The Red Bulletin Juillet 2019

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FRANCE

JUILLET 2019

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

UNE VISION

DU SURF

40 ans d’immersion

avec le photographe

Brian Bielmann


ÉDITORIAL

PAS LÀ POUR DES

LIKES SUR INSTA

Repos, escapades, fiestas, grillades, sport, rencontres…

Un bon break estival peut aussi être l’occasion de déconnecter,

de lâcher vos prothèses smartphoniennes pour n’emmagasiner

que du vrai. Du réel, du concret : voilà votre

programme pour le mois. Celles et ceux qui prennent leurs

quartiers d’été dans ce numéro carburent au vrai. Brian

Bielmann d’abord, à qui nous devons notre photo de une,

a documenté la réalité du surf, ses plus belles vagues et

ses plus majestueux héros, dont certains regrettés.

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

BRIAN

BIELMANN

Le surf fait fantasmer et pour

connaître sa réalité, ses exploits,

joies et drames, le photographe

Brian Bielmann est certainement

la personne à interroger. Depuis

40 ans, il documente la pureté d’un

sport sur lequel glissent tant de

légendes. Voir des talents du surf

émerger, exploser, et parfois, disparaître

dramatiquement, c’est aussi

cela l’histoire de Bielmann. Il partage

ses photos et souvenirs dans

un portfolio magistral page 22.

Pas le genre de scène que vous observez depuis votre bagnole dans les

bouchons. Quand Perrine Fages quitte son bureau chez beIN, au Qatar,

pour s’entraîner à vélo page 42, entre réalité et mirage...

Au Qatar ou à Oman, sur son vélo, Perrine Fages n’est

pas là pour des likes sur Insta, mais bien pour exploiter au

max ces lieux rares d’entraînement et de performance.

Et sur la scène du Red Bull Dernier Mot, si la baston est

réelle, seuls les punchlines frappent. Artik, en spécialiste,

explique les bienfaits des battles d’impro. Authentique !

Lisez plus !

Votre Rédaction

DOM

DAHER

Des œuvres de l’artiste Richard

Serra dans l’infini désert du Qatar,

une cycliste hyper performante

qui travaille 40 heures semaine en

tant que juriste et roule 40 autres

heures pour se préparer à une

épreuve dans le sultanat d’Oman.

Le photographe Dom Daher a bourlingué,

mais pour documenter le

quotidien rare de la Française

Perrine Fages, entre job et performance,

il a été bluffé par une vie

et des lieux peu communs. Page 42

BRIAN BIELMANN (COUVERTURE)

4 THE RED BULLETIN


SOMMAIRE

juillet

66

REPORTAGES

22 Regardez le surf

Avant le numérique, YouTube et autres Instagram, l’Américain

Brian Bielmann nous transmettait l’image du surf.

34 Leur dernier mot

Le 12 juillet à Marseille, les pros de l’impro et de la rime qui tue

s’affronteront lors de la finale du Red Bull Dernier Mot. À voir !

42 Le cas Perrine

Le passe-temps préféré de Perrine Fages ? Les courses à vélo

ultra-distance. Le farniente, c’est bon pour les autres.

54 Secret Cinema

Dans ce spot tenu secret de Londres, vous ne venez pas juste mater

Star Wars ou Blade Runner. Vous faites carrément partie du film.

62 Nouveau souffle

Du jazz en boîte de nuit ? La compositrice et saxophoniste anglaise

Nubya Garcia le passe en mode sound system et au-delà.

66 Il sait pourquoi

Pourquoi l’Américain Mike McCastle se farcit ses douze travaux

d’Hercule ? Parce qu’il a toujours une bonne raison en tête.

CAMERON BAIRD, SECRET CINEMA/AL OVERDRIVE, DOM DAHER

42

6 THE RED BULLETIN


54

BULLEVARD

Un mode de vie

hors du commun

8 Fumée rose, moteurs et talons :

place aux sisters de l’asphalte

12 Quand Dâm-Funk balance une

leçon de disco aux kids japonais

14 Cet aquarium écolo s’autogère

et fait pousser votre herbe…

16 Ce que Tayla Parx a appris en

créant des succès pour les autres

18 Ne demandez plus votre steak

bien cuit, mais bien imprimé !

20 Des Ramones à Zhané, ces titres

qui mettent bien Karen O

GUIDE

Voir. Avoir. Faire.

80 Voyage : que faire vers Coachella

sans passer par le festoche

84 Fitness : les conseils du pilote

moto enduro Wade Young

86 Agenda : ne ratez rien !

88 Red Bull TV : restez branchés

90 Matos : qu’emporter avec vous

pour la micro-aventure ?

96 Ours : ils et elles font le TRB

98 Makes you fly : pas cap d’y aller

THE RED BULLETIN 7


Caramel

Curves

SŒURS DE

L'ASPHALTE

À la Nouvelle-Orléans,

ces femmes font vrombir

la culture motarde.

L a fumée rose dans

les rues de la Nouvelle-

Orléans annonce la présence

en force du Caramel

Curves Motorcycle Club.

À sa création en 2005, les

treize membres du club

exclusivement féminin

entendent i nspirer d’autres

femmes à vivre leur passion

via une visibilité locale renforcée.

2005 est aussi l’année

de l’ouragan Katrina,

qui les oblige à fuir la

Nouvelle- Orléans. En 2006,

alors que la ville entame sa

reconstruction, le Caramel

Curves Motorcycle Club est

de retour et devient, outre

un espace de socialisation,

un lieu où ses membres

peuvent se reconstruire.

« Conduire une moto, être

bien sapée, c’est à la

AKASHA RABUT LOU BOYD


9


B U L L E V A R D

Les victimes de Katrina ont trouvé chez les Caramel Curves un lieu de guérison.

portée de tout le monde,

mais l’essentiel pour nous est

de montrer que les femmes

peuvent être unies, lance

Shanika Beatty, alias Tru,

l’une des deux membres

fondatrices restantes, avec

Nakosha Smith, surnommée

Coco. C’est bon d’avoir des

personnes sur qui compter et

que l’on peut appeler en cas

de pépin. Nous nous soutenons

quel que soit le coup

dur, décès dans nos familles,

divorces, et j’en passe. Avec

les Caramel Curves, vous avez

toujours une sœur que vous

pouvez appeler. On est là

les unes pour les autres. »

Le nom du groupe veut

avant tout affirmer sa différence

avec les autres clubs

de motards aux États-Unis.

« Caramel fait référence à

nos origines afro-américaines

et notre douceur, Curves au

fait que nous négocions

les virages mieux que les

hommes, explique Tru. Nous

ne voulions pas être noyées

dans un grand rassemblement

masculin ; l’émancipation

féminine a toujours été notre

moteur. » Talons aiguilles et

(parfois) vestes à paillettes,

« DANS NOTRE

CLUB, IL Y A

TOUJOURS UNE

SŒUR QUE

VOUS POUVEZ

APPELER. »

Les bases : talons aiguilles et jantes roses.

enfourchant d’énormes

Suzuki Hayabusas, Gixxers et

autres Can-Am Spyders aux

jantes roses brossées pour

certaines, les Caramel Curves

ne passent pas inaperçues en

ville. Notamment lorsqu’elles

exécutent leur fameux burn

(la moto accélère sur place

pour produire un max de

fumée) ou des wheelings,

l’atmosphère se teinte de rose.

« Un jour, en faisant un

burn, j’ai produit de la fumée

rose. Les filles ont adoré,

explique Tru. C’est vite

devenu l’une de nos signa-

tures. Et puis un jour, une des

filles a mis une crête rose sur

son casque, et nous l’avons

toutes imitée. L’idée d’un style

partagé a ainsi vu le jour et

accentué l’unité du groupe.

On aspire simplement à être

ensemble. »

L’univers de la moto est

dominé par les hommes,

aussi lorsqu’elles sillonnent

ensemble les rues, elles ont

conscience d'apporter plus

qu’un simple défilé en tenues

de gala et la composition

même de leur crew est un

message fort.

« Nous sommes toutes

patronnes d’entreprises ou

femmes d’affaires ; nous étions

des bikeuses confirmées avant

de rejoindre le groupe, mais

l’union fait la force, insiste

Tru. Je suis mère, femme et

fille, et dirige deux entreprises.

Mais sur ma moto, mon

esprit se libère, je me détends.

C’est un peu ma thérapie.

Je m’occupe de moi. »

Aujourd’hui, les Caramel

Curves sont en pleine expansion

: le groupe accueillera

bientôt deux nouvelles

recrues, sans compter les

90 000 fans qui les suivent

dans le monde à travers les

réseaux sociaux

« Nous souhaitons écrire de

nouvelles pages en créant des

clubs Curves dans le monde

entier, poursuit Tru, des clubs

pas seulement ouverts aux

Afro-Américaines mais où

toutes les nationalités et

toutes les origines ethniques

seront les bienvenues. Voir sur

toute la planète des groupes

de femmes comme le nôtre

serait un vrai kif ! »

Facebook : @caramelcurves

AKASHA RABUT LOU BOYD

10 THE RED BULLETIN


COPYRIGHT © 2019 MNA, INC. ALL RIGHTS RESERVED.

N’ATTENDEZ PAS QUE L’AVENTURE VIENNE À VOUS.

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B U L L E V A R D

Tokyo, Japon

DISCO FEVER

Aux platines, c’est Dâm-Funk, un chanteur,

producteur et DJ américain – et véritable

groove machine. Ici, en avril, il enseignait

aux kids du Red Bull Music Festival de Tokyo

ce que la fièvre du disco signifiait dans les

années 70 : faire du patin à fond sur des

beats enflammés – ha ha ha stayin’ alive !

(Bon, il faut imaginer les kids et les patins…)

Instagram : @damfunk

12 THE RED BULLETIN


YUSUKE KASHIWAZAKI/RED BULL CONTENT POOL

THE RED BULLETIN 13


B U L L E V A R D

EcoGarden

UN BOCAL,

C’EST LA VIE

Loin d’être un simple

aquarium, ce microécosystème

pourrait

assurer de façon durable

et esthétique nos

besoins en nourriture.

H amza Qadoumi

entend révolutionner la

culture vivrière et la rendre

durable. À 24 ans, cet ingénieur

suédois est conscient

que notre planète fait face à

une demande de nourriture

sans cesse croissante due à

l’augmentation de la population

conjuguée à une pénurie

de terres fertiles et arables.

Qadoumi, dans sa quête

d’alternatives, a préféré

ÉCHANGE DE BONS

PROCÉDÉS

Les plantes filtrent

l’eau, fournissant un

habitat propre pour

les poissons…

réhabiliter des méthodes

anciennes plutôt que de chercher

des concepts modernes.

L’aquaponie est une technique

agricole jadis utilisée

par les Aztèques dans les

marais poissonneux des chinampas,

ou jardins flottants.

Le principe est simple : les

poissons sont nourris, leurs

excréments servent de nutriments

aux plantes qui à leur

tour nettoient l’habitat des

poissons et nourrissent les

hommes. À grande échelle,

l’aquaponie pourrait réduire

fortement notre empreinte

carbone car son besoin en eau

est de 90 % inférieur à celui

de l’agriculture traditionnelle

pour un rendement jusqu’à

six fois supérieur.

L’idée de Qadoumi est

d’adapter l’aquaponie à

l’échelle du particulier. Miaquarium

et mi-serre miniature,

son EcoGarden exploite

la symbiose entre les poissons

et les plantes pour créer un

écosystème autosuffisant. Les

herbes et les plants de basilic

ou de cresson poussent toute

l’année sans terre fertile. Une

application permet de gérer

l’appareil, nourrir les poissons

à distance et se connecter

à d’autres écojardiniers.

D’après Qadoumi, son

EcoGarden ouvrira à tous

l’accès à une nourriture durable.

« Notre gestion désastreuse

des ressources vient

de notre perte de lien avec la

culture de la terre », expliquet-il.

Par chance, notre poisson

rouge la cultivera pour nous.

ecobloom.se

… dont les excréments

constituent

des nutriments

pour les

plantes.

L’appli permet de nourrir les poissons

à distance et d’échanger des

infos avec d’autres écojardiniers.

DAVID LAGERHOLM, ECOBLOOM.SE FLORIAN OBKIRCHER

14 THE RED BULLETIN


ALPHATAURI.COM


B U L L E V A R D

Tayla Parx

« SI JE NE

CROIS PAS

EN MOI, QUI

LE FERA ?»

En composant des tubes pour

d’autres et en devenant elle-même

une pop star, la singulière artiste

américaine de 25 ans a un peu

percé le secret du succès.

L orsque des stars

comme Janelle Monáe,

Anderson .Paak et Christina

Aguilera sont en panne d’inspiration,

elles font appel à

Tayla Parx. L’actrice native de

Dallas – en 2007, elle incarne

Little Inez dans la comédie

musicale Hairspray, aux côtés

de John Travolta – devenue

auteure- compositrice est à

l’origine de quelques gros

tubes écrits pour d’autres.

Rien que l’an dernier, Tayla

Parx a co-signé quatre des dix

top singles américains, dont le

numéro un mondial d’Ariana

Grande, Thank U, Next (et le

suivant 7 Rings, également

numéro un). À présent, c’est

à son tour d’être dans la

lumière.

À l’occasion de la sortie

récente de son premier album,

We Need to Talk, nous avons

pris Parx au pied de la lettre

en l’invitant à en parler.

Cette surdouée de 25 ans

explique à The Red Bulletin

en quoi l’écoute est le secret

de sa créativité et comment

elle s’affirme en présence

de ces idoles.

the red bulletin : Auteurecompositrice

semble être un

rôle ingrat : on œuvre au

succès d’autrui sans aucune

reconnaissance. Alors, pourquoi

le faire ?

tayla parx : Vous savez,

j’écris pas mal de chansons

et je ne peux pas toutes les

chanter.

Plus de 200 par an, dit-on…

Je n’y peux rien. J’ai besoin de

libérer le flot de musique qu’il

y a en moi.

Qu’est-ce qui nourrit votre

créativité ?

Les expériences des autres.

Quand ma propre imagination

me fait défaut, les conversations

avec mon entourage et

ma fantaisie prennent le relais.

Garder le cœur et l’esprit

ouverts permet d’alimenter

constamment la créativité et

l’inspiration. Quand je me

sens moins inspirée, j’éprouve

le besoin d’en parler.

Craignez-vous de céder

votre chanson la plus aboutie

à quelqu’un d’autre ?

Comme 7 Rings pour Ariana

Grande ?

Non. Les choses n’arrivent pas

par hasard. Si une autre super

star en avait hérité, la chanson

aurait eu un impact différent

parce qu’elle était destinée à

cette artiste en particulier.

C’est comme si une autre que

Beyoncé avait chanté Crazy

in Love, son tube de 2003, la

chanson n’aurait probablement

pas autant cartonné.

Qu’est-ce qui vous a poussé

à interpréter vos morceaux ?

De nos jours, le public

demande de l’originalité en

musique. Jusque là, j’avais

imaginé un univers pour

d’autres ; à présent, j’en

invente un inédit qui me

ressemble.

Y a-t-il encore un créneau

pour de la pop originale

aujourd’hui ?

C’est comme en amour : allezvous

offrir à votre chérie le

même bouquet de fleurs pendant

dix ans ? L’emmener

dîner toujours dans le même

resto ? Non. Il y a mille et une

façons de dire « je t’aime ».

Pour moi, être originale se

situe moins dans ce que l’on

fait que dans la manière de

le faire.

Et comment cela se traduit-il

en musique ?

En mêlant deux univers que

vous n’auriez jamais imaginés

ensemble. Lil Wayne l’a fait

en associant hip-hop et rock.

Run-DMC l’avait précédé mais

à sa manière. Dans mon cas,

j’essaie de brouiller les frontières

censées séparer la pop

du R’n’B et du hip-hop. En les

mélangeant cela devient plus

intéressant.

Comment gère-t-on l’admiration

qu’on a pour ses

modèles ?

C’est dingue. Imaginez devoir

dire à votre idole : « Je n’aime

pas » ou « Je voudrais que tu

le fasses ainsi. » Dans ce cas,

il faut garder en tête que

vous êtes là pour ajouter une

dimension que nul autre ne

peut apporter. Et cela vous

conforte dans l’idée que vos

propositions comptent.

Une posture osée. Comment

arrive-t-on à ce niveau de

confiance ?

Je suis une jeune femme

noire, je pars donc avec un

handicap. De plus, je n’ai pas

de famille dans l’industrie musicale,

je dois donc travailler

trois fois plus que les autres.

Bref, si je ne crois pas en moi,

qui le fera ?

Le premier album de

Tayla Parx, We Need to Talk,

est dans les bacs ;

taylaparx.com

MADELEINE DALLA FLORIAN OBKIRCHER

16 THE RED BULLETIN


« J’AI BESOIN

DE LIBÉRER

LE FLOT

DE MUSIQUE

EN MOI. »

THE RED BULLETIN 17


B U L L E V A R D

DEVENIR VÉGÉTARIEN

RÉDUIRAIT NOTRE

EMPREINTE CARBONE

DE 73 %.

Novameat

TON STEAK ?

IMPRIMÉ !

Une entreprise imprime en 3D

de la « viande » à base de riz

et de petit pois. Une solution

pour sauver le monde ?

La lutte pour la sauvegarde

de l’environnement

s’intensifie et

nous avons plus que jamais

besoin d’idées innovantes. Des

chercheurs affirment qu’en

adoptant un régime végétarien,

notre empreinte carbone

diminuerait jusqu’à 73 % et

l’utilisation des terres arables

jusqu’à 75 % à l’échelle mondiale

(l’équivalent de l’Australie,

de l’Europe et des États-

Unis réunis).

