The Red Bulletin Decembre 2019 (FR)

online.magazines

FRANCE

DÉCEMBRE 2019

HORS DU COMMUN

Votre magazine

offert chaque

mois avec

14 PAGES

(très)

spéciales

RED BULL

ILLUME

Le concours photo

plus puissant que

votre imagination


ÉDITORIAL

TOUT LE MONDE

CONTRIBUTEURS

NOS ÉQUIPIERS

FAIT DE LA PHOTO

Avec un smartphone, semble-t-il, mais il reste des

domaines délicats à documenter, auxquels nous

consacrons nombre de nos pages chaque mois :

l’aventure outdoor, les sports d’action, le monde

aquatique… Tous les ans, ils sont des centaines

de candidats, photographes confirmés, voire pros,

ou émergents à participer au concours photo

Red Bull Illume, justement dédié aux univers

qui vous/nous excitent. Cette année, près de

60 000 images ont été soumises et nous avons

disséqué l’œuvre des finalistes des onze catégories

(innovation, lifestyle, best of Instagram...) pour

vous proposer un portfolio de quatorze pages, où

l’on se demande parfois si ce que l’on y découvre est

réel. Comme ce skateur dans la neige sur notre une,

Levi Glenney, shooté par l’Américain Peter Cirilli.

Votre expérience Illume commence sous peu.

BEN READ

Ce photographe anglais vous

décrira son travail comme

du storytelling à travers les

détails et les paysages. Et

c’est exactement ce qu’il nous

a proposé à son retour du plus

lointain des tournois de foot,

au Groenland. Il y a également

fait le plein en souvenirs personnels.

« Je me souviendrai

toujours de cette mi-temps

où la sono balançait du gros

death metal », dit Ben.

P. 44

PETER CIRILLI/RED BULL ILLUME (COUVERTURE)

Ouvrez les yeux !

Votre Rédaction

Containers, grues, hangars… Pas le décor habituel d’un

tournoi de foot validé par la FIFA ! Ben Reader a photographié

cette compétition organisée au Groenland. P. 44

TOM WIGGINS

Basé à Londres, l’ancien rédacteur

du magazine Stuff joue

aux jeux vidéo depuis 1990.

Les compétiteurs du tournoi

F1 Esports Pro Series qu’il a

rencontrés n’étaient pas nés

à cette époque, mais ont assurément

joué bien plus que lui.

« En parlant avec eux, tu n’as

pas l’impression qu’il s’agit

d’un jeu, dit-il. Ils prennent ça

avec le plus grand sérieux. »

P. 58

THE RED BULLETIN 3


74

Peter Tabichi : le meilleur

prof de l’année 2019 a

des choses à dire.

66

La transition énergétique

vous convie à son bord.

6 Ce mois-ci, notre section galerie

est géante, avec du top niveau :

des images parmi les meilleures

proposées pour le concours photo

Red Red Bull Bull Illume Illume 2019. 2019. Fort Fort ! !

photo

20 « Ce serait trop cool de vivre dans

un van ! »… La grimpeuse Kaya

Lindsay en a fait son quotidien

22 L’athlète de demain sera peutêtre

dans un exosquelette

24 Quand l’astronaute italien Luca

Parmitano ambiance Ibiza depuis

la Station spatiale : spaaaaaace !

26 Retour inspirant en Zambie pour

la rappeuse Sampa the Great

28 De t.A.T.u à Rammstein, le Belge

Todiefor se raconte en hits

30 La perf’ sociale

Bakary Sakho se bouge pour les

siens, mode donnant-donnant

36 Sunni le sage

Il prône un rassemblement des

générations du breakdance

44 L’autre football

Au Groenland, une saison de

ballon qui dure une semaine

58 Rêves de course

Dans les baquets de F1 virtuelles,

aux frontières du vrai pilotage

66 No future ?

À bord de l’Energy Observer,

Jérôme Delafosse livre un

message d’espoir

74 Tabichi Code

Quand les profs changent le

monde, pour le meilleur

82 Entre montagnes et mer, notre

guide pour skier aux Lofoten

86 Il y a toujours une partie de FIFA

en cours dans le monde. Pourquoi

ce jeu intéresse le vrai foot

87 Faire du vélo d’appartement dans

un sauna, c’est quoi l’intérêt ?

88 Du paddle sur la Seine, sur scène

avec Gotaga, en salle avec des

Jedis ou en short avec les basketteurs

pros : notre agenda de folie

89 Au programme sur Red Bull TV

90 Le top matos pour se pointer en

fraîcheur sur les pistes cet hiver

96 Ils et elles font The Red Bulletin

98 Pour finir en beauté : comme

Neymar, ce Brésilien sait aussi

très bien se servir de ses jambes

JON GAMBRELL/AP/PICTUREDESK.COM, DAVID CLERIHEW

4 THE RED BULLETIN


CONTENUS

décembre 2019

36

En galère, le B-Boy Sunni

a dormi sur le sol, avant

d’en faire son royaume.

THE RED BULLETIN 5


Red Bull Illume

VOS YEUX

SONT-ILS

PRÊTS ?

59 551 images de photographes

provenant de 110 pays : le plus

grand concours photo de sports

d’aventure et d’action au monde,

c’est l’adrénaline magnifiée par la

beauté de l’art. Voici une sélection

des soixante finalistes de 2019.

Texte ANDREAS WOLLINGER


On se tient au courant

Pour voir le jour, cette photo a nécessité de

grandes aptitudes professionnelles des deux

côtés de l’objectif : le photographe américain

Karim Iliya a choisi une longue durée d’exposition

avec son drone afin de procurer plus

d’intensité dramatique aux eaux vives du

Little White Salmon River, dans l’État de

Washington, tandis que les deux kayakistes

Adrian Mattern et Knox Hammack ont dû

rester immobiles, dans la seule section

du fleuve où cela était possible.

KARIM ILIYA/RED BULL ILLUME

7


C’est la teuf dans le tuf

Le paysage unique de tuf de la Cappadoce,

en Turquie, est le résultat d’une activité

volcanique intense créant des sculptures

rocheuses époustouflantes. Il n’est évidemment

pas aisé de traverser ce « pays des

beaux chevaux », à moins d’être équipé de

motos tout-terrain. Par chance, le photographe

Burhan Kapar était de la partie.

8


BURHAN KAPAR/RED BULL ILLUME


Cherchez l’erreur

Le skateur allemand Jost Arens réalise une

figure le long d’un banc qui n’attendait que

cela à Copenhague, et nous pouvons admirer

son talent sous toutes les coutures :

les expositions multiples sont un outil très

apprécié pour capturer toute la dynamique

d’un mouvement sur une image. Mais cette

fois, le photographe britannique Leo Francis

s’est permis une petite facétie.

LEO FRANCIS/RED BULL ILLUME

11


Enterré sous l’eau

Le Français Ben Thouard, féru de photo

depuis ses 15 ans, s’est installé en Polynésie

à l’âge de 22 ans. Les vagues de Teahupo’o

près de Tahiti sont vite devenues son sujet

préféré, sous tous les angles possibles et

imaginables : cette photo montre le surfeur

Tahurai Henry à la lutte sous l’eau, juste

après que la vague a brisé.

12


BEN THOUARD/RED BULL ILLUME


L’homme élastique

Le Parc national des Arches dans l’Utah

(USA) est célèbre pour ses formations

rocheuses de grès bizarroïdes –un endroit

rêvé pour les inconditionnels d’escalade

libre. Pat Kingsbury, qui en est un, gravit

une tourelle isolée de 250 mètres de haut

au nom prometteur de Hellbitch, tandis

que le photographe Jeremiah Watt capture

un moment particulièrement intense.

JEREMIAH WATT/RED BULL ILLUME


SIMON BISCHOFF/RED BULL ILLUME

Sur un fil de lumière

L’Australien Simon Bischoff est non seulement

un photographe pro, mais aussi l’un des

meilleurs grimpeurs de Tasmanie. Un aprèsmidi,

il se rend au Gordon Dam pour aller

regarder les highlineurs qui y défient l’impressionnant

barrage. Alors qu’il s’apprête à rentrer

chez lui, les lumières s’allument le long

de la paroi : la chance sourit aux audacieux.

15


TAL ROBERTS/RED BULL ILLUME

Un coup double

Le sujet préféré du photographe américain

Tal Roberts ? Ses potes, pardi ! Voici l’un

d’eux, le skateur Tom Asta, en train de livrer

un trick élégant sur un quaterpipe. Ce n’est

qu’au moment d’enclencher qu’il s’est rendu

compte de l’ombre fantastique qui confère

à cette photo un charme particulier.

17


NILS OHLENDORF/RED BULL ILLUME

L’homme qui tombe à pic

Ce paysage enchanté de l’Utah, aussi appelé

« Fruit bowl », est bien connu des amateurs

de sensations fortes. Une fois par an, des

basejumpeurs et highlineurs s’y retrouvent

pour une fête follement aérienne. Le photographe

allemand Nils Ohlendorf a immortalisé

l’un des initiateurs de cet événement,

Andy « Sketchy » Lewis.

Tous les gagnants dès le 20 novembre sur

redbullillume.com

19


conversion : « J’ai rencontré

une fille qui avait acheté une

camionnette qu’elle venait de

transformer en maison pour

passer tout l’été à faire de

l’escalade. Elle m’a bluffée.

J’ai alors acheté une camionnette

d’occasion pour environ

9 000 €, dans laquelle je peux

m’allonger et tenir debout. Je

l’ai moi-même aménagée en

cinq mois avec mon ex-petit

ami, et à l’aide de tutoriels sur

YouTube. » Lindsay livre ici

cinq dispositions logistiques et

spirituelles à adopter avant

d’embrasser la van life… pour

quelques mois, ou pour la vie !

onechicktravels.com

Prenez bien soin de la

ventilation et de l’isolation

« La rouille et la moisissure

sont les ennemis jurés de la

camionnette. Veillez à concevoir

et à réaliser soigneusement

l’étanchéité de votre véhicule

et sa ventilation. »

VIVRE DANS UN VAN

La liberté tient

sur quatre roues

Se barrer, s’évader et vivre dans un van. La grimpeuse

et blogueuse américaine Kaya Lindsay livre ses astuces

pour mener une vie d’aventure au gré du vent.

Êtes-vous prêt(e) à quitter votre

logement, à léguer vos biens

à une association caritative et

à entamer une vie itinérante ?

C’est ce que l’on appelle la van

life, une dynamique où l’idée

est de se libérer des contraintes

quotidiennes en transformant

un véhicule en foyer mobile.

Et ainsi rouler en quête d’aventures,

hors du système.

Ce mode de vie, la grimpeuse

et blogueuse Kaya Lindsay l’a

adopté depuis trois ans en quittant

son appartement californien

et en devenant free-lance

pour se lancer à bord de son

fourgon Mercedes- Benz Dodge

Sprinter de 2006. Sa chaîne

YouTube fournit non seulement

des conseils pour l’aménagement

de sa fourgonnette — sa

vidéo sur le sujet compte plus

de 1,6 million de vues — mais

aussi les récits d’autres femmes

converties à ce mode vie. Lindsay

se souvient de sa propre

Lisez Marie Kondo,

La magie du rangement

« Soyez radical pour ce que

vous voulez emporter avec

vous. De ma vie d’avant, je n’ai

gardé que trois tiroirs de linge

et d’accessoires de toilette. »

Soyez flexible et tourné

vers la recherche de

solutions

« Vous devez être capable de

gérer toutes les difficultés.

Être endurant et apte à faire

face aux imprévus est une

qualité primordiale quand on

vit dans une camionnette. »

Respectez l’espace qui

vous entoure

« Je vois des gens jeter du marc

de café sur les parkings, ou

cracher leur dentifrice sur le

sol. Faites ce genre de chose

dans des lieux appropriés. »

Ce que vous aimez faire

doit devenir le fil rouge

de vos pérégrinations

« La vie dans un van est

souvent empreinte de romantisme.

Mais pour être heureux

en route, il faut une motivation

assez forte pour ne pas

s’arrêter. »

LOU BOYD

20 THE RED BULLETIN


COPYRIGHT © 2019 MNA, INC. ALL RIGHTS RESERVED.

N’ATTENDEZ PAS QUE L’AVENTURE VIENNE À VOUS.

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Piloté par l’Homme,

le Prosthesis peut se

déplacer à 30 km/h.

EXTENSION CORPORELLE FURRION

L’athlète de demain ?

Le tout premier exosquelette de course sera piloté par l’Homme.

Ce monstre quadrupède de

3,5 tonnes et 4 mètres de haut

pourrait s’apparenter à un

horrible robot tout droit sorti

d’un film bourrin de Michael

Bay (Pearl Harbor). Mais le

Pros thesis, créature de la

société d’électronique de luxe

Furrion, est un exosquelette

bionique entièrement piloté par

l’Homme qui voit ainsi sa force

et sa vitesse décuplées.

« C’est un anti- robot, dit

son créateur, Jonathan Tippett,

directeur technique de Furrion.

Il convient d’y voir un uniforme,

une extension du corps du

pilote qui impulse tous les mouvements

de la bête. » La passion

de Tippett pour les sports d’action

a inspiré cette machine

innovante, ou mecha. « En

grandissant, la pratique du

VTT, du snowboard, des arts

martiaux et de la moto a été

une grande source de joie,

confie-t-il. À l’instar de ces

sports, la conduite du mecha

fait la part belle à la maîtrise

physique et à l’habileté. Ici,

il s’agit de contrôler un mastodonte

de 200 chevaux. »

L’entreprise planche déjà

sur la prochaine génération de

mecha et espère lancer sa

propre X1-Mech Racing League

pour une nouvelle dimension

dans le sport, avec des courses

d’athlètes qui s’affronteront

dans leurs exosquelettes.

« Manier un mecha reste accessible

à toute personne en bonne

santé, affirme Tippett. La puissance

et la force requises sont

fonction de la vitesse et de la

force ciblées. Si vous maîtrisez

les pistes bleues en ski et le ollie

en skate, la bête se soumettra à

votre volonté en peu de temps. »

furrion.com

SAM CARTER, JONATHAN TIPPETT LOU BOYD

22 THE RED BULLETIN


Naturellement

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UN DJ DANS L’ESPACE

Carrément cosmix

Cet été, à 400 km au-dessus de la Terre, la Station spatiale

internationale a offert aux fêtards terriens un DJ set historique.

Ce soir, on se met sur orbite ! Luca Parmitano fait tanguer le

bateau à Ibiza depuis la Station spatiale internationale.

Quand un DJ set est qualifié

d’extraterrestre, cela tient

généralement à sa sélection de

morceaux ou au talent de celui

ou celle derrière les platines. Ce

qualificatif a pris tout son sens

en août dernier, lorsque l’astronaute

italien Luca Parmitano

est devenu le premier DJ à se

produire en direct de l’espace.

Âgé de 43 ans, notre homme

a travaillé avec le célèbre DJ

allemand Le Shuuk pour réaliser

ce set historique en utilisant

un logiciel spécialisé chargé

sur une tablette de la Station

spatiale internationale. Le jour

J, Parmitano fut projeté en

direct sur écran géant devant

3 000 clubbeurs à bord d’un

bateau amarré dans les îles

Baléares. « Bienvenue à bord

du module Columbus, le laboratoire

européen de la Station

spatiale internationale, lancet-il

en guise d’intro à son set,

la plus étonnante des coopérations

entre les agences spatiales

du monde. »

Cet événement pionnier est

le fruit de la collaboration entre

l’Agence spatiale européenne

et un promoteur allemand,

BigCityBeats, dont le festival

de musique électronique sur

les flots – le World Club Dome

Cruise Edition – a diffusé le

set de Parmitano pour les chanceux

fêtards flottants basés

à Ibiza. « J’avais les larmes aux

yeux en voyant Luca hisser le

drapeau de notre World Club

Dome à bord de la Station spatiale,

a déclaré Bernd Breiter,

le PDG de BigCityBeats, après

la prestation. Les mots me

manquent pour décrire ce que

j’ai ressenti au moment où la

musique a retenti en direct

depuis l’espace. Je rêvais

depuis de nombreuses années

de créer le premier club dans

les étoiles et plus largement de

tisser un lien entre science et

musique. J’espère sincèrement

que les générations à venir

s’en inspireront. »

bigcitybeats.tv

BIG CITY BEATS LOU BOYD

24 THE RED BULLETIN


SON PRO

ÉCOUTEURS SANS FIL JBL

JBL.COM


SAMPA THE GREAT

Le son de la

diasporap

Née en Zambie et installée en Australie, l’étoile

montante du rap politique explique comment un

retour aux sources peut façonner votre avenir.

Comment avez-vous surmonté vos

doutes ?

En échangeant avec les autres. Le sentiment

de vivre les choses seul rend vulnérable.

J’essaie toujours de parler de la

vie avec les gens que je croise, cela aide

à prendre conscience des peurs et

angoisses que nous avons en commun.

Comprendre que nous sommes tous

confrontés aux mêmes difficultés aide

à dédramatiser son cas personnel et

incite à chercher les réponses dans

l’acquisition du savoir.

