Désolé j'ai ciné #9

djcmagazine

Au programme de ce 9e numéro : on revient sur la trilogie Incassable/Split/Glass, des rétrospectives de M. Night Shyamalan et Robert Zemeckis, Dragons 3, pas mal de critiques, une tribune pour défendre le cinéma d'animation, des séries et des chroniques DVD entre autres.

shyamalan

clot sa trilogie

analyse d’incassable & de split +

critique de glass

Et aussi : rétro zemeckis, dragons 3, le cinéma d’animation, twin peaks...


2


L’Edito

2018 aura été l’année des grandes promesses

pour un cinéma plus divers, et plus respectueux. Après la rébellion des

femmes face aux Weinstein, Besson et autres dangers publics, après

cet objectif fixé à Cannes d’un 50/50 dans un futur proche idéalement

égalitaire, il a bien fallu regarder la réalité en face. L’égalité et la

justesse dans les représentations et le traitement, on y est pas encore

; nous en voulons pour preuve la 75e édition de la Mostra de Venise où

la seule femme venue présentée son film aura été huée à plusieurs

reprises.

2019 s’ouvre avec un grand cinéaste (Zemeckis) qui s’interroge sur sa

propre masculinité. Faut-il y voir un encouragement, un espoir vers un

cinéma aux points de vues plus riches et différenciés, qui saura mieux

laisser sa place aux racisé.e.s, aux femmes, aux personnes transgenres,

aux déclassé.e.s et oublié.e.s ? A l’heure où Shyamalan vient conclure

sa trilogie super-héroïque avec “Glass”, le temps de briser le Glass

Ceiling* dans le monde du cinéma est-il enfin venu ? Désolé, mais nous

on a ciné. Donc ces questions-là, on va se les poser toute l’année...

*le glass ceiling est un terme utilisé en études de genre, qui peut se

traduire par plafond de verre. Il fait référence à une frontière invisible

qui empêche certaines catégories sociales d’accéder à des privilèges.

Captain jim

3


4


5

le sommaire

P.7 Critiques Netflix

p.10 critiques décembre

P.18 critiques janvier

p.48 critiques février

p.66 incassable & split : le miroir

chez shyamalan

p.80 rétro m. night shyamalan

p.90 rétro robert zemeckis

p.100 la tribune de liam

p.108 l’instant séries

p.120 les chroniques dvd

DIRECTRICE DE LA RÉDACTION : MARGAUX MAEKELBERG

MISE EN PAGE : MARGAUX MAEKELBERG

RÉDACTEURS : CAPTAIN JIM, LIAM DEBRUEL, MEHDI TESSIER, BAPTISTE ANDRE, SEBASTIEN NOURIAN, PRAVINE,

AUBIN BOUILLÉ, RAPHAEL DUTEMPLE ET ALI BENBIHI


6CRITIQ


7

UES

NETFLIX


8

07/12

MOWGL

Il est assez dingue de voir à quel point

la carrière de réalisateur d’Andy Serkis a

méchamment été passé sous silence cette

année puisque ce n’est pas un mais deux

films qui nous ont été offert par celui dont

on ne présente même plus la carrière en

tant qu’acteur. Cantonné au e-cinema

pour son drame «Breathe» avec en tête

d’affiche Andrew Garfield et Claire Foy (film

fabuleusement émouvant avec un Andrew

Garfield au sommet de son art) et désormais

Netflix (après que la Warner l’ai jeté au

dernier moment) pour son «Mowgli», Andy

Serkis peut se tarer d’avoir réalisé deux films

loin d’être honteux.

«Mowgli» s’attarde sur l’enfance du petit

garçon élevé toute sa jeunesse par une

meute de loups au coeur de la jungle

indienne où il apprendra les dures lois de

la jungle bien entouré par l’ours Baloo et

la panthère Bagheera. En plus d’apprendre

à vivre comme un animal à part entière de

la jungle, la menace du terrible tigre Shere

Khan plane sur Mowgli d’autant plus que le

jeune homme va devoir affronter également

ses origines humaines.

Le pari était osé, d’autant plus quand Disney

avait sorti son live action du «Livre de la

jungle» deux ans et demi avant (qui avait

réussi à convaincre plus ou moins tout le

monde) mais Netflix s’inscrit définitivement

dans l’optique d’offrir du contenu de qualité

- la plupart du temps - mais surtout différent

de ce que peut nous offrir les grands écrans de


9

I

DE ANDY SERKIS. AVEC ROHAN

CHAND, ANDY SERKIS, BENEDICT

CUMBERBATCH… 1H44

cinéma. Audacieux dans son choix artistique,

Andy Serkis a fait appel à la performance

capture (qu’il a déjà lui-même expérimenté

dans «Le Seigneur des Anneaux» ou encore

«La Planète des Singes») pour nous offrir un

résultat plutôt déroutant il faut bien l’avouer,

surtout lorsque les images du «Livre de la

jungle» de Disney nous reste en tête mais

qui confère à ses animaux une humanité rare

et touchante. En misant sur cette humanité

intimement liée à la bestialité, Andy Serkis

bâti tout son film sur cette dualité qui ne

cesse de se confronter avec à sa tête le jeune

Mowgli lui-même entre bestialité qui lui a

été inculqué et cette part d’humanité qu’il

va retrouver un temps avec les humains qui

se sont installés en lisière de la forêt.

La vision qu’impose Andy Serkis sur son

«Mowgli» et toute la réflexion qui en découle

les font s’éloigner de la version édulcorée

qu’on a pu connaître lorsqu’on évoque

Mowgli et «Le Livre de la jungle» mais c’est

justement ce parti pris qui rend le film aussi

intéressant qu’audacieux. Dommage que

les studios n’aient pas pris plus de risques,

Netflix peut se lécher les babines d’avoir pu

mettre un avant un film d’une telle qualité.

Margaux Maekelberg


10CRITIQ


UES

DES FILMS DE DÉCEMBRE DONT ON A PAS PU PARLER DANS LE

PRÉCÉDENT NUMÉRO PARCE QU’ON LES A PAS VU MAIS COMME

ON A LA FLEMME ON FERA QUE LES GROS FILMS

11


12

19/12

AQUAMAN

DE

JAMES WAN. AVEC JASON

MOMOA, AMBER HEARD, WILLEM

DAFOE… 2H23


13

Débutant

Consternant

Éculé

Urinaire

Voilà comment caractériser l’état du DCEU actuel, une certaine odeur de

pisse y règne avec des prétendants au trône comme “Suicide Squad” et

“Justice League”. Trêve de méchanceté, s’ils veulent avoir une chance

d’avoir l’ascendant sur leur concurrent Marvel, il va leur falloir développer

des films et patienter. Et ce sont des réalisateurs dotés d’une patte artistique

qui parviennent à sortir des films plutôt bons (Zack Snyder avec “Batman vs

Superman” et Patty Jenkins avec “Wonder Woman”). Alors remercions James

Wan d’avoir sauvé “Aquaman” (qui partait très mal en faisant ses débuts dans

“Justice League”).

Aquaman est un des meilleurs film du DCEU par la construction complexe

d’un univers marin vaste et riche. Bien évidemment, on doit tout ça à James

Wan qui a révolutionné le cinéma horrifique moderne avant de s’attaquer à

“Aquaman”. Il parvient à imposer son caractère et sa vision des choses, il met

en avant un parti pris nanardesque étonnant qui déroute le spectateur qui

n’attend vraiment pas ça (comme la scène d’ouverture du sous-marin). Il en

ressort alors une certaine authenticité et une sincérité qui fait plaisir à voir.

La narration frôle le conte de fée et nous nous situons entre le présent et les

entraînements du passé (quel plaisir de revoir Willem Dafoe dans un film de

super-héros).

Le film n’est pas parfait et souffre de quelques fonds verts dérangeants et surtout

incompréhensibles… Toute la conception visuelle marine est parfaite, mais

pourquoi tourner les séquences sur Terre en fond vert (le ponton notamment)…

Une combinaison entre le réel de la vie en dehors de l’eau et la créativité du

monde aquatique aurait été parfaite (serait-ce une caractérisation du prochain

“Avatar” ?). Certaines scènes souffrent également de longueurs, le récit est

calqué sur “Black Panther” et la comparaison est possible puisqu’ils sont tous

deux prétendants au trône.

On ne peut souligner la photographie et la qualité artistique sans mettre en

avant la mise en scène des combats. On a enfin des combats impressionnants

et lisibles à la fois : ils ne sont pas sur-cutés. On ressent les coups. Jason

Momoa agace par ses mouvements de cheveux qui frôlent le ridicule mais il

parvient à nous conquérir en tant qu’Aquaman.

Même si “Aquaman” est un film classique dans sa structure, tout est là pour

en faire un divertissement bien plus que louable grâce à une mise en scène

exemplaire de James Wan.

Pravine


19/12

Acteur marquant à travers ses seconds rôles dans “There

Will Be Blood” (2007) de Paul Thomas Anderson,

“Prisoners” (2013) de Denis Villeneuve ou bien “Okja”

(2016) de Bong Joon-ho, Paul Dano est un acteur épatant

par ses rôles éclectiques, s’adaptant à la comédie

comme au drame. Son premier long-métrage en tant

que réalisateur est remarqué à Sundance et marque

l’ouverture de la Semaine de la critique à Cannes en

2018. Il est adapté d’un roman de Richard Ford du nom

d’”Une saison ardente”.

Le traitement de l’adolescence au cinéma n’est pas

novateur et des réalisateurs comme Larry Clark (“Kids”,

“Bully”, “Ken Park”...) brillent à travers ce point de

vue, mais Paul Dano s’intéresse plutôt au passage forcé

d’un temps à un autre, de l’adolescence à l’âge adulte

en laissant de côté les crises, la rébellion, l’alcool, la

drogue… Lorsque Jerry, le père de famille perd son travail,

son égo le pousse à s’éloigner de sa famille. Pendant ce

temps, Jeanette et son fils Joe sont livrés à eux-mêmes et

à des changements majeurs.

WILDLIFE

“Wildlife” est un film intime du début à la fin, il y a

cette impression d’enfermement avec les personnages

qui vient des cadres rapprochés, nous faisons parti

de la famille Brinson. Composée du père Jerry (Jake

Gyllenhaal), la mère Jeanette (Carey Mulligan) et le fils

Joe (Ed Oxenbould), cette famille est tout à fait normale

et incarnerait presque l’Amérique des années 60. Ce

déménagement dans le Montana en début de film

permet de positionner le spectateur dans une position

neutre : peu importe ce qu’ils faisaient avant, qui sont-ils

aujourd’hui et que vont-ils faire ? Ce sont les questions

que l’on se pose.

Il s’agit alors pour le film de montrer des conflits

intérieurs et extérieurs au couple en plein cœur puisque

nous adoptons très rapidement le point de vue du fils

de 14 ans. L’enchevêtrement de la vie de couple et

l’adolescence sont traités simultanément de manière à

nous faire comprendre la complexité de l’entre-deux :

comment un adolescent de 14 ans peut-il réagir à des

parents belligérants ? Le film adopte une position passive

en ne nous indiquant pas clairement ce qu’il se passe,

14


15

il y a toujours un fond à chaque scène, des métaphores

et des messages cachés. Tout peut basculer d’un coup

dans un couple et c’est ce qu’il se passe lorsque les

hommes qui éteignent les incendies ne reviennent pas

: les femmes mariées deviennent veuves. De la même

manière, lorsque Jerry s’en va à son tour dans le but de

combattre le feu, on apprend deux choses :

- Il s’en va donc il ne reviendra pas en étant la même

personne.

- Éteindre le feu reviendrait à se battre pour son couple,

mais en revenant, la flamme du couple aura disparu, la

flamme de sa femme est éteinte, l’amour n’est plus. C’est

ce que représente la neige qui intervient à ce moment

précis, on passe de la chaleur au froid, des couleurs

chaudes aux couleurs froides.

La frustration que l’on ressent lors du film est tumultueuse,

on voudrait presque remplacer l’adolescent qui observe

comme nous sans réagir et sans dire quoi que ce soit.

C’est d’ailleurs cet aspect du film qui pourrait agir comme

un répulsif et ennuyer le spectateur qui ne désire pas

aller plus loin que voir des réconciliations rapides et des

mots posés sur toutes les situations. Refuser de prendre

parti indiquerait également la situation des enfants situés

entre les parents, la non-intervention est ici privilégiée

en grandissant personnellement dans son adolescence

en trouvant un travail sans faire attention à la tension

sexuelle qu’entretient sa mère avec Warren (Bill Camp).

Malgré les années 60 et l’écart important avec

aujourd’hui, le message écologique persiste et traverse

les décennies en nous affirmant la beauté de la nature

qui délimiterait presque le récit en tant que huit-clos.

L’excellent Jake Gyllenhaal est ici mis au second plan

en laissant jouer une Carey Mulligan divine, livrant

une performance impressionnante et digne d’un Oscar.

Les acteurs sont sublimés par l’écriture qui décide de

ne pas plonger dans les séquences larmoyantes faciles

et qui, nous le savons, pourraient nous détruire (Jake

Gyllenhaal le faisait très bien dans “Stronger” de David

Gordon Green).

Pravine

DE PAUL DANO. AVEC JAKE

GYLLENHAAL, CAREY MULLIGAN,

ED OXENBOULD… 1H44


16

Sous le règne de Napoléon, François

Vidocq, le seul homme à s’être échappé des

plus grands bagnes du pays, est une légende

des bas-fonds parisiens. Laissé pour mort

après sa dernière évasion spectaculaire,

l’ex-bagnard essaye de se faire oublier

sous les traits d’un simple commerçant.

Son passé le rattrape pourtant, et, après

avoir été accusé d’un meurtre qu’il n’a pas

commis, il propose un marché au chef de la

sûreté : il rejoint la police pour combattre

la pègre, en échange de sa liberté. Malgré

des résultats exceptionnels, il provoque

l’hostilité de ses confrères policiers et la

fureur de la pègre qui a mis sa tête à prix...

Depuis le début de sa carrière, Jean-

François Richet s’est toujours intéressé

aux désœuvrés, aux marginaux, donnant

une voix à ceux qui n’en avaient pas. Le

réalisateur s’est politisé au moment de

sa découverte d’Eisenstein et la question

sociale n’a jamais cessé d’irriguer son

cinéma. Son dyptique sur Mesrine était une

façon de sonder une facette de l’histoire

politique française à travers un des antihéros

le plus connu de l’hexagone. Avec «

L’empereur de Paris », Richet prolonge son

exploration en mettant en scène Vidocq,

une figure fascinante du Premier Empire

dont la dernière incarnation au cinéma

était mémorable, mais pas forcément pour

les meilleures raisons.

La filiation entre Mesrine et Vidocq est

évidente ou en tout cas difficilement niable.

Déjà parce que les deux personnages sont

incarnés par un Vincent Cassel impérial

(sans mauvais jeu de mot). Mais aussi parce

que ce sont deux prolétaires qui s’élèvent

contre une société en disant ‘’nous ne

ferons pas partie de votre monde’’. Mais là

où Mesrine aime le chaos, Vidocq lui, aime

l’ordre. Et si ce dernier a vécu dans les bas

fonds, s’évadant 27 fois (!) du bagne, il n’a

jamais fait partie de la voyoucratie. Dès le

19/12

L’EMPEREU

premier plan, soigneusement mis en scène,

Richet iconise son personnage, le montrant

vulnérable physiquement mais d’une

ténacité incroyable. Tous les autres bagnards

savent qui est François Vidocq. Tous ont un

jour eu vent de son histoire. Dans cette cale

étouffante, on fait connaissance avec celui

qui deviendra une légende vivante.

Le film, tourné en pellicule, a une vraie patte.

Les cadres sont léchés, la lumière sublime

et les décors époustouflants. Les moyens

ont été mis pour que la reconstitution de

Paris pendant le Premier Empire soit des

plus réalistes, et ça se voit. Richet réutilise

des procédés de mise en scène qui lui sont

chers comme l’utilisation des miroirs pour

montrer la complexité des protagonistes. On

pense au plan où l’on découvre La Baronne

jouée par Olga Kurylenko, dont le reflet

annonce la duplicité du personnage. Mais

si la réalisation est inventive et immersive


R DE PARIS

DE

JEAN-FRANÇOIS RICHET. AVEC

VINCENT CASSEL, FREYA MAVOR…

1H50

dans ce Paris des bas-fonds, le montage et le

scénario posent problème. La formation de

l’équipe de Vidocq avait quelque chose de

réjouissant sur le papier mais l’accélération

du récit lors des premières arrestations

reste frustrante. On ne voit jamais les

membres de ce gang utiliser leurs aptitudes

caractéristiques, si bien qu’on ne comprend

pas vraiment qui fait quoi. D’autant que

le reste de l’équipe n’est mis en lumière

individuellement qu’à la fin, quand ils

se font décimer un par un. Vidocq est un

personnage solitaire, perdu entre les malfrats

et une haute société corrompue. Il est donc

dommage de n’avoir pas plus d’interaction

avec les autres personnages, ce qui aurait

amplifier l’effet d’isolement à la perte de

ses compagnons. Malgré tout, la scène où

Vidocq entre dans la cellule avec tous les

prisonniers, avec ce discours hargneux,

restera le point d’orgue du film où l’on ressent

toute la solitude et l’ambiguïté du héros. On

notera l’écriture géniale du personnage de

James Thiérée, en ancien soldat dépossédé

de ses terres, dont l’optimisme désabusé

frôle le romantisme. Car si le film est avant

tout un film d’aventure, avec une séquence

d’action finale réjouissante, Richet y insuffle

une réflexion sous jacente, sur le Premier

Empire et la faculté de cette époque à

faire cohabiter entre eux des gens venant

d’horizons politiques différents voir opposés.

Loin d’être le grand film populaire et

exigeant que l’on était en droit d’attendre,

« L’empereur de Paris » reste une tentative

plaisante de renouer avec le grand cinéma

français d’antan. Reste à savoir si ce genre

de projet restera un coup de franc tireur ou

s’il mettra le pied à l’étrier pour des films

d’ampleurs en France. On croise les doigts.

Mehdi Tessier

17


18CRITIQ


19

UES

JANVIER


02

UNE FEMME D’EXCEPTION

20

Le public français n’aura jamais autant

entendu parlé de Ruth Bader Ginsburg

que ces derniers mois. Alors qu’en octobre

dernier le documentaire «RBG» réalisé par

Betsy West retraçait la vie de celle qu’on

surnomme aujourd’hui «Notorious RBG»,

c’est début 2019 qu’est venu sur nos écrans

«Une femme d’exception». Ce dernier se

concentrant principalement sur les débuts

compliqués de la jeune avocate alors qu’elle

concilie vie professionnelle, vie de famille et

un mari souffrant. Un biopic certes classique

mais nécessaire en tant que figure féminine.

Véritable figure de la culture popaméricaine,

Ruth Bader Ginsburg fait partie

des neuf juges à la Cour Suprême aka la

plus haute juridiction américaine. À 85

ans, cette avocate spécialiste des droits des

femmes s’est fait connaître dans les années

70 en défendant plusieurs affaires devant la

Cour Suprême (elle a gagné la plupart des

affaires qu’elle a défendu) tout en pointant

constamment du doigt les discriminations

qui touchent aussi bien les femmes que les

hommes. S’en suit une carrière incroyable

pour celle qui combat également la

politique de Donald Trump et qui est l’une

des dernières grandes figures du parti

démocrate américain.

Mais cette carrière commença de manière

houleuse, bien même avant de devenir

avocate comme le raconte «Une femme

d’exception». Acceptée à la prestigieuse

Harvard School of Law en 1956 parmi huit

autres femmes - sur environ 500 hommes -,

Ruth Bader Ginsburg (Felicity Jones juste au

regard déterminé tout au long du film) doit

d’ores et déjà se battre contre un monde -


21

/01

DE MIMI LEDER. AVEC FELICITY

JONES, ARMIE HAMMER… 2H

et une société - résolument masculin d’autant plus avec un

doyen aux moeurs qui puent le patriarcat à dix kilomètres.

Mère de famille mais aussi femme aimante et attentionnée -

Ruth va suivre en plus de ses cours ceux de son mari Martin

(Armie Hammer impliqué) à qui on vient de diagnostiquer un

cancer -, cette avocate en devenir va devoir se battre dans une

jungle masculine alors qu’elle prend en charge avec son mari

une première affaire qui dessinait déjà les combats futurs de

RBG : les discriminations basées sur le genre. Mais tout ceci

n’est finalement que secondaire, même si on sort de là en

ayant envie d’en voir encore plus, «Une femme d’exception»

dessine surtout un portrait d’une femme érigée en modèle et

qui semble avoir encore plus sa place aujourd’hui en 2019.

