg Mortensonreçut sa troisième tasse, il sut qu’il avait prouvé sa valeur. Secouru en1993 par une petite communauté, alors qu’il était perdu en montagne,il leur promit de revenir afin de leur faire construire une école, un rêve.Loin d’être le premier à faire ce type de promesse, il fut néanmoins le seul à faireconstruire 160 écoles, malgré le climat politique tendu. Peur et violence pouvaientdésormais laisser place à l’espoir grâce à un alpiniste qui n’a peur ni des hauteurs nides grandeurs.LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 77


Publié par Les librairies indépendantes du Québec (LIQ), le libraire se trouveCENTRE DU QUÉBECEST DU QUÉBECLibrairie Baie St-PaulSUD DE MONTRÉALLibrairie A.B.C. Enr.Centre du QuébecLibrairie St-JeanLIBRAIRIECHEZ NOS LIBRAIRIES ASSOCIÉESCENTRE DU QUÉBECA.B.C. ENR.390, rue Saint-JosephLa Tuque QC G9X 1L6819 523-5828DU CENTRE DU QUÉBEC287, rue LindsayDrummondville QC J2B 1G2819 478-1395806, rue Marguerite-BourgeoysTrois-Rivières, QC G8Z 3S7819 373-7286CLÉMENT MORIN4000, boul. des ForgesTrois-Rivières QC G8Y 1V7819 379-41531, Plaza de la MauricieShawinigan QC G9N 1C1819 539-8326www.cmorin.qc.cacmorin@cmorin.qc.caL’ÉCUYER INC.Carrefour Frontenac805, boul. Frontenac EstThetford Mines QC G6G 6L5418 338-1626L’EXEDRE910, boul. du St-Maurice,Trois-Rivières QC, G9A 3P9819 373-0202exedre@exedre.caDES GALERIESDE GRANBY INC.40, rue ÉvangelineGranby QC J2G 8K1450 378-9953contact@librairiedesgaleries.comMÉDIASPAUL250, rue Saint-François NordSherbrooke QC J1E 2B9819 569-5535libmedia@qc.aira.comLA CHOUETTE LIBRAIRIE483, avenue Saint-JérômeMatane QC G4W 3B8418 562-8464chouettelib@globetrotter.netLIBER LIBRAIRIE GÉNÉRALE166, boul. Perron OuestNew-Richmond QC G0C 2B0418 392-4828 | liber@globetrotter.netLIBRAIRIE BAIE SAINT-PAULCentre commercial le Village2, chemin de l'ÉquerreBaie St-Paul QC G3Z 2Y5418 435-5432BOUTIQUE VÉNUS21, rue Saint-PierreRimouski QC G5L 1T2418 722-7707librairie.venus@globetrotter.netJ.A. BOUCHER230, rue LafontaineRivière-du-Loup QC G5R 3A7418 862-2896libjaboucher@qc.aira.comL’HIBOU-COUP INC.1552, boul. Jacques-CartierMont-Joli QC G5H 2V8418 775-7871 | 1 888 775-7871hibocou@globetrotter.netLIVRES EN TÊTE INC.110, rue Saint-Jean-Baptiste EstMontmagny QC G5V 1K3418 248-0026 | livres@globetrotter.netL’OPTIONCarrefour La Pocatière625, 1 ère Rue Local 700La Pocatière QC G0R 1Z0418 856-4774 | liboptio@bellnet.caDU PORTAGECentre comm. Rivière-du-Loup298, boul. ThériaultRivière-du-Loup QC G5R 4C2418 862-3561 | portage@bellnet.caLARICOCentre commercial Place-Chambly1255, boul. PérignyChambly QC J3L 2Y7450 658-4141librairie-larico@qc.aira.comMODERNE1001, boul. du Séminaire NordSaint-Jean-sur-Richelieu QC J3A 1K1450 349-4584www.librairiemoderne.comservice@librairiemoderne.comPROCURE DE LA RIVE-SUD2130, René-GaultierVarennes QC J3X 1E5450 