le magazine CNC - printemps 2020

natureconservancyofcanada

PRINTEMPS 2020

La restauration

d’écosystèmes

Découvrez comment on s’y prend, à deux ou à quatre pattes, pour

contribuer à la restauration de milieux naturels au pays


Conservation de la nature Canada

245, avenue Eglinton Est, bureau 410

Toronto (Ontario) Canada M4P 3J1

magazine@conservationdelanature.ca

Tél. : 416 932-3202

Sans frais : 1 877 231-3552

Conservation de la nature Canada (CNC)

est le chef de file au pays en matière de

conservation des terres, œuvrant à la

protection de nos milieux naturels les plus

importants et des espèces qu’ils abritent.

Depuis 1962, CNC et ses partenaires ont

contribué à la protection de 14 millions

d’hectares (35 millions d’acres), d’un océan

à l’autre et à l’autre.

Le magazine Conservation de la nature

Canada est distribué aux personnes qui

appuient CNC.

MC

Marque de commerce de La Société

canadienne pour la conservation de la nature

FSC MD n’est pas responsable des

calculs concernant l’économie

des ressources réalisée en

choisissant ce papier.

Imprimé sur du papier Rolland Opaque

fait à 30 % de fibres post-consommation,

certifié Écologo et Procédé sans chlore. Ce

papier est fabriqué au Canada par Rolland,

qui utilise le biogaz comme source d’énergie.

L’impression est effectuée au Canada, avec

des encres végétales par Warrens Waterless

Printing. La publication de ce magazine a

sauvegardé 29 arbres et 104 292 litres d’eau*.

COUVERTURE

Chèvre au travail sur une propriété de CNC.

Photo de CNC.

CETTE PAGE

Réserve naturelle Chase Woods, C.-B.

Photo de Melissa Renwick

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CALCULATEUR : WWW.ROLLANDINC.COM/FR.

*

2 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


PRINTEMPS 2020

SOMMAIRE

Conservation de la nature Canada

Chère amies,

Chers amis,

Au moment où j’écris ces lignes, je suis très conscient

des premiers signes du printemps qui apparaissent dans

mon jardin. Les jours sont un peu plus longs et le chant

des premiers oiseaux à être de retour se fait entendre.

Normalement, je vous encouragerais à sortir et à

célébrer le printemps. Mais cette année, c’est différent.

L’impact mondial de la COVID-19 a tout changé.

Ce printemps, je vous demande en effet de faire quelque

chose que je n’aurais jamais pu imaginer : restez à la

maison. Reportez la visite d’un projet ou d’un sentier de

Conservation de la nature Canada (CNC), pendant que

nous travaillons tous ensemble à assurer la sécurité de

nos collectivités.

La santé et le bien-être de la communauté de CNC,

c’est-à-dire notre personnel, nos bénévoles et nos

sympathisant(e)s, sont nos priorités absolues. Nos

bureaux sont présentement fermés et nos événements

publics, y compris nos activités Bénévoles pour la

conservation, sont reportés jusqu’à nouvel ordre. Je

tiens toutefois à vous assurer que vos dons continuent

de faire leur travail et qu’ils aident à protéger les

milieux naturels et les espèces sauvages au Canada.

Notre personnel apprend d’ailleurs de nouvelles

manières de travailler à distance pour s’assurer que

nous poursuivions notre mission qui est cruciale.

Leur ingéniosité m’inspire.

Pendant la période où la COVID-19 demeure menaçante,

je vous invite à profiter de la nature de manière virtuelle

sur le site conservationdelanature.ca/trekker.

Je vous remercie de votre soutien continu. Les

textes de ce numéro de notre magazine qui traitent de la

restauration de milieux naturels démontrent que nous

continuons de réaliser des choses étonnantes ensemble.

Nous savons que la nature est importante dans

nos vies; qu’elle est bonne pour notre santé et notre

joie de vivre. Je me réjouis à l’avance du jour où nous

célébrerons ensemble notre retour dans la nature,

et ce, dès que nous pourrons le faire en toute sécurité.

Prenez soin de vous et des autres,

8

6 12

14 Restauration d’écosystèmes

De la plantation d’arbres à la création de milieux humides, les bénévoles de

CNC font de la restauration des écosystèmes une réalité.

6 Réserve naturelle Freshwater Bay

Plongez dans le milieu côtier exceptionnel de l’East Coast Trail à Terre-

Neuve-et-Labrador.

7 L’appel de la nature

Ben Cullen, jardinier urbain de quatrième génération, se connecte à la

nature de nouvelle manière grâce à son chien Ruby.

8 Coup de pouce

Grâce au dévouement de bénévoles, la science de l’écologie de la

restauration peut contribuer à inverser le déclin du monde naturel et

transformer notre relation à ce dernier.

12 L’hespérie tachetée

Un papillon rare et insaisissable habitant un écosystème menacé.

14 CNC à l’œuvre

Un succès après des décennies de travail, en Colombie-Britannique; Investir

dans la science de la conservation, en Alberta; Nouveau parc sauvage urbain,

en Nouvelle-Écosse.; Nouveaux bisons mâles en Saskatchewan.

TKTKTKTKTKTKT

John Lounds

John Lounds

Président et chef de la direction

P.-S. — Surveillez notre site Web pour des nouvelles

publiées au fur et à mesure que la situation évolue.

16 Le projet Finding Flowers

Sheila Colla et Lisa Myers espèrent faire connaître l’importance des pollinisateurs

indigènes par l’intermédiaire des savoirs autochtones ainsi que des

arts et de la culture traditionnelle.

18 Chants d’espoir

Des rainettes faux-grillons de la vallée de l’Outaouais, au Québec, se font entendre.

conservationdelanature.ca

natureconservancy.ca

PRINTEMPS 2020 3


D’UN OCÉAN

À L’AUTRE

POUR EN SAVOIR PLUS

Rendez-vous à benevolesconservation.ca pour

voir des photos et lire des histoires de terrain de

nos nombreux bénévoles.

Restauration

d’écosystèmes

De la plantation d’arbres à la création de

milieux humides, les bénévoles pour la

conservation de CNC font du travail de

restauration des écosystèmes une réalité.

ÀConservation de la nature Canada (CNC), notre travail vise

le long terme. Et l’acquisition d’aires naturelles d’importance

n’est que le début de ce travail. Nos scientifiques chevronnés

élaborent des plans de gestion qui définissent de quelle manière

chacune de nos propriétés doit être entretenue. Il arrive que certaines

d’entre elles requièrent une attention particulière quand, par exemple,

un écosystème y a .été dégradé. Dans un tel cas, nous nous tournons

vers le travail de restauration d’écosystèmes pour tenter de le remettre

dans le meilleur état possible.

De la plantation d’arbres à la création d’un milieu humide, les projets

de restauration menés à travers le pays sont de nature et d’envergure

différentes. Quels qu’ils soient, une chose demeure : nous ne pourrions

faire ce travail sans l’aide de nos bénévoles pour la conservation!

