Magazine CNC printemps 2016

natureconservancyofcanada

PRINTEMPS 2016

CHANGEMENT CLIMATIQUE

Fièrement ancré

à la nature

Nos programmes de conservation et de gestion des habitats

contribuent à assurer la viabilité des milieux naturels du Canada

et des espèces qu’ils abritent.


Conservation de la nature Canada

PRINTEMPS 2016

Conservation de la nature Canada

36, Avenue Eglinton Ouest, bureau 400

Toronto (Ontario) Canada M4R 1A1

magazine@conservationdelanature.ca

Tél. : 1 416 932-3202

Sans frais : 1 800 465-0029

Conservation de la nature Canada (CNC) est le chef de file au pays en matière de conservation

des terres, oeuvrant à la protection de nos milieux naturels les plus importants et

des espèces qu’ils abritent. Depuis 1962, CNC et ses partenaires ont contribué à la protection

de 2,8 millions d’acres (plus de 1,1 million d’hectares) de terres, d’un océan à l’autre.

MC

Marque déposée de la Société canadienne pour la conservation de la nature

FSC® nest pas responsable

des calculs concernant

l’économie des ressources

réalisée en choisissant

ce papier.

Imprimé sur du papier Rolland Opaque

fait à 30 % de fibres post-consommation,

certifié Écologo et Procédé sans chlore.

Ce papier est fabriqué au Canada par

Rolland, qui utilise le biogaz comme source

d’énergie. L’impression est effectuée au

Canada, avec des encres végétales par

Warrens Waterless Printing. La publication

de ce magazine a sauvegardé

15 arbres et 55 126 litres d’eau*.

Graphisme par Evermaven.

*calculateur.rollandinc.com

COUVERTURE : TJ WATT. CETTE PAGE : TJ WATT

2 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


Sommaire

Conservation de la nature Canada PRINTEMPS 2016

Le mot de l’éditrice

Î.-P.-É. : MIKE DEMBECK. FAUCON PÈLERIN : ISTOCK.

J’

ai toujours cru que les mots et les images ont

le pouvoir de nous rapprocher de la nature

d’une manière insoupçonnée. Voilà pourquoi

le lancement de cette première édition du nouveau

magazine de Conservation de la nature Canada (CNC)

suscite en moi tant d’exaltation.

Tout au long de sa conception, l’objectif était de

créer une publication nous permettant de présenter des

textes inédits et détaillés sur les gens, les lieux et les

espèces au cœur de notre travail, et, ce faisant, de vous

inspirer. Tout comme notre nouveau logo (lancé l’été

dernier) évoque la subtile évolution de CNC, tout en

demeurant fidèle à nos racines, ce magazine nous

fournit des moyens nouveaux et créatifs de partager

nos histoires avec vous.

Avec tous ces changements, il nous a semblé

opportun que le thème de ce premier numéro soit

la transformation. Vous serez donc informé sur

l’évolution de certains de nos projets à travers le pays,

sur l’aide que nos bénévoles apportent au maintien

ou à l’amélioration de nos milleux naturels, ainsi que

sur la poésie qui a le pouvoir d’entraîner de véritables

changements et de nous rapprocher de la nature. Vous

découvrirez également comment la conservation à

l’échelle du paysage permet aux habitats et aux espèces

de mieux résister aux conséquences possibles du

changement climatique.

Selon John Lounds, président et chef de la

direction de CNC, la conservation de nos écosystèmes

fait partie intégrante de toute stratégie canadienne

efficace pour ralentir le changement climatique et en

atténuer les effets. « Avec plus du quart des forêts

nordiques et le quart des milieux humides du monde,

le Canada recèle de vastes systèmes naturels aux

effets considérables sur la capacité de la planète à

limiter la hausse des niveaux de CO 2 ».

Même si notre publication a une nouvelle allure,

nous sommes persuadés que ses textes démontrent la

constance de notre démarche. Nous espérons que ce

magazine vous plaira et que vous n’hésiterez pas à le

partager avec vos amis.

Bonne lecture! Partagez vos commentaires avec

nous à magazine@conservationdelanature.ca

CBT

Christine Beevis Trickett

Directrice des services de rédaction

8 12

14 D’un océan à l’autre

Trois activités bénévoles pour la nature.1

16 Sur les sentiers

Découvrez une propriété où l’histoire

du chemin de fer canadien et la nature

se rencontrent.

17 Les indispensables

Le président et chef de la direction de CNC,

John Lounds, nous présente les objets qui lui

sont indispensables lors d’une randonnée.

12 Profil d’espèce

Rencontre avec le héros de l’une des histoires

de rétablissement d’espèce les plus remarquables

en Amérique du Nord.

14 CNC à L’œuvre

Des nouvelles de nos projets de Port Joli

Harbour, (N.-É.), Bunchberry Meadows (Alb.)

et du programme éducatif Learning the

Land (Sask.).

16 Une force pour la nature

L’auteure Lorna Crozier et les indescriptibles

émotions ressenties dans la nature.

18 Rencontres avec la nature

Un jeune garçon découvre un loup, un cerf et

un énorme champignon!

8

Se préparer aux

changements

Les efforts de conservation

et de gestion des terres de

Conservation de la nature

Canada peuvent contribuer

à réduire les impacts du

changement climatique.

Par Allan Britnell

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 3


D’UN OCÉAN

À L’AUTRE

Passez à

l’action!

Ce printemps, Conservation de la nature Canada (CNC)

dévoile le calendrier de son programme Bénévoles

pour la conservation, proposant de nouvelles activités

qui se dérouleront d’un océan à l’autre.

1

2

Haut : Des bénévoles plantent des végétaux pour

stabiliser les dunes à l’Île-du-Prince-Édouard.

Bas : Démantèlement de clôtures barbelées en Alberta.

Nées des vagues et du vent

C.-B., SASK., MAN., ONT. ET Î.-P.-É.

3

Le long des littoraux canadiens, de même que sur des sites aussi étonnants que le lac

Athabasca (nord de la Saskatchewan), se trouve l’un des écosystèmes les plus dynamiques

du pays : les dunes. Ces paysages en constante évolution, aux mouvements influencés

par les vagues et le vent, hébergent quelques-unes des espèces les plus fragiles du Canada,

comme certains oiseaux nichant au sol, des plantes rares et même le plus insaisissable

des papillons de nuit, la noctuelle d’Edwards. Les bénévoles pour la conservation font front

commun pour s’assurer que de tels habitats se maintiennent. Cela peut signifier de planter

de l’ammophile pour favoriser la stabilité de dunes sur l’île du Prince-Édouard, ou d’arracher

les genêts à balais, une espèce envahissante, sur l’île James, en Colombie-Britannique.

En Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan, il s’agit plutôt de stabiliser les rives de cours

d’eau en plantant des espèces indigènes comme le saule et le cornouiller, qui renforceront

ces écosystèmes d’eau douce en vue des évènements météo extrêmes causés par le

changement climatique.

OUTILS : JUAN LUNA. FIL BARBELÉ : CNC. Î.-P.-É. : MIKE DEMBECK.

conservationdelanature.ca


Une bénévole donne un coup de main

pour enlever une clôture dangereuse.

Des clôtures adaptées pour la faune

ALB., MAN. ET ONT.

Les clôtures font partie intégrante du paysage rural canadien, mais ne sont pas toutes

fabriquées de la même façon. Leur hauteur, leur structure, leur maillage et leur

visibilité ont un impact sur les déplacements de la faune. Puisque des espèces telles

que l’antilocapre, l’orignal et le tétras des armoises sont affectées par la présence

de ces structures, des bénévoles pour la conservation de partout au pays prêtent

souvent main-forte lorsque des améliorations sont apportées à certaines clôtures.

Les antilocapres en migration ont tendance à passer sous les clôtures, ce qui peut

les blesser gravement au dos. Des améliorations telles que le remplacement du fil

barbelé le plus bas de la clôture par un fil lisse placé plus haut rend le passage

beaucoup plus sécuritaire.

Les treillis métalliques sont, quant à eux, presque invisibles pour les tétras des

armoises, une espèce en voie de disparition, tout particulièrement à l’aube et au

crépuscule. Les bénévoles aident l’équipe de CNC à installer des attaches de vinyle

sur les clôtures, une activité faisant partie des efforts déployés pour les rendre plus

sécuritaires pour la faune.

BÉNÉVOLE : CNC. STURNELLE DES PRÉS : ALAN MURPHY/BIA/MINDEN PICTURES.

Élémentaire, cher bénévole!

D’UN OCÉAN À L’AUTRE

L’observation attentive est la clé d’une bonne compréhension de la nature. Les

bénévoles pour la conservation aident le personnel de CNC dans le suivi et le pistage

des espèces indicatrices trouvées sur nos propriétés, et ce, afin de récolter des

indices sur la santé de ces populations et de leurs habitats. Ces espèces jouent un

rôle de « système d’alarme précoce », car elles sont plus sensibles que les autres

aux changements environnementaux. Les papillons et les libellules procurent à nos

biologistes des indices sur la santé de leur habitat et sur les effets de certains facteurs

tels que le changement climatique, la gestion des terres et la présence d’espèces

envahissantes. La présence ou l’absence d’oiseaux des prairies, comme la sturnelle

des prés, la maubèche des champs et la paruline à ailes dorées, fournit des indices

quant à la santé des prairies, l’un des habitats les plus en péril au pays. 1

Ajoutez CNC à votre

calendrier!

Inscrivez-vous dès aujourd’hui à une de nos

activités au www.benevolespourlaconservation.ca.

Les personnes de tous âges et de tous horizons

sont les bienvenues!

Le coffre

à outils

Il faut parfois plus que de la volonté et

de l’huile de coude pour donner un bon

coup de main à la nature! Voici trois

outils parmi les favoris de nos bénévoles,

et où vous pouvez les trouver.

1 1. SEAU

Ce n’est pas l’article le plus sophistiqué,

mais c’est de loin le plus polyvalent. Le

personnel de CNC l’utilise à toutes les

sauces : entreposage et transport de

semis, d’eau et de matériel, et même

comme tabouret à l’heure de la pause!

Les seaux de couleurs vives sont

facilement visibles parmi les herbes et

les arbres, ce qui évite de les égarer ou

de les perdre définitivement! (Canadian

Tire, 5,49 $ - 15,99 $)

2 2. PINCE COUPE-FIL

Voici un article essentiel pour tout

coffre à outils. Manier une pince

coupe-fil, c’est avoir trois outils en

main : un marteau, un coupe-fil et

un pince. Utilisé pour enfoncer et

retirer des agrafes et pour étirer ou

manipuler le fil de fer, cet outil

éprouvé est indispensable lorsque

vient le moment de démanteler une

clôture ou d’entreprendre des

réparations. (Canadian Tire, 34,99 $)

3

3. PELLE À DÉSHERBER

ERGONOMIQUE RADIUS

L’outil parfait pour s’attaquer aux plantes

envahissantes aux longues racines

pivotantes! Le couteau pointu permet

d’enfoncer profondément la pelle dans le

sol pour les extirper complètement. Même

si elle est conçue pour le désherbage,

cette pelle peut servir à la plantation de

semis d’arbre. Elle est très efficace pour

faire de petites entailles profondes, le

tout sans effort. (Lee Valley, 66,50 $)

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 5


SUR LES

SENTIERS

La rivière Crabbes

La forêt et la rivière mènent le visiteur à travers un sentier liant

le paysage à la riche histoire de l’île de Terre-Neuve.

Butor d’Amérique

L’

histoire du Newfoundland Railway

(chemin de fer de Terre-Neuve) est

plutôt brève, puisqu’il n’a été en

service qu’un peu moins d’un siècle. Transportant

marchandises et passagers à travers un vaste

territoire faiblement peuplé, ce chemin de fer

permettait d’unifier les communautés de l’île.

On ne peut retracer l’histoire du Newfoundland

Railway sans insister sur la participation de

l’entrepreneur ferroviaire Robert Gillespie Reid

(1842-1908), un homme d’affaires écossais.

Fondateur de la Reid Newfoundland Company, il

fut le propriétaire, l’exploitant et l’investisseur du

Newfoundland Railway, et ce, de 1889 jusqu’à son

décès. Un nombre important de terres lui ont été

octroyées, soit 5000 acres (2023 hectares) pour

chaque mille exploité par le chemin de fer.

Le 7 juillet 1900, R.G. Reid cède, pour la somme

d’un dollar, un mille carré (2,6 km 2 ) de ses terres

à Sir William Van Horne. Durant plus de 100 ans,

soit jusqu’à tout récemment, ce lopin de terre est

demeuré la propriété de la famille Van Horne.

TERRES PROTÉGÉES

Il y a quelques années, les descendants directs de

Sir William Van Horne ont approché Conservation

de la nature Canada pour faire don de cette propriété

historique dans le but d’en assurer la protection.