En mars de l’année dernière, Sampa

Tembo, alias Sampa The Great,

remportait avec Birds And The BEE9 le

Australian Music Prize. Cette distinction

prestigieuse pour tout musicien australien

récompense l’excellence créative

et non les ventes d’albums. Pourtant,

Tembo n’est pas d’origine australienne,

mais zambienne. Elle a quitté son pays

natal en 2014 pour étudier la production

audio. Dès sa première parution,

The Great Mixtape sortie en 2015, la

rappeuse suscite la curiosité des

magazines de rap australiens, qui la

consacrent comme l’une des leurs.

L’idée du retour au pays est le fil

conducteur des 19 titres de The Return,

son premier album officiel sorti chez le

label britannique Ninja Tune. La jeune

femme de 26 ans nous explique pourquoi

elle a réalisé la vidéo du single

Final Form en Zambie, et comment elle

a surmonté son manque de confiance.

THE RED BULLETIN : Pourquoi avoir

tourné la vidéo de Final Form en

Zambie en y incluant vos amis et

vos parents ?

SAMPA THE GREAT : Je vis en Australie

où j’ai lancé ma carrière d’artiste sans

jamais me produire dans mon pays où

aucune radio ne diffusait mes morceaux.

Ma carrière en Australie a décollé

subitement. Passages radio et concerts

se sont enchaînés, et je suis même

reconnue comme Australienne. Les

Zambiens s’étonnaient alors de ne pas

me voir me produire au pays, j’ai donc

décidé de faire quelque chose pour me

reconnecter avec eux.

Comment avez-vous vécu ce retour ?

La boucle était bouclée, je retrouvais ma

terre natale en tant qu’artiste. Cela ne

me gêne pas qu’on dise de moi que je

suis basée en Australie, c’est en partie

vrai. Au pays, mes amis me rappellent

qu’ils savent d’où je viens, et je réponds

n’avoir aucun contrôle en la matière.

Pour moi, l’important était de raconter

l’histoire qui m’a façonnée et ne pas

laisser d’autres le faire à ma place.

Que signifie ce retour au pays pour

vous ? Vous y sentez-vous plus enracinée

artistiquement désormais ?

En Zambie, l’éducation ne tolère pas

les prétentieux. Quand ma carrière a

décollé, mes parents m’ont vite recadrée.

Le retour aux sources consolide la

progression. Ça vous rappelle d’où vous

venez, et permet de remettre les choses

en perspective, de se retourner pour voir

le chemin parcouru. C’est important.

En quoi avez-vous progressé ces

dernières années ?

J’ai plus d’assurance. Je fais ce pour

quoi je suis née. Au début, j’étais rongée

par le doute, car dans ma famille personne

avant moi ne faisait de la musique

en professionnel. Le fait d’y être parvenue

et d’en tirer du plaisir renforce ma

confiance en moi. Progressivement,

l’assurance et le respect de soi se sont

aussi accrus tout comme la volonté

d’apprendre et de travailler sur mes

faiblesses, afin d’éviter de tomber dans

le piège de la suffisance.

Vous avez dit un jour qu’un bon étudiant

s’efforce de maîtriser ce en

quoi il est doué, mais aussi ce qui lui

fait défaut. Qu’avez-vous tenté de

maîtriser en préparant The Return ?

Tant de choses. Pour résumer, je dirais

que j’ai tenté de mettre les choses en

perspective. Avec The Return, l’idée

d’un impossible retour au pays, quelle

qu’en soit la raison, me consumait

jusqu’à ce que je rencontre des gens

sans aucun espoir de retour, contraints

de se créer une nouvelle patrie. Cela m’a

poussée à prendre du recul et à constater

que mon petit malaise et l’exil que je

ressentais pesaient peu comparés aux

leurs. J’ai compris que j’étais privilégiée,

contrairement à ce que j’imaginais.

Qu’a produit en vous cette prise de

conscience ?

Je me suis demandé ce que j’allais faire

de ce privilège. S’il m’est donné de rentrer

chez moi, je partagerais tout ce que

je sais. Si l’occasion se présentait, je

transmettrais aux Zambiens qui n’ont

pas la chance de retourner chez eux ce

qu’est notre patrie et notre culture.

C’est ce sentiment de posséder un

savoir dont l’autre est dépourvu

et dont il pourrait bénéficier. Cette

transmission devient un devoir pour

la diaspora.

The Return, premier album de Sampa

The Great, est disponible sur Ninja

Tune ; sampathegreat.com

BARUN CHATTERJEE

26 THE RED BULLETIN


« Pour moi,

l’important était de

raconter l’histoire

qui m’a façonnée. »


PLAYLIST

Quand

le Belge

arrive

Nos voisins pèsent dans le hiphop

: le DJ et producteur belge

Todiefor raconte des titres qui

ont marqué son existence.

Pour Todiefor, tout commence

quand les serveurs du jeu en

ligne World of Warcraft doivent

passer en maintenance durant

toute une nuit. Ce soir-là, pour

passer le temps, le jeune geek

télécharge le logiciel Fruity

Loops et se prend de passion

pour la production musicale.

Il arrête l’école, passe ses

soirées à composer sur son

ordi, puis rencontre un certain

Roméo Elvis qu’il invite à poser

sur un de ses instrus. La suite ?

Plusieurs collaborations,

l’explosion du rap belge et de

ses artistes et un single, Signals,

qui s’est exporté bien au-delà

des frontières du plat pays.

Entre deux sessions studio, le

producteur belge revient avec

nous sur les morceaux décisifs

qui ont tout changé pour lui.

t.A.T.u

All The Things She Said (2002)

C’est le tout premier CD que j’ai

reçu, quand j’avais 7 ou 8 ans. On

m’avait offert une petite chaîne

hifi pour Noël accompagnée de ce

disque. Le truc, c’est qu’il n’y avait

que deux morceaux dessus, la

version en anglais et celle en

russe, et comme je n’avais rien

d’autre à écouter pendant plusieurs

semaines, je l’ai saigné à

fond, au point de connaître par

cœur les paroles, en anglais ET

en russe ! Merci Papa Maman !

Rammstein

Feuer Frei! (2002)

Avec mon frère, on passait notre

temps à télécharger des sons sur

eMule ou Shareaza. Une fois, il est

revenu à la maison en me disant :

« J’ai trouvé un méga truc, faut que

t’écoutes ! » Il avait téléchargé le

nouvel album de Rammstein. On l’a

écouté en boucle et ce morceau m’a

particulièrement marqué, avec son

mélange d’électro et de metal super

énervé. C’est clairement à partir de

là que j’ai commencé à apprécier les

sonorités électroniques.

The Subs & Party Harders

Pope of Dope (2010)

Ado, je n’étais pas un sorteur (sic),

plutôt un petit geek qui faisait des

sites Internet et qui jouait à World

of Warcraft, mais mes potes m’ont

traîné au Fuse, un club mythique de

Bruxelles. À l’époque, on commençait

à entendre ce mélange de rap/

slam en français qui racontait des

trucs horribles sur un beat electro

super dur. J’ai mis un an à percuter

que c’était belge ! Tous les DJ

jouaient ce titre, ça passait à la

radio et c’est devenu disque d’or.

Roméo Elvis & Caballero

Bruxelles Arrive (2016)

Alors que j’habitais encore chez

mes parents, à Anderlecht, et que

je bossais jour et nuit dans ma

chambre d’ado sur des sons, j’ai

rencontré mon manager, qui gère

aussi des artistes comme Damso,

Roméo Elvis, Caballero… Il a cru en

moi et m’a accueilli dans son écurie.

Quand Bruxelles Arrive est sorti,

c’est devenu un hit, on l’a entendu

partout en Belgique, en France

et ça a profité à tout le monde. On

nous prenait enfin au sérieux.

MARIE-VALENTINE GUILLARD ANTOINE CARBONNAUX

28 THE RED BULLETIN


SOCIAL ET

PERFORMANCE

Gardien d’immeuble, écrivain,

militant associatif, fondateur d’une

maison d’édition, organisateur du

tournoi de basket le plus ambitieux

de France… BAKARY SAKHO est

sans aucun doute le type le plus

hyperactif du XIX e arrondissement.

Texte SMAËL BOUAICI

Photos FELIPE BARBOSA

APOLLINE CORNUET

30 THE RED BULLETIN


Bakary Sakho, l’homme

multiple, motivé par une

réussite… sur le terrain.

Ci-contre : si ces joueuses

peuvent s’exprimer sur le

playground de Stalingrad,

c’est parce que Bakary et

son crew l’ont sauvé de

l’abandon.

« À QUEL MOMENT

VA-T-ON AVOIR UN

VRAI DISCOURS ? »


uand les autres

laissent leur vie se dérouler en pilotage

automatique, lui n’a qu’une philosophie ;

prendre le volant et se donner les moyens

d’atteindre ses objectifs. Français, Noir,

musulman, vivant dans un quartier populaire

? Bakary Sakho est surtout un mec

qui bosse et qui ne jure que par la « performance

sociale ». Sa première perf ? Elle

date de 1996 : pour aider sa mère qui luttait

afin d’obtenir un logement décent,

après vingt ans passés dans un troispièces

de 45 m² humide, « avec le plâtre

qui se barrait », dans lequel se blottit sa

famille de neuf personnes. Il a alors

quinze ans, et il est stagiaire pour l’association

Droit au logement (DAL), pour laquelle

il organise des rassemblements devant

les portes des bailleurs sociaux. « Ma

mère était la première à se mobiliser dans

le quartier, pour elle et pour des familles

qui vivaient dans des conditions pires que

la nôtre. Ça n’était pas une démarche politique.

J’ai fait ça par amour pour ma

mère, pour tout ce qu’elle avait fait pour

moi », raconte-t-il assis au bureau de son

QG cosy du 159 rue de Flandres, véritable

petit temple dédié au basket.

Il faudra quelques années pour reloger

les familles, mais la machine à do-it-yourself

est lancée. Elle montera en régime

après un drame, la mort d’un copain de

lycée d’une crise cardiaque. Une véritable

prise de conscience pour lui et son groupe

d’amis réunis sous l’alias BGA, pour Black

Guerrilla Army, en référence au film Les

Princes de la ville de Taylor Hackford.

« IL FAUT

FAIRE EN

SORTE DE NE

PLUS ÊTRE

EXCLUS DES

CERCLES DE

DÉCISION. »

« Après cette mort soudaine, j’ai réalisé

qu’il fallait que je laisse une trace. J’ai

décidé de moins traîner dans la rue et de

donner un sens à ma vie avec tous ceux

autour de moi. On a décidé de positiver

ce qu’on faisait et BGA est devenu Braves

Garçons d’Afrique. » Il se met à travailler

sur la question de l’identité, et avec Christiane

Taubira sur la loi sur la reconnaissance

de la traite négrière. Déjà, il a dans

l’idée de sortir de la Françafrique et de

rééquilibrer les relations entre l’Hexagone

et le continent noir : « D’un côté, on envoie

des fusées dans l’espace, de l’autre, il n’y a

pas d’eau potable. » Pendant cinq ans, il

organise des conférences et débats avec

des personnalités comme Lilian Thuram

ou Olivier Laouchez. « L’idée, c’était de

dire qu’on est fiers d’être Français, mais

qu’on a aussi cette double culture, qui est

racisée : quand on va quelque part, on est

vus comme Noirs. On était dans l’air du

temps, avec le débat sur l’identité nationale

lancé par Sarkozy. »

Un déclencheur

Jusque-là, Bakary Sakho semblait parti

pour une carrière assurée dans le milieu

associatif. Mais sa conscience est bousculée

en 2005, avec la mort de Zyed et

Bouna, deux jeunes qui fuyaient la police

à Clichy-sous-Bois, déclenchant trois

semaines d’émeutes dans les cités françaises.

« Pour moi, cet événement a été le

tournant dans le milieu associatif. En tant

qu’acteur principal, j’ai été choqué de voir

que la réponse politique n’a pas été à la

hauteur. Il n’y avait pas de leader, on ne

parlait pas d’une même voix ! Nous vivons

l’injustice de manière claire mais à quel

moment va-t-on avoir un vrai discours ? »

C’est lors de son séjour aux États-Unis,

quelques mois plus tard, qu’il prend

conscience des carences dans la « com »

des quartiers populaires. Invité par l’ambassade

américaine dans le cadre du

programme des jeunes leaders internationaux,

il se rend compte « qu’à part avoir

fait du tort à l’intérieur des cités, on

n’avait pas porté de message à l’extérieur

». Pendant trois semaines, il rencontre

des maires, députés, sénateurs et

apprend « le lobbying, la force de la communauté,

l’indépendance financière ».

« Ce que j’ai aimé, c’est que les Américains

n’attendent rien des politiques. Ils

se prennent en main pour initier des levées

de fonds, comme ce médecin qui a

lancé Youthville à Detroit, grâce à son

association avec un cadre de Kellogg’s.

Ils ont levé 24 millions de dollars pour un

bâtiment immense avec terrain de sport,

piscine, studio, salles de cours, centre de

réinsertion… » Il en revient conforté dans

l’idée que si quelque chose doit bouger

dans les quartiers, il faut que ça vienne

de l’intérieur. Il se met alors à arroser sa

communauté de cette philosophie. Il récupère

une salle dans un centre sportif du

quartier, où sont dispensés des cours de

CrossFit ou de basket, organise une dizaine

d’événements par an, entre concerts,

conférences, projections de films… « Aujourd’hui,

on a un staff de 80 personnes,

de 12 à 45 ans, explique-t-il. On partage la

valeur du travail et de la discipline. Et on

n’attend pas les autres pour faire. Si, pour

un événement, on n’a que 4 000 euros sur

les 10 000 nécessaires, on ne va pas aller

pleurnicher aux portes. On fait avec. On

n’a rien mais l’idée est bonne et elle est

réalisable quand même ? On le fait. C’est

ce qui s’est passé pour notre dernière bloc

Les proches de Bakary : en bleu, Mody Niakaté,

chef de projet digital. À droite, Sali Sylla,

présidente de l’association Oasis Sportive.

En jeans, Paul Odonnat, co-fondateur des

All Parisian Games et de Faces Cachées Éditions.

À vélo, Elias Konaté, animateur réseau.

32 THE RED BULLETIN


THE RED BULLETIN 33


« TU NE SAIS

PAS ÉCRIRE

MAIS TU AS

UNE BELLE

HISTOIRE À

RACONTER ?

VIENS ! »


L’ÉCOSYSTÈME DE

LA BALLE ORANGE

Quand il n’est pas en train de

monter des projets dans tous

les sens, Bakary Sakho se vide

la tête avec le basket. Mais là

encore, il a trouvé le moyen

de faire progresser tout l’écosystème

de la balle orange,

avec l’organisation des All

Parisian Games, un tournoi

calqué sur le All-American

aux USA, qui rassemble les

meilleurs joueurs de lycée du

pays. Chaque année depuis

2013, 600 joueurs et joueuses

de moins de 20 ans d’Île-de-

France participent aux sélections,

d’où sortent les 48 meilleurs

(24 garçons, 24 filles),

qui représentent la rive droite

et la rive gauche. « On ne voulait

pas créer un simple tournoi,

mais un événement qui

allait donner de la force à la

culture basket à Paris. » L’initiative

cartonne, soutenue par

des joueurs NBA de passage

dans la capitale, dont Lebron

James en 2018.

Bakary et son compère

Paul sont aussi à l’origine du

sauvetage du playground historique

de Stalingrad, sous le

métro aérien. Devenu impraticable,

il devait disparaître.

« On s’est positionnés en

disant que ce terrain était un

héritage du quartier, et qu’il

fallait le garder. On a obtenu

un budget de la mairie pour

proposer un nouveau projet

dans cet espace, qui lierait

sport et cultures urbaines. »

Le terrain flambant neuf a

été inauguré le 21 septembre

dernier, et depuis, il accueille

sans discontinuer bloc parties

hip-hop et matches à haute

intensité.

« MOI-MÊME,

J’AI DU MAL À

COMPRENDRE

MON PROPRE

CHEMIN. »

party. On n’avait pas un rond, un copain

a ramené des platines, l’autre la sono,

et on a organisé un open mic. »

Écrire son histoire

Lassé par trente années de politique de

la ville sans résultats, Bakary, qui trouve

vaines les manifestations, a compris que

pour être efficace, il fallait viser haut :

« Il faut faire en sorte de ne plus être exclus

des cercles de décision. Et ne pas se

contenter des conseils de quartier, où

l’une s’occupe des merdes de chien et

l’autre se plaint des loyers qui explosent.

Il faut être présent là où l’argent est distribué.

» C’est dans cet esprit qu’il a monté

sa maison d’édition, Faces cachées, inaugurée

par son propre livre, Je suis, en

2015, un plaidoyer pour l’énorme potentiel

des quartiers populaires, qui fut parfois

le premier livre lu hors programmes

scolaires par des lycéens. Évidemment,

pas question pour lui d’aller démarcher

les grandes maisons parisiennes. « Le projet

ne commence pas par l’envie de sortir

un livre mais par celle de créer une maison

d’édition. On a regardé comment ça

fonctionnait et on s’est lancés. » Une idée

cohérente avec sa démarche de faire

s’exprimer les habitants des cités. « Il y a

beaucoup de belles histoires à raconter.