BRENT CALVER.

4 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


Pour souligner le lancement prochain de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes

(2021-2030), nous vous présentons des histoires de restauration d’habitats provenant d’à travers le pays.

Québec

À l’île Bouchard, sur le fleuve Saint-

Laurent, le personnel et les bénévoles

de CNC ont planté des fleurs sauvages

indigènes sur des parcelles d’anciens

champs agricoles, dont 1 035 plants

de 10 espèces différentes – comme

l’asclépiade tubéreuse et l’achillée

millefeuille – pour y attirer des

pollinisateurs. L’asclépiade tubéreuse

sert de halte aux monarques lors

de leur migration annuelle entre le

Canada et le Mexique. La prairie

restaurée de l’île Bouchard servira de

refuge pour une variété de pollinisateurs,

afin que nous puissions

continuer de profiter de leurs bienfaits.

Atlantique

Saskatchewan

CNC a organisé plusieurs corvées de nettoyage des berges au

Canada atlantique, dont une activité bénévoles à la réserve

d’oiseaux de rivage et centre d’interprétation de Johnson’s Mills au

Nouveau-Brunswick, en partenariat avec Nature NB. Les vasières

et les plages de Johnson’s Mills constituent une halte importante

pour un quart de millions d’oiseaux de rivage, comme le pluvier

semipalmé. En 2019, 80 bénévoles d’EOS Eco Energy, de Fort Folly

Habitat Recovery et de la Société pour la nature et les parcs du

Canada, et des étudiants en recherche de l’Université Dalhousie et

de la communauté voisine, y ont ramassé 272 kg (600 livres) de

déchets. En retirant des objets de plastique et autres détritus, les

bénévoles contribuent à rendre des zones de nidification et d’autres

habitats côtiers plus sécuritaires pour la faune.

Tout juste à l’ouest de Prince Albert se trouve la propriété

Nebo dont les 178 hectares (440 acres) font le pont entre

l’habitat de forêt boréale et celui de prairie. Acquise par CNC

en 2016, la propriété Nebo avait vu certaines de ces zones

forestières déboisées.

Depuis 2017, grâce à un partenariat avec Lone Pine Arbor

Service et Arbres Canada, le personnel et les bénévoles de

CNC ont planté plus de 25 000 épinettes blanches indigènes

dans une zone de la propriété fortement déboisée. Cela

contribuera à restaurer la forêt mixte indigène et à fournir un

habitat précieux à des espèces telles que la mésange à tête

brune et le pic maculé, ainsi qu’à des espèces en péril comme

la paruline du Canada.

Ontario

Dans les milieux humides de Minesing, des bénévoles

pour la conservation comptent sur le pouvoir

d’ingénierie des arbres pour restaurer des rives qui

sont vitales pour de nombreuses espèces. Ces milieux

humides sont parmi les plus importants du sud de

l’Ontario en plus d’être désignés d’importance

internationale. Ils fournissent non seulement un

habitat pour des espèces rares et menacées, comme la

cordulie de Hine (une libellule), mais ils assurent aussi

la filtration de l’eau et l’atténuation des inondations

pour des milliers d’habitants vivant en aval, y compris

ceux de Wasaga Beach, une ville en pleine expansion.

Au fil du temps, les berges de plusieurs rivières et

ruisseaux se sont érodées en raison d’anciennes

pratiques amenant les sédiments et les nutriments vers

les cours d’eau. Cela peut avoir des effets néfastes sur les

poissons et d’autres espèces qui dépendent de ces

cours d’eau, ainsi que sur la qualité de l’eau pour les

humains habitant en aval. Le projet de restauration

consiste à planter des arbres et arbustes dont le système

racinaire contribuera à stabiliser les berges et ainsi

diminuer la quantité de sédiments et de nutriments

à atteindre ces cours d’eau. Ce travail permettra

d’améliorer l’habitat et de renforcer les services

écosystémiques des milieux humides pour de

nombreuses années à venir!

SENS HORAIRE, D’EN HAUT À GAUCHE : CNC; CNC; CNC; STEPHEN DES ROCHES; CNC.

Alberta

Bunchberry Meadows, une propriété située à seulement 30 km du centre-ville d’Edmonton, compte 8 km de sentiers

praticables à l’année traversant des forêts anciennes, des prairies ouvertes et des zones humides. Copropriété de CNC et

de l’Edmonton and Area Land Trust, cette Destination Nature a été officiellement ouverte au public en 2017.

Des plantes non indigènes avaient commencé à envahir une partie de la propriété et à compétitionner avec les plantes

indigènes qui composent son habitat et qui sont une importante ressource pour des espèces indigènes, comme les

insectes pollinisateurs. Une classe de l’Université d’Alberta, qui étudie la restauration, a utilisé cette zone perturbée

de Bunchberry Meadows pour y effectuer une étude de cas. Il a été déterminé que d’y planter des peupliers indigènes

serait la meilleure stratégie, puisqu’avec le temps, ces arbres priveraient de lumière les espèces envahissantes à leur

pied. En 2009, des bénévoles pour la conservation ont commencé à planter des peupliers sur ce site.

L’épidémie de COVID-19 nous oblige à reporter nos activités sur le terrain jusqu’à nouvel ordre. Veuillez consulter conservationdelanature.ca

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2020 5


SUR LES

SENTIERS

Randonnée sur le sentier de la baie Freshwater

Réserve naturelle

Freshwater Bay

Plongez dans le milieu côtier exceptionnel de l’East Coast Trail à

Terre-Neuve-et-Labrador

Lieu historique national du Cap-Spear

L’East Coast Trail est un réseau de sentiers

totalisant 336 kilomètres. Il suit la

côte accidentée de la pittoresque péninsule

Avalon, et ce, de Portugal Cove au village

de Cappahayden, en passant par St. John’s. Près

de St. John’s, une section très populaire du sentier

traverse la réserve naturelle Freshwater Bay

de Conservation de la nature Canada (CNC).

En 2012, le National Geographic nommait

l’East Coast Trail parmi les meilleures destinations

d’aventure au monde. Elle figure sur la

liste de vie (bucket list) de beaucoup de gens,

d’ici et d’ailleurs, qui apprécient la nature et qui

sont en visite sur l’île de Terre-Neuve.

Fondée en 1994 par une organisation locale,

l’East Coast Trail traverse aujourd’hui

plus de 30 communautés, dont plusieurs qui

offrent de l’hébergement aux adeptes de randonnée.

Des plateformes en bois jalonnent

aussi le réseau pour ceux et celles qui préfèrent

camper.

L’East Coast Trail n’est toutefois pas de

tout repos. Ses sentiers parcourent un terrain

vallonné qui longe à de nombreux endroits

des falaises abruptes surplombant l’Atlantique.

Les personnes qui s’y rendent doivent

également tenir compte de la météo

changeante, caractérisée par une combinaison

de brouillard, de soleil ardent, de vents

violents et de grésil, même en juin!