Combat contre le sexisme, mener de front plusieurs vies

et subir constamment une pression pour prouver qu’on est

capable de faire aussi bien qu’un homme. Le combat de Ruth

Bader Ginsburg dans les années 70 est - malheureusement -

toujours le même aujourd’hui. Le syndrome de l’imposteur

dont les plus malveillants sont capable de nous faire ressentir

avec leurs «Tu n’y arriveras pas», «Laisse tomber», des phrases

qu’entendaient déjà la jeune femme et qu’on n’hésite pas à

nous rabâcher encore aujourd’hui. Et qu’aurait été cette femme

d’exception sans son mari Martin ? Loin d’ériger de nouveau

ce lien de cause à effet (Une femme a besoin d’un homme

pour réussir), le film de Mimi Leder dessine avec subtilité un

mari qui a su s’effacer pour laisser le devant de la scène à

sa femme - alors qu’il était un avocat tout aussi brillant avec

de véritables facilités d’élocution - tout en continuant de la

soutenir car oui il est là le secret, arrêter ce combat perpétuel

entre hommes et femmes, arrêter cette guerre d’égo que

certains mâles peuvent avoir pour qu’ils comprennent enfin

que la femme n’est pas là pour effacer l’homme mais qu’à

deux ils peuvent s’entraider pour réussir. Tout est une question

d’équilibre dans ce film, finalement ça l’est aussi dans la vie.

Malgré un biopic classique en tout point - ce qu’on peut

aisément lui reprocher -, «Une femme d’exception» dépasse

largement le cadre du biopic pour offrir une figure à suivre,

un message à faire passer à toutes les jeunes femmes car oui,

nous sommes toutes des femmes d’exception.

Margaux Maekelberg


22

02/01

PREMIÈRES VACANCES

DE PATRICK CASSIR. AVEC

CAMILLE CHAMOUX, JONATHAN

COHEN… 1H42

Ah les querelles amoureuses… Elles en

inspirent bien des films, mais celles des

vacances un peu moins. Faute d’idées

? Peut-être. L’humoriste et comédienne

Camille Chamoux s’est emparée de ce

sujet pour co-écrire «Premières Vacances»

avec son compagnon Patrick Cassir avec un

postulat de départ assez simple : Marion et

Ben décident sur un coup de tête de partir

ensembles en vacances après un premier

rendez-vous Tinder réussi, direction la

Mongolie à mi-chemin de leurs destinations

rêvées : Beyrouth pour Marion et Biarritz

pour Ben. Un rendez-vous d’un soir c’est

bien, supporter l’autre pendant plusieurs

semaines s’en est une autre…

Pour son premier film, Patrick Cassir -

épaulé donc par Camille Chamoux - dépeint

avec humour et justesse les vacances

en amoureux. Mais au-delà des simples

querelles qui rythment ces vacances qui

vont s’avérer houleuses pour l’un comme

pour l’autre, le film pose aussi les questions

des fondements même du couple, celui

de l’écoute et des concessions à faire

pour le bonheur de chacun. Pour jouer

son compagnon à l’écran, c’est un autre

humoriste bien connu du grand public qu’on

retrouve avec Jonathan Cohen. L’alchimie

entre les deux personnages fonctionne

à merveille et les vannes font mouche

presque à chaque fois avec un regard plutôt

bienveillant et littéralement deux modes de

vie différents. En passant des cambrousses

bulgares aux hôtels cinq étoiles, les nerfs

de Ben et Marion sont mis à rude épreuve

dans une comédie qui adopte finalement

les codes de la rom-com traditionnelle dans

un écrin assez rafraîchissant même si on

regrette des seconds rôles finalement peu

exploités.

«Premières Vacances» reste une jolie

comédie qui fonctionne dans son ensemble,

imparfaite mais terriblement sincère avec

une Camille Chamoux solaire et un Jonathan

Cohen décidément incroyable et survolté

comme à son habitude et rien que pour ça

nous on dit oui.

Margaux Maekelberg


02/01

UN BEAU VOYOU

DE PLUCAS BERNARD. AVEC

CHARLES BERLING, SWANN

ARLAUD… 1H44

La comédie en France ça passe ou ça

casse, et soyons réalistes, souvent ça casse.

Pourtant il y a de ces comédies qui sortent

absolument des sentiers battus autant dans

leur scénario que dans leur audace visuelle

et «Un beau voyou» fait définitivement

partie de cette catégorie.

À l’aube de sa retraite, le commissaire

Beffrois reste sur sa faim jusqu’à ce qu’on

vol de tableau attire son attention et le

pousse à enquête sur ce qui s’avère un

voleur de tableaux en série qui avait réussi

à sévir jusque là sous les radars de la

police. Visiblement audacieux, entraîné et

littéralement invisible, le commissaire va

redoubler de ruse pour arriver à mettre la

main sur ce voleur. Le film débute sur une

scène plutôt atypique : un jeune voleur

s’introduit dans un appartement où rien

ne semble de valeur, alors qu’il commet

son méfait le propriétaire de l’appartement

rentre chez lui et le surprend en lui disant

qu’il est commissaire. Scène surréaliste :

le commissaire lui demande de s’assoir et

lui propose un jus de fruit. C’est ainsi que

s’ouvre le film sur le personnage de Beffrois,

un commissaire bientôt à la retraite dont le

credo semble plus être le jemenfoutisme

qu’autre chose à en juger ses chemises

hawaïennes à tel point qu’il laisse le voleur

repartir - après avoir récupéré ses effets

personnels bien sûr -. Drôle de personnage

qu’est ce commissaire et pourtant déjà si

fascinant, encore plus lorsque s’entame la

relation entre lui et Bertrand, petit escroquer

immobilier à ses heures perdues et grand

voleur d’oeuvres d’art une fois la nuit

tombée.

Un véritable jeu du chat et de la souris qui

s’entame entre les deux pour nous offrir

répliques juteuses mais également une

course poursuite sur les toits de Paris aussi

inédite qu’assez impressionnante. Nouveau

visage du cinéma français - après le succès

de «Petit Paysan» -, Swann Arlaud prête

ses traits innocents à cet élégant voleur

tandis que Charles Berling nous offre une

performance tout en humour et légèreté.

«Un beau voyou» est une petite bulle fraiche

et légère aussi audacieux que élégant.

Margaux Maekelberg

23


L’HEURE DE LA S

24

Lorsque Pierre Hoffman intègre le

prestigieux collège de Saint Joseph il

décèle, chez les 3e1, une hostilité diffuse et

une violence sourde. Est-ce parce que leur

professeur de français vient de se jeter par la

fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une

classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils

semblent terrifiés par la menace écologique

et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la

curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de

percer leur secret...

Le film de genre en France est souvent

décrié. Si dans les années 200, les auteurs

oeuvrant dans cet abîme obscur du cinéma

français offraient des expériences radicales,

ceux des années 2010 ont bien compris

qu’il fallait être plus malin que le système.

On voit sortir depuis quelques années des

œuvres s’apparentant à du genre dont les

codes sont détournés. Et c’est exactement

ce que fait Sébastien Marnier qui signe ici

son deuxième long métrage.

«L’heure de la sortie» est une adaptation

du roman de Christophe Dufossé et aurait

dû être le premier film du réalisateur. Ce

dernier a préféré faire ses armes en réalisant

le thriller «Irréprochable», offrant ainsi à

Marina Foïs un rôle à contre-emploi. Trois

ans après, il accouche d’un long métrage

maîtrisé. Le cinéaste invoque tour à tour «Le

village des damnés», «Rashomon» et même

des éléments du manga «Monster» (quand

les ados jouent à se faire peur et mal dans

la carrière) pour créer l’univers si particulier

de «L’heure de la sortie».

On a du mal à définir le genre de ce film,

et il est difficile de le mettre dans une case

tant il flirte avec les récits paranoïaques et le

fantastique. Exit les atmosphères brumeuses

et les mystères nocturnes, le film prend place

en pleine canicule et se passe souvent de

jour. La mise en scène utilise brillamment

les décors, en subvertissant des lieux banals

pour les rendre de plus en plus effrayants.

Comme cette centrale nucléaire, qui


09/01

ORTIEDE SÉBASTIEN MARNIER. AVEC

LAURENT LAFITTE, EMMANUELLE

BERCOT, LUÀNA BAJRAMI… 1H43

apparaît au détour de plans anodins pour

devenir une véritable entité qui hantera tout

le film.

Car «L’heure de la sortie» est hanté par

l’imminence d’un chaos. Et c’est à travers les

yeux de Pierre Hoffman, joué par un Laurent

Lafitte impeccable, qu’on découvre l’univers

anxiogène et inquiétant de cette classe de

surdoués. La paranoïa s’empare bientôt du

professeur remplaçant, et la frontière entre

réalité et fiction se brouille. La montée en

tension est vertigineuse et le récit prend à la

gorge dès les premières images sans lâcher

le spectateur, le tout renforcé par une B.O.

atmosphérique des plus réussies. Sous ce

soleil de plomb, les pistes se brouillent, et

l’école devient le théâtre d’un jeu pervers

où les professeurs et les élèves revêtent

tour à tour les masques de monstres et de

bourreaux. Le seul bémol sera du côté des

scènes d’actions assez confuses dans leurs

découpages.

Sébastien Marnier signe un film protéiforme,

où l’épouvante est moderne, questionnant

avec brio l’autorité, la notion d’excellence,

de productivité et les inquiétudes

environnementales. En donnant un rôle

ambigu à ce groupe de jeunes, le réalisateur

fait le choix de mettre en lumière une

finitude annoncée d’un monde violent, en

totale autodestruction, et montre ainsi des

adultes en positions de pouvoir préférant

ignorer le problème plutôt que le regarder

en face.

Mehdi Tessier

25


Très pauvrement diffusé dans les salles

françaises, « Bienvenue à Marwen » peine

à trouver son public. Malgré un casting

pourtant porté par Steve Carell et Robert

Zemeckis derrière la caméra, le film ne

semble pas attirer les foules. Et pourtant,

malgré quelques défauts non négligeables,

Zemeckis nous livre le portrait d’un homme

brisé avec toute la bienveillance qu’on lui

connait, réalisant un film important pour sa

filmographie.

09/01

« Bienvenue à Marwen » raconte l’histoire

vraie d’un homme ayant subi une agression

et qui tente désespérément de continuer à

vivre. Autrefois artiste dessinateur, Mark, le

personnage interprété par Steve Carell, met

son talent au service de poupées qu’il met en

scène dans un village fictif de la campagne

belge de la Seconde Guerre Mondiale :

Marwen.

Zemeckis semble attacher à cette histoire

une appréciation toute particulière et

réussi à se l’approprier en abordant les

questions qui lui sont chères. La figure de

l’artiste, la différence et au-delà de ça, l’art

de (se) raconter des histoires. « Bienvenue

à Marwen » est un magnifique film sur les

fantasmes et les névroses d’un homme qui

se rattache comme il peut à ce qu’il lui reste.

Encore une fois, 30 ans après « Qui veut la

peau de Roger Rabbit ? », Zemeckis réussit

à utiliser toutes les ressources mise à sa

disposition et à en extraire le meilleur. Ainsi

les effets spéciaux sont utilisés sciemment

et de sorte qu’ils ne semblent pas de trop.

Certes cette balance entre deux mondes

n’est pas sans défauts, mais malgré certaines

facilités d’écritures et le fait que certains

personnages s’avèrent jetés aux visages

du spectateur, le film reste cependant une

vraie œuvre bienveillante qui fait preuve

d’audace et de sincérité.

BIENVEN

26

Baptiste Andre


27

UE À MARWENDE ROBERT ZEMECKIS. AVEC

STEVE CARELL, LESLIE MANN, EIZA

GONZALEZ… 1H56


28

L’avis de c


aptain jim

29


09/01

FORGIVEN

DE ROLAND JOFFÉ. AVEC FOREST

WHITAKER, ERIC BANA, JEFF GUM…

1H55

Nous sommes en 1994, l’Apartheid prend fin. Nelson Mandela nomme alors L’archevêque

Desmond Tutu en tant que président de la commission Vérité et réconciliation : aveux contre

rédemption. Souvent confronté à d’anciens tortionnaires, Desmond Tutu va rencontre

Piet Blomfield, un des pires assassins condamné à perpétuité. Un véritable bras de fer

psychologique s’engage alors entre les deux hommes.

Adaptation de la pièce de théâtre «L’Archevêque et l’Antéchrist» (un titre qui en dit déjà

long sur l’histoire dépeinte) de Michael Aston, «Forgiven» peine un peu à convaincre sur sa

forme avec quelques longueurs - même si elle fait partie du processus et qu’elle accentue

cette lente montée en violence - et sur une photographie quasi inexistante donnant parfois

l’aspect d’un faux documentaire et une caméra maladroite. Cependant le fond se tient

notamment grâce à un casting impliqué et impeccable que ce soit Forrest Whitaker, Eric

Bana absolument impérial dans ce rôle d’assassin au coeur froid et à la morale douteuse

de prime abord et surtout Thandi Makhubele qui joue le rôle de la mère d’une jeune fille

tuée qui représente à elle seule tout l’esprit du film : le pardon est plus fort que la haine,

plus difficile certes mais toujours plus salvateur. Une idée qui se dessinera dans l’une des

dernières scènes absolument bouleversante et d’une justesse incroyable. Mais tout au long

du film, c’est avant tout un duel psychologique qui se tient entre Desmond Tutu et Piet

Blomfield, deux convictions diamétralement différentes au début du film pour finalement

se rejoindre à la fin.

30

Loin d’être la grosse claque qu’aurait pu nous offrir le film, «Forgiven» reste cependant une

belle leçon de pardon et un très beau message d’espoir qui subsiste encore aujourd’hui

plus que jamais.

Margaux Maekelberg


31

09/01

LES INVISIBLES

DE

LOUIS-JULIEN PETIT. AVEC

AUDREY LAMY, CORINNE MASIERO,

NOÉMIE LVOVSKY… 1H42

Après avoir abordé les méandres de la grande distribution dans «Discount» et les souffrances

au travail dans «Carole Matthieu», Louis-Julien Petit continue dans ses chroniques sociales

avec «Les Invisibles» qui dépeint le quotidien de L’Envol, un centre d’accueil pour les

femmes SDF qui est sur le point de fermer suite à une décision municipale. Pour aider ces

femmes en détresse, les travailleuses sociales de ce centre vont tout faire pour leur trouver

un travail quitte à utiliser quelques feintes…

Adapté du livre «Sur la route des Invisibles» de Claire Lajeunie (elle a également réalisé

un documentaire «Femmes invisibles, survivre dans la rue» en 2014 pour France 5), le

réalisateur Louis-Julien Petit a décidé de se tourner vers la fiction sociale beaucoup plus

tournée vers l’humour - le documentaire ayant déjà pris le parti de la chronique sociale

sérieuse - et le résultat nous offre un film qui transpire l’authenticité et pour cause, toutes

les femmes SDF présentes dans le film - exceptées Sarah Suco et Marie-Christine Orry -

sont des non-professionnelles qui ont toutes vécues l’expérience de la rue et qui s’en sont

sorties aujourd’hui ou qui sont en centre d’accueil. De quoi nous offrir de beaux moments

authentiques, drôles et touchants.

Loin de tomber dans le misérabilisme et le pathos qu’un tel sujet pourrait apporter, «Les

invisibles» se veut avant tout un film plein d’espoir qui réussit à nous faire pleurer autant

de joie que de tristesse, le tout porté par un casting fabuleux que ce soit les femmes SDF

plus rayonnantes les unes que les autres qu’Audrey Lamy qui tient là un de ses plus beaux

rôles.

Margaux Maekelberg


32

09/01

CREED 2

DE

STEVEN CAPLE JR.. AVEC MICHAEL B.

JORDAN, SYLVESTER STALLONE, TESSA

THOMPSON… 2H10


33

Le nouveau «Creed 2», en parti co-écrit par Sylvester Stallone, est une suite

qui bien qu’elle n’égale pas la maîtrise du premier opus n’est pas moins riche

en émotions.

«Creed 2» est un drame construit comme une tragédie grecque ou

shakespearienne : deux fils doivent s’affronter, de deux père rivaux (dont l’un

est le meurtrier de l’autre) et de deux pays ennemis. Tous les ingrédients sont

réunis pour offrir au spectateur 2h10 d’entertainment. Adonis se voit défier

son titre par Viktor Drago, fils d’Ivan Drago (tueur d’Appolo Creed dans Rocky

IV). L’importance de ce combat est primordiale pour chaque parti. D’un côté

il est pour Adonis un moyen de venger ce père qu’il n’a pas pu connaître.

D’un autre, pour Viktor (et par extension son père) ce combat représente la

possibilité de retrouver leur honneur, leur dignité perdue.

En comparaison avec le premier «Creed», «Creed 2» s’oriente plus du côté

des émotions que du côté de l’invention scénaristique. Au fond, «Creed 2»

c’est un peu «Rocky IV» avec quelques changements mineurs. Car ce qui

importe au film est avant tout d’aborder les thématiques de l’héritage et de la

filiation. Au fond que garde-t-on de nos parents ? Hérite-t-on de leurs propres

échecs ? Viktor Drago a pris sur lui le rôle de venger son père, il souffre avec

lui ses blessures passées. Il a tout hérité de lui : sa rage, sa peur, sa honte. En

quelques sortes la relation père/fils des Drago est à mettre en parallèle avec

celle du personnage de Rocky. Sans qu’il s’en rende compte, dans la quête de

victoires, Rocky s’est peu à peu éloigné de son fils et la mort d’Adrienne aura

mis un terme à leur relation. C’est un peu le dilemme auquel fait face Adonis

qui vient de devenir père : que va-t-il léguer à sa fille ? Sera-t-il à la hauteur ?

Adonis est effrayé à l’idée d’échouer. C’est cette fragilité du héros (comme du

vilain) qui hante le film. Ici, chaque personnage n’est jamais complètement

le plus fort. On assiste à la déconstruction complète du héros (Adonis) et à sa

« résurrection » (thème classique des Rocky) qui donne lieu à une magnifique

séquence d’entrainement dans le désert américain. Les combats sont filmés

avec une énergie euphorisante qui nous entraîne et nous pousse parfois à nous

cramponner à nos sièges. Quelques « point-of-view shot » lors des combats

d’ailleurs nous rappellent ceux qu’utilisa Scorcese pour «Ragging Bull». Toute

la force de «Creed 2» se trouve là : dans cette émotion débordante qui nous

fait passer des larmes aux cris de joies d’une scène à l’autre et qui renoue

de ce fait avec ce produit familial et populaire qu’avait su créer les anciens

Rocky.

Sebastien Nourian


COLETTE

34

Le grand Baudelaire écrit « donne-moi

ta boue et j’en ferai de l’or ». «Colette»

c’est le processus inverse : donne-moi ton

or et j’en ferai de la boue. Au sortir de la

séance, il nous semble avoir assisté à ce qui

s’apparente chez les peuples primitifs à un

sacrifice, dont nous réalisons rapidement

avoir été nous-mêmes (les spectateurs) les

bêtes destinées à passer sous la lame du

couteau aiguisée.

Pour ce film, le choix de Westmoreland

(réalisateur de «Still Alice») est de se

concentrer sur les premières années de

Colette, lorsqu’elle n’était encore qu’une

jeune provinciale naïve ayant épousé un

homme d’affaire parisien et s’installant avec

lui dans la capitale. Colette écrit et son mari

publie ses romans sous son nom à lui car

à l’époque ‘’les femmes ça ne vend pas’’.

Colette continuera à écrire pour lui tout le

long du film jusqu’à une énième dispute

qui conduira à leur séparation définitive

juste avant que les lumières de la salle ne se

rallument.

Au-delà de sa mise en scène classique, qui

peine à nous offrir des images ‘’digérables’’

c’est avant tout sur le fond que Colette

pêche. Le film est dépourvu d’axe narratif. Il

n’y a aucun questionnement et donc aucune

réponse. Colette passera 1h45 du film à se

soumettre, docilement, pour se révolter lors

des cinq dernières minutes et nous délivrer

un monologue d’une platitude et d’une

vacuité abyssale… C’est une Colette avec

laquelle on ne sympathise pas car rien dans

le film n’est fait pour nous faire comprendre à


16/01

DE WASH WESTMORELAND. AVEC KEIRA

KNIGHTLEY, DOMINIC WEST, ELEANOR

TOMLINSON… 1H52

quel point cette femme était

extraordinaire et à quel point

elle a marqué de sa patte

toute la première moitié du

20ème siècle. Peut-être que

les scénaristes auraient pu

se demander ce qui rendait

Colette si exceptionnel, ce

qui en faisait une femme

si puissante… mais pas du

tout ! Le film ne traite en

rien son génie. Il tente par

moment de combler son

vide par l’insertion inutile

de scènes lesbiennes,

instrumentalisant ainsi ses

orientations sexuelles à

des fins narratives. ‘’Oh

regardez, Colette embrasse

une femme !’’, ‘’Oh regardez, Colette s’est coupée les

cheveux’’, ‘’Oh regardez Colette porte un pantalon’’. Bien

que toutes ces choses aient contribué à faire d’elle une

femme avant-gardiste et symbole d’un féminisme naissant,

il serait malheureux de réduire Colette et ce qu’elle

représentait à cela (ce que fait le film !). Non ! Colette c’est

de la littérature, de la littérature avant toute chose et le film

ne l’aborde pas. Il n’est jamais question de ce qui fait la

particularité de sa prose, ni même entendons-nous jamais

des passages être récités de ses romans (tout le monde

parle anglais…). Un axe littéraire plus prononcé aurait

permis de célébrer la femme qu’était Colette. Assurément

un tel axe, centré sur l’œuvre de Colette se serait avérer

une approche beaucoup plus digne du féminisme. Car oui,

dire qu’une femme est féministe parce qu’elle s’adonne à

l’amour libre, ou bien car elle porte les cheveux courts,

désavoue la portée du mouvement. C’est davantage en

montrant comment Colette a su s’ériger comme un talent

incomparable dans un monde littéraire majoritairement

masculin, que le film aurait pu servir au discours d’un

mouvement auquel il a voulu contribuer.

