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Le règne du renard

Rodolphe le Renard a de grandes ambitions malgré son jeune âge. Il quitte le cocon familial et sa montagne natale pour aller à la ville chercher un travail. Droit comme un « i » dans ses belles bottes cirées, il va trouver le maire, Lucien le Loup, et lui propose ses services. Quand le vieux maire loup part en vacances sur une île déserte, il laisse Rodolphe le remplacer à la tête de la mairie. Mais le renard est aveuglé par le pouvoir, et les habitants sont très vite mécontents de son attitude despotique. Les pigeons voyageurs de la ville se mettent à disparaître les uns après les autres, et il se passe d’étranges choses dans le grenier de la bibliothèque municipale. L’équipe de foot de la ville doit disputer un match avec une équipe venue spécialement de l’État voisin. Mais le match aura-t-il lieu ? Et sera-t-il un match amical, comme le veut la tradition ?

Rodolphe le Renard a de grandes ambitions malgré son jeune âge. Il quitte le cocon familial et sa montagne natale pour aller à la ville chercher un travail. Droit comme un « i » dans ses belles bottes cirées, il va trouver le maire, Lucien le Loup, et lui propose ses services.
Quand le vieux maire loup part en vacances sur une île déserte, il laisse Rodolphe le remplacer à la tête de la mairie. Mais le renard est aveuglé par le pouvoir, et les habitants sont très vite mécontents de son attitude despotique.
Les pigeons voyageurs de la ville se mettent à disparaître les uns après les autres, et il se passe d’étranges choses dans le grenier de la bibliothèque municipale.
L’équipe de foot de la ville doit disputer un match avec une équipe venue spécialement de l’État voisin. Mais le match aura-t-il lieu ? Et sera-t-il un match amical, comme le veut la tradition ?

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FRENCH<br />

EDITION<br />

TUULA PERE • ANDREA ALEMANNO<br />

<strong>Le</strong> <strong>règne</strong> <strong>du</strong> <strong>renard</strong><br />

WickWick


<strong>Le</strong> <strong>règne</strong> <strong>du</strong> <strong>renard</strong><br />

Histoire de Tuula Pere<br />

Illustrations de Andrea Alemanno<br />

Mise en page de Peter Stone<br />

Tra<strong>du</strong>ction française de Edith Girval<br />

ISBN 978-952-325-745-0 (ePub)<br />

ISBN 978-952-325-245-5 (Print)<br />

Première édition<br />

Copyright © 2016 Wickwick Ltd<br />

Publié en 2016 par Wickwick Ltd<br />

Helsinki, Finlande<br />

Imprimé dans l’Union européenne<br />

The Fox's City, French translation<br />

Story by Tuula Pere<br />

Illustrations by Andrea Alemanno<br />

Layout by Peter Stone<br />

French translation by Edith Girval<br />

ISBN 978-952-325-745-0 (ePub)<br />

ISBN 978-952-325-245-5 (Print)<br />

First edition<br />

Copyright © 2016 Wickwick Ltd<br />

Published by Wickwick Ltd<br />

2016, Helsinki, Finland<br />

Printed in EU<br />

Originally published in Finland by Wickwick Ltd in 2016<br />

Finnish “Ketun kaupunki”, ISBN 978-952-325-194-6 (Print), ISBN 978-952-325-694-1 (ePub)<br />

US English “The Fox's City”, ISBN 978-952-325-195-3 (Print), ISBN 978-952-325-695-8 (ePub)<br />

All rights reserved. No part of this publication may be repro<strong>du</strong>ced, stored in a retrieval system, or transmitted<br />

in any form or by any means, mechanical, electronic, photocopying, recording, or otherwise, without the prior<br />

written permission of the publisher Wickwick Ltd. The only exception is brief quotations in printed articles and<br />

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specialsales@wickwick.fi.