PANORAMAS SPECTACULAIRES

Le défi que représente l’East Coast Trail est

tout oublié une fois rendu devant ses vues magnifiques

où on peut apercevoir des oiseaux de

mer et d’autres animaux sauvages. Au fil du

sentier, il est possible de visiter des sites emblématiques

comme le lieu historique national du

Cap-Spear. Selon le temps de l’année, on y aura

droit à des défilés d’icebergs majestueux, à

l’époustouflant spectacle de troupeaux de baleines

ou à de véritables festins de petits fruits.

DENNIS MINTY; DAVID LITSCHEL/ALAMY STOCK PHOTO.

6 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


LES

INDISPENSABLES

La baie Freshwater

DENNIS MINTY; DENNIS MINTY; CHRIS TIESSEN.

Parmi les autres sites d’intérêt, mentionnons

The Spout, un jet d’eau alimenté par la force

des vagues et qui ressemble à un geyser, la

Sea arch, une imposante voûte rocheuse naturelle,

ainsi qu’un pont suspendu de 50 mètres

de long situé près du village abandonné de

La Manche.

GARDER LES OISEAUX À L’ABRI

L’East Coast Trail est gérée et entretenue par

la East Coast Trail Association. Ce réseau de

sentiers traverse des propriétés privées, des

terres de la Couronne, ainsi quelques aires

protégées. Deux destinations populaires sont

conservées par CNC près de St. John’s, soit

à Maddox Cove et sur la baie Freshwater.

La réserve naturelle Freshwater Bay est

principalement composée de forêts d’épinettes

blanches, d’épinettes noires, de sapins

baumiers et de bouleaux blancs. On y trouve

aussi des plantes indigènes typiques de Terre-

Neuve-et-Labrador, telles que la sarracénie

du Nord, le bleuet nain et le thé du Labrador

commun. En conservant cette forêt, CNC

contribue aussi à ce que des colonies d’oiseaux

de mer des îles voisines, comme la

mouette tridactyle, le guillemot noir, le goéland

argenté et le grand goéland marin, ne

soient pas perturbées.

SAISONS

Été et automne.1

L’appel de la

nature

Ben Cullen, jardinier urbain de quatrième génération, se

connecte à la nature de nouvelle manière grâce à son chien Ruby.

Contrairement à une bouteille d’eau, un tube de lotion solaire ou un chapeau,

impossible d’oublier ou d’ignorer Ruby qui semble toujours être assise près de

la porte en se faisant aller la queue dès que je quitte la maison.

Quand je suis en plein air, Ruby m’amène à être plus conscient de mon environnement.

Avant qu’elle arrive dans nos vies, une marche dans la nature n’avait rien de spécial : se

rendre à destination, sans remarquer le paysage. Son instinct de chien en quête de

nourriture ralentit mon rythme. Ensemble, nous pouvons suivre une odeur ou nous arrêter

brusquement pour écouter le son d’un animal sauvage que j’aurais ignoré avant.

Ruby m’a montré à être un peu plus comme un animal quand je suis dans la nature,

soit en étant alerte et en utilisant tous mes sens. Quand nous fermons la porte de la tente

le soir, elle se love entre nos sacs de couchage et est la première endormie; chez elle avec

ses amis humains et au son des murmures de la vie sauvage du Canada.1

conservationdelanature.ca

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8 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca

TKTKTKTKTKTKT


Coup d e

pouce

MELISSA RENWICK.

Avec l’aide de personnes

dévouées de partout au

pays, la science de l’écologie

de la restauration peut

aider à inverser la perte

de milieux naturels et à

transformer notre relation

à la nature.

PAR Judith Lavoie,

journaliste et rédactrice pigiste

Bénévoles pour la

conservation à la

réserve naturelle

Chase Woods.

Sautant à pieds joints sur sa bêche avec détermination,

Carly Dietrich l’enfonce dans le sol détrempé, puis soulève

triomphalement une lourde motte de terre noire retenue par des

racines d’alpiste roseau.

« Comme je ne suis pas très pesante, je dois y mettre tout

mon poids », explique-t-elle. Elle lance alors la motte de côté pour qu’elle

soit nettoyée par des bénévoles qui empileront les racines de cette plante

envahissante afin qu’elles soient éliminées.

Cette jeune étudiante en sciences de l’environnement de l’Université de

Victoria (C.-B.) compte parmi les 19 bénévoles de Green Teams of Canada.

Au début de l’été dernier, le groupe a passé un dimanche à creuser et

à patauger dans la boue pour lutter contre l’alpiste roseau à la réserve naturelle

Chase Woods de Conservation de la nature Canada (CNC), sur l’île

de Vancouver.

« Ce travail m’aide à mieux connaître le territoire et les espèces envahissantes

», explique Mme Dietrich, qui s’est récemment installée à Vancouver

après avoir quitté Edmonton.

L’objectif est de restaurer plus de 2 hectares (5 acres) d’un ancien marais

intertidal relié à l’estuaire de la rivière Cowichan. Depuis un siècle, cette

terre était drainée pour servir à la culture du foin.

Les bénévoles, de plus en plus en sueur, lancent des cris de joie quand de

l’eau se met à s’accumuler là où il n’y avait que de l’herbe : preuve immédiate

de la réussite du projet. Le plan d’eau qui résultera de ce travail servira d’habitat

à la sauvagine, à des poissons et des plantes d’estuaire indigènes.

« J’adore le travail de conservation, car je sais que chaque effort compte »,

affirme Morgan Mills, une bénévole de Brentwood Bay, près de Victoria.

« C’est une excellente façon de passer un dimanche, car j’aime faire des

choses qui comptent vraiment », ajoute-t-elle.

Le milieu humide restauré se trouve au sein d’une réserve naturelle de

40 hectares (99 acres) qui comprend une forêt côtière mature de sapins de

Douglas qui s’élève sur les flancs du mont Tzouhalem, dans la vallée de la

rivière Cowichan. CNC a acquis cette propriété de David Chase en 2009,

et les travaux de restauration ont réellement commencé en 2018.

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conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2020 9


À gauche : Bénévoles à

l’ouvrage pour extraire

des espèces envahissantes.

En médaillon : Nichoirs

à hirondelle noire installés

dans le milieu humide

restauré de la réserve

naturelle Chase Woods.

Transformer les écosystèmes

Selon Lesley Marian Neilson, la responsable

des communications de CNC en Colombie-Britannique,

le travail des bénévoles est

crucial pour aider à transformer des écosystèmes

profondément altérés par le développement

et l’agriculture.

« Historiquement, ces terres étaient des

milieux humides qui étaient inondés à marée

haute, » explique-t-elle, en ajoutant qu’anciennement,

les milieux humides occupaient

moins de 3 % du littoral de la province.

« Cette zone était directement reliée à l’estuaire.

Elle servait probablement aux saumons

juvéniles et à d’autres espèces sauvages

des milieux intertidaux. Mais, tout cela a pris

fin lorsque des barrages ont été construits et

que ces milieux humides ont été transformés

en prés de fauche.