Située juste à l’ouest du T’Railway, près de la

rivière Crabbes, cette propriété s’étend sur près de

610 acres (250 hectares) et est couverte d’une forêt

traversée par une large et sinueuse rivière à saumons.

Même si la principale voie ferrée qui traversait

l’île de Terre-Neuve était en soi un exploit d’ingénierie

et d’optimisme politique, le Newfoundland

Railway a rapidement perdu de son attrait au

profit des voitures et d’une autoroute provinciale.

Les rails ont finalement été enlevées pour convertir

le chemin en un parc-promenade de 883 km,

maintenant désigné comme le sentier « T’Railway »

qui relie St. John’s à Port aux Basques.

COMMENT S’Y RENDRE

Le sentier du T’Railway est situé à St. Fintan’s, à

environ 1 h 30 de route au sud-ouest de Corner

RIVIÈRE CRABBES : CNC. BUTOR D’AMÉRIQUE : ROBERT MCCAW.

6 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


LES

INDISPENSABLES

1

Le fameux « dernier crampon »

SIR WILLIAM VAN HORNE

Sir William Van Horne était un pionnier

du transport ferroviaire. Nommé directeur

du Canadien Pacifique (CP) en 1882 et promu

président en 1888, il a dirigé la construction

du chemin de fer transcanadien. Ce chefd’œuvre

d’ingénierie fut achevé en 1885, et

Sir Van Horne était présent lorsque le dernier

crampon a été enfoncé.

Parmi les plus grandes réalisations de Van Horne,

on compte la mise à la mer de la ligne des

bateaux à vapeur Empress du Canadien Pacifique

et la construction des célèbres hôtels du CP.

4

5

3

Brook par la route Transcanadienne. Un ancien

chemin forestier traverse la propriété. On

peut y faire de la randonnée et de l’observation

ornithologique.

La propriété est accessible en voiture par

l’ancien chemin forestier ou à pied, par le littoral,

à partir du pont du T’Railway.

2

LE DERNIER CRAMPON : BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA. LES INDISPENSABLES : JUAN LUNA. JOHN LOUNDS : NEIL OSBORNE.

ESPÈCES À DÉCOUVRIR

Le site de la rivière Crabbes est connu pour sa

faune, ses plantes et ses arbres rares. Certaines

espèces indigènes, comme le bouleau jaune, et

des plantes rares, comme le jonc longistyle et la

scutellaire latériflore, y ont été identifiées. Sur la

liste des oiseaux repérés, on note l’hirondelle

bicolore, le moucherolle à côtés olive, la paruline

des ruisseaux et le butor d’Amérique.

SENTIER

Longueur : 1,7 km

Niveau de difficulté : facile

Terrain : Sol compact

Province : Terre-Neuve-et-Labrador

Localité la plus près : St. Fintan’s

Description : Ancien chemin forestier qui

traverse des milieux humides où poussent, entre

autres, des cypripèdes jaunes. Le sentier mène

à une vue panoramique de la propriété.1

TÉLÉCHARGEZ LA CARTE DES SENTIERS

Visitez conservationdelanature.ca/

crabbes-sentiers

Testé & approuvé

Le président et chef de la direction de CNC, John Lounds,

partage sa liste d’éléments essentiels pour son voyage

d’observation d’oiseaux effectué chaque printemps

1. MON PANTALON CONVERTIBLE J’ai

traversé des milieux humides avec ce pantalon

pour mener des inventaires sur la végétation.

Il est important d’enfiler une paire de bas pour

recouvrir le bas du pantalon, autrement les

tiques attaquent!

2. MES JUMELLES Elles ont 25 ans! Je dois

faire changer les oeilletons de plastique

puisqu’ils sont très usés.

3. MON GUIDE D’IDENTIFICATION Ce

livre me suit aussi depuis 25 ans. Je pense

toutefois qu’il est préférable de partir avec

quelqu’un qui s’y connaît, pour ne pas toujours

avoir le nez dans ses pages!

4. MA CASQUETTE ET MON BANDANA

Cette casquette au fini ciré m’est utile par beau

temps ou mauvais temps. Quand il fait très

chaud ou que le soleil plombe, je la porte avec

un bandana.

5. MON FLACON L’avantage de ce flacon,

qu’un cher ami m’a offert, c’est qu’il est doté de

petits gobelets qui me permettent de partager

ma boisson avec ceux qui m’accompagnent.. 1

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 7


Adrian Leslie, chargé de projets à CNC pour la

propriété Darkwoods (C.-B.), dirige les efforts

de conservation du pin à écorce blanche, une

essence d’arbre en voie de disparition.

8 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


Se préparer

au changement

climatique

Les programmes de conservation et de restauration de l’habitat de

Conservation de la nature Canada (CNC) peuvent aider à atténuer les

impacts du changement climatique.

TJ WATT

PAR Allan Britnell

La conservation de la nature peut être

un travail à la fois palpitant et terrifiant! Dans

l’aire de conservation de Darkwoods, dans le

sud-est de la Colombie-Britannique, le chargé de projets Adrian

Leslie doit parfois enfiler un harnais d’escalade et grimper au

sommet des grands pins à écorce blanche pour y cueillir des

pommes de pin.

« Un jour, un aigle royal m’a frôlé. Il est passé à un peu

plus d’un mètre au-dessus de ma tête! », évoque-t-il dans

le confort de son bureau de Nelson (C.-B.). Le rapace avait fait

son nid dans une falaise à proximité. À une autre occasion,

alors qu’il grimpait à un arbre, Adrian a remarqué des

marques de griffes fraîches faites par un ours. Ce dernier

cherchait peut-être les mêmes pommes de pin que lui!

Si Adrian demeure indemne à ce jour, on ne peut en

dire autant de plusieurs aires naturelles du pays autrefois

vierges et sauvages. Devant l’incertitude qui plane quant aux

répercussions du changement climatique sur nos écosystèmes,

l’approche à l’échelle du paysage adoptée par CNC pour la

conservation revêt une importance d’autant plus grande,

et ce, non seulement pour assurer la survie des espèces

menacées, mais également pour aider les espèces du

Canada (y compris l’espèce humaine) à mieux s’adapter à

l’évolution du climat.