Un autre aspect irritant du film (surtout pour un Français)

c’est qu’il n’est jamais question du monde qui entoure

l’écrivaine. Toute la trame narrative du film évolue dans

le Paris de la Belle Époque et jamais il n’est question de

cela. On ne voit rien des fêtes, du faste, des avancées

culturelles qui ont sûrement influencé Colette dans son

travail. Colette se déplace dans un Paris insipide et sans

vie. La talentueuse Keira Knightley aura beau tenter de

sauver le film, en délivrant une performance juste, elle est

néanmoins desservie par la médiocrité des dialogues. A

rappeler que lors des scènes de disputes conjugales Keira

Knightley ne fait que répéter ‘’you fucking bastard’’ (on a

connu mieux).

Il y aurait tellement à dire sur ce film mais il vaut mieux

s’arrêter ici. Simplement : «Colette» est un mauvais film

qui ne rend hommage à personne et affadis même l’image

qu’on aurait pu avoir de l’écrivaine. Il serait peut-être bon

qu’Hollywood massacre ses propres idoles et laisse les

nôtres en paix !

PS : Si l’ennui possédait le réel pouvoir de tuer, cette

critique n’aurait jamais vu le jour (et moi non plus).

Sebastien Nourian

35


36

A trois semaines d’intervalle sortent

deux films qui sont - drôle de

coïncidence - assez ressemblants.

«My beautiful boy» qui sort le 6

février traite d’une histoire vraie,

celle d’un père qui va se battre

pendant des années pour sauver son

fils de l’addiction. D’un autre côté

nous avons une mère qui, pendant

une nuit entière, va tout tenter pour

retrouver son fils qui retombe à son

tour dans l’addiction. Deux histoires

similaires sauf que l’une fonctionne

et pas forcément l’autre.

C’est la veille de Noël, Holly revient

des répétitions à l’Eglise avec ses

trois enfants Lacey et Liam issus

de sa dernière union avec Neal et

sa grande fille Ivy. Sur le perron

de leur maison se trouve Ben. Son

aîné, encore en centre de désintox

jusqu’à ce jour. Cette fois Holly est

persuadée, Ben va mieux, ça se voit

même - ce qui ne l’empêche pas de

cacher tous les médicaments et les

bijoux de valeur -, Ivy en est moins

sûre, encore moins Neal. Pourtant

ils leur font tous confiance, 24h

ensemble puis il repart en centre. Sauf

que rien ne se passe comme prévu

lorsque le soir ils se font cambriolés

et que leur chien a disparu. Ben le

sait, tout est de sa faute. Il décide

alors de partir retrouver son chien et

se frotter forcément aux mauvaises

personnes. Holly, mère aimante et

protectrice décide alors de partir à

sa recherche. Une nuit entière où

les nerfs de toute la famille vont être

mis à rude épreuve.

Au vu de la bande-annonce ce qu’on

craignait le plus c’était le pathos. il

faut dire que 1m34 où on voit Julia

Roberts s’exclamer d’un naturel

tout… sauf naturel puis pleurer

toutes les larmes de son corps alors

qu’elle hurle à un policier qu’elle

veut retrouver son fils et bah c’est

franchement pas rassurant.

Et bien quand on sort de là on est

rassuré parce que du pathos il n’y en

a pas. En fait, incroyable mais vrai, il

est bien là le problème. Zéro pathos

mais également zéro empathie et

zéro sentiments ne se dégagent

de ce film. Axer le tout sur une

seule nuit empêche toute histoire

personnelle de se développer

malgré un Lucas Hedges qui fait du

mieux qu’il peut - et qui s’en sort

pas trop mal même si la caméra le

bouffe du regard comme c’est pas

permis (merci papa réalisateur) - à

côté d’une Julie Robert qui en fait

trop. D’un classicisme absolu et

attendu de bout en bout, «Ben is

back» a du mal à faire pleurer dans

les chaumières même s’il avait tout

pour s’inscrire dans la fameuse liste

du «Film à Oscar» (étape qu’il n’a -

heureusement - pas atteint» et qui

confirme surtout une filmographie

qui file en demie-teinte pour Julia

Roberts et un Peter Hedges qui a

encore bien du mal à nous offrir des

films de qualité.

«Ben is back» est un film qui ne

fait qu’effleurer tous ses sujets et

se contente de se reposer sur les

épaules de Julia Roberts, mèrecourage

et caution tire-larmes des

plus sentimentaux.

Margaux Maekelberg

BE


37

16/01

N IS BACK

DE

PETER HEDGES. AVEC JULIA ROBERTS,

LUCAS HEDGES, COURTNEY B. VANCE…

1H42


38

Adapté du roman éponyme de Angie Thomas, «The Hate u Give» raconte le

combat d’une jeune afro-américaine contre les violences policières faites aux

noirs. Starr a une double vie partagée entre une éducation blanche dans un lycée

élitiste et une éducation noire dans un quartier violent. Une histoire poignante

réalisée par George Tillman Jr, l’homme derrière «Faster», «Notorious BIG» ou

encore quelques épisodes de la série Marvel’s «Luke Cage». Porté par Amandla

Stenberg, Anthony Mckie et le rappeur Common, le long métrage est une œuvre

poignante et réussie dans le quotidien d’une adolescente.

Après un début pop enlevé, qui permet d’instaurer un rythme endiablé grâce

à une bande originale rap et hip hop, le sujet du film revient rapidement au

galop. Lorsque le meurtre de Khalil survient, le long métrage change d’univers

et tombe dans un film politique, qui met en avant les incessantes violences et

bavures policières. Amanda Stenberg («Darkest Minds») crève l’écran dans un

rôle sur-mesure tandis que le reste du casting permet enfin un véritable film afroaméricain

par les membres de leur communauté et pour les membres de leur

communauté. Pas d’hypocrisie cette fois, les noirs sont au centre de leur film et

mettent en avant leur condition dans une Amérique encore profondément raciste.

Mais «The Hate u Give» n’est pas un biopic classique sur la situation des noirs

aux Etats-Unis. Il y a eu déjà de nombreux films sur le sujet, le dernier en date

étant le superbe «Detroit». George Tillman Jr préfère aborder son film avec

d’avantage de légèreté. Très rythmé, malgré ses 2h12, THUG n’ennuie jamais,

grâce à une approche très moderne de cette condition. Ici pas de pathos, pas de

situations larmoyantes, il s’agit d’un combat, ferme et audacieux. Les personnages

ne s’apitoient pas sur leurs sorts mais préfèrent combattre, se relever et se faire

entendre. A l’image de l’éducation du père de Starr, autoritaire, mais également

utopique, intelligente et méliorative.

L’émotion fonctionne à la perfection. Le spectateur passe des rires aux larmes, de

l’effroi à l’espoir, de la crédulité au respect. Bien évidemment, les manifestations,

mêmes si elles ne reposent pas sur le même sujet, font forcément échos à notre

situation actuelle. Un peuple soulevée contre les injustices répétitives d’un

gouvernement. La communauté afro-américaine ne supporte plus sa condition,

ne supporte plus les injustices répétitives à leur encontre, ne supporte plus toute

cette violence. «The Hate u Give» est là pour le rappeler, et pour l’exprimer de la

plus belle des manières.

Finalement «The Hate u Give» est une adaptation puissante et prenante qui met en

avant la communauté noire américaine. L’actrice principale est rayonnante tandis

que les circonstances, bien que souvent classiques, sont portées par un véritable

souffle émotionnel fort. Le long métrage est rayonnant, à double tranchant, à la

fois informatif mais également très émotionnellement parlant.

Aubin Bouillé


39

23/01

THE HATE U GIVE

DE GEORGE TILLMAN JR.. AVEC AMANDLA

STENBERG, REGINA HALL, RUSSELL

HORNSBY… 2H13


23/01

GREEN BOOK

40

Peter Farrelly est normalement réputé

pour les comédies. C’est l’homme derrière

les excellents «Mary à tout Prix» et «Fous

d’Irène», ou les bourrins «Dumb & Dumber»

et «My Movie Project». Bref pas le cinéaste

le plus subtil d’Hollywood. La surprise fut

donc importante lorsque «Green Book» a

été annoncé. Un road-movie sensible porté

par Viggo Mortensen et Mahershala Ali,

franchement on y croyait pas... Et pourtant

Green Book : sur les routes du sud est une

réussite totale.

Certains l’ont comparé à «Miss Daisy et

son chauffeur», une sympathique comédie

dramatique avec Morgan Freeman.

C’est vrai que certaines ressemblances

sont inévitables. Bien évidemment la

confrontation des origines, mais aussi de la

classe sociale, fait échos à ce film de 1989.

Morgan Freeman était le chauffeur d’une

riche aristocrate blanche. Dans «Green

Book», Viggo Mortensen interprète un

émigré italien à la classe sociale modeste,

opposé à un riche et talentueux pianiste afroaméricain

interprété par Mahershala Ali.

Forcément les différences vont se confronter,

et les inhibitions vont devoir tomber.

L’écriture des personnages est très précise

et touchante. Peter Farrelly dresse deux

portraits puissants d’homme très différents.

Tony Lip (Viggo Mortensen) est un bon

vivant, à la culture générale relativement

faible, mais aux principes constitutifs de

sa propre façon de penser. Don Shirley

(Mahershala Ali) est un pianiste issu de la

haute sphère, légèrement hautin, à la culture

très intellectualisée. Bien évidemment ils

vont se confronter, se jauger, se juger et

se supporter. Mais les personnages vont

évoluer dans une appréciation mutuelle. Ils

vont s’inspirer réciproquement, apprendre

chacun de l’univers de l’autre. Tony Lip,

d’abord raciste, va s’éprendre d’amitié avec

le pianiste. En plus de faire le chauffeur il


prendra officiellement fin en 1964. Don

Shirley, pianiste de renom, décide de sortir

de son cercle de tranquillité pour se lancer

sur les routes du sud, dans les états où le

racisme atteint son paroxysme. Tony Lip

va devoir le protéger contre les violences

physiques. Peter Farrelly met en corrélation

les situation des deux personnages. Tony

Lip va réellement découvrir le racisme et se

rendre compte que la condition prestigieuse

de Don Shirley ne le protège en aucun cas

contre la discrimination.

DE PETER FARRELLY. AVEC VIGGO

MORTENSEN, MAHERSHALA ALI, LINDA

CARDELLINI… 2H10

va devoir faire le garde du corps. Si cette

approche paraît peut-être un peu classique,

l’exécution est parfaitement maîtrisée. Les

personnages sont très empathiques, et leurs

tribulations passionnantes. Il y a un véritable

contraste entre les deux protagonistes. Surtout

grâce à Viggo Mortensen qui interprète à

la perfection Tony Lip : un homme un peu

bourru mais qui parvient encore à trouver

l’émerveillement d’un enfant. Un homme

dont la culture musicale va le pénétrer, tout

comme la volonté de s’ouvrir au monde.

Quant à Mahershala Ali, il n’a pas volé son

Golden Globes du meilleur acteur dans un

second rôle.

Peter Farrelly évite tout pathos pour signer un

drame social des plus réussis. Les dialogues

sont toujours très relevés, ce qui permet

d’éviter les facilités du genre. De même que

les situations qui montrent constamment une

vision précise de la situation sociale actuelle.

Le film se déroule en 1962, la ségrégation

En plus d’être une puissante représentation

de ce qu’était la ségrégation, c’est aussi une

manière de représenter la manière dont les

êtres humains se comportent les uns avec

les autres, comment les préjugés peuvent

tomber facilement face à une réalité tout

autre. «Green Book» est un film intelligent

doublé d’un road movie à travers les Etats-

Unis. La mise en scène de Peter Farrelly

est parfaitement maîtrisée, portée par une

photographie des plus plaisantes. Le long

métrage finit sur une belle touche d’espoir,

inspirée de la véritable histoire de ce duo

hors du commun.

«Green Book : sur les routes du sud» est

une réussite totale, inspiré des véritables

histoires de Tony Lip et Don Shirley. Une

amitié qui a par la suite perduré à travers

le temps et les préjugés. Peter Farrelly

démontre quant à lui qu’il sait faire autre

chose que des comédies,et on l’encourage

à continuer dans cette voie.

Aubin Bouillé

41


42

23/01

LES FAUVES

DE VINCENT MARIETTE. AVEC LILY-ROSE

DEPP, LAURENT LAFITTE, CAMILLE

COTTIN… 1H23

Un été en Dordogne, la rumeur court qu’une panthère rôderait autour du camping dans

lequel séjourne Laura et sa cousine Anne. Une rumeur persistante qui effraie la plupart des

vacanciers mais pas Laura qui développe même une curiosité envers cette histoire. Une

curiosité qui s’exacerbe encore plus lorsqu’un garçon avec qui elle a flirté vient à disparaître

et qu’elle devient la suspecte numéro une d’une policière bien décidée à trouver la vérité.

Pendant ce temps, la jeune fille est étrangement attirée par Paul, un vacancier qui s’avère

être un écrivain de polars et qui semble avoir un étroit lien avec toute cette histoire.

Le genre français a le vent en poupe dont Laurent Lafitte semble être le capitaine en ce début

d’année après «L’Heure de la sortie» dans lequel il est traqué, cette fois il prend la place du

traqueur dans «Les Fauves» ou le récit initiatique d’une jeune fille, Laura, qui semble bien

plus intéressée par cette menace invisible que par les vacances et les premiers amours de

jeunesse. Devenue élève de Paul, elle va construire avec lui une relation ambigüe autant

pour eux que pour nous. Cependant la sauce ne prend jamais dans ce film qui se perd dans

un fantastique de surface et malheureusement pas forcément aidé que ce soit le scénario

qui perd très vite en intensité que par un casting qui a du mal à nous faire ressentir quoique

ce soit entre un Laurent Lafitte qui ne semble pas à sa place et une Lily-Rose Depp aussi

inexpressive que le chat de mon voisin - quoique lui est même plus expressif c’est pour

dire -.

Essayant vainement d’instaurer un tant soit peu de thriller dans ce film, Vincent Mariette

réussit juste à nous assumer à coup de scénario long et de dialogues creux.

Margaux Maekelberg


23/01

L’ORDRE DES MÉDECINS

DE DAVID ROUX. AVEC JÉRÉMIE RENIER,

MARTHE KELLER, ZITA HANROT… 1H33

Première réalisation pour David Roux qui s’attaque à un sujet douloureux : la perte d’un

proche. Un exercice mis en plus en exergue lorsque la perte de ce proche touche un

médecin, lui-même confronté à la mort tous les jours. Simon a 37 ans et est un médecin

aguerri dans son service de pneumologie. La mort il connaît, il sait comment la gérer, il

apprend aux autres à savoir la gérer le deuil mais que se passe-t-il lorsqu’il doit lui même

faire face au décès imminent de sa mère ? C’est là qu’est toute la question.

Jérémie Renier tient à lui tout seul le film. Tantôt médecin téméraire intelligent et parfois

même brusque avec les jeunes externes, tantôt ‘’fils de’’ qui ne conçoit pas que sa mère

puisse mourir, usant ainsi de sa position pour obtenir une ou deux faveurs. Sa mère s’y

est faite elle à l’idée de mourir, pas Simon qui doit en plus de ça gérer son père au bord

de la dépression et sa soeur sur le point de divorcer. Chronique amère d’un homme qui

se retrouve pour la première fois de l’autre côté de la barrière, «L’Ordre des médecins»

dessine avec beaucoup de pudeur et parfois presque un côté documentaire ce quotidien, les

questionnements et les épreuves que doivent parfois subir ces médecins car on a peut-être

tendance à l’oublier mais eux aussi sont humains, en témoigne la dernière scène poignante

mettant un point final d’une beauté incroyable à ce film. On regrettera cependant la galerie

de personnages tout autour qui sont assez peu exploités et qui ne sont finalement là que

pour entourer et mettre encore plus en avant le personnage principal.

Il n’empêche que pour un premier film, David Roux semble avoir capté à perfection le

coeur de son sujet dans un film imparfait mais porté par un Jérémie Renier impliqué, une

jolie photo et une humanité déconcertante.

Margaux Maekelberg

43


30/01

MINUSCULE

Quelle aventure qu’est «Minuscule». Après une série

télévisée et un premier film «Minuscule : La vallée des

fourmis perdues» qui s’est vu obtenir le César du meilleur

film d’animation (mérité), le duo Thomas Szabo et Hélène

Giraud revienne pour un nouveau tour avec «Minuscule 2 :

Les mandibules du bout du monde». On reprend les mêmes

personnages et on recommence… enfin pas tout à fait quand

même. Car nos personnages ont quand même bien grandis.

44

Notre chère coccinelle a désormais une famille à charge et

lorsque son amie la fourmi l’appelle à l’aide elle fonce tête

baissée sans se rendre compte que son enfant l’a accompagné

par curiosité. Après une bataille terrible entre fourmis rouges

et fourmis noires, la coccinelle enfant se retrouve coincée dans

un carton en direction de la Guadeloupe. Pas d’autres choix,

toute l’équipe doit partir en Guadeloupe pour la sauver. Et

qui dit Guadeloupe dit forcément nouveaux horizons et donc

nouveaux animaux. En incluant cette fois-ci les humains,

«Minuscule 2» prend du galon et ose de nouvelles choses pour

notre plus grand plaisir. Beaucoup plus abouti visuellement,


45

2

DE THOMAS SZABO, HÉLÈNE GIRAUD.

AVEC THIERRY FRÉMONT, BRUNO

SALOMONE, STÉPHANE COULON… 1H32

de nouveaux insecte font l’apparition donnant ainsi lieu à

de nouveaux gags toujours aussi exquis comme la course

poursuite entre coccinelle et mante religieuse. Mais derrière

cet enjeu se principal se dessine d’autres sous-intrigues tout

aussi douces et drôles que ce soit la fourmi et l’araignée toutes

deux à bord d’un navire pour aller sauver leurs amis dans un

voyage… imprévisible et une troisième histoire qui se déroule

avec la coccinelle enfant en tant que protagoniste mais dont

on taira les tenants et les aboutissants pour vous laisser la

surprise intacte.

Une nouvelle fois, «Minuscule 2» nous offre du rêve à n’en

plus finir. C’est délicat, toujours aussi drôle et intelligent et

visuellement d’une richesse infinie. Le duo Szabo/Giraud

refait des merveilles quatre ans après un premier opus qui

était déjà plus que réussi.

Margaux Maekelberg


46

Son arrivée sur les écrans français aura été

fastidieuse mais Boots Riley aura réussi.

Après qu’un distributeur ai jugé le film

trop «afro-américain», c’est finalement

Universal qui a récupéré le film pour

pouvoir nous l’offre sur grand écran dès

le 30 janvier prochain. Grand bien nous

fasse car nous serions probablement

passés à côté d’une grosse pépite indé

et franchement ça nous aurait foutu les

boules.

Le cinéma indépendant explose et

se complait à dénoncer les inégalités

toujours aussi importantes et le cinéma

indépendant américain en est - et a

toujours été - un très bon exemple. Mais

ces derniers temps une tendance se

dessine vers des films résolument pop

avec de nouvelles propositions toujours

plus abouties et jusqu’en boutiste que ce

soit «Blindspotting» ou «Assassination

Nation» pour parler de 2018. Et ce début

2019 sera marqué à coup sûr par le premier

long-métrage de Boots Riley : «Sorry to

bother you». Tout commence lorsque

Cassius Green décroche un boulot en tant

que vendeur en télémarketing. Un univers

impitoyable mais dans lequel il réussi

à exceller et à rapidement grimper les

échelons. Tandis que Cassius Green rentre

dans les hautes sphères de la société -

celles qu’il a toujours convoité -, ses amis

se bat contre cette même entreprise car

ils s’estiment exploités. Puis finalement

entre dans le game le big boss de tout

ça, un patron aussi extraverti qu’accro à

la cocaïne qui a une vision bien ) lui du

travail…

Boots Riley met les pieds dans le plat et

jette à la gueule du capitalisme des piques

colorées et cyniques comme il faut, juste

assez pour nous faire rire mais aussi nous

faire réfléchir. Sur un ton très décalé, on

30/01

SORRY TO

découvre d’abord comme Cassius Green

réussit à grimper les échelons et pour cela

rien de plus simple, il suffit de prendre une

‘’voix de blanc’’ comme l’explique son

collègue. Rêvant de gloire et de richesse,

Cassius en vient à oublier d’où il vient mais

surtout les combats qu’il est censé défendre

alors que ses amis et sa petite-amie se

battant contre une entreprise qui les utilise

quasiment comme esclaves dans un ton et

une esthétique toujours tirés vers quelque

chose qui tiendrait presque de l’absurde. Et

c’est là toute la force du film, au lieu d’être

un énième film qui surfe sur la tendance

‘’Je dénonce les inégalités’’, Boots Riley

charge son canon pour tirer des boulets


BOTHER YOU

DE

BOOTS RILEY. AVEC LAKEITH

STANFIELD, TESSA THOMPSON, STEVEN

YEUN… 1H51

aussi énormes que ce que prépare Steve Lift

le boss de l’entreprise qui a quand même

son idée bien à lui. «Sorry to bother you» va

ainsi sur des terrains absolument inattendus

afin de prendre le spectateur au dépourvu à

peu près toutes les 10 minutes une fois que

la machine est lancée.