Au cours du siècle dernier, la plupart des

milieux humides de l’île de Vancouver ont

disparu. L’impact a été majeur sur les oiseaux,

les poissons, les amphibiens et d’autres espèces

qui en dépendent. La restauration

de ces habitats est donc une mesure incontournable

pour la conservation », ajoute

Mme Neilson en observant des hirondelles à

face blanche voler en rase-mottes, puis entrer

et sortir à vive allure des nichoirs nouvellement

installés.

Les premiers travaux ont nécessité l’emploi

de machinerie lourde pour d’abord

extraire la couche d’alpiste roseau, puis

creuser des canaux reproduisant le cours

sinueux d’un ancien ruisseau qui avait

été détourné vers un fossé profond afin

de drainer le marais.

La perte d’espèces et d’habitats naturels résulte

d’un processus graduel mettant en cause des

milliers de facteurs. Et il faudra des milliers de

projets de restauration pour y remédier.

« Les travaux de restauration peuvent

avoir l’air de grand fouillis, quand nous retirons

ce qui ne devrait pas se trouver sur

un site pour recréer des milieux dont dépendent

les espèces sauvages. Ici, nous avons

empilé des troncs et créé des buttes de terre

dans les étangs et autour de ceux-ci pour reproduire

une structure de milieu humide naturel

fournissant des habitats appropriés pour

différentes espèces », explique Mme Neilson.

La nature est d’une grande résilience.

Parfois, un simple coup de pouce suffit pour

réparer certains dommages et pour qu’elle

reprenne le dessus.

L’alpiste roseau, une plante envahissante,

est très difficile à éradiquer, car un simple

bout de racine laissé derrière suffit pour qu’il

se réinstalle. « Si nous pouvons faire en sorte

qu’il soit moins abondant, les plantes indigènes

auront la chance de mieux s’installer et

l’écosystème commencera à reprendre son

fonctionnement naturel de milieu humide marécageux.

Cela ne se fera pas d’un seul coup.

Il faudra des années de gestion et de restauration

pour y arriver », affirme Mme Neilson.

Écologie de la restauration

Dan Kraus, biologiste principal en conservation

à CNC, explique que l’essor de la science

de l’écologie de la restauration s’explique par

un besoin grandissant d’assurer le rétablissement

d’habitats et d’espèces qui disparaissent,

et ce, non seulement dans la perspective de

protéger la biodiversité, mais aussi pour le

bien de la population.

« La perte d’espèces et d’habitats résulte

d’un processus graduel mettant en cause des

milliers de facteurs. Et il faudra des milliers

de projets de restauration pour y remédier »,

selon lui.

Le biologiste souligne également que l’acquisition

et la restauration d’une ou deux propriétés

d’un secteur peuvent être perçues comme

une goutte d’eau dans l’océan, mais lorsque le

travail se poursuit sur des décennies, ses effets

cumulés font une différence bien réelle.

Les projets de restauration de CNC incluent

la plantation d’arbres, la gestion d’espèces

envahissantes et la réintroduction

de processus naturels, comme le feu, au sein

de certains paysages.

MELISSA RENWICK; MELISSA RENWICK.

10 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


CHÈVRES : CNC. MÉDAILLON : CNC.

« Traditionnellement, CNC s’est concentré

sur la restauration d’habitats, en espérant

que les espèces reviendraient s’y installer.

Mais, certaines espèces de plantes et

d’animaux ne peuvent tout simplement pas y

revenir d’elles-mêmes » précise-t-il.

« Il devient de plus en plus nécessaire de

réintroduire des espèces en péril sur nos propriétés.

Nous collaborons par exemple avec le

Zoo de Calgary pour le rétablissement du tétras

des armoises, un oiseau de prairie en péril

au Canada et aux États-Unis. »

Au Québec, Valérie René, coordonnatrice

de projets à CNC, œuvre quant à elle au rétablissement

de l’habitat de la tortue-molle

à épines, une espèce menacée au Canada.

Ce reptile au long nez, et à la carapace couverte

d’une peau qui a l’apparence du cuir,

était autrefois commun dans le fleuve Saint-

Laurent et les rivières des Outaouais et

Richelieu. Aujourd’hui, au Québec, la tortue-molle

à épines se trouve presque exclusivement

au lac Champlain.

« Au cours des dernières décennies, on

a observé un déclin fort préoccupant de la

population et de la distribution de cette espèce

», souligne Mme René. Voilà qui fait de

la restauration d’habitats une priorité pour

la survie de la tortue-molle à épines.

Après que des chercheurs eurent localisé

des sites de ponte dans le cadre d’une collaboration

entre CNC et le ministère québécois

des Forêts, de la Faune et des Parcs, un

étang a été protégé et restauré près du lac

Champlain. C’est maintenant un milieu qui

se réchauffe rapidement après la fonte des

neiges et qui fournit aux tortues une abondance

de nourriture. Mais même cela ne suffit

pas à assurer leur survie, explique

Valérie René.

Un autre problème est la prédation des

nids de tortues par les ratons laveurs. Cela

a amené CNC à collaborer depuis une dizaine

d’années avec le Zoo de Granby sur

un projet visant à recueillir les oeufs des tortues

pour les acheminer au zoo où ils sont

mis en incubation pour 2 mois. Les minuscules

tortues sont ensuite ramenées au site

de ponte, ce qui leur évite d’être dévorées

par les ratons laveurs.

« Année après année, nous voyons les

mêmes femelles revenir ici. Nous espérons

donc assister dans les prochaines années

au retour de tortues relâchées il y a 10 ou

12 ans pour venir pondre ici », précise

Mme René. Elle ajoute qu’un deuxième

étang est en cours d’aménagement.

Avec des berges mieux protégées et les

nouveaux sites de ponte surveillés par des

bénévoles de la région, l’objectif est de restaurer

des habitats pour la tortue-molle à

épines et de permettre à l’espèce de prospérer

de nouveau.

Chèvres au travail

Katelyn Ceh, directrice de la conservation

des forêts-parcs et prairies à CNC en Alberta,

travaille à la restauration d’écosystèmes avec

des assistantes à quatre pattes.

Mme Ceh supervise en effet deux essais

ayant recours à des chèvres; l’un à Crowsnest

Pass, dans le sud de la province, et l’autre dans

la région d’Edmonton, près de Spruce Grove.

Les chèvres, qui sont supervisées par des

bergers et des chiens de troupeau, sont entraînées

à brouter des plantes envahissantes,

comme la tanaisie vulgaire, ce qui empêche

leur propagation aux secteurs voisins.

« Nous avons recours aux chèvres quand

l’accès rend difficile toute autre forme de

contrôle des espèces indésirables, » explique

Mme Ceh.

À Spruce Grove, le fournisseur mène environ

400 chèvres à la fois dans un ancien

champ agricole aujourd’hui envahi par les

mauvaises herbes qui étouffent les arbres

nouvellement plantés. Katelyn Ceh rapporte

que les chèvres travaillent bien et que des

améliorations ont été constatées.