FRENCH<br />

EDITION<br />

<strong>Le</strong> <strong>règne</strong> <strong>du</strong> <strong>renard</strong><br />

Tuula Pere • Andrea Alemanno<br />

W<br />

ickWick<br />

Children’s Books from the Heart<br />

1


Il était une fois un jeune <strong>renard</strong> prénommé Rodolphe qui<br />

aimait faire rouler des pierres sur le flanc de la montagne<br />

et les faire descendre vers la ville nichée au fond de la vallée.<br />

Du haut de la corniche, il regardait le paysage qui s’étalait<br />

sous ses yeux, et pensait son avenir brillant.<br />

« Quand je serai un peu plus grand, dans pas très longtemps,<br />

je partirai pour la ville », pensait Rodolphe. « Ce pauvre<br />

village est bien trop petit pour un être aussi talentueux que<br />

moi. »<br />

Il est vrai que Rodolphe était un <strong>renard</strong> pas comme les<br />

autres. Avec son air dégourdi et son odorat hors <strong>du</strong> commun,<br />

il était vif comme l’éclair. Mais il avait aussi beaucoup de<br />

défauts. Il n’arrivait pas à imaginer ce que les autres animaux<br />

ressentaient. Et même s’il en avait été capable, il n’en avait<br />

de toute façon rien à faire des désirs des autres.<br />

« Un jour, je montrerai aux habitants de cette ville et <strong>du</strong><br />

monde entier ce dont je suis capable », se disait-il avec<br />

assurance. Et il jeta dans le précipice une pierre plus grosse<br />

encore que toutes les autres.<br />

2


3


4<br />

Rodolphe avait six frères et sœurs, et il était celui <strong>du</strong> milieu. <strong>Le</strong>urs parents<br />

s’occupaient très bien d’eux, et ils les aimaient tous autant les uns que les autres.<br />

Mais Rodolphe avait toujours l’impression qu’on ne lui donnait pas toute l’attention<br />

qu’il méritait. Et notamment, il réclamait toujours plus de jouets, de nourriture ou<br />

d’habits.


« Mais Rodolphe, tu n’as pas besoin d’autant de choses », soupirait sa mère. « Tes<br />

armoires et tes tiroirs sont déjà pleins à craquer. Je suis certaine que tu ne te souviens<br />

même pas de toutes les choses que tu as. »<br />

« Mais maman, il me faut un vélo plus rapide », insistait le jeune <strong>renard</strong>. « Je veux<br />

battre mes frères aînés et tous les autres enfants <strong>du</strong> village à la course ! »<br />

5


La maman <strong>renard</strong> était de plus en plus inquiète. Elle décida d’appeler le docteur<br />

Chouette. C’était à lui que les animaux <strong>du</strong> village demandaient conseil quand ils<br />

avaient un problème.<br />

« Je ne sais plus que faire », lui dit la maman <strong>renard</strong> d’un ton désespéré. « Rodolphe<br />

est de plus en plus difficile. Au début, il se contentait d’embêter les plus petits que<br />

lui, en leur prenant leurs jouets et leur goûter, mais maintenant il s’en prend à tout<br />

le monde. »<br />

6


« Il doit bien y avoir des enfants plus grands que lui pour lui résister ? » lui demanda<br />

le docteur Chouette. « <strong>Le</strong>s frères ours sont tellement forts que Rodolphe ne doit pas<br />

oser les mettre en colère. »<br />

« Mon cher ami chouette, je crois que vous ne comprenez pas la situation. Il est<br />

devenu tellement rusé que les autres enfants ne se rendent parfois même pas compte<br />

qu’il les mène par le bout <strong>du</strong> nez. »<br />

7


Et en effet il n’existait pas d’animal plus malin que Rodolphe. Depuis qu’il était<br />

entré à la crèche, c’était la guerre chez les petits animaux.<br />

<strong>Le</strong>s enfants ne jouaient plus à cache-cache ni au ballon, ils ne construisaient plus<br />

de cabanes dans les arbres ni de barrage dans la rivière. Rodolphe avait séparé les<br />

enfants en deux équipes. Il avait mis dans son équipe les enfants les plus forts, les<br />

plus rapides et les plus agiles. L’autre équipe devait se contenter des enfants les plus<br />

petits, les plus faibles et les plus lents.<br />

8


Au début, les autres enfants tentèrent de lui résister, mais peu à peu, ils se<br />

soumirent tous à sa volonté. Et maintenant, tout le monde voulait être dans<br />

l’équipe de Rodolphe, car elle gagnait tous les matches et remportait tous les prix.<br />

