Villégiature en Côte d'Azur - EPFL

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Villégiature en Côte d'Azur - EPFL

Villégiature en Côte d’Azur

Le village de vacances Le Merlier

de l’Atelier de Montrouge, 1959-1965

Charlotte Glatt

Enoncé théorique de Master - Architecture

Professeur Franz Graf, Directeur pédagogique

Yvan Delemontey, Maître epfl

Laboratoire des Techniques et de la Sauvegarde de l’Architecture Moderne

Environnement Naturel Architectural et Construit

Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne

16 Janvier 2012


L’architecture c’est mouler une tendresse sur une contrainte.

Louis Arretche

Couverture: Etude de l’élévation vers la mer

Collage Jean-Louis Véret, nd, vers 1960

ATM-D-59 162ifa 467 (CL-10-07-07-37)

dimension d’origine 50x75 cm

3


4

Table des matières

1INTRODUCTION & METHODOLOGiE

1SITUATION

1.1 - CO N T e x T e HIs T O r Iq U e

1.1.1 Les vacances pour tous

1.1.2 Scène architecturale

1.1.3 Architecture de loisir

1.2 - L’AT e L I e r d e MO N T r O U g e

1.2.1 Les protagonistes

1.2.2 Les études aux Beaux-Arts; affiliations et influences

1.2.3 Le diplôme et les premières affaires

1.2.4 Création de l’ATM; éthique et fonctionnement

1.2.5 Quelques réalisations et études significatives

1

8

12

18

30

40

46

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56


2 LE DOMAINE VOLTERRA

2.1 - CO N T e x T e

2.1.1 Situation géographique

2.1.2 La commande

2.1.3 Enquête de terrain et rapport préliminaire

2.2 - Le P r O j e T d’e N s e M b L e

2.2.1 Lignes directrices

2.2.2 Conception générale de l’aménagement

2.3 - Le v I L L A g e d U Me r l i e r

2.3.1 Caractères particuliers et références

2.3.2 Eléments du village

2.3.3 Implantation des habitations

2.3.4 Déroulement du chantier

2.3.5 Système constructif et matériaux

2.3.6 Décoration extérieure et végétation

2.3.7 Aménagements du bord de mer

2.3.8 Réception

1

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80

82

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104

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162

3 PROBLEMATIQUE ACTUELLE

3.1 - AC T U A L I Té T O U r Is T Iq U e e N Cô T e d’Az U r

3.2 - Le v I L L A g e A U j O U r d’H U I

3.2.1 Identité et esprit d’origine

3.2.2 Etat actuel et changements majeurs

3.2.3 Recommandations pour la sauvegarde

3.3 - Pr é M I s s e s d U Pr O j e T d e MA s T e r

3.2.1 Lignes d’intervention

3.2.2 Potentiels et manques

3.4 - CO N C L U s I O N

1BIBLIOGRAPHIE

5

1

164

166

168

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180


6

• Photo: cliché anonyme,

non daté, env. 1938-44

Bundesarchiv,

Image 146-1988-019-16

• Photo: E. Zühldorf, août

1958

Bundesarchiv,

Image 183-57446-0001

•Billet de train à prix réduit

avec image de la baie de

Nice, Chemins de fer Paris-

Lyon-Méditerranée (PLM),

vers 1914

INTRODUCTION ET METHODOLOGIE

Après la guerre le bouleversement est énorme et tous les

domaines de la société connaissent des révolutions, dans

un climat d’expansion sociale et économique, de questionnement

nouveau. L’architecture est impliquée dans la vie sociale

et politique et le mouvement moderne -dont les CIAM

sont les représentants- est en pleine effervescence.

La civilisation des loisirs voit le jour dans ce contexte. Le

nouveau mode de vie, le temps libéré pour les loisirs, modifie

le paysage. Impliquant des constructions nouvelles, le tourisme

de villégiature s’impose comme un terrain particulièrement

propice et innovant pour l’architecture moderne.

La côte d’Azur est un lieu d’intervention capital à la compréhension

de ce mouvement. Parmi de nombreuses réalisations

parfois célèbres, le village du Merlier -installé sur un

versant face à la mer au Cap Camarat- expose une attitude

des plus percutantes dans la variété des constructions de

l’époque.

Réalisation également majeure dans la production d’un atelier

parisien, l’Atelier de Montrouge (ATM); protagoniste important

d’une nouvelle modernité et association heureuse de

quatre jeunes architectes: Jean Renaudie, Pierre Riboulet,

Gérard Thurnauer et Jean-Louis Véret. Le projet du Merlier

témoigne, comme nous le verrons, de la dimension sociale

de l’habitat que matérialise leur architecture, du modèle

d’éthique professionnelle qui caractérise leur production ainsi

que de leur engagement particulier envers le site.

Le travail s’organise en trois parties:

La première partie propose de situer la réalisation; au regard

de son contexte tout d’abord -afin de comprendre le climat

politique, les préoccupations sociales et l’aménagement des

loisirs-, ainsi que du point de vue de l’architecture moderne

européenne.

Puis c’est au regard de la production de l’Atelier que nous

tenterons de situer le village du Merlier.


La présentation des architectes de l’Atelier

de Montrouge permettra de mieux sentir leur

démarche; leur formation, tout d’abord, particulièrement

digne d’intérêt, puis leur parcours

professionnel, tant collectif qu’individuel -et les

relations qu’entretiennent ces deux parts de

leur production.

Le développement de l’analyse ciblera le projet

du Merlier en particulier, rappelant toutefois l’importance

du projet d’ensemble auquel il aurait

dû appartenir. Les qualités d’ordre conceptuel

de l’œuvre seront mises en lumière, puis

les particularités construites seront décrites;

la conception des espaces du village et des

trente-cinq villas.

Enfin il sera traité de l’actualité; la région, le village,

et la situation économique, sociale et politique

qui le concernent. Il s’agira d’établir à quels

besoins programmatiques devra faire face un

projet d’intervention. En vue d’un projet, nous

essaierons de tirer de cet enseignement ses

prolongements dans le présent; afin de proposer

une intervention qui poursuit la digne

logique qui prévalait à cette réflexion, que l’on

découvrira «fortement inachevée».

Afin d’établir la possibilité d’un projet d’intervention,

il s’agit de réunir les fondements de

connaissances solides afin de comprendre

l’esprit d’origine. C’est sur la base de documents

d’archives, du fonds des architectes,

de reportages photographiques et également

d’un relevé de l’existant et de rencontres avec

certains des protagonistes, que se comprend

la réalisation, son contexte, son programme,

sa réception. Pourront alors être établies quelques

pistes pour la conception d’un projet de

sauvegarde et d’aménagements futurs.

7


Notre but simple et humain,

est de permettre aux masses

de la jeunesse française de

trouver dans la pratique des

sports, la joie et la santé et

de construire une organisation

des loisirs telle que les

travailleurs puissent trouver

une détente et une récompense

à leur dur labeur.

Léo Lagrange, sous-secrétaire

d’État à la jeunesse et

aux loisirs, lors d’un discours

radiodiffusé, le 10 juin 1936

8

• Affiche publicitaire de la

Confédération Générale du

Travail (CGT) pour la semaine

de quarante heures

mai 1936

1

SITUATION

1.1 - CO N T e x T e HIs T O r Iq U e

1.1.1 Les vacances pour tous

Après la guerre, le traumatisme se dissipe lentement. Le pays,

dévasté, entame une période de reconstruction des villes détruites

et le gouvernement a bientôt à faire face à une pénurie de

logement sans précédent. Malgré ce climat difficile, le pays s’industrialise

et s’urbanise à un rythme soutenu et, petit à petit, une

période d’essor économique voit à nouveau le jour.

La deuxième partie des années cinquante voit naître un phénomène

nouveau: les vacances balnéaires prennent de l’ampleur.

Le tourisme et les loisirs -réservés à l’élite auparavant- se

démocratisent et se généralisent jusqu’à devenir un phénomène

de masse. La villégiature, dont les prémisses apparaissent déjà

dans des sociétés plus anciennes, commence réellement à se

développer au 19 ème siècle 1 , destinée uniquement à la classe sociale

la plus élevée, souvent à des fins médicales. La côte d’Azur

accueille ainsi une villégiature d’aristocratie et haute bourgeoisie

européenne, anglaise et russe en particulier.

La villégiature demeure ainsi réservée aux catégories privilégiées

jusqu’à l’entre deux-guerre et les mouvements ouvriers, les réfor-

1 voir Maisons de vacances en Europe, Bernard Wolgensinger,

Ed. Office du Livre, Fribourg, 1968, p.6: «(...) ainsi naissent les châteaux,

les palais, les hôtels, les pavillons de chasse, les demeures diverses

plus ou moins somptueuses qui transforment le visage de l’Europe.

Cet état de choses, dont seules jouissent les classes privilégiées,

durera jusqu’au 19ème siècle. L’éclatement des structures politiques,

la naissance de l’industrie, portent alors en germe, la mutation vers le

bien-être, promis à beaucoup d’hommes du siècle actuel»


• Photographies actuelles des

côtes -touristiques- espagnoles;

Costa Brava, plage de

Marbella, Benidorm

«Dans la région de Valence

(est) et de Huelva (sudouest),

la zone côtière, à savoir

la bande de terre de 2 kilomètres

longeant la mer, est

construite à environ 50%.»

Première Loi Littoral 1969.

«La loi Littoral espagnole

de 1988 avait été présentée

comme l’instrument juridique

capable de réintégrer

dans le domaine public les

espaces côtiers urbanisés

illégalement et d’étendre

sensiblement les périmètres

non constructibles. Deux décennies

plus tard, le bilan est

mitigé, en particulier sur la

façade méditerranéenne. En

effet, en l’absence d’une politique

intégrée du littoral, il

est très difficile de mettre en

œuvre cette loi d’une grande

complexité technique et juridique,

suscitant en outre

une forte résistance sociale.

Plus globalement, les aléas

de la loi Littoral mettent en

lumière les enjeux, les modalités

et les difficultés de la

gestion de l’urbanisme côtier

en Espagne.»

Extrait de l’article «Vingt ans

d’application de la loi Littoral

en Espagne. Un bilan mitigé»

de Francisco José Torres

Alfosea dans Méditerranée

n°115, p.9-19

10

mes sociales initiées par le Front populaire 2 : réduction du temps

de travail, apparition des congés payés,... Ce droit accordé aux

citoyens induit une nouvelle conception du temps libre et un

changement des pratiques sociales; la demande formulée dépasse

largement la capacité des stations existantes; le secteur

des services explose, les vacances balnéaires, amorcées avant la

guerre, sont maintenant une préoccupation pour la société française

3 .

Le développement du chemin de fer 4 est un déterminant important

de la création et du fonctionnement des premières stations,

balnéaires et thermales. Ensuite la diffusion de l’automobile 5 -et

des infrastructures routières- permettent à la cellule familiale de se

déplacer individuellement, hors des limites imposées jusqu’alors

par la position des voies ferrées et des gares. Les vacances

sont devenues accessibles. Certaines stations balnéaires, témoins

du modèle de la station du second empire en front de mer

-comme Nice, Deauville, ou Brighton,...- deviennent également

à ce moment là des destinations estivales, d’ailleurs encore en

vogue aujourd’hui. Néanmoins il n’y a pas, au niveau national,

d’offre touristique suffisante pour l’hébergement d’une «clientèle

en puissance de deux millions et demi de touristes qui traverse

2 Le Front populaire qui arrive au pouvoir en 1936, doit répondre

aux aspirations du monde ouvrier qui a salué sa victoire par des

grèves générales. Les accords Matignon, de juin 1936, donnent aux

Français de nombreuses réformes sociales dont notamment 15 jours de

congés payés et l’augmentation immédiate des salaires.

3 «Le droit aux vacances va de pair avec cette accélération

du rythme de la vie, ainsi que l’enjeu économique non négligeable à

l’échelle du pays», la Documentation française, Le tourisme, un phénomène

économique, Pierre Py, 2002.

4 1860 Paris Lyon Méditerranée PLM, 1879 Nouvelles lignes locales,

1885 Companie des chemins de fer du Sud SF, 1905 Ligne Toulon

St Raphaël, Compagnie des chemins de fer de la Provence CP.

5 La voiture individuelle est en Europe le premier mode de

transport pour les vacances. Depuis une vingtaine d’années un changement

brusque s’est opéré dans le mode de transport: l’avion, presque

inaccessible au début des années 80, est aujourd’hui démocratisé. Accessible,

confortable, rapide,... (Aéroports de Nice, Marseilles, Montpellier,

Nantes) Tourismes en Europe, Action touristique, Jean-Pierre

Pasqualini, Bruno Jacquot, Ed. Dunod, 1992.


chaque année la France pour aller chercher

(en Espagne) les installations et équipements

qui manquent encore sur la côte française 6 ».

La région méditerranéenne possède un énorme

capital touristique. Par sa position centrale

en Europe, elle se révèle une destination

idéale pour un grand nombre de vacanciers à

la recherche du soleil, européens de classe

moyenne. La politique française de développement

tend à spécialiser les différentes régions.

En Languedoc-Roussillon s’ensuit une

politique d’aménagement et le développement

d’unités touristiques de grande ampleur, destinées

à tous. Tandis que la Côte d’Azur, déjà

très urbanisée, va continuer à servir un tourisme

plus haut de gamme et en plus petites

unités.

L’arrivée massive et grandissante de vacanciers

implique diverses structures d’accueil

et projets d’aménagements. De nombreuses

constructions fleurissent et, assez vite,

le principe d’urbanisation adopté ailleurs 7 est

réfuté. C’est en Espagne que les premières

infrastructures balnéaires ont vu le jour (Costa

Brava, Costa del Sol); le littoral est urbanisé

de manière continue, et le résultat, une mince

bande d’édifices dense le long de la plage, est

exclu par le gouvernement français, qui veut

développer ses propres programmes de loisirs

autrement.

6 «L’aménagement touristique du littoral

du Languedoc-Roussillon» Notes et études documentaires

n° 3326, octobre 1966, La Documentation

Française.

7 Alignement d’hôtels le long de la plage;

Espagne, Mer Noire (Bulgarie,Roumanie),

USA. Tant an LR qu’en PACA, on cherche dès lors

d’autres modèles d’implantation, moins destructeurs

du territoire littoral.

11


• Couverture de l’ouvrage de

Le Corbusier Manière de penser

l’urbanisme / Urbanisme

des CIAM

ASCORAL, Paris, éd. de

l’Architecture d’Aujourd’hui,

1946

Illustration dans La Modernité

critique, Autour du CIAM9

d’Aix-en-Provence, sous la

direction de Jean-lucien Bonillo,

Claude Massu et Daniel

Pinson, éd.Ibernon,2006,

L’écho des CIAM, p.22

12

• Croquis pris sur le vif par

Guy Rottier à l’occasion de

la fête donnée le 25 juillet

1953, sur le toit terrasse

de l’Unité d’habitation de

Marseille, pour clôturer le

CIAM9.

• Photo: les congressistes au

travail à l’école des arts et

métiers d’Aix-en-Provence,

archives FLC, photo: L.

Sciarli

Ces deux images illustrent le

texte de Jean-Lucien Bonillo,

«La Modernité en héritage:

mythes et réalités du CIAM9

d’Aixx-en-provence» issu du

même ouvrage.

1.1.2 Scène architecturale

La seconde moitié du 20 ème siècle, période de mutations importantes,

se traduit du point de vue de la théorie architecturale, par

à un bouleversement dans le mode de pensée. Dans l’aprèsguerre,

faisant écho aux chantiers de reconstruction 8 et aux réalisations

de grands ensembles, on assiste à un changement des

perspectives qui mènera les architectes à une révision, plus ou

moins radicale, des principes modernes -puristes- de la ville et de

l’habitat.

La démographie explose, les villes se densifient, les banlieues

grandissent. Les villes dévastées sont reconstruites et c’est

l’occasion de repenser leur urbanisme 9 . Comme au coeur du

débat politique de l’époque, la question des mal-logés français

envahit la scène architecturale. L’habitat de masse marque

l’époque, mais les architectes de la nouvelle génération commencent

à dénoncer la monotonie et la rigidité des réalisations -faites

dans un contexte d’urgence et d’économie maximale- en s’orientant

vers des pistes plus humanisées, subjectives et moins

universelles. Les théories de l’entre-deux-guerre sont sujettes à

critique 10 , le débat se renouvelle et une variété formelle et conceptuelle

nouvelle apparaît.

8 Un appareil d’Etat se met en place, avec la création en 1944

du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, le MRU, dirié par

Raoul Dautry puis Eugène Claudius-Petit.

L’ASCORAL, grille CIAM d’urbanisme, reconstruction rénovations,

grands ensembles ou unité de voisinage, ZUP / tours et barres / procédés

d’industrialisation, préfabrication, béton léger -procédé Camus-

cf. Shape village

9 Le comité d’urbanisme au sein du MRU rassemble des figures

de l’époque; Auguste Perret, André Leconte, Pierre Paquet, André

Lurçat et Le Corbusier en font partie. Auguste Perret au Havre, André

Lurçat à Maubeuge et Saint-Denis, le Corbusier et Saint-Dié, Louis

Arretche à Saint-Malo AA n°2 «solutions d’urgence»; André Bruyère,

Prouvé-Jeanneret voûte sans charpente.

10 «l’utopie technicienne poussée a l’extrême dans l’entre-deux

guerre cède sa place naturellement au caractère de la réalité: on ne

nourrit plus l’aspiration à un ordre parfait, mais un monde perfectible.

La dimension du temps, du changement, de la contingence historique

est réintroduite dans le projet,...» cf Mangeat


L’histoire de l’architecture du 20 ème siècle est

indissociable des celle des CIAM 11 . Cette crise

de la modernité se manifeste fortement lors

du CIAM9 d’Aix-en-Provence en 1953, qui

sera défini comme «un congrès de transition»

par les historiens et qui reflète cette volonté

de renouvellement des théories architecturales.

A propos du CIAM9 dont le thème est «la charte

de l’habitat», la citation suivante explique le

climat contestataire de la nouvelle génération:

«Au lieu d’être un événement destiné à confirmer

délibérément l’hégémonie de l’architecture

moderne, le congrès s’est achevé dans

la confusion. Aucune décision ne fut prise

concernant une nouvelle Charte de l’habitat, et

une nouvelle génération de membres jeunes

se révéla être très critique envers l’avant-garde

désormais institutionnalisée de l’architecture

moderne 12 .»

11 Congrès Internationaux d’Architecture

Moderne

Les CIAM d’avant guerre: 1928 - CIAM I, La Sarraz,

Suisse, Fondation du CIAM, 1929 - CIAM II,

Francfort-sur-le-Main, Allemagne: Habitat à loyer

modéré,1930 - CIAM III, Bruxelles, Belgique: méthodes

rationnelles pour la construction de groupements

d’habitation, 1933 - CIAM IV, Athènes,

Grèce; la ville fonctionnelle (ou la Charte d’Athènes),

1937 - CIAM V, Paris, France, 1947 - CIAM VI,

Bridgwater, Royaume-Uni.

Et les CIAM d’Après guerre: 1949 - CIAM VII, Bergame,

Italie,1951 - CIAM VIII, Hoddesdon, Royaume-Uni,

The Core, processus de recentralisation,

1953 - CIAM IX, Aix-en-Provence, France, 1956 -

CIAM X, Dubrovnik, Yougoslavie, 1959 - CIAM XI,

Otterlo, Pays-Bas, dissolution des CIAM organisée

par Team X

12 Le présent de l’utopie: la grille de réidentification

urbaine d’Alison et Peter Smithson,

Dirk van den Heuvel (texte ds LA MOD CRIT)

13


• «Recherches des normes

particulières aux populations

musulmanes permettant

de déterminer utilement

certains éléments de base,

échelle des constructions,

équipements du logis, hauteur

des vues, rangements,

qualité des sols»,

Analyse du bidonville de Mahieddine,

Roland Simounet,

groupe CIAM-Alger, document

présenté au CIAM9 d’Aix-en-

Provence, 1953.

• Etraits de la grille de «réidentification

urbaine», Alison

et Peter Smithson, présentée

par TEM10, 1953.

ömergence de la notion de

jeux dans la ville; photographies

de Nigel Henderson.

• Alison et Peter Simthson,

Projet de concours pour

la Golden Lane, Londres,

esquisse de façade et coupe,

1952.

14

La nouvelle génération d’architectes remet en question les principes

de la Chartes d’Athènes, mais la polémique qui a lieu ne réfute

néanmoins pas totalement les idées du Mouvement moderne,

auquel on reste tout de même fidèle. La modernité architecturale

de l’avant-garde vantait les potentiels du monde industriel, pour

ses possibilités de standardisation et de rationalisation. La tendance

purement fonctionnelle est reconsidérée, le progrès

hygiéniste s’humanise. En matière de logement, la transition

qui se fait sentir au début des années cinquante est due à la

recherche de l’épanouissement de l’individu dans la collectivité.

On met en avant la qualité de la vie pour l’habitant, son confort,

son bien-être, avec des intentions de plus de finesse dans la

socialisation.

Le thème du congrès est précisément «la Charte de l’habitat» 13 . De

nouvelles propositions sont présentées 14 , une distance évidente

prend corps entre deux générations. Des groupes se constituent

et proposent de nouvelles pistes de réflexions et orientations pour

la création architecturale: ATBAT-Afrique 15 , CIAM-Alger 16 , Team10,

MARS, GAMMA,... . Leur membres partagent des critiques envers

les positions établies par la modernité de l’entre-deux-guerre.

Parallèlement l’Art Brut de Jean Dubuffet «qui ne revendique rien

de moins que de dépasser les conventions de l’art dit culturel 17 »,

semble attester dans l’art, des aspirations semblables de remise

en question des dogmes établis.

13 voir la Charte de l’habitat de Vladimir Bodiansky, qui traite de

«l’aspect précaire, temporaire et variable du domaine bâti, tandis que

la charte d’Athènes considère son aspect durable sinon permanent» cf.

«CIAM IX, Aix-en-Provence, juillet 1953», AA n°49, octobre 1953

14 31 pays sont représentés par 250 participants

15 Atelier des bâtisseurs, fondé en 1947 par Le Corbusier au moment

de l’obtention du mandat pour la cité radieuse, dirigé par Bodiansky,

qui ensuite crée une filiale, l’ATBAT-Afrique, dont font partie

Georges Candilis, . (cf. §1.2.2)

16 Quelques interprétations récentes assimilent la participation

de Roland Simounet et la proposition du groupe CIAM_Alger (...) à

l’émergence de la critique des préceptes corbuséens qui régissaient

les CIAM depuis leur création. cf. L’expérience du bidonville: Roland

Simounet et le CIAM-Alger, texte de Richard Klein, dans La Modernité

critique, Autour du CIAM9 d’Aix-en-Provence.

17 cf Lucan p.154


«L’homme peut aisément

s’identifier à son propre

foyer, mais malaisément

avec la ville dans laquelle il

est situé. “L’appartenance”

est un besoin affectif

primordial – les associations

en sont l’ordre le plus simple.

De “l’appartenan-

ce” – l’identité – vient le

sens enrichissant du voisinage.

La rue étroite et courte

des taudis réussit là où des

rénovations sans densité

échouent bien souvent.»

A. et P. Smithson cités par K.

Frampton, Histoire critique

de l’architecture moderne,

Philippe Sers, Paris, 1985, p.

253-254.

à gauche:

• schéma d’organisation

«agglutinant» et cellulaire

de l’orphelinat d’Amsterdam

(1955-60), Aldo van Eyck

16

• vue aérienne du marché

couvert en Tunisie

• maquette de l’orphelinat

d’Amsterdam 1960-61 d’Aldo

van Eyck

à droite:

• Alison et Peter Smithson.

étude pour Londres, 1953,

développement du projet

pour Golden Lane, figure

extraite de l’article de Théo

Crosby «Alison&Peter Smithson»,

Uppercase n°3 1960

• Alison et Peter Smithson,

concours de Berlin Hauptstadt,

1957

• Candilis, Josic et Woods:

plan d’en-

semble de Toulouse-Le Mirail

projet 1961

Ce sont donc toutes les règles de composition, structurant la

base du projet, qui sont au centre des explorations.

Concrètement, les conventions -devenues presque «classiques»-

d’analyse urbaine sont remises en question par Alison et Peter

Smithson, qui proposent une réidentification des échelles d’interactions

sociales; ils substituent aux quatre catégories de la ville

fonctionnelle -habiter, travailler, se cultiver et circuler- établies

par Le Corbusier pour la Charte d’Athènes 18 , quatre niveaux d’association

humaine; la maison, la rue, le quartier et la ville.

De la richesse des grilles présentées 19 au congrès d’Aix-en-Provence,

émergent de nouvelles structurations de l’ensemble; les

parties s’articulent en unités de voisinages, regroupant les cellules

d’habitation. Des projets de nappes et mégastructures

sont présentés, des trames, des approches sociologiques et anthropologiques,

l’émergence de la notion de jeux, d’espaces

de socialisation, d’espaces de transition. La recherche s’oriente

vers des principes d’une architecture ouverte, flexible et évolutive.

Des formes d’organisation sont développées; Ainsi de nouveaux

concepts d’assemblage sont mis en avant, le cluster, le web, le

stem (tige).

Nous évoquerons par la suite les tendances qui apparaissent

alors; brutalisme, régionalisme, vernaculaire 20 (§2.3.1).

Au fil des chapitres, certaines de ces tendances sont évoquées

afin de comprendre le contexte dans lequel les membres de l’ATM

évoluent au début de leur carrière, afin de déceler les notions qui

peuvent se trouver dans leur production à venir.

18 La Charte d’Athènes, publiée par Le Corbusier en 1943 acquiert

une influence considérable; ses principes, définis lors du 4 ème

CIAM 1933 énoncent des principes d’orientation, d’implantation, de

logement révolutionné sensé être appliqués à toute conception de logements.

19 Nous reviendrons sur l’analyse présentée par le groupe CIAM-

Paris sur l’étude de Boulogne-Billancourt.

20 Le régionalisme comme réponse à l’universalisme et du style

international de l’architecture occidentale contemporaine. Universalisme

et régionalisme, Lewis Mumford et The regional approach, Siegfried

Giedon.


• carte des régions françaises

avec indication des axes

routiers principaux

pages suivantes

• cartes postales d’époque,

Nice et Cannes

http://cartesplm.canalblog.

com/

18

1.1.3 Architecture de loisir

L’architecture de loisir -et du temps libéré- s’entame par de nouveaux

programmes d’équipements lancés dès la fin des années

cinquante; maisons de jeunes, théâtres ou centres culturels. Dès

le début des années soixante l’échelle d’intervention s’élargit considérablement

et c’est au niveau national que des programmes de

grande ampleur sont planifiés: aménagements touristiques, villages

de vacances et clubs, complexes hôteliers,...

L’architecture qui se dessine au profit de cette civilisation du

loisir naissante, compose avec l’arrivée massive de vacanciers

-en répondant à leur besoin en urbanisation- tout en essayant de

sauvegarder le lieu.

Le projet de loisir est un terrain d’expériences qui fait appel à plus

d’imaginaire et de rêve que d’autres programmes de logement;

les vacances -pause dans le quotidien laborieux- proposent une

manière d’aborder différemment la question de l’habitat. La maison

de vacances est moins conventionnelle que la maison traditionnelle

car elle réfère à un moment d’exception. Les réalisations

reflètent les divers courants qui sont en train de faire évoluer l’architecture.

