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DES IDÉES POUR UN AVENIR MEILLEUR INNOVATOR BY THE RED BULLETIN 01/2021

01 21

ÉDITION SUISSE 3,80 CHF

LA R

É VOLUTION

Le futur est déjà

dans nos voitures


THE

iX


INNOVATOR

ÉDITORIAL

CONTRIBUTEURS

Robert Ormerod

Le photographe écossais a

travaillé pour The Guardian et

National Geographic, entre

autres. Sa fascination : les fusées.

En toute logique, il était le mieux

placé pour suivre et documenter

le travail passionné des Danois

de Suborbitals dans leur hangar.

PAGE 58

BONJOUR DEMAIN !

Pouvons-nous arrêter le changement climatique

? Vaincre le cancer ? Mettre fin à la faim

et à la pauvreté ? « Oui », affirment trente personnalités

et experts de renom dans notre sujet

de couverture, dont Bill Gates, Elon Musk ou

encore le fondateur de BioNTech, Uğur Şahin.

Ils démontrent par des faits, des statistiques et

des études surprenantes dans quelles mesures

le futur sera optimiste et réjouissant, page 44.

MERCEDES-BENZ AG (COVER)

Werner Jessner

Notre rédacteur a appris des

choses étonnantes lors de son

entretien avec Fredrika Klarén,

responsable du développement

durable de la marque de voitures

Polestar : « Seules l’honnêteté et

la transparence dans l’industrie

automobile ont un avenir », ditelle.

PAGE 30

Construire dans son jardin une fusée capable

d’atteindre l’espace semble être un exploit digne

d’un film hollywoodien. Mais c’est pourtant le

tour de force couronné de succès accompli par

une poignée d’ingénieurs autodidactes du

Danemark, page 58. Leur devise est simple :

« Ne cherchez pas d’excuses, trouvez des

solutions. »

Bonne lecture !

La Rédaction

INNOVATOR 3


CONTENUS

BULLEVARD

8

Plus vite sur l’eau

Un groupe de jeunes ingénieurs

veut battre le record de vitesse

à la voile.

16

Au volant de la VR

Une start-up allemande transforme

les trajets en voiture en

expérience virtuelle.

10

En toute autonomie

Cette start-up autrichienne

vous invite à cultiver votre

propre source de protéines…

17

Booster les neurones

Musclez son cerveau à être

heureux et à se détendre, c’est

simple comme bonjour.

12

Bécane futuriste

Une moto électrique aux lignes

épurées, conçue et voulue par

les étudiants.

18

Boîte fraîcheur

Grâce à ces ingénieuses livraisons,

cuisiner devient aussi

plaisant que la dégustation.

14

Les gondoles à Munich

Celles-ci se déplaceront suspendues

à des rails aériens.

C’est le tramway de demain !

GUIDE

90

92

94

SMART FASHION

Chaleur intérieure

Cette veste chauffante ne laissera

personne de marbre.

AGENDA

Le grand retour

Des conférences à voir sur

place, et en ligne.

CONCOURS

Place aux idées

Red Bull Basement promeut

les jeunes leaders d’opinion.

96

98

CHRONIQUE

Réjouissons-nous !

Les bonne surprises qui nous

attendent si nous parvenons

à sauver la planète.

COUP DE PROJECTEUR

Le labo du bout du

monde

Les chercheurs de cette

base au pôle Sud dévoilent

les secrets de l’univers.

58

SUBORBITALS

Rocket Science

Ces astronautes amateurs

de Copenhague

veulent s‘envoler dans

l‘espace avec une fusée

faite maison.

4 INNOVATOR


INNOVATOR

REPORTAGES

20

LES

AUTOMOBILES DU FUTUR

Permis de conduire

Charge rapide, conduite automatisée,

électriques, propres… Les atouts

des nouvelles arrivantes.

30

POLESTAR

Fredrika Klarén évoque les enjeux de

l’industrie automobile en matière de

développement durable.

La transparence est de mise

38

L’AVENIR

44

UN

58

LA

68

LE

76

START-UP

DE LA MOBILITÉ

Voir plus loin

Comment nous déplacerons-nous d’ici

quelques années ? Un essai sur l’évolution

de nos habitudes motorisées.

MONDE MEILLEUR

30 raisons d’être optimiste

Ces nombreux experts nous donnent

autant de mobiles valables pour aborder

l’avenir avec espoir et sourire.

TÊTE DANS LES ÉTOILES

Fusées artisanales

Comment ces amateurs passionnés

se sont appliqués à réaliser leurs

rêves et toucher les étoiles.

REPENTI DE LA F1

Nico Rosberg

Pourquoi et comment le champion

du monde de Formule 1 veut aider

l‘e-mobilité à monter sur le podium.

L’avenir, c’est eux

Robots-sauveteurs ou psychanalyse

en numérique : sept idées (suisses)

pour un monde meilleur.

ROBERT ORMEROD

82

ENTREPRENEURIAT

Psychologie inversée

Sophia Amoruso, qui a inspiré la série

Girlboss, sur les règles à ne surtout pas

respecter afin de lancer sa start-up.

INNOVATOR 5


INNOVATOR

BULLEVARD

IDÉES

POUR UN

MONDE

MEILLEUR

JOHANNES LANG

INNOVATOR 7


BULLEVARD

M O B I L I T É

UNE FUSÉE SUR

LE LAC LÉMAN

Une équipe de jeunes ingénieurs lausannois

veut battre le record de vitesse à la voile,

fixé encore aujourd’hui à 121 km/h. Avec une

vitesse de 150 km/h, leur bolide pourrait

ouvrir une brèche dans le monde du transport

maritime.

En novembre 2012,

l’Australien Paul Larsen

est entré dans l’Histoire en

inscrivant, à bord du voilier

Vestas Sailrocket 2, œuvre de

l’architecte naval Malcolm

Barnsley, le record du monde

de vitesse à la voile : 21 km/h,

soit 65 nœuds. Une performance

restée invaincue

depuis, en dépit des nombreuses

tentatives effectuées

au niveau international.

AUTRE RECORD,

AU T R E C O N C E P T

C’était sans compter sur l’audace

et l’ingéniosité de trois

jeunes étudiants de l’École

Polytechnique Fédérale de

Lausanne : Xavier Lepercq,

Mayeul van den Broek et

Benoît Gaudiot (25 ans en

moyenne) sont bien décidés

à faire de leur prototype le

voilier le plus rapide au

monde. Et à battre le record

de Larsen en 2022. L’objectif

du projet SP80 ? Atteindre

150 km/h par la seule force

du vent, soit 80 nœuds (un

chiffre encore inédit dans

le monde de la voile et qui

a inspiré le nom du projet).

Pour cela, nos trois jeunes

pionniers se sont inspirés

L’objectif du SP80

est de relever le

record de vitesse

à la voile à 150 km/h

en 2022.

8 INNOVATOR


INNOVATOR

L’équipe du projet

SP80 : Mayeul van

den Broek, Xavier

Lepercq et Benoît

Gaudiot (de g. à dr.).

GUILLAUME FISCHER SP80 AREK PIATEK JOHANNES LANG

« NOUS VOULONS

BRISER LES

CODES DE LA

NAVIGATION

À LA VOILE. »

du kitesurf : « Au lieu d’être

poussé par une voile, le

bateau sera propulsé par

une aile de kite », explique

Mayeul van den Broek,

manager du projet SP80.

Un surcroît considérable

de vitesse, auquel viennent

s’ajouter les autres atouts de

l’engin : une coque de trimaran

profilée pour la vitesse,

flanquée de deux ailerons

superventilants pour optimiser

la stabilité. Un point crucial,

selon van den Broek :

« En travaillant sur la stabilité,

le succès sera assuré. »

Une autre particularité du

SP80 est un système qui

empêche le phénomène de

« cavitation » : c’est-à-dire des

petites bulles d’air qui se forment

dans l’eau au passage

du bateau. Le prototype lausannois

peut ainsi glisser sur

l’eau sans (presque) aucune

résistance.

LABO SUR L’EAU

Après le lancement officiel

du projet en 2018, l’équipe du

SP80, composée d’étudiants

et d’ingénieurs, a planché

pendant de longs mois pour

créer un premier prototype,

testé actuellement sur le lac

Léman. De taille réduite (le

bateau final fera le double

de sa taille), il remplit pour

l’instant tous les espoirs de

ses créateurs, qui veulent

commencer la construction

du prototype en taille réelle

(9 × 5 mètres) au printemps

de cette année. Les premières

tentatives pour battre le

record de vitesse à la voile

sont prévues pour 2022.

TRANSPORT ÉOLIEN

Le projet ne va pas simplement

profiter au monde

du sport nautique : « Nous

voulons briser les codes

de la navigation à la voile,

explique van den Broek,

mais aussi repousser les

limites de la force du vent

comme seule source

d’énergie et explorer les

futures utilisations qu’on

pourra en faire. » Ces voiliers

ultra rapides constituent

un énorme potentiel pour

le transport maritime, un

secteur qui a grand besoin

de se « durabiliser », et qui

pourrait bientôt profiter des

nouvelles idées du SP80.

sp80.ch

INNOVATOR 9


BULLEVARD INNOVATOR

NUTRITION

FABRIQUE

À VERS

S’ouvrir à de nouveaux horizons

gustatifs protéinés ? Une start-up

autrichienne propose un kit maison

pour élever ses propres vers de farine.

C’est une vérité difficile

à regarder en face : la

manière dont nos aliments

sont produits est tout sauf

durable. Que ce soit l’usage

abusif d’engrais azotés, les

émissions de CO ²

générées par

l’élevage intensif ou les tonnes

de denrées consommables

jetées chaque année à la poubelle

(75 kilos par habitant),

notre alimentation est devenue

un véritable désastre écologique.

Pourtant, il existe des

solutions : c’est ce que nous

dit Katharina Unger, jeune

Autrichienne vivant à Hong-

Kong et pour qui la viande

de l’avenir sera fournie par…

les vers. Plus exactement les

larves du Ténébrion meunier,

ou vers de farine. Son argument

: il faut dix kilos de nourriture

pour produire un kilo de

viande de bœuf, et deux seulement

pour produire un kilo

d’insectes. D’autant plus que

produire des vers de farine

émet vingt-cinq fois moins de

CO ²

que produire de la viande

de bœuf. Des inconvénients ?

Aucun. La seule raison qui

éloigne (pour l’instant) de nos

assiettes ces petites créatures

bourrées de protéines, c’est

leur aspect peu appétissant.

ADOPTE UN VER

Une aversion irrationnelle

que Katharina Unger est bien

décidée à déconstruire en

proposant, par le biais de

sa start-up LivinFarms, une

station d’élevage pour usage

privé : le Hive Explorer. Dans

une petite caisse chauffée et

ventilée, de la taille d’une

boîte à chaussures, les futures

larves grandissent dans les

Katharina Unger, fondatrice

de LivingFarms :

« Les insectes sont les

aliments du futur. »

meilleures conditions et se

délectent des épluchures de

légumes fournies par leur

« fermier ». Au bout de trois

mois, les vers de farine sont

prêts à être consommés (après

au moins cinq heures au

congélo). LivinFarms propose

aussi de délicieuses recettes

de pancakes et « pain aux

vers ». Une idée qui tombe à

pic, alors que les pays européens

ont reconnu, il y a trois

ans, les insectes comestibles

comme aliment à part entière.

livinfarms.com

Autonomie en protéines : mini-ferme

à larves Hive Explorer, 127 CHF.

LIVIN FARMS FLORIAN OBKIRCHER JOHANNES LANG

10 INNOVATOR


BULLEVARD INNOVATOR

E-MOBILITÉ

TONNERRE

ÉLECTRIQUE

Ses pièces ne sortent

pas de l’usine mais de

l’imprimante 3D, elle peut

faire des pointes à 130 km/h

et possède une autonomie

de 315 kilomètres. Sa batterie

est refroidie par de l’huile

de silicone et elle est capable

de récupérer l’énergie perdue

dans les phases de freinage

pour la réutiliser.

Ce tonnerre électrique

est le résultat du projet de

recherche Ethec auquel ont

participé seize étudiants de

l’ETH de Zurich. Leur objectif

est limpide : concevoir la

moto du futur.

UN PLEIN TOUS LES

315 KILOMÈTRES

L’un des premiers problèmes

à résoudre, selon Tobias

Oesch, responsable technique

du projet, était de « remédier

au problème de l’autonomie

». L’équipe a donc

TOBIAS OESCH

RESPONSABLE

TECHNIQUE

E THEC

« Les e-bikes

sont prédestinées

à l’usage

urbain : on va

bientôt en voir

de plus en plus

dans nos villes. »

mis au point une solution

aussi inédite que maligne :

« Nous avons réussi à récupérer

l’énergie perdue dans

les phases de freinage et de

décélération, soit 75 % de

l’énergie totale, grâce à un

second moteur intégré à

la roue avant. » Le résultat,

c’est une autonomie de

315 kilomètres, ce qui fait

de l’Ethec l’une des motos

électriques les plus autonomes

du monde.

Autre innovation de la

maison : l’utilisation d’huile

de silicone pour refroidir la

batterie, une solution plus

efficace et plus durable. Forts

de ces succès, les étudiants

continuent de plancher sur

leur projet. Si la date de sortie

sur le marché est encore

incertaine, les clients intéressés,

eux, sont déjà très nombreux.

ethec.ethz.ch

Des étudiants de l’ETH

de Zurich nous montrent

à quoi pourrait ressembler

la moto du futur :

fabriquée à l’imprimante

3D, concentré d’énergie

et d’autonomie, voici la

moto Ethec.

Économe, durable

et visionnaire : le

projet universitaire

Ethec a de l’avenir.

ETHEC/SIMON LEUTWILER AREK PIATEK JOHANNES LANG

12 INNOVATOR


© Jean Nouvel, Gilbert Lézénès, Pierre Soria et Architecture-Studio / Adagp, Paris, 2021

ALPHATAURI.COM


BULLEVARD

MOBILITÉ

GONDOLES

POUR TOUS

Tramway haut de gamme : les ingénieurs

de la société Ottobahn de Munich

veulent donner un nouveau souffle au

trafic urbain grâce à leur système.

MARC

SCHINDLER,

40 ANS

PD G

OTTOBAHN

Depuis 2019,

l’ingénieur fait

avancer le projet

avec une équipe

de développeurs

informatiques

et d’ingénieurs

en mécanique.

Il y a de plus en plus de

monde dans nos villes,

et des moyens de transport de

plus en plus variés : voitures,

camions, vélos, trams, trottinettes,

e-scooters et peut-être

bientôt des véhicules autonomes

?

« Nous devons passer au

troisième niveau. Il y a là-haut

un espace inutilisé », déclare

Marc Schindler, PDG de la

start-up Ottobahn (il s’autoqualifie

d’agent facilitateur).

L’entreprise munichoise

a développé un concept de

transport entièrement nouveau

: des cabines en hauteur

emmènent les usagers

jusqu’à leur destination sans

aucun arrêt. Ce mix entre

transport individuel et réseau

ferroviaire public combine

les avantages de ces deux

formes de mobilité. Les gondoles

avancent sur des rails à

une hauteur de 5 à 10 mètres,

avec un bon rendement énergétique.

Une fois arrivées à

destination, elles descendent

au niveau de la rue.

« Les véhicules autonomes,

déclare Marc Schindler, ne

sont pas capables de résoudre

le problème des villes encombrées.

Après tout, le système

de circulation routière inclut

les cyclistes et les piétons

en plus des voitures. » Notre

concept est simple.

« IL FAUT PASSER

AU TROISIÈME NIVEAU.

IL Y A DE L’ESPACE

INUTILISÉ LÀ-HAUT. »

Selon les plans de Marc Schindler, les

nacelles seront suspendues aux rails,

à une hauteur de cinq à dix mètres.

OTTOBAHN GMBH MARC DECKERT JOHANNES LANG

14 INNOVATOR


INNOVATOR

Xerem fugia cus

am etur ariatem

quidicit ut volupta

nisit ex ent vit, aut

moluptas sequia

Ces variables sont éliminées

dans la conduite ottonome en

altitude. Cela signifie que les

calculs se focalisent essentiellement

sur la ponctualité

des cabines et le trajet jusqu’à

leur destination, rapidement

et en toute sécurité.

