30.01.2017 Views

Jusqu’où ira la CDG ?

D’une bonne vieille gestion paternalo-conservatrice, la CDG, sous Mustapha Bakkoury, se mue en un bras financier de l’Etat à l’apétit insatiable, déployant ses tentacules autour d’un très large éventail de secteurs d’activités: Leasing, hôtellerie, crédit conso, gestion d’actifs, industrie, assurances… Si la diversification tous azimuts de la vieille dame de Rabat découle d’une stratégie innovante, elle n’en comporte pas moins de sérieux risques de dilution. Devenue la solution «facilité» de l’Etat, la CDG engrange les marchés de gré à gré et s’implique comme aménageur dans l’essentiel des chantiers structurants. De Tanger Med au projet Bouregreg en passant par la corniche d’Ain Diab, ainsi qu’une pléthore d’investissements touristiques, l’Etat s’appuie sur cet acteur aux assises financières solides, brassant tous les métiers pour passer en force. La toute puissance de la CDG d’un côté et de l’ONA de l’autre fait craindre une mise en coupes réglées de l’économie par ce puissant duo(pole). L’implication hégémonique de la Caisse envoie, en outre, des signaux d’inquiétude aux investisseurs internationaux soucieux de bonne gouvernance. Cette enquête d’EE a eu le mérite d’anticiper, dix ans à l’avance, les difficultés actuelles de la CDG.

D’une bonne vieille gestion paternalo-conservatrice, la CDG, sous Mustapha Bakkoury, se mue en un bras financier de l’Etat à l’apétit insatiable, déployant ses tentacules autour d’un très large éventail de secteurs d’activités: Leasing, hôtellerie, crédit conso, gestion d’actifs, industrie, assurances… Si la diversification tous azimuts de la vieille dame de Rabat découle d’une stratégie innovante, elle n’en comporte pas moins de sérieux risques de dilution. Devenue la solution «facilité» de l’Etat, la CDG engrange les marchés de gré à gré et s’implique comme aménageur dans l’essentiel des chantiers structurants. De Tanger Med au projet Bouregreg en passant par la corniche d’Ain Diab, ainsi qu’une pléthore d’investissements touristiques, l’Etat s’appuie sur cet acteur aux assises financières solides, brassant tous les métiers pour passer en force. La toute puissance de la CDG d’un côté et de l’ONA de l’autre fait craindre une mise en coupes réglées de l’économie par ce puissant duo(pole). L’implication hégémonique de la Caisse envoie, en outre, des signaux d’inquiétude aux investisseurs internationaux soucieux de bonne gouvernance. Cette enquête d’EE a eu le mérite d’anticiper, dix ans à l’avance, les difficultés actuelles de la CDG.

SHOW MORE
SHOW LESS

You also want an ePaper? Increase the reach of your titles

YUMPU automatically turns print PDFs into web optimized ePapers that Google loves.

L’enquête<br />

26<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76


Jusqu’où <strong>ira</strong><br />

<strong>la</strong> <strong>CDG</strong>?<br />

Véritable locomotive de l’économie nationale, <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> <strong>la</strong>nce de grands<br />

projets, développe de nouveaux métiers, se met au chevet des secteurs<br />

en difficulté au risque de se voir taxer d’envahisseur.<br />

Enquête réalisée par Hanaâ Fou<strong>la</strong>ni & Adil Boukhima<br />

Le 15 octobre dernier à<br />

Paris, une réunion importante<br />

du groupe d’impulsion<br />

économique francomarocain<br />

se tenait entre<br />

des responsables des deux<br />

pays. Quelques éléments triés sur le bout<br />

des doigts ont été appelés pour réfléchir sur<br />

des projets de partenariat bi<strong>la</strong>téral, suite à <strong>la</strong><br />

dernière visite au Maroc du Premier<br />

ministre français Dominique de Villepin. A<br />

leur tête, deux hommes ont été investis de<br />

<strong>la</strong> délicate mission de coordonner le travail<br />

et de faire aboutir ce qui a été décidé à<br />

Rabat. Jean-René Fourtou, patron de<br />

Vivendi Universal et Mustapha Bakkoury,<br />

numéro 1 de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>. Le choix du représentant<br />

marocain n’est pas fortuit. L’homme<br />

est bien apprécié dans les hautes sphères<br />

décisionnelles. Le travail de réorganisation<br />

qu’il a entrepris à <strong>la</strong> tête de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> lui a<br />

valu un respect sans limite. Mais en dehors<br />

de ses qualités intrinsèques, Bakkoury est<br />

surtout le porte-parole d’une institution<br />

dont le pouvoir économique ne cesse de<br />

croître au fil des ans. Le bras armé de l’Etat<br />

se transforme progressivement en un véritable<br />

animateur de l’économie nationale.<br />

Un animateur qui n’hésite d’ailleurs pas à<br />

tendre ses bras vers le secteur privé dans le<br />

cadre d’un partenariat. La prise de participation<br />

de 40% de <strong>la</strong> caisse dans At<strong>la</strong>nta et<br />

Sanad est un signal fort sur ses nouvelles<br />

orientations. Encore faut-il que le retour de<br />

<strong>la</strong> <strong>CDG</strong> dans les assurances ne déstabilise<br />