C’est en étudiant la fabrication

d’organes artificiels que

Giuseppe Scionti, ingénieur et

fondateur de la start-up espagnole

Novameat, découvre

une alternative à la consommation

de viande. « Je reproduisais

des parties du corps

humain en développant des

tissus et des organes. Et en

développant une oreille prototype

ayant l’aspect et le tissu

d’une vraie, l’idée m’est venue

d’appliquer cette technique

pour produire des steaks végétaux

avec le goût, la texture,

l’aspect et les propriétés nutritionnelles

de la viande. »

Pour se faire, une pâte

beige à base de protéines de

riz, de petits pois et d’algues

marines est fabriquée puis

conditionnée pour l’impression

3D qui produit le « steak »

dans sa forme finale. « Les

protéines servant à recréer les

fibres musculaires sont ensuite

placées à un niveau micro

par extrusion, poursuit

Scionti. L’imprimante recrée

la texture musculaire et le tissu

animal, le goût et l’aspect. »

Après avoir mis au point

son steak végétal à faible

impact carbone, Novameat

travaille à présent à sa saveur

avec des chefs cuisiniers et

étudie la possibilité de l’adapter

aux besoins des consommateurs,

en jouant sur la teneur

en protéines, nutriments

et vitamines. « Au final, ce

produit pourra intéresser les

sportifs ou les agences spatiales,

précise Scionti. Voire

les organisations humanitaires

luttant contre la malnutrition

dans le monde. »

novameat.com

Un des steaks imprimés en 3D de Novameat.

LOU BOYD CHRISTINA LOCK

18 THE RED BULLETIN


Skullcandy partenaire majeur de Red Bull Dernier Mot 2019


B U L L E V A R D

Karen O

« LE SON DES

RAMONES ?

IRRÉSISTIBLE »

L’emblématique chanteuse

des Yeah Yeah Yeahs et les

quatre titres qui l’apaisent.

E n avril 2003 sortait l’un

des premiers albums les plus

excitants de l’histoire du rock.

Oscillant entre riffs de guitare

tapageurs et new wave énergique,

Fever To Tell du trio newyorkais

Yeah Yeah Yeahs est le

catalyseur de la vague dance

punk de la décennie et transforme

Karen O – née d’une mère

sud-coréenne et d’un père polonais

– en icône culturelle. Lux

Prima, son second opus en solo

en collaboration avec le producteur

Danger Mouse, évoque le

climat sociopolitique actuel

et offre ses morceaux en guise

d’échappatoire. « La musique

est la meilleure façon de tout

affronter », confie O, 40 ans.

Voici quatre titres qui la

requinquent les jours sans.

THE RAMONES

JUDY IS A PUNK (1976)

« Les Ramones étaient un groupe

très charismatique, unique en son

genre, dont la musique est tout

simplement irrésistible. L’écouter

me stimule et me donne envie de

bondir et de me trémousser

comme une ado. C’est simple et

revigorant, et les paroles font

mouche. Judy Is A Punk est le

genre de morceau qui me stimule

quelle que soit la situation ou

mon humeur. »

STEVIE WONDER

A PLACE IN THE SUN (1966)

« Ce titre du jeune Stevie Wonder

m’évoque un lieu chaleureux et

joyeux. Sa pureté et sa beauté

créent en moi une sensation de

bien-être. J’ai rencontré Stevie

quand j’étais enceinte (de son fils

Django, 3 ans aujourd’hui, ndlr).

Comme j’étais très intimidée, je

lui ai dit : “Pouvez-vous mettre

la main sur mon ventre et bénir

mon enfant ?” Il l’a fait, depuis

j’en espère des merveilles. »

MOSES SUMNEY

DOOMED (2017)

« La chanson est triste, mais

même les chansons tristes font

parfois du bien. Et celle-ci est

vraiment apaisante. Elle a un côté

sublime que je n’avais pas entendu

depuis de très nombreuses

années. Et la tristesse qu’elle

porte est allégée par la magnifique

voix de Moses. C’est léger

et mélancolique en même temps…

Voilà que je n’arrive plus à décrire

une musique. »

ZHANÉ

HEY, MR DJ (1993)

« Ce morceau du duo hip-hop est

très relax, et en même temps il

me donne envie de danser. Je fréquente

peu les discothèques en

ce moment, alors à chaque fois

quand je rends visite à des amis,

on se débrouille toujours pour

monter le son et danser. Danser

fait partie de ma vie. Nous avons

tous besoin d’une musique qui

adoucit les mœurs, surtout par

les temps qui courent. »

ELIOT LEE HAZEL FLORIAN OBKIRCHER

20 THE RED BULLETIN


Brian Bielmann, le légendaire photographe

de surf, revient sur les clichés incontournables

de ses quarante ans de carrière.

Faites que cette

photo soit nette !

Le Californien Nathan Fletcher

n’aurait jamais dû rider cette

vague, c’était de la folie pure.

Je me revois encore agenouillé

face à mon ordinateur, priant

pour que la photo soit nette.

Et elle l’était ! J’ai sauté de joie

quand je l’ai vue. J’étais tellement

content. Cette photo est entrée

dans l’histoire du surf.

22


L’esprit du surf

Les réflexions de Bielmann

sur l’œuvre de sa vie : la quête

de la vague parfaite et la

redéfinition d’une forme d’art.

Quand il commence les photos de surf en 1978, Brian

Bielmann ne s’imagine pas devenir une légende avec

plus de 150 couvertures de magazines à son actif et un

style en constante évolution. C’est pourtant exactement

ce qui s’est passé. Plongé dans les clichés de son

portfolio devenu culte, Bielmann admet qu’il ne se voit

pas comme un photographe sportif. « Pour moi, le surf

n’est pas un sport, mais plutôt une forme d’art. Et je

me suis d’ailleurs toujours considéré comme un artiste.

La différence est visible dans mon travail. »

Bielmann a une histoire associée à chacune de ses

photos les plus marquantes. Et c’est ainsi qu’il nous

livre sans le vouloir un genre d’historique à la première

personne où s’entremêlent le surf et tout un pan

de la photographie. « Il y a tellement de choses qui ont

changé depuis que je me suis lancé là-dedans, dit-il en

se remémorant une époque où jet-skis, grosses vagues

et autres cartes SD n’existaient pas. Avant, on ramait

et on avait 36 chances de faire une bonne photo, pas

une de plus. Maintenant, on peut mitrailler autant

qu’on veut, avec l’autofocus en prime. Mais le but reste

le même : prendre des photos qui font rêver. »

Précurseur dans l’âme pour avoir contribué à l’avènement

de la photographie de surf numérique et

popularisé les prises de vue sous-marines, Bielmann

avec son côté traditionnel, se moque bien des tendances

(« j’utilise rarement de fisheye, ça n’a jamais

été mon truc »). Plus que toute autre chose, il use de

son talent pour jouer avec la lumière, la composition

et l’aspect spectaculaire des vagues. Et ces décennies

à côtoyer les plus grands surfeurs lui ont permis de

capturer des moments révélateurs de l’esprit du surf.

Penché sur ses plus beaux clichés, Bielmann a la

gorge nouée quand on l’interroge sur le sens de son

œuvre. « C’est comme un album de famille, auquel

tout le monde du surf aurait contribué. J’ai commencé

à prendre des photos pour passer plus de temps

sur ma planche… Et au final, ça a changé ma vie. »

brianbielmann.com

Avec le recul, Bielmann peut le dire :

« Tout ça a changé ma vie. »

PORTRAIT: TERI ANN LINN

24 THE RED BULLETIN


Entre deux

mondes

L’Hawaïen Andy Irons et moi

étions restés sur place après

une compétition. On a fait

quelques photos sous l’eau

pour le plaisir. En les regardant

plus tard, je les ai vues

sous un autre angle. Sur

celle-ci, intitulée Heaven

Knows d’après la chanson

de Robert Plant, on dirait

qu’Andy est en train de passer

d’un monde à l’autre.

Quand les ennemis

deviennent amis

Un souvenir plein de joie : le jour

où Andy Irons et Kelly Slater (à droite)

ont mis leur éternelle rivalité au placard

et sont devenus amis. Je suis sûr

que cette journée en Indonésie reste

un beau souvenir pour Kelly. Andy

nous a quittés cinq ans plus tard.

THE RED BULLETIN 25


26 THE RED BULLETIN


Au cœur de

l’action

Voilà le Californien Kolohe

Andino lors d’un voyage

avec Red Bull aux îles

Mentawaï, en Indonésie,

il y a huit ans environ.

J’étais sur un bateau pour

prendre des photos et j’ai

réussi de justesse à passer

par-dessus la vague.

Qu’est-ce que ça me

manque, ces trips !

THE RED BULLETIN 27


Surf, drogues et rock’n’roll

Il s’agit d’une photo que j’ai prise pour le magazine

Surfer au début des années 80. On y voit

le surfeur hawaïen Tim Fretz, plus connu sous

le nom de Taz. C’était un type un peu taré qui

a vécu comme il surfait : vite et intensément.

Taz a ouvert la voie des airs. Il est mort jeune

d’une overdose. C’était vraiment triste de

le voir gâcher un tel talent.

Des gosses

devenus stars

Ici, Zeke Lau (tout à gauche) et

les frères Florence (de gauche à

droite : Nathan, Ivan et John

John), tous originaires d’Hawaï,

manifestent contre un projet de

construction (finalement abandonné)

de centre commercial.

Depuis, ces enfants sont devenus

des stars du surf, et John

John est considéré à juste titre

comme le meilleur au monde.

28 THE RED BULLETIN


Les débuts

avec Kelly

Une photo du jeune Kelly Slater,

à quatorze ans, prise à l’aube de ma

carrière. Je bossais pour Quiksilver

à l’époque. C’est un style qui a

rapidement été repris par d’autres

photographes et d’autres marques.

THE RED BULLETIN 29


Une photo,

deux mystères

Il s’agit d’une photo du surfeur

californien Nic Lamb que j’ai

prise du haut de la falaise, au

Jaws Festival de Maui en 2015.

Cette image reste un grand

mystère : on ne sait ni d’où il

sort, ni où il va disparaître.

31


Rayon de soleil

On était en train d’attendre la lumière parfaite, et là, une bande

d’Australiens est arrivée et a tout foutu en l’air en à peine quelques

secondes. Je devais faire le portrait d’Andy Irons pour le magazine

Transworld Surf. On avait tout organisé pour faire des photos dans

la véranda de la Billabong Hawaii House au coucher du soleil. Mais

c’était compter sans ce groupe d’Australiens. Ils se sont assis juste

à côté de nous avec leurs bières. J’étais en panique. Il ne me restait

que dix minutes, donc il fallait que j’improvise. Et puis, le miracle a

eu lieu : un rayon de soleil a traversé l’une des fenêtres et a éclairé

Andy d’une lumière sublime. J’ai fait dix prises et c’était fini. C’est

cette photo qui a fait la couverture de Transworld Surf à la mort

d’Andy en novembre 2010. Il avait 32 ans.

32 THE RED BULLETIN


La photo qui m’émeut le plus

C’est ma préférée de toutes. Andy Irons a le regard tourné vers Pipeline, un célèbre spot de

surf sur la côte nord d’Oahu, une île d’Hawaï. Après sa mort, j’ai appelé cette photo When

Doves Cry, en l’honneur de la chanson de Prince. Des magazines du monde entier ont utilisé

cette image. Elle représente plus pour moi que n’importe quelle autre de mes photos.

Quand la

vague frappe

Une photo de chute

sous-marine. Je ne me

souviens plus du nom

du surfeur. Le magazine

Transworld Surf a

affirmé qu’il s’agissait

d’Andy Irons et depuis,

tout le monde dit la

même chose. J’ai tout

juste réussi à le regarder

dans les yeux

avant qu’il ne se fasse

emporter par la vague.

THE RED BULLETIN 33


Le pouvoir de la

rime improvisée :

Pyromic (gauche)

parviendra-t-il

à déstabiliser

Doc Brrown ?


RED BULL

DERNIER MOT

« Les livres sont

des munitions

pour le pistolet

à rimes »

Texte SMAËL BOUAICI

SARAH BASTIN/RED BULL CONTENT POOL

35


Maître du battle rap

depuis les années 90,

Artik a largement

démontré qu’il était

un improvisateur hors

pair en remportant

les fameux concours

End of The Weak.

Désormais consultant

pour les battles d'impro

Red Bull Dernier Mot,

il sera dans le jury de

la finale 2019 qui se

déroulera à Marseille le

12 juillet. Nous l'avons

retrouvé dans un bar

près de la Défense pour

lui demander comment

l'impro rap a changé sa

vie et l'a aidé à forger

son caractère.

the red bulletin : Vous travaillez chez

Apple : est-ce que le fait d’être un as de

la répartie vous aide dans votre boulot ?

artik : Oui, parce que je suis souvent

amené à délivrer des formations devant

des groupes de personnes sur un sujet

que je maîtrise à peine, avec des informations

qui tombent au compte-gouttes.

L’improvisation, au-delà de rimer, c’est

lire le contexte autour de soi et pouvoir

s’en servir.

Tout le monde a connu ce moment où,

après une dispute, on se dit : « J’aurais

dû lui répondre ça ! » L’impro peut-elle

aider dans ces situations ?

Le principe même de l’improvisation, c’est

d’avoir un coup d’avance. Quand on te dit

un mot, ça doit déclencher plein d’autres

mots dans ta tête. Alors dans une dispute

ou dans une discussion où vous voulez

que votre avis soit pris en compte, l’impro

va être très utile. Si vous arrivez à prévoir

ce que l’autre va dire, et à lui répondre

avant, vous pouvez fermer les portes et

remporter la conversation comme un

battle. L’impro est un outil artistique mais

qui va beaucoup plus loin que ça.

Est-ce que cette pratique peut aider les

gens qui se sentent timides en société ?

Pour quelqu’un qui doit parler en public,

si vous maîtrisez à l’avance ce que vous

avez à dire, vous buterez moins sur les

mots et structurerez mieux vos idées. Et

surtout, vous aurez moins peur de passer

pour un idiot. J’étais agoraphobe, et les

battles de hip-hop m’ont permis de dépasser

ce trouble. Si vous devenez fort dans

vos propos, les autres ne pensent pas à

qui vous êtes. Et ça soulage, parce que

l’agoraphobie, c’est de croire que tout

le monde vous domine. Mais quand les

gens se taisent et écoutent, vous devenez

plus fort qu’eux.

SARAH BASTIN/RED BULL CONTENT POOL

36 THE RED BULLETIN


« L’impro est un

outil artistique,

mais qui va

beaucoup plus

loin que ça. »


L’arène de l’impro.

Le Trianon, lors de

la finale du Red

Bull Derniet Mot à

Paris l’an dernier.

« J’avais l’impression

d’être spectateur

de ma propre rime,

c’était dingue. »


SARAH BASTIN/RED BULL CONTENT POOL, LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

À VOUS DE JOUER !

LES 5 TIPS D’ARTIK POUR

DEVENIR UN PRO DE L’IMPRO

1 - L’entraînement, la répétition

de l’exercice. Il faut le faire de

manière quasi journalière, c’est

ce qui apporte les automatismes.

2 - Se défaire du stress. C’est le

stress qui empêche le cerveau

d’arriver correctement au bout

de la rime. Il faut être le plus zen

possible pour voir venir et être

capable de programmer ses

attaques.

3 - Écouter beaucoup de hip-hop

avant une battle pour entendre

la langue française décortiquée

pour le rap et s’imprégner des

formules et des constructions

rythmiques qui viendront plus

facilement en tête. Avant un

clash, j’écoutais même de vieilles

cassettes d’impro !

4 - Observer autour de soi.

Pendant la compétition, il faut

toujours être aux aguets, regarder

ce qui se passe, parce que

tout peut servir. La rime que vous

n’aurez pas, il faudra peut-être

aller la chercher dans la foule.

5 - Ne pas se formaliser des

attaques de l’adversaire. Le moment

où vous êtes énervé doit

durer moins de dix secondes, et

il ne faut pas vouloir absolument

rendre coup pour coup. Si l’adversaire

vous a vexé, n’essayez pas

de le vexer : essayez de le battre.

À quel âge peut-on commencer ?

Je fais toujours le lien avec l’écriture,

parce que l’impro, ça ne vient pas sans

avoir écrit un peu de rap avant. À partir

du moment où l’on sait écrire et parler,

on peut commencer à tester le rap et

l’improvisation.

Est-ce que les relations avec vos

proches ont évolué après votre succès

dans les battles de rap ?

Lors des rassemblements dans le quartier,

j’ai toujours été un peu taquin, avec le

sens de la formule. C’est plutôt moi qui

ai changé. J’ai commencé à avoir moins

peur et j’ai développé une assurance,

qui, peut-être au sommet de ma carrière

quand je gagnais les battles, a pu être

perçue comme un manque d’humilité.

Durant ces battles, est-ce qu’il y a eu

des moments où vous vous êtes dit que

votre cerveau avait réagi de manière

extraordinaire ?

