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360° magazine / mars 2022

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360° N 0 211

Mars. 2022

9 771660 188001

00211


Rédaction en chef

Alexandre Lanz

alexandre@magazine360.ch

Rédaction textes

Natascia Bandecchi, Camille

Béziane, Julien Claudé-Pénégry,

Robin Corminboeuf, Edmée Cuttat,

Aymeric Dallinge, Laure Dasinieres,

Marlon Dietrich,Marius Diserens,

Julien Hennequin , Annabelle

Georgen, Line Golestani , Greta

Gratos, Dr. Hazbi, Alexandre Lanz,

Tal Madesta, Monokini, Vagin Pirate,

Léon Salin, Rafaela Santos

Collage

Amina Belkasmi

Photo

Ricardo Caldas

Karla Hiraldo Voleau

Magali Girardin

Elizabeth La Rosa

Corrections

Robin Corminboeuf, Marius

Diserens, Alexandre Lanz

Rédaction image

Ester Paredes

Direction artistique et graphisme

Balmer Hählen

Typographies

Newglyph

Swiss Typefaces

Couverture

Fishbach photographiée

par Luka Booth

Publicité

Philippe Scandolera

pub@360.ch

Christina Kipshoven

christina@mannschaft.com

Jérémy Uberto

marketing@360.ch

Abonnement

abo@360.ch

Expédition

Alain, André., Claude, Erdal,

Jacques, Laurentiu, Otto,

Giovanni, Jérôme

Editeur

Association Presse 360

Impression

Appi, Gland

Portrait édito

Ricardo Caldas

360

36, rue de la Navigation

CP 2217 - CH-1211 Genève 2

Tél. 022 741 00 70

magazine_360

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magazine360lgbt

Retrouvez toutes les infos

sur 360.ch

Sommaire N°211

ÉDITO

p.5

ACTU SUISSE

Vaud : une nouvelle déléguée

cantonale pour

les questions LGBTIQ+

p.6 – 8

ACTU INTERNATIONAL

France : première femme trans*

reconnue mère de sa fille

p.9 – 10

SOCIÉTÉ

Gai·e·x·s, gai·e·x·s, marions-les !

À la rencontre d’Amandine et Sara

p.12 – 13

Metanoïa : immersion

dans un parcours de conversion

p.14 – 18

Le Maricoin, la première

crypto-monnaie

LGBTIQ+ venue d’Espagne

p.20 – 21

Quotient Queer

Eric Zemmour, le zéro pointé

p.22 – 23

Le monde selon Greta Gratos

p.25

Grandeur Mature

Rencontre avec Bertrand Sonnay,

le trésorier senior de Vogay

p.26 – 28

360° x The Deep NEsT

Synergie entre la Suisse romande

et la Suisse italienne

Portrait de Yeelen Kamanda

p.30 – 31

Porno

Drôles d’endroits pour un tournage

p. 32 – 34

J’veux du queer

Relecture iconoclaste de la mode

Hommage à Manfred Thierry Mugler

p.36 – 38

L’humeur de Dr. Hazbi

p.38

Vagin Pirate

Les pépites de mars

p.46 – 47

Barbara Butch

l’année des nouveaux défis

p.48 – 49

Cinéma

La Mif, la fiction du réel de Fred Baillif

p.50 – 52

Séries

Les personnages non binaires

s’imposent

p.54 – 55

L’humeur d’Aymeric Dallinge

p.55

Littérature

La sélection queer de Payot Libraire

p.56 – 57

Culture Club

Agenda

p.58 – 60

Relecture

Chez Moune,

l’âme lesbienne de Pigalle

p.62 – 63

SANTÉ

Violences dans le couple

p.64 – 65

L’oracul du mois

Music makes me lose control

p.67

Horoscope

p.68 – 69

Le Queer’stionnaire de Proust

Hanneli

p.70

TOUTE REPRODUCTION EST STRICTEMENT INTER-

DITE POUR TOUS LES PAYS, SAUF AUTORISATION

ÉCRITE DE 360.

DES EXEMPLAIRES VOUS SONT OFFERTS DANS TOUS

LES LIEUX PARTENAIRES LGBTIQ+ ET FRIENDLY DE

SUISSE ROMANDE. 360 EST UN MAGAZINE INDÉ-

PENDANT DONT LE CONTENU RÉDACTIONNEL NE

REFLÈTE PAS NÉCESSAIREMENT LES POSITIONS DE

L’ASSOCIATION 360.

CULTURE

Fishbach est de retour

Vagin Pirate l’a rencontrée

p.40 – 44

L’humeur de Léon Salin

p.44


Dancing

queer·n·s

Par

Alexandre Lanz

Rédacteur en chef

© Ricardo Caldas

Programme & tickets dès le 2 mars

fiff.ch

Les chanteuses pop et les LGBTIQ+, c’est l’histoire

sans fin. Toutes les femmes de ta vie,

en nous réunies. On tombe pour elles dès la

plus tendre enfance sans jamais s’en remettre.

Envoûtement à charge virale transcendante,

haute fidélité en Dolby stéréo. L’alchimie

du grand frisson se cristallise à la croisée

de sons vibrants, de paroles poignantes, de

clips chocs, d’attitudes, de looks féroces et

pour couronner le tout, de concerts dignes de

Cléopâtre sous MDMA. Les chanteuses pop

et les LGBTIQ+, c’est chabadabada. Mention

spéciale pour celles qu’on nomme uniquement

par leur prénom, comme un membre proche

de la famille.

LA PUISSANCE DU DISCO

Contraint d’écouter mon père au piano

à longueur de journée, je m’ennuyais

sévèrement. Jusqu’au jour où

ma tante – sa soeur – m’a donné un petit

coup de baguette magique pour m’aider

à découvrir des ressources en

moi que je ne soupçonnais pas. Elle

qui avait un lit rond et ne roulait qu’en

bagnole de sport, je me doutais bien

qu’elle savourait la vie intensément.

Ce jour-là, elle me glissait dans la

ÉDITO

main cette K7 audio compilée par ses

soins. Face A et face B, mon éducation

au disco commençait. Point d’orgue de

cette montée en puissance, le Voulez-

Vous d’ABBA me mettait littéralement

en transe. La brosse à cheveux se

transformait en micro – accessoire indispensable

au lip-sync – et je dansais

au milieu du salon, des paillettes plein

les yeux. Alex au pays des merveilles !

Ce n’était que le début d’une épopée pop peuplée

d’amazones sexy et autres créatures

magnétiques auxquelles les teenagers aiment

s’identifier. Rien n’a vraiment changé.

L’excitation est la même quand Fishbach sort

un nouveau disque aujourd’hui qu’à l’époque

où je passais en boucle le premier single de

Kylie, ou plus tard quand Britney contribuait

au réchauffement climatique sur la planète

MTV avec le clip torride de l’inoubliable I’m

a Slave 4 U, ou encore l’entrée dans l’ère des

onomatopées sur la pop schlager de Lady

Gaga, la Mother Monster de toute une génération.

Dans un éternel état de grâce, les popstars

tiennent la promesse d’un monde meilleur

et de lendemains qui chantent. Pour cela, on

ne cessera jamais de les aimer. Découvrez

sans plus tarder l’interview et la playlist de

Fishbach en pages 40 – 44 !

5


Vaud : une nouvelle déléguée cantonale

Par Robin Corminboeuf pour les questions LGBTIQ+

WOKISME : QUAND LA

LIBERTÉ DEVIENT MENACE

Par Marius Diserens

Après un long processus de sélection, Catherine Fussinger a été

nommée déléguée cantonale vaudoise pour les questions LGBTIQ+.

Catherine Fussinger, nouvelle déléguée cantonale vaudoise pour les questions LGBTIQ+

Le département de la cheffe du gouvernement

Vaudois a nommé Catherine Fussinger

comme déléguée cantonale pour les questions

LGBTIQ+.

Cette dernière est actuellement responsable

de recherche à l’Institut des

Humanités en médecine du CHUV et

co-présidente de l’association faîtière

suisse des familles arc-en-ciel.

Son nouveau rôle consistera à conseiller Nuria

Gorrite et son département, afin de développer

une meilleure inclusion des personnes

LGBTIQ+ au sein de l’administration cantonale

et dans la société. Il s’agira d’élaborer une

stratégie de politique publique qui brossera un

panorama des problématiques en cours dans

les différents départements cantonaux. Ce

travail sera accompagné par les partenaires

sociaux et les associations cantonales.

LE GENRE,

SANS FAIRE GENRE ?

Christine Gonzalez interroge

le(s) genre(s) humain(s)

21h | ven | RTS La Première

rts.ch/audio

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Emilie Siegenthaler, championne de Suisse et d’Europe de cross-country, également

vainqueure de la coupe du monde.

Bienne se positionne

contre l’homo

et la transphobie

Bienne met en place une campagne pour lutter

contre le harcèlement et les violences

liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de

genre. Intitulée Divers BielBienne, cette campagne

présente des Biennoi·e·x·s connu·e·x·s

qui promeuvent un message de solidarité et

de tolérance. Personnalités politiques, sportives,

du monde culturel et politique se sont

prêtées au jeu.

Par ailleurs, un site internet donne la

parole aux personnes concernées à

travers des podcasts mêlant contenus

éducatifs et récits d’expériences vécues.

Bases légales en vigueur et ressources

associatives sont également

à disposition.

Enfin, tout incident peut être rapporté par téléphone

(032 326 12 05) ou par courriel (discrimination@biel-bienne.ch).

Ces signalements

permettront à la Ville de Bienne de faire un

état des lieux des violences subies et d’orienter

la sensibilisation des organes en charge de

la sécurité, afin d’ajuster les mesures mises

en place à la réalité du terrain.

RC

Marius Diserens est spécialiste en question de

genre et de diversité, est chargé de garantir une

large inclusion au sein du magazine et partage

avec nous ses mots « coups de cœur » du mois.

OH DEAR READER,

Entre le maintien de vérités passées et les projections

sur l’idéal futur, notre ère cristallise

des crispations plurielles. Connaissez-vous la

convergence des haines ? Deux bords sociopolitiques

qui se déchirent : les soi-disant

« militant·e·x·s gauchistes » et les « conservateurs

» s’accrochant à une vision finie du monde.

Les second·e·x·s accusent les premier·ère·x·s

d’incarner la tyrannie des minorités,

d’avoir construit leur discours autour de

revendications enracinées dans leurs identités,

d’imposer le « politiquement correct » et

la culture de l’effacement. Le wokisme. Des

dérives, il en existe… car il nous est parfois

tentant d’utiliser les outils violents du maître.

Quand est-il, de ce maître ? Figure réactionnaire

qui abuse de sa nouvelle arme pour

faire taire toute forme de progressisme. Spoiler

alert, l’humanisme n’est pas son apanage, tant

le sien sonne faux. La preuve : certains « vieux

hommes blancs cishétéro » semblent réussir

à accompagner les militant·e·x·s dans la recherche

de solutions. Oui, ils n’ont pas peur du

déchirement qu’est la remise en question.

Nous sommes tou·te·x·s issue·x·s du

terreau patriarcal et capitaliste, les personnes

qu’on targue d’être woke, comme les personnes

qui les accusent. Ayons le courage et l’audace

commune d’espérer un monde où l’on se respecte

et s’écoute. Au lieu de délégitimer nos

paroles respectives. Woke ? Fièrement. Car

réveillé·e·x·s par la violence des coups de la cloche

patriarcale qui tinte ses dernières heures.

Et si vous qui reniez le caractère systémique

des violences, vous vous réveilliez avec nous ?

Que l’aube serait belle…

SUISSE

ACTU

7


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Angelina Maccarone,

gagnante du Pink Apple

Festival 2022

Le festival du film LGBTIQ+ suisse a choisi sa gagnante

en la personne d’Angelina Maccarone. Réalisatrice et

scénariste allemande, Maccarone a déjà été récompensée

par le Léopard d’or du festival de Locarno en

2006 pour son film Verfolgt. Le Pink Apple Festival se

tiendra à Zurich du 26 avril au 5 mai. L’édition 2022 est

programmée du 6 au 8 mai 2022 à Frauenfeld. RC

Pride Zurich :

« trans* diversité vivante »

En France, une femme

transgenre reconnue

mère de sa fille

Durant huit ans, Claire et Marie, un couple de femmes

habitant dans le Sud Ouest de la France, s’est battu

pour faire reconnaître en justice la double filiation

maternelle de leur fille. Bien que l’enfant ait été conçu

après le changement d’état civil de Claire, et qu’un acte

de reconnaissance maternelle ait été effectué avant

la naissance de son enfant, Claire n’avait toujours pas

de lien de filiation maternelle reconnu en raison de sa

transidentité. En 2018, les juges de la Cour d’Appel de

Montpellier avaient envisagé un statut juridique nouveau,

celui de parent biologique. Il avait été rejeté par

la Cour de Cassation en septembre 2020. L’Association

des parents et futurs parents Gays et Lesbiens (APGL)

était alors intervenue aux côtés de Claire depuis la

procédure en Cassation. Un recours avait été déposé

à la Cour européenne des droits de l’Homme-CEDH

afin que Claire soit autorisée à établir son lien de filiation

par la voie de la reconnaissance maternelle.

Puis, l’affaire avait abouti à une solution acceptable

pour Claire en France, après une audience à la Cour

d’Appel de Toulouse en décembre 2021. Le délibéré,

rendu public le mercredi 9 février 2022 établit que

Claire peut désormais figurer comme mère sur l’acte

de naissance de sa fille. C’est une grande première en

France. Malheureusement, cette décision judiciaire

est sans portée générale. Elle ouvre une possibilité de

filiation conforme à l’identité de genre, mais par l’intermédiaire

d’une décision de justice lourde. LD

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On vous en parlait dans notre numéro de février, le slogan

proposé pour la Pride de Zurich a fait des remous.

En effet, le credo d’alors, « trans*normal – Mensch

bleibt Mensch », a été jugé inapproprié par CSD Zürich,

un groupe qui se veut une alternative queer, intersectionnelle

et anticapitaliste à la Pride de Zurich, comme

une tentative d’assimilation des personnes trans* au

système cisnormatif, loupant ainsi une occasion de

remettre en cause ce système. Le nouveau slogan proposé

est « trans* – Vielfalt leben » que l’on peut traduire

par « trans* – vivre la diversité ».

La prochaine Pride de Zurich aura lieu du 6

au 19 juin 2022. Son défilé est prévu le 18 juin

et pour la première fois en 27 ans d’existence,

l’accent des revendications politiques portées

sera mis sur la situation juridique et les défis

des personnes trans*.

RC

L’homme enceint :

l’emoji qui fait trembler

les conservateurs !

Opération pinkwashing ou véritable volonté d’inclusivité

de la part d’Apple ? L’arrivée prochaine d’un

emoji « homme enceint » pour les utilisateur·rice·x·s

d’iPhone a fait frémir la réactosphère d’une nouvelle

panique morale. Alors que les conservateurices fustigent

le pictogramme et qu’ils étalent leur ignorance

et transphobie, rappelons que la « transternité » est une

réalité qui concerne de plus en plus d’hommes trans*. LD

8 ACTU

SUISSE

INTERNATIONAL ACTU

9


Jacquemus

et les haters

Tout a commencé par une photo, anodine, postée

le jour de la Saint-Valentin représentant

le designer français Simon Porte Jacquemus

et son fiancé, Marco Maestri, s’embrassant

au bord d’une piscine. En commentaire, une

instagrameuse commente en anglais : « Il

m’est arrivé de vouloir tes sacs, maintenant

[emoji nauséeux]. » Ni une ni deux, le créateur

retorque la saillie homophobe : « Je n’ai

pas besoin de ton point de vue homophobe.

Et mes sacs n’ont pas besoin de toi. Dégage ».

Jacquemus ne fait d’ailleurs pas que défendre

son intégrité, puisqu’il souligne dans son post

instagram que de nombreuses personnes

LGBTIQ+ travaillent avec lui. Le message est

clair: sa marque n’a pas besoin de client·e·x·s

homophobes. Et toc !

RC

L’image qui a déclenché une salve de réactions homophobes

Débats – Ateliers – Films – Expos

Avis de naissance

C’est une nouvelle comme on les aime ! Au zoo

Rosamond Gifford de New York, un couple de manchots

mâles, Elmer et Lima, vient de voir éclore un

œuf dont il avait pris soin. Les deux pères adoptifs

avaient été substitués par les soigneurs aux parents

manchots biologiques. Ces derniers ont, en

effet, la fâcheuse habitude de casser leurs œufs.

Le bébé va bien et les jeunes papas, ravis, continuent

de l’élever avec amour.

LD

Nouvelle Zélande :

non aux thérapies de

conversion

C’est au tour de la Nouvelle Zélande d’interdire

les thérapies de conversions. Par un vote quasi-unanime

(112 voix pour, 8 voix contre), la proposition

de loi a été adoptée par le Parlement Néo

Zélandais. « C’est un grand jour pour les communautés

arc-en-ciel de Nouvelle-Zélande. Les

pratiques de conversion n’y ont pas leur place »,

a déclaré le ministre de la Justice Kris Faafoi. RC

Genève – Lausanne

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Gai·e·x·s, gai·e·x·s

Marions-les !

2022 marque l’ouverture du mariage à tou·te·x·s en Suisse. À cette

occasion, nous partons à la rencontre des couples LGBTIQ+ qui se

passent la bague au doigt cette année. Ce mois-ci, Amandine et

Sara, qui vivent à Puplinge, à côté de Genève.

Photo : Magali Girardin

Amandine et Sarah, premières mariées de Puplinge.

Par

Laure Dasinieres

Épisode 1

Amandine & Sara

Lorsque je les rencontre en visio, Amandine

et Sara sont posées toutes les deux sur leur

lit. De temps en temps, un chien (elles en

ont trois) ou un chat viennent passer la tête.

Fières de compter parmi les premiers couples

LGBTIQ+ à se marier cette année, elles ont

répondu avec enthousiasme à notre appel à

témoin. Fières, oui. Et aussi heureuses de donner

un visage à un couple de femmes, qu’elles

estiment sous-représentées dans les médias.

Elles me racontent leur rencontre il

y a six ans. « À cette époque, je fréquentais

un homme marié. En même

temps, j’étais inscrite sur Tinder. Par

curiosité et par envie, j’avais coché

la case « femme ». J’ai eu un énorme

feeling pour Amandine et par chance,

ça a matché ! », se souvient Sara. « On

s’est rencontrées après 15 jours de discussion.

Coup de foudre ! » Sara met

alors un gros coup de pression à son

mec de l’époque : c’est décidé, s’il ne

quitte pas sa femme, elle part avec

Amandine. Il quitte alors sa femme

et débarque chez elle… Ils vivent deux

ans ensemble. Deux ans pendant lesquels

Sara et Amandine se voient de

temps en temps. Jusqu’au moment où

Sara quitte son ami et s’installe directement

chez Amandine. « C’était

un pari risqué, on ne se connaissait

presque pas ! », s’amusent t-elles. Pari

réussi puisqu’après quatre ans de vie

commune, elles se marieront en juillet.