652-9806librairie@procurerivesud.comMONTRÉALDE VERDUN4455, rue WellingtonVerdun QC H4G 1V7514 769-2321www.lalibrairiedeverdun.comLE PARCHEMINMétro Berri-UQÀM505, rue Sainte-Catherine EstMontréal QC H2L 2C9514 845-5243 | librairie@parchemin.caASSELIN5834, boul. Léger EstMontréal-Nord QC H1G 1K6514 322-8410DU SQUARE3453, rue Saint-DenisMontréal QC H2X 3L1514 845-7617librairiedusquare@librairiedusquare.comGALLIMARD3700, boul. Saint-LaurentMontréal QC H2X 2V4514 499-2012librairie@gallimardmontreal.com78 • LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010MONTRÉALLibrairie Asselin enr.Procure de la Rive sudPAULINES350, rue de la CathédraleTrois-Rivières QC G9A 1X3819 374-2722libpaul@tr.cgocable.caSAINT-JEAN171 rue Notre-Dame Est,Victoriaville QC G6P 3Z8819 752-9747info@librairiestjean.caEST DU QUÉBECALPHA168, rue de la ReineGaspé QC G4X 1T4418 368-5514librairie.alpha@globetrotter.netLIBRAIRIE L'ALPHABET120, rue Saint-Germain OuestRimouski QC G5L 4B5418 723-8521 | 1 888 230-8521alpha@lalphabet.qc.caLIBRAIRIE A à Z79, Place LaSalleBaie-Comeau QC G4Z 1J8418 296-9334 | 1 877 296-9334librairieaz@cgocable.caSUD DE MONTRÉALALIRE INC.17-825, rue Saint-Laurent OuestLongueuil QC J4K 2V1450 679-8211 | info@librairie-alire.comAU CARREFOURHalles de Saint-Jean120-145, boul. Saint-JosephSaint-Jean-sur-Richelieu QC J3B 1W5450 349-1072lie.au.carrefour@qc.aira.comCarrefour Richelieu600, rue Pierre-Caisse, suite 660Saint-Jean-sur-Richelieu QC J3A 1M1450 349-7111|lie.au.carrefour@qc.aira.comDAIGNEAULT1682, rue des Cascades OuestSaint-Hyacinthe QC J2S 3H8450 773-8586pierreb@librairiedaigneault.comLE FURETEUR25, rue WebsterSaint-Lambert QC J4P 1W9450 465-5597fureteur@librairiefureteur.qc.caLA MAISON DE L'ÉDUCATION INC.1000, rue Fleury estMontréal QC H2C 1P7514 384-4401librairie@maisondeleducation.comLE MARCHÉ DU LIVRE801, boul. De Maisonneuve EstMontréal QC H2L 1Y7514 288-4350question@marchedulivre.qc.caMÉDIASPAUL3965, boul. Henri-Bourassa EstMontréal-Nord QC H1H 1L1514 322-7341libmedia@mediaspaul.qc.caMONIC INC.Carrefour de la Pointe12675, rue Sherbrooke EstMontréal QC H1A 3W7514 642-3070www.librairiemonic.comOLIVIERI5219, Côte-des-NeigesMontréal QC H3T 1Y1514 739-3639service@librairieolivieri.com


NORD DE MONTRÉAL | OUEST DU QUÉBECSAGUENAY-LAC-SAINT-JEANRÉGION DE QUÉBECABONNEMENTL I B R A I R I EPANTOUTEHORS QUÉBECRouyn-Noranda1 an (6 numéros)Responsable : André Beaulieu | 418 948-8775 poste 228Adressez votre chèque à l’attention de le libraire.Poste régulièreQuébec : 18,23$(TPS et TVQ incluses)LibrairieLe Bouquin LtéeLibrairieBuroPlus MartinPar voie terrestreÉtats-Unis : 50$Europe : 60$Librairie VaugeoisAutres provinces canadiennes 16,96$ (TPS incluse)PAULINES2653, rue MassonMontréal QC H1Y 1W3514 849-3585libpaul@paulines.qc.caNORD DE MONTRÉAL |OUEST DU QUÉBECPROMENADE SAINT-JOVITE976, rue de Saint-JoviteMont-Tremblant QC J8E 3J8819 