Feu vert : alimenté par des

énergies renouvelables,

Ottobahn doit être exempt

d’émissions.

PROBLÈMES SUR LE TERRAIN

Ottobahn a déjà réalisé un

prototype de télécabines en

mouvement dans les locaux

de 300 m² de l’entreprise.

Prochaine étape : concevoir

un tracé urbain viable. La

start-up se voit comme un

artisan concevant des softwares,

agrémenté d’une

expertise en ingénierie non

négligeable. Pour Marc

Schindler, cependant, le plus

grand défi ne réside ni dans

la technologie ni dans le logiciel,

mais dans la mise en

œuvre sur le terrain. « Il faudra

convaincre les citadins

qu’une voie de tram aérienne

sera accessible tout près de

chez eux. »

En s’invitant dans l’espace

urbain du troisième niveau,

la start-up allemande a déjà

su relever des défis bien plus

audacieux, et attiser la curiosité

des futurs usagers.

ottobahn.de

Quatre passagers peuvent

prendre place dans une gondole.

Certaines seront réservées au

transport de marchandises.

Les passagers commandent un

Ottobahn via l’application. La

navette à conduite autonome

vient les chercher à l’heure.

INNOVATOR 15


BULLEVARD INNOVATOR

Le trio gagnant

Holoride

(de gauche à

droite): Daniel

Profendiner,

Marcus Kühne

et Nils Wollny.

RÉALITÉ VIRTUELLE

AU VOLANT DE

VOS RÊVES

Conduire une voiture et voyager

dans l’espace ou au temps des dinosaures

: Holoride ouvre des horizons

insoupçonnés aux passagers.

Les créateurs d’Holoride

se sont bien partagés les

tâches : Daniel Profendiner

a défini les algorithmes des

voitures autonomes, Marcus

Kühne a développé plus d’une

centaine de solutions brevetées

pour Audi, et le PDG Nils

Wollny est considéré comme

un expert hors-pair du numérique.

L’idée développée par

le trio, qui s’est rencontré

chez Audi (laquelle détient

une part minoritaire de Holoride)

est simple : le voyage en

voiture doit aussi être un plaisir

pour les passagers. L’ordinateur

de bord et les lunettes

RV sont connectés via WiFi ou

Bluetooth. Le trajet en voiture

fait partie du jeu. Wollny :

« Notre technologie peut lire

les données de la voiture :

position, accélération, comportement

dans les virages. »

Autrement dit, l’environnement

du jeu évolue en

fonction de la voiture. C’està-dire

que quand elle effectue

un virage à gauche, les éléments

qui vous entourent virtuellement

vont se déplacer

avec vous. Ou si vous freinez

devant un passage piéton, il

est fort probable de voir un

À travers la galaxie grâce à la RV : Holoride

transforme le trajet en voiture en aventure.

poussin bleu électrique traverser

devant vous. S’il se met

à pleuvoir, les détecteurs de

la voiture traduiront les vraies

gouttes par une pluie de

météorites virtuelles sur votre

vaisseau spatial. Le software

a été développé par l’équipe

d’Holoride, et les contenus

graphiques sont l’œuvre des

studios d’Hollywood.

Wollny : « C’est d’abord

du divertissement. Mais j’y

vois, à terme, une finalité

éducative. » La faisabilité

technique a été confirmée

par les constructeurs Audi,

Porsche et Mercedes.

holoride.com

HOLORIDE WOLFGANG WIESER JOHANNES LANG

16 INNOVATOR


BULLEVARD INNOVATOR

BRAINBOOST WOLFGANG WIESER JOHANNES LANG

SANTÉ MENTALE

CERVEAU

HIGH TECH

La technologie de pointe au service de

notre matière grise : le concept innovant

de Brainboost, start-up basée à Munich,

est simple : booster nos capacités

mentales… pour nous rendre, à long

terme, plus heureux et plus sains.

TOBIAS (HAUT)

& PHILIPP

HEILER

FONDATEURS DE

BRAINBOOST

Pour les deux

frères, le fitness

mental est la clé

d’une société plus

heureuse.

« Tout le monde devrait

pouvoir être heureux grâce

à son cerveau » : c’est la devise

de Philipp Heiler. Ce médecin

de 31 ans a fondé avec son frère

Tobias, spécialiste des sciences

du sport, une start-up dont le

nom est tout un programme :

Brainboost.

Plus précisément, une meilleure

utilisation de notre cerveau,

soit l’optimisation de ses

capacités, est censée contribuer

à notre bien-être et même soulager

les troubles de l’attention et

la dépression : parvenir à mieux

se concentrer, à mieux dormir,

à traiter plus rapidement des

informations négatives… Autant

de conditions qui requièrent un

entraînement mental que Brainboost

a développé en utilisant

une technologie de pointe. Un

peu comme de la programmation

neuro-linguistique, mais assistée

par ordinateur : «L’entraînement

nous apprend à modifier

la façon dont le cerveau fonctionne

», résume Tobias Heiler.

Première étape : on analyse

l’activité cérébrale au moyen

d’un EEG, d’un questionnaire

et d’un examen médical afin

d’établir un programme

« Que la force soit avec toi » :

ces petites voitures se déplacent

par la force de la pensée.

d’entraînement sur mesure.

Ensuite, place aux exercices :

l’activité cérébrale est restituée

en direct, grâce aux électrodes

placées sur la tête, sous forme

de neuro- feedback : une petite

voiture avance lorsque certaines

zones sont activées (par

exemple, si l’on arrive à se détendre),

d’autres activités sont

restituées sous forme graphique

ou par le volume sonore d’une

chaîne hi-fi. Le cerveau, qui

fonctionne à la carotte, est donc

motivé pour intégrer certains

schémas de fonctionnement.

Le cœur du projet Brainboost,

c’est la dimension inconsciente

du processus. Évidemment,

cela demande de

l’engagement : 15 à 30 séances

d’une heure (au QG de l’entreprise,

à Munich) à 96 CHF sont

nécessaires pour « hacker » son

cerveau en douceur et commencer

une nouvelle vie, plus heureuse

et moins… prise de tête.

brainboost.de

Montre-moi

comment tu penses :

les électrodes analysent

en direct l’activité

du cerveau.

INNOVATOR 17


BULLEVARD INNOVATOR

Impossible à rater,

même pour les

débutants : salade

Tex Mex version

HelloFresh.

NUTRITION

TOUT EST

DANS LA

BOÎTE

La start-up berlinoise

HelloFresh redonne le goût

de cuisiner sain et varié.

Faire la cuisine, quand

on n’a pas forcément

deux heures de temps libre

par jour, ça peut vite devenir

une corvée : trouver une

idée, chercher la recette sur

Internet, acheter les ingrédients

au supermarché, pour

y retourner juste après parce

qu’on a oublié les œufs la

première fois… Résultats des

courses : on finit souvent le

soir devant le sempiternel

plat de pâtes préparé à la

va-vite. Pourtant, cuisiner

frais et varié, c’est bien plus

qu’une nécessité : ça devrait

aussi être un plaisir. C’est

de ce constat que sont partis

les Allemands Dominik

Richter, Jessica Nilsson et

Thomas Griesel lorsqu’ils

ont créé Hello Fresh en 2011.

Leur concept était ni plus

ni moins de « révolutionner

l’art de manger », avec une

idée très pragmatique : on

vous livre à la maison des

idées de repas, tous les ingrédients

dans les bonnes quantités,

les recettes détaillées,

et à vous de jouer !

Un concept simple qui rappelle

les meubles à monter

soi-même, et qui rencontre

un succès fou : il suffit de

commander en ligne ou sur

l’appli les recettes choisies

pour se faire livrer là où on

veut, quand on veut, des

ingrédients frais et locaux

dont les proportions nécessaires

ont été calculées pour

vous à l’avance. Il vous faut

vingt grammes de beurre

DOMINIK

RICHTER

& THOMAS

GRIESEL

FONDATEURS

DE HELLOFRESH

« Cuisiner sain

et varié, c’est

possible ! Sans

devoir courir au

supermarché

pour acheter

des produits

frais. »

pour une recette ? Votre

boîte contiendra exactement

20 grammes. Autre avantage,

selon Dominik Richter,

co- fondateur de Hello Fresh :

« On évite ainsi le gaspillage

alimentaire »… et les

improbables repas de fin de

week-end cuisinés à base

des restes de la semaine. Des

économies, donc, mais surtout

une économie durable,

puisque HelloFresh mise sur

la qualité et la régionalité

des produits, ainsi que sur

des emballages entièrement

recyclables.

UN SUCCÈS DURABLE

Dix ans après sa création,

HelloFresh compte cinq

millions d’utilisateurs dans

quatorze pays (dont la

Suisse, depuis 2016). Après

les particuliers, la start-up

vise à présent le marché des

entreprises, en proposant

des distributeurs automatiques

de repas, remplis de

petits plats sains et variés.

HelloFresh en Suisse avec

les recettes en français :

hellofresh.ch

HELLO FRESH FLORIAN OBKIRCHER JOHANNES LANG

18 INNOVATOR


La nouvelle

Leasing à 0.9% *

Passez dès maintenant au tout

électrique

La nouvelle

Cette offre est valable pour les contrats de vente conclus entre le 1.3 et le 30.4.2021. Valable uniquement sur les véhicules neufs et les véhicules

en stock importés par AMAG Import SA avec financement par AMAG Leasing SA. Valable uniquement sur les véhicules entièrement électriques

et les véhicules hybrides rechargeables. Uniquement pour les clients privés. Exemple de calcul avec prix d’achat: CHF 33’200.–. Taux d’intérêt

annuel effectif du leasing: 0.9%, durée: 48 mois (10’000 km/an), acompte spécial de 20%: CHF 6040.–, mensualité de leasing: CHF 229.–/mois,

hors assurance casco complète obligatoire. L’octroi d’un crédit est interdit s’il entraîne le surendettement du consommateur. Sous réserve de

modifications. Recommandation de prix sans engagement de l’importateur AMAG Import SA.


L’AVENIR N’EST PLUS

CE QU’IL ÉTAIT : LES

NOUVEAUX CONCEPTS

EN MATIÈRE DE CONDUITE

AUTOMOBILE NOUS

OBLIGENT À REPENSER

L’IDÉE MÊME DE VOITURE.

SÉDUISANTE

ALTERNATIVE

CONSTRUCTEUR

20 INNOVATOR


Hydrogène extrême : l’Hyperion

XP-1 alimenté par une pile à

combustible peut atteindre

355 km/h et possède une

autonomie de 1 600 km.

INNOVATOR 21


DEMAIN

MERCEDES

VISION AVTR

Le nom laisse penser que

ce modèle pourrait apparaître

dans le prochain épisode

d’Avatar. Au lieu d’un

volant et de pédales

conventionnelles, vous

contrôlez le véhicule via

une unité de commande

centrale. Les fonctions de

l’ancien tableau de bord

sont projetées sous forme

d’icônes sur la paume de

votre main.

TENDANCE

TEMPS DE CHARGEMENT

CONSIDÉ RABLEMENT RÉ DUIT

L’époque où l’on voyait les

conducteurs de voitures électriques

se morfondre aux stations

de recharge est révolue.

Grâce à la technologie 800

volts, l’attente se comptera

désormais en minutes plutôt

qu’en heures.

CONSTRUCTEUR

22 INNOVATOR


ACTUEL

FORD

MUSTANG

MACH-E

Traction arrière ou

intégrale, 198 à

258 ch, autonomie

de 400 à 610 km

selon le modèle :

le premier SUV tout

électrique de Ford.

Au-delà des données

techniques,

la voiture au logo

de cheval brille par

ses idées innovantes

comme un

second coffre à

l’avant, un écran

central tactile de

39 cm, un record,

et la reconnaissance,

via Bluetooth, du

smartphone de son

propriétaire comme

clé : la Mustang reconnaît

son conducteur

et déverrouille les

portes. Pour

démarrer, on n’a

qu’à appuyer sur

un bouton.

ACTUEL

BMW

IX3

L’utilisation quotidienne

d’une voiture

électrique tient à

son autonomie et à

son temps de chargement.

La batterie

du nouvel iX3 a une

densité énergétique

de 20 % supérieure

à celle des modèles

précédents, ce qui

signifie qu’elle est

plus petite et plus

légère. L’autonomie

est toujours de 460

km, ce qui convient

à un usage quotidien.

La batterie

haute tension peut

être rechargée à

80 % en 34 minutes

tandis que 10 minutes

de recharge

suffisent pour une

autonomie allant

jusqu’à 100 km.

Puissance : 286 ch,

vitesse de pointe

limitée à 180 km/h.

INNOVATOR 23


DEMAIN

HYPERION

XP-1

Une start-up californienne

habille la technologie de

l’hydrogène avec les atours

d’un hypercar. 1 031 kg, des

supercondensateurs

à charge et décharge

rapides au lieu d’une batterie

tampon, du carbone,

du titane. La production

doit débuter en 2022.

TENDANCE BATTERIE

À COMBUSTIBLE

À bord, l’hydrogène est converti

en énergie électrique, mais le

reste fonctionne comme dans

les voitures électriques d’aujourd’hui

– mais sans une batterie

lourde et volumineuse,

ce qui offre des performances

d’un autre niveau. Et de la

vapeur d’eau plutôt que du

CO ² s’échappe du véhicule.

CONSTRUCTEUR

24 INNOVATOR


HIER

MERCEDES

GLC F-CELL

Déjà terminé : après

avoir réalisé 3 000

exemplaires, la production

de la seule

voiture de série européenne

équipée

d’une pile à combustible

s’est récemment

arrêtée.

L’autonomie d’environ

300 km étaitelle

trop faible ? Le

réseau de stationsservice

à hydrogène

est-il trop

réduit pour remporter

un succès mondial

? Ou alors les

batteries ont-elles

fait un tel pas en

avant qu'elles ont

supplanté les piles

à combustible complexes

des voitures

électriques conventionnelles

? Probablement

une combinaison

de ces trois

facteurs.

ACTUEL

HYUNDAI

NEXO

Trois réservoirs aux

parois de 4,5 cm

d’épaisseur logés

sous le plancher du

coffre et sous la

banquette arrière

contiennent l’hydrogène

pressurisé à

700 bars (!). Les

réservoirs pleins,

cette Hyundai (163

ch) peut parcourir

jusqu’à 666 km, soit

beaucoup plus que

la plupart des

E-SUV conventionnels

de cette catégorie.

Comme la

pile à combustible

a besoin d’un air

extrêmement

propre, les microparticules

sont

retenues par un

filtre à haute performance.

L’air

extérieur est donc

plus propre après

qu’avant !

INNOVATOR 25


ACTUEL

CUPRA

EL-BORN

La deuxième

marque sportive de

Seat présente sa

première voiture

électrique, la El-

Born, qui met l’accent

sur le côté

amusant de l’emobilité.

Sièges

baquets et volant

sport, traction

arrière, couleurs

cuivre et noir pour

une touche dynamique

: fabriqué

à Zwickau, en Allemagne,

l’Espagnol

montre dès le départ

comment il

faut faire. Comme

ses frères, le

proche parent de

la VW ID.4 et de la

Skoda Enyaq est

basé sur le système

modulaire e-drive

du groupe Volkswagen

et permet une

autonomie de 500

km avec ses 204 ch.

ACTUEL

SKODA

ENYAQ IV

Les Tchèques ont

toujours été les

maîtres des détails

intelligents. Pensons

au compartiment

pour parapluie

intégré dans la portière

du conducteur.

Comment faire

l’équivalent dans

le numérique ? Deux

exemples : la température

intérieure

peut être contrôlée

à distance via un

smartphone. Chaud,

froid ? Bien tempé-

ré ! Ou encore :

un assistant de

manœuvre dans la

portière réagit si

vous voulez sortir

au moment où un

cycliste passe et

vous prévient. Le

premier SUV électrique

de Skoda ressemble

au VW ID.4,

avec une puissance

maximale de 204 ch

et une autonomie

allant jusqu’à

510 km.