C’est Amandine qui a demandé sa

main à Sara. « On avait d’abord pensé

à faire un partenariat et quand on a vu

les résultats de la votation, on a décidé

de se marier. Nous serons le premier

couple homo à s’unir dans notre village

». Tout un symbole que les deux

jeunes femmes sont ravies d’incarner.

Quand Amandine a fait sa demande en

mariage, Sara a pleuré. « J’ai appelé

ma mère, tous mes potes!», racontet-elle.

« Et pendant ce temps-là, je

faisais de la détection de métaux sur

la plage », se marre Amandine. Pour

elles, le mariage, c’est un « oui » pour

la vie. C’est aussi une assurance au

cas où il arrive quoique ce soit.

Parlons festivités. Sara, qui a déjà acheté sa

robe, avait rêvé, petite, d’un mariage de princesse

tunisienne. Ce sera un peu plus simple

et sobre, dans un restaurant chic mais « sans

chichi », entourées de leurs ami·e·x·s, de leurs

parents et beaux-parents. « Tous nos proches

sont très content·e·x·s pour nous », se réjouissent

les deux amoureuses. Que leur souhaiter

? « De la santé, des rires et du Martini »,

s’amusent-elles. Et peut-être aussi une maison

à elles comme le souhaite Amandine.

RETOUR SUR UN

VOTE HISTORIQUE EN SUISSE

Le 26 septembre 2021, les Suisse·

sse·x·s se sont exprimé·e·s à 64.1 %

en faveur du mariage pour tous·te·x·s.

Depuis seize ans, les couples gais

pouvaient déjà nouer un pacte civil

en Suisse. À partir du 1er juillet, ils

pourront se marier. Le texte prévoit

que les couples pourront également

adopter un enfant sans lien de parenté

et les couples de femmes pourront

recourir à la procréation médicalement

assistée (PMA), jusqu’à présent

réservée aux couples hétérosexuels.

12 SOCIÉTÉ

RENCONTRE

RENCONTRE

SOCIÉTÉ

13


Au moment où la Suisse réagit enfin pour interdire

les thérapies de conversion, nous sommes allé·e·x·s

à la rencontre d’Isaac de Oliveira qui nous raconte en

toute honnêteté son expérience et son conflit interne

l’emmenant de la honte à l’acceptation.

Isaac de Oliveira revient sur son parcours

du combattant, tiraillé entre

son homosexualité et ses croyances

religieuses.

Metanoïa :

Propos recueillis

par Aymeric Dallinge

Photo par

Karla Hiraldo Voleau

immersion dans

un parcours

de conversion


Les cantons de Vaud et Genève ont décidé de les

bannir, le Valais se dit en faveur d’un postulat

souhaitant un état des lieux en vue d’une interdiction.

En contrepartie, le réseau évangélique

suisse a publié en février 2022 une déclaration

s’opposant à l’interdiction des thérapies de

conversion stipulant que le cadre juridique actuel

est suffisant, en prenant garde de condamner

le principe de thérapie visant à « guérir ». Il

mentionne également l’importance de l’autodétermination

de la personne et de l’accompagner

vers la connexion à sa foi. Cependant,

aucune mention des séminaires « Torrents de

Vie », pourtant évangéliques, n’est faite…

« Mais je ne voulais pas risquer

de perdre l’amour de mes

parents. J’ai commencé à me

replier sur moi-même. »

« Je suis né dans une famille à moitié chrétienne,

entre un père agnostique et une mère

née catholique. J’ai été baptisé catholique.

Suite à la conversion de ma mère du catholicisme

à l’évangélisme, mon frère et moi avons

suivi une éducation religieuse. J’ai grandi dans

la foi en fréquentant l’église et l’école du dimanche.

La maison était alors un lieu refuge

et d’amour. Je me sentais entouré de deux parents

soudés et présents.

A 9 ans, j’ai ressenti pour la première

fois la présence de Dieu à mes côtés,

c’était lors d’un camp chrétien. Nous

étions en train de chanter des louanges

et je me suis senti vivant. C’était

comme une seconde naissance. Je sentais

que Dieu était là, en moi. C’était

une grande joie ! Je me suis plongé dans

ma Bible plusieurs jours pour y dévorer

ses apprentissages et y trouvais des réponses

à mes questions existentielles.

J’étais un enfant heureux, avec une foi profonde,

fasciné par Dieu et le divin. « Jésus est

Dieu », nous enseignait-on. Jésus était mon

confident, mon meilleur ami. J’avais le privilège

de le connaître.

UN ENDROIT LUMINEUX

PLONGÉ DANS L’OBSCURITÉ

Je me souviens de cette journée qui marquera

l’entrée de l’anxiété dans ma vie.

J’avais 12 ans. En rentrant de l’école, ma

maman nous avait réunis mon frère et

moi pour nous confier ses interrogations

à propos d’un membre de la famille. Il

pensait que mon frère Lucas était homosexuel.

Sous le choc, il a réagi furtivement

et s’est défendu. « Jamais ! C’est

dégueulasse ! », se justifiait-il.

De mon côté, je ressentais une affection particulière

pour les hommes. Je pensais que c’était

normal. Une forme d’amour comme il en existe

d’autres. Mais je ne voulais pas risquer de

perdre l’amour de mes parents. J’ai commencé

à me replier sur moi-même. Tout l’équilibre

familial s’effondrait. Cet endroit si lumineux

était subitement plongé dans l’obscurité. Je devenais

vulnérable et je devais me cacher. Je ne

riais plus, ne parlais plus et devenais agressif :

je devais me protéger, ne pouvant pas être découvert.

Alors je jouais à l’hétéro, je portais le

masque. Isaac s’éteignait. Je me rendais compte

que je n’étais pas normal. Une polarité s’inscrivait

dans ma vie. Il y avait Isaac à la maison et

Isaac dans son entourage. Il y avait les sourires

vers l’extérieur et le silence à l’intérieur. Je traversais

de grands moments de détresse. Je me

sentais à terre, inondé de mes propres larmes.

J’implorais Dieu de me changer. Ma vie spirituelle

se résumait à la supplication de la guérison.

« S’il te plaît, change-moi », m’écriais-je. Je

restais annihilé face au silence de Dieu. Il ne

souhaite que l’hétérosexualité. Je ne pouvais

pas imaginer être différent. Je traversais les

deux pires années de ma vie.

LA CULPABILITÉ ET LA HONTE FACE À DIEU

Dans la foi, Dieu apporte toujours des

solutions : Il guérit les malades et délivre

les personnes du péché. Il peut

donc le faire pour moi, pensais-je. Dieu

était la solution à mon problème. Si je

suis un bon chrétien, Dieu me libérera,

j’en étais persuadé.

Pourtant à 15 ans, je vivais mon premier amour,

rencontré sur internet. Pour la deuxième fois

de ma vie, je me sentais aimé pour qui j’étais.

La première fois, c’était ma rencontre avec

Dieu. Ce soir-là quand je suis rentré chez moi,

je me sentais complètement ouvert. Un sentiment

qui n’aura duré que le temps d’un repas.

Ensuite, l’ombre a repris le dessus, ravivée par

un commentaire d’une amie chrétienne à qui

j’avais raconté ce que je vivais : « N’oublie pas

que de là-haut, quelqu’un te regarde… » Elle me

disait que c’était mal et que Dieu avait prévu

une femme pour moi. Ces mots ont déclenché

en moi un sentiment intense de culpabilité et de

honte. L’amour que je ressentais s’effaçait. J’ai

rompu pour lutter contre ce que je considérais

être un péché.

LA THÉOLOGIE ANTI-GAY DÉTRUIT PLUS

QU’ELLE NE GUÉRIT

Enfoui dans ma détresse, je dessinais

mon désir de devenir hétéro. Je devais

changer, quitter ce qui me pervertissait.

Je savais que Dieu le voulait pour

moi. Lors de mon dernier week-end

de catéchisme, je ne ressentais rien.

Je me sentais séparé de Dieu. J’étais

persuadé que c’était la faute de mon

homosexualité. J’ai demandé de l’aide

à trois pasteurs. C’était le début de

mes entretiens réguliers avec le pasteur

de la paroisse que je fréquentais.

Il avait une approche bienveillante, il

m’écoutait, nous priions ensemble. Je

lui racontais ce que je vivais à la maison.

Je lui confiais ma crainte du rejet

de mes parents. A ce moment-là, il

s’est mis à me parler de « Torrents de

Vie ». Il s’agissait d’un séminaire autour

des « cassures » sexuelles telles

que les abus, la pornographie et la

« Ensuite, l’ombre a repris le

dessus, ravivée par un commentaire

d’une amie chrétienne

à qui j’avais raconté ce que je

vivais : « N’oublie pas que de

là-haut, quelqu’un te regarde… »

Elle me disait que c’était mal

et que Dieu avait préparé une

femme pour moi. »

sexualité entre personnes du même

genre/sexe. L’accompagnement était

sans promesse, si ce n’était de devenir

une meilleure version de soi. L’homosexualité

y est condamnée car elle ne

fait pas partie du « plan de Dieu ». Je

devais attendre ma majorité pour commencer

le séminaire.

Après une série d’entretiens individuels, j’ai

demandé à mon pasteur de convoquer mes parents

pour que je leur parle de mon attirance

pour les hommes. Pourtant, je me sentais humilié,

j’étais silencieux. Il était nécessaire qu’ils

sachent pour que je m’en sorte. Ma mère a demandé

: « Comment allons-nous faire ? », alors

que mon père a verbalisé que ça ne changeait

rien pour lui et qu’il m’aimait. Je me sentais

traversé d’un sentiment de colère et de honte.

Le pasteur a proposé que mes parents

m’emmènent voir une psychothérapeute

évangélique qui pourrait

m’accompagner sur mon chemin de

réconciliation. Avec elle, nous avons

abordé le quotidien sans se centrer

sur l’homosexualité. Malgré tout, mon

désir de guérison persistait.

Quand j’ai eu 18 ans, mon pasteur m’a rappelé

que j’avais la possibilité d’intégrer le séminaire.

Ce que j’ai fait pendant dix mois à

raison d’une séance de groupe par semaine

et d’un week-end de rencontre. Nous nous

immergions dans un manuel accompagné

de messages, de chants de louanges et de

prières. J’aimais y aller. Je m’y sentais bien.

Je pouvais être moi-même tout en continuant

la lutte contre mon homosexualité. J’ai rencontré

deux amis présents pour les mêmes

raisons que moi. Je me sentais profondément

chrétien, même si mes désirs persistaient.

Dieu m’a mis sur la voie de Nashville aux

Etats-Unis pour suivre une école de disciple

destinée à renforcer ma foi. On m’y impose

les mains. Je me suis retrouvé dans un groupe

formant un cercle, les gens priaient Dieu

16 SOCIÉTÉ

RÉCIT

RÉCIT

SOCIÉTÉ

17


pour qu’il fasse un miracle et me guérisse.

Je souffrais énormément. Je suffoquais. On

tentait de me délivrer de mon homosexualité.

Malheureusement, rien n’y faisait. J’ai vécu

trois mois de profonde souffrance. Je n’avais

qu’une hâte, rentrer en Suisse.

Quand je suis rentré de Nashville,

j’étais encore persuadé que Dieu

avait prévu un miracle pour moi et

qu’il s’agissait de patienter et de lui

offrir ma vie. J’ai décidé de suivre des

études en théologie. Mon objectif était

clair : vivre une conversion, épouser

une femme, témoigner de mon histoire

pour donner de l’espoir aux personnes

qui souffrent d’homosexualité. J’ai développé

une véritable relation avec le

divin. Je m’encourageais à persévérer,

persuadé que j’allais changer. En parallèle,

je travaillais pour mon église

locale et je suis devenu responsable

de camps pour les jeunes que j’accompagnais

individuellement. J’étais un

pasteur stagiaire dévoué au service

et au ministère. Mon rapport à l’homosexualité

devenait plus flou. Je vivais

malgré tout de gros moments de

doutes et jouais avec la limite de mes

tentations homosexuelles en initiant

des rencontres virtuelles, sans jamais

les concrétiser.

UN CHEMIN VERS L’AMOUR

L’Église devrait être une maison d’accueil, un

hôpital pour les malades. Pourtant, on a voulu

me guérir de soi-disant maladies, me délivrer

de soi-disant démons alors qu’au même

moment Dieu me hurlait que sa création était

merveilleuse. Je commençais à en avoir marre

d’essayer de rentrer dans les cases et de ressembler

à quelqu’un que je n’étais pas. J’ai

essayé. Je n’ai pas réussi. Soit. Je continuais

de lire des livres de guérison et lorsque j’ai

découvert Du statut d’orphelin à celui de fils

et d’héritier du Père, où sont décrites huit clés

pour devenir la meilleure version de soi-même,

j’ai eu un déclic. J’ai compris que mon combat

contre l’homosexualité n’était pas dirigé

par une conviction divine mais uniquement

par la peur d’être rejeté, de ne plus être aimé

et accepté. Le pardon m’est apparu comme

la clé de mon acceptation. Après quasiment

neuf ans de silence autour de l’homosexualité,

j’ai décidé de rencontrer mes parents

individuellement afin d’obtenir leur pardon,

tout en leur offrant le mien. Il était temps de

cicatriser nos blessures. J’avais le profond désir

que nous puissions vivre dans l’amour et

la paix. Ils m’ont ouvert leurs cœurs et nous

avons pu partager des instants d’acceptation.

Je me sentais enfin aimé et heureux. J’avais

l’envie de découvrir mon identité. L’amour

de mes parents m’a poussé à m’accepter. Je

me suis offert la liberté de vivre. Je prenais

conscience que j’étais pétrifié par l’idée de

ne pas être assez bien pour être aimé. J’étais

captif de mes peurs, pas de Dieu ou de mon

rapport à la foi. S’en est suivi une phase de déconstruction.

J’ai cherché des réponses dans

des écrits où l’homosexualité et la foi se rencontrent.

Ma foi s’est vue foncièrement remise

en question. Jusqu’au jour de mes 24 ans où j’ai

écrit un courrier du cœur dans lequel j’ai fait

mon coming out. Cela a été un instant profond

où plus personne ne m’a condamné. J’ai eu le

droit d’exister.

Aujourd’hui, je me sens fier du parcours

que Dieu a dessiné pour moi.

Pendant de longues années, j’ai lutté

à l’intérieur de moi-même pour enfin

réussir à faire vivre le véritable amour

qui sommeillait en mon cœur. J’ai accepté

les épreuves par lesquelles j’ai

dû passer pour saisir l’importance

d’écouter ce qui résonne en mon for

intérieur. Je ne regrette aucune des

étapes traversées malgré la violence

provoquée par les accompagnements

vécus. Les conséquences psychologiques

sont conséquentes et il ne faut

pas les minimiser. Même si j’ai eu l’occasion

de rencontrer de merveilleuses

personnes, l’Eglise a sa part de responsabilité

dans la culture du mal-être

ressenti par des personnes pour qui,

vivre en tant qu’homosexuel·le·s va

à l’encontre de ce qu’elles entendent

au quotidien dans leur religion. Mais

surtout, ce chemin et cette phase de

déconstruction ont été l’occasion de

me rencontrer moi-même et d’accepter

le fait qu’il est possible de se sentir

validé et aimé dans son entièreté.

J’ai ouvert mon regard face à la beauté

de l’humanité et ai appris à accueillir

toute personne dans son identité.

Je me suis réconcilié avec l’amour du

divin et ma connexion s’est renforcée.

Aujourd’hui, je me sens en paix

et conscient.

Instagram @isaac.deolive

18 SOCIÉTÉ

RÉCIT


LE MARICOIN,

PREMIÈRE CRYPTO-MONNAIE

POUR LA

COMMUNAUTÉ

LGBTIQ+

La première crypto-monnaie créée par et pour la communauté

LGBTIQ+ est espagnole et s’appelle le Maricoin. Si ce moyen

de paiement se veut avant tout social et éthique, le Maricoin

entend unir nos communautés.

Par Julien Hennequin

L’idée lui est venue en juillet 2017, lors de la

WorldPride de Madrid. Juan Belmonte et ses

ami·e·x·s font alors la fête dans les rues de

la capitale. Plusieurs centaines de milliers

de personnes venues des quatre coins de la

planète sont réunies. Alors que le Bitcoin est

à son apogée, le Madrilène et sa bande fantasment

sur l’idée d’une monnaie universelle

qui pourrait être utilisée par tous·tes·x. La population

LGBTIQ+ possède déjà un drapeau,

pourquoi ne possèderait-elle pas sa propre

cryptomonnaie ? Au début parti d’une blague,

le projet mûrit au sein du groupe. « Si la population

LGBTIQ+ était réunie dans un seul

pays, nous serions la quatrième puissance

mondiale, derrière le Japon mais devant l’Allemagne

en termes de pouvoir d’achat » affirme

le propriétaire d’une chaîne de salons de coiffure

du centre de Madrid. Juan Belmonte et sa

bande en sont convaincu·e·x·s. Le collectif a

besoin d’une crypto-monnaie qui lui permettrait

de tirer parti de son influence économique

et de lutter contre les LGBTIQphobie.

DES DÉBUTS DIFFICILES

Mais créer une monnaie n’est pas de toute

facilité. « Il a fallu tout penser », se souvient

l’entrepreneur souhaitant cibler la « pink

economy1 » dont le poids est estimé à plusieurs

milliers de milliards de dollars. Pour

le groupe d’ami·e·x·s, le « Maricoin », un jeu de

mots entre « Maricón », une insulte pour dire

« pédé » en espagnol et « coin », « monnaie » en

anglais, doit avant tout être social et éthique.

« Puisque nous sommes à l’origine de cette

économie, pourquoi notre communauté n’en

profiterait-elle pas, à la place des banques,

des compagnies d’assurance ou des grandes

entreprises ? », rapporte le promoteur.

Cependant, hors de question que la monnaie

soit spéculative. Les rendements générés par

la crypto-monnaie seront transmis à des associations

LGBTIQ+. « L’idée est de créer plus de

solidarité. Cet argent viendra en aide aux personnes

les plus précarisées: aider à fuir des

personnes menacées de mort dans leurs pays,

venir en aides à des réfugié·e·x·s LGBTIQ+. En

bref, aider les personnes qui n’ont pas autant

de privilèges que nous, européen·ne·x·s », décrypte

le cofondateur qui espère aussi pouvoir

accorder des microcrédits aux initiatives communautaires

LGBTIQ+ dans le monde entier.

Le Maricoin veut changer le monde en créant

une économie transversale permettant au collectif

de se battre et de lutter pour ses droits.