La suite de ce chapitre propose d’entrevoir la variété des réponses

des architectes sur le thème de l’hébergement -collectif-

de villégiature afin de situer le village du Merlier au regard de

réalisations qui lui sont contemporaines et proches.

Le choix, non exhaustif, est porté sur des réalisations célèbres;

de grande ampleur et sculpturales, ou alors plus intégrées localement.

Les maisons individuelles ont été exclues de la sélection,

ainsi les opérations choisies sont:

1° Le domaine du Gaou-Bénat; le village des Fourches (1958-

75) qui s’efface devant la nature. (PACA - Var)

2° La Grande Motte (1962-67), mégastructure lyrique. (LR -

Hérault)

3° Port-Grimaud (1966-72), cité lacustre au style provençal,

régionalisme «rétrograde» (PACA - Var)

4° L’ hôtel Caravelle: réalisation «baroque» d’André Bruyère

81960-62) (Guadeloupe)


Br e ta g n e

Basse

No r m a N d i e

Pay s d e

Lo i r e

AquitAine

Po i to u

Ch a r e n t e s

Ha u t e

No r m a N d i e

Ce n t r e

Limousin

Mi d i Pyrénées

No r d

Pa s-d e-Ca l a i s

Pi c a r d i e

Ile-d e-f r a n c e

Au v e r g n e

La n g u e d o c

Ro u s s iL L o n

Ch a m pa g n e

ar d e n n e

Bo u r g o g n e

Lo r r a i n e

f r a n c h e

co m t é

Rh ô n e Al p e s

PR o v e n c e

aL P e s

cô t e d’a z u R

Al s A c e

Le MerLier

19


• Andé Lefèvre-Devaux et

Jean Aubert, Domaine du

Gaou-Bénat (1958-1975)

Vue générale de l’un des

hameaux, image parue dans

L’architecture du XXème

siècle dans le Var, La patrimoine

protégé et labellisé,

Ed. Ibernon, 2010

• vue vers l’est du Village

des Fourches,

voir http://www.gaou-benat.

com/

• dessin élévation d’une villa

inplantée latéralement dans

la pente, voir http://www.

gaou-benat.com/

• Plaquette publicitaire

du promoteur François

Leredu&Cie pour le Domaine

du Gaou-Bénat, au Cap Bénat,

Bormes-les-Mimosas.

Vue intérieure du séjour.

22

La côte française sur la Méditerranée s’étend de Perpignan à

Menton sur plus de 600km et traverse des régions bien différentes

les unes des autres. A la fin des années cinquante, leur

aménagement n’a pas subi la même évolution ; en Côte d’Azur

on mentionne une «urbanisation galopante», bien que la région

ressente, dans l’immédiat après-guerre, un certain essoufflement

économique. La Côte d’Azur retrouve à peine sa clientèle.

André Lefèvre et Jean Aubert, deux jeunes architectes varois 21 ,

apportent une réflexion sur le mode de vie contemporain dans

leur région. Ils développent une architecture en grand respect du

paysage, en relation étroite avec la nature. Au Do m a i n e D u Ga o u-

Bé n at 22 (Bormes-les-Mimosas) ils réalisent (1958-1975) un plan

d’aménagement pour 600 maisons sur un terrain de 160ha de

pinède en pente douce vers la mer; certaines maisons sont regroupées

en un village -Le village des Fourches, labellisé patrimoine

du XX ème .

Les deux architectes interviennent sur un site objectivement beau

qu’ils veulent ne pas blesser par des constructions trop arrogantes

-à l’instar de tant de réalisations de la région. Leur démarche

est subtile et cherche la discrétion par tous les moyens; utilisation

de la pierre locale pour des volumes bas et intégrés dans la

pente, sol naturel qui recouvre les toitures,...

Leur intervention évoque une architecture de la disparition qui

s’intègrent au paysage par camouflage.

Cette démarche architecturale révèle une proximité avec le village

du Merlier (implantation dans la pente, emboîtement de cellules

en duplex, pierre locale et béton apparent); le projet instaure toutefois

un zoning (zone de parcelles individuelles, zone réservée à

un centre commercial et un club, zone de village) et sa volonté

d’amoindrissent maximal de l’impact des constructions est bien

plus radical.

21 Elèves de Louis Arretche é l’instar de Pierre Riboulet, Gérard

Thurnauer et Jean-Louis Véret

22 voir http://www.gaou-benat.com/ et film: «Les terrasses du

Gaou-Bénat», Odile Jaquemin, Jean-Louis Paccitto, et Christian Girier,

2001, 21’, MALTAE. Exposition à la villa Noailles en 2009.

Les terrains sont achetés en 1956 par le promoteur François Leredu, le

même qu’à Camarat...


A quelques kilomètres de là, au fond du golfe

de Saint-Tropez, une étendue marécageuse

et infestée de moustiques, sera transformée

en village maritime; Po r t-Gr i m a uD , réalisé à

partir de 1966 23 par l’architecte français François

Spoerri qui voulait en faire la cité lacustre

de ses rêves.

Chaque maison, de ce village construit de toutes

pièces, est desservie par voie terrestre et

par un quai à l’arrière de la maison, où l’on peut

ancrer son bateau. Entièrement dédié aux plaisanciers,

le site comprend plusieurs commerces

-sous les arcades- et une église. Le site

n’était pas ici accueillant de prime abord, mais

son potentiel était certain. Après de lourds

travaux d’assainissement et d’aménagement,

l’endroit a été transformé en cité lacustre, inscrite

aujourd’hui au Patrimoine du XX ème . Surommée

aujourd’hui «la Venise Provençale»,

le ville, devenu une attraction touristique,

attire quotidiennement un grand nombre de

visiteurs.

«Loin de l’architecture dite contemporaine, Port

Grimaud, s’intègre pleinement au paysage,

comme s’il s’était construit spontanément, afin

d’apporter à ses habitants une harmonie totale

24 ». Ce point de vue discutable atteste d’un

choix qui diffère franchement de laproblématique

du village du Merlier étudié plus loin; à

Port-Grimaud sont importées des références

à des figures traditionnelles et vernaculaires

provençales.

23 Les premières maisons sont livrées en

juillet 1967

24 Note publicitaire de l’office du tourisme

du village

23


• Plaquette publicitaire

du promoteur François

Leredu&Cie pour le Domaine

du Gaou-Bénat, au Cap Bénat,

Bormes-les-Mimosas.

Vue intérieure du séjour.

24

• vue de Barcarès

pix: http://archipostcard.

blogspot.com/2008_07_15_

archive.html

• Vue aérienne de Barcarès

vers 1964, cliché anonyme:

http://albogdan.perso.sfr.fr/

barcareshistoriq.html


Parallèlement à ces deux projets d’ampleur encore

raisonnable, des opérations de stations

balnéaires sont menées -par l’Etat- dans la

région voisine du Languedoc-Roussillon. Six

«unités touristiques» y ont été prévues et se

destinent à accueillir un million d’estivants.

Les terrains choisis pour l’implantation sont inhospitaliers;

plats, vierges et infestés de moustiques

-marécages, forets, agriculture extensive

à faible rentabilité. Il s’agit de les rendre

habitables et de les transformer en sites destinés

aux loisirs; de véritables villes accueillantes

et dynamiques. Le site offre le soleil, une mer

chaude, des plages, mais manque de toute

infrastructure d’accueil pour ses vacanciers.

La région, défavorisée et presque désertique,

sera donc vouée aux loisirs de masse, afin de

satisfaire le droit aux vacances «populaire

et digne 25 ». Ce projet social est destiné aux

classes moyennes françaises et étrangères.

Dès 1959 une étude marque les premières

démarches étatiques 26 . En 1963 est établi et

25 Echo des préoccupations sociales de la

période gaullienne.

26 Les solutions adoptées par la Côte d’Azur

(le littoral espagnol, italien, grec ou bulgare) sont

réfutées. «Ne pas occuper de manière désordonnée

et continue le littoral» et préserver dans la même

idée les sites naturels et historiques en instaurant

en «alternance des zones vouées à l’accueil de vacanciers

avec des zones laissées à l’état de nature,

inaccessibles et préservées». Ne pas submerger la

côte ou «violer l’innocence d’une nature encore

intacte». Les stations de montagne sont d’ailleurs

définies comme «fonctionnellement perfomantes

mais urbanistiquement déficientes».

Extraits tirés de L’aventure du balnéaire. La Grande

Motte de Jean Balladur, Claude Prelorenzo et

Antoine Picon, Ed. Parenthèses, 1999

approuvé le plan d’aménagement d’ensemble

du Littoral. L’Etat 27 prévoit la création ex nihilo

de nouvelles stations balnéaires -englobant

parfois les petites stations existantes-, véritables

villes auto-suffisantes destinées au

loisir, et prend en charge les équipements généraux:

autoroutes, rocades d’accès et terrassements,

19 ports de plaisance, démoustications

(dès 1958), endigage et assèchement,

boisement... La nouvelle vocation touristique

de la région se précise 28 , une véritable industrie

du tourisme se met en place.

«De mois en mois, le paysage du littoral se modifie.

Partout, des voies rapides de liaison sont

construites, des voies secondaires en doigts

de gants permettant ensuite de pénétrer dans

les futures stations. Une fois les infrastructures

réalisées, les premières constructions démarrent

en septembre 1966 à la Grande Motte,

en 1968 à Port-Camargue, Port-Leucate et

à Port-Barcarès, en 1970 à Carnon, à Cap

d’Agde et Saint-Cyprien, en 1974 à Gruissan

29 ».

27 Voir la Mission interministérielle (1963-

1983) d’aménagement touristique du littoral du

Languedoc-Roussillon, «mission Racine». Port-Camargue,

la Grande-Motte, Le Cap d’Agde, Gruissan,

Port Leucate, Port Barcarès et Saint Cyprien.

28 L’aménagement touristique du littoral

du Lanquedoc-Roussillon, Notes et Etudes Documentaires,

n°3326, 13 octobre 66, La Documentation

francaise et «Aménagement touristique du

Littoral languedoc-Roussillon», Techniques et Architecture,

série 31, n°2 novembre 1969

29 Voir L’aménagement touristique de la

côte du golfe du lion, texte paru dans Deux siècles

de tourisme en France (direction Jean Sagnes),

Presses universitaires de Perpignan, 2001.

25


• Les zones d’aménagement

de la région Languedoc-

Roussillon, illustration dans

L’aventure du balnéaire, La

Grande Motte de Jean Balladur,

Claude Prelorenzo et

Antoine Picon, 1999, p.34

•plan d’aménagment de la

villenouvelle de la Grande

Motte, 1963, illustration dans

La Grande Motte, l’architecture

en fête ou la naissance

d’une ville, Jean Balladur,

Ed. Espace SUD, 1994

Page de droite

• Esquisse définitive de

l’aménagement de la Grande

Motte, avant sa traduction

par un plan masse, 1966

• Portrait de l’architecte

Jean Balladur, cliché anonyme,

1994, (373ifa111/7)

extrait d’un interview dans

le magazine économique et

financier du Languedoc-Roussillon,

n°7, automne 1994,

p.37

,• Dessins d’étude pour la

Grande Motte (du couchant)

,• Dessins d’étude pour la

Grande Motte - recherche de

la modénature à la grande

échelle, vue du port depuis

la mer.

• Deux dessins d’étude de la

silhouette générale, aquarelles

réalisée par l’architecte

,• Le nord du port, cliché

anonyme, dans La Grande

Motte, l’architecture en fête

ou la naissance d’une ville,

Jean Balladur, Ed. Espace

SUD, 1994

26


Jean Balladur, d’origine turque

est un contemporain des

protagonistes de l’ATM; né

en 1924, il entre aux Beaux-

Arts de Paris en 1945 et est

diplômé en 1954. D’abord

séduit par l’esthétique des

architectes du Bauhaus,

notamment par Mies van der

Rohe, son travail évolue vers

des solutions plus formelles.

A la Grande Motte son

architecture s’inscrit dans

un courant inspiré de formes

libres (il visite Brasilia et les

temples précolombiens en

1962). Sa démarche, offre

une architecture vouée aux

loisirs, équilibrant tourisme

et habitat, conciliant

structures d’accueil et sites

naturels, est «proche de

celle d’un visionnaire.»

cf. Fiche descriptive Jean

Balladur (1924-2002), Cité de

l’architecture et du patrimoine,

(Fonds 373 ifa)

Page de droite

,• Le nord du port, cliché

anonyme, dans La Grande

Motte, l’architecture en fête

ou la naissance d’une ville,

Jean Balladur, Ed. Espace

SUD, 1994

• Dessin perspectif de l’hôtel

et vue de la maquette. Clichés

anonymes, non datés.

Fonds André Bruyère (407ifa)

Cité de l’architecture et du

patrimoine

• Carte postale de Castellaras-le-Neuf

(1963-71),

Jacques Couëlle

http://archipostcard.blogspot.

com/2011_12_02_archive.html,

voir Jacques Couëlle. Parenthèse

architecturale, Gilbert Luigim

Ed. Pierre Mardaga, 1982

28

On confie 30 l’aménagement de ces nouvelles villes de vacances

à plusieurs architectes: Jean Balladur pour la Grande Motte,

Georges Candilis pour Leucate-Barcarès (1962-76), Jean Le

Couteur pour Le Cap d’Agde, Raymond Gleize et Edouard Hartané

pour Gruissan,...

Jean Balladur, architecte en chef de la La Gr a n D e motte (1962-

67), s’exprime en découvrant les 450ha du site de sa future intervention:

«Ce rivage abandonné aux caprices des vents et de

la mer, à peine sorti des eaux qui le baignaient encore de toutes

parts, infesté de moustiques, couvert par un maigre tapis de plantes

rabougries, (...) Le contraste avec les paysages de la Côte

d’Azur (...) avec ses reliefs vigoureux et animés, avec sa végétation

somptueuse, m’effraya et jeta le doute dans mon esprit. (...)

C’est du ciel cependant que venait le réconfort le plus immédiat.

A la place de la lumière étincelante de la côte d’Azur, au lieu de

ses bleus, de ses verts, de ses rouges puissants mais criards,

les choses flottaient entre la mer et les Cévennes dans un air

transparent d’une incontestable douceur. Les eaux dormantes

détrempaient la lumière du soleil et rompaient par la caresse de

leurs reflets la vivacité des couleurs. Leurs effusions unissaient le

ciel et cette terre désolée dans des harmonies pleines de promesses

31 ». On comprend par ces quelques lignes, l’opposition

qui marque les deux régions méditerranéennes; PACA et LR.

Le programme est fondé sur l’explosion du tourisme et son succès

est d’ailleurs garanti par la variété de l’offre en hébergement;

camping, logements dans les centres de vacances, appartements

en terrasse ou villas. La silhouette donnée à l’ensemble

de la ville (rues, places, équipements, commerces et logements)

recrée une modénature; pyramides et les conques dépassent

l’austérité d fonctionnalisme pur et dur, «lyrisme rationnel».

La façade sur mer; position frontale de la ville, résultant d’un urbanisme

ordonné par la géographie (promenade, bord de mer)

et modèle révolu de la station balnéaire, est remplacé ici par une

30 Jacques Maziol, ministre de la Construction

31 Extraits divers des propos tenus par Jean Balladur, collectés

dans L’aventure du balnéaire, La Grande Motte de Jean Balladur,

Claude Prelorenzo et Antoine Picon, 1999


frange de transition piétonne. La ville se lie différemment

avec la mer.

Ces opérations de grande ampleur -que l’on

peut corréler avec la réalisation de stations

montagnes comme Tignes (dès 1965)- attestent

de l’optimisme social de l’époque malgré

la difficulté de la création ex nihilo d’espaces

urbains et architecturaux à grande échelle.

Bien qu’ayant à déchaîné les critiques les plus

violentes, ces réalisations méritent d’avoir permis

à tous l’accès aux vacances balnéaires, et

en l’espace de quelques années seulement.

L’Hô t e L Ca r av e L L e 32 , réalisé entre 1960 et

1963 par André Bruyère (1912-1998) pour le

Club Med à la Guadeloupe, illustre une synthèse

de l’architecture avec l’art, autre champs

de réflexion marquant le doutes des années

soixante. Certains architectes sont attirés vers

des formes plus organiques, des «enveloppes

sculpturales» dont l’évolution formelle dissimule

la frontière entre architecture et arts plastiques.

La longue barre épouse les contours de la

plage, la toiture de l’espace central ressemble

à une immense voile blanche tendue entre les

troncs d’arbres. On peut voir une référence à

la construction vernaculaire dans l’emploi de

formes primordiales -archétypiques- rendu

possible par les possibilités plastiques du béton,

qui «coule» et qui permet de dépasser un

stricte usage structurel d’ossature.

32 AA n°112 «détente-loisirs-évasion», Hôtel

en Guadeloupe, février-mars 1964

29


• Photographie des quatre

protagonistes à l’Atelier de

Montrouge, rue Etienne d’Orves,

1968, 162ifa1702/1

De gauche à droite: Pierre

Riboulet, Gérard Thurnauer.

Jean Renaudie et en face:

Jean-Louis Véret

• Thurnauer, Véret, Jacques

Ehrmann et son fils, Roland

Gottfrois, Riboulet et Renaudie

à l’aéroport d’Orly, sept.

1960 archives JLV

30

1.2 - L’AT e L I e r d e MO N T r O U g e

1.2.1 Les protagonistes

Les quatre architectes qui fondent l’Atelier de Montrouge (ATM)

sont de la même génération; parisiens, ils sont issus de milieux un

peu différents. Ils entrent tous aux Beaux-Arts après la guerre en

1945, partageant déjà l’idéal de «reconstruire le monde, un monde

résolument tourné vers l‘avenir afin de conjurer le passé 33 ».

Leur parcours est parallèle, avant de devenir commun. Liés au

Mouvement Moderne, ils collaborent durant deux décennies au

sein de l‘ATM; animés par la même éthique, ils amènent néanmoins

chacun une personnalité propre. Leur pratique collective

est unique et mouvementée, enrichie par ces quatre personnalités

complémentaires.

33 Voir L’Atelier de Montrouge, la Modernité à l’Oeuvre, 1858-

1981, Catherine Blain, Arles, Ed. Actes Sud-Cité de l’architecture et du

patrimoine, 2008, p.11


32

• Jean Renaudie sur le site

du village de vacances à

Dourdan, cliché anonyme,

non daté, vers 1960-61,

162ifa 1702/1

• Portrait de Jean Renaudie

cliché André Lejarre, non

daté

203ifa

• Jean Renaudie à sa table

de travail, cliché anonyme,

1967 162ifa1702/1

• JRénovation du vieux Givors

(1974-1981)

L’ensemble qui compose

avec la pente du site, comporte

270 logements, des

commerces et des équipements.

Cliché G. Walusinsky

• Rénovation du centre ville

d’Ivry-sur-Seine, en collaboration

avec Renée Gailhoustet

(1969-81). Un projet

urbain réalisé en plusieurs

phases

Service des Archives Municipales

d’Ivry-sur-Seine

«...position exceptionnelle

dans le panorama de l’architecture

française. Jean

Renaudie n’a réalisé qu’un

nombre restreint d’opérations

chacune étant menée

individuellement et faisant

l’objet d’une attention et

d’un soin extraordinaires.»

Architecture en France

(1940-2000), Jacques Lucan,

Ed. du Moniteur, 2001, p.226

Jean Renaudie (1925-1981)

Il entre aux Beaux-Arts juste après la guerre dans l’atelier d’Auguste

Perret, puis de Marcel Lods 34 . Issu d’une famille modeste il travaille

pour financer ses études et ne présente son diplôme qu’en

1958.

Il se retire de l’ATM en juillet 1968 pour poursuivre seul sa carrière;

l’essentiel de sa production porte sur le logement social et

l’aménagement urbain. Il a été un «partisan d’une architecture

de la découverte, qui par ses imbrications fonctionnelles et

par sa géométrie complexe, offre un modèle d’habitat permettant

à la fois la différenciation des espaces et la socialisation

entre individus.» 35 «Sa première mission importante est le projet

de rénovation du centre d’Ivry-sur-Seine, conçu en collaboration

avec Renée Gailhoustet et Nina Schuch. Réalisés en différentes

phases, les ensembles de logements en «étoiles» d’Ivry, auxquels

s’adjoignent des commerces, des bureaux et équipements, sont

rapidement salués pour leurs formes novatrices. Les projets ultérieurs

prolongent cette recherche: rénovation du centre du vieux

Givors (à partir de 1974), la ZAC de Villetaneuse (1974-1981) et

le centre-ville de Saint-Martin-d’Hères (1975-1982).» 36

En 1978, lui est décerné le Grand Prix national d’architecture pour

l’ensemble de son œuvre. Il décède à l’âge de 56 ans en octobre

1981. En 1993, une exposition La Logique de la complexité dans

l’œuvre de Jean Renaudie, lui est consacré à l’IFA.

34 Atelier extérieur, «de gauche», que fréquentent Jean Renaudie,

Renée Gailhoustet, Roland Simounet, ou encore Jean Deroche. A

l’instar de l’Atelier d’André Lurçat, ces ateliers «prennent le contrepied

de l’enseignement traditionnel des Beaux-Arts en prêtant une

attention inhabituelle à la rigueur constructive et programmatique»

Lucan, p.161

35 Biographie des architectes de l’ATM, dans Atelier de Montrouge

(1958-1981), La Modernité à l’oeuvre, Catherine Blain, p.240-

245

36 Voir biographie complète de l’architecte dans Portraits d’architectes,

Exposition virtuelle, Cité de l’architecture et du patrimoine,

http://www.citechaillot.fr/exposition/expositions_virtuelles/portraits_

architectes/03-liste-architectes.html


34

• Pierre Riboulet sur le site

du village de vacances à

Dourdan, cliché anonyme,

non daté (1960-61)

162ifa 1702/1

• Portrait de Pierre Riboulet

dans Pierre Riboulet, De la

légitimité des formes, Œuvres

1979-2003, Catherine

Blain, Ed. Le Moniteur, Paris,

2004

• Maquette d’étude pour

l’Immeuble-villas, 1987,

cliché J.Biaugeaud

Recherche théorique sur le

thème corbuséen, applicable

aux ensembles de logements

d’échelles différentes.

• Hôpital pour enfants Robert-Debré,

Paris (1980-88)

Un grand amphithéatre,

ouvert au sur tournant le dos

au périphérique

Cliché: La Documentation

française

Voir film: Naissance d’un hôpital,

de Jean-Louis Comolli,

INA, 90’, 1991

• Bibliotheque Universitaire

Toulouse Le Mirail

cliché: ARCHI-TLSE

http://archi-tlse.over-blog.fr/

article-31703298.html

«Pierre Riboulet était de

ceux pour qui l’architecture

doit tout entière se trouver

au service de l’homme. Il

pensait qu’il fallait d’abord

s’inspirer de la ville dans son

âme, dans ses profondeurs,

d’essayer d’en pénétrer le

dessein social.»

Hommage à Pierre Riboulet,

avril 2009

Site dédié à Pierre Riboulet:

http://www.pierreriboulet.org

Pierre Riboulet (1928-2003)

Il grandit à Boulogne-Billancourt, issu d’une famille modeste. Son

père était peintre, son grand-père maçon. Il passe le bac philosophie-lettres,

et est introduit auprès de l’atelier de Louis Arretche,

Par la suite, il conserve son intérêt pour la philosophie; parallèlement

à ses études d’architecture il suit des cours de Maurice

Merleau-Ponty à la Sorbonne; il fréquente également les cours

d’histoire de l’art de Pierre Francastel. Tout au long de sa carrière

professionnelle il conserve une activité intellectuelle intense et publie

de nombreux articles. Il présente un doctorat en sociologie et

enseigne à l’École nationale des Ponts et Chaussées.

Les principaux projets de son activité en son nom propre -de

1979 à 2003- font partie de grandes commandes publiques, hôpitaux

et bibliothèques; tels l’hôpital Robert-Debré à Paris (1980-

88), le conservatoire de musique et de danse d’Évry (1984-87),

le siège social de la Caisse des dépôts et consignations à Paris

(1988), ainsi que des études urbaines (porte de Pantin et de Vincennes,

la presqu’île portuaire à Caen, quartier du Marcreux à

Aubervilliers, l’étude pour la plaine Saint-Denis, l’aménagement du

port de la Joliette à Marseille.

«Outre le Grand Prix national d’architecture dédié en 1981 à

l’ATM, Pierre Riboulet a reçu la médaille de l’Académie d’architecture

pour l’ensemble de son œuvre en 1988 et est lauréat du

Palmarès de l’habitat en 1990. Il élabore d’autres importants projets;

l’Institut français d’urbanisme à Marne-la-Vallée (1989-91), le

bâtiment pour la chirurgie de la tête à la Salpêtrière à Paris (1888-

96), bibliothèque de l’Université Paris 8 (1991-97), bibliothèque

de la ville de Limoges (1993-98), bibliothèque de l’Université du

Mirail à Toulouse (2003), la Faculté des sciences économiques

de l’université Paris12 à Créteil (1998-2001), l’école des Beauxarts

de Montpellier (2001), l’hôpital de la Mère et de l’enfant à

Toulouse (1995-2001), le lycée technique Le Corbusier à Aubervilliers

(1997-2003), la cité Chantilly à Saint-Denis (2003) 37 ».

37 http://www.citechaillot.fr/exposition/expositions_virtuelles/portraits_architectes/biographie_ATM-RIBOULET.html


• Discussion avec les ouvriers

sur chantier de la bibliothèque

de Clamart,

illustration dans Espace à

lire, la bibliothèque pour

enfants à Clamart, textes de

Gérard Thurnauer, Geneviève

Patte et Catherine Blain, Ed.

Gallimard, 2006, p.80

• Gérard Thurnauer dans une

conférence sur une expérience

d’architecture participative

au Pavillon de l’Arsenal,

juin 2000,

cliché: http://pfrunner.

wordpress.com/category/

portraits-portraits/portraitsdarchitectes-architects-portraits/

• Gérard Thurnauer à Paris

en 2000, cliché: 12082543460

Pfrunner /1-d

http://www.1d-photo.org/?

lg=fr&fc=_b&re=q8dt421&so

=2ydao71&ru=a63xqy1&do=d

fmh1p1

• Plan d’ensemble de

l’aménagement touristique

de la baie de Tarhazoute,

Maroc, 1987-88, avec

D.Morax(architecte-urbaniste)

et D. Chenot (ingénieur)

• Quartier Nord de la Vilette,

Paris 1984-90, façade de

l’ensemble de logements

donnant vers la grande halle,

cliché: O. Wogensky

Illustrations dans L’Atelier de

Montrouge, la Modernité à

l’Oeuvre, 1858-1981, Catherine

Blain, Arles, Ed. Actes

Sud-Cité de l’architecture et

du patrimoine, 2008, p.226

36

Gérard Thurnauer (1926)

en septembre 1926, Gérard Thurnauer est issu d’un milieu

«libéral et progressiste 38 ». Il fréquente les milieux intellectuels parisiens,

entre à l’Ecole des Beaux-Arts en 45 chez Louis Arretche. Il

y développe «de nombreuses amitiés avec des étudiants d’autres

disciplines, (et) s’intéresse alors d’avantage à une démarche

constructive qui puisse allier différentes approches méthodologiques.