Et par dessus tout, Boots Riley réunit un

casting incroyable avec des personnages

haut en couleur mais sans qu’il y en ai un

qui ai moins d’importance qu’un autre.

Evidemment Lakeith Stanfield capte toute

l’attention avec ses airs naïfs et son envie

dévorante de réussir mais on ne peut

que décemment saluer des prestations

impeccables comme celle de Tessa

Thompson, Steven Yeun ou encore Armie

Hammer qui tient là sa performance la plus

délurée de toute sa carrière et qui nous

prouve que le bonhomme peut partir dans

d’autres comédies.

Hilarant, extrême, inattendu, surprenant…

Tant d’adjectifs pourraient correspondre à

ce qui s’avère être la grosse surprise de cette

fin janvier. L’attente aura valu le coup parce

que quand certains décident de taper dans

les cornes du capitalisme américain, ça fait

mal… très mal…

Margaux Maekelberg

47


48CRITIQ


49

UES

FEVRIER


50

06/02

MY BEAUTIFUL BOY

DE FELIX VAN GROENINGEN. AVEC

STEVE CARELL, TIMOTHÉE CHALAMET,

JACK DYLAN GRAZER… 2H01


51

On le disait récemment, «Ben is back» et «My beautiful boy» partagent

ironiquement plus ou moins la même histoire : un parent qui va tout tenter

pour sauver son enfant de l’addiction. Dans «Ben is back» c’est la mère et

dans «My beautiful boy»c’est au tour du père de tout faire pour sauver son fils

de la toxicomanie. Un rude combat que dépeint «My beautiful boy» tiré d’une

histoire vraie et porté à merveille par Timothée Chalamet et Steve Carrel.

Felix van Groeningen avait un matériel très dense pour réaliser ce film soit non

pas un bouquin mais deux. «Beautiful Boy : A Father’s Journey Through His Son’s

Addiction» de David Sheff et «Tweak : Growing Up on Methamphetamines»

de Nic Sheff son fils. Un même combat raconté des deux points de vue dont

le réalisateur s’est emparé pour réaliser «My beautiful boy» qui impose quand

même beaucoup plus le regard du père sans pour autant omettre le fils. Un

vrai combat qui a duré près de dix ans pour cette famille qui n’a eu de cesse

de vivre dans les tourmentes de l’addiction aux drogues. Evidemment le film

peut compter sur un casting de choix entre Steve Carrel dont le talent n’est

même plus à démontrer et qui offre une partition émouvante pleine de rage;

accompagné par la nouvelle coqueluche d’Hollywood Timothée Chalamet

qui réussit une nouvelle fois à proposer une performance tout en retenue.

Les deux, sans jamais sombrer dans un pathos quelconque, dessinent les

méandres qu’engendre la toxicomanie comme pour prévenir des dangers que

cela peut comporter. D’ailleurs c’est peut-être ça qu’on peut reprocher au film,

garder cet aspect très préventif sans pour autant s’attarder sur leur histoire et

même si le film fait le job à 100%, il nous manque ce petit quelque chose à

laquelle nous raccrocher pour être autant ému qu’à la toute fin. Très convenu

dans sa forme, le film fonctionne cependant sur son fond, sur la relation

Carrel/Chalamet qui fonctionne à merveille et sur ces moments solaires qui

nous sont offerts, éphémères certes mais terriblement salvateurs, comme une

bouffée d’oxygène avant de replonger au plus bas.

Un combat qui est finalement universel face à une menace qui touche tous les

jeunes venant autant des classes moyennes que des classes aisées. Mais loin

de tomber dans un certain misérabilisme, «My beautiful boy» reste porteur

d’un certain espoir et que quelque part, à force de persévérance, l’amour des

proches peut sauver quelqu’un.

Margaux Maekelberg


13/02

52

Cinq ans après sa première aventure à

travers les jeux vidéo, Ralph se lance dans

ce monde sauvage et étrange qu’est Internet.

Mais est-ce que cette suite risque de se

mettre à dos les Trolls ?

(Question piège : on parle d’internet. Bien

sûr que les Trolls vont réagir.)

Si le premier volet a su attirer un fort succès

public et critique, l’auteur de ces lignes

avoue le considérer comme moyen parmi la

production animée de Disney. Les références

sont certes amusantes et on est intrigué par

l’univers qui se construit dans le monde

vidéo ludique mais le tout souffre d’une

narration prévisible, d’une modélisation qui

aurait pu aller plus loin (visuellement, les

personnages se ressemblent tous dans des

univers disparates) et d’une morale dont la

maladresse d’exécution laisse penser à un

propos conservateur sur une impossibilité

de changer sa nature. Il faut donc avouer

que c’est plus la curiosité que l’envie qui

motivait ce visionnage. Alors, ravi ? Oui…

et non.

Pour commencer avec le négatif, si l’on

s’amuse encore devant certaines références,

certaines dégagent une sensation vaine et

risquent de dater le film dans les années à

venir. Là où un « Ready Player One » théorisait

par la présence de figures populaires sur

l’importance de la pop culture sur la création

de sa personnalité (tout en étant logique

au vu de l’amplitude de l’OASIS), on a ici

plus une envie de référenciation drôle que

de véritable création d’univers par celle-ci.

C’est d’ailleurs quand le film n’aborde pas de

marques/sites connus que l’internet se voit

comme un autre monde, dans sa description


RALPH 2.0

DE RICH MOORE, PHIL JOHNSTON.

AVEC LES VOIX DE JOHN C. REILLY, GAL

GADOT… 1H52

des spams ou des jeux en

ligne. Bref, certaines scènes

risquent de diviser selon

le regard qu’on leur porte,

entre amusement sincère et

énervement cynique (cf les

princesses Disney). De plus,

certaines idées importantes

du premier film sont mises à

la trappe (Ralph quitte quand

même son jeu pendant plus

de deux jours).

Néanmoins, tout cela

dissimule une nette

amélioration dans les

intentions. Comme dit plus

haut, une fois affranchi de

tout lien à notre univers,

Internet se voit abordé avec

une envie d’approfondir un

petit monde et de quand

même tisser des rapports

à notre consommation de

celui-ci. Ralph se voit ainsi

obligé de créer le buzz

pour atteindre son but

mais également confronté

aux commentaires négatifs

(« Première règle d’Internet :

ne jamais regarder les

commentaires ! »). On

pourra également noter

un meilleur usage dans

l’animation concernant

notamment les personnages

de jeux en ligne. Mais ce

qui fonctionne mieux reste

le traitement des relations

possessives et leur toxicité,

amené avec plus de subtilité

que les messages sur les

réseaux sociaux et tout ce

qui est relatif à Internet.

Ralph casse peut-être

Internet dans son titre original

mais il ne casse néanmoins

pas la production animée

des studios Disney, loin

d’atteindre ses meilleurs titres

récents comme « Frozen »

(oui, son succès est plus que

mérité) et « Vaiana ». Cela

ne l’empêche pas d’être

amusant et de fonctionner

sur le public. C’est donc

une sortie familiale

recommandable mais pas

indispensable.

Liam Debruel

53


54

Gestation longue et douloureuse – financer un premier film n’est jamais chose facile –

pour la réalisatrice qui nous offre son premier long-métrage. Depuis 2009, Jordana Spiro

avait en tête cette idée de comprendre et analyser ce qui traversait l’esprit de ces enfants

et adolescents placés – ou sortant – de familles d’accueils. « Long Way Home » s’intéresse

à l’une d’entre elles. La jeune Angel, dix-huit ans, tout juste sorti de prison après y avoir

été incarcéré pour port d’arme illégal – ajouté à cela d’autres délits -. Deux choix s’offrent

alors à la jeune femme : combler son désir de vengeance ou prendre soin de sa petite soeur

Abby, actuellement en famille d’accueil.

Sujet ambitieux, important mais également casse-gueule si sa réalisatrice sombre dans le

pathos, les conséquences de la destruction de la cellule familiale sur des enfants qui n’ont

pas les outils ni l’amour nécessaire pour appréhender la vie comme il faudrait. D’autant

plus qu’Angel a été témoin du meurtre de sa mère perpétré par son propre père. Un début

de descente aux enfers pour la jeune femme jusqu’à passer par la case prison. Une fois

en dehors il faut tout reconstruire et surtout retrouver sa petite soeur Abby, placée dans

un foyer qui n’en a que faire d’elle – la mère touche de l’argent de l’Etat en prétextant

que les enfants sont dérangés afin d’obtenir des médicaments que les enfants revendent

en cachette pour se faire de l’argent -. Tiraillée entre ce désir de vengeance et celui de

reconstruire une famille, la réalisatrice suit le chemin de rédemption semé d’embûches

d’une jeune fille sans repères.

Véritable souhait de la réalisatrice, le film prend son temps, se sublime dans les silences

et les regards pleins d’intensités de son actrice principale Dominique Fishback même s’il

n’évite pas de temps en temps quelques longueurs qui pourraient nous faire décrocher mais

c’est indubitablement les deux prestations électrisantes et tout en sensibilité de Dominique

Fishback et Tatum Marylin Hall qui font que le film se plaçait facilement dans le haut du

panier de la compétition du dernier Festival de Deauville d’où il est d’ailleurs reparti avec

le Prix du Jury.

« Tu n’es pas comme lui » affirme la jeune Abby à sa soeur alors que cette dernière lui

demande si elle est comme leur père. « Long Way Home » est aussi un message pour tous

ces jeunes issus de familles d’accueil et qui, comme Angel, sont en perdition. Celui qu’il

n’est jamais trop tard pour prendre sa vie en main et enfin devenir quelqu’un. Jordana

Spiro s’attaque à un sujet sensible typiquement américain : celui de ces structures censées

aider ces enfants et qui, mal encadrées, sont souvent à l’origine de bien des problèmes

de ces enfants. D’autant plus que ce sont généralement les enfants de couleurs qui sont

plus touchés par les maltraitances et abus sexuels que les enfants caucasiens. Un terrible

constat vecteur de problèmes plus profonds chez une grande partie de ces enfants qui, une

fois adultes, ne sont pas préparés.

Pour son premier essai, Jordana Spiro nous offre un film touchant et sensible grâce à un

duo d’actrices solaires et qui plus est, sont afro-américaines – il est également rapidement

évoqué qu’Angel soit lesbienne -, de quoi insuffler un vent de fraicheur dans une industrie

qui a bien besoin de nouvelles figures féminines.

Margaux Maekelberg


55

13/02

LONG WAY HOME

DE

JORDANA SPIRO. AVEC DOMINIQUE

FISHBACK, TATUM MARILYN HALL, MAX

CASELLA… 1H27


56

13/02

DEUX FILS

DE FELIX MOATI. AVEC VINCENT

LACOSTE, BENOÎT POELVOORDE,

MATHIEU CAPELLA… 1H30


57

Après une carrière extrêmement prolifique en tant qu’acteur, Félix Moati passe

derrière la caméra. Après un premier court-métrage «Après Suzanne» - où il

dirigeait déjà Vincent Lacoste - présenté et plutôt bien accueilli au Festival

de Cannes 2016, Félix Moati s’attaque au long-métrage avec «Deux Fils».

Une tranche de vie où se dessine trois générations bien différentes mais qui

cherchent toutes la même chose en fin de compte : l’amour et la réconciliation

avec le monde qui les entoure.

Le frère de Joseph vient de mourir et c’est le déclencheur d’à peu près tout

dans le film. Passé de médecin accompli à écrivain raté, Joseph ne sait plus

vraiment quoi faire et passe son temps enfermé dans sa chambre. À côté de ça

son aîné Joachim ressasse encore et toujours une histoire d’amour qui n’a plus

lieu d’être si bien que son avenir prometteur dans ses études de psychiatrie

sont également mises en péril. Et au milieu de tout ça, le jeune Ivan qui, à 13

ans, découvre les joies mais aussi les peines que provoquent l’amour et tente

de se trouver une place alors qu’il n’a plus de repères familiaux et que ses

figures paternelles partent littéralement en couilles.

Félix Moati donne le ton dès la première scène : Joseph découvre le cercueil

dans lequel reposera son frère. Il assure que ce cercueil sera trop petit et

pour le prouver il décide de monter dedans. Absurde et pourtant révélateur

de l’état de Joseph et de sa famille : encloisonnés. Le ton est donné, on rira,

beaucoup, mais on pleurera aussi, pas mal. Et c’est ce juste dosage qui fait

de «Deux Fils» une très belle réussite. Le scénario est d’une justesse folle

toujours sur ce fil dramatique sans en faire trop, ironique, sans en faire trop

aussi mais ce qui porte le film c’est surtout son casting de luxe. En effet Moati

se paye quand même les services d’un Benoît Poelvoorde magistral et tout en

retenue - sans pour autant renier son humour ce qui est plutôt malin - tandis

que Vincent Lacoste n’a décidément plus rien à prouver. À leurs côtés, c’est

une petite révélation que nous avons là en la personne de Mathieu Capella

qui campe le jeune Ivan. Complètement déboussolé et incapable de se référer

à un adulte entre son père dépressif et son frère dont il n’arrive plus à être

proche, Ivan enchaîne les dérives (alcool, cigarette, violence…) car il doit

devenir un homme comme son frère et son père ne le sont pas. Une jolie

première performance qui nous promet de belles choses pour la suite.

«Deux Fils» est emprunt d’une jolie mélancolie évidemment tenu par un

casting impeccable mais il est indéniable que Félix Moati a de véritables

talents de réalisateur et de scénariste si bien qu’à 28 ans, le jeune homme

s’inscrit déjà parmi les réalisateurs les plus prometteurs de sa génération et si

ses prochains films sont du même acabit que celui-là, le cinéma français n’a

vraiment aucun souci à se faire.

Margaux Maekelberg


58

La plus grande réussite des studios

Dreamworks s’apprête à connaître une

conclusion début février. Voilà donc

l’occasion de revenir sur deux films qui

auront marqué l’animation grand public par

ses proportions formelles et thématiques.

Adaptation d’un roman, le premier

«Dragons» débarque dans les salles en

2010. On y suit Harold (Hiccup en version

originale), fils d’un chef viking régulièrement

décrié pour son physique moins musculeux

que la plupart des habitants. Ce village,

Beurk, doit subsister avec la présence de

dragons, attaquant en permanence les

vivres. Un jour, Harold arrive à toucher la

plus dangereuse de ces créatures, une Furie

Nocturne…

Le long-métrage ressasse des thématiques

déjà abordées dans le cinéma d’animation

comme la communion avec la nature ou le

manque de communication entre un père

et son fils. Pourtant, Dean DeBlois et Chris

Sanders arrivent à donner un ton différent

à leur long-métrage, notamment par la

confrontation culturelle entre les habitants

de Beurk et Harold. Ce dernier, en marge

des autres, va devoir remettre en question

les habitudes ancrées dans son village,

notamment la crainte extrême envers les

dragons. On passe donc par un message de

tolérance avec une soif d’aventures grisante,


59

Dragons : la fin

d’une saga

représentée à l’image par une magnification

de certaines scènes. Les séquences de vol

dégagent ainsi une sensation euphorique

par leur représentation et ont un pouvoir

d’émerveillement sur n’importe quel

spectateur un tant soit peu engagé dans le

récit.

Si celui-ci fonctionne autant, c’est par un

ton prenant sérieusement sa mythologie

et la situation sociale de Beurk mais

également par un travail visuel de qualité.

Il n’est guère étonnant de découvrir que

le célèbre chef opérateur Roger Deakins

(Oscar de la Meilleure cinématographie

pour l’exceptionnel «Blade Runner 2049»)

est consultant visuel sur la saga. On peut

ainsi déceler un véritable travail dans la

photographie du film au point de se situer

lors de certains plans dans la pure tradition

mythique nordique. Le tout fonctionne avec

un humour assez universel et efficace, sans

tomber dans la vulgarité ou le méta d’un

«Shrek».

Au vu des excellents retours critiques et

publics de ce premier épisode, il n’était

guère étonnant d’avoir droit à une suite

4 ans plus tard. On y retrouve Harold et

Krokmou, devant faire face à un homme

cherchant à créer une armée de dragons.

Qui dit ouverture du monde dit ouverture

de la mythologie. Tel Harold, nous sommes

à la découverte d’un univers en expansion,


60

avec des regards extérieurs à Beurk par rapport aux dragons. On

en découvre bien évidemment plus sur leur fonctionnement par

le biais de la mère d’Harold, grande défenseuse de ces créatures

et doublée par une Cate Blanchett au travail vocal toujours aussi

qualitatif.

Néanmoins, la proportion plus large du récit ne nie pas du tout

les qualités intimistes du premier volet et les prolonge avec une

poésie émouvante. Il suffit d’une réplique lors des retrouvailles

entre le père d’Harold et sa femme pour mettre la larme à

l’œil. Dean DeBlois (désormais seul à la réalisation) assume les

moments les plus dramatiques de son histoire et les inscrit avec

une maturité désarçonnante, notamment dans une production

Dreamworks qui est souvent tombé dans le graveleux (les «Shrek»)

ou le facile («Les Trolls») et dont les plus grandes réussites n’ont

pas connu le respect mérité («Les cinq légendes»).

On pourra noter que jamais les films «Dragons» n’ont traité

leur public avec prétention ou en réduisant leurs capacités

intellectuelles en leur offrant les meilleurs films possibles, aussi

bien dans la forme que le fond. On peut donc parler d’une

saga de qualité dans le domaine de l’animation. Savoir que ce

troisième volet sera le dernier provoque autant de tristesse de

devoir dire au revoir à des personnages aussi attachants que

soulagement de ne pas tomber dans le mercantilisme sans fin

cherchant plus le retour financier que la satisfaction du public.

Quand on sait qu’un reboot de «Shrek» est à l’ordre du jour, il

est dommageable que toutes les licences ne connaissent pas ce

sort. Néanmoins, c’est avec une émotion forte que nous nous

préparons à clôturer une série de films d’animation à la beauté

resplendissante et aux ramifications thématiques passionnantes,

le tout avec un souffle épique et revigorant autant réjouissant

que touchant. Voilà bien la marque des plus grands.

Liam Debruel


61


06/02

DRAGONS 3

Avec la multiplication des franchises au cinéma, avec l’apparition des formats épisodiques

et des dérives à foison, on en vient à regretter un élément de narration qui se fait étrangement

rare dans le cinéma grand public, le cinéma spectacle, le cinéma populaire : la fin. Oui,

la conclusion, celle qui nous donne le sentiment d’avoir refermé un livre qui nous a

accompagné dans notre vie, nous a vu grandir et changer, nous émouvoir et nous indigner,

bref une œuvre qui nous a vue autant que nous l’avons visionnée.

62

C’est un sentiment que nous avions déjà redécouvert lorsque la trilogie de la “Planète des

Singes” se terminait il y a quelques années ; un poids sur le cœur et une élévation tout à

la fois. Grâce à Dean Deblois, le réalisateur et scénariste de la trilogie “Dragons”, grâce à

Dreamworks qui renaît de ses cendres, ce sentiment nous revient en 2019. Les aventures

de Harold et Croqmou, neuf ans après leurs débuts, c’est terminé. Aussi après avoir ignoré

totalement et avec insolence les livres dont elle s’inspire, la saga décide pour se clôturer

de se référer enfin au matériau d’origine : « autrefois, il y avait des dragons ». Vous l’aurez

compris, “Dragons 3 : Le Monde Caché” raconte comment les créatures magiques vont

disparaître de la surface de la terre pour ne devenir que les légendes que nous connaissons

aujourd’hui. Attendez-vous donc à avoir le cœur brisé en mille morceaux, et de pleurer

assez de larmes pour vous préparer une petite tisane.


DE DEAN DEBLOIS. AVEC LES VOIX DE KIT

HARINGTON, AMERICA FERRERA, CATE

BLANCHETT… 1H34

Comme dans le volet précédent, les dragons

sont en danger. Il y a beaucoup de redite

d’ailleurs, dans la trilogie de Dean Deblois,

à un point tel où l’on ressent une obsession

chez lui ; il veut raconter une chose et la

décline sous toutes les formes possibles

et imaginables. Mais cette fois, les vikings

ne semblent plus en mesure de protéger

leurs amis/animaux de compagnie; Harold

se souvient alors de ce que son père lui

racontait quand il était enfant. Il lui parlait

d’un monde caché d’où les dragons

proviennent... Si ce monde existe, ce sera le

Jérusalem de la bande à Croqmou.