RASSEMBLER LA COMMUNAUTÉ

En octobre dernier, l’équipe reçoit une

très bonne nouvelle. Le programme

est l’un des dix projets retenus par

le Borderless Capital, une société

de capital-risque basée à Miami,

qui financera une partie du projet.

Le « Maricoin » voit finalement le

jour le 31 décembre 2021, lors d’un

test pilote d’une semaine auquel ont

participé une dizaine d’entreprises

de Chueca, le quartier LGBTIQ+ de

Madrid. « Il reste encore énormément

de travail, surtout au niveau législatif.

Nous espérons que la monnaie pourra

commencer à être échangée au début

de l’année prochaine », explique

Francisco Álvarez, le CEO du projet.

Son fonctionnement est très simple. Chaque

« Maricoiner » pourra acheter la crypto-monnaie

et l’utiliser ensuite comme moyen de

paiement dans les restaurants, cafés ou magasins

et hôtels. « Utiliser le Maricoin va modifier

ma vie quotidienne. Cela me permettra

de fréquenter des lieux ayant des valeurs

qui me représentent », explique Natalia San

Juan, fondatrice de l’association barcelonaise

Femnøise qui revendique le rôle des femmes

et des personnes non binaires dans la musique

électronique.

VISIBILISER LE COLLECTIF

« Les établissements qui acceptent le

Maricoin seront répertoriés sur une

carte, la Marimap. Cela fonctionnera

comme un guide LGBTIQ+ pour les

personnes visitant n’importe quelle

ville du monde », souligne Francisco

Álvarez. Pour pouvoir utiliser la crypto-monnaie,

les entreprises devront

signer un « manifeste pour l’égalité »

défendant les minorités, le droit des

femmes ou encore les personnes souffrant

d’exclusion. « En violant l’un des

points de notre manifeste anti-discrimination,

l’établissement sera retiré

de notre réseau. Il y aura un système

d’alerte qui permettra d’être averti·e·x·s

et de mener une enquête »,

continue le diplômé en finances.

OBJECTIF BOURSE

Si la crypto-monnaie n’en est encore qu’à ses

débuts, 12 000 personnes sont déjà sur liste

d’attente afin de l’acquérir. Pour exporter le

projet en dehors du pays de Cervantes, les fondateur·rice·x·s

souhaitent participer aux vingt

plus grandes Prides mondiales. « Des ambassadeur·rice·x·s

seront ensuite présent·e·x·s dans

chaque ville et joueront un rôle très important

afin de réunir la communauté », explique

Francisco Álvarez.

Face aux critiques affirmant que le

Maricoin serait « un gadget marketing

», Francisco et Juan sont unanimes

: le projet crée du lien international

et engoue de nombreuses

entreprises, ce qui accélère son développement.

L’objectif cette année ?

Rejoindre les principales bourses mondiales.

En attendant, pour la bande

d’ami·e·x·s, c’est une « grande fierté

» que la première crypto-monnaie

LGBTIQ+ soit espagnole.

1 LA PINK ECONOMY DÉSIGNE L’ENSEMBLE DE SERVICES, DE

PRODUITS, D’ENTREPRISES ET D’AUTRES TYPES D’ORGANI-

SATIONS, CRÉÉS AU PROFIT DES COMMUNAUTÉS LGBTIQ+.

IL PEUT S’AGIR DE BARS, DE RESTAURANTS, DE BOÎTES DE

NUIT, D’HÔTELS, DE MAGASINS DE VÊTEMENTS OU ENCORE

D’AUTRES SERVICES PERSONNELS…

20 SOCIÉTÉ

ÉCONOMIE

ÉCONOMIE

SOCIÉTÉ

21


Eric Zemmour,

le zéro pointé

Candidat à la présidentielle, Eric Zemmour se réclame d’un bonapartisme

saveur nationalisme ethnique et diffuse son glaçant projet de

société sur tous les plateaux de France (et d’ailleurs). C’est le moment

de faire son Quotient Queer.

UN PASSAGE DEVANT LA JUSTICE POUR

DES PROPOS LGBTPHOBES

Le polémiste, se targuant de prôner

un respect absolu des institutions

à la française, n’en mène pas large

quand il s’agit lui-même de respecter

la loi. Renvoyé en correctionnelle

en novembre 2021 après une plainte

de l’association Stop Homophobie, le

tribunal de Paris a annoncé vendredi

14 janvier qu’il serait jugé en mai

2023 pour diffamation aggravée. Le

15 octobre 2019, il avait déclaré : « On

a des caprices d’une petite minorité

qui tient la main sur l’État et qui l’asservit

à son profit et qui va d’abord

désagréger la société parce qu’on va

avoir des enfants sans père… Et je viens

vous dire que c’est une catastrophe, ils

vont faire payer leurs caprices par tous

les autres Français », disait-il en toute

décontraction sur le plateau de Cnews.

Au passage, nous sommes ravi·e·x·s

1 d’apprendre que l’on compte désagréger

1

la

société.

UNE DÉCLARATION DE GUERRE

À PEINE DISSIMULÉE

Eric Zemmour a lui-même théorisé

dans son livre vouloir faire naître sa

« reconquête » à partir de l’organisation

mort-vivante La Manif pour tous,

qui a fait ses classes en 2012 sur une

opposition massive au mariage pour

tous. L’auteur, dont la laideur du style

littéraire rend honneur à l’ignominie

des idéologies qu’il défend, y considère

que « le pacifisme » du mouvement

« a été sa plus grande faiblesse »…On

en viendrait presque à entendre un appel

aux familles catho-bourgeoises

de défiler avec des fourches et des

torches. Peut-être serait-ce le bon moment

de rappeler à celui qui se veut le

garant du respect de l’autorité qu’en

France, l’incitation à la violence est

punie d’un an d’emprisonnement et de

45 000 euros d’amende (47 500 CHF).

VOUS REPRENDREZ BIEN UN

PEU DE TRANSPHOBIE ?

Après les homosexuel·le·x·s et dans un

élan d’inclusivité courageux, le candidat

s’en est évidemment aussi pris aux

personnes trans* : « Vous avez vu que

la mode aujourd’hui, ce n’est plus les

gays, ce n’est plus les lesbiennes, maintenant

c’est les transsexuels [sic] !», fulminait-il

en référence à l’affaire de la

petite Lilie, 8 ans, qui s’est vue refuser

son changement de prénom à l’état civil.

Il déplore : « On pousse la barbarie

jusqu’à demander à des enfants s’ils se

sentent garçon ou fille !». Barbarie, un

substantif bien fort quand on pense que

celui qui l’utilise n’a aucun problème à

1 appeler à la guerre civile à chacune de

ses apparitions médiatiques.

Symbole de la droitisation effroyable de la

scène politique française, le polémiste et

nouveau candidat à la présidentielle continue

sa campagne sous forme de tournée européenne.

De passage à Genève les 24 et 25

novembre 2021, la facture s’est révélée salée

pour les contribuables suisses… 322 000

francs ! Ils ont notamment été investis dans

sa protection policière durant son séjour. Une

somme rondelette pour celui qui multiplie les

propos LGBTphobes, entre une tirade islamophobe

et une fakenews historique dont le ré-

LE MARIAGE POUR TOUS·TES·X (MAIS PAS BARÈME DU QUOTIENT QUEER

POUR TOUT LE MONDE NON PLUS)

cit hallucinant ferait pâlir Trump de jalousie. 1 hostile

Ce n’est une surprise pour personne :

2 méprisant

Eric Zemmour se positionne contre le

3 indifférent

Par Tal Madesta

mariage gai. « Les homosexuels ont

4 opportuniste

Collage : Amina Belkasmi

évidemment le droit de vivre comme

5 amical

ils veulent. Quand je parle de LGBT,

je parle de minorités organisées qui

font pression pour obtenir des évolutions

de société qui sont à mes yeux

LE FAMEUX LOBBY LGBT QUI

DÉTRUIRAIT L’ÉCOLE

« Les militants LGBTIQ+ n’ont rien à

faire à l’école », explique le candidat

sur son compte Twitter. « Dès la rentrée

prochaine, nous referons de l’école l’instrument

de l’assimilation à la française

et nous chasserons des classes de nos

enfants le pédagogisme, l’islamo-gauchisme,

et l’idéologie LGBT !», continue

celui qui a l’air d’oublier que ce genre de

politique est déjà celle mise en place par

le Ministère de l’Education Nationale

depuis cinq ans. Jean-Michel Blanquer

fustige par exemple l’écriture inclusive

et dénonce le mystérieux « wokisme » qui

s’infiltrerait dans les manuels scolaires.

A croire que les discriminations multiples

1

néfastes ». Vivons donc comme nous

le voulons, mais n’oublions pas de ne

surtout pas réclamer ni droits ni justice

sociale, de ne pas nous marier,

de ne pas faire d’enfants, de ne pas

faire de bruit, et puis tant qu’à faire,

n’accaparons pas trop l’oxygène des

braves hétérosexuels cisgenres non

plus… Liberté, égalité, fraternité,

vous avez dit ?

et exponentielles auxquelles les

élèves LGBTIQ+ font face au sein des

écoles françaises (et qui appelleraient

logiquement à la mise en place d’un

1

programme adapté) n’émeuvent que très

peu l’homme qui se targue pourtant de

vouloir « protéger les enfants ».

1

6 défenseur

7 allié

8 engagé

9 très engagé

10 militant

RÉSULTAT

Une note que la rédaction juge même

quelque peu surestimée, au regard de

l’énergie que met le polémiste dans

la déshumanisation constante et méticuleuse

des personnes LGBTIQ+.

Une médaille tout de même, pour lui

remonter le moral : celle du cancre de

la décennie.

10

22

SOCIÉTÉ

QUOTIENT QUEER

QUOTIENT QUEER

SOCIÉTÉ

23


THÉÂTRE • DÈS 6 ANS • JEUNE PUBLIC

FARWEST

AURÉLIEN PATOUILLARD

D’APRÈS L’ŒUVRE DE PETER ELLIOTT & KITTY CROWTHER

Étonnement

Par Greta Gratos

Malgré les années, les rencontres, les échanges et expériences,

quelque chose tout au fond de moi perdure, refusant de se résigner

à ce que je perçois et comprends de la réalité. Étonnement.

SAMEDI 19 MARS 2022 • 11H & 16H

SALLE DU LIGNON

Culture et communication

022 306 07 80 • scc@vernier.ch

www.vernier.ch/billetterie

Ville de Vernier

Une proposition du

24 FRAGRANCES

SOCIÉTÉ

D’après une photo de © Moose Henderson

En moi, un je ne sais quoi, un presque rien; un

éclat, une étincelle qui furtivement scintille,

crépite, éclaire le fond de mon regard d’une

lueur étrange, comme celle qu’on peut apercevoir

à l’ombre des cils d’une chouette qu’on

aurait brusquement tirée de sa sieste diurne.

Juste une fraction de seconde, à peine la durée

d’un clignement de paupières et voilà que ce

flash aussi abrupt qu’infinitésimal éclipse en

moi toute connaissance, toute expérience, me

désarmant pour me faire redécouvrir soudainement,

à peine l’instant suivant, du fonctionnement

du monde toutes les évidences. Une

sorte d’amnésie fugace qui, sans pour autant

occulter le réel, lui résiste, se refuse à intégrer

d’emblée ce que je sais et comprends de

lui pourtant depuis si longtemps; peut-être

pour l’éclairer d’une lumière nouvelle, me

désaxer légèrement, déplacer mon point de

vue pour me faire mieux observer le paysage.

Échappant à toute maîtrise, cette propension à

l’étonnement n’est pas le fruit d’une réflexion,

d’une volonté ou d’une décision. Elle me prend

comme au dépourvu et, à chaque fois, c’est

comme un voile qui se déchire devant mes

yeux pour me faire redécouvrir le présent. Et

je crois que ça me plait bien, de vivre cette

étrangeté, ces infimes instants de candeur qui

me désarment et qui, loin de m’affecter en me

troublant, me donnent quelque distance face

aux événements.

25


« IL FAUT TOUJOURS

DÉFENDRE PLUS

PETIT·E QUE SOI »

Bertrand Charles Sonnay est un

enfant du lac. Né à Villeneuve

en 1956, d’un père employé à la

CGN, le trésorier senior de

Vogay gère depuis plus de 20

ans la Société Nautique d’Ouchy.

Connu pour son franc-parler,

l’homme profite de ses multiples

engagements associatifs

pour insérer les laissé·e·x·s pourcompte

dans les sociétés

locales.

Par Line Golestani

Photo par Karla Hiraldo Voleau

Lorsqu’il quitte l’école à 15 ans, Bertrand fait

un apprentissage de quincailler, « un milieu

un peu particulier, où rien n’était sous plastique

comme aujourd’hui ». L’adolescent ne

cache pas sa préférence pour les hommes,

mais n’en fait pas étalage non plus. À 18 ans,

le jeune homme arrive à Lausanne pour travailler

dans le commerce de détail et devient

rapidement caissier des Commerçants à la

rue de l’Ale. Il commence alors à faire ce qu’il

fera toute sa vie : tenter de faire évoluer les

mentalités de manière subtile. « Me retrouver

parmi ces gens, faire mon travail, en disant

que je vivais avec un copain, sans pour autant

brandir le drapeau, mais en racontant mes

vacances, c’était déjà quelque chose. »

Quelques années plus tard, il entre

aux grands magasins l’Innovation, où

il restera seize ans. « Là aussi, la première

étiquette n’est pas celle qu’on

aime les garçons, qu’on est homosexuel;

la première étiquette, c’est le

job que tu fais ». Le commerçant horspair,

monte rapidement en grade et

finit par être responsable de l’image

des huit succursales romandes.

Fréquenter des gens « d’un certain

niveau » lui permet de se montrer tel

qu’il est. Ne pas choquer, mais tout

de même bousculer les mentalités.

« Je n’ai jamais dit mon mari ou mon

amoureux, je parlais de mon copain

qui était un terme plus acceptable. »

Celui qui jouera les trublions dans la vie politique

lausannoise préside déjà plusieurs associations

lorsqu’il entre au parti Libéral. Dans

ce milieu « très éloigné des questions liées aux

droits des personnes homosexuelles », il tente

également de faire bouger les choses. Il est

amené à s’occuper des questions d’avortement,

et combat l’initiative « jeunesse sans drogue »

soutenue par son parti, qui prône la répression.

Il finit par quitter le parti Libéral et se présente

trois fois à la Municipalité, hors parti.

« DE PETITES GRAINES QUE L’ON SÈME »

En 2001, Bertrand Sonnay devient

président et secrétaire général de

l’Union des Sociétés Lausannoises

(USL), la faîtière des associations locales,

fondée en 1897. Ce rôle lui permet

d’être invité dans toutes sortes

d’associations où personne ne s’occupe

de son orientation sexuelle, et

d’y faire des discours. « À table, les

gens me disaient que j’aurais dû venir

avec ma femme, à quoi je répondais

calmement que je n’étais pas marié,

mais vivais avec mon copain depuis

plus de 10 ans. La durée ajoute une

certaine respectabilité ! Ce sont de

petites graines que l’on sème ».

À la fin des années 90, le mal-aimé en politique

fait de la réinsertion des laissé·e·x·spour-compte

son cheval de bataille. « Il faut

toujours défendre plus petit·e·x que soi » insiste-t-il.

A cette époque, il devient gérant de

la station-service Agip de la Riponne et de son

échoppe, la seule à Lausanne ouverte toute la

nuit. Dans le shop qui propose une multitude

de marchandises en tous genres, il engage des

chômeur·euse·x·s en fin de droit, des insomniaques,

des personnes de tous âges. Ce repère

de noctambules, considéré comme une épicerie

par l’inspectorat du travail, est contraint de

fermer en janvier 2000, au grand dam de son

gérant, soutenu par les libéraux.

Durant la même période, Bertrand préside

l’association Homosexualité et

Société (H&S). C’est le début des lignes

d’écoute, et l’une d’elles tourne sur une

base hebdomadaire, entre différentes

associations. Lorsque cette ligne est

finalement coupée, c’est son numéro

personnel qui la remplace. Ce dévouement,

le fils d’une famille ouvrière af-

GRANDEUR MATURE

SOCIÉTÉ

27


firme le tenir surtout de l’éducation

qu’il a reçue : « lorsque tu as payé tes

impôts, tu n’as pas fini d’être redevable

à la société, surtout un gars comme toi

qui n’aura pas d’enfant !, me disait mon

père. Une certaine logique, en somme,

encore valable aujourd’hui. Mais quand

tu as une famille, tu t’occupes d’abord

de celle-ci, on s’entend bien ! ».

Presque vingt ans plus tard, après la crise migratoire,

le numéro de Vogay, dont il est le trésorier,

est encore dévié sur le sien, la plupart

du temps. C’est le cas en cet après-midi de juillet

2017, lorsqu’il reçoit l’appel d’une employée

de l’EPER, cherchant une issue pour un jeune

requérant d’asile gai et schizophrène. L’appel

est aussi providentiel que la rencontre qui en

découle. Maher, jeune Palestinien au passé

traumatique, qui enchaîne les tentatives de

suicide dans le foyer de l’EVAM où il loge, ne

parle encore que l’arabe. Entre le pirate d’Ouchy

et le jeune homme, le courant passe malgré

tout. Au club nautique, Bertrand lui confie

de petits travaux, il repeint une table, cuisine,

apprend à ramer avec l’équipe de sauvetage.

Cinq ans plus tard, Maher a 29 ans,

parle couramment français, et gère

seul le stock de boissons du club nautique.

« Il est en forme dans l’après-midi,

mais doit prendre un traitement très

lourd », explique Bertrand. La nuit, ses

démons le rattrapent et il peut difficilement

rester seul. C’est donc dans

un village du Lavaux qu’il passe ses

nuits, où la présence du compagnon de

Bertrand le rassure. Lui ayant cédé sa

chambre, Bertrand dort dans le studio

« bruyant et mal isolé » que son protégé

a obtenu de l’EVAM.

« C’EST AVANT TOUT L’IGNORANCE

ET L’ENNUI QUI FONT DIRE AUX GENS

DES BÊTISES »

Venir en aide aux personnes restées sur le carreau,

l’homme du lac le faisait déjà à sa manière

dans les grands magasins, où il excellait

dans la prise en charge des rayons sous-développés

: « C’est beaucoup plus facile de prendre

quelque chose qui ne fonctionne pas, puis de

le faire évoluer, que de passer toute l’année

à tenter d’améliorer de 1 % une activité qui

marche bien. Je ne suis pas un promoteur des

ventes, mais quelqu’un qui s’exprime ! »

Il juge par ailleurs que les sociétés locales

à but non lucratif ont un rôle à

jouer dans l’intégration des réfugié·e·x·s

et des personnes en difficulté. Des associations

pas toujours très ouvertes,

dont les membres sont souvent peu avenant·e·x·s

et bourré·e·x·s de préjugés.