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 9


La valeur des forêts

Le Groupe Banque TD et CNC ont estimé dans

un rapport la valeur en dollars des bienfaits et

services écologiques rendus par trois

régions forestières du Canada, incluant :

• la séquestration du carbone;

• l’assainissement de l’air;

• le contrôle des inondations;

• le maintien de la qualité de l’eau.

Ce rapport souligne que les trois régions

fournissent une valeur approximative

de 19 405 $ à 46 475 $ par hectare en services

écologiques chaque année. Ces services

essentiels contribuent à l’amélioration de la

qualité de vie de tous les Canadiens.

Lisez le rapport complet en ligne au

conservationdelanature.ca/capitalnaturel

À la défense de la forêt

Le pin à écorce blanche, en voie de disparition au

Canada, a récemment été frappé par des infestations

de dendroctones du pin (coléoptère) et par

la rouille vésiculeuse (maladie fongique). Cette

mauvaise nouvelle ne concerne pas que les arbres,

puisque les larges graines contenues dans les

pommes de pin sont une importante source de

nourriture pour diverses espèces de mammifères

et d’oiseaux, notamment le grizzli, l’écureuil roux

et le cassenoix d’Amérique.

Adrian Leslie et ses collègues recueillent donc

les graines des pommes de pin à la cime des arbres,

afin de produire des plants résistants à la rouille

vésiculeuse qu’ils pourront transplanter dans

les années à venir.

Le pin à écorce blanche pousse uniquement

dans les forêts alpines et subalpines de l’Alberta

et de la Colombie-Britannique, à la limite nord de

son aire de répartition. Toutefois, au fur et à mesure

que la planète se réchauffe, cette aire naturelle

se déplacera davantage vers le nord, tout comme la

faune et la flore qui en dépend. Des forêts en santé

aptes à fournir nourriture et abris seront alors

essentielles à la survie et à la longévité d’une variété

d’espèces fauniques.

La protection des prairies

Récemment, CNC a adapté certains de ses plans

de conservation afin de prendre en considération

L’une des meilleures approches en matière de préparation

au changement climatique consiste à préserver un

maximum d’habitats sains, intacts et interreliés.

les impacts du changement climatique. D’ailleurs, le

personnel en charge de l’aire des prairies à herbes

hautes a déjà commencé à modifier ses pratiques

de gestion des terres.

Ces prairies constituent un habitat qui dépend

des agents perturbateurs. Historiquement, les

perturbations causées par les brouteurs, comme

le bison et les sauterelles, et celles liées aux feux

périodiques, ont favorisé l’essor d’une mosaïque

d’habitats. De nos jours, seule une petite partie

de la superficie initiale des prairies à herbes

hautes subsiste. CNC y gère plus de 24 000 acres

(9 700 hectares), constituées en majorité de

prairies à herbes hautes et de savanes d’importance

nationale, près du Centre d’interprétation

des prairies à herbes hautes de la famille Weston

dans le sud-est du Manitoba.

Selon les tendances actuelles, sans les

perturbations induites par les incendies et les

animaux, ce territoire se couvrirait de forêts et

de végétation arbustive, privant ainsi les espèces

en voie de disparition comme l’hespérie de

Poweshiek, la platanthère blanchâtre de l’Ouest

et le tétras à queue fine de leur habitat vital. Afin

d’assurer que ces prairies demeurent un milieu

ouvert, les scientifiques du domaine de la

conservation ont recours à divers outils d’intendance

(comme les brûlis dirigés) et incitent les

éleveurs de bétail de la région à faire paître leurs

troupeaux sur ces terres.

Or, les conditions climatiques changeantes

ont déjà un impact sur le broutage comme outil

de conservation. Divers modèles de changement

climatique prévoient des conditions plus humides

DARKWOODS : BRUCE KIRKBY. AIRE NATURELLE DES PRAIRIES À HERBES HAUTES : CNC.

10 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


ADRIAN LESLIE : TJ WATT. Î.-P.-É. : MIKE DEMBECK.

dans la région pour la majeure partie de l’année,

un fait que la plupart des gens de l’endroit

constatent déjà par l’observation d’un plus grand

nombre d’oiseaux aquatiques et d’un nombre

réduit d’oiseaux des prairies.

À mesure que les prairies deviennent plus

humides et que la superficie des milieux humides

augmente, le personnel de CNC assurant la

gestion de la prairie à herbes hautes devra

repenser la manière dont le pâturage est utilisé.

Des considérations concernant le sol, l’eau, la

disponibilité du fourrage, ainsi que les capitaux

et les coûts liés au travail seront intégrées dans

la planification de la gestion des terres.

« Nous avons besoin du bétail; nous avons

besoin de cet outil pour garantir une réussite à long

terme », affirme Cary Hamel, directeur en science

de la conservation à CNC au Manitoba.

L’accroissement du taux d’humidité enseigne

au personnel de CNC des leçons en matière

d’hydrologie. Par exemple, ceux-ci ont remarqué

qu’une route d’accès bloquait l’écoulement naturel

de l’eau. « Un côté était marécageux et l’autre

sec », rapporte Cary. « Nous aurions pu tout

simplement détruire la chaussée, mais nous

aurions alors perdu l’accès au pâturage. »

Au lieu de cela, un projet pilote est mené afin

de détourner l’eau sous la route, au moyen d’une

série de tuyaux espacés le long de celle-ci. Une

fois le projet achevé, le personnel de CNC

surveillera l’endroit pour noter tout changement

de la végétation et des niveaux d’eau.

« Compte tenu de l’incertitude des modèles

de changement climatique, il importe de faire les

choses selon une méthode scientifique et d’en

suivre constamment l’évolution. C’est un

processus continu », explique Cary.

Les résultats aideront les générations futures

et les gestionnaires des terres à mieux gérer

l’éventuel apport accru en eau dans la région.

Planifier l’avenir

Tout comme le changement climatique, la

restauration du pin à écorce blanche est un enjeu

de long terme. Les arbres produisent leurs premiers

cônes vers l’âge de 30 ans, et la production n’est

importante qu’après 60 ou 80 ans.

« Ce sera à nos enfants et à nos petits-enfants

de constater si nos efforts ont vraiment porté leurs

fruits et de se réjouir de voir cette belle espèce

d’arbre survivre et prospérer à Darkwoods », affirme

Adrian Leslie.