« Je m’attendais à ce que la présence de

400 chèvres sur une propriété soit autrement

plus chaotique qu’elle ne l’est en réalité, rigole-t-elle.

Mais, les chèvres se concentrent

sur le broutage des mauvaises herbes et les

bergers ont une approche systématique dans

leur travail avec les animaux. C’est vraiment

intéressant à regarder. »

Le pouvoir du nombre

Pour Dan Kraus, les bénévoles jouent un rôle

crucial dans les projets de restauration, et la

restauration peut transformer notre relation

à la nature. « Au lieu de travailler uniquement

pour empêcher la nature de disparaître, ce

type de travail donne l’espoir que nous pouvons

améliorer les choses. »

« Nous percevons souvent les humains

comme des destructeurs de la nature, mais

nous avons maintenant des exemples où ils en

sont les restaurateurs. Notre présence sur le

terrain peut même augmenter la biodiversité

», dit M. Kraus.

Cet espoir est aussi manifeste dans la décision

de l’Organisation des Nations Unies (ONU)

de proclamer 2021-2030 « Décennie des Nations

Unies pour la restauration des écosystèmes ».

L’objectif est « de renforcer massivement

la restauration des écosystèmes dégradés et

détruits, en tant que mesure éprouvée pour

lutter contre la crise climatique et renforcer

la sécurité alimentaire, l’approvisionnement

en eau et la biodiversité », selon une déclaration

de l’ONU.

Peu après l’annonce de l’ONU, 57 pays,

gouvernements infranationaux et organisations

privées se sont engagés à restaurer plus

de 170 millions d’hectares (420 millions

d’acres) à travers le monde.

« Le déclin du monde naturel doit cesser,

sinon, un jour, il n’en restera plus rien. La proclamation

de cette décennie souligne que

nous pouvons être la génération qui mettra

un terme au recul du monde naturel, mais

qui aussi renversera la vapeur », dit M. Kraus.

Souvent, le chemin à suivre est clair, par

exemple en extirpant l’alpiste roseau à la propriété

Chase Woods. Toutefois, l’écologie de

la restauration, une science en plein essor,

reconnaît également que les changements

climatiques et le développement altèrent le

monde qui nous entoure et que, parfois, il

pourrait ne pas être possible ou souhaitable

de restaurer les écosystèmes originels. Dan

Kraus donne l’exemple des nouveaux écosystèmes

(novel ecosystems) c’est-à-dire ceux

qui n’existaient pas avant la présence humaine,

comme les nouvelles communautés

végétales urbaines au sein desquelles espèces

indigènes et non indigènes prospèrent et apportent

de la valeur.

Je crois que de plus en plus, les écologistes

de la restauration ne cherchent pas à

recréer le monde exactement comme il était

avant. Nous devons penser à créer le monde

dont nous avons besoin dans le futur, pour

permettre tant à la nature qu’aux humains

de prospérer. »2

Des chèvres friandes d’espèces envahissantes contribuent à la restauration d’un

habitat naturel à Spruce Grove, en Alberta.

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2020 11


PROFIL

D’ESPÈCE

L’hespérie

tachetée

Un papillon rare et insaisissable qui habite un écosystème menacé

RICK CAVASIN.

12 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


APPARENCE

Papillon de taille moyenne (envergure de 2 à

3 centimètres) de la famille des hespéridées. Son

corps est gris foncé et brun. Ses ailes postérieures

tachetées de jaune et de brun permettent de le

distinguer des autres membres de cette famille. Les

ailes des adultes fraîchement sortis de leurs cocons

ont une teinte violacée.

AIRE DE DISTRIBUTION

De petites populations locales d’hespéries tachetées

se trouvent en Ontario, au Manitoba et dans l’est

et le centre des États-Unis. Au Québec, l’espèce est

maintenant disparue, et de graves déclins de

populations ont été observés dans de nombreuses

régions des États-Unis. Ce papillon demeure toute

sa vie dans le même habitat, sans migrer.

Une espèce et un habitat en danger

Comme de nombreux papillons, l’hespérie tachetée est

lective quant au site où elle vit et ce dont elle se nourrit.

Au Manitoba, les larves s’alimentent de céanothe à feuilles

étroites. En Ontario, elles se nourrissent de céanothe

d’Amérique, une plante très similaire. Ces végétaux se

trouvent généralement dans des habitats secs, tels que les

prairies d’herbes hautes et les savanes de chênes.

Les prairies d’herbes hautes et les savanes de chênes, qui

abritent de nombreuses espèces, sont des écosystèmes rares

et distincts presque disparus. Ces habitats sont parmi les plus

menacés au Canada, avec une superficie représentant moins

de 1 % du territoire au Manitoba et moins de 2 % en Ontario.

Malheureusement, ils demeurent très menacés et leur déclin

entraîne la disparition de nombreuses espèces.

En 2012, le Comité sur la situation des espèces en péril au

Canada (COSEPAC) a évalué l’hespérie tachetée comme étant

en voie de disparition. Rare en Ontario et au Manitoba, elle

est maintenant disparue au Québec. En 2015, la Province de

l’Ontario a annoncé un programme de rétablissement visant

à gérer les menaces qui pèsent sur l’habitat de l’hespérie

tachetée et à stabiliser sa population.

UNE ESPÈCE « SPÉCIALISTE »

L’hespérie tachetée est le seul papillon spécialiste de

la savane de chênes qui subsiste en Ontario; ce qui

veut dire qu’il est adapté uniquement à ce milieu

naturel. Les deux autres espèces de papillon ayant

déjà peuplé cette savane, soit le lutin givré et le

bleu mélissa, en sont maintenant disparues.

Les plaines du lac Rice

Dans le sud de l’Ontario, à environ une heure de route à l’est

de Toronto, un paysage d’herbes hautes subsiste dans l’aire

naturelle des plaines du lac Rice. Depuis 2002, Conservation

de la nature Canada (CNC) aide à diriger le Rice Lake Plains

Partnership (RLPP), un collectif auquel collaborent des

propriétaires fonciers, la Première Nation d’Alderville, des

organismes de conservation et les gouvernements, dans le

but de protéger cet environnement de collines sablonneuses,

de savanes de chênes et de prairies.

CORY PROULX.

LE FEU, UN ALLIÉ

Il peut être étonnant d’apprendre que d’éteindre les

feux naturels cause du tort à l’hespérie tachetée.

Le feu ralentit en effet la croissance de végétaux

envahissants qui nuisent aux espèces dont dépend

l’hespérie. Les arbustes, les arbres et les plantes

envahissantes, s’ils ne sont pas contrôlés, peuvent

évincer les espèces indigènes, transformant les

prairies et les savanes en forêts. Dans certains cas,

CNC a recours à des brûlages dirigés pour aider

à protéger et à remettre en état ces zones.

POUR AIDER

Vous pouvez aider à protéger l’habitat de l’hespérie

tachetée. Pour savoir comment, visitez

conservationdelanature.ca/plr.