425-3240librairie@promenadetremblant.comAU BOULON D'ANCRAGE100, rue du Terminus OuestRouyn-Noranda QC J9X 6H7819-764-9574librairie@tlb.sympatico.caBUROPLUS MARTIN18, rue Principale EstSainte-Agathe-des-Monts QC J8C 1J4819 326-2950 |livres@buroplusmartin.caCARCAJOU401, boul. LabelleRosemère QC J7A 3T2450 437-0690carcajourosemere@bellnet.ca3100, boul. de la Concorde EstLaval QC H7E 2B8450 661-8550info@librairiecarcajou.comDU SOLEILVillage Place-Cartier425, boul. Saint-JosephGatineau QC J8Y 3Z8819 595-2414soleil@librairiedusoleil.caEN MARGE141, rue Perreault EstRouyn-Noranda QC J9X 3C3819 762-4041librairie-enmarge@tlb.sympatico.caIMAGINE300-351, boul. SamsonLaval QC H7X 2Z7450 689-4624librairieimagine@qc.aira.comLA GALERIE DU LIVRE INC.769, 3 e AvenueVal-d'Or QC J9P 1S8819 824-3808galeriedulivre@cablevision.qc.caLINCOURT191, rue Saint-AndréVieux-Terrebonne QC J6W 3C4450 471-3142info@librairielincourt.comLU-LU INC.2655, chemin GasconMascouche QC J7L 3X9450 477-0007librairielulu@vl.videotron.caPar avionÉtats-Unis : 60$Europe : 70$Abonnement pour les bibliothèques aussi disponible (divers forfaits).Les prix sont sous réserve de modifications sans préavis. Les prix pour l’étranger incluent la TPS.MOSAÏQUE85, boul. BrienRepentigny QC J6A 8B6450 585-8500www.mosaiqueinter.comRÉFLEXION320, boul. Saint-JosephGatineau QC J8Y 3Y8819 776-4919390, boul. Maloney EstGatineau QC J8P 1E6819 663-3060LIBRAIRIE MARTIN598, rue Saint-ViateurJoliette QC J6E 3B7450 759-2822 | 1 800 909-2822www.librairiemartin.comBOYER LTÉE10, rue NicholsonValleyfield QC J6T 4M2450 373-6211www.librairiesboyer.qc.caPAPETERIE COMMERCIALE - AMOS251, 1 ère Avenue EstAmos QC J9T 1H5819 732-5201www.papcom.qc.caSERVICE SCOLAIREDE ROUYN-NORANDA150, rue Perreault estRouyn-Noranda QC J9X 3C4819 764-5166SAGUENAY-LAC-SAINT-JEANLES BOUQUINISTES392, rue Racine EstChicoutimi QC G7H 1T3418 543-7026bouquinistes@videotron.caCENTRALE1321, boul. WallbergDolbeau-Mistassini QC G8L 1H3418 276-3455livres@brassardburo.comHARVEY1055, avenue du Pont SudAlma QC G8B 2V7418 668-3170librairieharvey@cgocable.caMARIE-LAURA INC.2324, rue Saint-DominiqueJonquière QC G7X 6L8418 547-2499librairie.ml@videotron.caLA SOURCE240, rue BosséChicoutimi QC G7J 1L9418 543-4147librairie.lasource@videotron.caRÉGION DE QUÉBECGLOBE-TROTTERLA LIBRAIRIE DU VOYAGEPlace de la Cité2600, boul. Laurier, bur. 128Québec QC G1V 4T3418 654-9779 | 1 888 654-9779guide.globetrotter@qc.aira.comPANTOUTE1100, rue Saint-JeanQuébec QC G1R 1S5418 694-9748286, rue Saint-Joseph EstQuébec QC G1K 3A9418 692-1175www.librairiepantoute.comSÉLECTCarrefour St-Georges8585, boul. LacroixSaint-Georges QC G5Y 5L6418 228-9510libselec@globetrotter.qc.caVAUGEOIS1300, avenue MaguireQuébec QC G1T 1Z3418 681-0254libvaugeois@septentrion.qc.caHORS QUÉBECLE BOUQUIN LTÉECentre d’achat le Rond Point3409-24, rue