Au lieu de se plaindre sur le mode : “On

ne parle pas de nous dans les livres”, écrivons

les nôtres ! C’est important de faire

connaître nos histoires, à l’extérieur, mais

déjà pour nous ! »

Depuis quatre ans, Faces cachées a

édité quatre livres et vient de signer avec

un distributeur pour se concentrer sur

l’édition. La porte est ouverte à tous les

talents : « Tu ne sais pas écrire mais tu as

une belle histoire à raconter ? Viens ! Tu

sais écrire mais tu avais peur de le faire ?

Viens ! Tu ne sais pas écrire et tu n’as pas

d’histoires à raconter ? Bon ben salut. Le

social oui, mais la performance avant

tout. » Performant, Bakary Sakho l’a été

en 2017, lorsque le XIX e arrondissement

a été secoué par une querelle entre

bandes rivales qui causa un mort. Il

monte au créneau et met les parents, qui

« ne prennent plus leurs responsabilités »,

les associations « qui ne font pas leur

travail » et « les milieux politiques qui

laissent faire tant que ça n’éclabousse pas

les autres quartiers » devant leurs responsabilités.

Il va même mettre la pression à

l’imam de la mosquée du coin pour qu’il

participe au retour à la paix. « J’ai allumé

tout le monde politiquement ! Pour la

première fois, après mes vidéos sur Facebook,

on avait un car de CRS dans la cité.

J’ai dit qu’on serait tous les dimanches sur

le parvis de la gare Rosa-Parks tant que

ça ne s’arrêterait pas. Quand on a lancé

l’appel, les mamans sont sorties et tout

s’est calmé tout de suite », raconte celui

qui est devenu aujourd’hui bien plus

qu’un gardien d’immeuble.

La performance sociale

Il quittera d’ailleurs sa loge en 2020,

pour se lancer dans une nouvelle aventure

avec son collègue Paul, avec qui il

monte tous ses projets. Leur association,

Le 99, va devenir une agence, qui exploitera

le concept de performance sociale

et surtout le stakhanovisme de ses fondateurs.

« Aujourd’hui, je donne 35 heures

par semaine à l’association, en plus de

mes 35 heures de travail. L’an prochain,

je donnerai 70 heures par semaine à

l’agence ! On a bien travaillé, on a un modèle

économique. Gardien d’immeuble,

c’était un choix, je n’ai jamais voulu vivre

de la politique ou du milieu associatif. Je

n’ai pas gagné un euro, mais ça m’a ouvert

un réseau incroyable et offert des

compétences. Je donne des cours à la fac

de Lyon, l’année prochaine à HEC, je suis

parfois payé pour animer des colloques,

qui l’eût cru ? »

Si tout se passe comme il le veut,

Bakary se voit bien, d’ici une dizaine

d’années, faire la navette entre France et

Afrique, pour travailler à une forme de

réconciliation identitaire, « une nouvelle

Françafrique » : « Un truc intelligent, où

tout le monde s’y retrouve, pour éviter

que les gens ne tombent dans cette schizophrénie.

» Histoire de boucler une

boucle qui s’étire dans tous les sens sans

jamais casser depuis plus de vingt ans :

« La dernière fois, j’étais à un colloque à

Arras avec des intellectuels, des docteurs

en sociologie… J’étais non seulement

intervenant mais aussi l’un des grands

témoins. Et sur mon badge, il y avait

écrit : “Bakary Sakho, gardien d’immeuble

et écrivain.” J’ai posté la photo sur les réseaux

en rigolant : “Même moi, j’ai du mal

à comprendre mon propre chemin !” »

Instagram : @allparisiangames

THE RED BULLETIN 35


Sunni

le

sage

C’est un enfant prodige qui passait ses nuits par terre

dans un bureau. Mais désormais SUNNI BRUMMITT est

devenu un expert de la danse hip-hop, célèbre dans le

monde entier. Le B-Boy de 24 ans nous raconte comment

il remporte ses battles de manière créative et surmonte

les stéréotypes agressifs sur sa discipline. Il s’exprime

également sur le potentiel olympique du break.


Texte RACHAEL SIGEE

Photos DAVID CLERIHEW

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Sunni Brummitt connaît la réalité du breakdance

et lorsqu’il dit : « Il y a des hauts et

des bas, comme dans n’importe quel

boulot », il le pense vraiment. Assis

sur un siège grinçant du studio de

danse Centre Stage dans le quartier

de Maryland, dans l’est londonien,

il souligne que notre interview a lieu

« dans le beau bureau ». Alors que

celui d’à côté, avec le sol en béton,

fut son refuge pendant un an, il y

passait ses nuits : « Je me réveillais

en toussant tous les matins. »

Deux ans plus tôt, Sunni, enfant

prodige du breakdance, était invité à

toutes les compétitions importantes

aux quatre coins de la planète. Il

gagnait assez d’argent pour se décider

à s’installer seul à Londres.

C’était avant la crise, quand le

groupe de street-dance Diversity

remporta Britain’s Got Talent (dont

La France a un incroyable talent est

l’adaptation française) et que les

danseurs étaient très demandés.

Puis la bulle a éclaté. « J’ai traversé

plusieurs années où il a fallu

que je me décide entre être fauché et

m’entraîner ou bien ne pas être fauché

et ne pas m’entraîner, expliquet-il.

Il n’y avait pas de juste milieu,

pas pour le type de danse que je voulais

pratiquer. Je pouvais enseigner,

mais je voulais faire de la compétition.

Je voulais être sur scène. »

Sunni, 24 ans, est de retour à

Londres pour une visite en coup de

vent seulement. Il est arrivé ce matin

des Pays-Bas, où il vit en ce moment,

et repart demain pour une semaine

en Hollande, en Autriche et en Slovaquie.

Plus besoin de dormir sur des

sols en béton, Sunni est aujourd’hui

un B-boy à succès de renommée

internationale, dont les victoires

incluent celles de Notorious IBE,

Unbreakable et les championnats

britanniques de hip-hop deux années

de suite. Il est également le premier

membre des Red Bull BC One All Star

originaire de Grande-Bretagne.

Difficile de croire que Sunni –

léger, plein d’énergie, et, lorsque

nous nous rencontrons, en train de se

délecter de Haribo – a déjà presque

dix ans d’expérience à son compte.

Il fut catapulté au sommet de la

gloire en se qualifiant pour les finales

du championnat du monde de breakdance

en Angleterre en 2011, à l’âge

de quinze ans. Simplement heureux

d’être là et de vivre cette expérience,

il finit même par battre la superstar

sud-coréenne Hong 10 en quart de

finale. Rétrospectivement, il compare

cet événement à la sensation « Cori

Gauff », cette ado qui a battu Venus

Williams à Wimbledon cette année.

« C’était la même situation. Cela

reste probablement l’un des battles

les plus célèbres auxquels j’ai participé.

Dans la scène du break, c’est

devenu viral. C’était un bouleversement

de dingue, parce que personne

n’avait représenté l’Angleterre depuis

sept ou huit ans, et voilà que j’arrive

et que je bats un gars qui était donné

comme favori de la compétition. Et

en plus, je le fais tout au début. À

vrai dire, c’était presque triste, parce

que c’était mon idole, l’idole de tout

le monde. Tout Londres pleurait et

moi j’étais sur scène genre “Nooooon,

désolé, bro...” J’étais complètement

dépassé. »

Cela faisait beaucoup à digérer

pour l’ado qu’il était, et lorsqu’on lui

demande comment il s’en est sorti, il

38 THE RED BULLETIN


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« Il a fallu que je

me décide entre

être fauché et

m’entraîner ou

bien ne pas être

fauché et ne pas

m’entraîner. »

THE RED BULLETIN 39


hausse les épaules : « Je n’y suis pas

vraiment arrivé. » L’industrie du

breakdance n’était pas faite pour

quelqu’un d’aussi jeune, et Sunni

s’est retrouvé sous pression, à dormir

dans des chambres d’hôtel anonymes

dans des pays qu’il n’avait pas le

temps de visiter ; pendant ce temps,

ses copains vivaient une vie d’ado, à

organiser des fêtes et tenter d’entrer

en boîte de nuit. Il a fini par arrêter

complètement la danse pendant un

an afin de se débarrasser des « trucs

idiots de l’adolescence ».

« Je ne me mets pas

souvent en colère

– je suis tout le

temps en train de

sourire ou de me

marrer. »

Mais la scène finit par le rattraper,

et Sunni rempile,

avec l’appui de sa famille.

« Ma mère me soutient à

fond », dit-il en attrapant son téléphone

pour montrer des photos où ils

sont ensemble. « C’est une vrai hippie.

Lorsqu’elle était jeune, elle a pris

une année sabbatique, puis s’est finalement

retrouvée dans un cirque pendant

huit ans, et elle est revenue avec

un gamin : moi. C’est ça, ma mère.

Du délire. »

Né en Malaisie, Sunni a quatre ans

lorsque sa mère revient en Angleterre.

Après s’être lassé du foot et de

l’escalade, il passe son temps libre à

acquérir des aptitudes différentes et

plus inhabituelles, grâce à sa mère et

son expérience du cirque. Sunni

prend son premier cours de breakdance

à l’âge de neuf ans.

« Je faisais tout le temps des acrobaties

avec ma mère, dit le danseur.

Dès que j’étais libre, je la retrouvais

au cirque et passais du temps avec

ses amis – c’était normal. Rétrospectivement,

c’était dingue, mais je n’y

pensais jamais à l’époque. Je faisais

de gros progrès en breakdance. Je

savais déjà comment me servir de

mon poids, parce que cela faisait cinq

ans que je faisais des figures sur les

mains. » Ayant dansé dans presque

tous les contextes imaginables, dont

deux ans dans la boîte de nuit londonienne

haut de gamme Cirque le

Soir, ce sont les battles qui font vraiment

vibrer Sunni. Alors que certains

danseurs sont célèbres pour leurs

prestations expressives ou pour leur

puissance, ce sont ses head spins vertigineux

et sa créativité (il ne se sert

d’aucun mouvement de base) qui

démarquent Sunni. Ce type actionne

son corps avec une aisance

incroyable.

« Je suis très mince et très léger.

Lorsque je touche le sol, je rebondis.

Grâce à mon poids, je vole. Mais je

n’aime pas la muscu. Je déteste ça !

J’ai participé une fois à un camp

d’entraînement physique, et il y avait

deux danseurs du Japon et du Maroc

super musclés. Nous tournions

autour des instruments et l’un des

gars m’a demandé : “Combien de

répétitions arrives-tu à faire sur cette

machine ?” Je ne savais pas quoi lui

répondre. “Mec, je ne sais même pas

à quoi sert ce truc !” »

Pour Sunni, il s’agit de bien plus

que de se pointer et de faire les

moves. « Il y a une différence fondamentale

entre être un bon danseur et

être un bon danseur de compétition,

explique-t-il. Il existe un grand

nombre de tactiques auxquelles personne

ne pense vraiment. Disons

qu’il y a trois tours, et ce gars est

meilleur que toi, mais il débute le

battle. Il fait un round de malade,

mais qui dure une minute et demie,

puis tu t’engages et en fais un de

vingt secondes. Là tu sais que ses

deux ou trois prochains rounds vont

être pauvres parce que tu ne lui as

pas laissé le temps de récupérer. »

Désormais, Sunni se rend dans

deux ou trois pays par semaine pour

participer à des compétitions – en

tant que juge ou participant – et

organise des stages, mais il garde les

battles en tête, et sait qu’il y a un million

de possibilités de remporter un

battle. « Il peut y avoir une personne

qui passe deux minutes entières sur

les mains et dont les pieds ne toucheront

pas une seule fois le sol, et puis

quelqu’un d’autre n’aura pas de force

physique mais sera hypercréatif,

innovateur et charismatique. Impossible

de savoir qui gagnera avant de

voir tout le battle. »

Après avoir vécu sept ans à

Newham, l’un des quartiers les plus

défavorisés de Londres, Sunni ne se

laisse pas impressionner par les faux

durs, et la plupart des stéréotypes

liés au fait d’être un B-Boy le laissent

froid. « Les gens sont très attachés au

cliché de ce à quoi un vrai B-Boy doit

ressembler, et tout le monde semble

vouloir y correspondre, indépendamment

de qui ils étaient avant de

débuter. Un peu mauvais garçon, un

peu irrespectueux – quelqu’un qui se

fiche de tout, qui ne sourit jamais.

Ça me rend dingue. Les gens les plus

sympas, des gens tellement cool,

après un an de breakdance peuvent

se retrouver transformés en gangster

du Bronx. Là, tu te demandes : “Mais

qu’est-ce qui lui arrive à celui-là ?”»

Il y a six mois, Sunni a déménagé

à Hilversum, une ville dans les environs

d’Amsterdam, afin de mener

une vie plus calme. « À Londres, je

me réveillais au son des sirènes de

police et j’allais me coucher au son

des sirènes de police, explique-t-il.

TROUSERS, SANDRO; BELT, DOLCE & GABBANA; SHOES, JOSHUA; JACKET, VINTAGE

40 THE RED BULLETIN


Après avoir vécu dans

un quartier tendu de

Londres, Sunni s’est

installé aux Pays-Bas.

« Ici, plus de sirènes

de police, mais des

champs partout. »


« Nous nous trouvons

à un moment charnière

entre deux époques,

celles du B-Boying en

tant que forme d’art et

en tant que sport pro. »

STYLING: ADELE CANY. STYLING ASSISTANT: MORGAN HALL. GROOMING: SUSANA MOTA

42 THE RED BULLETIN


« Il y a une différence fondamentale

entre être un bon danseur et être

un bon danseur de compétition. »

JACKET, G STAR; T-SHIRT, JEANS & BELT, DOLCE & GABBANA; SHOES, TIMBERLAND

Depuis que j’ai déménagé, je n’ai pas

vu une seule voiture de police. Je vis

au beau milieu des champs. Je sens

aussi que je suis beaucoup plus calme

intérieurement. »

Si Sunni est détendu, le monde du

breakdance est en plein mouvement,

et il en vient à philosopher sur le

positionnement de cette discipline,

en passe d’être intégrée comme sport

olympique à Paris en 2024. « C’est un

moment charnière car nous nous

trouvons entre deux époques. Ces

vingt dernières années, le B-Boying

en compétition était subjectif : trois

juges et à la fin le jury se décide

d’une manière ou d’une autre. Ça,

aux JO, c’est impossible : il faut un

système de points et un décompte.

Tout le monde doit comprendre les

décisions. Il y a aussi ceux de l’ancienne

génération qui disent que l’on

ne peut pas quantifier l’art. Nous

sommes au milieu, entre le breakdance

en tant que forme d’art et en

tant que sport pro. »

Sunni espère que le débat autour

des JO forcera les différentes générations

de B-Boy, parfois divisées, à se

réunir. « Le B-Boying doit être

reconnu, mais nous nous mettons

sans cesse des bâtons dans les roues.

Nous n’avons aucune infrastructure,

pas de comité. Le skate et le break

ont émergé au même moment, mais

les skateurs ont avancé avec un but

commun, tandis que nous n’arrivons

pas à nous mettre d’accord. »

Sunni poursuit : « Certains disent

que nous sommes en train de perdre

l’essence du vrai breakdance et de

notre culture, mais je ne pense pas

qu’elle se perde – je pense qu’elle

progresse. Si vous aimez cette

culture B-Boy de manière authentique,

au lieu d’essayer d’inhiber ce

qu’il y a de nouveau, il vaudrait

mieux travailler à préserver ce qu’il

y a d’ancien aussi. »

Instagram : @sunnifourfizzy

THE RED BULLETIN 43


La Coupe arctique


Un bien immobilier offrant

des prestations rares : une

vue sur les fans et le terrain

de football de Sisimiut.

La saison de foot qui dure une semaine

Texte TOM WARD

Photos BEN READ

45


Le Groenland a pour ambition de se hisser sur la scène

internationale du football, mais avec seulement trois mois

de jeu sans neige par an, le match semble perdu d’avance.

Il y a pourtant des joueurs qui pourraient transformer ce

rêve en réalité : ceux-là se retrouvent dans la ville perdue

de Sisimiut pour le seul tournoi annuel du pays.

Ci-dessus : les joueurs de B-67 et leur rituel d’avant-match. En face : Helga, fervente supportrice des G-44, encourage son équipe favorite, qui vient de Qeqertarsuaq.

46 THE RED BULLETIN


Àquarante kilomètres au-dessus du cercle

arctique se déroule un match de foot de

premier plan. À Sisimiut, sur la côte ouest

du Groenland, sur un terrain aux 3/4 des

dimensions réglementaires, les équipes

B-67 et N-48 s’affrontent pour décrocher

leur sésame en vue de la finale du tournoi

national du pays, le Grønlandsbanken

Final 6, qui a lieu tous les ans depuis

1971, sur la maigre période sans neige

(mi-juin à fin août).