« Sont-ils pour autant racistes ? Je ne le

crois pas. C’est avant tout l’ignorance

et l’ennui qui font dire aux gens des bêtises

», regrette Bertrand.

Lorsqu’il s’agit d’aider, malgré ses multiples

engagements, le franc-tireur trouve du temps

et des solutions. Il parvient ainsi à introduire

un jeune réfugié s’étant découvert une passion

pour la photo, au Photoclub de Lausanne. « En

moins d’une année, il avait les clés de l’association.

Ces gens n’avaient pas eu beaucoup

d’occasions de fréquenter des personnes réfugiées,

mais ils ont vite remarqué son talent.

Aujourd’hui, il étudie la photographie à l’école

supérieure d’arts appliqués de Vevey ! », s’enthousiasme

Bertrand.

Pour Maher, c’est une autre histoire. Il

a un besoin accru de stabilité du fait de

ses problèmes psychiques. « On s’est

attachés, il fait partie de la famille

maintenant, mais que lui arrivera-t-il

quand nous ne serons plus là ? » D’un

commun accord, le couple se décide à

lancer une procédure d’adoption. « Je

n’avais pas vocation à adopter, mais finalement,

c’est aussi une chance pour

nous. Mon copain qui va sur ses 82 ans

a toujours souhaité devenir père ! »

L’heure est donc à la planification du mariage,

étape nécessaire à l’adoption. « Hier Maher

m’a présenté son copain, après m’avoir montré

une photo. « Je te présente mon papa », lui

a-t-il dit. Ça m’a fait plaisir, il était heureux ».

Bertrand sourit. Il se rappelle du jour où ses

parents, quelques mois après l’avoir mis à la

porte, lui ont proposé d’inviter son copain

pour Noël. Avant cette première rencontre il

l’avait mis en garde : « Quand mon père te demandera

ce que tu bois, demande un verre de

blanc, pas du whisky ! ». Après un accueil glacial,

le capitaine à la CGN sympathise avec le

compagnon de son fils avant même de passer

à table. Quarante-huit ans plus tard, les deux

marins d’eau douce gardent toujours le cap…

28 SOCIÉTÉ

GRANDEUR MATURE

En mars

à la Comédie de Genève

01–06

10–19

23–31

23–27

Pont des Arts

Dans le cadre du Festival Groove'N'Move :

→ 05–13.03 Donnez-moi une minute

→ 05.03 Battle exhibition

→ 05.03 Queen Blood

→ 05.03 After Party

Le théâtre d'expériences démultipliées

La Comédie de Genève est supervisée par la Fondation d’art dramatique.

Design : basedesign.com

En transit

Amir Reza Koohestani

Théâtre

La Cerisaie

Tiago Rodrigues

Théâtre

STARs

Amir Reza Koohestani

Théâtre

Du bout des doigts

Gabriella Iacono & Grégory Grosjean

Danse et cinéma

11–12.03 Projection de film dans le cadre du FIFDH

16.03 Mercredi Comédie

27.03 Enfin dimanche ! Plus près des étoiles

comedie.ch

Esplanade Alice-Bailly 1, 1207 Genève


« J’ai pris conscience

de mon homosexualité

quand j’ai déménagé

du Tessin à Genève »

Par Natascia Bandecchi

Photo par Elizabeth La Rosa

Avec l’arrivée du printemps, une nouvelle synergie

voit le jour entre la Suisse romande et

la Suisse italienne. Un fil rouge unit 360° et

The deep NEsT, un projet créé par Natascia

Bandecchi, journaliste RSI et Elizabeth La

Rosa, photographe et vidéaste.

Le deep NEsT est un lieu sûr, sans jugement

et où celles et ceux qui nous

parlent sont libres de partager des

fragments de vie entre douleurs et

passions, joies et peurs, victoires et

défaites, rêves et cauchemars.

Yeelen Kamanda est née dans une famille

multi- culturelle près de Locarno en 1987. Sa

mère, Valeria, est originaire du Tessin et son

père, Dieudonné, est congolais. Son prénom,

originaire du Burkina Faso, signifie lumière.

Elle grandit avec ses grands-parents et décide

de poursuivre ses études de l’autre côté

du Saint-Gothard après la séparation de ses

parents. Dès son plus jeune âge, elle cultive

un lien particulier avec les personnes âgées

qui la définissent comme solaire et vitale. La

musique, bande-son de sa vie, divulgue ses

bonnes vibrations sonores dans la maison.

Son grand-père, Elvezio Fornera, musicien

par passion et par profession, a été l’un des

premiers à introduire le jazz à Sopraceneri

et dans les vallées du Tessin. Yeelen est

membre du groupe entièrement féminin The

Black Heidis. En plus de jouer de la guitare et

de chanter, la DJ adore groover. Côté formation,

la Tessinoise est titulaire d’une licence

en psychologie de l’Université de Genève et

d’un master en sciences technologiques avec

une spécialisation en éducation et pédagogie.

Amoureuse ? « Oui, beaucoup ». En disant

cela, elle change d’expression, révélant un

voile de douceur.

GRANDIR À LOSONE

Losone se situe à 3,5 km de Locarno.

La bourgade compte environ 6500

habitants et, comme beaucoup de

petites villes de ce type, se caractérise

par un côté un peu provincial.

« Quand j’étais petite, je fabriquais

des épées avec des feuilles, j’adorais

grimper aux arbres et je préférais

jouer avec les garçons plutôt

que de jouer avec les petites filles qui

rêvaient d’être des princesses. Je

portais mes cheveux courts parce

qu’ils étaient crépus. Les enfants me

demandaient : « Es-tu une fille ou un

garçon ? » En y repensant aujourd’hui,

je me demande si ces questions venaient

d’eux-mêmes ou d’un conditionnement

externe. »

« Je l’ai toujours su, mais j’ai pris conscience

de mon homosexualité lorsque je me suis installée

à Genève pour suivre des études universitaires

». Yeelen parle lentement, réfléchissant

avant de répondre et son regard reflète

sa quête des mots justes. Au lycée, elle se demande

pourquoi personne ne l’aime. « Peutêtre

que ma fréquence n’était pas encore réglée

sur la bonne longueur d’ondes. » Ce n’est

que plus tard à l’université que les portes de

la connaissance de soi s’ouvrent à elle et tout

se met enfin en place. Le premier amour ? « Eh

bien, un désastre ! », déclare-t-elle en riant.

« Mon grand-père est mort entre-temps, mais

je ne pense pas qu’il se serait beaucoup soucié

de ma vie amoureuse. Ce qui comptait pour lui,

c’était que je fasse de la musique et que je sois

heureuse. Ma grand-mère avait déjà accueilli

mon père à bras ouverts : il était noir et d’une

culture très éloignée de la sienne. » Elle découvre

à Genève une métropole à l’atmosphère

multiculturelle et internationale. L’inclusion,

notamment en ce qui concerne les personnes

LGBTIQ+, y est plus développée qu’au Tessin

qui, malgré de grands progrès, a parfois encore

un peu de mal à s’ouvrir. « Je suis un peu

atypique, car je n’ai jamais vraiment connu

de communauté LGBTIQ+, ni à Genève ni

au Tessin. Dans mon « monde », l’orientation

sexuelle n’a pas d’importance.

Chacun·e·x est différent·e·x et libre

de vivre selon ses propres désirs. Je

comprends la nécessité de créer des

communautés, mais je suis pour l’art

d’apprendre à se connaître et à être

soi-même avec tout le monde. » Yeelen

affirme qu’il est plus facile de vivre

son homosexualité à Genève qu’au

Tessin. « Au sud du Saint-Gothard,

il y a toujours la peur d’être jugée.

Le Tessin est un canton périphérique,

sans véritable ville. Lugano

commence lentement à se développer,

mais cela ne ressemble en aucun

cas à Zurich, Bâle ou Genève. Le

découpage territorial est complexe,

le Monte Ceneri coupe le canton

en deux, divisant le nord et le sud.

Et n’oublions pas les vallées, qui

semblent toujours si éloignées de tout

le reste. Créer une agrégation et une

communauté entre ces petites réalités

n’est pas facile, il faut de l’engagement

et de la volonté. »

Instagram : _djyeelen_

Plus d’infos :

thedeepnest.com

30 SOCIÉTÉ

PORTRAIT

PORTRAIT

SOCIÉTÉ

31


VOYAGE(S)

EN TERRE PORNO

Bien loin de n’être qu’un support masturbatoire, le porno a une longue

histoire de la subversion artistique et/ou politique. Parfois, ces films

qui cherchent à faire éclater l’hétéronormativité prennent place dans

des lieux inattendus… Tour d’horizon.

Par Tal Madesta

Le 23 décembre 2021, les réalisateurs de Departhenon annoncent la sortie de leur film d’un

genre spécial… provoquant la colère des conservateur·trice·s grecs. Le court métrage de

36 minutes, épopée pornographique se déroulant au sein même de l’Acropole d’Athènes,

raconte l’histoire de deux hommes se souvenant de leurs émois érotiques passés et qui

décident de revivre leur corps-à-corps. D’après ses réalisateurs, le film cherche à créer «un

contexte de sensualité et une fissure symbolique dans un espace agressivement chargé de

valeurs hétéronormatives et nationalistes», afin de les déconstruire tout en s’en moquant.

Ce n’est pas la première fois que de petites productions se jouent des codes classiques du

porno et prennent place dans des lieux insolites. Retour sur ces films érotiques queer qui

donnent un sens nouveau au mantra «l’intime est politique».

THE FIFTH SEASON, JAN SOLDAT, 2015

A mi-chemin entre la fiction et le

documentaire, la petite centaine

de films réalisés par Jan Soldat

s’attache à archiver les pratiques

sexuelles dans toute leur diversité,

spécifiquement lorsqu’elles

s’inscrivent au sein de groupes sociaux

délégitimés par les normes

sexuelles. The fifth season est une

production allemande, réalisée en

2015. Elle dépeint l’épuisement de

Arwed, 48 ans, agriculteur. Terrassé

par le travail de récolte, il reçoit de

son compagnon de vie, Dennis, 38

ans, un cadeau: une semaine de vacances

bien-être… en prison. Le réalisateur

décrit son film comme une

«observation documentaire d’une

relation qui cherche son accomplissement

dans le jeu des rapports de

contrôle et de pouvoir». S’inscrivant

résolument dans le genre BDSM, le

huis-clos, les angles resserrés (et les

barreaux aux fenêtres) génèrent une

atmosphère intimiste et haletante à

la fois. Et si les pornos situés dans

un contexte carcéral sont légion,

ce que l’on retiendra au sujet de celui-ci,

c’est qu’il prend place dans

une véritable prison allemande désaffectée.

Une ambiance sinistre (le

carcéralisme is not that sexy, qu’on

se le dise) mais qui parlera à celles

et ceux qui se plaisent à mêler l’excitation

au frisson de l’angoisse claustrophobe.

LE CIMETIÈRE D’AVION

The return of post-apocalyptic cowgirls, Maria

Beatty, Bleu Productions, 2010

The Return of Post-Apocalyptic Cowgirls, réalisé

en 2010, est le second volet d’une série

sortie en 2009 et naturellement intitulée

Post-apocalyptic cowgirls. Le réchauffement

climatique et la Troisième Guerre mondiale

ont transformé la Terre en un immense désert.

Surgeon [ndlr: chirurgienne en anglais,

ce qui laisse présager de la suite] règne en

maître(sse) dans cet Arizona aride et sec, entourée

de ses comparses. Elles rencontrent

Arcana, une femme trans* avec qui elles vont

repousser les limites de l’érotisme… et de

la gravité, puisqu’elles la suspendront à un

cockpit situé en plein milieu d’un cimetière

d’avions. Maria Beatty, la réalisatrice de ces

deux volets et créatrice de Bleu Productions,

est une habituée du genre. Elle propose depuis

plusieurs années du cinéma pornographique

lesbien halluciné, dont l’atmosphère

lourde et erratique cherche à balancer les

spectateur·rice·x·s entre embrasement et malaise.

Un film à recommander à celles et ceux

qui recherchent un fantasme de lesbocratie

aux allures de Mad Max.

LES MONUMENTS HISTORIQUES

Fuck the Facism - Paris, Maria Basura, 2018

Cette série de films détonants n’y

va pas par quatre chemins quand

il s’agit de revendiquer son propos

politique. Intitulé Fuck the Fascism

et réalisé par Maria Basura, le projet

prend place depuis 2016 dans

différentes villes d’Europe et du

monde et les scènes de sexe sont

tournées aux abords de monuments

historiques. Maria Basura explique:

«Fuck the Fascism a l’intention d’exposer

la véritable histoire derrière

les monuments qui glorifient les génocides,

la tyrannie et l’esclavage: il

s’agit de sensibiliser le public aux

héros nationaux que nous louons,

ceux dont nos rues portent le nom

et qui ont amassé une grande richesse

résultant du vol, de l’abus

et du sang». L’objectif: «mettre en

lumière certains événements historiques

peu connus et leurs conséquences

toujours d’actualité».

Après Berlin et Rome, le troisième

épisode se déroule à Paris. On peut

y voir des scènes de sexe cagoulées

sur le monument érigé en l’honneur

du pape Jean-Paul II, près de la cathédrale

Notre-Dame-de-Paris, ou

encore sur les tombes du cimetière

Père-Lachaise. A mi-chemin entre

le film expérimental et l’action directe,

les membres de l’équipe de

production se revendiquent du

«pornoterrorisme» et se présentent

comme «des monstres, des mutants,

des queers, des sudakas [ndlr: mot

péjoratif utilisé en Espagne pour

désigner les migrant·e·x·s sud-américain·e·x·s],

des migrant·e·x·s, des

dissident·e·x·s; celles et ceux qui

se réveillent et veulent réveiller les

autres». Le ton est donné.

32 SOCIÉTÉ

PORNO

PORNO

SOCIÉTÉ

33


LE MÉTRO

Der U-Bahn-Fister, Wurstfilm, 2007

Le métro est le lieu de bon nombre de projections

fantasmatiques, et si beaucoup de

films porno sont tournés dans les transports

en commun, peu le sont de cette manière. Le

fisteur du métro promet un voyage souterrain

mémorable: «Un maniaque fou de sexe en liberté

dans le métro de Berlin: des voyageurs

sans méfiance sont utilisés et maltraités pendant

leur voyage. Sans pitié, les victimes se

font baiser et fister sur leurs bancs. Qui ne

voudrait pas d’un ticket? Même sur les rails,

personne n’est en sécurité; le fisteur du métro

balance sa botte derrière la tête de ses

victimes avant de les traîner dans les catacombes.

Les gars, faites attention lorsque

vous voyagez dans la capitale allemande...».

Produit par Wurstfilm en 2007, le film d’une

heure et demi propose une plongée dans la

sulfureuse sombreur du BDSM gai berlinois.

Et si le film ne s’inscrit pas dans une narration

valorisant un consentement éclairé et

formalisé [il est affilié au genre du consensual

non consent], il séduira les amateur·rice·x·s

d’érotisme grunge et de roleplays insolites

dans la frénésie des folles nuits de Berlin.

du temps c’est l’inverse. Filmer Nyx

me permettait en outre de montrer

un corps perçu comme masculin qui

s’éloigne des clichés de la masculinité

hyper virile qu’on retrouve trop

souvent dans le porno mainstream».

Carré Rose Films s’inscrit totalement

dans cette nouvelle scène de la

réalisation pornographique, dont les

maîtres mots sont le consentement,

l’espièglerie, l’éthique et l’humour.

LE CABINET DE DENTISTE

Le détartrage, Carmina, Carré Rose Films,

2020

Sobrement intitulé Le détartrage, ce

film français produit en 2020 par

Carré Rose Films réunit Carmina, la

créatrice de la boîte de production

et Nyx, performeur·se débutant·e.

Le titre laisse aisément imaginer la

suite… «Une dentiste reçoit un nouveau

patient dans son cabinet. Le rendez-vous

se déroule de manière toutà-fait

banale et la dentiste s’apprête

à attaquer les soins. Mais alors que le

patient ouvre la bouche, la dentiste,

surprise, a un mouvement de recul...».

Ici, on se joue des codes hétéronormatifs

en mettant en avant un·e acteur·ice

non binaire, mais aussi en se

réappropriant la question de la domination

telle qu’elle est habituellement

mise en scène dans ce genre

de production. «Je voulais renverser

les dynamiques de pouvoir des films

avec des docteurs, et pour une fois,

montrer une femme médecin et le

patient sur la chaise, car la plupart

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34 SOCIÉTÉ

PORNO

SOUS-RUBRIQUE RUBRIQUE

35


J’VEUX DU

QUEER !

Par Alexandre Lanz

Chaque mois, 360° propose une relecture iconoclaste

de la mode en éclatant les normes

de genres des vestiaires masculin et féminin

pour mieux sublimer les vêtements en toutes

libertés. Une collaboration avec le Musée

suisse de la Mode (MuMode) et le photographe

Ricardo Caldas.

Onde de choc dans la stratosphère fashion

le 23 janvier 2022: Manfred Thierry Mugler

disparaissait subitement à 73 ans. Largement

épaulée, taille ciselée de sa main de maître,

aiguisée jusqu’au bout des ongles, la silhouette

féminine qu’il avait sculptée dans

les années 80 est à jamais empreinte d’une

allure cinématographique, au glamour dangereux

et tranchant comme du métal coupé

à vif. Pionnier, voire visionnaire, celui qui ne

s’appelait encore que Thierry Mugler s’affairait

alors à amplifier le pouvoir des femmes

par le vêtement. Il avait quitté la mode après

avoir fait le tour de la question au détour du

nouveau millénaire. Mais tel un monument

impérieux, le galbe féminin signé Thierry

Mugler est resté un canon de férocité dans

l’histoire de la mode. Pour cette multitude

de bonnes raisons, nous le célébrons en

queerisant ce tailleur blanc haute couture

1993 réunissant à lui seul tout ce qui a fait sa

ligne : une encolure mille-feuille en cascade

au raffinement spectaculaire et une taille

de guêpe coupée comme une tulipe blanche

(double page précédente). Pour sublimer cette

pièce, Fabio Fernandes la porte comme un

totem par-dessus un porte-jarretelle noir au

sein des deux expositions Transformations !

& Musclor et Les Maîtres de l’univers à voir

jusqu’au 8 janvier 2023 à la Maison d’Ailleurs

d’Yverdon-Les-Bains. Les superhéros et les

superhéroïnes, un macrocosme qui va comme

un gant à Manfred Thierry Mugler et ses créatures

de science-fiction.