pas le secteur. En c<strong>la</strong>ir, l’institution de<br />

Mustapha Bakkoury veut être cataloguée<br />

dans le même registre que <strong>la</strong> CDC, sa<br />

consoeur française. «La Caisse des Dépôts n’a<br />

pas pour vocation d’être le bras armé de l’Etat,<br />

elle intervient comme un grand investisseur en<br />

actions, dans l’intérêt d’accompagner dans <strong>la</strong><br />

durée le développement des entreprises françaises»,<br />

vient justement de rappeler Francis<br />

Meyer, directeur général de <strong>la</strong> CDC dans<br />

une récente interview accordée aux Echos.<br />

Autrement dit, <strong>la</strong> nouvelle philosophie que<br />

<strong>la</strong> <strong>CDG</strong> veut véhiculer est celle d’une institution<br />

publique qui n’hésite pas à voler au<br />

secours du privé mais tout en gardant des<br />

objectifs c<strong>la</strong>irs de rentabilité. Un sérieux<br />

challenge pour l’équipe Bakkoury qui a du<br />

mal à effacer l’étiquette de sapeur pompier<br />

aux ordres de l’Etat, qui lui colle à <strong>la</strong> peau,<br />

même si du côté de <strong>la</strong> caisse on assume<br />

toutes les décisions prises. «A <strong>la</strong> BNDE par<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76 27


L’enquête<br />

exemple, nous étions suffisamment engagés<br />

pour ne pas rester à l’écart. La banque<br />

représentait une épine et il fal<strong>la</strong>it absolument<br />

l’enlever», explique Bakkoury pour<br />

répondre aux critiques de ses détracteurs.<br />

Ces nouvelles orientations affichées<br />

imposaient nécessairement une<br />

refonte du système. C’est ce que <strong>la</strong><br />

Caisse a essayé de faire à travers <strong>la</strong> mise<br />

en œuvre d’une nouvelle organisation<br />

des activités et métiers (voir organigramme).<br />

Risque de dispersion<br />

Cette implication de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>, en tant<br />

que principal animateur économique du<br />

pays, s’est accompagnée, au fil des<br />

années par une extension de son périmètre<br />

d’intervention. Peut-être un peu<br />

trop. La caisse qui opérait jadis autour<br />

Holding<br />

Participations<br />

Fipar-Holding<br />

Amine Benhalima<br />

Administrateur<br />

Directeur Général<br />

Participations<br />

minoritaire<br />

Holding Métiers<br />

<strong>CDG</strong><br />

Développement<br />

Ahmed Darouich<br />

Directeur Général<br />

CGI, MHV,<br />

Sonadac, Sogatour,<br />

Sothermy, Fonds<br />

Sindibad, Cellulose<br />

du Maroc, Papelera<br />

de Tetuan<br />

ORGANIGRAMME<br />

Mustapha Bakkoury<br />

Directeur Général<br />

Autres<br />

Participations<br />

directes<br />

Saîd Laftit<br />

Directeur du Pôle<br />

Finances<br />

Maroc Leasing<br />

Sofac Crédit<br />

CIH<br />

CMM<br />

de quelques secteurs d’activité a déployé<br />

ses tentacules partout. La liste de ses<br />

filiales et des activités qu’elle conduit ou<br />

qu’elle gère suffit à manifester cette<br />

expansion: du leasing à <strong>la</strong> gestion d’hôtels<br />

et du crédit à <strong>la</strong> consommation aux<br />

opérations de marché. «Cette hétérogénéité<br />

constitue cependant un facteur de risque<br />

intrinsèque», préviennent des experts<br />

internationaux. Des risques qui sont<br />

d’ordre financier, de mauvaise image, de<br />

perte de légitimité... Selon les mêmes<br />

experts, le développement futur de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> passe par <strong>la</strong> nécessaire maîtrise<br />

stratégique de sa diversification et par <strong>la</strong><br />

concentration sur ses points d’excellence<br />

dans ses domaines d’activité stratégiques.<br />

Est-ce le cas aujourd’hui? Pas si<br />

sûr. Une mise au point que l’état-major<br />

de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> devrait prendre très au<br />