PrincipaleTracadie-Sheila, N-.B. E1X 1C7506 393-0918lebouquinb.aibn.comDU CENTRE432, avenue Westmount, unité HSudbury ON P3A 5Z8705 524-8550 | 1 877 453-93441371-B, rue FisherNorth Bay ON P1B 2H2705 476-2402 | 1 888 722-9093435, rue DonaldOttawa ON K1K 4X51-877-747-8003ou (613) 747-1553, poste 3651-877-747-8004 ou (613) 747-0866www.librairieducentre.comGRAND CIEL BLEU, LIBRAIRIEDU NOUVEL ONTARIO93, rue DurhamSudbury ON P3E 3M5705 675-6060librairie@librairiedunouvelontario.comPÉLAGIE221 boulevard J.D.-GauthierShippagan NB E8S 1N2506 336-97771 888-PÉLAGIE (735-2443)pelagie@nbnet.nb.ca171, boul. Saint-Pierre OuestCaraquet NB E1W 1B7506 726-9777pelagie2@nb.aibn.comDU SOLEILMarché By33, rue GeorgeOttawa ON K1N 8W5613 241-6999soleil@librairiedusoleil.cale libraire280, rue Saint-Joseph Est, bureau 5Québec (Québec) G1K 3A9LIBRAIRIES ASSOCIÉES ET PARTENAIRESConditions et forfaitsAndré Beaulieu418 948-8775 | abeaulieu@lelibraire.orgLE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 79


le libraireVolume 13, numéro 61,septembre-octobre 2010SélectLes libraires craquent!PantouteÉDITIONÉditeur: Les librairies indépendantes du Québec (LIQ)Président: Denis LeBrunDirecteur: Dominique LemieuxRÉDACTIONDirection: Josée-Anne ParadisRédacteur en chef: Stanley PéanAdjointe: Alice MéthotChroniqueurs: Normand Baillargeon, Simon-Pierre Beaudet,Nathalie Ferraris, Laurent Laplante, Robert Lévesque,Stanley Péan, Michel Vézina, Elisabeth VonarburgComité: Christian Girard (Pantoute), Johanne Vadeboncœur(Clément Morin), Caroline Larouche (Les Bouquinistes),Michèle Roy (Le Fureteur).Collaborateurs: Rémy Charest, Dominic Tardif, Elsa PépinPRODUCTIONDirection: Josée-Anne ParadisMontage: KX3 Communication inc.Illustration (couverture): Pierre-Paul PariseauCorrection et révision linguistique: Yann RoussetIMPRESSIONPublications Lysar, courtierTirage: 34 000 exemplairesNombre de pages: 84le libraire est publié six fois par année.Numéros 2010: janvier, mars, mai, juillet, septembre, novembrePUBLICITÉJosée-Anne Paradis 418 948-8775, poste 227DISTRIBUTIONLibrairies partenaires et associéesAndré Beaulieu 418 948-8775, poste 228abeaulieu@lelibraire.orgHarold Gilbert Jean-François GenestDu Centre DaigneaultVéronique GrondinMariane CayerDu Soleil L'ExèdreMarianne Chevrier Benoît Saint-AubinMartinTania DionneDominique L’HeureuxVaugeoisBoutique VénusAnne-Marie GenestHélène TalbotAudette LandryChristian GirardSophie Dufresne Chloé Legault Christian VachonStéphane PicherLes BouquinistesPhilippeLeblanc VienneAnne GosselinChloé DufourPénélope JolicœurDe VerdunJoëlle TremblayTania MassaultMarie-Pierre LaensGeneviève Rouxwww.lelibraire.orgTextes inédits - Actualité - Agenda - Coin des éditeursHuguette HoudeCarcajouMarie-HélèneVaugeoisMarché du livreMaxime CôtéLévesqueCaroline LaroucheShannon DesbiensLa Maison de l’ÉducationÉdimestre: Alice Méthot | edimestre@lelibraire.orgWebmestre: Daniel Grenier | webmestre@lelibraire.orgUne réalisation des librairies Pantoute (Québec), Clément Morin(Trois-Rivières), Les Bouquinistes (Chicoutimi) et Le Fureteur(Saint-Lambert).Une production des Librairies indépendantes du Québec (LIQ).Tous droits réservés. Toute représentation ou reproductionintégrale ou partielle n’est autorisée qu’avec l’assentiment écritde l’éditeur. Les opinions et les idées exprimées dans le librairen’engagent que la responsabilité de leurs auteurs.Jérémy LanielCynthia BrissonClément MorinAnnie LéonardIsmaël BellilIsabellePrévost LamoureuxHélèneLaviolette-NoiseuxAu Carrefour80 • LE LIBRAIRE • FÉVRIER - MARS 2010Fondé en 1998 | Dépôt légal Bibliothèque et Archivesnationales du Québec | Bibliothèque et Archives Canada |ISSN 1481-6342 | Envoi de postes-publications 40034260le libraire est subventionné par le Conseil des Arts du Canadaet la SODEC. | le libraire reconnaît l’appui financier dugouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livredu Canada pour ce projet.LE LIBRAIRE est disponible dans 80 librairiesindépendantes du Québec, de l’Ontarioet du Nouveau-Brunswick ainsi que dans700 bibliothèques affiliées aux CRSBP.Katia CourteauGaleries de GranbyMarc-André HébertMathieu CroisetièreJohanneVadeboncoeurLorraine Guilletle libraireGuy MarchampsMyriame MarcotteRobidouxLe FureteurRené PaquinYves GuilletJosyane GirardDenis GamacheImagineIan LaudaStanley Péan Josée-Anne Paradis Dominique Lemieux Alice Méthot Denis LeBrun Éric Gougeon


Une erreur s’est glissée dans le« Libraire d’un jour » du derniernuméro (60). Le crédit associé à laphoto d’Amir Khadir aurait dûrevenir à José Tapia. Toutes nosexcuses!Pierre-Paul Pariseau :illustrateurLes images de Pierre-Paul Pariseau ontété publiées dans de nombreux magazineset journaux, dans un livre pour enfantsainsi que sur des couvertures de livres, desaffiches, des cartes et des disquescompacts. Cet artiste a également travaillédans le domaine de la publicité. Tout aulong de sa carrière, il a périodiquementcontribué à de nombreuses publications, etce, de façon continue. Ses illustrations ont été récompensées parplusieurs prix, dont celui de la Society of Illustrators (É.U.), de laC.A.P.I.C. (Canada), du concours RSVP (É.U.), de Images (Royaume-Unis),de Semi-Permanent08 (Australie) et celui du magazine Creative Quarterly(É.U.). Pour voir d’autres œuvres de monsieur Pariseau, on peut visiter lesite suivant : www.pierrepaulpariseau.com.oups!en couvertureLibrairie A à Z : MÉLANIE CHAREST, ANNIE PROULX Librairie Alire : MANON TRÉPANIERLibrairie Alpha : SONIA PELLETIER ETIER Librairie Au Carrefour : MARTIN GAGNONBiblairie GGC :VALÉRIE BEAUREGARD, CAROLYNE BLANCHARD, MICHELBRETON,LOUISE DION, PASCAL ALLAQUERRE, NICOLASLECLERC, EMMANUELLEROUSSEAU, FRANCE VEILLEUX, SYLVIE VINCENT,GÉRARD YERGEAULibrairiei