Il trouvera une réponse à cette recherche en s’intéressant

de plus près aux travaux de Marcel Lods, et, plus particulièrement

de Jean Prouvé 39 ». Il développe donc un intérêt particulier

pour les questions constructives et les procédés d’industrialisation

de la construction. Il manifeste également une connaissance de

l’étranger, débutant sa carrière 40 avec Michel Ecochard et Pierre

Riboulet.

Après la dissolution de l’Atelier de Montrouge, il travaille seul, puis

en association de 1989 à 2001. Ses principaux projets sont,

comme pour ses anciens associés d’ailleurs, des logements sociaux

et des équipements publics, à Paris et en banlieue; comme

le complexe de logements, bureaux, hôtels, commerces et place

publique de La Villette-Nord (Paris 19e, 1986-1990), et le plan

directeur de réhabilitation et de rénovation de la Goutte-d’Or (Paris

18e, 1984-1999). Il a à son actif également quelques importantes

études d’urbanisme (Bagnolet zone verte, 1986-1990 ;

plan d’aménagement de la baie de Tarhazoute au nord d’Agadir

au Maroc, 2000). Vice-président de l’association Paris 75021, il

publie des articles dans différentes revues, milite pour la place de

l’architecture dans la Cité, son rôle social et ses relations avec la

formation et la culture. Architecte conseil du chantier de la Défense

(86-90), il vit actuellement à Paris, où il poursuit ses activités.

38 Biographie des architectes de l’ATM, dans l’Atelier de Montrouge

(1958-1981), La Modernité à l’oeuvre, Catherine Blain, p.26

39 idem

40 Càd. Liban, Pakistan, et Maroc (cf. §1.2.3) Gérard Thurnauer

est rapidement chargé de l’assistance technique de Karachi (1953-

1954), puis appelé à collaborer avec Michel Écochard et Pierre Riboulet

pour la nouvelle université de Karachi; association E-R-T (1955-1958).


• Portrait de Jean-Louis

Véret

http://www.archpaper.com/

news/articles.asp?id=5729

38

• Jean-Louis Véret à la fondation

Maeght, 1997

ifa 808/6,

• Jean-Louis Véret et Jean

Renaudie à l’Atelier, clichés

anonymes, non daté, vers

1968,

ifa 826/1

• Boutique et siège social

Shu Uemura, Boulevard

Saint-Germain à Paris (1986)

• Archives du film à Boisd’Arcy

CNC dans les Yvelines,

(1985-1992)

Illustrations: http://www.archpaper.com/news/articles.

asp?id=5729

Jean-Louis Véret (1927-2011)

I s’intéresse à la peinture et suit des cours à l’Académie de Montmartre;

il fait également de la musique. A dix-huit ans, en 1945,

il entre à l’ENSBA de Paris dans l’atelier Gromort-Arretche, sur un

conseil donné à son père par Auguste Perret 41 . Il est le «sensible»

de la bande, selon Gérard Thurnauer! Il travaille auprès de Le

Corbusier (1953-55) à Paris et sur les chantiers indiens d’Ahmedabad.

En 1981, après s’être retiré de l’ATM, il fonde sa propre

agence et devient Architecte en Chef des Bâtiments Civils et Palais

Nationaux. Il enseigne parallèlement l’architecture 42 .

Parmis ses réalisations particulièrement saluées par la critique, on

retient le bâtiment des Archives du film à Bois-d’Arcy CNC dans

les Yvelines, (1985-1992), la boutique et le siège social Shu Uemura,

Boulevard Saint-Germain à Paris (1986) et les laboratoires

de l’hôpital Avicenne de Bobigny, réalisés pour l’Assistance Publique

(1982-1990).

Dans le cadre de son activité, il est responsable notamment du

théâtre de l’Est parisien (à partir de 1982), du service des Archives

du Film à Bois-d’Arcy (Centre National du Cinéma), et de la

Villa Savoye de Le Corbusier à Poissy dont il sera responsable de

plusieurs campagnes de restauration de 1985 à 1992.

Ces deux dernières missions donnent lieu au réaménagement de

l’ensemble du site, à la restauration des bâtiments existants et à la

construction de bâtiments neufs pour les Archives du Film d’une

part (1985-1992) et à plusieurs campagnes de restauration pour

la Villa Savoye d’autre part. Il cesse ses activités d’architecte en

1999.

Il est décédé en septembre 2011 à l’âge de 84 ans.

41 Catherine Blain, p.16

42 Jean-Louis Véret a été « visiting critic » à l’école d’architecture

de l’université Harvard (1977-1978), professeur invité à l’école

d’architecture de Nancy (1981), professeur à l’école d’architecture

de Paris-la-Villette (1985 à 1993), et a participé à des commissions

ministérielles tant en France qu’à l’étranger. Cf. Fonds d’archives ifa


40

1.2.2 Les études aux Beaux-Arts; affiliations et influences

Gérard Thurnauer, Jean-Louis Véret et Pierre Riboulet font leurs

éudes ensemble à l’atelier Gromort-Arretche, principal atelier «extérieur»

de l’Ecole des Beaux-Arts. Louis Arretche 43 les prend

en affection et leur enseigne son approche personnelle de l’architecture,

à mi-chemin entre les tendances régionalistes et modernisatrices.

Louis Arretche -avec lequel ils s’associeront plus tard aux débuts

de l’ATM, pour certaines réalisations, notamment Le Merlier- est

un professionnel influent 44 , un enseignant réputé et un architecte

prolifique, qui est d’ailleurs trop méconnu.

«Arretche a édifié le cadre de vie de dizaines de milliers de Français,

jeté les bases de l’aménagement de plusieurs quartiers de

Paris, façonné durablement l’organisation de métropoles régionales

comme Rennes et Rouen. Il a aussi conçu la ville nouvelle d’Or-

43 Louis Arretche (1905-1991), rejoint son ancien patron Gromort

à l’atelier de l’ENSBA en 1936 à titre de collaborateur. Il devient

Professeur Chef d’Atelier en 1949 et, prenant la succession de son

maître (qui demeure professeur de théorie jusqu’en 1959 à l’ENSBA)

à la tête de l’atelier en 1949, lui conserve le nom d’«atelier Gromort-

Arretche» jusqu’à l’éclatement des Beaux-Arts en 1968.

Présent dans différentes les structures — membre de la Société Centrale

des Architectes et du Cercle d’études architecturales 1951, de

l’Académie d’architecture 1952 et de la Commission Nationale des

Secteurs sauvegardés du Ministère des affaires culturelles — et Architecte

en Chef BCPN (1955), est souvent appelé comme urbaniste-conseil,

notamment par le Ministère de la Reconstruction.

Voir Thierry Roze, Louis Arretche, architectes 1905-1991, DEA Histoire

de l’architecture moderne et contemporaine, Université de Paris I-

Panthéon Sorbonne (sous la dir. G. Monnier), septembre 1997.

44 Il est nommé architecte en chef de Coutances et de Saint-

Malo par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU).

Architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux à partir

de 1955, il reçoit la commande de nombreux édifices publics pour les

ministères des Postes ou des Finances, ou de l’Éducation nationale

(universités de Rennes et de Nantes).

Urbaniste et urbaniste-conseil des villes de Rennes, Rouen, Cachan,

Orléans-La Source, de l’opération des Halles ou des abords de la gare

de Lyon à Paris, il est responsable de vastes opérations de rénovation

urbaine («Le Colombier» à Rennes, «Centre 2» à Saint-Étienne)


léans-La source et réalisé plusieurs centaines

d’édifices, formé de nombreux professionnels

français reconnus: cela n’a pourtant pas suffi à

assurer sa postérité, et il est le plus oublié des

architectes français du 20ème siècle 45 ».

Il est associé à l’ATM pour la réalisation du village

de Cap Camarat notamment.

Les années pendant lesquelles les quatre

jeunes gens font leurs études sont enrichies

d’apprentissages parallèles au cursus classique.

Cet apprentissage dépasse le strict enseignement

de l’Ecole, au sein de laquelle ne

sont pas abordés les grands thèmes de l’époque,

comme le relogement

Les jeunes étudiants architectes sont fascinés

par le Mouvement Moderne, par la personnalité

de Le Corbusier, les publications de l’Architecture

d’Aujourd’hui...

Cet intérêt, partagé par beaucoup de jeunes à

l’époque, pousse d’ailleurs certains étudiants à

formuler leur déception face à l’enseignement

académique, qui n’est plus en accord avec

son temps. Jean Renaudie en fait partie (à

l’instar de Roland Simounet, Paul Chemetov,

Jean Deroche ou Renée Gailhoustet). Ils fréquentent

l’atelier d’Auguste Perret, quand est

créé -en réponse à leurs reproches- un nouvel

atelier extérieur; l’atelier de Marcel Lods 46 qui

propose de «prendre le contre-pied de l’en-

45 Carnets d’architectes, Louis Arretche,

Dominique Amouroux, Ed. du Patrimoine Infolio,

2010, p.13

46 Voir Marcel Lods, L’industrialisation

du bâtiment, AA n°1, mai-juin 1945. Il s’agit du

premier numéro de l’Architecture d’Aujourd’hui,

juste après la Libération; les opérations de reconstruction

sont à peine entamées.

seignement traditionnel (...) en prêtant une attention

inhabituelle à la rigueur constructive et

programmatique. 47 »

Les trois autres partagent beaucoup de ces

revendications mais décident de rester fidèles

à Louis Arretche. Ils interrompent cependant

provisoirement leurs études pour voyager en

Afrique du Nord, de septembre 1949 à mars

1950 avec deux de leur compagnons d’atelier,

Philippe Canac et Michel Bataille.

Le voyage en Afrique du Nord va donner à la

suite de leur parcours une influence déterminante;

notamment la rencontre avec Michel

Ecochard, membre des CIAM, avec lequel ils

travaillent quelques semaines et garderont des

relations professionnelles par la suite.

Ce voyage est un premier événement

marquant de leurs années de formation;

ils y seront confrontés à la misère, à l’immensité

des bidonvilles, à la réalité de la colonisation,

ainsi qu’à l’extraordinaire dynamique de

ce pays en cours de modernisation, avec des

moyens de planification exceptionnels 48 .

Chez ces jeunes gens se dessine déjà l’orientation

qu’ils donneront par la suite à leur pratique

de l’architecture.

47 France architecture, 1960-1968, Jacques

Lucan, 1989, p.19

48 Cf. entretien avec Pierre Riboulet décembre

1996, cité par Catherine Blain dans L’Atelier

de Montrouge (1958-1981), Prolégomènes à

une autre modernité, Catherine Blain, Thèse de

doctoral de l’Université de Paris, 2001

41


• Philippe Bataille, Philippe

Canac, Pierre Riboulet,

Jean-Louis Véret et Gérard

Thurnauer, dans la Cadillac à

Oran, cliché anonyme 1949,

ifa 826/1

• Philippe Canac, Pierre

Riboulet, Gérard Thurnauer,

Philippe Bataille, et Jean-

Louis Véret après le retour

de leur voyage en Afrique,

clicé anonyme, mars 1950

ifa 826/1

42


Michel Ecochard 49 leur inculque cette

conscience sociale, absente de l’enseignement

traditionnel, mais qui sera ensuite la marque

de fabrique de l’Atelier. Ils cernent mieux

les enjeux de leur génération et les capacités

de l’architecture.

Gérard Thurnauer dira plus tard que c’est au

Maroc qu’ils ont approché les «deux aspects

concrets du travail de l’architecte, la partie professionnelle

et les connaissances générales

auxquelles le métier fait référence sans cesse.

C’était à la fois une connaissance très large

de tous les problèmes urbains, pris dans une

optique d’urgence, et un travail de transformation

territoriale, avec tout ce que cela pouvait

comporter; la géographie, l’économie, les problèmes

de transport, les problèmes sociologiques,

les spécificités des populations locales,

etc. 50 »

Au fil de leurs voyages successifs, ils entretiennent

des relations avec d’autres protagonistes

des CIAM, notamment des membres de

l’ATBAT-Afrique. L’été suivant, en 1951, ils travaillent

sur le plan d’urbanisme de Casablanca,

au sein du Service de l’urbanisme et de l’Ar-

49 (1905-1985) Architecte et urbaniste -et

archéologue- français, il est détaché après ses

études en 1932 au Service des antiquités de Syrie

et du Liban, où il découvre la civilisation islamique

en travaillant au plan d’urbanisme des villes

de Beyrouth (1932-1942) et Damas (1941-46). De

1946 à 1953, il dirige le Service de l’Urbanisme et

conçoit les plans des grandes villes marocaines;

c’est dans ce contexte qu’il accueille les jeunes

architectes français en voyage.

50 Voir entretien réalisé par Catherine Blain

avec Gérard Thurnauer, octobre 2004, dans La Modernité

Critique, Autour du CIAM9 d’Aix-en-Provence,

voir bibliographie.

chitecture et participent au travail pour les immeubles

de logements Sémiramis (1951-52)

et Nid d’abeille (1951-53) 51 .

A propos de la méthode d’Ecochard, Gérard

Thurnauer ajoute que celui-ci «emprunt

des recommandations de la Charte d’Athènes

et du mouvement progressiste de l’urbanisme

dans une certaine rupture avec l’administration

locale, leur enseigna la réalité urbaine et ses

problèmes de masse, les bidonvilles, les problèmes

d’aménagement du territoire, toutes

ces questions urgentes auxquelles il avait à

faire face 52 »

Michel Ecochard prône l’emboîtement des

échelles, le système de trame -qui doit être

souple et flexible dans le temps, sanitaire, pour

laisser le bidonville se refaire au dessus 53 .

Cette réalité concrète fascine les étudiants;

ils apprennent à prendre en compte le temps,

le contexte, à procéder à des enquêtes de

terrain afin de déceler la morphologie sociale

et bâtie.

Au printemps de l’année suivante, en 1952, ils

participent à la réunion préparatoire au CIAM9,

la rencontre de Sigtuna (juin 1952); puis rejoignent

le CIAM-Paris (qui présentera une analyse

de Boulogne-Billancourt au CIAM9).

51 Projet des Carrières centrales, le plus

ancien bidonville de Casablanca, ils rencontrent

les jeunes Candilis et Woods qui font preuve d’un

regard nouveau au centre des débats des CIAM.

52 Voir note 50.

53 Voir Casablanca, le roman d’une ville,

1955.

43


• Photo: Casbah d’Alger vers

1900, tiré de Ed. Maurice Culot

et Jean-Marie Thiveaud,

ifa, Mission des travaux

historiques de la Caisse des

dépôts et consignations,

Architectures Françaises :

Outre-Mer, Ed. Pierre Mardaga,

Collection Villes, 1992

• Les immeubles «Semiramis»

et «Nid d’abeille», vers

1955,

voir AA n°57, décembre 1954

«Les architectes mettent

ainsi en place un contrôle

climatique des bâtiments

(...) définis par des circulations,

comme les coursives

et les escaliers, ou par (...)

les balcons, les loggias, les

patios couverts qui créent

des redents, un jeu de

saillies et de renfoncements,

où la profondeur est accentuée

par la lumière solaire.»

dans Habitat collectif méditerranéen

et dynamique des

espaces ouverts. Cas d’étude

en Europe et en Afrique du

Nord (1945-1970), Letizia

Campanini

à droite

• Coupes transversales des

immeubles «nid d’abeille»

1952-53 et «Semiramis»

1951-52, premières réalisations

de Georges Candilis

et Shadrach Woods. Projet

pour un bidonville appliquant

les principes urbanistiques

d’Ecochard; unités de

voisinage, nappe d’entités

cellulaires, trame 8m x 8m;

maisons à patio; et ces immeubles

«alvéolaires».

44


Georges Candilis et Shadrach Woods (1923-

1973) se rencontrent en 1946 chez Le Corbusier;

ils rejoignent l’ATBAT pour le suivi du

chantier de l’Unité d’habitation de Marseille

(inaugurée en 1952) avant de créer l’ATBAT-

Afrique, dont les réalisations marquent la théorie

de l’architecture, en matérialisant la rencontre

entre modèle traditionnel d’habitat et principes

constructifs modernes; une meilleure adaptation

de la condition de vie des habitants, en

l’occurrence le mode de vie islamique, dans

un climat très chaud. L’exemple de la casbah

est étudié pour trouver la juste mesure à donner

aux volumes.

Ces projets, d’affiliation corbuséenne si l’on en

considère Roq et Roc comme étant le prototype,

matérialisent la rencontre entre l’idée

de trame et l’exemple de villages traditionnels.

Un autre projet, algérien cette fois,

mais tout autant publié, La Cité de Djenan-El

Hassan (1959) de Roland Simounet illustre

tout particulièrement la composition modulaire,

par trame; une troisième dimension lui

étant intégrée, donnée par la topographie du

site. Le village du Merlier s’inscrit dans ce type

de composition modulaire, à l’instar de la Siedlung

Halen de l’Atelier 5 ou encore de l’Université

d’Urbino de Giancarlo di Carlo; nous y

reviendrons §2.3.1.

45


à gauche

• Les trois protagonistes à

l’atelier des Beaux-Arts,

sur le travail de diplôme en

1952

archives personnelles JLV

• Installation des panneaux

à l’ENSBA et équipe d’amis

venus aider, cliché: ATM,

novembre 1952; archives

personnelles JLV

voir grille d’assemblage des

panneaux du diplôme

nov. 1952 (ifa 1576)

• Vue aérienne du site avec

croquis perspectif de Michel

Ecochard, non daté

archives personnelles JLV

à droite

• Quatre panneaux de

présentation du diplôme,

titre 10 “la ville” Analyse

confrontant le plan d’extension

de la ville marocaine de

Fès et la situation du terrain

proposé pour la cité universitaire,

et une vue aérienne de

Fès, une vue aérienne et le

plan de la mosquée-université

Krawiyine

46

• Panneaux de présentation

du diplôme: parties

individuelles; l’auditoire et

bâtiment d’enseignement

• Panneaux de présentation

du diplôme: vue planimétrique

de la maquette 121.4

NB.Les documents relatifs au

diplômes sont classés dans

ATM/A/4

1.2.3 Le diplôme et les premières affaires

Au retour du Maroc, les amis reprennent leurs études. Ils partagent

le refus de se plier à la logique du Grand Prix de Rome et

décident de présenter leur diplôme en commun. En novembre

1952 ils présentent leur projet pour une nouvelle université islamique

à Fès au Maroc, pour 7000 étudiants. On leur accorde

une dérogation, chacun s’engageant malgré tout à effectuer

une partie du programme individuellement; Riboulet se charge de

la bibliothèque, Véret des résidences étudiantes, et Thurnauer du

lycée et des parties secondaires.

Selon la méthode arrêtée avec Ecochard, ils fixent eux-mêmes

le programme -donné par de l’analyse du contexte urbain et des

facteurs économiques et sociaux-. La présentation de leur projet

de diplôme se conforme à la grille CIAM d’urbanisme. Le projet est

réglé sur une trame Nord-Sud adoptant les mesures du modulor;

ils respectent néanmoins les cinq points de l’architecture moderne

et organisent les fonctions d’après le principe de zonage.

Ils collaborent avec Nikos Chatzidakis, ingénieur d’origine crétoise

rencontré au sein de l’ATBAT, et avec lequel ils maintiennent des

relations professionnelles et amicales tout au long de leurs carrières

respectives.

Ils obtiennent le Prix du Meilleur diplôme pour l’année

1952, publié par l’ENSBA et dans un numéro de l’Architecture

d’Aujourd’hui 54 .

Le sujet du projet «traduit le parcours parallèle des étudiants; leur

engagement au sein de CIAM et l’originalité de leur démarche 55 ».

Son succès est redevable à leur bonne entente et semble indiquer

leur collaboration future.

54 AA n° 47, Contributions françaises à l’évolution de l’architecture.

Constructions diverses, mai 1953, p.94-95

55 L’Atelier de Montrouge (1958-1981), Prolégomènes à une

autre modernité, Catherine Blain, Thèse de doctoral de l’Université

de Paris, 2001, p.37


• Vues de la maquette du

campus universitaire (2e

solution), illustration dans

dans L’Atelier de Montrouge

(1958-1981), Prolégomènes

à une autre modernité,

Catherine Blain, Thèse de

l’Université de Paris, 2001,

Catalogue raisonné, p. 47

• Photo des protagonistes à

Karachi: à gauche, Michel

Ecochard; au centre: le commanditaire,

à droite, Gérard

Thurnauer, lors d’une visite

de l’Université de Karachi,

cliché anonyme, non daté,

1954-59

162 ifa801/3

• Vue de la maquette d’ensemble

montrant à gauche

la bibliothèque (en forme

de double pyramide) et à

droite, le bâtiment du secrétariat

et de l’administration

“recouvert d’un toit en voile

mince assurant aux terrasses

et à la salle du syndicat de

l’Université une bonne protection

contre le soleil.»

Album 2 de l’ATM

162Ifa 1705/1

• Vue des bâtiments d’habitation

des professeurs de

l’ Université de Karachi,

cliché: Holzman ?, décembre

1960, 162ifa801/3

48

Le diplôme obtenu, ils poursuivent leur formation en travaillant

auprès d’architectes de renom. Les années 1952 à 1958 sont

marquées par diverses collaborations; tout en restant étroitement

liés, chacun des quatre futurs membres poursuit ses propres impératifs.

Pierre Riboulet travaille chez Pierre Colboc, Gérard Thurnauer

(avec Michel Bataille) chez Jean Prouvé, et Jean-Louis Véret chez

Le Corbusier (1953-55), à la rue de Sèvres puis en Inde. Le

Corbusier, qui avait vu leur diplôme avant sa présentation, recrute

l’un des trois; Jean-Louis Véret collabore de 1953 à 1955

aux chantiers Corbuséens à Ahmedabad: le Musée de la

connaissance, Bâtiment des Millowners, et les maisons Shodan

et Sarabhai.

En 1952 Riboulet et Thuranauer ils participent à l’étude de Boulogne-Billancourt

conduite en vue du CIAM9 par l’équipe du

CIAM-Paris 56 . Ils font l’analyse des conditions d’habitation de cette

banlieue parisienne par le biais d’enquête de terrain qui révèlent la

topographie et le climat, la démographie, l’affectation des sols, les

typologies de logements; avec l’ambition de faire apparaître l’influence

du milieu sur l’habitat. L’étude entend démontrer le postulat:

«Habitat, point de rencontre entre la sociologie et l’architecture.

Pas de logis valable sans milieu organisé 57 ».

En 1954 Pierre Riboulet, Gérard Thurnauer et Jean-Louis Véret

collaborent au sein de L’ATIC 58 pour réaliser un Ensemble de

190 logements d’urgence pour Emmaüs à Argenteuil 59 .

56 CIAM-Paris formé en 1951avec Edith Schneider-Aujame, Roger

Aujame, Guy Rottier, Denise Creswell, Jean Le Lann, Paul Raccoursier

et Pirkko Hirvela-Chatzidakis et Nikos Chatzidakis.

57 Voir L’Atelier de Montrouge, la Modernité à l’Oeuvre, 1858-

1981, Catherine Blain, Arles, Ed. Actes Sud-Cité de l’architecture et du

patrimoine, 2008, p.86

58 L’Atelier pour l’Industrialisation de la Construction; constitué

en 1953 et composé de Roger Aujame, Edith Schreiber-Aujame, Nikos

Chatdzidakis, Pirko Hirvela-Chatzidakis -qui ont travaillé ensemble à

l’ATBAT sur l’Unité d’habitation de Marseille- Pierre Riboulet, Gérard

Thurnauer, Michel Bataille, Maurice Silvy, et Jean Prouvé.

59 cf. AA, n° 74, 1957, pp. 26-27


Suite à l’appel de l’abbé Pierre l’hiver 1954,

un concours est lancé par le Groupe d’HLM

Emmaüs. L’ensemble, réalisé avec peu de

moyens et aujourd’hui démoli, est conçu sur

une trame de deux largeurs, où les logements

en duplex sont distribués par une coursive extérieure

et prolongés par des loggias.

En 1954, après avoir brièvement collaboré

avec l’Atelier ATIC 60 , Riboulet et Thurnauer rejoignent

Écochard au Pakistan. En 1955 est

fondée l’association Ecochard-Riboulet-Thurnauer

61 pour une première mission : le projet de

Nouvelle Université fédérale à Karachi 62

(1954-1959). Dès 1956, Renaudie -après

avoir fait un stage chez Candilis- collabore à

ce projet d’envergure. Véret rejoint l’équipe dès

1957, à son retour du service militaire. La naissance

de l’Atelier est alors une évidence!

La cité universitaire est destinée à accueillir

7000 étudiants; outre les bâtiments d’enseignement,

de secrétariat et d’administration, le

programme comporte des services (bibliothèque,

auditorium de 2500 places), une zone

de sport et de loisirs (gymnase, piscine, club

sportif, terrains de cricket, basket ball, volley

60 Atelier pour l’Industrialisation de la

Construction, créé sous l’égide de Jean Prouvé.

61 La date de 1954 correspond à une mission

de l’ONU, où Gérard Thurnauer et Pierre Riboulet

rejoignent Michel Ecochard, Expert de l’Assistance

technique française au Pakistan; la mission se

conclut en avril 1955 sur la perspective du contrat

pour les plans d’exécution du projet. Contrat partiellement

rempli en association avec Ecochard

(association E-R-T instituée le 1er janvier 1956,

est dissoute le 31 mai 1959, à la livraison de la

première tranche du chantier.

62 AA, n° 67-68, octobre 1956, p. 198-199.

49


à gauche

• Etude analytique pour

Boulogne-Billancourt, CIAM-

Paris, présentée à Aix-en-

Provence en 1953

Sélections de planches,

archives personnelles Roger

Aujame

• Photographie de Jean-Louis

Véret avec Le Corbusier sur

le chnatier de la villa Shodan

en décembre 1954

à droite

• Diplôme de Jean Renaudie

novembre 1958: Maison

des jeunes et de la culture,

Limoges

•Vue extérieure de la maison

Le Sémaphore d’Etretat

50

• Perspective d’ensemble;

planche de présentation du

concours

cf. AA n° 74, 162ifa315

• Détail de deux types de

“logements économiques de

première nécessité” (type D

et E), signés de l’IBA (Bureau

d’étude pour l’industrialisation

du bâtiment), accompagnant

la Notice explicative

[archives personnelles JLV,

dossier ATIC]


all, hockey et tennis), des équipements (club

des étudiants, hôtel international) et des secteurs

d’habitation (résidences pour étudiants,

logements des professeurs)

En marge du projet pour Karachi, ils travaillent

sur les plans d’urbanisme de la ville nouvelle

de Saïda au Liban. Puis Thurnauer présente le

projet pour l’église de Beyrouth -réalisée plus

tard.

Gérard Thurnauer réalise pour un ami, la

maison Le Sémaphore, à Etretat (1957-

58). Implantée sur un terrain vierge, la petite

construction de béton brut et de pierre domine

la falaise.

Lauréats du concours pour l’édification d’une

petite église jésuite, la Chapelle Notre-Dame-de-Jambrour

à Beyrouth, ils sont amenés,

également au Liban, à travailler avec

Ecochard au plan d’urbanisme pour la Ville

nouvelle de Saïda (1957-58); détail du

centre civique et commercial, aménagement

de la Place principale, bâtiment administratif,

immeuble de bureaux, centre commercial,

salle de spectacles et marché ainsi qu’un ensemble

d’habitation de 600 logements.

Enfin Jean Renaudie présente son diplôme

pour la Maison de jeunes et de la culture 63

à Limoges en 1958, avant l’inauguration de

leur propres locaux à Montrouge en juin.