Oui, plusieurs fois. La plus remarquée,

c’était pendant une épreuve de freestyle

bag pour End of the Weak. Il fallait improviser

sur un objet qu’on ne connaissait pas

à l’avance. Quand je l’ai sorti du sac, il

m’est tombé des mains. Le temps de le

ramasser, j’ai construit ma rime et le nom

de l’objet – un gant squelette – est sorti au

moment où je le levais. Ça s’est joué en

deux mesures. « Tu peux me le ramasser je

te le dis gars / Qu’est-ce que c’est, un gant

avec des os en forme de doigts. » Quand

Maras, vainqueur

de l’édition 2018

du Red Bull

Dernier Mot.

j’ai vu l’objet, j’ai su que ça allait rimer

avec doigt, mais je ne savais pas comment

j’allais placer « gants » et « os ». Et c’est arrivé

en même temps que le geste. J’avais

l’impression d’être spectateur de ma

propre rime, c’était dingue. Quand on

prend du temps à construire, les gens vous

voient mettre en place une mécanique.

Mais quand le mot semble sortir en même

temps que l’objet, ça devient de la magie.

Qu’est-ce qui se passe dans la tête des

protagonistes quand on dévoile les

mots sur lesquels il va falloir improviser

en battle ?

Quand l’indice, le mot ou l’objet sort, et

que ce n’est pas encore parti, il y a tous les

scénarios possibles qui tournent dans la

tête de l’improvisateur. Celui qui dit qu’il

attend le dernier moment est un menteur.

Quand le mot arrive, on est déjà en train

de l’orchestrer. On n’a pas toujours la

bonne idée au moment opportun, mais

le cerveau est déjà en train de cogiter.

Inventer des rimes, est-ce que c’est un

état d’esprit permanent ?

À l’époque où je pratiquais beaucoup,

c’était une gymnastique constante. Dès

que le corps est occupé, l’esprit vagabonde.

Je travaillais au McDonald’s à

cette période, en cuisine, et je répétais les

mêmes gestes. Comme je ne pensais plus

à ce que mes mains faisaient, ma tête était

concentrée à fabriquer des rimes toute

la journée.

THE RED BULLETIN 39


« Quand je

travaillais au

McDonald’s, ma

tête fabriquait

des rimes toute

la journée. »

Au job ou sur scène, la rime se joue

partout. Ici, Maras clashe Doc Brrown.

40 THE RED BULLETIN


RED BULL DERNIER MOT

QUAND L’IMPRO ENVAHIT MARSEILLE

Le 12 juillet, les meilleurs improvisateurs

de France ont rendezvous

à Marseille pour s’échanger

des punchlines lors d’une joute

verbale sans filet.

« Si Red Bull Dernier Mot avait

existé à l’époque, j’y aurais participé

sans hésiter, affirme Artik,

consultant et membre du jury

de la finale 2019. Parce que c’est

le concours de battle rap le plus

complet : freestyle, impro,

clash… Cette compétition révèle

à la fois les qualités d’improvisateur

et les qualités de clasheur.

C’est vraiment le meilleur de

tous. »

Né en 2017, Red Bull Dernier Mot

est l’adaptation française de Red

Bull Batalla de los Gallos (trad.

la bataille des coqs), un battle

lancé en 2005 et devenu un

phénomène international dans

le monde hispanophone avec

des dizaines de milliers de spectateurs

pour la finale mondiale

chaque année et des millions

d’autres en live streaming.

À travers différentes épreuves,

Red Bull Dernier Mot est un

concours qui mixe battle de rap,

impro, prose, poésie et présence

scénique. Les MC’s doivent improviser

sans préparation sur

des thèmes imposés en direct

Res Turner, à

gauche, envoie de

la punchline, tandis

que Maras anticipe

sa prochaine rime.

au dernier moment via un mot

ou une image, projetés sur grand

écran. Après le Bataclan et le

Trianon à Paris, c’est donc le

Théâtre Silvain de la cité phocéenne

qui accueillera la finale

le 12 juillet, où s’affronteront les

seize meilleurs MC’s sélectionnés.

Pour participer, rendez-vous

sur l’appli Red Bull Dernier Mot :

sélectionnez un beat, placez les

mots imposés dans une impro

et envoyez votre vidéo.

Le jury visionnera l’intégralité

des prestations et retiendra les

seize concurrents qui s’affronteront

pour succéder à Maras,

vainqueur en 2018, et Res Turner,

champion 2017, sous les yeux

d’Artik, qui ne tiendra pas sur sa

chaise. « Quand je suis juge au

Red Bull Dernier Mot, dans ma

tête, je fais toutes les épreuves.

Généralement, je m’en sors

bien ! » Un conseil de pro aux

candidats ? « Se mettre le public

dans la poche. Avec le public derrière

soi, on est optimisé, il nous

pousse à sortir le meilleur de

nous-mêmes. Et ne jamais perdre

espoir. On l’a vu lors de la finale

l’année dernière : il suffit d’une

rime éblouissante pour effacer le

reste d’un battle. À tout moment,

il peut y avoir une fulgurance

qui remet tout en cause. »

« Si tu es subtil et

drôle dans tes rimes,

tout passe. »

Quelles sont les limites d’une attaque

en battle d’improvisation ?

Le physique, les vêtements, la démarche,

les histoires inventées, tout ça, c’est normal,

c’est notre matière première. La

limite, pour moi, c’est quand ça devient

personnel. Quand l’adversaire frappe là

où ça fait mal dans la vraie vie. Il faut être

plus fort que l’autre, mais pas forcément

le tuer. Ça ne sert à rien de lui dire que

c’est une merde de manière brute. J’ai vu

des clashs qui auraient pu partir en vrille

à l’époque où le battle rap était moins

connu et cantonné à des petites salles.

À mes débuts, j’ai parfois joué dans des

coupe-gorges où une rime qui ne passait

pas, c’était un risque de bagarre. Mais si

tu es subtil et drôle dans tes rimes, tout

passe. De toute façon, en battle, si vous

faites une rime à laquelle vous ne croyez

pas, ça ne fera rire personne. Il faut être

son premier fan.

Existe-t-il des techniques pour clasher

avec finesse ?

Les comparaisons et les métaphores fonctionnent

bien. Si vous comparez l’adversaire

à un animal, et qu’il lui ressemble

vraiment, ça marche, comme les références

pop connues de tous. Mais c’est

difficile : on doit déjà trouver des rimes

et du sens, et seuls les meilleurs arrivent

à placer des figures de style. Il est primordial

aussi de réagir sur l’instant et retourner

contre lui ce que l’adversaire vient de

dire. Et il n’est pas conseillé d’avoir un

schéma trop établi. Il faut laisser ouvert

le champ des possibles.

LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

Quelles sont les qualités nécessaires

pour se lancer dans l’impro ?

Il faut du vocabulaire. Quand j’enseignais

le rap en MJC, je disais à mes élèves de

lire beaucoup. Les livres sont des munitions

pour le pistolet à rimes. Chercher

ses mots, c’est un signe de faiblesse. Il

faut aussi avoir un esprit de compétition,

être sportif dans l’âme. Je ne l’étais pas

du tout, mais c’est devenu une nécessité.

Je n’y allais pas pour gagner, mais pour

me persuader que j’étais fort.

redbullderniermot.com

41


L’odyssée

de Perrine Fages

Dans la galaxie de l’ultra distance, il y a PERRINE FAGES,

genre hors-norme, femme inspirante. Nous avons suivi la

Française au Qatar où elle travaille et s’entraîne, puis à

Oman, sur son vélo, dans le dur, lors du Biking Man.

Texte PATRICIA OUDIT

Photos DOM DAHER

Il y a rarement Perrine en

la demeure. Trop occupée

à s’entraîner, à parcourir

le monde à vélo…

42


« Lors de ma première

sortie de 180 km à vélo,

j’ai cru mourir ! »

Zekreet, à 90 km de Doha.

Un désert où Perrine Fages

adore venir s’entraîner sur

ce Gravel qu’elle maîtrise

encore mal.


une enfilade de monolithes bruns que

l’on dirait sortis tout droit de 2001 : l’odyssée

de l’espace. En réalité, des sculptures de

Richard Serra. Posées comme des apparitions

dans le désert qatari, à 90 km au C’est

nord de Doha. Un endroit propice aux rencontres du troisième

type. Parce que Perrine Fages n’est pas ordinaire.

Inclassable. Comme Zekreet, ce spot off road où elle aime

venir pédaler ou courir, quand le soleil se lève et inonde le

désert de ses chauds reflets. Son Gravel (monture hybride

entre vélo de route, VTT et cyclosport) dans le coffre, elle

vient faire une dernière révision de sa prochaine course

qui contient des sections du même nom, c’est-à-dire, en

bon français, des graviers, et sur lesquelles elle avoue et

assume ne pas être à l’aise. « Jamais fait de VTT de ma vie,

en Gravel, dans les descentes, je pleure ! »

Perrine se lève souvent à 5 heures du matin pour tailler

la route sur la Dukhan Highway, une six voies presque

déserte en ce vendredi de prière, bordée par le cameldrome,

où les robots maniant la cravache ont remplacé

les enfants sur le dos des dromadaires, les droits de

l’homme ont gagné sur ce point-là. Cela rappelle à Perrine

deux choses : qu’elle aussi fut cavalière, sur des chevaux,

trois ans en équipe de France junior de concours complet,

et qu’elle aurait rêvé d’être défenseure des droits

humains. Mais une fac de droit à Montpellier, une licence

en Espagne, une maîtrise au Canada, et un doctorat en

droit européen de la concurrence plus tard, son destin

prend un autre virage. « Mon diplôme en poche, j’ai

frappé à toutes les portes des organisations, ONU en tête,

mais elles sont toutes restées fermées. J’ai dit très bien, je

ne sauverai pas le monde… » À défaut, elle le parcourra.

En attendant, ce sera école d’avocat à Versailles, huit ans

passés à Paris dans un cabinet d’avocat américain. Le

sport, à elle révélé lors de ses voyages étudiants, apparaît

comme une échappatoire à la vie de sédentaire qu’elle

subit et déteste. « Je voulais être en forme pour faire de la

montagne. Alors j’ai commencé à courir, à faire des marathons

: le vendredi soir, à l’heure de partir en week-end,

mes patrons ne m’ont jamais vue autrement qu’avec un

sac sur le dos … » Peu à peu, le petit ami d’alors s’évapore,

à ce rythme-là, le sport impose un peu le célibat.

45


Mains manucurées entre les cocottes, rester coquette : mitaines roses,

cuissard assorti au maillot.

Pourquoi vient-elle là, vit-elle là ? Après l’échappée

dans la désertique Zekreet, c’est dans cette Doha,

cité de bien des délires architecturaux, où l’eau

turquoise à 22 °C n’accueille personne, pas plus que les

trottoirs bordant les routes à quatre voies, que nous

avons encore suivi Perrine. Depuis quatre ans, la jeune

femme qui en a 39, y travaille comme juriste chez beIN

Sport. Perrine, nous l’avions croisée il y a un an, dans la

brume corse. Son maillot rose flashy tranchant sur le

noir de l’asphalte. Sur le circuit Biking Man déjà (voir

encadré page 51). Elle avait fini 2 e femme en 51 heures

et 7 minutes de course, avalant les 700 km et 13 000 m

de dénivelé sans moufeter. Trouvant le temps de nous

en consacrer dans un bistrot de Bastia, après deux jours

sans sommeil. Nous avions noté ses ongles impeccables,

ses jambes tannées et fuselées par 14 000 km annuels,

son sourire éclatant, légèrement goguenard.

À Doha, chemise blanche sur pantalon noir, elle nous

invite à la suivre jusqu’à son bureau où trônent moult

coupes et médailles, trophées remportés lors de ses

courses, triathlons, marathons, course de vélo longue

distance. « Je suis venue au vélo il y a un an pour m’entraîner

en ultra- distance dans le but de faire un Iron Man

(un triathlon extrême, ndlr). Lors de ma première sortie

de 180 km, moi qui n’avais jamais fait de vélo aussi longtemps,

j’ai cru mourir !» Au mur, un planning de voyage

dont elle détaille le flux tendu : « Tous les quinze jours,

je m’organise un trip vélo, soit sur un week-end, là, vous

voyez, j’ai la Turquie ou la Géorgie, à seulement 3,5 heures

d’avion, soit sur quatre ou cinq jours : j’ai la chance d’avoir

dix semaines de vacances. Le Qatar, ce n’est pas un

hasard !» Sur le planning encore, il y a l’Ouganda. « Ce

voyage m’a bouleversée. Tout ce que j’avais étudié en

matière de droits de l’Homme notamment était sous mes

Ici, vivre dans un palace

coûte moins cher que de

louer un appart.

yeux et je le découvrais sur mon petit vélo… » On lui

demande d’où lui vient cette énergie phénoménale, auraitelle

bu, petite, la potion magique d’Astérix ? Elle sourit,

botte en touche, n’a pas l’air de trouver cela anormal.

Le soir, Perrine décide d’aller courir. On se demande

si elle n’est pas la seule à se livrer à une activité sportive

dans une ville où nous n’avons croisé aucun cycliste et

encore moins de joggeurs. « Je vais vous emmener au

seul endroit où l’on peut courir ici, à la corniche. Quand

je veux faire du vélo, je vais à La Perle, le quartier des

expatriés, le QG des cyclistes. On peut y faire une boucle

de 20 km. » Un genre de Beverly Hills local que l’on

croirait conçu pour tourner un épisode de Desperate

Housewives. Ici, elle n’a pas de chez elle. Vit à l’hôtel.

Même un palace avec salle de gym et bassin olympique

coûte moins cher que de louer un appartement. À force,

on lui fait des prix. Un choix stratégique. « Comme il n’y

a pas grand-chose à faire et que je n’ai aucune obligation

domestique, tout mon budget est consacré à mes courses

et mes voyages. Le boulot, c’est 7-15 heures non-stop,

pas de pause déjeuner. Je bosse, et après je suis libre.

Ça me laisse du temps pour nager entre 17 et 18 heures,

et le soir, je fais du renforcement musculaire avec deux

coaches trois à quatre fois par semaine. Le soir, coucher

à 23 heures. » Si l’on additionne, cela donne un mois à

360 ° : 300 km de vélo + 50 km de course à pied + 10 km

de natation. » Une drôle de vie. « Au début, j’en avais

honte. Maintenant, j’assume. J’aime l’idée que j’ai deux

valises. Et trois vélos ! »

Perrine n’y voit rien que du pratique, rien de sacrificiel.

Sans sponsor, hormis quelques équipements offerts

par Rapha (dont le fameux maillot rose flashy) et 44 € de

produits nutrition, elle se paie tout elle-même, les salaires

d’ici lui permettent cette liberté qu’elle ne pourrait

connaître ailleurs. Dans son emploi du temps bien réglé,

le jeudi, quand elle n’est pas partie, est dévolu à la

culture : expos, ciné. Avec quelques amis, même si le

cercle est restreint, souvent entre expatriés, exclusivement

dans la communauté sportive. « La première année,

je me suis sentie très seule. Ça s’est amélioré depuis, je me

suis fait quelques potes qataris, mais on n’est jamais invités

chez eux. C’est ce sentiment d’isolement qui me fera

un jour partir d’ici. » Dans sa chambre spacieuse, dont elle

change régulièrement mais toujours avec accès piscine,

une petite ambiance atelier : vélos tout carbone, pompes,

recharges pour lumières, chaussures, casques et cuissards.

Le matériel de base d’une ultra-cycliste. Dans le

hall au luxe doré du palace, en cuissard et chaussures

à cale-pied, madame Fages, il est vrai, détone un brin.

« Les employés qui me connaissent tous me prennent

pour une sorte de gentille folle. La plupart me suivent

sur les réseaux sociaux, m’encouragent. » Et quand

Perrine reste coincée, si, si, dans ses chaussures de vélo,

les gens de la maintenance de l’hôtel accourent pour la

désincarcérer. Et parfois aussi, lui réparer son hometrainer

qui trône sur son balcon.

La vie de famille, elle n’a pas encore fait une croix

dessus, il est encore temps de faire la rencontre, d’avoir

46 THE RED BULLETIN


Session running sur

la corniche de Doha,

un des rares endroits

où l’on peut courir dans

la capitale qatarie.

Avec l’un de ses coaches, dans la salle de gym de l’hôtel où elle vit.

Perrine s’y entraîne trois à quatre fois par semaine.

Dans son bureau où elle est chargée des contrats juridiques de la chaîne

beIN Sport. Derrière elle trônent moult trophées.

THE RED BULLETIN 47


À Oman, la veille du Biking Man.

Sur son vélo de contre-la-montre,

la cycliste a vraiment l’air de

s’amuser… pour l’instant !