sérieux. Ces risques ne l’empêchent<br />

cependant pas de renforcer les secteurs<br />

sur lesquels elle est déjà présente même<br />

si les finalités ne sont pas toujours<br />

c<strong>la</strong>ires. Sur le périmètre des collectivités<br />

locales, un nouveau projet est en cours<br />

de finalisation. Il consiste à mettre en<br />

p<strong>la</strong>ce environ 250 «cyberbases» au cours<br />

des dix prochaines années. Il s’agit en<br />

fait d’espaces numériques dans lesquels<br />

Banque<br />

d’affaires<br />

(en création)<br />

Hassan Boubrik<br />

Directeur du Pôle<br />

Marchés des capi-<br />

Safa Bourse<br />

CD2G<br />

Pôle prévoyance<br />

et promotion de<br />

l’épargne<br />

Larbi Nouha<br />

Directeur du Pôle<br />

Prévoyance<br />

CNRA<br />

RCAR<br />

un animateur prend en charge des communautés.<br />

Ce projet, qui devrait être<br />

réalisé en partenariat avec les collectivités<br />

locales et l’appui de <strong>la</strong> CDC, a pour<br />

objectif de réduire <strong>la</strong> fracture numérique<br />

en proposant notamment des contenus<br />

éducatifs. Reste à savoir si les collectivités<br />

locales joueront le jeu. Ce projet<br />

NTI n’est pas le seul dans le pipe. La<br />

<strong>CDG</strong> s’apprête aussi à développer le<br />

secteur forestier à travers <strong>la</strong> création d’un<br />

fonds foncier. L’étude juridique et d’ingénierie<br />

est fin prête. «C’est <strong>la</strong> situation<br />

critique de Cellulose du Maroc qui nous a<br />

amené à accélérer cette stratégie», avoue à<br />

demi-mot Bakkoury. Présenté de <strong>la</strong><br />

sorte, ce programme peut paraître séduisant<br />

sauf que certains observateurs avertis<br />

y voient plutôt une manière pour <strong>la</strong><br />

Caisse de constituer un important crédit<br />

de CO 2 qu’elle pourrait vendre par <strong>la</strong><br />

suite à des groupes pollueurs internationaux<br />

qui se sent<strong>ira</strong>ient à l’étroit à cause<br />

des taux de pollution imposés par les<br />

accords de Kyoto.<br />

Le réflexe <strong>CDG</strong><br />

La position dominante dans <strong>la</strong>quelle <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> se trouve actuellement n’a pas été<br />

sans conséquences sur <strong>la</strong> stabilité et le<br />

développement de certains secteurs. La<br />

course vers <strong>la</strong> taille s’est faite parfois sans<br />

scrupules de l’avis de certains observateurs.<br />

Prenons le cas de l’obligataire. La<br />

<strong>CDG</strong> s’est attribué tous les marchés de<br />

conseil et d’ingénierie financière des<br />

principales émissions obligataires des<br />

grands organismes publics. Dans l’optique<br />

de créer sa propre banque d’affaires<br />

et de lui assurer une position à <strong>la</strong> hauteur<br />

de <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce qu’elle occupe, <strong>la</strong> <strong>CDG</strong><br />

n’a pas hésité à «casser les prix». «La<br />

caisse a tout simplement tué le compartiment<br />

obligataire pour se constituer un portefeuille<br />

de références», déplore un financier.<br />

Il ajoute en suspens: «Nous n’avons<br />

rien contre <strong>la</strong> concurrence, mais il faut que<br />

les règles du jeu soient c<strong>la</strong>ires». Cette critique<br />

s’applique également aux conditions<br />

de passation des marchés publics.<br />

Que ce soit à Marrakech, Casab<strong>la</strong>nca ou<br />

encore à Agadir, l’Etat a confié à <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> <strong>la</strong> réalisation d’importants projets<br />

touristiques de gré à gré. «L’Etat veut<br />

développer les investissements privés nationaux<br />

et étrangers, mais il continue pour<br />

autant à réserver un traitement de faveur à<br />

<strong>la</strong> <strong>CDG</strong>», s’indigne un opérateur touristique.<br />

Il faut dire aussi que les quelques<br />

expériences d’appel d’offres ou d’appel à<br />

manifestation d’intérêt que l’Etat a <strong>la</strong>ncées<br />

se sont le plus souvent soldées par<br />

un échec à cause d’une certaine «frilosité»<br />

des investisseurs. Une attitude expliquée<br />

par le fait que <strong>la</strong> plupart des gros<br />

28<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76


projets ne seront rentables qu’à<br />

très long terme, et pour y p<strong>la</strong>cer<br />

son argent, il faut disposer de ressources<br />

simi<strong>la</strong>ires c'est-à-dire de<br />

ressources dites «longues». Et là, il<br />

n’y a que <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> qui a le souffle<br />

assez long pour y aller. Le recours<br />

à <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> peut s’expliquer aussi<br />

par le mauvais souvenir que l’Etat<br />

a gardé des marchés passés (encore<br />

une fois de gré à gré) au privé et qui ont<br />

eu des fins malheureuses. C’est le cas du<br />

groupe Der Krikorian pour <strong>la</strong> marina de<br />

Casab<strong>la</strong>nca et Dal<strong>la</strong>h El Baraka à<br />

Agadir. D’autres experts voient le problème<br />

autrement. «Même si le gré à gré se<br />

justifie parfois, l’Etat doit établir des standards<br />

de qualité, surtout s’il s’agit de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> qui a les moyens financiers pour assurer»,<br />

expliquent-ils. C’est le cas notamment<br />

de l’aménagement de <strong>la</strong> corniche<br />

de Casab<strong>la</strong>nca attribué à <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>. Le<br />

contrat-programme signé entre le CRT<br />

et l’Etat prévoit <strong>la</strong> transformation de <strong>la</strong><br />

corniche sur le modèle de Barcelone.<br />

«La BNDE était une épine qu’il fal<strong>la</strong>it enlever», Mustapha Bakkoury, directeur général.<br />

«Quand je vois ce que <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> a fait dans<br />