Photo : Ricardo Caldas

Stylisme : Ricardo Caldas & Fabio Fernandes

Instagram.com/museesuissedelamode

Ailleurs.ch

L’HUMEUR DE DR. HAZBI

UNE D’CES COUCHES !

Dr. Hazbi est enseignant·x universitaire,

artiste, hôtesse et politicien·x. Son téléphone

est bourré de réflexions qu’iel s’empresse

de retranscrire, couche par couche.

#40 Ça fait maintenant un an que j’ai entamé

ma distanciation par rapport au milieu

culturel romand, sans arriver à nommer le

sentiment qui me poussait gentiment à m’en

délaisser. Ce n’est que très récemment que

j’ai compris pourquoi en lisant un article retraçant

l’évolution des courants de pensée

critique. Durant ma vingtaine, j’ai découvert

dans les milieux culturels et artistiques

le postmodernisme de Foucault, Deleuze,

Butler et autres. Ces œuvres m’ont énormément

aidé à déconstruire la plupart des

discours dominants normatifs, notamment

ceux sur le genre et à la sexualité. J’y ai vu

le monde avec un regard nouveau et plus

critique. Mais ce qui m’a dérangé, c’est cette

illusion – qui est fortement présente dans le

milieu culturel – que la déconstruction était

un but en soi.

Certes, c’est un outil avec une capacité

assez significative à empouvoirer

les opprimé∙e∙x∙s, à réécrire le

cours de l’histoire et notre présent

selon nos propres termes. Mais sans

une perspective plus matérialiste

(marxiste) et collectiviste, elle peine

à se transformer en réel contrepouvoir.

Quand on voit la taille du

monstre néolibéral et néocolonial

qui bouffe tout sur son passage, je

me demande si la manière la plus efficace

de lui faire face ne serait pas

de viser son talon d’Achille: l’argent.

Et du coup, d’investir les syndicats,

les grèves… tout ce qui bloque l’exploitation,

l’extraction, l’expulsion.

MAIN

FLOOR

Cora


Crowdpleaser

BAR

Herr Liebe


Dj Elpoulpita

& Dj Surprise

SAMEDI 5 MARS – 23 H

15.- / 10.- membres 360 & Gravisphère, Soirée de soutien à l’association 360

LA GRAVIÈRE - 9 chemin de la Gravière - Acacias, Genève

38 CULTURE

MODE

39


« JE PORTE PLUS DE COSTUMES,

MAIS JE ME CACHE MOINS »

Vagin Pirate a eu le plaisir de s’entretenir avec l’artiste française

Fishbach avant la sortie de son nouvel album Avec les yeux. Elle

parle de son retour sur sa terre natale et de son amour pour l’histoire

et les costumes d’époque.

Propos recueillis par Vagin Pirate

Photos par Luka Booth

Son nouveau disque est un savant mélange de

poésie et de fantaisie, le tout saupoudré de

sons synthwaves et glam rock au goût du jour.

Les multiples lectures d’Avec les yeux touchent

et envoûtent différemment à chaque écoute.

Après quatre ans d’absence, tu as sorti coup

sur coup avec deux singles, Téléportation et

Masque d’or, pourquoi ce timing inattendu ?

C’était un choix volontaire de ma part.

Je ne voulais pas arriver avec un single

typé et laisser les gens penser : « Ah

putain, c’est ça le nouveau Fishbach ».

L’album est très éclectique au niveau

des instrumentations, des voix et des

intentions, parce que j’adore explorer

ce qui se passe en moi. C’était donc

important pour moi de donner, dès le

départ, deux facettes et deux façons

d’être femme. En tout cas, comme moi

je l’entends.

Dans ton clip, Téléportation, tu nous emportes

dans un décor bleu qui nous fait penser à l’ambiance

d’After Blue, le dernier film de Bertrand

Mandico, tout en arborant un look d’Albator,

quelles ont été tes références pour ce clip ?

C’est un morceau très personnel. Il n’y

a pas eu vraiment de réflexion pour

ce clip. J’ai fait ça chez moi, au bord

d’une rivière dans les Ardennes. J’ai

voulu faire un clip très brut, sans scénario.

Je chante dans ma nature, là où

j’ai écrit les choses. Effectivement, il y

a du Albator, je citerais aussi Matrix.

Je me reconnais autant dans Neo que

dans Trinity. Ce sont des silhouettes

qui vont très bien avec la direction

que je souhaitais donner à la chanson.

Très brut, à la fois sentimental

et extravagant. Kate Bush m’a beaucoup

inspirée aussi, dans sa liberté

totale. J’apprécie cette théâtralité tout

en restant sincère.

CULTURE

MUSIQUE

41


Ensuite est venu le single Dans un fou rire qui

résonne comme un hymne à la liberté. Qu’est

ce qui t’a le plus impacté durant cette période

de pandémie ?

Je n'aime pas les cases, je suis quelqu’

un de libertaire et j’adore que les gens

puissent ne pas penser comme moi.

Mais là, en décembre 2020, lors du

deuxième confinement, c’était l’hiver

de la colère du peuple, on ne communiquait

que par les réseaux et j’ai

vu des gens se fâcher sur des sujets

à propos desquels on est tous d’accord

à la base. À ce moment-là j’avais

besoin de légèreté, j’avais besoin de

rire. J’avais envie qu’on ne soit pas

d'accord, sans que cela ne soit grave.

J’ai l’impression que cette époque ne

laisse plus de place à ça. Ça m’a beaucoup

touchée et j’ai pondu ce morceau

un soir, assez instinctivement. C’est

le morceau le plus concret de l’album.

D’ailleurs pour le clip, il a été filmé

avec mon ordinateur et j’ai fait un

montage moi-même. Je l’ai enregistré

chez moi, comme je l’ai vécu : un défilement

d’images hallucinantes alors

que, putain c’était lourd !

Cet album a été composé chez toi dans les

Ardennes, qu’est-ce qui a déclenché ce retour

aux sources ?

J’ai passé sept ans à Paris, c’était une

période extraordinaire de ma vie.

C’est là où j’ai rencontré toutes les

personnes avec qui je travaille encore

aujourd’hui. Par contre j’avais un appart

où et mes voisin·e·x·s faisaient

trop de bruit et du coup c’était impossible

de composer. J’avais besoin

d’espace et j’ai aussi eu beaucoup de

décès dans ma famille, je me suis

dit : « Retourne vers eux, c’est maintenant

». Je ne le regrette pas. On

s’appelle, et je suis dans ma maison

au bord de la rivière avec mon petit

chien, je crois que c’est le meilleur

choix que j’ai fait de ma vie !

Quand on écoute l’album, les paroles semblent

par moments irréalistes. C’est important pour

toi de laisser la place à l’interprétation personnelle

aux auditeur·rice·x ?

Moi j'ai deux vies. Ma vie éveillée et

mon sommeil. Je dors vraiment fort

et je fais des rêves de dingue. Comme

tout le monde en fait. Mais moi, j'essaie

de les cultiver, je les note, j’adore

me nourrir de trucs complètement surréalistes

et oniriques. Ensuite je les

retranscris, là où le texte peut avoir

plusieurs niveaux de lecture. Ça me

parait essentiel, quand j’écoute de

la musique j’aime pouvoir y mettre

ma propre histoire. Ça me fait penser

à Mylène Farmer. Avec elle, il y

a des mots, genre les meurtrissures,

qu’est-ce que c’est que ce mot, où estce

qu’elle a voulu aller ? Je trouve ça

fabuleux.

On adore que tu rebondisses sur Mylène Farmer,

d’ailleurs en revoyant le shooting presse pour

ton album, impossible de ne pas y voir un peu

d'elle dans tes tenues dans tes tenues avec ses

grands cols jabots…

Oui, c’est une inspiration. Après, je

n’aimerais pas la singer, je pense que

l’on se retrouve beaucoup sur notre

amour pour les costumes d’époque.

Elle citait le Chevalier d’Éon, j’adore !

C’est vrai que maintenant j’ai embrassé

une forme de féminité que je

n’avais pas avant. Je n’ai pas voulu me

garçonniser encore plus, car je sais

que c’est ce qu’on attendait de moi.

Mais j’ai changé aussi, je me sens plus

femme et bien dans mes baskets ainsi.

Ce nouveau disque transpire les 80s tout en

proposant des sonorités nouvelles, on adore

ça ! Comment réussir à créer sans tomber

dans le pastiche ?

Je suis très égoïste dans ma façon de

travailler, je ne fais pas de la musique

pour être écoutée, je fais de la musique

pour moi-même. Si un jour je

ne devais plus être écoutée, je continuerais

à faire de la musique. Je ne

cherche pas à contrefaire une époque

que je n’ai pas connue. Simplement

quand je commence à créer et que je

cherche des sons, c’est ce genre de

musicalité qui parle à mon cœur, je ne

saurais pas l’expliquer. Ce sont des

choses qui sont en moi qui ressortent

comme ça, je ne cherche pas à être

originale à tout prix, je cherche simplement

à faire un truc qui me fasse

du bien.

Ton univers musical laisse présager le meilleur

pour les live à venir, peux-tu nous en

parler ?

J’ai trouvé de la force dans la vulnérabilité.

Avant je me cachais derrière un

masque un peu dur, et en fait je crois

que j’ai su embrasser ce qu’il y avait

de doux, de fragile en moi et dans ma

musique. Étonnement je porte plus de

costumes, mais je me cache moins,

en tout cas musicalement.

Ton nouvel univers visuel ne nous laisse présager

que du bon pour les live à venir, tu peux

nous en dévoiler un peu sur tes prochains

concerts ?

Je vais faire une première partie de

tournée en solo. Ça fait tellement

longtemps que je n’ai pas joué, j’ai

vraiment hâte de tout recommencer

à zéro. Retourner voir les gens dans

des petites salles, des petites villes,

c’est quelque chose qui me rassure.

J’ai envie qu’on se retrouve entre nous.

Tu navigues à travers le spectre du genre dans

les personnages que tu incarnes. Quel est ton

rapport au genre aujourd'hui ?

Les injonctions à la féminité m’ont

souvent fait chier et en même temps

je les trouve géniales. Je me suis

rendue compte qu’en allant à l’encontre

de mon genre je m’interdisais

un tas de trucs qui étaient en moi.

Maintenant j’adore m’amuser avec.

Par exemple, je suis passionnée d'histoire.

Avant, qui se maquillait, portait

des perruques et des talons ? C’était

les hommes. En résumé je pense être

un homme du XVIIe siècle, haha ! Je

suis bien plus proche du style de

Louis XVI que de celui de Marilyn

Monroe. Je ne sais pas on choisit,

mais personnellement j’arrive à vivre

tout ça de manière très douce et je

m’éclate beaucoup. Ce n’est pas un

tourment pour moi, je suis consciente

que cela peut l’être pour d’autres personnes

et ce sont des questions qui

me touchent beaucoup.

C'est justement ton identité fluide qui t'as hissée

au statut d'icône queer. Quel rapport entretiens-tu

avec les communautés LGBTIQ+?

Je n’aime pas trop ce mot, communauté.

Par contre je trouve merveilleux

que les gens se rassemblent et

se trouvent des points communs. Le

problème, c’est qu’au sein même des

communautés, il peut y avoir beaucoup

de divergences. J’aime voir des

gens qui s’émancipent, qui osent, qui

se transforment, qui doutent même et

ce n’est pas grave. Les gens devraient

être libres de ce qu’ils font de leurs

corps, de leur tête, de leur cul, tant

42 MUSIQUE

CULTURE

CULTURE

MUSIQUE

43


qu’ils n’emmerdent pas les autres. Je

trouve parfois qu’il y a eu beaucoup

de virulence au sein de la communauté

queer au détriment de la tolérance.

Les gens ne sont pas tous pareils et

c’est ce qu’on devrait prôner.

L’HUMEUR DE LÉON SALIN

Une offre de l‘Aide Suisse contre le Sida, en partenariat avec les Checkpoints et les centres de santé sexuelle.

La playlist

de Fishbach

KEEP

CALM

&

CHECK

AT HOME

Le morceau qui te rebooste le moral dans

toutes situations.

Simple Minds – Don’t you (Forget about me)

Le morceau pour pleurer, mais qui

fait du bien.

Nana Mouskouri – Les yeux pour pleurer

Le morceau pour se défouler.

Mo-Do – Ein Zwei Polizei

Le morceau qui te ramène en enfance.

Vladimir Cosma – Le grand blond

avec une chaussure noire (BO)

Le morceau pour s’empouvoirer dans la rue.

Tina Turner – The Best

Le morceau qui figure au sommet de ta

playlist de soirée pour mettre l’ambiance.

Bachar Mar-Khalifé – Lemon

Le morceau qui tournait en boucle sur

ton Discman.

Muse – Sing for Absolution

Le dernier morceau que tu as écouté.

Donna Lewis – I Love You Always Forever

Playlist à retrouver sur

le compte Spotify de 360°.

MES BITES SONT DANS MON SAC

Léon est un activiste transgenre. Il tient le

compte Instagram @salinleon dans lequel

il lutte pour plus de représentation positive

des personnes transgenres.

Dans cette chronique, je continue à discuter

avec Julien. Un homme cisgenre, hétéro, avec

qui je partage certaines de mes pensées. Il

est fictif, sans être irréel. Julien ça pourrait

être toi, moi et/ou nous.

Cher Julien, je suis célibataire pour

la première fois de ma vie. Je sors d’une relation

de quatre ans avec une femme cis.

Quand on s’est rencontré·e·s, j’étais encore

perçu comme femme. On s’est engagé·e dans

une relation lesbienne pour rompre en tant

que couple hétéro.

J’ai l’impression de renaître. Pas

parce que la relation était mauvaise; au

contraire, c’était une relation magnifique.

Je renais car aujourd’hui, après trois ans de

testostérone, c’est la première fois que je me

retrouve perçu comme homme et célibataire.

Pour me changer les idées de cette

rupture, tu me proposes de sortir en ville

avec tes potes. « Ça va me faire du bien », tu

me dis. On arrive en bande. La boîte est remplie

à craquer. Il y a une écrasante majorité

d’hommes, assoiffés. Tu spotes une jolie fille

et tu me dis : « Vas-y, aborde-la. »

Je la regarde et je remarque les cinq

autres mecs qui sont venus lui parler, l’un

après l’autre. Flashback. Il y a quelques années,

c’était moi la meuf qui passait sa soirée

à repousser les mille relous qui viennent

proposer un verre. Non, je ne peux pas participer

à ça.

En plus, dans quel but ? Imagine si ça

se passe bien. Imagine qu’elle me trouve irrésistible

et qu’elle veuille me ramener dans

son lit. A quel moment je lui dis que j’ai oublié

de prendre mes bites dans mon sac ?

Julien, toi et moi on est différent. Tu

as une seule bite, et moi trois.

Il est maintenant possible de faire un dépistage VIH,

gonorrhée, syphilis et chlamydia depuis chez soi,

tout simplement. Être au clair sur la situation, c‘est rassurant.

COMMANDEZ MAINTENANT

VOTRE KIT DE DÉPISTAGE.

Fiable, rapide et confidentiel.

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CHECK

AT

HOME

44

MUSIQUE

CULTURE

45


Vagin Pirate est un compte Instagram lesbien

romand qui s’engage à amplifier les messages

des communautés marginalisées. Notre Vagin

est un vagin mental, c’est un totem au féminisme

queer, anti-terf et intersectionnel.

Les Pépites

de mars

Comme vous l’avez peut-être remarqué cette année nous allons

vous préparer un peu plus de contenu et on vous proposera plusieurs

fois par année des interviews. On ne délaisse pas nos pépites multicolores

pour autant, on a fait le plein de musique et de podcasts

ce mois de mars, c’est notre façon à nous de célébrer l’arrivée du

printemps ! Bonne lecture !

NoSo

Honey Understand

NoSo (photo ci-contre, abréviation de Nord/

Sud, est un clin d’œil à l’héritage coréen d’Abby

Hwong, auteurice·x, compositeurice·x et guitariste·x

basée·x à Los Angeles. Dans sa musique,

NoSo aborde les thématiques de la mémoire

refoulée, du sentiment d’identité et du dépassement

du syndrome de l’imposteur. Le tout

dans une ambiance mélo bedroom pop.

Vagin Pirate aime le nouveau single, Honey

Understand, et se réjouit de découvrir les

nouveaux titres de NoSo !

Maud Geffray

Break

De la campagne, des bécanes, des couchers

de soleil et une idylle adolescente. C’est ce

que nous propose le tout nouveau clip de Maud

Geffray pour son titre Break. Le clip, réalisé par

Roxanne Gaucherand, du collectif Kokoro, nous

propose ici le récit d’un amour de vacances

entre deux mecs trans*. Les images sont belles,

pures, le tout sublimé par un travail de lumière

renversant.

Vagin Pirate aime l’intensité des regards

et des gestes entre les deux

protagonistes Gio et Emax, la musique

mélancolique et les happy endings

queers.

Soak

Last July

Soak nous avait offert un superbe premier

album aux consonances rock indie en 2019,

Grim Town (nominé au Mercury Prize). Iel reviendra

le 20 mai prochain avec un nouvel

album If I Never Know You Like This Again.

En attendant, on se délecte déjà du premier

single, Last July !

Vagin Pirate aime le clip de Last July et

on spote même dans les paroles une

référence au lac Léman ?!

Dope Saint Jude

Home

Dope Saint Jude est de retour après une pause

de presque deux ans. Cette activiste militante

venue du Cap nous offre un retour tout

en sensualité et en chaleur. Son nouveau titre

Home est accompagné par un clip hot hot hot

comme on les aime, une danse langoureuse

entre elle et sa partenaire. “I wanna feel your

pain, Wanna feel your pain, Running through

my veins, Feel myself coming back home.”

Vagin Pirate aime le flow de Dope Saint

Jude, rencontre juste et précise entre

la pop, le rock et le rap.

Ta Reine

Podcast

Pia Pia, média français dédié à la culture et

l’histoire queer (on vous recommande de les

suivre sur Instagram) sort un nouveau podcast.

Ta Reine est un podcast qui raconte les

histoires de personnages, de lieux ou d’événements

liés à la culture LGBTIQ+, de l’Antiquité

à notre époque, en Europe. Le premier épisode

sur la déportation LGBTIQ+ est d’ores et déjà

disponible sur Spotify.

Vagin Pirate soutient la démarche ultra

importante de ce genre de projet :

la mise en place d’une mémoire collective

et la célébration des parcours

de vie uniques !

Joe le Taxi

C’était ça sa vie

Un ouvrage est paru il y a quelques mois sur

l’histoire de la vraie Joe le Taxi qui a inspiré la

chanson chantée par Vanessa Paradis. Dans

ce roman biographique écrit par la femme qui

fut sa compagne, Johanne Gabriel, nous découvrons

la vie parisienne de cette iconique

conductrice de taxi. Ce livre retrace avec

amour et pudeur, la vie de Maria-José Léao Dos

Santos, décédée en mars 2019.