Si quelqu’un essayait de s’opposer à lui, Rodolphe trouvait toujours les moyens de le<br />

faire plier. Il ne reculait devant rien : ses adversaires retrouvaient ainsi leurs pneus<br />

mystérieusement crevés ou leur cabane détruite. Parfois, ils découvraient leurs<br />

châteaux écrasés dans le bac à sable. <strong>Le</strong>s empreintes laissées par le coupable faisaient<br />

exactement la même taille que les bottes de la directrice de la crèche, mais comment<br />

aurait-on pu la soupçonner ?<br />

9


10


<strong>Le</strong>s douces brises de printemps laissèrent place au brûlant soleil d’été, puis peu à<br />

peu les violents orages d’hiver prirent le pas sur les pluies d’automne. Et ce fut<br />

à nouveau le printemps. Rodolphe n’était plus un jeune <strong>renard</strong> désormais : il était<br />

devenu grand. Il se regarda dans le miroir. Il se trouva à son goût. Droit comme un<br />

« i », il gonfla la poitrine et releva un peu le menton.<br />

« Il est temps que je quitte la tanière », déclara Rodolphe. « Je m’en vais pour la<br />

grande ville ».<br />

« Prends bien soin de toi, mon fils chéri », lui dit sa mère en essuyant une larme. « Et<br />

n’oublie pas ta famille et ton petit village. »<br />

« Au revoir ! » leur lança Rodolphe d’un ton plein d’entrain. Son esprit était déjà<br />

ailleurs : il pensait à toutes les possibilités qui s’offraient à lui, à toutes les nouvelles<br />

aventures qui l’attendaient, et il ne jeta même pas un regard en arrière.<br />

11


Sur le chemin qui le menait à la ville, Rodolphe s’arrêta un instant sur un rocher.<br />

Il ramassa une feuille et astiqua ses bottes jusqu’à ce qu’elles brillent, puis il<br />

épousseta soigneusement sa fourrure. Il lui fallait soigner son apparence, car il avait<br />

l’intention de demander un travail au maire de la ville. Il était certain que le vieux<br />

Lucien le Loup serait bien content d’avoir les services d’un assistant aussi brillant.<br />

Après tout, Rodolphe était un jeune <strong>renard</strong> plein d’initiative.<br />

Cela faisait longtemps déjà que le vieux loup dirigeait la ville. Grâce à lui, la ville<br />

était devenue florissante et prospère. Ses habitants étaient très satisfaits.<br />

Rodolphe entra dans le bureau de Lucien le Loup en faisant claquer ses bottes<br />

resplendissantes, et il lui offrit ses services.<br />

« Il est vrai que je ne suis plus tout jeune, et que j’ai parfois tendance à fatiguer »,<br />

reconnut le maire.<br />

« Tout à fait, tout à fait », acquiesça Rodolphe. « Je suis certain que quelques vacances<br />

sur une île déserte vous feraient le plus grand bien. Et je peux m’occuper de la ville<br />

en votre absence. »<br />

« Peut-être que vous avez raison. Érasme, qui dirige la bibliothèque de la ville, pourra<br />

vous aider en cas de besoin. Nous sommes de très vieux amis, et j’ai une confiance<br />

absolue en lui », répondit Lucien le Loup, acceptant ainsi la proposition de Rodolphe.<br />

« <strong>Le</strong>s pigeons voyageurs nous permettrons de rester en contact à tout moment. »<br />

Rodolphe se mit à rire intérieurement, mais il ne laissa rien transparaître de ses<br />

pensées. Il allait y avoir de grands changements dans cette ville, et Rodolphe n’avait<br />

aucune intention de demander conseil au bibliothécaire, ni de se servir des pigeons<br />

voyageurs.<br />

12


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14<br />

<strong>Le</strong> vieux maire marchait d’un pas tranquille vers le bateau qui l’attendait sur le<br />

rivage. Il pensait déjà aux vacances reposantes qu’il allait pouvoir passer sur la<br />

petite île paisible. Il allait enfin avoir le temps de pêcher, de faire la sieste dans un<br />

hamac et d’admirer le coucher de soleil.