<strong>la</strong> zone Ghandouri à Marrakech, je m’inquiète<br />

pour le sort de <strong>la</strong> corniche de<br />

Casab<strong>la</strong>nca», souligne un expert en tourisme.<br />

En tant qu’aménageur, <strong>la</strong> <strong>CDG</strong><br />

est présente dans plusieurs projets d’envergure,<br />

tels que Tanger Med ou encore<br />

Bouregreg. Cependant, le contexte d’attribution<br />

des marchés n’était pas le<br />

même. Dans le cas de Bouregreg, l’Etat<br />

vou<strong>la</strong>it aller vite et a encore une fois eu<br />

le «réflexe <strong>CDG</strong>». Certains spécialistes<br />

s’interrogent par ailleurs sur <strong>la</strong> rentabilité<br />

de cet investissement. «Si le projet est rentable,<br />

pourquoi l’Etat n’a-t-il pas <strong>la</strong>ncé un<br />

appel d’offres ? Sinon, pourquoi<br />

l’avoir conçu depuis le départ ?»,<br />

s’interroge un financier de renommée.<br />

Conclusion, personne ne<br />

peut remettre en cause le rôle<br />

d’une institution telle que <strong>la</strong> <strong>CDG</strong><br />

dans le développement économique<br />

du pays et encore moins<br />

dans le contexte actuel, mais ce<strong>la</strong><br />

doit se faire dans les règles de l’art.<br />

C’est très important pour un pays qui<br />

veut attirer les investissements étrangers.<br />

Aujourd’hui nous avons une économie<br />

qui se développe dans un contexte international<br />

particulièrement sensible à <strong>la</strong><br />

transparence et à <strong>la</strong> bonne gouvernance.<br />

Et l’image que donne le paysage économique<br />

national est celle de deux grands<br />

pôles économiques. Le premier représente<br />

l’Etat, à savoir <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> et le<br />

second, le privé, l’ONA. Sauf que les<br />

deux institutions ont un point en commun<br />

qui inquiète les observateurs, leurs<br />

liens étroits avec le Pa<strong>la</strong>is. La <strong>CDG</strong><br />

gagnerait à mieux gérer cette image. ■<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76 29


L’enquête<br />

Bonne gouvernance<br />

Nouveau projet d’entreprise<br />

A chaque époque sa particu<strong>la</strong>rité, ses enjeux, ses pressions et ses choix stratégiques. La <strong>CDG</strong><br />

d’aujourd’hui est fortement interpellée par les mutations que connaît le pays en matière de<br />

libéralisation, de réformes financières, de transparence et de bonne gouvernance.<br />

La nomination de<br />

Mustapha Bakkoury en<br />

2001 s’inscrit certes<br />

dans <strong>la</strong> continuité et<br />

dans <strong>la</strong> consécration<br />

des acquis antérieurs,<br />

mais elle est surtout porteuse d’un<br />

nouveau projet d’entreprise. Celui<br />

Le secrétaire général,<br />

Abdesse<strong>la</strong>m Aboudrar, surnommé<br />

le gardien du temple, insiste sur<br />

l’indépendance de <strong>la</strong> Caisse.<br />

d’améliorer l’image extérieure de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong>. La mondialisation galopante et<br />

les grands projets économiques du<br />

Maroc à l’horizon 2010 imposent à <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> de s’allier de plus en plus à des<br />

opérateurs et partenaires internationaux,<br />

ce qui implique une réforme du<br />

système de gouvernance actuel. Des<br />

ajustements s’avèrent nécessaires pour<br />

adapter <strong>la</strong> Caisse aux exigences et aux<br />

normes internationales et <strong>la</strong> p<strong>la</strong>cer<br />

dans <strong>la</strong> compétition économique pour<br />

nouer des partenariats nationaux et<br />

internationaux. «Ce n’est pas propre à <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong>, tout ce que fait une institution de<br />

sa taille est suspect ou amplifié. C’est<br />

pourquoi le légis<strong>la</strong>teur a prévu les gardefous<br />

nécessaires et nous faisons actuellement<br />

un travail pour que <strong>la</strong> gouvernance<br />

évolue», explique Mustapha Bakkoury,<br />

DG de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>. En effet, l’un des<br />

meilleurs moyens d’assurer <strong>la</strong> confiance<br />

des déposants, <strong>la</strong> sécurité des fonds<br />

publics et l’efficacité des interventions<br />

réside dans une gouvernance qui sanctuarise<br />

<strong>la</strong> <strong>CDG</strong> par rapport aux<br />

demandes et sollicitations externes à<br />

travers une gestion transparente et<br />

dynamique. La réforme de <strong>la</strong> gouvernance<br />

entamée par <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> a pour<br />

objectif d’apporter une c<strong>la</strong>rification du<br />

rôle de chacun des acteurs: pouvoirs<br />

publics, commission de surveil<strong>la</strong>nce,<br />

direction générale, secrétariat général,<br />

caissier général, déposants et investisseurs.<br />

Chaque intervenant doit faire<br />

évoluer son rôle vers plus de transparence,<br />

d’intégration organisée et par<br />

référence à des critères de mesure de<br />

performance des activités. «Nous<br />

sommes à <strong>la</strong> fois un organisme public mais<br />

indépendant. Nous avons une grande responsabilité<br />

et un grand rôle à jouer dans<br />

l’économie nationale et ce<strong>la</strong> nécessite une<br />

mise à niveau continuelle de l’outil au<br />

niveau des ressources humaines, des systèmes<br />

d’information, mais aussi des systèmes<br />

de valeur et de gouvernance», souligne<br />

Abdesse<strong>la</strong>m Aboudrar, secrétaire<br />

général et un des piliers de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>.<br />