Juste avant le CP 2, tableau

biblique d’un campement

nomade, bientôt camouflé par

de violents vents de sable…

des enfants. « Ce qui me rassure, c’est que je sais que je

peux vivre et travailler n’importe où… Après, une relation

c’est beaucoup de contraintes… »

Le soir, au restaurant de l’hôtel, la veille de s’envoler

pour Mascate, la capitale d’Oman pour le Biking

Man du même nom, à une heure et demi d’avion,

Perrine stresse un peu. En étudiant la carte du tracé sur

son ordinateur, les interminables langues de bitume sur

lesquelles il lui faudra rouler vraisemblablement de nuit

comme de jour, dans le chaud et le froid, elle se souvient

du gros épouvantail : cette montée infernale du Djebel

Shams, le point culminant du pays (3 009 m), l’un des

cols les plus durs au monde. Pour avoir couru Oman l’an

dernier, elle en a encore un petit goût de frustration dans

la bouche : « Je m’étais inscrite pour préparer l’Enduro-

Man (nous y reviendrons, ndlr) parce qu’il fallait que je

bouffe du kilomètre. Oman, c’est un pays que j’adore,

où je vais souvent pour faire de la montagne, parce qu’ici

au Qatar, c’est plat. Une copine voulait participer et on

a décidé de le faire en équipe. Mais elle ne s’était pas

entraînée. Elle a jeté l’éponge à la moitié. J’ai fini seule,

donc pas classée. Et dégoûtée. Mais j’ai eu au passage une

véritable révélation : pendant que ma partenaire vivait

l’enfer, je roulais seule sous la lune du désert, le bruit

des vagues… Et ce milieu composé de gens tellement

intéressants, qui ont tous des histoires de fou… » Voilà

pourquoi Perrine qui, bon fond d’endurance aidant, progresse

vite à vélo, décide de signer à nouveau. Et aussi

parce que le format lui plaît. « C’est une course intelligente

qui permet à chacun de faire sa stratégie, de découvrir

la diversité d’un pays à son rythme. Et où, malgré le

cadre, il y a de l’aventure : sur l’épreuve de Taïwan, j’ai

cassé mon vélo, je me suis perdue. C’était fantastique ! »

Dans le monde de l’ultra, la notion de bonheur est

étrange. Incompréhensible. Entre-temps, Perrine, jamais

rassasiée, l’avait cherché et trouvé dans une quête

ultime, en août dernier. Dans cet EnduroMan, triathlon

extrême (voir palmarès page 52), reprenant le record à

Marine Leleu, l’Insta-runneuse de dix ans sa cadette. Une

course épique où, à sa première tentative, l’athlète s’était

brûlée au 2 e degré à cause du maillot qu’elle avait eu le

« À Taïwan, j’ai cassé

mon vélo, me suis perdue.

C’était fantastique ! »

THE RED BULLETIN 49


Djebel Shams, sommet

d’Oman. Un pied à terre

dans 19 ° quand on a un

vélo de contre-la-montre :

pas vraiment anormal.


Biking Man

Créé en 2017, ce circuit

d’exploration cycliste

sans assistance est

composé de six

épreuves à travers le

monde (Oman, Corse,

Laos, Pérou, Portugal,

Taïwan). Axel Carion,

son organisateur, vise

trois types de public :

« Ceux qui jouent le

chrono, ceux qui

tentent la place et

ceux qui veulent

finir. »

bikingman.com

Oman

DÉPART

Barka

ARRIVÉE

Mascate

51


À bout de souffle, de

cuisses, Perrine mange

son pain noir dans la

seule mais impitoyable

ascension de la course.

Arche gagnée

Sommets himalayens,

marathons, triathlons,

Iron Man, Biking Man…

Perrine est une

stakhanoviste de

l’ultra- distance. Son

plus gros exploit à ce

jour : avoir battu le

record de l’EnduroMan

ou Woman plutôt,

aussi connu sous le

nom de Arch 2 Arc.

Soit 140 km de course

à pied de Londres

(sous Marble Arch)

à Douvres, 34 km de

natation (traversée

de la Manche, jusqu’à

Calais) et 289 km

de vélo jusqu’à Paris

(arrivée sous l’Arc

de Triomphe). En

août dernier, Perrine

bouclait le tout en

67 heures et 21 minutes.

On ne comptait

alors que 34 finishers.

tort d’enfiler sous sa combinaison. Elle souviendra

à jamais du « type en slip » qui valide sa traversée de la

Manche, « les gens en train de bronzer sur la plage de

Calais, et moi qui pleure en disant : “Je ne suis pas une

nageuse !” » Improbable, mais elle a bien vu un yack

à vélo sur la Côte d’Opale. Tout est donc possible.

Mascate, veille du départ du Biking Man Oman.

Au check du matériel où tout le monde s’étonne

qu’elle ait choisi un vélo de contre-la-montre pour

faire la boucle de 1 000 km (et 7 200 m de dénivelé),

Perrine répond stratégie : « Le parcours est majoritairement

plat. Je sais que je vais en baver dans le Djebel

Shams. Mais que je pourrai réparer plus facilement en cas

de souci mécanique. C’est un choix, il n’y a pas de vélo

parfait pour cette course. » La nuit sera courte, comme

l’heure de départ : trois heures du matin. Sommeil bref

mais réparateur, Perrine dort peu mais généralement bien.

En duo avec l’un des aînés de la course, Jacques Barge, dans les longues

et belles lignes droites serties dans les vallées.

52 THE RED BULLETIN


Chute, ambulance. Clavicule cassée après un soleil en bas du col.

Game over. Mais ce n'est que partie remise.

« La fracture du cycliste.

Je peux faire partie du

clan maintenant ! »

Son maillot rose fluo flashe dans la nuit, on ne voit qu’elle,

non loin du regard de killer de Rodney Soncco, le futur

vainqueur de l’épreuve en, tenez-vous bien aux cocottes de

frein, 38 heures et 17 minutes. Elle, elle vise les 54 heures,

soit une allure de 20 km/h. Dans son bureau de Doha,

Perrine nous avait avoué qu’elle avait fini l’année 2018

sur l’Ultra- Trail d’Oman en décembre, un peu fatiguée.

Et puis, janvier, encore des courses à pied de 100 km, des

trips vélo de cinq jours… « Pas eu le temps de consacrer

un entraînement suffisant, 300 km par semaine, ce n’est

pas assez. Et l’année dernière, je n’ai fait que nager. »

Trop tard pour y penser sur la ligne. AC/DC, au son

de TNT, c’est parti. Axel Carion l’organisateur du circuit,

évidemment ultra-cycliste de toute son âme, est aux

anges. Le peloton s’étire dans la tiédeur de la nuit. Montagnes

ocres, palmeraies, villages blancs et roses. Le jour

vient de se lever sur Oman. Beau pays. Vallonné, fauxplats

qui cassent les jambes d’emblée. Si Perrine se retournait,

elle verrait se découper des pics marbrés en ombres

chinoises. Rapidement, la cycliste en rose joue au contrela-montre,

50 km/h aérodynamiques en compagnie d’un

des aînés de la course, Jacques Barge, 67 ans, comme un

pied de nez aux critiques de la veille. À la pause, Perrine

remet en place son cuissard, la coquette veut éviter les

doubles marques disgracieuses de bronzage, et parle de

cette douleur qui s’éteint vite : il suffit d’être concentrée.

Dormir ? Peut-être quelques minutes. Le temps d’un de

ces power naps, siestes expresses : en Corse, elle avait bien

réussi à s’endormir près des tombes d’un cimetière, roulée

en boule dans sa couverture de survie. Tout est décidément

possible avec Perrine.

Djebel Shams. Un geai bleu roi passe au-dessus de

nos têtes, mais de la petite falaise, c’est le rose flashy du

maillot de Perrine que l’on attend. Il est 15 h 40, Rodney

Soncco redescend déjà, deux heures seulement pour

avaler les 26 km d’ascension, quand ses poursuivants

sont à peine montés. Sous le cagnard des 31 °C de ce

mois de février, des hallucinations se font jour. L’on croit

voir du rose partout. Enfin, le seul, le vrai apparaît. Elle

roule tant qu’elle peut, mais au plus fort des 19 ° de la

pente, où même les plus affûtés des grimpeurs zigzaguent,

Perrine met un pied à terre. Maudit son vélo

de contre-la-montre. Pleure de rage. Cramée. Loin d’être

la seule. 20 h 20, elle arrive au CP1, km 357, un bon tiers

de la course dans la musette, en compagnie de Stéven

Le Hyaric, aventurier connu pour sa traversée à vélo de

l’Himalaya. Les cale-pieds usés à force d’avoir marché

dessus, mais la jeune femme, malgré tout heureuse de

sa journée, reste optimiste : il n’y a rien que le Tape, le

fameux adhésif, ne répare. Deux heures de repos par

10 °C, puis c’est reparti. Descente dans la nuit froide.

Mais elle aime ça, les descentes.

Trois heures du matin. Un texto. « Hello, ça va ? J’ai

eu un petit accident. » On commence à les connaître, les

euphémismes de la dure au mal. Un de ces dos d’âne,

si fréquents dans le pays, sur le plat, en bas du Djebel

Shams, vient de ruiner les espoirs de la cycliste. Soleil

au-dessus du guidon. Stéven est resté, en bon copain

ange-gardien. On les retrouve tous deux sur des marches,

recouverts d’une couverture de survie (décidément) pour

se protéger du froid. L’ambulance appelée, nous filons

plein pot dans les rues désertes de Barka, direction l’hôpital,

au son du muezzin. Le verdict tombera plus tard :

clavicule cassée. « La fracture du cycliste. Je peux faire

partie du clan maintenant ! », plaisante-t-elle, malgré son

énorme déception. À croire qu’Oman loge en son sein

une malédiction. Sa course n’aura duré que 24 heures.

Perrine restera sur le parcours, l’épaule dans une attelle,

dans notre voiture, à l’abri de la tempête de sable juste

avant le CP 2 km 757, et sa mer émeraude. Elle ne s’immiscera

pas entre les flancs ocres du Wadi Maih, qui font

des trente derniers kilomètres une pure magie. Ne finira

pas. Oui, cela aussi peut se passer avec Perrine.

De retour à Doha, les regrets sont vite oubliés.

Quelques jours seulement après s’être fracturé la clavicule,

la jeune femme nous envoyait une photo : elle,

allongée dans une salle de gym en pleine séance d’abdos,

le bras en écharpe. « Propension à récupérer très vite » :

elle nous avait prévenus. Prête à repartir vers de nouvelles

aventures au Pakistan, à courir le long du glacier

Hopper dans la vallée de Hunza, à oser pédaler dans un

pays où faire du vélo quand on est une femme est une

révolte réprimée. À rêver d’une route perchée à 5 800 m,

sur une zone militaire entre le Pakistan et l’Inde, de passer

par le Chemin des Pèlerins au Tibet pour y accéder.

Tout un symbole. Sûrement, à terme, arrêter les courses.

Prouver qu’en sillonnant librement le monde, affranchie

des tracas féminins du quotidien, sans chez-soi véritable,

avec le courage de n’écouter que ses envies, malgré les

blessures, les brûlures, que oui, tout est possible.

Instagram : @perrinefage

Merci à Oman Air pour son soutien logistique.

THE RED BULLETIN 53


À l’heure d’internet et

des spoilers, comment

réussir à surprendre

son public ? SECRET

CINEMA vous ouvre

(presque) ses portes...

Texte TOM GUISE


L’Empire contre-attaque,

Printworks (2015)

« Nous ne voulions pas que le public

apprenne l’existence du X-Wing, raconte

Andrea Moccia, l’un des producteurs du

Secret Cinema. Il a donc décollé d’un endroit

gardé secret, a tiré un mini feu d’artifice

dans l’énorme structure, s’est posé, et

Luke Skywalker en est sorti. Je n’ai jamais

vu tant de quinquas aussi heureux. »

SECRET CINEMA/MIKE MASSARO

C’ÉTAIT UN

SECRET

55


Àl’intérieur d’un entrepôt gigantesque

de 6000 m², dans un

lieu (tenu secret) à Londres,

l’agitation est à son comble. On

termine fébrilement un décor

gigantesque qui ressemble à…

Les comédiens répètent au

milieu d’une reconstitution

surprenante des ruelles de… Un homme qui

ressemble étrangement à Daniel Craig se

promène au milieu d’eux, scrutant son environnement

d’un regard sombre. Il est suivi de

près par Barbara Broccoli, productrice des derniers

films de la série des James Bond. Cette

scène a pu se produire ou non ; nous ne pouvons

pas vraiment vous le dire, car la première

règle du Secret Cinema est de ne rien dire à

personne.

La seconde règle : s’immerger. C’est ce que

font des centaines de milliers de personnes

depuis une douzaine années, avec la naissance

de Secret Cinema. En payant votre billet,

vous faites la promesse de garder le secret.

On vous dit comment vous habiller et où vous

rendre à une heure et un jour précis. Il est

interdit d’apporter son smartphone et de

prendre des photos. Vous vivrez l’une des

expériences les plus incroyables de votre vie.

En 2012, Andrea Moccia assistait à Secret

Cinema presents The Shawshank Redemption.

Il fut convoqué dans une bibliothèque puis

conduit vers une salle d’audience improvisée.

« Le juge m’a condamné pour un crime que

je n’avais pas commis, se souvient-il. Les

policiers m’ont embarqué dans un fourgon

aux vitres noircies qui m’a emmené dans

une école transformée en prison où d’autres

membres du public me criaient dessus. On

m’a déshabillé, mis un uniforme de prison et

enfermé dans une cellule. Je suis parti cette

nuit-là en me disant que ces gens-là étaient

complètement fous, et qu’il fallait absolument

que je travaille avec eux. » Il est aujourd’hui

l’un des producteurs de Secret Cinema. « La

première production sur laquelle j’ai bossé

était Brazil, dit Moccia. Le premier jour,

j’entre dans l’immeuble transformé et je

me retrouve coincé dans un ascenseur avec

Terry Gilliam (le réalisateur, ndlr). Ce fut

mon baptême du feu. »

C’est une expression appropriée pour tous

ceux qui font l’expérience de leur premier

Secret Cinema – une aventure de six heures

où vous pénétrez l’univers d’un film reconstitué

avec un récit qui se déroule jusqu’à ce qu’il

atteigne son point culminant : le moment où

le film commence. L’année dernière, lorsque

Secret Cinema adapte Roméo + Juliette tourné

en 1996 par Baz Luhrmann, et recrée le

paysage de Verona Beach pour 5 000 spectateurs

chaque soir, avec des chorales, des voitures

de police et un bal masqué au manoir

Capulet, le cinéaste décrit l’expérience comme

« une toute nouvelle forme d’expression artistique

». Cet art fait appel à ce que Secret

Cinema appelle des « moments miroirs » alors

que des comédiens reconstituent des scènes en

parfaite synchronisation avec l’action à l’écran.

Le public a auparavant la possibilité de rencontrer

ces personnages dans leur aventure.

Pour un événement de la taille de

Roméo + Juliette, Susan Kulkarni, responsable

des costumes, comptait sur une équipe de

trente personnes travaillant avec environ

700 costumes. « Les acteurs se changent plusieurs

fois dans la soirée, on déguise le personnel

du bar, la sécurité et même l’équipe de

nettoyage, parce qu’une personne dont les

habits détonent avec le reste suffit à rompre le

charme. » Kulkarni doit aussi tenir compte de

l’apparence du public. Après que le spectateur

a acheté son billet, on lui assigne un personnage

et on lui propose des suggestions d’habillement.

« Pour Les Évadés, nous avons eu besoin

de 1 200 uniformes de prison. J’ai trouvé un

type qui possédait des uniformes de prison

norvégiens des années 40 dans son garage.

Le public se sentait partie intégrante de cet

Brazil, Croydon

(2013)

« Le héros a dû sauter

d’une tour en rappel

avec d’énormes ailes,

mais il semblait voler,

dit Susan Kulkarni, la

responsable des costumes.

Nous n’avons

eu que quelques jours

pour créer les ailes. »

SECRET CINEMA/HANSON LEATHERBY

56 THE RED BULLETIN


La première règle

de Secret Cinema est

de ne rien dire. La

seconde : s’immerger.

Docteur Folamour, Printworks (2016)

Après L’Empire contre-attaque, l’adaptation de la satire de

Stanley Kubrick a ramené le concept du secret quant au

film choisi. La projection a eu lieu dans le centre de crise,

pour un public en uniforme militaire. « L’idée était de créer

un sommet, dit Riggall, fondateur de Secret Cinema. Afin

que le spectateur se sente comme un dirigeant du monde. »


univers parce qu’il portait une véritable tenue

d’époque. » En 2009 lorsque Kulkarni se joint

à Secret Cinema, c’est pour une représentation

unique du film des Marx Brothers, Une nuit

à l’opéra. « On avait des costumes pour la première

fois. J’étais seule, j’avais deux jours pour

habiller quarante personnes, se souvient-elle.

Un grande type est venu demander son costume.

J’ai composé une tenue et comme je n’ai

pas paniqué, j’ai reçu un appel pour rejoindre

la compagnie. » Le grand type, c’était Fabien

Riggall, le fondateur de Secret Cinema.

L’idée est venue à Riggall alors qu’il était

enfant et vivait au Maroc, dans les

années 80. « J’avais onze ans. Je suis

allé dans un cinéma miteux de Casablanca

sans savoir ce qu’on y présentait.

C’était Il était une fois en Amérique de Sergio

Leone, un film dément avec une bande sonore

épique d’Ennio Morricone. Le protagoniste,

Noodles, était amoureux de Deborah, interprétée

par Jennifer Connelly. Je me suis laissé

transporter et je suis devenu Noodles. »

En 2003, Riggall lance un festival de courts

métrages, Future Shorts. « Un ami avait un

bunker souterrain. J’y ai organisé une soirée :

douze courts métrages, un DJ set. » L’idée a

évolué vers Future Cinema qui présentait

des longs métrages dont le film d’horreur

Nosferatu de 1922 au club SeOne de Londres.

« Nous n’avons révélé ni le titre du film ni le

lieu ; je pensais que ça ne se vendrait pas,

mais on a reçu 400 personnes. » Il teste une

adaptation immersive de Metropolis de Fritz

Lang. « Le concept ? Comment rendre cela

plus réel. Nous voulions jouer avec le mystère.

» En 2007, place à Secret Cinema, avec

« Paranoid Park de Gus Van Sant qui raconte

l’histoire d’un skateur accusé de meurtre.

Nous l’avons fait dans des tunnels sous le pont

de Londres, remplis de rampes et de halfpipes

et le public est devenu la communauté

de skateboardeurs dans cette cachette, avec

des enquêtes policières mises en scène ».