63 Diplôme publié dans Pas à pas, n°101,

février 1960

51


• Vue du bâtiment de fond de

jardin, transformé par l’ATM

pour l’ATM en atelier d’architecture,

à la rue d’Estienne d’Orves

à Montrouge

cliché: anonyme et non daté

162 Ifa 801/4. (Doc. AR-22-06-

11-01).

• L’équipe de l’Atelier de Montrouge

dans le jardin, juin 1963

Ils ont eu jusqu’à une quinzaine

de collaborateurs.

Jean-Louis Véret et Gérard

Thurnauer sur la gauche, Jean

Renaudie au milieu et Pierre

Riboulet sur la droite.

Cliché: ATM

52

1.2.4 Création de l’ATM; éthique et fonctionnement

Les quatre jeunes architectes -Renaudie, Riboulet, Thurnauer et

Véret- s’installent en juin 1958 à la rue d’Estienne d’Orves à

Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, au fond du jardin de la

résidence du frère aîné de Jean-Louis Véret 64 .

L’ATM sera actif durant une vingtaine d’années 65 , pendant lesquelles

ils oeuvreront ensemble à une architecture considérée

comme emblématique de l’époque. Christian Devilliers signe un

article, «Les derniers puritains», dans lequel il site le rôle joué par

l’Atelier pour faire «avancer la pensée urbaine». Par leur présence

sur la scène architecturale, ils défendent un renouvellement de la

théorie et du modèle de la ville. Ils dénoncent la monotonie des

grands ensembles, sans pour autant renier les acquis fonctionnalistes

de la première modernité. Leur architecture est engagée

et novatrice; marquée fortement par les travaux de Le Corbusier,

elle s’y réfère et témoigne de l’admiration de ses membres

pour le chef de file des modernes.

Leur mode d’exercice s’inscrit dans une rigueur de pensée,

tant éthique qu’esthétique, et porte une attention grande à

la dimension sociale de la construction. La pratique de l’ATM

trouve ses assises sur des enquêtes de terrain, tenant compte de

la réalité sociale et bâtie, du temps. «Elle tend à faire aussi bien,

sinon mieux, que le cadre de vie existant, à lui donner une qualité,

une identité, par la mise en oeuvre de nouvelles morphologies, de

64 Les premiers relevés de l’état existant datent de 1956. Avant-

projet d’aménagement de la propriété de Pierre Véret: transformation

du pavillon, jardin et bâtiment sur rue «La Cheminée préfabriquée»,

JLV octobre 1956 (162 Ifa 680/10). Cet atelier est mis en chantier en

1957, achevé le 1er mai 1958 et inauguré en juin. Il est ensuite agrandi

par l’adjonction d’une portion du bâtiment industriel sur rue en 1962,

où l’ATM déménage finalement pour avoir une superficie passant de

150 à 250 m2. Le premier atelier a été récupéré par Pierre Véret (il habite

toujours le pavillon en 2001) source: entretien de Catherine Blain

avec JLV, Carnets JLV. cf. Catherine Blain, catalogue raisonné p.65

L’Atelier est leur première réalisation commune!

65 ATM 1 1958-1968: «Association Renaudie-Riboulet-Thurnauer-

Véret» et ATM 2 1968-1981: «Association Riboulet-Thurnauer-Véret»


54

nouvelles typologies, d’une nouvelle esthétique 66 »

La «Note sur la constitution, l’organisation et les possibilités

de l’Atelier d’architecture, Montrouge, novembre

1958» témoigne de leur démarche originale:

«L’Atelier d’Architecture, par volonté de rompre avec une tradition

artisanale de la profession, est organisé de manière

à grouper, au sein d’une seule équipe, les différentes disciplines

et activités qui se rapportent au domaine bâti, et ce,

à tous les stades du travail, depuis les études préliminaires

jusqu’à la finition des constructions. (…) Cette organisation

permet à l’Atelier d’entreprendre toutes les études nécessaires

et de suivre la réalisation de programmes très divers.

(...) Ces études sont menées dans le sens général des recherches

de l’architecture contemporaine : résolution des

problèmes de fonctionnement interne, de structure, d’économie

générale, d’accord avec le site et le climat, dans l’esprit

d’une conception esthétique nouvelle. 67 »

Cette pluridisciplinarité se matérialisera au fil de leur production

et dépendra des besoins spécifiques de chaque

projet; ils entretiennent ainsi, au fil de leurs carrières, des

relations avec des artisans, urbanistes, sculpteurs ou ingénieurs,

dont Nikos Chatzidakis et Jean-Pierre Tohier.

La création de leur agence, et son mode de fonctionnement

associatif -association nominative-, fait figure d’exception

68 ; mise en commun des contrats, signature

collective des projets et mutualisation des ressources

(équipements, revenus, salaires). Cet engagement solidaire,

marginal, reflète l’idéal de la création collective, et réfute le

système du grand «patron», dans un système de confiance

66 Voir Notes sur l’Atelier de Montrouge et l’aménagement

du littoral, Catherine Blain, archives personnelles.

67 Extrait de la Note sur la constitution, l’organisation et

les possibilités de l’Atelier d’architecture, Montrouge, novembre

1958.

68 Déjà nouveaux modèles d’atelier associatif: Candilis-

Josic-Woods et «Atelier 5» en 1955, AUA en 1960, mais peu d’architectes

adhèrent à cet idéal de partage.


partagée, grâce à une véritable mise en commun

«d’un tas de choses 69 ».

Catherine Blain explique le fond de leur démarche,

qu’elle nomme réalisme social: «(...)

fédérée par le thème de combinatoire, elle

condense les enseignements, convoque les

outils de trame, s’intéresse aux jeux d’articulation

dans l’espace, expérimente différents assemblages.

Constamment renouvelée, inscrite

dans un mouvement en avant, elle vient perpétuellement

questionner la modernité 70 »

Lieu de création et de production d’une

œuvre collective, tel que les statuts le mentionnent

71 à propos de la «propriété artistique»,

l’organisation interne est à la fois collective et

individuelle; car un des quatre membres est

tout de même nommé responsable par affaire,

et est ensuite en charge du suivi de chantier.

C’est une organisation communautaire, de

discussions et de partage.

«On a toujours travaillé de la même façon,

à Montrouge. C’est-à-dire: chacun faisait le

même projet, était responsable d’un projet. Et

chacun faisait à sa façon. Mais dans la mesure

où on était dans la même pièce et où, évidemment,

on se voyait constamment, il est clair

69 Entretien de Catherine Blain avec Gérard

Thurnauer, cité dans la thèse p.79

70 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Universitl de Paris,

2001, p. 433

71 Depuis 1968, losque Renaudie quitte Montrouge,

il est mentionné «responsable de l’étude»

sur les projets dont il avait eu la charge.

A partir du 1er janvier 1979, Riboulet, Thurnauer

et Véret décident de se répartir les nouveaux projets.

ATM 2 «atelier Riboulet, Thurnauer et Véret

architectes» officiellement dissout en 1981.

que l’on discutait sans arrêt de ce que faisaient

les trois autres. On était quand même chacun

responsable d’un bâtiment, d’une étude, d’un

projet ; donc, en dernier ressort, s’il y avait

une hésitation, un débat ou quelque chose

comme cela, on décidait quand même pour

soi. Mais on avait toujours l’avis des autres sur

le sujet, en permanence. Il y avait aussi le fait

que, quand il y avait un gros dossier à faire,

tout le monde travaillait sur le gros dossier : le

dossier d’exécution, les détails, tout cela, on

se partageait la tâche; [...] aussi, certaines études

ont été commencées par l’un et, après,

poursuivies par l’autre. Donc c’était assez souple.

Mais il y avait cette idée que chacun faisait

quand même son projet. Je crois que cela,

c’est une chose qui était indispensable. (...)

C’est une histoire heureuse qui devrait

rester, dans l‘histoire de l’architecture,

une petite pierre, à un moment et à un

endroit important 72 .»

Leur champs de préoccupations n’est pas celui

de la grande commande; les quatre idéalistes

recherchent avant tout la qualité, par un

soin infini porté au détail, à toutes les échelles

de leur pratique. Ils condamnent d’ailleurs «l’affairisme»

de certains grands cabinets, jugeant

préférable de construire moins mais mieux.

Cette éthique exceptionnelle mérite d’être relevée.

L’Atelier de Montrouge est récompen

en 1965 par le prix du Cercle d’Études Architecturales,

et en 1981 lauréat du Grand prix

national de l’architecture pour l’ensemble de

son oeuvre.

72 Pierre Riboulet, entretien avec Caterine

Blain, décembre 1996

55


ATM

Domaine Volterra

Etudes, concours et réalisations

Projets varois

56

1.2.5 Quelques réalisations, études et concours significatifs

L’oeuvre construite de l’ATM est relativement restreinte; sa qualité

est énorme. Catherine Blain explique pourquoi, dans leur production,

certaines réalisations ont eu un impact plus fort que les

autres: «En règle générale, ce sont les projets issus de la première

époque qu’a retenu l’histoire. Ainsi, l’image d’Épinal de Montrouge

est constituée d’un petit nombre de réalisations, telles le village

du Merlier à Cap Camarat (1959-65) et la bibliothèque La

Joie par les Livres de Clamart (1963-65), la Crèche départementale

de Montrouge (1960-64) et les logements de fonction

EDF à Ivry-sur-Seine (1963-67). On mentionnera souvent

les traits «brutalistes» de ces projets, la rigueur et la cohérence de

leur recherche plastique (béton brut de décoffrage, lignes pures,

attention extrême portée aux détails). Quelques études urbaines

ont été également retenues par les historiens, comme le projet

de résorption du bidonville des Francs-Moisins (1964-65)

et la recherche pour la ville nouvelle du Vaudreuil (1967-72).

Les projets d’après 1968, développés à trois, sont quant à eux

souvent passés sous silence; on évoquera le fait que l’unité des

ateliers comme l’ATM ou l’AUA 73 est ébranlée par la remise en

cause des modes d’exercice et les changements introduits dans

le système de production. 74 »

Pour Jacques Lucan 75 , le projet pour la ville nouvelle du Vaudreuil,

«nappe homogène indifférenciée» qui «veut délibérément s’éloigner

de l’urbanisme des grands ensembles en même temps que

73 AUA- Atelier d’Urbanisme et d’Architecture, qui a rassemblé

une vingtaine de professionnels de 1960 - 1986 sous la forme d’une

coopérative. Installé rue Bailly à Paris, cette association sous la forme

d’une société civile coopérative, favorisait la collaboration entre architectes,

urbanistes, ingénieurs, décorateurs et offrait à de jeunes

professionnels de disposer au sein de grands locaux, des équipements

«bureautiques» communs.

74 L’Atelier de Montrouge (1958-1981), Prolégomènes à une

autre modernité, Catherine Blain, Thèse de doctoral de l’Université

de Paris, 2001, p.6

75 Voir Architecture en France (1940-2000), Jacques Lucan, Ed.

du Moniteur, 2001; diverses citations, p.149-150


d’un urbanisme d’îlots traditionnels», peut être

regardé comme «l’aboutissement de toute

une suite de réflexions menées par l’Atelier de

Montrouge mais aussi par l’AUA au début des

années soixante».

Au début de la création de l’ATM, Riboulet

et Thurnauer restent liés à Michel Ecochard

pour les affaires précédemment citées et quelques

concours, dont le concours pour la

CECA -projet d’habitation unifamiliale et collective

pour le personnel-, un ensemble de 400

logements et le Centre culturel à Léopoldville

au Congo.

Puis c’est avec Louis Arretche qu’ils collaborent

tous les quatre, d’abord sur un concours

pour l’Ecole Navale en décembre 1958, puis

sur l’Ensemble Immobilier de la sous-préfecture

à Bastia (1959-60). Ensuite intervient

la commande pour le Domaine de Volterra.

Suivront les projets varois -urbanisme de la

zone du Batailler, de Pampelonne, de Bonne

Terrasse, et à plus grande échelle pour l’urbanisme

de la ville de Rouen.

Loin des programmes de logements de masses

une démarche se dessine clairement à

l’Atelier.

A différentes échelles, les préoccupations des

premières années d’exercice sont orientées

vers le thème du logement, notamment le

logements de vacances qui nous intéressent

tout particulièrement ici. Les ensembles

d’habitation ont de commun trois objectifs pour

l’ATM: s’intégrer harmonieusement au paysage

(naturel ou construit), favoriser la vie sociale

tout en protégeant la vie privée, proposer des

espaces et des groupements mixtes, «d’une

esthétique moderne renouant avec l’esprit de

l’architecture traditionnelle 76 ».

L’ATM milite pour un mode de conception «répondant

au contexte et offrant des paysages

diversifiés, se présentant comme support au

développement d’une vie de qualité 77 »

La suite de ce chapitre expose très brièvement

une sélection des projets les plus emblématiques

dans l’oeuvre construite de l’ATM. Bien

entendu l’ensemble de l’oeuvre mérite un approfondissement,

qui peut être fait sur la base

des ouvrages cités en bibliographie.

76 L’atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.355

77 L’Atelier de Montrouge, la Modernité à

l’Oeuvre, 1858-1981, Catherine Blain, Arles, Ed.

Actes Sud-Cité de l’architecture et du patrimoine,

2008

57


1945

1950

1955

1960

58

1945 Entrée des quatre architectes à l’ENSBA à Paris

1949 (-50) Voyage en Afrique du Nord (PR,GT,JLV)

1951 (-52) voyages successifs au Maroc, collaborations diverses

1952 Diplôme (PR, GT, JLV) Université islamique de Fès - Prix du Meilleur diplôme

1952 Etude de Boulogne-Billancourt avec l’équipe du CIAM-Paris

1953 (-55) JLV à Ahmedabad, Inde sur les chantiers de Le Corbusier

1954 (-57) Logements Emmaüs (PR et GT avec CIAM-Paris)

1954 (-59) Chantier de l’université de Karachi, Pakistan (associatio ERT)

1956 (-58) Aménagement de l’Atelier à Montrouge

1957 (-58) Ville nouvelle de Saïda, chapelle Notre-Dame de Jambrour à Beyrouth

1958 Fondation de l’Atelier de Montrouge

1958 (-59) Concours CECA

1959 (-62) Moulin Messagier

1959 (-79) Hôpital de Nouakchott, Mauritanie

1959 (-62) Plan directeur de Rouen (ATM 1 avec LA)

1959 (-64) Crèche départementale Hippolyte Mulin de Montrouge

1959 (-62) Etude pour le domaine Volterra, Cap camarat

1959 (-60) Concours SCIC

1960 (-62)Aménagement de la galerie Knoedler, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris

1960 (-79) SITIn°1, logements et ensemble administratif EDF, Issy-les-Moullineaux

1960 (-68) Centre aéré de Villelouvette

Chronologie: Production Atelier de Montrouge

1958-1981

1961 Etude pour un musée d’art contemporain à La Chaux de Fonds

1961 (-65) Plan d’urbanisme de détail secteur Est de Rouen

1961 (-64) Plan d urbanisme de détail de la zone du Batailler, Le Lavandou

1961 (-65) Etude pour la SCIC, 1000 logements à Goussainville

1962 (-64) Agrandissement de l’Atelier de Montrouge


1965

1970

1975

1980

1962 (-66) Bibliothèque des enfants La Joie par les Lives à Clamart

1962 Etude pour un centre urbain / complexe hôtelier, domaine de Tralicetto, Corse

1962 (-63) Plan d’urbanisme de détail pour la plage de Pampelonne, Ramatuelle

1962 (-64) Etude pour le village de vacance Bonne Terrasse, domaine Coumipez

1962 (-65) Village de vacances Le Merlier et maison du gardien, domaine Volterra

1963 (-67) Centre médico-social et logements de fonction EDF, Ivry-sur-Seine

1963 (-68) EDF Wagram : Aménagement d’un immeuble de bureaux, Paris 8e

1963 (-64) Etude pour le village de vacances Gigaro, La Croix-Valmer

1964 (-65) Etude pour la ville de Rouen, quartier du Saint-Sever

1964 (-65) Etude pour la résorbtion du bidonville des Francs-Moisins, Saint-Denis

1965 Grand Prix du Cercle d’études architecturales

1966 (-69) Centre de premier secours contre l’incendie, Montrouge

1966 (-69) EDF, Orléans-La Source : SITI n° 3 et logements de fonction

1967 (-72) Recherches pour la ville nouvelle du Vaudreuil

1969 (-74) Foyer de jeunes filles, rue de Tolbiac, Paris 13e

1970 (-77) CEC « Les heures claires » Istres et CES «Elie-Coutarel»

1972 (-80) Immeuble résidentiel de l’Aiguille et ensemble «Les Trois évêchés» La Foux-d’Allos

1972 (-78) Centre d’études catalanes, Paris 4e

1972 (-80) Centre de perfectionnement EDF, Les Mureaux

1973 (-74) Etude pour la centrale nucléaire EDF, Gravelines

1973 (-83) Centre de quartier «L’Arche Guédon», Noisiel, Marne-la-Vallée

1975 (-78) Aménagement Cour d’appel et salle des pas-perdus, Palais de justice, Reims

1975 (-81) Quartier du parc, Saint-Quentin-en-Yvelines : Plan d’aménagement (81-85 GT)

1976 (-77) Concours pour l’aménagement du site des abattoirs de la Vilette, Paris

1977 (-78) Concours pour un ensemble de buraux pour la RATP, Noisy-le-Grand

1977 (-78) Concours pour l’hôpital Sainte-Périne, Paris

1979 Protocole de séparation de l’Atelier

1981 Grand Prix national d’architecture

1982 1er janvier - Dissolution officielle de l’ATMGrand

59


Moulin Messagier

Colombier-Fontaine

1959-1962

Ils réalisent pour le peintre Jean Messagier, un ami

intime de Jean-Louis Véret, l’un de leur premiers

projets.

Fortement publié en 62-63 1 , il s’agit d’une intervention

de réaménagement et d’agrandissement

d’un petit moulin en pierre, datant de 1821, auquel

s’adjoignent de nouveaux volumes d’habitation. La

toiture exprime sa contemporanéité par un jeu de

lignes répondant aux collines environnantes; la toiture

évoque le Pavillon Phillips de Le Corbusier.

L’originalité de ce projet est la recherche de symbiose

entre art et architecture; l’idée de «synthèse

des arts» est à la base de la conception.

«La grande beauté des toiles de Messagier est de

transposer la lumière et les mouvements du paysage

: le projet répond à cette volonté de dynamisme

par une architecture légère, constituée de volumes

autonomes, articulés autour d’un noyau central. 2 »

Ce projet s’inscrit dans la filière artistique, à l’instar

de l’aménagement de la galerie Knoedler à Paris

(1960-62).

Cf. ATM/C/59/18

1 Fortune critique: Abitare (Italie) n° 17,

juin 1963, p.2 ; AD (USA) n° 1, janv. 1965, p. 42

; Jardin des arts, n° 104-105, juil.-août 1963, pp.

18-19 ; Maison Française (La), hors série, numéro

spécial hiver 1964-1965, pp. 96-101 ; Moebel interior

design, mai 1963, p. 222-227 ; Nouveau journal

de charpente menuiserie parquets (Le) n° 11,

déc 1962, p. 58-63 ; Oeil (L’), n° 93, sept. 1962,

pp. 64- 69

2 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.115

60

coupe transversale 162ifa802/7

façade ouest 162ifa802/7

façade angle sud-ouest 162ifa306

étude pour la toiture t 162ifa306


L’Hôpital National de Nouakchott 1

Mauritanie

1959-1979

Initié au lendemain de la proclamation de la République

islamique de Mauritanie, l’hôpital fait partie d’un

projet ambitieux de nouvelle capitale de Nouakchott.

Ce projet les ramène à l’étranger. Ils collaborent

avec Nikos Chatzidakis pour ce complexe hospitalier

réalisé en plusieurs phases. Le projet «qui révèle

hâtivement les traits de la démarche montrougienne.

(...) Ce contexte spécifique (...) soulève un

questionnement plus vaste que celui des projets

précédents. L’attitude privilégiée par l’ATM dans le

cadre de cette mission consiste donc, d’une part,

à renouer avec la démarche analytique héritée

d’Ecochard et, d’autre part, à faire appel à l’aide

d’un spécialiste extérieur, le Docteur Ferrand, en

vue d’aborder la question du programme.(...)

Ces données permettent d’esquisser quelques

schémas d’organisation de l’hôpital, dont les principes

de composition sont les suivant:

1- un «bloc-hôpital» où tout est incorporé dans un

volume en vertical(...);

2- une hospitalisation en vertical, tous les autres

éléments à l’horizontal;

3- éléments à rez-de-chaussée organisés sur un

grand plan carré avec des cours patios intérieurs;

un grand bâtiment sur pilotis enjambe ces éléments

horizontaux;

4- plan dit «en croix» composé d’un bloc d’hospitalisation

de 8 étages et un bloc horizontal de deux

niveaux pour l’ensemble des services techniques.

2 »

Cf. ATM/G/59, G/65, G/75

1 Cf. 162ifa 710/3 et 1492/12

2 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.134 et 135

Esquisse du plan masse ; Etude préliminaire, avril 1960

162ifa710/1

Etude du « bloc technique », nd 162ifa1325/2

Etudes du « village » et de l’école d’infirmières, nd

162ifa334

61


La crèche départementale Hippolyte Mulin

1 , Montrouge

1960-1964

«Substitut de la maison et premier lieu de socialbilité

des enfants, la crèche se doit d’être

un cocon délicieux, à la fois fermé et ouvert

sur le monde. Plusieurs avants-projets illustrent

le processus d’élaboration de ce programme;

(...) c’est, plus assurément, le traitement architectural

de l’ensemble et, notamment, le

dessin des façades, plus largement ouvertes

sur l’extérieur, qui révèlent l’évolution de la recherche

au cours de cet intervalle de deux

ans. La force du projet réside, en effet, dans

la mise en valeur de la figure du plan en aile

de moulin : dans le fait d’avoir souligné, par

un ensemble de dispositifs architecturaux réalisés

à l’aide de matériaux nobles (béton brut

de décoffrage, pierre et bois; l’ensemble des

menuiseries étant en chêne verni), à la fois la

raison constructive et la dimension dynamique

de la composition. 2 »

Cf. ATM/C/59/19

1 Fortune critique; l’Atelier de Montrouge

(1958-1981), prolégomènes à une autre modernité,

2001 catalogue raisonné, Catherine Blain,

thèse de doctorat: AA n° 123, dec 1965-janv 1966,

p.6 ; Aujourd’hui n° 54 «France 1», sept 1966, p.

19 ; Architect & Building news (The, Angleterre),

n° 17, 26 avril 1967, pp. 727-730 ; Baumeister n°

6, juin 1966, p. 656 ; Detail n° 1, janvier 1966,

p. 22 ; TA (25e série) n°2 Hôpitaux, constructions

sociales, fev 1965, pp. 144-145 ; Vie collective (La

revue de l’économe) vol. 31, n° 362, sept 1965. p.

1140-1144

2 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.119

62

plan de toiture 162ifa622/7

vue d’une aile depuis un patio, 1992 162ifa802/7

dessins sur calques 1959-60 162ifa622/1


Le centre aéré de Villelouvette,

Domaine de Villelouvette, Egly

1960-1968

Ce projet fait partie des programmes publics

élaborés pour la commune de Montrouge,

cette fois directement mandaté par le maire.

Le Domaine de 40ha, acquis par la ville, est

destiné aux loisirs de tous les habitants. Le

chateau présent sur le domaine sera transformé

en centre de loisirs; tandis qu’il est demandé

aux architectes de prévoir une structure

en plein air. Ce mandat s’insère dans le

cadre d’un Arrêté de l’Education Nationale,

visant à «soustraire les enfants aux conditions

des villes 1 »

«Cet avant-projet (peu de changements dans

sa forme définitive) montre la proximité de la

démarche de l’ATM avec de la jeune génération

CIAM et, plus précisément, avec Aldo

Van Eyck qui, l’Orphelinat pour enfants d’Amsterdam

(1955-59), met en avant trois idées

: composer la globalité du projet sur la base

d’un «idiome constructif» (ou élément primaire)

; instaurer, par l’assemblage des éléments, «la

diversité dans l’unité et l’unité dans la diversité»

; donner au projet une clarté labyrinthique 2 ».

Il est prévu d’accueillir quelques 425 enfants;

le programme prévoit des services communs

(cuisine, réfectoires, services) et une administration.

Le chantier s’engage en 1966 et

s’achève deux ans plus tard.

Cf. ATM/C/60/13

1 Cf. Réglementation des «centres aérés»

du 19 mai 1960

2 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.124

plan masse 162ifa670/7

plan du rez-de-chaussée 162ifa670/7

plan du niveau 162ifa670/7

63


Les projets EDF;

L’immeubles de bureaux et restaurant de

l’avenue de Messine, 1959-1964

Le service de traitement de l’information

d’Issy-les-Moulineaux; SITI n°1, 1960-65

«L’ATM est sollicité pour intervenir sur le site

EDF. Une première étude lui est confiée, par

l’intermédiaire de Paul Ehrmann, secrétaire général

d’EDF dont le fils est un ami du collectif

d’architectes.

Il s’agit de transformer une centrale de pulvérisation

du charbon de 1927 en un bâtiment

moderne pour le traitement de l’information.

(...) Pour des raisons économiques, l’ossature

du bâtiment est conservée. Une contrainte

saura stimuler la créativité entre architectes et

ingénieurs. Aux premiers balbutiements de l’informatique,

tout est à concevoir et à inventer,

même si Marcel Breuer, (...) construit dans le

même temps le centre de recherche IBM à la

Gaude (1960-63). 1 »

Les logements de fonction et CMC à Ivrysur-Seine,

1963-67

Ensemble de logements constitué de deux

tours de six et huit étages comprenant un appartement

par étage. Les appartements sont

prolongés de généreuses terrasses et, largement

ouverts sur l’extérieur. La forme générale

résulte de la superposition par rotation des logements;

le jeu géométrique complexifie l’apparence

de l’ensemble, tout en exprimant sa

vérité constructive.

Le SITI n°3, Orléans-la-Source, 1966-68

Cf. ATM/F/59, 60, 63/5, 63/6, 63/7, 66, ...

Illustrations: Fonds Cardot-Joly

1 Le SITI, Lucie Cometta-Colas, Ed. Jean-

Michel Place, 2007, p.21

64


La Bibliothèque pour enfants

La Joie des Livres

Clamart

1962-66

La bibliothèque pour enfants La Joie par les

livres, qui soulève l’enthousiasme unanime des

critiques dès sa livraison, est classée en 1993

à l’inventaire supplémentaire des Monuments

Historiques. Les salles de lecture sont toutes

circulaires, et leurs dimensions adaptées aux

âges des enfants. Ces espaces sont greffés

les uns aux autres et forment un tout organique.

«La reconnaissance accordée à ce projet tient

à deux facteurs intimement liés : au caractère

novateur de son programme d’une part, à la

spécificité de son architecture d’autre part. 1 »

Initialement prévu à Viry-Châtillon, le projet est

déplacé à Clamart, au sein de la cité de la Plaine

de Robert Auzelle. «Le nouveau fondement

du projet est trouvé par l’émergence, au fil des

dessins exploratoires, de la figure du cercle,

matérialisant au mieux l’image de cocon intimiste

sinon d’élément plastique à fort potentiel

identitaire. 2 »

Cf. ATM/C/63/3

Les illustrations sont tirées de; Espace à lire, la

bibliothèque pour enfants à Clamart, textes de

Gérard Thurnauer, Geneviève Patte et Catherine

Blain, Ed. Gallimard, 2006

1 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.213

2 Idem, p.216

65


Les projets en zone de villégiature;

les projets varois

«Comment arrêter de détruire ce que l‘on vient

chercher?» Louis Arretche

Dès 1959 l’ATM est amené, en collaboration avec

Louis Arretche, à travailler sur différents site de développement

de groupements de vacances, dans

le Var et ailleurs; la presqu’île de Saint-Tropez, la

Corse, la côte Aquitaine.

