Michaïl Prokhorov : riche et encore

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Michaïl Prokhorov : riche et encore

N°178 du 12 au 26 novembre 2010

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Michaïl Prokhorov : riche et encore

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02

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Le journal est distribué

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Il est imprimé à partir de fi lms au

OAO Moskovskaia

Gasetnaia Tipografi ia,

123995, Moscou,

Oulitsa 1905 goda, dom 7.

Volume 3 p.l.

Tirage 15 000 exemplaires

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Donné à imprimer

le 10 Novembre 2010


Il ne faut pas mettre le

sombrero avant le

poncho.

Proverbe mexicain

Rentré en France pour les vacances

de la Toussaint, j’ai eu bien du mal à

comprendre ce qui s’y passait. Ire de

la population à propos des retraites,

discussions à n’en plus fi nir sur un

remaniement ministériel qui ne changera pas

grand-chose vu la conjoncture internationale,

réforme de la fi scalité pour faire payer les

« riches ». En fait, seule la vision que les Français

ont du monde et d’eux-mêmes peut expliquer

cet état de fait. La France a probablement

besoin de cette catharsis pour mieux renaître

ensuite.

Mais pour l’heure, la France est on ne peut

plus fi gée quand le reste du monde n’en fi nit pas

de bouger. Quand il faudrait se résoudre à imaginer

de nouveaux modèles, états-majors des

partis politiques et syndicats en sont à disserter

sur les retraites et à trier riches et pauvres. Il faut

dire que la France a été longtemps en pointe,

mais le monde était alors bien diff érent.

Saint-Louis a fondé la Sorbonne au XIII e

siècle. Au XV e , la France et l’Europe ont découvert

l’imprimerie, les voyages et par suite

les échanges, le crédit lombard, les premières

sociétés multinationales à comptoirs multiples

avec Jacques Cœur. Puis au XVII e , ce fut le début

des empires coloniaux et le mercantilisme

et dès 1685, l’établissement du Code noir. Au

XIX e , l’industrialisation, les sociétés par actions,

l’apogée du colonialisme. Enfi n au XX e siècle, le

marxisme, l’affi rmation des droits de l’homme,

la décolonisation suivie des chocs pétroliers,

l’émancipation de la femme et surtout l’inversion

entre Nord et Sud de la poussée démographique.

L’Europe toujours très puissante vit sur

son passé. Mais maintenant plus de frontières

au moins au plan technique, l’accès de tous

au savoir, aux divers marchés, l’inversion des

échanges… et comme seul outil un capitalisme

en crise. Mais maîtriser les fl ux n’est pas si

simple quand d’autres ont plus de ressources

naturelles, des moyens humains pléthoriques

avec des exigences sociales proches de rien.

La France peut compter, raboter, qui comprend

ce qu’il faut mettre en abscisses et en

ordonnées ? De préférence à chaudes larmes

pour mieux se dédouaner de ne pas chercher à

comprendre, intellectuels et journalistes ne vendent

qu’émotion ; économistes, scientifi ques et

autres polytechniciens ne font pas mieux. Sans

être sûrs de maîtriser risques et enjeux, ils résolvent

tout et son contraire le plus froidement du

monde. Et je ne parle pas des énarques qui pour

durer, préfèrent gérer, restructurer sans panache

plutôt que de mener une politique claire

et ambitieuse. Au point qu’on peut se demander

si tout n’irait pas mieux si intellectuels et politiques

décidaient seulement d’aller à la pêche.

Le pire est que le système est en faillite.

Et invoquer le passé, aussi glorieux soit-il, ne

donne pas plus de droits. Sans même parler

de l’Europe, la France découvre que rien n’est

acquis. Un rapide inventaire ne plaide pas en

faveur du contraire. La France compte 36 682

communes et 503 117 élus locaux ou conseillers

régionaux ; 3 650 000 entreprises, 200 000 exploitations

agricoles plein temps ; 28 millions

d’actifs, 7 millions de fonctionnaires dont

280 000 militaires permanents.

La France, c’est 35 millions de foyers fi scaux,

parmi lesquels 15 millions (soit moins

d’un ménage sur deux) paient l’impôt sur le revenu

et 500 000 contribuent à hauteur de 43 %

de l’impôt. Le revenu médian est de 27 150 euros

par an, soit 2 260 euros par mois. Le niveau

de vie médian (qui prend compte des économies

d’échelle procurée par la vie en commun) s’établit

à 17 600 euros par an et par membre du

ménage, soit 1 470 euros par mois. Le revenu

disponible de 10% des personnes les plus modestes

se compose à près de 42% de transferts

sociaux et 7 800 000 personnes vivent sous le

seuil de pauvreté (60% du niveau de vie médian).

Combien de gens travaillent a Radio-France

? Environ un tiers.

José Artur

On est tenté d’appliquer à la France toute entière

le bon mot de José Artur. Une grosse auto

avec un tout petit moteur… Et pourtant la route

est pleine d’embûches.

2,8 millions de chômeurs, 68 512 accidents

faisant 85 000 blessés et près de 4 000 morts sur

les routes. Plus généralement, 530 000 morts

par an, dont 300 000 en établissements hospitaliers.

346 932 nouveaux cancers (197 717 pour

l’homme et 149 215 chez la femme), la mortalité

par cancer touchant 147 239 personnes

(85 311 hommes et 61 928 femmes). En termes

d’incidence, le cancer de la prostate est le plus

fréquent avec plus de 71 000 cas, suivi par le

cancer du sein (51 759), le cancer colorectal (39

491) et le cancer du poumon (34 185). Ce dernier

serait le plus meurtrier (28 380), devant le

cancer colorectal (17 408). Cependant, passé 60

ans, les Français gagnent désormais deux mois

d’espérance de vie par an et la France, y compris

les DOM-TOM, comptait 825 000 naissances

l’an passé.

Portrait abrupt qui montre que la vie ne s’articule

pas autour de la richesse ou de la pauvreté,

ni même de la retraite.

La France a inventé l’automobile, l’aviation,

le minitel, le TGV, développé l’énergie nucléaire.

Elle a raté l’informatique, mais réussit

encore dans le luxe, les cosmétiques, la mode et

la cuisine, même si tout a été fait pour détruire

artisans et agriculteurs. Le monde a fait d’incroyables

progrès et, de la femme de ménage à

l’artisan en passant même par l’éboueur, chacun

a voiture, écran plat, centrale vapeur, micro-ondes,

téléphone sans fi l, ordinateur et part

en vacances. Un petit monde bourgeois qui vit

bien ! Dès lors les socialistes ont un immense

problème de fond.

Justes héritiers de la SFIO (Section Française

de l’Internationale Ouvrière), ils préfèrent

draguer les sociaux-démocrates, chrétiens de

gauche et autres humanistes, plutôt que rester

fi dèles à leurs premières amours. S’ils étaient

logiques, ils devraient se tourner vers les masses

chinoises, indiennes ou africaines. Mais la solidarité

s’arrête souvent là où commence le sacrifi

ce personnel. La vraie charité, ce n’est pas partager

ce que l’on a, mais partager ce que l’autre

n’a pas et ça, c’est plutôt chrétien.

Il ne peut être question d’acquis sociaux s’ils

ne sont pas appliqués à tous et par tous. Seulement

nostalgique de son passé, coincée dans

des principes abscons, la France fait tout pour

ignorer une bonne partie de l’Humanité.

Pour avancer, il suffi rait de se rappeler la

loi des grands nombres. L’explosion démographique

n’autorise plus l’Europe et encore moins

la France à prétendre représenter un échantillon

signifi catif. Elles sont condamnées à raisonner

en fonction des plus grands communs

diviseurs : la richesse mondiale et le nombre

d’individus. On trouvera peut-être l’algorithme

de l’humanité ou une théorie de la relativité

entre peuples. A défaut, l’Europe se verra appliquer

le plus petit commun multiple : le seuil de

pauvreté.

Naturam expelles furca, tamen

usque recurret (Chassez le naturel à

coups de fourche, il revient au galop)

Horace

Car nous sommes revenus au XV e siècle, époque

où la Chine, l’Inde et l’Empire Ottoman étaient

Éditorial

Texte : Jean-Luc Pipon

Les riches, les pauvres et les autres

extrêmement puissants. Arabes et Vénitiens livraient

soie et épices à l’Europe à cinquante fois

le prix de départ. L’Europe a alors fui à l’Ouest.

Mais aujourd’hui, chacun a fait le tour. Faut-il

se barricader ? La Russie nous a assez montré

à quoi menait l’entêtement.

Le monde peut-il changer ? Un monde plus

équitable, plus juste. Eff ectivement nous fi nirons

peut-être tous par manger des aliments

à base de soja et d’huile de palme. Pour beaucoup

ce sera un plus, mais pas pour les Français.

Et qu’on ne me parle pas d’écologie. Leurs

leaders ne savent même pas ce que mange un

canard, ni traire une vache.

Pas besoin d’écologie pour observer la

nature. Gregory King (1695) dont les travaux

n’ont été publiés qu’en 1973 est le premier à

avoir tenté une projection de la population

mondiale. La population qu’il estimait à 630

millions en 1695 devait atteindre 780 millions

en 2050. Nous sommes déjà 6,5 milliards !

La vie ne se résume pas à trier riches et

pauvres, à imposer ceux-ci pour aider ceux-là à

mieux avaler la pilule. Chacun a le droit à sa vie

aujourd’hui et maintenant.

Au XVI e siècle, les Percherons allaient

chercher fortune en partant pour la Nouvelle

France. Aujourd’hui, c’est plus simple, forts

des moyens et techniques de communication, il

faut s’acharner à être de tous les fl ux.

Car si la France était plus riche de ressources,

elle ne gagnerait pas grand-chose à

montrer sa force. La Russie est encore là pour

nous le montrer. Poursuivant une tradition séculaire

depuis Pierre le grand en passant par

Catherine II, elle maintient un régime de despotes

éclairés. En d’autres temps, autocratie et

servage n’ont fait qu’entraver le développement

capitaliste. Aujourd’hui la Russie est plus respectée

qu’il y a vingt ans. Elle a repris la main

sur ses ressources naturelles, mais toujours

loin d’avoir résolu ses problèmes internes.

Pendant ce temps, la nature implacable

livre son lot d’évènements internationaux :

revers de Barack Obama aux midterm elections,

assassinat de chrétiens en Irak, visite en

France du président chinois, rachat de bons du

trésor américains. Pour se sortir du chaos avant

03

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

tous les autres ? Offi ciellement pour limiter un

risque infl ationniste. Peut-être aussi pour limiter

les risques que la Chine ait défi nitivement

la clé pour que les Etats-Unis fassent le grand

plongeon quand elle le voudra. Dans l’instant,

l’assouplissement quantitatif de la FED aide

les pays comme la Russie à boucler plus facilement

leur budget.

L'ennemi est bête : il croit que c'est

nous l'ennemi, alors que c'est lui !

Pierre Desproges

Tout cela donne le vertige. Heureusement pour

beaucoup, le monde reste bien plus simple. Acquérir

son indépendance, fonder une famille,

vivre en société. Au Sénégal, le paludisme recule

à grands pas. Mais en Irak, les chrétiens

qui étaient 300 000 il y a vingt ans, ne sont plus

que quelques milliers.

J’aime cette défi nition de l’identité nationale

de Guy Laporte trouvée sur Internet. La

France est le pays de la liberté dans la vérité, de

la droiture, bref de la franchise. Voilà ce qu’est

être Français ! Ni un sang, ni une terre, ni des

papiers, mais une vertu !

Assurément, la clé de toute société humaine

ne se résume pas à la capacité de faire

coexister riches et pauvres, mais bien de permettre

la recherche du bien commun. Seules,

l’éducation, l’intelligence, la discipline, l’ambition

diff érencient l’homme de l’animal. La

paix sociale, la domesticité de la société et la

satisfaction de besoins quotidiens ne suffi sent

pas pour diff érencier la société du simple zoo.

Le choix n’est pas entre un steak à 5 euros

dans une épicerie de luxe ou 4 steaks hachés

surgelés moins chers dans un hypermarché,

mais d’avoir plaisir à produire de la viande, de

savoir la préparer et de pouvoir la consommer.

Qui sait encore faire la diff érence entre veau et

agneau. Et qui sait qu’un simple morceau de

paleron suffi t à faire un excellent pot au feu.

Le monde n’est toujours pas parti bien loin

et pourrait même revenir sur ses pas. Comme

dit le proverbe, il ne faut pas mettre le sombrero

avant le poncho. ڤ

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04

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Le Courrier de Russie : Vous avez réussi.

Quel est votre horizon aujourd’hui ?

Mikhaïl Prokhorov : Je ne crois pas avoir réussi.

J’ai créé la base pour réussir. Mon succès

est dans l’avenir. Si j’estimais que mon succès

était passé, il serait temps de partir à la retraite.

Tous les sept ou huit ans, il faut que je change

de business. Pour commencer j’ai travaillé dans

les PME, ensuite dans la banque puis comme

directeur d’une multinationale et maintenant je

suis investisseur privé. Dans quatre ans, je ferai

autre chose, je ne sais pas encore quoi et ne

l’envisage jamais.

LCDR : A quoi attribuez-vous cette lassitude ?

M. P. : Ce n’est pas de la lassitude, au contraire,

c’est une envie de faire autre chose. Après sept

ou huit ans dans une activité, on n’a plus faim,

on est rassasié mais aujourd’hui j’ai encore plus

d’énergie qu’hier pour travailler dans les nouveaux

domaines.

LCDR : Votre stratégie d’investissement estelle

tournée vers la France ?

M. P. : Il y a un élément stratégique essentiel

Éminence

Texte : Jean-Félix de La Ville Baugé

Photo : Service de presse d'Oneksim

à mon avis, le business doit être rapide, il faut

trouver la voie la plus courte, c’est en fait la

théorie de la paresse absolue : tu agis là où tu

es meilleur que les autres. Je pense que mon

avantage est en Russie si je peux y trouver des

actifs dont le prix est inférieur à celui auquel ils

seraient vendus en France.

LCDR : De quelle manière procédez-vous

dans la recherche de vos actifs ?

M. P. : Quand nous analysons un actif, nous

faisons un premier plan avec une équipe gestionnaire

puis nous regardons si avec un partenaire

russe ou étranger 1+1 est égal à plus de

deux et quand c’est le cas, on y va.

LCDR : Des exemples ?

M. P. : Oui, avec une entreprise française justement,

Dalkia, pour monter un projet sur le marché

du chauff age en Russie qui est un marché

en mauvais état. Nous parvenons donc à avoir

un avantage concurrentiel en combinant l’expérience

en la matière de Dalkia International

et notre compréhension professionnelle de la

réalité russe. Le résultat sera merveilleux, il y

a vraiment beaucoup de choses à faire sur ce

marché.

LCDR : Vous avez en revanche eff ectué des

investissements culturels en fi nançant l’exposition

« Sibérie inconnue » en France, à

Lyon ?

M. P. : J’ai des relations particulières avec la

France et la fondation que j’ai créée travaille

en Sibérie et a son état-major à Krasnoïarsk.

Quand nous envisagions de quelle façon célébrer

l’année croisée France-Russie, nous avons

noté que Krasnoïarsk et Lyon étaient toutes les

deux des villes au centre de leur pays, bien sûr

ce sont deux pays diff érents mais les cultures

de deux villes au centre peuvent s’unir. Pour la

culture russe, la matriochka a nourri le monde

entier et rempli sa mission, nous, nous avons

choisi d’autres représentants de cette culture :

des artistes doués qui s’expriment sur la Sibérie.

« La culture je comprends

son rôle mais je préfère le

sport »

LCDR : Vous avez déclaré avoir une relation

particulière à la culture.

M. P. : La culture, je comprends son rôle et

notamment son infl uence sur l’évolution des

sociétés mais je préfère le sport. Le mécène le

plus horrible est celui qui juge qu’il a un goût,

les dégâts qu’il causera seront à la hauteur des

investissements réalisés. La culture est un domaine

d’activité assez spécifi que, moi je suis

un mécène modèle, j’y agis avec l’esprit froid et

non le cœur chaud.

LCDR : Pourquoi ?

M. P. : Parce que tous les changements de société

dans le monde ont été des changements

culturels qui entraînaient ensuite des changements

économiques et ce, depuis la Renaissance,

alors on ne va pas réinventer la bicyclette.

La connaissance des lois sociales augmente les

bénéfi ces et procure un grand plaisir aux gens

cultivés !

LCDR : Vous parliez de la Renaissance, les

Médicis ont commencé par le pouvoir économique,

puis culturel avec le mécénat, puis politique

puis religieux, où vous situez-vous ?

M. P. : J’espère que je resterai à la première

étape.

LCDR : Religieux, politique, non ?

M. P. : Je suis encore loin de ces étapes. La

politique ne m’intéresse pas, les gens qui en

font sont dans des états de non liberté absolue,

il n’y a pas de petits plaisirs pour eux dans la

Mikhaïl Prokhorov est président du

fonds d’investissement Oneksim.

C'est avec Norilsk Nickel dont il a été

directeur général de 2001 à 2007 qu'il

a bâti sa fortune.

Mikhaïl Prokhorov : « Je ne rêve pas »

Mikhaïl Prokhorov est la deuxième fortune de Russie. C’est aussi un oligarque à part, réputé pour

sa simplicité, son goût du sport et de la bonne chère. Entretien exclusif avec Le Courrier de Russie.

vie puisqu’il y a toujours l’opinion publique. J’ai

du respect pour eux et je me dis souvent : comment

font-ils pour aimer autant le pouvoir ? La

qualité et la joie de vivre font que je resterai à

cette première étape des Médicis.

LCDR : Parlez-nous de votre relation à la

France.

M. P. : La France et la Russie sont les pays

où je passe le plus de temps. A Moscou je fais

mon business et dès que je le peux, je passe des

vacances en France. J’ai une faiblesse, je suis

gourmand et la cuisine française est celle que

je préfère. C’est une grande épreuve pour moi à

chaque fois parce que je mange trop et dois ensuite

faire cinq à huit heures de sport par jour !

LCDR : Qu’aimez-vous en France en dehors

de la nourriture ?

M. P. : L’ambiance, il y a quelque chose que je

ne peux pas expliquer, mon énergie augmente,

c’est peut-être ça que j’aime en France, une

énergie forte.

LCDR : C’est amusant, c’est exactement le

contraire qu’on entend des Français de Moscou.

M. P. : C’est la loi des systèmes : quand un

homme se meut à l’intérieur d’un système, il

n’y a pas d’énergie, quand il passe d’un système

à un autre, l’énergie est diff érente.

« Moi j’aime la France »

LCDR : Et les liens culturels, historiques

entre la France et la Russie ?

M. P. : Diffi cile d’être objectif, moi j’aime la

France. Au XVIIIe siècle, l’élite russe parlait

mieux le français que le russe, ce n’est pas par

hasard. Historiquement on voit qu’en politique

étrangère, les relations entre la Russie et la

France, même sous l’Union Soviétique, étaient

>


Au classement Forbes 2010,

il est le deuxième homme

d'affaires le plus riche de

Russie (13,4 milliards de dollars

contre 9,5 en 2009).

bonnes. Sur les questions les plus aiguës, il y a

toujours eu une convergence de vues.

LCDR : Qu’est-ce qui vous excite aujourd’hui ?

M. P. : La vie même. Je ne fais rien de ce qui ne

m’excite pas. J’adore les diffi cultés pour les surmonter

ensuite. Vous connaissez le proverbe

russe : « Nous créons nous-mêmes nos diffi -

cultés pour les surmonter de façon héroïque ».

LCDR : Quel type de diffi cultés ?

M. P. : Dans le sport, le business, c’est le côté

extrême qui m’attire tant qu’il est contrôlé.

Quand il n’est pas contrôlé, je le mets sous

contrôle d’abord, et je m’en occupe après. Je

vais vous donner un exemple. Je fais du jet ski.

Quand la vague était supérieure à deux mètres,

je ne pouvais pas sauter à 360 ° et puis on m’a

donné la solution : un tremplin et après six

mois d’entraînements, je sautais à quatre ou

cinq mètres. Et pourtant j’avais déjà plus de

quarante ans. L’extrême était devenu contrôlé.

LCDR : Y-a-t il des challenges qui vous attirent

plus que les autres ?

M. P. : Non, pour moi, c’est un ensemble de

plaisirs et souvent de diffi cultés que ce soit dans

le sport ou dans le business. Il y a tout de même

une diff érence très sensible entre les deux : le

business est une création et le sport professionnel

une guerre. Les gens ont choisi le sport

pour ne pas faire la guerre, ils se battent à mort

sans compromis alors que le business est tout

de même aff aire de compromis.

« La guerre comporte la

destruction de ce pour

quoi tu luttes »

LCDR : Les joueurs de basket ou de football

américains font fi gure de rigolos à côté de

certains hommes d’aff aires, pour vous le business

ne serait pas la guerre ?

M. P. : Moi j’ai pitié des gens qui font la guerre

dans les aff aires, ils n’en tirent pas de plaisir. Il

faut savoir faire la guerre mais la guerre est une

mesure extrême et le compromis est beaucoup

plus effi cace. La guerre comporte la destruction

de ce pour quoi tu luttes, je le sais de mes

propres erreurs, je sais qu’il faut tout faire pour

l’éviter.

LCDR : Vous déclarez ne pas lire de romans

mais des essais ?

M. P. : Je m’intéresse beaucoup aux théories

futuristes pour ordonner ma planifi cation. En

quinze ans on peut très bien imaginer des innovations

qui changeront le monde. Aussi rapidement

que le téléphone portable et Internet l’ont

fait dans les quinze dernières années.

LCDR : Par exemple ?

M. P. : Je vais vous donner un exemple simple

: j’ai un gisement de cuivre. Je sais que des innovations

nanotechnologiques pourraient permettre

de créer un matériau dix fois plus effi -

cace que le cuivre. Je dois savoir ce qui se passe

dans les matériaux pour savoir si dans trois ou

cinq ans on aura découvert un tel matériau pour

pouvoir vendre mon gisement avant.

« Je n’ai pas d’idole »

LCDR : Y-a-t-il des personnages que vous

admirez en Russie ou en France ?

M. P. : Je n’ai pas d’idole. En France, j’aime bien

le Président Sarkozy, les lois qu’il fait éveillent du

respect en moi. A la RSPP (Union des industriels

et des entrepreneurs russes), je dirige le comité

sur les aff aires sociales et je me retrouve de temps

en temps dans la peau du président de la République.

Je sais que chaque fois qu’il fait quelque

chose, il a les syndicats en face, sa tâche est dure.

LCDR : Le comité des aff aires sociales ?

M. P. : Oui, nous traitons tout ce qui a trait à

l’aspect social des aff aires et ça me donne beaucoup

de maux de tête !

