Dynamiques des forêts naturelles de montagne à Madagascar

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Dynamiques des forêts naturelles de montagne à Madagascar

BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…59Hanta RabetalianaApmm (Association des populationsdes montagnes du monde)Villa Magali, Ivory-nord301 FianarantsoaMadagascarAlain BertrandCirad-forêtTA/10 DCampus international de Baillarguet34398 Montpellier Cedex 5FranceNorosoa Razafimamonjylot II E 9 L M Ambohimirary101 AntananarivoMadagascarEmilson RabemananjaraBP 1388 301 FianarantsoaMadagascarDynamiques des forêtsnaturelles de montagneà MadagascarPression démographique, pratiques agraires, riziculture pluviale ouirriguée, cultures de rente et risques cycloniques sont autant de facteurs qui déterminentles transformations des forêts naturelles à l’est de Madagascar, aux fonctionsécologiques importantes. Face aux deux types de fronts pionniers, cultures de rente etriziculture irriguée, qui les menacent, une politique de transfert de la gestion des forêtsaux communautés rurales peut être une solution, à condition d’en valoriseréconomiquement les ressources.Les filles reviennent du marché d’Ambohimahamasina, où la vente de quelques écrevissesde la forêt a permis d’acheter une baguette parisienne.Girls on their way home from the market at Ambohimahamasina, where proceeds from thesale of a few freshwater forest crayfish allowed them to buy a Parisian baguette.Photo P. Schachenmann.


60BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSH. Rabetaliana, A. Bertrand,N. Razafimamonjy,E. RabemananjaraRÉSUMÉDYNAMIQUES DES FORÊTSNATURELLES DE MONTAGNEÀ MADAGASCARABSTRACTTHE DYNAMICS OF NATURALMONTANE FORESTSIN MADAGASCARRESUMENDINÁMICAS DE LOS BOSQUESNATURALES DE MONTAÑADE MADAGASCARLes forêts naturelles humides demontagne couvrent encore des superficiessignificatives dans l’est deMadagascar. Elles ont une faible productivitémais ont des fonctions écologiquesimportantes. Pressiondémographique, pratiques agraires,riziculture pluviale ou riziculture irriguée,cultures de rente et risquescycloniques se combinent pourinfluencer de façon diversifiée lestransformations des paysages forestiers.La forêt naturelle de l’est estmenacée de longue date par deuxfronts pionniers distincts, à l’est et àl’ouest. À l’est, leur dynamique estdéterminée par les cultures de renteet l’évolution des marchés. À l’ouest,ils sont orientés par le développementde la riziculture irriguée, quiconduit à une disparition presquetotale de la forêt naturelle. Les paysagessont, ensuite, recomposés pardes plantations forestières paysannesd’eucalyptus. Dans certainscas, les dynamiques de ces deuxfronts sont corrélées et influencéespar les relations économiques établiesentre les groupes vivant de partet d’autre de cette forêt d’altitude :les marchés des produits de rente etles stratégies foncières paysannes,qui déterminent les évolutions despaysages forestiers. La mise en placed’une nouvelle politique forestièrefondée sur le transfert de la gestionlocale des forêts naturelles aux communautésrurales peut être une solutionpour le maintien de la forêt naturelled’altitude, si les populationslocales exploitent et valorisent à leurprofit ces espaces forestiers.Mots-clés : forêt de montagne, frontpionnier, culture de rente, gestionlocale contractuelle, Madagascar.Natural humid montane forests stillcover significant areas in easternMadagascar. Although their productivityis low, they have important ecologicalfunctions. Demographic pressure,agrarian practices, rain-fed orirrigated rice crops, cash crops andcyclones have combined to produceprofound transformations in forestlandscapes. The natural forests ofeastern Madagascar have long beenthreatened by two different factors: inthe eastern part, forest dynamics areconditioned by cash cropping andmarket trends, while to the west, naturalforests have been almost entirelylost to irrigated rice crops. Landscapepatterns have subsequently beenmodified by eucalyptus plantations insmallholdings. In some cases, there isa correlation between the dynamicsproduced by these two factors, whichare influenced by economic linksbetween the communities living oneither side of the montane forest, i.e.markets for cash crops and accessstrategies to forest lands both determinechanges in forest landscapes.Implementing a new forest policybased on transferring responsibilityfor local forest management to grassrootslevel could help to preservethese natural montane forests if localpopulations are allowed to use themfor their own benefit.Keywords: montane forest, pioneerfront line, cash crop, participatorylocal management, Madagascar.Los bosques naturales húmedos demontaña cubren aún superficies significativasen la parte oriental deMadagascar. Tienen una baja productividadpero unas importantes funcionesecológicas. Presión demográfica,prácticas agrarias, cultivo de arroz desecano o de regadío, cultivos comercialesy riesgos ciclónicos se combinanpara influir de distintas manerasen las transformaciones de los paisajesforestales. El bosque natural delEste está amenazado desde hacemucho tiempo por dos frentes decolonización distintos, uno al Este yotro al Oeste. Al Este, su dinámicaviene marcada por los cultivos comercialesy la evolución de los mercados.Al Oeste, viene determinado por eldesarrollo del cultivo de arroz deregadío, que conduce a una desaparicióncasi total del bosque natural.Posteriormente, se recomponen lospaisajes mediante plantacionesforestales campesinas de eucalipto.En algunos casos, las dinámicas deestos dos frentes están correlacionadase influidas por las relaciones económicasestablecidas entre los gruposque viven en uno y otro lado deeste bosque de altura: los mercadosde productos comerciales y las estrategiascampesinas de propiedad de latierra, que determinan las evolucionesde los paisajes forestales. La instauraciónde una nueva política forestalbasada en la transferencia de lagestión local de los bosques naturalesa las comunidades rurales puedeser una solución para el mantenimientodel bosque natural de altura,si las poblaciones locales explotan yvalorizan en su beneficio propio estosespacios forestales.Palabras clave: bosque de montaña,frente de colonización, cultivo comercial,gestión local contractual,Madagascar.