26 INNOVATOR


DEMAIN

RENAULT

EZ-GO

Le modèle vient sans

l’habitacle traditionnel

et offre de la place pour

six personnes qui entrent

confortablement par une

ouverture frontale et sans

obstacle grâce à une

rampe. La commande

électrique est située dans

le panneau du plancher.

Champ d’application :

navette autoguidée dans

les pôles urbains.

TENDANCE

CONDUITE

AUTOMATISÉE

Ces dernières années, l’expérience

des systèmes de pilotage

et de contrôle a été progressivement

acquise. Dans

le projet en cinq étapes vers

une conduite totalement autonome,

les premiers modèles

de niveau 3 arriveront ces

jours-ci. Les voitures se

dirigent, accélèrent et freinent

maintenant de manière autonome

pendant une période

déterminée. Le conducteur

n’intervient que si le système

détecte un problème.

CONSTRUCTEUR

INNOVATOR 27


3 RAISONS DE CONDUIRE ÉLECTRIQUE

1. Les voitures électriques sont passées à l’âge adulte

Les problèmes de jeunesse tels qu’autonomie

insuffisante, temps de charge interminables

ou systèmes de chauffage sousdéveloppés

ont été en grande partie réglés.

La voiture électrique peut désormais

compter sur ses points forts : accélérations

rapides, émission sonore réduite et

conscience tranquille.

ACTUEL

VOLVO

XC40 RECHARGE

Le premier SUV entièrement

électrique de

Volvo affiche un couple de

660 Nm. Les connaisseurs

savent ce que cela signifie :

le XC40 passe de zéro

à 100 km/h en moins de

cinq secondes. La capacité

de remorquage autorisée

est de 1 500 kg. C’est suffisant

pour une remorque de

bateau ou de chevaux, ou

pour une caravane.

2. L’infrastructure va de l’avant

Fini le temps où il fallait péniblement

chercher les stations de recharge. Il

existe plus de 3 600 bornes de recharge

électrique en Suisse, soit autant que de

stations-service. Peur de rester en panne ?

Tellement 2020 !

3. Les voitures électriques permettent d’économiser de l’argent

Les voitures électriques sont moins chères

que les moteurs à combustion tant à

l’achat qu’à l’exploitation, surtout si vous

produisez votre propre électricité avec

un système photovoltaïque et que vous

chargez votre véhicule via une boîte murale.

Les coûts de réparation et d’entretien

sont aussi moins élevés. Sans oublier les

subventions !*

LA FACTURE

*Aide à l’achat d’une voiture électrique dans les cantons

de Thurgovie, du Tessin, et du Valais

pour l’achat d’une Volvo XC40 Recharge avec 300 kW (408 ch)

Prix catalogue

59 500 CHF

Rabais disponibles dans les cantons suivants :

Thurgovie

2 000 CHF

Valais

Tessin

3 500 CHF

4 000 CHF

Au moment de la mise sous presse, les entrepreneurs semblent pouvoir bénéficier de

conditions intéressantes : dans le canton de Bâle-Ville, par exemple, ils sont autorisés

à percevoir une prime d’investissement supplémentaire de l’État de 20 % sur l’achat,

ce qui signifie que la Vovlo XC 40 Recharge peut-être achetée pour 54 500 CHF

directement chez le concessionnaire. Il vaut vraiment la peine de se pencher sur

ces subventions, qui évoluent en fonction des courants politiques.

CONSTRUCTEUR

28 INNOVATOR


ÉTUDE DE CAS

Inventé au 19 ème

siècle. Optimisé

pour le 21 ème .

Au 19 ème siècle, deux scientifiques ont inventé séparément le

moteur à induction à courant alternatif. Aujourd’hui, il s’agit d’un

composant couramment utilisé en robotique. Comment sommesnous

arrivés à ce point et comment les ingénieurs modernes

peuvent-ils continuer à améliorer sa conception ?

en savoir plus

comsol.blog/induction-motor

Le logiciel COMSOL Multiphysics® est utilisé pour la conception et la simulation

des composants et des procédés dans tous les domaines de l’ingénierie, de la

fabrication et de la recherche.


Fredrika Klarén

à Göteborg devant

le siège suédois de

Volvo, la marque

mère de Polestar.

30 INNOVATOR


DANS QUELLE MESURE LES

VOITURES ÉLECTRIQUES

SONT-ELLES VRAIMENT ÉCO-

RESPONSABLES ? FREDRIK A

KLARÉN, RESPONSABLE DU

DÉVELOPPEMENT DURABLE

CHEZ POLESTAR, NOUS

EXPLIQUE POURQUOI L’INDUS-

TRIE AUTOMOBILE A GRAND

BESOIN DE TRANSPARENCE.

«NOUS

N’AVONS

PAS LE

CHOIX»

Entretien

WERNER JESSNER

BJÖRN LARSSON ROSVALL

INNOVATOR 31


Tthe red bulletin innovator: Responsable

du développement durable

chez un constructeur automobile :

cela veut dire quoi, exactement ?

fredrika klarén : Je canalise les

énergies et idées que nous avons chez

Polestar : on a envie de rompre avec

ce qui s’est fait jusqu’à présent, c’est-àdire

d’être plus respectueux de l’environnement.

Je me sers de cette envie

pour faire émerger une stratégie qui

capte au mieux toutes ces impulsions.

Comment fait-on ?

En ne faisant aucun compromis lorsqu’il

s’agit de combiner la durabilité,

les coûts et la production.

Cela veut-il dire que Polestar est

prêt à sortir un modèle plus cher s’il

remplit les critères de durabilité ?

Ou qu’on est prêt à travailler davantage

pour trouver de meilleures solutions.

Un exemple : nous avions le

choix, pour notre site de Shanghai,

entre un chauffage au biogaz et un

chauffage électrique. Le gaz aurait été

moins cher mais le bilan carbone de

notre usine n’aurait plus été neutre :

nous avons donc opté pour l’électricité

aux énergies renouvelables.

L’écoresponsabilité n’est parfois

qu’un masque : comment ne pas

être accusé de greenwashing ?

Lorsque Polestar a été fondée en 2017,

le mot d’ordre était no bullshitting :

cela résumait bien l’esprit de l’entreprise.

C’est la même chose pour la

communication : on présente la mobilité

électrique comme la voie royale

du développement durable, mais ça

ne l’est pas. Même si elle représente

actuellement la meilleure solution, la

mobilité électrique est très loin d’être

vraiment durable. Et cela, nous le

disons en toute honnêteté, parce qu’il

est impératif pour l’industrie automobile

de changer sa manière de communiquer.

Il faut aller vers une transparence

et une franchise absolues quand

on parle de véhicules électriques.

Jusqu’à récemment, les chiffres

officiels sur les gaz d’échappement

n’avaient pas grand chose à voir

avec la réalité, et personne ne s’en

souciait, y compris les clients.

Nous voulons que les clients puissent

recevoir toutes les informations qu’ils

pourraient demander, à raison, lorsqu’ils

achètent une voiture neuve. Or,

selon une étude, 36 % d’entre eux ne

font pas confiance à l’industrie automobile

: c’est pour cela que nous avons

besoin d’une transparence absolue.

Nous n’avons pas le choix.

Un petit constructeur comme Polestar

parvient-il à convaincre ses

concurrents d’avoir une approche

plus éthique et durable ?

Il y a déjà des réseaux dans l’industrie

automobile, et ils sont en train de se

développer. Autour d’une même idée :

concernant l’empreinte carbone d’une

voiture, nous devrions avoir les

mêmes normes de calcul partout, ne

serait-ce que par respect à l’égard de

nos clients qui veulent pouvoir comparer

objectivement, et c’est leur droit.

Il faut donc communiquer clairement

et avoir des normes. Nous sommes les

premiers à en parler ouvertement,

même si nos chiffres ne nous plaisent

pas encore, même si nous savons que

nous devons nous améliorer. À l’heure

actuelle, présenter une voiture comme

ayant un « bilan carbone neutre » de

A à Z, c’est faux. Aucune voiture n’est

produite de manière complètement

durable.

Et même si c’était le cas, il suffit que

l’électricité que j’utilise provienne

de sources non durables pour faire

basculer son bilan carbone.

Avec une voiture électrique, on finira

toujours par avoir un bilan plus

propre, quelle que soit la source

d’électricité utilisée. Sur la durée de

vie d’une voiture, si l’on utilise les

énergies renouvelables, on aura un

bilan carbone deux fois plus faible que

celui d’un moteur à combustion. Le

problème concerne surtout la produc-

BJÖRN LARSSON ROSVALL

32 INNOVATOR


Avant d’arriver chez

Polestar, Fredrika Klarén

est passée par IKEA et la

chaîne de mode KappAhl.

INNOVATOR 33


Concept car

aujourd’hui,

production en

série demain :

voici la Precept.

PRECEPT

Le patron de Polestar,

Thomas Ingenlath, qualifie la

Precept de « high-tech minimaliste

» : « Elle représente

notre avenir, un avenir qui

devient réalité. » Un design

épuré et une carrosserie

avant intégrale aérodynamique,

qui abrite les capteurs

des systèmes d’assistance.

Dans l’habitacle, différentes

matières recyclées sont

utilisées pour les surfaces :

un composite en lin comme

substitut de plastique, des

bouteilles en PET recyclées

(pour les sièges) ou des filets

de pêche (pour les revêtements

de sol). Le toit panoramique

court jusqu’à la plage

arrière pour une plus grande

sensation d’espace.

Portes s’ouvrant dans des directions

opposées, quatre sièges individuels :

Precept se voit comme un GranTurismo

de luxe… électrique.

34 INNOVATOR


LA PREUVE PAR LES MATHS

Quelle quantité de CO 2

les différentes voitures produisentelles

au cours de leur vie ?

Évaluées sur toute leur durée de vie (200 000 kilomètres), les voitures électriques sont plus

respectueuses de l’environnement que les moteurs à combustion, même si plus de CO 2 est produit

à l’origine lors de leur fabrication. Le calcul devient serré lorsqu’on opère avec le mix électrique

mondial, qui utilise du charbon, du pétrole et du gaz, véritables « bombes » de CO 2 . (source : Polestar)

60

50

40

58

50

42

À la casse

30

27

En état de

fonctionnement

En production

20

10

Fabrication

de la batterie

Production

de matières

premières

Total en tonnes VOLVO XC40

POLESTAR 2

de CO moteur à

mix électrique

2

combustion

mondial

POLESTAR 2

mix électrique

européen

POLESTAR 2

énergies

renouvelables

À partir de combien de km le moteur électrique est-il plus

respectueux de l’environnement que le moteur à combustion ?

112 000 78

Polestar 2

avec mix électrique mondial

000

Polestar 2

avec mix électrique EU28

50

000

Polestar 2

avec énergies renouvelables

BJÖRN LARSSON ROSVALL

Le pire des cas : Polestar n’est

du côté vert qu’au bout de deux

tours du monde, si elle n’utilise

que le mix électrique mondial.

Principaux facteurs de production

de CO 2 : les centrales électriques

qui brûlent du pétrole,

du charbon ou du gaz.

C’est déjà mieux : si (comme

dans l’UE en 2020) 40 % de

l’électricité est déjà produite

à partir de sources renouvelables,

la Polestar sera supérieure

à ses homologues équipés

de moteurs à combustion

après 78 000 kilomètres.

Le scénario idéal : si 100 %

de l’électricité nécessaire

à l’exploitation provient de

sources renouvelables telles

que l’énergie éolienne ou solaire,

le calcul bascule dans le positif

au bout de « seulement »

50 000 kilomètres.

INNOVATOR 35


« À L’HEURE ACTUELLE, PRÉSENTER UNE

VOITURE COMME AYANT UN “ BILAN CARBONE

NEUTRE” DE A À Z, C’EST FAUX. »

Depuis huit ans,

Fredrika Klarén

roule exclusivement

à l’électricité

verte.

tion : une Polestar 2 quitte l’usine avec

une empreinte carbone de 26 tonnes,

soit deux fois plus qu’une voiture classique.

Notre objectif est d’avoir un

bilan carbone neutre à la production.

Un objectif réaliste ?

Disons que ça me tient éveillée la nuit.

(rires) C’est une tâche colossale, mais

nous avons fait les premiers pas, en

utilisant les énergies renouvelables

dans nos usines. Le problème de l’efficacité

énergétique de transport, liée

notamment à la masse de la voiture,

reste un facteur important, et nous

utilisons déjà des matériaux durables

pour les habitacles. Un bon exemple,

c’est la start-up suisse Bcomp, avec

laquelle nous travaillons, et qui produit

un matériau composite haute performance

à base de fibres de lin. De

même, le bois du tableau de bord est

réalisé à partir d’emballages, et les

textiles sont en filets de pêche recyclés.

D’ailleurs, saviez-vous que tous

les maillots de bain fabriqués en Scandinavie

le sont à partir d’anciens filets

de pêche ? Voilà selon moi un exemple

parfait de solution durable : recycler

les déchets en créant des produits

intelligents et rentables. Nous aussi,

en tant que petit constructeur, nous

pouvons choisir des fournisseurs qui

proposent des solutions innovantes.

Où trouvez-vous ces start-ups ?

Partout dans le monde, en ouvrant les

yeux et en cherchant activement.

Puis on signe vite un contrat d’exclusivité

avec le fournisseur pour

rester le seul sur le marché à proposer

des habitacles en fibres de lin ?

Le développement durable ne peut

fonctionner que si les technologies

innovantes sont accessibles à tous.

Les constructeurs traditionnels avaient

l’habitude des contrats d’exclusivité,

mais pas nous. J’espère que nous

allons initier un changement de mentalité

dans le secteur. Pour reprendre

l’exemple de Bcomp : s’ils veulent

devenir rentables, ils doivent forcément

trouver plus de clients, ce principe

de l’économie d’échelle est très

important dans l’industrie automobile.

Et pour ce qui est du cobalt utilisé

dans les batteries, comment savoir

s’il est produit de manière éthique ?

Nous utilisons la technologie blockchain,

comme pour les cryptomonnaies.

De cette manière, on peut retracer

l’origine de chaque livraison sans

risque de falsification. Avant Polestar,

j’ai travaillé dans l’industrie de la

mode : il y a beaucoup plus de coton

bio sur les étiquettes qu’il n’en pousse

en réalité ! Les blockchains nous protègent

contre ce type de corruption

dans la chaîne d’approvisionnement.

Le cobalt est une première étape du

projet, mais nous allons l’étendre à

d’autres ressources.

Est-ce que je dois me débarrasser

de ma vieille voiture à essence et

la remplacer par une électrique ?

Cela ne résoudra pas le problème. Ce

qu’il faut, c’est repenser complètement

notre système de mobilité et le rendre

plus flexible : comment faire pour

transporter des marchandises et des

personnes de A à B de la manière la

plus durable possible ? C’est à cette

question que nous devons répondre,

au lieu d’essayer de fournir des voitures

électriques à tout le monde. Sans

oublier l’infrastructure, qu’il va falloir

développer. Notre rôle à nous consiste

à mettre au point des produits qui

durent longtemps et que l’on puisse

réparer – y compris les batteries.

À propos de recyclage : quelle est la

situation actuelle pour les voitures ?

Le taux de revalorisation actuellement

fixé par l’Europe est de 88 %, et

cette norme est valable pour tous les

constructeurs, mais nous voulons

aller plus loin. Comment se fait-il par

exemple que les pièces en plastique,

36 INNOVATOR


Polestar a attiré l’attention avec la

présentation du prototype Precept :

cette voiture-concept va-t-elle être

produite en série ?

Oui, la Precept est un projet très courageux,

mais l’industrie automobile

doit faire preuve de courage, au lieu

de continuer à investir dans les

moteurs à essence pour rafler les

marchés africains et sud-américains.

On ne peut plus gaspiller de l’énergie

dans des techniques dépassées et se

contenter de montrer des prototypes

écolos qui ne seront jamais destinés à

être vendus. La Precept n’est donc pas

notre concept-car, mais plutôt notre

commitment-car, notre engagement.