La camionnette qui transportait ses valises approchait<br />

<strong>du</strong> port. <strong>Le</strong>s habitants de la ville étaient tous sortis<br />

dans la rue pour dire au revoir au loup, qui n’avait encore jamais pris de longues<br />

vacances. Lucien, souriant et déten<strong>du</strong>, saluait les habitants de la main.<br />

Rodolphe le Renard marchait d’un pas vif devant la camionnette. <strong>Le</strong> menton<br />

légèrement relevé, il regardait la foule autour de lui, et il imaginait comment ce<br />

serait si c’était pour lui qu’ils étaient venus. Il savait que ce jour viendrait.<br />

15


16


Rodolphe retourna immédiatement à la mairie. Il alla directement dans le bureau<br />

<strong>du</strong> loup et s’assit dans le grand fauteuil au dossier très haut. Après un moment<br />

de réflexion, il attrapa la sonnette qui était posée sur son bureau et se mit à l’agiter<br />

frénétiquement.<br />

« Comment pouvez-vous être aussi lents ? » lança Rodolphe au secrétaire de mairie<br />

et à ses assistants qui arrivaient en courant dans le bureau <strong>du</strong> maire, inquiets. «<br />

Vous n’êtes pas là pour vous amuser, mais pour travailler ! Nous avons <strong>du</strong> pain sur<br />

la planche, alors prenez de quoi noter. »<br />

<strong>Le</strong>s assistants se dépêchèrent de noter les ordres et les projets qu’il leur dictait les uns<br />

après les autres. <strong>Le</strong> secrétaire de mairie fit suivre les instructions <strong>du</strong> <strong>renard</strong> à toute la<br />

mairie, et attacha des messages à la patte des pigeons voyageurs pour informer tous<br />

leurs collaborateurs.<br />

« Je n’ai jamais vu un système aussi lent et archaïque », s’exclama Rodolphe, sarcastique.<br />

« Nous allons nous débarrasser de ces ridicules pigeons, et les remplacer par des<br />

faucons. Faites-en immédiatement venir une bonne douzaine de la montagne ».<br />

« Mais les pigeons voyageurs sont importants. C’est grâce à eux que nous pouvons<br />

rester en contact avec le maire », essaya de protester le secrétaire de mairie, mais le<br />

<strong>renard</strong> ne l’écoutait plus.<br />

17


Quelques jours plus tard, les pigeons voyageurs apportèrent un<br />

premier message en provenance de l’île déserte. C’était une<br />

lettre <strong>du</strong> loup.<br />

Cher Rodolphe,<br />

Mes vacances ont très bien commencé. La<br />

pêche a été fructueuse, et une agréable petite<br />

brise rafraîchit l’île. Prenez bien soin de la ville<br />

et de ses habitants en mon absence. Si vous<br />

avez la moindre question, n’oubliez pas que<br />

vous pouvez toujours vous adresser à mon vieil<br />

ami Érasme. Et s’il y avait une urgence, vous<br />

n’avez qu’à m’envoyer un message par pigeon<br />

voyageur et je rentrerai par le premier bateau.<br />

Transmettez mes amitiés les plus ensoleillées à<br />

tous,<br />

Votre maire dévoué,<br />

Lucien le Loup<br />

18


Rodolphe jeta un œil rapide sur le message, puis il le froissa et le jeta à la poubelle.<br />

Une nouvelle idée germait déjà dans son esprit. Pour la mettre à exécution, il<br />

allait lui falloir des cages à oiseaux, un piège, et beaucoup de délicieuses graines. Et<br />

il lui faudrait aussi trouver un endroit tranquille et reculé, et absolument désert.<br />