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…61IntroductionL’agriculture a fait disparaître lamajeure partie des forêts naturellesdenses humides de basse altitude àl’est de Madagascar. Ces forêts nesubsistent actuellement que dansquelques aires protégées, comme surla presqu’île de Masoala. Les forêtsnaturelles humides malgaches sontessentiellement constituées de forêtsde moyenne altitude et de forêts demontagne, confinées le long de lafalaise orientale, avec des prolongementssur les Hautes Terres (carte 1).Les forêtsnaturellesde montagneà MadagascarForêts naturelleset autres formationsforestières de montagneDes superficies considérablessont couvertes de plantations forestièrespaysannes d’eucalyptus. Enhaute altitude, au-dessus de 1 800 m,par exemple dans le Vakinankaratra, lepin remplace l’eucalyptus, trop sensibleau froid. Ces plantations forestièrespaysannes sont exploitées intensivementpour la production de boisd’énergie et l’approvisionnement encharbon de bois des agglomérationsd’Antananarivo, de Fianarantsoa, maisaussi des villes d’Antsirabe, d’Ambositra,d’Ambalavao, etc. Plus à l’ouest,de vastes superficies sont couvertespar des peuplements très clairs d’eucalyptussur prairie 1 graminéenne.Les forêts naturelles d’altitudede Madagascar sont caractérisées parune faible productivité. Elles ontcependant des fonctions écologiquesimportantes. Elles se retrouvent entre800 m et 2 000 m d’altitude, dans ledomaine du Centre ou des HautesTerres et dans le domaine de l’Est(Humbert, 1955). Le rôle des forêts demontagne, comme écosystèmes deservice (régulation du régimehydrique et de protection des sols), aune valeur essentielle pour l’économiedes régions en aval et les culturesde bas-fond (Razafimamonjy, 2001).L’accès difficile, l’absence d’infrastructuresroutières rendent l’exploitationforestière peu rentable.Toutefois, on peut noter que toutes leszones de forêt naturelle qui sont peuou prou accessibles sont l’objet d’uneexploitation intensive concernant surtoutles essences commerciales devaleur. Les zones de forêt naturelle lesplus inaccessibles, qui concernent dessuperficies non négligeables, restentau contraire peu dégradées.On observe de multiples combinaisonsentre pression démographique,pratiques agraires, riziculturepluviale sur brûlis (tavy), disponibilitéen terres pour la riziculture irriguée,risque cyclonique, revenus liés aux culturesde rente, accès à la route et auxmarchés à travers les circuits de commercialisation.Ces facteurs déterminentles modalités des transformationsdes paysages des forêts naturelles demontagne à l’est de Madagascar.Un très bel arbre, Agauria, espèce résistante au feu, dans la forêt de montagned’Imaitso, Andringitra.A fine specimen of fire-resistant Agauria in Imaitso montane forest, Andringitra.Photo P. Schachenmann.1 Pour une description plus précise des divers types depaysages forestiers sur les Hautes Terres nord, on pourrase reporter aux différents fascicules du rapport « Étuded’aménagement du bassin versant de l’Ikopa dominant laplaine d’Antananarivo » (Bdpa-Scet-Agri/Gersar-Brl/Eep-Dinika, décembre 1994).


62BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSkmVillesLimite FaritanyAires protégées au-dessus de 1 000 mRéseau hydrographiqueIEFN au-dessus de 1 000 mForêts claires sclérophylles de moyenne altitudeForêts denses humides sempervirentes de basse altitudeForêts denses humides sempervirentes de moyenne altitudeForêts denses sclérophylles de montagneForêts denses sèches-série à Dalbergia, Commiphora et HildegardiaForêts ripicoles et/ou des alluvionsFormations marécageusesFourrés xérophilesPlans d'eauPrairies altimontaines, savanes et/ou pseudosteppes avec éléments ligneuxPrairies altimontaines, savanes et/ou pseudosteppes sans éléments ligneuxCarte 1.Situation des forêts et des aires protégées au-dessus de 1 000 m d’altitude, à Madagascar. Les nombreuxintervenants dans les forêts de montagne sont de plus en plus cantonnés aux aires protégées.Location of forests and protected areas above 1 000 m a.s.l., in Madagascar. The work of numerousorganisations involved in montane forest environments is increasingly confined to protected areas.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…63Types de tavy et frontspionniers agricolesFigure 1.Aménagement de l’espace dans la région montagneuse du nord de Madagascar.Transect présentant le front pionnier depuis les forêts de basse altitude.Spatial planning in the mountainous area of northern Madagascar. Transectshowing the pioneer front moving in from low altitude forests.Par ailleurs, ces zones de forêtnaturelle de montagne sont ledomaine des tavy. Selon la descriptionclassique, le tavy est une culturede riz pluvial par essartage et culturesans labour. Les parcelles sont défrichéesen forêt secondaire dans unsystème de longue jachère forestière.Ce système de culture existe encoredans diverses zones difficiles d’accès.Il conduit à un maintien durable del’espace forestier naturel d’altitude(Aubert et al., 2002).Les types d’aménagements del’espace forestier varient aussi selonles représentations sociales de lanature au sein des différentes ethnies(encadré 1).Les conditions écologiques enaltitude (gel, faible durée d’ensoleillementde moins de cinq heures) peuventlimiter l’extension des activitésagricoles. Dans les terroirs villageoisdisposant d’un couvert de forêtsencore important, les forêts d’altitudesont des zones de pacage importantespour l’élevage bovin extensif. Celas’observe en pays antanala, dans laforêt de Manambolo en pays betsileoaussi bien que dans la forêt d’Ambohileroen pays sihanaka 2 , et constituesans doute une des caractéristiquesmajeures des zones de forêt naturellehumide à Madagascar 3 (figure 1).Deux types de frontspionniers menacent lesforêts naturelles d’altitudeNous allons montrer que la forêtnaturelle de l’est de Madagascar estmenacée de longue date par deuxfronts pionniers différents. L’un sur leflanc est et l’autre sur le flanc ouest.Leurs caractéristiques et leurs effetssur l’aménagement de l’espace ruralamènent à les distinguer