BJÖRN LARSSON ROSVALL

comme les tableaux de bord, ne soient

pas recyclées mais incinérées ? Idem

pour les fibres synthétiques des textiles

utilisés, dont le recyclage peut

poser problème. L’industrie automobile

doit investir dans des sites de

revalorisation plus ciblés. On devrait

être en mesure d’avoir des voitures

100 % recyclables.

Sur quelle durée de vie vous basezvous

pour calculer l’empreinte carbone

totale d’une Polestar 2 ?

200 000 kilomètres. Mais on constate

déjà que la voiture comme la batterie

durent beaucoup plus longtemps que

cela : l’empreinte totale sera moindre

que celle calculée à l’origine.

Roulez-vous en électrique ?

Depuis huit ans. Et quand il m’arrive

de devoir conduire une voiture à

essence, je remarque que ma manière

de conduire a changé. En hiver, j’allume

désormais toujours le chauffage

dans ma voiture avant de monter. Je

trouve que conduire une voiture à

essence est beaucoup plus ennuyeux,

il y a trop de bruit, trop de vibrations.

Comment jugez-vous le chemin

parcouru depuis huit ans par le

secteur électrique ?

C’était l’âge de pierre, comparé à ce

que nous avons aujourd’hui ! J’ai testé

une Nissan, une Renault, une Tesla et

même une Think norvégienne ! Je suis

heureuse de voir que la mobilité électrique

allie désormais qualité et style.

Mais je préfère rouler en Polestar, et

j’aurais fait le même choix si je n’avais

pas travaillé pour ce constructeur.

Où en sera le secteur dans huit ans ?

La voiture électrique sera la norme.

Nous aurons réussi à réduire considérablement

les émissions de CO ² en restructurant

les chaînes de production,

notamment la production de batteries,

d’aluminium et d’acier. On aura aussi

un réseau de stations de recharge

beaucoup plus étendu. Tous ces changements

vont arriver vite parce que le

progrès suit une courbe exponentielle,

alors que l’Homme a tendance à penser

de manière linéaire.

Quel volume représentera le marché

de l’automobile, au niveau

mondial ?

J’espère que nous pourrons gagner

plus en vendant moins de voitures,

parce que les constructeurs comme

nous ne proposeront plus seulement

des voitures, mais également toute

une chaîne de services de mobilité.

Revenons un instant sur ce besoin

de franchise que vous mentionnez :

être franc, cela veut parfois dire être

davantage livré aux critiques. Votre

étude sur le seuil de rentabilité des

voitures électriques a ainsi été critiquée

par un professeur néerlandais.

Pour parler d’un problème, il faut

d’abord mettre toutes les données

sur la table. Ce professeur a salué

notre sincérité, mais il a pris, pour ses

calculs, des paramètres légèrement

différents des nôtres. Cela dit, nous

poursuivons le dialogue avec lui, et

c’est le plus important.

C’est une qualité scandinave, cette

manière de dire ouvertement les

choses ?

La transparence est une valeur ancrée

dans la culture de nombreuses entreprises

scandinaves, mais j’observe

aussi une tendance générale vers plus

d’ouverture. C’est notamment le cas

pour les collègues en Chine : il y a,

depuis quelques années, une véritable

prise de conscience sur le fait de

devoir parler ouvertement des questions

écologiques, je dirais même que

c’est une révolution. Désormais, ce

sont souvent les employés de Geely (le

groupe chinois qui possède Volvo et sa

division électrique, Polestar, ndlr), qui

proposent des solutions plus écolos.

Comment cela se fait-il ?

Les métropoles chinoises connaissent

des problèmes environnementaux

d’une ampleur que nous, Européens,

ne pouvons même pas imaginer. Nos

collègues chinois constatent chaque

jour à quel point il est impossible de

continuer comme ça.

INNOVATOR 37


NOTRE MOBILITÉ VIT UNE

RÉVOLUTION DONT L’ISSUE

RESTE INCERTAINE QUANT À

NOS FUTURS MODES DE DÉPLA-

CEMENT. AU CŒUR DE CETTE

RÉVOLUTION, L’INDUSTRIE

AUTOMOBILE DÉTIENT AUSSI

UNE PARTIE DE LA SOLUTION.

UN ESSAI DE

WERNER JESSNER

SUR

LA

ROUTE

GETTY IMAGES

38 INNOVATOR


Nous serons toujours

en mouvement.

La question est de savoir

avec quoi.

INNOVATOR 39


Échanger son ancienne

voiture contre une

nouvelle provoque ce

que l’on appelle de

l’énergie grise.

GETTY IMAGES

40 INNOVATOR


Le sectarisme sur la question a

encore de beaux jours devant lui.

Pour s’en rendre compte, il suffit

de s’arrêter dans une station de

recharge Tesla à bord d’une vieille

voiture à essence et d’engager la

conversation sur le respect de l’environnement

avec le propriétaire

de la Tesla qui attend. Sans surprise,

cet automobiliste estimera

contribuer bien plus à la protection

de l’environnement que son homologue

qu’il qualifiera de pollueur

impénitent.

L

Le discours est identique

parmi de nombreux

hommes politiques du

pays, tous convaincus que

l’e-mobilité est la solution

idéale contre le réchauffement

climatique.

Et ils ont raison si l’on

considère uniquement l’absence de

pot d’échappement à l’arrière des voitures

électriques. Malheureusement,

le problème n’est pas aussi simple.

Lorsqu’elle roule, la voiture électrique

n’est pas reliée à une prise de

courant. Et même si tel était le cas et

en utilisant une électricité entièrement

issue d’énergies renouvelables,

le compte n’y est toujours pas. Le problème

de ce raisonnement est qu’il

fait fi de toute « l’énergie grise », à

savoir l’énergie nécessaire pour fabriquer,

vendre et ensuite éliminer un

produit donné. Le seul fait d’échanger

votre vieille voiture pour une

neuve génère une grande partie de

cette énergie grise. Pour un véhicule

de taille moyenne, cela représente

environ 20 000 kilowattheures. En

sachant qu’un kilowattheure permet

à une Tesla de parcourir 6,7 km,

134 000 kilomètres seront nécessaires

pour compenser la seule pollution

liée à la fabrication de la nouvelle

voiture et ce, à condition bien sûr, de

n’utiliser que de l’électricité issue du

solaire ou de l’éolien, sans quoi il faudra

parcourir davantage de kilomètres.

Mais en réalité, combien sommesnous

aujourd’hui à conserver notre

véhicule jusqu’à 100 000 kilomètres

ou plus ? En général, l’adepte du leasing

change de voiture au bout de

cinq ans, avec un kilométrage qui ne

compense pas l’énergie grise.

« Je le savais ! Hurleront les opposants

à la voiture électrique, une

blague tout ce battage médiatique

pro voiture électrique ! » Soit, mais

cela ne résout pas le problème pour

autant. La fabrication d’une nouvelle

voiture, qu’elle soit électrique ou

thermique, consomme de l’énergie

grise. Et contrairement à cette dernière,

la voiture électrique a la capacité

de la compenser. Le débat plaide

donc en faveur de l’e-auto, et non

contre elle. Bien sûr, l’idéal serait

d’éviter l’accumulation d’énergie

grise en arrêtant la production de

nouveaux véhicules et en remettant

les anciens en état. Hélas, cette

option est tout aussi irréaliste, sans

évoquer le désastre économique que

cela impliquerait.

En vérité, – et cela peut surprendre

– la durée de vie des voitures

en Europe progresse, comme l’indique

une enquête de Statista notamment

en Allemagne où la durabilité

moyenne passe de 3,7 ans en 1960

à 8,1 ans en 2012 et atteint 9,6 ans en

2020 – et ce malgré diverses campagnes

écologiquement discutables

telles que « les primes à la casse » qui,

ces dernières années, incitent financièrement

les gens à se débarrasser

de leurs voitures en parfait état afin

d’en acquérir une nouvelle censée

INNOVATOR 41


être plus performante et aussi plus

économique. Mais l’énergie grise, les

logiciels truqués, le « dieselgate » sont

autant de scandales qui mettent cette

affirmation à mal. Quoi qu’il en soit,

la durabilité améliorée de nos voitures

n’évite pas le moment où il faudra

bien la changer. Mais est-ce là

l’unique solution ? Dans bien des

endroits, des alternatives existent

pourtant. On observe en milieu

urbain par exemple, un certain désintérêt

pour le permis de conduire chez

les jeunes qui, grâce à un bon réseau

de transports en commun, se passent

fort bien de voiture.

Malheureusement, ces dernières

décennies ont vu le démantèlement

progressif de ces réseaux, notamment

en zone rurale. Les remettre en place

prendrait du temps, même avec la

volonté politique. Par conséquent, il

faudra compter avec la voiture pour

encore un certain temps, que cela

nous plaise ou non. Le covoiturage et

toute autre initiative d’économie de

partage atténueront au mieux le phénomène,

mais ne pourront pas l’éviter.

La pression (politique) exercée

sur l’industrie automobile afin que

celle-ci soit plus verte est énorme,

l’objectif étant de réduire drastiquement

le CO ² produit par les voitures

thermiques. En outre, la conversion

du parc automobile est une affaire

très lucrative ayant l’avantage de stimuler

l’économie par la consommation

des ménages et de préserver l’emploi.

Divisée, l’industrie automobile

est sommée d’innover massivement,

alors que l’industrie aéronautique, par

exemple, avec ses deux géants que

sont Airbus et Boeing, bénéficie d’une

quasi-impunité depuis des décennies,

et continue de rejeter ses gaz en altitude

alimentant l’effet de serre de

manière significative.

Le CO ² n’est pas le seul responsable

du dérèglement du climat,

l’ozone et la condensation le sont

tout autant. Au total, une quantité

trois fois supérieure au seul CO ² dont

la contribution n’est somme toute

pas si spectaculaire, mais que l’industrie

aéronautique se plaît à mettre en

avant. En 2015, l’aviation était

responsable en Suisse de 18 % du

réchauffement climatique lié à l’activité

humaine. Une étude du WWF

estime cette responsabilité à 27 %,

soit un chiffre supérieur à celui de

l’industrie et de l’agriculture réunies,

et aux autres moyens de transport.

Néanmoins, pour l’heure, le sauvetage

du climat se joue sur le plancher

des vaches, avec pour cible première

le transport individuel.

Cela signifie qu’à moyen terme

au moins, la solution passera forcément

par la voiture électrique. En

2021, tous les constructeurs ou

presque intégreront à leurs gammes

un modèle à « zéro émission » (si,

comme notre propriétaire de la

Tesla, nous faisons abstraction de sa

construction). Pour l’industrie automobile,

le coup est rude. Sa culture

vieille de plusieurs générations subit

en quelques années seulement un

La voiture électrique

fonctionne comme un

catalyseur pour un

rapport respectueux

à l’environnement.

42 INNOVATOR


GETTY IMAGES

bouleversement total. Le consommateur,

nous l’avons vu, y est confronté

en moyenne tous les 9,6 ans. À

l’usine, l’ouvrier en perçoit les

effets, il ne fabrique plus de voiture

à essence, et le mécanicien ne change

plus de courroie de distribution ou

d’embrayage. Une voiture électrique

est bien moins complexe que les merveilles

techniques que sont les

moteurs à combustion interne désormais

soumis aux limites d’émissions

toujours plus strictes.

La révolution de la mobilité que

nous vivons actuellement bouleverse

l’économie mondiale. Les pays dont

les revenus proviennent essentiellement

de pétrole changent de cap.

Certains pays dans le golfe persique

s’y attellent déjà. En accueillant le

rallye Dakar ou la Coupe du monde,

l’Arabie Saoudite et le Qatar prennent

acte de ce changement. L’ère du

pétrole touche à sa fin, et ils le

LA RÉVOLUTION DE LA

MOBILITÉ DANS LAQUELLE

NOUS NOUS TROUVONS

VA BOULEVERSER TOUTE

L’ÉCONOMIE MONDIALE.

savent. À l’autre bout du spectre,

les États assis sur le nouvel or noir

(lithium, cobalt) doivent gérer cette

richesse minière de manière responsable

et protéger l’environnement

contre les appétits voraces. Dans le

désert d’Atacama, une tonne de

lithium extraite à plusieurs centaines

de mètres de profondeur, provoque

l’évaporation de 2 000 litres d’eau

souterraine et contamine les sols avec

des solvants tels que le kérosène ou

l’acide chlorhydrique. La pollution

d’une plate-forme de forage ou le

naufrage d’un tanker dont la cargaison

défigure des plages paradisiaques

sont peu de chose en comparaison.

Mais, ne soyons pas dupes, la mobilité

n’est et ne sera jamais une activité

propre, et cela vaut aussi pour l’électrique.

Mais, et c’est peut-être là, la meilleure

évolution, il y a désormais une

réelle volonté, ou plutôt une obligation

de s’ouvrir au changement. La

voiture électrique cristallise le débat

écologique. Désormais, le choix

d’une nouvelle voiture est plus motivé

par sa durabilité que sa vitesse.

La communication des constructeurs

a aussi entamé un important

virage. Le scandale du « dieselgate »

a marqué un tournant. Le groupe

VW, leader du marché européen, a

investi massivement dans la mobilité

électrique, imité en ce sens par la

quasi-totalité des constructeurs. Ce

mouvement est en passe d’atteindre

une masse critique comparable à ce

que nous avons connu pour les systèmes

solaires : des produits meilleur

marché et plus performants succèdent

à ceux des pionniers, jusqu’à

ce que ceux d’entre nous qui en sont

dépourvus deviennent une minorité.

De plus, une fois converti à l’électrique,

un automobiliste fait rarement

marche arrière lorsqu’il change

de voiture. Il est encore moins probable

qu’il opte pour un SUV énergivore.

De fait, la génération actuelle

des voitures électriques est déjà très

performante et la prochaine le sera

davantage.

L’industrie automobile est connue

pour son obsession à perfectionner

ses modèles. Désormais, elle met

au service de la durabilité toute la

matière grise qu’elle avait jusque-là

consacrée aux châssis de qualité, aux

moteurs puissants et à la vitesse. Il est

à espérer que cela entraînera un effet

de rattrapage dans d’autres secteurs

tels que l’industrie, l’agriculture, le

bâtiment ou l’aviation, contraints

à suivre le mouvement. L’industrie

automobile ne manquera pas de nous

surprendre et de nous montrer de

quoi elle est capable lorsqu’elle roule

pour la bonne cause.

INNOVATOR 43


L’AVENIR

À BRAS

OUVERTS

Trente experts et autant de

raisons de croire en l’avenir

Optimistes ? Non, réalistes.

Ils sont chercheurs, ingénieurs, activistes…

et sont convaincus d’une chose : oui, ça ira

mieux demain. La preuve par trente.

Texte ALEX LISETZ

KATE PETERS CONTOUR

BY GETTY IMAGES

44 INNOVATOR


« NOUS

ALLONS SAUVER

DES MILLIONS

D’ENFANTS »

BILL GATES

Fondation Bill & Melinda Gates

Nos petits-enfants entendrontils

parler de la malaria uniquement

dans les livres d’histoire ?

D’après les statistiques : oui.

Les décès dus à ce fléau ont

baissé de moitié depuis l’an

2000, grâce aux programmes

de vaccination et d’hygiène –

et à un soutien financier de

2,4 milliards d’euros de la

Fondation Bill & Melinda Gates.

Mais il reste encore beaucoup

à faire : toutes les deux minutes,

selon l’OMS, un enfant africain

meurt de la malaria, et plus de

60 % des victimes ont moins de

5 ans. À l’avenir, l’utilisation

de Big Data pour localiser les

clusters et cibler plus rapidement

les interventions permettra

de faire reculer la maladie jusqu’à

l’éradiquer complètement, ce

qui est tout à fait possible :

d’autres régions du monde,

comme l’Europe dans les années

30 ou les États-Unis en 1951,

y sont déjà parvenus.