L’une des meilleures approches en matière

de préparation aux changements climatiques

consiste à préserver un maximum d’habitats sains,

intacts et interreliés. Ayant jusqu’à maintenant

contribué à la conservation de 2,8 millions d’acres

(plus de 1,1 million d’hectares) de terres dans

l’ensemble du pays, CNC sera appelé à jouer un

rôle de plus en plus important dans l’atténuation

des effets du changement climatique à l’échelle

du pays, notamment en aidant les espèces à s’y

adapter. À la suite des efforts déployés et des

leçons tirées des expériences à Darkwoods, dans

le Canada atlantique, au Manitoba et ailleurs, CNC

veillera à préserver ces lieux et les espèces qui

y habitent, au grand bonheur de nos enfants et de

nos petits-enfants. 1

En haut à gauche : Propriété de Darkwoods (C.-B.). Centre gauche : Les brûlis dirigés sont un outil

de gestion important dans la prairie à herbes hautes (Man.). Ci-dessous : Il faudra de 30 à 50 ans

pour constater les résultats du travail d’Adrian Leslie. En bas à droite : Le littoral de l’Î.-P.-É. sera

considérablement transformé par la hausse du niveau de la mer.

CNC protège des

milieux humides

côtiers afin d’atténuer

la menace posée par

la hausse du niveau de

la mer causée, par le

changement climatique

LE MONDE MARIN

L’une des conséquences les plus néfastes

du changement climatique à l’échelle

mondiale est l’élévation du niveau de la

mer. L’Île-du-Prince-Édouard, qui compte

plus de 1 100 km de côtes, représente donc

une grande quantité de terrain à couvrir

pour les scientifiques en conservation.

« L’augmentation des températures

provoque la hausse du niveau des mers

qui, progressivement, gagnent du terrain.

Nous anticipons des changements

d’envergure dans le paysage de l’Île-du-

Prince-Édouard. Ainsi, nous avons décidé

de prendre des mesures dès maintenant

en protégeant les zones humides du littoral,

qui agissent comme zones tampons »,

affirme Jennifer White, coordonnatrice

de l’intendance à CNC à l’Île-du-Prince-

Édouard et au Nouveau-Brunswick.

Les zones humides côtières agissent

comme des éponges lors d’une hausse du

niveau de l’eau. Elles constituent également

des puits de carbone jouant un rôle de

premier plan dans l’atténuation des effets

du changement climatique. Dans les marais

salants le long de la rivière Percival (Î.-P.-É.),

CNC a réussi à protéger plus de 400 acres

(160 hectares) de terres humides côtières et

de hautes terres adjacentes. Le plan de

conservation de CNC dans cette province

cible les propriétés qui constitueront le

nouveau littoral de l’Île-du-Prince-Édouard,

à mesure que les milieux humides montent

vers l’intérieur des terres.

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 11


PROFIL

D’ESPÈCE

Faucon

pèlerin

Voici le héros de l’une des histoires de rétablissement d’espèce

les plus remarquables en Amérique du Nord.

PETE CAIRNS/NPL/MINDEN

12 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


Lors d’une journée sans nuages, regardez vers le ciel et vous

pourriez apercevoir la silhouette d’un rapace de la taille

d’une corneille, perché sur un gratte-ciel ou une falaise. Il

s’agit possiblement d’un faucon pèlerin. Avec un peu de chance,

vous verrez peut-être même ce maître de la discrétion chasser

et faire son fameux plongeon aérien : la descente en piqué.

OISEAU DE VITESSE

Le faucon pèlerin se distingue de ses congénères par son plumage dorsal gris-bleu, son

dessous marqué de stries noirâtres et sa tête dotée d’un « casque » et de « favoris » noir

ardoise. Reconnue pour sa vitesse, cette espèce a un plumage compact, des ailes allongées

et une longue queue qui lui donnent une silhouette aérodynamique. Lorsqu’il chasse une

proie, le faucon pèlerin peut voler à 110 kilomètres à l’heure. Lors d’une descente en piqué,

sa vitesse peut même atteindre 320 kilomètres à l’heure!

Les interactions entre humains et faucons pèlerins datent de plusieurs milliers d’années.

Oiseau de prédilection des nomades fauconniers d’Asie centrale, le faucon pèlerin a une très

grande acuité visuelle même dans une faible clarté, ce qui fait de lui un excellent chasseur,

tant à l’aube qu’au crépuscule.

STATUT ACTUEL

Le faucon pèlerin, comme plusieurs autres oiseaux de proie, a été victime des effets toxiques

du DDT. Ce pesticide largement utilisé entre les années 1950 et 1970 a décimé plusieurs

populations. Au début des années 1970, un mouvement pour bannir le DDT au Canada et aux

États-Unis, ainsi que des efforts comme l’élevage en captivité et la réintroduction dans les

milieux naturels, furent les premières étapes menant au rétablissement de l’espèce.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) désigne trois

sous-espèces de faucons pèlerins comme étant préoccupantes. Les pesticides toujours

utilisés aujourd’hui dans leurs aires d’hivernage, de même que les effets inconnus des

nouveaux pesticides autorisés au Canada, sont inquiétants. D’autres menaces comprennent

la dégradation et la fragmentation de leur habitat, l’activité humaine et le braconnage.

FICHE

DESCRIPTIVE

NOM SCIENTIFIQUE

Falco peregrinus (le terme « pèlerin »

est un dérivé de peregrinus, qui signifie

« vagabond »).

TAILLE ET POIDS

Mâle : 39 à 49 cm / 650 g

Femelle : 45 à 58 cm / 950 g

POPULATION AU CANADA

Plus de 5 000

TENDANCES DES POPULATIONS

À la hausse

AIRE DE RÉPARTITION

Cet oiseau de proie peut être observé sur

tous les continents, sauf l’Antarctique.

STATUT COSEPAC

Espèce préoccupante

OÙ VIT-IL?

Le faucon pèlerin se trouve sur tous les continents, sauf en Antarctique. L’Amérique du Nord

compte 3 des 22 sous-espèces existantes dans le monde. La sous-espèce pealei se trouve en

Colombie-Britannique et dans certaines régions de l’Alaska. Les faucons pèlerins de ces régions

sont des espèces résidentes ou des migrateurs à courte distance. La sous-espèce tundrius est surtout

migratrice dans le Haut-Arctique, tandis que la sous-espèce anatum niche au sud de la toundra.

Des oiseaux bagués dans les Territoires du Nord-Ouest ont même été retrouvés en Argentine!

Le faucon pèlerin fréquentent littéralement les « hautes sphères », puisqu’il préfère nicher

sur le flanc des falaises escarpées. Les corniches d’édifices, les carrières, les tours de transmission

et même les silos offrent des environnements quelque peu similaires qu’il peut adopter.