LCDR : Sur quels thèmes travaillez-vous ?

M. P. : Nous travaillons sur les lois systémiques

qui stimuleraient la production et l’effi cacité de

l’économie nationale. Malheureusement ici le

système de répartition est dominant. La Russie

est entre l’Europe et l’Asie : en Europe la production

et les standards sociaux sont élevés, en Asie

la production est élevée mais la protection sociale

basse, en Russie il y a de hauts standards de

protection sociale mais une production basse et

ça se relie mal avec la concurrence globale. J’ai-

Éminence

Texte : Jean-Félix de La Ville Baugé

Photo : Marie de La Ville Baugé

merais rendre la Russie plus concurrentielle, offrir

aux gens une opportunité légale de travailler

beaucoup et gagner beaucoup. Mes propositions

ne sont pas populaires mais je continuerai.

« Il faut libéraliser la durée

légale du travail »

LCDR : Quelles sont vos propositions ?

M. P. : La première proposition consiste à simplifi

er le licenciement et diminuer les dépenses

sur les allocations de licenciement : il faut donner

moins pour la personne et plus pour sa formation,

peut-être que les dépenses vont augmenter

mais on aura là un employé formé qui

va augmenter la productivité du travail et on va

diminuer le nombre d’employés ineffi caces.

La deuxième vise à multiplier les emplois

à distance : en Russie, une femme chef-comptable

part en congé maternité pour un an alors

qu’elle pourrait très bien travailler de chez elle

par Internet.

La troisième serait de libéraliser la durée légale

du travail : le code du travail russe interdit

de travailler plus de huit heures par jour alors

qu’il y a des jeunes qui voudraient travailler

plus pour gagner plus. Nous proposons donc

que des accords soient passés pour permettre à

ceux qui veulent travailler plus de le faire.

La quatrième consiste à simplifi er la classifi

cation des métiers. Il y a en Russie un annuaire

du métier d’ouvrier qui comporte 7000

catégories alors que dans les pays développés,

il n’en comporte que 700, vous imaginez les

dépenses qu’occasionnent ces 7000 catégories.

Nous proposons de simplifi er cet annuaire

05

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

avec les économies aff érentes et de mettre en

place des formations dans de nouvelles spécialités

dans des lycées prévus à cet eff et.

LCDR : Pour fi nir et même si vous déclarez

ne pas lire de romans, y-a-t-il un romancier

français dont vous vous sentez proche ?

M. P. : Il y en a un qui a eu beaucoup d’infl

uence sur moi : Guy de Maupassant.

LCDR : Quand on regarde la photo du jeune

sergent Prokhorov qui marchait devant ses

hommes à vingt ans, à quoi rêvait-il ? Ses

rêves sont-ils toujours les mêmes ?

M. P. : Je ne rêve pas. La vie, j’aime la vie, j’ai

tant de choses à faire, tant d’amis intéressants

à voir et je n’ai pas le temps pour tout. Dans ce

sens, je ne rêve pas.

LCDR : Et la nuit ?

M. P. : La nuit je dors. ڤ

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Mikhaïl Prokhorov lors de l’entretien avec Le Courrier de Russie

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06

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Protocole à la

convention fi scalerusso–chypriote

: quelles

conséquences ?

La Russie et Chypre ont conclu à

Nicosie le 7 octobre, durant la visite

du président Medvedev, un Protocole

modifi ant leur Convention de double

imposition.

Cet accord revêt une importance

particulière dans la mesure où les

sociétés chypriotes constituent des

véhicules traditionnels d’investissement

en Russie.

Les principales modifi cations

apportées par le Protocole sont les

suivantes :

• Sous réserve de quelques exceptions

(sociétés cotées…), les plus-values

de cession de titres de sociétés à

prépondérance immobilière (c’està-dire

dont la valeur est constituée à

au moins 50 % par des immeubles)

seront imposables dans l’Etat de

situation desdits immeubles ; cette

disposition entrera en vigueur la quatrième

année suivant la ratifi cation de

l’avenant ;

• les autorités fi scales chypriotes

ne pourront plus opposer le secret

commercial ou bancaire pour refuser

une demande d’assistance de leurs

homologues russes ; cette disposition

entrera en vigueur lorsque Chypre

aura adapté sa législation en ce sens ;

• enfi n, une mesure anti-« tax treaty

shopping » est également adoptée.

En contrepartie, Chypre sera retirée

de la liste noire des paradis fi scaux

en Russie et les sociétés mères

chypriotes pourront dorénavant bénéfi

cier de l’exonération des dividendes

distribués par leurs fi liales russes au

lieu d’une retenue à la source actuellement

de 5 % si l’investissement

atteint désormais au moins 100 K€

(100 K USD jusqu’à présent) ou de

10 % si le seuil n’est pas atteint.

Le Protocole entrera en vigueur à

compter de sa ratifi cation par les

deux Etats.

En résumé, si ces nouvelles stipulations

sont donc susceptibles d’atténuer

à l’avenir l’intérêt de recourir à

des structures chypriotes pour des

investissements immobiliers en Russie,

elles permettront, en revanche,

d’améliorer prochainement la fl uidité

des remontées de dividendes entre

les groupes russes et leurs holdings

basées à Chypre.

Gayk Safaryan André Loup

Senior Associate Senior Associate

CMS, Russia CMS, Russia

Acteur

Texte : Simon Roblin

Photo : Kommersant

Le Courrier de Russie : Vous dites que les marchés

ne sont pas effi caces en Russie. Pourquoi ne

le sont-ils pas, et que manque-t-il aujourd'hui

à la Russie pour que l’on puisse vraiment parler

d’économie de marché ?

Evgueniï Yassine : Il y a déjà une économie de

marché en Russie. Simplement, le système institutionnel

n’est pas encore établi assez solidement

pour la faire fonctionner pleinement. Les

problèmes de défense des droits de la propriété

privée, de droit de la concurrence, de suprématie

du droit, continuent à se poser.

C’est une conséquence prévisible du fait que

nous n’avons pas connu l’économie de marché

pendant 70 ans. Jusqu’ici, les réformes entreprises

ont jeté les bases, mais n’ont pas posé le

cadre correspondant. Ce travail se poursuit, mais

avec de grandes diffi cultés. C’est dû en particulier

au fait qu’au cours des dix dernières années,

l’intervention de l’Etat dans l’économie s’est fortement

renforcée, au prétexte que le marché n’est

pas assez effi cace par lui-même, que les entrepreneurs

sont trop intéressés, pas assez responsables,

et ainsi de suite.

LCDR : Dans ce contexte d’ineffi cacité relative

du marché, pensez-vous que le programme de

privatisations annoncé cet été doit être entrepris

dès 2011, conformément au vœu de ses

promoteurs ?

E. Y. : Je répondrais que si le marché n’est pas

effi cace, c’est précisément parce que le secteur

étatique y occupe une place trop importante. Les

entreprises étatiques jouissent ouvertement de

privilèges spécifi ques vis-à-vis des entreprises

privées, justifi és par les tâches que l’Etat leur assigne.

De plus, les organes étatiques et les fonctionnaires

exercent une forte pression, soi-disant

au nom de l’Etat, mais en réalité dans leur propre

intérêt égoïste, sur le secteur privé.

En bref, il n'y a pas de conditions équitables

d’exercice entre le secteur étatique et le business

privé. C’est un problème grave, car ce dernier

est conduit à restreindre son horizon, limiter les

risques pris, et n’investit pas autant qu’il le devrait.

LCDR : Qu’en est-il du cadre institutionnel

susceptible de garantir le bon déroulement du

programme de privatisations prévu : est-il

assez consolidé pour que les choses se fassent

dans de bonnes conditions ?

E. Y. : D’après ce que je comprends, le contenu

du plan qui a été annoncé cet été, issu des eff orts

du ministère du Développement économique, se

présente comme une tentative de la part des libéraux

au gouvernement de revenir au plan de création

d’un système institutionnel adéquat à l’économie

de marché initié dans les années 1990.

LCDR : Mais quelles sont leur chances de réussite,

et s’agit-il vraiment d’un retour à l’inspiration

libérale des années 1990 ?

E. Y. : Les privatisations sont en permanence

l’objet d’une lutte politique intense. Le tournant

eff ectué au début des années 2000 en faveur

d’une plus grande immixtion de l’Etat a

été motivé par le fait que dans les années 1990

une grande partie de la propriété de l’Etat

a été distribuée aux entrepreneurs appelés

« oligarques ». La nouvelle équipe nommée par

Poutine s’est eff orcée de changer la situation, et

de redistribuer la propriété au profi t du nouveau

pouvoir en place en constituant de grandes entreprises

d’Etat, car une partie des gens avaient

été faits oligarques, mais pas eux. Mais dès 2002-

2003, il est devenu clair que l’on était allé trop

loin dans cette direction. Et quand il est apparu

dans la période récente que la crise avait épuisé

les réserves fi nancières de l’Etat russe, il a été

décidé de les reconstituer aux dépens des entreprises

d’Etat, en les privatisant en partie.

Mais en soi, la privatisation n’a de sens que

si elle consiste en un transfert eff ectif du contrôle

sur les actifs au profi t de propriétaires privés, et

ces actifs sont ouverts à tous les vents du marché.

Si le contrôle sur le business reste dans les mains

de l’Etat, il n'y a guère à attendre de retombées

positives, autres que les fl ux fi nanciers apportés

par des fous qui vont acquérir des paquets minoritaires.

Je dis « fous », parce que ceux qui achèteront

ne pourront pas exercer d’infl uence sur la

politique de l’entreprise.

En 1989, Evgueniï Yassine a participé à la conduite des

travaux de la Commission d’Etat du Conseil des ministres

d’URSS pour la réforme économique. Il est l’un des treize

coauteurs du programme de transition à l’économie

de marché connu sous le nom des « 500 jours ». Ce

programme n’a pas été réalisé, mais a servi de base

au premier programme de privatisation des entreprises

étatiques.

Evgueniï Yassine : « Les privatisations

sont en permanence l’objet d’une

lutte intense »

Directeur scientifi que du Haut collège d’économie (EHESE) depuis 1998, connu pour ses convictions

libérales inébranlables, Evgueniï Yassine est l’un des économistes les plus écoutés de Russie.

Appelé au poste de ministre de l’Economie en novembre 1994, en plein milieu du premier mandat

de Boris Eltsine, il a été l’un des principaux artisans de la « transition à l’économie de

marché ». C’est dire que peu de gens sont mieux placés que lui pour aborder la question des

privatisations dans la Russie d’hier – et d’aujourd’hui.

A l’heure où un nouveau chantier est à l’ordre du jour, qui prévoit la cession sur cinq ans de

l’équivalent de 50 milliards d’euros d’actifs de grandes entreprises d’Etat telles que Transneft et

Rosneft, VTB et Sberbank, et d’autres encore dont la liste n’est pas défi nitivement arrêtée, il a bien

voulu exposer son point de vue au Courrier de Russie.

Je suis donc content de voir que l’idée de la

privatisation en elle-même est remise en circulation,

mais je ne vois jusqu’ici aucun pas réel dans

cette direction.

LCDR : Aujourd'hui, concrètement, qui sont

les fous qui vont acheter des parts dans ces

conditions, et y a-t-il des entreprises étrangères

qui seront tentées de le faire ? Prenons le

cas d’AvtoVAZ. Entre Renault, qui se contente

de ses 25% à défaut de pouvoir accéder au

paquet de contrôle, et la corporation d’Etat

Rostekhnologuii, qui a décidé d’augmenter sa

part, qui passera à la faveur d’une émission

de capital de 18,8% à 29% en 2011, puis à

36,4% en 2012, la situation semble bloquée,

les deux actionnaires n’ayant pas les mêmes

objectifs. Est-ce que ce type de situation pourrait

se généraliser ?

E. Y. : Si je prends le cas concret d’AvtoVAZ, le

dispositif de la prime à la casse suit son cours

[mis en place en Russie le 8 mars 2010, il permet

de recevoir une somme d’argent forfaitaire de

50000 roubles à valoir sur l’achat d’un véhicule

neuf en échange de la restitution d’une voiture

destinée à la casse, ndlr], mais il reste qu’Avto-

VAZ est toujours dans l’impasse, et approche du

dépôt de bilan. Dans ces conditions, les gens qui

sont au gouvernement, à Rostekhnologuii, qui

font du marchandage avec Renault en disant :

« d’accord, on va vous donner 35% », à la place

de Renault, je leur aurais dit non. Ils vont attendre,

se rapprocher un peu plus du gouff re, et

>


Dans les années 1980, la ministre du Développement

économique Elvira Nabioullina a été l’élève de Evgueniï

Yassine.

Dans les années 1990, elle a travaillé sous sa direction

à la RSPP (Union russe des industriels et des entrepreneurs)

et au ministère de l'Economie.

Elle est mariée à Iaroslav Kouzminov, recteur du Haut

collège d'économie.

dire : « bon, 45% ». Mais à la place de Renault,

je dirais : « non, 55% et on n’en parle plus » [fi n

octobre, Carlos Ghosn, le PDG de Renault, s’est

déclaré prêt à racheter les parts de Troïka Dialog,

qui désire se dégager partiellement, par étapes,

du capital d’AvtoVAZ dont elle détient encore un

peu moins du quart, et début novembre Vladimir

Poutine a proposé à Ghosn de faire monter la part

de Renault jusqu’au paquet de contrôle, ndlr].

Il y a une espèce de marchandage en cours,

mais il est clair que sans investisseurs étrangers,

les Russes eux-mêmes ne pourront pas résoudre

les problèmes posés. Mais ils ne veulent pas céder.

Tant que le marché ne le leur aura pas fait

pénétrer dans le cerveau, ils ne comprendront

pas qu’ils n’y arriveront pas, qu’ils y perdent tout.

Poutine doit se convaincre qu’ils ne peuvent rien

faire sans le marché, et faire taire ses sentiments

nationaux.

Mais si j’étais à la place des Russes d’Avto-

VAZ, je me demanderais : à qui vendre, à Renault,

ou aux Coréens ? Les Français sont trop habitués

à la bureaucratie, ils ressemblent aux Russes. Ils

marchandent trop longtemps.

LCDR : Quelles sont les entreprises qui vont

fi nalement être privatisées en priorité, d’après

vous ?

E. Y. : Je dirais que si la privatisation a pour but

de dégager un certain montant de ressources

fi nancières pour réaliser des tâches pour lesquelles

l’Etat n’a pas les fonds nécessaires, alors

il faut commencer par les grosses entreprises

pétrolières, Rosneft, Gazprom, puis continuer

avec les grandes banques, Sberbank et VTB.

Mais si l’on cherche à entamer le processus de

modernisation de l’industrie, alors il faut vendre

les entreprises de construction de machines-outils

et le producteur de moteurs d’avion Permskie

Motory, qui ont été l’objet de tractations avec

des investisseurs étrangers qui n’ont pas abouti,

avec Siemens dans le premier cas en 2006 ou

2007, United Technologies dans le second cas

dans les années 1990.

LCDR : Sait-on comment vont se dérouler les

appels d’off re, y aura-t-il des garanties en matière

de transparence des procédures, pour les

investisseurs étrangers en tout cas ?

E. Y. : Je pense que là où l’on va admettre des

investisseurs étrangers, les questions informelles

d’« économie de l’ombre » auront déjà

été réglées en amont de la procédure, et sur ces

bases-là, une fois les candidats présélectionnés,

on pourra espérer une certaine transparence. Par

ailleurs, si vous investissez dans un secteur quelconque

qui n’attire pas beaucoup l’attention des

dirigeants de l’Etat russe, hors du pétrole, du gaz,

des métaux, vous pourrez travailler dans la transparence,

dans les limites que l’on peut attendre

dans un pays comme la Russie.

LCDR : La situation actuelle est-elle vraiment

diff érente de celle des années 1990, et les résultats

de la redistribution des actifs peuvent-ils

être mieux maîtrisés ? Quand Gaïdar a réalisé

son programme, il a cru qu’il fallait commencer

par créer une classe de propriétaires des

moyens de production, et que la formation des

institutions qui garantiraient la pérennité des

Evgueniï Yassine

Sur les causes de la crise

mondiale :

« Les explications données

jusqu’ici, limitées aux aspects

fi nanciers et au constat certes

juste de l’insuffi sance de régulation,

n’ont pas saisi les deux

facteurs structurels fondamentaux

: l’entrée de l’économie

mondiale dans une nouvelle

phase de son développement

dans les sphères agricole

et industrielle, qui répond à

des lois auxquelles nous ne

sommes pas encore habitués

à nous confronter ; le changement

structurel en profondeur

de l’économie mondiale,

avec la montée des pays dits

émergents, la Chine et l’Inde,

et le changement radical des

rapports de force sur l’arène

mondiale. »

« Deux phénomènes ont joué

un rôle déterminant dans le

déclenchement de la crise

fi nancière mondiale : la

entreprises suivrait sous sa pression…

E. Y. : Du temps de Gaïdar, la situation était

autre qu’on ne le dit, et la logique de développement

des événements également. Il fallait mener

une privatisation dans un pays où il n'y avait

jamais eu de capital privé. Le gouvernement

comprenait parfaitement qu’il devait trouver un

soutien avant tout du côté des entrepreneurs privés.

Or le business, alors, c’était principalement

les petits marchés et les petites banques, montés

par des gens qui la veille encore ne possédaient

rien. C’est pourquoi la première étape de la privatisation

a consisté à émettre des vouchers et à

distribuer les actifs, ou aux collectifs de travail,

ou aux citoyens qui détenaient ces vouchers. Ces

vouchers étaient de l’argent généré spécialement

pour que les gens puissent acquérir des parts de

ces actifs étatiques sous forme de propriété privée.

Si vous investissez dans un secteur quelconque qui n’attire

pas beaucoup l’attention des dirigeants de l’Etat russe, hors

du pétrole, du gaz, des métaux, vous pourrez travailler dans

la transparence, dans les limites que l’on peut attendre dans

un pays comme la Russie.

Ensuite, le gouvernement a voulu vendre

plus cher, car il fallait stabiliser la situation, combattre

l’infl ation, et l’Etat avait besoin d’argent

pour boucler le budget. La seconde phase, c’était

une privatisation fi nancière, qui n’aurait pu réussir

que si l’on avait pu vendre les actifs à des

étrangers. Mais on avait peur des étrangers, qui

avaient les moyens de tout acheter et de contrôler

ainsi la politique économique russe. D’autant

plus que les étrangers en question étaient

plutôt douteux, des sociétés dont le siège était

soi-disant à Londres mais dont les propriétaires

n’étaient pas des gens recommandables. La si-

surabondance d’argent bon

marché et le manque de sens

de la responsabilité fi nancière

des grandes puissances

économiques mondiales,

Etats-Unis en tête ; le système

de gestion des risques

commerciaux, qui permet aux

producteurs de s’affranchir

des risques liés aux prix des

matières premières en achetant

des contrats « futures »

que leurs contreparties ne

sont pas, en fi n de cycle, en

mesure d’assumer.

Les entrepreneurs, c’est une

catégorie de gens qui exercent

une activité impliquant

des risques. Si vous voulez

vous débarrassez complètement

du risque, vous devez

aussi renoncer à la possibilité

de dégager des bénéfi ces. »

Christian de Boissieu

Sur les remèdes de sortie de

crise :

« Le G20 s’est contenté, depuis

l’automne 2008, de traiter

Acteur

Texte : Simon Roblin

Le Haut collège d’économie fait monter sa cote

Avec le « colloque scientifi que franco-russe » qui s’est tenu les 28 et 29 octobre, le Haut

collège d’économie (Vyschaïa Chkola Ekonomiki en russe) s’était fi xé un programme

ambitieux tant par le nombre et la qualité des intervenants que par la diversité des

thèmes abordés.

Moment fort de cette matinée, Evgueniï Yassine, directeur scientifi que de l’EHESE, et

Christian de Boissieu, professeur d’économie à l’université Paris I Panthéon Sorbonne et

président du Conseil d’analyse économique auprès du président français, ont présenté

leur « rapport scientifi que », dont Le Courrier de Russie vous propose quelques extraits.

les problèmes de régulation

fi nancière et bancaire. La

France, soutenue par la Russie,

propose aujourd'hui de

mettre en débat autour de la

table du G20 la question des

déséquilibres internationaux,

celle des taux de change

et celle des monnaies de

réserve, sujets qui ont joué un

rôle important dans la crise

mondiale depuis 2007, mais

n’ont pas été traités par le

G20 depuis deux ans. »

« Face à la crise, il fallait être

keynésien ; en phase de sortie

de crise, il faut faire du Schumpeter

: il ne s’agit plus de réguler

la demande à court terme

par des politiques de relance

par le défi cit budgétaire, mais

de stimuler la compétitivité

des entreprises et de l’offre et

mettre le paquet sur l’innovation,

la recherche et développement

et la compétitivité de

nos systèmes d’enseignement

et de recherche. » ڤ

tuation était très dangereuse. C’est pourquoi le

gouvernement s’est dit : mieux vaut vendre bon

marché, mais aux nôtres. En outre, il y avait des

conséquences politiques : les Russes sont très

sensibles sur la question de savoir à qui on vend,

et ils étaient contents de voir que l’on vendait à

des nationaux.

Mettez-vous à la place de Tchernomyrdine

ou de Tchoubaïs, qui devaient résoudre ces problèmes,

et trouver 1,5 milliards de dollars pour

équilibrer le budget. Ils ont fi nalement récolté

07

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

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un milliard en vendant à Khodorkovskiï, Potanine,

Berezovskiï et consorts, c’est-à-dire aux

« nôtres ».

LCDR : Et aujourd'hui, alors ?

E. Y. : Aujourd'hui la situation est très diff érente.

La moitié des actifs est encore dans les mains de

l’Etat. Parmi les gens qui ont reçu des actifs autrefois,

une bonne partie sont des gestionnaires

effi caces. Qui peut dire que Potanine gère mal

Norilsk Nickel ? Khodorkovskiï a managé Ioukos

très effi cacement. Schwindler, le représentant

d’Abramovitch à la tête de Sibneft, a été un excellent

manager. Mais ces entreprises ont justement

été nationalisées, ou peut-être faut-il parler d’expropriation.

Appeler « nationalisation » ce qui

s’est passé avec Ioukos, je n’oserais pas, parce

qu’ils l’ont tout simplement récupérée. Juger une

seconde fois Khodorkovskiï pour le vol qu’il aurait

commis, c’est une honte.

Il y a assez de bons chefs d’entreprise en Russie.