INNOVATOR 45


« PLUS JAMAIS

D’ACCIDENTS DE

VOITURE »

JAIME WAYDO

Apple

Experte en intelligence artificielle,

Jaime Waydo s’est

fixé une mission ambitieuse :

sauver non pas une, ni deux

ou même une poignée de vies

humaines, mais carrément

1,35 million de personnes.

C’est le nombre d’individus

qui meurent chaque année

dans des accidents de voiture,

causés le plus souvent par

des erreurs humaines. Selon

elle, « les voitures autonomes

peuvent éviter ces accidents,

mais aussi nous faciliter grandement

la vie ».

Après avoir travaillé pour

Google sur le projet Waymo,

elle a été débauchée par Tim

Cook, PDG d’Apple, pour diriger

les travaux de ce qui sera

« la mère de tous les projets en

IA », selon les mots de Cook.

En se concentrant sur les

logiciels destinés aux voitures

autonomes, Waydo travaille

sur des voitures qui pourraient

bientôt supplanter tous les

prototypes réalisés jusqu’ici.

Des progrès qui font d’ailleurs

trembler les constructeurs

automobiles traditionnels :

ces voitures pourraient non

seulement éviter les accidents,

mais aussi permettre à de nouveaux

groupes de population,

comme les personnes mineures,

âgées ou malvoyantes,

de conduire en toute sérénité.

Sans compter toutes les

heures qu’elles nous feraient

gagner : un Allemand passe

ainsi en moyenne 41 heures

par an à chercher une place

de parking.

« IMMUNISÉS

CONTRE LA SEP »

UĞUR ŞAHIN

BioNTech

Cette société de biotechnologie

basée à Mayence (Allemagne),

qui s’est fait remarquer pour la

création d’un vaccin contre la

Covid-19 basé sur l’acide ribonucléique

messager, risque de

faire parler d’elle dans les années

à venir : les thérapies à base

d’ARNm sont en effet utilisées

non seulement contre les maladies

infectieuses, mais aussi en

tant qu’immunothérapies contre

le cancer et les maladies autoimmunes,

notamment la sclérose

en plaques.

Pour lutter contre cette maladie

dégénérative encore incurable,

BioNtech travaille sur un vaccin

qui permettrait au corps de

produire des auto-antigènes

sans enclencher une rupture de

tolérance, comme c’est le cas

avec les maladies auto-immunes.

Testé sur des animaux, le vaccin

a même montré que l’évolution

des symptômes s’inversait. Le

vaccin doit maintenant être testé

sur des cellules humaines puis

en essais cliniques.

MARZENA SKUBATZ/LAIF/PICTUREDESK.COM, GETTY IMAGES

46 INNOVATOR


« NOUS

VAINCRONS LA

PAUVRETÉ »

HANS ROSLING

Gapminder

« Le nombre de personnes

qui parviendront

à s’extraire de la pauvreté

passera, d’ici 2040,

de 2 à 4 milliards » : voici

l’une des prévisions décrites

dans Factfulness,

le best-seller co-écrit

par Hans Rosling, son

fils Ola et sa belle-fille

Anna, paru en 2018 et

qui a bouleversé les

préjugés que nous nous

faisions sur l’état du

monde.

Car si l’on s’en tient aux

faits, aux statistiques,

le monde évolue dans

une direction plutôt

positive : l’Afrique et

l’Asie vont faire émerger

de toute nouvelles puissances

économiques

et les deux milliards de

pauvres que compte le

monde actuellement

pourraient devenir des

acteurs économiques

à part entière et former

une classe moyenne

désireuse de consommer

et de voyager. Le

conseil des Rosling :

se concentrer sur ces

futurs viviers de clients

potentiels au lieu de

regarder vers le marché

saturé des pays occidentaux.

« Si vous croyez

encore que le Sud

est trop pauvre pour

acheter quoi que ce soit

et que vous continuez

à essayer de vendre

des gadgets pour hipsters,

vous risquez de

perdre les plus grandes

opportunités commerciales

que l’Histoire ait

connues. »

« DES VILLES

0 ÉMISSION,

0 DÉCHET »

NORMAN FOSTER

Foster + Partners

Écolo, propre et connectée

: telle sera la ville de

demain, imaginée par

le cabinet d’architectes

anglais Foster & Partners.

À titre expérimental,

l’équipe de Norman Foster

a conçu, sur la demande

de l’émirat d’Abou Dhabi,

une ville entièrement nouvelle

comme vitrine des

énergies renouvelables

et du développement

durable. Située en plein

désert, l’éco-cité de Masdar

est la « première ville

au monde à ne produire ni

déchet, ni CO 2 ».

Particularités : autonomie

totale en énergie grâce

aux parcs éoliens et solaires,

voitures interdites,

transports en commun

électriques, utilisation de

l’hydrogène, désalinisation

de l’eau, constructions

conçues pour ventiler naturellement

l’air ambiant.

Si cet ambitieux projet,

commencé en 2008, s’essouffle,

nul doute que les

idées réalisées aujourd’hui

à Masdar City seront bientôt

reprises par d’autres

municipalités aux quatre

coins du monde.

« NOUS VOYA-

GERONS À LA

VITESSE DU SON »

ELON MUSK

Tesla & SpaceX

Genève-Bruxelles

en 45 minutes ? D’ici

quelques années, il sera

possible de voyager

en train à 1 000 km/h,

grâce à l’Hyperloop : un

train-capsule supersonique

qui se déplace à la

vitesse du son dans un

tube sous vide, conceptualisé

par Elon Musk

en 2013.

Si cette idée n’est pas

nouvelle (la London

and Edinburgh Vacuum

Tunnel Company l’avait

déjà eue en 1825), elle

annonce une révolution

des transports en commun,

sur les plans technologique

et écologique :

le projet se veut durable,

et l’énergie nécessaire

pourrait être fournie par

des panneaux voltaïques

montés sur les tubes.

Plusieurs entreprises

dans le monde travaillent

sur l’Hyperloop, dont

la start-up néerlandaise

Hardt Hyperloop : elle

prévoit de relier Amsterdam

et La Haye à

700 km/h, pour les marchandises

en 2025, et

les personnes dès 2028.

INNOVATOR 47


« IL Y AURA

TOUJOURS UN

MÉDECIN PRÈS

DE SOI »

DAVID E. ALBERT

AliveCor

Nous aurons bientôt tous,

dans la poche, un médecin

disponible et prêt à nous

examiner : du moins sa version

numérique, sous forme d’une

application smartphone. Et si

nous utilisons déjà des capteurs

fitness et autres montres

connectées qui calculent nos

données, les applications du

futur vont les faire passer pour

des gadgets d’un autre âge.

Dotées d’intelligence artificielle

et reliées à des miniappareils,

elles nous permettront

en effet de prédire et de

détecter l’apparition d’un AVC

ou d’un infarctus – premières

causes de mortalité dans nos

sociétés. AliveCor propose

déjà un mini-appareil capable

de faire des ECG et d’en communiquer

les résultats par

une appli. Son logiciel s’adapte

automatiquement aux données

de l’utilisateur et reconnaît

les anomalies cardiaques

en temps réel, en se basant sur

300 000 paramètres individuels.

« Cela permet non seulement

de surveiller la santé,

explique le Dr David E. Albert,

fondateur d’AliveCor, mais

aussi d’enregistrer toutes les

données au fil du temps. Ce

qui révolutionne des choses

comme le suivi du processus

de récupération. »

« NOUS

METTRONS FIN

AU CYBER-

HARCÈLEMENT »

GITANJALI RAO

Time’s Kid of

the Year 2020

« Tant que je serai capable de

penser, je veux faire en sorte

que les gens autour de moi

soient un peu plus heureux.

On peut rendre notre monde

meilleur grâce aux sciences et

à la technologie, c’est ce que

j’ai compris vers 6 ou 7 ans »,

raconte la jeune Américaine

d’origine indienne dans une

interview avec Angelina Jolie.

Gitanjali Rao, prodige des

sciences aujourd’hui âgée de

15 ans, a été, l’année dernière,

la première enfant à être élue

« enfant de l’année » par le

magazine Time. Après avoir

inventé, à 13 ans, un appareil

imprimable en 3D pour déceler

la contamination de l’eau

au plomb, Gitanjali a mis au

point le service Kindly, qui

lutte contre le cyber-harcèlement

en détectant sur Internet

les tentatives d’intimidation.

Alors qu’elle travaille sur

un moyen de diagnostiquer la

dépendance aux opioïdes, la

jeune fille donne des conférences

et anime des ateliers

auprès des jeunes pour les

motiver à faire comme elle.

« À la fin des ateliers, chacun

a trouvé une idée à creuser, et

après, ils me contactent pour

me raconter sa réalisation. »

Gitanjali coache actuellement

30 000 apprentis scientifiques

: « Ce que je peux faire,

vous aussi, vous le pouvez. »

SHARIF HAMZA

48 INNOVATOR


« ROULER

À L’HYDRO-

GÈNE »

TIM YOUNG

SunHydrogen

Dans le monde de demain,

il n’y aura plus que de la

vapeur d’eau qui s’échappera

de nos voitures. On

connaît depuis longtemps

les propriétés de l’hydrogène

comme capteur

d’énergie, mais il restait

encore trop de problèmes

à résoudre, notamment

en termes de production,

pour pouvoir l’utiliser

comme carburant.

L’entreprise californienne

SunHydrogen a trouvé

la solution : son Hyper-

Solar H 2 Generator est

capable de produire luimême

de l’hydrogène à

partir d’eau et de soleil,

grâce à son système de

particules solaires, en se

branchant sur n’importe

quelle source voltaïque,

par exemple à la stationservice

du coin. Encore

quelques années, et les

énergies fossiles pourraient

connaître, plus tôt

que prévu, le même sort

que les dinosaures.

Les déclarations de Tim

Young, PDG de Sun-

Hydrogen, sont prometteuses

: « Toutes les

phases d’essais en laboratoire

ont été menées

à bien. » La production

devrait démarrer fin 2021.

« LES

ROBOTS NOUS

IMITERONT »

DONGHEUI LEE

Centre allemand

pour la technologie

aérospatiale

La robotique est en

pleine ébullition et

trouve de plus en plus

de champs d’application :

on ne demandera plus

aux robots de classer

des boulons ou d’assembler

des voitures, mais

aussi de nous aider dans

les tâches du quotidien.

Pour cela, ils doivent

apprendre à nous imiter

et devenir plus humains :

c’est ce sur quoi travaille

Dongheui Lee, chercheuse

en robotique.

« Un robot n’a pas besoin

de ressembler à un

humain s’il aide à assembler

des pièces en usine,

mais dans nos foyers ou

nos maisons de retraite,

il est important que nous

nous sentions à l’aise

avec lui. »

Originaire de Corée du

Sud, Lee conçoit des

robots capables de comprendre

et d’imiter les

mouvements humains.

En la regardant éplucher

une pomme, le robot

est programmé pour

l’imiter, et aussi pour

comprendre l’objectif

de l’action, afin d’éplucher

lui-même la pomme

suivante. Ou d’imiter

une chorégraphie du

film Pulp Fiction après

avoir reçu quelques

instructions. Cette idée

lui est d’ailleurs venue

d’un autre film, Terminator

: on y voit le jeune

John Connor enseigner

à un Terminator un peu

ronchon comment faire

un high five.

INNOVATOR 49


« NOUS ALLONS

BOOSTER LA

CRÉATIVITÉ »

HARRY GATTERER

Zukunftsinstitut

« C’est dans un climat d’extrême

incertitude que sont

réunies les meilleures conditions

pour motiver celles et

ceux qui veulent faire bouger

les choses et se détacher du

passé » : selon le futurologue

(et directeur du Zukunftsinstitut

allemand) Harry Gatterer,

la crise actuelle et son caractère

anxiogène constituent

le terreau idéal pour générer

une explosion de créativité et

faire naître une foule d’idées

et d’initiatives qui vont donner

envie à chacun de nous d’aller

de l’avant.

« Tout le monde sera concerné,

même ceux qui se sentent

paralysés ou déprimés par la

situation actuelle, parce que

c’est justement eux qui sont

en train de remettre leurs

valeurs et leurs habitudes en

question. Et qui trouvent de

nouvelles réponses à ces questions

existentielles. » Cette

« montée de sève » créatrice

va faire émerger toutes sortes

d’entreprises, d’innovations et

de nouveaux styles de vie… et

apporter un vent de fraîcheur

dans le monde entier.

« IL N’Y

AURA PLUS DE

VIOLENCE »

STEVEN PINKER

Harvard University

Guerres, terrorisme, violences

urbaines… Si l’on en croit les

journaux et leurs messages de

crainte, nous serions en train

de vivre la plus violente des

époques. Et pourtant, nous dit

le psychologue, professeur et

auteur canadien Steven Pinker,

c’est exactement le contraire :

comme il l’explique dans son

best-seller La part d’ange en

nous – Histoire de la violence et

de son déclin, nous vivons dans

l’époque la plus pacifique de

l’Histoire humaine.

Le risque qu’avait un être humain

de mourir d’une mort violente

était de 1:1 000 au Moyen Âge ;

il est aujourd’hui de 1:50 000. Et

dans les sociétés claniques des

premiers temps, ce risque était

dix à cent fois plus élevé qu’à

l’époque des croisades. Cette

tendance s’est même fortement

accentuée dans les dernières

décennies. Depuis la seconde

guerre mondiale, si l’on observe

la tendance générale, le nombre

de meurtres a constamment

chuté, tout comme celui des

conflits armés et des victimes

de guerres, d’attaques terroristes

et de génocides. Les raisons

de ce déclin, selon Pinker :

davantage d’éducation, d’empathie

et une interconnexion commerciale

toujours plus étroite,

qui empêche les puissances de

se taper dessus à la moindre occasion.

« Les statistiques laissent

penser que cette tendance va se

poursuivre – et que la paix dans

le monde sera bientôt à portée

de nous. »

KAYANA SZYMCZAK, OBAYANJU BABAWALE

50 INNOVATOR


« NOUS NE

TUERONS PLUS

D’ANIMAUX »

PAT BROWN

Impossible Foods

L’invention de ce célèbre

biochimiste américain

va bouleverser nos modes

alimentaires… sans

que nous nous en rendions

compte. Imaginez :

une viande entièrement

« élevée » à base de

plantes, qui a la saveur,

le parfum et la texture

de la viande animale. Pat

Brown résume son invention

spectaculaire en

ces mots : « Nous avons

appris à comprendre,

au niveau moléculaire,

pourquoi nous adorons

manger de la viande. »

Fondateur et PDG d’Impossible

Foods, Brown

s’est entouré d’une

équipe de chercheurs

passionnés. « L’élément

magique qui donne

à la viande sa saveur

et son parfum, c’est

l’hémoglobine. Nous la

faisons pousser à partir

de levures, dans un

fermenteur auquel on a

inséré un gène de soja »,

explique-t-il. Après

l’ajout de graisses et de

protéines végétales, le

résultat est bluffant.

Pourrons-nous un jour

nous régaler de BBQ

sans avoir la mort de

milliards d’animaux sur

la conscience ? Pour

Brown, il s’agit d’une nécessité

: « La production

industrielle de viande

est responsable de 15 %

des émissions de gaz à

effet de serre, soit plus

que le secteur des transports.

» Une raison qui le

motive aussi à proposer

bientôt des substituts

de produits laitiers et

de poisson.

« SAUVER

LA NATURE »

NIMMO BASSEY

HOMEF

Si la lutte contre le réchauffement

climatique et

la recherche de solutions

plus durables doivent être

saluées et encouragées

au niveau mondial, force

est de constater que la

réalité est autrement

plus compliquée : les

multinationales et autres

puissances financières

continuent de dicter leur

loi et de détruire la nature

en toute impunité.

Pour de plus en plus de

militants, la solution ne

peut venir que du droit

pénal. Nimmo Bassey,

activiste nigérian, en est

convaincu : « Une loi sur

l’écocide permettrait de

répondre à ces crimes

environnementaux ».

Fondateur de la Health of

Mother Earth Foundation,

il se bat aux côtés de

personnalités toujours

plus nombreuses pour

que les responsables de

ces crimes soient traduits

en justice devant la cour

pénale internationale.