Aire de répartition estivale

Falco peregrinus anatum


Falco peregrinus tundrius

Falco peregrinus pealei

--

Aire de répartition hivernale

•(limite septentrionale)

Observation de l’espèce sur

des propriétés de CNC

CARTE : CNC. FAUCON PÈLERIN : ISTOCK

PROTÉGER LE FAUCON

Conservation de la nature du Canada (CNC) œuvre à la protection des habitats essentiels aux

faucons pèlerins, comme les escarpements de la réserve naturelle Alfred-Kelly, au Québec, afin

d’assurer que ces oiseaux ne soient pas perturbés par la présence de nombreux randonneurs.

Grâce à Vigie faucon, un groupe d’ornithologues bénévoles, CNC a développé un programme

annuel de surveillance afin d’évaluer le succès de la reproduction des faucons pèlerins. Au moins

un couple reproducteur a été repéré dans la réserve naturelle Alfred-Kelly, et trois oisillons ont vu

le jour en 2015. Entre 2014 et 2015, CNC et quelques-uns de ses partenaires ont réaménagé deux

sentiers afin de réduire les perturbations pouvant affecter la nidification des faucons. 1

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 13


CNC

À L’ŒUVRE

Port Joli

1

CÔTE-SUD DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE

N.-É.

3

2

VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS?

Visitez conservationdelanature.ca/noustrouver

pour plus d’information sur les projets de CNC.

1

Dirk van Loon a quitté le Vermont (É.-U.) pour

s’installer dans la région de Port Joli en 1969. Il est

rapidement tombé sous le charme de la magnifique

côte atlantique, qu’il habite d’ailleurs encore

aujourd’hui. Au fil des ans, il a acquis une quantité considérable de terres dans

cette région, empêchant ainsi leur lotissement et leur aménagement.

S’inspirant des liens solides qui unissent sa famille à ces terres ainsi que

de son éducation en protection de la faune, Dirk van Loon a adopté un style de

vie typiquement rural. Il tire une grande fierté d’avoir pris soin de plusieurs

centaines d’acres de terrain pendant près de 45 ans.

En 2007, Dirk van Loon a contribué à établir le Harrison Lewis Coastal

Discovery Centre, un organisme de bienfaisance voué à la recherche et à

l’éducation en histoire naturelle. Celui-ci a servi de base opérationnelle au

Musée canadien de l’histoire lors de l’excavation d’amas de coquillages dans le

cadre de fouilles archéologiques sur un site d’occupation de la nation Micmac.

De plus, le centre a souvent fait office d’école de terrain pour la Dalhousie

University et sert également de refuge chauffé pendant l’activité bénévole de

CNC Wild for Waterfowl, qui a lieu tous les ans, en novembre.

Dirk van Loon soutient CNC depuis longtemps. Des discussions passées

sur l’usage qu’il voulait faire de ses terres ont récemment mené à la protection

d’une grande portion de son terrain, soit 382 acres (155 hectares),

qui s’ajoute à une parcelle clé de 78 acres (32 hectares) déjà protégée

depuis 2012. Ces terres abritent trois espèces de lichens figurant sur la liste

fédérale des espèces en péril et jouxtent des propriétés de CNC dans la

péninsule de Port Joli.

En Nouvelle-Écosse, le climat tempéré qui caractérise la côte atlantique

offre des conditions d’habitat très particulières qui favorisent la présence de

lichens rares. De plus, ce milieu naturel accueille parfois des orignaux de la

Nouvelle-Écosse continentale, une sous-espèce en voie de disparition, ainsi

qu’un nombre impressionnant d’oiseaux chanteurs, d’oiseaux de rivage et

d’oiseaux aquatiques en période de reproduction.

DIRK VAN LOON : CNC. PORT JOLI : MIKE DEMBECK.

À gauche : Dirk van Loon procédant à un inventaire des terres qu’il a contribué

à protéger (N.-É.) En haut à droite : Des élèves du programme Learning the Land

(Sask). Ci-dessous : Port Joli Harbour (N.-É.). À droite : La propriété Bunchberry

Meadows (Alb.), qui sera ouverte au public à la fin de 2016.

14 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


PARTICIPANTS AU PROGRAMME LEARNING THE LAND : SCOTT FULTON. BUNCHBERRY MEADOWS : KYLE MARQUARDT. LOGO : BANQUE HSBC CANADA.

2

Learning the Land

SUD DE LA SASKATCHEWAN

Conçu pour concorder avec le programme scolaire de sciences de la 7 e année, Learning

SASK.

the Land combine les préceptes traditionnels et culturels des Premières Nations avec des

discussions portant sur les espèces en péril et la conservation des prairies indigènes. La

première année du programme ayant récemment pris fin, des plans sont en cours pour le

reconduire une deuxième année.

Bénéficiant d’apprentissages reçus tant en classe que sur le terrain, les élèves sont

sensibilisés aux défis actuels en matière de conservation de la nature et d’intendance

durable des terres. Ils explorent également les diverses façons par lesquelles les collectivités rurales et urbaines

peuvent collaborer afin de protéger l’habitat et contribuer au maintien des espèces fauniques.

Parmi les participants, on retrouve des aînés, des scientifiques, des propriétaires terriens, des membres du

personnel de CNC et plus de 100 élèves de 7 e année et des professeurs de 11 écoles du sud de la Saskatchewan.

Offert par la Treaty 4 Education Alliance, Learning the Land est administré par CNC et financé par le Programme

sur les espèces en péril d’Environnement et Changement climatique Canada.

3

ALB.

Bunchberry Meadows

EDMONTON, ALBERTA

Lancée en mai 2015, la campagne pour la conservation de

Bunchberry Meadows a suscité l’intérêt de donateurs individuels

et de divers partenaires, notamment de l’Edmonton and Area

Land Trust. Cet organisme s’est récemment engagé, de concert

avec CNC, à gérer l’aire de conservation Bunchberry Meadows,

qui s’étend sur 640 acres (260 hectares).

Malgré le développement d'Edmonton, située à proximité,

les forêts anciennes et la faune unique de Bunchberry Meadows

ont continué de prospérer.

Vers la fin de 2016, CNC compte rendre le site accessible

au public grâce à 8 km de sentiers de randonnée ainsi que par

l'aménagement d'une aire de pique-nique et d'un stationnement. 1

Pleins feux sur

les partenaires

Grâce à notre partenaire, la

Banque HSBC Canada, des

élèves d’écoles primaires de

Vancouver, Calgary, Toronto

et Montréal ont maintenant la

chance d’explorer la nature avec

des équipes de Conservation

de la nature Canada (CNC).