S’agissant d’un projet de réforme particulièrement<br />

sensible, puisqu’il touche<br />

aux rouages d’une institution publique<br />

qui joue un rôle majeur dans le paysage<br />

économique et financier national, l’approche<br />

se devait d’être progressive,<br />

prudente et sécurisée. Il a donc été<br />

décidé de procéder par étapes, commençant<br />

par une filialisation des activités.<br />

Ce premier chantier bouclé fin<br />

2004, a donné lieu à un nouvel organigramme<br />

illustrant le recadrage stratégique<br />

de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> autour de quatre<br />

pôles. Le pôle prévoyance et promotion<br />

de l’épargne regroupe l’activité<br />

c<strong>la</strong>ssique de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> et a pour objectif<br />

de se positionner comme acteur central<br />

dans <strong>la</strong> mise en œuvre de <strong>la</strong> réforme<br />

sur les régimes de retraite, poursuivre<br />

le processus d’absorption des caisses<br />

internes de retraite et développer les<br />

activités concurrentielles de <strong>la</strong> CNRA.<br />

Pour <strong>CDG</strong> Développement l’objectif<br />

est de développer les métiers opérationnels<br />

(non financiers) concurrentiels,<br />

assurer le pilotage des filiales<br />

métiers en tant que holding financière<br />

et assurer un rôle d’incubateur de projets.<br />

Le troisième pôle, Fipar Holding,<br />

a pour rôle de rechercher et prendre<br />

des participations minoritaires selon<br />

une logique de rentabilité. Quant à <strong>la</strong><br />

banque d’affaires qui doit voir le jour<br />

d’ici <strong>la</strong> fin de l’année et qui provient de<br />

<strong>la</strong> transformation de <strong>la</strong> BNDE, elle<br />

regroupera les activités opérationnelles<br />

financières du groupe <strong>CDG</strong>. Elle a<br />

pour ambition de devenir leader sur le<br />

marché des services financiers. ■<br />

30<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76


L’enquête<br />

Historique<br />

Il était une fois <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>…<br />

De Mamoun Tahiri à Mustapha Bakkoury, huit patrons se sont succédés à <strong>la</strong> tête de l’imposante<br />

<strong>CDG</strong>. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice selon sa vision, ses priorités et surtout le<br />

contexte politico-économique.<br />

Depuis près d’un demisiècle,<br />

<strong>la</strong> Caisse de<br />

Dépôt et de Gestion<br />

se forge une image,<br />

une réputation au gré<br />

des mouvements de<br />

l’économie nationale, de <strong>la</strong> vision des<br />

gouvernements qui se sont re<strong>la</strong>yés, mais<br />

aussi des personnes qui se sont succédées<br />

à sa tête. Les sept patrons qui ont précédé<br />

Bakkoury ont chacun marqué son<br />

époque par une touche managériale particulière<br />

ou par des actions majeures.<br />

CNRA, afin de centraliser des fonds<br />

d’origines diverses et les utiliser à des fins<br />

d’investissement, <strong>la</strong> caisse étant un instrument<br />

de transformation de l’épargne<br />

liquide en concours à long terme.<br />

Abdelhaq Tazi qui était alors délégué aux<br />

Finances en zone nord s’est vu proposer<br />

<strong>la</strong> direction générale, mais il a refusé.<br />

C’est donc le même Mamoun Tahiri qui<br />

a décidé de se jeter à l’eau et de vivre<br />

l’aventure <strong>CDG</strong> dès le départ. Il sera<br />

alors le premier patron de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>, poste<br />

qu’il occupera jusqu’en 1965. Il avait<br />

Très peu de cadres marocains<br />

L’équipe avait commencé dans un petit<br />

bureau et dans des locaux réduits avec un<br />

personnel très limité et avec très peu de<br />

cadres marocains. Ce qui n’a rien à voir<br />

avec <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> d’aujourd’hui qui a un<br />

siège imposant ayant pignon sur rue et<br />

une armada de jeunes cadres diplômés<br />

des grandes écoles nationales et internationales.<br />

La première mission confiée à <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> était le développement économique<br />

à travers les assurances, le tourisme<br />

et l’immobilier en plus du développement<br />

des régions, notamment celles où<br />

le privé ne vou<strong>la</strong>it pas aller pour des problèmes<br />

fonciers ou d’enc<strong>la</strong>vement. Il y a<br />

eu alors <strong>la</strong> création de <strong>la</strong> station de Sidi<br />

Harazem, de Restingua Smir ou encore<br />

d’un hôtel à Nador. La <strong>CDG</strong> a alors<br />

attaqué de nouveaux créneaux tels que <strong>la</strong><br />

loterie, parallèlement à <strong>la</strong> marocanisation<br />

de quelques entreprises intervenant dans<br />

l’immobilier qui al<strong>la</strong>ient constituer le<br />

noyau du futur CIH. Lorsque Tahiri fut<br />

nommé, en 1963, sous-secrétaire d’Etat<br />

aux Finances, il a continué à porter <strong>la</strong><br />

Mamoun Tahiri 1959-1965 Ahmed Bennani 1965-1966 Ahmed Benk<strong>ira</strong>ne 1966-1968 Hassan Ababou 1968-1970 Abdelkamel Rerhrhaye 1970-1974<br />