Grâce à l’appui de bénévoles dynamiques, CNC et le RLPP

luttent contre des espèces envahissantes, dont le pin sylvestre,

par des coupes, des extractions et des brûlages dirigés. Des

projets d’ensemencement et de plantation permettent de

créer plus de zones de prairie et de savane de chênes.

CNC a cartographié la présence du céanothe d’Amérique dans

cette région et a aidé à organiser un inventaire de papillons

avec des bénévoles. En 2018 et 2019, moins de 10 hespéries

tachetées ont été recensées sur les propriétés de CNC dans

l’aire naturelle des plaines du lac Rice.

En 2019, des étudiants du Fleming College (Peterborough),

en partenariat avec le RLPP, ont mis au point une stratégie de

restauration de l’hespérie tachetée dans les plaines du lac Rice.

Cette stratégie met l’accent sur le rétablissement du céanothe

d’Amérique dans l’aire naturelle.

Avec cette coopération entre des partenaires et des communautés,

l’aire naturelle des plaines du lac Rice est un bel exemple

de l’impact que nous pouvons avoir quand nous travaillons

ensemble à la protection de nos espèces et de nos paysages

les plus menacés.1

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2020 13


CNC

À L’ŒUVRE

1

Un succès après des décennies

de travail

CHAÎNE PURCELL, COLOMBIE-BRITANNIQUE

2

1 4

MERCI!

Votre appui a permis la réalisation de

ces projets. Pour en savoir plus, visitez :

conservationdelanature.ca/nous-trouver.

Cette photo : Glacier Commander, région de Jumbo, monts Purcell (C.-B.).

Ci-dessous : Antilope d’Amérique.

3

En janvier dernier, Conservation de la nature Canada (CNC) s’est

joint aux membres de la nation Ktunaxa et à de nombreuses personnes

qui les appuient pour célébrer la résiliation de droits de

développement de la station de ski Jumbo, dans les montagnes centrales

de la chaîne Purcell. Ce projet devait prendre forme dans le Qat’muk,

le territoire ancestral sacré des Ktunaxa.

Après 30 ans d’incertitude quant à l’avenir de ces terres traditionnelles,

le Conseil de la Nation Ktunaxa va maintenant pouvoir aller

de l’avant avec la création d’une aire protégée et de conservation

autochtone (APCA). Les APCA se distinguent des autres aires protégées

du fait qu’elles sont créées par des Autochtones et fondées

sur leur relation au territoire. Celle-ci protégera à la fois les valeurs

culturelles et la diversité biologique de cette zone d’importance.

CNC a été honoré d’assister la Nation Ktunaxa dans l’élaboration

de l’argumentaire écologique appuyant la protection de cette zone et

de négocier avec le promoteur au nom de la Nation. Ces négociations

ont mené à l’annulation de l’entente-cadre de développement et à la

cessation de toute action en justice actuelle ou éventuelle.

Ce projet a profité de l’appui du Gouvernement du Canada par

l’intermédiaire du Fonds canadien pour la nature. La Wyss Foundation,

la Wilburforce Foundation, Patagonia, le Columbia Basin Trust

et la Fondation canadienne Donner ont également apporté un financement

supplémentaire.

Pour en savoir plus : conservationdelanature.ca/jumbo

2

Investir dans la science de la

conservation

ALBERTA

L’équipe de CNC en Alberta en est à sa troisième année à bénéficier du

Conservation Science Impact Fund, un fonds créé pour soutenir la

recherche visant l’amélioration du travail de conservation.

À ce jour, ce fonds a soutenu des recherches dans les domaines

suivants :

• Cartographie de zones d’importance dans le bassin versant de la

rivière Bow, et des bassins des rivières Old Man et Red Deer;

• Travail avec des propriétaires de ranchs et de fermes du sudouest

de l’Alberta pour gérer le défi que constitue la présence

de carnivores de grandes tailles (p. ex. grizzlys) sur leurs terres;

• Suivi aérien et utilisation d’images haute résolution pour la planification

et le suivi en conservation;

• Programme de science citoyenne qui permet de recueillir des

informations du public provenant d’observations d’animaux sauvages

pour savoir où l’antilope d’Amérique (l’animal terrestre le

plus rapide d’Amérique du Nord) et d’autres espèces sauvages

traversent les autoroutes.

Nous avons hâte de poursuivre notre soutien pour la recherche en

2020, avec des projets axés sur la surveillance de la restauration des

habitats de prairie, la compréhension des effets du pâturage sur les

oiseaux de prairie et le soutien d’un projet scientifique citoyen axé

sur les pollinisateurs indigènes.

Pour en savoir plus : natureconservancy.ca/csif (en anglais)

HAUT EN BAS : PAT MORROW; MARK DUFFY/ALAMY STOCK PHOTO.

14 PRINTEMPS 2020

conservationdelanature.ca


HAUT EN BAS : IRWIN BARRETT; MIKE DEMBECK; CNC.

Le Shaw Wilderness Park, à seulement 5 km du centre-ville de Halifax.

3

Un nouveau parc sauvage urbain

HALIFAX, NOUVELLE-ÉCOSSE

Après quatre ans de travail, piloté par CNC, un parc unique en son genre a vu le jour en Nouvelle-Écosse.

Le Shaw Wilderness Park (parc sauvage Shaw) est une réserve naturelle de 153 hectares (379 acres) située

à seulement 5 kilomètres du centre-ville de Halifax. Sa création a été rendue possible grâce à une collaboration

remarquable entre CNC et ses sympathisant(e)s, la Williams Lake Conservation Company (un

groupe de conservation de Halifax), The Shaw Group (ancien propriétaire du terrain) et les trois niveaux

de gouvernement. Après avoir rencontré CNC et la Williams Lake Conservation Company, le président de

The Shaw Group, Allan Shaw, a contribué à la création du parc en acceptant de vendre son terrain à des

fins de conservation plutôt que d’y établir un ensemble résidentiel.

Le Shaw Wilderness Park protège des habitats de forêts et de milieux humides pour plus de 40 espèces

d’oiseaux, et offre la pratique d’activités récréatives en milieu urbain. Il comprend un réseau de sentiers

rustiques et donne accès à deux lacs. Le parc protège également un écosystème rare de pin gris et de

corème de Conrad, un arbuste trouvé uniquement en Nouvelle-Écosse.

L’important soutien de la communauté (plus de 400 dons) a été essentiel au succès de ce projet. Un accord

juridique entre la Municipalité et CNC assure que le parc sera protégé en tant que « zone sauvage urbaine

» (urban wilderness area) et refuge pour la faune et pour les amoureux et amoureuses de nature.

Bisons des prairies.