Le problème, c’est que, quand ils se mettent

à gagner beaucoup d’argent, les fonctionnaires

cherchent à tout accaparer. L’exemple suivant,

après Khodorkovskiï, c’est celui de Tchitchvarkin :

ce n’est pas du pétrole, juste des téléphones, mais

il y avait beaucoup d’argent en jeu. Oui, peut-être

qu’il a entrepris quelque chose de contraire à la

loi, après qu’on lui a saisi un lot de téléphones

importés à la douane et que l’on s’est mis à les

vendre…

Comment privatiser, à qui vendre dans ces

conditions ? Je dirais : si les hommes d’aff aires

russes ont de l’argent, on peut leur vendre, mais

aujourd'hui il est possible de vendre aussi à des

étrangers. Si vous ne voulez pas donner accès aux

étrangers à un secteur ou une entreprise donnés,

le concours ne sera ouvert qu’aux Russes, et le

prix de vente chutera. Mais en tout cas il faudra

des règles claires. Si vous voulez accomplir un

miracle dans un domaine quelconque, alors il faut

laisser entrer des étrangers. Aujourd'hui, je pense

que l’on peut ouvrir les privatisations et aux uns et

aux autres. Cela dit, ce sont les étrangers qui sont

dans la position la plus confortable. Les Russes

ont de l’argent frais, mais ils ont exporté beaucoup

de capitaux à l’étranger, qu’ils ne vont pas

rapatrier, car ils ne font pas confi ance au pouvoir

actuel. ڤ


08

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

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Entreprises

Renault met le paquet

sur la Russie

Renault n’a pas tardé à emprunter l’autoroute

que lui ouvre le projet de loi sur les

conditions d’implantation des constructeurs

étrangers en Russie (voir Le Courrier de Russie

n° 176). Alors qu’il avait toujours affi rmé,

depuis le rachat pour 1 milliard de dollars de

25% des parts d’AvtoVAZ au début 2008, que

le constructeur n’augmenterait plus sa participation,

son PDG Carlos Ghosn a fait savoir le

27 octobre que l’alliance Renault-Nissan était

prête à acquérir les parts détenues par Troïka

Dialog, (24,8% du capital d’AvtoVAZ, pour

une valeur estimée de 600 millions de dollars).

Le président du conseil d’administration de

Troïka Rouben Vardanan a précisé que les transactions

se feraient par lots – le premier serait

cédé en 2011 – et que la banque d’investissement

ne prévoyait pas de sortir totalement du

capital d’AvtoVAZ. Selon une autre source, le

premier lot serait vendu avant la fi n 2010 à Nissan,

qui pourrait alors se joindre à l’accord d’actionnaires

d’AvtoVAZ, et déterminer ses droits

et obligations en matière de développement de

l’entreprise.

Sergueï Tchemezov, le patron de

Rostekhnologuii, détentrice aujourd'hui de

18,8% du capital d’AvtoVAZ, a fait savoir de

son côté que la corporation d’Etat était prête

à céder à Nissan une part de 4% après la première

étape de l’émission de capital, qui fera

passer sa participation à 29% en 2011.

Le 2 novembre, Vladimir Poutine a affi rmé

à Carlos Ghosn son soutien à la décision éventuelle

de l’alliance Renault-Nissan d’augmenter

sa participation jusqu’à hauteur du paquet

de contrôle.

Les analystes estiment que ce changement

de cap dans la stratégie de Renault s’explique

par les perspectives favorables qui se dessinent

sur le marché automobile russe et l’amélioration

de la santé fi nancière du groupe Renault

dans le monde en 2010.

Ghosn a indiqué que Renault ne pourrait

atteindre ses objectifs en Russie – détenir 40%

de parts de marché dans 5 ans – sans s’appuyer

sur les possibilités d’augmentation de la

capacité de production off ertes par l’usine de

Togliatti.

Vedomosti, 29/10/2010, 2/11/ 2010

ErDF se met au jus

ErDF, la fi liale d’EDF en Russie, est sur le

point de se voir confi er par la holding russe

MRSK la gestion du paquet de contrôle qu’elle

détient dans la société TRK, qui assure la distribution

d’énergie dans la région de Tomsk.

MRSK contrôle les réseaux de distribution des

fournisseurs d’énergie sur l’ensemble de la Fédération.

ErDF n’entrera pas, toutefois, dans le capital

de TRK. La privatisation des réseaux de

distribution n’est pas à l’ordre du jour : MRSK

ne délègue pour l’heure que la gestion des sociétés

de distribution, et conservera ses paquets

de contrôle jusqu’en 2015 si la demande de mo-

Cotes & Cours

Texte : Simon Roblin

ratoire qu’elle a adressée au gouvernement est

acceptée. La réforme de l’organisation publique

non-commerciale Système unifi é d’énergie

électrique de Russie (RAO « EES ») prévoyait

que la cession des actifs d’Etat détenus par

MRSK pourrait commencer dès 2011.

Selon les analystes, les entreprises occidentales

comme ErDF introduiront des procédures

de gouvernance plus rigoureuses et une

plus grande transparence en matière de gestion

et de système d’achats.

Kommersant, 26/10/2010

Mistral gagnant : oui, mais

pour qui ?

Le ministère de la Défense a déclaré ouvertes

les enchères sur l’achat d’un « bâtiment

de projection et de commandement » pour le

compte de la marine de guerre russe (VMF).

Le suspense est faible : le ministère et le haut

commandement militaire ne font pas mystère

du fort penchant qu’ils ont toujours pour le

Mistral, devenu, plus qu’une arme de guerre,

un véhicule de l’amitié politique entre les gouvernements

français et russe.

La menace brandie par la Russie en revenant

sur l’option de la négociation exclusive

avec la France n’a toutefois pas été vaine. Certaines

restrictions ont été levées, et en particulier

la coque ne sera pas livrée nue. Pierre

Legros, directeur des chantiers navals publics

DCNS, a en eff et déclaré fi n octobre que les

Mistral livrés à la Russie seraient équipés des

mêmes systèmes de commandement de pointe

que ceux qui sont fabriqués pour la marine française.

Dans l’hypothèse la plus vraisemblable aujourd’hui,

où 2 des 4 Mistral commandés par

la marine russe seraient construits en Russie,

c’est aux chantiers navals Baltzavod, contrôlés

par la Mejprombank de Sergueï Pougatchev,

que reviendrait le contrat. Mais les experts notent

que ni Baltzavod ni son concurrent OSK

n’ont la capacité de gérer un tel chantier.

Le ministère a lui-même du mal à justifi

er le choix du Mistral. Et de l’avis même du

chef de la VMF Vladimir Vysotskiï, c’est dans

l’océan Indien que celui-ci, irremplaçable en

matière de commandement de groupements

de forces navales en eaux éloignées, serait à sa

place. Or la marine russe n’y possède pas aujourd'hui

de tels groupements. Les mauvaises

langues disent qu’il ne s’agit que d’assouvir un

vieux rêve nourri par l’amirauté depuis le temps

de l’URSS.

Kommersant, 25/10/2010, 26/10/2010

En Russie

Envie de Potash : Fosagro

n’a pas peur de s’engraisser

Fosagro, l’un des plus gros producteurs d’engrais

chimiques russes, rêve de prendre le

contrôle du canadien Potash (PotashCorp),

leader mondial de la production de potassium,

dont l’américain BHP Billigton cherche lui aussi

à s’emparer. La valeur de l’entreprise serait

aujourd'hui de 43 milliards de dollars.

www.vitaly.livejournal.com

Pour mener à bien son projet, le président

du Conseil d’administration de Fosagro Vladimir

Litvinenko n’a pas hésité à adresser le 20

octobre une lettre à Vladimir Poutine, dans laquelle

il explique que l’acquisition permettrait à

la Russie de contrôler plus de 70% de la commercialisation

des engrais potassiques dans le

monde. Le potassium est selon lui un produit

agrochimique stratégique en matière de politique

de sécurité alimentaire. Fosagro serait en

outre le seul prétendant sérieux aujourd'hui en

Russie à ne pas risquer de tomber sous le coup

des lois anti-monopole russes, car elle ne dispose

pas à ce jour de gisements de potassium.

Elle aurait déjà l’aval des dirigeants de Potash

et aurait passé un accord de co-fi nancement à

hauteur de 50% du coût de la transaction – qui

n’a pas été précisé – avec un pool d’institutions

bancaires canadiennes. Les 50% restants

devraient donc être assumés par les banques

russes, si toutefois les autorités compétentes

donnent leur accord.

Vedomosti, 3/11/ 2010

Inteko : quand Loujkov

déménage, Batourina fait

le ménage

Alors que le couple Loujkov-Batourina

cherche à sauver les meubles, la presse

russe s’excite autour des opérations de restructuration

des actifs d’Inteko, qui seraient actuellement

à l’étude. La société, présente dans la

construction, la production de matériaux de

construction, le développement immobilier et

la pétrochimie, a permis à la femme de l’exmaire

de bâtir, sur fond de corruption présumée,

une fortune personnelle estimée par le magazine

Forbes à 2,9 milliards d’euros.

Les deux prétendants principaux au rachat

de ces actifs exposés seraient la banque VTB

et des structures commerciales dont la banque

Rossia et Sourgoutneftegaz, la société de Iouriï

Kovaltchouk, sont co-propriétaires.

Pour LifeNews, Elena Batourina cherche

à se débarrasser uniquement des actifs qui

pourraient créer des problèmes au couple. Selon

Kommersant, elle examine la possibilité de

ne vendre que les projets de développement en

phase de lancement.

Marker, 1/11/ 2010, LifeNews, 1/11/ 2010,

Kommersant, 2/11/ 2010, Forbes 2/11/ 2010

Pervyï Kanal : Abramovitch

passe aux aveux

L

’oligarque Roman Abramovitch s’est décidé

à offi cialiser une information jamais confi rmée

formellement jusqu’alors par aucune des

parties intéressées : il détient 49% des actions

de Pervyï Kanal, la première chaîne de télévision

russe en termes d’audience, dont l’Etat

détient les 51% restants. Depuis 2001, date

du rachat à Boris Berezovskiï des parts qu’il

détenait alors dans ORT (l’ancien nom de la

chaîne), régnait l’omerta sur le sujet.

Kommersant, 3/11/ 2010 (interview de John

Mann, représentant d’Abramovitch au sein de

la société Millhouse LLC, qui gère ses actifs)

Corporations d’Etat Résultat de la restructuration Délais de restructuration

Rosnano S.A. Fin 2010

ASV Société de droit public Dernier trimestre 2011

Olimpstroï Liquidation Eté 2014

Fond JKKh Liquidation 1er janvier 2012

VEB Société de droit public D’ici le 1er janvier 2012

Rostekhnologuiï S.A. Elaboration du projet de loi sur la réorganisation

au 4e trimestre 2010

Rosatom Inconnu La décision sera prise avant la fi n 2010

Avtodor S.A. Elaboration du projet de loi sur la réorganisation

au 4e trimestre 2010

Il a fait il a dit

Tchernomyrdine : parti

pour toujours, il restera

pour l’éternité

Viktor Tchernomyrdine est décédé des suites

d’une longue maladie dans la nuit du 3

novembre, à l’âge de 72 ans. Fondateur de

Gazprom (1989), successeur de Gaïdar à la tête

du gouvernement sous Eltsine (1992-1996),

conseiller et représentant spécial du président

russe pour la coopération économique avec les

pays membres de la CEI depuis 2009, il restera

dans les mémoires comme l’un de ceux sans

qui la Russie n’aurait pas survécu à l’époque

dite de la « transition ».

Ancien apparatchik, Tchernomyrdine a

commencé sa carrière comme ouvrier de l’industrie

gazière pour la fi nir en oligarque (le magazine

Forbes le comptait en 2001 au nombre

des milliardaires russes les plus fortunés, avec

un patrimoine évalué au minimum à 1 milliard

de dollars).

Il a été salué par tous les responsables politiques

qui l’ont connu, Poutine le premier, autant

sinon plus pour son sens de l’humour que

pour son sens de la responsabilité. « Je suis

pour le marché mais pas pour le bazar », avaitil

ainsi lâché au plus fort de la transition.

Ria Novosti, Vedomosti, Pervyï Kanal, 3/11/ 2010

Agenda

Phamtech 2010

D ans

ce salon consacré à l’analyse des tendances

de développement du secteur pharmaceutique,

on invite les entreprises représentées

à « ne pas tomber dans la publicité ». La

section « Pharma people » leur permettra toutefois

de faire le plein de candidatures de frais

émoulus des facultés.

Du 23 au 26 novembre 2010 au VVC (Vserossiïskiï

Vystavotchnyï Tsentr, Pavillon 75).

Site Internet : www.pharmtech-expo.ru

Festival russe du vin

(Rossiïskiï Festival Vina)

Cette exposition internationale permettra

aux producteurs et aux distributeurs de

vins et spiritueux de se chercher des partenaires

dans le monde entier. Sur la « Tasting

Aera » auront lieu des dégustations et des master

classes.

Du 18 au 21 novembre 2010 à Crocus Expo

(pavillon 1, hall 1), Krasnogorsk.

Site Internet : www.drinksindustry.ru ڤ


« Admettons que quelqu’un me règle mon compte : qui ça intéressera de savoir que je

n’ai jamais dénoncé personne, que je ne me suis jamais battu avec qui que ce soit. Je

vois déjà la scène : un de mes assassins créera le site pravdakashina.ru, où il écrira que les

bourreaux sanglants de Poutine ont assassiné Oleg Kachine, espoir de la presse libre. Vu

comme ça, sérieusement, ça devient effrayant. Je ne sais pas si je fais bien d’écrire tout

cela à découvert. Mais tout de même, au cas où, ne croyez pas ce qu’ils écriront sur moi

dans ce site. »

Oleg Kachine, 5 juillet 2005, 17:13

http://avmalgin.livejournal.com/2191580.html

Agression sous caméras

Le 6 novembre, à 00h20, Oleg Kachine rentrait

chez lui, au 28 de la rue Piatnitskaïa. Un

taxi l'a conduit jusqu'à l'entrée d'une cour

fermée au public par des portes et une barrière

à digicode.

« À minuit 20, ma femme m'a dit : j'ai l'impression

qu'on frappe quelqu'un devant la

porte », a raconté à Kommersant Vladimir Ladokhine.

Il vit avec sa famille au rez-de-chaussée de

l'immeuble et s'occupe de l'entretien des parties

communes. M. Ladokhine explique qu'il a enfi

lé un manteau et est sorti de l'autre côté de la

grille. « Au moment où je me suis montré, deux

espèces de types se sont mis à courir vers les

cours non éclairées, en direction de Piatnitskaïa,

ajoute Vladimir. Oleg était assis par terre juste au

pied de la porte, entièrement tuméfi é. Il m’a dit :

« Deux salopards m'ont attaqué. Ils m'attendaient.

» Le journaliste était clairement conscient

et a même essayé de se lever, mais il est tombé

immédiatement en disant : « Je ne peux pas, mes

jambes…». Ensuite, raconte Vladimir Ladokhine,

Oleg Kachine s’est écroulé sur le sol. « Il pleuvait,

je ne pouvais pas le traîner. J'ai apporté une

large planche et du cellophane, je l'ai allongé

et couvert. On a appelé les secours, poursuit le

concierge. En les attendant, Oleg a encore une

fois répété que ses agresseurs l’attendaient. Et

puis il a dit : « J'ai l'impression qu'ils m'ont cassé

les dents, j'ai mal partout. »

Les secours ont conduit Oleg Kachine à l'hôpital

municipal n°36. Il a alors expliqué ce qui

s’était passé par téléphone à sa femme, Evguenia

Milova. Les médecins ont précisé à Kommersant

que Kachine était conscient lors de son admission,

il souff rait de fractures de la mâchoire, des jambes,

des mains (une phalange d'un de ses doigts était

pratiquement arrachée), d’un traumatisme crânien

et de nombreuses blessures. Le journaliste

a été anesthésié. Quand il a commencé de perdre

connaissance, on l’a placé en sommeil médicalisé.

Le 7 novembre, il a subi de nouvelles opérations :

on a posé des plaques de titane sur ses mâchoires

brisées, fi xé sa jambe cassée. Les chirurgiens ont

travaillé trois heures, après quoi les médecins ont

pu assurer que le cerveau d'Oleg n'avait pas été

touché.

Pour l’agression contre le journaliste, le comité

d'enquête du Parquet de la capitale a ouvert

une enquête pénale sur le fondement de l'article

« Tentative de meurtre » (art. 105 du Code Pénal

de la Fédération de Russie). Le président russe

Dmitriï Medvedev a ordonné au Procureur général

Iouriï Tchaïka de prendre l'enquête sous

contrôle spécial, et le chef du MVD (ministère de

l’Intérieur, ndt) Rachid Nourgaliev a promis de

confi er la recherche des coupables aux meilleurs

enquêteurs du MOuR (police judiciaire moscovite,

ndt).

D'après Vladimir Markine, représentant offi

ciel du comité d'enquête près du Parquet de la

Fédération, on sait actuellement que juste avant

l'agression, les deux voyous ont suivi durant un

court moment le journaliste. L’un deux portait un

bouquet de fl eurs : soit pour détourner l'attention,

soit pour cacher le morceau d'armature métallique

avec lequel, comme on le suppose, les coups ont

été portés. Les agresseurs, visiblement, savaient

de quel côté le journaliste s'approcherait de son

immeuble, étant donné qu'ils le guettaient à cet

endroit alors que l’autre côté de l’immeuble est

aussi muni de portes et d’une barrière. Le 18 octobre,

Oleg avait publié un article dans la revue

Vlast, consacré au recensement de la population.

Le journaliste y écrivait notamment : « Je peux me

féliciter et m’enorgueillir, depuis un an déjà, d’au

moins une chose : personne ne sait où j'habite ».

Versions de l’entourage

du journaliste

Les journalistes, politiciens, acteurs de la

société civile et bloggeurs qui connaissent

bien Oleg Kachine ont proposé un certain

nombre de versions sur la question de savoir

qui pouvait être à l’origine de l’agression. Selon

l’une de ces hypothèses, l’attaque pourrait être la

conséquence du confl it autour de la forêt de Khimki.

Oleg Kachine avait interviewé en exclusivité

pour Kommersant un activiste du mouvement

Antifa, un des organisateurs du pogrom commis

à l'administration de Khimki, ainsi que de l’un

des participants de cette même action, Maksim

Solopov, actuellement en liberté surveillée. À

l'appui de cette version : les caractéristiques des

coups portés à Oleg coïncident avec les blessures

que des inconnus avaient infl igées, il y a

deux ans, à Mikhaïl Beketov, défenseur de la forêt

de Khimki et rédacteur en chef de Khimkinskaïa

Pravda. De plus, un jour avant l'agression

d’Oleg Kachine, on a attaqué et mutilé un autre

militant, le chef de la section du parti Pravoe delo

pour la ville de Khimki, Konstantin Fetissov. « Il

avait fait beaucoup pour que le sujet ait une large

résonance», a déclaré à Kommersant Evguenia

Tchirikova, leader du mouvement de défense de

la forêt. Nous considérons que l’agression contre

À la une

Kommersant : Andreï Kozenko, Vladislav

Trifonov, Maria Semendiaeva, Mikhaïl

Kirtzer

Rabkor.ru : Dmitriï Jvania

Traduit par Julia Breen

L’Armature comme moyen de censure

Dans la nuit du 5 au 6 novembre, Oleg Kachine, correspondant de la maison d’édition Kommersant, a été sauvagement

frappé près de son immeuble à Moscou. Il a été admis à l’hôpital avec des blessures graves et a déjà

subi plusieurs opérations. Les médecins estiment que son état est grave. Il est d’ores et déjà évident que le journaliste

a été victime d’une agression planifi ée à l’avance : les enregistrements de caméras vidéo installées près

du lieu de l’attaque permettent d’établir que les deux voyous attendaient précisément Kachine. Une enquête

pénale a été ouverte sur le fondement de l’article « Tentative de meurtre » du Code pénal de la Fédération.

Oleg a été commise selon un schéma dûment

préétabli, au même titre que les attaques contre

Konstantin Fetissov et Mikhaïl Beketov. À la

place des enquêteurs, c’est là-dessus que je porterais

mon attention. »

Les bloggeurs envisagent aussi l’hypothèse

selon laquelle l'agression d’Oleg Kachine serait

liée au confl it qui l’opposait à Andreï Tourtchak,

gouverneur de la région de Pskov. En août dernier,

dans son blog sur LiveJournal, Oleg, commentant

la démission du gouverneur de la région de

Kaliningrad Gueorguiï Boos, avait exprimé une

opinion sans détour sur le gouverneur. Ce dernier,

dans les commentaires, avait exigé des excuses,

qu’Oleg lui avait refusées. Trois semaines avant

son agression, Oleg Kachine, citant ses sources,

a déclaré à ses collègues de la rubrique Société

de Kommersant qu’Andreï Tourtchak, non seulement

n’avait pas oublié l’off ense, mais prétendait

aussi vouloir se venger. Plus tard, le journaliste

a encore une fois déclaré à ses collègues, sur un

ton mi-sérieux mi-humoristique : « S’il m’arrive

quelque chose, c’est Tourtchak ».

Enfi n, selon la troisième version avancée par

les journalistes, l'agression contre Oleg Kachine

pourrait être le fait d’une organisation de jeunesse

pro-Kremlin, la Jeune garde de Edinaïa Rossia. Le

11 août, un texte était publié sur le site de l’organisation,

qui affi rmait que Kommersant employait

des « saboteurs de l'information ». Le texte était

illustré d’une photographie d'Oleg Kachine barrée

de la mention : « Sera puni ». Toutefois, après

le tabassage d'Oleg Kachine, le site de la Jeune

garde a rapidement publié une interview d’Andreï

Tatarinov, membre du conseil politique du mouvement

et membre de la Chambre civile. Tatarinov y

exige « une enquête prompte et diligente » sur le

tabassage de Kachine. Kommersant ڤ

On assassine les journalistes, ça veut dire

que le journalisme est vivant

journalisme est mort, et nous voulons

jouer avec lui comme s’il était au zénith. «Le

Nous tentons de réveiller, à coups de

chaudes caresses, une jeune fi lle, alors qu'elle

est depuis longtemps déjà une vieillarde, qui

plus est à l’agonie … », m'écrivait récemment un

vieil ami et collègue, grâce à l'entremise duquel,

à l’époque, je suis devenu journaliste. (…)

Je comprends mon ami. Mais je pense qu'il

a tort. Le journalisme, dans notre pays, est bien

vivant. Le journalisme russe est vivant parce que,

dans notre pays, on assassine les journalistes,

on les frappe à mort. Ce qui signifi e que par

leurs écrits, ils inquiètent certaines personnes.

Au temps de la perestroïka, on pouvait écrire et

dire ce qu’on voulait. Mais quand on a le droit de

tout dire, c’est signe que la vérité n’a que peu de

puissance. Aujourd’hui, c’est tout autre chose.