Situé au pied du Nasaasaaq (784

mètres), le terrain en gazon synthétique

est encerclé de maisons de ville traditionnelles

aux couleurs vives, perchées au

petit bonheur sur des affleurements de

roche-mère groenlandaise. Armés de

bruyantes cornes de brume, les supporteurs

suivent le match depuis la falaise

escarpée qui surplombe le terrain. Il y a

des familles avec des chaises pliantes, des

anciens passablement éméchés déclamant

des chants en groenlandais ou en danois,

une caméra de télévision en équilibre

instable. Des chiens de traîneaux enchaînés

à la roche devant les maisons avoisinantes

joignent leurs hurlements aux cris

des supporteurs. À l’ouest, on aperçoit les

eaux du détroit de Davis. Par temps clair,

on peut observer les parties de chasse des

baleines boréales en quête de poissons.

Mais aujourd’hui, toute l’attention est

tournée sur le terrain. Victorieuse à treize

reprises de ce championnat national

d’une semaine, l’équipe de B-67 – originaire

de Nuuk, la capitale – est considérée

comme l’équivalent groenlandais du Real

Madrid (de nombreuses équipes au

Groenland sont désignées par une abréviation

de leur nom complet, qui mentionne

leur année de création : B-67 pour

Boldklubben af 1967). Avec dix victoires,

N-48 (Nagdlunguak 1948), une équipe

Qeqertarsuaq

Qaqortoq

GROENLAND

Sisimiut

Nuuk

Ilulissat

Le Groenland est la plus grande île au

monde. Avec 2 166 km², elle fait la taille

des îles Britanniques, de la France, de

l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie et

de l’Autriche réunies. 80 % du pays est

recouvert par l’inlandsis du Groenland et

son point le plus septentrional se situe

seulement à 740 km du pôle Nord.

THE RED BULLETIN 47


d’Ilulissat, dans l’ouest du pays, est son

principal adversaire. Le match du jour est

donc empreint d’une certaine tension historique.

Si B-67 venait à perdre, ce serait

la première fois depuis 2009 qu’ils n’atteindraient

pas la finale.

Mais pour ce club, qui jouera à plus de

320 km de chez lui, avec un effectif composé

en majorité de joueurs de l’équipe

des moins de 19 ans, le match ne sera

clairement pas du gâteau. Un sondage

local sur Facebook évalue leurs chances

de victoire à tout juste 30 %. S’ils s’inclinent,

outre la petite finale, leur saison

de foot d’une semaine se terminera ici et

ne reprendra que dans 365 jours. Quand

on vit sur le territoire le moins densément

peuplé du monde – recouvert de

glace sur 80 % de sa surface et où la neige

tombe sept mois et demi par an –, les

opportunités de jouer au football sont

rares. Pour B-67, les montagnes aux sommets

enneigés, les baleines en chasse

dans la mer à quelques encablures de là,

les chiens de traîneaux qui hurlent, tout

cela n’existe pas. Rien d’autre n’existe

en dehors du terrain, du ballon et des

90 prochaines minutes.

Quatre jours plus tôt, Jimmy Holm

Jensen, l’entraîneur de B-67, convie The

Red Bulletin à une visite officielle du QG

de fortune de l’équipe à Sisimiut : un club

social pour personnes âgées réquisitionné

pour l’occasion. « Ça sent le vieux »,

blague-t-il. Mais ce sera pourtant bien

dans ces modestes locaux que séjourneront

pour la semaine à venir vingt jeunes

joueurs, accompagnés de Jensen et de

David Janussen, l’entraîneur adjoint.

Des corps endormis jonchent encore

les matelas dans le dortoir improvisé,

tandis que les lève-tôt font une partie

d’Olsen, un jeu de cartes nordique plus

connu chez nous sous le nom du Huit

américain. Il y a du rap en musique de

fond. Le couloir est envahi de baskets et

de chaussures de foot, la cour est parcourue

de fils d’où pendent des maillots en

train de sécher et la cuisine a été transformée

en une usine de préparation de

pâtes à échelle industrielle.

Ailleurs dans la ville – la deuxième

plus grande du Groenland avec ses

5 524 habitants –, d’autres équipes ont

élu domicile tant bien que mal dans des

salles de sport dont l’aspect, si ce n’est

l’ambiance, évoque plus des centres de

secours aux sinistrés, avec leurs matelas

et autres lits de fortune entassés contre

les murs.

« On s’éclate, on essaie de toujours être

à fond », explique Patrick Frederiksen,

25 ans, capitaine de l’équipe. Il navigue

entre les joueurs de cartes et ceux qui

commencent à ouvrir l’œil afin de faire le

point avec chacun d’entre eux. « Il y a toujours

de la musique. Les gens s’amusent

beaucoup, ils chantent et ils dansent. »

Supporteur d’Arsenal, Frederiksen a été

promu capitaine de B-67 en 2018 et ce

tournoi est sa première opportunité de

faire ses preuves. « C’est vraiment important,

c’est comme la Coupe du monde.

Ça nous donne la chance de montrer au

Groenland que notre équipe est la meilleure

et que nous travaillons dur pour

Quand le numéro 3 de B-67

se blesse, son remplaçant

utilise du scotch pour transformer

le numéro en 31

afin de pouvoir jouer.

48 THE RED BULLETIN


« C’est important,

c’est comme la

Coupe du monde. »

Kop rocher : les supporteurs

regardent le match,

perchés sur les hauteurs

de la falaise à Sisimiut.


Les joueurs de B-67 écoutent

du rock groenlandais pour être

gonflés à bloc avant un match.

Leur QG de fortune se trouve

dans les locaux d’un club social

pour personnes âgées.

51


Les joueurs de B-67 doivent s’accommoder des curieux et des gosses à vélo avant leur match.

« La FIFA est

venue ici deux

ou trois fois. »

atteindre nos objectifs. » Au Groenland,

le football n’est populaire que depuis peu.

Avec cet hiver qui dure toute l’année ou

presque, le créneau est restreint pour les

matches en extérieur – pas facile en effet

de jouer sur un terrain recouvert par

un mètre de neige. Les sports en salle,

comme le tennis de table, le badminton

ou le handball, sont des alternatives

populaires, le dernier ex aequo avec le

football en termes d’attrait. Mais c’est le

succès d’un certain voisin nordique qui a

encouragé les footballeurs groenlandais

à voir les choses en grand.

En 2014, l’Islande atteint pour la première

fois les éliminatoires de la Coupe

du monde (avant de perdre face à la

Croatie). Deux ans plus tard, ils se qualifient

pour la première fois pour une

compétition majeure, l’Euro 2016, avant

d’éliminer l’Angleterre 2-1 en huitièmes

de finale, puis d’affronter la France en

quarts (et de perdre sur un score honorable

de 5-2). En 2018, l’Islande devient

le plus petit pays du monde à se qualifier

pour une Coupe du monde (même s’ils ne

parviennent pas à passer le premier tour).

Il est donc possible pour de petites

nations insulaires comme le Groenland,

assiégées par la glace, de concourir au

niveau international.

Mais les rêves de football international

remontent à encore plus loin – au moins

jusqu’en 1999, quand le sélectionneur

de l’équipe nationale de l’époque et

ancien membre de l’équipe d’Allemagne

de l’Ouest, Josef Piontek, déclare avoir

fait une demande afin d’intégrer l’UEFA

(la Fédération danoise de football

conteste toutefois le caractère officiel

de cette demande). L’un des obstacles

à la reconnaissance internationale du

Groenland est son statut de territoire autonome

au sein du royaume du Danemark.

Autre obstacle, l’absence de surfaces de

jeu et de stades conformes aux exigences

de la FIFA.

Mais les choses changent : en 2010,

Sepp Blatter, président de la FIFA,

approuve le premier terrain en gazon artificiel

du Groenland, dans la ville de

Qaqortoq. Nuuk obtient le sien en 2015,

et B-67 partage désormais un terrain

extérieur de taille réglementaire avec

trois équipes locales. Il n’y a pas de

gradins – ici encore, les supporteurs

regardent le match depuis un affleurement

rocheux, et les vestiaires consistent

tout au plus en de simples cabanes de bois

– mais c’est déjà mieux que le terrain en

terre battue sur lequel ils jouaient jusqu’à

présent. Plus tard, en 2016, le stade national

de Nuuk a droit à un gazon artificiel

52 THE RED BULLETIN


Hans Brummerstedt,

ancien joueur de B-67,

avant de quitter la salle de

sport où il aura séjourné

pendant une semaine.


« 95 % de nos

fonds servent aux

déplacements. »


Dans le sens des aiguilles

d’une montre, du haut à gauche :

le mini-trophée de l’homme

du match ; un maillot d’entraînement

d’Ek’aluk-54 avec le logo

du sponsor, une boisson très

populaire au Groenland ;

les poteaux de corner officiels

n’étant pas arrivés, en remplacement,

des chiffons jaunes ont

été fixés à des manches à balai

en métal ; l’entraîneur adjoint

Janussen en mode tactique au

QG de B-67. En face : le terrain

de Sisimiut, planté dans un

décor rocheux typique du coin.

FIFA deux étoiles – le plus haut niveau de

surface synthétique pour les compétitions

de l’UEFA.

Frederiksen est certain que le Groenland

pourrait participer à la Coupe du

monde un jour. « Cela pourrait nous

prendre un certain nombre d’années,

mais je pense qu’on pourrait y arriver.

L’Islande nous a inspirés. » Mais si l’Islande

peut se vanter de nouveaux terrains

couverts chauffés par géothermie qui permettent

aux joueurs de s’entraîner tout

au long de l’année, le Groenland n’est pas

très fourni en conduits de géothermie et

n’a pas le budget pour se payer des terrains

couverts. « C’est difficile de trouver

de l’argent. La FIFA est venue au Groenland

deux ou trois fois et il y a aussi des

entreprises qui nous aident. »

« Il y a un problème avec le financement

», admet Jensen, qui a joué pour

B-67 dans sa jeunesse, avant d’intégrer la

concession automobile familiale, et qui

est devenu le nouvel entraîneur du club

cette année, après le départ de son

prédécesseur aux multiples succès, Tekle

Ghebrelul. « 95 % de nos fonds servent à

nos déplacements, déclare Jensen. C’est

tellement cher de voyager au Groenland.

En ce moment-même, nous avons un

budget limité pour la nourriture. Nous

ne sommes pas payés, c’est simplement

pour la beauté du geste. »

Ce manque de fonds handicape le

football groenlandais sur tous les plans.

Alors qu’il se rendait au tournoi depuis

l’est du Groenland, l’un des joueurs star

de B-67 s’est retrouvé coincé à l’aéroport

car il n’avait pas son billet. N’ayant pas

les moyens de lui en payer un autre – et

en l’absence de routes reliant les villes

isolées – le club n’a pas eu d’autre choix

que de le renvoyer chez lui. Même une

fois réunie, l’équipe s’est retrouvée

coincée à l’aéroport de Kangerlussuaq,

une escale perdue entre Nuuk et Sisimiut.

Après avoir appelé tous ses contacts,

y compris les membres de la Fédération

de football du Groenland, Jensen a finalement

réussi à caser l’équipe sur un bateau.

Et ils sont arrivés six heures plus tard à

Sisimiut – s’il avait été en service, l’avion

les y aurait conduits en trente minutes.

Pour éviter des vols internes à des prix

exorbitants, G-44, une équipe de Qeqertarsuaq

– une ville située sur une île à

l’ouest du Groenland – a dû opter pour

une traversée sur un bateau faisant le tour

du Groenland une fois par semaine, et

c’est au bout d’un éreintant voyage de

22 heures qu’ils ont débarqué à Sisimiut.

Il faut dire que se rendre et participer

au tournoi Grønlandsbanken Final 6 est

une nécessité : il est le plus important –

et le seul – évènement au calendrier de

la saison de football.

Ici, un joueur de B-67 a droit à une mention

spéciale : petit et trapu avec la tête

rasée, toujours couronnée d’un bandeau

Nike, Henning Bajare, 16 ans, a reçu

le surnom de « Fat Mbappé » pour sa

ressemblance avec l’attaquant du Paris

Saint-Germain. « C’est un vrai bulldog,

déclare Jensen, l’entraîneur de l’équipe,

en riant. On l’a mis sur la feuille de match

pour notre première rencontre et il était

THE RED BULLETIN 55


« Le football

groenlandais

est comme une

communauté. »

toujours à l’attaque, et puis il revenait

en demandant : “De l’eau ! De l’eau !”.

Il n’a pas l’habitude de jouer des matches

de cette longueur, donc il était crevé. »

Malgré une saison de football minuscule

et leur relative jeunesse, aucun de

ces joueurs n’est novice en matière de

compétition : l’équipe de B-67 est réputée

pour son niveau en futsal, une variante

de foot à cinq qui a été popularisée en

Amérique du Sud et qui est devenue l’un

des jeux les plus prisés pendant l’hiver

au Groenland. Joué à l’intérieur, le futsal

est plus rythmé et plus dynamique que

le football « outdoor » ; les passes rapides

et habiles des Brésiliens et des Argentins

lui doivent beaucoup.

« Le futsal, ça nous aide parce que

ça nous apprend à faire des passes plus

rapides au lieu de dribbler, déclare Frederiksen.

Beaucoup de jeunes joueurs ne

sont pas assez forts – ils ne peuvent pas

faire de contrôles aériens sans se faire

bousculer par un adversaire – donc on

essaie de garder la balle au sol. »

Plan de jeu terminé, direction le terrain.

Il n’y a pas de bus, c’est donc à pied

que s’y rendent les joueurs de B-67.

Frederiksen porte un radiocassette à

l’épaule, tandis que l’équipe passe devant

l’ancienne église et les maisons de la ville,

devant lesquelles des bois de rennes sont

fièrement exposés – souvenirs de la saison

de chasse de l’année dernière.

La plupart des matches de compétition

de B-67 commencent à 17 heures. En été,

au Groenland, la nuit ne tombe pas avant

23 heures, mais les matches se terminent

dans un étrange semi-crépuscule permanent.

Alors que nous attendons le début du

match, un homme âgé nous aborde avec

ces mots : « Le foot groenlandais est meilleur

que le foot anglais. C’est une petite

communauté : tout le monde se connaît. »

Il évoque ses équipes anglaises préférées,

Liverpool et Manchester United,

avant de nous laisser sur la conviction

que « les joueurs groenlandais pourraient

venir en Europe et gagner des matches ».

Les joueurs de B-67 s’échauffent à

l’extérieur du terrain grillagé pendant

qu’un autre match se déroule, puis ils se

rendent aux vestiaires – deux cages de

foot assemblées surmontées d’une bâche

– au coup de sifflet final et attendent

le coup d’envoi.

« J’aime le foot, mais je le regarde

seulement pendant le tournoi », déclare

un supporteur d’une vingtaine d’années

quand les joueurs entrent sur le terrain.

56 THE RED BULLETIN


« Le football a vraiment la cote en ce

moment au Groenland. Nos équipes

seront peut-être meilleures si on les

encourage plus, et alors il se pourrait

qu’on ait une chance de participer à une

compétition internationale ou quelque

chose de ce genre. » La demi- finale, les

joueurs de B-67 vont vite vouloir l’effacer

de leur mémoire. Au bout de cinq

minutes, le gardien arrête un coup franc,

mais dans le cafouillage qui s’ensuit,

N-48 marque le premier but. Plus tard en

première mi-temps, le gardien doit intervenir

encore une fois et bloque le tir d’un

joueur de N-48 qui filait tout droit dans

les filets de B-67.

Des joueurs de N-48 se ruent

sur le terrain pour célébrer

leur statut de champions du

Groenland 2019. À gauche : la fin

pour un joueur de B-67, équipe

éliminée au cours du tournoi.

En deuxième mi-temps, B-67 fait un

triple changement. Peu après, Frederiksen

se retrouve avec le bras en sang à cause

d’une ancienne blessure qui s’est rouverte.

Il met un pansement et revient dans le jeu.

Avec moins de trente minutes à jouer,

B-67 n’est clairement pas l’équipe qui

domine. Un troisième but de N-48 à la 88 e

minute et un quatrième pendant les arrêts

de jeu viennent sceller le sort de B-67.

C’est la première fois en dix ans qu’ils ne

se qualifient pas pour la finale.

Le jour suivant, N-48 continue sur sa

lancée en éliminant G-44 en finale avec

l’unique but du match. Pour leur dernier

match, les joueurs de B-67 affrontent

IT-79 dans le cadre de la petite finale.

Mais, abattus par la défaite de la veille,

ils s’inclinent sur le score terrible de 2-0.

Qu’ils soient frustrés ou victorieux, pour

les joueurs groenlandais, la saison est

finie jusqu’à l’année prochaine.