L’ampleur et l’ingéniosité des événements

grandissent d’année en année : Alien, Lawrence

d’Arabie, SOS Fantômes. Ils se font connaître

grâce au bouche-à-oreille et les participants

gardent farouchement le secret. « Je pense

qu’il y a un réel désir d’échapper à une existence

vide de sens où tout le monde est visible

« Les gens veulent vivre

des expériences qui les

transportent ailleurs

et les dépassent. »

58 THE RED BULLETIN


SECRET CINEMA/HANSON LEATHERBY

28 jours plus tard, Printworks (2016)

Les participants devaient se présenter à l’hôpital

en blouse pour une vaccination de routine, mais

ils se sont réveillés dans une reconstitution détaillée

du film d’horreur zombie de Danny Boyle

réalisé en 2002, avec de la nourriture et des cocktails

et dans une rave gorgée de sang. Les « patients

» ont regardé le film depuis un lit d’hôpital.

THE RED BULLETIN 59


et tout est prévisible, dit Riggall. Dans un

monde accro à l’information, cette idée du

secret est cruciale, on ne peut ni cliquer pour

le trouver, ni le télécharger. »

L’engagement du public est fondamental.

« La première fois qu’on a vraiment demandé

au public de participer, ce fut pour Lawrence

d’Arabie en 2010, dit Kulkarni. Nous avons

reconstitué un souk. Les spectateurs devaient

apporter des objets à troquer, les échanges

ont même commencé dans le métro, avant

leur arrivée. Nous avions des tentes de

bédouins, des chameaux et des chevaux. »

En 2014, Secret Cinema réalise son projet

le plus ambitieux avec Retour vers le

futur : une reconstitution de Hill Valley,

la ville du film. « Les spectateurs pouvaient

s’écrire des lettres, les facteurs les

distribuaient dans l’établissement, raconte

Kulkarni. Chaque maison disposait d’un

téléphone pour appeler les autres maisons. »

Mais l’ampleur du projet s’avère trop importante

; le spectacle n’est pas prêt à temps et la

première soirée est annulée. Une catastrophe

vite rattrapée. Le spectacle reçoit finalement

des critiques dithyrambiques et bénéficie

même d’une intervention divine. Un soir,

à 23 heures, un orage inattendu s’abat sur

la ville. « Tous les costumes étaient trempés,

dit Kulkarni. Nous avons dû trouver un

moyen pour nettoyer et sécher 600 costumes

en douze heures. Une cabine entière a été

surchauffée et on y a tout mis à sécher. » Si

Retour vers le futur fut une leçon d’ambition

non tempérée, rien n’en a paru ; l’année suivante,

Secret Cinema passe un cran au-dessus

avec L’Empire contre-attaque. « Il a fallu un

an de discussion avec huit représentants de

Lucasfilm à la société de production Bad

Robot, de Disney à la Fox, explique Riggall.

Roméo +

Juliette,

Gunnersbury

Park (2018)

Lié au thème de la violence

chez les jeunes,

le spectacle a travaillé

avec l’association caritative

MAC-UK. « Nous

avons fait venir Loki,

rappeur et activiste,

pour sensibiliser les

gens aux attaques au

couteau », dit Bennett.

Retour vers le futur,

Printworks (2014)

« Un article de l’Evening Standard

affirme que nous avons modifié la

façon dont les gens s’habillaient cet

été-là, et que les femmes se sont

mises à porter des robes années 50,

dit Kulkarni. Coïncidence ou effet

subliminal ? C’est génial de penser

qu’un événement culturel va influencer

ce que les gens portent. »

Kathy Kennedy, la présidente de Lucasfilm,

nous a soutenus. En tant que productrice

exécutive de Retour vers le futur, elle a été

impressionnée par ce que nous faisions.

Nous avons trouvé une vieille usine à journaux

pour construire Star Wars. »

« C’était une ancienne imprimerie

impropre à une représentation avec des spectateurs,

poursuit Moccia au sujet de l’édifice

qui est maintenant la boîte de nuit Printworks

à Londres. Nous l’avons transformée pour

trois productions : L’Empire contre-attaque,

Docteur Folamour et 28 jours plus tard. »

« Je voulais construire un gigantesque

Secret Cinema permanent, dit Riggall. Nous

y avons investi beaucoup de travail et beaucoup

d’argent, mais je connais les gars qui ont

créé Printworks, et ils sont bien. » Pour lui, la

contribution de Secret Cinema aux bâtiments

qu’il habite dans le cadre d’une utilisation

temporaire est positive. « J’aime l’idée que des

gens en train de danser sur le set d’un DJ, en

pleine nuit, se disent : “Mince, c’est pas ici que

le X-Wing est passé au-dessus de ma tête ?” »

Après le succès foudroyant de L’Empire

contre-attaque, de nouveaux horizons

s’ouvrent. Comme pour Blade Runner, présenté

l’an dernier, qui comprend la construction

d’un Los Angeles du futur avec un système

de pluie intérieur pour 86 soirées.

« Nous avions une énorme piscine sous le

plancher reliée à un système en circuit fermé

qui récoltait l’eau pour la pomper vers le

plafond, explique Moccia. Voir tout le monde

ouvrir son parapluie, sous les néons, c’était

comme être à Shibuya par une nuit pluvieuse.

» Chaque membre de Secret Cinema

a son moment préféré. Pour Bennett, initialement

un DJ devenu le responsable de la

SECRET CINEMA/CAMILLA GREENWELL, © 1996 TWENTIETH CENTURY FOX FILM CORPORATION. ALL RIGHTS RESERVED

60 THE RED BULLETIN


musique, c’était « en 2015. Quand nous

sommes allés au camp de réfugiés de Calais.

C’était la semaine où le petit Alan Kurdi

(Syrien âgé de trois ans, ndlr) a été retrouvé

mort sur une plage de Turquie. Fabien a

insisté pour que nous organisions une manifestation

culturelle pour dénoncer le mauvais

traitement des habitants du camp. Nous avons

emmené Afrikan Boy, un rappeur londonien

d’origine nigériane qui thématise la politique

mondiale et l’immigration dans ses chansons.

Nous avons monté un écran et présenté un

film de Bollywood aux familles du camp. »

« Ils étaient des milliers à ne pas avoir de

maison et à penser ne pas avoir d’avenir. Le

film a eu un impact positif sur eux, cela leur

a redonné de l’espoir. Par la suite, nous avons

collecté des fonds pour développer le projet.

Sauf qu’avec les attentats de Paris et Manchester,

le paysage politique a changé. »

SECRET CINEMA/LUKE DYSON/FRASER GILLESPIE

La sensibilisation aux questions sociales

est peut-être la qualité la plus originale

de Secret Cinema : « Cette année, avec

Casino Royale, le James Bond, nous travaillons

avec Calm, une association de bienfaisance

qui sensibilise les gens à la santé

mentale et au suicide masculin. Le film est

très ouvert sur ce que vit 007 et il est intéressant

de permettre que cela fasse partie de

l’histoire. Un seul geste peut changer votre vie

et parfois, on doit son salut à la culture. Pour

moi, c’était le cinéma. Il est important de

créer des expériences qui peuvent devenir un

vecteur de changement. » Casino Royale est

le premier Secret Cinema pour lequel Riggall

a délégué le contrôle, passant les rênes au

metteur en scène Angus Jackson. « Ce sera

notre plus grand spectacle en salle, deux fois

plus grand que Blade Runner, annonce Jackson.

1 500 personnes par nuit, cinquante

artistes. » C’est aussi le début d’un partenariat

plus étroit avec les créateurs de films. « Quand

il a réalisé Casino Royale, il nous a expliqué

qu’il regardait dans l’objectif de la caméra en

se demandant si ça avait l’air authentique. Et

quand ça l’était, il filmait. »

Jackson, astucieusement, ne révèle rien

du spectacle qui sera programmé sur plusieurs

dizaines de dates entre le 6 juin et le

22 septembre. Il mentionne tout de même que

Sébastien Foucan, fondateur du freerunning,

jouera le rôle du poseur de bombe Mollaka

dans la scène d’ouverture de Casino Royale

« On arrive à un point

où les spectateurs sont

les comédiens. »

Moulin Rouge, Printworks

(2017)

« Les acteurs et l’équipe étaient

comme une famille, dit Moccia. Les

attentats à la bombe de Manchester

et l’attaque terroriste de Westminster

ont eu lieu pendant les

représentations. On a fait chanter

le public pendant The Show Must

Go On. C’était très émouvant.

J’en ai les larmes aux yeux. »

Mademoiselle,

Troxy (2017)

« On a eu la salle à

5 heures du matin, le

spectacle avait lieu le

soir même, dit Bennett.

Suivant à la lettre le

récit de l’oncle tyrannique

où personne n’a le

droit de parler, les spectateurs

ont fait vœu de

silence. Ils ont adoré. »

à Madagascar, et il promet que chaque spectateur

aura la possibilité de vivre son fantasme

james- bondesque. « Spielberg dit que nous

allons au cinéma pour voir des gens faire les

choix que nous ne ferions pas dans la vraie

vie. Nous, nous mettons ces choix entre les

mains du public. On arrive à un point où les

spectateurs sont les interprètes. C’est ça, un

spectacle Secret Cinema. »

Fabien Riggall, le fondateur et maître du

secret, est très ouvert sur certains projets. Il

l’imagine à l’échelle mondiale. « Nous avons

fait des teasers à Berlin et New York. Je pense

que les gens, partout dans le monde, veulent

vivre des expériences mystérieuses. Aux États-

Unis, le cinéma fait partie intégrante de la

culture du pays. Exporter ces expériences dans

un pays où des villes entières se transforment

au moment de la fête d’Halloween peut être

passionnant. Et comment traduire ça dans

les endroits où l’on ne parle pas anglais ? »

Quant aux films qu’il aimerait encore

monter : « Titanic. La richesse de ce monde

pourrait être énorme. La question est de

savoir comment le construire, le couler et

le remettre en place tous les soirs. J’ai toujours

voulu faire un Secret Cinema dans un

train aussi. Et E.T., pour que tout le monde

se rende dans une forêt en BMX, soit attaché

à des câbles, survole l’écran, et disparaisse

à jamais. » Riggall plaisante sûrement, mais

il y a un projet qu’il prend au sérieux : « Il était

une fois en Amérique, sous le pont de Brooklyn.

Transformer un quartier de Brooklyn

en New York de la prohibition, avec Morricone

et un orchestre live. Je vais certainement

proposer cela au maire de New York. À mon

avis, c’est possible… »

tickets.secretcinema.org

THE RED BULLETIN 61


NUBYA GARCIA

Nouveau

souffle

Cette saxophoniste de jazz

canalise la culture sound

system pour les foules des

festivals et les dancefloors.

Texte LOU BOYD

Photo ADAM JALLOH

Lors du passage de Nubya Garcia au

Village Underground de Londres en mars

dernier, le concert affichait complet, la

queue de fans faisait le tour du bâtiment.

La musicienne de 28 ans originaire de

Camden dans le nord de la capitale anglaise

n’est ni une DJ de renom ni une artiste

indie connue (l’apanage de cette salle

de mille places), c’est une saxophoniste de

jazz, un genre considéré par certains

comme « difficile » et peu accessible. Et

bien que sa musique nous fasse danser,

Garcia ne craint pas d’emprunter des avenues

modales et improvisées. La compositrice

a pour instrument privilégié le saxophone

ténor ; elle est l’une des chefs de

file de la scène jazz internationale actuelle

et fait partie d’une génération de

jeunes artistes qui jouent une musique

bien différente des standards surjoués

que l’on entend dans les clubs poussiéreux.

Ses compostions épousent parfaitement

les attentes groovy des dancefloors

moites des boîtes de nuit. « Mon univers

musical tourne autour de la musique

dance et la culture du sound system,

précise Garcia. On a oublié qu’à l’origine,

le jazz était une musique pour danser. »

Garcia raconte comment elle canalise

l’énergie de la culture des clubs dans ses

concerts et ce que cela fait d’être l’une

des nouvelles artistes les plus en vue sur

une scène en pleine renaissance…

the red bulletin : Est-ce que jouer de

la musique a toujours constitué une

part importante de votre vie ?

nubya garcia : D’aussi loin que je me

souvienne. J’ai commencé à jouer du

saxophone ténor à l’âge de dix ans mais je

lisais la musique dès mes cinq ans. Avant

le saxo, c’était le piano, le violon, l’alto…

Je n’ai jamais eu l’intention de faire de la

musique pour toujours, c’est juste arrivé.

Camden est plus connu pour sa scène

indie-rock. Était-ce inhabituel dans ce

quartier d’être une adolescente qui

joue du jazz ?

Bien sûr. Je n’étais pas attirée par la musique

indie quand j’étais enfant mais je ne

m’intéressais pas non plus à la musique à

succès ni à la pop. Nous avions plein de

vieux disques à la maison mais mes goûts

musicaux venaient des disques de ma

mère et des concerts auxquels j’assistais.

Mes frères et sœurs plus âgés étaient aussi

musiciens. Nous avons grandi avec notre

propre énergie musicale.

« On emporte

toujours un peu des

saveurs de ce que

l’on écoute. »

62 THE RED BULLETIN


Coup d’anche : la fusion

dancefloor contagieuse

de Garcia convaincra

tous les jazzophobes.


Nubya Garcia

Il y a tellement d’influences et de styles

différents qui imprègnent le jazz en

ce moment, de l’afrobeat au grime et

à la bass music. Comment vos goûts

personnels ont-ils façonné votre son ?

On emporte toujours un petit peu des

saveurs de ce que l’on écoute. La culture

du sound system britannique et de la

bass constituent l’épine dorsale de ce que

j’écoute, mais d’autres influences comme

le grime, le dancehall, le dub et la house

traversent aussi l’univers du jazz. Nous

commençons à entrelacer les différents

types de musique que nous aimons de

toutes les façons possibles. C’est dans

notre son, c’est dans le type de salles et

de festivals où nous jouons. Les organisateurs

nous approchent pour notre énergie.

Même le public qui assiste à nos

concerts est mélangé ! C’est une progression

naturelle qui m’encourage à croire

qu’il y a une place pour nous et notre son.

« D’autres influences

comme le grime et le

dancehall traversent

l’univers du jazz. »

Vous jouez dans beaucoup de festivals

de musique grand public qui n’ont pas

l’habitude de présenter des concerts de

jazz. Vous attendiez-vous à ce que votre

carrière mène à ces opportunités ?

Non, pas du tout. Quand j’étais jeune,

il y avait des clubs de jazz où j’avais hâte

d’aller jouer comme le Ronnie Scott (à

Londres, du nom de son fondateur, un saxophoniste

ténor anglais, ndlr) et il y avait

des festivals de jazz, mais c’est tout ce que

j’imaginais vraiment. Maintenant, c’est un

espace totalement illimité et une période

phénoménale pour la musique live.

Vous avez perfectionné votre art au

sein d’un groupe de jeunes musiciens

de jazz aux vues similaires dont certains

sont maintenant des artistes

à succès comme vous.

Nous avons tous appris la musique à la

Roundhouse (Centre des arts de la scène

à Camden, ndlr) et à Tomorrow’s Warriors

(un programme innovateur pour les jeunes

musiciens de jazz, ndlr). Il y a plusieurs

petites enclaves de jazz à travers la ville

mais New Cross dans le sud-est de

Londres est l’endroit où nous nous

sommes tous fait les dents. Nous avons

donné des concerts dans le coin, nous

avons traîné et écouté de la musique,

et nous nous sommes produits avec

nos groupes respectifs.

Et maintenant vous remplissez des

salles immenses. Avez-vous senti que

le jazz devenait plus populaire ces

dernières années ?

Je le remarque quand je remplis les salles

où j’espérais autrefois avoir l’occasion de

jouer. Je le sens aussi au fait que d’autres

personnes de notre groupe y parviennent.

Moses Boyd a rempli Islington Assembly

Hall, Sheila Maurice-Grey a sorti son EP

avec Kokoroko (un groupe d’afrobeat britannique,

ndlr), et l’EP de Theon Cross

s’est vendu en un éclair. C’est de la folie.

Est-ce que le jazz est resté une scène

interconnectée, où les musiciens

n’hésitent pas à collaborer ?

Je suppose que oui ! En tant que musiciens,

nous avons tous de petits groupes

d’amis avec qui nous jouons, puis nous

rencontrons plus de gens et jouons aussi

avec eux. Cela devient un bel écosystème

de formations à qui faire appel. C’est vraiment

encourageant et réconfortant de

voir que nous jouons encore tous avec les

groupes des autres et que nous faisons

aussi nos propres trucs.

Au croisement des arts : Nubya Garcia a participé à un album inspiré par Basquiat.

Votre jazz perce désormais aux USA...

Tout cela semble irréel. Après avoir joué

au SXSW Music Festival, je ferai une tournée

à travers les États-Unis plus tard cette

année et j’ai de gros projets secrets pour

l’été. Ce n’est que lorsque j’ai eu l’occasion

de m’arrêter et de repenser à ces moments

cruciaux que j’ai réalisé que je

voyage à travers le monde en faisant

ce que j’aime. C’est si beau que ce style

musical continue de se répandre.