Cette thématique met en exergue la notion de protection

des espaces naturels, impliquant une problématique

inédite à l’époque, sur des sites alors

très convoités. Le projet pour le Domaine de Volterra,

Ramatuelle, (1959-1965) n’est pas évoqué

ici; se référer à la deuxième partie de ce travail.

Etude: centre urbain et complexe hôtelier,

Domaine de Tralicetto Corse, 1962

Plan d’ensemble d’aménagement du centre urbain

et d’un hôtel de 54 chambres, «constitué par un

assemblage de petits volumes sur la pente; d’autre

part, un village structuré par un réseau de parcours

piétonnier et regroupant habitations, commerces et

équipements dans une combinatoire de volumes

de taille différente. Non réalisé, ce projet contribuera

cependant à débouter le plan d’urbanisation et à

engager le débat sur la création de réserves naturelles

en Corse 1 » Cf.ATM/C/62/6

Etude pour le Domaine de Gigaro,

La Croix-Valmer, 1963-1964

Il s’agit pour ce projet d’une autre démarche (décomposition

de la figure du cercle, constituant le

plan de 150 maisons «dans une combinatoire de

disques de dimensions variables s’étageant sur la

1 L’Atelier de Montrouge, la Modernité à

l’Oeuvre, 1858-1981, Catherine Blain, Arles, Ed.

Actes Sud-Cité de l’architecture et du patrimoine,

2008, p. 152

66

domaine de Tralicetto

domaine de Gigaro


pente 2 » mais la thématique est la même. Un ensemble

d’équipement complète l’usage du village;

situé en bord de mer (centre commercial, commerces

et base de loisirs) il garantit une urbanisation

durable du site. Cf.ATM/D/63

Plan d’urbanisme de détail de la zone du

Batailler, Le Lavandou, 1961-1964

Plan d’urbanisme d’un ensemble d’environ 1000

logements et équipements cherchant à s’opposer

à une urbanisation d’équipements touristiques devenue

trop «classique» dans la région: bord de mer

envahi par des construction et mitage de l’arrièrepays

par des lotissements. (cf. «Groupement d’urbanisme

des Maures 3 ») Cf.ATM/C/61/2

Plan d’urbanisme de détail de la plage de

Pampelonne et village de vacances Bonne

terrasse 4 , 1962-64

Là aussi, l’ATM cherche à protéger les espaces

naturels tout en permettant à tous d’en profiter. Le

plan prévoit de regrouper les habitation et équipements

en deux villages aux deux extrémités de la

plage (Bonne Terrasse et Tahiti). L’ATM propose

«pour cet ensemble de 170 maisons une architecture

complexe qui, accroché au flanc de la line des

crêtes, procède d’un savant jeu d’emboitement et

d’articulation des constructions les unes dans les

autres 5 » Cf.ATM/C/62/2

2 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.154

3 Crée en 1963, réunit les communes de

Saint-Tropez, Gassin, Ramatuelle, La Croix-valmer

dans une législation commune

4 voir ATM D-62-2

5 L’Atelier de Montrouge, la Modernité à

l’Oeuvre, 1858-1981, Catherine Blain, Arles, Ed.

Actes Sud-Cité de l’architecture et du patrimoine,

2008, p.206

Avant-projet du plan d’aménagement, 1962 (1/5000)

ATM-D-61-2, 162ifa 608/7

Schéma d’aménagement de la plage de Pampelonne

(1/10000) n.d. ATM-D-62-2, 162ifa 620/11

Plan masse (dessin de Jean Renaudie)162ifa 318

67


Plan directeur d’urbanisme de Rouen

1959-65

«Parmi les différentes missions confiées à l’ATM en

1959, c’est, sans conteste celle du Plan directeur

de Rouen qui permet à l’ATM d’affiner sa démarche

urbanistique 1 »

A l’automne 1959, l’équipe travaille pour une autre

mission confiée par Louis Arretche; L’ATM mène

une enquête de terrain très précise, afin d’établir différents

aspects de la ville (démographie, circulation,

histoire, morphologie bâtie, etc.) et constate 2 une

ville «gravement malade» dont le centre, endommagé

par la guerre, est devenu en grande partie

insalubre. L’enquête fine menée du terrain d’intervention

les conduit au plan directeur dont la spécificité

est de «laisser aux études ultérieures la charge

de préciser la nature exacte des interventions 3 »

Cf. ATM/E/59

1964-1965. Etude de principe de la reconquête du

secteur Saint-Séver pour l’extension du centre ville sur

la rive gauche, Rouen (Seine-Maritime) : plan d’aménagement,

n.d. (Objet ATM-E-64-1. Dossier 162 Ifa 308.

Doc. AR-06-10-04-11)

1 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.163

2 cf. rapport d’analyse Etude analytique

de la ville de Rouen, mai 1960

3 L’Atelier de Montrouge (1958-1981),

Prolégomènes à une autre modernité, Catherine

Blain, Thèse de doctoral de l’Université de Paris,

2001, p.170

68


La ville nouvelle du Vaudreuil

Les recherches pour le Vaudreuil méritent à elles-seules

une étude approfondie...

Premières recherches ATM 1

1966-68

Les membres de l’ATM sont engagés de plus

en plus au sein du débat sur l’aménagement

du territoire. Trois enjeux d’avenir sont identifié 1 :

éviter l’urbanisation continue de Paris, stopper

le mitage du territoire, et mettre en place un

urbanisme nouveau offrant une alternative au

mode de vie urbain.

L’ATM produit des dessin volontairement schématiques

«de système de trame urbaine, de

structures complexes à différents niveaux, de

combinatoires où se mélangeraient les fonctions

et les espaces. (...) Présentée en avril

1968, cette recherche décontenance quelque

peu ses commanditaires,qui espéraient

malgré tout des réponses un peu plus concrètes.

Elles seront fournies par l’équipe à partie

de l’automne, mais sans Jean Renaudie qui

quittera l’Atelier sur ce projet. 2 »

Propositions d’organisation urbaine ATM 2

1968-1972

Cf. ATM/H/67/1, 67/2, 68, 72

1 Cf. L’Avenir de la Basse-Seine, janvier

1967. Le projet émane d’une mission d’étude

(MEBS) crée en décembre 1965.

2 L’Atelier de Montrouge, la Modernité à

l’Oeuvre, 1858-1981, Catherine Blain, Arles, Ed.

Actes Sud-Cité de l’architecture et du patrimoine,

2008, p.182

69


70

«Des divergences de vues, exprimées à l’occasion du projet du

Vaudreuil (67-68), auxquelles s’ajoutent les événements de Mai

68, conduisent Jean Renaudie à quitter Montrouge. Les trois

autres continuent l’aventure, tout en s’investissant dès lors d’avantage

au sein de différents groupes de réflexion.

Durant la seconde période de l’Atelier (ATM 2 ), la production

se nourrit de ces engagements individuels. Elle se place sous le

signe de la maturité, avec des projets répondants concrètement

aux nouvelles problématiques de l’heure, comme les villes nouvelles

et les équipements intégrés, l’industrialisation de la construction,

l’aménagement du territoire et le renouvellement urbain.

L’étude du Vaudreuil, développée dans le cadre de la mission

pluridisciplinaire en charge de sa réalisation (1968-78), permet

aux architectes de préciser leurs intentions théoriques en matière

de création urbaine. En dehors de cette étude, d’une grande richesse,

omniprésente (...) l’Atelier conçoit et réalise un certain

nombre de projets d’envergure, dont la mise en oeuvre s’étale sur

plusieurs années. C’est le cas, notamment, des projets d’Istres

(Les Heures Claires 1970-77 et de Marne-la-Vallée (l’Arche

Guédon 1973-83, ainsi que du parc à Saint-Quentin-en-

Yvelines 1975-80.

Dans le fil de ces projets, l’Atelier enrichit sa démarche en approfondissant

quelques idées (...) Lors de ces réalisations, mais

aussi de celles répondant à des programmes moins complexes

-comme le SITI n°3 (1966-69), le foyer de jeunes filles à Tolbiac

(1969-74) ou le Centre d’études catalanes (1972-77), il

poursuit par ailleurs sa recherche d’une expression architecturale

qui, entre l’acte héroïque et la banalité, s’inscrive dans le temps

présent. Enfin par ses études d’urbanisme, aussi bien au cap

Ferret (UPA4) (1971-72) qu’à Istres (Croissance du centre urbain

(1972-77) ou à Paris (la Vilette 1976-77), il réaffirme sa volonté de

planifier durablement l’avenir en aménageant dès maintenant les

conditions de vie de la société dans son ensemble.» 78

78 L’Atelier de Montrouge, la Modernité à l’Oeuvre, 1858-1981,

Catherine Blain, Arles, Ed. Actes Sud-Cité de l’architecture et du patrimoine,

2008, p.86, Texte de Catherine Blain, p.241


72

2

LE DOMAINE VOLTERRA

2.1 - CO N T e x T e

2.1.1 Situation géographique

Le domaine de Volterra, terrain d’une centaine d’hectares, est situé

sur la presqu’île de Ramatuelle au Cap Camarat. A quelques

kilomètres de la mondaine Saint-Tropez, c’est ici une nature

préservée que l’on trouve. En effet la morphologie du Cap a

contribué à épargner la zone -de l’arrivée du chemin de fer ou de

la route; sa situation est presque reculée, on s’en rend compte

aujourd’hui encore. Le lieu est idéal car isolé de l’effervescence et

des nuisances dues à la fréquentation excessive de la région.

Le site, exposé plein sud, est protégé des vents et intempéries

par le massif des Maures au Nord -et par l’Estérel un peu plus loin.

Le village du Merlier est lui également protégé par les hauteurs du

Cap.

L’accès y est discret. La parcelle est desservie par une route

qui mène au Phare de Camarat. Un seul point d’accès mène

au Domaine et à son château -et aux petites constructions annexes-

d’où un tracé en boucle dessert les parties est et ouest,

descendant légèrement vers la mer. Cette boucle existante est

prédestinée à la desserte des futures habitations. (cf. schémas

p.86)

La côte d’Azur s’étend sur les départements du Var et des Alpes

Maritimes, de la presqu’île de Giens. L’urbanisation y est très

diversifiée, due à des situations géographies et historiques mouvementées;

dans l’ensemble la côte varoise est restée un peu

plus longtemps à l’écart de l’arrivée massive d’estivants, protégée

par les forêts du Massif des Maures et de l’Estérel. Le golfe de

Saint-Tropez et la baie de Saint-Raphaël y sont pourtant vite remarqués,

car plus accueillants et faciles. Longtemps fréquentée

par un tourisme hivernal haut de gamme et une clientèle aisée,


l’ensemble de la côte d’Azur est cloisonné en

petites unités paysagères variées.

A partir de 1876 arrive le chemin de fer; la route

traversant le massif des Maures est ouverte en

1887 et la route de l’Esterel en 1903; le tourisme

peut dès lors s’y développer. Jusque là,

les ports de Hyères, Saint-Tropez ou Fréjus ne

communiquaient entre eux que par voie maritime.

La frange littorale, encore presque vierge

au début du siècle, voit foisonner les constructions

dans l’entre-deux-guerres. Mais contrairement

à la situation en Languedoc-Roussillon,

le peuplement y est ancien, l’agriculture

intensive et les terroirs diversifiés.

Les habitudes touristiques, essentiellement

hivernales jusqu’aux années vingt, se répartissent

petit à petit tout au long de l’année et la

riviera se spécialise vers la villégiature estivale.

Au départ, la résidence de plaisance se greffe

par «petites quantités additionnelles 79 » sur des

agglomérations existantes; petits villages

et ports de pêcheurs, préservant l’essentiel

de leur structure urbaine. La viabilisation progressive

de l’ensemble de la côte Méditerranéenne

engendre rapidement des spéculations

immobilières. La deuxième guerre gèle

la situation, mais aussitôt finie, la Côte d’Azur,

déjà largement construite, recommence à accueillir

ses touristes; des lotissements voient le

jour, de nombreuses villas et immeubles hétéroclites,

et des campings.

79 L’aventure du balnéaire. La Grande Motte

de Jean Balladur, Claude Prelorenzo et Antoine

Picon, Ed. Parenthèses, 1999, p.58

to u L o n

vA u C L u s e

(84)

b o u C h e-d u-r h ô n e

(13)

hyères

Le L AvA n d o u

A L P e s d e h A u t e-

f r é j u s

P r o v e n C e (04)

vA r

(83)

st-r A P h A ë L

st-M A x iM e

st-t r o P e z

PACA

h A u t e s A L P e s

(05)

A n t i b e s

C A n n e s

A L P e s M A r i t iM e s

n i C e

(06)

M e n to n

M o n A C o

73


à droite

• Carte de situation, Dossier

préliminaire, août 1959

Cf. 162ifa 703/6

• Photographie: vue depuis

la mer vers le château de

Volterra,

rapport d’étude ATM: Camarat,

contribution à l’urbanisation

de la Côte d’Azur,

1959, cf. 162ifa1003/1

• Convention signée Louis

Arretche, Jean Renaudie,

Pierre Riboulet, Gérard Thurnauer,

Jean-Louis Véret

avec François Leredu,

mai 1961

Cf.162ifa 1003/2

74

2.1.2 La commande

«200 maisons de vacances pour le Domaine de Volterra»

Simone Volterra, propriétaire du Domaine de Volterra à Camarat,

souhaite développer un projet d’hébergement de villégiature

sur son terrain, la propriété étant trop grande pour son entretien.

Elle sollicite Louis Arretche, qui confie la mission en juin 1959 au

jeune Atelier de Montrouge. Ce sera pour ses collaborateurs un

des premiers réels terrains de recherche sur le thème de l’habitat,

ainsi que l’une des réalisation les plus remarquable, qui «s’érige en

manifeste de la Modernité 80 ».

La commande qui émane de la propriétaire -du groupe financier

qu’elle constitue 81 - est un ensemble de 200 maisons de vacances

sur ce terrain bordé par a mer.

On leur demande dès lors de faire en sorte que les futures habitations

ne se voient pas depuis le château, situé au centre du

terrain. Une autre contingence demande être étudiée; la zone se

trouve sous interdiction de construire.

Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, l’équipe de

l’ATM convoque la notion du respect de l’environnement dès ses

premières esquisses. Cette ligne de conduite stricte les poussent

à rechercher une solution capable d’assurer la sauvegarde

de ce site, malgré la construction de 200 villas. L’enjeu des

premières études est alors de convaincre les autorités de la viabilité

et de la bonne éthique du projet, de sa capacité à protéger

durablement le site.

80 L’Atelier de Montrouge (1958-1981), Prolégomènes à une

autre modernité, Catherine Blain, Thèse de doctoral de l’Université

de Paris, 2001, p.155

81 Société foncière du Château de Volterra


Page de droite

• Divers dessins de l’enquête

de terrain, août 1959

Cf. Etude préliminaire;

162ifa 1003

76

2.1.3 Enquête de terrain et rapport préliminaire

Le début du travail consiste en une étude in-situ du terrain et de

son contexte. Cette méthode, apprise auprès Ecochard 82 et à

laquelle ils recourent pour de manière systématique à différentes

échelles de projet, vise à tirer les lignes directrices capables d’assurer

une juste intervention:

«C’est ainsi ancré dans le réel que le projet peut ensuite trouver sa

matérialité par le biais, cette fois, d’un minutieux travail de conception,

sensible cette fois aux données du programme, s’attelant à

instaurer des relations harmonieuses entre les choses, entre les

parties, les éléments, s’attachant à donner aux formes une identité,

une spécificité (...) 83 »

Les membres de l’ATM décident de passer le mois d’août de

cette année là à parcourir le site, pour le comprendre fondamentalement

et affiner les données de leur recherche. Ils effectuent

une étude minutieuse du lieu, cherchent à en déceler les caractéristiques

«géographiques, typologiques et sociales»

et établissent une cartographie du site. Ils étendent l‘étude à la

région et à certains villages -Ramatuelle et Gassin- desquels ils

font une appréciation plus qualitative. Ils effectuent des relevés,

repèrent les différents points de vue, sur la mer et depuis le château,

étudient la topographie et la végétation du terrain, repèrent

les particularités locales.

Cela les amène à arrêter les principes d’intervention, et à définir,

par exemple, les zone susceptibles de recevoir les constructions;

ils décident d’ores et déjà de répartir les maisons en plusieurs

endroits.

82 Ils le feront d’abord pour Karachi avec Ecochard, puis simultanément

pour les logements de masse à Thiais 1959-69 (SCIC) et la

rénovation urbaine de la ville de Rouen 1959-61; Ces recherches demeureront

à l’état projectuel, et seul le Merlier démontre de cette

période sur le renouvellement du cadre de vie.

83 Espace à lire, la bilbiothèque des enfants à Clamart, p.133


Relief Possibilités d’implantation 1°

Végétation Possibilités d’implantation 2°

Plantations Impossibilités d’implantation

77


A la suite de cette analyse du site, l’équipe

remet un rapport aux commanditaires et à la

Commission de Sites; Camarat, contribution

à l’urbanisation de la Côte d’Azur 84 :

Une ligne de crête sépare les deux versants,

l’un abrupt vers la mer; en forte dénivellation,

d’une grande beauté, il se termine en calanques.

L’autre, plus doux et plus humanisé, s’oriente

vers la terre. «Pas moins beau» il est boisé et

domine la plaine qui s’étend au pied de la colline

de Ramatuelle merveilleux village de 300

ans accroché aux colline; à l’horizon la chaîne

des Maures et au nord l’anse de Pampelonne

jusqu’au cap de Saint-Tropez.

De grosses masses boisées de pins et de

chênes-liège alternent avec des clairières dans

les forêts, des vignes et des zones de taillis; de

beaux arbres isolés habitent le terrain.

Des lotissements sont déjà construits depuis

la Croix Valmer et à l’Escalet; de l’autre côté,

toute l’anse de Pampelonne est également

fortement construite.

Les architectes y synthétisent leur réflexion

sur l’aménagement pour les vacances.

Ils prennent fortement position en dénonçant

les constructions mal venues qui sont en train

d’abîmer la Côte et menacent son avenir.

Ils comprennent l’évolution socio-économique

qui conduit chaque année une population

grandissante au bord de la mer; et malgré

un certain progrès apporté à la région, ils en

énoncent surtout une série de nuisances.

84 Rapport d’étude ATM faisant suite à

l’étude du site: Camarat, contribution à l’urbanisation

de la Côte d’Azur, 1959, cf. 162ifa1003/1

Ils déplorent l’émergence de nombreux projets

irrespectueux de leur contexte; des villas de

pur style de la banlieue parisienne ou d’un style

aggravé par le désir d’imiter la Provence dans

ses aspects les plus artificiels venant miter le

territoire. (...) Cette villa provençale, multipliée

à des millions d’exemplaires, a envahi la Côte

et une partie de l’arrière-pays, au point que l’on

peut dire paradoxalement que ce pays qui attire

tant de monde n’existe pratiquement plus.

Le rêve de la petite maison tranquille a été

détruit par le nombre de petites maisons

tranquilles, le bord de mer est pratiquement

inaccessible, l’intimité n’est pas sauvegardée,

la circulation automobile est très dense et donc

dangereuse et polluante, l’architecture locale

s’appauvrit. Leur volonté est alors d’arrêter d’

anéantir ce pays calme et parfumé (...) par l’extension

de lotissements monstrueux dont les

infrastructures éventrent le paysage.

Trois possibilités d’aménagement y sont énoncées

pour l’avenir d’une telle région;

1° Continuer comme par le passé; mais c’est

voué à trop d’échec;

2° appliquer une servitude non-aedificandi;

mais c’est très arbitraire, non garanti, et pas

forcément plus durable;

3° ou chercher une solution qui permette d’utiliser

un site tout en le sauvegardant.

Cette solution, justifiée par les architectes,

participe à l’argumentation en faveur d’une

modification de la réglementation en vigueur.

L’intérêt est évidemment de concilier la volonté

de construire avec le désir impératif de sauvegarder

l’intégrité du terrain; la valorisation de

cette vaste emprise foncière -mal entretenue à

l’époque- peut commencer.

79


Page de droite

• Articles de journaux locaux

La sauvegarde du Littoral

Méditerranéen, Le Monde, 4

juillet 1959

• et La Protection du Littoral

Privence-Côte d’Azur, Le

Monde, 20 avril 1960

80

2.2 - Le P r O j e T d’e N s e M b L e

2.2.1 Lignes directrices

On choisit donc de profiter d’un site, jusqu’alors interdit, pour accueillir

une population saisonnière de vacanciers. Le mode de vie

et l’architecture des loisirs sont pensés conjointement à la question

de la préservation des espaces naturels. Ce débat, sensible

à la valeur patrimoniale de l’environnement, conduit l’ATM à une

intervention modeste et respectueuse et sage, capable de

constituer un modèle nouveau d’habitat de vacances. La

sauvegarde du paysage naturel s’impose à la base du projet.

Le rapport de l’ATM, cité au chapitre précédent, se conclut en

une liste de cinq points, capables de guider les choix d’intervention

et synthétisant les principes d’aménagement de l’ensemble;

«1° la volonté de toucher le moins possible au paysage par

les constructions ou les routes, en conservant les plantations ou

en les étendant.

2° la recherche de groupements de maisons en nombre variable,

s’inspirant des villages méditerranéens pour l’échelle, les matériaux

et les circulations, ainsi que pour la sauvegarde de l’intimité

dans chaque habitation.

3° la recherche d’une architecture véritablement moderne,

c’est à dire l’expression exacte des grandes sources de beauté:

volumes simples, matériaux naturels, échelle humaine, pénétrations

d’espace et de soleil; l’ensemble le plus solidement établi

sur les traditions les plus valables des constructions anciennes

locales, à l’exclusion de toute décoration gratuite.

4° la volonté d’arrêter les automobiles à l’entrée des groupements

et de circuler à pied, afin de proscrire le bruit et les dangers

du trafic routier.

5° le souci de ne rien interposer entre les maisons et la mer

pour les groupements en bordure de littoral.»


Cet «autre modèle d’ensemble de vacances,

référant aux villages traditionnels méditerranéens,

susceptible d‘être étendu ou adapté

à un autre lieu, garantirait que le passage de

l’homme, au contraire d’avoir détruit la nature

méditerranéenne, aurait contribué à lui apporter

quelque chose; ne serait-ce que «le rythme

du paysage entre parties sauvages et parties

urbanisées 85 ».

Selon Catherine Blain, ces considérations font

écho aux recherches de Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin,

qui, une dizaine d’années

auparavant, énonce des volontés semblables;

«constituer par un urbanisme sage

des réserves de nature» et «adopter les règles

de composition des anciennes petites villes

qui occupent les hauteurs de la côte 86 ».

Nous reviendrons plus loin sur ce point.

85 Rapport d’étude de l’ATM: Camarat,

contribution à l’urbanisation de la Côte d’Azur,

1959, cf. 162ifa1003/1

86 Voir Oeuvres complètes, vol 1946-52,

p.55-57

81


82

2.2.2 Conception générale de l’aménagement

En poursuivant dans cet esprit de respect du site, de sa beauté

objective, ils établissent un plan d’aménagement provisoire de

l’ensemble 87 . Ils y démontrent leur idée directrice qui réunit les 200

unités en 5 groupements -de 35 à 50 maisons- et les place

dans les «endroits les plus dissimulés», isolés les uns des aux

autres, de sorte que la présence du groupe voisin ne soit pas

dénaturante et de sorte que e reste du site soit préservé.

Un lotissement traditionnel aurait divisé le terrain en 200 parts et

l’aurait ainsi massacré «il ne reste plus alors que des routes et des

maisons et plus de site 88 ». Les cinq villages sont desservi par une

seule route. Ainsi deux positions se démarquent; les trois groupements

du bas (La Quessine, la Pinède et le Merlier) sont installés

en bord de mer dans les calanques des petits vallons; latéralement

protégé par une ligne de crête, ils sont invisibles sitôt celle-ci

franchie. Les deux groupements du haut (La Grande Vigne et La

Forêt) profitent des clairières existantes dans la partie boisée vers

les terres, et s’ouvrent sur la plaine, la baie de Saint-Tropez et les

montagnes au loin.

Des service collectifs -non réalisés- (piscine, boutique, restaurant)

sont groupés près de l’entrée de l’ensemble, où est également

prévue la maison du gardien -réalisée. Quelques sentiers

de promenade sont réaménagés, de même que le sentier Littoral.

En bord de mer sont projetés des accès à l’eau, un port et une

petite plage -partiellement réalisés; un peu plus haut, un garage à

bateaux. Enfin des groupes de garages et parkings sont prévus à

proximité de chaque groupe, aux abords des routes existantes.

87 Plan d’aménagement provisoire 1960 (162ifa1003/1)

Travaux d’aménagement de l’ensemble du site, débutant par l’entrée

du Domaine, où se trouve un bureau de vente (provisoire), une station

électrique et la maison du gardien. Sont également prévus: au centre

du terrain, un club house comportant une salle commune, une piscine

et des chambres individuelles; en bord de mer, un garage à bateaux.

En association avec Louis Arretche, et collaboration avec Nikos Chatzidakis,

ingénieur structure.

88 Rapport d’étude de l’ATM: Camarat, contribution à l’urbanisation

de la Côte d’Azur, 1959, cf. 162ifa1003/1


Le plan directeur d’aménagement date d’avril

1962 89 . La disposition de l’ensemble est résolument

économe; les voies d’accès sont

réduites au minimum, ainsi ils parviennent à

«ne pas toucher à la ligne de crête ou abîmer

le rivage par des routes 90 ».

Le paysage garde son caractère et sa beauté.

L’entrée de l’ensemble est située sur la route

menant au phare; ensuite un tracé dessert

les groupements de maisons et les services

collectifs; latéralement pour les deux groupements

hauts, en dessous de cette boucle

existante, ils seront desservi par le haut et les

côtés. Outre l’utilisation des routes existantes,

le chemin rural est rendu carrossable

et deux portions de route sont à ajouter, «la

route du phare à la route intérieure» et « l’autre

reliant cette dernière à la route de l’ouest venant

des Tournels».

Les plans détaillés de l’entrée du Domaine sont

finalisés en février 1963. La Maison du gardien

(dont le permis est approuvé en juin 1963) est

réalisée (1963-64).

Les équipement esquissés dès 1961 et pris

en compte dans le planning général des travaux

font l’objet d’études détaillées en (1964-

1965): club house, du secteur des garage à

bateaux et du groupe de chambres individuelles.

89 Mission pour le plan d’ensemble (Convention

signée en mai 1961; avant-projets février 1962,

plan masse provisoire avril 1962; Plan directeur

d’aménagement du Domaine, mai 1962, approuvé

par Arrêté le 1 avril 1963), plans d’exécution des

autres villages: la Grande Vigne, la Forêt, la Quessine.