S’ils gagnent leur combat,

l’équilibre des pouvoirs

serait renversé : face à la

menace de lourdes peines

de prison, les politiques et

les gros pollueurs seraient

enfin renvoyés à leurs

responsabilités.

« NOUS IRONS

SUR MARS »

GERNOT GRÖMER

Forum autrichien

de l’Espace

« La première mission

habitée sur Mars aura lieu

d’ici vingt ou trente ans,

prédit l’astrophysicien

Gernot Grömer. En fait,

nous en sommes déjà

presque capables d’un

point de vie technique,

mais il faut encore nous

en donner les moyens

politiques et financiers. »

Gernot Grömer est ce

qu’on appelle un « astronaute

analogue » qui part

tous les deux ou trois

ans au cœur du désert

du Néguev en Israël

pour s’entraîner à la vie

sur Mars. C’est dans le

cratère Ramon, qui offre

des conditions analogues

à la vie sur Mars, qu’une

équipe de six personnes,

soutenues par plus de

200 scientifiques et ingénieurs

provenant de vingt

pays différents – dont

le Forum autrichien de

l’Espace – teste différents

robots et drones autonomes.

L’objectif : se préparer

le mieux possible

à l’exploration humaine

sur Mars.

INNOVATOR 51


« RECHARGER

UNE VOITURE

EN CINQ

MINUTES »

MARKUS KREISEL

Kreisel Electric

L’un des enjeux majeurs

de la mobilité électrique,

c’est le temps de recharge

des batteries.

Un temps qui pourrait

être réduit, pour les

voitures citadines, à

« cinq petites minutes »,

grâce à l’invention des

frères Kreisel. Ces

pionniers de l’électrique,

qui travaillent ensemble

dans un petit village de

Haute-Autriche, ont mis

au point une batterie

pour voiture électrique

de rallye, la RE-X1, qui

se recharge en quinze

minutes à peine.

Le secret (évidemment

breveté) de cette performance

: un savant

mélange de matériaux,

de géométrie, de mécanique

des fluides et d’un

système baptisé Hollowblock,

qui permet, par

une optimisation thermique,

de ne pas faire

chauffer les cellules

pendant la recharge.

Résultat : des batteries

plus puissantes et qui

durent plus longtemps.

« L’IA RÉ-

SOUDRA DE

NOMBREUX

PROBLÈMES »

ANASTASSIA

LAUTERBACH

XU Exponential

University

« En intelligence artificielle,

nous en sommes

là où nous en étions

avec Internet en 1995 »,

résume Anastassia

Lauterbach, multiexperte,

membre de

plusieurs conseils de

direction et professeur en

IA à Potsdam (Allemagne).

« Facebook, Apple et les

autres ne pourront plus

tenir leur quasi monopole

très longtemps : ils

seront remplacés par

des marchés de données

décentralisés qui vont

révolutionner l’économie.

» L’apprentissage automatique

va nous donner

des robots toujours plus

performants, qui excelleront

dans des domaines

comme la chirurgie. Et qui

pourront nous libérer de

tâches trop pénibles ou

trop compliquées.

« UNE

SOLUTION

À LA CRISE

CLIMATIQUE »

NILS RØKKE

EERA

Les politiques prises

contre le réchauffement

climatique sont-elles un

frein à la croissance ?

Nils Røkke, scientifique

norvégien et

président de l’Alliance

européenne sur la

recherche énergétique

(EERA) est convaincu du

contraire : il coordonne

les avancées de 50 000

chercheurs de trente

pays, qui planchent sur

17 programmes concrets

ayant un seul objectif :

la neutralité carbone

pour l’UE d’ici 2050.

Røkke n’a rien d’un doux

rêveur : « L’Europe doit

mener la transition

énergétique au niveau

mondial, au risque de

perdre sa compétitivité

», a-t-il déclaré sur

sa chaîne YouTube. Dans

les années à venir, les

mesures climatiques

seront autant d’opportunités

pour développer

des secteurs clés et

créer des emplois.

BETKE, OLGA RUBIO

52 INNOVATOR


« NOUS VIVRONS

PLUS HEUREUX »

CHRISTIANE VARGA

Sociologue

« Notre société se trouve à un moment

charnière de son histoire »,

analyse la sociologue viennoise

Christiane Varga. « La Covid-19,

qui a ralenti, dans un premier

temps, la marche de notre société,

va devenir un accélérateur de

changements positifs. »

En parlant de ce que sera la

période post-pandémie, elle

prédit qu’après une courte phase

hédoniste de surconsommation

où nous allons essayer de retrouver

nos repères perdus, c’est la

tendance inverse qui va s’imposer

lentement, parce que les gens

auront notamment compris les

effets désastreux que notre mode

de vie actuel entraîne. Cette

chercheuse et conférencière

autrichienne pense même que

« la consommation et le tourisme

de masse vont disparaître pour

laisser la place à plus de qualité.

Et le concept de pleine conscience

va quitter les hautes sphères

spirituelles pour faire partie de

notre quotidien ».

« NOUS

VAINCRONS

LE CANCER »

ANDREAS JORDAN

MagForce

La deuxième cause de mortalité

au monde se soignait jusque

là par des thérapies relativement

lourdes, que ce soit par

opération ou par chimiothérapie.

Une entreprise berlinoise,

fondée par le Docteur Andreas

Jordan, veut guérir le cancer

en utilisant la plus petite arme

du monde : la nanoparticule.

L’équipe de MagForce utilise

plus exactement un liquide

contenant des nanoparticules

magnétiques à l’oxyde de fer

(plus exactement 17 quadrillons

par millimètre), qu’elle

injecte directement dans la

tumeur.

Les nanoparticules sont ensuite

activées dans un champ

magnétique à variation rapide,

ce qui élève la température des

particules à 55 ou 60 °C et a

pour effet de rendre les cellules

tumorales plus réceptives à

d’autres thérapies complémentaires,

voire de les détruire

complètement sans endommager

les tissus autour de la

tumeur. MagForce a reçu la

certification européenne pour

soigner des patients atteints

de tumeur au cerveau, mais

cette thérapie peut s’appliquer

à d’autres types de cancer. C’est

juste une question de financement,

selon Jordan : « Donnez-moi

500 millions d’euros

pour la recherche, et dans

quelques années, ce seront

dix autres types de cancer qui

pourront être guéris grâce à la

nanotechnologie. »

INNOVATOR 53


« NOUS NOUS

DÉPLACERONS

EN DRONES »

ROBERT MACHTLINGER

FACC

Adieu les embouteillages, les

périphériques saturés et les

rendez-vous ratés à cause du

trafic : dans un futur proche,

c’est en taxi-drone que nous

nous rendrons au travail ou

à nos rendez-vous importants.

Si plusieurs constructeurs

aéronautiques planchent

depuis des années sur le marché

très prometteur des taxisvolants,

une petite entreprise

autrichienne figure parmi les

mieux placés : le constructeur

aéronautique FACC.

Son PDG, Robert Machtlinger,

croit en l’avenir de la UAM

(Urban Aerian Mobility) et

notamment des véhicules

aériens autonomes : « Ces

drones vont non seulement

révolutionner notre manière

de nous déplacer, mais apporter

également une vraie solution

dans des secteurs comme

le transport d’urgence ou de

marchandises. » Pratiques, les

drones-taxis, mais aussi plus

écolos : « Notre technologie

permet un gain de poids et

d’énergie », à quoi s’ajoutent

un faible impact sonore et une

réduction de la résistance de

l’air. Avec tout cela, pas étonnant

que des clients comme

Boeing, Rolls Royce et Airbus

viennent frapper à la porte.

« RENDEZ-

VOUS SUR

L’HOLODECK »

ROEL VERTEGAAL

Huawei

La série Star Trek a déjà inspiré

ou anticipé de nombreuses innovations

: l’holodeck est l’une des

plus connues et pourrait, dans un

futur plus ou moins proche, faire

également partie de nos vies

quotidiennes. À la différence que

nous ne serons pas obligés de

monter dans un vaisseau spatial

pour avoir accès à l’imagerie

holographique, mais que celle-ci

nous sera accessible directement

depuis notre salon.

Alors, à quand des « apéros holodeck

» ? Selon Roel Vertegaal, designer

spécialisé dans l’interaction,

l’hologramme répond à un

besoin de communication : « Nos

modes de vidéo-conférences actuels

ne peuvent pas rendre certaines

nuances comme le contact

des yeux ou la communication

non verbale. » Il pense aussi que

les lunettes de RV n’offrent pas

d’alternative satisfaisante, et que

la solution résiderait davantage

dans une projection tridimensionnelle

qui nous permettrait

de communiquer en temps réel,

comme si nos interlocuteurs se

trouvaient dans la pièce. « C’est

à la technologie de s’adapter

à nous, pas le contraire », affirme

ce Néerlandais d’origine.

Vertegaal a d’abord travaillé

avec le Human Media Lab de la

Queen’s University de Kingston

(Canada) sur « l’humanisation »

des portables, tablettes et autres

supports. Après avoir inventé les

produits PaperWindows (2004),

PaperPhone (2010) et PaperTab

(2012), des appareils pliables

que l’on peut feuilleter et qui ont

inspiré chez Huawei le smartphone

pliable Mate X, il collabore

aujourd’hui avec le fabricant

chinois : pourrons-nous un jour

envoyer une version hologramme

de nous-même à nos rendez-vous

galants ? « Il nous manque encore

quelques idées pour adapter

ce projet à l’usage quotidien »,

regrette-t-il, même si l’évolution

de cette technologie permet de

rêver un peu.

QUEEN'S UNIVERSITY, GETTY IMAGES

54 INNOVATOR


« DES

LIVRAISONS

PAR DRONE »

LIU QIANGDONG

JD.com

Alors que l’Europe en est

encore à la phase expérimentale,

la livraison par

drone est déjà utilisée en

Chine depuis 2019 par le

géant de la vente en ligne

JD.com (ci-dessous, son

PDG : Liu Qiagdong), notamment

dans les zones

rurales reculées.

Les modèles utilisés

peuvent transporter

260 kg et atteindre une

vitesse de 130 km/h. Si

son concurrent DHL ne

supporte une charge

maximale « que » de 5 kg,

c’est bien lui qui a mis en

place le premier service

urbain de livraison dans

la ville de Guangzhou

(13 millions d’habitants).

Sur une trajectoire de

8 kilomètres, un drone

est cinq fois plus rapide

qu’un camion, ne cause

ni embouteillage, ni pollution

et est entièrement

automatisé : depuis le

chargement jusqu’à

l’étape de livraison, qui

utilise la reconnaissance

faciale.

« AMÉLIORER

LA SITUATION

SANITAIRE »

AJET OAK

Tiger Toilet

Cette invention indienne

est aussi simple que géniale

et pourrait mettre fin

à la situation sanitaire catastrophique

de certaines

régions du globe, tout en

empêchant la propagation

de plusieurs maladies.

Ces toilettes fonctionnent

en utilisant un vermifiltre,

c’est-à-dire des vers (le

ver du fumier, ou eisenia

foetida) qui se chargent

de la tâche ingrate de

digérer les matières

fécales, dont ils raffolent,

et de les transformer en

fumier inodore. Ajet Oak,

fondateur de Tiger Toilet :

« Nos WC fonctionnent

sans eau ni système de

canalisation. La plupart

des gens qui ont reçu

une Tiger Toilet n’avaient

jamais utilisé de WC

classiques auparavant »,

raconte-t-il. Un succès qui

le motive à faire connaître

ses toilettes vermifiltrées

partout dans le monde.

« STIMULER

ET RÉPARER

LES NERFS »

GREGOIRE COURTINE

Wings for Life

Pourrons-nous bientôt

guérir les lésions de la

moelle épinière et voir

toutes celles et ceux qui

en souffrent pouvoir se

servir à nouveau de leurs

jambes ? La recherche

contre ce mal, qui touche

des millions de personnes

dans le monde

(et 250 000 personnes

de plus chaque année),

a fait l’objet d’avancées

spectaculaires ces

dernières années,

notamment grâce à la

fondation Wings for Life.

Le cas du gymnaste

paraplégique David

Mzee, qui peut à nouveau

marcher (à l’aide

d’un déambulateur)

après un nouveau type

de thérapie, a récemment

fait sensation.

« Nous avons constaté

qu’une grande partie

de la moelle épinière

reste intacte après une

blessure, et peut être

stimulée électriquement,

a déclaré Grégoire

Courtine, le scientifique

responsable de la

thérapie. Les patients

peuvent remarcher à

l’aide de la stimulation

électrique et même

reprendre le contrôle

de leurs fonctions

vésicales, intestinales

et sexuelles. » Le cas

de Mzee rend le scientifique

confiant que

d’ici 2024, « le contrôle

volontaire de leurs muscles

sera possible pour

les paraplégiques ».

INNOVATOR 55


« APPRI-

VOISER LES

DROGUES »

« LE BIO SERA

PLUS QU’UNE

OPTION »

« PLUS AUCUNE

MINE ANTI-

PERSONNEL »

JR RAHN

MindMed

RENÉ JANNICK

JØRGENSEN

BART

WEETJENS

Si les substances psycho

actives comme le LSD,

l’ecstasy et autres champis

ont longtemps passionné

les scientifiques

(et les militaires) pour

leurs vertus thérapeutiques,

leurs effets secondaires

incontrôlables

et parfois fatals ont fini

par décourager les plus

motivés d’entre eux.

On assiste à un regain

d’intérêt avec des

projets tels que celui de

l’entreprise neuropharmaceutique

suisse Mind-

Med : elle étudie les bienfaits

des psychotropes

microdosés pour traiter

certains troubles psychiques

comme l’anxiété,

le trouble de l’attention

ou pour accompagner

une cure de désintoxication.

JR Rahn, co-fondateur

de MindMed, se

veut optimiste : « Nous

sommes en train de faire

de nombreuses découvertes

importantes sur

le bien-fondé de l’usage

thérapeutique des substances

psychédéliques. »

L’équipe collabore en ce

moment avec le laboratoire

Liechti à Bâle et

étudie également les effets

de la MDMA et de la

psilocybine en microdosage.

Avec succès : après

le démarrage en janvier

dernier de la première

étude combinée sur le

LSD et la MDMA, l’action

de l’entreprise a explosé

en bourse.

Farmdroid

L’agriculture pouvait être

résumée jusqu’à présent

par le dilemme suivant :

faire du bio est épuisant,

faire du conventionnel détruit

l’environnement. Un

choix cornélien qui pourrait

bientôt être définitivement

réglé, en faveur du

bio, grâce à une invention

danoise. Les robots FD20

conçus par FarmDroid

effectuent les tâches

agricoles les plus ardues

comme l’ensemencement

ou le désherbage, tout en

étant écolos et durables,

puisqu’ils fonctionnent à

la même énergie que les

plantes qu’ils soignent :

celle du soleil. Légers, ils

passent dans les champs

sans les endommager et

reconnaissent la position

correcte de chaque graine

grâce à leur GP, ce qui leur

permet de commencer le

sarclage avant même que

la graine germe. « Nous

avons commencé à livrer

des clients en Autriche, en

Allemagne et en France »,

précise le PDG René

Jannick Jørgensen.

Apopo

C’est à l’âge de 9 ans

que Bart Weetjens,

Belge d’origine, a reçu

son premier hamster.

Dès lors, il s’est découvert

une passion

pour les rongeurs,

admirant leur intelligence

et leurs facilités

d’apprentissage.

Une fois adulte, le jeune

homme découvre en

Afrique le problème des

mines antipersonnel, qui

font chaque année des

milliers de victimes, et

cela, dans 59 pays du

monde. Weetjens décide

alors de dresser des rats

au déminage, mais pas

n’importe lesquels : les

rats géants de Gambie,

à l’odorat particulièrement

sensible au TNT.

L’ONG Apopo était

née : aujourd’hui active

dans de nombreux pays

d’Afrique et d’Asie,

Apopo a contribué à débarrasser

définitivement

le Mozambique de ses

mines, et poursuit, avec

l’aide de ses rats, sa

tâche titanesque.