Je ne connais pas personnellement Mikhaïl Beketov

ni Oleg Kachine. Je sais seulement qu'ils

dénonçaient les responsables politiques, l'arbitraire

des miliciens, qu’ils défendaient la forêt

de Khimki. Je lisais leurs articles, et c’était du

journalisme avec un grand J. Du journalisme

vivant, et pas une « vieillarde agonisante ». On

n’agresse pas les vieillards au coin des rues, on

ne les frappe pas avec des tiges de métal, on ne

leur écrase pas des phalanges. (…)

Je ne sais pas qui a commandité l’agression

de Kachine : les Nachi, la Jeune garde, les nazis,

le gouverneur de la région de Pskov Andreï

Tourtchak ou les constructeurs de la route au

milieu de la forêt de Khimki. L’essentiel, c’est

qu’une telle atmosphère se soit installée dans

notre pays : que, pour un texte, on risque la

mort. Et, pour mourir, il faut être un authentique

journaliste vivant.

À ce qu’on dit, il ne faudrait pas canoniser

Kachine. Il aurait prétendument commencé à

Kaliningrad comme national-bolchévique avant

de collaborer à des éditions aussi pro-kremlin

que le site Vzgliad et le journal Ré-action, pour

fi nir par se rapprocher des Antifa et des anarchistes.

Et quoi ? Si on va par là, je n’ai jamais

aimé les gens qui « ont choisi une voie une fois

et pour toujours ».

Je me fi che profondément de savoir qui était

Oleg Kachine à ses débuts. Ce que je sais, c’est

que maintenant, il est entre la vie et la mort. Et

qu’il s’est retrouvé dans cet état pour avoir écrit

des choses qui n'ont pas plu aux apologistes du

pouvoir. Rabkor.ru ڤ

09

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Kachine dans les blogs

Il pourrait arriver la même chose à chacun

d'entre nous. L'État ne défend aucunement ses

citoyens, il ne défend que ses intérêts propres.

Les organisations censées lutter, sur le papier,

contre l'extrémisme, s'occupent, dans la pratique,

de tout autre chose. La racaille criminelle

qui fait son business est toute puissante en Russie

et s'est étroitement liée à un État embourbé

dans le vol et la corruption.

Oleg, mon cher, tiens bon, je t'en prie.

http://drugoi.livejournal.com/3405604.html

C'est précisément lui [Sourkov] qui dresse des

jeunes au lac Seliger, c'est sous son commandement

que s'élaborent des mouvements

où les militants des droits de l'homme, les

journalistes et l'opposition sont peints sous les

traits de criminels nazis. C'est précisément lui

qui est à l'origine des organisations extrémistes

Nachi, Jeune garde, Jeune Russie, Stal, etc.,

qui défi lent dans les rues de Moscou avec

des banderoles dénonçant les « Ennemis de

la Russie ». Et ces ennemis, ce sont à nouveau

l'opposition, les défenseurs des droits de

l'homme, les journalistes.

Pour l'atmosphère de haine qui s'est installée

dans le pays et qui a rendu possible, également,

l'agression contre Kachine, M. Sourkov

porte une responsabilité personnelle. Et tant

qu'il sera au pouvoir, une menace réelle

continuera de planer sur la vie et la santé

des journalistes, des défenseurs des droits de

l'homme et des membres de l'opposition.

http://b-nemtsov.livejournal.com/88758.html

J’ai bien l’impression que personne n’a commandité

l’agression de Kachine. Ce n’est pas

un journaliste si terrifi ant, ce Kachine. Dans ce

pays, de toute façon, un journaliste ne peut

pas faire peur. Il suffi t que la bonne personne

téléphone à l’autre bonne personne, et hop !

n’importe quel journaliste se fait virer et va se

faire voir. Pas la peine d’ouvrir une quelconque

enquête pénale… les types qui ont frappé Kachine,

vraisemblablement, ce sont deux bons

gars russes ordinaires, simplement armés de la

connaissance de la vérité.

http://blguanblch.livejournal.com/763818.

html

Mais qu’est-ce qu’ils m’emmerdent, tous, avec

ce Kachine ! C’est tout juste si ça ne devient

pas le type le plus important du pays !

À la radio, à la télé, sur le net, sur

LiveJournal : toutes les nouvelles ne parlent

que de lui. En Russie, chaque jour, on frappe,

tue et viole des dizaines de gens. En quoi

seraient-ils pires que lui ? Pourquoi est-ce que

je dois, d’absolument partout, entendre combien

de dents on a cassé à un quelconque

provocateur ?

À mon humble avis, le journalisme est un boulot

de porcs. Le pire. Déterrer la merde. Surtout

sur les questions socio-politiques. La liberté

d’expression, dans notre pays, n’a jamais existé,

n’existe pas et n’existera pas, et la censure

étatique n’a rien à voir là-dedans. En Russie, le

journaliste doit comprendre que s’il s’attaque

à certains intérêts, il peut le payer physiquement.

Et je ne crois pas qu’on ne les ait pas

assez prévenus. Et puis cette forêt de Khimki, là,

personne n’en a rien à cirer : la route est bien

plus nécessaire.

http://super-oslik.livejournal.com/24703.html

Une agression a été commise contre le journaliste

du quotidien Kommersant Oleg Kachine. À

l’époque, journaliste débutant, il a beaucoup

écrit sur l’activité du Parti national-bolchévique,

et ses publications l’ont rendu célèbre. Il écrivait

de façon plutôt objective, et c’est ce qui

lui a valu des louanges. Je tiens à lui exprimer,

ainsi qu’à ses proches, toute ma compassion.

J’espère qu’il se rétablira et remontera au front.

http://limonov-eduard.livejournal.com/90219.

html


10

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Reportage

Texte : Gabrielle Leclair

Photo : Galina Kouznetsova

Palais du Kremlin. 10h. Les employés

de Kombinat Pitaniïa Kremliovskiï

s’aff airent pour dresser un banquet

de 600 personnes qui doit se tenir

dans quelques heures, préparer la

visite imminente du président du

Qatar, et le déjeuner en comité restreint du Patriarche

Kirill. Journée, à vrai dire, classique pour

les employés de Guennadiï Korolev, sous-directeur

de l’organisation qui gère notamment toutes

les réceptions données par le président Medvedev,

le Premier ministre Poutine et le Patriarche Kirill.

Marmelades de fruits, roulette de cèpes, tartelettes

au caviar rouge, salade Olivier, brochettes

de saumon, pirojkis, mousse de mangue et fruit

de la passion… Les cuisiniers préparent le menu

pour le banquet pendant que les serveurs dressent

le buff et. Au même moment, des sandwichs

sont à préparer pour être vendus aux spectateurs

de la représentation quotidienne du Bolchoï. De

son petit bureau qui juxtapose la cuisine, le chef

cuisinier Jérôme Rigaud supervise tout. Confi ant,

il tâche de rendre ses 30 cuisiniers autonomes :

« le rôle d’un chef n’est pas de tout faire, mais

d’aiguiller ses apprentis », explique ce Français

qui forme son personnel sans jamais élever

la voix. C’est important de bien s’entendre car

« on voit plus les cuisiniers que sa propre

famille », reprend le chef. Dans une ambiance

plutôt détendue pour une mission d’une telle exigence,

les cuisiniers travaillent au son d’une radio

diff usant des tubes universels des années 80.

Isolée dans le bloc pâtisserie de la cuisine, Janna

s’apprête à faire déguster au chef le dessert

qu’elle a elle-même conçu pour le déjeuner du

Patriarche. Une mousse de melon couverte d’une

gelée de menthe, avec une sauce menthe vanille

agrémentée de quelques fruits des bois. Le des-

sert est exclusif : pas question de servir deux fois

le même plat. « Il faut se renouveler sans cesse »,

explique Janna dont le visage détendu et souriant

confi rme qu’elle « ne s’ennuie jamais ». Depuis

trois ans, cette pâtissière de 40 ans innove quotidiennement

pour un président particulièrement

friand de sorbets. Mais, la plupart du temps, c’est

Jérôme et Guennadiï qui imposent le menu. « Il

arrive aussi que le président exige un produit

en particulier », confi e Janna, qui ne dévoilera

pourtant sous aucun prétexte les desserts favoris

de Medvedev. « Si les plats préférés du président

sont dévoilés dans la presse, on court le

risque que tous ses hôtes les reproduisent indéfi -

niment », commente Jérôme.

Une exigence d’État

Mais, avant de présenter quoi que ce soit au chef

Rigaud, « les produits sont soumis au service du

protocole », confi e Janna, qui a suivi Jérôme au

Kremlin depuis le restaurant français Nostalgie,

à Moscou. Les médecins et technologues militaires

du FSO (service fédéral russe de sécurité,

chargé de la protection du président) soumettent

tous les aliments qui seront préparés pour le président,

le Premier ministre et le Patriarche à des

analyses en laboratoire. Les normes sont drastiques.

« Les cèpes, les courgettes et la salade frisée

ne passent pas », observe Jérôme. Pourquoi ?

Quelles sont ces normes ? «Je ne peux rien vous

dire, sinon je me ferai fusiller », plaisante amèrement

un médecin venu mettre dans ses sachets

en plastique le contenu des repas du président

pour les prochains jours. Lorsque Medvedev s’en

va en voyage, sauf s’il est invité, toute la petite

troupe gastronomique l’accompagne. Dans leurs

bagages : tous les produits bien sûr, les ustensiles

de cuisines, et même les gros appareils

On n’a jamais vu un régime

politique renverser une

cusine nationale.

Viviane Chocas

Cuisine top secrète

Les milliers de moscovites qui défi lent chaque jour sur la place Rouge ne peuvent s’imaginer ce

qui se passe au quotidien dans les cuisines du Kremlin. Le Courrier de Russie s’est introduit discrètement

pour une visite dans les coulisses gourmandes du palais présidentiel, l’un des lieux les plus

surveillés au monde.

Qu’est ce que le Kombinat

Pitaniïa Kremliovskiï ?

C’est un organisme qui supervise la

nourriture servie dans les bâtiments dépendant

du Kremlin (Palais du Kremlin,

Bolchoï, Staraïa Plochtchad…). Il comprend

2000 personnes dirigées par Igor

Boukharov, président de l’Association

des restaurateurs et hôteliers de Russie

et président d’honneur du Bocuse d’or.

La pesée des portions :

vestige de l’URSS

Ce qui frappe dans les cuisines du

Kremlin, c'est que chacun des produits

alimentaires est pesé. Par exemple,

chaque sandwich au jambon doit

contenir le même grammage de jambon

et de pain. Idem pour les milliers

de canapés servis pour le banquet de

ce soir.... La tradition date de l'époque

soviétique, quand chaque portion était

dûment pesée pour éviter les vols de

nourriture par les cuisiniers.

Comparaison discrète

Selon Jérôme Rigaud, les mesures de

sécurité et autres normes sont plus

contraignantes en Russie qu’en France.

Lorsque Nicolas Sarkozy est entouré

de plus de 100 personnes, ce sont des

traiteurs extérieurs qui le servent. Et les

cuisiniers de L’Élysée ne suivent jamais

le président dans ses déplacements.

Le chef cuisinier Jérôme Rigaud

Guennadiï Korolev, directeur adjoint des

cuisines du Kremlin

Les cuisiniers du Kremlin préparent le banquet

Janna en pâtisserie Iouriï, un des 30 cuisiners Vakhtang, le sous chef Viktor, un des maîtres d’hôtel

comme les fours. « Nous avons un avion particulier

», rassure Jérôme.

Lorsque Medvedev reçoit des invités, à ces exigences

s’ajoutent celles de ceux qu’il reçoit. Ce

matin, Jérôme Rigaud a reçu un fax énumérant

les aliments que le président de l’État du Qatar

ne peut consommer ou n’apprécie pas. La liste

est longue. Mais le chef la tient secrète. On apprend

seulement que, en présence du président

de l’Émirat musulman, Medvedev et les autres

invités devront se passer d’alcool. Tout le challenge

des cuisiniers du Kremlin tient dans le fait

de réaliser un menu de haute qualité en se passant

de ces nombreux produits.

Mais cuisiner dans les règles de l’art présidentiel

n’est pas tout, il faut encore que le service soit

impeccable. Étonnamment timide, Anton, serveur

attitré de Medvedev depuis un an, explique :

« je dois réfl échir à chacun de mes actes. Prendre

les distances nécessaires pour ne pas gêner le

président, sans pour autant m’éloigner trop au

cas où il aurait besoin de moi ». Évidemment, le

service se fait dans le plus grand silence et l’on

n’adresse pas la parole au chef de l’État, mais «

s’il pose une question, je dois pouvoir y répondre

justement ». Cette attitude est essentielle, selon

Viktor, maître d’hôtel depuis 1976 : « nous

représentons la Russie dans notre manière de

servir », dit avec sagesse cet homme au visage

doux et à l’attitude irréprochable. D’autres, cependant,

conçoivent leur métier avec moins de

solennité, comme Iouriï, plus détendu et extrêmement

jovial. Ce pilier des cuisines du Kremlin

depuis plus de 30 ans avoue sans complexe et

tout en s’amusant que « ce qu’il y a de particulier

ici, c’est la vue qu’on a sur le Kremlin et la

ville ». De loin, Iouriï peut observer les passants,

mais eux ne le verront jamais cuisiner. ڤ


En France, la cuisine est une

forme sérieuse d’art et un

sport national.

Julia Child

Au goût du Kremlin

dans les cuisines du

Kremlin, c’est comme dans le

sport : il faut gagner le match

tous les jours. » Depuis janvier

«Travailler

2008, Jérôme Rigaud est le

responsable cuisinier des réceptions

données par le président Medvedev. Quand

on demande à ce Français de 35 ans comment

il est arrivé là, il répond tout simplement

qu’il s’est trouvé « au bon endroit au bon moment

». Ce que confi rme son parcours professionnel,

qui n’est qu’une suite d’opportunités

saisies au vol. Un enchaînement de défi s qu’il

s’est lancés depuis qu’il a su qu’il ne pourrait

plus jouer au rugby, sport auquel il s’adonnait

depuis l’adolescence.

À l’âge de 19 ans, ce joueur de deuxième division

à Perpignan se blesse. A la suite d’une rupture

des ligaments croisés du genou, Jérôme doit renoncer

non seulement à sa passion mais également

à son rêve de devenir un jour inspecteur de

police. « Une immense déception », souligne-il.

Le jeune homme, natif d’Abidjan (Côte d’Ivoire),

restera « déprimé » jusqu’au jour où un ami serveur

lui propose de venir l’aider pour la soirée

du Nouvel An dans un restaurant de Perpignan.

Jérôme a alors 22 ans, et se découvre une nouvelle

vocation : « Ca m’a donné envie d’ouvrir

un restaurant ». Il décide d’en faire son métier.

Après avoir été formé, notamment, par les grands

chefs français Joël Robuchon et Michel Troisgros,

Jérôme Rigaud reçoit plusieurs propositions.

L’une d’elles l’intrigue. Un certain Eldorado, à

Moscou, le demande. « Je n’avais jamais entendu

parler de ce restaurant ni trouvé aucune

information sur Internet », explique Jérôme qui

décide pourtant de tenter l’aventure russe. « Une

ouverture d’esprit et un goût du voyage » qui lui

viennent, assure-t-il, de ses 16 premières années

passées en Afrique. L’occasion est idéale

pour se lancer un défi : « Même si tu ne connais

pas les gens qui vont t’entourer ni leur culture,

tu dois réussir à t’adapter ». Rapidement, c’est

chose faite. Au bout de deux ans et demi, Jérôme

quitte l’Eldorado et passe au Nostalgie, le plus

ancien des restaurants français de Moscou.

Deux ans plus tard, Igor Boukharov, propriétaire

du Nostalgie, commence à se charger des

banquets présidentiels. Il demande à Jérôme de

l’aider de façon ponctuelle. Le jeune Français

commence, « petit à petit », à diriger les banquets

donnés par le président Medvedev. « Une

sorte de test », pense Jérôme qui sera embauché

dans les cuisines du Kremlin à plein temps,

après cinq mois d’« essai ». Tout s’est déroulé

en douceur, « c’est pour ça que j’ai accepté»,

confi e Jérôme, qui souligne que « [s’il avait] su

d’emblée les contraintes et la charge de travail

que cela impliquait, [il aurait] refusé ».

Chef sous haute surveillance

Ces cinq mois d’essai ont aussi servi aux services

de renseignement du président pour mener

une enquête complète sur Rigaud, sa famille

et ses amis. Surveillance rapprochée qui

reste d’actualité. « Je suis sur écoute 24h/24 »,

observe le cuisinier, qui se sait surveillé jusque

dans ses soirées personnelles. Mais Jérôme affi

rme ne rien changer pour autant à son mode

de vie : « C’est normal, car je travaille pour le

président d’une grande puissance mondiale ».

Aujourd’hui, il oublie même les médecins militaires

qui guettent ses faits et gestes lorsqu’il

cuisine pour Medvedev dans une salle spéciale,

à laquelle les autres cuisiniers – sans parler

des journalistes – n’ont pas accès.

« Le plus diffi cile dans ce travail est de s’adapter

au rythme », explique celui qui doit être au

service du président en permanence. Pas de va-

Portrait

Texte : Gabrielle Leclair

Photo : Galina Kouznetsova

cances depuis trois ans, pas le temps de profi ter

de son passe-temps préféré, le rugby, même

si « la cuisine ressemble à tous les sports collectifs

». Il faut que Jérôme soit toujours prêt

à cuisiner, servir et diriger en fonction des

événements organisés par le président. « On

peut m’appeler ce soir à 22h pour un banquet

de 200 personnes, demain, à l’autre bout de la

ville », explique-t-il. À cela s’ajoute l’absence

de routine dans les cuisines du Kremlin. « Le

menu de chaque banquet est unique », précise

Jérôme. Le public étant prestigieux, « c’est

un combat permanent » pour plaire à chaque

réception. Avec Guennadiï Korolev, le sousdirecteur

des cuisines du Kremlin, il supervise

tout. Du choix de la vaisselle, des menus et des

produits au nombre de serveurs et de cuisiniers

requis. Dans ces choix, Jérôme a apporté un

peu de french touch et bousculé les habitudes

des cuisines du Kremlin.

« J’adapte la cuisine

française au goût

russe »

Le chef français a fait découvrir un système basé

sur des menus dégustation, avec six ou sept

plats par personne. Auparavant, on apportait de

grands plats sur la table, et chacun se servait.

Jérôme Rigaud a introduit une haute cuisine,

« moins axée sur la quantité mais plus raffi née

et plus diversifi ée », explique Guennadiï, qui

souligne que même si le cuisinier « ne parle

pas parfaitement russe, il nous comprend très

bien ». C’est certainement ce qui a fait son

succès dans les cuisines de la présidence.

« S’il avait cuisiné comme un Français pour

des Français, il n’est pas certain que ça aurait

plu », poursuit un Guennadiï qui apprécie tout

particulièrement la cuisine française, « fondée

sur le choix de produits authentiques ». Jérôme

11

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Jérôme Rigaud est le seul étranger employé à la présidence russe. Depuis bientôt trois ans, le chef

cuisinier français prépare lui-même les plats qui sont servis à la table présidentielle dans le palais

du Kremlin et ailleurs. Pour le plaisir de Dmitriï Medvedev et de ses hôtes, il a adapté sa cuisine au

goût russe. Portrait d’un chef friand de défi s et de diversité.

Jérôme Rigaud en

10 dates

21 février 1975 : Naissance à Abidjan en

Côte d’Ivoire

1996 : Apprenti auprès du chef Jean-Paul

Hartmann à l’Almandin, restaurant une étoile

au Michelin près de Perpignan.

1998 : Commis de cuisine puis chef de partie

à L’Astorg, restaurant parisien une étoile

sous la tutelle de Joël Robuchon

2000 : Chef de partie puis sous-chef de

cuisine dans la Maison Troisgros, à Roanne.

2003 : Chef cuisinier du restaurant Le Balthus,

à Beyrouth, au Liban

2004 : Chef cuisinier à l’Eldorado, à Moscou

2006 : Chef cuisinier au Nostalgie, à Moscou

11 septembre 2007 : Prépare son premier

banquet pour le président Medvedev

1 e janvier 2008 : Devient le chef cuisinier

en titre du président Medvedev

a introduit dans l’assiette présidentielle des produits

atypiques et de grande qualité comme le

sel noir, le thé de Taiwan et, bientôt, le chocolat

français Weiss. Il apprend à ses trente cuisiniers

russes à faire leur pâté foie gras. Le professeur

se dit parfaitement satisfait de ses apprentis, qui

ont le sens du travail et ne se plaignent jamais

de faire, chaque jour, des heures supplémentaires

: « En France, ce ne serait pas possible »,

observe Jérôme.

Vakhtang, son second, note lui aussi des changements,

remarquant notamment « l’arrivée

dans la cuisine de nouveaux poissons comme le

turbot ou la dorade ». Iouriï, cuisinier au Kremlin

depuis 30 ans, se souvient qu’il y a quelques

années encore, ils préparaient des « sangliers

et des esturgeons entiers », servis dans d’immenses

plats. Viktor, maître d’hôtel, remarque

que le chef français est arrivé à un moment où

« la cuisine du Kremlin, en même temps que les

idées du président au pouvoir, commençaient à

changer ». Un président tourné vers l’Occident

promeut logiquement une cuisine qui lui ressemble.

Même si Jérôme tire beaucoup de satisfactions

de son travail au Kremlin, il compte bien

réaliser son rêve, toujours le même depuis ce

fameux Jour de l’An. « Ici, c’est ma dernière

place avant que je n’ouvre ma brasserie en

Espagne ou en Australie », explique ce Français

de l’Etranger. Dans l’un de ces deux pays

« qui l’attirent », il continuera de faire ce qu’il a

toujours fait : « travailler avec des produits que

n’importe qui peut se payer, mais que personne

ne peut cuisiner comme moi ». Un projet encore

vague pour le Français qui ne prévoit pas

encore concrètement de quitter les cuisines du

Kremlin. « Je partirai quand je m’ennuierai »,

ce qui est quasiment impossible, « ou quand je

craquerai », ce qui est plus probable si son patron

ne lui accorde pas de répit. ڤ


12 Le Courrier de Russie

Texte

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Devoir lire les jeunes poètes :

le châtiment me paraît cruel.

Heureusement qu’il est des

gens qui ne partagent pas mon

point de vue. Olga Loukinova

et Andreï Nosov s’adonnent à

cette tâche depuis cinq ans déjà, et n’ont aucune

intention de s’arrêter... Depuis 2006, ces deux

diplômés de lettres de 22 et 23 ans organisent

à Nij niï Novgorod le festival Molodoï literator

(« jeune littérateur »), qui réunit des jeunes

poètes de la région de la Volga. L’événement

a permis à de nombreux auteurs de rencontrer

des éditeurs, et Nij niï Novgorod a connu

une renaissance de sa communauté littéraire.