nettement :▪ sur le flanc est, on observe desfronts pionniers plus ou moins actifsselon les zones considérées, qui sonttous liés aux cultures de rente ; lescaractéristiques des diverses zonesoù se développent ces fronts pionnierssont étroitement reliées auxdiverses cultures de rente concernées;▪ sur le flanc ouest, on observe égalementdans certaines zones des frontspionniers liés au défrichement agricolepour le développement de la rizicultureirriguée.Certaines zones de forêt naturellehumide de montagne, au centreet au sud de la côte orientale malgache,sont l’objet de défrichementssimultanément par les deux fronts àl’est et à l’ouest.2 La zone de Didy a, comme de nombreuses régions de Madagascar, une histoirecomplexe. Elle fut bezanozano au plus fort de leur extension au xix e siècle, lorsquecette ethnie contrôlait le commerce des esclaves entre les Hautes Terres et lesBetsimisaraka installés sur la côte. Elle devint ensuite sihanaka.3 Les forêts sèches de la côte ouest de Madagascar servent également de pâturageet de refuge pour le bétail.Il est courant, à l’est deMadagascar, de désigner sous leterme générique de tavy toutes lespratiques agraires utilisant le feucomme pratique culturale. Cettegénéralisation est abusive et relèved’un simplisme réducteur, qui alimentetrop souvent les discours etles réflexions des politiques, et mêmede certains scientifiques. Cette « diabolisation» des feux, du tavy se nourritdu catastrophisme récurrent etséculaire sur la déforestation deMadagascar (Bertrand, Randrianaivo,2002).Encadré 1LES PERCEPTIONS ET REPRÉSENTATIONSSOCIALES DES FORÊTS SELON DIVERSESETHNIES MALGACHESOn peut distinguer deux groupes de perceptionset de représentations sociales de la forêtà partir du regroupement d’un certain nombred’ethnies malgaches : les ethnies forestièrescultivant le riz pluvial ; les ethnies des HautesTerres pratiquant la riziculture irriguée.Chez les ethnies forestières comme lesBetsimisasaraka, les Antanala ou encore lesTsimihety, la forêt, avec des nuances spécifiquesà chaque ethnie, est un espace de vie,une réserve de terres à cultiver, un refuge etune source de produits multiples. L’espace eststructuré par les tavy, où est cultivé le riz pluvial,les savoka qui sont les jachères forestièresdes anciens tavy et qui sont périodiquementremises en culture, enfin la forêtnaturelle. Chez les Betsimisaraka, la sociétéest organisée autour de la pratique du tavy. Unpaysan de Vavatenina déclarait, en 1996, dansune réunion publique, qu’« interdire le tavy,c’est vouloir la mort des Betsimisaraka ».Au contraire, pour les ethnies des HautesTerres comme les Merina ou les Betsileo, l’espacehumanisé est d’abord structuré par lesrizières aménagées. Les tanety, collines déboisées,portent quelques cultures pluvialesannexes. La forêt est un lieu plutôt hostile, malconnu et qui sert de refuge aux bandits et auxfuyards.


64BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSÀ l’est, des frontspionniers liés auxcultures de renteHameau dans les montagnes d’Andringitra, proche de la forêt d’Imaitso, avecriziculture irriguée, maïs, haricots verts, cultures maraîchères et arbres fruitiers.A hamlet in the Andringitra range near the forest of Imaitso, with irrigated paddyfields, maize, string beans, vegetables and orchards.Photo P. Schachenmann.Il convient donc de bien distinguerles différents types de tavy. Lestavy sont une pratique agraire qui traduit,sous diverses formes, les relationsentre la société et la nature etentre les groupes sociaux à propos dela nature. Les pratiques des tavyexpriment les dynamiques des systèmesagraires. Celles-ci évoluent etse diversifient en fonction de l’évolutiondes contraintes économiquesmais aussi des constructions socialeset du changement des représentationssociales de la forêt.Les fronts pionniers que nousallons décrire utilisent le feu commeoutil agricole de défrichement et sontdonc fréquemment désignés commedes tavy. Ils ont, cependant, danschaque cas des caractéristiques trèsparticulières.On observe dans la zone duNord, où cohabitent Tsimihety etBetsimisaraka, un front pionnierdepuis les forêts de basse altitude,constitué par une agriculture itinérantesur brûlis avec aménagementrizicole dans les bas-fonds, des parcellesde café plus ou moins délaisséeset des cultures de vanille enforte expansion sur les bas de versantainsi que, dans un certain nombre decas, proches de la forêt, des plantationsde gingembre (Zingiber officinalis).Dans la zone centrale de la côteest, on observe un front pionnier trèsdynamique de l’ethnie antànala enprovenance de l’est, tout le long del’escarpement, avec un aménagementcomparable à celui de l’écorégiondu nord : aménagement rizicolesur des superficies étroites pour le rizirrigué des bas-fonds, café et bananesur les bas de versant, riz pluvial enhaut de versant.Figure 2.Aménagement de l’espace dans la région montagneuse du sud-est de Madagascar. Transect présentant les deux frontspionniers attaquant le corridor forestier de Ranomafana-Andringitra.Spatial planning in the mountainous area of south-eastern Madagascar. Transect showing the two pioneer fronts encroachingon the Ranomafana-Andringitra forest corridor.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…65Première récolte de riz en vente aux collecteurs de riz, sur la route d’Andringitra.Selling the first rice harvest to rice collectors along the Andringitra road.Photo P. Schachenmann.Forêt intacte de montagne du versant estdu parc national d’Andringitra.Virgin montane forest on the easternslopes of the Andringitra National Park.Photo P. Schachenmann.