Il fit un tour sur son grand fauteuil de bureau. Soudain, son regard s’arrêta sur<br />

l’immeuble voisin. Il aperçut les fenêtres <strong>du</strong> grenier de la bibliothèque. Il les examina<br />

un instant.<br />

« En y réfléchissant, je crois que je ferais bien de rendre une petite visite à Érasme le<br />

bibliothécaire », dit Rodolphe d’un ton satisfait.<br />

19


<strong>Le</strong> lendemain matin, Érasme était sur les marches de la bibliothèque, prêt à<br />

accueillir le remplaçant <strong>du</strong> maire. Il fut un peu surpris de l’intérêt que le <strong>renard</strong><br />

semblait porter au bâtiment qui abritait la bibliothèque, mais il lui montra de bonne<br />

grâce tous les recoins de son établissement, de la cave au grenier.<br />

« En fait, il me semble que je devrais avoir un double des clefs de la bibliothèque »<br />

déclara Rodolphe à la fin de la visite. « Après tout, je suis le remplaçant <strong>du</strong> maire, et<br />

je devrais avoir accès à la bibliothèque quand je le veux. »<br />

« Très bien, si vous pensez que c’est nécessaire », répondit Érasme, et il lui donna un<br />

double des clefs.<br />

La nuit suivante, une sombre silhouette faisait de mystérieux aller-retour sur les<br />

marches de la bibliothèque, transportant des cages et des pièges à oiseaux, et des<br />

sacs entiers de graines. Personne ne remarqua que tout en haut de la bibliothèque,<br />

quelqu’un avait ouvert les fenêtres <strong>du</strong> grenier et avait tracé des chemins de graines et<br />

de petits biscuits qui menaient droit aux pièges et aux cages à oiseaux.<br />

En l’espace de quelques jours seulement, tous les pigeons voyageurs furent pris au<br />

piège et enfermés dans le grenier de la bibliothèque.<br />

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22


L<br />

’équipe de foot de la ville s’apprêtait à disputer le grand match de la saison.<br />

Érasme, le bibliothécaire, était le trésorier <strong>du</strong> club et il était venu voir le <strong>renard</strong><br />

pour parler de l’organisation de la rencontre. <strong>Le</strong> dernier match de la série approchait,<br />

et l’équipe invitée, qui venait de l’État voisin, devait séjourner dans la ville. La ville<br />

bouillonnait d’agitation : les habitants faisaient les derniers travaux dans le stade,<br />

nettoyaient les chambres libres pour loger les visiteurs, prévoyaient de quoi les<br />

loger et les nourrir et décoraient les rues.<br />

« Il faut que nous gagnions le match. On organisera une fête splendide pour<br />

célébrer notre victoire ! Je monterai sur une grande estrade et je ferai un<br />

discours qui déchaînera les foules », disait le <strong>renard</strong>. « Pourquoi faut-il que<br />

l’équipe adverse soit en aussi bonne forme ? »<br />

« Mais ce qui compte, c’est de perpétuer une vieille tradition, non ? » lui<br />

répondit Érasme le bibliothécaire pour mettre<br />

un frein à ses rêves de grandeur. Lui aussi<br />

aimait beaucoup le foot, mais ce qui lui<br />

importait était le jeu et non la victoire.<br />

« Bien sûr que non », lui répondit le <strong>renard</strong><br />

d’un ton méprisant. « Ce qui compte, c’est<br />

d’écraser son adversaire et de remporter le plus<br />

grand trophée possible. C’est comme ça qu’on<br />

apporte la gloire à son pays. »<br />

23


Érasme secoua la tête d’un air <strong>du</strong>bitatif, et s’en alla retrouver le calme et le silence<br />

de sa chère bibliothèque. <strong>Le</strong> <strong>renard</strong> retourna à ses rêves grandioses et continua à<br />

imaginer des stratagèmes peu scrupuleux pour gagner le match.<br />

<strong>Le</strong> remplaçant <strong>du</strong> maire envoya l’équipe invitée s’entraîner dans un petit stade en<br />

banlieue de la ville. <strong>Le</strong> stade était en réparation : on était en train d’y faire des travaux<br />

de plomberie et la pelouse était en chantier.<br />

24


Quant à l’équipe de la ville, le <strong>renard</strong> les installa dans un magnifique complexe<br />

sportif flambant neuf située juste à côté <strong>du</strong> stade où se déroulerait la partie. Pour<br />

s’assurer de leur victoire, il avait fait venir de la ville voisine six coyotes réputés pour<br />

leur jeu agressif, et les avait intégrés à l’équipe. <strong>Le</strong>s règles disaient pourtant que tous<br />

les joueurs devaient être des habitants permanents de la ville qu’ils représentaient.<br />