« Quand nous avons commencé, il n’y avait que

quelques personnes en ville qui organisaient

des soirées littéraires, et je les connaissais tous,

confi e Andreï. Aujourd’hui, je reçois chaque

semaine des invitations de la part de gens dont

le nom m’est inconnu. » Pour convaincre la

jeunesse novgorodienne que « lire, c’est très à

la mode », Olga et Andreï ont aussi lancé dans

la ville le mouvement du bookcrossing 1 et organisé

des lectures de poèmes dans un tram qui

circule autour du Kremlin... « Des diffi cultés,

on en a eues, mais à chaque étape, nous avons

rencontré des gens qui acceptaient de nous aider

sans rien demander en échange », explique

Olga, enthousiaste. Des amis venaient en masse

pour distribuer les invitations, des propriétaires

de cafés et cinémas accordaient gracieusement

leurs locaux, les maires des villes de la région

invitaient Olga et Andreï à donner des conférences

dans des bibliothèques et maisons de la

culture. « Nous pensions que seules des vieilles

viendraient. Mais à chaque fois, les salles étaient

remplies de jeunes », témoigne Andreï.

Car aujourd’hui comme par le passé, les

bleds russes perdus entre champs et marais regorgent

de poètes qui crient leurs sentiments

en crachant du sang et de la chair. « Bien sûr, la

plupart des gens qui nous envoient leurs travaux

écrivent comme si rien ne s’était passé dans la

poésie depuis Pouchkine. Ils connaissent très

peu les poètes contemporains », observe Olga.

Certes, ils sont nombreux à penser que Brodski

est encore vivant ou à n’avoir jamais entendu

parler de Prigov. Mais peu importe. Exclus du

« contexte littéraire », égarés dans le temps et

l’espace, ils affi rment par leurs balbutiements

poétiques la dignité et la valeur humaines. Et

Dossier

: Inna Doulkina

Photo : Kommersant

Fin octobre, la Maison des artistes de Moscou a accueilli le festival Crosscontact. Sa

mission : présenter au public les initiatives culturelles qui foisonnent dans les régions

russes. Festivals littéraires, graffi tis post-soviétiques et vidéos poétiques... Le Courrier de

Russie a rencontré des gens sans qui rien de tel ne se serait passé.

Cuisiniers poétiques

Olga et Andreï en sont conscients. « Ce qui

nous intéresse, c’est de préparer un terrain où

se formeront des génies, pas de regretter leur

absence », souligne la jeune femme. Ni elle ni

Andreï n’écrivent de poèmes. Ce ne sont pas

non plus eux qui jugent la qualité des oeuvres

qu’on leur soumet pour participation aux festivals.

La tâche est confi ée à un jury composé de

poètes et écrivains de renom, comme Lev Kharlamov

ou Zakhar Prilepine. « Nous retirons de

grandes satisfactions de notre travail d’organisateurs.

Nous ne recherchons pas les lauriers

des poètes. À chacun son travail », proclamentils

à l’unisson.

En ce moment, dans leur besace : trois recueils

de poèmes de jeunes auteurs de la Volga

publiés sur une subvention gagnée auprès des

autorités municipales. Au nombre de leurs projets

: organiser un festival d’interprètes et un

autre de jeunes dramaturges. Je les imagine,

tous deux installés sur un toit novgorodien,

armés de louches géantes, remuer l’air de leur

ville natale pour le rendre plus nourrissant et

plus appétissant.

L’envie leur est venue quand ils étaient encore

de sages étudiants. Le doyen de la faculté

avait lancé un concours du « meilleur projet

culturel ». Olga a proposé, avec une copine,

un festival poétique, et remporté sa première

subvention. Pour l’édition suivante, elles se

sont fait aider par Andreï et son ami. Depuis,

la copine a fait deux enfants et s’est retirée du

jeu. L’ami est parti étudier à Saint-Pétersbourg.

Olga et Andreï veillent toujours, près de la marmite

où mij ote le bouillon culturel nij niï-novgorodien.

Pour y ajouter un peu de piment, Andreï

prévoit d’ouvrir prochainement, avec une bande

de complices, une petite librairie intellectuelle.

Olga, de son côté, poursuit à Moscou des

études de gestion de projets culturels. « Je ne

sais pas où je vivrai dans l’avenir, mais je peux

affi rmer que tous mes projets futurs prendront

place à Nij niï Novgorod », déclare-t-elle catégorique.

Une image vaut mille

mots.

Confucius

Ca bouge à Nijniï Novgorod

En préparant mon interview, j’étais certaine

que j’allais devoir aff ronter deux individus souffrant

de graphorrhée. Je les voyais blêmes, leurs

yeux ardents. Exaltés comme des professeurs

de littérature soviétique et rêveurs comme des

hérissons perdus dans le brouillard. Du haut de

mon snobisme moscovite, j’étais certaine de devoir

faire preuve d’une extrême indulgence face

à ces deux provinciaux aux passions douteuses

et aux goûts discutables. Mais au cours de nos

quatre-vingt-dix minutes d’entretien, mes lèvres

n’ont pas une fois retrouvé leur expression ironique

habituelle : j’avais devant moi deux commissaires,

hautement professionnels, menant

leurs opérations d’une main ferme et la tête

froide. Ils pourraient aussi bien le faire à Londres

ou à Berlin. Par bonheur pour la Russie, ils ont

choisi Nij niï Novgorod. ڤ

1 Le bookcrossing, autrement appelé BC ou BX, est un phénomène

mondial dont le concept est de faire circuler des livres en les

« libérant » dans la nature pour qu’ils puissent être retrouvés et lus

par d’autres personnes, qui les relâcheront à leur tour.


Créer ce que jamais nous ne

verrons, c’est cela la poésie.

Gerardo Diego

Révolutionnaires visuels

Mettre des mots en phrases

et construire avec des cathédrales

littéraires : les

Russes savent faire depuis

longtemps. Les lettres

sont depuis toujours leur

moyen d’expression favori. Les images, elles, sont

quelque peu délaissées. Certes, le génie russe est

aussi dans les icônes de Roublev ou les fi lms de

Khlebnikov, mais ces fi gurations, quelques sublimes

soit-elles, pâlissent sous les lumières de

la Grande littérature.

Nul ne sait pourquoi les Russes aiment

mieux raconter des histoires plutôt que

dessiner ; interpréter plutôt que représenter ;

transformer plutôt que transmettre. L’explication

est-elle à chercher du côté des paysages ternes de

grandes plaines russes qui inspirent moins que le

ciel italien ou les champs de Provence ? qui éteignent

les passions et incitent à la méditation ?..

Peut-être. C’est pourtant en leur sein, au milieu

des champs nus et nuages écrasants, que sont

nés Pavel Mourykine et Nikita Smorkalov, deux

artistes de 22 ans qui se sont fi xé pour mission de

révolutionner la culture visuelle russe.

Pour accomplir cet exploit, les deux diplômés

d’histoire de l’université d’Ijevsk, en Oudmourtie,

créent des « espaces de lumière » et des « catalogues

de présence ». Le dernier en date répertorie

les « moments sacrés » qui se produisent à

Sviïajsk, île de la Volga où rien n’a été construit

depuis le début du siècle dernier. « Oubliée » par

les architectes soviétiques du fait de sa situation

reculée, l’île a conservé ses églises en bois, ses

routes pavées de pierres blanches et son atmos-

phère de ville enchantée des contes slaves. Si la

Russie a ses endroits « rouges », marqués par

la mémoire des révoltes populaires comme Lougansk

ou Tcheliabinsk, elle en compte aussi des

« blancs », et Sviïajsk fait partie des plus entiers.

Rempart de l’orthodoxie dans le Tatarstan musulman,

Sviïajsk s’éveille au son des cloches et édifi e

un monument aux offi ciers blancs morts pendant

la guerre civile. « Un lieu très puissant, avec du

caractère » : ainsi le caractérisent Pavel et Nikita.

Pour saisir l’esprit de Sviïajsk, ils y fi lment la vie

quotidienne, pendant un mois, et en font des vidéos

poétiques. Imaginez : vaches aux mamelles

généreuses, ruines blanches comme du sucre,

fresques pâles dansant sur les murs... Et, entre

chaque séquence, le ciel bleu foncé, éternel, engloutissant.

Le bleu du ciel et l’or des autels. Le

bleu des coupoles et l’or des étoiles qui les parsèment.

Les couleurs des coiff es des magiciens

du Moyen Âge et de la Vierge Marie... L’or et le

bleu rythment le fi lm sur Sviïajsk, сontent son

âme. Mais pourquoi donc avoir préféré le fi lm à

un roman ?

Parce que les textes sont trompeurs et les

images un peu moins. « Quand vous écrivez,

vous interprétez la réalité plutôt que vous ne la

transmettez. Alors que si vous prenez une caméra

et commencez de fi lmer tout ce qui vous entoure,

vous serez plus proche de la vérité », expliquent

les artistes. Selon eux, l’image précède toujours

l’idée. Elle est plus primitive, mais aussi plus

puissante. La réalité est vivante et dépasse les représentations

que nous nous en faisons. Elle ne

peut être décortiquée en mots fi gés : elle s’étouff e

sous leur poids et fi nit immanquablement par les

Belles images

Visages sereins, yeux clairs à l’expression

vide et puissante. Décidément,

ce sont les habitants de Nij niï Novgorod

qui peuplaient l’électritchka

bruyante et puante emportant Venedikt

Erofeev – écrivain-ivrogne le

plus célèbre de Russie – au comble de ses délires.

Rappelez-vous ses lignes : « Je suis retourné

dans le wagon. Les gens me regardaient d’un air

impassible, leurs yeux étaient ronds et, aurait-on

dit, parfaitement vides. Ça me plaît. J’aime que

le peuple de mon pays ait les yeux vides et globuleux.

Des yeux comme ça ne vous vendent pas.

Les jours de malheurs, de doutes, de réfl exions

pénibles, ces yeux ne battent pas des paupières.

Tout leur est don de Dieu... »

Ce sont ces mots qui me reviennent à l’esprit

quand j’observe Sergueï Ragozine, venu éclairer

la jeunesse branchée de la capitale sur l’état des

lieux du graffi ti à Nij niï Novgorod. Son visage timide

et un peu pâle se dissout dans l’ombre, on

ne voit que ses yeux bleus qui dégagent une force

tranquille. Lui, spécialiste en technologies de

l’information, s’occupe depuis quatre ans de promouvoir

le graffi ti dans sa ville natale aux parfums

de bois humide et de métal grillé. « Un jour, je

suis passé devant un mur peint de graffi tis. J’ai

trouvé cela merveilleux. J’ai eu envie de connaître

les gens qui l’avaient fait. » C’est ainsi que tout

a commencé. Ont suivi des expositions – fi nancées

par Sergueï de sa poche faute d’avoir trouvé

des sponsors –, des performances et des conférences.

Les mythes ont la peau dure, et l’entreprise

de les démolir demande à Sergueï beaucoup

d’eff orts. « Les graff eurs ne sont pas des voyous,

s’empresse-t-il de préciser. Ce sont des gens

cultivés, larges d’esprit, anglophones. Ils ont une

vision des choses très fi ne et originale ». Pour

l’exprimer, les jeunes artistes de l’ex-capitale de

l’industrie militaire ne manquent pas d’espaces.

Palissades d’usines, stades ou stations électriques

désaff ectés – l’héritage de l’Empire qui

avait forgé sa puissance dans des fours Martin

passe à vitesse grand V aux mains des descendants

des ouvriers novgorodiens. Et quoi de plus

légitime. C’est eux que l’on voit, regards plongés

au fond d’eux-mêmes, bonnets baissés jusqu’aux

sourcils, envahir discrètement ces forteresses

industrielles. Les carcasses reprennent vie sous

leur main. Cosmonautes aux sourires maniaques,

soldats de l’Armée rouge aux antennes extraterrestres,

enfants heureux jouant à la bombe

atomique... Pour appréhender les peurs de la

civilisation soviétique, il suffi t de s’off rir une

balade dans les quartiers industriels de la ville.

« Je trouve que tout ce qu’ils font est beau », affi

rme Sergueï, péremptoire. Absence de regard

critique ? Non, plutôt sa façon de rapprocher le

Dossier

Texte : Inna Doulkina

faire exploser. Qui n’a connu ces moments où

l’on ne trouve plus ses mots ?.. Certes, la vidéo

comporte aussi sa part de subjectivité mais, paradoxalement,

Pavel et Nikita ne cherchent pas

à être objectifs. « Ce serait trop prétentieux, précisent-ils.

Nous n’avons pas peur d’une subjectivité

honnête et assumée. »

Cheveux longs, gros pulls tricotés, yeux amusés.

Pavel et Nikita m’expliquent en riant qu’Ijevsk

grouille d’artistes indépendants, qu’à Moscou

beaucoup de gens parlent tout seuls dans

la rue, qu’ils ont nommé leur groupe artistique

Anachorète avant de devoir – parce que personne

n’était capable de le prononcer correctement – le

renommer en Atelier des arts de lumière. « Aujourd’hui,

la technique de la vidéo est accessible

à un très grand nombre. Pour faire du cinéma,

il suffi t de se payer une caméra et d’accorder à

cette occupation son temps et son attention »,

affi rment les artistes qui, quand ils ne fi lment

pas la nature oudmourtienne sur le compte de

la télévision locale, animent un atelier cinématographique

dans un lycée d’Ijevsk. « Le cinéma

tel qu’on le connaît s’est depuis longtemps fi gé

dans son développement. Pour le ramener à la vie,

il faut se débarrasser de tous nos clichés morts,

mettre les compteurs à zéro, créer dans une totale

liberté ». Intelligence remarquable, humour

sans bornes et pas une note de ce snobisme trop

largement répandu chez les jeunes intellos de la

capitale, Pavel et Nikita renoncent aux mots car

les grandes idées qu’ils ont servi à formuler n’ont

pas sauvé la Mère Russie. Peut-être les images

qui frappent droit au ventre sans passer par le cerveau

en seront-elles capables ?.. ڤ

moment où Nij niï Novgorod sera la capitale mondiale

du graffi ti. « Il ne faut rien interdire, décrètet-il.

Que les gens peignent sur tous les murs de la

ville ! Il n’y a rien à craindre. Les mauvais graffi tis

ont la vie courte. » En eff et, ils sont rapidement

recouverts par d’autres : plus expressifs, plus subtils,

plus signifi catifs. « Et ce n’est qu’en créant

un milieu qu’on peut espérer croiser un jour des

génies », poursuit Sergueï. À l’en croire, il est

grand temps. Si dans les années 1990, les diff érents

groupes artistiques en Russie se disputaient

la place au soleil, l’heure est aujourd’hui à la coopération

et au compromis. « Je soutiens toutes

les initiatives liées à la promotion de l’art actuel,

explique Sergueï. Peu importe que je le trouve à

mon goût. Nous défrichons tous le même champ

et n’avons rien à disputer. » Dans ses projets :

une exposition de graffi ti novgorodien à Kirov et

une autre, très importante, au début de l’année

prochaine, dans l’ancien bâtiment de l’Arsenal de

Nij niï Novgorod qui abrite aujourd’hui le Centre

public d’art contemporain. « La directrice nous

laisse le sous-sol. Le lieu est merveilleux. Nous

allons le transformer le temps de l’exposition en

une ligne de métro. » Un métro qui traverse le

passé et emmène loin dans l’avenir. Beau symbole.

Les yeux bleus de Sergueï s’allument, puis

retrouvent en un instant leur expression sereine

habituelle. ڤ

13

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Le Courrier de Russie

sur le web

www.lecourrierderussie.

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Le Courrier de Russie, c’est également

un site d’actualités, lecourrierderussie.ru,

à consulter jour après jour pour

suivre et vivre la Russie au plus près

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lecourrierderussie.ru

Mikhaïl Khodorkovskiï : « L’élite ne se

réveillera qu’une fois la situation devenue

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de Russie

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Droit et Vérité : Mikhalkov persiste et

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Pravo i Pravda (Droit et Vérité) pour

le quotidien Vedomosti

Retrouvez également chaque mardi sur

lecourrierderussie.ru des proverbes

russes traduits en français, chaque mercredi,

des vidéos musicales en russe, et

chaque jeudi, nos bons plans pour une

semaine bien pleine dans la rubrique

Moscou est à nous.


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Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

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Guide

Bienvenue dans le Neuvième Cercle. Dernier

cercle avant l’antre de l’Ange déchu. Péché

de trahison. Médée, c’était l’Inacceptable.

Par amour pour un homme, elle trahit son

père et son peuple, jalousie et colère, elle

assassine ses enfants. Magicienne surpuissante,

elle transgresse l’ultime tabou,

incarne le Mal et le chaos, Titan dévorant

sa progéniture, monstre suprême. L’ombre

continue de planer, la sorcière fascine et dégoûte.

Le mythe est repoussoir, construit la norme sociale en miroir inversé.

Jusqu’au spectacle Médée. Épisodes, zong-opéra. Le poète Liokha

Nikonov et le metteur en scène Giuliano di Capua relisent la tragédie

: Euripide a menti, accusé l’étrangère pour préserver l’unité de

la Grèce. La princesse de Corynthe est Géorgienne, confl it ossète en

fi ligrane, la fi lle du roi rival est victime d’hommes bouchers, menteurs

et lâches, qui l’accablent parce qu’elle a refusé de se soumettre. Inscrite

dans un présent tout proche, la Médée de cet opéra punk, pétersbourgeois

et époustoufl ant, est victime sacrifi cielle, bouc émissaire et

furie, révolutionnaire, prophétesse de terribles augures. Médée fi gure

inverse, aux ailes trop grandes, condamnée.

Médée. Épisodes, opéra punk, le 27 novembre, à 19h, TsDKh,

Krimskiï Val, 10.

www.teatrodicapua.com/medea/p

Conception : Vera Gaufman

Texte : Julia Breen

Réalisation : Galina Kouznetsova

Bienvenue dans le Huitième Cercle. Vous êtes

chez les menteurs, les voleurs. Trompeurs,

mauvais conseillers et faux-monnayeurs. Alchimistes.

Performers et artistes contemporains,

expérimentateurs invétérés. Le fossé

capitale/province est toujours partout présent.

Parfois, il est presque infranchissable. Alors on

salue chaleureusement l’initiative éphémère et fragile

de ce « musée vivant de la performance » au Centre

municipal d’art contemporain de Voronej. La performance comme essence

de l’art contemporain. Et au-delà. L’art ne peint plus des héros,

mais s’approche, au contraire, au plus près de l’humain trop humain,

colle au réel, abolit au maximum la distance. L’art classique observait

depuis l’extérieur, façonnant l’objet sur des canons formels quand

l’art contemporain se veut expression des profondeurs de l’être, inverse

le point de vue. La performance en est l’aboutissement, la représentation

est abolie, l’acte devient spectacle, au moment même où

il a lieu. Tout le XXe 8

siècle dans un concept.

« Musée vivant de la performance », du 12 au 19 novembre, Centre

municipal d’art contemporain, oul. 20 let Oktyabria, TTs Evropa,

5-iï etaj, Voronej.

7

Bienvenue dans le Septième

Cercle. Coupables du péché

de violence. Une violence

nécessaire, lieu de

possibles, zone réservée,

territoire neutre, sans loi,

hors codes de la communauté,

rituel initiatique, pour

s’apprivoiser. Iouriï Bykov, c’est la

« nouvelle vague russe ». Son dernier fi lm, Jit’

(2010), pose à la morale la question de la survie,

aux limites du Bien et du Mal, que restet-il

de l’humain confronté à l’extrême. Un type

partait simplement à la chasse, mais, témoin

d’une scène, se retrouve à tirer un inconnu des

pattes de bandits qui le poursuivent. Il faut fuir,

à deux. Contraints par l’urgence de faire avec

et ensemble, jusqu’à se retrouver confronté au

choix ultime, lui ou moi, un seul vivra. Tenter

de maintenir des principes, s’accrocher à une

abstraction, une certaine idée de soi, système

de valeurs et éthique pour fi nir mal, broyé.

Ou vivre peinard, serein, sans scrupules et

surtout sans questions. Bykov fi lme l’humain

imparfait, en équilibre instable entre lui et luimême,

ne tire surtout pas de conclusion. Il a

une croyance, pourtant, absurde et folle, fi ne

espérance, peut-être dans la justice. Car celui

qui reste en vie n’est pas forcément le vainqueur.

Jit’, Iouriï Bykov (2010), première russe le

11 novembre.

6

DÉPART

Bienvenue dans le Sixième Cercle. Hérétiques,

athées et épicuriens. Andreï

Plakhov est critique, commentateur cinéma

attitré du quotidien Kommersant,

membre du jury à Berlin, Locarno, Tokyo,

San Sebastian. Winzavod lui ouvre le programme

« Cinéma avec Andreï Plakhov ». La

graine et le mulet, Abdellatif Kechiche, indéniablement très grand

fi lm. Une vraie histoire. Qui dit toutes les histoires. Admirablement

inscrite dans un milieu et une époque et parle en même temps de

partout et toujours, de noblesse et de bassesses, d’humanité en profondeur,

amours contrariées, générations sourdes. Les vieux ont sacrifi

é et cru bon de se taire, ils ont espéré, les gamins les renient et

leur crachent au nez sur un sol étranger, veulent tout, tout de suite.

Assimilation dévoreuse. Et puis la grâce, le temps d’un instant, autour

d’un couscous, générosité pure et entière, abandon, folie, une

fl eur des villes née dans la boue rayonne, inonde de soleil la grisaille,

brûle de fraîcheur et d’énergie vitale. Et au même moment l’autre qui

s’éteint, usé, vieil arbre déplacé, racines tronquées. Dans une danse.

Kinoteatr s Andreem Plakhovym : La graine et le mulet, A. Kechiche

(2007), le 15 novembre, à 20h. Tsurtsum kafe, Winzavod,

4-iï Syromiatnitcheskiï per., d. 1/8, str. 6.

www.winzavod.ru

Vous ne savez plus que faire de votre temps libre ? Jetez

les dés et lancez-vous dans un voyage insolite à travers

les neuf cercles de l’Enfer. Vos guides, fi ns connaisseurs

des ténèbres, vous feront goûter leurs plaisirs inattendus.

Suivez leurs conseils, vous ne serez pas déçus. À la prochaine

au purgatoire !

4Bienvenue dans le Quatrième Cercle.

Après avoir fait fortune, vous partez

investir en Sibérie. Au passage prenez

des informations à la nouvelle fondation

de l’oligarque Prokhorov. Allez

directement au purgatoire.