La Pinède (1962-1963) (162ifa1003/2)

90 Rapport d’étude de l’ATM: Camarat,

contribution à l’urbanisation de la Côte d’Azur,

1959, cf. 162ifa1003/1

Avec de la faillite du premier promoteur, François

Leredu, le plan d’aménagement sera rendu

caduc; les projets des autres villaes et des

équipements collectifs sont abandonnée.

Un nouveau groupe de promoteurs reprend

l’affaire pour mener à son terme le chantier du

village du Merlier. Le site, dont l’interdiction de

construire avait provisoirement été levée est

réinscrit au titre des «espaces naturels protégés»

83


à gauche

• Schémas des voiries

éxistantes en 1959 et telles

que projetées dans le plan

d’aménagement.

(Situation encore actuelle)

à droite

• Plan d’aménagement du

domaine du Château Volterra

Ensemble de 200 habitations

de vacances, groupées en 5

villages, auxquels s’adjoignent

des équipements collectifs

(club house, piscine,

garages à bateaux…) et une

maison pour le gardien.

Plan masse provisoire, février

1962

Cf. ifa/600

84

• Planning général pour

l’étude et a réalisation de

l’ensemble , janvier 1963

162ifa 600

La Grande Vigne

37 maisons

La Quessine

50 maisons

La Pinède

35 maisons

La Forêt

43 maisons

Le Merlier

35 maisons


à gauche

• Entrée du domaine,

Dossier d’exécution 1962-63;

entrée et club house

162ifa 601/2

• Axonométrie du Club House

et de la piscine, 1962

162ifa 301 et 601/5

• Plan de toiture du Club

House,

Dossier d’exécution 1962-63;

entrée et club house

162ifa 601/2

à droite

• Plans des cinq villages

1- la Quessine: 50 maisons

2- la Pinède: 35 maisons

3- le Merlier: 35 maisons

4- la Grande Vine: 37 maisons

5- la Forêt: 43 maisons

source: Catherine Blain,

archives personnelles

86


La Pinède

35 maisons

La Forêt

43 maisons

Le Merlier

35 maisons

La Quessine

50 maisons

La Grande Vigne

37 maisons

87


• Vue des maisons 1, 2, 4, 5

depuis le toit de la 10.

Cliché: Cardot-Joly, 1965

162ifa 808

et Fonds Cardot-Joly, Bilbliothèque

Kandinsky

http://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr

page suivante

• Vue de la maquette du village

du Merlier, cliché ATM,

non daté

162ifa 1703/1

88

2.3 – Le v I L L A g e d U Me r l i e r

2.3.1 Caractères particuliers et références

Le Merlier est finalement l’unique village exécuté, seul témoin qui

manifeste cette nouvelle position en matière d’aménagement du

territoire. Etagé sur un terrain de pente Nord-Sud, au creux d’un

vallon, le village se compose de 35 maisons groupées le long de

ruelles et autour de places servant d’espaces collectifs et permettant

l’accès au maisons. Le jeux des matériaux et des volumes

forme un ensemble, tout en individualisant les parties; chaque

maison est liée à la pente pour constituer, en quelque sorte, des

terrasses menant à la mer, des strates habitables.

Cette réalisation appartient à une époque mouvementée du point

de vue architectural (§1.1.2) et certains des ses courants s’y reflètent.

Plusieurs clés de lecture -théorique et non exhaustives- se

combinent et permettent de mieux comprendre la genèse du projet.

Ci-après ces influences sont dissociées et mises en regard

avec une réalisation qui les exprime particulièrement.

- Rencontre entre modernité et tradition; Le Corbusier et la

voûte catalane.

- Brutalisme; nouveau esthétique de l’expression des matériaux.

- Habitat groupé; l’individuel dans le collectif.

- Régionalisme et architecture vernaculaire; caractère traditionnel

et moderne de Kenneth Frampton.

- Construire dans la pente; la dénivellation comme type d’implantation

pour l’hébergement.


à gauche

• La Maison de week-end, La

Celle-Saint-Cloud, Le Corbusier,

1934

croquis d’étude

http://www.fondationlecorbusier.fr

• La Maison de week-end, La

Celle-Saint-Cloud, Le Corbusier,

1935photoraphie depuis

le jardin,

http://www.fondationlecorbusier.fr

• Elévation et coupe longitudinale

de la maison Sarabhaï,

Ahmedabad, Le Corbusier,

dans Le Corbusier, Oeuvre

Complète, Vol.5, 1946-1952

92

• Coupe constructive des

voûtes de la maison Sarabhaï,

dans Le Corbusier,

Oeuvre Complète, Vol.5,

1946-1952

à droite

• Plans des villas Jaoul, et

coupe constructive de la

voûte dans dans Le Corbusier,

Oeuvre Complète,

Vol.5, 1946-1952 , p.175 et

177

• Photographie de la maquette

d’étude pour Roq et

Rob, 1949

http://www.fondationlecorbusier.fr

• Vue intérieure d’un module

de la maison Sarabhaï,

cliché: Arvind J.Talati, 1958

http://www.fondationlecorbusier.fr

On met en oeuvre de la pierre, du bois, du ciment; on en fait des

maisons, des palais, c’est la construction. L’ingéniosité travaille.

Mais tout à coup vous me prenez au coeur, vous me faites du

bien, je suis heureux. Je dis: c’est beau. Voilà l’architecture. L’art

est ici. 91

Dans la production d’après guerre, on remarque une certaine attirance

vers des pratiques constructives traditionnelles. Les acquis

modernes ne sont pas pour autant abandonnés.

Cette rencontre entre des principes traditionnels et modernes

s’exprime au Merlier également; nous y reviendrons. Néanmoins,

la référence immédiate de ce «courant» prend corps dans la fascination

corbuséenne pour le principe de la voûte catalane.

Figure dominante de la modernité, il soulève de vives réactions en

formulant un nouveau langage, conjuguant utilisation de matériaux

traditionnels et mise en oeuvre dans un contexte nouveau.

C’est en 1934, pour la maison de week-end de la Celle-

Saint-Cloud, que Le Corbusier initie sa recherche sur les structures

à voûtes -juxtaposées et réalise pour la voûte catalane. En

1949 il développe Roq et Rob, un projet d’hébergement à Roquebrune-Cap-Martin.

Il cherche alors un moyen raisonnable de

profiter du climat de la Côte d’Azur et de sa grande beauté sans

menacer son paysage 92 . La voûte individualise les cellules, qui,

étagées dans la pente, offrent à la vue des toitures plantées. En

1955 pour la villa Sarabhaï à Ahmedabad il met en oeuvre une

luxueuse; réalisée d’un «berceau de tuiles plates montées au plâtre

sans coffrage, doublées d’un rang de briques hourdées au ciment.

Ces demi-cylindres portent sur des murs par l’intermédiaire

d’un linteau de béton brut. 93 » Les maisons Jaoul, à Neuilly-sur-

Seine (1951-1955), s’imposent comme l’un des exemples les

plus emblématiques; la brique apparente et le béton brut formant

des volumes purs qui expriment leur composition.

91 Vers une architecture, Le Corbusier, Ed. Crès, 1924, p. 123

92 Voir à ce sujet Le Corbusier, oeuvre complète, volume 5,

1946-1952, p.54-61 et Le Corbusier à Cap-Martin, Bruno Chiambretto

93 Le Corbusier, oeuvre complète, volume 6, 1952-1957, p.114


• Pignon de la villa B, composé

de panneaux de bois et

d’éléments vitrés de natures

différentes.

La structure se compose

de trois murs porteurs en

briques formant deux travées

parallèles de largeur inégales

et de géométrie différente:

l’une de 3,66 mètres et

l’autre de 2,26 mètres.

Ceintrés au niveau de chaque

plancher par des poutraisons

de béton armé (70x33

cm), elles forment à la fois

le chaînage et le linteau au

dessus de la baie.

94

source: Fondation Le Corbusier

Couvertes sur trois niveaux de deux voûtes d’inégales largeur

(226 et 326), elles étaient «nécessaire au confort qu’il cherchait

à offrir 94 ». La voûte catalane est employée pour couvrir les nefs,

telles des «modules-compartiments».

Ces maisons, au delà de représenter une symbiose entre tradition

et modernisme, donnent aussi un premier «emblème» à l’architecture

brutaliste. Leur expression «rustique» et leur esthétique

ayant éveillé beaucoup d’intérêt; voûte, linteau de béton brut de

décoffrage exprimant la construction, briques apparentes.

«Les maisons Jaoul (...) auront influencé, par le statut de modèle

de New Brutalism, des architectes comme Paul Chemetov, Jean

Deroche, l’ATM, Roland Simounet, les architectes de l’Atelier 5, et

bien d’autres encore 95 » à la fin des années cinquante et au début

des années soixante.

Le brutalisme, théorisé par Reyner Banham 96 , marque une architecture

qui appelle plus d’authenticité. Les traits brutalistes se

manifestent par l’utilisation de matériaux laissés apparents, mettant

en évidence la vérité constructive et la «recherche de ce qu

l’on peut appeler un élémentarisme des parties qui entrent dans la

composition de bâtiments souvent fragmentés, juxtaposition, articulation

d’espaces aux usages définis, individualisation des pièces

97 ». Jacques Lucan explique que le brutalisme est un courant

de la ligne «antimonumentaliste» et «anticompositionnelle», dont

l’origine remonte aux les Smithson en Grande Bretagne. L’Unité

d’habitation de Marseille (1945-52) s’impose en France comme

«bâtiment-repère» du brutalisme; Le Corbusier faisant des malfaçons

du béton brut des «éléments constitutifs d’une symphonie

plastique 98 ».

94 Le Corbusier et les maisons Jaoul, Projets et fabrique, Caroline

Maniaque, Ed. Picard, 2005, p.7

95 idem, p.113

96 The New Brutalism, Reyner Banham, The Architectural Review

n°708, déc. 1955 et Le brutalisme en architecture, Ethique ou

esthétique?, Reyner Banham, 1966

97 France architecture, 1960-1968, Jacques Lucan, 1989, p.154

98 Le Corbusier, oeuvre complète, volume 5, 1946-52


à gauche

Roq et Rob

• Croquis d’étude et élévation

pour le projet Roq,

1949.

Source: Fondation Le Corbusier,

n°18686

http://www.fondationlecorbusier.fr

• Plans des appartements

Quatre typesSource: Fondation

Le Corbusier, n°18745

• Elévation pour Rob,

Source: Fondation Le Corbusier,

n°18683

• Perspective intérieure d’un

appartement, projet Roq

Source: Fondation Le Corbusier,

n°18758

à droite

• Façade sur la mer, intégration

dans le paysage

• Coupe transversale indiquant

l’accès par ascenceur

à la salle à manger dans Le

Corbusier, oeuvre complète,

volume 5, 1946-52, p.59

96

• Plan masse

Illustrations dans Le Corbusier,

oeuvre complète,

volume 5, 1946-52, p.54-61

La question de l’échelle et du groupement est une autre dimension

qui touche les réflexions de l’époque. L’unité de voisinage

est introduite comme alternative à l’unité d’habitation. Dans ce

contexte s’établissent de nouvelles articulations à des échelles

appréhendables pour l’homme.

Dans cette idée, on peut nommer la Siedlung Halen de Atelier 5

(1955-61), l’Université d’Urbino, de Giancarlo di Carlo (1962-65),

les recherches de Candillis, Josic et Woods, ou Djenan-El Hassan

ou la citéuniversitaire de Tananarive à Madagaskar (1962-71)

de Roland Simounet. Dans la thématique de la villégiature, on

pense au Village Air France de Gassin, de Paul Chemetov et Jean

Deroche (1967-70). Ces références font écho par exemple aux

expérimentations marocaines, aux recherches d’Aldo van Eyck

sur les villages Dogon du Niger ou, plus anciennement, à l’expérience

du Mzab algérien de Le Corbusier en 1931 99 .

Les projets Roq et Rob sont considérés par les théoriciens de l’architecture

comme les prototypes d’habitat cellulaire tramé,

s’adaptant à la morphologie, «en croûte», formant une structure

«agglutinante», une «ruche ouverte vers la mer». L’enjeux de l’après

guerre est de construire les «nouveaux logements» on préfère rétrécir

l’échelle et décomposer l’ensemble en parts plus raisonnables.

Plusieurs projets adoptent et revendiquent ce procédé

de composition d’habitat individuel groupé, fragmentation de

l’ensemble.

Le village du Merlier se situe dans une lignée de projet, presque

pittoresque cette fois, s’adapte à un site vallonné et maintient une

échelle relativement restreinte. La combinatoire prend comme

point de départ «l’unité» pour former la totalité. Ce n’est pas un

grand tout que l’on décompose, mais une combinaison sensible

d’unités répétées qui constitue un ensemble ouvert et non rigide.

Au Merlier le principe d’adaptation au site est poussé à un degré

extrême -tant il est caractérisé- mais ce principe de «croissance

par prolifération» s’y reconnaît bien.

99 Le Corbusier et la Méditerranée, Jean-Lucien Bonillo et Gérard

Monnier, Publications de l’Université de Provence-Aix-Marseille 1,

1991; l’influence du monde islamique et du M’Zab d’Alger.


98

•Images de l’expo au MOMA

de New York, Architecture

without architects

Marrakesh (Maroc),

Anticoli dans les Sabines

(près de Rome), et

Ville Dogon au sud de Tombouctou

(Mali)

Le Corbusier, pour les projets Roq et Rob, formule un certain

nombre de recommandations quant à la construction sur le Littoral;

«l’examen des anciennes petites villes qui occupent les hauteurs

de la côte fournit une information excellente; le site architectural

y est fait de maisons toutes accolées les unes aux autres,

mais dont les yeux (les fenêtres) ouvrent tous sur l’horizon infini.

Le paysage contigu est demeuré libre, consacré à l’agriculture ou

constituant simplement des réserves naturelles 100 ».

Il est intéressant de comprendre quelle est la dimension de l’intérêt

pour ces villages, réalisations vernaculaires, dont l’imaginaire et

la poétique est une source directe d’inspiration.

Lors de l’étude préliminaire au projet de Volterra, les architectes de

l’ATM citent, à l’instar de Le Corbusier pour Roquebrune, Ramatuelle

«village médiéval, à flanc de colline, dominant la plaine et ses

vignobles aux ruelles étroites et arcades» et Gassin «village-piton,

perché, avec des remparts, ruelles et passages charmants, escaliers,

pierre et portes en bois, façades cachées sous les bougainvilliers».

Ils établissent, dès lors, que le projet entretiendra des

relations étroites avec ces villages méditerranéens, pour «l’échelle,

des matériaux et des circulations 101 ».

Il est évident que la ressemblance ne s’établit pas de manière

mimétique ou littérale; elle est bien plus de l’ordre de l’emprunt,

de la réadaptation, de l’évocation. Cette nuance se situe dans

le concept de régionalisme critique, théorisé par Kenneth

Frampton et que l’architecture Moderne devrait adopter pour ses

qualités progressistes universelles; envisager des formulations attentives

au contexte, à la topographie, au climat, à la lumière, aux

formes tectoniques.

Le Merlier emprunte certains thèmes à la tradition locale; le langage

de son architecture, et son rapport intense avec le site et

son économie générale, pourraient le qualifier de vernaculaire

moderne.

100 Le Corbusier, oeuvre complète, volume 5, 1946-52, p.54

101 Rapport d’étude de l’ATM: Camarat, contribution à l’urbanisation

de la Côte d’Azur, 1959, cf. 162ifa1003/1


L’architecture vernaculaire une architecture

propre à un pays, à un lieu donné; emploi de

matériaux locaux, techniques souvent ancestrales

de mises en oeuvres, codes esthétiques

qui s’insèrent dans une tradition,...

Le terme vernaculaire, utilisé dans son sens

actuel, peut se définir par une inspiration des

architectures anciennes environnantes.

«La régression vers des formes primordiales,

(...) est parallèle à un véritable renouveau

primitiviste dont l’une des manifestations les

plus fameuses est, en 1964.65, la présentation

au MOMA d’une exposition organisée

par Bernard Rudofsky, Architecture without

architects.» 102

Lewis Mumford, historien de l’architecture

américaine, évoque déjà cette volonté régionaliste

face à la tendance universalisante, en

1924 dans Sticks and stones. A study of

american architecture and civilization. Il montre

l’importance de la dimension sociale de l’habitat;

de l’influence du milieu sur les formes, les

principes, sans pour autant être réfractaire au

progrès technique.

102 France architecture, 1960-1968, Jacques

Lucan, 1989, p.123

99


Djenan El Hassan

• Plan d’ensemble du site

en forte pente, 50%, circulation

extérieure, escaliers,

trame parfaitement orthogonale,

cellules individuelles,

circulation horizontale,

parallèle aux courbes de

niveau, coupées transversalement

par les escaliers

100

• «Tous les logis ont une

vue identique»

• Vues du site, front est,

appropriation de l’espace

par les habitants, vue d’un

escalier, perpendiculaire à

la pente.

Illustrations: Roland Simounet,

d’une architecture

juste, Monographie d’architecture,

Ed. le Moniteur,

1997


101


102

à gauche

Maison pour personne

âgées, Beausoleil, Pierre

Riboulet, 1989

• Coupe transversale indiquant

la succession des

niveaux en toits-terrasses.

• Façade sur la mer

• Plan masse

• Plan des étages

Illustrations dans Pierre Riboulet,

de la légitimité des

forme, Oeuvres 1979-2003,

Monographie d’architecture,

Ed. du Moniteur, 2004, p.64-

65

à droite

Siedlun Halen, Atelier 5,

• Plan

• Coupe transversale

• Images

Illustrations: http://www.

halen.ch/

Construire dans la pente est un thème récurrent de l’architecture

moderne. «Les pentes offrent d’elles-mêmes la solution: la

coupe assure les vues 103 » et la vue est précicémenet ce que l’on

vient chercher en Côte d’Azur.

La forte dénivellation, au contraire de s’avérer une contrainte insurmontable,

sert dans certains cas la réussite du projet. Le site

d’implantation du village du Merlier est fortement déterminé par la

pente.

L’archétype de ce principe d’étagement en gradins, semble à

nouveau être le projet Roq et Rob de Le Corbusier. On le retrouve

également à la cité Djenan-El Hassan de Roland Simounet, ou à

la Siedlung Halen de Berne:

Le Merlier exploite la dénivellation -pour atteindre la densité recherchée-

avec beaucoup de finesse en disposant les maisons,

au cas par cas, dans le site.

La pente du terrain au Merlier est de l’ordre de 20%, ainsi la vue

depuis chaque maison échappe au dessus de la terrasse du

voisin, ce qui garantit sa privacité. De plus, le terrain n’est pas régulier,

et c’est cette fine adaptation de la maison qui rend le village

si convainquant.

103 Le Corbusier, oeuvre complète, volume 5, 1946-52, p.54


103


page suivante:

NB. Les photographies qui ne

seraient pas spécifiquement

légendées sont des clichés

personnels, réalisés courant

2011.

• Vue de l’escalier (F) avec,

au loin en bas, les bancs de

la place (B).

• Vue d’une impasse dans la

partie basse du village, géométrie

de la composition.

104

2.3.2 Eléments du village

La promenade architecturale

Le chapitre précédent tente de démêler la sous jacence théorique

du Merlier. Le résultat mouvementé, dynamique, riche et

varié, est, malgré tout, très unitaire. L’ensemble résulte de jeux

d’imbrication et d’articulation géométrique, permettant de

«sculpter» le village. Le projet ouvre la recherche de l’Atelier sur ce

mode d’assemblage combinatoire des éléments de l’architecture.

Afin de comprendre cette ensemble complexe et d’en mener

l’analyse, il est impératif de décomposer les éléments architecturaux

-qui lui confèrent sa substance de village. La conception

résulte d’une démarche concrète d’alternance du plein -les

maisons- et du vide -les espaces collectifs. Dans ce chapitre

seront traités les espaces extérieurs, classés par nature. Le

chapitre suivant (§2.3.3) identifie la masse bâtie, les maisons.

Un réseau de circulation est s’établit au sein du village par le décalage

des maisons les unes par rapport aux autres sur une trame

orthogonale. Une voie carrossable permet d’y accéder occasionnellement

(incendie, accident, livraison), mais c’est une circulation

piétonne qui est d’avantage souhaitée. La connexion à «l’espace

public» passe par une succession inattendue de lieux dont la nature,

la configuration et les dimensions varient. Au fil du parcours,

-vers chez soi ou vers la mer- l’appartenance à l’ensemble est

indéniable; pourtant les perceptions sont sans cesse nouvelles.

Des rues larges succèdent à des rues plus fines, l’espace s’ouvre

parfois sur une place ou se referme sur une courette, puis continue

dans une autre direction. La perspective fuit parfois vers un

escalier ou bute contre une maison...

Les volumes cadrent le paysage, et offrent des vues soigneusement

calculées. «L’effet certain obtenu par ces contrastes d’espaces

peut-être vérifié dans des villages tels Ramatuelle où les

rues de deux mètres de large alternent avec des places de belles

proportions où l’on joue à la pétanque 104 »

104 Rapport d’étude de l’ATM: Camarat, contribution à l’urbanisation

de la Côte d’Azur, 1959, cf. 162ifa1003/1


Le village est desservi par la route d’accès de

l’ensemble dans sa partie haute (L) .Perpendiculairement

aux courbes de niveau se trouve

un escalier principal, colonne vertébrale du village

(F). Raide, il file en direction de la mer et

débouche dans le tiers supérieur du village à

l’angle de la place numéro 2° (B).

Un second escalier prend le relais un peu plus

bas. Latéralement, à l’Ouest du village, un

autre grand escalier sert également d’entrée

directe au village (G). Des deux côtés, une

route d’accès passe par une zone de garage

(N) avant de s’affiner pour se permettre d’entrer

dans le village; ces accès sont situés l’un

sur la partie ouest de l’ensemble (I) -desservant

directement la place numéro 1° (A) par

son angle inférieur; l’autre (H) à l’opposé, dans

l’angle Nord-Est du village. Il est connecté lui à

la place 2° (B) par une longue ruelle, carrossable.

Les places (A, B), lieux centraux de l’activité

sociale du village, sont reliées entre elles par

une rampe, qui appartient à la promenade au

centre du village. Deux blocs de chambres individuelles

sont intégrées à l’ensemble (O).Un

réseau secondaire connecte ensuite chaque

maison par un système de rues et de ruelles,

s’affinant et s’élargissant parfois pour créer de

petites placettes (C,D,E) de caractère semblables

mais toutes différentes; parfois en

pentes, plus personnelles et au caractère plus

privé car menant à l’entrée basse des maisons,

mais toujours communes. Dans la partie

basse du village sont aménagés des cheminements

vers la mer (M et K), le jardin partagé

(J) et le tennis (P).

N’

P

L

G

I

K

D

B C

Les places communes

A place 1°

B place 2°

C-D-E les «placettes»

La circulation

F «rue-escaliers» 1°

G «rue-escaliers» 2°

H accès 1°

I accès 2°

Autres

J le jardin partagé

K aménagements en bord de mer

L accès principal

M cheminements

N garages groupe A et B

O chambres individuelles groupe A et B

P tennis

F

N

O

A

O’

M

J

H

E

105


106


107


Place 1°

A

Les places sont aménagées pour être

agréables pour les jeux et la détente; traitée

en terrain de pétanque, elle est capable

d’accueillir diverses fêtes.

108

1/500


Place 2°

B

La seconde place, plus petite et introvertie,

est agrémentée d’une fontaine en céramique

bleues, et est destinée aux enfants.

1/500

109


Placettes

C-D-E

110

placettes E, vue vers le nord-ouest, cliché: nov 2011

placettes E, vue vers le nord, cliché: juin 2011

placettes E, 162ifa 809 placettes E, vue vers le sud, cliché: juin 2011


Escaliers

F et G

Deux «rues-escaliers» permettent d’accéder

au centre du village.

1:500

axe E-O escalier G, cliché:1978

axe N-S escalier F, cliché:1978

axe N-S escalier F, cliché: novembre 2011

111


Accès 1° et 2°

H-I

112

Accès H

accès H, cliché: JLV, août 1978, 162ifa 808

Accès I, angle des maisons 20 et 21, cliché: sept 2011

Accès I, cliché: novemnre 2011

Accès I, sous la place (A), cliché: juin 2011


Garages

N

Groupe A (24+24) et groupe B (11+11)

Utilisation au maximum de la pente naturelle,

accès direct au village.

détail acrotère des garages, 162ifa 1017/2

détail porte des garages, 162ifa 1017/2

coupe sur garages groupe A, 162ifa 1017/2

garages groupe A, 1965, 162ifa 808/6

garages groupe A, cliché: juin 2011

garages groupe B, cliché: novembre 2011

garages groupe B, cliché: novembre 2011

113


Chambres

individuelles

O et O’

Deux groupes de cinq chambres; un premier

qui donne sur la place 1° (A), le second en

dessous de celle-ci, plus privé, donne sur le

jardin partagé (J).

114

chambres sous la maison 16, cliché: juin 2011

chambres B, vues depuis le jardin partagé,162ifa 806

chambres B, coupe sur maisons 27 et 28, 162 ifa 1019

chambres B, plan, 162 ifa 1019

coupe et maisons 28 en vue, 162 ifa 1019

chambres B, façade sur jardin partagé, 162 ifa 1019


Jardin partagé

J

Chaque groupement dispose d’une partie de

terrain qui est la propriété commune des habitants

du groupe. Les architectes établissent

ce jardin collectif «en priant sur l‘intelligence des

futurs occupants face au goût inné de posséder

un jardin bien a soi»

les trois palmiers du jardin

citronier

abricotier

figuier

laurier

115


• Coupes sur le terrain,

dessin d’après plan d’origine

échelle d’origine 1:500

• Plan altimétrique du site

d’implantation du village du

Merlier (groupement 3)

Etabli par le géomètre en

octobre 1961

162 ifa 1003

• Elévation façade sud du

Merlier,

plan modificatifs d’exécution,

échelle d’origine 1:200

162ifa 1014

116

• Coupe transversale du

Merlier,

dessins provisoires,

162ifa 605/9

• Coupe transversale du

Merlier,

plan modificatifs d’exécution,

échelle dôrigine 1:200

162ifa 1014

• Coupe transversale du Merlier,

publication de l’ENSBA,

162ifa 11018/3


117


118


119


120

2.3.3 Implantation des maisons

L’implantation générale assure à chaque habitation vue et intimité.

La silhouette de l’ensemble est animée par la variation de niveau

résultant de l’assemblage combinatoire. L’ensemble, dans sa

tridimensionnalité, reflète l’attention extrême portée aux détails;

cette rigueur plastique, rigoureuse mais discrète, confère à l’ensemble

sa belle harmonie.

La pente sert le plan type de la maison; étage inférieur partiellement

enterré, accès différents selon la position dans l’espace public,

patios variés, hauteurs différenciées selon le programme,...

Les maisons dérivent d’un même type; implantées sur un

plan carré (12.5m x 12.5m), elles se composent de volumes

identiques (rez-de-chaussée, salle de séjour voûtée, bloc de

chambres). Le plan-type (B -B1, B2, B3-) est une maison à deux

niveaux dans lequel sont introduites deux variantes; une à trois niveaux

avec chambres superposées (type C), l’autre sans aucune

chambres à l’étage (type A).

Disposées selon la topographie -et la relation avec l’espace commun-,

chacune des maisons possède une entrée principale haute.

Une entrée au rez inférieur par la cour permet un accès plus

direct à l’extérieur; selon l’implantation de la maison dans le terrain

le dispositif d’entrée varie légèrement.