4

De nouveaux bisons mâles à

Old Man on His Back

SASKATCHEWAN

En novembre 2019, 5 bisons des plaines de 2 ans ont

rejoint le troupeau de l’aire de conservation des

prairies patrimoniales Old Man on His Back (OMB) de

CNC, dans le sud-ouest de la province. Depuis 2003,

le pâturage des bisons contribue à maintenir en bonne

santé environ 3 640 hectares (environ 9 000 acres)

de prairie indigène. Ces animaux font partie d’une

stratégie visant à conserver la diversité génétique du

troupeau, un élément identifié comme étant prioritaire

dans une mise à jour récente du plan de gestion des

bisons d’OMB. Les premières progénitures des bisons

doivent voir le jour au printemps 2021.

Pleins feux sur

nos partenaires

Techno nature RBC est un

engagement pluriannuel visant

à protéger notre avenir collectif

en misant sur les idées, les

technologies, et les partenariats.

C’est dans cette perspective que

la Fondation RBC a établi un

partenariat avec Conservation

de la nature Canada (CNC) pour

investir dans la puissance des

technologies novatrices pour

la conservation.

En tant que plus grand organisme

de conservation de terres privées

au pays, CNC gère d’énormes

quantités de données pour la

planification de la conservation,

l’acquisition de terres et

l’intendance.

Le soutien de la Fondation RBC

permet à CNC d’investir dans

des logiciels plus puissants et

perfectionnés qui aideront le

personnel à recueillir, stocker,

partager et analyser plus de

données, plus efficacement. CNC

pourra ainsi répondre plus

rapidement et de manière plus

ciblée aux besoins en conservation

au Canada, et améliorer sa façon

de faire le suivi de son impact et

de le faire connaître. Ce partenariat

avec la Fondation RBC permettra

à CNC de mieux utiliser la

technologie pour obtenir des

résultats concrets en conservation.

Merci à la Fondation RBC d’apporter

des solutions technologiques

à la conservation!

conservationdelanature.ca


UNE FORCE POUR

LA NATURE

Le projet

Finding Flowers

En recréant à travers le pays des jardins comme ceux du regretté Mike MacDonald,

un artiste micmac, Lisa Myers et Sheila Colla espèrent faire connaître l’importance

des pollinisateurs indigènes par l’intermédiaire des savoirs autochtones ainsi que

des arts et de la culture traditionnelle.

JAQUI OAKLEY.

16 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


En 2009, sur un petit chemin du parc provincial Pinery,

en Ontario, Sheila Colla et sa collègue ont repéré dans

les mauvaises herbes un bourdon qui semblait différent

de ceux qu’elles avaient observés plus tôt. C’était un bourdon à

tache rousse, un insecte rare, et le dernier de son espèce à avoir

été observé au Canada.

L’art peut être un outil plus efficace

qu’un article scientifique quand il

s’agit de faire connaître les bienfaits

des pollinisateurs.

« Ma première identification à partir d’un véhicule [drive-by identification]

: quel moment excitant! Mais c’est triste aussi, car je n’en ai

pas vu d’autres depuis », raconte Mme Colla, chercheuse en conservation

des pollinisateurs à l’Université York de Toronto, en Ontario.

Les bourdons indigènes sont en déclin rapide et certaines espèces

risquent même de disparaître du pays. Récemment, Conservation de la

nature Canada (CNC), grâce à des fonds provenant de la W. Garfield

Weston Foundation et de Mitacs (organisme qui conçoit et met en

œuvre des programmes de recherche et de formation), a contribué à la

recherche de Sheila Colla sur les pratiques respectueuses en matière

de gestion des pollinisateurs en milieu agricole. De 2016 à 2018,

l’équipe de Mme Colla a noté la présence de nombreuses espèces de

pollinisateurs indigènes sur les propriétés de CNC, dont trois espèces

de bourdons en déclin rapide (le bourdon américain, le bourdon terricole

et le bourdon ardent).

« Je mène depuis 15 ans des recherches sur les pollinisateurs indigènes

au Canada et aux États-Unis. Je documente le déclin du bourdon

indigène depuis bien avant que cet enjeu soit connu du public, raconte

Mme Colla. Souvent, quand les gens parlent du déclin des pollinisateurs,

il s’agit plutôt de celui de l’abeille domestique – une espèce qui

n’est pas indigène au Canada – et de pollinisation des cultures agricoles.

Selon un sondage national, la moitié de la population canadienne

pense que cette abeille est indigène au Canada. Mais c’est bien sur nos

abeilles indigènes que je travaille, en réfléchissant au moyen de conserver

leur biodiversité et à l’importance de le faire pour la résilience des

écosystèmes face aux changements climatiques ».

Communiquer au grand public l’importance de la conservation des

pollinisateurs indigènes est un défi pour Sheila Colla, car il est souvent

difficile de saisir l’impact positif qu’ils ont sur la vie des humains.

Selon elle, l’art peut être un outil plus efficace qu’un article scientifique

quand il s’agit de faire connaître les bienfaits des pollinisateurs.

Et c’est de ce constat qu’est née sa collaboration avec Lisa Myers, une

artiste et curatrice d’origine anishinaabe.

Sheila Colla et Lisa Myers sont collègues à la Faculté des études environnementales

de l’Université de York. Elles ont entrepris un projet

de recherche unique, Finding Flowers, visant à recréer à travers le

Canada les jardins de l’artiste micmac Mike MacDonald (1941-2006).

Le premier jardin se trouve sur le terrain

de la galerie d’art de Kitchener-Waterloo, en

Ontario. Ce jardin circulaire hors du commun

composé de sept sections est surmonté

d’une structure de tipi. Du printemps à la fin

de l’automne, ses plantes médicinales indigènes

alimentent les pollinisateurs. Le jardin

met en évidence les liens qui existent entre

les pollinisateurs, les plantes médicinales traditionnelles

et la culture autochtone.

« [Avec Finding Flowers], nous espérons

combiner des études écologiques à l’art autochtone,

et recueillir des informations de

base sur l’écologie de ces plantes indigènes

importantes sur le plan culturel, sur leurs pollinisateurs

ainsi que les menaces auxquelles

elles sont confrontées », explique Sheila

Colla. Elle ajoute que les scientifiques doivent

être ouverts à l’intégration de différents

systèmes de connaissances dans leurs recherches

et reconnaître que l’humain fait

partie du monde naturel.

Sheila Colla et Lisa Myers espèrent que

leur projet permettra de partager des connaissances

traditionnelles sur les plantes médicinales

indigènes et les pollinisateurs.

« Je m’intéresse à la façon dont ces jardins

modifient le paysage pour qu’il s’apparente

davantage à ce qu’il était à l’époque précoloniale

», explique Mme Myers. « J’espère susciter

des conversations sur l’écologie en rapport

avec la colonisation, développer des relations

avec des personnes qui ont connu Mike

et inviter des artistes à réagir à ces jardins par

l’entremise de leurs propres œuvres ».

Sheila Colla espère que les jardins deviendront

des espaces permettant au public d’observer

la diversité des pollinisateurs du Canada.