De retour à Nuuk deux jours après la

finale, Jensen reçoit The Red Bulletin

chez lui, dans sa maison au-dessus du

fjord, où les icebergs flottent avec le

Sermitsiaq en toile de fond, une montagne

de 1 210 mètres d’altitude en forme

de dent cassée. Tandis qu’il prépare un

steak de renne au barbecue, Jensen nous

livre une analyse pragmatique des performances

de son équipe. « Ils sont doués,

ces petits jeunes, mais il leur manque

encore deux ou trois ans pour être au

niveau, pour pouvoir jouer la finale et,

avec un peu de chance, dominer de nouveau

le football en extérieur. Ça prend

du temps. »

En attendant, la saison de chasse

vient juste de commencer et l’entraîneur

comme les joueurs ont hâte de se rendre

en pleine nature. S’ensuivra la saison de

futsal, puis les entraînements pour le

football en extérieur recommenceront

au printemps. Même si les joueurs inexpérimentés

de B-67 ont vu leurs espoirs

déçus sur le court-terme, la qualité de jeu

mise en avant lors du Grønlandsbanken

Final 6 laisse à penser que le football

groenlandais pourrait avoir sa place au

niveau international et qu’il pourrait

même égaler la réussite de l’Islande…

un jour.

Patrick Frederiksen a eu son lot de

victoires et de défaites. À l’inverse des

jeunes qui regrettent cette opportunité

manquée, il a une vision plus optimiste

des choses. Perdre dans ce tournoi, c’est

peut-être dur, mais au final, le véritable

vainqueur dans l’histoire, c’est le football

groenlandais. Ce regain d’attention, c’est

une opportunité éventuelle de décrocher

de nouveaux financements et peut-être

de pouvoir s’offrir ces fameux terrains

couverts qui permettraient aux joueurs

de jouer toute l’année et de monter une

équipe qui n’aurait rien à envier à ses

homologues européens.

« Le football est en pleine évolution

au Groenland, déclare Frederiksen.

Cela rapproche tout le monde. Le public

adhère et nous encourage à avancer.

Nous voulons prouver que même si nous

sommes un petit pays avec très peu d’habitants,

nous pouvons jouer au football

à un haut niveau. »

THE RED BULLETIN 57


L’autre star de la Formule 1 : Le double champion

du monde de F1 Esport, Brendon Leigh, lors de

la première épreuve de l’année à Londres.

RÊVES DE

COURSES

La Formule 1, version esport : les

écuries officielles s’y affrontent

dans des simulations à la pointe de

la technologie, et les concurrents

ont la possibilité de façonner le

sport automobile lui-même. Jusqu’à

devenir d’authentiques pilotes ?

Texte TOM WIGGINS

Photos JANE STOCKDALE

59


« La théâtralité

et les exploits

d’une véritable

course de F1. »

e circuit urbain de Formule 1 de Bakou est

l’un des plus rapides et des plus chaotiques

au monde. Il faut environ une minute

et 41 secondes à une voiture pour y

compléter un tour de piste, soit une boucle

de 6 km autour des sites les plus célèbres

de la capitale de l’Azerbaïdjan, à une vitesse

de pointe de 360 km/h. C’est ici, en

2017, que Sebastian Vettel, chez Ferrari,

est rentré dans la Mercedes de Hamilton

quand ce dernier a eu la mauvaise idée de

freiner un peu trop brutalement. L’année

suivante, Daniel Ricciardo et Max Verstappen,

coéquipiers chez Red Bull Racing,

sont entrés en collision et ont dû abandonner.

Cette année, c’est Floris Wijers, pilote

du Haas F1 Team, qui a bloqué ses freins

au virage 15, perdu son train arrière, est

monté sur une bordure et a quitté le sol

pour s’écraser contre un mur.

La petite différence avec les accidents

de Vettel et de ses homologues, c’est que

la mésaventure de Wijers ne s’est pas

passée sur le vrai circuit de Bakou, mais

sur sa version simulée, lors d’un GP virtuel

diffusé à travers le monde. Hormis ce

détail, le jeune Néerlandais est un vrai pilote

de l’écurie Haas, qui se mesure à

d’autres pilotes en chair et en os, dans des

simulations de courses automobile. Dans

son simulateur, il lutte pour un pactole à

partager de 450 000 euros lors de qualifications

dans le cadre de la F1 Esports Pro

Series – le sport auto recréé numériquement

avec toute la théâtralité, les déchirements

et les exploits de l’original. Le tout

organisé au Fulham Broadway Retail

Centre, sud-ouest de Londres.

Nous retrouvons ces jeunes coureurs

de sim racing (les courses en simulation)

dans le premier endroit en Angleterre entièrement

dédié aux sports électroniques.

En ce mois de juillet, Lucas Blakeley,

jeune Écossais de 18 ans, y lutte pour

retenir ses larmes alors que son rêve de

piloter pour une équipe de F1 (virtuelle)

devient réalité. Ce soir, c’est le Pro Draft

du championnat, et d’ici la fin de la jour-

60 THE RED BULLETIN


Sens des aiguilles d’une montre, partant du haut : le volant et les pédales

utilisés – le Fanatec CSL Elite F1 Set – permettent d’ajuster la conduite de

la voiture au centimètre près ; Floris Wijers du Haas F1 Team ; l’esthétique

du Gfinity Arena est un mix entre le plateau de The Voice et un film de SF.

THE RED BULLETIN 61


née, les trente finalistes ne seront plus

que dix. Chacun représentera une véritable

écurie de Formule 1.

La sélection est ouverte à tous : il vous

suffit d’avoir F1 2018, le jeu vidéo conçu

par Codemasters, et une PlayStation 4,

une Xbox One ou un PC. Plus de 100 000

participants ont tenté de se qualifier en

ligne pour l’édition 2019 de cette compétition

en jouant à domicile et en conduisant

sur les circuits désignés. Deux mois

plus tard, les plus rapides ont été conviés

dans un studio digne des meilleurs plateaux

TV : vitres de plexiglas illuminées,

écrans tactiles géants et un trio d’experts

incluant Lando Norris, l’actuel pilote

McLaren et fan d’esport, installé derrière

un bureau, prêt à annoncer la bonne nouvelle

aux rares chanceux.

L’effet domino

La tentative de sélection de Blakeley cette

année ne constituait pas sa première pour

accéder à la F1 Esports Pro Series – il

62 THE RED BULLETIN


Pour rejoindre

l’élite, il suffit

d’avoir le jeu F1,

une console ou

un PC.

première à accueillir les dix écuries de

Formule 1 – la Ferrari Driver Academy,

débutante, a été la dernière à se joindre

au groupe – mais toutes n’ont pas logé

leurs pilotes à la même enseigne ; certains

restent chez eux et s’entraînent en ligne

avec leurs coéquipiers, ne se réunissant

au quartier général que quelques jours

avant chaque épreuve de la Pro Series.

Tous se voient offrir un kit par Fanatec, le

fournisseur officiel de matériel F1 Esports

: un volant avec une rétroaction réaliste

qui permet aux pilotes de sentir les

réactions de la voiture et des pédales avec

un frein doté d’un capteur de force sensible

à la pression. Si précis que les pilotes

concourent en chaussettes.

Comme dans la véritable Formule 1,

Mercedes a dominé l’Esports Pro Series

ces dernières années (son pilote britannique

de vingt ans, Brendon Leigh, a remporté

les championnats de 2017 et 2018)

mais cela n’a rien à voir avec une quelconque

supériorité technique : les équipes

peuvent modifier des éléments tels que le

réglage de la suspension, la répartition

des freins et les réglages aérodynamiques,

mais les voitures sont identiques en

termes de performances. Tout ce qui les

distingue, ce sont les livrées.

« Les passionnés de Formule 1 réclament

quelque chose d’un peu plus équilibré,

et c’est là que F1 Esports intervient,

explique Paul Jeal, directeur de franchise

F1 pour Codemasters. On s’assure que

tout le monde ait le même équipement et

les mêmes machines : au final, on a une

compétition où c’est véritablement le

meilleur pilote qui gagne la course. »

Une caractéristique qui distingue la

compétition F1 Esports Pro (et l’esport de

course en général) de celles liées à

Fortnite ou FIFA. Bien qu’ils mettent en

jeu des récompenses plus élevées et attirent

des foules plus importantes – tant

dans les événements qu’en ligne – une

compétition FIFA ne vous offrira pas les

mêmes déploiements ni le même rythme

qu’un match de Ligue . De la même manière,

seul un esprit sous l’emprise de

substances chimiques croira que le monde

en technicolor de Fortnite s’approche de

la réalité. Alors qu’avec F1 2018, on a

droit, grâce aux simulateurs actuels ultra-performants,

à un spectacle remarquablement

proche de l’expérience véritable

de la course automobile, et ce

malgré le fait que les compètes virtuelles

soient plus courtes (de 25 pour cent) que

les vrais GP et qu’elles ne comportent évidemment

aucun danger réel.

s’était également qualifié en 2018 mais

ses espoirs avaient été déçus. « Le fait

d’avoir participé au repêchage de l’an dernier

a été le tremplin qui m’a mené ici,

explique-t-il alors qu’il se prépare pour la

Pro Series 1, la première épreuve du

calendrier F1 Esports quelques semaines

plus tard. Je considère l’esport comme un

vrai boulot, en pratiquant sans relâche et

en faisant des courses au sein de ligues du

meilleur niveau possible. »

La vie du jeune Écossais a changé

depuis sa sélection par l’équipe SportPesa

Racing Point. Blakeley a notamment quitté

le foyer familial : plutôt que de passer

cinq heures à jouer tous les soirs après

l’école, ses journées sont désormais

dédiées à l’entraînement avec ses deux

coéquipiers. « Tu te réveilles et tu vas

direct sur la simulation. Tout ce qui

compte, c’est de s’améliorer. Chacun galvanise

l’autre, comme un effet domino,

comme une émulation. » L’édition de cette

année de la F1 Esports Pro Series est la

Page opposée, en bas : les coureurs

de Williams Esports ; au-dessus :

dans la Gfinity Arena, les moteurs

tournent ; ci-dessous : Isaac Pride

(Williams Esports) en compétition.

THE RED BULLETIN 63


« On ne peut pas comparer MsDossary,

le meilleur joueur de FIFA au monde, à

Lionel Messi, admet Matt Huxley, ancien

joueur professionnel de Counter-Strike et

manager esport de Gfinity, aujourd’hui

chargé de cours au Digital Institute de

l’Université du Staffordshire à Londres.

L’un utilise une manette, l’autre donne

des coups de pied dans le ballon. L’avantage

des championnats de course, c’est

qu’ils simulent le comportement d’un

pilote professionnel. »

C’est pourquoi une grande partie des

pilotes du monde virtuel s’adonnent aussi

au karting. Même si Blakeley a dû abandonner

cette discipline en raison de l’escalade

incontrôlable de ses coûts, il attribue

son succès dans l’esport à son

expérience sur piste. « Cela m’a indéniablement

aidé », dit-il, évoquant deux de

ses avantages par rapport à ceux qui n’ont

pas l’expérience du terrain, et ne

connaissent ni les engins de course en

général ni la façon de conduire sur piste

humide. « Le lien entre les courses sim

et la réalité est incontestable. D’ailleurs,

c’est bien simple : toutes les écuries de

F1 utilisent des simulateurs. »

Le succès chevillé

Isaac Price avait quinze ans quand il a

subi son accident. Coureur de kart de niveau

national, le Britannique passait ses

vacances d’été à parcourir le pays pour

participer à des compétitions. Puis, un

jour, au cours d’un tour d’essai, la colonne

de direction de son kart s’est brisée, l’accélérateur

s’est bloqué et Isaac s’est retrouvé

catapulté contre un mur. « Il m’a

fallu dix à quinze minutes pour me dépêtrer,

parce que ma cheville s’était enroulée

sur le ressort du frein, se souvient-il.

J’ai été transporté à l’hôpital en hélico et

ils ont mis quelques heures à me remettre

sur pied. »

Pendant sa convalescence (cheville

cassée), Price a occupé son temps libre en

participant à des courses en ligne sur le

jeu Live for Speed sur PC. C’était il y a dix

ans, et après avoir participé à des compétitions

de haut niveau en simulation de

sport automobile iRacing et remporté le

championnat du monde virtuel de GT en

2017, Price est passé à temps complet,

subsistant grâce à un emploi dans la saisie

de données et aux gains qu’il pouvait tirer

de ses victoires en ligne.

La F1 Esports Pro Series a été lancée la

même année : un moment décisif pour

Price. Après avoir atteint la finale de la

compétition World’s Fastest Gamer de

« Toutes les

écuries de F1

utilisent un

simulateur. »

Pour l’Écossais Lucas Blakeley, 18 ans, la F1 Esports Pro Series a transformé

un passe-temps après l’école en une véritable carrière.

McLaren en 2017, puis une participation

manquée au Pro Draft l’année suivante,

Price a participé à d’autres épreuves pour

Williams Esports, et s’est mérité une place

dans la formation F1 Esports. « J’ai montré

ce que je pouvais faire et je m’inscrivais

dans la dynamique qu’ils avaient

déjà, de sorte que c’était tout à fait logique,

dit-il après avoir été sélectionné.

En tant qu’équipe, je pense que nous pouvons

être confiants, nous avons le potentiel

pour réussir. »

Une amitié rapide

Floris Wijers, des Pays-Bas, n’a aucune

expérience dans le sport automobile, mais

il a commencé à jouer aux jeux de course

dès l’âge de quatre ans.

Wijers a acheté son premier volant en

2017 et, comme Blakeley, il n’est pas parvenu

à être repêché par une équipe de F1

Esports l’année suivante, mais les deux

sont rapidement devenus amis et ont passé

les douze mois suivants à courir ensemble

en guise de préparation pour le

Pro Draft qui a eu lieu en juillet 2018.

Parvenant à un équilibre entre l’esport

et l’université ainsi qu’un stage dans la

diffusion de contenus vidéo, Wijers, vingt

64 THE RED BULLETIN


ans, consacre entre quatre et huit heures

par jour à la simulation de course chez

lui, à Soest, près d’Utrecht. « Je n’ai pas

besoin de beaucoup de sommeil, alors je

m’entraîne jusqu’à minuit ou une heure

du matin », dit-il. Après avoir bien assuré

dans les épreuves de qualifications, battant

le premier choix au repêchage, David

« Tonzilla » Tonizza, dans sa ronde de qualification,

Wijers a été repêché par Haas.

Au début de la saison, Blakeley et lui seront

rivaux et non pas coéquipiers.

Conduire, un jour

Le jour des Pro Series 1, Blakeley ne se

trouve pas là où vous l’attendez. Chaque

épreuve se compose de trois courses et il

n’a été retenu pour aucune d’entre elles

par son équipe. « On me l’a dit il y a

quelques jours, révèle-t-il en regardant

ses coéquipiers s’entraîner depuis les fauteuils

de cinéma du Gfinity Arena. Évidemment,

en tant que pilote, c’est un

coup dur : si tu n’es pas déçu à l’idée de ne

pas courir, c’est que tu ne le fais pas bien.

Mais j’accepte la décision, et je sais que je

conduirai un jour. J’aurai ma chance. »

Chez Williams Esports, Price reçoit le

feu vert pour les deux premières courses,

mais son coéquipier, le Finlandais Tino

Naukkarinen, 19 ans, prendra la relève

pour l’épreuve retransmise ce soir-là :

treize tours du circuit urbain de Bakou.

Cela permet à Naukkarinen de se concentrer

sur un seul circuit. Price n’arrive

qu’en 17 e position sur le circuit de

Bahreïn et 14 e en Chine, attribuant son

Vue en plongée sur les pilotes virtuels dans leur cockpit, en chaussettes.

Max Verstappen ne se laisserait pas surprendre dans pareille tenue.

Pierre Gasly,

pilote de F1 dans

la vraie vie, participe

ce jour-là à la

course virtuelle.

manque de points à une mauvaise performance

lors des qualifications, un manque

de confiance en son simulateur et à la

malchance – mais il ne se sent pas loin

derrière. « Il y a des pilotes qui ne sont pas

présents parce qu’ils n’ont pas été meilleurs

que les autres pilotes de leur équipe,

donc en ce sens, c’est un exploit, explique-t-il.

La saison dernière, je participais

à des championnats en ligne et j’étais

en compétition avec les gars qui gagnent

des courses ici, donc il n’y a aucune raison

que je ne puisse pas gagner à mon tour. »

Contrairement à Price et à Blakeley,

Wijers participe aux trois courses de la

Pro Series 1. Mais après de solides performances

à Bahreïn et en Chine, où il a respectivement

terminé neuvième et septième,

le Néerlandais déçoit à Bakou.

Alors que Naukkarinen et Frederik

Rasmussen de Red Bull Racing tentent

d’empêcher l’Italien Tonzilla de remporter

sa troisième course de la journée, Wijers

lutte pour se familiariser avec ses pneus

medium et se bat en queue du peloton

avec le coéquipier de Blakeley chez

SportPesa Racing Point, Daniele Haddad.

C’est au sixième tour que Wijers juge mal

le virage 15, sa collision avec le mur l’obligeant

à faire un arrêt imprévu au stand

qui lui coûte cher : il finit finalement 18 e .

Une fin décevante pour le pilote hollandais

de la Pro Series 1. « J’étais satisfait

de mes résultats antérieurs, mais j’aurais

pu terminer sixième, voire cinquième en

Chine, dit-il. Espérons que c’est la seule

mauvaise course que nous aurons. »

À Bakou, Rasmussen s’empare du drapeau

à damier pour Red Bull Racing, avec

Naukkarinen à trois secondes derrière

lui. La Ferrari de Tonizza croise la ligne

d’arrivée au coude à coude avec Álvaro

Carretón de Williams Esports, avant de

se voir attribuer la troisième place après

que le pilote espagnol a reçu une pénalité

de cinq secondes pour excès de vitesse

dans le couloir de changement.