Mais s’il y a un nom qui a vraiment marqué<br />

l’histoire de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> depuis sa création,<br />

le 10 février 1959, c’est bien<br />

Abderrahim Bouabid, à l’époque<br />

ministre de l’économie et des Finances.<br />

C’est à lui que revient le mérite d’avoir<br />

créé cette institution à l’aube d’une ère<br />

où il fal<strong>la</strong>it tout construire au Maroc.<br />

Bouabid était convaincu que les fonds<br />

publics et semi-publics devaient servir<br />

d’abord au développement du pays et<br />

pour ce<strong>la</strong>, il fal<strong>la</strong>it les mettre à l’abri de <strong>la</strong><br />

voracité des ministres des Finances,<br />

disait-il. Avec son directeur de cabinet<br />

Mamoun Tahiri, ils al<strong>la</strong>ient s’inspirer du<br />

modèle français pour créer <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> et <strong>la</strong><br />

pour tâche de jeter les fondements de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> d’aujourd’hui.<br />

casquette <strong>CDG</strong> pendant deux ans avant<br />

de céder son fauteuil à son compagnon<br />

de route Ahmed Bennani, en 1965, et se<br />

consacrer entièrement à son nouveau<br />

poste de ministre des Finances. Pendant<br />

<strong>la</strong> période dite de consolidation de <strong>la</strong><br />

souveraineté nationale (1957-1964), <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> était considérée comme une pépinière<br />

de hauts commis de l’Etat et du<br />

ministère des Finances en particulier<br />

puisque <strong>la</strong> plupart des directeurs ont été<br />

nommés par <strong>la</strong> suite secrétaires d’Etat au<br />

Finances ou ministres des finances. La<br />

touche de Bouabid et par <strong>la</strong> suite de<br />

Réda Guéd<strong>ira</strong> était visible en terme de<br />

proposition de candidats.<br />

32<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76


En mai 1965, lorsque le Souverain fait<br />

appel à Ahmed Bennani pour prendre <strong>la</strong><br />

tête de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>, le Maroc était sous<br />

haute tension après les émeutes de<br />

Casab<strong>la</strong>nca et les tentatives de créer un<br />

gouvernement d’union nationale, ce qui a<br />

donné lieu à <strong>la</strong> dissolution du parlement<br />

et l’Etat d’exception. Mais rien ne devait<br />

perturber <strong>la</strong> marche du développement<br />

économique. Bennani estimait qu’une<br />

institution de <strong>la</strong> taille et de l’importance<br />

de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> n’avait rien à envier à Bank<br />

Al-Maghrib et que <strong>la</strong> présentation de<br />

son rapport annuel méritait une audience<br />

royale. Son vœu fut exaucé et à <strong>la</strong> fin de<br />

<strong>la</strong> présentation, Feu Hassan II lui propose<br />

de s’occuper des affaires économiques<br />

avant de le nommer, quelques mois plus<br />

tard à <strong>la</strong> tête de Bank Al-Maghrib, en<br />

succession au premier gouverneur de<br />

BAM de l’histoire, Ahmed Zéghari.<br />

Finalement il n’aura occupé le poste de<br />

DG de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> que 18 mois, durant lesquels<br />

il a accéléré les investissements et<br />

les grands chantiers dans le Nord, une<br />

région qui se remettait à peine du colonialisme<br />

espagnol et où il fal<strong>la</strong>it construire<br />

routes, autoroutes, infrastructures,<br />

hôtels…<br />

Le successeur de Ahmed Bennani était<br />

une surprise, même pour le premier<br />

concerné, Ahmed Benk<strong>ira</strong>ne. «Je ne m’attendais<br />

absolument pas à ce que le Roi m’appelle<br />

pour me confier <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>. C’était une<br />

grande surprise surtout que contrairement à<br />

mes prédécesseurs, je venais de <strong>la</strong> presse»,<br />

nous déc<strong>la</strong>re Benk<strong>ira</strong>ne. Son profil et son<br />

parcours atypiques l’ont distingué par<br />

rapport aux anciens patrons de l’institution.<br />

Il avait quitté le cabinet<br />

d’Abderrahim Bouabid en 1960 pour<br />

retourner dans le privé et assouvir une<br />

vieille passion, celle du journalisme. Il<br />

crée alors « Maroc Informations » sur les<br />

cendres d’un journal français «Stocks et<br />

marchés» qui avait été interdit. Pour renforcer<br />

son équipe éditoriale, Benk<strong>ira</strong>ne a<br />

été dénicher un jeune talent de l’école de<br />

journalisme de Paris, André Azou<strong>la</strong>y.<br />

L’idée de départ était de <strong>la</strong>ncer un journal<br />

économique, mais par <strong>la</strong> force des<br />

M’fadel Lahlou 1974-1995 Khalid El Kadiri 1995-2001 Mustapha Bakkoury 2001<br />

choses, <strong>la</strong> ligne éditoriale al<strong>la</strong>it virer au<br />