Vagin Pirate aime toutes les thématiques

abordées dans ce récit; les nuits

lesbiennes parisiennes des années 70,

l’immigration, l’amour et la vie !

Melissa Laveaux

Le retour de la papesse

Melissa Laveaux nous a offert en ce début d’année

son nouveau single Papessa. Un son groovy

et entraînant ! On a pu découvrir dans l’un de ses

communiqués que ce personnage est le second

atout du tarot et que Melissa la perçoit comme

une guerrière, en méditation stratégique. La

papesse tombe, de très haut, mais elle se relève

parce qu’elle ne répond à personne. Tous

ces mystères nous font trépigner d’impatience.

Son nouvel album Mama Forgot her Name was

Miracle sera disponible le 11 mars prochain, on

sera au rendez-vous !

Vagin Pirate aime l’entendre dans des

podcasts et émissions lesbiennes et

aime par-dessus tout que 2022 signe

son comeback musical !

46 CULTURE

VAGIN PIRATE

VAGIN PIRATE

CULTURE

47


Initiales

Par Julien Claudé-Pénégry

Non contente de se donner sans relâche aux luttes contre les inégalités

et les discriminations, la DJ parisienne égérie queer Barbara

Butch se lance un nouveau défi à 40 ans : un album de chansons

pour le début de l’été. Affaire à suivre !

image, construisant coûte que coûte

la personne qu’elle souhaitait être, à

la fois explosive, jouant franc jeu sur

tous les tableaux et exultant dans tout

ce qu’elle fait. Les attaques à son encontre

ne l’atteignent plus, elle laisse

couler. « La colère qui m’animait au début

s’est transformée en une sérénité

tout aussi constructive », confie-t-elle.

Alors, 40 ans, l’âge de la sagesse ? Pas sûr !

Celle qui mixait du hip-hop sous le pseudo de

Scratcheuse de gazon à Montpellier s’est trouvé

le nom de scène qu’on lui connait en piquant

son prénom à la femme de l’ancien président

Bush combiné à son côté « butch ». Deux noms,

une personne, qui lui permettent de se faufiler

entre les genres musicaux. Sur scène,

elle alterne des mixs en mode marcel, fausse

moustache un jour et le lendemain, elle joue

de son côté Barbie, maquillée, coiffée, féminine

à fond. A l’époque, cette ambivalence lui

fait penser qu’elle aurait pu se définir en tant

que personne non binaire. Comme elle se rend

compte qu’elle tourne un peu en rond dans le

Sud, elle quitte tout et rejoint Paris pour repartir

à zéro. Elle débarque au bar Les Souffleurs

dans le Marais. Elle se fait surtout connaître

en 2013 en photobombant de nombreux profils

de mecs Grindr. Tout le monde veut savoir

: « Qui est cette mystérieuse fille qui se

cache derrière tous les pédés de Paris ? »,

explique B.B. Tout s’enchaîne. Elle organise

des soirées avec Romain Brau des Crevettes

pailletées, squatte le Raymond Bar, s’invite à

Kidnapping de Sophie Morello, s’installe au

Rosa Bonheur avec une résidence baptisée La

Patchole, mixe dans des fêtes privées. « Fière

d’être une grosse gouine », Barbara n’a pas fini

de prouver qu’elle en a dans le pantalon. En

auto-produisant son album, elle déclare : « les

meufs n’ont pas des dates de péremption sur

la tête. Moi j’arrive en dinosaure à 40 ans et

je compte bien faire la nique aux producteurs

qui ne croient en nous, les filles, qu’un certain

temps. Je veux leur démontrer le contraire ! »

Si vous souhaitez suivre Barbara Butch sur les

réseaux sociaux, vous ne la trouverez que sur

Instagram avec ses 44,5K de followers.

Instagram : @barbarabutch

Crédit photo : Fifou

Elle a fait danser les marcheur·euse·x·s de la

Pride de Genève 2021 sur Noce Vita, le premier

titre qui compose son premier EP. Un

test grandeur nature pour éprouver la nouvelle

carrière de chanteuse qu’elle s’apprête à

embrasser. Barbara Butch est l’un de ces personnages

emblématiques du monde LGBTIQ+.

Derrière les platines à balancer des sets pop

disco électro ou intégralement nue en photo

sur la couverture de l’hebdomadaire français

Télérama pour dénoncer la grossophobie,

elle devient l’icône de Jean-Paul Gaultier pour

sa campagne virtuelle du parfum La Belle.

Féministe engagée et défenseuse de tout ce

qui touche aux droits humains, cette militante

dans l’âme et dans les tripes œuvre auprès des

migrant·e·x·s. Par la force des choses, Barbara

est littéralement tombée dans le combat politique.

Elle ne rechigne à monter au créneau

pour amplifier les voix des invisibilisé·e·x·s.

Au-delà d’être considérée comme

un modèle, ce qui compte pour elle,

c’est d’ouvrir les voies et faire évoluer

les mentalités. Elle n’y peut rien,

il faut qu’elle l’ouvre. Elle avoue ne

pas avoir eu de représentation inspirante

lorsqu’elle était gamine. Ceci

explique cela : elle s’est forgé une

48 CULTURE

MUSIQUE

MUSIQUE

CULTURE

49


Petite nature,

grande réussite

Samuel Theis révèle un jeune acteur, Aliocha Reinert, dans un

récit d’apprentissage où il explore l’éveil intellectuel et sexuel

de son héros rebelle, son désir d’émancipation et la prise de

conscience de son identité.

Par Edmée Cuttat

la pédophilie. Plus particulièrement

à la faveur d’une scène dont le côté

trouble est induit par Johnny, prêt à

tout pour s’attirer les préférences de

son mentor. Rien de tel pourtant. La

fascination du gosse est à sens unique,

l’instituteur lui opposant un refus catégorique.

Évitant le piège, le réalisateur

se sort brillamment de cette situation

périlleuse en se mettant à hauteur de

l’enfant et en présentant les situations

à travers son regard.

Dans ce récit d’apprentissage, son deuxième

long métrage après Party Girl, Samuel Theis

explore ainsi l’éveil confus de son héros à la

sexualité, la prise de conscience de son identité,

son désir d’émancipation. Subtil, fort,

tendre, pudique, Petite nature est une grande

réussite à laquelle contribue largement le très

attachant Aliocha Reinert. Portant le film de

bout en bout, il est impressionnant de justesse

et de charisme dans le rôle d’un personnage

rebelle ambivalent. Une véritable révélation

dans cette ambitieuse pépite qui a eu les honneurs

de La Semaine de la critique en juillet

dernier à Cannes.

Sortie le 23 mars.

Aliocha Reinert est la révélation de Petite Nature, le film de Samuel Theis.

Dix ans, faussement frêle avec son irrésistible

gueule d’ange, son look féminin et ses longs

cheveux blonds, Johnny (Aliocha Reinert) ne

s’intéresse qu’aux histoires des adultes. Dans

sa cité HLM de Forbach en Lorraine, l’un de ces

territoires perdus de la République, il sait jouer

des poings quand il faut, s’occupe de sa petite

sœur et observe avec une curiosité condescendante

la vie sentimentale triste et agitée de sa

mère. Aimante façon louve protégeant sa progéniture,

celle-ci est parfois dure, impitoyable

et trop portée sur la bouteille.

Astucieux, débrouillard, Johnny a soif

d’ailleurs. Son but, échapper à sa

condition. Et justement cette année-là,

les choses semblent pouvoir changer

lorsqu’il intègre le cours de Monsieur

Adamski (Antoine Reinartz), venu de

Lyon avec sa femme Nora (Izia Higelin),

conservatrice de musée. Tout ce que le

gamin idéalise. Immédiatement séduit

par son savoir, ses connaissances, son

statut, le sapiophile tombe amoureux

de son nouvel instituteur.

Ce n’est pas étonnant dans la mesure où ce dernier

croit fermement dans le potentiel et l’intelligence

de ce pré ado, bridé par son milieu.

Il s’en occupe alors davantage que des autres

élèves, lui ouvre les portes d’un monde différent

grâce à la poésie de Blaise Cendrars et va,

sans se rendre compte de son erreur, jusqu’à

passer du temps avec lui en dehors de l’école.

Comme cette visite au Centre Pompidou-Metz,

où Johnny découvre une œuvre symbolique sur

son combat de transfuge de classe.

Samuel Theis marche sur la corde

raide et on redoute de voir cette relation

glisser sur la pente dangereuse de

Dans La Mif,

on parle avec ses tripes

Entre protection et limites à respecter, le Genevois Fred Baillif

nous immerge dans une impressionnante fiction du réel, nous

invitant à la réflexion et au questionnement sur le placement des

jeunes en foyer.

Par Edmée Cuttat

Au cœur d’un foyer d’urgence, des adolescent·e·s

issues de familles brisées tentent de

recoller les morceaux pour en retrouver une.

Dans cette structure habituée aux tensions, la

relation entre une fille de 16 ans sexuellement

majeure et un jeune garçon mineur de 14 ans

met le feu aux poudres. Véritable déflagration,

elle révèle un système rétrograde et sclérosé.

Nous plongeant d’entrée dans le bain

avec une scène intense qui va se répéter

tout au long du film, mais vue sous

différents angles, Fred Baillif propose

une impressionnante fiction du réel.

Jamais dans le pathos ou le jugement,

proche tout en gardant la bonne distance,

il offre un brillant témoignage

sur les structures d’accueil, une réflexion

sur le métier d’éducateur. Son

Suite page 52

50 CULTURE

CINÉMA

CINÉMA

CULTURE

51


UN CONCENTRÉ

DE PLAISIRS

DANS LE PLUS GRAND

SAUNA BI-SEX

DE LA RÉGION!

7 JOURS SUR 7

Mixte toute tendance, gay,

bi, femme, hétéro tolérant

lundi à jeudi 12h-24h

vendredi 12h-1h

samedi 12h-2h

dimanche GAY 12h-23h

Gays dimanches :

entrée CHF 10.- pour

les moins de 31 ans !

Dans le long métrage de Fred Baillif, les filles, toutes actrices non professionnelles, parlent avec leurs tripes.

film est un questionnement sur le droit

des ados à la sexualité, sur la limite

entre la nécessité de les protéger et de

les aider à avoir confiance en eux.

Le long métrage se construit en chapitres, avec

des portraits forts, pudiques, émouvants des

pensionnaires et du personnel d’encadrement.

Les filles, toutes actrices non professionnelles,

parlent avec leurs tripes. Elles livrent de formidables

interprétations. À commencer par celle,

bouleversante d’humanité, de Lora (Claudia

Grob) la directrice du foyer. La vocation chevillée

au corps, elle se retrouve pourtant dans

le collimateur de l’administration, accusée de

manquements graves à sa fonction.

La Mif a obtenu le prix du meilleur film

de la catégorie « Generation 14plus » à

la Berlinale de 2021, s’est baladé avec

succès dans d’autres festivals, est nominé

aux Quartz du cinéma suisse.

Une reconnaissance amplement méritée.

Éducateur dans un foyer lorsqu’il

était étudiant et plus tard en milieu

carcéral, Baillif sait de quoi il parle.

LE RÉALISATEUR A TROUVÉ SON STYLE

« J’ai fait énormément de recherches. Les affaires

sexuelles taboues dans la société le

sont encore davantage en institution. Ce que

je raconte n’est pas la réalité, mais pourrait

l’être. Je pose également la question du ghetto

qui me passionne. Les raisons pour lesquelles

des jeunes se retrouvent en foyer ne se résument

pas à la délinquance. On les place dans

des lieux qui vont être stigmatisants. »

Fred Baillif est par ailleurs très fier

des filles qui ont participé au développement

de leur rôle respectif qui,

tient-il à préciser, « n’est pas leur vie

bien qu’elles soient elles-mêmes issues

de foyers. J’ai mené pendant

deux ans des interviews très approfondies

pour mieux les connaître,

créé des ateliers d’improvisation,

procédé à des jeux de rôles. Je leur

ai appris à ne pas jouer la comédie. Il

y a une maturité dans ma démarche

consistant à marier le réél et la fiction.

Je me suis remis en cause. Ce

prix berlinois qui me rend heureux,

m’a donné confiance dans le style que

j’ai choisi et que je pense avoir véritablement

trouvé. »

Sortie le 9 mars

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LES AVANCHETS

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3012 Bern

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52 CULTURE

CINÉMA


Non binarité, le soft

power des séries TV

Longtemps invisibles et invisibilisés dans les médias mainstream,

les personnages non binaires commencent à prendre un peu plus

de place dans les séries. Pour une meilleure compréhension et

inclusivité hors de la fiction ? Assurément ! Par Laure Dasinieres

Toutes les études menées sur les questions

de genre se retrouvent sur au moins un

chiffre : près de 10% des adulte·x·s s’identifient

comme non binaires /gender queer /

gender fluid, avec une prépondérance chez

les moins de 30 ans. Pour autant, la non binarité

demeure un impensé ou une source d’incompréhension

pour nombre de personnes

cis hétérosexuelles.

Ainsi, d’après une enquête réalisée

en 2021 par la GLAAD (Gay & Lesbian

Alliance Against Defamation), association

américaine de veille médiatique

œuvrant à dénoncer les discriminations

et les attaques à l’encontre

des personnes LGBTIQ+ au sein des

médias, 54% des personnes non-LG-

BTIQ+ estiment que les personnes

LGBTIQ+ ont des attentes trop compliquées

en ce qui concerne les manières

de s’adresser à elles (par

exemple, l’usage du pronom « they »*).

Elles sont 47% à se sentir peu familières

des questions de transidentité

et de non-binarité, et 45% éprouvent

des difficultés quant aux termes utilisés

par les personnes LGBTIQ+ pour

s’identifier. Évidemment, derrière ces

chiffres, se cachent les moqueries, les

insultes et les discriminations qui sont

le fruit de l’ignorance. Sans oublier, les

vagues de cyber harcèlement envers

les personnes queer et les paniques

morales pour un « iel·le » ajouté au

dictionnaire. Mais, il existe un territoire

où la non binarité s’exprime avec

une certaine liberté et permet aux

non-concerné·e·x·s de se familiariser

en douceur avec elle : les séries TV.

DES REPRÉSENTATIONS CONTRE LES DIS-

CRIMINATIONS

Selon une étude menée par Variety, les personnes

non binaires sont de plus en plus nombreuses

dans les séries : 3,8 % des séries et

2,8 % des films intègrent un·e·x protagoniste·x

enby [ndlr : non binaire] depuis le 1er avril 2020,

contre respectivement 2,7 % et 0,8 % avant le

début de la crise sanitaire.

Ces personnages ne sont plus uniquement

présents dans des séries « communautaires »,

mais également dans des œuvres plus mainstream

: on pense à Taylor Mason dans Billions,

à Syd dans One day at Time (photo ci-contre),

Alex dans This Is Us, Cal dans Sex Education,

Kai Bartley dans Grey’s Anatomy ou encore

Eliott dans Ici tout commence. Cex dernierx

marque une véritable révolution : l’apparition

d’un personnage non binaire dans une

série française diffusée quotidiennement à

18h30 sur une chaîne hertzienne. En outre,

rares sont les protagoniste·x non binaires

adulte·x·s – les adolescent·e·x sont en effet

sur-représenté·e·x. Rare aussi sont les personnes

non-binaires assigné·e·x·s garçon à

la naissance.

L’essor de ces représentations dans

des fictions du quotidien peut-il faire

évoluer les mentalités ? Pour la politologue

Virginie Martin, autrice de Le

charme discret des séries, aux éditions

humenSciences, la réponse est

oui : « Sans représentation dans les

médias, on n’existe pas, on reste dans

un angle mort. Les séries permettent

d’intégrer de manière fluide et naturelle

les questions de genre dans le

quotidien des personnes non-concernées.

Elles leur permettent d’assimiler

les problématiques, les questions

d’usages linguistiques », explique

t-elle. Et d’ajouter : « Les représentations

de personnes non binaires dans

les séries mainstream prennent acte

de ce qui se passe aujourd’hui dans

la vie de tous les jours et montrent

combien les résistances de l’ancien

monde sont stupides. »

* CE PRONOM ANGLAIS PRÉSENTE UN ASPECT NEUTRE, EN-

CORE PLUS MARQUÉ QUE LE PRONOM NEUTRE « IEL » EN

FRANÇAIS.

LA CHRONIQUE D’AYMERIC DALLINGE

OK, BOOMER !

Aymeric Dallinge s’amuse des mots et crée

des ambiances saisies dans l’instant.

Quand l’année a pointé le bout de son nez,

je me suis fait la réflexion que c’était la

dernière que je passais avant de changer

de dizaine. Les trente ans me guettent. En

soit, vieillir ne me fait pas peur. Je pars

du principe que chaque jour vécu est une

expérience acquise. Mes propos vous rappellent

ceux d’une personne d’un âge avancé

? Ça tombe bien, c’est justement la suite

de mon idée.

Il y a quelques semaines, j’ai été

frappé de plein fouet par un « OK, boomer

! ». Non pas par mon entourage, mais

par toute une génération. Rien que ça.

Il semblerait que la génération Z

(née à partir de la deuxième moitié des

années 90) estime que les personnes qui

communiquent avec des GIFs sont des

boomers. Je cite : « quand je vois une personne

qui utilise un GIF, je sais qu’elle a

plus de 33 ans. ». Pardon ?! J’ai à peine passé

les 28 ans et demi !

Pour rappel, on parle de boomer

pour les personnes nées avant 1966, soit

mon papa. Je suis interpellé par ce besoin

permanent de parquer les gens dans

des cases et de maintenir la lutte franche

des générations. N’oublions pas que nos

ancêtres ont pavé nos chemins et que les

futures générations sont là pour questionner

et faire évoluer la société dans

un esprit d’innovation. Les vieux·ille·s

d’aujourd’hui étaient les jeunes d’hier.

Nous avons tant à apprendre et à partager

en œuvrant ensemble.

Sur ces belles paroles, je retourne

photographier les fleurs du printemps avec

mon smartphone pliable parce que j’adore

voir le jardin fleuri de tonton Paul.

54 CULTURE

SÉRIES

SÉRIES

CULTURE

55


On ferme les écrans,

on ouvre un livre queer

Par Rafaela Santos, Libraire, Payot Vevey

Chaque mois, Payot Libraire partage sa sélection de littérature queer

et exquise. Dans cette édition de mars, on se délecte du livre de

handballeuse Béatrice Barbusse qui raconte la réalité du sexisme

dans le sport. À lire, partager et offrir !

COUP DE CŒUR

SPORT

Du sexisme dans le sport,

Béatrice Barbusse, Anamosa

56

Béatrice Barbusse, handballeuse professionnelle

et sociologue du sport, est la première

femme en France à être devenue présidente

d’un club sportif professionnel masculin.