<strong>Le</strong> remplaçant <strong>du</strong> maire avait fait construire à côté de la mairie des baraques pour<br />

loger les coyotes.<br />

« Je ne vois pas ce qu’on pourrait nous reprocher », dit le <strong>renard</strong> avec un grand<br />

sourire. « Nous avons suivi les règles à la lettre. »<br />

25


La semaine précédent le match, le <strong>renard</strong> dévoua ton son temps et toute son énergie<br />

à organiser la fête qu’il donnerait pour célébrer la victoire. Il n’en dormait plus<br />

et n’en mangeait plus. Sa fourrure était toute emmêlée et il avait de gros cernes sous<br />

les yeux. Il faisait des projets de plus en plus extravagants.<br />

« Tous les habitants devront porter des habits aux couleurs de la ville. Tout le monde<br />

recevra un nouveau collier sur lequel seront gravées les armes de notre cité »,<br />

expliqua-t-il, tout excité. « Non, attendez. Plutôt que les armes de<br />

la ville, nous mettrons mon portrait sur les colliers. Après<br />

tout, je suis officiellement le maire en fonction en ce<br />

moment. »<br />

26


Puis il se dit qu’une répétition générale était nécessaire pour que tous les habitants<br />

apprennent les nouveaux slogans. Ils ne se contenteraient pas d’encourager leur<br />

équipe, il faudrait aussi qu’il crient : « Longue vie au <strong>renard</strong>, notre illustre chef et<br />

grand ami <strong>du</strong> football. »<br />

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28


Érasme commençait à s’inquiéter. <strong>Le</strong>s exigences<br />

farfelues <strong>du</strong> <strong>renard</strong> allaient gâcher toute la<br />

rencontre. <strong>Le</strong> bibliothécaire avait bien essayé de satisfaire<br />

le remplaçant <strong>du</strong> maire, mais ses demandes étaient sans<br />

fin. Il décida donc de mettre le holà.<br />

« Ce n’est pas <strong>du</strong> tout le genre d’événement sportif que<br />

voudrait notre bon maire le loup », se disait Érasme. « Je me<br />

demande même s’il est au courant de ce qui se passe ici. »<br />

<strong>Le</strong> bibliothécaire était assis dans la bibliothèque<br />

entièrement vide où régnait un silence absolu. Plus<br />

personne n’avait le temps de venir emprunter des<br />

livres. Tandis qu’il réfléchissait à la situation, quelque<br />

chose attira son attention. Il se rendit compte que le<br />

silence n’était pas total. Il entendait très distinctement<br />

un petit roucoulement tout en haut <strong>du</strong> bâtiment. On<br />

aurait dit le bruit d’une bouilloire en train de chauffer<br />

sur la cuisinière, avec ses petites bulles qui sifflent en<br />

chœur.<br />

Érasme décida de découvrir d’où venait ce bruit. Il<br />

passa en revue toutes les pièces les unes après les autres,<br />

et finit par s’engager dans l’escalier qui menait au grenier.<br />

<strong>Le</strong> bruit devenait de plus en plus fort.<br />

29


La lourde porte <strong>du</strong> grenier s’ouvrit. Érasme n’en croyait pas ses yeux. <strong>Le</strong> grenier<br />

était rempli de cages à oiseaux pleines de pigeons voyageurs. Parmi eux, il aperçut<br />

les pigeons voyageurs <strong>du</strong> maire, qui portaient autour <strong>du</strong> cou un petit médaillon aux<br />

armes de la ville.<br />

« Je commence à comprendre », se dit Érasme, tout en penchant la tête d’un air pensif.<br />

« Il faut que j’envoie immédiatement un message au vieux maire. <strong>Le</strong>s vacances sont<br />

terminées pour lui. »<br />

Un pigeon voyageur officiel prit bientôt son envol depuis les fenêtres <strong>du</strong> grenier et<br />

se dirigea vers la petite île que l’on apercevait à l’horizon. Érasme donna alors à<br />

manger au reste des oiseaux emprisonnés et ouvrit la porte de toutes les cages.<br />

En voyant une volée de pigeons voyageurs tourner autour de la bibliothèque<br />

et de la mairie, les habitants de la ville se demandèrent ce qui se passait.<br />