Le rêve… de la réalité

À neuf courses de la fin, dont la grande

finale du 4 décembre, Blakeley, Price et

Wijers auront tous de nombreuses occasions

d’oublier leur déception (sans oublier

la première édition chinoise de la F1

Esports Pro Series qui aura lieu l’année

prochaine). Pour certains de ces pilotes,

il s’agit peut-être du premier pas vers une

carrière dans le sport automobile. Trois

membres de l’alignement actuel – Brendon

Leigh, Enzo Bonito de McLaren Shadow et

Cem Bölükbaşi de Toro Rosso – se sont vu

remettre les clés de véritables voitures de

course à la suite de leurs exploits esport.

L’actuel pilote de Formule 1 de Toro

Rosso, Pierre Gasly, qui participe à la

course virtuelle ce jour-là, admet qu’il joue

à des jeux de F1 entre les courses pour se

mettre au rythme du circuit suivant inscrit

au calendrier. « L’un de mes amis, Jann

Mardenborough, qui a participé au programme

Gran Turismo (GT Academy) avec

Nissan, a participé au Mans, raconte le

Français. Il est manifestement possible de

passer du jeu à la réalité, mais il faut

beaucoup d’entraînement pour maîtriser

la conduite d’une véritable voiture. »

Passer du virtuel au monde réel des

courses auto, cela reste un rêve concret

pour nombre de pilotes. « Les courses sim

sont fantastiques, ne vous méprenez pas,

dit Blakeley. Mais si la possibilité de passer

du sport à la réalité s’offrait à moi, je

n’hésiterais pas une seconde. »

La finale de la F1 Esports Pro Series

le 4 décembre en direct sur Facebook,

YouTube et Twitch ; f1esports.com

THE RED BULLETIN 65


PIONNIER

Jérôme Delafosse,

explorateur et auteur

de best-sellers, par -

court le monde à bord

du premier cata maran

équipé d’un moteur

autonome en énergie.

66


L’EXPLORATEUR

DU FUTUR

Il possède un puissant pouvoir de persuasion et navigue à bord

d’un bateau qui promet de relever les défis énergétiques et

écologiques de demain. Si nous avions tous quelque chose de

JÉRÔME DELAFOSSE, changer le monde serait un jeu d’enfants.

Texte ALEX LISETZ

Photos KONSTANTIN REYER


AUTONOME

L’Energy Observer

génère ses propres ressources

énergétiques

pour les moteurs et

l’électronique.


L

e port d’Amsterdam, le cinquième plus

grand d’Europe, n’a jamais accueilli

de bateau comme celui-ci auparavant :

chaque surface lisse y est recouverte de

capteurs solaires, il dispose d’éoliennes

mobiles de 12 mètres de portée sur les

côtés et de huit réservoirs pour un total

de 62 kilos d’hydrogène pur dans la

salle des machines. Voici l’Energy

Observer, le premier navire autonome

en énergie au monde, 30 mètres de

long et 12 de large. Sur le pont se tient

Jérôme Delafosse, 48 ans, explorateur

et auteur à succès. Avec le capitaine

Victorien Erussard, 40 ans, ils ont

mis au point un projet fou : pour

convaincre le monde qu’une transition

énergétique grâce à des solutions

durables est possible, les Malouins

veulent faire le tour du monde avec

leur bateau pendant six ans.

the red bulletin : Jérôme, vous

êtes plongeur, réalisateur de films

documentaires et auteur de

romans. Est-ce que vous vous

réveillez tous les matins avec une

nouvelle idée ?

jérôme delafosse : Mes métiers

ne semblent différents que lorsqu’on

les considère de l’extérieur. En fait,

j’ai toujours été intéressé par les deux

mêmes choses : vivre l’aventure et

raconter des histoires.

Que cherchez-vous à faire avec

l’Energy Observer ?

Prouver que nous pouvons répondre

à nos besoins énergétiques avec des

ressources renouvelables qui respectent

l’environnement si nous les

utilisons intelligemment. Notre équipe

le démontre dans les conditions les

plus difficiles avec le tout premier

catamaran autonome aux énergies

renouvelables et à l’hydrogène. Mais

cela s’applique aussi bien à la voiture

qu’à la maison, dans les industries et

partout où l’énergie est nécessaire. Et

les 11 000 milles nautiques que nous

avons déjà parcourus depuis deux ans

prouvent que l’avenir, c’est l’énergie

renouvelable.

Que fait l’Energy Observer différemment

des autres ?

Lorsque les conditions le permettent,

quand le soleil brille ou que le vent

souffle assez fort, nous naviguons

grâce aux énergies renouvelables.

Avec le surplus d’énergie, nous produisons

de l’hydrogène par électrolyse

de l’eau de mer grâce aux énergies

CAPITAINES

Le chef d’expédition

Jérôme Delafosse

(à droite) et le second

capitaine Jean-Baptiste

Sanchez au poste de

pilotage.

NIVEAU D’ÉNERGIE

Un ordinateur de bord à

côté de la barre indique

le niveau de production

des panneaux solaires

(rouge) et le niveau de

charge des bouteilles

d’hydrogène (vert).

« 11 000 milles

nautiques déjà

parcourus :

voilà la preuve

que l’avenir,

c’est l’énergie

renouvelable. »

THE RED BULLETIN 69


« Il ne faut pas

avoir peur de

se jeter dans

l’inconnu et

prouver à quel

point on croit

en ses rêves. »

ANALYSE

Jérôme Delafosse

inspecte la pile à

combustible qui convertit

l’hydrogène en

électricité (en haut).

SALLE DES MACHINES

Ici, l’eau de mer est

transformée en hydrogène

pour l’alimentation

du moteur électrique

(visible à droite).

renouvelables. C’est notre moyen

de stockage. Ensuite, lorsque nous

n’avons plus de soleil ni de vent, nous

envoyons l’hydrogène stocké sous

pression dans une pile à combustible

qui va le transformer en électricité.

C’est cela qui nous favorisera la navigation

de nuit par exemple.

Une bonne idée ne suffit pas. Il faut

aussi convaincre les gens…

Il faut les convaincre qu’on peut transformer

le monde !

Alors supposons que je veuille

créer une start-up ou révolutionner

l’approvisionnement

énergétique mondial contre les

intérêts d’opposants qui valent

des milliards...

Vous devez être sacrément motivé,

et trouver des alliés plus intelligents

et plus puissants qu’eux.

Et ensuite ?

Il ne faut pas avoir peur de se jeter

dans l’inconnu et prouver à quel

point on croit en ses rêves.

En prenant des risques financiers

personnels, par exemple ?

Lorsqu’on se lance dans un projet

comme ça, il y a toujours un facteur

de risque. Il y a les succès et il y a les

échecs qui font peur et douter, mais

à un moment donné, on arrive à un

point de non-retour. Peu importe ce

qu’il se passe, vous ne pouvez plus

revenir en arrière, vous devez réussir.

Comment vous est venue cette

idée ?

Victorien Erussard, mon ami et partenaire

de projet, qui en a développé

l’aspect technique, a remporté de

nombreuses régates et championnats,

mais il a perdu la Transat Jacques

Vabre parce que ses batteries l’ont

lâché. Nous avons donc eu l’idée de

construire un bateau qui pourrait

s’auto-alimenter en énergie.

Où en êtes-vous dans votre

odyssée ?

Nous avons déjà visité dix-sept pays.

La première année, nous n’avons

amarré que dans les ports français ;

l’année dernière, nous avons navigué

sur toute la Méditerranée. En 2019,

nous nous concentrons sur l’Europe

du Nord. Puis viendront l’Asie, le

Pacifique et la côte ouest des États-

Unis et, en 2022, l’Amérique centrale

et la côte est des États-Unis.

Cette entreprise est-elle particulièrement

risquée ?

Nous avons déjà été pris dans des

vents très violents et parfois « casse

bateau » quand la houle est très

serrée, comme en Méditerranée

entre Barcelone et Marseille. Le plus

inquiétant, c’est quand les vagues

viennent se fracasser sous la nacelle,

ça grince, ça craque, mais ça tient.

Nous sommes fiers car, si nous prouvons

que notre concept fonctionne

en milieu extrême, nous pourrons

l’adapter partout à terre, dès demain,

dans une maison, dans les villes et

70 THE RED BULLETIN


LA RÉVOLUTION

HYDROGÈNE

L’Energy Observer pourrait

révolutionner nos méthodes

de production et de stockage

d’énergie.

OCEAN WINGS

Ces ailes propulsives se

mettent automatiquement

dans la position la plus

efficace pour donner de la

vitesse au bateau et produire

de l’énergie éolienne.

2MOTEURS

électriques qui se

transforment en

hydro-générateurs.

ORDI DE BORD

Dans la salle de commandement

sous le pont, les

stocks et les flux énergétiques

sont surveillés en

permanence. Un deuxième

écran est situé sur le pont.

STOCK D’HYDROGÈNE

L’hydrogène obtenu par

électrolyse à partir de l’eau

de mer est emmagasiné

(pression de 350 bars)

dans des réservoirs de

part et d’autre de la proue.

1 400

KILOS DE

BATTERIE

stockent l’énergie

utile à court terme

dans des batteries

Li-ion de 400 V.

ARMOIRE ÉLECTRIQUE

CENTRALE

C’est le cœur de l’Energy

Observer : un automate

assure l’équilibre entre

les énergies.

PANNEAUX

SOLAIRES

168 mètres carrés

de panneaux solaires

praticables recouvrent

le pont. Ils sont recouverts

d’un revêtement caoutchouté

antidérapant.

8

RÉSERVOIRS

Leurs 332 litres

de capacité

permettent de

stocker 62 kilos

d’hydrogène,

équivalent à deux

mégawatts

d’énergie.


HORIZON : 2022

Quand nous rencontrons

Jérôme Delafosse dans

le port d’Amsterdam,

l’Energy Observer n’en

est qu’à sa 35 e étape.

Arrivée prévue en 2022.

« Nous proposons

une alternative

optimiste et

fédératrice, et ça

parle aux gens. »

pourquoi pas à l’échelle d’un pays…

Car notre voyage a aussi ses avantages

: nous faisons des escales dans

plus de cinquante pays, nous créons

du lien ! Nous nous entretenons avec

des journalistes, des scientifiques, des

classes scolaires et des décideurs pour

convaincre le monde qu’une révolution

énergétique est possible.

Et quelles sont leurs réactions ?

Ils apprécient le fait que nous arrivions

avec un discours différent des slogans

apocalyptiques à propos de la catastrophe

climatique. Nous proposons

une alternative optimiste et fédératrice,

qui irait même jusqu’à stimuler

l’économie mondiale. Cela fascine

les gens, en particulier là où l’on croit

qu’ils ont d’autres soucis. La Tunisie,

par exemple, s’enthousiasme pour

notre projet et est très intéressée par

les énergies renouvelables.

Quelles leçons tirez-vous de cette

expédition ?

La navigation en mer dans des conditions

extrêmes est un enseignement

riche et surtout inestimable. Nous

observons, testons, varions les systèmes

chaque jour. Nous avons déjà

changé les éoliennes parce qu’elles

n’étaient pas efficaces. Nous naviguons

désormais avec les nouvelles

voiles Ocean Wings. C’est une technologie

de l’America’s Cup, le bateau luimême

était auparavant utilisé comme

catamaran de course par différentes

équipes avant sa conversion.

Quel fut le moment le plus excitant

jusqu’à présent ?

C’est toujours le point de non-retour.

Quand on a poussé une idée si loin

qu’on se rend compte qu’on ne peut

plus revenir en arrière, comme il y a

deux ans, lorsque nous avons pris la

mer à Saint-Malo.

Alors, ce premier jour en mer ?

Inoubliable. Parce que c’est à ce

moment-là que nous avons réalisé

que le cycle de l’énergie fonctionnait

exactement comme nous l’avions imaginé.

Je veux dire que nous savions que

cela marcherait ; après tout, c’est de la

science. Mais tant que la démonstration

n’a pas été faite, le doute plane.

Travailler des mois dans un espace

confiné doit être rude. Comment

rechargez-vous vos batteries ?

Seul sur le pont la nuit, sous un ciel

étoilé, en compagnie des dauphins

qui suivent le bateau : voilà ma

récompense pour chaque effort. Et

en journée, il n’est pas interdit de

piquer une tête et d’aller explorer les

profondeurs. Après tout, je suis aussi

plongeur pro !

energy-observer.org

72 THE RED BULLETIN


HORS DU COMMUN

Le prochain numéro le 23 janvier avec et le 6 février avec

dans une sélection de points de vente et en abonnement

AARON BLATT / RED BULL CONTENT POOL


L’ÉTOFFE

D’UN

HÉROS

« Les vrais superhéros, ce sont les profs, ce

sont eux qui changent le monde ». C’est ce que

déclarait l’acteur Hugh « Wolverine » Jackman

lors de la cérémonie honorant PETER TABICHI

du titre de meilleur enseignant de la planète

en 2019. Ce professeur kenyan nous explique

comment il tire parti de sa vocation pour créer

les conditions nécessaires à une (r)évolution

en matière d’éducation.

Texte CHRISTINE VITEL

TONY KARUMBA/AFP/PICTUREDESK.COM


« Mes collègues et

moi sommes déterminés

à créer une différence

dans la vie de nos élèves. »

Peter Tabichi, lauréat du prix

Best Global Teacher 2019.

75


Que feriez-vous si vous gagniez une somme

colossale ? Est-ce que vous aussi, comme

Peter Tabichi, vous décideriez de reverser

la totalité au profit de votre communauté ?

Un geste altruiste qui résume bien la philosophie

de ce professeur kenyan : c’est en

effet à lui que vient d’être décerné le prestigieux

prix de meilleur prof au monde de

la Varkey Foundation, équivalent d’un prix

Nobel pour l’enseignement, doté d’une

récompense à hauteur d’un million de dollars.

Cet enseignant de mathématiques et

de physique au Kenya, à Naishi, comté de

Nakuru, œuvre au sein de l’établissement

secondaire Keriko pour encourager l’accès

à la formation des jeunes filles, et développer

le potentiel du « brillant avenir de

l’Afrique » : ses élèves. Comment s’y

prend-il ? Las d’attendre que les conditions

soient favorables, il les a créées. Grâce à

Un Franciscain qui a foi en l’éducation.

lui, le nombre d’élèves dans son établissement

rural a doublé en trois ans, et l’implication

des filles dans les succès de l’école

a très fortement augmenté. Les héros sont

faits de cela : une volonté d’agir là où les

responsables échouent, et sans lésiner sur

les moyens ni les efforts à déployer.

the red bulletin : Qu’est-ce qui vous a

motivé à devenir enseignant ?

peter tabichi : J’ai grandi dans un village

reculé du Kenya, au sein d’une famille

d’enseignants. Mon père était instituteur,

trois de mes oncles et quatre de mes cousins

étaient profs. Petit, j’étais entouré de

modèles à suivre. J’ai été le témoin de l’engagement

de ma famille pour l’école et la

communauté. J’ai compris très tôt que les

enseignants, dont le rôle s’étend largement

au-delà de la salle de classe, constituent les

vrais trésors de notre société. Ils éclairent

les jeunes esprits sur les meilleures voies à

emprunter pour relever les défis de la vie.

Enseigner est un métier noble, et c’est un

honneur d’y consacrer ma vie.

Quel est le plus gros défi que vous ayez

eu à relever personnellement ?

Ma mère est morte quand j’avais onze

ans, laissant derrière elle mon père en

charge de mes frères et sœurs et moi, en

plus d’assumer ses responsabilités professionnelles.

Son humilité, sa capacité de

résilience et sa générosité m’ont sincèrement

inspiré, car c’est tout cela qui nous

a permis de surmonter le deuil et la douleur.

Je retrouve les mêmes qualités chez

mes collègues : ils se lèvent à l’aube, font

la route à pied jusqu’à l’école sous une

pluie ou une chaleur accablante ; restent

après la fin des cours pour faire du soutien

scolaire ; travaillent longtemps le soir

pour corriger et noter les cahiers, et

préparer la classe du lendemain.

Avez-vous parfois l’impression de vous

substituer aux politiciens de votre

pays ?

Disons que mes collègues et moi voulons

aider nos jeunes à exploiter leur plein

potentiel. C’est peu dire que l’investissement

en temps que nous leur dédions tous

en vaut la peine, nous autres enseignants,

parents, communautés, gouvernements et

garants de la loi. Les enfants ont besoin

d’apprendre les standards académiques,

mais aussi d’acquérir l’esprit d’équipe mais

« Les enseignants

constituent les

vrais trésors de

notre société. »

RII SCHROER/EYEVINE/PICTUREDESK.COM, TONY KARUMBA/AFP/PICTUREDESK.COM (2)

76 THE RED BULLETIN


Au sein de son établissement, Peter Tabichi a créé un club de développement de talents et un club de sciences, et promeut les compétitions de projets entre écoles.

aussi les qualités nécessaires pour aborder

la vie en société et résoudre des problèmes,

pour travailler ensemble et penser

de manière innovante.