politique, sous l’effet des mouvements<br />

que connaissait <strong>la</strong> scène politique nationale<br />

en cette période. Le titre a été suspendu<br />

en juin 1966 et comme pour<br />

dompter ce jeune fougueux qu’était<br />

Ahmed Benk<strong>ira</strong>ne, Feu Hassan II l’appelle<br />

à <strong>la</strong> direction de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong>. «J’étais<br />

conscient des enjeux politiques d’une telle<br />

nomination», se rappelle<br />

Benk<strong>ira</strong>ne.<br />

Crise de gestion<br />

Pendant les deux ans qu’il a<br />

passés à <strong>la</strong> direction générale<br />

(1966-1968), <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> avait<br />

développé les métiers de <strong>la</strong><br />

finance avec notamment <strong>la</strong><br />

création de plusieurs filiales<br />

dans l’assurance et le crédit<br />

dont Sofac qui avait été bien<br />

accueillie par le marché. Mais<br />

l’organisation au sein de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> et les pressions politiques<br />

de l’époque faisaient<br />

que <strong>la</strong> commission de surveil<strong>la</strong>nce<br />

était dépassée et que<br />

<strong>la</strong> gestion des projets <strong>la</strong>issait à<br />

désirer. Ahmed Benk<strong>ira</strong>ne<br />

n’était pas à l’aise dans ses<br />

fonctions et il le montrait<br />

bien. Ses coups de gueule se<br />

multipliaient jusqu’au jour où<br />

il demanda audience au Roi et<br />

présenta sa démission. Une<br />

première!<br />

Il a été remp<strong>la</strong>cé par Hassan<br />

Ababou, un homme discret<br />

qui a assuré les commandes<br />

jusqu’en 1970, une période particulièrement<br />

difficile sur le p<strong>la</strong>n politique mais<br />

durant <strong>la</strong>quelle, <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> n’a pas arrêté<br />

d’investir dans des secteurs stratégiques.<br />

Le début des années 70 a été marqué par<br />

le passage de <strong>la</strong> SNI sous le giron de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong>, mais surtout par une révision<br />

totale des partenariats et des contrats<br />

signés parfois dans <strong>la</strong> précipitation et<br />

qui ne répondaient pas forcément aux<br />

exigences de l’époque. Un travail<br />

auquel s’est attaqué Abdelkamel<br />

Rerhrhaye entre 1970 et 1974. A<br />

cette étape de l’histoire, <strong>la</strong> Caisse était<br />

fortement critiquée sur le p<strong>la</strong>n de <strong>la</strong><br />

gestion, du contrôle et de <strong>la</strong> prise de<br />

décision. C’était une nouvelle forme de<br />

l’administration qui n’était pas encore<br />

assimilée et dont les contours n’étaient<br />

pas très c<strong>la</strong>irs aux yeux des opérateurs.<br />

Elle vou<strong>la</strong>it donner l’image de l’Etat qui<br />

investit le monde des affaires avec <strong>la</strong> souplesse<br />

du privé.<br />

Mais de tous les directeurs de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong><br />

c’est certainement M’Fadel Lahlou qui a<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76 33


L’enquête<br />

<strong>la</strong>issé le plus d’empreintes. C’est celui qui<br />

est resté le plus longtemps en poste… 20<br />

ans. Il était le patron avec un grand «P».<br />

Du haut de sa tour, il a vécu les plus<br />

grandes transformations de l’économie<br />

nationale: <strong>la</strong> marocanisation des industries<br />

et des services, le PAS (P<strong>la</strong>n d’ajustement<br />

structurel), <strong>la</strong> libéralisation, <strong>la</strong><br />

déréglementation des services financiers<br />

et enfin <strong>la</strong> privatisation. Actuellement à<br />

<strong>la</strong> retraite, il était donc de ce fait <strong>la</strong> personne<br />

indiquée pour nous parler des<br />

grands moments de l’histoire de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong>, mais il a préféré décliner de<br />

manière très diplomatique notre offre.<br />

Nous respectons son choix de se retirer<br />

de <strong>la</strong> scène médiatique. D’ailleurs, durant<br />

sa longue carrière à l’institution, Lahlou<br />

n’aimait pas trop communiquer, on disait<br />

de lui qu’il «rasait les murs» pour ne pas<br />

se faire remarquer. Une critique à <strong>la</strong>quelle<br />

il répondait systématiquement que <strong>la</strong><br />

période vou<strong>la</strong>it ce<strong>la</strong>. Ce fils de commerçant<br />

était connu pour sa rigueur et sa<br />

fierté. Il a réussi à préserver intacte <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> à un moment où d’autres institutions<br />

financières sombraient l’une après<br />

l’autre. C’est à lui aussi que revient le<br />

mérite d’offrir à <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> le siège de 12<br />

étages qu’elle occupe aujourd’hui et qui<br />

regroupe toutes les filiales. D’ailleurs,<br />

pour refléter <strong>la</strong> taille du bâtiment et de<br />

l’institution, <strong>la</strong> presse le surnommait<br />

«l’empereur de <strong>la</strong> p<strong>la</strong>ce Piétrie». Son<br />

mandat était particulièrement marqué<br />

par les investissements immobiliers de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong>. Une des fiertés de M’Fadel<br />

Lahlou en terme de réalisation est sans<br />

doute Hay Ryad, une idée de Hassan<br />

Zemouri qui était ministre de l’Habitat<br />

et qui avait proposé <strong>la</strong> création des<br />

ERAC et le projet Hay Ryad à Rabat.<br />

Sous son mandat, <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> avait procédé<br />