Nubya Garcia jouera au Nice Jazz Festival

le 16 juillet ; nubyagarcia.com

GETTY IMAGES

64 THE RED BULLETIN


Red Bull France SASU, RCS Paris 502 914 658

FINALE DU BATTLE D’IMPRO

12/07 - MARSEILLE

THÉÂTRE SILVAIN

INFOS ET BILLETTERIE SUR REDBULL.COM/DERNIERMOT


LA PUISSANCE

DU POURQUOI

Avec ses techniques peu orthodoxes, MIKE MCCASTLE

a entraîné des athlètes comme Colin O’Brady (le premier

homme à traverser l’Antarctique en solo sans assistance)

à décupler leur potentiel. Ses propres records,

inspirés des douze travaux d’Hercule, sont des voyages

ahurissants au-delà des limites de la force mentale.

Texte MAUREEN O’HAGAN

Photos CAMERON BAIRD

C’est uniquement par

l’entraînement que

McCastle, 32 ans, a

réalisé de nombreux

records du monde,

comme porter un pneu

de 115 kg sur 20 km

66


Le muscle et l’esprit.

McCastle aborde ses

exploits d’homme fort

avec beaucoup de

philosophie.


S’IL Y A BIEN UNE CHOSE QUI

FAIT RUGIR MIKE MCCASTLE,

C’EST D’ENTENDRE LES GENS

LUI DIRE : « TU ES FOU, MON

GARS ! » OU BIEN « C’EST UN

TRUC DE DINGUE ! »

« Je n’ai pas du tout la même vision des

choses », explique calmement ce détenteur

de plusieurs records du monde, tout

juste âgé de 32 ans.

Non, ce n’était pas dingue d’essayer de

battre le record du nombre de tractions

en 24 heures, même s’il a atterri à l’hôpital.

Ce n’était pas dingue de tirer un camion

de deux tonnes sur 35 km à travers

la vallée de la Mort. Ce n’était pas dingue

de grimper encore et encore une corde

de 6 mètres pour simuler l’ascension de

l’Everest. Il n’a pas non plus trouvé

dingue qu’un inconnu maigre comme un

clou, du nom de Colin O’Brady, lui demande

de l’entraîner pour une traversée

de l’Antarctique en solo, trek pendant

lequel il prévoyait de tirer un traîneau

transportant plus du double de son poids

en nourriture et en équipement. Peu importe

que des hommes avant lui y aient

laissé leur peau et qu’on ait longtemps cru

cette aventure impossible. « Compte sur

moi ! », a répondu Mike McCastle.

Pour Mike McCastle, ces morceaux de

bravoure le renvoient à sa mission de vie,

ses Douze Travaux. Un hommage aux

Douze Travaux d’Hercule. Le plus grand

héros de la mythologie… « Un gars costaud

tire un gros camion… et alors ? »,

pensez-vous peut-être. Mais en y regardant

à deux fois, vous verrez McCastle

sous un autre angle. Il y a certes l’homme

qui apparaît devant vous : montagne de

muscles de 1,89 m et 98 kilos. Mais aussi

la personne qu’il est au fond de lui. Et

Colin O’Brady l’a lui-même appris : ce sont

de « parfaits opposés ». Il y a en lui quelque

chose de plus simple et plus insaisissable,

quelque chose de complètement subjectif

et pourtant d’une profonde universalité.

C’est ce qui permet de répondre à la fameuse

question : pourquoi ?

Avant le projet des Douze Travaux,

une curiosité le travaillait.

« J’avais entendu des histoires de

personnes ayant réalisé des choses extraordinaires

lorsque d’autres vies

étaient en jeu, raconte Mike. Et je voulais

me mettre à l’épreuve et tester jusqu’où

je serais prêt à souffrir pour quelqu’un. »

Le sacrifice est inhérent à la philosophie

de l’armée américaine. Mike McCastle

s’engage dans la Navy après le lycée et y

passe la majeure partie des onze années

qui suivent comme contrôleur aérien. Il y

est également entraîneur mental et physique

dans un programme développé par

les Navy SEALs, ce qui l’amène à concrétiser

son idée autrement.

Le programme, intitulé SEAL+SWCC

Scout Team, est créé à la suite du

11 septembre afin de remédier à un problème

fâcheux : on estimait alors que 80 %

des élèves abandonnaient avant de décrocher

leur trident SEAL. L’entraînement

physique est reconnu pour sa grande difficulté,

mais les recrues potentielles sont

particulièrement affûtées. Elles veulent

vraiment devenir des SEALs..Alors pourquoi

tant d’élèves abandonnent-ils ?

La raison est biologique. Dans les moments

de peur et de stress, l’amygdale

(dans le cerveau) prend le dessus. Elle se

charge notamment d’identifier les menaces

et de vous sortir de situations périlleuses.

Face à un tigre, cela peut s’avérer pratique.

Mais d’un point de vue physiologique, le

corps réagit de la même manière face à un

tigre ou à un niveau de concentration extrême,

comme durant la formation SEAL.

Le rythme cardiaque enregistre des pics

élevés, le champ de vision se rétrécit, on

souffre de pertes d’audition. Le cerveau

conscient, qui permet de focaliser sur la

formation de Navy SEAL, s’éteint. Or, le

69


Les contrées boisées

aux alentours de

Portland (état de

l’Oregon, USA), sont

les terrains de jeu

favoris de McCastle.

cerveau reptilien n’a que faire des objectifs.

Il est en mode survie : danger, amygdale,

fuite. « Cela se produit en une fraction

de seconde et ne laisse aucune place

à la pensée consciente », souligne Mike

McCastle. Quand l’élève recouvre son

calme, il réalise qu’il vient d’abandonner

son rêve. Un constat dévastateur, au point

que la NAVY se sente concernée par le

bien-être de certains élèves.

Une association, la Scout Team, propose

des outils psychologiques et physiques

pour surmonter les périodes de

stress intense. Les candidats sont alors en

mesure d’améliorer leurs résultats. L’un

de ces outils consiste à ne pas se focaliser

sur la souffrance à venir, mais sur la raison

pour laquelle l’élève veut avant tout

devenir un SEAL : pour servir.

Ce qui nous ramène aux interrogations

de Mike McCastle concernant

la puissance du sacrifice. En décembre

2013, il se lance dans une course

de 50 km dans le but de lever des fonds en

faveur de la recherche sur les cancers pédiatriques.

La veste de 18 kilos qu’il porte

sur le dos symbolise le poids d’un enfant

aux prises avec la maladie. Cette course

très rude l’a complètement laminé. Mais

mentalement, « c’était extraordinaire. Une

porte s’ouvrait devant moi. J’étais capable

de dépasser ce que je pensais être mes

limites, et il n’était même pas vraiment

question de moi », souligne McCastle.

Un autre événement majeur s’est produit

avant cette course. En 2012, sa candidature

chez les SEALs est acceptée et ses

chances de réussite semblent élevées.

McCastle est alors au top de sa forme, cela

fait des années qu’il tire son épingle du jeu

à chaque test d’évaluation physique de la

Navy. Il connaît l’importance de l’amygdale

et peut compter sur ses années d’expérience

dans le contrôle aérien, un secteur

où la gestion du stress est primordiale.

McCastle est passé maître dans la technique

de l’auto-régulation mentale, qui le

met dans des états proches de la transe :

« La vision périphérique s’élargit, l’esprit

devient clair, les mots se font plus précis,

car le cerveau fait le tri. Et vous êtes d’un

calme olympien. » Après deux semaines de

formation, il participe à une course dans

le sable le long du lac Michigan. Soudain,

un trou devant lui. « Vingt gars ont sauté

et ont poursuivi leur chemin. J’ai sauté à

mon tour, et mes genoux ont lâché. » Mais

il continue. Il veut devenir un SEAL.

L’après-midi, ses genoux sont comme

des cantaloups. Il se rend à la séance de

natation. Et pour la première fois de sa

vie. Son esprit ne contrôle pas son corps.

La douleur transperce ses jambes. « Je me

suis presque noyé. Il a fallu me sortir de

l’eau. » Le ménisque droit et le ligament

croisé antérieur gauche sont déchirés :

un saut mal réceptionné devait-il anéantir

les chances de McCastle chez les SEALs ?

Il tombe dans une profonde dépression.

« À l’époque, je me voyais comme un athlète

costaud et performant. Le problème

lorsque vous vous attachez à une image,

c’est qu’à la seconde où cette image

70


MCCASTLE EST MAÎTRE DU

CLOISONNEMENT MENTAL.

IL SAIT ENTRER EN TRANSE.


S’IL A UN BUT ET UNE RAISON,

UN « POURQUOI » ASSEZ FORT,

IL SE DIT QUE C’EST POSSIBLE.

disparaît, vous n’êtes plus rien. » McCastle

s’en retourne à son poste de contrôleur

aérien, mais au fond de lui, il est dévasté.

Il prend quinze kilos et commence à boire

pour soulager ses douleurs. Sans sa force

physique, il ne vaut rien, pense-t-il.

Jusqu’à ce qu’il se redéfinisse un objectif.

C’est ainsi que l’idée d’une course pour

sensibiliser le grand public aux cancers

pédiatriques lui est venue. Plus tard, il

apprend qu’un vétéran a établi le record

du nombre de tractions en 24 heures. Il

se met en tête de le battre. À l’époque,

il ne peut pas faire dix tractions d’affilée.

Mais avec un objectif et une raison valable,

il se dit que c’est possible. Il choisit

de dédier ses efforts à une organisation

qui aide les vétérans blessés au combat.

Un matin de juillet 2014, dans un

parc public. Le jour commence à

peine mais les premiers passants

vont et viennent. Mike en est déjà à 1 200

tractions, il sent la peau de ses mains se

décoller des paumes. Un copain lui nettoie

ses plaies, les enduit de magnésie,

et Mike continue. Le tendon du biceps

se rompt. Il persévère. Son urine commence

à ressembler à « du whisky irlandais

». Il continue. Dix-sept heures plus

tard, traction n° 3 202, il n’est plus capable

d’agripper la barre. Il rate le record

d’environ 800 tractions.

Voilà le problème avec l’amygdale :

parfois, vous êtes réellement face à un

tigre. Mike McCastle est hospitalisé pour

une rhabdomyolyse, syndrome susceptible

d’entraîner la mort et causé par une

sollicitation telle des muscles qu’ils commencent

à relâcher des toxines. Son échec

spectaculaire fait les gros titres. Mike Mc-

Castle se dit qu’il est un loser. Un dégonflé.

Un imposteur. Il a honte. Comment

motiver des gars de la Navy de faire de la

callisthénie alors qu’il s’envoie lui-même

à l’hosto ? « Mon monde s’écroulait. »

Pendant sa deuxième journée d’hospitalisation,

il reçoit la visite d’un adolescent.

Le garçon doit subir une opération

chirurgicale susceptible de mettre sa vie

en jeu. Il se déplace en fauteuil roulant,

mais arrive le sourire aux lèvres, car il

veut serrer la main de Mike McCastle.

« Il s’en fichait que je n’aie pas battu le

record, se rappelle Mike McCastle. Il voulait

simplement me dire à quel point je

l’avais inspiré par les efforts que j’avais

fournis pour une bonne cause. » En cet

instant, les choses sont claires. Tout

d’abord, les mots qui sortent de la bouche

de Mike McCastle ont le pouvoir de réconforter

ce garçon ou de le démoraliser.

Et ensuite, « même au plus bas, je pouvais

toujours influencer positivement d’autres

personnes. Je pouvais toujours être un

leader et inspirer des gens ». Ce garçon

devant lui, qui ne détient aucun record,

l’a inspiré, lui.

Il y a tellement de choses que vous ne

pouvez pas contrôler dans la vie, mais

Mike McCastle a réalisé que l’on a toujours

le contrôle d’une chose. « J’ai le

choix de réagir à ces épreuves de manière

constructive, et non destructive. » Il lui a

fallu du temps et du courage pour analyser

ce qui s’était passé lors de sa tentative

de record de tractions, pourquoi il l’avait

fait et pourquoi il avait continué.

« Je le faisais pour sensibiliser le grand

public à la situation des vétérans blessés

au combat, précise-t-il. Mais si vous

décortiquez ce qui s’est passé, c’est juste

l’histoire d’un gamin qui essayait de retrouver

une image positive de lui-même,

une image perdue. Avec le recul, c’était

très égoïste, et c’était surtout très dangereux.

» La raison n’était pas la bonne.

Bien que sa première

tentative ait échoué,

McCastle a par la

suite battu le record

de tractions en 24h.


Dans la mythologie romaine,

Hercule est un demi-dieu qui a tué

sa femme et ses enfants après que

Junon, reine des dieux, l’a rendu fou.

Pour expier ses crimes, Hercule se met au

service du roi Eurysthée pendant douze

ans et réalise toute une série d’exploits

incroyables : les Douze Travaux.

Aux yeux de Mike McCastle, cette histoire

évoque un voyage à la découverte de

soi, une lutte acharnée pour se rapprocher

de sa véritable identité. Car au final,

ce n’est pas sa force qui a permis à Hercule

de vaincre, c’est sa détermination.

Cette poignée de main avec un adolescent

à l’hôpital fait germer une idée en

lui : il veut, lui aussi, avoir ses Douze

Travaux. Réaliser une série d’exploits

incroyables dans l’optique de repousser

les limites des performances humaines.

Chacun de ses exploits serait dédié à une

cause particulière. L’objectif n’étant pas

de battre des records, même s’il est sur le

point d’en pulvériser certains, mais de se

concentrer sur quelque chose d’extérieur

et de sensibiliser le grand public à une

cause importante.

Cette fois, il a un « pourquoi » solide,

et valable. En repoussant ses propres

limites, Mike McCastle pourrait peut-être

inspirer quelqu’un à courir 5 km, à faire

Avec ses Travaux,

il veut sensibiliser

le public à une cause :

anciens combattants

blessés ou maladie

de Parkinson.

73


Pour ses douze travaux, McCastle a grimpé à la corde pendant 27 heures, assez pour atteindre l’Everest.

face à la maladie ou à surmonter ses

doutes. « Pour moi, l’histoire d’Hercule,

c’est celle de chaque être humain sur

Terre », explique-t-il.

La course et les tractions seraient les

tâches n° 1 et 2. Pour la tâche n° 3, il a

décidé de retourner un pneu de 115 kilos

sur 20 km et de récolter des fonds en

faveur du Wounded Warrior Project. Le

pneu symbolisait le fardeau physique

et psychologique que ces hommes et ces

femmes devaient supporter. Six mois

d’entraînement ont été nécessaires.

Mais la veille de l’événement, une

autre épreuve l’attend. Sa sœur

l’appelle pour lui dire que leur

père vient de mourir. Raymond McCastle

souffrait de la maladie de Parkinson depuis

des années. Sa mort n’est donc pas

inattendue, mais c’était tout de même un

choc. Il aurait été parfaitement raisonnable

de vouloir décaler l’événement.

En effet, le cerveau reptilien est parfois

raisonnable. Mais Mike McCastle pense

à ce que le vieil homme lui aurait dit : ce

sont tes plans, tes aspirations, mon garçon.

Alors à 4 heures du matin, par un

temps froid, humide et triste de décembre

2014, Mike McCastle s’attaque à ce fameux

pneu. Plonger sous le caoutchouc, soulever

le pneu de terre et le pousser. Plonger.

Soulever. Pousser.

Si vous aviez été là, vous auriez été

émerveillé par la manière dont un

homme peut soulever un pneu plus de

mille fois et continuer encore et toujours.

Mais vous auriez regardé cet homme et

vous seriez dit qu’en fait, c’est un

monstre. Vous n’auriez pas vu ce qui se

passait dans sa tête, c’est-à-dire à peu près

la même chose que pour vous lorsque

vous relevez un gros challenge. La peur.

Le doute. L’auto-flagellation. Des souvenirs

douloureux qui refont surface. Les

souvenirs d’une enfance difficile. Les attaques

de harceleurs sans merci. Plonger.

Soulever. Pousser.

Mike McCastle pense à son père : cet

Afro-Américain stoïque et costaud, originaire

de Louisiane et vétéran de l’Air

Force, qui dirigeait une usine de boîtes

de soda. Il voyait à quel point la maladie

de Parkinson l’avait privé de sa force,

de sa voix, et même de sa vivacité d’esprit.

Plonger. Soulever. Pousser. Il pense

à sa mère, une immigrante philippine

tellement déterminée qu’elle a réussi à

« TROUVE UN SENS DANS TOUT

CE QUE TU FAIS. » C’EST CE QUE

SON PÈRE LUI AURAIT DIT.

intégrer l’Air Force à la quarantaine, alors

qu’elle était mère de deux enfants. Et

dont la discipline de fer étouffait même

le jeune Mike. Après la séparation de ses

parents, Mike McCastle a pris soin de son

père : il s’assurait qu’il se rasait, qu’il se

nourrissait correctement, qu’il se lavait…

Il se souvient l’avoir retrouvé un jour sur

le sol, en grave hypoglycémie du fait qu’il

était incapable de mettre les aliments

dans sa bouche. Dans un élan de panique,

Mike McCastle quitte à ce moment-là

l’équipe de basket, parce qu’il ne veut pas

que cela se reproduise. Mais par la suite,

il n’en ressent que de la honte. Il pense à

la manière dont il a finalement quitté son

père pour rejoindre la Navy. Un dégonflé,

se dit-il. Un loser.

Plonger. Soulever. Pousser. Alors que

la souffrance physique et l’anxiété le lessivent,

la carapace commence à se fissurer.

Raymond McCastle était un homme

peu disert, plus intéressé par les idées

que par les biens matériels.