Que souhaitez-vous le plus ardemment

pour vos élèves ?

Je suis sur la ligne de front, je vois la promesse

des jeunes générations : leur curiosité,

leur talent, leur intelligence, leurs

croyances, ils sont déterminés à surmonter

les difficultés et donner le meilleur

d’eux-mêmes. Qu’ils soient capables de

mettre à profit cet énorme potentiel,

atteindre leurs rêves et être armés pour

rendre ce monde meilleur, voilà mon

souhait le plus vif.

Une cantine à ciel ouvert, et saine : dans la vallée du Rift, l’insécurité alimentaire menace.

Quels sont les plus gros challenges

auxquels les enfants sont confrontés

au Kenya ?

THE RED BULLETIN 77


Ses élèves avant tout : c’est avec eux que Tabichi a tenu à célébrer son titre de meilleur enseignant au monde, le Global Teacher Prize.

Comme nous manquons cruellement de

ressources dans cette partie reculée de

l’Afrique, il y a beaucoup de pauvreté.

Même la qualité de la nourriture n’est pas

garantie. La communication avec les

familles des élèves est donc essentielle,

afin de leur faire comprendre comment et

pourquoi nous voulons aider ces enfants

en les mettant sur la voie d’une vie meilleure.

Les jeunes d’Afrique ne doivent plus

se sentir freinés, ni s’autosaboter avec des

ambitions trop modestes ou des attentes

trop basses.

Faire venir les enfants à l’école semble

être votre mission de vie…

Oui, car l’enjeu est énorme, surtout pour

ce qui est des filles. Dans certaines communautés,

c’est souvent l’enseignant seul

qui va pouvoir persuader les parents que

la place de leur fille est à l’école, et que

son éducation est plus importante que sa

participation aux tâches ménagères. Ou

qu’une année supplémentaire à l’école

est une priorité avant de la marier. Si les

filles jouent un rôle essentiel dans leur

famille, cela ne doit pas se faire aux

dépens de leur apprentissage ni de leur

avenir, qui est aussi l’avenir du pays, et

l’avenir de toute l’Afrique.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De mes élèves. Deux d’entre elles, Esther

Amimo et Salome Njeri, ont mis au point

un instrument pour aider les personnes

« Le succès motive

et engendre

d’autres succès. »

souffrant de problèmes de vue ou d’audition

; elles viennent de remporter le prix

des Nations Unies des objectifs de développement

durable (SDG Award) lors de

l’International Science and Engineering

Fair (ISEF) organisée à Phoenix, Arizona,

aux États-Unis. Nous avons célébré cet

événement avec toute l’école, ce qui a

transporté et enthousiasmé tous les

élèves : leur estime de soi a décollé. Le

succès motive et engendre d’autres succès.

Mes collègues et moi sommes déterminés

à créer une différence dans la vie

de nos enfants, car ce sont eux le brillant

avenir de l’Afrique.

Comment contribuez-vous à mettre

de la valeur ajoutée dans la vie de

vos jeunes ?

Cela passe par l’éducation, car elle a un

réel pouvoir de transformation. Et par

TONY KARUMBA/AFP/PICTUREDESK.COM

78 THE RED BULLETIN


le fait que je me suis converti à une vie

religieuse (Peter Tabichi s’est formé auprès

des prêtres franciscains, une organisation

internationale de l’église catholique pour

l’émancipation des localités rurales, qui

œuvre par le biais de l’éducation et de

l’agriculture durable, tout en cultivant des

valeurs pacifistes, ndlr) afin de pouvoir

communiquer et transmettre librement

ma passion à la communauté et être ainsi

capable de me dédier pleinement à l’enseignement.

Grâce aux Franciscains, je

fais don de 80 % de mon salaire mensuel

pour aider ceux qui en ont besoin, élèves

ou habitants les plus pauvres du village.

Quelle est la plus grande qualité que

tout enseignant devrait posséder ?

Pour être un bon prof, il faut être créatif.

Il faut embrasser la technologie et promouvoir

des méthodes d’apprentissage

modernes. Il faut faire plus et parler

moins. Les profs endossent des rôles de

modèles et de mentors, ils se doivent

d’équiper leurs élèves avec les qualités

nécessaires pour réaliser leurs rêves.

Pour cela, il faut que les jeunes se familiarisent

avec l’idée d’échouer, car si vous

n’échouez pas, vous n’apprenez pas, et si

vous n’apprenez pas, vous ne changerez

jamais. Les échecs nous aident à grandir

et à devenir des personnes fortes, qui se

développent avec un sentiment de sécurité

intérieure. Cela nous aide à prendre

des risques, à sortir de notre zone de

confort, et à trouver des solutions.

Les générations futures pourront-elles

prétendre à une vie épanouie ?

Pour réussir, elles devront travailler dur,

poser des questions, nourrir leur curiosité.

Les connaissances acquises à l’école les

aideront toute leur vie, c’est pourquoi

j’encourage mes élèves à lever le nez de

leurs manuels pour être conscients de ce

qu’il se passe autour d’eux, à développer

leurs intérêts et multiplier leurs passions

sans lien avec les sujets abordés en classe.

Nous savons tous que les générations

futures du monde entier devront faire face

à d’énormes défis vu l’état de la planète

dont ils vont hériter : changement climatique,

migrations globales, épuisement des

ressources, conflits politiques, intelligence

artificielle et automatisation générale

qui vont rendre beaucoup de métiers

obsolètes, etc. Il est primordial que tous

sachent penser de manière globale, et

établissent et maintiennent de bonnes

relations avec les générations suivantes.

Ainsi, ils sauront gérer les problèmes de

Easy Teacher : grâce à sa moto, Peter garde un lien fort avec sa communauté.

Esther Amimo et Salome Njeri avec leur projet gagnant : l’Essameter.

« Pour être un bon

prof, il faut être

créatif. Faire plus

et parler moins. »

manière efficace, en s’associant, en allant

dans la résolution de problèmes et de

conflits. C’est ce que nous pouvons espérer

de mieux pour l’humanité.

Qu’allez-vous faire de ce million de

dollars, que vous avez remporté grâce

au Global Teacher Prize ?

Il sera dédié à mon école et à la communauté

qui y est rattachée. Je veux continuer

à booster la curiosité, l’inventivité et

l’estime de soi des élèves, par le biais du

club de développement de talents, du club

de sciences et du club de paix. J’ai aussi

l’idée d’investir dans un labo informatique

pour garantir un meilleur accès internet à

tous les acteurs de l’établissement. Enfin,

une partie servira à aider financièrement

les élèves doués mais désargentés, une

autre à développer des cultures tolérantes

à la sécheresse et à la promotion du jardinage

dans la communauté. Mais surtout,

gagner ce prix m’a permis d’accéder à une

plateforme incroyable. J’ai rencontré de

nombreuses personnes engagées elles

aussi dans un changement positif. C’est un

tremplin grâce auquel j’envisage d’investir

dans des programmes STEM d’échange

scolaire avec des institutions locales et

internationales pour développer le potentiel

et le talent de mes jeunes.

globalteacherprize.org

THE RED BULLETIN 79


ALPHATAURI.COM


guide

au programme

LA FIFA MANIA

Ce jeu de foot rend fou,

mais il intéresse aussi

les vrais pros du ballon.

PAGE 86

CHAUD DEVANT

Pour un marathon par

60 °C, autant pédaler

dans un sauna.

PAGE 87

SORTEZ LE MATOS

Sur quoi glisser et quoi

porter lors de vos plans

neige cet hiver.

PAGE 90

LUKAS PILZ

OBJECTIF MER

Aux Lofoten, le bout de

la piste, c’est de l’eau,

et l’apéro d’après-ski se

passe dans un bateau.

Gilet de sauvetage inclus.

PAGE 82

THE RED BULLETIN 81


G U I D E

Faire.

Pas le temps de s’attarder avant la descente : aux Lofoten, le temps change toutes les dix minutes.

HAUTE ROUTE ARCTIQUE

TOUT SCHUSS

JUSQU’À L’OCÉAN

Un séjour de ski avec gilet de sauvetage : le journaliste de

voyage Simon Schöpf embarque à bord d’un vieux bateau

à vapeur norvégien pour aller skier une poudreuse de rêve.

Le rituel de vérification du

matériel précède chaque

sortie : bip, pelle, sonde,

gilet de sauvetage, tout y est. Mais

pourquoi un gilet de sauvetage ?

C’est que la notion de sécurité tout

comme celle du décor alpin sont

tout autre lorsque vous skiez la

Haute Route de l’Arctique. Et si la

montagne reste bien sûr accessible

en voiture, s’y rendre à bord d’un

bateau à vapeur de 80 mètres de

long est bien plus élégant. Arrivé

aux îles Lofoten sur le 68 e parallèle

nord, au-dessus du cercle arctique,

le MS Nordstjernen jette

L’auteur, Simon Schöpf, bravant le froid norvégien.

82 THE RED BULLETIN


voyage

CE QUI VOUS ATTEND

LA NATURE

NORDIQUE

Un voyage aux îles Lofoten exige de

la patience mais sait la récompenser :

le séjour se fait sur un navire marchand et

les départs se font en fonction de la météo.

Svolvær

LOFOTEN

Autrefois navire postal, le MS Nordstjernen achemine désormais les skieurs curieux.

Norvège

Oslo

LUKAS PILZ SIMON SCHÖPF

On a le temps : le merluche, poisson réputé ici, sèche pendant deux à trois mois.

l’ancre dans le fjord d’Austnes,

bien à l’abri. Cet ancien navire

postal est notre camp de base

flottant durant nos trois jours

d’escapade.

Dès cet instant, nous nous abandonnons

à la nature. Nous rejoignons

le rivage sur un canot avec

masques de ski au visage pour

nous protéger des embruns. Le

rêve qui guide nos pas jusqu’aux

confins du Grand Nord est la

« summit-to-sea-ride », une descente

unique qui commence au

sommet de la montagne pour finir

sur la plage. À peine débarqués

sur la plage enneigée de Laupstad,

nous chaussons nos skis, direction

Sautinden à 596 mètres d’altitude.

Une descente destinée aux

« Nous rejoignons le

rivage sur un canot,

avec nos masques

de ski sur le nez. »

débutants, dirait le skieur des

Alpes, mais ici au nord de la

Norvège, c’est déjà une descente

d’envergure. La plage est le point

de départ pour rejoindre le sommet,

par conséquent l’altitude à

gravir correspond à celle du sommet

choisi. Rapidement, nous

dépassons la limite de pousse des

arbres pour nous retrouver sur

une magnifique étendue dégagée.

DONNÉES CLÉS

Du plaisir de skier au festin de merluche ou morue

séchée, retrouvez ici toutes les infos

sur votre voyage aux Lofoten.

ARRIVÉE

Un vol jusqu’à Svolvær (Lofoten) ou Tromsø

avec escale à Oslo puis un ferry via Bodø.

PÉRIODE PROPICE

Privilégier mars et avril, les meilleurs mois pour

y skier avec un bon niveau d’enneigement y compris

sur la plage. Avec de la chance, le névé vous

permettra de descendre jusqu’à la mer.

DÉGUSTER

La Haute Route de l’Arctique ne manque pas

de spécialités : caviar de flétan fumé,

confiture de plaquebière ou encore la morue séchée,

le plus ancien produit d’exportation de la Norvège

et qui fait partie du patrimoine culturel du pays,

en particulier dans cette région.

LOGEMENT

Sorti du chantier naval de Hambourg en 1956,

le MS Nordstjernen a servi de navire postal

jusqu’en 2012. Rénové depuis, il peut accueillir

70 passagers en cabine double avec douche.

L’ORGANISATEUR

Norwegian Adventure Company propose

ce voyage d’une durée de trois jours et demi avec

la garantie de skier trois journées complètes.

Prix : 2 040 € / personne. Le MS Nordstjernen

rejoint les Lofoten (puis pousse vers le nord),

ou Tromsø (dans ce cas, cap vers le sud).

THE RED BULLETIN 83


G U I D E

Faire.

voyage

LA SÉCURITÉ AVANT TOUT

SE PRÉMUNIR DES

AVALANCHES

Les avalanches sont l’ennemi naturel

des skieurs. La seule règle d’or pour

ne pas en être victime est de les éviter.

ÉQUIPEMENT

Si toutefois l’une d’elles vous surprend

par malchance, ce type de matériel

pourra vous sauver la vie.

Le circuit de la Norwegian Adventure Company promet trois jours de poudreuse.

1. UN AVALUNG

Cette sorte de tuba améliore l’apport d’air frais

si vous êtes prisonnier sous la neige. L’air chargé

de CO 2 est évacué, tandis qu’une valve filtre

l’oxygène extrait de la neige.

2. DVA (DÉTECTEUR DE VICTIMES D’AVALANCHE)

Cet émetteur de signal radio permettra aux sauveteurs

de vous localiser rapidement si vous vous retrouvez

bloqué(e) sous une avalanche.

3. SAC À DOS AIRBAG

Déclenché manuellement, l’airbag du sac à dos se gonfle

en quelques secondes. Le principe repose sur « l’effet

Noix du Brésil » selon lequel lorsqu’on mélange et secoue

des objets de différentes tailles, les plus gros émergeant

à la surface, très pratique donc en cas d’avalanche.

Bientôt, le MS Nordstjernen ressemble

à un jouet tant il paraît

petit avec la distance. Derrière lui,

le Higravtinden, plus haut sommet

de l’archipel des Lofoten avec

1 147 mètres, perce à travers le

brouillard. Ces montagnes constituent

une miniature des Alpes

occidentales. Abruptes et inaccessibles,

elles émergent du fjord

et s’élèvent vers le ciel. Sans la

présence de la mer, un pic de

800 mètres ressemblerait à s’y

méprendre à un 4 000 mètres

suisse. Dès le premier col, l’océan

surgit devant nous. Eau et îlots

s’étendent à perte de vue partout

où le regard se pose.

Le Gulf Stream maintient des

températures clémentes même au

cœur de l’hiver. En revanche, la

proximité de la mer rend la météo

très instable. Ainsi, tempêtes de

neige et éclaircies se succèdent

toutes les dix minutes. « Aux

Lofoten, nous pouvons vivre les

quatre saisons en une heure »,

explique notre guide Isaak. Soudain,

le vent se rafraîchit, tourne

rapidement à la tempête et nous

oblige à redescendre. Tels des

renards aux aguets, nous guettons

le moindre rayon de soleil soutenus

par l’optimisme d’Isaak, en

attendant de pouvoir réembarquer

: « Il ne va pas tarder à réapparaître.

» Et de fait, après quelques

virages, le MS Nordstjernen ressurgit

grandeur nature dans l’horizon

dégagé. La perspective d’une

douche chaude et d’un dîner nous

réjouit. Au menu : stockfish (filet

de morue séchée) des Lofoten et

steak de renne. Une fois à bord,

le MS Nordstjernen démarre son

moteur de 3 600 chevaux et gagne

le large où la houle devient de plus

en plus forte. Mieux vaut bien tenir

son dessert si l’on veut encore y

goûter. Nous mettons le cap au

nord en direction de Kvaløya en

passant par Vesterålen, où nous

nous réveillons paisiblement le

lendemain. Aujourd’hui, la météo

semble nous sourire et annonce

une embellie. Le temps de la traversée

en canot et le ciel s’est déjà

levé : à l’arrivée, c’est un soleil

radieux qui nous accueille au sommet

du Gråtiden (871 mètres).

Nous exultons un instant à

l’idée de ce qui nous attend : une

descente continue jusqu’à la plage

durant laquelle la mer reste en

ligne de mire. Chaque virage

devient alors un pur moment de

bonheur.

Découvrez les îles Lofoten à bord

du MS Nordstjernen :

norwegianadventurecompany.com

LUKAS PILZ SIMON SCHÖPF

84 THE RED BULLETIN


PHOTOS : T. HYTTE – KLIP PRODUCTION + MIRJA GEH PHOTOGRAPHY

METHOD

Un casque conçu pour résister aux impacts grâce à sa construction spéciale ABS

tri zone (mélangeant ABS, EPS et EPP pour faire face à plusieurs types d’impacts),

METHOD propose aussi des inserts en mousse EVA sur les zones où les impacts

se produisent le plus souvent pour une sécurité améliorée.

cebe.com


G U I D E

Faire.

gaming

LE VECTEUR FIFA

UN FOOTBALL

AMÉLIORÉ

Conçu pour devenir LE jeu de foot, FIFA

influence désormais le sport lui-même.

Lancé en 1993, il est devenu

le jeu sportif le plus populaire

au monde, avec plus de

280 millions de copies vendues.

Très proche du football réel, son

succès a fini par influencer la

réalité même de ce sport.

À présent, les clubs y prospectent

des recrues, les marques

s’y bousculent à coups de

contrats juteux et les footballeurs

pros y découvrent – pour leur

plus grand plaisir ou déplaisir –

leur classement au palmarès.