CYLEONG.BE, DAVID PAYR

56 INNOVATOR


« NOS MÉTIERS

AURONT

DU SENS »

MARIE RINGLER

Ashoka

L’entrepreneuriat social est un

des secteurs-clés de la création

d’entreprise actuellement, et

va sans doute le rester dans les

années à venir, car les gens ont

de plus en plus besoin de trouver

un sens à leur travail.

« À eux seuls, les 4 000 fellows

de notre réseau mondial ont un

impact positif sur le quotidien

de 850 millions de personnes »,

résume Marie Ringler, la directrice

régionale Europe pour

Ashoka : cette ONG américaine

a pour mission de détecter,

soutenir financièrement et

mettre en réseau des initiatives

venues du monde entier et qui

peuvent contribuer à rendre le

monde meilleur, plus pacifique

et plus sain. Mais comment

les sélectionne-t-elle ? « Les

entrepreneurs sociaux que nous

soutenons ne se contentent pas

de soulager des symptômes :

ils s’attaquent directement aux

causes et incitent les gens à

prendre eux-mêmes leurs vies

en main. » Ashoka soutient par

exemple la Pelebox, un kit médical

permettant aux habitants des

bidonvilles souffrant de maladies

chroniques de faire leurs propres

tests sanguins, ou encore un programme

en Indonésie et en Ouganda

pour former les mères à la

déradicalisation (MotherSchool).

Ou cette initiative, Discovering

Hands, qui forme des femmes

mal- et non-voyantes à la palpation

mammaire pour détecter le

cancer du sein dans les hôpitaux.

« STOPPER

LE VIEILLIS-

SEMENT »

SHAI EFRATI

Shamir Medical Center

En novembre dernier, le scientifique

israélien Shai Efrati

a lancé sur Twitter un cri de

victoire : « Pour la première

fois, nous avons réussi non

seulement à stopper le processus

de vieillissement des

cellules humaines, mais même

carrément à l’inverser. »

Cette découverte, faite au

Shamir Medical Center, pourrait

bientôt bouleverser nos

vies, et pas seulement nous

débarrasser de nos problèmes

de rides, de hanches douloureuses

et de sénilité. L’oxygénothérapie

hyperbare testée

par l’équipe d’Efrati peut en

effet inverser deux processus

majeurs liés au vieillissement :

le raccourcissement des

télomères à l’extrémité des

chromosomes et l’accumulation

de cellules sénescentes

(c’est-à-dire anciennes et défaillantes)

dans l’organisme.

En trois mois, les progrès

réalisés laissent à penser que

la peur de vieillir deviendra

peut-être, comme la hantise

des loups autrefois, une peur

complètement infondée.

INNOVATOR 57


Ici la Terre, vous

me recevez ?

Peter Scott,

membre

de l’équipe, en

train de monter

l’antenne qui

assurera la communication

avec la fusée.

58 INNOVATOR


LES

ASTRO-

BRICOLEURS

TEXTE Reiner Kapeller

PHOTOS Robert Ormerod

Seul programme spatial amateur au

monde, Copenhagen Suborbitals veut

envoyer une fusée habitée dans l’espace,

d’ici 2030, sans subventions ni haute

technologie, mais avec une bonne dose de débrouillardise.

La devise de ces Mad Max danois :

cherche des solutions, pas des excuses.

INNOVATOR 59


COPENHAGUE,

CENTRALE

SUÈDE

MER

BALTIQUE

DANEMARK

É

BORNHOLM,

DANEMARK

SPACEPORT

NEXØ

BASE DE

LANCEMENT

ÉTÉ 2018, UN DIMANCHE MATIN SUR LE PORT DE

COPENHAGUE. VENANT D’UN GRAND BÂTIMENT

situé dans l’ancien chantier naval de Refshaleøen,

des bribes de ce qui ressemble à une dispute se font

entendre : à l’intérieur du hangar, des hommes en

bleu de travail, taillés comme des vikings, se tiennent

devant une immense fusée blanche de onze mètres

de haut. Le nom de cet engin longiligne à la coiffe

orange vif s’étire sur la coque en grosses lettres

noires : Copenhagen Suborbitals.

La tension est palpable parmi les membres de

l’équipe : la fusée doit démarrer les tests dans la

semaine qui suit, et un câble spécial vient de rendre

l’âme. Faire venir un nouveau câble prendrait une

semaine, ce qui ferait rater la date autorisée par la

municipalité et repousserait les tests

de plusieurs semaines. Les ingénieurs

et machinistes réunis dans le hangar

travaillent bénévolement pour le programme

Copenhagen Suborbitals. Ils

refusent de s’avouer vaincus : cela

fait des semaines qu’ils préparent la

fusée Nexø II pour la phase de tests,

et voilà qu’un simple câble risque de

faire tout capoter ! Passant la main

d’un air songeur sur sa barbe de trois

jours, l’un d’eux semble avoir l’idée

du siècle : « J’ai dû réparer un câble

qui ressemblait exactement à celui-là

dans ma bagnole. On peut essayer

d’en trouver un. » Une heure plus

tard, notre ingénieur-ferrailleur

revient de la casse avec un câble de

frein provenant d’un fourgon Fiat

Ducato. C’est la bonne pièce : les soupapes

fonctionnent de nouveau. Les

tests auront bien lieu comme prévu.

Pour Mads Wilson, cette anecdote

illustre l’esprit du projet Copenhagen

Suborbitals : « Nous n’acceptons

aucune excuse : nous essayons toujours

de trouver une solution pour

que ça marche. Cela fait partie de

notre ADN. » Mads est le porte-parole

et l’un des principaux membres de

l’association Copenhagen Suborbitals,

fondée en 2008, qui compte désormais

une cinquantaine de membres.

Avec six lancements de fusée (non

habitée) depuis sa création, l’association

affiche un beau bilan, malgré

quelques échecs. Si les fusées

3, 2, 1…

Décollage !

La fusée HEAT 1X

(9,38 mètres

de haut pour 1 630

kilos) a été lancée

le 3 juin 2011

depuis la plateforme

flottante

Sputnik, en mer

Baltique.

THOMAS PEDERSEN

60


1 PARACHUTE

Le parachute de

150 m 2 utilisé

pour la capsule

du lanceur Tycho

Deep Space est

exposé au musée

de l’association.

2 PROPULSION

L’équipe a commencé

à utiliser

le mélange éthanol-oxygène

liquide avec

les premiers

moteurs TM-65.

3 CAPSULE

Amoureusement

baptisée Beautiful

Betty, la petite

capsule du Tycho

Deep Space

peut abriter un

astronaute.

1

2

3

INNOVATOR 61


HEAT-1X (2011), Sapphire (2013) ou

Nexø II (2018) ont parfaitement fonctionné,

d’autres lancements ont

connu plus de problèmes : Nexø I

(2016), qui inaugurait un tout nouveau

type de fusée, n’a pas atteint la

vitesse espérée, et HEAT-2X (2014) est

partie en flammes lors du lancement.

Mads se souvient : « Nous avons vu

deux ans de travail intensif partir en

fumée. Mais cinq minutes après l’incendie,

on était de nouveau à fond. »

« L’ORDINATEUR DE

CONTRÔLE PROVIENT

DE LA CAISSE CENTRALE

D’UN BURGER KING. »

Forts de ces expériences, les Suborbitals

se sont lancés dans ce qui est

leur plus gros projet jusqu’ici : la

construction de la fusée Spica, qui

doit envoyer, d’ici 2030, un astronaute

amateur à plus de 100 kilomètres

au-dessus de la Terre. C’est là

que se trouve la ligne Kármán qui

marque le début de l’espace. Une fois

détachée du lanceur, la capsule habitée

doit redescendre sur Terre et être

freinée par un parachute. Si le projet

réussit, le Danemark deviendra le

quatrième pays, après la Russie, la

Chine et les États-Unis, à avoir

envoyé un astronaute dans l’espace.

Un projet colossal qui n’a d’égal que la

maigreur de leurs moyens : entièrement

bénévoles, les membres de CS

ne sont pas tous des spécialistes de

l’espace, loin de là. Si l’équipe compte

deux anciens employés de la NASA et

de l’ESA et quelques constructeurs de

composants satellites pour l’Université

technique, 90 % des membres n’ont

rien à voir avec ce domaine. Ils sont

techniciens, ingénieurs, informaticiens

ou travaillent dans les relations

publiques. On y trouve aussi un instituteur

et un physiothérapeute.

L’amateurisme, les Orbitals le compensent

par un enthousiasme sans

limite et une passion revendiquée

pour le bidouillage : trouver des

pièces, les décortiquer, les remonter,

les tester… Ces rois de la débrouille se

retrouvent souvent le soir après le travail

ou le week-end dans un des deux

hangars (1 000 m²) de l’association,

où s’entassent des montagnes de

pièces détachées et de ferraille en tous

genres. Dans ce décor digne d’un film

steampunk, « tout le monde bosse gratos,

on organise deux à trois fois par

semaine des ateliers ouverts au public,

en essayant de garder des effectifs

réduits pour être plus efficaces ».

Durant les ateliers, on apprend à

réparer, détourner ou adapter toutes

sortes de pièces ou d’appareils pour

l’usage spatial. Comme ce vieux

sèche-cheveux, dont la soufflerie a été

utilisée dans Nexø II pour éviter que la

valve ne gèle à l’intérieur de la fusée.

Ou l’ordinateur de contrôle au sol, qui

faisait partie, dans une autre vie, de

la caisse centrale d’un Burger King et

servait à calculer le coût du supplément

mayonnaise. Autre trouvaille

dénichée à la casse et détournée : cet

ancien radôme, un dôme abritant les

antennes, qui sert aujourd’hui à

amplifier le signal wifi du navire de

commandement. C’est depuis ce

bateau qu’on démarre le compte à

rebours : il faut dire que les tirs de

fusée ont lieu en haute mer, dans la

Baltique, pour des raisons de sécurité.

Les composants des fusées peuvent

aussi provenir de vieilles bagnoles,

comme les cartouches de gaz que l’on

Contrôle de

sécurité

Jop Nijenhuis

consolide un

système de secours

pour évacuer

l'astronaute

en cas d'urgence.

62 INNOVATOR


« LES SUBORBI-

TALS VEULENT

COMPRENDRE

COMMENT LES

CHOSES FONC-

TIONNENT. C’EST

POUR CELA QU’ON

DÉMONTE TOUT. »

trouve dans les airbags et qui serviront

à lancer le parachute d’atterrissage.

Deux raisons expliquent cette

obsession du recyclage : la première,

c’est que les Suborbitals sont des passionnés

du bricolage. Des geeks qui

adorent démonter un appareil pour

voir comment ça marche. La deuxième,

plus pragmatique, est évidemment

le manque de moyens.

Car si le budget annuel de la NASA

avoisine les 22,6 milliards de dollars,

celui de Copenhagen Suborbitals est

à peine de… 100 000 dollars. Un

budget microscopique qui sert à

payer le loyer des hangars, le matos

et les réparations. La trésorerie de

l’association est approvisionnée par

une communauté de crowdfunding

d’environ 600 personnes, qui

donnent en moyenne 10 à 20 dollars

chaque mois.

Cette contrainte financière les oblige

certes à rester créatifs, mais la

construction d’une fusée demeure un

objectif accessible : « Je suis épaté de la

façon dont SpaceX (l’entreprise d’Elon

Musk qui produit les fusées Falcon 9,

ndlr) a conçu des lanceurs capables

d’atterrir tout seuls et d’être réutilisés.

Heureusement que nous ne devons

pas faire ça. Nos fusées doivent savoir

faire deux choses : atteindre l’espace

et retomber dans la mer au moyen

d'un parachute. » Mads explique pourquoi

il est convaincu de la faisabilité

du projet : « On sera capable d’envoyer

un astronaute amateur dans l’espace

INNOVATOR 63


64 INNOVATOR


Loi de l’attraction

Jop Nijenhuis a

quitté les Pays-

Bas pour se

consacrer au projet

danois : il tient

ici un élément de

l’enveloppe du

lanceur Nexø I.

Ateliers

De nombreux

tests (machines

et matériel) sont

réalisés dans

les bâtiments

de l’association.

1

2

Test parachute

Une nouvelle idée

est d’abord testée

à petite échelle.

Si les tests sont

bons, on lance

la fabrication d’un

parachute à taille

réelle.

Rocketeer danois

Thomas Madsen

fait partie de

l’équipe de

construction.

Cet ingénieur a

conçu de nombreuses

pièces

grâce au logiciel

SolidWorks.

1

L’ENVELOPPE

Pour des questions

de poids,

l’extérieur de

HEAT-2X est

composé

presque intégralement

d’aluminium.

Le trou

permet aux ingénieurs

d’accéder

au moteur.

2

LES AILERONS

Ils sont numérotés

pour permettre

à l’équipe,

en filmant la

fusée, de savoir

à quelle vitesse

elle tourne.

INNOVATOR 65


« LES PROGRÈS

TECHNIQUES ONT

RENDU L’AVENTURE

SPATIALE PLUS

ACCESSIBLE. »

grâce à la fusée Spica d’ici 2030,

parce que cette science est à notre

portée aujourd’hui. » Loin d’être

farfelue, cette certitude, partagée

par tous les membres de l’association,

se base sur l’histoire de l’ingénierie

spatiale. Toutes les connaissances,

les concepts et les théories

utilisés actuellement dans les

hangars du port de Copenhague

trouvent leurs origines dans les

travaux réalisés par la NASA et

l’Union Soviétique durant les

années 50 et 60, et dont les résultats

ont été largement décrits et

diffusés.

Un savoir colossal auquel viennent

s’ajouter les progrès techniques

des dernières décennies. Un

exemple : si la construction des

parois toléraient auparavant une

marge d’à peine 0,1 mm – au

risque de voir la fusée dévier de sa

trajectoire après le lancement – la

tolérance est aujourd’hui d’un millimètre.

Cette marge de manœuvre

supplémentaire est due au nouvel

ordinateur de contrôle, capable

de corriger automatiquement les

écarts. Il a été fabriqué en utilisant

une carte électronique Arduino,

achetée 100 euros. Si de telles

prouesses sont aujourd’hui accessibles

théoriquement au commun

des mortels, elles restent pourtant

d’une incroyable complexité.

Les échecs, dans ce domaine,

tiennent à peu de choses : c’est cet

amer constat qu’ont dû faire, en

2016, les membres de CS lors du

tir de Nexø I, qui n’a jamais atteint

l’altitude escomptée. Un problème

66 INNOVATOR


INFOS

Soutenir le projet

de Copenhagen

Suborbitals

CROWDFUNDING

Pour faire décoller

Spica d’ici 2030,

l’association a besoin

du soutien de ses

adhérents. Au choix :

MACH 2

Une adhésion de

niveau « Mach 2 »

vous ouvre l’accès à

tous les tests publics

et coûte 10 dollars

par mois.

MACH 3

Les adhérents « Mach

3 » auront en plus la

chance de voir leur

nom figurer sur la

fusée Spica, pour

20 dollars par mois.

Infos : copenhagen

suborbitals.com

Rocket Man

Mads Wilson est

le porte-parole

de Copenhagen

Suborbitals,

conférencier

TED et membre

du conseil de

l’association.

lié au carburant du moteur, alimenté

par un mélange d’éthanol

et d’oxygène liquide : or, ce dernier

est d’une manipulation très

complexe, puisque l’oxygène

ne devient liquide qu’à une température

de – 183 °C et que tout

réchauffement entraîne une évaporation

– ce qui peut s’avérer

dangereux. Rendu à l’état

gazeux, l’oxygène prend alors

860 fois plus de place, et doit

s’échapper. Le remplissage du

réservoir est donc une étape délicate,

toujours réalisée au dernier

moment. Malgré cela, il a fallu

trois essais pour que les ingénieurs

parviennent à déterminer

la quantité d’oxygène liquide

dans le réservoir. Trois essais

qui illustrent la ténacité de ces

astro- bricoleurs. Le premier essai

a consisté à peser la fusée avant

et après remplissage. Une technique

qui fonctionnait sur la

terre ferme, mais pas sur la plateforme

flottante de lancement.