30


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32


Lucien le Loup bouillonnait de colère. La douce insouciance des vacances s’envola<br />

à l’instant où il ouvrit le message de son ami Érasme. Il ne s’attendait pas à cela,<br />

même s’il devait reconnaître que le jeune <strong>renard</strong> lui avait paru peut-être un peu trop<br />

zélé.<br />

« Prenons le strict nécessaire, et rentrons immédiatement », dit le vieux loup à sa<br />

femme. « La ville ne peut pas attendre. J’aurai bien le temps d’aller pêcher à un autre<br />

moment. »<br />

L’après-midi même, le loup était de retour à la mairie. Il convoqua son remplaçant<br />

dans son bureau et exigea des explications. <strong>Le</strong> <strong>renard</strong> lui fit la liste de toutes les<br />

merveilleuses choses qu’il avait accomplies en son absence, en essayant de présenter<br />

ses actions sous un jour favorable.<br />

« Vous pouvez dire tout ce que vous voulez », grommela le loup. « <strong>Le</strong> pouvoir vous<br />

a fait tourner la tête ! C’est une affreuse maladie. Je devrais vous envoyer sur une île<br />

déserte pour que cela vous passe. »<br />

33


Mais finalement, le loup s’adoucit. Il autorisa le <strong>renard</strong> à assister au grand match<br />

et le fit asseoir à ses côtés dans la tribune officielle. Mais le pauvre Rodolphe<br />

n’eut pas le droit de faire son discours, et les habitants furent libres de s’habiller<br />

comme il leur plaisait.<br />

<strong>Le</strong> <strong>renard</strong> fut très contrarié d’apprendre que les coyotes qu’il avait recrutés pour<br />

renforcer l’équipe ne joueraient finalement pas pour la ville. Malgré toutes les<br />

tentatives <strong>du</strong> <strong>renard</strong> pour le convaincre, le loup ne voulut rien entendre.<br />

« Dans cette ville, on ne triche pas », déclara le maire. « Mais ne vous inquiétez<br />

pas, j’ai trouvé de quoi occuper vos coyotes. Regardez là-bas. »<br />

34


35


36


<strong>Le</strong>s coyotes étaient en train de faire un spectacle de gymnastique dans l’allée des<br />

tribunes. Avec leurs grandes épaules musclées, ils formaient une pyramide très<br />

impressionnante et n’avaient aucun mal à faire de fabuleux portés.<br />

Même si leur spectacle était très réussi, Rodolphe avait <strong>du</strong> mal à cacher sa déception.<br />

Il aurait préféré voir les coyotes monter sur le podium, une médaille d’or autour <strong>du</strong><br />

cou.<br />

Tous les rêves <strong>du</strong> <strong>renard</strong> s’écroulèrent quand l’équipe adverse remporta la<br />

victoire d’un but, après un match très serré. Rodolphe le <strong>renard</strong> était<br />

effondré.<br />

« Allez, Rodolphe, ce n’est qu’un jeu », lui dit le vieux loup pour<br />

le consoler. Et l’an prochain, il y aura un autre match amical<br />

comme celui-ci. C’est tout ce qui compte. »<br />

37


Rodolphe le Renard a de grandes<br />

ambitions malgré son jeune âge. Il quitte le cocon<br />

familial et sa montagne natale pour aller à la ville chercher<br />

un travail. Droit comme un « i » dans ses belles bottes<br />

cirées, il va trouver le maire, Lucien le Loup, et lui propose<br />

ses services.<br />

Quand le vieux maire loup part en vacances sur une île<br />

déserte, il laisse Rodolphe le remplacer à la tête de la mairie.<br />

Mais le <strong>renard</strong> est aveuglé par le pouvoir, et les habitants<br />

sont très vite mécontents de son attitude despotique.<br />

<strong>Le</strong>s pigeons voyageurs de la ville se mettent à disparaître<br />

les uns après les autres, et il se passe d’étranges choses<br />

dans le grenier de la bibliothèque municipale.<br />

L’équipe de foot de la ville doit disputer un match avec<br />

une équipe venue spécialement de l’État voisin. Mais le<br />

match aura-t-il lieu ? Et sera-t-il un match amical, comme<br />

le veut la tradition ?<br />

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