Avant de « goumer » vos potes ou

collègues de bureau lors d’une

partie endiablée, prenez quelques

minutes pour lire l’analyse de

Simon Parkin, expert de ce jeu

incontournable.

SON CLASSEMENT A DE L’ IMPACT

Avant le lancement annuel de FIFA,

EA, l’éditeur du jeu, publie une liste

des cent meilleurs joueurs établie par

9 000 analystes de datas (recruteurs,

coachs, abonnés) qui distillent les performances

de 18 000 pros en 34 attributs

personnels. Une liste tellement

influente que les recruteurs l’utilisent

dans leurs recherches de talents.

Sur FIFA 20, Lionel Messi, Cristiano

Ronaldo, Neymar Jr et Eden Hazard

occupent les premières places avec

ces notes respectives : 94, 93, 92 et

91. Pour d’autres, le résultat peut être

sévère : Rio Ferdinand a déclaré en

plaisantant qu’il démolirait les bureaux

d’EA suite à un mauvais classement.

UNE IMPORTANTE VITRINE

L’éditeur du jeu se démène pour obtenir

les droits des clubs, des joueurs, des

stades et des voix off de commentateurs,

mais reste très discret sur le coût

financier que tout cela représente pour

ce best-seller du gaming (certains

avancent des sommes à neuf chiffres).

Mais parfois l’argent ne suffit pas.

Cette année notamment, EA a perdu les

droits de la Juventus et a dû rebaptiser

l’équipe « Piemonte Calcio » même si

les ressemblances avec les joueurs

demeurent. Apparaître dans FIFA, n’est

pas qu’une question d’argent pour un

footballeur, c’est aussi un statut. Pour

FIFA 98 : En route pour la Coupe du

monde, la couverture avec David

Beckham « a contribué à faire de lui le

sportif le plus lucratif de la planète »,

déclarait en 2015 Andy Bell, fondateur

de l’agence Soap Box London.

PROFIL DE

L’EXPERT

SIMON

PARKIN

SPECIALISTE FIFA

Journaliste pour

The Observer,

l’Anglais explore

la culture gaming

depuis quinze ans.

Son livre A Game of

Birds and Wolves

raconte l’histoire

d’un groupe de

femmes ayant développé

un jeu de

stratégie pendant la

Seconde Guerre

mondiale qui aidera

les Alliés à déjouer

la menace des

sous-marins

allemands.

UN JEU MOTEUR POUR LE FOOTBALL

La popularité de FIFA dispense l’éditeur

EA de chercher le soutien actif de

grands noms. Ils s’en chargent naturellement

! La star de la NBA LeBron

James a posté sur Instagram une photo

de ses fils y jouant, avec en légende

: « Ce jeu est une tuerie ! » Et

Justin Bieber de chauffer le rappeur

Drake sur Twitter : « Je deviens bon à

FIFA. Fais gaffe. » De plus, le jeu accroît

l’intérêt pour le sport réel dans

des pays comme les USA. « Désormais,

explique Matt Prior, le directeur

créatif de FIFA, les gens viennent au

foot par le biais de notre jeu. »

LE MEILLEUR RESTE À VENIR

« Notre travail s’achèvera lorsque la

franchise EA Sports FIFA ne se distinguera

plus du football réel », déclare

Prior. Une quête qui suscite sur Reddit

des débats animés à chaque lancement.

« Certains aiment la version

simulation, d’autres des scoresfleuves

», ajoute-t-il. FIFA 20 met

l’accent sur l’intelligence du football

en améliorant l’IA du comportement

naturel et la dynamique de balle,

et ajoute Volta, un mode foot de rue.

En bref : l’avenir du foot numérique

a encore de belles années devant lui.

FIFA 20 est disponible sur PS4, Xbox

One, Nintendo Switch et PC ; ea.com

Injouable et jouable :

le Borussia Dortmund et

l’Anglais Jadon Sancho

sont au top dans FIFA 20.

IL AMÉLIORE LES JOUEURS PROS

Les joueurs pros jouent à FIFA pour

préparer leurs matches. L’attaquant

d’Everton, Alex Iwobi, déclarait qu’à

ses débuts, si un joueur d’une équipe

adverse lui était inconnu, il cherchait

son nom et son classement sur FIFA.

Après avoir arrêté un penalty de

Ronaldinho contre l’AC Milan en 2008,

le gardien de but italien Marco Amelia

a dit qu’il s’était familiarisé avec les

tirs de l’attaquant sur FIFA. « C’était

comme jouer contre lui à la PS, se souvient

Amelia. C’était très étrange. »

ELECTRONIC ARTS SIMON PARKIN

86 THE RED BULLETIN


Faire.

fitness

CONSEILS

PUREMENT

MENTAL

Rien de tel que

la tête pour pousser

le corps à aller

plus haut, plus vite

et plus loin.

LA VOIX

INTÉRIEURE

Maîtrisez et orientez

vos pensées avant et pendant

la course en utilisant votre

voix intérieure de manière

ciblée, par exemple en

répétant des messages

positifs qui vous aideront

à tirer le meilleur de vous.

PHILIP PLATZER/RED BULL CONTENT POOL, HARALD TAUDERER/RED BULL CONTENT POOL FLORIAN STURM

À 20 ans, Schiester fume et boit trop. Son médecin lui conseille de changer d’hygiène

de vie : il s’exécute. Un an et demi plus tard, il court le marathon de New York.

FORGER LE MENTAL

COURSE À

HAUT DEGRÉ

Ses perfs dans le désert propulsent Christian Schiester au

sein de l’élite de l’ultrafond. Retour sur un parcours gagnant.

Une séance de sauna après

un entraînement est une

excellente manière de

détendre les muscles, d’améliorer

la circulation sanguine et de se

vider la tête. Mais de là à transformer

le sauna en salle de gym…

Christian Schiester a osé, afin de

préparer son trail dans le désert.

Pour ce faire, l’athlète a installé un

tapis roulant et un vélo ergomètre

dans la cabine de bois chauffée à

60 °C, pour enchaîner ensuite trois

heures de pédalage intensif. « J’ai

bu jusqu’à quinze litres d’eau tout

en veillant à n’être jamais seul au

cas où », confie le sportif de 52 ans

qui, à l’époque, tenait déjà la

forme grâce à ses entraînements

« J’ai bu jusqu’à

quinze litres

d’eau tout en

veillant à n’être

jamais seul. »

Christian Schiester,

ultra-marathonien

Red Bull

OBJECTIFS

Mettez de côté la perspective

d’ensemble et focalisezvous

sur les éléments

clés que vous maîtrisez

déjà. Ça renforcera votre

confiance en vous.

REPRÉSENTATION

MENTALE

Visualisez aussi clairement

que possible la façon dont

vous accomplissez chaque

étape du défi. Plus cette

visualisation est précise,

mieux vous serez préparé

à sa difficulté.

disciplinés. « La préparation dans

le sauna vise à recréer les conditions

de course », explique l’Autrichien.

Une méthode qui porte ses

fruits. Lors de l’ultra-marathon en

Égypte, il accuse le coup sur une

dune, le thermomètre de sa

montre indique 60 degrés.

« J’étais très mal-en-point », se

souvient-il. C’est alors que sa voix

intérieure se manifeste : « Christian,

ce n’est pas le moment de

lâcher! Tu peux le faire. Après

tout, il ne fait pas plus chaud que

dans le sauna. » L’effet sur sa motivation

est immédiat. Il repart et

finit deuxième après 250 kilomètres

de course dans le désert.

christian-schiester.com La devise de Schiester : « Torture ton corps avant qu’il ne te torture !»

THE RED BULLETIN 87


G U I D E

Faire.

décembre

1

13

er au

décembre

Gotaga on Tour

Après la Rochelle et Marseille, Gotaga revient à

la rencontre de ses fans à Lille (Nouveau Siècle)

et Paris (Grand Rex). Pour eux, la chance d’approcher

celui qu’ils suivent assidûment dans

le monde digital, et d’assister en direct à des

parties endiablées de Fortnite où « Gota », des

gamers pro et ses potes vont pouvoir exposer

leurs skills. « Ses potes », ça peut être vous,

puisque certains membres du public seront

conviés à rejoindre le premier streamer français

sur scène et jouer à ses côtés. Pour assister

à ces soirées rares, il faut tester en ligne vos

connaissances sur le Français, et mettre la main

(chez Monoprix) sur les canettes collector à l’effigie

de la super star du gaming. À vous de jouer !

Lille et Paris ; redbull.com/gotaga

LA SEINE EST À VOUS !

Du 7 au 15 décembre, le Salon nautique transforme le Parc des expos de la

Porte de Versailles en plus grand port indoor de France. En 2018, 200 000 visiteurs

s’y sont pressés, sur 130 000 m² d’exposition (cinq halls) et ont eu la possibilité

de voir et visiter plus de 1 000 embarcations, à voile et à moteur, faisant

de 2 à 18 mètres de longueur. Cette année encore, le Nautic (aussi dédié aux

sports de glisse) propose une très belle activation hors ses murs avec une session

paddle sur la Seine, le 8 décembre : la Nautic Paddle. Pour cette dixième

édition, le waterman français de renom Arthur Arutkin sera présent, parmi les

centaines d’amoureux de l’eau venus savourer ce moment parisien d’exception.

Qui affrontera

Gotaga ?

Paris ; salonnautiqueparis.com/fr

18

décembre

Les Jedis de retour

Le rire du méchant suprême Palpatine

(alias Dark Sidious, alias l’Empereur)

à la fin du premier trailer de ce Star

Wars épisode 9 a fait sensation et

excité les fans de la saga de l’espace

la plus populaire de tous les temps.

L’insoutenable attente touche à sa

fin et cet Ascension de Skywalker

se pointe comme il se doit à quelques

heures des fêtes de fin d’année.

Si vous ne le saviez pas encore (estce

possible ?), vous voilà informés.

Que la Force soit avec vous !

Actuellement en salle ;

starwars.com

4 29

au 7 décembre

Coupe du monde

de ski cross

Des skieurs, par quatre, dévalent une

piste composée d’éléments naturels

ou artificiels (bosses, courbes relevées

ou tremplins) le plus vite possible.

Les Coupes du monde de ski cross,

femmes et hommes, reprennent avec

une première étape à Val Thorens.

Notez la participation de Jean-Frédéric

Chapuis, champion du monde 2013,

champion olympique de skicross à

Sotchi en 2014, Vice-Champion du

Monde 2015 et vainqueur du Globe

de Cristal 2015. Costaud !

Val Thorens ; valthorens.com

décembre

All Star Game

La recette du All Star Game du

basket français est garantie

100 % show et toujours à guichets

fermés, depuis dix-sept ans, dans

l’AccorHotels Arena. Le match

exhibition de la Pro A entre la

sélection française et celle des

meilleurs étrangers est le summum

d’une soirée où les concours de

dunks, de tirs et autres animations

font grimper l’ambiance. En attendant

la venue de deux équipes

NBA, Hornet et Bucks, dans cette

même enceinte en janvier.

Paris ; accorhotelsarena.com

TEDDY MORELLEC/ RED BULL CONTENT POOL

88 THE RED BULLETIN


Voir.

novembre / décembre

Le freestyle du Finlandais

Antti Ollila.

STEPHAN SUTTO, LUKAS PILZ/RED BULL CONTENT POOL, FUTURE7MEDIA/RED BULL CONTENT POOL

COLLECTIF,

EXTRÊME,

BAGARRE

Ce mois-ci sur Red Bull TV,

différentes approches du

sport et du dépassement :

le ski en mode plaisir et

collectif, le VTT en mode

extrême, et la moto en

mode baston.

REGARDEZ

RED BULL TV

PARTOUT

Red Bull TV est une chaîne de

télévision connectée : où que

vous soyez dans le monde,

vous pouvez avoir accès aux

programmes, en direct ou en

différé. Le plein de contenus

originaux, forts et créatifs.

Vivez l’expérience sur redbull.tv

25

novembre FILM

THE COLLECTIVE

Tourné à travers le monde, ce film emmène le spectateur

des sommets des Alpes bernoises aux neiges profondes

d’Hakuba, au Japon, en passant par la poudreuse sinueuse

de Colombie-Britannique, au Canada. Cinéastes et skieurs

de renom, dont Will Berman, Cody Cirillo, Caroline Claire,

Mac Forehand, Mathilde Gremaud, Alex Hall et Sarah Höfflin

unissent leurs objectifs individuels pour livrer un message

commun : le ski est une aventure collective.

12

novembre À LA DEMANDE

ROB WARNER’S

WILD RIDES

Rob Warner, ex-vainqueur de la Coupe du monde

de VTT et commentateur, rejoint la crème des

riders pour une échappée sur des terrains où nul

n’a encore osé s’aventurer.

4décembre À LA DEMANDE

WESS : LA FINALE

La World Enduro Super Series 2019 a trouvé son

épilogue dans l’enfer du Getzenrodeo. Pénétrez

dans les coulisses de la compétition à Drebach

en Allemagne, à la rencontre des top pilotes, les

héros d’une saison déjà culte.

THE RED BULLETIN 89


G U I D E

Classe

de neige

Quelle que soit votre neige

de prédilection ‒ trafollée,

profonde, damée ou

poudreuse intacte ‒ avec

ce matos, vous glisserez

avec style et affronterez

l’hiver en toute sérénité.

Photos DAVID CLERIHEW


Bonnet HELLY HANSEN

North Sea Ridgeline,

hellyhansen.com ;

lunettes de soleil OAKLEY

Clifden, oakley.com ;

veste BURTON Frostner et

gants Backtrack, burton.

com ; pantalon goretex

OAKLEY Alpine Shell 3L,

oakley.com ; sac à dos

HAGLÖFS Skrå 27,

haglofs.com ; planche

RIDE Warpig et

fixations Revolt,

ridesnowboards.com

91


G U I D E

Page opposée :

casque MARKER

Convoy+, marker.net ;

masque de ski OAKLEY

Fall Line XM Factory

Pilot Whiteout,

oakley.com ; veste

VOLCOM Fern

insulated goretex,

volcom.fr ; sac à dos

20L DAKINE Jamie

Anderson Women’s

Team Heli Pro,

dakine.com

Ci-contre :

bonnet HELLY

HANSEN Ridgeline,

hellyhansen.com ;

masque ZEAL

OPTICS Portal XL,

zealoptics.com ;

hoodie technique

FRISKI The Flo 2.0,

friskiwear.com ; veste

THE NORTH FACE

Purist Futurelight,

thenorthface.fr ; pantalon

JACK WOLFSKIN

Exolight Mountain,

jack-wolfskin.com ;

chaussures SCOTT

Celeste III, scottsports.com

; gants

Free Range BURTON,

burton.com ; skis

VÖLKL Secret Flat,

voelkl.com

THE RED BULLETIN 93


G U I D E

Ci-contre :

Casque OAKLEY

MOD1 et masque Fall

Line XL, oakley.com ;

écouteurs SKULL-

CANDY vert sans fil

à accrocher partout,

skullcandy.co.uk ;

veste PROTEST Gutter

Camo, protest.eu ;

pantalon goretex

VOLCOM Guch

Stretch, volcom.fr ;

gants THE NORTH

FACE Patrol Steep

Series, thenorthface.

fr ; skis SCOTT

Scrapper 105,

scott-sports.com

Page opposée :

casque MARKER

Convoy+, marker.net ;

masque SWEET PRO-

TECTION Interstellar,

sweetprotection.com ;

anorak unisexe

HAGLÖFS Edge Evo

Kurbits, haglofs.com ;

pantalon SCOTT

Explorair 3L,

scott-sports.com ;

moufles THE NORTH

FACE Thermoball,

thenorthface.fr ; sac à

dos OSPREY Kamber

16, ospreyeurope.com ;

bâtons de ski LINE Pin,

lineskis.com ; skis K2

Mindbender 88 Ti

Alliance, k2snow.com

Coiffure et maquillage :

SUSANA MOTA

Mannequins :

CONNAGH HOWARD,

ANNA SALOMAA

@ W Model Management

Assistants photo :

CHRIS PARSONS,

LISA BENNETT

94 THE RED BULLETIN


MENTIONS LÉGALES

THE RED

BULLETIN

WORLDWIDE

The Red Bulletin

est actuellement

distribué dans six pays.

Vous voyez ici la une de

l’édition allemande, qui

honore la star locale du

rap, le dénommé Bausa.

Le plein d’histoires

hors du commun sur

redbulletin.com

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris

part à la réalisation de The Red Bulletin.

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photos, illustrations et dessins qui engagent

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96 THE RED BULLETIN


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TRBMAG


Pour finir en beauté

L’arche de Felipe

Comme Pelé et Neymar avant lui, ses héros d’enfance, Felipe Gustavo voulait

devenir footballeur. En cours de route, il a fini par troquer le ballon pour une planche –

le reste fait partie de l’histoire du skate. Dans la vidéo All on Me, le Brésilien établi

aux USA revient sur les raisons et les choix qui l’ont poussé au sommet de son sport.

La vidéo est à voir sur redbull.com

Le prochain

THE RED BULLETIN

n° 95 disponible

dès le 19 décembre

2019

JONATHAN MEHRING/RED BULL CONTENT POOL

98 THE RED BULLETIN

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