Le programme Journées-nature

offre aux jeunes Canadiens

l’occasion de développer de

nouveaux talents sur le terrain

(comme l’identification d’arbres

et de plantes indigènes) et de

participer à des jeux axés sur la

nature, tout en apprenant une

foule de choses au sujet des

habitats naturels et des espèces

qui en dépendent.

« Avant l’expédition, j’ai demandé

aux enfants qui étaient déjà allés

en forêt de lever la main, et seulement

la moitié d’entre eux l’ont

fait », raconte Genevieve Adams,

une enseignante de 3 e année

à l’école primaire John Norquay,

dans l’est de Vancouver. Ses élèves

ont passé une journée avec le

personnel et des partenaires en

conservation de CNC au Cheakamus

Centre, au nord de Vancouver,

où ils en ont appris davantage sur

le cycle de vie des saumons. « Le

meilleur moment a été quand

ils ont pu toucher aux saumons

prêts à être relâchés », se souvient

Mme Adams.

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 15


UNE FORCE POUR

LA NATURE

Le pouvoir

des mots

La nature nous procure des moments d’émerveillement et de fascination.

Pour l’auteure primée Lorna Crozier, trouver les mots pour exprimer

l’ indicible est à la source de tous ses efforts.

KAMIL BIALOUS

16 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


Lorna Crozier, poète et auteure primée, a récemment exploré

la forêt pluviale du Grand Ours (Great Bear Rainforest),

en Colombie-Britannique. Ce voyage et les clichés du photographe

Ian McAllister ont mené à la publication de The Wild in You.

Nous avons rencontré Mme Crozier pour parler de ses lieux favoris

au pays et du pouvoir des mots qui nous rapprochent de la nature.

VOUS AVEZ GRANDI DANS LES PRAIRIES, MAIS AVEZ PASSÉ UNE BONNE PARTIE DE

VOTRE VIE SUR LA CÔTE OUEST. QUEL EST VOTRE ENDROIT PRÉFÉRÉ AU CANADA?

Je suis Gémeaux et mon mari me répète souvent que j’ai toujours deux opinions et deux

manières de penser. Il n’est donc pas surprenant que j’aie à la fois un pied sur l’île de

Vancouver et l’autre dans les Prairies du sud-ouest de la Saskatchewan, où les arbres se

font rares (il n’y avait qu’un arbre là où j’ai grandi; il se trouvait à 16 km au nord de la ville).

Depuis ma retraite, j’écris des récits de voyage et j’ai visité la forêt pluviale du Grand

Ours. Je n’avais encore jamais mis les pieds dans cette région sauvage et vierge, à la fois

côtière et maritime. Et je ne m’étais jamais trouvée non plus si près d’un grizzli!

« Génèse », du photographe Ian McAllister, publiée

dans The Wild in You (Greystone Books, 2015).

VOUS ÊTES-VOUS VRAIMENT RETROUVÉE PRÈS D’UN GRIZZLI?

Oui! Je me trouvais à 12 ou 15 mètres de lui, et seul un petit estuaire nous séparait. J’avais

déjà entendu des histoires sur ces bêtes et j’avais vu des ours dans les dépotoirs à Banff,

mais jamais je n’avais aperçu un grizzli sauvage mangeant des baies, entouré de carcasses

de saumon. C’était pendant la migration des saumons et la plupart étaient morts ou

agonisaient; les goélands les déchiquetaient, picoraient leurs yeux et mangeaient leurs œufs,

tandis que des aigles survolaient le site.

C’est à ce moment-là que j’ai pensé : je vois l’ours et je le sens, ce qui signifie que l’ours

peut me sentir aussi. Il respire mon odeur par ses voies nasales, et j’existe en ce moment

dans les pensées d’un grizzli...

L’une des plus belles journées de mon séjour fut sans doute lorsque j’ai exploré l’intérieur

de la forêt pluviale. Nous marchions sur des sentiers empruntés par des ours depuis des

centaines d’années, sur la mousse où ils avaient posé leurs pattes. Et voilà que mes bottes

foulaient ces mêmes pistes. J’ai vu les arbres meurtris par leurs longues griffes, ainsi que les

endroits où ils avaient mangé la moitié d’un saumon et jeté les restes. La présence des ours

était toujours dans l’air.

Comme êtres humains, nous avons rarement l’occasion de réaliser à quel point nous

sommes petits par rapport à la nature et de ressentir le lien qui nous unit à elle.

CE MOMENT VOUS A-T-IL TRANSFORMÉE?

J’ai senti que j’avais changé. Mais nous n’avons pas le vocabulaire nécessaire pour décrire

ces moments d’émerveillement et d’étonnement, à moins d’employer des termes religieux.

SOUHAITEZ-VOUS, GRÂCE À VOTRE POÉSIE, CRÉER UN VOCABULAIRE POUR EXPRIMER

CES MOMENTS D’ÉMERVEILLEMENT DANS LA NATURE?

Certainement. La poésie s’efforce toujours d’exprimer l’indicible. Lorsqu’elle y parvient,

elle révèle au grand jour un extraordinaire cours d’eau souterrain qui s’écoule depuis la

nuit des temps. On y parvient seulement en se rappelant l’origine de nos efforts, soit le

désir d’exprimer quelque chose d’une manière nouvelle, mais toujours sincère.

Traduire de la poésie est un exercice

périlleux auquel peu d’auteurs se

risquent. Voilà pourquoi nous publions

l’œuvre de Mme Crozier dans sa

version originale.

Being Seen

On the forest trail, a rabbit’s

chewed-off foot, a torn wing

slick with spit, a Noh

choreography of bones.

Whatever watches from the shadows

can smell you now. Startled

from your body,

what you are inside

flinches in the naked light,

not wanting to be looked at.

Even now, you try to name

the prickly patch of flesh

on the back of your neck

under your hair. Being seen

has a skin: the air glistens with it.

Tiré de The Wild in You, de Lorna Crozier

(Greystone Books, 2015)

POURQUOI AVEZ-VOUS DÉCIDÉ DE PRÊTER VOTRE VOIX À CNC?