À Andapa, la dynamiquede la vanilleDans l’écorégion des montagnesdu Nord (Angap, 2000), correspondantaux massifs montagneuxet forestiers du Tsaratanàna, duMarojejy et à la zone de Mananaranord,les forêts montent jusqu’à2 500 m d’altitude. Le relief très accidentélimite les surfaces rizicoles,l’économie locale étant dominée parles cultures de rente. Celles-ci concernaientantérieurement le café (Coffearobusta), mais elles se sont réorientéesvers la vanille (Vanilla spp.) et,dans une moindre mesure, le gingembre.Toutefois, l’autosuffisance en rizreste l’objectif des ménages, celle-cin’étant que partiellement assurée parla production combinée de riz irriguéet de riz pluvial. La production estcomplétée par des achats de riz financésgrâce à la vente des produits derente. Le désenclavement au sein dela région de la Sava, dans les années1970 (Sambava, Antalaha, Vohémar,Andapa), a favorisé la diversificationde la production d’autres cultures derente, vanille, letchi (Nepheliumlitchi), girofle (Eugenia caryophyllus),poivre (Piper nigrum), et l’intensificationde la riziculture. Les plantationsde café et de gingembre sont maintenues,selon un mode extensif, dansune logique de meilleure productivitédu travail.Dans la Sava, les impacts d’unemévente de la production de cafépeuvent être tempérés par la ventede la vanille et vice versa. Mais unemauvaise récolte de riz irrigué, unebaisse importante des prix du café oude la vanille au producteur ont deseffets immédiats sur les superficiesde riz pluvial sur brûlis (figure 2).Le bœuf est indispensable pourles travaux en riziculture irriguée. Ilest acheté avec l’argent de la vanilleet revendu aussitôt la saison agricolepassée, car les conditions climatiquesne sont pas favorables à l’élevagebovin.Autour du parc national montagnardde Marojejy, la précarité des ressourcesforestières a facilité le transfertde gestion des forêts et limité lespratiques extensives. À ce jour, la gestionde plus de 10 000 ha de forêts demontagne a été transférée aux communautésrurales de base, en applicationde la loi 96-025, dite loi Gelose(Gestion locale sécurisée).La vente des produits d’exportationest favorable à la croissance del’économie locale quand les courssont élevés, comme c’est le cas de lavanille depuis quelques années.Cette croissance induit une stratégied’intensification (sur le riz en irriguépour l’essentiel) et de diversificationd’activités chez les ménages, tantpour les cultures vivrières (riz) quepour les autres cultures de rentecomme le café. Depuis peu, des produitsnon traditionnels tels que lesépices, les produits de l’agriculturebiologique, les fruits (letchi) etlégumes sont recherchés sur les marchésrégionaux (océan Indien) etinternationaux (Europe, États-Unis).Mais le niveau économique actueldes ménages permet difficilementl’investissement nécessaire à cetteconversion de l’économie.L’épargne suscitée par la créationdes caisses mutuelles d’épargneet de crédit a induit un changementde comportement des ménages versl’investissement par capitalisation :intensification de la riziculture irriguée,amélioration de la qualité de lavanille et achat d’outillage agricole(herse, sarcleuse).Mais de nouveaux défrichementssont encore visibles dans lepaysage, liés aux problèmes de gestionde la fertilité des sols. Si le programmeenvironnemental, à traversune approche conservation et développementintégré, a joué le rôled’impulsion de la croissance de l’économielocale, d’autres programmesde développement doivent maintenantprendre le relais pour assurer unchangement irréversible de comportementauprès d’un nombre plusimportant de ménages et préserverainsi les forêts de montagne, leursfonctions environnementales et économiques(Rabetaliana, 2001).


66BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSEn pays tanala, une transitioncaféière en panneLe corridor forestier Ranomafana-Andringitraest caractéristiquede la situation que nous évoquonsmaintenant.On trouve les forêts de 800 m àplus de 2 500 m d’altitude. Le reliefest très accidenté de la falaise orientaleà l’est du corridor forestier. Celalimite les surfaces rizicoles aménageableset l’économie repose sur leriz et une culture de rente, le café.Celui-ci est associé à la banane (Musaspp.) et au letchi.Sur le versant est du corridor, lepeuplement se revendique de l’ethnieantanala. Le comportement productifdes ménages est comparable à celuides ménages des montagnes duNord. Mais l’économie des ménagesantanala est sensiblement plus vulnérable,du fait que la majorité desménages ne produit qu’une seule culturede rente, le café. Les cours ducafé sont depuis plusieurs années auplus bas. La production de bananepeut constituer un complément alimentaireet monétaire, mais de faiblevaleur économique, en raison de l’enclavement,de l’éloignement des marchéset des difficultés de transport.Le letchi ne concerne que les villagesbien desservis par la route ou le cheminde fer. Bien que le prix du cafésoit descendu à un seuil où la culturene rémunère plus le travail, il serécolte encore. La plantation de caféconstitue une sorte d’épargne surpied pour le cas où les cours deviendraientintéressants.Les pratiques de culture sur brûlisde forêt en régions de montagneapparaissent, en pays antanala, directementliées aux facteurs extérieurs, àsavoir les marchés internationaux.Les paysans ont encore besoindu café pour acheter du riz et les produitsde première nécessité. Étantdonné la faible capacité d’investissementde la majorité des ménages, lescultures sans aménagement, doncsans capital, constituent leur seuleoption (Blanc-Pamard, Ruf, 1992).Les jeunes ménages se voient obligésde défricher de nouvelles surfaces rizicolesen forêt car les parents ne partagentpas les rizières avant leur mort.Une maison traditionnelle de l’ethnie baraharonga, dans la forêt d’Ambatomboay,entièrement construite avec des produitsforestiers.Traditional dwelling of the Bara Honga groupin the forest of Ambatomboay, built entirelyfrom forest resources.Photo P. Schachenmann.L’analyse de l’évolution de lacouverture forestière du corridorentre 1974 et 1993 confirme cettedynamique à deux vitesses de la disparitiondes forêts dans le corridorRanomafana- Andringitra. Les superficiesdéfrichées sont plus importantesdans la partie orientale.Aujourd’hui, le cours du café estau plus bas de l’histoire (1 kg de caféau producteur pour 0,3 kg de riz auconsommateur ; figure 3). Les superficiesde riz pluvial sur brûlis forestiervont certainement augmenter.Figure 3.Évolution comparative des prix du café (producteur) et du riz (consommateur), qui met l’accent sur l’inégalité, de plus en plusprononcée, de l’échange depuis 1984.Comparative trends in coffee prices (producers) and rice (consumer prices), highlighting the increasingly inequitable tradeterms since 1984.