Elle conclut : « [les jardins sont] des lieux

les gens peuvent se mêler à l’écosystème,

apprécier et apprendre comment fonctionnent

les relations plantes-pollinisateurs et découvrir

le lien qui nous unit. Grâce à ces apprentissages,

nous pourrons amener les gens à s’intéresser

à nos pollinisateurs indigènes avant

qu’un plus grand nombre d’entre eux ne

soient menacés d’extinction, comme l’est le

bourdon à tache rousse ».1

conservationdelanature.ca

PRINTEMPS 2020 17


GRANDEUR

NATURE

Chants d’espoir

Propos de Francisco Retamal Diaz, coordonnateur de projets à CNC pour la vallée de l’Outaouais (Québec), recueillis par Sophie Arbour,

coordonnatrice aux communications à CNC, au Québec.

On pense souvent qu’il y a la ville,

puis, au-delà, la vraie nature.

Je suis né à Gatineau, au Québec.

Jusqu’à récemment, quand je ressentais le

besoin de passer du temps en nature, je me

rendais dans le grand parc de la Gatineau,

qui s’étend jusqu’en périphérie de la ville.

Depuis l’automne 2019, je travaille à

Conservation de la nature Canada (CNC) à

titre de coordonnateur de projets pour la vallée

de l’Outaouais. Alors que je menais un inventaire

sur une espèce envahissante dans

des milieux humides de Gatineau au cours de

cet automne, j’ai découvert une riche nature

urbaine luttant pour sa survie.

Dans les étangs et marais de Gatineau se

trouve en effet une espèce désignée vulnérable

par le gouvernement du Québec : la rainette

faux-grillon de l’Ouest, population des

Grands Lacs/Saint-Laurent et du Bouclier canadien.

Cette grenouille est si petite que pour

évaluer la taille d’une population, on doit se

fier à l’intensité de son chant (plus fort le

chant de la chorale, plus grande la population).

Certains soirs d’avril, une dizaine d’individus

peuvent émettre un chant assourdissant

entendu à plus de 100 mètres de distance.

La rainette faux-grillon de l’Ouest a toutefois

la vie difficile ces temps-ci. Non seulement

les milieux où elle se reproduit disparaissent

à un rythme affolant, mais ceux qu’il

lui reste sont souvent colonisés par des espèces

envahissantes.

Bon nombre des milieux humides de

Gatineau que j’ai inventoriés l’automne

dernier étaient complètement colonisés par le

nerprun bourdaine et le nerprun cathartique.

Ces plantes libèrent des toxines qui sont

nocives pour les embryons d’amphibiens. Les

rainettes faux-grillons sont cependant plus

résistantes que je l’avais prévu. Pendant que

je me tenais un jour dans un bosquet de

nerprun, j’ai été surpris d’entendre leur

chant. Il n’y avait que deux ou trois individus,

mais leur chant m’a semblé plus perçant

que jamais!

J’ai alors réalisé que des espèces vivant

au cœur de Gatineau, qu’on entend sans les

voir, font de leur mieux pour survivre.

Mais la rainette faux-grillon de l’Ouest ne

pourra peut-être pas résister longtemps à la

destruction et à l’invasion de son habitat. En

me promenant dans les milieux humides ce

jour d’automne, je me suis demandé combien

de temps encore nous pourrons les entendre

à Gatineau.

Au Québec, le chant de la rainette fauxgrillon

de l’Ouest n’est dorénavant entendu

qu’en Outaouais et en Montérégie. Pour moi,

il ne fait aucun doute qu’il faut protéger les

derniers milieux naturels disponibles pour

cette espèce, aussi petits, isolés et envahis

soient-ils.1

MATHIAS BALL.

18 PRINTEMPS 2020 conservationdelanature.ca


LA CONSERVATION

PROGRESSE

GRÂCE À VOUS.

MERCI!


Faisons de 2020 une

année marquante

pour la conservation

Votre soutien à la campagne Laissez votre signature nous permettra

de conserver plus de milieux naturels plus rapidement, de connecter

plus de gens à la nature, et d’inspirer la prochaine génération de

leaders de la conservation.

DE VOS

NOUVELLES

Des tout-petits aident la nature

« J’ai eu envie de partager

avec vous quelque chose

qui pourrait vous plaire. Pour

Noël, j’ai fait un don à CNC au

nom de ma petite-fille, pour

la protection de l’habitat du

harfang des neiges. Récemment,

elle a eu 4 ans et a demandé

aux enfants invités à sa fête de faire un don pour

aider les monarques plutôt que de lui offrir des cadeaux.

Pendant la fête, sa mère leur a fait faire un bricolage de

papillons et a remis à chacun un sachet de graines de

fleurs sauvages pour papillons à rapporter chez eux.

En 2018, CNC a annoncé la campagne Laissez votre signature, la plus importante

collecte de fonds privés de l’histoire du Canada pour la conservation de

la nature. Grâce à l’appui de toutes les généreuses personnes qui ont fait un

don à CNC, nous avons amassé plus de 700 millions de dollars, soit plus de

90 % de notre objectif de 750 millions de dollars. Atteindre cet objectif nous

permettra de réaliser au moins 500 nouveaux projets de conservation d’un

océan à l’autre et à l’autre.

Merci de votre soutien continu. Chaque don contribue à faire de la campagne

Laissez votre signature un succès. Amassons les 10 % qui nous séparent de

notre objectif et faisons de 2020 une année charnière pour la conservation!

PLUS DE 90 % ATTEINT

AMASSER

750 M$

95 % ATTEINT

CONSERVER

500

NOUVELLES PROPRIÉTÉS

Pour en savoir plus sur la campagne Laissez votre signature, visitez

laissezvotresignature.ca.

Suite à ce geste de ma petite-fille, son ami, qui allait

avoir cinq ans, a lui aussi demandé que des dons

soient faits pour aider les chats sauvages, au lieu de

recevoir des cadeaux.

J’étais si fière de ma petite-fille. Et je trouve extrêmement

encourageant que ces deux si jeunes enfants

s’engagent possiblement pour la vie à la protection de

nos espèces et de leurs habitats. »

~Jan Rycroft a fait un don au programme La nature en

cadeau (Gifts of Canadian Nature) de CNC en 2019.

La restauration de

milieux humides

« Nous savons tous que les

milieux humides se font

de plus en plus rares au

Canada et dans le monde.

Quand nous avons

commencé à travailler avec CNC pour restaurer les

milieux humides [sur nos propriétés], c’était un peu

surprenant de voir d’énormes engins commencer à

creuser. Après, ça ressemblait à un paysage lunaire.

Maintenant, c’est un magnifique milieu humide

verdoyant avec des étangs qui attirent la sauvagine.

Nous passons des heures à observer ce qui s’y passe. »

~Walter et Carol Latter ont contribué de manière

considérable à la protection de Cherry Meadows,

près de Kimberley (C.-B). En 2014, ils ont fait

don de la propriété à CNC et assurent toujours son

intendance en y consacrant d’innombrables heures

de bénévolat.

CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

1055, boul. René-Lévesque Est, bureau 300, Montréal (Québec) H2L 4S5 Partagez vos histoires avec nous à magazine@conservationdelanature.ca

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