Je rencontre tous ces jeunes [qui travaillent avec CNC] enthousiasmés à l’idée d’agir pour

faire changer les choses. Il est difficile d’être optimiste lorsqu’on entend parler du changement

climatique ou des espèces qui disparaissent de la Terre. Néanmoins, rencontrer ceux

qui s’engagent au sein d’une organisation telle que CNC, et constater leur dévouement et

leur détermination, je me dis que même si je mourais demain, des gens sont là pour prendre

la relève et faire de la Terre un monde meilleur, ce qui est très encourageant. 1

COMMENT NOUS AIDER

Devenez une force pour la nature

en contribuant à protéger

notre patrimoine naturel.

www.natureconservancy.ca/

fr/aidez-nous/

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2016 17


RENCONTRE AVEC

LA NATURE

Un cerf, un loup et

un champignon géant!

Par James Duncan, vice-président régional de l’Ontario

Durant l’été 2010, quelques membres de l’équipe de

Conservation de la nature Canada (CNC) et un botaniste

bénévole ont planifié un bioblitz de deux jours dans l’archipel

de l’île Wilson, situé dans la portion nord du lac Supérieur. Je

me suis dit que ce serait une belle occasion d’amener sur le

terrain mon deuxième fils, Jayden, qui avait neuf ans à l’époque.

Notre tâche était de visiter toutes les zones accessibles

du rivage pour y repérer les plantes rares, en prévision de la

préparation des plans d’aménagement et d’accès des sites.

Notre guide pour ce séjour, Gus, connaissait bien les environs.

Nous avons d’abord exploré Little Lake Harbour, un havre

de paix magnifique à l’écart du lac, avec un site de camping tout

en verdure. C’est là que Jayden a trouvé un champignon géant!

Aussi grand qu’une assiette, son chapeau était jaune vif avec le

dessous blanc-beige.

Pendant que Mike (notre botaniste) et Kristyn (membre de

l’équipe de CNC) s’affairaient à identifier des fougères et des

carex rares, Jayden et moi avons exploré la plage sablonneuse.

Nous avons observé plusieurs empreintes de cerfs, puis tout à

coup Jayden s’est figé, les yeux grands ouverts : « Papa, regarde

ça! » Il me pointait les empreintes d’un loup superposées à

celles d’un cerf, et ce, sur plusieurs pas; le loup avançait

exactement dans les traces de sa proie.

On ne sait jamais comment un garçon de neuf ans, qui est né

et a grandi dans un environnement urbain du sud de l’Ontario,

va réagir face à la cruelle réalité de la chaîne alimentaire. Eh oui,

les loups chassent, tuent et mangent les cerfs! Jayden savait tout

cela, mais nous n’étions pas dans une classe : c’était la vraie vie.

J’ai attendu sa question, mais finalement il a dit : « C’est

vraiment cool! Le loup était en train de chasser le cerf en le

suivant. Je ne voudrais pas être à la place du cerf… En ce

moment, le loup doit être dans les bois en train de s’endormir

le ventre plein! » Je me souviens d’avoir simplement souri et

acquiescé de la tête, n’ayant rien de bien utile à ajouter.

Ces deux jours ont passé très vite. Jayden a photographié

tous les champignons qu’il a repérés, et une fois revenus à la

maison nous en avons identifié 15 espèces grâce à Internet. La

météo était clémente, le lac était calme et nous avons réussi à

répertorier toutes les espèces rares que nous avons trouvées.

Jayden s’est découvert un intérêt marqué pour les lichens et a

déniché, en frayant des sentiers, des plantes intéressantes pour

Mike et Kristyn, sans jamais se départir de son sourire!1

PARTAGEZ

VOS HISTOIRES

Écrivez-nous à

magazine@

conservationdelanature.ca

MELINDA JOSIE.

18 PRINTEMPS 2016 conservationdelanature.ca


Votre passion pour les espaces naturels est au cœur de votre vie. Et maintenant,

vous pouvez en faire votre héritage. Un don testamentaire à Conservation de

la nature Canada, quel que soit le montant, vous permet de contribuer à la

protection de nos habitats les plus vulnérables et de la faune qu’ils abritent. Pour

aujourd’hui, pour demain, et pour les générations à venir.

Pour en savoir plus sur les dons testamentaires,

visitez le www.conservationdelanature.ca/dons-planifies

ou appelez-nous au 1 800 465-0029, poste 5.


« Chaque fois que nous voyageons hors de la ville, nous constatons que

le territoire est de plus en plus morcelé. Nous savions déjà que nous

voulions soutenir un organisme dont la mission est la protection des

terres, et nous avons découvert CNC! Bien entendu, la nature est toujours

présente au cœur de la ville. En ouvrant les rideaux un jour, nous avons

aperçu de notre balcon une magnifique buse à queue rousse! »

Pat Reed

Au cours des dernières années, Pat Reed a effectué plusieurs dons à CNC en l’honneur

de sa partenaire pour souligner des occasions spéciales.

« POUR CÉLÉBRER MES 31 ANS, J’AI DEMANDÉ QU’ON

M’AIDE À ACCOMPLIR 31 BONNES ACTIONS. CE QUE

J’AI RESSENTI EN LES RÉALISANT EN COMPAGNIE DE

PERSONNES QUI ME SONT CHÈRES FUT LE PLUS BEAU

CADEAU QUI SOIT! ET DONNER À CONSERVATION

DE LA NATURE CANADA EST UN RÉEL PLAISIR, PARCE

QUE JE SAIS QU’ILS UTILISERONT MON DON DE

MANIÈRE EFFICACE! »

Amanda Foote vit à Calgary, en Alberta. Elle est une

donatrice mensuelle de CNC.

« Les Jeunes Écocivistes collaborent

avec CNC pour la conservation des

terres depuis plus de 20 ans. Notre

devise est “Si tout le monde fait un

peu, ensemble nous faisons beaucoup”.

Jusqu’à présent, le Collège Churchill

a contribué à conserver plus de

180 acres (70 hectares) de terres

grâce à notre vente annuelle de

pâtisseries Bake-An-Acre. Ces actions

positives sont souvent un pied de nez

aux nouvelles quotidiennes autrement

plus démoralisantes. »

Depuis 1994, les étudiants du Collège Churchill

de Winnipeg, au Manitoba, ont donné plus de

5 800 $ à CNC.

BUSE À QUEUE ROUSSE : ISTOCK. AUTRES PHOTOS : OFFERTES PAR AMANDA FOOTE / COLLÈGE CHURCHILL.

Vous pouvez contribuer chaque jour à la protection des

habitats essentiels pour la faune du Canada.

conservationdelanature.ca/donnez

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