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…67Riziculture irriguéeet recompositiondes paysages àl’ouest de la forêtEn pays betsileo, un recultotal de la forêt naturelleUn front pionnier de l’ethniebetsileo, plus lent, se développe àl’ouest du corridor forestier dans leszones de montagne et de hautes collines.La forêt cède la place à desaménagements rizicoles sur dessuperficies plus larges succédant àdes cultures sur brûlis de maïs, deharicot et, dans un passé récent, depomme de terre. Des feux de renouvellementde pâturages de fin de saisonsèche parcourent les milieux déjàouverts. Les plantations d’eucalyptusou de pins sont fréquentes.Dans la partie ouest du corridor,les pratiques agraires des Betsileosont orientées vers des aménagementsrizicoles permanents. Les parcellesnouvellement défrichées,encore impropres à la riziculture, sontcultivées en haricot ou en maïs. Après5-6 années, les amenées d’eau sontaménagées, la parcelle peut alorsêtre valorisée pour la riziculture irriguée.Le processus de capitalisationdes ménages betsileo repose sur lavente du riz, considéré comme uneculture vivrière et de rente, associéeà l’élevage porcin (figure 4).Pour comprendre la dépendancedes ménages betsileo vis-à-vis del’espace forestier et de ses ressources,il faut connaître le fonctionnementde l’économie familiale. LeConsultation des rayaman-dreny, les sages du village d’Ambalamanandray,Andringitra, sur les règles de répartition du pâturage.Consulting the rayaman-dreny, the village elders of Ambalamanandray(Andringitra), on traditional rules involved in apportioning pastureland.Photo P. Schachenmann.bœuf et la rizière irriguée représententle capital, l’élevage porcin constituele dépôt à terme des ménages, lavolaille et les produits forestiers sontleur compte courant…Les conditions climatiques etl’enclavement obligent les ménages àavoir plusieurs activités génératricesde revenus : cultures pluviales (tabac,haricot, maïs, manioc), vente de maind’œuvre,commercialisation de produitsartisanaux (vannerie, tissage),de volaille, de produits forestiers decueillette (anguilles, écrevisses, miel,etc.) et, depuis peu, cultures decontre-saison (pomme de terre).Les jeunes ménages se voientobligés de défricher de nouvelles surfacesrizicoles en forêt, du fait que lesparents n’ont pas assez de rizières àpartager. Mais il faut aussi savoirqu’un défrichement représente uninvestissement financier qui n’est pasà la portée de tous les jeunesménages. C’est une décision quirelève de la grande famille car lejeune ménage va de facto sortir deson groupe social et de la vie collective,du fait de la distance entre lesvillages et la forêt. Certains ménagesriches font de la spéculation foncièresur cet espace forestier.Figure 4.Schéma du processus de capitalisation des ménages betsileo des hautes-collines avec, comme éléments moteurs,le riz et l’élevage porcin.The capitalisation process among upland Betsileo households is driven by paddy farming and pig rearing.


68BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSEn route avec le toaka gasy, rhum traditionnel de canne à sucre, et le mielsauvage de la forêt d’Ambatomboay vers le marché hebdomadaire Alakamisi ;une journée entière de marche à pied.Setting off for the weekly market at Alakamisi to sell toaka gasy, a traditionalspirit made with sugar cane, and wild honey from the forest of Ambatomboay:a whole day’s journey on foot.Photo P. Schachenmann.« Tsimalazo », Helichrysum spp., à 2 500 m d’altitude.“Tsimalazo”, Helichrysum spp., at 2 500 m a.s.l.Photo P. Schachenmann.L’interdépendance entre leséconomies locales contribue à accélérerla vitesse des défrichements surces deux fronts pionniers. Leséchanges commerciaux entre l’ethniebetsileo et l’ethnie antanala sontséculaires. De l’ordre de 60 % desménages betsileo sont pauvres etsont contraints de vendre maind’œuvreet produits artisanaux(outillage agricole, vannerie et tissage)chez les Antanala en période derécolte du café. Les revenus de cettevente financent la campagne rizicoledu versant ouest, en pays betsileo.Une crise économique du côté antanalaa des impacts immédiats surl’économie des Betsileo. Les Antanaladéfrichent alors plus de forêts pourproduire plus de riz pluvial ; lesBetsileo le font pour des cultures àcycle court (haricot et maïs), destinéesà la vente.Ce schéma est assez semblableà celui qui a conduit au défrichementdu versant est de la forêt naturelle deManjakandriana, celle dont un proverbemerina dit que « la forêt de l’Estne finit jamais ».Depuis deux siècles l’extensiondu peuplement merina sur les HautesTerres de Madagascar s’est faite dansdifférentes directions. Vers l’est,l’Amoronkay était limité par la « forêtde l’Est », qu’occupaient au début duxix e siècle les Bezanozano, intermédiairesobligés pour le commerce avecla côte. Les guerres de Radama I erréduisirent cet obstacle et chassèrentles Bezanozano à l’est de la forêt deManjakandriana, au pied de l’escarpementde l’Angavo dans l’Ankay. Laforêt de l’Est jouissait, sous la royautémerina, d’un statut particulier de«zone interdite ». Sous la colonisationfrançaise, l’exploitation du bois ydevint intense, pour répondre à lademande de la construction urbaine àTananarive. Le processus de colonisationagricole par les Merina passe parune déforestation quasi complètepuis par un reboisement progressifdes tanety avec l’eucalyptus.La forêt a été entamée pour l’approvisionnementen bois d’énergiedes forges et progressivement desconsommateurs urbains (avant queles plantations paysannes d’eucalyptusviennent prendre le relais), pourl’exploitation forestière du boisd’œuvre et pour la création des voiesde transport 4 . L’exploitation forestièreétait restée très limitée sous laroyauté merina. En revanche, la progressiondes concessions forestièresaccordées par l’administration colonialefut très forte dès le début dusiècle.Le défrichement vers l’est de laforêt de Manjakandriana et le développementdes installations humainesmerina en Amoronkay se sontréalisés progressivement à différentespériodes (Rakotomahandry,1989). Les installations ne se sont pasfaites selon l’avancée d’un front pionnier,mais par une colonisation ponctuellede l’espace et de terres cultivablesencore disponibles pour l’installationfamiliale, avec, ensuite, ladensification progressive puis plusrapide du peuplement humain(Chartier-Henry, Henry, 1992).Les plantations paysannesd’eucalyptus recomposent lespaysages des Hautes TerresLes paysans malgaches, toutspécialement sur les Hautes Terres enpays merina, comme aujourd’hui enpays betsileo, ont été très rapides às’approprier l’eucalyptus. Dès 1904,on observe les premières ventes deplants entre paysans dans les environsde Manjakandriana. Les plantsd’eucalyptus sont rapidement diffusés,de part et d’autre de l’axe routieren construction, par les écoliers quiles chapardent dans les pépinièresscolaires et les ramènent dans les villagesmême éloignés de la route.L’installation programmée descolons français est, bien entendu,perçue comme une menace par lespaysans malgaches. Ceux-ci sont très4 La route et surtout le chemin de fer (traverses).