L’intérêt du film repose dans la quête de

Harold; plutôt que de chercher ce monde

pour son ami, il le cherche pour lui-même.

63


Là est tout le souci, le p’tit mec qu’a la même gueule que moi se prend pour

un dragon. Persuadé d’avoir toujours été un moins que rien avant d’avoir

rencontré son Furie Nocturne, il ne pense n’avoir de la valeur que lorsque les

dragons sont impliqués. La leçon du film, c’est celle du héros qui apprend à

se mettre en retrait pour mieux accepter sa propre identité; et justement, ce

dernier volet est le plus réussi quand les humains disparaissent. Toutes les

scènes, quasi silencieuses, qui n’impliquent que des dragons – notamment les

scènes de drague entre Croqmou et sa nouvelle future meuf, la Furie Diurne à

paillettes disco -, sont de loin les plus réussies du film. Ce sont ces moments

qui tout au long de la trilogie auront fait la force de la réalisation de Dean

Deblois; ce sont des films pour enfants qui savent prendre leur temps, faire

confiance à l’image, ne pas surcharger l’histoire. Le spectateur, adulte ou

enfant, a le temps de réfléchir, d’emmagasiner, de structurer, de ressentir...

Pour enfin faire le deuil.

Car oui, “Dragons” c’est fini. C’est avec ce poids sur le cœur et cette élévation

que l’on quitte la salle, avec ce sentiment de refermer un livre que nous avions

commencé il y a neuf ans. Pour moi, c’était par hasard : j’étais à Bordeaux avec

des amis. La bande-annonce ne m’avait pas trop emballé, mais j’ai suivi le

mouvement. Aussitôt j’étais bouleversé. J’étais en plein milieu de mes études

supérieures, je n’avais pas encore vécu tous les hauts et les bas que l’on peut

connaître en neuf ans de vie. Neuf ans plus tard, je referme le livre la larme à

l’œil (les larmes, soyons honnêtes), et le cœur empli de gratitude. Merci pour

nous avoir offert une fin.

64

Captain Jim


06/02

LA POSITION D’ANDROMAQUE

DE ERICK MALABRY. AVEC MIKAEL

GONCALVES, ISOLDE COJEAN,

MORGANE RASPAIL… 1H12

Il y a de ces petites douceurs qui débarquent de nulle part et «La position d’Andromaque»

en fait partie. Ami.e.s parisien.ne.s ce film sortira au Saint-André des Arts là et seulement

là. C’est peu certes mais que ceux qui ont l’occasion aillent y jeter un coup d’oeil. Au

pire que risque-t-ils ? pas grand chose, j’ouvrirai le bureau des plaintes s’il le faut mais

honnêtement ça m’étonnerait. En 1h12, Erick Malabry - dont c’est le premier long après

un paquet de courts - met en scène des non-professionnels tous issus du même cours de

théâtre du soir. Une première pour eux qui confère au film une belle authenticité. Maladroit

par certains moments mais emprunt d’un amour et d’une douceur incroyable - accentués

par l’utilisation du 35mm qui vient sublimer le film comme le numérique n’aurait jamais

pu permettre-.

Régulièrement, Mikaël monte sur Paris pour rendre visite à sa cousine Isolde et par la

même occasion réaliser son bilan orthophonique nécessaire à cause de son handicap.

Deux personnalités à l’opposé entre une qui enchaîne les coups d’une nuit après une

déception amoureuse et un qui n’a jamais connu l’amour de sa vie. Alors lorsque Mikaël

suit par curiosité sa cousine dans son cours de théâtre du soir, c’est probablement toute sa

vie qui risque d’être chamboulée.

Un premier film sans prétention qui irradie grâce à son casting. Tous plus naturels les uns

que les autres, certaines performances nous touchent comme celle de Mikaël Goncalves

tandis que d’autres capturent le regard de la caméra pour ne plus le lâcher comme Isolde

Cojean. Petite troupe attachante et film qui ne manque pas d’humour et d’amour avec une

jolie mise en avant du théâtre et de certains textes, «La position d’Andromaque» est une

douce sucrerie qu’on a pris grand plaisir à découvrir. Du coup vous savez ce qu’il vous

reste à faire le 6 février.

Margaux Maekelberg

65


66

CHEZ SHY

INCASSABLE ET S


67

PLIT : LE MIROIR

AMALAN


68

INCAS


69

Shyamalan est surement un as du poker ! En

2016, sort son nouveau film «Split», vendu

comme un thriller psychologique traitant

d’un homme aux personnalités multiples.

Rien ne laissait alors présager, même pour

le cinéphile le plus versé dans l’univers de

Shyamalan, que «Split» s’avérerait être la

suite d’un des films les plus emblématiques

du cinéaste : «Incassable». Ce n’est qu’avec

la scène finale, à l’apparition de Bruce Willis

(alias David Dunn) que l’on comprend, avec

une certaine euphorie, que les deux films

forment un même univers. En une scène

seulement, Shyamalan vient de relancer

une idée dont la genèse remonte à plus de

seize-ans auparavant. Sans nul doute un

coup de maître ! La venue prochaine d’une

suite est dorénavant inévitable ! La franchise

est relancée ! Et voilà que deux ans plus

tard, «Glass «arrive dans nos salles obscures

pour clôturer un cheminement entrepris il y

a plus d’une décennie.

SABLE

«Incassable» est, il faut le rappeler, un film

éminemment audacieux. Dans les années 80

et 90, le cinéma c’est avant tout des talents

tels que Spielberg, ou encore Zemeckis ; un

Hollywood exalté, exaltant, galvanisant les

foules, fabriquant du rêve aussi facilement

que l’on fabrique des voitures, à la chaine.

«Incassable», réalisé en 1999, sorti en 2000,

c’est l’envers de ce cinéma-là, un retour

à une réalité moins envoûtante, terne, où

les héros sont moroses, acariâtres, aussi

mélancoliques que les personnages que

peint Edward Hopper. David Dunn (Bruce

Willis) n’est pas heureux. Rien ne va dans

son couple. Il est indifférent à son entourage.

Lors de la première scène du film il considère


70

même l’adultère. Au regard des principes

moraux de la société américaine, c’est un

antihéros ! Un mal-être ronge David Dunn,

le sentiment d’avoir raté sa vie, de valoir

plus que ce qu’il est … On aurait beau y

voir un film sur le désenchantement d’une

société américaine qui a perdu son rêve,

aux accents nihilistes, Incassable n’est rien

de cela puisque tout ce qu’opère le film vise

à faire surgir l’extraordinaire/le fantastique

du quotidien. Et si notre garagiste était

en réalité Superman ? Et si la caissière du

supermarché était un être doté de pouvoirs ?

À toutes ces personnes qui se sentent en

constant décalage avec l’évolution du

monde, qui ont du mal à trouver leur place,

à rentrer dans des cases, à se contenter de

leur vie, Shyamalan répond « peut-être estce

parce que tu es unique, que tu es un

héros… ». C’est la réponse que donnera

Mr. Glass (joué par l’incroyable Samuel L.

Jackson) à David Dunn. Fan de comics, Mr.

Glass est convaincu que les super-héros

existent bel et bien dans notre réalité. Son

rôle sera double : adjuvant, en aidant David

Dunn à se comprendre et s’accepter, mais

également ennemi comme on l’apprendra

plus tardivement.

C’est la quête de la vérité, la vérité la plus

folle, cette vérité que l’on paie de son

sang pour avoir (comme Mr. Glass chutant

des escaliers à la poursuite de l’homme

au revolver), cette vérité qui mène à la

découverte de soi, que travaille le film en

utilisant tout du long un leitmotiv, celui du

miroir.

Le miroir chez Shyamalan va de pair avec des

dualités préexistantes qu’il révèle : Envers/

Endroit, Réalité/Reflet, Vérité/Illusion, Soi/

Autre. Dans «Incassable», le miroir est à

appréhender sous l’angle du déboulement

et de la quête de la vérité sur soi. D’ailleurs,

dès la première scène d’»Incassable», un

dialogue s’effectue au travers d’un miroir et


71

rapidement l’œil du spectateur est trompé

et il ne sait plus distinguer le vrai du faux,

la vraie personne de son reflet. Toujours, la

caméra de Shyamalan travaille ces dualités,

que ça soit en filmant une conversation de

miroir ou bien lorsque Mr. Glass découvre

la BD que lui a offerte sa mère; posée à

l’envers dans sa boîte la caméra effectue

au même moment que Mr. Glass s’en saisit

une rotation qui vient réajuster l’image et

remettre à l’endroit la BD.

Lorsque chez Ovide, Narcisse contemple

son reflet sur la surface de l’eau, il en vient

à tomber amoureux de cette image. Cet

amour, contrairement au sens péjoratif

que lui a attribué l’ère contemporaine, est

pour Ovide le signe de la plus belle forme

d’acceptation de soi, de l’affirmation de son

être. Cela poussera même le poète allemand

Rilke à souhaiter que l’on devienne tous des

‘‘Narcisse exaucé’’.

C’est justement cette idée que travaille en

profondeur «Incassable». Sous son histoire

de super-héros et de super-vilain, le film

traite d’une véritable quête de soi qui passe

ici par la destruction de son propre reflet,

toujours trompeur. Car ce reflet, c’est le

regard que l’Autre, nous pousse à avoir sur

nous. David Dunn se sent ordinaire et refuse

d’ailleurs de croire à ce que lui raconte Mr.

Glass, car depuis longtemps, le regard qu’il

porte sur lui est le regard que la société porte

sur lui. De toute évidence David Dunn est

faussé par son propre reflet qu’il prend pour

lui-même.

Une scène marquante du film témoigne

aussi de cette idée : lors d’un flashback, Mr.

Glass jeune, assis sur son fauteuil roulant,

se contemple à travers l’écran éteint de la

TV. On peut voir dans son regard toute la

haine, tout le dégoût que sa condition lui

inspire. Les autres enfants se moquent de

lui et Mr. Glass est souvent (comme David


72

Dunn) tenté de les croire. Est-il (comme on le force à penser) une erreur de

la Nature ? Car ce qu’il manque à Mr. Glass comme à David Dunn c’est

un autre qui serait un double opposé et complémentaire, une sorte de Yin

et de Yang pour faire simple. Sans Mr. Glass, David Dunn en tant que héros

n’existe pas, et il en va de même pour Mr. Glass sans David Dunn. Il n’y

a pas de héros sans méchants et tout le principe de l’harmonie du monde

découle de la présence de ces deux forces. Chacun trouve en l’autre le sens

de sa propre vie.

Mais il est possible d’en dire plus : ce qui est frappant après plusieurs

visionnages du film, c’est l’économie de moyen utilisé par Shyamalan pour

arriver à nous faire croire à son histoire au point où on en arrive parfois

à douter que David Dunn soit vraiment un héros. Bien sûr le spectateur

est d’abord convaincu que Mr. Glass a raison (et le restera tout le long du

film). Mais au fond, que nous a vraiment montré Shyamalan pour nous

convaincre ? Aucun rayon laser tiré avec ses yeux, aucun immeuble New-

Yorkais détruit, David Dunn ne vole pas, il n’a pas arrêté de balles avec

sa main… On se questionne alors en tant que spectateur : est-ce moi qui

imagine tout cela ? Suis-je au fond aussi naïf ? Le fils de David Dunn voit son

père porter des poids lourds (très lourds) et en conclue qu’il est l’équivalent

de Superman. N’est-ce pas la chose la plus normale du monde, s’imaginer

que ses parents sont des super-héros ? Il est intéressant de constater cela.

Car, «Incassable» nous montre comment le cinéma lui-même est un miroir,

celui de nos attentes, où la vérité qui surgira ne dépendra que de la force

imaginative de celui qui regarde.


Alors que dans «Incassable» le miroir

est un lieu où l’on se découvre et

on apprend sur soi, «Split» (comme

son nom l’indique) joue sur la

fragmentation du miroir. Le miroir

est devenu un puzzle à recomposer

et chaque morceau, une personnalité

bien distincte.

James McCoy (aka Kevin Wendell

Crumb + 22 identités) joue

ce personnage aux multiples

personnalités. Parmi les personnalités

qui coexistent, plus d’une dizaine,

renommée la Horde, à pris les

commande et prépare l’arrivée La Bête

(la soi-disant 24ème personnalité).

Pour se faire, ils enlèvent trois jeunes

73SPLIT

filles qui seront livrées à la Bête en

sacrifice.

«Split» est avant tout un film sur le

refoulement. On tait des choses en

soi, on les cache pour qu’on ait plus

à les voir, pour que la glace ne nous

renvoie pas ces horreurs-là lorsqu’on

s’y regarde. Le miroir ici c’est Kevin

Wendell Crumb, celui qui unifie

toutes les personnalités entre elles.

Cependant, le jour où le miroir se

fissure, se fragmente, car les souvenirs

de douleurs passées ressurgissent,

Kevin disparait de « la lumière » et les

personnalités les plus « obscures »

remontent à la surface. Le film donne

d’ailleurs constamment la sensation


74

que quelque chose est à l’œuvre dans l’arrière cours de la

conscience, dont on ne voit rien mais dont on peut pressentir

la venue. On le constate en effet dans différents plans : que ce

soit les plans de la serrure à travers laquelle les filles tentent

d’apercevoir quelque chose ou bien les plans en contre plongée

des escaliers tout au long du film, on ressent qu’une chose

va venir des profondeurs, bien qu’on ne puisse pas encore

la voir car notre vision est gênée (comme les trois filles). A

bien y regarder, la Bête n’est pas une entité démoniaque qui

possède les individus comme dans l’»Exorciste» ou autres

films d’épouvante du même type, elle est l’Autre effrayant qui

sommeille en nous.

La psychiatre du personnage de James McCoy nous l’avoue :

pour réussir à éliminer la horde et stopper la Bête, il faut

appeler Kevin par son nom entier ‘’Kevin Windell Crumb’’.

Ce procédé peut s’apparenter à un procédé réfléchissant (le

miroir) par lequel l’on force l’individu à se regarder, par lequel

on lui renvoie son identité à la figure.

L’idée du miroir fissuré, se retrouve aussi chez Casey Cook

(jouée par Anna Taylor Joy) dont certains souvenirs qu’elle a

tenté toute sa vie d’enfouir, ressurgissent suite à son enlèvement.

Elle ne maîtrise plus rien, tout lui revient en tête, le passé la

hante. Ainsi, on apprendra, à la suite de plusieurs flashbacks

intelligemment disséminés, que lorsqu’elle était enfant son

oncle a abusé d’elle. Les deux personnages principaux du film

se ressemblent sur ce point : ils ont tous les deux à rassembler

les morceaux cassés du miroir de leur vie et à s’affranchir de

leur douleur passée. Kevin n’y arrivera pas puisque la Bête

triomphera. Cependant, Casey y parviendra. Lors d’un des

flashbacks relatant des abus qu’elle a subi, on la voit un fusil

à la main pointant en direction de son oncle sur lequel elle ne

réussira pas à tirer (dommage !). Mais, lorsqu’elle affrontera la

Bête elle se saisira d’un même fusil est réussira à tirer sur elle

(bien que la Bête ne symbolise en rien les hommes qui lui ont

fait du mal).

Même dans sa forme narrative «Split» est comme un miroir

fragmenté. Le spectateur ramasse tout au long du film des


75


outs de miroir qu’il essaie de réassembler. Ce qui s’apparente

au début pour n’être qu’une histoire de pervers enlevant des

filles dans l’optique d’abuser d’elles ne l’est en fait pas du tout.

On pense ensuite à un simple fou à la Norman Bates (qui doit

surement cacher dans une autre pièce le corps de sa mère

morte) et une nouvelle fois on se fourvoie. Assimiler toutes les

personnalités de Kevin (malgré les trois les plus dominantes) peut

s’avérer tout autant être un challenge. Jusqu’à l’arrivée de la Bête

le spectateur est face à un puzzle qui le déroute, dont il a du

mal à assembler les pièces. «Split» réussit ce tour d’illusionniste

d’avoir su jouer tout du long avec les attentes des spectateurs

tout en faisant preuve d’une économie de moyen qui n’est pas

sans rappeler le grand Hitchcock.

«Glass», sorti en salle le 16 janvier, abouti sans nulle doute le

concept du miroir avec brio. Alors que dans «Incassable» le

miroir permettait de se découvrir, «Split» le fissure et «Glass» le

brise. Le miroir n’existe plus. Il ne reste plus ainsi qu’un jeu de

regards francs et cruels portés sur les choses et le monde. Mais

cela, c’est au spectateur d’aller le découvrir.

76

Sebastien Nourian


77

16/01

GLASS

DE

M. NIGHT SHYAMALAN. AVEC JAMES

MCAVOY, BRUCE WILLIS, ANYA TAYLOR-

JOY… 2H10


78

Ma préférée, c’est probablement la glace

à la framboise de mon papa; mais la vanille

du Glacier des Alpes à Annecy n’est pas mal

non plus. Quoi, on parle pas du tout de ça

mais de la conclusion à la fois très attendue

et inattendue d’une trilogie inespérée

d’un grand réalisateur en plein regain de

confiance et d’estime après une longue

traversée du désert ? Autant pour moi, je

pose mon cornet et vais donc vous parler de

“Glass”.

Il serait absurde de voir ce troisième volet

- qui vient après “Incassable” (2000) et

“Split” (2016) - de ne pas observer cette

trilogie à l’aune de la carrière de son auteur

réalisateur. Night M. Shyamalan est passé

de génie incontesté aux yeux de beaucoup

à un raté intersidéral, une blague méritant

d’être parodié dans les Scary Movie. Et ça

c’était avant qu’il commette le péché ultime

qu’est «Avatar, le dernier maître de l’air», et

le film sans âme “After Earth” sur lequel son

nom n’apparaissait quasiment pas... C’est

Jason Blum qui a sauvé sa carrière, d’abord

en produisant un petit film d’horreur très

ingénieux intitulé “The Visit”.

Mais c’est “Split” qui a tout changé. A la

projection, il y a deux ans, le réalisateur

nous supplie avant le visionnage de surtout

ne parler à personne de ce qui arrive à la

toute fin du film. Aujourd’hui, tout le monde

est au courant : par un simple plan dans un

bar, Shyamalan révèle que le monstre aux

personnalités multiples de “Split” existe

dans le même univers que David Dunn, le

héros «d’Incassable». 18 ans après le début

de son histoire, le réalisateur a donc enfin

la possibilité de la terminer... Mais est-ce

réussi ?

Il y aura probablement débat. Certaines

choses fonctionnent à 100 %, c’est

indéniable; les univers des deux films

parviennent à se mélanger aisément, ce qui

est particulièrement grisant à regarder. James

McAvoy, encore un peu artificiel dans son

jeu dans le volet précédent, a dépassé cette

fois toute forme de simple parodie et donne


éellement vie à toutes ses personnalités. La

première heure de “Glass” propose une idée

de départ qui se fait la continuité logique de

cette réécriture des mythes de super-héros

: et si tout ça n’était qu’une désillusion ? Et

si notre société malade nous forçait à rêver

d’exception ? Et si l’on pouvait expliquer

scientifiquement les capacités de nos trois

protagonistes, David Dunn, The Beast, et M.

Glass ? La deuxième heure du film, riche

en twists en tout genre et bien plus directe,

risque de diviser davantage. Elle repose sur

des facilités de scénario tout en établissant

une réponse au discours pessimiste sur le

super-héros comme désillusion.

C’est le personnage de Sarah Paulson qui

construit ce discours dans le lieu quasi

unique du film, son hôpital psychiatrique.

Sa démarche est tout sauf scientifique; elle

tente de plier le monde à sa théorie plutôt que

de l’observer et d’en tirer des conclusions.

En cela, elle est l’ennemie parfaite pour le

vrai héros du film, M. Glass. Lui aussi veut

faire rentrer tout l’univers dans son moule,

celui des comics... En cela, on comprend

rapidement que si Shyamalan fait de son

film un divertissement plus conventionnel

dans sa deuxième heure, c’est parce qu’il

décide d’arrêter de parler de comic books.

A la place, il parle de lui. Un réalisateur à la

vision indéniable, qui est incapable de voir

le monde autrement qu’il le construit dans

sa filmographie. Sarah Paulson, M. Glass,

ce ne sont que des itérations de sa persona

de réalisateur. M. Glass manipule le pauvre

Kevin et ses 22 personnalités, tout comme

le réa dirige ses acteurs. Et les méchants du

film, sans trop spoiler, ce sont évidemment

les majors qui veulent aussi imposer leur

image de ce que c’est qu’un film de superhéros.

On pourra critiquer Shyamalan sur

la facilité de sa conclusion, sur la bêtise

crasse de certaine de ses péripéties et sur

ses dialogues toujours aussi mal branlés, on

ne peut pas lui retirer cet accomplissement.

Il a pondu une trilogie unique en son genre

sur le super-héros. Une trilogie donc, qui lui

ressemble.

Captain Jim

79


RÉTROSPECTIVE

80


M. NIGHT SHYAMALAN

81


82

SIXIÈME SENS (1999)


83

Premier film notoire du réalisateur, «Sixième Sens» n’a pas perdu de sa force.

20 ans après, le film, hybride, s’inscrit comme une pierre angulaire, à la fois

dans le cinéma de Shyamalan que dans le cinéma d’épouvante.