Sur les 35 maisons, on retrouve un maximum de maisons du

type B2 et B1 (65% à eux deux); et beaucoup de maisons du

type A (23%). Trois maisons sont du type C, qui propose trois

niveaux d’habitation, avec deux chambre de plus que les autres.

Une seule exception représente le type B3 105 , adossée à une

forte pente. Le plan permet à la maison d’être disposée en miroir,

selon les contingences du terrain. C’est le cas pour 1/3 d’entre

elles environ.

Le plan est composé sur une trame de trois parties; le rez-dechaussée

propose deux chambres et des sanitaires, ainsi que

quelques espaces de services (hall, buanderie et rangements).

Un escalier en bois relie le niveau bas avec la salle de séjour.

105 La maison n°14 dispose de deux chambres supplémentaires au

rez-de-chaussée, autour d’un patio.


Type % m 2 hab. Niveaux°

T / A 8/35 105m 2 2 rez, séjour et grande terrasse

T+2 / B1 11/35 127m 2 2 rez, séjour, terrasse et chambres parallèles

T+3 / B2 12/35 127m 2 2 rez, séjour, terrasse et chambres perpendiculaires

T+4 / B3 1/35 127m 2 2 rez avec 4 chambres et patio, séjour et terrasse

T1+3 / C 3/35 160m 2 3 rez, séjour, terrasses, chambres perpendiculaires

et chambres superposées

ma i s o n 1 2 bureau de vente et appartement familial

D u G a r D i e n

121


122

• Patio extérieur

Fonds Cardot-Joly, 1965

Composé sur la même largeur (trame de 5.14m) il est recouvert

de la voûte catalane, caractéristique «paysagère» du village.

Disposé latéralement ou perpendiculairement, un volume de

chambres -et sanitaires- complète cet étage autour d’une terrasse

dont la dimension varie. La maison à trois niveaux (type C)

possède encore deux chambres, au dessus du séjour.

Le séjour de forme longitudinale, identique pour toutes les maisons,

s’ouvre largement vers la mer, offrant à chacune des maisons

une baie sur la Méditerrannée. Le côtés latéraux sont eux

beaucoup moins ouverts, et assurent ainsi l’intimité à l’intérieur de

la pièce à vivre.

La loggia du séjour est ventilée par deux fentes latérale, entre le

remplissage et l’ossature en béton armé ainsi que par le vide sous

la jardinière. Jardinière qui garantit la sécurité et qui offre à la vue

un premier plan planté d’herbes folles tout en évitant les regards

gênants, chez le voisin ou chez soi.

Ce volume s’avance est recouvre une partie de l’espace extérieur

de la maison (cour, patio), ce qui lui confère cette coupe si particulière.

La pièce à vivre est agrémentée d’une cheminée pour un meilleurs

confort hivernal, dans la tradition des maisons méditerranéennes.

Ameublement et matériaux (sols en carrelage de terre cuite et

murs en béton peint); armoires intégrés dans les chambres, escalier

en pin d’Oregon, cuisine en bois ajouré,...

De nombreux espace de rencontre ouverts, ventilés -grands volumes,

terrasses sont prévus pour le soir (différencier nuit-petites

surfaces, ms bcp!- et jour grande surface du séjour et esp. ext).

Cuisine au niveau des terrasses, patio coté mer soleil -et la promenade-

en été composition avec le jardin et composition visuelle

avec celui des voisins...

vues généreuses recherche de la fraicheur,


123


à gauche

• Premières études des villas

schémas d’organisation spatiale,

décalage des volumes

162ifa 605/1

• Etude pour la villa type B

1961

162ifa 605/3

124

• Etude pour la villa 2

162ifa 605/3

et pour une villa à trois

niveaux, futur type C

162ifa 605/3

• Etude pour une villa type;

par plans décalés

162ifa 605/2

à droite

• Vues intérieures des villas

Fonds Cardot-Joly, Bilbliothèque

Kandinsky

http://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr

pages suivantes

• Photographie de la maquette

du Merlier

cliché: ATM, non daté, dans

162ifa 805/5

• plan du village,

d’après plans du dossier

d’exécution,

1962-1964

162 ifa1014


125


126


127


128

à gauche

• Plans du niveau 1°

et du rez-de-chaussée

sans échelle

échelle d’origine 1/200

août 1962

à droite

• Les 5 types de villas

Schéma de répartition des

espaces

(dessin d’après les plans

d’origine des maisons,

voir 162ifa 1014: dossier

d’exécuion 1962-1963)


129


Type A

130

Plan du rez-de-chaussée - 1:200

Villa Type A

Plan de l’étage - 1:200

Villa Type A


Type B

Plan du rez-de-chaussée - 1:200

Villa Type B

Plan de l’étage - 1:200

Villa Type B

131


Type B2

132

Plan du rez-de-chaussée - 1:100

Villa Type B2


Plan de l’étage - 1:100

Villa Type B2

133


134

Elévation Sud - 1:100

Villa Type B2

Elevation Est - 1:100

Villa Type B2


Type B3

Plan du rez-de-chaussée - 1:200

Villa Type B3

Plan de l’étage - 1:200

Villa Type B3

135


Type C

136

Plan rez-de-chaussée - 1:200

Villa Type C


Plan étage 1° - 1:200

Villa Type C

Plan étage 2° - 1:200

Villa Type C

137


La maison du gardien

138

Plans des niveaux bas et hauts, janvier 1963 - échelle d’origine 1/200

Dossier du permis de construire - 162ifa 1012/1

Elévations et coupes, janvier 1963

162ifa604/7


photographies de la maison du gardien mai 1964, 162ifa 808

terrain avant le début du chantier, mai 1963, vues pdnt le chantier de 1963-64, Fonds ATM, 162ifa 808

139


• vue aérienne du Domaine,

1963

cliché: IGN dans 162ifa 808/6

140

2.3.4 Déroulement du chantier

L’étude géologique, d’avril 1963, révèle des point intéressants: il

y est détaillé le taux de travail admissible des fondations des villas,

le risque de glissement de terrain, les précautions -relatives aux

eaux superficielles- à prendre. Il en ressort qu’il est «possible de

fonder à peu près partout 106 »:

Le rocher de type granite, a un réseau de plan de fissuration orthogonaux

bien défini. L’une des familles de ses plans a sa ligne

de plus grande pente à 80° sur l’horizontale vers la mer et l’autre a

10° vers le continent ce qui assure une grande stabilité à un bloc

isolé étant donné la pente du terrain naturel. Le rocher est très

franc et les fissures propres, une seule zone altérée dans l’axe du

thalweg, sous l’action des eaux de ruissellement.

Il est recommandé, étant donné l’action néfaste des eaux courantes

sur le granite de collecter les eaux de ruissellement, celles du

thalweg proprement dit, et apports latéraux, à l’amont du village

de manière à éviter une dégradation lente du rocher de fondation,

ce qui ne manquerait pas d’entrainer des désordres de la superstructure

des villas.

Suite au plan d’aménagement 107 , le dossier de permis de

construire est remis le 1er avril 1963. La réalisation est approuvée

le 11 juillet 1963. Le chantier débute avec travaux de terrassement

et les premiers aménagements du site. Le schéma

de phasage des villas du Merlier est établi par le promoteur, François

Leredu. La faillite du promoteur n’empêchera pas la mise

en service du village le 15 avril 1967; certaines maisons ne sont

pourtant pas terminées. Le nouveau groupe rachète la propriété

foncière du Merlier, et poursuit la réalisation -apportant quelques

modifications aux villas (§3.2.2)- jusqu’en 1970.

106 Voir étude géologique, Fonds ATM - 162ifa 1017/3. Les citations

suivantes en sont extraites également.

107 demande d’accord préalable le 24 décembre 1962


141


142

à gauche

• Planning du chantier du

Merlier, ATM

• Schéma phases du chantier

pour le village du Merlier,

(maisons terminées TCE, et

exécutées en gros oeuvre)

François Leredu, 1963

ifa 1017/1

• vue du chantier depuis la

mer

François Leredu, 1964ifa

703/7

à droite

reportage photographique de

1963 à 1965, fonds ATM,

162ifa 808/6

• terrassements, 2 août 1963

vue depuis le coté ouest

et terrassements, 2 août

1963

vue depuis le sud

• vue sur les maisons

15,16,29,33,35,34

et vue sur les maisons

15,16,28,33,35,34

• vue de la rue menant à

la place (B) entre les villas

5,6,7 et 9,10,11,12

juillet 1964

et vue de la même rue avec

les ouvriers en premier plan

• vue des maisons 1,2 et 4

et maisons 1,2,4,5,6,7

mai 1964


143


144

• Vue des briques plates

de la surface interne de la

voûte, 1964

162ifa 808/6

• Coffrage de l’ossature en

béton armé, porte-à-faux du

séjour

162ifa 808/6

• vue sur la toiture de la villa

30, les «reins» de la voûte

sont remplis et vont bientôt

accueillir leur revêtement

final, la végétation.

162ifa 808/6

2.3.5 Système constructif et matériaux

Le village est construit à partir de quatre matériaux principaux; le

béton, la pierre, le bois et la terre cuite. L’utilisation logique et

la mise en valeur des matériaux fait l’objet d’un soin particulier.

Les éléments verticaux des villas sont constitués de béton coulé

sur place, de murs de remplissage de maçonnerie, parfois

de pierre apparente -pour les murets-, laissés bruts ou enduits

de chaux.

L’ossature est en béton armé -brut de décoffrage à l’origine mais

très vite crépi. La maison témoigne d’une recherche sur la vérité

constructive et l’expression de la matière en différenciant structure

porteuse et remplissage qui s’exprime comme une surface; cadre

tridimentionnel du séjour, linteaux soulignés et crépi lisse des

murs.

La solution de la toiture allie également tradition et confort. Le séjour,

nef longitudinale, est couvert par une voûte de référence catalane.

Ce module, identique pour chaque maison, est l’élément

phare de la composition de la maison.

La mise en oeuvre de la voûte catalane de la maison Sarabhaï

est décrite ainsi: «Comme structure, des voûtes catalanes : berceaux

de tuiles plates montées au plâtre sans coffrage, doublés

d’un rang de briques hourdées au ciment. Ces demi-cylindres

portent sur des murs par l’intermédiaire d’un linteau de béton brut.

La composition consiste à ouvrir des trous dans ces murs, tout

parallèles, en jouant des pleins et des vides. Mais en jouant intensément

le jeu architectural. 108 »

Dans les maisons Jaoul, les voûtes, mises en oeuvre par Bertocchi,

sont réalisées à l’aide d’un cintre mobile, déplacé à chaque

rangée de brique (plates d’une dimension précise de 29 x 14 x

1.5 cm). Plusieurs strates de ces briques plates sont necéssaires

à assurer la stabilité de l’ensemble. Afin d’absorber la pousée laté-

108 Le Corbusier, Oeuvre complète, Volume 6 1952-1957, Willi

Boesiger, Ed. Artémis, p.126


ale des voûtes, des tirants ont du être ajoutés;

dans la méthode traditionnelle l’épaisseur des

murs suffit à absorber cette force.

Dans le cas du Merlier, les voûtes semblent

avoir été construites selon un procédé alliant

tradition et avantages du béton armé (cf. plan

des ferraillages 162ifa1017/3). Elles sont

particulièrement surbaissées et carrelées de

terre cuite. Le doute concernant le mode la

construction des voûte s’illustre particulièrement

par la présence de tirants sur les plans

de l’ATM, et leur absence concrète dans les

maisons.

Une fois l’étanchéité assurée, les voûtes sont

recouvertes de terre arable et le dessus de la

maison est traités en jardin, garantissant une

bonne régulation thermique intérieure.

Les menuiseries sont en pin d’Oregon (boiseries,

contrevents plaqués, persiennes accordéons,

protection solaire, volets...).

Dissociation des fonctions de la fenêtre;

ouvrant, fixe, moustiquaire derrière les ouvertures

de ventilation,....

Les revêtements intérieurs sont simples et

chaleureux; catelles de terre cuite pour les sols

des chambres et des séjours; enduits de plâtre

blancs pour les murs.

A l’extérieur de chaque maison, près de l’entrée,

est fixé un élément en terre cuite montrant

son numéro; c’est une tradition provençale

également.

145


à gauche

• cheminée en construction

et vue de la composition

du mur (briques

creuses isolantes)

162ifa 808/6

• vue extérieure de la

composition de la maison;

porteur et gardecorps

en béton coulés sur

place, remplissage.

162ifa 808/6

à droite

• extraits de plans

Dossier: plan de fondation

et détail de béton,

plan des feraillages

Coupes de détail,

Echelle des dessins d’origine

1:10

Coupe EE longitudinale,

coupe CC transversale,

détail de deux acrotères

août 1963, schéma

constructif JLV, août 1963

162ifa 1017/3

146


147


à gauche

Détail matériaux

Photographies personnelles,

novembre 2011

• catelles de terre cuite

de sol des chambres du

rez-de-chausée

maison 32

• briques de terre cuite,

face interne de la voûte,

séjour, maison 9

• porte d’entrée, cadre

en pin d’Oregon, et

vitrage protecteur d’origine,

maison 4

• descente d’escalier

depuis le séjour vers le

hall du rez-de-chaudssée,

maison 32

• détail du claustra, patio

de la maison 21, le long

de la ruelle qui mène à la

place (A)

à droite

• vue intérieure du séjour

qui s’ouvre vers le sud;

plaquette publicitaire

F.Leredu,

archives personelles

• vue de la loggia du

séjour de la maison 9;

jardinière dôrigine,

élément préfabriqué en

béton, volets coulissants

en pin d’oregon et face

interne de la oûte en

briques apparentes.

• vue «en coupe» de la

baie du séjour, maison 9

148


149


à gauche

Détail matériaux

Photographies personnelles,

novembre 2011

• crépi de l’ossature ,

maison 8

150

• crépi fin du mur de

remplissage, maison 17

• pierre naturelle du

Vaucluse, revêtement des

espaces extérieurs; ici

impasse entreles maisons

14 et 15

• traitement du mur de

remplissage de la maison

du gardien; cailloux du

site même, incrustés dans

le mortier clair; Jean-

Louis Véret faisait «un

essai de façade» selon

les propos de Gérard

Thurauer, novembre

2011,Paris

• vue rapprochée de

l’apparence du béton

d’origine sur le bloc de

transformation, d’origine,

situé au dessus des

garages du groupe B.

(peint à l’heure actuelle

de la même couleur que

l’ossature des maisons)

à droite

• les trois matériaux principaux,

vue de l’accès

Est pendant le chantier;

séjour de la maison 7,

cliché JLV,

162ifa 808


151


152

• point d’eau à l’angle

des maisons 10 et 11

cliché: juin 2011

• plan du plan d’eau par

J.A Perrier, 162ifa 1010/1

• arrière de la maison 16,

bac planté, traité en

banc public, revêtu de

carreaux de céramiques,

cliché: septembre 2011

• toiture «caillou» de la

maison12

cliché: septembre 2011

• fontaine de la place (B)

reportage de fin de chantien,

Cardot-Joly, 1965

162ifa 808/6

• vue actuelle de la fontaine,

vidée de son eau

cliché: juin 2011

• banc sur la place (B),

adossé à la maison 9

revêtement en carreaux

de céramique

• portillon pour les poubelless;

chaque maison

possède un portillon de

ce genre, donnant dans le

patio de chaque maison

et permettant de stocker

les déchets avant que le

gardien ne les récupère

par la rue.

2.3.6 Décoration extérieure et végétation

Dé C o r at i o n e t moBiLier e x t é r i e u r

Plusieurs point d’eau ou fontaines ponctuent le village; la plus

grande est située sur la place 2° (B); dessinée par le sculpteurcéramiste

Jean-Ambroise Perrier, elles sont revêtues de carreaux

de céramiques bleues (20x20cm).

Une petite fontaine est située à l’angle des maisons n° 10 et 11.

Certains murs sont parés de ces catelles décoratives -bleues,

vertes, et blanches, parfois avec des motifs. La surface externe

des bancs en est revêtue également; dessinées par les architectes,

ils intègrent une partie de l’éclairage public. L’éclairage nocturne

est pensé de manière à être très doux pour ne pas éblouir,

afin qu’on puisse voir les étoiles, «que l’on ne peut pas voir quand

la lumière vient du haut». La lumière est diffusée sur le sol et éclaire

de manière plus douce, en se réflectant sur les façades.

so L s

Le revêtement des sols est fait de plaques de pierre naturelle;

pierre locale ou du Vaucluse. Les ruelles sont pavées avec des

pierres de deux largeurs; 86 cm et ... cm; séparés par les 15 cm

de la canalisation (eaux pluviales) qui parcourt tout le village de

haut en bas 109 .

to i t u r e s e t e a u

Les pièces s’ouvrent sur des terrasses plantées, traitées dans

l’esprit des restanques 110 . Les toitures végétalisées, assurant le

confort thermique été comme hiver, sont animées par éléments

techniques traités de manière sculpturale; conduit de cheminée

et pente d’évacuation de l’eau pluviale (gaine technique entre la

cuisine et le séjour) et le trop plein d’eau évacué par une gargouille

latétale. Ces formes contrastent avec les lignes régulières et pures

des maisons.

109 cf. réseaux et évacuation de l’eau; ifa 1017/2, devis 62-63

110 Généralisées en Provence a partir du 18 ème , mur de retenue

en pierres sèches, laissant passer l’eau pour la culture en terrasse.


153


• croquis pour le projet

de végétalisation du

village du Merlier, Etablissements

horticoles et

pépinières H.Fisch, 1964

162ifa 1010/1

• mûrier platane jeune,

planté dans le bac d’origine

de la placette (E)

cliché: novembre 2011

154

• plantes grasses dans

une jardinière

cliché: juin 2011

• vigne grimpante sur la

villa 31, dont le crépi de

l’ossature n’a pas été

repeint

cliché: novembre 2011

• fontaine de la place (B)

reportage de fin de chantier,

Cardot-Joly, 1965

162ifa 808/6

• deux mûriers-platanes,

côté Ouest de la place (A)

cliché: juin 2011

• bougainvillées de la

maison 17, donnant sur la

place (A)

cliché: septembre 2011

• vue du village (maisons

30 et 34) depuis la pinère

à l’Ouest du village

cliché: juin 2011

double page

• 162ifa 809

vé G é tat i o n e t P L a n tat i o n s

Le climat tempéré local permet toute l’année de profiter d’une

végétation sans cesse verte et en fleur.

Bordé par une belle pinède, le village accueille une végétation

savamment entretenue -par les gardiens et les résidents euxmêmes-;

essences méditerranéennes, balcons et jardins fleuris,

toitures à herbes folles; sa présence foisonnante renforce judicieusement

le caractère local du village.

Les plantations à l’intérieur du village font l’objet d’une attention

particulière. En voici quelques exemples, encore présents

aujourd’hui;

«Pour le village: pins parasols, platanes, mûrier platanifolia, lauriersroses

tiges forts, cyprès pyramide, mimosas floribundas, cyprès

pyramide pour haies, plantes grimpantes variées -bougainvillées,

bignonia, rosiers grimpants, lierres, jasmins, chèvrefeuilles, volubilis,

polygonum-, arbustes à fleurs -lauriers-rose, laurier-cerise,

pittosporum, abelia, buddleya-, lagerstroemia.

Pour les zones à replanter: mimosas 4 saisons, faux-poivriers,

eucalyptus pots, pin d’Alep, tamaris.

Pour les zones des maquis et arbres: arbousiers, chênes verts,

pin d’Alep, romarins, genêtes, cyprès, crataegus et cotoneasters,

pins parasols et oliviers 111 ».

111 cf. devis descriptif et estimatif pour l’aménagement des

espaces verts et plantations, Etablissements horticoles et pépinières

H.Fisch Antibes - montant total du devis 10614000 VF, cf. 162ifa

1010/1


155


156


157


aménagements du bord

de mer

• vue vers le village

depuis les rochers au sud;

le village, situé dans un

creux se terminant en calanque

disparaît presque

déjà.

cliché: JLV, 1985, 162ifa

808/6

158

• vue de la calanque

«sauvage» en 1961

cliché: ATM, mai 1961

162ifa 808/5

• et vue du cap Camarat

avec son phare;

cliché: ATM, mai 1961

162ifa 808/5

• vue des aménagements

en bord de mer depuis la

«terrasse» du village, situé

en avant des maisons

30 et 31, donc sur la ligne

de crête.

cliché: J.Pelletier, 1996,

162ifa 809

2.3.7 Aménagements du bord de mer

cf. § 2.3.2 «accès à l’eau (K)»

Il était prévu que le bord de mer, au pied des trois villages

bas, soit aménagé pour permettre un accès facile à l’eau et

disposer d’un petit port pour les bateaux.

La côte est ici relativement hostile; quelques accès à l’eau

aménagés dans la roche permettent une baignade presque

sauvage. Il s’agit en fait de raccords faits à même la roche

naturelle -faits de cette même roche. Quelques marches

complètent un escalier naturel, ou rendant possible l’accès

à la mer; ainsi que promenade du Littoral réhabilité.

Les étude géologiques 112 relèvent le point important que les

rochers du bord de mer, en bas du site du village du Merlier,

sont particulièrement beaux; il est dès lors prévu que l’accès

à l’eau sera amélioré dans ces rochers existants. On travaille

donc par petites interventions; quelques marches et de petites

plateformes au raz de l’eau, permettant la baignade et

les bains de soleil.

Le chemin principal de descente -depuis le village en différents

endroits (M)- sera lui aussi aménagé avec la plus grande

douceur/parcimonie, et quelques consolidation dans la

pente. Il suffit que sa largeur avoisine au max les 1.50m et le

chemin en terra battue sera amélioré de «quelques marches

construites aux endroits où des obstacles ne peuvent êtres

franchis avec une pente aisément praticable».

112 Voir étude géologique, Fonds ATM - 162ifa 1017/3.


159


aménagements du bord

de mer aujourd’hui

à gauche

• vue au pied de la ligne

de crête délimitant le

village à l’Ouest; marches

d’escaliers aménagées

dans la roche

cliché: septembre 2011

• rochers naturels permettant

de s’installer au

bord de mer

clichés: juin 2011

160

à droite

• clôture de la STEP à

l’Est du village,

cliché: novembre 2011

• ligne de crête à l’Est du

village,

cliché: novembre 2011

pages suivantes

à gauche

• plateforme pour les

bateaux, abîmée actuellement

cliché: juin 2011

• vue d’ensemble de la

calanque aménagée pour

le bain de mer

cliché: novembre 2011

à droite

• vue du cap Cartaya

depuis la route d’accès

au Merlier

cliché: novembre 2011

• vue dans le même

direction , au pied du

village

cliché: novembre 2011

double page

• vue rapprochée des

rochers du bord de mer

cliché: septembre 2011


161


162


163


164


165


•Le Domaine duchâteau

de Volterra entr’ouvre ses

portes à quelques demeures

de haute qualité, Le Monde

4 juillet 1963

• «4 amis bâtissent le «paradis»

Candide, 6-11 septembre

1964

Cf. dossier de presse 162ifa

1018/3

166

2.3.8 Réception

La réalisation saluée assez vite par la critique pour ses qualités

urbanistiques et architecturales; pour son esthétique moderne,

pour ses installations luxueuses, pour sa capacité à avoir préservé

le reste du site,...

Publié dès la fin de 1964 par des revues françaises et étrangères

(voir bibliographie), le village du Merlier semble plaire à tous; architectes

et acteurs locaux.

Projet phare de l’histoire de l’architecture (....), recherche qui

constituait une «sorte de modèle d’éthique professionnelle 113 »

pour le milieu architectural français.

«Le projet s’inscrit dans le cadre d’une réflexion qui, à l’époque

des grands ensembles, condamnait ouvertement la tradition académique

incapable de répondre aux données du temps présent

et les solutions universelles conduisant aux projets de tours et

de barres 114 », et proposait une «architecture remarquable faisant

avancer la pensée urbaine 115 ».

113 Voir article de François Chaslin, l’atelier des trois mousquetaires,

le Moniteur des TPB, supplément au n°6, février 1982

114 France Architecture 1965-1988. Jacques Lucan, collection

Tendances de l’architecture contemporaine, Ed. Electa Moniteur, 1989

p.19

115 Voir article de Christian Devilliers, histoire de l’architecture

contemporaine: cinq étapes, Urbanisme n°288, mai/juin 1996, p.42


167


168

3PROBLEMATIQUE ACTUELLE

3.1 Actualité touristique en Côte d’Azur

Le tourisme s’est développé et a pris, au fil du siècle passé, une

place importante dans la société, représentant aujourd’hui un

secteur économique de première importance pour la France 116 .

Les côtes – dont le littoral méditerranéen - sont les principales

destinations estivales 117 . Elles subissent chaque été une véritable

invasion touristique, dont les conséquences environnementales

sont très importantes: urbanisation dense et grandissante (98%

du littoral du département des Alpes-Maritimes est construit), problèmes

écologiques dus à la pollution terrestre et aquatique, nuisances

diverses,…

Le département du Var accueille plus de dix millions de touristes

chaque année, ce qui en fait la deuxième plus importante destination

touristique en France (la première étant la capitale). Sa forte

attractivité s’explique notamment par la beauté des paysages, par

la notoriété de nombreux sites ainsi que la diversité de ses modes

d’hébergements et de villégiature.

116 Le Tourisme en France édition 2008, p.11-31 Vue d’ensemble

«Le tourisme : un secteur économique porteur», Marie-Anne Le Garrec

Il s’agit d’un chiffre basé sur l’estimation de la consommation touristique

en France. Un tiers de cette consommation est effectué par les

touristes étrangers. Le tourisme est le premier secteur contributeur

dans les échanges extérieurs de la France (...) Le tourisme est l’un des

premiers secteurs créateurs d’emplois depuis 2004.

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/FRATOUR08a.PDF

117 Le bord de mer est l’espace privilégié des français pour les

vacances d’été; il y passent la moitié de leur nuitées. (espaces touristiques

pris en compte: mer 49.6%, montagne 18,8%, campagne 29.9%,

ville 24.2%, et «autre espace» 8.9%) source: SDT - Eté 2009, direction

du tourisme, TNS-Sofres- Les activités favorites sont la promenade,

la plage, ainsi que la visite de villes, de monuments ou de sites naturels.


En ce qui concerne les choix des Français

pour leur vacances d’été, ils «choisissent

d’abord des hébergements non marchands:

ils résident chez leur famille (30% des nuitées

de vacances) ou leurs amis (6%) ou encore

dans leur résidence secondaire (17%).

Parmi les hébergements marchands, ce sont

les locations et les campings qui arrivent en

tête avec chacun 11 % des nuitées d’été ;

viennent ensuite les hôtels (9 %), les villages

de vacances et les résidences de tourisme

(7% à eux deux), puis les gîtes et chambres

d’hôtes (4%).

La promenade et la randonnée sont les activités

les plus pratiquées et concernent 55

% des séjours de vacances. La baignade et

la plage viennent en deuxième position (30%

des séjours en 2007, (…)). La visite de ville

est la troisième activité pratiquée, en légère

hausse en 2007 (27%). La visite de sites naturels,

quatrième activité, est de plus en plus

pratiquée en vacances (20%), et passe devant

les visites de musées, expositions, sites historiques

(16%). Enfin, le shopping en ville arrive

en cinquième position: il concerne 12 % des

séjours de vacances. 118 »

La Côte d’Azur présente donc une santé

économique liée au tourisme, que l’on

peut juger durable et offre un style de villégiature

que beaucoup recherchent.