Bienvenue dans le Huitième

Cercle. Testez votre effi cacité

au musée vivant de la performance.

8

Bienvenue dans le Troisième

Cercle. Goûtez les plats

bourguignons au restaurant

Kaï. Passez votre tour. 3

Bienvenue dans le Neuvième

Cercle. Vous êtes

terrorisés par la magicienne

Médée lors de

l’opéra punk. Passez votre

tour.

9

ARRIVÉE

BIENVENUE AU PUR-

GATOIRE. PASSEZ UNE

SEMAINE CHAUDE !

7

Bienvenue dans le Septième

Cercle. Découvrez

les limites entre le bien et

le mal en regardant Jit’, le

dernier fi lm de Iouriï Bykov.

Bienvenue dans le Cinquième Cercle. Les coléreux

et les mélancoliques. Tulpan, c’est la première

fi ction du réalisateur de documentaires Sergueï

Dvortsevoï. Dvortsevoï vient du Kazakhstan, et

5

son fi lm, il souffl e comme la steppe. C’est lent

et immédiat, immense et simplissime. La steppe

est le lieu d’un présent éternel, où l’histoire

n’existe pas. Où rien n’évolue, ne progresse, ne

change, où le rythme est celui du soleil, de l’herbe et

des brebis. Aza revient chez lui, démobilisé après le service dans la Flotte.

Enfant de berger, il vise l’impossible et s’y attelle : bâtir une maison, installer

l’eau et l’électricité, devenir propriétaire, écrire une Histoire. Caïn

dans le monde d’Abel, Aza est toute la vanité et par là la grandeur de

l’existence humaine. Pour posséder des moutons, il faut se marier. Mais

la seule jeune fi lle à 300 kilomètres à la ronde c’est Tulpan. Et Tulpan

ne veut pas épouser Aza. Parce qu’il a les oreilles décollées. Le fi lm en a

mis, du temps, à se faire, en a épuisé, des équipes de tournage. Parce que

Dvortsevoï laisse la réalité s’écrire d’elle-même dans ses cadres. Parce

que dans la steppe, le quotidien est parabole. Voyage dans un autre espace-temps.

Tulpan (2007), Sergueï Dvortsevoï.


1Bienvenue dans le Premier

Cercle. Jouez les païens en

vous rendant au festival d’art

rituel In Out. Allez à la case

suivante.

5Bienvenue dans le Septième

Cercle. Laissez-vous entraîner

dans un autre espace-temps

avec Tulpan, le fi lm de Sergueï

Dvortesvoï. Revenez à la case

départ.

6Bienvenue dans le Sixième

Cercle. Echappez-vous le

temps du festival «cinéma

avec Andreï Plakhov». Allez

à la case suivante.

2Bienvenue dans le Deuxième

Cercle. Partez à la découverte

du festival du nouveau

théâtre européen. Avancez de

deux cases.

Bienvenue dans le Quatrième Cercle. Les Avares et

les prodigues. Mikhaïl Prokhorov est un oligarque,

4

milliardaire. Il a fait fortune sur les charognes de

l’Empire, au temps des privatisations. Entre les

usines de nickel, les villas yachts et jets privés ou la

NBA qu’il s’est off ert comme un petit plaisir, il a encore

créé une Fondation de soutien à la culture. Échaudé à

Courchevel, Prokhorov revient en France la tête haute et, sous le bras, une

grandiose exposition Sibérie inconnue, à Lyon. Avare et prodigue. Inclassable.

Comme la Sibérie, lieu symbolique d’une Russie ô combien duelle,

plurielle, terre impraticable et hostile, et riche et nourricière ; insondables

réserves souterraines, lieu des utopies, colonies et conquêtes. L’ombre des

camps de travail et la pureté de l’eau du Baïkal. Contrastes et paradoxe,

contradictions infi nies comme les espaces. La fondation Prokhorov dévoile

une Sibérie aussi archaïque qu’à la pointe, centre d’innovation technologique,

pôle majeur de l’art contemporain russe.

Festival Sibérie inconnue, La création russe contemporaine, du 15 au

21 novembre, Lyon, France.

www.prokhorovfund.ru

3

Guide

1

Bienvenue dans le Troisième Cercle.

Coupables du péché de gourmandise et

gardés par Cerbère. Le chef français

Nicolas Isnard s’envole en tournée,

vient régaler les papilles moscovites.

Si la France ne vit pas ses meilleurs

moments, poids d’un passé qui ne

survit que dans les représentations,

certitudes et leçons de morale obsolètes,

sclérose et rétrécissement des perspectives… on

continue au moins de s’y faire plaisir à table. Hommage

à la Bourgogne. Ironie : la région, à force d’isolation

et de fermeture, de refus catégorique de toutes

les innovations, fi nit par se retrouver aujourd’hui à

l’avant-garde, sommet d’une gastronomie de luxe célébrée

dans le monde entier. À propos de luxe, entre

nous, au restaurant Kaï, avec des business-lunches

à 1 650 roubles, il sera conseillé de savourer. Mais

puisque la très vieille France fait encore du bon vin, au

diable les varices !

Cuisine de Bourgogne, Nicolas Isnard au restaurant

Kaï, du 22 au 26 novembre, Kaï, Swiss hotel Krasnye

kholmy, Kosmodamianskaïa nab., 52, str. 6.

www.swissotel.com

15

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Bienvenue dans le Premier Cercle. Vous

êtes chez les non-baptisés. Ils ont vécu

avant l’avènement du Christ. Leur

péché n’est pas mortel. Condamnés

à errer, aveugles. L’Âge moderne a

mis Dieu à mort, mettait l’homme au

centre et préparait sa chute. Ses enfants,

maudits, devraient se retrouver sans Père,

privés d’abstraction et d’entité suprême.

Eff ondrement des murs et utopies réalisées, illusion

dévoilée, système déconstruit et désacralisé, nous nous

sommes réveillés groggy, comme d’un cauchemar sans fi n, assis

sur des cendres. Contre le Dieu matériel, on recherche du sens

et des mondes parallèles. Dans le vide spirituel, on s’engouff re,

piocher ici et là, troquer l’autorité contre la discipline. Consentie.

Le centre culturel Dom invite le festival InOut, nouvel art rituel.

Le créateur s’eff ace devant la création, le post-modernisme, orphelin,

se fabrique des racines, se redécouvre archaïque, inspiré,

soumis. Se contenter d’être, absolument, ne pas se contempler.

Au plus profond de soi jusqu’à s’oublier. Chamanisme XXI e siècle

et avant-garde classique, musique rituelle tibétaine et drone ambient.

Néo-paganisme de rigueur. Ommmmm…

Festival d’art rituel In Out, le 19 novembre, à partir de 20h,

Centre culturel Dom, Bolshoï ovtchinnikovskiï per., d. 24, str. 4.

www.dom.com.ru

2

Bienvenue dans le Deuxième

Cercle. Péché de chair, ils

ont placé la passion audessus

du devoir. Il fut un

temps où l’on enterrait les

comédiens la nuit, hors les

Murs, avec les Juifs et les

excommuniés. Le théâtre occidental

s’est détaché du rituel

originel, n’est plus vecteur mais fi n

en soi, devenu art. Le festival NET, pour

Novyi Evropeïskiï teatr (Nouveau théâtre

européen), se veut depuis 1998 « fenêtre

sur l’Europe » et tient le cap. Cette année

le festival innove : abolition des repères

oblige, NET n’observe plus l’Ouest depuis

la grande Russie mais devient lieu même

du croisement, « festival des carrefours des

diff érentes cultures européennes ». D’Allemagne,

Finlande, France et Autriche mais

aussi Bulgarie, Pologne, Hongrie, Lettonie…,

des troupes pour interroger un théâtre

« nomade ». Qu’est-ce qu’écrire produire

jouer hors de son pays natal, dans une autre

langue ? Où les frontières, où l’étrangeté

? À l’encontre de l’exil forcé, déchirures et

espace unifi é, identités confi squées dissolues

; le voyage, désir curiosité rencontres,

partage sans eff acer. Toujours se rappeler

d’où l’on vient et ce dont on est dépositaire

pour être libre et seul. Jamais se conformer.

Manifeste pour une Europe d’en bas,

appropriée, complexe, multiple, en mouvement,

inaliénable.

Festival NET, nouveau théâtre européen,

jusqu’au 28 novembre.

www.netfest.ru


16

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

En forme

Stévia : le goût du sucre sans le sucre

Le 10 octobre dernier, le grand rabbin

de Russie Berl Lazar a certifi é casher

une marque de boissons traditionnelles

nommée BioBiss. Tarkhun,

Diouchess et autres délices locaux

sont commercialisés par cette marque moscovite

qui produit ses breuvages avec des ingrédients

naturels, et sans sucre. D’où provient

donc le goût du sucre? Pour le consommateur

attentif l’étiquette contient un mot qui retiendra

l’attention: stévia.

Le stévia est une plante d’aspect buissonneux,

originaire d’Amérique du Sud, qui

contient des substances au goût sucré. Il en

existe environ deux cent sortes dont la plus

réputée pour ses propriétés édulcorantes est

le stevia rebaudiana. A l’origine, cette plante,

aussi appelée chanvre d’eau, était largement

consommée par les indiens Guarani du Paraguay

et du Brésil, qui l’utilisaient pour ses

vertus médicinales.

Du point de vue médical le stévia est véritablement

à la frontière entre le médicament

et l’aliment. Pour zéro calorie, la douceur

gustative est assurée, ce qui permettrait de

remplacer le sucre là où il ne remplit qu’un

rôle d’édulcorant, et ferait du stévia un moyen

de lutte contre l’obésité. De plus, plusieurs

études semblent indiquer des eff ets positifs

sur le diabète, ou encore l'ostéoporose. Il

serait antifongique et antibactérien et aurait

même un eff et protecteur pour les dents.

Véritable pionnier, le Japon a banni les édulcorants

artifi ciels dans les années 70, et les

a remplacés par le stévia. Aujourd’hui cette

plante représente 50% du marché des produits

sucrés dans l’archipel, avec notamment

des chewing-gums, des boissons, mais

aussi du dentifrice ou encore des produits de

conservation des viandes et des poissons.

Santé et Beauté

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8 (915) 352-77-97

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En Russie, le stévia est connu depuis 1934,

après que la plante a été ramenée d’une expédition

en Amérique latine, par Nikolaï Vavilov,

botaniste et généticien de renom. Il y

est cultivé des zones méridionales jusqu’à

Saint-Pétersbourg, et des recherches pour la

création de nouvelles variétés résistantes au

froid sont en cours. En France, le climat plus

clément permet jusqu’à deux récoltes par an.

Toujours en France, l’utilisation d’extraits de

stévia dans l’agroalimentaire est autorisée depuis

2009, et les édulcorants de table depuis

janvier 2010. Autre son de cloche pourtant

dans le reste de l’UE où l’utilisation du stévia

reste proscrite, bien que les démarches d'accréditation

suivent leur cours.

US Dental

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Tél.: 8 (495) 933-86-86

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Aux Etats-Unis, les lobbies des édulcorants

ont réussi à retarder de deux décennies l’autorisation

de mise sur le marché par la Food

and Drug Administration (FDA). Le stévia

y est désormais commercialisé depuis deux

ans. En 2006, l’Organisation Mondiale de la

Santé (OMS) a déclaré la consommation humaine

sans danger.

Côté prix, les extraits de stévia coûtent entre

600 et 2800 roubles le kilo selon les fournisseurs,

tandis que le sucre revient à 100

roubles en moyenne (sucre blanc, de canne,

en cube et en poudre confondus). Sachant

que le pouvoir édulcorant du rébiauside est

300 fois supérieur à celui du sucre, il coûte

entre 12 et 50 fois moins cher. Si le stévia

Pour passer des annonces

dans cette nouvelle

rubrique, appelez le

690-64-39

présente beaucoup d’avantages par rapport

au sucre, ce dernier n’en est pas moins nécessaire

au fonctionnement de l’organisme.

Comme toute bonne chose : à consommer

avec modération.

Ugo Pfenninger

Idée de recette:

Moelleux chocolat au stévia

Ingrédients (Pour 4 personnes) :

- 200 g chocolat noir

- 2 œufs entiers

- 1 cuillère à soupe de beurre

- 1 cuillère à soupe de maïzena (poudre

de fécule)

- 1 cuillère à café de stévia (poudre des

feuilles)

- poivre du moulin ou cannelle selon les

goûts

Préchauffez votre four à 180°C. Pendant

ce temps, faites fondre le chocolat au

bain-marie et incorporez-y le beurre. Une

fois l’opération terminée, retirez la casserole

du feu et incorporez la maïzena, les

oeufs battus, le stévia et un peu d’eau

afi n de conférer à la masse une texture

ferme et lisse.

Remplissez vos moules de la pâte ainsi

faite, en vous assurant qu’elle ne soit

pas trop liquide. Enfournez de huit à dix

minutes selon vos goûts et saupoudrez

de copeaux de noix de coco à la sortie

du four.

Bon appétit!


Quand on meurt de faim, il se

trouve toujours un ami pour

vous offrir à boire.

Antoine Blondin

Utopie russe

à l’anglaise

30 octobre, un samedi. Moscou commence à célébrer

Halloween, fête profondément orthodoxe. Depuis

le matin, on croise dans les rues de petits trolls, des

sorcières souriantes et des vampires ensanglantés. La

ville, couverte de nuages, est plutôt triste.

En savourant la bruine, je me dirige avec mon ami

français B.B. vers le théâtre académique de la jeunesse

(RAMT), situé à côté du Bolchoï. Il est midi. Et c’est

précisément à midi que débute le spectacle Sur les

rives de l’Utopie, inspiré de la pièce éponyme de Tom

Stoppard. L’ œuvre traite de l’évolution de la pensée

philosophique russe au XIX e siècle. Et il ne faut pas

moins de dix heures pour en parler.

Spectacle en triptyque : trois pièces – Voyage,

Naufrage et Sauvetage – d’une durée de deux heures

trente chacune. Avec des pauses de trente minutes

entre les spectacles et des entractes de quinze minutes

: nul besoin donc de s’équiper de sandwiches ou

de thermos de thé.

Le buff et du théâtre propose toutes sortes de boissons

– y compris champagne et cognac, si le spectacle

vous paraissait particulièrement long –, canapés

au caviar et friandises. Si le choix ne vous satisfait pas,

il reste l’option MacDo, juste à côté du théâtre. Attention

cependant, il vous faudra avaler votre hamburger

en chemin : les sévères ouvreuses ne vous permettront

pas de l’emporter dans la salle.

Du courage, il en faut indéniablement pour tenir ces

Rives de l’Utopie jusqu’à la fi n. Pour endurer sans faillir

ces dix heures de marathon, il faut être soit masochiste,

soit philosophe. Ou encore accompagné d’un ami fi dèle

qui vous prêtera son épaule, pour un petit somme, au

cas où. Studieuse et disciplinée, j’ai bien dormi la nuit

d’avant afi n de me préparer au mieux et d’éviter d’abuser

de l’épaule de B.B.

Les pièces comptent plus de 70 personnages : Bakounine,

Tourgueniev, Belinski, Stankevitch, mais

aussi Herzen, Ogarev, Sazonov, et même Marx. Les

péripéties de la pensée russe prennent vie dans les tragédies

personnelles des héros, dont la moitié meurent

vers la fi n de la pièce.

Naufrage porte sur la révolution française de 1848.

Les acteurs chantent La Marseillaise. Herzen, détruit

par l’eff ondrement de ses idées et l’adultère de

son épouse, se laisse guider par une petite femme qui

ressemble trait pour trait à la Liberté de la toile de Delacroix.

Sauvetage est encore plus triste. Herzen a perdu

son fi ls et sa mère dans un naufrage. Veuf, il partage

dès lors le quotidien de son ami Ogarev, et surtout de

la femme de ce dernier, Nathalie. Ensemble, ils tentent

de réveiller l’intelligentsia en éditant la revue Kolokol.

En vain.

Si nous ne l’avions pas su, nous aurions été incapables

de deviner que la pièce a été écrite par un Anglais.

Top Stoppard est parvenu, avec brio, à saisir les

racines de tous les malheurs russes, à une telle profondeur

que j’en suis restée bouche bée. Le problème,

avec nous, les Russes, c’est que nous passons notre

temps à emprunter les idées les plus avancées venues

d’Occident – depuis le capitalisme allemand jusqu’au

ménage à trois à la française – sans être, pourtant,

jamais vraiment capables de les mettre en pratique

correctement, jusqu’au bout.

Presque tous les spectateurs sont restés jusqu’au

bout. À la fi n, ils se sont tous levés pour une standing

ovation qui a duré plus de dix minutes. J’étais debout

aussi, époustoufl ée, émerveillée, estomaquée, à applaudir

jusqu’à en avoir mal aux mains. Désolée pour

tout ce pathos, les mots me manquent : c’était tout

simplement génial !

Vera Gaufman

Prochain spectacle : le 18 décembre 2010, au RAMT,

Teatralnaïa ploshad, 2. Billets : (+7 495) 69 200 69, www.

ramt.ru.

publi-reportage

CUISINE GASTRONOMIQUE

Moscou en bouteille

GET SMART GET LAID

Baraque à falafel

Oulitsa ousatcheva. Une rue étonnante

où les bâtiments de pierre se transforment

au fi l du chemin en petits blocs

de préfabriqués diff ormes. Un restaurant

végétarien aurait ouvert ses portes, il y a un

mois à peine, dans cet amas de ferrailles sale et peu

rassurant. Diffi cile à croire. Et pourtant si, c’est

écrit en toutes lettres : Korolevskiï Falafel. On comprend

mieux pourquoi le gros milicien croisé plus

tôt nous a demandé à plusieurs reprises si c’était

bien le lieu que nous cherchions car « ce n’est pas

vraiment un restaurant ». Il est vrai que l’on s’attendait

plus à une sorte de Starbucks végétarien

qu’à ce petit boui-boui de 10m 2 prêt à fermer ses

portes… alors qu’il n’est que 20h30. Drôle de sortie

pour un vendredi soir.

Vêtue d’un gros manteau d’hiver, la jeune

serveuse qui s’apprêtait à quitter la bicoque s’empresse

de sortir, à notre arrivée, les aliments de

petites boîtes en plastique rouge pendant que nous

nous débarrassons de nos manteaux et prenons

place sur les quatre uniques tabourets du lieu. La

salle est si exiguë qu’elle est vite envahie par l’odeur

du graillon. 30 secondes plus tard, nos sandwichs

de boulettes de pois chiches, dites falafels (99

roubles), sont prêts à déguster. Ça, c’est de la restauration

rapide ! Un peu trop peut-être puisqu’ils

sont froids. Quelques secondes aux micro-ondes

et retour dans nos assiettes… trop chauds cette

fois ! Les boulettes de falafel sont à point mais le

pain pita, les légumes et le houmous sont ramollis

par la chaleur, alors qu’ils sont justement censés

apporter toute la fraîcheur à cette spécialité culinaire

du Proche-Orient.

Alors que nous essayons de nous concentrer

pour manger nos sandwichs proprement et sans

en perdre la moitié, David, le directeur du lieu,

explique comment reconnaître un bon falafel. De

ses grosses mains, il rompt une boulette en deux :

« Vous voyez, la couleur verte montre que c’est bon

produit, si c’est jaune, c’est un faux ». Contentes de

Les Beatles vus

par une star du

blues moscovite.

Levan Lomidze et

les Blues Cousins

(Russie)

Les 25 novembre et 23 décembre.

Blues, harmonica, guitare, vocal

L’idée, c’est un mini-festival consacré au travail du

quatuor légendaire de Liverpool, au cours duquel

seront jouées, à côté des grands hits des années 70,

les créations immortelles des Beatles. Des musiciens

d’un tel niveau réunis sur la scène du jazz-club

Soyouz kompozitorov, ça ne se rate pas ! Le leader

des Blues Cousins, Levan Lomidze, est le premier

guitariste russe reconnu aux États-Unis, où il a donné

plus de 100 concerts, dont des apparitions dans

les plus prestigieux festivals blues du pays. La presse

américaine a réagi avec fougue, admiration et enthousiasme

au succès vertigineux des Blues Cousins. Levan

Lomidze a été sacré meilleur musicien blues de

l’année par les auditeurs de l’émission Doctor Blues

(Open radio). Il fi gure également au panthéon des dix

plus grands guitaristes de Russie.

Ouvert de 11h à 1h du matin

manger de vraies boulettes, nous observons qu’une

petite bière avec ne serait pas de refus. L’homme

aux gros sourcils noirs est étonné qu’on puisse

penser accompagner un falafel d’une bière. Il n’en

propose pas, mais nous indique où nous pouvons

en trouver. Dans la « cabine » d’à côté, un jeune

garçon sert des bières pression au verre pour 66

roubles. Dans cet endroit absolument hors du commun,

trois types déjà bien alcoolisés ingurgitent

leurs bières comme de l’eau. Retour au fast-food où

David ne se vexe pas devant les boissons rapportées.

Au contraire, il note que la bière manque au menu

de la gargote qu’il a conçue lui-même et nous demande

des conseils sur la marque à commander.

Cet homme, d’origine géorgienne, s’aperçoit

rapidement que ses trois seules clientes de la soirée

sont françaises. Il entame alors un long monologue

sur les lieux qu’il a visités dans la capitale française

: « Ah… Paris ! » s’exclame-t-il à plusieurs

reprises en français. « Place Vendôme, jardin des

Tuileries, Champs Elysées, Euro Disney… » Celui

qui assure qu’il est le seul à faire ses propres falafels

à Moscou se souvient de ceux qu’il a goûtés dans le

Marais… et nous fait alors revisiter Paris. David fait

l’ambiance à lui seul. Ce qui rend fi nalement le lieu

sympathique. Mais un trouble-fête, venu de la bicoque

d’à côté, entre en titubant pour commander

un sandwich. Le service est terminé. David a défi nitivement

rangé ses falafels et ses chakchoukas (120

roubles). Il faudra revenir le lendemain matin pour

la formule petit-déjeuner (de 39 à 49 roubles). L’intrus

insiste. L’atmosphère s’alourdit soudainement.

La serveuse nous lance un regard eff rayé en nous

faisant comprendre qu’il faut quitter l’endroit. 40

minutes après être entrées, nous partons en hâte.

Un vrai fast-food.

Gabrielle Leclair

Korolevskiï Falafel

26, Ousatcheva oul., Ousatchevskiï Trade House

+ 7 (495) 363 11 91

Cynthia

Saunders

(USA)

Les 18,19 et 20 novembre.

Jazz, vocal.