Tout le cinéma de Shyamalan réside déjà dans ce film où l’on retrouve

l’importance du twist finale, son goût pour le fantastique et l’horreur

quotidienne lié à l’intime, son attachement pour les personnages en marge

d’une société sourde et son rejet des effets grandiloquents pour mieux souligner

la force de la peur dans les petites choses. « Sixième Sens » raconte l’histoire

du jeune Cole qui aurait un « secret », il aurait le sixième sens et pourrait voir

les morts. Suivit par le Docteur Malcolm Crowe, psychiatre, tout deux vont

voir leur relation évoluer et s’articuler autour de l’écoute, de la confiance et

de la patience.

Comme beaucoup de cinéastes de son époque, Shyamalan réussi à tirer une

force des citations qu’il invoque. Ainsi on retrouve Hitchcock dans certains

plans, comme celui d’une poignée rouge, symbole de l’inaccessible et de

l’insécurité du personnage de Bruce Willis. Les apparitions paranormales

que subit le jeune Cole font échos à «The Shining» de Kubrick. Pourtant

Shyamalan, étrangement, ne fait pas dans le superflus et réussit à distiller son

propos et son histoire grâce à une réelle maitrise de la mise en scène. On

pense notamment à la scène du ‘’jeu’’ lorsque Crowe invite Cole à faire un

pas vers lui s’il réussit à lire dans ses pensées. Ici se joue un moment crucial du

film : en apportant des informations essentielles à son spectateur, Shyamalan

n’est pourtant pas paresseux et réussit, dans un habile jeu de travelling

avant et arrière, à dynamiser cette scène qui redouble alors d’émotions. La

photographie du film capture la détresse de ses personnages. Fujimoto, ayant

alors déjà à son actif des films comme «La Ballade Sauvage» de Malick, va ici

travailler avec une palette de couleur assez terne et froide pour deux raisons

principales. La première afin d‘appuyer sur cette aspect pâle et glaciale de

la vie de ses personnages cherchant à tout prix à échapper à un quotidien

morose et tourmenté. La seconde dans le but d’appuyer sur certaines touches

de couleur rempli de sens : le rouge notamment, symbole de détresse, de

danger, d’inquiétude, mais aussi d’espoir.

«Sixième Sens» est un film qui révèle un réalisateur affirmé, doué d’une

importante maitrise de son médium et qui ouvre les années 2000 avec la

promesse d’un cinéma grand public intelligent.

Baptiste Andre


84

Tous ceux qui suivent la carrière de M.

Night Shyamalan le savent : sa carrière a

connu un revirement de situation envers le

grand public et la critique après les succès du

«Sixième sens» et d’»Incassable». Beaucoup

s’accordent ainsi à établir «Signes» comme

film déterminant dans ce début de la fin

pour le réalisateur avant que «The visit»

et «Split» le ramènent sur le premier plan.

Mais pourquoi ce film en particulier ?

Graham Hess est un ancien pasteur qui

a perdu la foi à la suite du décès de sa

femme. Mais tandis qu’il s’occupe de sa

ferme en compagnie de ses enfants et

son frère, il découvre dans son champ

des agroglyphes. Serait-ce le signe d’une

présence extraterrestre ?

Avec «Signes», Shyamalan a voulu reprendre

à son compte les crop circles que l’on

trouve dans les champs pour s’attaquer à

une famille américaine en plein deuil. Une

mélancolie ambiante pèse tout au long du

récit car c’est la perte qui amène l’avancée

des personnages. Les enfants ont perdu

une mère, le héros sa femme ainsi que sa

foi tandis que son frère subsiste dans une

gloire sportive passée. Cette nostalgie et ce

besoin d’avancer étaient déjà primordiaux

dans «Sixième sens», obligeant Malcolm

Crowe à accepter sa propre mort afin

que sa femme puisse tourner la page. On

ressent également cette confrontation d’une

imagerie fantastique face à une réalité plus

désenchantée, comme dans «Incassable».

Difficile donc de ne pas déceler en

«Signes» des thématiques qui nourrissent

la filmographie de Shyamalan, dans ce qui

rend ses films doucement tragiques.

Néanmoins, on oublie souvent qu’une

noirceur sourde plane également dans ses

œuvres, donnant un sens désespéré aux

actes de ses héros. Cela se ressent dans les

retournements de situation du «Sixième

sens» (avoir suivi un personnage mort depuis

le début), «Incassable» (Elijah responsable

d’atrocités pour trouver un super-héros, le

condamnant à être un méchant), «Le Village»

ou même «Phénomènes» (rien n’expliquera

véritablement la cause de ces suicides). On

pourrait même faire un rapprochement plus

forcé entre ce dernier film (encore moins

aimé) et «Signes», de par leur climat de

paranoïa ambiante ne pouvant totalement

se justifier. Car si beaucoup se sont moqués

de la faiblesse des extraterrestres à l’eau,

combien se sont demandé si leurs attentions

étaient réellement hostiles ?

Ceux qui ont vu le ‘’Chroma’’ sur le film le

savent sans doute mais une théorie renverse

S


IGNES (2002)

la critique d’un prosélytisme religieux pour

mieux retourner une Amérique face à ses

faiblesses. Nous sommes en 2002, Bush

part dans une guerre revancharde suite

aux chutes des World Trade Center et tout

le monde a définitivement peur d’attaques

terroristes devenues plus communes mais

surtout plus médiatisées. Le film profitera

d’ailleurs de la prolifération plus aisée

d’images vidéo amateurs pour tirer une scène

efficace révélant le look des extraterrestres

(critiqué d’ailleurs pour son aspect commun,

choix pourtant délibéré de Shyamalan

voulant reprendre les témoignages de

personnes ayant vu certains ‘’visiteurs’’).

Si la foi religieuse est bien restaurée, c’est

au détriment d’immigrés victimes de leurs

apparences et auquel on ne réagit que par

la violence, violence exacerbée par des

médias belliqueux jouant de la peur des

gens pour l’inconnu pour maintenir leur

attention.

Beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît,

«Signes» profite de la revalorisation de

M. Night Shyamalan pour connaître une

nouvelle vie. Traitement justifié au vu de la

réflexion religieuse bien plus élaborée qu’il

n’y paraît tout en faisant du cinéma de son

réalisateur un reflet de ses terreurs internes

post-11 septembre.

Liam Debruel

85


LE VILLAGE (20

86

M. Night Shyamalan aura connu un

retournement assez fort du public et de la

critique. Surnommé le nouveau Spielberg

au début des années 2000, on finira par lui

coller une image d’auteur prétentieux qui

privilégie les retournements de situations à

ses histoires. Cette image sera accentuée de

manière bien caricaturale car, si ses œuvres

se terminent souvent par un ‘’twist’’, celui-ci

nourrit la narration, rendant nécessaire un

deuxième visionnage pour mieux apprécier

la richesse de l’intrigue. «Le Village» est de

ces films, décrié à sa sortie alors qu’il colle

à l’ambiance américaine ambiante.

Tandis qu’une communauté subsiste dans

la crainte des créatures habitant la forêt qui

l’entoure, une jeune femme se voit obligée

de se confronter aux peurs du village…

Attention, le reste de cet article dévoile des

éléments sur le film. Il est donc recommandé

de l’avoir vu auparavant.

Rappelons le contexte de sortie : nous

sommes en 2004, trois ans après la chute

du World Trade Center, menant à une

politique se voulant forte de Bush et une

perte de repères identitaires aux États-Unis.

En cela, Shyamalan use d’une promesse

de fantastique pour mieux offrir un miroir

sociétal aux américains. Le Village du titre

est autocentré, se forgeant ses propres

ressources et vivant dans la crainte d’attaques

de monstres vivant dans la forêt entourant

la cité. En cela, l’aspect fable se voit mis

en avant, notamment par son héroïne qui

cherche à découvrir le monde extérieur.

Cette nature de conte se voit transfigurée

par Bryce Dallas Howard, dont la beauté

diaphane aura été sublimée par le metteur en

scène. Il se dégage de son personnage une

grâce, un charme autre digne d’adaptations

des écrits des Frères Grimm. Shyamalan

reprend les codes narratifs du genre avec


04)

notamment les règles imposées par la

société, règles qui devront être transgressées

pour amener l’évolution de l’héroïne.

Sauf qu’il y a le twist. Et là où l’on nous a

vendu un film d’horreur rempli de créatures

extérieures, on fait face à leur nature factice.

Cette société médiévale est en réalité

contemporaine à la nôtre. Et là, c’est une

lecture plus précise et acerbe qui se fait de

la société américaine. On en est à un point

où certains critiques parlent de ‘’trahison du

fantastique’’. Pourtant, si le film n’a en effet

plus rien de surnaturel, il offre une nouvelle

couche dans sa narration. La supercherie

dévoilée, c’est donc une confrontation dure

face aux promesses de la promotion. Le

spectateur se trouve confronté au besoin des

dirigeants du Village de faire une expérience

sociale afin de prouver les dangers du

monde extérieur sur une communauté.

Aucune intention négative, seulement

l’envie d’éviter d’autres tragédies humaines.

Ce repli permanent a néanmoins des

conséquences, comme cela aura été prouvé

dans la politique américaine actuelle.

La tragédie est au cœur de toute société

et chercher à prévoir l’imprévisible est

superflu. La dernière partie du récit s’agence

dans ce sens : quoi qu’on fasse, qu’importe

la puissance du repli sur soi, on ne peut

échapper à la terreur qui s’immisce dans

le cœur de n’importe quel être humain.

Shyamalan filme cela avec une forme de

poésie, gérant ses tournures les plus sombres

avec une précision d’orfèvre, symbolique de

la maîtrise narrative du réalisateur appuyant

la justification du retournement narratif. Il

serait dommageable néanmoins de passer

sous silence la photographie subtile de Roger

Deakins, la musique puissante de James

Newton Howard et un casting impeccable.

Si «Le Village» aura été un des films

marquant la fracture entre Shyamalan et son

public, c’est sans doute pour son rapport

déplaisant avec une situation politique

tendue dans une Amérique aux blessures

pas encore cicatrisées. Le film marque

pourtant un sommet dans la carrière du

réalisateur, par sa maîtrise absolue dans

tous ses domaines et son final, sans doute

l’un des retournements les mieux gérés du

septième art par l’approfondissement qu’il

amène et son côté amer, annonçant la fin

d’une jeunesse obligée de sacrifier son

innocence pour ce qui passe comme le

bien-être de sa société. Au vu de la situation

politique causée par Donald Trump, on

peut néanmoins constater (et regretter)

l’intemporalité du récit.

Liam Debruel

87


PHÉNOMÈN

88

Nous l’avons répété à maintes reprises :

M. Night Shyamalan aura connu un

retournement de veste général avec à la clé

les moqueries de nombreuses personnes,

critiques amateurs ou professionnelles. On

pense à l’influent Nostalgia Critic, passé

maître en la matière de se moquer de ses

longs-métrages les plus décriés (on parle

quand même d’une personne qui décrit

Peyton Reed comme ‘’auteur’’ sur ‘’Ant-

Man’’, mais soit…). Mais à qui peut-on

reprocher cette virulence ? Au public ? Aux

critiques (cf «La jeune fille de l’eau», où

l’un meurt sauvagement) ? À Shyamalan

lui-même ? Un peu à tous sans doute. Les

explications du désaccord financier et

critique se trouvent néanmoins au cœur de

«Phénomènes».

Quand une vague de suicides irrationnels

envahit les États-Unis, un professeur et ses

proches tentent de survivre coûte que coûte.

En voilà un film qui s’est bien fait ratiboiser

par tout le monde, Mark Wahlberg compris !

Pourtant, à l’opposé d’un «Bird Box» au

récit bien proche, le film de Shyamalan

s’avère plus intéressant qu’il n’y paraît.

Beaucoup se sont moqués d’une direction

d’acteurs aux fraises et d’une révélation

déclarée comme stupide et mal amenée,

mais ont-ils pris en compte certains points

plus discrets mais essentiels d’une histoire

noyée sous une paranoïa ambiante ? En

effet, comme «Signes» et «Le village» avant

lui, «Phénomènes» peut être interprété par

le biais de la crise de confiance américaine

post-11 septembre. On pourrait même

parler de véritable trilogie sur la peur

américaine et la manière dont elle amène à

une autodestruction individuelle et sociétale

tout en abordant la notion de vide avec

intérêt.

Qu’est-ce qui pousse les gens à se suicider ?


ES (2008)

La plupart des personnes ont pris comme

argent comptant un personnage déclarant

que cela venait des plantes, mais est-ce que

cette confiance est réellement justifiée ?

Comme toujours chez Shyamalan, les

apparences sont trompeuses et il faut creuser

un peu plus pour découvrir… absolument

aucune explication. Si certains trouveront

cela décevant, le traitement est passionnant.

N’y a-t-il rien de plus terrifiant que

l’incertitude, le vide et l’absence de raisons

logiques ? Le manque de réponses amène

encore plus à une dégradation de la société et

de ceux qui la composent. On nous présente

ainsi dès l’introduction un comportement à

la régulation trop «parfaite» (deux femmes

lisant le même livre au même rythme) pour

complètement retourner cette situation.

Tout se dérègle au point que les individus ne

peuvent même plus agir de manière normale

et se comportent avec une forte crainte pour

les autres qu’une folie interne semblant les

consumer à petit feu.

Injustement moqué, «Phénomènes»

mériterait un regain d’intérêt. Bien qu’il soit

largement perfectible, le film de Shyamalan

arrive à mieux traiter la crainte de l’invisible

que d’autres celle de ce qui est visible.

Une menace grondant aveuglément sera

toujours plus terrifiante car elle ne pourra

jamais totalement se mesurer et être

estimée. Shyamalan l’a bien compris et en a

tiré un film à débat parmi les scénaristes qui

tenteraient de quantifier le niveau de terreur

que peut provoquer le vide. Bref, ce n’est

pas le meilleur film de son réalisateur mais

il est bien loin d’être honteux, n’en déplaise

à ceux qui aiment critiquer sans analyser…

Liam Debruel

89


90

RÉTROSPECTIVE


ROBERT ZEMECKIS91


92

I WANNA HOLD YOUR HAND (1978)

Sorti en 1978, ce film n’est pas vraiment une œuvre de Zemeckis. Bien sûr, il l’a co-écrit

et réalisé, mais lui-même n’est pas encore sûr de quel réalisateur il souhaite devenir.

Il faut donc penser ce premier long métrage comme un moment d’expérimentation,

des balbutiements de langage cinéma qui vont construire la technique de Zemeckis,

avant même de nous donner à voir ses passions.

«I Wanna Hold Your Hand» est, vous l’aurez compris grâce au titre, un film sur les

Beatles. Ou plus précisement sur la Beatlemania, c’est-à-dire sur les fans des Beatles.

L’action se passe à New York, devant l’hôtel où les Fab Four sont censés être avant

d’aller jouer sur le plateau du Ed Sullivan Show. Toute l’histoire peut être résumée à

ceci : des adolescents tentent de voir les Beatles. Des considérations bien minimes

mais qui à leurs yeux représentent tout l’univers, ce qui veut dire qu’on reconnaît

déjà une thématique qui deviendra chère à Zemeckis : accomplir l’exceptionnel.

Tout ce qui fait la richesse et la qualité du film, c’est qu’il a su se construire autour

de sa contrainte majeure : il lui est impossible de montrer les Beatles. Zemeckis

joue donc avec le cadre pour suggérer sans cesse et comprend déjà l’importance

capitale de savoir placer sa caméra, et la déplacer pour créer de l’émotion. C’est

un film mineur, relativement inoffensif, et pourtant il pose des bases essentielles

à la filmographie d’un des plus grands cinéastes américains de son époque. Pour

bien des raisons, «I Wanna Hold Your Hand» est encore mal connu de nos jours. Il

a pourtant été remasterisé récemment, ce serait donc une bonne occasion de se le

procurer et de découvrir un petit film très intéressant et très amusant.

Captain Jim


QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? (1988)

Le film vient de fêter ses 30 ans l’année dernière et n’a pourtant rien perdu de sa superbe.

En 1988, Robert Zemeckis est un des rares réalisateurs hollywoodiens qui s’affirme comme

un véritable auteur. Trois ans après «Retour vers le futur», Bob Zemeckis sort enfin un

projet qui l’attirait déjà en 1982 mais Disney choisissait alors de le mettre à l’écart. Pour un

film avec la genèse et les difficultés de production qu’il a eu, «Qui veut la peau de Roger

Rabbit ?» brille d’ingéniosité et devient dès lors un tournant dans l’histoire de l’animation

au cinéma.

Los Angeles. 1947. Eddie Valliant, détective privé, se voit confier l’enquête suivante :

surveiller la vedette d’un studio cinéma qui semble entretenir une liaison avec un certain

Mr. Acme. Liaison qui peut ternir l’image du studio et bouleverser le mari de ladite vedette,

Roger Rabbit. Jusque là le film sonne comme beaucoup de Film Noir sortie autour des

années 40-50, à cela près que l’univers dans lequel évolue nos personnages est partagé

entre humains et Toons, des personnages issus des cartoons.

Là où Zemeckis réussi un pari que peu peuvent se pavaner d’avoir remporté c’est qu’avec

l’aide de Richard Williams (à la supervision de l’animation), il réussit à rendre plausible

cet univers mêlant prise de vue réelle et animation. Véritable tour de force, le scénario lie

habilement les enjeux de ce monde tout en créant un grand moment de divertissement et

de cinéma. Offrant ainsi des personnages emblématiques comme Roger Rabbit, ce lapin

surexcité qui ne vit que par et pour le rire, Jessica Rabbit, sulfureuse pin-up volant la vedette

à Betty Boop, ou encore Eddie Valliant, détective bourru merveilleusement interprété par

Bob Hoskins. Hommage à la fois à l’âge d’or des cartoons américains (la scène d’ouverture

en témoigne) et aux films noirs, Zemeckis réussit avec «Qui veut la peau de Roger Rabbit

?» à rendre des images animées chaleureuses au cœur même d’un film teinté d’une réelle

noirceur. Beaucoup d’enfants des années 90 seront ainsi traumatisés par la scène finale du

Juge DeMort.

Outre les bons moments que nous propose le film, ce qui le place véritablement sur un

piédestal ce sont toutes les heures de travail qu’il aura bénéficié, toute cette équipe engagée

à faire un film qui leur plaisait, les inventions et avancées technologiques qui le rendent

intemporel. Roger Ebert dira à la sortie du film que ce que l’on ressent quand on voit un

film comme celui-ci n’est pas de l’appréciation. C’est de la gratitude.

Baptiste Andre

93


RETOUR VERS LE

94

Quand une première œuvre a fonctionné,

quel que soit son domaine, on envisage très

rapidement une suite afin de surfer sur sa

popularité. Le cinéma n’est pas exempt de

ce modèle économique, de grands films

ayant connu des suites tantôt mauvaises

(«Le fils du Mask», «Les Bronzés 3»), tantôt

bonnes («Ocean’s Twelve») et parfois même

supérieures («The Dark Knight»). Pressé

de livrer une copie de «Retour vers le

futur», Robert Zemeckis livrera exactement

ce qu’on lui a demandé… ainsi qu’un

exercice de style qui marquera le cinéma de

divertissement.

Cet épisode deux se collera directement

à la fin du premier volet, obligeant à

retourner complètement la séquence afin

de remplacer l’actrice jouant Jessica, la

copine de Marty. Le sort qui lui sera réservé

reste révélateur de l’aspect satirique et non

réfléchi de cette fin originale, critiquant

une forme de capitalisme qui aura touché

la famille McFly. Cette même fin conduira

indirectement à un autre choix narratif, la

mort du père de Marty, suite au désistement

de Crispin Glover. Cette absence marquera

ainsi la narration de manière durable, Marty

devant sauver à nouveau un père de sa

propre volonté cupide. Cet arrière-plan reste

passionnant par ce qu’il prolonge au fur et à

mesure de la trilogie sur les pères, spirituels

ou non, et leur influence sur notre héros.

Le long-métrage captive aussi par sa

manière de réécrire le premier volet et aller

jusqu’au bout de ses paradoxes temporels.

Le film joue de son statut de suite pour se

réapproprier narrativement l’opus original,

tout en constituant un véritable défi

technique dans certaines séquences. C’est

ainsi que les remarquables maquillages

originaux laissent place à des interactions


FUTUR (1989)

entre des personnages incarnés par le même

acteur, que ce soit la famille du Marty du

futur ou la rencontre entre le Doc et son

lui du passé. La technologie reste, comme

toujours chez Zemeckis, inscrite dans la

volonté de raconter une bonne histoire et

passe avec une telle fluidité que, tel un

bon magicien, on se rend compte du tour

seulement après qu’il ait été effectué.

Le film est également marqué par son statut

d’épisode central d’une trilogie. Le troisième

épisode, pur western à réévaluer, devait

ainsi constituer le climax de cette suite

avant d’être finalement prolongé en film à

part entière pour des raisons financières.