Enfant, Mike McCastle se souvient que

son père lui lisait les Dialogues de Platon,

lui parler de trouver un sens à la vie grâce

à la logothérapie de Viktor Frankl ou les

écrits de Nietzsche. Trouve un sens à tout

ce que tu fais. C’est ce que son père lui

aurait dit. Voilà comment, et pourquoi,

nous sommes capables de relever des

défis : parce que nous servons une cause

plus grande que nous.

Alors qu’il continue à retourner son

pneu, il le sent devenir plus léger. Est-ce

la maladie de Parkinson ? Les combats

74 THE RED BULLETIN


Mike utilise un masque

d’altitude pour son

prochain exploit :

grimper au sommet du

mont Whitney aux USA

en portant un poids de

70 kilos. Rien que ça !


« PARFOIS, LES RÉPONSES

LES PLUS PROFONDES

VIENNENT DE SOI-MÊME. »


McCastle s’entraîne

dans le parc forestier

de Portland en portant

des cordes et un

sac rempli de 38 kilos

de sable.

qu’il a menés tout au long de sa vie ?

Il ne peut rien y faire aujourd’hui. « J’ai

laissé filer les choses auxquelles je n’avais

pas besoin de me raccrocher », expliquet-il.

Dix heures plus tard, il réalise ce qui

est considéré comme son premier record

du monde, même si aucun organe officiel

n’était présent. Il avale un énorme steak,

avant de se traîner chez lui puis dans son

lit. Dès lors, Mike McCastle est tout entier

dévoué à ses Douze Travaux. En mai 2015,

il grimpe une corde pendant 27 heures

pour simuler l’ascension du mont Everest,

afin de sensibiliser le grand public à la

recherche sur la maladie de Parkinson et

récolter des fonds. En septembre 2015, il

réitère avec les tractions, une fois encore

en l’honneur des vétérans blessés au combat.

Cette fois-ci, il réalise 5 804 tractions

sans blessure grave, tout en portant un

poids de quinze kilos.

En mai 2016, Mike McCastle loue

un camion Ford F-150, il emporte

70 litres d’eau et se met en route

vers la vallée de la Mort. Son objectif :

attirer l’attention du grand public sur le

suicide chez les vétérans. À l’époque, on

estime que 22 vétérans se donnent la

mort chaque jour. Certains d’entre eux

faisaient partie de ses amis. Le désert

était le symbole de leur morosité. Mike

McCastle avait prévu d’attacher un harnais

à sa poitrine, d’installer une courroie

et de tirer le camion sur 35 km.

« Je voyais cela comme l’occasion de

réaliser ma propre introspection, racontet-il.

Les réponses les plus profondes

viennent parfois de soi-même. » Les

heures passent et la température grimpe.

Seul dans le désert, Mike McCastle fait

alors l’expérience d’une solitude écrasante,

telle qu’il ne l’a jamais connue.

Chaque cellule de son corps lui hurle

d’abandonner. Mais de temps en temps,

il lève les yeux et voit les feux arrière

d’un inconnu : l’espoir. Au bout de

19 heures, il atteint son but.

En 2018, Mike McCastle est physiquement

épuisé, mais prêt pour un nouveau

type de challenge. Alors qu’il étudie la psychologie

à l’université et travaille en tant

qu’entraîneur à Portland (Oregon), il reçoit

un e-mail de sollicitation de la part d’un

certain Colin O’Brady.

Aujourd’hui, son nom est associé au

record de la traversée de l’Antarctique en

54 jours, lors d’un périple que Colin

O’Brady a lui-même baptisé The Impossible

First. Mais à l’époque, il n’est pas connu.

Après s’être jaugés mutuellement pendant

deux minutes, Colin O’Brady sait que

Mike McCastle est le coach qu’il lui faut.

Le programme élaboré par Mike McCastle

tient en trois éléments clés : la force, l’endurance

et la concentration mentale. Selon

Colin O’Brady, c’est d’ailleurs le mental, la

concentration maximale, qui « fait la différence

entre échec et réussite ».

Jamais Colin O’Brady, athlète professionnel,

n’a vécu une telle expérience.

Mike lui demande par exemple de faire la

planche avec ses deux mains dans des seaux

de glace, puis de rester en position de squat,

les deux pieds dans des seaux de glace. En

même temps, il doit construire des Lego,

faire des dizaines de nœuds, ou encore

résoudre des problèmes mathématiques.

Puis, les pieds gelés, il fait des tests d’équilibre,

d’agilité, etc. Mike McCastle consigne

chaque erreur de Colin O’Brady, même la

plus insignifiante.

« Pendant tous ces exercices, Colin devait

se focaliser sur une seule chose : contrôler

sa respiration », précise Mike McCastle.

Si vous contrôlez votre respiration, vous

contrôlez votre esprit. Et dans les moments

de stress intense, cela peut vous aider à

rester en vie. Comme lorsque vous essayez

de monter une tente par – 20 °C. Lorsque

les fonctions de motricité fine sont ralenties

par vos mains gelées. Lorsque le cerveau est

sonné et que le corps doit lutter contre des

vents à 130 km/h.

Si Colin O’Brady parvient à être en

transe pendant ces exercices, il peut retarder

le temps de réaction du cerveau reptilien.

Et s’il est capable de garder l’esprit

clair un peu plus longtemps, cela peut littéralement

lui sauver la vie. « Une fois arrivé

en Antarctique, raconte Colin O’Brady, je

me suis rendu compte à quel point ce type

était génial. »

Plusieurs fois par semaine, Mike

McCastle se rend au Forest Park

de Portland, l’une des plus grandes

forêts urbaines des États-Unis. Dans la

brume et la fraîcheur de l’air, sous une

canopée d’arbres couverts de mousse qui

s’élèvent à plus de 60 mètres, il se sent

chez lui. Alors que la piste commence à

monter, il accumule les pauses afin de

remplir le sac qu’il porte sur ses épaules

avec 38 kilos de sable au total. Il s’entraîne

pour sa prochaine tâche : escalader

le mont Whitney, le plus haut sommet

des États-Unis, en dehors de l’Alaska. Il

prévoit de porter un haltère de 75 kilos

afin d’allier force et endurance. Pourquoi

? Pour faire connaître la maladie de

Parkinson. Cet haltère symbolise le poids

que ces hommes et ces femmes portent

lors de leur combat contre la maladie.

Jusqu’au sommet, il le jure : « Je porterai

ce fardeau. »

Instagram : @mikemccastle

77


guide

au programme

LES ABDOS D'UN

PILOTE D'ENDURO

Le pilote Young Wade

vous dit comment être

d'attaque au guidon.

PAGE 84

NE RESTEZ PAS

CHEZ VOUS

Grimper, glisser,

descendre ou danser...

Vous avez le choix !

PAGE 86

ESSENTIELS DE LA

MICRO-AVENTURE

Un Allemand qui vous

conseille du matériel

pour crapahuter. Top !

PAGE 90

DAN KRAUSS

ON NE TE VOIT PLUS

À COACHELLA ?

Dans la région du festival,

il y a plein d’autres choses

(mieux) à faire. Nos plans

pour sortir des sentiers

battus, grimper un coup,

et se régaler les yeux.

PAGE 80

THE RED BULLETIN 79


G U I D E

Faire.

La déco du Sands Hotel Spa est signée Martyn Lawrence Bullard.

VALLÉE CALIFORNIENNE

AU-DELÀ DE COACHELLA

De ce coin des States, on connaît surtout son festival de musique branché,

mais cette somptueuse vallée désertique a bien plus à offrir. Aventures

outdoor, sessions de grimpe ou flâneries vintage : faites votre choix.

LA EAST VALLEY

EN 24 HEURES

Envie d’une journée sportive ?

Vous êtes au bon endroit. Louez

un court ou prenez une leçon à

l’Indian Wells Tennis Garden,

l’impressionnant club de tennis,

propriété de Larry Ellison et

rendez- vous annuel de l’Open

BNP Paribas. Côté golf, les parcours

pullulent dans la région,

mais pour un parcours links, le

Pete Dye Stadium Course à PGA

West, à la Quinta compte ici parmi

les plus exigeants. Si vous êtes

plus sports mécaniques, l’un des

deux centres d’essais BMW se

trouve à 15 km à l’est d’Indio et

propose différentes formules, une

heure en Série M haute perfor-

Prenez un bain de son dans l’Integratron.

80 THE RED BULLETIN


voyage

SANDS HOTEL AND SPA, CARL RICE, WINNY DEFRAGO, MARK DAVIDSON LIZBETH SCORDO

Installations d’art à Bombay Beach.

Sunnyland : ex-repère hivernal des célébrités.

mance, une journée moto toutterrain

ou encore une leçon de

cascade en Mini. Le tout bien

encadré.

Se loger

Le célèbre designer Martyn

Lawrence Bullard a signé la décoration

intérieure des deux étages

de l’hôtel Sands Hotel & Spa :

touche marocaine, lits à baldaquin

autour de la piscine,

chambres en marbre de Carrare et

verres en cristal vintage. Les

quarante- cinq hectares du vaste

complexe du Quinta Resort &

Club débordent d’activités : tennis,

golf, remise en forme, plus de

quarante piscines (à essayer,

toutes !), spa et restaurants.

Se restaurer

À Indian Wells, l’Eureka sert dans

un décor industriel moderne, des

burgers gourmets (le bison, un

must), un grand choix de bières

artisanales et des bourbons. À

Sands, The Pink Cabana prépare

en continu des plats méditerranéens

à base de produits fermiers

et d’excellents cocktails.

Sortir

À Indio, au Neil’s Lounge, le karaoké

western est au menu tous

les soirs. Au cœur de la vieille ville

de La Quinta, la brasserie Quinta

Brewing Co. propose ses propres

mousses dont une brune à base de

grains de café torréfiés sur place,

des pressions et des concerts.

PALM SPRINGS

EN UN WEEK END PROLONGÉ

Il ne s’agit pas d’une résurrection,

l’emblématique adresse de ce coin

du désert n’a jamais disparu mais

s’est sans cesse réinventée. La

ville profite de son âge d’or au milieu

du siècle, attirant amateurs

d’architecture et de design en

quête de pièces rares dans les

nombreuses boutiques vintage.

Flânez dans les quartiers comme

Vista Las Palmas et admirez ses

bijoux architecturaux tels que les

anciennes demeures de Dean

Martinou de Marilyn Monroe.

Ou visitez le manoir Sunnylands

imaginé par Quincy Jones à proximité

de Rancho Mirage, autrefois

lieu de villégiature hivernal du

milliardaire Annenberg. Prenez

de la hauteur (1 800 m) grâce au

tram aérien de Palm Springs, une

merveille de modernité, qui vous

dépose en un clin d’œil au Mont

San Jacinto State Park : l’endroit

offre des vues imprenables de la

vallée et 75 km de sentiers dont

une piste de 20 km menant au

sommet, le deuxième plus haut

de la Californie du Sud. Quinze

minutes plus au nord, titiller les

dunes de sable en louant un 4×4

chez Off Road Rentals. Indian

Canyons offre une myriade de

randonnées, dont une à travers le

canyon Andreas et son immense

oasis de palmiers… Enfin, ne

manquez pas la biennale Desert X

qui organise souvent des expos

dans la vallée, comme dernièrement

ces installations à ciel

ouvert soucieuses de l’environnement.

Se loger

À une encablure de l’artère principale,

la boutique Holiday House

expose dans des espaces décorés

avec audace une impressionnante

collection d’œuvres d’art dont des

pièces de Roy Lichtenstein et

Herb Ritts. Les allées luxuriantes

du vaste Parker Palm Springs, un

hôtel huppé aux accents kitsch,

mènent à des piscines à l’abri des

regards, de chics bars à cocktails,

des terrains de pétanque et des

feux extérieurs. Réservez une

villa pour une expérience de luxe

pur. Après plusieurs années de

THE RED BULLETIN 81


G U I D E

Faire.

Objets du séjour : art et musique dans la Coachella Valley.

travaux, l’ancienne Villa Royale

est désormais un havre de paix

tendance où fontaines espagnoles

et mosaïques marocaines côtoient

peintures murales et portraits de

Debbie Harry.

Se restaurer

Le Counter Reformation avec son

confessionnal est un plaisant bar

à vin de l’hôtel Parker, ses petites

assiettes comptent parmi les

meilleures de la ville, tandis que

la cuisine créative d’inspiration

américaine et vietnamienne

Rooster and the Pig vaut l’attente.

Pour les amateurs de valeurs

sûres, les escargots et le ris de

veau du Vallauris, resto français

ouvert depuis quarante ans,

régaleront vos papilles dans un

splendide patio.

Sortir

La clientèle du Melvyn’s, un

piano- bar classique actif depuis

1975, est aussi variée que les airs

de ses crooners, mettez-vous dans

l’ambiance avec un martini géant.

Le Seymour’s, bar jouxtant le chic

grill M. Lyons, débite des cocktails

originaux dans un carré de

mouchoir. Enfin, le Dead or Alive,

bar à vin et à bière sert un choix

obscur des deux aux jeunes

cadres du coin.

JOSHUA TREE

EN UNE SEMAINE

Avec ses branches tordues

constellées de petites têtes vertes

hirsutes, l’arbre de Joshua est le

parfait emblème du parc national

éponyme qui, outre ses impressionnantes

formations rocheuses,

et ses sentiers sinueux bordés de

fleurs sauvages et de jardins de

cactus insolites, a pour voisin une

communauté d’artistes. Camper

et explorer le parc remplirait aisément

la semaine. Mais nous vous

conseillons néanmoins d’alterner

lieux marquants du parc et curiosités

de la région. L’ascension

du mont Ryan (305 m d’altitude

en 2,5 km) vous gratifiera au

sommet d’une vue imprenable sur

le parc tout en constituant une

bonne séance de sport empiétant

peu sur votre journée. Pour un

trek plus long et moins fréquenté,

empruntez le Boy Scout Trail,

25 km à travers le désert. Forêts

de genévriers et de Joshua, blocs

de roche et pistes rocailleuses

constituent un bon échantillon

topographique du parc. Le long

du Skull Rock Trail où l’un des

rochers évoque un crâne humain,

d’où le nom, les amateurs de

grimpe trouveront un large choix

de blocs. Le rocher Iron Door

Cave et le Tidal Wave, très appréciés

des grimpeurs, se trouvent

également à proximité. Mais rien

de tel qu’une voiture pour circuler

facilement dans le parc (l’accès

au parc coûte 30 dollars et est

valable une semaine), et pousser

jusqu’à Keys View, point de vue

idéal pour admirer deux sommets,

la vallée Coachella, la

Sublime intérieur milieu du siècle au Sunnylands.

voyage

Salton Sea et même distinguer la

faille de San Andreas. Pensez à

faire un crochet par Cholla Cactus

Garden près de l’entrée sud pour

alimenter Instagram. À l’extérieur

du parc, les activités atypiques

abondent, comme la séance d’immersion

sonore produite par un

bol de cristal à l’intérieur de

l’étonnant Integratron, un dôme

censé avoir été construit sur un

vortex géométrique avec l’aide

d’extraterrestres (sic). Visitez le

Joshua Tree Outdoor Museum,

ce sont cinq hectares dédiés à des

sculptures à grande échelle en

matériaux de récupération de

feu Noah Purifoy.

Se loger

Le parc et ses innombrables campings

restent une alternative aux

locations allant du chalet tout

confort au gîte de luxe. Non loin

de là, Pioneertown, « ville »

construite à l’origine pour servir

de décor aux tournages de western,

la plupart des bâtiments

n’étant que des façades, contrairement

au Motel du même nom

et ses chambres rénovées dans

un style rustique.

Se restaurer

Tout près, le Pappy & Harriet’s,

Mecque de la musique live,

propose un parfait mélange hiphop

et honky-tonk, un barbecue

génial et une scène intimiste qui,

ces dernières années, a accueilli

entre autres Lorde et Paul Mc-

Cartney. Au centre de Joshua

Tree, le Pie for the People

propose des pizzas à la newyorkaise

avec des garnitures

comme le pesto aux graines de

citrouille. Chez La Copine, les

plats de saison sont riches en

légumes et ses beignets addictifs.

Sortir

Le Joshua Tree Saloon ne

manque ni de caractère ni de

personnalités avec sa clientèle

éclectique d’habitués qui

viennent se ressourcer dans ce

lieu à l’allure de point d’eau

devant l’entrée principale du

parc. Le Landers Brew est apprécié

pour ses bières artisanales

et ses chiens très amicaux.

GOLDENVOICE, KEN HAYDEN PHOTOGRAPHY LIZBETH SCORDO

82 THE RED BULLETIN


G U I D E

Faire.

WADE YOUNG

SOLIDE COMME

UN PRO DE L’ENDURO

Seuls les plus coriaces survivent aux épreuves de hard enduro.

Expert en la matière, le Sud-Africain Wade Young nous explique

comment s’y préparer. Des conseils que vous pourrez mettre

en pratique au Lesotho grâce à Destination Red Bull.

Wade Young, 23 ans, dit tout

sur la préparation physique.

Comme son nom l’indique,

le hard enduro

s’adresse aux costauds.

À 23 ans, Wade Young le bien

nommé s’y est imposé en s’illustrant

dans de nombreuses

courses dont il est devenu le

plus jeune vainqueur de l’histoire

comme lors de la Roof of

Africa en 2012. Le secret de

son succès ? « Le mental, et une

sangle abdominale en béton »,

explique le Sud-Africain que

vous rencontrerez en exclusivité

avec Destination Red Bull

(ci-contre). Il vous livre ses

trucs pour tenir la distance.

Conseil n° 1 : S’entraîner

sur un deux-roues

La condition physique est cruciale,

surtout pour les rallyes

de plusieurs jours. Avant une

course, je m’entraîne au moins

huit heures par jour : je passe

quatre heures sur un vélo et

quatre autres sur une moto.