Dans le monde de la

musique, on l’appelle

Cynthia Jazz. Cette vocaliste jazz brillante et pénétrante

apaise l’âme et insuffl e la soif de vivre à tous

ceux qui l’entendent. Armée de son ravissant sourire,

Cynthia s’entretient chaleureusement avec

son public, l’attirant dans son monde musical et

emplissant ses auditeurs d’émotions fortes et nouvelles.

Sur elle, les critiques jazz ont écrit ceci :

« Cynthia possède une voix très belle, qui embrasse

les styles du passé, du présent et même du futur. Et

elle est également un remarquable auteur de chansons…

À toutes les compositions jazz interprétées par

Cynthia vient s’ajouter la douceur toute particulière

de la voix de la chanteuse, qu’il s’agisse de ballades

jazz émouvantes et éternelles ou de mélodies latinoaméricaines

vivantes et épicées. »

Jazz-club « Soyouz kompozitorov »

Moscou, Brioussov per., 8/10 str. 2, M° Okhotnyï riad,

Tel : +7(495) 629 65 63, www.ucclub.ru

www.artistico.ru

cafe@artistico.ru Kamergersky per. 5/6, Tél. : 692 40 42, Fax : 692 52 71

17

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Unités

nationales

Je n’ai toujours pas compris ce

qu’était le Jour de l’Unité nationale

– j’avoue ne pas avoir trop

cherché non plus – si ce n’est

un jour férié en plein milieu de la

semaine et, en toute logique, une

occasion pour mes amis moscovites

de sortir jusqu’au matin.

Rendez-vous dans le restaurant

situé au cinquième étage

de la synagogue Bolchaïa Bronnaïa,

peuplé d’un sympathique

mélange de Russes, de Français,

et même un Amerloque, fi lles et

garçons, gay et straight, 25-35

ans. Dans le lot, quelques expat’

que je ne connais pas encore. Le

problème des expat’, c’est qu’ils

fi nissent forcément par quitter

Moscou, et qu’ils se débrouillent

toujours pour plier bagages au

moment précis où l’on commençait

à s’attacher. Comme quoi,

en amitié aussi, il vaut mieux

consommer local.

Après un chachlik kasher

surépicé (290 roubles), direction

Solianka où, comme dans toutes

les discothèques de Moscou, on

se demande en arrivant si l’on n’a

pas confondu l’entrée du night

club avec celle du club d’aérobic.

Car quand les Moscovites dansent,

ils n’y vont pas à moitié !

La nuit se poursuit au Proekt

OGI. Autre ambiance, moins

branchée peut-être, mais tout

aussi animée. Les effl uves de vodka

ont remplacé celles des eaux

de toilette. On discute, on rit, on

danse. On est bien.

Résultat des courses :

2 verres de vin à la synagogue

(600 roubles la bouteille de Carignan),

4 vodkas tonic (210

roubles au Solianka), quelques

gorgées de Long Island bues

ici et là dans les verres de mes

amis (500 roubles), 1 vodka shot

(70 roubles à OGI), 1 Sambuca

fl ambée (250 roubles), une pinte

de Baltika (100 roubles), encore

quelques gorgées de gin dans une

after je ne sais plus où, et bien

trop de cigarettes (20 roubles le

paquet dans n’importe quel cabanon).

8 heures du matin. Retour

en taxi, et en (très) bonne compagnie.

Guillaume Clément Marchal

Restaurant de la synagogue

Bolchaïa Bronnaïa

Bolchaïa Bronnaïa oul., 6, str. 3

Métro : Tverskaïa

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Métro : Kitaï Gorod

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Proekt OGI

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Métro : Tchistye Proudy

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18

Le Courrier de Russie

Du 12 au 26 novembre 2010

www.lecourrierderussie.ru

Retrouvez à chaque numéro du Courrier de Russie le clin d’œil

pratique pour votre expatriation !

LA CHRONIQUE DES EXPATRIES :

All’eau !

de YAN SOTTY

A votre arrivée en Russie, les premiers conseils

que l’on vous donne ont trait à la santé ! Et vous

entendrez régulièrement : « Ne buvez jamais

l’eau du robinet ! ». N’exagérons rien ! L’eau

est potable, même si elle se caractérise souvent

par un petit goût inhabituel. Encore convientil,

selon les organismes, de ne pas en ingurgiter

de grandes quantités qui pourraient éventuellement générer de petits

désagréments.

En tout cas, si vous êtes du genre ultra-prudent, vous pourrez toujours

vous rabattre sur les bouteilles d’eau minérale vendues dans les

supermarchés, ou plus simplement encore, louer, voire acheter une fontaine

d’eau et ses réserves.

Les sociétés de distribution d’eau potable pour fontaine sont nombreuses

et, parmi les plus connues en Russie, fi gurent Vitelia, Nestlé

Waters, Cone-Forest et Korolevskaya Voda. Leurs tarifs de service sont

sensiblement équivalents…

La fontaine d’eau, dite en russe « cooler », selon le terme anglais,

vous permettra d’avoir à domicile de l’eau fraîche ou chaude. Vous pourrez

l’acheter dès votre arrivée (entre 4000 et 8000 roubles pour une fontaine)

et vous ferez des économies si vous prévoyez de vivre plus d’un an

à Moscou. Un détail d’importance : en cas de problème, toute intervention

vous coûtera le déplacement du spécialiste et la réparation Autre

option, pour une somme encore raisonnable, la location de la fontaine

(400 roubles mensuels) qui permet un remplacement gratuit de matériel

en cas de dysfonctionnement.

Pour ces fontaines, les bombonnes d’eau d’une capacité de 19 à 23

litres, se commandent par 3 minimum, pour une somme d’environ 250

roubles pas bombonne. Pour un couple avec un enfant, vous pouvez tabler

globalement sur une consommation de 4 bouteilles par mois en été

et de 3 bouteilles en hiver.

La livraison des bombonnes est gratuite. Dans la majorité des cas,

vous êtes livrés le lendemain de la commande, rarement le jour même.

Avec l’avantage appréciable de ne pas avoir à monter tous ces litres

d’eau au domicile, surtout quand l’ascenseur est inexistant dans votre

immeuble ! Sachant qu’il vous faudra trouver un endroit où stocker les

bombonnes de réserve…Petit détail d’importance relatif à la livraison :

si, pour plusieurs sociétés, cette livraison s’eff ectue dans une fourchette

approximative de 3 heures, Nestlé et Cone-Forest sont généralement

respectueux des horaires convenus.

A savoir également : l’eau qui vous est proposée n’est pas une eau

minérale particulière mais l’eau fournie par les services techniques de la

ville et traitée par les soins de la société. Ce qui incite certains à s’approvisionner

en plus de bouteilles d’eau minérale qu’ils avouent consommer

« sans modération »…

Se mettre à l’eau, soit ! Mais sachons quand même raison garder !

* Yan Sotty est directeur de « Wellcome Abroad Relocations»,

société de services pour expatriés en Russie

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Vivre en hauteur: les pours et les contres de

la vie en gratte-ciel

Il y a deux catégories de gens. La première se compose de

personnes bien ancrées au sol, qui aiment la terre et qui préfèrent

rester auprès d’elle. Elles rêvent d’une maison avec

pelouse et jardin potager, n’importe où, mais pas en ville.

Et puis, il y a cette seconde catégorie qui, malgré ses airs de

respectabilité plane toujours dans les nuages. Ce sont les enfants

des mégalopoles, ceux pour qui le vacarme des villes est

comme le bruissement des feuilles qui tombent, le chuchotement

confus de la paisible rivière.

Pour cette dernière catégorie, le comble du bonheur se situe

au 40 e étage d’un gratte-ciel. Ces bâtiments sont pensés et

construits pour eux, un peu comme « des villes dans la ville ».

Y vivre témoigne d’un certain statut social. La quasi-totalité

des constructions de ce type font partie des classes « business »

et « élite ». Bien entendu, les acheteurs potentiels de ces biens

immobiliers à Moscou ont des revenus confortables.

Il y a bien sûr avantages et inconvénients à résider dans un

gratte-ciel. Considérons tout d’abord les points positifs. Outre

le prestige, il y a la place, car en général les appartements sont

plus spacieux que ceux des habitations conventionnelles. Dans

ces « villes dans la ville », les infrastructures sont très développées.

En général, ces constructions sont subdivisées en plusieurs

zones : bureaux, surfaces commerciales, loisirs... Il est

possible d’y faire ses courses, d’aller au cinéma, de se rendre au

bureau, à la piscine... et tout cela sans sortir de chez soi. Quant

à la pureté de l’air, elle augmente avec l’altitude. Enfi n, la vue

est souvent saisissante.

Revers de la médaille : les coûts d’entretiens de telles

constructions sont deux fois plus élevés que ceux des autres

habitations. De plus, s’ils veulent éviter les imbroglios, les résidents

doivent se mettre d’accord sur le choix des entreprises

de maintenance. Bien que l’air pompé au sommet soit plus pur,

il est aussi plus raréfi é, ce serait un peu comme vivre à la mon-

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tagne. L’organisme des citadins doit s’acclimater à ces conditions,

et cela n’est pas donné à tout le monde. Par exemple, les

personnes atteintes de problèmes cardiovasculaires devraient

éviter de vivre au-delà du 20 e étage. La vie en altitude peut

accentuer des troubles psychiques préexistants, constituer un

terreau favorable à l’apparition de phobies, voire favoriser les

pulsions suicidaires. Principal point de friction entre défenseurs

et opposants aux gratte-ciel: l’aspect sécuritaire de telles

méga-structures. Les ingénieurs, quant à eux, affi rment que

les habitants des tours sont biens mieux protégés des incendies

ou des accidents électriques, grâce aux systèmes de distribution

d’eau et anti-incendie, ainsi qu’à la gestion des ascenseurs,

contrairement à ce qui se fait dans les constructions conventionnelles.

Toutefois, une évacuation de milliers de personnes et leur

mise en lieu sûr en l’espace de 2 ou 3 minutes semble peu

plausible. Ce à quoi tout système sophistiqué ne changerait

probablement rien. En fait, les gratte-ciel, dans un tissu urbain

dense, compliquent considérablement le travail des pompiers

: l’espace minimal entre le dispositif d’évacuation pour les

étages supérieurs et le bâtiment doit être de 10 mètres, tandis

que l’espace entre la nacelle et le bâtiment doit être de 6.

Les appartements des gratte-ciel représentent une forme

exotique d’habitation pour une clientèle non moins exotique :

des gens aisés, aventureux, amateurs de sensations fortes, qui

apprécient les vibrations d’une mégalopole et pour lesquels

«être au sommet», c’est vivre au sommet. Quant à Jean-

Claude Van Damme, il garde toujours des parachutes dans son

appartement non moins haut perché.

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« Rumeur des boulevards nocturnes.

Le dernier rayon de soleil s’est éteint.

Partout, partout des couples et des couples.

Le frémissement des lèvres et l’audace des yeux.

Je suis seule, ici. Il serait doux d’appuyer sa tête

Au tronc d’un châtaignier !

Dans mon сœur pleure un vers de Rostand.

Comme à Moscou que j’ai abandonné.

Paris la nuit m’est étranger et pitoyable,

Le délire d’autrefois est plus cher à mon coeur.

En rentrant chez moi, je retrouve la tristesse des

violettes

Et le portrait de quelqu’un à l’expression amicale.

(...)

Dans le vaste et joyeux Paris

Je rêve d’herbage, de nuages,

Les rives s’éloignent, les ombres se rapprochent

Et la douleur en moi est aussi profonde que jadis.

»

« J’avais oublié qu’en vous le сœur n’est qu’une

vieillesse,

Enigma

Texte sélectionné par

Jean-Félix de La Ville Baugé

Et non une étoile, je l’avais oublié !

J’avais oublié que votre poésie vient des livres

Et vos critiques de la jalousie.

Vieillard précoce, l’espace d’un instant,

J’ai oublié que vous êtes un grand poète. »

« La guerre, la guerre ! Encens devant les icônes !

Les éperons tintent,

Mais je n’ai rien à faire ni des calculs du tsar

Ni des querelles des peuples ! »

« Traquée dans le monde entier,

Tu as des ennemis sans nombre,

Comment donc t’abandonnerais-je,

Comment te trahirais-je ?

Où trouverais-je la sagesse de dire

Œil pour œil, dent pour dent ?

Ô Allemagne, ma folie,

Ô Allemagne, mon amour ! »

« Je sais la vérité ! Arrière la vérité d’hier !

Il ne faut pas que l’homme se déchaîne contre

l’homme »

« André Chénier est monté sur l’échafaud

Et moi, je vis et c’est là un péché mortel !

Il y a des époques de fer pour tout le monde,

Et il n’est pas de poète celui qui chante quand la

parole est à la poudre ! »

« Un jour adorable créature,

Je ne serai plus pour toi qu’un souvenir,

Perdu, dans ta mémoire aux yeux bleus

Perdu, enseveli, si loin, si loin !

Tu oublieras mon profi l au nez busqué,

Mon front auréolé par la fumée de cigarettes,

Mon rire continuel qui agace les gens,

Et la centaine de bagues d’argent sur ma main

laborieuse,

Et notre grenier-cabine de bateau,

Et le désordre de mes paperasses.

Tu oublieras l’année terrible, sublimée par le

Malheur.

Tu étais encore si petite et moi encore si jeune ! »

« Celui qui survit mourra ; celui qui est mort ressuscitera

;

Et les descendants, évoquant le passé, demanderont

d’une voix de tonnerre :

« Où étiez-vous ? » La réponse résonnera aussi

comme un coup de tonnerre : « Sur le Don ! »

« Qu’y faisiez-vous ? – Nous y subissions notre

martyre.

Puis enfi n, exténués, nous nous sommes couchés

et assoupis. »

Et les petits-fi ls songeurs inscriront dans leur dictionnaire,

Après le mot Devoir, le mot Don. »

« Où sont les cygnes ? – Les cygnes sont partis.

Et les corbeaux ? – Les corbeaux sont restés.

Où sont-ils partis, les cygnes ?- Là où partent les

grues migratrices.

Quant à moi, je considère que toute

chose dirigée contre l’Union Soviétique,

contre nous, n’a pas droit à

l’existence

Maïakovski, 1929

« Pour le sommeil de la mort personne n’est trop vieux »

Pourquoi sont-ils partis ? – Pour n’être pas plumés.

Et Papa, où est-il ? – Dors, dors ! Le Sommeil

Chevauchant le coursier des steppes va venir

nous chercher.

Où nous emmèrera-t-il ? – Vers le Don des

cygnes,

Là, tu le sais, où se trouve mon beau cygne

blanc. »

« Au-delà de quelles mers et de quelles villes

Dois-je te chercher, toi l’invisible, toi l’aveugle ?

Je m’en remets pour les adieux aux fi ls télégraphiques

Et, appuyée au poteau qui les supporte, je

pleure. »

« Que dois-je faire de ma démesure

Dans un monde où tout n’est que mesure ? »

« Le carré d’une lettre.

Encre et magie.

Pour le sommeil de la mort

Personne n’est trop vieux.

Le carré d’une lettre. »

« Comment ça va la vie avec une autre ?

Plus simple, n’est-ce pas ? »

La réponse à l’enigma du précédent

numéro était : Arkady Gaydamak.


N°178 с 12 по 26 ноября 2010

Афиша Вера Гауфман

О, NET

В Москве проходит 12-й Международный

фестиваль «Новый Европейский

Театр» (NET-2010). Тема фестиваля—staging

abroad. Режиссеровучастников

забросили в чужую страну

и предложили поработать с театральной

труппой, которая не говорит на их

родном языке. В результате болгары

занимались с немцами, немцы с

латвийцами, латвийцы с русскими,

австрияки с венграми (у них вообще

древний союз) и так далее.

Результаты этих экспериментов можно

увидеть с 8 по 28 ноября в центре

Мейерхольда, театре Наций, театре

«Практика». В числе постановок, есть

пьесы классиков со стажем (Чехов,

Гоголь), а есть произведения авторов и

помоложе (Вырапаев, Хандке).

Особого внимания заслуживает,

пожалуй, чеховский «Дядя Ваня» в

трактовке французского режиссера

Эрика Лакаскада (Eric Lacascade)

совместно с труппой театра Оскараса

Коршуноваса из Литвы. Чехов политовски,

во французской сценографии,

в сопровождении песни Симона

и Гарфанкеля «Прощай, любовь»—зрелище

явно не для консерваторов и не

для слабонервных.

«Дядя Ваня» (Антон Чехов), театр Оскараса

Коршуноваса / Городской театр

(Вильнюс, Литва), постановка Эрика

Лакаскада (Франция)

26, 27 ноября

Сцена Центра им. Вс. Мейерходьда,

ул. Новослободская, 23

http://www.netfest.ru/

Пьер-Лоран Эмар выйдет

на Триумфальную

Наверное, все уже привыкли, что

французы, которые посещают в этом

году Россию, приезжают в рамках

перекрестного года Франция—

Россия. Не пропустите ещё одно

музыкальное событие этого года. Если

вы до этого обходили Триумфальную

площадь стороной (мало ли, ОМОН

или «Стратегия 31» встанут на пути), то

ради пианиста Пьера-Лорана Эмара

(Pierre-Laurent Aimard) стоит приехать

на станцию метро «Маяковская». В

Концертном зале им. П.И. Чайковского

пройдут выступления знаменитого

французского музыканта, который,

кстати, имел счастье жениться на

русской пианистке Ирине Катаевой.

19 ноября Пьер-Лоран Эмар проведет

мастер-класс, 20 ноября выступит с

Национальным филармоническим

оркестром России под руководством

Владимира Спивакова, а 21 числа

состоится его сольный концерт. В

программе Мессиан, Форе, Равель,

Пуленк, Дебюсси.

Пьер-Лоран Эмар

19—21 ноября

Концертный зал им. Чайковского,

Триумфальная площадь, 4/31

Прямиком из Канн

В ноябре в российский прокат выходит

мультфильм «Рапунцель», очередная

забавная диснеевская анимация по

мотивам детской сказки. А для развлече-

ния взрослых Бертран Тавернье (Bertrand

Tavernier) снял «Принцессу де Монпансье»,

которая участвовала в конкурсной

программе Каннского кинофестиваля.

Видимо, коса Мелани Тьерри (Mélanie

Thierry), исполнительницы главной роли

Мари де Монпансье, оказалась недостаточно

длинной, поэтому никакой награды

фильм из Канн не увез. 21 ноября

кино можно будет посмотреть в «Ролане»

в рамках фестиваля «Арт-Мейнстрим».

Но можно и подождать официального

российского релиза 9 декабря. Заинтересовавшимся

есть смысл перечитать

Дюма и приготовиться к кровопролитным

столкновениям католиков и протестантов

на большом экране.

«Принцесса де Монпасье», в прокате с

9 декабря

Идиоты и ангелы

на Солянке

Аниматора Билла Плимптона (Bill

Plympton) пытались одарить Оскаром

www.lecourrierderussie.ru

Михаил Прохоров: «Я не мечтаю»

Многие мечтают оказаться на

его месте. А ему кажется, что

вершина ещё далеко. О сложных сложных

подъемах, крутых спусках

и простых радостях бытия

мы поговорили с Михаилом

Прохоровым, самым удачливым

российским предпринимателем.

Начало. Продолжение на с. II.

D.R.

уже три раза с 1987 года. Его новый

полнометражный мультфильм «Идиоты

и ангелы», где нет ни одного диалога,

выходит в российский прокат 18 ноября.

Маэстро должен сам приехать

представлять свой шедевр, гениальность

которого Терри Гиллиам (Terry

Gilliam) охарактеризовал фразой «Где

он берет свою наркоту?». В ожидании

российского релиза можно сходить

на выставку в галерею «На Солянке»—

выставка «Плимптунс» пройдет с 10

по 21 ноября. На ней будут представлены

оригинальные работы автора

для короткометражек Your face, How

to kiss, The cow who wanted to be a

Hamburger, Guide Dog и другие.

«Плимптунс»

10—21 ноября

Галерея «На Солянке»

Ул. Солянка, 1/2, стр. 2 (вход с ул. Забелина)

http://solgallery.ru/exhibitions/193


II

Le Courrier de Russie

12 – 26 ноября 2010

www.lecourrierderussie.ru

Бизнес

Текст: Жан-Феликс де Ля Виль Боже

Перевод: Вера Гауфман

«Политика меня не интересует. Люди,

которые ей занимаются, не вполне

свободны»

Михаил Прохоров

Михаил Прохоров: «Я не мечтаю»

Le Courrier de Russie: Вы преуспели в жизни.

К чему Вы стремитесь сегодня?

М. П.: Я не считаю, что преуспел. Я создал

фундамент, чтобы преуспеть в дальнейшем.

Мой успех—в будущем. Если бы я считал,

что всего достиг, мне было бы пора уходить на

пенсию. Раз в семь или восемь лет мне нужно

менять сферу деятельности. Я начинал в малом

бизнесе, потом я был директором банка,

потом генеральным директором корпорации,

а сейчас я частный инвестор. Через четыре

года я буду заниматься чем-то другим, ещё не

знаю чем, пока ещё не загадываю.

LCDR: Вы не чувствуете усталости?

М. П.: Нет, не чувствую. Наоборот, мне всё

время хочется делать что-то новое. После

восьми лет работы в одной области у меня

пропадает чувство «голода», наступает насыщение.

И сегодня я как никогда полон энергии

и готов осваивать новые горизонты.

LCDR: Собираетесь ли Вы инвестировать

во французскую экономику?

М. П.: Да, но для меня важно, чтобы бизнес

приносил быстрый результат. Нужно найти

самый короткий путь к успеху. Я исповедую

теорию абсолютной лени и стараюсь действовать

только в тех сферах, где у меня есть

конкурентное преимущество. В России я могу

найти активы, стоимость которых меньше,

чем та, за которую они продавались бы во

Франции.

LCDR: Каким образом Вы ищете активы?

М. П.: Когда мы анализируем актив, мы

сначала составляем план с управляющей

командой, потом смотрим с российским или

иностранным партнёром, равняется ли 1+1

больше двух. Если это так, мы его покупаем.

LCDR: Например?

М. П.: Сейчас мы делаем совместный проект

с французской компанией Dalkia по модернизации

российских отопительных систем. На

сегодняшний день эти системы у нас находятся

в плачевном состоянии. Наше конкурентное

преимущество в том, что в своей работе

мы соединяем опыт Dalkia International и свое

видение российской реальности. Результат

будет замечательным, потому что, как я уже

сказал, на этом рынке есть, чем заняться.

LCDR: Вы занимаетесь поддержкой

культурных инициатив. При содействии

Вашего фонда в Лионе открывается выставка

«Неизвестная Сибирь». Почему

именно там?

М. П.: У меня особые отношения с Францией.