i Boyer : CÉLINE BOYERLibrairie i i Buroplus : MARTINE ORUBALibrairie Clément-Morin :LUCIE ARCAND,RENÉ PAQUIN, JOHANNE VADEBONCOEURCoop Aménagement - U. de M. : ETIENNE BROSSARD, JEAN-PHILIPPE PAYETTECoop Cégep Aunthsic :STÉPHANIE MAILHOTCoop Droit - U. de M. :SYLVIE BENOÎTCoop du Cégep de Rivière-du-Loup :ANNE RÉHELCoop du Cégep de Valleyfield : JOHANNE L’ÉCUYERCoop du Cégep François-Xavier Garneau :ANNIE GOSSELIN, CHANTAL AL NADEAUCoop du Cégep Rosemont :SYLVIE ROSSCoop du Collège Jean-de-Brébeuf :NICOLE MANDEVILLECoop le Signet -UQAT: ANNIE LAVIGNECoop UQAM: STÉPHANE CORMIERCoopsco des Laurentides : SYLVIE VIAUCoopsco Sainte-Foy : NATALIE ALIE GAGNONLibrairie Côte-Nord : VALÉRIE MORAIS Librairie de Verdun : RÉMI GAUTHIERLibrairiedesGaleriesde Granby: SUZANNE CARPENTIER,JOHANNE GAMACHELibrairie Du Portage :HÉLÈNE LALLEMANDANDLibrairie Du Soleil : MARIANNECHEVRIERLibrairie En Marge : STÉPHANE DUPUYLibrairie Exedre e: GWENAELLE MAHÉ, ÉLIANE STE-MARIELibrairie Gallimard : SUZANNE FAUVEL, JOËLLEGAGNONLibrairie Harvey :ÉMILYJEAN, JEAN-DANIELNÉRONLibrairie Imagine :KATHLEEN DUROCHERLibrairie Isis : DANIELLE POULINLibrairie J.A. Boucher : MARIE-CÉCILE CILE DIONLibrairie Laricot : MARIJOE DUBÉ-ROYLibrairie La Chouette :DANIELLE ROSS SLibrairie La Galerie du livre : MARIANNE CÔTÉ, MARLÈNE CÔTÉLibrairie La Procure de laRive-sud : JEANNE-PAULE AULE DUHAMEL, LISETTE FORTINLibrairie L’Alphabet :CÉLINE BILODEAU,RENÉ LANDRYLibrairie Le Fureteur : DANIELDOMPIERRE Librairie Le Marché du livre : JACQUESCOUTURELibrairie Le Port de tête :ERIC BLACKBURN, MARTIN TURCOTTELibrairie Les Bouquinistes :LAVAL AL MARTELLibrairie L’Expression : MARTINE GAGNONLibrairie L’Hibou-coup :MICHELDUFOUR, MONA L’ITALIENLibrairiedu Nord inc.: DIANE FORTIN, NICOLE FORTINLibrairieLire S’amuser Créer (LSC) :MARIE-THÉRÈSE BENOÎT,ISABELLE CHOQUETTELibrairieLivres en tête: MARCELLE CARONLibrairie Marie-Laura :DANIEL BOUCHARD, ANDRÉE FORTINLibrairie Michabou :LORRAINE DUBOISLibrairie Monet : SUSANE SANE DUCHESNE,MORGANE MARVIER,BRIGITTE MOREAU,RÉJEAN ST-HILAIRELibrairieMorency : LISE NADONLibrairie Mosaïque : JOSÉE BÉLECLibrairieNature expert: ALAIN GOULET Librairie Olivieri : RINA OLIVIERIIERILibrairie Pantoute :CHRISTIAN GIRARD, PAUL-ALBERT PLOUFFEPapeterie commerciale :SUZANNE TREMBLAYLibrairie Paulines : JEANNEE LEMIRE Librairie QuartierLatin: JEAN CHARBONNEAULibrairie Raffin : GISÈLE BIZIER,MICHELLYNCH, GISÈLE NADEAU,SONIA SIMARDLibrairie Rose-Marie :DANIELLE E BOULADIERLibrairie Sélect : JEAN-FRANÇOIS GENESTService scolaire de Rouyn-Noranda :ISABELLE BOLDUC,ARIANE OUELLETLibrairieVaugeois :MARIE-HÉLÈNE VAUGEOISLibrairie Vénus :AUDETTE LANDRY, DOMINIQUE L’HEUREUXLibrairie Zone :MARIE-ANDRÉE BOULANGERLibrairie Zone Libre :PIERRE LACHAÎNE LE LIBRAIRE • OCTOBRE - NOVEMBRE 2010 • 81


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