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…69rapides, en maints endroits (en particulierautour de Manjakandriana), àdévelopper une stratégie défensivepour bloquer l’installation des colons.Ils utilisent à cet effet une loi promulguéedans les années du protectorat,avant la conquête, organisant l’immatriculationcollective « indigène » desterres en nom collectif. La majeurepartie des terres est ainsi revendiquéeet immatriculée collectivement,par des groupes de chefs de familleou de chefs de lignage, en cerclesdans les terroirs autour des villages(Le Roy et al., 1991).L’eucalyptus est aussitôt utilisécomme arbre marqueur des limitesdes nouvelles terres immatriculées. Ildevient donc un outil essentiel de ladéfense foncière contre l’installationdes colons.Dans le même temps, nombrede paysans malgaches ont compristout le parti commercial qu’ils pouvaienttirer de la vente de bois au cheminde fer, pour faire circuler les locomotives.L’eucalyptus ne sert passeulement à marquer les limites desnouvelles terres immatriculées. Il estprogressivement planté sur les tanety(collines) déjà déforestées de longuedate, qui sont des pâturages pauvrescouverts de landes à bozaka (graminéeset éricacées) 5 .Les plantations d’eucalyptus lesplus proches de la capitale contribuentrapidement à l’approvisionnementénergétique en bois de feu puisen charbon de bois des ménagesurbains les plus favorisés. En effet, audébut du siècle, en raison de la raretédes ressources ligneuses sur lesHautes Terres, le combustible domestiquele plus courant à Tananariveétait le bozaka (herbe séchée).C’est ainsi que l’eucalyptus aprogressivement conquis desespaces considérables sur les HautesTerres orientales proches d’Antananarivo.Aujourd’hui, un véritable massifforestier continu s’étend sur unesuperficie de plus de 100 000 ha, dusud d’Anjozobe jusqu’au lac Tsiazompaniry,l’eucalyptus occupant, danscertains terroirs, plus de 70 % de lasuperficie totale.Forêts naturellescommunautaireset plantationsforestièrespaysannesOn peut se demander si les peuplementsd’eucalyptus doivent nécessairement« suivre » la disparition dela forêt naturelle d’altitude. Les formationsforestières naturelles sontellescondamnées à disparaître sousla pression des défrichements agricoleset de l’avancée des fronts pionniers? Quelles sont les causes de lapréférence paysanne pour le défrichement? La présente étude apportequelques éléments de réponse.5 C’est à ce moment que l’élevage se transforme sur les Hautes Terres et passe d’un élevagemobile extensif de troupeaux à un élevage intensif de production de bœufs d’embouche enfosse pour approvisionner en viande et en lait les consommateurs urbains de Tananarive.Stratégies foncièreset marchés transformentl’espace ruralLa première conclusion globalequ’il est possible de tirer des cas étudiésconcerne les déterminants destransformations et aménagements del’espace rural par les populations malgaches,comme nous l’avions déjà soulignéailleurs, à propos des relationsentre élevage et foresterie rurale dansle Vakinankaratra (Bertrand, 2001) :▪ la pluriactivité paysanne profite detoutes les opportunités commercialesouvertes par les marchés urbains ; cesont les externalités des marchés quistructurent à long terme l’évolutiondes paysages ;Vente des lambalandi au marché hebdomadaire. Un produit traditionnelen soie sauvage de la forêt d’Ambohimahamasina.Selling lambalandi, traditional cloths made of wild silk from the forestof Ambohimahamasina, at the weekly market.Photo P. Schachenmann.


70BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSSi les forêts naturelles d’altitudesont victimes de la hache des défricheurs,qu’ils soient tsmiety, antanala,betsileo ou merina, n’est-ce pasparce que ces forêts ne sont pas suffisammentvalorisées au profit despopulations rurales qui y vivent leurdifficile quotidien ?C’est sur la base de ce questionnementque la nouvelle politiqueforestière malgache a été discutée etmise en place, de même que la loi 96-025 sur le transfert de la gestion desressources renouvelables (y comprisles forêts) aux communautés localesde base (loi Gelose). La dernière sectionde cette loi traite justement de lavalorisation économique de ces ressourcesau profit des populationsrurales.Gestion communautaireavec ou sans valorisationéconomique des produitsforestiers ?Pigeon bleu, une espèce rare dans un îlot de forêt sèche du versant ouestdes hautes montagnes de l’Andringitra.The blue pigeon, a rare species found in an isolated patch of dry foreston the western slopes of the high mountain range of Andringitra.Photo P. Schachenmann.▪ les pratiques paysannes combinentla recherche de revenus immédiats etdes stratégies d’accumulation à longterme, en jouant entre foresterie etélevage, pour l’utilisation des ressourcesrenouvelables.Une autre leçon peut être tiréede l’analyse des dynamiques desplantations paysannes de l’eucalyptus.Elle porte sur la fréquente combinaisondes motivations paysannesconcernant le foncier et la recherchede revenus immédiats.Or, justement, la situation desforêts naturelles gérées jusqu’à présentnominalement par une administrationforestière omnipotente etexclusive, mais qui n’a pas lesmoyens de son ancienne politiquerépressive, conduit à une situationd’accès libre de fait (Weber, 1996),donc à une course à la dégradation età l’accaparement des terres, et renforcela rupture entre le légal et lelégitime (Razafindrabe, 1997).L’orientation vers une gestiondémocratique des forêts, les transfertsde gestion des forêts, approchenée du constat d’inefficacité du servicechargé des forêts, est une dispositionlégale donnant plus de responsabilitésaux structures communautairesdans la gestion des forêts deleur terroir (Ramamonjisoa, 2001). Ils’agit d’un processus favorable à unapprentissage des communautés parl’action.Les expériences sont nombreusesmais l’absence fréquente demotivation économique, la concurrencedéloyale des exploitations illicites,un service forestier régnanttoujours en maître incitent peu lescommunautés à s’investir dans lagestion durable des forêts. Un importantfacteur fait souvent cruellementdéfaut à cette approche : un pland’aménagement concerté impliquanttoutes les parties prenantes (structurescommunautaires de gestion,service forestier, groupes d’utilisateurs,exploitants forestiers).Les expériences les plus probantesrestent, outre celles de larégion de Mahajanga, celles de la


BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FORÊTS DE MONTAGNE/ LE POINT SUR…71RéférencesbibliographiquesRécolte du miel sauvage de la forêtd’Ambalabe, Andringitra.Harvesting wild honey inAmbalabe forest, Andringitra.Photo P. Schachenmann.région d’Andapa, promues par le gestionnairedu parc national montagnardde Marojejy. La réussite dutransfert de gestion des ressourcesforestières s’explique par :▪ une réelle volonté des communautésvillageoises, très conscientes dela précarité des ressources forestièresde leur terroir, alors que, dansle corridor Ranomafana-Andringitra,ce sont les Ong et les autoritéslocales qui ont demandé le transfertde gestion ; dans le cas de Marojejy,la superficie de l’espace forestiertransféré reste maîtrisable par lescommunautés (entre 30 et 500 hapour l’essentiel) ;▪ son intégration dans un processusplus global de planification du développement(intensification rizicole,partenariat pour l’amélioration de laqualité de la principale culture derente, la vanille, microfinance et miseen place de structures de concertationpour un développement concerté),alors que, dans le corridor Ranomafana-Andringitra,cette synergie entreles acteurs reste insuffisante.La question de la valorisationéconomique des ressources dont lagestion est transférée aux communautésrurales apparaît comme uneclé essentielle pour la réussite destransferts de gestion, et donc l’utilisationsur le long terme de l’espaceforestier en régions de montagne, àMadagascar.ASSOCIATION NATIONALE POUR LAGESTION DES AIRES PROTÉGÉES(ANGAP), 2000. Plan de gestion duRéseau national des aires protégéesde Madagascar (2000-2005). 100 p.AUBERT S., RAZAFIARISON S., BER-TRAND A., 2003. Systèmes agraires,essartage et déforestation : les dynamiquesdes tavy à l’Est de Madagascar.Montpellier, France, Cirad,collection Repères, 320 p.BERTRAND A., 2001. « La vache laitièreet le sac de charbon ». Bois etForêts des Tropiques, 269 : 43-48.BERTRAND A., RANDRIANAIVO D.,2003. Quelques questions actuellessur la longue histoire des tavy et de ladéforestation à Madagascar. In :Systèmes agraires, essartage et déforestation: les dynamiques des tavy àl’Est de Madagascar. Aubert S.,Razafiarison S., Bertrand A. (éd.).Montpellier, France, Cirad, collectionRepères.BLANC-PAMARD C., RUF F., 1992. Latransition caféière, Côte Est deMadagascar. Montpellier, France,Cirad, collection Documents systèmesagraires, n° 16, 247 p.CHARBONNIER B., 1998. Limites etdynamiques coutumières dans la forêtclassée d’Ambohilero, à l’intérieur dela cuvette de Didy, S.E. d’Ambatondrazaka.Mémoire Engref, Montpellier,France, Cirad/Fofifa, 95 p.CHARTIER-HENRY C., HENRY P., 1992.Étude d’un paysage en évolution : lacolonisation de l’Amoronkay (HautesTerres centrales de Madagascar).Montpellier, France, université deMontpellier III, 115 p.HUMBERT H., 1955. Les territoiresphytogéographiques de Madagascar.In : Les divisions écologiques dumonde. Colloque international duCentre national de recherche scientifique.Année biologique, série 3, 31(5-6) : 439-448.LE ROY E., LE BRIS E., MATHIEU P.,1991. L’appropriation de la terre enAfrique noire. Paris, France, Karthala,359 p.RABETALIANA H., 2001. Analyse desstratégies pour lier le développementéconomique et le secteur privé avecla conservation de la biodiversité.Rapport d’évaluation du programmeenvironnemental de l’Usaid,Madagascar, 62 p.RAKOTOMAHANDRY T., 1989. Évolutionde l’occupation de l’espace dansle Vakiniadiana et l’Amorokay (partieEst de l’Imerina). Mémoire de Capen,École normale III, Antananarivo,Madagascar, 180 p.RAMAMONJISOA B., 2001. Revue stratégiquedu programme environnemental,analyse de l’évolution desstratégies de conservation de la biodiversitéà Madagascar. RapportUsaid, 35 p.RAZAFIMAMONJY N., 2001.Contribution à l’évaluation des utilisationsactuelles et potentielles d’unespace forestier face à une perspectivede transfert de gestion des ressourcesnaturelles, communed’Ambohimahamasina, Fianarantsoa,Madagascar. Mémoire de Dess, universitéd’Antananarivo, universitéMontesquieu-Bordeaux IV, 65 p.RAZAFINDRABE M., 1997. La structurationdu monde rural vers une optiond’aménagement et de gestion desespaces ruraux. Université verte,Essa, université d’Antananarivo, 16 p.WEBER J., 1996. Conservation, développementet coordination : peut-ongérer biologiquement le social ? In :Colloque panafricain « Gestion communautairedes ressources naturellesrenouvelables et développementdurable », Harare, Zimbabwe, 18 p.


72BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 276 (2)FOCUS / MONTANE FORESTSSynopsisTHE DYNAMICSOF NATURAL MONTANEFORESTS IN MADAGASCARH. RABETALIANA, A. BERTRAND,N. RAZAFIMAMONJY,E. RABEMANANJARAMadagascar’s montane forestsThree types of forest are common on andabove Madagascar’s central high plateau:▪ Large areas with scattered village plantationsof eucalyptus;▪ At higher altitudes on and above 1 800 m,pine plantations that are more suited to acooler climate;▪ Remnants of natural sclerophyllous montaneforests with dominant speciesbelonging to the genera Agauria spp.,Philippia spp. (Ericaceae) and characteristicspecies such as Weinmannia rutenbergii.Eucalyptus and pine plantations havelargely economic functions (supplies offuelwood and construction timber for localuse), while natural forests have importantecological functions providing ecosystemservices, such as watershed protectionand hydrological functions for agriculture.Because of their remote locations, difficultaccess and low productivity, natural montaneforests do not have much direct economicvalue in Madagascar. The value ofthese forests is perceived in different waysby the various ethnic groups.Montane forests are under threatfrom pressures of two kindsMost remaining montane forests are partof a vast corridor running from north tosouth along the eastern escarpment ofMadagascar. Consequently two distincttypes of pressure are exerted, from east towest and from west to east. From east towest, lowland pioneers move slowly upthe escarpment following the configurationof the watersheds, slashing and burningthe forest to grow rain-fed rice andsubsequently consolidating the spacesopened up with cash-crops such asbananas, coffee, leeches, vanilla, cloves,pepper or ginger, depending on latitudeand altitude. From west to east, highlandpioneers first move into the forest withcattle, and subsequently transform naturalmontane wetlands into irrigated ricefields. These fragmented forests are thenfurther threatened and damaged by bushfires originating from the yearly cycle ofpasture burning at the end of the dry season.Correlation between sustainableecosystem services, demographyand market forcesMany remaining montane forests haveecological functions that provide ecosystemservices. They also offer land reservesfor subsistence and cash crop cultivation.Traditionally, crops such as vanilla, coffee,pepper or leeches represent a farmer’s traditional“live” bank account. Pressures onnatural forest resources vary with fluctuationsin population density and in nationalor world market prices for forest-grownproducts, . For example, when populationsmigrate into “empty” spaces or world marketcoffee prices crash, as in 2001, slashand burn cultivation increases in thesouthern montane forest eco-region as asurvival strategy to meet subsistenceneeds. On the other hand, when vanillaprices are high on the world market, asthey are now, this encourages the growthof a monetary economy, which in turnreduces direct dependence and pressureson forest areas and natural resources inthe country’s northern forest eco-region.Uncontrolled bush fires and increased fuelwoodharvesting, particularly near largercities, threaten plantation forests of eucalyptusand pine. Although local communitiesunderstand this correlation betweeneconomics and ecology, this is not easilytranslated into action because of the perverseeffects of resource ownership andmanagement rights. In other words,resource users (local communities) haveno rights while the owner (the state) hadno uses for the resource, which effectivelydisconnects the primary objectives of thetwo key stakeholders and forces their relationshipinto a game of cat and mouse.Community approaches to naturalresource managementMadagascar’s new forest policy and legislationare favourable to more sustainablemontane forest management. Key innovationsinclude:▪ gradual decentralisation of managementcapacity and user rights to local communitiesas traditional custodians of naturalresources;▪ a comprehensive reform of national forestservices and administration.However, the challenges go far beyond thescope of the national forest policy. Theyinclude external factors, such as globalisationand international economic fluctuations,climatic uncertainties and migration,which all exert considerable influenceoon local livelihood strategies. Even thehouseholds in the northern mountain ecoregion,which have numerous savingsopportunities, do not want to abandontheir extensive production modes (borderlineintensification) and subsidence strategiesentirely, seeing them as insuranceagainst food scarcities. This vulnerabilityof households is not sufficiently taken intoaccount by policy makers, although it isestimated that 90% of export revenues isgenerated by products grown in mountainregions.An ecoregional approachThis approach seems to have considerablepotential to address both ecological andeconomic processes at different scales. Itsmain weakness, in the initial phase atleast, lies in the fact that such measuresare complex, expensive and usually topdown,donor dependant and result-oriented,all factors that are less favourable togradual apprenticeship and to substitutionby less costly and more sustainablelocal institutions.Development and conservation policiesBoth the NEAP (National EnvironmentalAction Plan) and the RDAP (RuralDevelopment Action Plan) are movingtowards this eco-regional approach. Todate, the mountain regions have developedcommon policies that are geared totwo strategic objectives:▪ human resources and capacity developmentfor intensified agricultural productionof competitive, value-added products;▪ rehabilitation of rural roads and irrigationinfrastructureto favour regions with highagricultural potential.The southern mountainous regions arepromoting protected area developmentand eco-tourism. For households in mountaineco-regions, gradual commercialisationof traditional subsistence agricultureis only feasible through improved riskmanagement and higher returns on investments.

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