Фонд, который я создал, базируется в Сибири,

в Красноярске. Когда мы думали, каким образом

отметить перекрестный год России—

Франции, мы заметили, что и Красноярск, и

Лион расположены в географических центрах

своих стран. Конечно, это разные страны. Тем

интересней проследить, как будут взаимодействовать

их культуры на выставке. Матрёшкой

уже все наелись. Мы хотим познакомить

Францию с новыми представителями российской

культуры: молодыми, современными, талантливыми.

LCDR: К культуре у Вас особое отношение?

М. П.: Я понимаю роль культуры, в частности,

её влияние на развитие общества.

Начиная с эпохи Ренессанса все важные

общественные трансформации начинались

с культурных изменений, которые влекли за

собой экономические. Но мне больше нравится

спорт. Считаю, что меценат, который

полагает, что разбирается в культуре, может

нанести ей большой вред, так как, вместо

того, чтобы прислушиваться к мнению экспертов,

он будет навязывать свое собственное

видение. Я же в этом смысле—идеальный

меценат! Так как руководствуюсь

холодным рассудком, а не горячим сердцем.

«Я понимаю роль культуры,

… но мне больше

нравится спорт»

LCDR: Вы заговорили об эпохе Ренессанса.

Вам, конечно, известна история семейства

Медичи. В начале их интересовало

экономическое могущество. Затем они

стремились обрести культурное влияние,

потом политическое и наконец религиозное.

На каком этапе находитесь Вы?

М. П.: Я надеюсь, что останусь на первом

этапе.

LCDR: Религия, политика Вас не интересуют?

М. П.: Я слишком далёк от этого. Политика

меня не интересует. Люди, которые ей занимаются,

не вполне свободны. В их жизни

нет места маленьким удовольствиям, потому

что над ними всегда довлеет общественное

мнение. Я с уважением отношусь к политикам,

но иногда думаю: как можно настолько

любить власть? Я слишком ценю качество

жизни и радость жить, поэтому я останусь на

первом этапе семейства Медичи.

LCDR: Расскажите о Вашем отношении

к Франции.

М. П.: Франция и Россия—это страны, где

я провожу больше всего времени. В Москве

я работаю, а как только у меня появляется

свободное время, уезжаю во Францию отдыхать.

У меня есть слабость: я гурман, и французская

кухня—моя любимая. Каждый раз

для меня это огромное испытание, потому

что я слишком много ем и потом мне нужно

отрабатывать по 5–8 часов в спортзале!

LCDR: Что еще Вам нравится во Франции,

кроме еды?

М. П.: Атмосфера. Там есть нечто такое, что я

не могу объяснить. У меня становится больше

энергии. Наверное, это то, что мне как

раз и нравится во Франции, мощная энергия.

LCDR: Забавно, французы, которые живут

в Москве, говорят прямо противоположное…

М. П.: Это закон систем. Когда человек постоянно

живет в пределах одной системы, он

не ощущает энергию, которая в ней заложена.

Но при этом он может ощутить энергию

чужой системы, если вдруг в ней окажется.

«Я обожаю преодолевать

трудности»

LCDR: Что не оставляет вас равнодушным?

М. П.: Сама жизнь. Я не делаю ничего, что

мне бы не нравилось. Я обожаю преодолевать

трудности. Есть такая русская пословица:

«Мы сами себе создаем сложности, чтобы

потом их героически преодолевать».

LCDR: Какого рода сложности Вы имеете

в виду?

М. П.: Больше всего в бизнесе и в спорте

меня привлекает экстрим. Контролируемый

экстрим.

LCDR: А неконтролируемый?

М. П.: Я беру его под контроль. Я приведу

пример. Я занимаюсь аквабайком. Раньше,

когда волна была больше двух метров, я не

мог делать переворот на 360°. Мне посоветовали

потренироваться на батуте, и уже

через 6 месяцев я делал прыжки при высоте

волны 4 и даже 5 метров. Хотя мне тогда уже

было больше 40 лет. Экстрим был взят под

контроль.

LCDR: Есть ли сложности, которые Вас

привлекают больше других?

М. П.: Нет, для меня это комплекс удовольствий,

будь то в спорте или в бизнесе. Между

ними есть одно существенное отличие: бизнес—это

созидание, а профессиональный

спорт—война. Люди выбирают спорт, чтобы

не воевать. Они бескомпромиссно бьются на

смерть, в то время как бизнес—это всё-таки

дело компромисса.

«Война подразумевает

разрушение того, за что

ты борешься»

LCDR: Баскетболисты забавно бы смотрелись

рядом с некоторыми бизнесменами.

Для Вас бизнес—это война?

М. П.: Мне жаль людей, которые воюют в

бизнесе. Им это не доставляет удовольствия.

Нужно уметь воевать, но война—это крайняя

мера, компромисс—значительно более

эффективен. Война подразумевает разрушение

того, за что ты борешься. Я это выяснил

путем собственных ошибок. Теперь я знаю,

что войны нужно избегать любыми способами.

«У меня нет кумиров»

LCDR: Есть ли люди, которыми Вы восхищаетесь

во Франции или в России?

М. П.: У меня нет кумиров. Во Франции мне

нравится Николя Саркози. Законы, которые

он принимает, вызывают во мне уважение.

Каждый раз, когда он что-то делает, ему противостоят

профсоюзы. У него очень сложная

задача. В РСПП я возглавляю комитет по социальным

вопросам, и там я иногда чувствую

себя в шкуре французского президента.

LCDR: Комитет по социальным вопросам?

М. П.: Да, мы занимаемся всем, что имеет отношение

к социальному аспекту бизнеса, и от

этого у меня часто болит голова!

LCDR: А какими именно вопросами Вы занимаетесь?

М. П.: Мы занимаемся системными законами,

которые позволили бы увеличить эффективность

нашей экономики. Россия находится

между Европой и Азией: в Европе уровень >


«Еще ни один политический

режим не сверг национальную

кухню»

Вивиан Шокас

производительности и социальные стандарты

высоки. В Азии производительность

высокая, а социальная защищенность

низкая. В России существуют

высокие стандарты социальной защиты,

но производительность низкая, и это

плохо согласуется с глобальной конкуренцией.

Я бы хотел сделать Россию более

конкурентоспособной, дать людям

возможность много работать, не нарушая

трудовой кодекс, и много зарабатывать.

Мои предложения непопулярны, но

я буду продолжать на них настаивать.

«Нужно увеличить продолжительностьрабочего

дня»

LCDR: Расскажите, что Вы предлагаете.

М. П.: Я предлагаю упростить процедуру

увольнения и уменьшить пособия по

безработице: нужно давать меньше денег

человеку на руки, и больше вкладывать

в его переподготовку. Расходы, вероятно,

возрастут, но тогда у нас будет больше

подготовленных сотрудников, которые

увеличат производительность труда.

Вторая мера—позволить людям работать

дистанционно. Третья мера—увеличить

продолжительность рабочего дня:

российский трудовой кодекс запрещает

работать больше 8 часов в день, в то время

как многие молодые люди хотели бы

работать больше, чтобы зарабатывать

больше. Надо сделать так, чтобы трудовые

договора заключались таким образом,

чтобы те, кто хочет больше работать,

могли это делать. Четвертая мера —

упростить классификацию профессий. В

России есть каталог профессий, который

включает 7000 категорий, в то время как

в развитых странах их число не превышает

700. Представьте расходы, связанные

с этими 7000 категориями! Я предлагаю

составить новый каталог с привлечением

предприятий и организовать обучение

новым специальностям.

LCDR: Вы говорили как-то, что не

читаете романы, только эссе. Может

быть, есть французский писатель,

чьё творчество Вам всё-таки

близко?

М. П.: Да, есть романист, который на

меня сильно повлиял: Ги де Мопассан.

Во всех смыслах. А вообще мне очень

интересны футуристические теории, я

их использую, чтобы планировать свое

будущее. Мир сейчас развивается очень

быстро. Простой пример: у меня есть

месторождение меди. Я знаю, что сейчас

ведутся эксперименты по созданию

нового материала с улучшенными свойствами

по сравнению с медью. Я должен

всё знать о продвижении этих работ, чтобы

продать мое месторождение до того,

как этим новым металлом все начнут

пользоваться.

LCDR: Мне попалась на глаза фотография,

на которой молодой сержант

Прохоров марширует во главе

взвода. О чём он мечтает?

М. П.: Я не мечтаю. Я люблю жизнь, мне

столько всего нужно успеть, встретиться

со множеством интересных людей! У

меня нет времени на мечты.

LCDR: А ночью?

М. П.: Ночью я сплю. ڤ

Жером Риго (Jérôme Rigaud) на кремлевской

кухне с января 2008 года.

Когда интересуешься, как ему это

удалось, он скромно отвечает, что оказался в

«нужном месте в нужное время». Впрочем, на

протяжении его карьеры таких возможностей

у него было немало.

Жером родился в Абиждане, столице

Кот-д’Ивуара, в семье преподавателей. Там

же и провел первые 16 лет своей жизни. Когда

ему было 19, Жером играл за сборную Перпиньяна

по регби. Но случилась неудача: бесстрашный

француз разорвал связки колена, и

на любимом увлечении пришлось поставить

точку. Мечта стать инспектором полиции тоже

оказалась невыполнимой. «Это было для

меня огромным разочарованием»,—признается

Жером. «Разочарование» длилось недолго.

Однажды знакомый официант предложил

Жерому поработать на новогоднем банкете.

Опыт оказался удачным, и в 22 года Жером

понял, что у него есть призвание. «Я решил

открыть ресторан».

Но вначале пришлось поучиться. С наставниками

Жерому повезло. Ими оказались

повара мишленовских ресторанов Жоэль

Робюшон (Joël Robuchon) и Мишель Труагро

(Michel Troisgros). Когда пришло время

искать работу, он указал в резюме эти две

фамилии, поместил в сеть и стал ждать предложений.

Из большого их количества понастоящему

заинтриговало его только одно: от

ресторана «Эльдорадо» из сумрачной снежной

Москвы. «Я ничего не слышал об этом

ресторане, в интернете тоже ничего о нём не

нашёл,—рассказывает Жером.—Но я решил

приянять вызов, посмотреть, способен ли я

выжить в чужой среде». Оказалось, что да.

Через два года работы в Эльдорадо, Жерома

переманил к себе Игорь Бухаров, владелец

ресторана «Ностальжи».

Еще через два года Игорь предложил Жерому

помочь ему в организации президентского

банкета. Через пять месяцев он был принят на

работу на кухню Кремля, где готовят завтраки,

обеды и ужины для президента, премьерминистра

и патриарха. «Я согласился, потому

что сам процесс найма происходил очень плавно.

Если бы я заранее знал, сколько мне придётся

работать и с какими ограничениями придётся

столкнуться, я бы десять раз подумал».

Повар под присмотром

Ровно пять месяцев понадобилось спецслужбам,

чтобы выяснить, кто такой Жером, чем

Культура

Текст: Габриель Леклер

Перевод: Инна Дулькина,

Вера Гауфман

Фото: Галина Кузнецова

занимаются члены его семьи, близкие друзья

и дальние знакомые. Даже сейчас он под наблюдением:

«Меня прослушивают 24 часа в

сутки,—уверен Жером, — это нормально, что

за мной следят, я ведь работаю на президента

одной из крупнейших держав мира». Чтобы

приготовить обед для президента, Жером удаляется

в спецкухню. За ним следуют люди в

белых халатах и погонах с двуглавыми орлами.

Под их бдительным взором, француз разбивает

яйца и месит тесто. Но убедиться в этом мы

не смогли, ведь в это помещение нас, разумеется,

не пустили.

«Самое сложное—это приспособиться к

ритму»,—признается Жером. Вот уже три

года как у французского повара не было отпуска.

Времени хватает только на сон, да и то

не всегда. «Мне могут позвонить в 10 часов

вечера и сказать, что завтра в другом конце

города будет банкет на 200 человек». Зато

работу не назовешь рутинной. Для каждого

банкета нужно придумывать новое меню. А

еще контролировать выбор посуды, продуктов,

количество официантов и поваров.

III

Le Courrier de Russie

12 – 26 ноября 2010

www.lecourrierderussie.ru

На вкус Кремля

Жером Риго – первый иностранный шеф-повар в Кремле. Уже около трёх лет он

готовит блюда, которые отправляются прямиком на стол президенту.

Настроения поваров, кстати, за последнее

время заметно изменились. В русской кухне

стали отчетливо слышаться французские

ноты.

С приходом Жерома на кремлевских застольях

еду стали подавать в семь приёмов,

каждому гостю отдельную порцию. Больше

не нужно тянуться вилкой к салату в дальнем

левом углу, с риском задеть локтем важного

соседа. Новый девиз кремлёвской кухни —

поражать не количеством, а разнообразием.

Благодаря французскому повару, Дмитрий

Медведев смог попробовать черную соль,

тайваньский чай и французский шоколад

Weiss. Под началом Жерома трудятся 30 поваров.

Они собственноручно готовят фуа-гра

и нередко задерживаются на работе, чтобы

перенять у французского повара новые секреты.

«Мне повезло. Мои коллеги очень

трудолюбивы и никогда не жалуются. Не то

что французы!»,—смеётся Жером.

Замечают изменения и старейшие работники

комбината. Кто-то жалеет, что больше

не подают поросячьи тушки и осетров с

веточкой петрушки. Кто-то радуется, что на

кремлёвскую кухню приплыли дорада и тюрбо.

Говорят, президент очень любит рыбу. И

ещё поговаривают, что Дмитрий Медведев

гораздо требовательней в выборе блюд, чем

Владимир Путин. И что питаться он хочет

«как в Европе». Новые идеи в политике, новые

блюда на столе...

Жерому в Кремле очень нравится, но о своей

давней мечте он не забыл. «Это последнее

место, где я работаю по найму»,—говорит

он, лукаво улыбаясь. А потом—собственный

ресторан на испанском или австралийском

побережье. «Я буду заниматься там тем

же, что я делаю сейчас: готовить необычные

блюда из обычных продуктов». Но случится

это не сегодня и даже не завтра. «Я уйду, когда

почувствую скуку. А пока мне скучать не

приходится». ڤ


IV Le Courrier de Russie

Текст:

12 – 26 ноября 2010

www.lecourrierderussie.ru

Сегодня на повестке дня—новый

проект приватизации. В течение

пяти лет активы крупнейших государственных

предприятий (среди

них Транснефть, Роснефть, ВТБ, Сбербанк

и др.) должны перейти в частные руки. Евгений

Ясин дает свой анализ сложившейся

ситуации и делится с Le Courrier de Russie

своими размышлениями по поводу новой

экономической программы.

Le Courrier de Russie: Евгений Григорьевич,

можно ли сегодня вообще говорить

о рыночной экономике в России?

Евгений Ясин: Конечно, рыночная экономика

в России уже существует. Но при этом

ещё недостаточно выстроена институциональная

система, которая способствовала

бы её функционированию. Есть проблемы с

защитой прав собственности, с равенством

условий конкуренции, верховенством права.

Работа по совершенствованию законодательства

идет, но с большим трудом. Сложности

связаны с тем, что в последние 10

лет воздействие государства на экономику

существенно усилилось. Государство объясняет

своё вмешательство тем, что рынок

малоактивен, что предпринимателей интересует

только выгода, что они не готовы

нести ответственность за последствия своих

действий и т.д.

LCDR: На Ваш взгляд, в этом причина

недостаточной эффективности российских

рынков?

Е. Я.: Рынок неэффективен именно из-за

того, что государственный сектор имеет в

нём слишком большой удельный вес. Государственные

компании обладают определёнными

привилегиями, и государство

оправдывает это тем, что на них возложены

задачи государственной значимости. Равноправных

отношений между государством

и бизнесом не существует. В нашей стране

ситуация осложняется ещё и тем, что у нас

частный сектор испытывает давление со стороны

чиновников, которые утверждают, что

они действуют от имени государства. Но на

самом деле, зачастую речь идет о преследовании

корыстных частных интересов. В этих

условиях бизнес вынужден ограничивать

риски и с осторожностью инвестировать в

российскую экономику.

Новая программа приватизации призвана

решить проблему чрезмерного присутствия

государства на рынке. Она должна быть

принята к исполнению с 2011 года, в соответствии

с пожеланиями её инициаторов.

LCDR: А какие институты могут обеспечить

успешную реализацию программы

приватизации?

Е. Я.: Насколько я понимаю, план приватизации,

который был объявлен этим летом,—

это плод усилий министерства экономического

развития. По сути его содержания,

могу сказать, что либералы в правительстве

делают попытку вернуться к планам создания

институциональной системы, соответ-

Экономика

Симон Роблен

Перевод: Вера Гауфман

ствующей рыночной экономике первого послесоветского

десятилетия.

LCDR: Вы считаете, что речь идёт о

возврате к либеральным идеям 90-х годов?

Е. Я.: Сегодня, как и в начале 90-х, государству

нужны деньги. Когда стало очевидно,

что кризис опустошил финансовые резервы

страны, было решено, как и тогда, пополнить

их за счет частичной приватизации госпредприятий.

Но вопрос в том, что сама по себе приватизация

имеет смысл только в том случае,

если контроль над активами передаётся в

частную собственность. Если же контроль

бизнеса остаётся в руках государства, то позитивных

последствий, кроме притока денег

от тех дураков, которые будут покупать акции

миноритарных пакетов, не будет. Я говорю

«дураки», потому что те, кто купит эти

акции, в действительности не смогут оказывать

влияния на политику компаний.

То, что идея приватизации стоит на повестке

дня, это хорошо, но пока я не вижу

реальных намерений для её реализации.

LCDR: Какие предприятия, на Ваш

взгляд, будут приватизированы в первую

очередь?

Е. Я.: Если задачей приватизации является

получение дополнительных финансовых

ресурсов, которых не хватает для решения

государственных задач, то в первую очередь

должны быть приватизированы крупные нефтяные

компании «Роснефть», «Газпром»

и крупные банки «Сбербанк», «ВТБ» и т.д.

Но если государство планирует начать модернизацию

российской промышленности,

«Если вы инвестируете в сектора, которые привлекают

государственное руководство не так сильно, как

нефть, газ, металлы, то вы можете работать спокойно—там

будет достаточная прозрачность, в пределах

того, что можно ожидать в такой стране, как

Россия ».

Евгений Ясин

Евгений Ясин: «Равноправных отношений между

государством и бизнесом не существует»

Евгений Ясин – один из из самых самых влиятельных экономистов России. Бывший министр экономики, научный

руководитель Высшей школы экономики (ГУ-ВШЭ), г-н Ясин был одним из ключевых инициаторов постановки

страны на рыночные рельсы.

В России достаточно хороших предпринимателей. Проблема

в том, что когда они начинают много зарабатывать,

чиновники хотят всё у них отобрать.

D.R.

то приватизацию следует распространить и

на «Силовые машины» и на производителя

авиадвигателей «Пермские моторы». Надо

сказать, что попытки приватизировать эти

компании уже предпринимались: в первом

случае сделка с Siemens почти состоялась в

2006-2007 годах, а во втором случае в 1990-е

переговоры шли с United Technologies. Но

сделки в обоих случаях были сорваны.

LCDR: Известно ли, как будут проходить

тендеры? Россия может гарантировать

прозрачность процедур для иностранных

инвесторов?

Е. Я.: В тех областях, куда будут допускаться

иностранные инвесторы, к моменту начала

соответствующих процедур теневые вопросы

уже будут решены и их решения уже

будут заложены в условия тендера. Дальше

уже можно рассчитывать на определённую

прозрачность. Впрочем, если вы инвестируете

в сектора, которые привлекают государственное

руководство не так сильно, как

нефть, газ, металлы, то вы можете работать

спокойно—там будет достаточная прозрачность,

в пределах того, что можно ожидать в

такой стране, как Россия.

LCDR: И тем не менее, отличается ли

нынешняя ситуация в России от ситуации

в 90-е годы? Могут ли результаты

перераспределения активов на этот раз

быть более предсказуемыми? Ведь когда

Гайдар осуществлял свою программу,

он думал, что необходимо начать с

создания класса собственников средств

производства и что создание институтов,

гарантирующих непреходящий

характер предприятий, будет ответом

на потребность и давление со стороны

частников...

Е. Я.: Во времена Гайдара ситуация была

другая и логика развития событий тоже.

Тогда нужно было проводить приватизацию

в стране, где никакого частного капитала и в

помине не было. Правительство хорошо понимало,

как важно найти поддержку среди

индивидуальных предпринимателей. А весь

бизнес в то время—это были, в основном,

мелкие торговцы и банкиры, которые только

вчера начали дело. Поэтому первый этап

приватизации заключался в том, что государство

выпустило ваучеры и стало раздавать

активы.

Затем у правительства возникла необходимость

продавать госсобственность по более

высокой цене: государство нуждалось в

деньгах, чтобы закрыть «дыру» в бюджете.

Поэтому была проведена денежная приватизация.

Кстати, она могла бы оказаться очень

успешной, если бы было принято решение

продавать активы иностранцам. Но иностранцам

правительство продавать не решилось:

у них было достаточно средств, чтобы

купить всё в этой стране и взять под свой

контроль экономическую политику России.

Кроме того, заинтересованные иностранцы

тогда были сомнительными. Это было просто

опасно. Поэтому правительство решило, что

лучше продавать дёшево, но своим.

LCDR: А как Вы оцениваете сегодняшнюю

ситуацию?

Е. Я.: Сейчас положение дел совершенно

иное. Половина активов находится в руках

государства. Что касается другой половины,

то среди тех, кто получил госкомпании

в собственность, большинство стали эффективными

управленцами. Кто может сказать,

что Потанин плохо управляет «Норильским

Никелем»? Ходорковский был очень эффективным

менеджером «Юкоса», и Швидлер,

представитель Абрамовича, был отличным

менеджером компании «Сибнефть»—но

эти компании снова национализировали,

можно даже сказать, экспроприировали.

Назвать то, что произошло с «Юкосом»,

«национализацией» нельзя,—просто отобрали

и всё. Да ещё хотят осудить на второй

срок, как будто лично Ходорковский украл

всю нефть. Позор!

В России достаточно хороших предпринимателей.

Проблема в том, что, когда они

начинают много зарабатывать, чиновники

хотят всё у них отобрать.

Как приватизировать и кому продавать в

этих условиях? Если у российских бизнесменов

есть деньги, то можно им продавать.

Но сегодня уже нестрашно продавать и

иностранцам. Просто должны быть ясные

правила. Если вы не хотите пускать иностранцев

в какую-то определенную отрасль,

просто сделайте закрытый конкурс, в котором

будут участвовать только русские. Но

надо понимать, что и цена тогда упадёт…

А если вы все-таки хотите совершить чудо

в какой-нибудь отрасли, то путь один: нужно

дать иностранцам возможность инвестировать.

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