S’appuyant sur des exemples concrets tirés de

son vécu et de son expérience de sportive de

haut niveau, elle analyse dans cet essai l’enracinement

du sexisme et de l’homophobie dans

le milieu sportif. Elle s’est engagée dans une

vaste lutte contre les stéréotypes, notamment

dans les médias du sport, les inégalités salariales

et représentatives, mais aussi la discrimination

envers les femmes et les hommes

homosexuels ou trans*: nous découvrons un

monde sombre, corrompu et souvent plein de

préjugés, auquel l’autrice propose de remédier

en féminisant sans préjugés l’encadrement

sportif pour un milieu plus sain et plus ouvert

à tous·te·x·s. Cette nouvelle édition est accompagnée

d’un avant-propos inédit, revenant notamment

sur la réception du livre (2016) et sur

l’effet libérateur qu’il a pu avoir auprès des

femmes (mais aussi de certains hommes) de

sport, sur la vague #Metoo et, depuis, sur les

révélations de violences sexuelles dans différentes

disciplines.

ALBUM JEUNESSE

Papamax et Papalou, Mathilde Perrault-

Archambault & Stéfanie van Hertem,

Alice Éditions

Pour distraire Anaé, la petite sœur

de Maxence, le jeune garçon et son

ami Louis vont jouer au papa et à la

maman. Mais qui fera la maman ?

Comment faire pour y ressembler, qui

mettra une robe et du rouge à lèvres ?

Est-ce que les mamans, d’ailleurs,

doivent vraiment se maquiller ? Car

leurs mamans portent des pantalons

après tout… Finalement, Anaé pourrait

jouer avec deux papas; (mais alors,

CULTURE

LITTÉRATURE

LITTÉRATURE

est-ce qu’ils se font aussi des bisous ?

Cet album traite avec doigté des questions

sur le thème de l’homoparentalité,

des stéréotypes de genre et des

modèles familiaux.

ESSAI/TÉMOIGNAGE

Les Argonautes, Maggie Nelson, Points

Il s’agit avant tout d’une histoire

d’amour entre deux êtres. Leur amour

grandit, leurs deux corps se transforment,

et avec leurs mutations

d’autres grandes questions résonnent :

Comment se construit le genre ?

Comment vivre et penser la marge en

construisant une famille ? A la lisière

de l’essai et de l’autofiction, l’ouvrage

à la fois amusant et indigné de Maggie

Nelson revient aux penseur·euse·x·s

qui l’ont aidée à vivre, Judith Butler,

Susan Sontag, Gilles Deleuze et Roland

Barthes.

SOCIOLOGIE

Mythologie et légendes queer,

Tomas Prower, Améthyste

Saviez-vous que les premières histoires

de héros gais ou transgenres remontent

aux origines de la civilisation ?

Découvrez toutes les représentations

LGBTIQ+ à travers les mythologies et

spiritualités du monde !

LITTÉRATURE

L’amour aux temps d’après,

Joshua Whitehead, Alto

Sous la direction de Joshua Whitehead,

étoile montante de la littérature indigiqueer,

L’amour aux temps d’après

est un projet collectif unique en son

genre, au confluent de la science-fiction,

de la culture queer et de la tradition

autochtone.

CULTURE

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Et bien plus encore sur

www.lestime.ch

Agenda

MERCREDI 23 MARS

Radio Canicule, quand les

lesbiennes chauffaient les ondes

de Radio Pleine Lune

Podcast réalisé par Lestime, Queer Code et le collectif

Notre Histoire compte

Dans le cadre du projet de valorisation des archives

de l’émission Radio Pleine Lune, « Radio Pleine Lune

et ses vies ultérieures » : diffusion des podcasts et

émissions sur Radio 40, les Archives contestataires

présentent quatre émissions produites à partir de ces

archives radiophoniques.

Tous les mercredis du mois

de mars à 19 h sur

radio-40.ch.

Infos et programme sur

www.archivescontestataires.ch

VENDREDI 25 MARS

Prendre la parole,

donner la voix :

la radio comme outil de lutte

féministe – Table-ronde

Co-organisation Archives contestataire et Lestime

Rencontre entre des animatrices de Radio Pleine Lune

/ Radio Canicule / Ondes femmes (Viviane Gonik,

Catherine Hess, Claire Sagnières) et les producteur·ice·s

des émissions à partir des archives.

19 h au Spoutnik, Genève et en direct sur radio-40.ch

Bar et buffet | Réservation recommandée :

reservation@archivescontestataires.ch

Consultation en santé sexu-elle pour les femmes

qui ont du sexe avec les femmes.

Contact : entre.nous.consult@lestime.ch

Devenez membre en vous inscrivant sur notre site

Faire un don : CCP 17-177538-7

Lestime, communauté lesbienne

5, rue de l‘Industrie | 1201 Genève | Tél. 022 797 27 14

info@lestime.ch | www.lestime.ch

57


Tu ne toucheras point

Propos recueillis par Annabelle Georgen

Nous avons posé trois questions à Marcel Schwald concernant

Touch Isolation, sa dernière création avec le chorégraphe Chris

Leuenberger. La performance pour trois danseurs clôturera le

festival Les Printemps de Sévelin à Lausanne.

Quel est le point de départ de

Touch Isolation ?

Lorsque nous avons créé un spectacle

sur la féminité (Ef_femininity,

2018), l'une de nos interprètes, Diya

Naidu, nous a transmis un article

intitulé Touch Isolation de l'auteur

américain Mark Greene, spécialiste

de la masculinité. Il y parle de la façon

dont les garçons, dès leur plus

jeune âge, sont découragés à avoir

des contacts physiques platoniques

et tendres avec d'autres garçons.

L'une des obligations patriarcales à

l'encontre des garçons est de ne pas

toucher les autres garçons avec trop

d'enthousiasme. Nous nous sommes

demandés d'où cela venait. Nous

avons cherché des comportements et

des images typiquement masculines

et avons pris les États-Unis pour référence,

car ils ont une forte influence

dans la culture occidentale.

La déconstruction du patriarcat

est-elle un sujet important

dans votre spectacle ?

Oui, même s'il a été difficile de trouver

le bon équilibre pour en parler

de manière explicite. À certains moments,

nous cherchions à éviter à tout

prix de reproduire des gestes patriarcaux.

Les artistes du groupe (lesbien,

NDLR) Les Reines Prochaines, avec

qui je travaille régulièrement, nous

ont donné du fil à retordre et nous ont

incités à faire preuve d'un peu plus

d'humour et de confiance en nous.

Nous avons progressé ensemble, ce

qui est une belle chose.

À quoi ressemblerait un monde

(occidental) dans lequel les

hommes pourraient avoir entre

eux des interactions physiques

semblables à celles des

femmes entre elles ?

Ils se sentiraient sans doute plus

connectés, nourris, confiants et détendus,

pour ne citer que quelques-uns

des avantages. J'imagine qu'ils seraient

aussi plus enclins à l'humour et à accepter

leur propre vulnérabilité, ce qui

serait plutôt sympa, n'est-ce pas ?

Une sélection aux petits oignons

Mansfield.TYA + Alma Catin SA 19.03 UNIQUE DATE SUISSE !

Les DIX ans de la Fête du Slip SA 23.04

Novo Amor VE 29.04 À MONTBENON !

Low + Divide and Dissolve VE 13.05

Boy Harsher MA 24.05 UNIQUE DATE SUISSE !

Cat Power SA 28.05

Sigrid MA 31.05 UNIQUE DATE SUISSE !

Courtney Barnett ME 22.06 UNIQUE DATE SUISSE !

musique live

« Découver l’album

a été un processus

de résilience »

Propos recueillis par Aymeric Dallinge

L’événement est à stabilobosser illico dans l’agenda : le duo

Mansfield.TYA arrive pour une date unique en Suisse.

Cela fait 20 ans que Rebeka Warrior (Sexy

Sushi & KOMPROMAT), poète de nuit, productrice

de jour, et Carla Pallone (VACARME),

compositrice, violoniste baroque devenue

multi-instrumentiste, diffusent leur son

unique. Nous les avons rencontrées avant

qu’elles ne viennent présenter Monument ordinaire,

leur dernier album sorti en 2021, sur

les scènes des Docks à Lausanne le 19 mars.

La mélancolie et la poésie

rythment les sonorités de votre

univers musical. Comment

s’est créé ce dernier disque ?

Nous croyons que les choses se passent

quand elles le doivent et nous

observons le monde qui nous entoure

pour y trouver l’inspiration. Pour

Touch Isolation, samedi 19 mars.

Théâtre Sévelin 36, Lausanne.

Monument ordinaire, il ne semblait

theatresevelin36.ch Suite page 60

Publicité

58 CULTURE

CULTURE CLUB

CULTURE CLUB

CULTURE

59


pas que c’était le bon moment, mais

le projet s’est imposé de lui-même :

Rebeka a perdu son amie et nous ne

cessions de parler de l’amour et de la

mort. Il a fallu digérer et comprendre

ce que nous vivions pour mettre des

mots et de la poésie dessus. Découver

l’album a été un processus de résilience.

La musique aide à traverser

les épreuves. Créer s’exprime comme

une nécessité intérieure. C’est une

sorte de réparation.

Qu’est-ce l’amour et la mort

selon vous ?

Nous répondons de manière poétique

à cette question dans l’album. C’est

un peu le rôle des artistes de savoir

mettre des mots sur ce qui peut faire

peur. A cela s’ajoute le défi de proposer

quelque chose de minimaliste. Notre

œuvre a sa propre vie et peut résonner

pour chacun·e·x différemment.

À quoi ressemblera le

spectacle ?

Dans notre volonté d’authenticité, nous

voulions qu’il reste fidèle au disque

et jouer les morceaux au plus près de

leur création. La scénographie est signée

Jean-Maxence Chagnon et nous

avons mis l’accent sur l’effet de multitude

en jouant avec nos ombres qui

se rencontrent et se déploient. Il y a

une forte résonance entre le multiple

et les fantômes. Nous proposons une

messe contemporaine.

20 ans de carrière, quel est votre

souvenir le plus marquant ?

Rebeka : Je garde un grand souvenir de

la création de l’album Corpo inferno.

Nous alternions entre compositions

des morceaux et baignade en mer.

Carla : Je garde le bonheur d’être sur scène

ensemble. C’est une consécration de chanter

nos chansons et de les partager avec le public.

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« Une

Est-ce normal d‘avoir des glaires dans les selles (sans

saignements ou autres symptômes) le jour suivant

une pénétration anale?

La présence de « glaire » dans les selles peut avoir une

multitude de causes.

Du mucus peut être produit par le colon ou le rectum

notamment en cas d’irritation. Celle-ci peut être liée à

une IST ou autre pathogène notamment après la prise

d’antibiotique. L’irritation peut également être liée à la

pénétration anale. Enfin cela peut être lié à la consommation

de certains aliments.

Si le phénomène n’est que passager et sans autres

symptômes (douleurs, saignements…), il n’y a à priori

pas de quoi s’inquiéter outre mesure. Si le phénomène

perdure ou si d’autres symptômes apparaissent, il est

préférable de consulter.

Par ailleurs, un dépistage régulier des IST majeures est

recommandé, même en l’absence de symptôme. Plus

d’info sur DrGay.ch

Cher Dr Gay

J‘ai eu un rapport anal sans être bien préparé et j‘ai pas

mal saigné. Il y a-t-il un risque d‘abîmer son sphincter ?

Avec la pratique de la sodomie, peut-on devenir incontinent

?

Les explications

de DrGay ici ↓

Mansfield.TYA, samedi 19 mars, Les Docks,

Lausanne. En collaboration avec La Fête du Slip.

60 CULTURE

CULTURE CLUB


Chez Moune,

l’âme lesbienne de Pigalle

Au 54 de la rue Jean-Baptiste Pigalle à Paris, une façade Art Déco

et une enseigne « Chez Moune » évoquent un cabaret emblématique

du Paris lesbien des années folles. On a remonté le temps

et poussé la porte.

Par Laure Dasinieres

J’ai rencontré l’ex-directrice artistique chez

Moune, Johanne Gabrielle, pour la première

fois en 2008. Le Pulp venait de fermer et on

cherchait des nouveaux endroits safe pour

sortir. Un de mes amis passait parfois des

disques chez Moune, à Pigalle, et était chaque

fois ravi par l’ambiance. J’y suis passée un

soir et j’ai compris. Johanne, alors directrice

artistique du lieu, faisait tout pour que chacun·e·x

s’y sente bien, en virant les fâcheux et

les dragueurs lourds. Elle s’assurait toujours

que le club, quoique prisé par des célébrités,

ne devienne jamais prétentieux et qu’il garde

son âme en restant toujours accueillant pour

toutes les meufs bi et lesbiennes. Et cette âme,

elle était inscrite dans l’histoire du cabaret.

30 ans

Accueil

Du Lundi au Jeudi

de 14h00 à 18h00

Repas convivial

Les lundis à 19h30

à PVA-Genève

Peinture thérapeutique

Les Mardis de 15h00 à 17h00

à PVA-Genève

Atelier tricot

Les Jeudis de 14h30 à 17h30

à PVA-Genève

Service social

Les Jeudis de 14h30 à 17h30

sans RDV à PVA-Genève

Car, comme en attestait sa façade Art déco

et sa décoration très rococo, Chez Moune

avait des choses à dire de la vie lesbienne

parisienne depuis les années 30. C’est pour

découvrir cette histoire que j’ai demandé à

Johanne de déballer ses archives.

MADAME MOUNE

Rembobinons le fil. Paris, Pigalle, 1936.

La radio passe Mon légionnaire, Vous

qui passez sans me voir ou Y’a d’la joie.

Moune Carton, alias Madame Moune,

a la trentaine et un caractère bien

trempé. « C’est une femme dure, une

femme du Nord », explique Johanne

LES REPAS DU LUNDI

REPRENNENT !

CET IMPORTANT RENDEZ-VOUS HEBDOMADAIRE EST

UNE DES ACTIVITÉS HISTORIQUES DE PVA-GENÈVE !

TOUS LES LUNDIS À 19H30 !!!

Association Genevoise

des Personnes Vivant Avec

le VIH/SIDA

et leurs proches

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PVA-Genève, 1201 Genève

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Gabrielle. C’est aussi une femme qui

aime les femmes et qui ne s’en cache

pas. Elle est née à Amiens à l’aube du

20 e siècle. On a peu d’images d’elle à

cette époque, mais il existe des clichés

plus récents qui la montrent en

costume d’homme, le cheveu court,

portant de grosses bagues et du vernis

à ongle et trimballant avec elle un

petit teckel noir. « Elle n’était pas très

souriante et elle imposait le respect »,

continue Johanne Gabrielle, « mais

c’était une bonne vivante qui savait

recevoir et qui avait toujours un petit

mot gentil pour chacun·e·x ».

Ainsi donc dans ce Pigalle des années 30,

milieu interlope par excellence où se mêlent

les malfrats, les maquereaux, les filles de

joie, les artistes, les homosexuel·le·x·s et

les bourgeois·e·x·s venu·e·x·s s’encanailler,

Moune ouvre un premier repaire lesbien, Le

Fétiche, rue Fromentin. Puis, elle reprend ce

qui s’appelait alors Le Château Caucasien, un

restaurant-spectacle d’inspiration russe pour

en faire Chez Moune, au 54 rue Jean-Baptiste

Pigalle. « Elle fait alors vraiment bouger les

lignes », poursuit Johanne Gabrielle. « C’est

le premier cabaret-dancing ouvertement lesbien.

S’y côtoient les « nanas », des garçonnes

portant un tailleur cravate. Le pantalon était

alors encore interdit aux femmes et les «féminines»

portaient des robes de soirée. Et

puisque l’homosexualité est encore pénalement

punie, quelques hommes avaient le droit

de rentrer pour sauver les apparences. Mais

pour que ces messieurs puissent rentrer Chez

Madame Moune et ses «girls»

Moune, il fallait qu’ils soient des célébrités,

ou connus de la patronne ». Pour autant, les

descentes de police ne sont pas rares et Chez

Moune dispose alors d’une sortie dérobée

permettant de se faire la malle par derrière,

notamment lors des « tea dance » exclusivement

lesbiens du dimanche après-midi.

Malgré cette semi-clandestinité, les

soirées Chez Moune sont classieuses

et la scène reçoit les vedettes de la

chanson et du cabaret de l’époque

lorsque la salle ne se transforme pas

en dancing où le tango est roi. Même

si Madame Moune a perdu la propriété

de son cabaret à la chandelle - elle

était une grande joueuse, elle est restée

aux manettes toute sa vie jusqu’à

sa mort en 1986. « Et même pendant la

guerre ! », s’amuse Johanne Gabrielle,

« Les soldats allemands avaient remplacé

les portiers habituels… »

Aujourd’hui, dans une rue Jean-Baptiste Pigalle

qui a perdu un peu de son âme, subsiste encore

la façade de Chez Moune, témoin de ce passé

glorieux.

62 CULTURE

RELECTURE

RELECTURE

CULTURE

63


Dénigrement, contrôle, menaces d’outing, mégenrage volontaire,

insultes, sérophobie, coups, homicides… La violence touche aussi

les couples LGBTIQ+. A l’occasion de la Journée internationale

des droits des femmes* le 8 mars, 360° décrypte les enjeux et

propose des pistes de solutions avec Manu, un spécialiste et deux

personnes concernées.

Violences

dans le couple :

les personnes

LGBTIQ+

pas épargnées

Pourtant, le peu de données disponibles

parlent d’elles-mêmes : 36% des HSH 3 ont vécu

de la violence dans le couple durant leur vie,

7% dans les 12 mois qui ont précédé l’enquête 4 .

Côté FSF 5 , presque 70% des répondant·e·x·s

ont vécu des violences sexuelles. Pour 15%

d’entre elles·eux, elles sont survenues au sein

du couple avec une partenaire féminine ou un

homme trans*. Seul·es 8% ont eu recours à un

service spécialisé dans les violences.