Néanmoins, sa manière d’être annoncé en

avance reste intéressante, surtout à une

époque où divers blockbusters, fonctionnant

avec une construction de séries, sont

plus proches de bandes annonces pour le

film suivant qu’une œuvre à part entière.

Les indices disséminés ci et là sont assez

discrets pour la personne n’ayant toujours

pas vu ce deuxième « Retour vers le futur »

(y en a-t-il encore ?) pour ne pas gâcher la

séance tandis qu’ils feront sourire le fan un

peu plus connaisseur, sans réduire à néant

la place particulière de ce deuxième volet.

Toujours porté par la mise en scène aussi

passionnée que passionnante de Zemeckis,

«Retour vers le futur 2 « est un exemple

concret de suite parfaite, osant jouer de

son statut pour se sortir de la case de pur

produit financier dans laquelle on cherchait

à l’enfermer. C’est un divertissement de

grande qualité qui ne vieillit que par sa

représentation de 2015, malheureusement

pour ceux qui espéraient se promener tous

les jours en hoverboard…

Liam Debruel

95


THE WALK (2015

96

Si on rattache Robert Zemeckis à tout un pan

de classiques de la pop culture, on oublie

facilement que ses films les plus récents ont

tout autant de puissance cinématographique.

Preuve en est avec «The Walk».

1974. Philippe Petit, funambule français, va

tenter de traverser sur un fil les deux tours

du World Trade Center peu de temps avant

leur inauguration.

La performance technique a toujours été au

cœur du cinéma de Zemeckis, comme un

enfant qui pose des questions à l’apparence

invraisemblable. Comment transformer

Tom Hanks en six personnages différents ?

Comment faire interagir un acteur avec luimême

? Comment filmer à travers un miroir

pour questionner le rapport sans doute

faussé au père ? Comment permettre à Tom

Hanks de rencontrer Nixon et Lennon ?

Ces interrogations sont ainsi autant de

promesses technologiques qui ont surtout

été riches de manière narrative. Ici, si les

effets semblent plus discrets, ils sont tout

autant essentiels pour l’histoire qui va être

narrée. Car ici, Zemeckis aborde par le

biais du merveilleux le deuil envers l’une

des tragédies ayant marqué l’histoire des

États-Unis, le tout dissimulé dans un film de

braquage romanesque.

Certains tiquent sur l’aspect carte postale

dans la représentation de la France. Cette

innocence de prime abord dissimule

pourtant un œil neuf sur l’Amérique, son

fonctionnement et ses ambitions culturelles.

Le regard étranger de Petit cherche à amener

quelque chose d’extérieur aux États-Unis,

afin d’aborder l’un de ses pans historiques

de manière cachée. Pas de critique frontale

ici mais quelque chose de plus subtil, tel le

final parodique (et mécompris) de «Retour

vers le futur». La discrétion est encore de

mise, le merveilleux et le questionnement

nous prenant à revers par la suite.

Le film fut ainsi un défi technique pour les

responsables des effets spéciaux, notamment

par la longueur des plans de Zemeckis. Là

où des trucages moins bons peuvent passer

inaperçus lors de séquences sur-découpées,


)

une réalisation aussi lisible qu’ici impose

un travail de qualité permanent, notamment

dans la reconstruction de décors d’époque

hyper détaillés, notamment en arrière-plan

du climax. Ce dernier, tout aussi numérique

que la plupart des blockbusters actuels, a

été le fruit d’une méticulosité de la part des

responsables techniques, censé privilégier

un rapport au réel permanent dans cette

reconstruction historique d’un événement

non filmé. Car, point important, si l’on a de

la traversée de Philippe Petit des images,

on n’en a aucune vidéo suite à une caméra

défectueuse.

Le film prend dès lors la tournure d’une

allusion artistique par rapport à la recréation

d’une réalité sur grand écran. Là où un

«Bohemian Rhapsody» cherchait à faire un

copier-coller du concert Live Aid pour les

spectateurs n’ayant pas pu le vivre, «The

Walk» semble s’interroger sur la légitimité

de son action et l’on pourrait voir en Petit

une personnification de Zemeckis. Lui qui a

été un pionnier de la performance capture,

il fonce droit vers l’inconnu, malgré les

accidents de dernière minute qui confèrent

plus de force à son acte encore. Mais au

fond, pourquoi agissent-ils ainsi, prêts à

ruiner leur carrière, l’un par les dangers de

la traversée, l’autre par l’incertitude d’un

box-office prompt à féliciter tout produit

commercial bien vendu plutôt que les

propositions différentes ? Pour donner vie à

l’immatériel.

Et là, on touche à la grâce de «The Walk» :

en offrant une vision de cette traversée

majestueuse entre les World Trade Center,

Zemeckis cherche à aider les américains à

se les réapproprier. Rattachés à jamais aux

avions ayant foncé dessus le 11 septembre

2001, les tours ne sont désormais plus que

des souvenirs, des traumas béants dans le

patrimoine américain. En rejouant cette

déclaration d’amour, le réalisateur de «Forrest

Gump» fait de même, offrant aux tours

jumelles une valeur cinématographique et

cherche à les transcender autrement que par

la terreur. En cela, la fin douce-amère du film

joue à une reconstruction psychologique

par rapport à un acte terroriste toujours

aussi ancré aux États-Unis. Cette marche

est donc également une main tendue vers

un chemin de rédemption, d’avancée vers

l’acceptation de l’acte et une possibilité de

tourner la page. L’échec financier du film

n’en est que plus dommageable, évitant le

bellicisme propre aux attentats pour aborder

une forme de victoire sur la crainte amenée

par le terrorisme.

Et pourtant, «The Walk», derrière son

apparente simplicité, reste un long-métrage

remarquable à bien des niveaux et fonctionne

toujours autant, même sans vivre sur grand

écran les frissons du vertige. Car si l’abîme

est bien sous nos pas, le craindre ne conduit

qu’à une impossibilité de vivre, tel un deuil

permanent dont on ne sait se relever…

Liam Debruel

97


ALLIÉS

98

S’il est une preuve de l’injuste traitement

accordé aux films plus récents de Robert

Zemeckis, ce sont bien les retours frileux

reçus par «Alliés», sorti en 2016. Sur le

papier, tout devrait conduire à une réussite

financière : un réalisateur culte, deux des

acteurs les plus glamours et bankables

actuellement (Brad Pitt et Marion Cotillard),

le tout sur fond de thriller romantique tel

qu’Hitchcock aurait adoré mettre en scène.

Au final, un four au box-office (120 millions

de recettes pour un budget de 85, sans

frais marketing) et une critique mitigée. Et

pourtant, Zemeckis y livre comme toujours

du divertissement de qualité à la profondeur

narrative exemplaire.

Forcés de collaborer pour éliminer un

membre éminent du régime nazi, une

espionne française et son homologue

canadien tombent amoureux. Mais est-elle

vraiment la personne qu’elle prétend ?

Tout est ici question de faux semblants,

un jeu d’apparence qui passe d’abord par

la gestion des acteurs. Leur esthétisation

rappelle un cinéma d’antan, où les interprètes

semblaient éternellement figés sur pellicule.

Zemeckis arrive à rappeler cette sensation

tout en donnant corps à ses héros. Il semble

ainsi que jamais Brad Pitt et Marion Cotillard

n’ont été autant sublimés par la caméra

auparavant. Leurs sentiments se voient

exacerbés par sa mise en scène, que ce soit

une scène de sexe durant une tempête de

sable portée par des traveling circulaires au

plus proche des corps transformant le tout en

sommet de sensualité ou un accouchement

qui se fait sous les bombes, les explosions

poussant à affirmer son identité.

L’identité est d’ailleurs le cœur central

du récit au vu de la situation. Au vu de la

paranoïa ambiante, comment peut-on être

soi-même ? Ce questionnement sur un faux


99

(2016)

semblant permanent plairait à un Brian de

Palma, et par extension à Alfred Hitchcock,

dont l’aspect identitaire était central à ses

productions (notamment au quotidien, dans

le parfait «Fenêtre sur cour»). La tension

apparente de la situation pousse chacun

à mesurer le moindre de ses gestes, le

moindre de ses mots. On pourrait en cela

voir dans ce film une allégorie du métier

d’acteur, dont la maîtrise permanente et

millimétrée de ses mouvements est souvent

d’une discrétion telle qu’elle n’en est que

plus efficace. La symbolique du miroir rentre

également dans cette analyse tant l’objet

est omniprésent. SPOILERS C’est d’ailleurs

lorsque les personnages peuvent s’aimer à

Londres que l’on représente des morceaux

de verre brisé, annonciateurs des malheurs

à venir… FIN DES SPOILERS.

«Alliés» est donc une réussite aussi

remarquable que son échec est injuste.

Zemeckis y livre un pur film rétro à la tension

permanente et au casting impeccable, le

tout avec la même virtuosité visuelle qui en

fait un réalisateur essentiel, même avec ses

derniers titres mal-aimés par le box-office.

Il n’est pourtant pas interdit de voir dans ce

récit d’espionnage, entre «Casablanca» et

Hitchcock, un grand film tel qu’Hollywood

a du mal à en créer actuellement. Ou quand

la romance tourmentée marque durablement

la pellicule, à défaut d’un public aux goûts

assez variables…

Liam Debruel


100

La tribune de Li

Le cinéma d’ani


am :

mation

ma vie de courgette (2016)

101


Il existe des préjugés qui irritent à chaque fois

qu’ils sont déclamés avec une nonchalance

tentant de faire passer ces propos pour des

vérités irréfutables. Cela est d’autant plus

vrai dans le domaine de la culture : certaines

personnes, spécialistes ou amateurs,

réagissent avec dédain et prétention par

rapport à des créations avec une absence

de remise en question intellectuelle. Parmi

ces remarques désobligeantes, l’une des

plus énervantes et stupides concerne le

cinéma d’animation et son statut dans

la production. Ces réflexions peuvent se

résumer en ‘’c’est pour les gamins de toute

façon donc c’est nul’’. Au vu du traitement

accordé par certains pour «Spider-Man :

New Generation» alors que le film a sans

doute plus appréhendé le genre aussi bien

dans sa forme que dans son fond que tout

le MCU réuni, il est temps de défendre (ou

du moins tenter humblement) le cinéma

d’animation.

L’animation pour adultes.

102

Apparemment, ceux qui aiment insulter le

cinéma d’animation en le réduisant à de

la production infantile a la mémoire assez

courte. Pourtant, le ‘’scandale’’ «Sausage

Party» a bien fait parler de lui, aussi bien

dans les médias traditionnels que les réseaux

sociaux. L’auteur de ces lignes se rappelle

personnellement d’une mère de famille

se plaignant d’avoir emmené sa fille de 4

ans voir ce film tout en traitant Disney de

‘’connard pervers’’ (soupir…). Le film, suivant

des produits de supermarché confrontés

à leur mort prochaine par consommation

humaine, avait choqué certains par la

crudité de son langage et une orgie finale,

qui a dû provoquer bien des rires dans les

cours de récré. Pourtant, le problème ne

venait pas du film (plus intelligent qu’il n’y

paraît avec son interrogation sur notre statut

à la religion) mais de la consommation

d’adultes qui ont cru bon d’emmener des

enfants voir ce film (ou le télécharger) car

(ça c’est probablement la tête des parents

devant le film)

‘’c’est de l’animation’’. Une telle forme

systématique de consommation sans

réflexion n’a malheureusement pas eu droit

à un débat plus fourni dans des médias plus

reconnus alors qu’il serait essentiel, surtout

par rapport à la manière dont nous allons

dans les salles ou choisissons les films que

nous allons regarder.

Un bref coup d’œil à l’histoire du cinéma

rappelle que l’animation peut toucher

un public plus averti. On se souvient de

grands noms japonais tels qu’»Akira» ou

«Ghost in the shell», tous deux développant

une imagerie futuriste à la violence non

dissimulée. Aux États-Unis, des séries

comme «American Dad», «Family guy»,

«South Park» ou «Queer duck» marquent par

un humour à la vulgarité assumée. Même

les films d’animation Disney, parangons de


vertu pour certains, regorgent de moments

qui choqueraient certains parents affiliés à

l’association ‘’Promouvoir’’ ou cherchant

absolument à aseptiser toute production qui

ne leur conviendrait pas. Souvenons-nous

de «Blanche-Neige» et sa course effrénée

dans une forêt aussi accueillante qu’un

membre de Rassemblement National (et qui

fait toujours son effet dans l’attraction de

Disneyland, non, ce n’est pas du vécu). Ou

encore la mort de Clayton dans «Tarzan»,

avec l’ombre de son corps se reflétant devant

un Tarzan désemparé. Autre exemple avec

«Roger Rabbit», aux connotations sexuelles

appuyées et son méchant au rire pouvant

traumatiser n’importe quel enfant (non, ce

n’est toujours pas du vécu…). La plupart des

grands films d’animation (ou en comportant)

arrivent à jouer sur toutes les émotions pour

ne s’aliéner aucun public.

Le cinéma d’animation est

un format, non un genre

À une époque où les blockbusters se

rapprochent de plus en plus de l’animation

avec leurs nombreux effets numériques,

pourquoi garder un œil hautain sur le

genre ? Car le voir de cette manière est une

erreur, tout simplement. Si certains metteurs

en scène se servent du dessin animé, de

la stop-motion ou autre animation en

3D, c’est car c’est le meilleur format à

leurs yeux pour raconter leurs histoires.

Prenons «Anomalisa» : Charlie Kaufman

et Duke Johnson profitent du format pour

traiter le syndrome de Fregoli (un trouble

psychologique qui pousse la personne

atteinte à suspecter de voir un autre individu

dans d’autres personnes de son entourage)

par le biais de figurines aux visages presque

tous similaires. Ils profitent même de

l’imperfection de la technique pour tirer

une scène de cauchemar marquante tout

en appuyant la souffrance du personnage

anomalisa (2016)

principal. Prenons plusieurs titres au hasard

pour souligner la multitude de propositions

artistiques en animation : le film superhéroïque

(«Les Indestructibles», «Spider-

Man New Generation»), contes (la plupart

des Disney), comique («Kuzco»), action

(«Resident Evil»), horreur («Blood the last

vampire»), aventure initiatique («Kubo et

l’armure magique»), steampunk («Avril et le

monde caché»), science-fiction («Paprika»),

drame («Perfect Blue»), … La liste s’allonge

encore et encore.

On oublie d’ailleurs l’importance

de l’animation dans les débuts de la

représentation cinématographique. Nous

sommes ainsi passés par le théâtre d’ombre,

auquel tente de se raccrocher le conte des

trois frères dans la première partie d’»Harry

Potter et les reliques de la mort». Venu de

103


harry potter et les reliques de la mort - Partie 1 (2010)

104

Chine et d’Indonésie, cet art de la projection

de figures sur un écran pour raconter des

histoires s’apparente à de l’animation dans

sa manière d’utiliser des figurines. Les

lanternes magiques rentrent dans la même

catégorie au vu de l’utilisation d’images

dessinées dans leur utilisation. Les cartoons

diffusés dans les cinémas avant l’apparition

de la télévision n’hésitaient pas à montrer

leurs sous un jour grivois dans leurs gags.

L’animation, pas un art ?

On peut dès lors s’interroger : comment peuton

cloîtrer le cinéma d’animation comme

un genre et non pas comme une technique ?

Nous pourrions y voir une forme d’irrespect

dissimulé envers les artistes qui s’échinent

à donner vie à leurs personnages. Pourtant,

qu’importe la technique utilisée, chacune

requiert autant de travail, d’acharnement

et de passion pour arriver à son but. Même

un désastre dans tous les domaines comme

«Foodfight» a pu compter sur des personnes

pour au moins terminer cette abomination.

Mais toutes les featurettes, tous les ateliers

d’apprentissage et toutes les interviews de

professionnels dans le domaine ne suffisent

pas à changer l’opinion des gens sur le

sujet. En jetant un œil aux Oscars (bien

que la cérémonie provoque de plus en plus

de réactions négatives), on constate que le

cinéma d’animation est toujours cloîtré dans

un domaine unique, et ce depuis que «La

Belle et la Bête» eut l’audace d’être nominé

en tant que meilleur film en 1992.

En refermant l’animation à un domaine,

on lui nie son art. Séparerait-on un film en

noir et blanc d’un film en couleurs car leur


105

aspect est différent ? Refuserait-on un prix

à un long-métrage muet car son concurrent

est sonore ? La nature protéiforme de l’art

devrait être célébrée et non pas divisée en

catégories que l’on pourrait qualifier de

discriminantes. Cela rentre dans une logique

où le cinéma (voire la culture en général) est

désapproprié par sa nature économique.

Comment vendre une œuvre au public qui

irait le consommer ? Comment peut-on

pousser des gens de tous les jours à voir

son film et pas celui de la concurrence ? Le

marketing a un impact destructeur dans ce

qu’il oblige à expliquer à un large public

composé donc de personnalités hétéroclites

pourquoi son long-métrage doit être vu, au

risque de se mettre à dos des personnes qui

auraient pu être intéressées si on leur en

avait parlé différemment. Il est dès lors plus

aisé de vendre des produits marketables que

des œuvres d’art. Regardons les résultats

stagnants au box-office des films des studios

Laika («Coraline», «Paranorman», «Les

Boxtrolls», «Kubo»). Évidemment qu’un film

traitant de la puissance de l’art par rapport

à un bellicisme primaire est plus difficile

à promouvoir que des Minions devenus

rapidement objets marketings plombants.

Pourtant, en soulignant l’aspect aventure

et le côté merveilleux du visuel, peut-être

que «Kubo et l’armure magique» aurait pu

survivre plus longtemps financièrement.

kubo et l’armure magique (2016)

Les enfants, un public

délaissé.

Et là, on touche à un autre point sensible

dans notre questionnement de départ : si

la remarque d’origine dénigre le cinéma

d’animation, elle dénigre également le

public plus jeune. Si on avait plus de

respect pour les enfants, on ne cautionnerait

jamais un tel étron aussi creux, débile et

irrespectueux que «Les nouvelles aventures

d’Aladin», vendu comme un film ‘’pour


106

toute la famille’’. Il est en effet si évident que voir Kev Adams se foutre une

flûte dans le cul était quelque chose que tout le monde souhaiterait voir sur

grand écran (non). Il faudrait pourtant plus d’intelligence dans la manière

d’appréhender le cinéma pour enfants et non cautionner des produits aussi

dangereux cautionnant l’homophobie et réussissant à être racistes envers à peu

près n’importe qui, y compris votre cerveau. On l’oublie régulièrement mais

si nous sommes passés par les mythes et les récits d’antan, c’est car ceux-ci

servent d’apprentissage et de ciment pour notre construction sociale, comme

la pop culture le fait aujourd’hui. Par la narration (cinématographique ou

autre), nous pouvons jeter un œil différent à notre société ainsi qu’aux autres et

à nous-mêmes. Le cinéma pour enfants peut donc avoir une place essentielle

pour le jeune public, si tant est qu’on lui accorde assez d’importance et qu’on

délaisse l’envie de se faire de l’argent en vendant n’importe quoi, au pire de

propager des messages dangereux dans les merdes distribuées.

En résumé, quand vous dites que ‘’le cinéma

d’animation, c’est pour les gamins’’, vous

ne faites que vous donner une image de

personne irrespectueuse à la bêtise aussi

élevée que l’intolérance. En une phrase,

vous insultez :

- le cinéma d’animation et ses professionnels,

souvent vus avec dédain alors que leur

manière d’aborder le septième art devrait

être célébrée par leur quête régulière d’offrir

quelque chose de neuf dans leur art ;

- le public familial et populaire, qui aura

vu cette dernière dénomination devenir un

mot craché de manière acerbe par certains

connards arrogants alors qu’il devrait

rappeler la volonté noble de toucher le plus

de spectateurs possibles avec qualité ;

- le cinéma en lui-même. Le septième art

est fruit de nombreux conflits, de nombreux

débats souvent peu constructifs exacerbés

par les connaissances diverses en la matière.

Tandis que certains peuvent se permettre

par le format vidéo ou écrit d’insulter les

créateurs et leurs adeptes avec la maturité de

Cyril Hanouna, dire cette phrase rentre dans

le même niveau d’intelligence, d’absence

critique et de respect pour qui que ce soit.

Alors, comme toujours devant une œuvre,

qu’importe son domaine culturel, essayez

d’agir avec bienveillance et réflexion plutôt

qu’avec arrogance et prétention. Le cinéma,

par sa pluralité aussi bien formelle que

narrative, devrait être célébré, surtout quand

des esprits créatifs tentent de repousser les

limites, de divertir mais aussi d’émouvoir,

tout en étant respectueux pour son public.

En réfutant ce droit de créer au cinéma

d’animation, on ne fait que participer au

dénigrement régulier de ce format tout en

interdisant toute forme de débat constructif

et lucide sur le septième art en général. Bref,

ne soyez pas idiots et arrêtez de traiter les

films d’animation comme une personne

hautaine qui cherche à cacher par son ton

son manque de connaissance et de respect.

C’est un art qui, comme toute forme d’art,

cherche à être aimé. Alors pourquoi ne pas

aimer avec considération plutôt que de

vouloir à tout prix casser ?