118 Le Tourisme en France édition 2008 ,

«Les vacances des français depuis quarante ans»,

Laurence Dauphin, Marie-Anne Le Garrec et Frédéric

Tardieu, http://insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/

ref/fratour08c.PDF

Les départements des Alpes maritimes et du

Var (côte d’Azur) sont réputés pour leur douceur

de vivre, mais également pour la rudesse

de ces éléments : massifs enchevêtrées, vallées

étroites et profondes,… De la frontière italienne

à Toulon, l’urbanisation est constante et

intensive. Autour de Nice, les Alpes tombent

abruptement dans la mer; plus à l’Est, la côte

est ponctuée de dépressions dans lesquelles

se sont développées les stations balnéaires

-Cannes par exemple- et qui se terminent sinon

en plages idylliques dans la Méditerrannée.

Le littoral varois -de Fréjus à Toulon- la côte

est rocheuse (l’Estérel descend dans la mer);

les plages, et les stations, y sont plus petites.

L’environnement y est plus sauvage et hostile

de prime abord. Ces falaises abruptes lui ont

donc évité une urbanisation trop invasive 119 . Le

village du Merlier est d’autant plus à l’écart de

l’urbanisation du littoral qu’il est niché sur un

versant isolé du Cap Camarat.

La note publicitaire qui présente le village de

Ramatuelle cerne bien le climat qu’offre la région:

«Ramatuelle rassemble sur son territoire

des atouts qu’affectionnent particulièrement

les touristes : un environnement de qualité

et préservé, des installations variées dédiées

aux sports et aux loisirs, une animation culturelle

riche et séduisante. Ramatuelle côté tourisme,

c’est un patrimoine naturel exceptionnel

qui façonne un paysage que beaucoup

envient(...) 120 »

119 Tourismes en Europe, Action touristique,

J.-P.Pasqualini et B.Jacquot, Ed. Dunod, 1992

120 cf. Site officiel de la commune de Ramatuelle;http://www.ramatuelle.fr/-La-vie-touristique-

169


170

• vue du Merlier depuis la

mer,

cliché JLV, août 1963

162 ifa 809/2

• vue du village depuis la

route d’accès,

cliché: JLV non daté, 162ifa

809

3.2 – Le v I L L A g e A U j O U r d’H U I

3.2.1 Identité et esprit d’origine

Le village du Merlier accueille depuis près de cinquante ans ses

habitants sur ce bord de mer. Le village possède un caractère

préservé; l’endroit est d’une grande beauté, calme et reposant. Il

s’y dégage une ambiance de réel rendez-vous avec la Méditerranée.

La demande actuelle en hébergement dans la région étant très

forte, ces maisons connaissent aujourd’hui un succès encore

plus grand qu’à l’époque de leur mise sur le marché immobilier.

(La valeur d’un des maisons se chuchote actuellement autour du

million d’euros.)

Le caractère exceptionnel de cette réalisation mérite une attention

sur un long terme. Malgré son intérêt patrimonial, il ne doit pas se

figer en un musée, et doit continuer à s’abîmer et à être réparé...

Le Label semble être un bon point de départ pour sa «conservation

vivante ». Les habitations forment un village, presque «traditionnel».

Peut être un jour ne saura-t’on plus si c’est un village

vernaculaire ou s’il a été conçu de toute pièce!

Plusieurs personnes y travaillent encore aujourd’hui. Le premier

gardien à s’y être installé en juin 1967, Honoré Carabin, était le

père -dont l’épouse tenait le bureau de vente à l’entrée du Domaine-

de l’actuelle gardienne, qui en a repris la responsabilité avec

son époux -Marie-Paule et Gilbert Quevedo. Cette histoire familiale

a certainement fait perdurer beaucoup de l’esprit d’origine.

Ils ont habité la maison du gardien, puis le reste du projet étant

abandonné ils ont déménagé dans une construction nouvelle à

l’entrée du Merlier.

L’état actuel du village -jugé très bon dans l’ensemble- est détaillé

ci-après; un conseil syndical gère la copropriété (Cabinet Jacques

Réveille, Résidence du Port à Saint-Tropez); une charte d’entretien

(confidentielle) a été établie.


171


• vue depuis le chemin d’accès

(L) au village; la barrière

et la maison (nouvelle) du

gardien,

cliché: septembre 2011

• vue du groupe A de garages,

et de la maison actuelle

du gardien dans son prolongement,

cliché: novembre 2011

• plan schématique de

l’implantation de la nouvelle

maison du gardien

172

• vue des façades, cliché:

Fonds Cardot-Joly, 1965

162 ifa 808/6

• vue du village en décembre

2007, cliché: D.Delaunay,

dans L’Atelier de Montrouge,

la Modernité à l’Oeuvre,

1858-1981, Catherine Blain,

Arles, Ed. Actes Sud-Cité de

l’architecture et du patrimoine,

2008, p.34

3.2.2 Etat actuel et changements majeurs

Les points mis en avant dans ce chapitre sont le résultat de recherches

documentaires permettant de recréer l’histoire et la genèse

du projet et d’une analyse visuelle du site et de ses abords.

aj o u t D e La n o u v e L L e m a i s o n D u G a r D i e n

de la maison actuelle des gardiens ainsi que d’un portail

d’entrée, transformant fortement la séquence d’entrée. Lorsque

la réalisation du projet d’ensemble est abandonnée, une petite

maison est construite à leur intention à l’entrée du village. La réalisation

-d’un architecte local- s’intègre assez respectueusement

dans le prolongement des garages; le traitement extérieur est

identique.

Ex p r E s s i o n d E s m at é r i a u x

La question de la réversibilité se pose pour les ossatures; en

béton brut à l’origine elles sont très vite enduites à la chaux par les

deuxièmes promoteurs (1965-67)qui peinaient à faire apprécier à

leurs acheteurs de l’époque l’apparence brutaliste des maisons.

Lors de la première campagne d’entretien (au début des années

2000 selon entretien avec les gardiens), les dégradations du béton

sont réparées et un crépi est alors posé ; celui-ci, de couleur

beige (légèrement rosé) réfère plus aux constructions environnantes

que la volonté d’origine. L’empreinte du coffrage (planches de

bois fines), «sans revêtement ni fioriture» n’est plus du tout visible;

l’aspect était en effet bien différent.

L’éventualité d’un retour à l’apparence initiale mériterait d’être approfondi;

dans la mesure d’une nouvelle campagne d’entretien, il

importerait d’envisager des travaux sur les ossatures afin qu’elles

retrouvent leur langage de béton brut gris. En aucun cas cette

mesure n’est obligatoire, et il s’agit de vérifier sa faisabilité avant

tout pour ne pas mettre en danger la structure des villas.


aj o u t D e La m a i s o n a C t u e L L e D e s G a r D i e n s

aP Pa r e n C e G é n é r a L e

173


• chambre du rez-de-chaussée,

cliché:Fonds Cardot-

Joly, 1965

Bilbliothèque Kandinsky

http://bibliothequekandinsky.centrepompidou.fr

•garde corps ajouré en éléments

de briques d’origine

(selon les gardiens)

cliché: juin 2011

• système de fermeture des

volets

cliché: novembre 2011

• STEP au bas du village cliché

anonyme et non daté,

(1964 ou 1965)

162 ifa 808/6

174

eL é m e n t s C o n s t r u C t i f s

Les boiseries présentes sont d’une très belle qualité et extrêmement

bien entretenues (certaines maisons les ont remplacé

par des stores en métal). Les coulissants coulissent toujours; les

persiennes sont intactes,... seules quelques moustiquaires sont

régulièrement remplacées, mais cela ne remet pas en cause la

conception. La fermeture des volets ets d’ailleurs impressionnante;

il s’agit simplement d’une sorte de clou qui se fiche au travers

du volet et de la paroi intérieure, et que l’on sécurise de l’intérieur.

Ce verrou est d’une simplicité magnifique et son efficacité n’a

jamais été mise à mal!

Les catelles de terre cuite des sols et plafonds -sauf de rares

exceptions- sont en bon état et ont été entretenues, soit par les

propriétaires eux-mêmes soit par les gardiens.

Les chambres, initialement peintes en blanc ont été, pour la plupart,

repeintes maintes fois depuis; inévitablement y on trouve

aujourd’hui de nombreuses couleurs...

Les éléments architecturaux «décoratif» sont d’origine et également

en bon état; claustras des patios; garde-corps en éléments

de briques des terrasses, portillons d’entrée, niches techniques

en bois,... Dans le village, les éléments d’agrément (bancs et fontaines)

sont d’origine; les catelles en céramique ne sont par contre

plus fabriquées et la marque qui les remplace ne propose pas

exactement la même gamme de couleur; le problème se posera

lors d’éventuels dégâts à venir.

ex t é r i e u r s

L’entretien des extérieurs est continuel; les gardiens s’y attellent au

quotidien; réparation des murets en pierre, des marches d’escalier,

des plaques de pierres qui revêtissent le sol,... les aménagements

en bord de mer, bien que succincts, demandent chaque

année une intervention particulière. Le revêtement du court de

tennis a été remplacé récemment. Et plusieurs jardiniers entretiennent

la végétation exubérante présente dans le village.


fo n C t i o n e t C o n f o r t

Les dispositions générales des maisons restent

adaptées et correspondent aux modes

de villégiature au Merlier. Le confort du point

de vue des exigences actuelles y est modeste

mais raisonnable, même dans le cas d’une

habitation annuelle.

Le climat intérieur est bon et les maisons sont

confortables à l’année -grâce à la cheminée.

Certaines maisons seraient un peu trop chaudes,

selon leurs habitants, mais ce sont celles

dont les baies ont été avancées (voir le cas

particulier des « Jardinières »). L’aménagement

de la toiture régule et rafraîchit la température.

Les maisons sont parfaitement fonctionnelles

pour un usage actuel. (Poubelles,...)

On peut faire une seule grande chambre des

deux qui se situent au rez-de-chaussée si nécessaire.

La salle de bain du rez-de-chaussée

a été refaite dans certaines maisons, au gré

des volontés des propriétaires.

in s ta L L at i o n s

Les canalisations sont en bon état 121 ; la STEP

(traitement des eaux usées) d’origine fonctionne.

Les réseaux électriques prévus à l’origine

ont été facilement adaptés aux exigences actuelles

(cf. cabanon de transformation électrique

sur le haut du parking B).

121 information provenant de la discussion

avec les gardiens, novembre 2011

175


176

• croquis illustrant le courrier

de JLV

162ifa1019

•vue du séjour tel que dessiné

par l’ATM

cliché: novembre 2011

• vue du séjour tel que

modifié par le groupe de

promoteur

cliché: juin 2011

• vue du séjour tel que Véret

le propose comme «compromis»

entre les deux autres

solutions

cliché: juin 2011

Le C a s Pa r t iC u L i e r D e s « ja r D i n i è r e s »

(cf. dossier 162 ifa 1019)

La société foncière du Château Volterra procède à quelques modifications

sur la partie sud des séjours, regrettant que le «manque

de vue vers la mer lorsqu’on est assis»: ils déplacent «une pile de

maçonnerie réalisée de part et d’autre de la baie, et plus en avant

de 60 cm, ne laissant plus qu’un espace de 60cm de retrait

du nu extérieur de la façade 122 ». En réponse à ce modifications,

Jean-Louis Véret énonce, dans un courrier daté de juillet 1970,

les conséquences fâcheuses de cette modification:

« 1° impossibilité de placer un dispositif efficace de protection

des vues plongeantes et montantes vu l’espace trop réduit laissé

à la loggia.

2° Mauvaise protection des vitrages contre l’ensoleillement aux

heures les plus chaudes. Cet inconvénient est d’autant plus important

qu’une réduction des ouvertures de la salle de séjour est

prévue

3° la suppression des fentes latérales de ventilation de la loggia

dont la fonction était d’éviter l’accumulation d’air chaud (également

sous le bac a fleur)

4° sur le plan technique, la modification de répartition des charges

sur le porte-à-faux devrait être réexaminé: surtout pour les

maisons dont les bacs ont été réalisés puis supprimés.

5° Enfin sur le plan esthétique l’apparence de l’extrémité sud des

salles de séjour est fondamentalement modifiée par le manque de

profondeur des loggias. La suppression corollaire des dispositifs

de protection des vues et des fentes latérales de ventilation accuse

encore la modification. »

La position de l’ATM est claire face à cette modification «inutile qui

122 Cf. propos de Véret d’après les plans modifiés par le Bureau

d’Etudes et de Coordination du Bâtiment de Nice, dossier complet ifa

1019


compromet le bon fonctionnement de la villa».

Véret propose que chaque maison soit examinée

au cas par cas, afin de définir la nécessité

de ce dispositif de protection des vues. Pour

certaines maisons, il est impératif de le maintenir:

celles qui ont des vues plongeantes dans

les patios et terrasses des maisons voisines

et des vues montantes depuis les ruelles et

les places, afin de ne pas nuire à l’intimité tant

recherchée dans la conception originale.

Malgré tout, Jean-Louis Véret propose, pour

les maisons pour lesquelles le maintien du dispositif

est catégorique:

1° maintien du principe du bac à fleur, mais

diminution de sa hauteur de 82 cm à 70 cm

afin qu’il reste en conformité avec le règlement

de sécurité contre les risques de chute.

2° adoption d’un dispositif ajouré dans le

sens de la vue vers la mer et barreaudage ou

vitrage «triple» à la face intérieure (voir le croquis

de Véret).

L’ATM note enfin que, si la société juge ce

dispositif proposé pas nécessaire, elle puisse

toutefois garantir sa réalisation ultérieure, ce

que la position avancée de la baie de la salle

de séjour ne permet plus.

Une simple barrière métallique «même pas

digne du métro parisien 123 » a remplacé bon

nombre des jardinières en béton.

123 voir film MALTAE

177


• façade est de la maison du

gardien

cliché: JLV, 1965

162ifa809

178

•vue de l’état actuel de la

maison du gardien;

l’entrée du domaine sur la

route du phare

cliché: septembre 2011

• vue intérieure du séjour de

la maison 32, tel que modifié

par le groupe de promoteur;

la jardinière a disparu et est

remplacées par une barrière

métallique; la baie est

avancée au delà de la fente

prévue pour la ventilation

de l aloggia; elle est fermée

avec des pavés de verre.

cliché: juin 2011

• vue du séjour tel que Véret

le propose comme «compromis»

entre les deux autres

solutions

cliché: juin 2011

3.2.3 Recommandations pour la sauvegarde

L’état général étant bon, peu de réparations sont nécessaires.

Certains travaux localisés doivent toutefois être entreprises. Le

principe de sauvegarde implique des interventions non destructrice

de l’existant et fidèles aux choix d’origine.

La m a i s o n D u G a r D i e n D e L’atm

La maison du gardien construite à l’entrée du domaine par l’ATM

en 1965, délabrée et pillée quand elle a cessé d’être habitée, méritait

assurément d’être restaurée; elle aurait pu servir de logement

ou être vouée à devenir un petit lieu d’exposition -et à visiter pour

elle-même. Une bonne nouvelle à son sujet vient de se décider

à la municipalité de Ramatuelle, et des travaux -en contact avec

l’architecte- pourraient débuter bientôt.

vé G é tat i o n D e s toitures

Certaines toitures manquent de végétation; ce serait du à une année

particulièrement froide, certaines plantes n’ont pas survécu;

il s’agit de revégétaliser les toitures pour assurer leur fonctions

esthétiques et thermiques.

Bé t o n B r u t e t a P Pa r e n C e D e L’o s s at u r e

Comme cité dans le chapitre précédent, une étude mérite d’être

menée en vue de la prochaine campagne d’entretien sur la question

du traitement des bétons de l’ossature. Les dégâts dus à la

carbonatation du béton doivent faire l’objet de réparation respectueuses

de l’existant. Dans la mesure du possible, l’expression

des matériaux en façade doit être retrouvée afin de na pas dénaturer

le caractère initial voulu par les architectes. Les arguments

liés à l’authenticité permettent de justifier un tel retour, et devront

être mis en avant lors des discussions avec les propriétaires.


aP Pa r e n C e G é n é r a L e D u v o L u m e D e s é-

j o u r

Le cas particulier des jardinières, expliqué

plus haut, a fortement modifié l’apparence du

volume du séjour; non seulement la mise en

danger de l’équilibre thermique est à déplorer,

mais visuellement les conséquences sont immédiates.

Pour poursuivre vers un éventuel retour à l’état

initialement projeté (loggia avec jardinière et position

du vitrage), il est indispensable de faire

appel à diagnostic d’un ingénieur spécialisé,

afin d’attester la résistance de la structure à un

tel changement.

in t e r v e n t i o n s f u t u r e s

Une conception qui protège et valorise Le

Merlier doit être une priorité dans toute intervention

future. Ne rien faire qui mette en danger

la réalisation en nuisant aux intentions de

bases de son implantation, à sa substance.

Maintenir une claire distinction entre la réalisation

préexistante et les éventuels ajouts, même

si ceux-ci sont à proximité.

Dans cette idée, la sauvegarde dépend également

des activités proposées. Celles-ci

doivent garantir que l’usage reste autant que

possible fidèle; la promenade, la plage ou la

baignade, l’accès pour les bateaux, la visite du

site naturel.

179


180

3.3 – Pr é M I s s e s d U P r O j e T d e M A s T e r

Ce chapitre explore les possibilités d’une extension, relevant de

la capacité du projet à établir des bases intemporelles d’implantation

et de l’étude programmatique de l’existant dans le contexte

actuel.

3.3.1 Lignes d’intervention

L’expérience du Merlier était certainement destinée à une catégorie

sociale privilégiée, mais l’intention était que «si elle réussit»

rien n’empêcherait de renouveler cette expérience, dans des

proportions à définir, pour continuer dans cet identique souci de

préservation. En tant que modèle, la conception du village permet

d’être renouvelée, déclinée. Les lignes générales qui doivent guider

un projet actuel doivent être établies au regard des volontés

de 1959.

- attention particulière au territoire; dessertes collectives, installations

communes, définition des zones à bâtir et des espaces

qui restent dans leur état naturel.

- échelle raisonnable et habitat groupé; unité qui se répète

et forme un tout. Entre la villa individuelle et l’immeuble collectif

existent toutes les variations possibles!

- intimité à garantir: le mode de vie des vacances balnéaires

n’a pas réellement changé et les conditions sont à peu près les

mêmes; beaucoup de la vie se passe en extérieur. Ainsi les projections

d’espaces demandent à être protégées de la vue des

voisins...

- refus du style néo-provençal mais «justesse actuelle». De la

même manière qu’il en avait été décidé cinquante ans auparavant.


181


182

• Croquis perspectif de la

«place du haut» (place B),

Jean-Louis Véret, 1960,

162ifa302

3.3.2 Potentiels et manques programmatiques

Le temps semblerait presque s’y être arrêté. Il manque finalement

un peu de vie dans ses ruelles et sur ses places. Un petit commerce

et/ou un café sur une des place du village permettrait

de réactiver un peu la vie sociale; une intervention de telle sorte

devrait être légère et capable d’être discrète, avec un impact modéré.

L’échelle de ces intervention peut être définie par le nombre

moyen de résidents du Merlier. On peut compter entre 4 et 6

habitants par maison en moyenne; donc une capacité totale de

140 à 210 personnes en pleine saison.

Une dizaine de chambres individuelles -en relation avec l’espace

public- sont réparties en deux groupes dans le village; (cf.

§2.3.2 ). Le groupe B d’entre elles est quasiment à l’abandon.

Elles sont de plus petites, et celles du groupe B manquent peutêtre

d’un peu de lumière. Elles sont la propriété de l’ensemble,

chacune des maison en possède donc 1/35ème. Elles se prêteraient

facilement à une reconversion.

L’idée d’aménagement qui a prévalu était de regrouper la totalité

des maisons en 5 groupes, afin de préserver l’intégrité du site. A

fin de garantir la viabilité de l’ensemble, étaient prévus également

des équipements collectifs. Finalement les quatre autres villages

et les équipements n’ont pas vu le jour; ainsi le Merlier est

dépourvu de certains de ses attributs publics.

Aujourd’hui, il semble nécessaire de reconsidérer ce fait et d’envisager

certains compléments pour les activités, à partager entre

les habitants: la construction d’une piscine, d’un débarcadère

ou hangar pour bâteaux,... La réalisation d’un club house serait

également envisageable, selon le nombre d’utilisateurs potentiel

à définir.

Quelques hébergements sont envisageables dans cette même

logique; il s’agit de conserver l’échelle «restreinte» du village du

Merlier pour proposer un type d’implantation. Le type d’hébergement

quant à lui peut être varié; hôtel ou résidence, voire

quelques maisons individuelles, en continuité directe / ou pas

avec le village.


183


184

3.3 – CO N C L U s I O N

La présente étude permet d’établir les constats et les perspectives

d’avenir suivants :

Le Village du Merlier répond de manière convaincante à de nombreuses

attentes actuelles : Il offre le dépaysement qu’un usager

souhaite trouver dans sa résidence de vacances ; la protection

adéquate à l’homme dans un site rude de bord de mer ; une

élégance et expression en adéquation complète avec le cadre

exceptionnel dans lequel il se déploie.

A travers sa situation dans le contexte historique et architectural,

son importance du Merlier a été confirmée et représente un aspect

majeur de la compréhension actuelle que l’on doit avoir du

village : Non seulement un précieux témoignage de la richesse

des réflexions architecturales et urbanistiques d’après-guerre,

mais aussi une œuvre décisive pour la connaissance de l’Atelier

de Montrouge : projet tout à fait représentatif du mode de pensée

de ses architectes -dont c’est l’une des premières réalisations-

qui convoque beaucoup des principes qu’ils affectionneront par

la suite.

L’intérêt de ce site est fort heureusement reconnu par les acteurs

de son avenir. Son classement au patrimoine en est l’action emblématique.

Certains propriétaires qui siègent au conseil syndical

sont également tout à fait conscients de sa valeur. Son état à

priori bon, l’absence d’extension qui aurait pu compromettre ses

qualités originales, sont des éléments positifs pour sa sauvegarde.

Cependant, la perte de l’expression du béton brut dénature

fortement l’idée initiale. Dans la perspective de la sauvegarde, ce

type de transformation est à proscrire – la présence des matériaux

bruts étant un élément fondamental de ce type d’architecture.

Il est évident que toute intervention sur un ouvrage de ce type

est susceptible de nuire voire même d’anéantir un patrimoine

précieux : les interventions individuelles du type ajout de pot de

fleur, etc. devraient être clairement recommandées par un dossier

d’entretien.


Malgré ces premiers aspects positifs concernant

l’état de conservation du village, la présente

étude a également mis en lumière un aspect

fortement regrettable. L’idée fondamentale de

ce village est finalement inaccomplie : conçu

pour être la partie d’un tout, il est devenu le

tout. Partiellement fidèle à l’idée de départ il ne

possède pas la totalité de ses potentiels en

terme d’activités. L’Atelier de Montrouge avait

conçu ce village comme un point dans un réseau

– ce qui lui confère un statut bien différent

de celui d’aujourd’hui.

L’étude de la situation actuelle, qu’elle soit sociale,

politique, économique, … a permis de

confirmer la popularité de la région en termes

de villégiature et l’évident besoin d’hébergement

-notamment dans la région de Ramatuelle-

qui en découle. L’augmentation de ces

possibilités permettrait d’ouvrir ce lieu privilégié

à un plus grand nombre, sans toutefois compromettre

un rapport d’exception à la nature.

Si le village du Merlier est déjà très attrayant,

certains équipements en complément pourraient

insuffler plus de vie au village. Le rendant

ainsi plus proche de l’idée d’un « village » que

d’un « ensemble de résidences privatives ».

idée de l’individuel dans le global ...

Il est fondamental, dans un tel cas, de parvenir

à une connaissance approfondie de la réalisation;

par l’étude des fonds d’archives, des

plans d’origine et photographies, du contexte

social et géographique,... La «substance» du

village ne pas mettre être mise en danger et

l’étude permet les bases pour établir la nature

d’un prolongement. Une extension sensible qui

convoquera forcément de nombreux type d’intervention

différents : de la juxtaposition d’une

extension ou d’une intervention « à l’intérieur de

», de la réalisation d’un dossier de documentation/de

recommandations à l’attention des

résidents/de la commune, ou d’un projet en

relation étroite mais à distance - « en référence

» ou en relation paysagère – éventuellement

sur un ou plusieurs des sites que les architectes

avaient identifiés comme partie d’un réseau

projeté.

La conception de ce village comme un modèle

capable d’être étendu ou comme point d’un

réseau porte déjà le germe d’un prolongement.

Sur la base de ces études historiques et actuelles,

ce dossier fournit les points d’accroche

indispensable pour un projet d’intervention, qui

constitue la seconde partie de ce travail.

185


BIBLIOGRAPHIE

Fonds d’archives ATM

Le fonds d’archives de l’Atelier est conservé par le Centre d’archives d’architecture du XXe siècle de l’Institut

Français d’Architecture (IFA); les références sont citées «162ifa...» dans le texte.

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du projet, à sa chronologie et à sa genèse., principalement ATM D-59: «plan d’aménagement d’un ensemble

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Livres

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Cité de l’architecture et du patrimoine, 2008

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de Doctorat de l’Université Paris 8, discipline: aménagement et urbanisme, mention Projet architectural et

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Cité de l’architecture et du patrimoine: http://www.citechaillot.fr

Cartes de France: http://www.cartesfrance.fr

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Le site de l’Institut Nationnal de la Statistique et des Etudes Economiques: http://www.insee.fr/fr/themes/

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188


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en alternance avec des interviews de responsables politiques et d’habitants, illustrent le sujet.

production: radiodiffusion television francaise

Fortune critique pour le village Le Merlier, Cap Camarat

source: Catherine Blain, mise à jour juillet 2006, archives personelles

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AD n° 1,janv 1965, p. 41-42

Arkitektenen n° 25, 1972 «De nye franscke feriebyer», pp. 526-527

Arts (quotidien) n° 944 du 8-14 janvier 1964, p. 14

Arts ménagers, n° 185, mai 1965, pp. 103-107

Aujourd’hui, n° 54 «France 1», sept 1966, pp. 22-23

Bauwelt (Allemagne fédérale), n° 33, août 1964, p. 894

Baumeister (allemagne fédérale), n° 6, juin 1966, pp. 653655

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Candide (quotidien), 4-11 septembre 1963, p. 4 («quatre amis bâtissent le ‘paradis’ 1964»)

Detail (Allemagne fédérale), n° 4, 1965, pp. 578-579

Detail (Allemagne fédérale), n° 4, 1966, pp. 674679

Express (L’, quotidien), n° 686, 6 août 1964, section «loisirs», p. 32 («les villages de Camarat»)

Logement CIL-CPL, n° 178, juin-juillet 1966

Maison Française (La), dec 1965

Maison et Jardin, n° 166, août-septembre 1970. «Village grand ouvert»

Oeil (L’) n° 120, dec 1964. pp. 60-67

Schöner Wohnen (allemagne fédérale) n° 9, septembre 1964. pp. 132-133

Science et Vie n° 588, sept. 1966, pp. 86-89

TA (26e série), n° 1 «Construction 65, recherches», octobre 1965. pp. 126-131

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Toshi-Jutako (Japon), n° 6808, août 1968

189

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