Bien sûr, je pourrais courir

aussi, mais plus je passe de

temps sur un deux-roues,

mieux je me prépare aux

obstacles et aux surprises que

la course nous réserve.

Conseil n° 2 : Gardez

l’équilibre

La musculation ne me profite

guère car je suis fort de

nature. En salle, je privilégie

le renforcement. Une sangle

abdominale solide facilite

l’absorption des chocs, permanents

sur les pistes enduro, et

l’équilibre sur la moto. Mais

l’équilibre, c’est aussi prendre

du bon temps avec ses potes,

écouter de la musique (de la

deep house de préférence) ou

aller à la pêche. Le dimanche,

je mets de côté mon régime

sans glucides et mange ce qui

me fait plaisir.

Conseil n° 3 : Ménagez la

roue arrière

Rouler toujours à pleine puissance

n’entame pas seulement

la machine, mais aussi votre

énergie. Un conseil, ne vous

battez pas contre votre moto

et ménagez votre roue arrière.

Cela peut pénaliser sur une

courte distance, mais en hard

enduro, mieux vaut ménager

l’adhérence et votre énergie

pour aller au bout.

Conseil n° 4 : Parlez-vous

tout haut

Quand je suis bien physiquement,

je le suis aussi mentalement.

Cependant, ma concentration

baisse inévitablement

au bout de quelques heures.

Dès que je m’en rends compte,

je me parle à moi-même. Je

me motive à coups d’injonctions

telles que : « Tu peux le

faire ! » Le bruit du moteur

couvre ma voix, et personne

ne m’entend. Ça m’aide à me

recentrer.

Conseil n° 5 : Imaginez

l’agonie de vos

adversaires

Quand j’atteins mes limites

physiques, je pense à mes

adversaires. Je me dis qu’ils

doivent ressentir la même

chose, qu’ils galèrent au moins

autant que moi, car après

tout ils font face aux mêmes

difficultés. Cette pensée me

redonne la niaque, l’envie de

prouver à tous que je suis le

plus résistant !

84 THE RED BULLETIN


fitness

DESTINATION

RED BULL

UN ROYAUME

DE LA MOTO

Destination Red Bull :

une expérience de rêve

auprès des athlètes,

comme au Lesotho pour

une aventure en enduro.

« Je me parle à

moi-même. Le

bruit du moteur

couvre ma voix,

personne ne

m’entend. »

Ici à l’entraînement à

Antalya (Turquie), Wade

Young entend des voix.

LUKASZ NAZDRACZEW/RED BULL CONTENT POOL, ALFRED JÜRGEN WESTERMEYER/RED BULL CONTENT POOL NINA TREML BLAGOVESTA BAKARDJIEVA

VOTRE VOYAGE

Du 25 novembre au 2 décembre,

vous explorerez à moto la nature

spectaculaire de l’Afrique du Sud

et le royaume montagneux du

Lesotho en sillonnant le célèbre

tracé du rallye Roof of Africa

(quatre participants max) avec

comme guide expert, Alfie Cox,

légende de l’enduro. Au menu : nuitées

le long du parcours, rencontre

avec la superstar de la discipline

Wade Young, mise à

disposition d’une KTM 1090 Adventure

R, un véhicule d’accompagnement

pour les bagages et un

safari dans le parc Gwahumbe.

VOTRE GUIDE DE VOYAGE

Né en 1963, Alfie Cox est un as

de l’enduro. Pilote usine de KTM

pendant des années, le Sud-

Africain compte neuf Roof of

Africa à son palmarès. Rares sont

les courses où cet homme à la

moustache n’a pas brillé. Ses huit

participations au Dakar lui vaudront

trois podiums. Et en 1995, il

remporte le premier Red Bull Hare

Scramble à Erzberg (Autriche).

Plus d’informations

et réservation sur

destination.redbull.com

THE RED BULLETIN 85


Faire.

6

juillet

Red Bull 400

La course la plus déjantée revient

pour la troisième fois sur le tremplin

olympique de Courchevel ! 400 m

de course sur une piste inclinée à

35 °, voilà ce qui attend les concurrent(e)s

de cette épreuve mythique.

En relais ou solo, leur but sera d’atteindre

le sommet le plus vite possible

pour tenter de se qualifier

pour la grande finale. Une finale qui

se déroulera, pour la première fois,

de nuit, sur le tremplin éclairé !

Prêts à relever le défi ?

Courchevel ; redbull.com

G U I D E

12

juin / juillet

28 5 3

au 30 juin

Paddle mania

PromoPaddle organise la première

édition du Pornichet

Paddle Trophy, événement fun et

convivial autour de la pratique du

paddle. Les grands noms de la

discipline s’affronteront lors des

deux épreuves de la Coupe de

France, plage des Libraires. Ce

sera aussi l’occasion de s’essayer

à ce sport avec des centaines

de planches et pagaies mises à

disposition du grand public.

Pornichet ;

pornichetpaddletrophy.com

au 14 juillet

COUPE DU MONDE VTT UCI

Les Gets… is back ! Pour la première fois depuis 18 ans,

la Coupe du Monde de VTT fait son grand retour aux Gets, en

France. Mais ce n’est pas tout, la station a été retenue pour

accueillir les finales de la Coupe du Monde et les Championnats

du monde entre 2019 et 2022. Les athlètes ont donc rendezvous

dans LE spot français de référence. Pour plus d'infos, RDV

sur leur site (échéances, épreuves, animations, exposants

hébergement, athlètes, partenaires, médias, volontaires…).

au 7 juillet

Tous câblés

Rendez-vous à Saint-Viaud pour

le Championnats de France de

Wakeboard & Wakeskate Câble.

Au programme : entraînements

officiels, qualifications, food

trucks, set up DJ, démonstration

de skate, trampoline… Un événement

familial et sportif durant

lequel le public pourra admirer

les performances d’une centaine

de riders professionnels.

Saint-Viaud ;

Infos sur le Facebook de Ride’n

Rose Loire Atlantique

Les Gets ; worldcuplesgets.com

au 8 juillet

Astropolis

Le festival brestois fête son quart

de siècle ! 25 ans d’aventures

bariolées et de danse passionnée

à célébrer ensemble autour d’une

programmation défricheuse et

exigeante, entre artistes légendaires

et avant-gardistes, lives

explosifs et shows uniques. Pour

l’occasion, le Red Bull Music

Boom Bus débarque au Manoir de

Keroual pour y tisser une bulle de

fraîcheur et de moves intimistes.

Brest ;

astropolis.org/astro25/

BORIS BEYER/RED BULL CONTENT POOL, ALEXIS BERG/RED BULL CONTENT POOL

86 THE RED BULLETIN


G U I D E

Voir.

juillet

TOUT CE

QUI ROULE

Parmi les temps forts

sur Reb Bull TV ce mois-ci,

la plus convoitée des

compétitions d’enduro

au monde, du skate hybride

en Allemagne et du motocross

pur et dur…

REGARDEZ

RED BULL TV

PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de

télévision connectée : où que

vous soyez dans le monde,

vous pouvez avoir accès aux

programmes, en direct ou en

différé. Le plein de contenus

originaux, forts et créatifs.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

11

Callaghan : faire

mieux que sixième

cette année.

juin AVANT-PREMIÈRE

DANS LA ROUE DE

GREG CALLAGHAN

Après avoir suivi les aventures du pilote VTT américain Curtis

Keene lors des saisons précédentes, On Track zoome sur l’Irlandais

Greg Callaghan, candidat au titre de l’Enduro World Series,

une première pour son pays. Présenté par les auteurs de la série

Fast Life sur la Coupe du Monde VTT UCI, ce programme

retrace l’irrésistible ascension de Callaghan.

29

juin EN DIRECT

RED BULL ROLLER

COASTER MUNICH MASH

Rendez-vous au parc olympique de Munich pour la

deuxième édition de cette épreuve mixant skateboard

de park et street sur un parcours slopestyle.

En jeu, le titre de skateur le plus polyvalent.

12

juillet AVANT-PREMIÈRE

MX NATION, SAISON 5

Le championnat de motocross Lucas Oil Pro est l’un

des sommets de la discipline. Avec la série en six épisodes

MX Nation, entrez dans les coulisses de cette

intense compétition pour découvrir entre autres

comment les pilotes gèrent la pression.

FLO HAGENA/RED BULL CONTENT POOL

88 THE RED BULLETIN


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aux données vous concernant auprès de THE RED BULLETIN, adresse : 12 rue du Mail, 75002 Paris.

TRBMAG


CONSEIL N° 1 : Rangez malin

« Gourde, trépied, portemonnaie,

lunettes… Tout doit

être facilement accessible. »

HANWAG FERRATA II

OFFREZ-VOUS DU

GRIP

La semelle intermédiaire en

polyuréthane de la Ferrata

amortit chacun de vos pas.

Son revêtement en thermoplastique

robuste et confortable

vous assure légèreté

et confort même sur terrain

difficile.

319,99 ¤ ; hanwag.com


G U I D E

TOUT ÉQUIPÉ

Le « micro-aventurier » Christo Foerster nous livre sept conseils pour

vivre d’inoubliables expériences dans la nature. Nous vous indiquons ici

l’équipement qui y contribuera grandement. C’est parti !

Texte WOLFGANG WIESER

PRIMUS LITE+

RÉDUISEZ VOTRE CUISINE

Petit mais malin : la cartouche à gaz (100 g)

et le brûleur se rangent dans un récipient en

alu anodisé résistant et compact. Pour un

poids total de 390 g. Le plus : la casserole se

fixe facilement et solidement au brûleur via

un mécanisme de verrouillage breveté.

129,95 ¤ ; primus.eu

VESTE THERMOBALL À

CAPUCHE THE NORTH FACE

NE LAISSEZ PAS LE FROID

VOUS SURPRENDRE

Légère, facile à ranger et efficace contre les

rigueurs du temps. La doudoune Thermoball

à capuche combine isolation extrême et légèreté

avec sa forme d’entonnoir innovante.

230 ¤ ; thenorthface.com

ALPINA LYRON VL

PROFITEZ DE LA VUE

Ces lunettes de soleil préservent votre perspective

en toutes circonstances. La teinte

des verres s’adapte au niveau de luminosité.

Le plus : les coussinets nasaux malléables

s’ajustent pour plus de confort.

59,95 ¤ ; alpina-sports.com

BARTSCH

CONSEIL N° 2 :

Mangez chaud

« L’alpiniste Conrad

Anker ne jure que par la

semoule de couscous.

Rien de plus simple pour

manger chaud en pleine

nature. Faites chauffer

un peu d’eau sans même

la faire bouillir, versezla

sur la graine, mélangez,

c’est prêt. »

APEX WALL

BACKPACK

AÉREZ VOTRE DOS

Dix-huit compartiments et

des canaux de ventilation 3D

permettent à l’air de circuler

dans le dos. Résultat : vous

transpirez moins et fini les

coups de froid. Disponible en

deux tailles (32 ou 38 l) .

150 et 160 ¤ ; salewa.com

Le sac à dos

Apex est résistant

et confortable.

Une

option à ne

pas négliger.

THE RED BULLETIN 91


G U I D E

CONSEIL N° 3 : Portez de

bonnes chaussures

« Pour choper un train après une

rando, des chaussures hybrides

m’ont permis de piquer un sprint.

Difficile en pompes de rando... »

DYNAFIT ALPINE PRO

TRACEZ VOTRE

ROUTE

Si vous êtes du genre « plus

c’est long, plus c’est bon », alors

c’est elle qu’il vous faut. Semelle

intermédiaire comprimée en

EVA double densité, talon renforcé

et plaque de carbone

protectrice entre la semelle intermédiaire

et la semelle extérieure

dompteront tous vos

trajets. 165 ¤ ; dynafit.com

BURTON PORTAL LITE

APPRENEZ À AIMER LA PLUIE

Cette veste prouve à nouveau qu’on peut

profiter du grand air même quand il pleut…

Elle vous gardera au sec et au chaud. Et sa

coupe près du corps vous donnera fière

allure. On en viendrait presque à souhaiter

qu’il pleuve. 110 ¤ ; burton.com

CONSEIL N° 4 : Dormez sous la tente

« Je préfère dormir à la belle étoile sur un tapis

iso ou un hamac. Mais quand il y a du monde, la

tente offre une intimité appréciable, à condition

qu’elle reste simple et légère. »

FJÄLLRÄVEN ABISKO

TRAIL TIGHTS

AÉREZ VOTRE FOULÉE

Ce collant de rando est idéal pour les journées

chaudes. Un tissu respirant offre une

aération au niveau de la taille, de l’entrejambe

et à l’arrière des cuisses. Bien-être

garanti. 159,95 ¤ ; fjallraven.fr

Duo pour un solo :

sac de couchage et

tente monoplace.

JACK WOLFSKIN EXOLIGHT I

ISOLEZ-VOUS

Seul pour un ou deux jours ? Cette tente

monoplace (215 cm de long, 60 cm de large,

100 cm de haut) sera une compagne fiable

pour vos aventures en solo et se combine

idéalement avec un sac de couchage à zip

circulaire. 339,95 ¤ (tente), 199,95 ¤

(sac de couchage) ; jack-wolfskin.com

MARCEL PABST

92 THE RED BULLETIN


THULE CAPSTONE

TOUT À PORTÉE DE

LA MAIN

Ce sac à dos a été testé en

situation pendant l’équivalent

d’une randonnée autour du

globe. En plus d’être extrêmement

robuste et polyvalent,

il offre des accès par le haut,

le bas, le côté gauche et le

côté droit.

149,95 ¤ (modèle 40 l) ;

thule.com

CONSEIL N° 5 : Jamais sans lunettes

« Après avoir égaré deux paires de

lunettes de soleil dans l’eau, j’ai opté pour

un modèle léger et flottant. Je ne suis pas

fan de lunettes, mais sur l’eau, à la neige

et en altitude, les protections visuelles

sont tout simplement indispensables. »


G U I D E

CONSEIL N° 6 : Oubliez le smartphone

« Je déteste avoir à systématiquement consulter mon smartphone

pour vérifier l’itinéraire. Avec la montre GPS, un coup

d’œil suffit. Utilité maximale pour dispersion minimale. »

SUUNTO 9 BARO

RESTEZ EN MODE VEILLE

Cette montre vous indique la voie, suit votre

entraînement, contrôle votre pouls en permanence

et deviendra vite le compagnon

indispensable et fiable qui ne manquera

pas de vous alerter en temps et en heure

en cas d’orage. 599 ¤ ; suunto.com

Une semelle en

caoutchouc pour

un excellent grip.

ICEBREAKER TECH LITE

SS CREWE RAVENCAMP

CHOISISSEZ L’HARMONIE

Le meilleur de la nature et de la technologie :

fibres mérinos naturelles enroulées autour

d’un noyau en nylon. Séchage rapide, résistance

aux odeurs et confortable. Avec un

design original signé Damon Watters.

75,95 ¤ ; icebreaker.com

VIBRAM FIVEFINGERS V-TREK

GARDEZ LES PIEDS SUR TERRE

Presque aussi agréable que marcher pieds

nus, la protection en plus. La semelle extérieure

flexible en caoutchouc de 4 mm offre

une bonne adhérence, quelle que soit la météo

; la semelle intermédiaire en PU donne,

elle, l’impression de marcher sur un nuage.

129,90 ¤ ; vibram.fr

LEDLENSER MH11

ILLUMINEZ LA NUIT

Cette lampe brille à souhait.

Une application permet de

configurer les fonctions selon

vos besoins. En mode boost,

elle éclaire les nuits les plus

noires : 750 lumens donnent

une visibilité allant jusqu’à

300 mètres.

149,90 ¤ ; ledlenser.com

CONSEIL N° 7 : Devenez une source

de lumière

« Dès que j’éteins ma lampe torche, je

deviens invisible dans le noir et me fonds

dans la forêt. Mais si un plus gros animal

venait à s’approcher, rassurez-vous,

la torche se laisse rallumer aussitôt. »

CHRISTO FOERSTER

est parti à la découverte de

la « micro-aventure ». Qu’estce

qu’une micro-aventure ?

C’est une expérience qui dure

entre 8 et 72 heures, dont

voiture et avion sont bannis et

où la nuit se fait à la belle étoile.

Le nouveau livre de l’aventurier

allemand vient de paraître aux

éditions Harper Collins : Raus

Und Machen (trad. L’aventure

commence ICI).

94 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Le 25 juillet avec et le 1 er août avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement

JAANUS REE/RED BULL CONTENT POOL


THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans sept

pays. Ben Stokes, une

star du cricket, reçoit

notre édition anglaise

en Inde.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

SO PRESS n’est pas responsable des textes,

photos, illustrations et dessins qui engagent

la seule responsabilité des auteurs.

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THE RED BULLETIN

Suisse, ISSN 2308-5886

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ISSN 2308-586X

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Dave Szych, dave.szych@redbull.com

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96 THE RED BULLETIN


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L’aventurier canadien Will Gadd, 53 ans, fut le premier à venir à bout des chutes du Niagara

gelées. En revanche, il ne s’était jamais aventuré dans un moulin de glacier (énorme puits taillé

par les eaux de fonte). Une immersion à l’intérieur de la calotte glaciaire du Groenland pour

comprendre les effets du réchauffement climatique sur la disparition des glaciers.

Le prochain

THE RED BULLETIN

n° 90 disponible

dès le 25 juillet

2019

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98 THE RED BULLETIN


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