Liam Debruel


107


108

L’instant


séries

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Twin Peaks : The Return

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Près d’un an et demi après la sortie de

«Twin Peaks : The Return», nos cerveaux

sont toujours chamboulés. Les scènes se

bousculent dans nos têtes sans ordre ni

logique. Des flash-backs nous envahissent,

nous émeut. Des plans, des chansons, des

thématiques restent; l’espace est disloqué,

condensé, éclatée. Lorsqu’on visionne

«Twin Peaks», on atteint un point de nonretour

: on ne peut pas plus prétendre ne

pas avoir vu : David Lynch nous remet face

à nos responsabilités de la plus belle façon.

Il est impossible de décrypter les nombreux

messages subliminaux de Lynch; il est juste

question de voir, de vivre et de se souvenir...

Audrey’s Dance

Cette danse est un rêve inespéré. Enfermée

dans un champs contre-champs depuis

plusieurs épisodes, Audrey Horne est enfin

de retour sur le devant de la scène, au sens

littéral du terme.

Apres plusieurs épisodes passés à se disputer,

Audrey et son mari arrivent enfin au Bang

Bang Bar où ils espèrent trouver un certain

Billy.

Au lieu de ça, une annonce : Audrey’s dance.

Les gens s’écartent , la musique commence

; il se passe quelque chose dans le regard

d’Audrey, elle s’avance, commence à danser.

Hypnotisé, comme nous l’étions devant

sa danse dans la saison 1, nous regardons

Audrey Horne danser sur son jazz enivrant;

thème qui se rapproche de la «Dance of the

dream man» du Nain de la Black Lodge.

Les interprétations varient mais il semble

probable que David Lynch ‘’fabrique’’ cette

scène, non pour faire écho au Twin Peaks 1

mais bien pour montrer que tout a changé

depuis... Le personnage évidemment, mais

surtout le monde qui nous entoure et cette


société ; il est évident au fil des épisodes

que David Lynch porte un regard critique

sur notre monde : et le plus malheureux,

c’est que «Twin Peaks» fasse partie de ce

monde...Il y a milles et une façon d’expliquer

la bagarre qui vient mettre fin à ce doux

rêve et ce ‘’What ?’’ à la fin de la scène

mais la vérité est qu’encore une fois, David

Lynch se joue de nous en nous négligeant le

retour d’Audrey, provoquant au passage de

l’amertume et un goût de trop-peu, procédé

qu’utilise Lynch de nombreuses fois dans ce

retour... Mais qu’importe le reste tant qu’on

a cette danse..?

The End...

Qu’on le voulait ou non, la fin du retour de

«Twin Peaks» début septembre pointait le

bon de son nez...

Comment David Lynch allait-il clore ses 18

heures de rêve ? Après un épisode 17 qui

offrait une fin belle et tragique avec cette

reprise du mythe d’Orphée, arrive l’épisode

18 qui se vaut comme le Fire Walk With

Me du «Twin Peaks» original. Totalement à

part...

Il fallait s’y attendre, la fin ne serait

certainement pas celle qu’on espérait tout

au long du retour, David Lynch n’a pas

cessé de nous faire tourner en bourrique,

nous donnant un bout de nostalgie pour

finalement nous l’arracher aussi vite... La

fin n’y échappe pas... Dans on-ne-sait-quel

espace-temps, Dale ‘’Richard’’ Cooper et

une certaine Carie Page, sosie de Laura

Palmer, retournent à Twin Peaks devant la

maison de Laura... What Year is this ? On

ne sait effectivement pas quand tout cela se

passe puisque les habitants de la maison ne

sont pas les Palmer et ne connaissent pas ce

nom...

111


112

Incompréhension... puis soudain tout

revient à la figure de ‘’Carie Laura Page

Palmer’’ qui, suite à violent déclic et face à

tant de violence, hurle jusqu’à en provoquer

un choc électrique... Un cri... la fin.

Qu’est ce que tout cela veut dire ? Judy

les a retrouvés dans une autre dimension

? Les deux personnages se retrouvent-ils à

nouveau dans la Black Lodge au moyen des

poteaux électrique ?

Cette fin est violente. Comme à la fin de la

saison 2, le mal gagne : Le dopelganger de

Cooper s’est échappé de la Black Lodge;

cette fois, Judy retrouve Laura Palmer. La

fin fait finalement sens, Laura, fille de deux

figures maléfiques, enfant du bien et de mal,

hurle face à toute cette violence, qu’on voit

dans la série ou pas... David Lynch ne peut

se résoudre à quitter Twin Peaks et encore

moins Laura Palmer qui est au centre de tout;

il le prouve encore avec cette fin… Tous les

maux du monde peuvent avoir surgit en ses

yeux au moment ou Laura entend les cris

désespérés de sa mère...

Comme toujours avec David Lynch, il faut

voir cette fin, non pas comme une fin en

soi, mais comme un signal d’alerte : il faut

recommencer.

Même si cela semble inespéré, voire

impossible, on espère de tout coeur une

saison 4; le mal ne peut plus vaincre comme

il le fait dans les deux «Twin Peaks»; mais

là encore, tout est fait pour qu’on imagine

nous-même cette saison 4 si jamais Lynch

vint à quitter définitivement ce monde qu’il

aime tant...

Raphael Dutemple


113

No Stars

Un clair de lune. La devanture du ‘’Bang Bang Bar’’,

anciennement ‘‘The Roadhouse’’. Une dame se tient

là, prête à chanter, vêtue d’une robe noir aux stries

noirs et blancs. Une guitare, un synthé et une batterie

suffisent pour accompagner la voix de Rebekah Del

Rio vers un ‘’endroit où tout à commencer’’.

Nous sommes à la fin de l’épisode 10 et David

Lynch nous alors habitué à voir un épisode se

terminer par une performance d’artistes filmé avec

élégance et humilité, laissant place à la musique

et à l’atmosphère. Or, avec Rebekah Del Rio c’est

une tout autre relation que le spectateur peut tisser.

Beaucoup se remémore alors la scène du Club

Silencio de «Mulholland Drive». Lynch invoque

une entité ancré dans nos mémoires et bouscule

notre appréhension de cette scène.

Ayant co-écrit les paroles avec la chanteuse, il parait

évident que la chanson «No Stars» qu’interprète

Rebekah Del Rio nous révèle bien plus que les autres

chansons jusqu’alors performées. La noirceur de la

série se reflète dans les paroles et l’on entre dans

un monde où le rêve tient une place importante.

«Under the starry night, long ago», le ciel était

rempli d’étoiles, mais maintenant c’est un rêve, et il

n’y a plus d’étoiles. No Stars.

La musique, tragiquement, sonne comme une

dernière ballade. La présence de Rebekah Del Rio

nous rappelle un vieux temps, un temps qui semble

perdu, corrompu dans l’univers de Twin Peaks. Mais

David Lynch nous laisse presque une dizaine de

minutes contemplé cet ancien temps.

Mais la présence de la chanteuse ne fait pas

seulement office de clin d’œil, elle ouvre également

une nouvelle pensée : la ‘‘White Lodge’’ dont

parlent les personnages n’est-elle pas représentée

par la chanteuse. Arborant une robe aux formes si

facilement reconnaissable, celle de la Black Lodge,

mais cette fois si le rouge est remplacé par le noir. En

attendant, fatalement, le générique se met à défiler

et l’épisode 10 se clôt encore une fois sur ces mots

qui résonnent en nous : ‘’No Stars’’.


I am the FBI

On réalise pleinement la force d’écriture de Mark Frost et David Lynch lorsque ceux-ci sont

capable de rendre l’un des personnages les plus appréciés de l’univers télévisuelles en un

petit homme apathique du doux surnom de Dougie, sans pour autant nuire à la série. Bien

au contraire.

Dale Cooper brillait dans «Twin Peaks» par son sens de déduction, sa bonne humeur et sa

force de caractère. Alors quand la troisième saison réduit Cooper à Dougie, cet homme bien

mou, la surprise fut déconcertante. Mais au fil des épisodes, on s’attache à ce personnage,

à cet original. Petit à petit, David Lynch fait grandir l’espérance du spectateur vis-à-vis du

retour de Cooper. Est-ce dans cet épisode ? Le suivant alors ? Cette attente rend encore plus

jouissif son retour dans l’épisode 16, à la suite d’une prise de conscience inattendue.

Dougie, assis, mange impassible une part de gâteau. Il appuie au hasard sur les touches de

la télécommande pour finalement allumer la télévision qui diffuse «Sunset Boulevard» Les

phrases ‘‘The old team together again’’ et ‘’Get Gordon Cole’’ semble résonner en lui, puis,

étrangement attiré par la prise, Dougie plante sa fourchette à l’intérieur et s’électrocute.

114

Cet acte aura en partie raison de lui, puisque Dougie n’est plus, Dale Cooper est revenu à

100%. Cet enchainement d’événements rend la scène de l’hôpital absolument remarquable

car cette fois ci les ordres fusent, des phrases entières sont prononcées et Dale Cooper

reprend les choses en main. C’est une véritable leçon d’écriture car la patience et l’amour

dont fait preuve David Lynch dans l’écriture et l’évolution de son personnage permet de

créer une scène libératrice et pleines de souvenirs. Jusqu’à cette réplique, prononcé avec

assurance, joie et dévotion, marquant définitivement le retour de Dale Cooper : ‘’I am the

FBI !’’

Baptiste Andre


115


titans - saison 1

116

S’il y a une équipe super-héroïque qui

aura connu un sort particulier dans ses

itérations culturelles, c’est bien les Titans.

D’abord adaptée en une série animée qui

aura marqué la jeunesse de nombreuses

personnes (notamment l’auteur de ces

lignes), elle sera rebootée de manière plus

ouvertement cartoonesque. Cette orientation

divisera largement et provoquera la colère

de nombreux fans, qui ignoreront des clins

d’œil assez sombres pour reprocher le ton

ouvertement humoristique. Après un longmétrage

animé assez intéressant sur ses

reproches sur l’overdose super-héroïque,

c’est donc maintenant au format live que

s’adapte les Titans. Pour le meilleur ou pour

le pire ? Disons que nous sommes assez

divisés.

D’un côté, il faut admettre que l’aspect plus

‘’sombre’’ est assez bien géré. Là où l’on

craignait une rage adolescente immature,

on fait face à quelque chose d’un peu

plus profond. La colère qui gronde chez

nos personnages résonne par leur aspect

asocial, en particulier chez un Robin

à l’écriture qualitative. Son interprète,

Brandon Thwaites, confirme le talent que

l’on a pu voir en lui à travers des projets

indépendants comme «The signal» et

«Oculus», et que certains occultaient à la

suite de blockbusters aux recettes déceptives

comme «Gods of Egypt» ou le cinquième

«Pirates des Caraïbes». La série établit ainsi

sa propre mythologie avec un certain intérêt

qui donne envie de continuer de visionner

les épisodes.

Mais de l’autre côté, certains points nous

perturbent. Le dernier épisode condense

les soucis que peut poser la série : une

trop grande mise en avant de Robin par

rapport à d’autres membres de l’équipe,

une affiliation à l’univers DC par moments


117

incertaine ainsi qu’un traitement maladroit

dans certains points narratifs. On mettra

de côté quelques effets trop voyants pour

souligner l’incertitude générale par rapport

au ton et à l’orientation à choisir en général.

Loin de la catastrophe annoncée, «Titans»

est intéressant dans le paysage télévisuel DC

et mérite la curiosité entourant le projet. On

espère néanmoins plus de confiance dans la

saison 2 pour voir ce qu’elle pourra raconter

à propos de ces héros plus proches de la

version Dark de la Justice League que de

l’équipe devenue flamboyante et symbole

d’espoir dans sa diégèse du DCEU.

Liam Debruel


118

Au fur et à mesure des scandales entourant son

métier, le journaliste a vu sa représentation

culturelle dévaluée au fil des années. C’est

ainsi qu’on le voit comme un profiteur,

faisant passer des informations fausses ou

dangereuses par bien-être économique sans

penser à son auditorat ou tout simplement

au bien commun. La sortie l’année passée

de «Pentagone Papers» s’est dès lors révélée

rafraîchissante, le journaliste étant ré-iconisé

sans ignorer les tiraillements économiques

(publier avant la concurrence, gérer avec

le pouvoir) inhérents au métier. En cela,

« Press » agit avec la même ambition mais

via des armes différentes.

Deux journaux concurrents partagent le

même immeuble. On retrouve d’un côté

The Herald, média sérieux cherchant des

informations de qualité, et de l’autre, The

Post, tabloïd qui privilégie la rapidité à la

sûreté.


119

press - saison 1

En traitant de deux types de médias papiers

connus, « Press » aurait pu tomber dans

une dichotomie facile et manichéenne.

Pourtant, cette série britannique parvient à

conserver ses nuances tout en expliquant

le fonctionnement de journaux aussi

antinomiques en apparence que proches

dans plusieurs de leurs méthodes. On

nous plonge en plein milieu du travail de

divers journalistes au portrait dressé parfois

simplement mais avec assez d’épaisseur

pour les reconnaître et donner un sens plus

humain et faillible au récit.

Plusieurs facteurs souvent oubliés dans la

description journalistique prennent ainsi

une place prépondérante dans leurs actions

et dans leur quête d’informations. On

parle de sources devant rester absolument

anonymes, d’internet qui pousse à publier

toujours plus vite, parfois trop vite, ou

encore de scandales dont la manière d’être

géré provoque le questionnement sur leur

traitement médiatique. «Press» est ainsi

totalement ancré dans les interrogations

actuelles et perpétuelles de journalistes

qu’on a trop vite fait de critiquer tout en

ignorant leurs obligations en coulisses,

que ce soit envers leurs employeurs, leurs

lecteurs ou même leur éthique personnelle.

«Press» est assez éloigné d’un «Newsroom»

mais profite de son ‘’faux calme’’ britannique

pour brosser avec efficacité le portrait d’un

métier malmené de tous les côtés. Si la

série risque de ne pas amener autant de

vocations qu’un «Pentagone Papers», elle

devrait permettre de découvrir plus en détail

pourquoi le journalisme n’est pas un métier

mais un sacerdoce.

Liam Debruel


120

les chroni

Burning de Lee Chang-Dong - 2018

(2h28), avec Yoo Ah-in, Jeon Jong-seo

et Steven Yeun. En DVD le 5 février.

«Burning» est de ces films qui s’immiscent

dans nos souvenirs pour y venir s’y terrer

et nous laisser un étrange goût. Celui d’être

passé à côté de quelque chose. Il muri doucement

pour finalement s’instaurer comme

l’un des grands films de l’année 2018.

Inspiré par le livre intitulé «Les Granges Brulées»,

Lee Chang-dong nous donne à voir

l’évolution de Jongsu au sein d’un étrange

triangle de relations. Tout à fait par hasard,

il rencontre Haemi, une vielle connaissance

d’enfance à qui il se lie très vite. Cette dernière

lui demande de bien vouloir s’occuper

de son chat pendant son absence puisqu’elle

part en Afrique pour vivre l’expérience des

Great Hunger, ces gens jeunes avides de découvrir

un sens à la vie. Mais sa relation avec Haemi se voit contraint lorsque celle-ci

rentre accompagné de Ben, un jeune homme étrangement tranquille et visiblement aisé.

Lee Chang-dong joue ainsi avec son spectateur et ses attentes en faisant doucement grimper

la tension tout en veillant à parsemer son histoire d’indices (ou non) sur la véritable

nature de Ben. On évolue ainsi sur une pente qui ne cesse de sembler de plus en plus descendante.

Mais le réalisateur réussit à insuffler à certaines scènes un souffle presque mystique

et voir danser Haemi face à un couché de soleil sur du Miles Davis est définitivement

un grand moment de cinéma.

Baptiste Andre


ques dvd

Coffret « Il était une

fois…Hollywood »

Edité par les Editions

Montparnasse et

réalisé par Clara &

Julia Kuperberg. 2018. 10

épisodes d’environ 52

minutes.

«Il était une fois…

Hollywood» est un

splendide coffret DVD de

10 films documentaires

sur l’âge d’or du cinéma

américain dans les studios

hollywoodiens. Clara et

Julia Kuperberg font preuve

d’un éclectisme magistrale

permettant aux spectateurs

de revisiter cette période

sous des angles peu ou pas

abordés dans les histoires

du cinéma contemporaines.

Ainsi, Orson Welles côtoie

Gene Tierney, Ronald

Reagan ou encore Steve

Schapiro. On revient sur les

périodes importantes et on

redécouvre avec plaisir cette

époque pleine de censure,

d’espions, de commères. Un

trait d’honneur est également

mis sur l’importance

éminente des femmes, stars

ou de l’ombre, à Hollywood.

Outre la diversité de son offre, le coffret brille d’autant plus

grâce à un contenue riche en archives de l’époque et à la

qualité des interventions des interviews (on voit notamment

passer Martin Scorsese et James Ellroy). En bref, «Il était

une fois… Hollywood» n’a rien à envié aux documentaires

de Bertrand Tavernier ou Martin Scorsese car il nous donne

tout autant envie de découvrir ou redécouvrir ce pan de

l’histoire du cinéma !

Baptiste Andre

121


122

Under The Silver Lake

De David Robert Mitchell, 2018

(2h19), avec Andrew GarFieLd, Riley

Keough, Topher Grace. En DVD le 11

décembre.

Sam (Andrew Garfield) un jeune homme

sans emploi, enquête sur la disparition

de sa mystérieuse voisine, Sarah (Riley

Keough). Entre théories complotistes et

références pop culture, il est forcé de

traverser un Los Angeles surréaliste pour

avoir le fin mot de cette histoire. Second

long métrage de David Robert Mitchell,

l’homme derrière le gros succès qu’a été

“It Follows”, “Under The Silver Lake” était

attendu au tournant. Mais ce néo-noir

postmoderne tient-il ses promesses ?

Derrière cette représentation onirique de

la capitale mondiale du cinéma — ce

qui n’est pas sans rappeler des films tels

que “Mulholland Drive”, pour n’en citer

qu’un — se cache un propos complexe

sur ce qu’on fait de la pop culture : les

citations sont variées, allant du plus classique

comme le cinéma d’Hitchcock au

cinéma presque actuel comme l’ère Andrew Garfield de “Spider-Man”,

d’ailleurs au top de sa forme dans ce rôle de détective

improvisé. “Under The Silver Lake” emprunte beaucoup

à l’histoire du cinéma mais garde malgré tout son style bien à

lui, bien loin du mash-up indigeste qu’il aurait pu être.

Mais ce film est aussi un labyrinthe, à la fois dans l’enquête

intra-diégétique du film et, plus largement, dans sa forme. Il

est de ce genre de films qui fascinent, appelant à de multiples

visionnages pour mieux en saisir l’essence, quitte à se retrouver

à la place du héros du film et finissant, aussi, par peut-être

donner plus de significations à ses oeuvres préférées qu’elle

ne prétendent en avoir.

Ali Benbihi


passade De gorune aprikian, 2017

(1h25), avec fanny valette, amaury de

crayencour.

C’est avec plaisir que nous avons reçu des

éditions Montparnasse un exemplaire de

«Passade». Mais est-ce que le visionnage fut

tout aussi plaisant ?

Paul et Vanessa viennent de faire l’amour.

Lui est dessinateur, elle escort-girl. Dans

leur chambre d’hôtel s’entame une

conversation…

Ah, l’amour, quel vaste sujet ! Présent partout

culturellement, ce sentiment est sans doute

le sujet principal de maintes et maintes

œuvres à travers les siècles. «Passade» fait

indubitablement partie de cette liste, le

dialogue entre nos deux héros se portant sur

l’amour et ses conséquences. Leur chambre

a ainsi un rôle cloisonnant, la fenêtre

donnant sur une vue aussi belle qu’elle est

inaccessible, un peu comme une satisfaction

totale d’un point de vue sentimental. On a

par instants une sensation de théâtre filmé

de par le huis clos « imposé » par la situation

des personnages. Néanmoins, le film arrive

à échapper aux carcans des clichés du

film ‘’auteuriste’’, comme certains aiment

s’en plaindre, pour atteindre une forme de

douceur.

L’une des grandes réussites du film est le

duo d’acteurs Fanny Valette et Amaury de

Crayencour, à l’interprétation sensible de par

leurs détails, dans un petit geste par-ci, un ton

par-là. Ils soufflent une forme d’innocence

à leurs personnages, idéalistes confrontés

à un renfermement sentimental extérieur

qui ne peut que laisser leurs blessures à

l’air libre. Sauront-ils se soigner chacun

ou retomberont-ils dans leur quotidien

douloureux ? C’est un questionnement

intemporel qui émerge du film avec un

traitement à la simplicité apparente pour

mieux désarçonner, surprendre dans les

doutes de chacun. Si l’édition DVD reçue

est épurée au niveau des bonus, il n’y a rien

à dire sur son aspect technique.

«Passade» est donc un huis clos amoureux

mélancolique, 83 minutes de douceur

évanescente et de questionnements sur les

douleurs et les plaisirs provoqués par l’amour

et nos relations sentimentales. Certains

rejetteront en bloc cette proposition, les plus

sensibles risquent d’en ressortir touchés par

la nature humble et délicate de celle-ci.

Liam Debruel

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