L’association Pôle Agression Violence

(PAV) propose écoute et suivi pour les

personnes LGBTIQ+ qui font face à

des violences. Vic est psychologue et

répondant au PAV, ainsi qu’à l’association

Vogay. Malgré l’explosion des

sollicitations pendant les périodes

de confinement, il indique que : « Le

PAV reçoit peu de demandes d’aide

concernant des violences dans le

couple et elles sont en lien avec des

parcours migratoires. Je suppose que

c’est parce que les violences dans

le couple restent tabous. De plus,

j’ai l’impression que les personnes

LGBTIQ+, en raison de leur parcours

de vie et des difficultés liées au fait

d’appartenir à une minorité sexuelle

ou de genre, banalisent davantage les

violences qui apparaissent au sein du

couple ». Manu confirme : « En tant

qu’enfant et ado gay confronté au

quotidien à un environnement homophobe,

j’ai été entraîné à tolérer

la violence. »

VULNÉRABILITÉS PLUS GRANDES

POUR LES PERSONNES LGBTIQ+

plexité s’ajoute, pour Manu : « Le sentiment

induit par l’auteur que je mérite

la violence et donc la crainte de ne

pas être soutenu·e par l’entourage »,

la « minimisation sociale des violences

non physiques » et « la honte car la

relation n’a duré que quatre mois. »

Dans plusieurs cantons, les associations

communautaires comme le PAV

forment en continu les nouvelles recrues

de la police. Cela étant, Vic précise

que : « Ces formations ne peuvent

garantir que tous·tes les agent·es réagissent

adéquatement. » En outre, les

foyers d’hébergement ne sont pas tous

safe pour les personnes LGBTIQ+ et

il en existe très peu pour les hommes

confrontés à des violences.

BESOIN DE DONNÉES

ET DE SENSIBILISATION

Des données au niveau national permettraient

de mettre davantage en lumière ces violences

spécifiques, pour autant qu’elles n’alimentent

pas de nouveaux préjugés à l’encontre de la

communauté. En parallèle, la formation des

professionnel·les du domaine (pas seulement

la police) doit être renforcée. Selon Manu : « Il

est aussi important de sensibiliser les proches

qui sont démunis face à ces violences. »

Pour des raisons de simplification, 360° propose

de parler ici de violence « de couple »

même si cette notion ne reflète pas la diversité

des relations affectives et intimes possibles

1 PRÉNOM D’EMPRUNT

2 AFAB ET FEMMES TRANS

3 HOMMES AYANT DU SEXE AVEC LES HOMMES (AMAB)

4 ENQUÊTE SANTÉ GAIE 2011

5 ENQUÊTE SANTÉ FSF 2019 (FEMMES AYANT DU SEXE

AVEC LES FEMMES - AFAB ET FEMMES TRANS)

Par Camille Béziane,

responsable des Klamydia’s

« Ça a commencé avec des rabaissements et

des reproches. Puis les gifles. Je l’aimais et je

n’ai rien vu arriver », raconte Léa 1 , femme trans*

qui a été en couple avec une femme. Certains

stéréotypes ont la vie dure et se heurtent à un

impensé lié aux représentations hétéronormées

de la violence. L’idée persiste que les couples de

femmes 2 seraient doux (aussi dans la sexualité).

Plus généralement, les couples de même sexe

seraient égalitaires, exempt·e·x·s de domination

ou d’emprise, car de force égale. La violence

éventuelle serait forcément commise par la personne

perçue comme la plus masculine.

La bulle de protection que peut former le couple

vis-à-vis d’une société qui peut être LGBTIQ+phobe

ou hétérosexiste peut s’avérer délétère

et contribuer tant à une forme de dépendance

que d’isolement. Le fait d’appartenir à plusieurs

minorités à la fois peut renforcer les mécanismes

de domination. Léa* se rappelle : « Elle

était tout pour moi. Je ne connaissais personne

dans la communauté et elle m’a intégrée dans

son cercle d’ami·es. Quand nous nous sommes

quittées, j’ai tout perdu. » Le cas de Léa n’est

pas isolé. Les ami·e·x·s de la personne agressée

sont souvent aussi des connaissances, voire

des ami·e·x·s de l’auteur·e·x.

L’anonymat est d’autant plus compliqué

à préserver que les communautés

sont petites, comme c’est le cas en

Romandie. La recherche d’aide ou le

dépôt de plainte peut s’avérer difficile

et signifier devoir s’outer. A cette com-

RESSOURCES EN CAS

DE VIOLENCES,

NE PAS RESTER SEUL·ES :


○ Conseils, écoute et accompagnement

: association-pav.ch

○ Conseil et information en ligne

(aussi pour les personnes ayant

recours à la violence) :

Accueil - Violence que faire

○ Conseils pratiques (aussi pour

les témoins) :

garance-lgbtiq2019-brochure-v3.pdf

○ Bilan des blessures et soins :

services d’Urgence des hôpitaux

○ Suivi : Unité de médecine des

violences (hôpitaux)

○ Conseils et mise à l’abri pour

les HSH (Genève): pharos-geneve.ch

○ Centres LAVI

64 SANTÉ

VIOLENCES

VIOLENCES

SANTÉ

65


40 ans

LE RETOUR

Les prochaines

rencontres des groupes

Groupe Trans*

◗ Mercredi 2 mars, mercredi 16 mars, mercredi 6

avril, groupe de rencontre et de discussion de 19h à

21h30 au local de 360

◗ Infos, conseils et entretiens…

w :association360/trans

e : trans@association360.ch, t : 078 322 34 60

Groupe Familles LGBTQ+

◗ Jeudi 17 mars de 19h à 21h, réunion de discussions,

partages et infos au local de 360, l’occasion de

venir poser vos questions, d’échanger toutes et

tous ensemble nos expériences sur nos familles

ou futures familles (projet, procédures d’adoption,

questions des enfants, crèche, école, vie de famille,

etc)

◗ Infos, conseils et entretiens : association360.ch/

homoparents, familleslgbtq@association360.ch,

t : 079 236 03 58

Groupe Tamalou

◗ Pour le mois de mars, suivez le programme des

Tamalou sur leur Facebook : https://www.facebook.

com/groups/tamalou360

◗ Tous les mardis dès 17h30 : apéros convivial en

ville ! Pour intégrer le groupe WhatsApp : envoyer un

courriel à andr.lauper@yahoo.com

◗ Renseignements et inscription : t : 022 741 00 70

Groupe les Babayagas

◗ Mercredi 9 mars, rencontre conviviale au local de

360 !

◗ Marche nordique toutes les semaines, pour le plaisir

de bouger et de se retrouver ! Contactez Chris au 079

544 94 30 pour connaître le lieu du rendez-vous.

◗ Restez en contact avec les membres des Babayagas

grâce à son groupe WhatsApp ! Pour participer,

veuillez adresser un courriel à babayagas@

association360.ch

◗ Infos, conseils et entretiens t : 079 544 94 30

Groupe BiPan+

◗ Vendredi 18 mars, dès 20h, réunion conviviale

mensuelle au local de 360 !

◗ Infos, conseils et entretiens :

e : bipanplus@association360.ch, t : 079 632 70 48

En 2022, la coti c’est toujours la vie !

Soutenez l’association 360 : cotisation annuelle

de CHF 55.- ou 100.- pour les couples !

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Service Juridique

Lu 9h – 13h et 14h – 18h

Ve 14h – 18h

« Uniquement sur

rendez-vous »

juri@360.ch

022 731 42 13

Permanence Trans

au 078 322 34 60 du lu

au ve, 10h à 12h et 14h

à 17h30

Infos, conseils et

entretien sur RDV

Perm. d’accueil au local

Lu au Ve 14h – 18h

Association 360 | 022 741 00 70 | association360@360.ch

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L’ORACLE DU MOIS

MUSIC MAKES

ME LOSE CONTROL

m adonner

a madonna

DU 1 AU 6 MARS

Les jours s’allongent, le corps s’ébroue,

Une furieuse envie de 31remuer venue du

mars

on se sent des fourmis dans les membres.

ventre nous propulse sur le premier dance

floor venu - on tourbillonne à perdre la tête.

SERGE

EChALOttE

GaiNsBoUrG

DU 14 AU 20 MARS

Enfin, pour calmer les ardeurs,

on fait descendre BPM et décibels

en dégustant quelques classiques

aux petits oignons…

26

janvier

2

mars

JE

JE

M'EN

BATs

L'

É

C

O

JE

É

C

O

U

T

E

JE

M'EN

M'EN

M'EN

L'

BATs

BATs

L'

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C

O

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T

E

U

T

E

BATs

DU 7 AU 13 MARS

2

mars

L'

É

C

O

U

T

E

2

mars

Peu importe la playlist - tout ce qui entre

fait ventre. Quand la musique est bonne,

on en reprend volontiers plusieurs platées,

qu’on avale goulûment !

2

mars

bor

bor

yth

mes

13 13 13 13

mesjanvier

mesjanvier

21 AU 31 MARS

… mais le mélange des airs s’avère indigeste.

Et désormais ce sont les rythmes syncopés

de la digestion qui mènent le bal.


La tête dans

les étoiles

Par

Marlon

Dietrich

Un peu d’esprit, d’humour et d’astrologie

fantaisiste, la formule est

infaillible: pour garder les pieds

sur terre, rien ne vaut un plongeon

la tête dans les étoiles. Ce mois,

le signe à l’honneur est Poissons.

CANCER

21 JUN – 22 JUL

LION

23 JUL – 22 AOÛ

VIERGE

23 AOÛ – 22 SEP

BALANCE

23 SEP – 22 OCT

POISSON

19 FÉV – 20 MAR

Ta chanson du mois :

Diamonds, Rihanna

Co-mmu-ni-cation! C’est

ton maître-mot du mois.

Inspiré·e·x, tu échanges

des idées avec ton entourage

qui te trouve

brillant·e·x, tu tisses des

nouveaux liens, ton carnet

d’adresses se remplit

à foison. En passe de

devenir expert·e·x en

relations publiques, ne

t’étonne pas de voir une

offre exceptionnelle

t’être faite, qui pourrait

bien déboucher sur un

départ rapide à l’étranger.

Ta chanson du mois :

Money Changes

Everything, Cyndi Lauper

Ton amour du luxe fait

des dégâts: tu flambes

comme jamais et… sans

compter! Le prochain

décompte de tes cartes

de crédit pourrait bien

être aussi glaçant qu’une

douche froide. Tes soucis

financiers te mettent

dans une humeur noire.

Et les premier·ère·x·s à

en faire les frais sont

tes proches. Pas cool.

Ressaisis-toi, redresse

la barre et serre-toi la

ceinture.

Ta chanson du mois :

Lights Up, Harry Styles

Ta ténacité a fini par

être payante: ton heure

de gloire a sonné! Fruit

de tes efforts ponctués

de moments de doute

et des longues heures

consacrées à peaufiner

ton projet dans l’ombre,

celui-ci se concrétise

et te propulse vers la

lumière. Jouis chaque

seconde de cette reconnaissance

et sois-en

certain·e·x, elle est amplement

méritée et tu ne

la dois qu’à toi-même.

Ta chanson du mois :

Absolute Beginners,

David Bowie

En bon·ne·x stratège

que tu es, tu as su placer

tes pions pour assurer

tes arrières. La bonne

nouvelle, c’est que cette

stratégie multiple est la

meilleure : l’inconfort

d’une situation actuelle

pourrait rapidement se

muer en accélérateur

pour développer un

projet en cours qui te

tient particulièrement à

cœur et à la hauteur de

tes ambitions. Patience,

le dénouement est à bout

touchant.

Ta chanson du mois :

Imagine, John Lennon

Tu diffuses la bienveillance

autour de toi et ta

famille choisie te le rend

bien. Cette zone de confort

te fait pousser des

ailes. À tel point que tu

sauras bientôt régler

un conflit qui semblait

inextricable dans ta

famille biologique.

Pacificateur·trice·x né·e·x,

tu es conscient·e·x qu’on

est jamais plus fort·e·x

que bien accompagné·e·x,

alors n’hésite pas à faire

le tri pour ne garder que

de vrai·e·x·s ami·e·x·s à

tes côtés.

BÉLIER

21 MARS – 19 AVRIL

TAUREAU

20 AVRIL – 20 MAI

GÉMEAUX

21 MAI– 20 JUN

SCORPION

23 OCT – 21 NOV

SAGITTAIRE

22 NOV – 21 DÉC

CAPRICORNE

22 DÉC – 19 JAN

VERSEAU

20 JAN – 18 FÉV

Collages : Amina Belkasmi

Ta chanson du mois :

Intentions, Justin Bieber

ft. Quavo

Ton mois de mars se profile

sous les meilleurs

auspices. Ton souci de la

perfection jusque dans

les moindres détails

ne passe pas inaperçu,

ta bonne réputation

se répand comme une

traînée de poudre. Tu

en veux encore? Porté

par cet élan favorable à

ton égard, ton pouvoir

de séduction fait des

ravages. Cerise sur le

gâteau en pleine tempête

extatique, tu gardes

la tête sur les épaules.

C’est chic.

Ta chanson du mois :

Dancing On My Own,

Robyn

Incorrigible idéaliste, tu

rêves de rencontrer la

personne qui cochera

toutes les cases de tes

exigences. Attention

de ne pas tomber dans

ton propre piège et finir

par te lamenter sur ton

sort! Si cette personne

n’existe pas, élargis ton

horizon et laisse-toi surprendre.

Tu pourrais être

étonné·e·x de découvrir

qu’il n’y a rien de plus insipide

que la perfection.

Ta chanson du mois :

Voyage, voyage,

Desireless

Tu as envie de briser les

routines qui donnaient

l’illusion d’être rassurantes.

Enfin prêt·e·x

à larguer les amarres

pour te lancer dans ta

grande aventure, tu te

sens galvanisé·e·x par

ce nouveau sentiment

de liberté. Ton flair

et ton instinct ne te

trompent pas! Laisse à

quai tes craintes de te

planter et vogue vers

l’inconnu au gré des

marées. Ton horizon est

radieux.

Ta chanson du mois :

White Ferrari, Frank

Ocean

D’humeur introspective,

tu te refais le film de

ces derniers mois pour

mieux comprendre les

rouages de ton âme et

préparer le terrain pour

de nouvelles aventures.

Prêt·e·x pour un nouveau

départ, souviens-toi que

c’est souvent au moment

où l’on s’y attend le

moins que surviennent

les bonnes surprises.

Une nouvelle rencontre

pourrait bien bouleverser

ta vie.

Ta chanson du mois :

All My Friends, LCD

Soundsystem

Toi qui a tendance à

n’en faire qu’à ta tête,

tu écoutes enfin les

conseils de tes proches.

Au fil des conversations,

tes réflexions évoluent

là où tu ne t’y attendais

pas. Rien de tel que de

faire voler en éclat les

idées reçues pour découvrir

de nouveaux

terrains à explorer. Le

principe s’applique autant

à la vie sociale

et affective que professionnelle.

Ta chanson du mois :

Born This Way, Lady Gaga

La passion que tu mets à

l’ouvrage sans compter

tes heures finit par

porter ses fruits. C’est

le mois des négociations

et des décisions

à prendre, avec un joli

contrat à la clé! Ne

perds pas de temps en

t’éparpillant dans tes

pensées, le moment est

venu de passer à l’action

en pleine lucidité. Pour

te rassurer, ton sens accru

des relations saura

te guider dans la bonne

direction.

Ta chanson du mois :

9 to 5, Dolly Parton

Changement de cap

professionnel en vue.

Poussé·e·x par ton

besoin de liberté et ton

ras-le-bol du train-train

quotidien, tu envisages

de te mettre à ton

compte ou de t’associer

avec un partenaire

financier pour concrétiser

un projet qui te tient

à cœur. Tu as le flair, les

compétences, les idées

et l’ambition de ton côté.

Fonce!

68 HOROSCOPE LA TÊTE DANS LES ÉTOILES LA TÊTE DANS LES ÉTOILES

HOROSCOPE

69


« Ma qualité

préférée chez un

homme cis ?

Qu’il se taise ! »

Propos recueillis par Tal Madesta

CE QUE J’APPRÉCIE LE PLUS CHEZ MES

AMI·E·X·S

L’écoute sincère, les petites attentions, la

complicité au-delà des mots, la célébration

des plus petites choses.

MON PRINCIPAL DÉFAUT

Bitcher pendant des heures sur quelqu’un

avec mes potes et finir par dire: « mais bon,

après tout, iel a l’air gentil·le et on ne connaît

pas sa vie ! »

MON OCCUPATION PRÉFÉRÉE

Lire, au choix, dans mon lit, dans mon bain

ou dans des cafés.

CE QUE JE DÉTESTE PAR-DESSUS TOUT

Les mauvais journalistes. C’est un métier essentiel

dans une démocratie, exigeant, passionnant

et dur d’accès. Le voir à ce point

malmené par les gros médias avec leur couverture

catastrophique et complaisante de

l’extrême droite m’exaspère et me rend furieux.

Hélène Tchen pour Moodz

Hanneli est rédacteur en chef

de Pia Pia, média associatif créé

en 2019 et spécialisé dans la

culture et l’histoire queer. Avec

son équipe, il vient de lancer le

podcast documentaire TA REINE,

qui « raconte les histoires de personnages,

de lieux ou d’événements

liés à la culture LGBTIQ+,

de l’Antiquité à notre époque, en

Europe ». Rencontre avec un journaliste

qui dépoussière l’Histoire.

MA VERTU QUEER PRÉFÉRÉE

Devenir pote avec ses ex. Dans un milieu où

l’on travaille, fait des manifs, se croise en

soirée, couche, devient potes, tombe amoureux·se

des mêmes personnes, je trouve ça

incroyable d’arriver à dépasser ses griefs

pour devenir sincèrement ami·e·x avec ses ex.

LA QUALITÉ QUE JE PRÉFÈRE CHEZ UN

HOMME [ndlr: cis, précise Hanneli]

Qu’il se taise !

LE PAYS OÙ JE DÉSIRERAIS VIVRE

Un pays sans frontière, sans capitalisme,

sans violences systémiques, sans virilité

toxique, où les gens se sentiraient sereins,

confiants et joyeux d’y vivre.

MES AUTEUR·E·X·S FAVORI·TE·X·S EN PROSE

Maggie Nelson, pour sa description de

l’amour entre une femme cis et un homme

trans*. Hervé Guibert, pour la mémoire

unique et vibrante sur les années sida. Jean

Genet, car je n’ai jamais rien lu d’aussi beau

que Notre-Dame des Fleurs.

MES HÉROÏNES DE L’HISTOIRE

Charlotte Delbo, écrivaine et résistante française,

déportée à Auschwitz-Birkenau avec

230 autres femmes résistantes. Elle sera

l’une des 49 survivantes, et écrira à son retour

l’ouvrage Le convoi du 24 janvier pour retracer

leur parcours et leur rendre hommage.

MES HÉRO·ÏNE·X·S DANS LA FICTION

Rasmus et Benjamin dans N’essuie jamais de

larmes sans gants de Jonas Gardell. L’un est

un smalltown boy, l’autre vit dans une secte,

ils vont se rencontrer à Stockholm et s’aimer,

en plein dans les années sida. Dans une autre

vie, ça aurait pu être moi.

Retrouvez Pia Pia sur le compte Instagram

@piapia.asso.media

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LE QUEER’STIONNAIRE DE PROUST

LE MOT DE LA FIN


« Sublime et bouleversant »

Le Courrier

avant-premières en présence l’équipe du film à Genève (28 mars) Lausanne (29 mars) Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds (1er avril)

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