à <strong>la</strong> cession de plusieurs hôtels car elle<br />

«savait construire mais ne savait pas gérer,<br />

par manque de compétences spécialisées en<br />

tourisme».Il faut dire que les sa<strong>la</strong>ires de <strong>la</strong><br />

Caisse n’étaient pas très attrayants. Le<br />

statut de fonction publique limitait <strong>la</strong><br />

marge de manoeuvre de <strong>la</strong> direction<br />

générale en matière de recrutement. Le<br />

24 avril 1995, le Roi nomme Khalid El<br />

Kadiri septième DG de l’institution, avec<br />

pour mot d’ordre modernisation. Sur le<br />

p<strong>la</strong>n politique, c’était <strong>la</strong> période de préalternance<br />

et sur le p<strong>la</strong>n économique,<br />

EVOLUTION HISTORIQUE DES PRIORITÉS NATIONALES<br />

1957-1965 1967-1972<br />

Consolidation de Dynamisation de<br />

<strong>la</strong> souveraineté l’investissement<br />

nationale<br />

Création de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> et <strong>la</strong> CNRA<br />

Début d’intervention<br />

de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong><br />

dans les secteurs<br />

touristique et<br />

immobilier<br />

1973-1982<br />

Marocanisation<br />

et<br />

investissements<br />

sociaux<br />

■ Premières participations<br />

de<br />

<strong>la</strong> <strong>CDG</strong> dans le<br />

secteur industriel<br />

■ Création du<br />

RCAR<br />

1983-1993<br />

P<strong>la</strong>n d’ajustement<br />

structurel<br />

Intervention de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> dans les<br />

programmes<br />

d’habitat social<br />

Pour <strong>la</strong> première fois, les ex-patrons de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> se sont tous retrouvés au siège de <strong>la</strong> Caisse, à l’occasion d’une réception organisée en leur honneur<br />

par Bakkoury, le 23 décembre 2003.<br />

1993-2000<br />

Processus de<br />

privatisation et<br />

de déréglementation<br />

financière<br />

■ Développement des<br />

services financiers<br />

■ Audit 1996 et premiers<br />

réorganisation<br />

en pôles métiers<br />

Depuis 2000<br />

Développement<br />

régional et intégration<br />

à l’environement<br />

international<br />

■ Recadrage<br />

stratégique<br />

■ C<strong>la</strong>rification des<br />

logiques<br />

d’intervention<br />

■ Développement<br />

régional<br />

l’heure était à <strong>la</strong> libéralisation suivie et<br />

contrôlée du marché financier sous le<br />

regard intransigeant de <strong>la</strong> Banque<br />

Mondiale et du FMI qui estimaient qu’il<br />

était temps de démanteler <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> ou du<br />

moins restreindre ses missions. El Kadiri<br />

leur a prouvé le contraire. Il a fait de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> l’intervenant principal du marché<br />

financier. En même temps il essayé de<br />

donner un visage humain à l’institution<br />

jadis froide et renfermée sur elle-même.<br />

Sa vision était axée sur les ressources<br />

humaines, convaincu que l’essentiel était<br />

que les hommes et les femmes portent<br />

un projet et qu’ils l’accomplissent, une<br />

sorte de «contrat social». C’est à lui que<br />

revient aussi le mérite de revivifier les<br />

re<strong>la</strong>tions avec <strong>la</strong> CDC puisqu’un protocole<br />

de coopération a été signé en juin<br />

2001, soit un mois avant son départ. Il a<br />

également modernisé le système d’information<br />

et créé des espaces pour vivre à<br />

l’intérieur du siège: hall d’exposition,<br />

cafétéria, amphithéâtre. Les cadres qui<br />

l’ont côtoyé le qualifient de dynamo de <strong>la</strong><br />

modernisation. Mustapha Bakkoury qui<br />

lui a succédé à partir de 2001 est, lui,<br />

désigné comme le turbo. Son mérite,<br />

vous diront les anciens patrons de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> et les cadres qui l’entourent est de<br />

s’être bien entouré, d’avoir un vision<br />

d’avenir et surtout d’avoir opéré le distinguo<br />

entre les fonds propres de <strong>la</strong> <strong>CDG</strong> et<br />

les dépôts gérés. Aujourd’hui, à <strong>la</strong> lecture<br />

du rapport annuel, <strong>la</strong> séparation est c<strong>la</strong>ire.<br />

On peut lire que le total bi<strong>la</strong>n de <strong>la</strong><br />

<strong>CDG</strong> à fin 2004 est de 46 milliards de<br />

dirhams et que les dépôts, eux s’élèvent à<br />

près de 38 milliards. Y sont également<br />

mentionnés séparément, le portefeuille<br />

obligataire et le portefeuille actions, p<strong>la</strong>cements<br />

et participations. L’ère Bakkoury<br />

serait-elle l’ère de <strong>la</strong> transparence, suite<br />

logique de <strong>la</strong> modernisation? ■<br />

34<br />

Economie & Entreprises Novembre 2005 N° 76

Hooray! Your file is uploaded and ready to be published.

Saved successfully!

Ooh no, something went wrong!