L’équipe a alors eu l’idée d’installer

une tige au milieu du réservoir,

sur laquelle étaient fixés des

capteurs de température tous les

cinq centimètres. Cette jauge permettait

certes de vérifier la quantité

d’oxygène, mais n’était pas

encore assez précise. La troisième

tentative, qui consista en un capteur

de niveau, fut la bonne : une

fois l’idée validée, le zèle et l’orgueil

des rois de la bidouille ont

fait le reste. Au lieu de s’en payer

un neuf à 8 000 dollars, les

membres de CS ont décidé de

se fabriquer un capteur à partir

d’un réservoir d’oxygène liquide

provenant d’un hôpital « On l’a

démonté et on en a construit un

plus petit pour le faire rentrer

dans notre réservoir. »

Cette créativité, les Suborbitals

veulent en faire profiter le plus

grand nombre. Une transparence

qui s’explique évidemment par

le caractère participatif de leur

financement, mais aussi parce

que le projet spatial est, depuis

son lancement, conçu dans l’esprit

open source. CS a ainsi

publié près de 300 vidéos You-

Tube sur ses avancées et les principes

de physique et d’ingénierie

« CE QUE NOUS

RÉALISONS EN-

SEMBLE EST PLUS

GRAND QUE CE QUE

NOUS SOMMES

INDIVIDUELLE-

MENT. »

qui les sous-tendent, donné des

cours de technologie spatiale à

l’université et aidé à la création

d’une start-up. L’un de ses

membres, Jacob Skov Larsen

figure également dans le jury du

concours EuRoc (European Rocketery

Challenge). « Nous voulons,

par notre travail, inspirer les gens

et les motiver à entreprendre l’impossible.

Le message que nous

voulons transmettre, c’est que

ce que nous réalisons ensemble

est plus grand que ce que nous

sommes individuellement. »

Plus de douze ans après la création

du projet, la passion et

l’acharnement qui animent ces

bricoleurs de l’espace – et toutes

celles et ceux qui les soutiennent

– demeurent intacts. Le rêve se

poursuit, malgré les défaites et

les déceptions… Mais déjà, le

chemin parcouru par Copenhagen

Suborbitals force le respect :

ils entrent maintenant dans la

dernière phase du projet, la plus

compliquée aussi. Tous y croient

dur comme fer : ils réussiront

à envoyer un astronaute dans

l’espace. Bientôt. C’est juste une

question de temps.

INNOVATOR 67


Un virage bien

négocié : Nico

Rosberg avait

déjà pensé à son

projet d’investissement

durable

quand il était encore

pilote de F1.

68 INNOVATOR


J’AI MANIFESTÉ

POUR

LE CLIMAT

Texte WERNER JESSNER

Photos TOM ZIORA

Nico Rosberg, 35ans, est le dernier pilote de F1 à avoir vaincu

Lewis Hamilton. Devenu champion du monde, il a pris sa

retraite sans tarder pour entamer une carrière réussie

d’investisseur en développement durable et en innovation.

Rencontre avec un ancien égoïste repenti.

INNOVATOR 69


Tthe red bulletin inno vator :

Tu te définis comme un entrepreneur

en développement

durable. Qu’est-ce que ça veut

dire ?

nico rosberg : C’est quelqu’un

qui s’appuie sur certaines valeurs,

ne réfléchit pas qu’en termes de

Toujours

profit mais essaie, par ses investissements,

d’avoir un impact positif

sur la société et l’environnement.

Comment en es-tu arrivé là ?

Je me suis fait cette promesse

lorsque j’étais pilote de F1. Après

cette phase « satisfaction de l’ego »,

je savais que je voulais commencer

à me rendre utile. Je sentais qu’il

me manquait quelque chose.

On se réveille un beau matin en

pensant au bien de l’humanité

au lieu de penser à soi ?

C’est un processus qui a commencé

pendant ma carrière de

pilote. Je travaillais avec un psychologue,

et c’est au cours de nos entretiens que j’ai

compris la force que cela nous procure

lorsqu’on fait le bien et qu’on pense aux

autres. Je le sais aujourd’hui : c’est un sentiment

incroyable de faire quelque chose

contre le réchauffement climatique, et

c’est ça qui motive aussi toute mon équipe.

Peut-on s’autoriser à être altruiste quand

on doit gagner contre Lewis Hamilton

pour être champion du monde ?

On doit faire preuve d’égoïsme pour avoir

du succès, mais même là, on peut essayer

de trouver un certain équilibre, parce

qu’on n’arrive à rien tout seul : on a besoin

du soutien de l’équipe, des fans.

N’est-ce pas aussi la mauvaise

conscience qui t’a fait passer de la F1

au développement durable ?

Absolument pas. Je suis fier de mes succès

dans ce sport, et puis il ne faut pas

oublier : de nombreuses innovations technologiques

sont nées grâce au sport automobile.

Le développement de moteurs

turbo plus compacts et plus économes,

de moteurs hybrides, l’usage des fibres

de carbone pour davantage de légèreté…

Tout cela, on le doit à la F1.

Parlons d’un autre projet de course tout

nouveau, dans lequel tu es impliqué : les

séries Extreme E, qui vont débuter cette

année. Quelle est l’idée derrière ce

championnat ?

Il s’agit de courses de SUV électriques dans

des régions du monde touchées par le

réchauffement climatique : par exemple

l’Amazonie, ravagée par les incendies, ou

le Sénégal, dont les côtes sont polluées par

le plastique. Ce championnat réunit mes

deux passions : le sport automobile et le

développement durable. Notre équipe est

réunie autour de certaines valeurs et j’espère

qu’on pourra en inspirer d’autres. Le

sport a une dimension émotionnelle très

forte, et il faut l’utiliser à bon escient : faire

le bien, influencer le grand public dans la

bonne direction. Être un exemple.

Quelles sont les valeurs défendues par

le championnat Extreme E ?

Un exemple : nous nous engageons,

quand nous quitterons les lieux où se

dérouleront les courses, à les laisser dans

un meilleur état qu’à notre arrivée. Attirer

l’attention sur le réchauffement climatique,

c’est une chose, mais avoir une

action concrète sur place pour aider les

gens, ça compte aussi. Lorsque nous

étions en Espagne fin 2020 pour les séries

de tests, notre équipe a ainsi contacté la

première société de reboisement du pays.

en lice :

après ses adieux

à la Formule 1,

Nico Rosberg est

devenu un « investisseur

vert ».

70 INNOVATOR


« Le potentiel

économique d’un

projet est aussi

important que

son potentiel

humaniste. »

INNOVATOR 71


Un deal a été conclu pour reboiser une

partie du parcours de la course, et nous

avons même planté les 100 premiers

arbres de nos mains. C’est un petit geste,

mais ça illustre notre façon de penser.

Tu investis surtout dans le domaine de

la mobilité : faut-il selon toi s’engager

dans des secteurs que l’on connaît bien ?

Évidemment, c’est un domaine où je me

sens très à l’aise, pour lequel j’ai une passion,

un réseau de contacts et une crédibilité.

Mais c’est aussi parce qu’on va beaucoup

en parler dans la prochaine décennie,

avec la transition énergétique, les véhicules

électriques, peut-être aussi l’hydrogène.

Sur les vingt investissements que j’ai

dans mon portefeuille, trois sont bien placés

pour devenir des licornes (terme qui

désigne des startups valorisées à plus d’un

milliard de dollars, ndlr) et ils concernent

tous le secteur du transport électrique :

Fornula E, Lilium (taxis aériens, ndlr) et

Tier (trottinettes électriques en location,

ndlr). Mais ça ne m’empêche pas de m’intéresser

à d’autres secteurs, comme celui

de l’alimentation, notamment pour des

convictions personnelles : je suis obsédé

par la santé.

Y a-t-il un projet cher à ton cœur dont

le succès a dépassé toutes tes attentes ?

Le projet Tier, avec les trottinettes électriques.

Il y a beaucoup de concurrence sur

ce marché, les gros groupes américains y

injectent des milliards, sans compter qu’au

début, il n’y avait aucune régulation de circulation

dans les villes : le risque était donc

énorme. Mais on a eu récemment la participation

du géant japonais Softbank, à

hauteur de 250 millions de dollars. Tier

est aujourd’hui le n° 2 du secteur au niveau

mondial et leader du marché en Europe.

C’est incroyable tout ce qui s’est passé ces

dernières années, et ça montre la compétence

des fondateurs de la boîte, pour arriver

à se hisser à cette place, dans un marché

aussi concurrentiel.

Quel concept, quelles qualités doit

avoir un nouveau projet pour te donner

envie d’y investir ?

Il faut deux choses : une idée de base qui

fonctionne et que le projet soit fondé sur

des valeurs. Le potentiel économique d’un

projet est aussi important que son potentiel

humaniste. Il faut aussi que les fondateurs

et moi soyons sur la même longueur

d’onde, et qu’ils ne soient ni bornés ni

imbus d’eux-mêmes : toute jeune pousse

va devoir changer son système de

management au moins une fois pour

s’adapter à sa croissance. Cela

demande d’être flexible, et c’est

pour ça que j’ai besoin de savoir

qui sont les autres investisseurs

sur le projet.

Te considères-tu « seulement »

comme un investisseur ?

Non, je suis un créateur de projet :

le Greentech Festival de Berlin,

qui réunit entrepreneurs, consommateurs

et investisseurs autour

d’innovations en développement

durable. Nous sommes devenus

l’un des premiers festivals d’Europe

en la matière. On a ainsi eu

la visite de personnages haut

placés, comme le PDG de Google,

Sundar Pichai, ou la présidente

de la commission européenne,

Ursula von der Leyen.

Mieux vaut donc investir dans

les panneaux solaires et les

moteurs alternatifs que dans les

armes et le tabac ?

Évidemment, c’est aujourd’hui

complètement dans la tendance.

Et c’est génial parce que ça va

accélérer la transition énergétique !

Dans les prochains cinq à dix ans,

c’est dans ces secteurs qu’on va

avoir les plus gros retours sur

investissement. Et des mouvements

comme Fridays for Future

ont une influence là-dedans.

Comment ça ?

C’est ce que j’ai observé dans mon

cercle d’amis : le PDG d’une grosse

boîte voit ses enfants rentrer le

vendredi soir de la manif et lui

demander : « Papa, et toi, qu’est-ce

que tu fais contre le réchauffement

? Tu peux faire tellement

de choses ! Ça peut pas continuer

comme ça ! » Et hop, dans la

semaine qui suit, le sujet devient

« Le sport a

une dimension

émotionnelle

très forte,

qu’il faut utiliser

à bon escient. »

QUELQUES

CHIFFRES

6

ans : l’âge où

Nico a conduit

un kart pour la

première fois

23

victoires obtenues

en dix ans

en tant que

pilote de F1

910 000

abonnés sur sa

chaîne YouTube

35 000

visiteurs pour

son premier

Greentech

Festival en 2019

20

startups et

projets : son

portefeuille d’investissements

72 INNOVATOR


investir dans la Formule E, il m’a dit que

j’étais un abruti. Et maintenant, c’est lui

qui programme son réveil pour ne rater

aucune course ! Des gens comme lui, ça

montre bien à quel point la mobilité électrique

est acceptée à présent. Il ne nous

reste plus qu’à convaincre le plus farouche

de tous les petrolheads : Walter Röhrl,

champion du monde de rallye. Mais même

ça, on y arrivera. (rires)

Que conseiller aux gens qui doutent

encore des véhicules électriques ?

Qu’ils se penchent un peu sur le sujet,

qu’ils s’informent de manière éclairée : tout

le monde n’a pas à acheter une voiture

électrique. Mais ce mode de transport est

aujourd’hui, dans de nombreux domaines,

plus avantageux que le mode conventionnel,

même si cela dépend des besoins de

chacun. Pour circuler en centre-ville, si l’on

compare sur cinq ans, cela coûte moins

cher de rouler en électrique.

GEPA PICTURES/RED BULL CONTENT POOL, TEAM NICO ROSBERG

L’étoffe des vainqueurs :

Nico Rosberg a fait partie

des grands champions de

F1, en photo ici lors de la

victoire sur le Red Bull Ring,

à Spielberg (Autriche),

en 2014.

une des priorités du conseil de

direction. Il ne faut pas sousestimer

le pouvoir des jeunes…

Ils en feraient une tête, ces

jeunes, s’ils voyaient Nico

Rosberg participer avec eux aux

Fridays for Future...

C’est précisément ce que j’ai fait !

À Berlin, pendant le Greentech

Festival. Je l’admets : au début,

j’étais pas vraiment dans ma zone

de confort. Quand je me suis

retrouvé sur la scène à côté d’un

gamin de neuf ans, j’ai été fasciné

par la passion qu’il mettait dans

ses propos. C’était le genre d’enthousiasme

que j’avais pour la F1 !

Et c’est cet enthousiasme que j’essaie,

grâce à mon statut et à mon

réseau, de transmettre au public.

Ta nouvelle passion pour le tout

électrique a dû susciter beaucoup

d’incompréhension chez

les anciens...

Mon père (Keke Rosberg, champion

de F1 en 1982, ndlr) est l’archétype

même de ces fans de bagnoles à

l’ancienne qu’on appelle les petrolheads.

Quand j’ai commencé à

Les vieilles Porsche et autres Ferrari

sont-elles condamnées à finir leurs vies

au fond d’un garage ?

J’espère qu’on aura toujours envie de voir

et de faire rouler les belles voitures. Elles

font partie de notre histoire, de notre

culture. Peut-être trouvera-t-on un jour un

carburant qui remplacera l’essence. Mais

je pense qu’il faut garder ce patrimoine,

et qu’il vaut mieux essayer de trouver des

solutions plutôt que d’interdire.

Possèdes-tu un de ces old timers ?

Oui, une Mercedes 300 SL Gullwing. Mais

chez moi, à Monaco, j’utilise surtout l’application

Mobee (car-sharing électrique,

ndlr) pour mes déplacements : on peut

louer une petite Renault Twizy, qui permet

de se garer partout, même sur les

places moto.

Quels enseignements le sport automobile

peut-il apporter au secteur de la

mobilité ?

La quête de perfection. Ne jamais faire les

choses à moitié.

Et au secteur de l’investissement ?

Savoir prendre des décisions rapidement.

C’est le même problème en politique, où

l’on parle beaucoup sans prendre de décision.

Alors que dans le sport : on discute,

on décide. On discute, on décide. C’est

une force que j’apporte dans le milieu

du business : je suis un décideur. Cette

INNOVATOR 73


Nouvelles perspectives

: Rosberg

veut booster l’engouement

pour

l’électrique avec

le championnat

Extreme E.

« Ce que le sport auto

peut apprendre au secteur

de l’investissement ?

Savoir prendre des

décisions rapidement. »

74 INNOVATOR


lenteur apathique qu’on a dans les

grandes entreprises, c’est quelque chose

que je ne supporte pas.

Cette phrase aurait pu sortir de la

bouche de ton ancien chef, Toto Wolff.

Toto est l’exemple parfait du manager qui

sait prendre des décisions. Un vrai leader,

mais pas un dictateur : il a confiance en

ses employés et fait tout pour les valoriser,

les responsabiliser. Ça leur donne de la

force et du courage et ça profite à toute

la boîte. Quand un chef montre de l’empathie

et de la reconnaissance, c’est une

sacrée motivation pour son équipe, et c’est

ce que j’essaie de faire dans la mienne.

Comment, concrètement ?

Un exemple : on a dû se mettre en télétravail,

et on va continuer comme ça après la

pandémie : ça permet notamment à mes

employés allemands de rester près de leurs

familles et de ne pas faire des allers-retours

en France ou à Monaco. Ils se sentent bien

et la productivité s’en ressent.

Comment vois-tu l’avenir, dans le

monde des transports ? Comment se

déplacera-t-on en 2040 ?

Les trajets seront pour la plupart – du

moins dans le monde occidental – complètement

propres, et j’entends par là

vraiment propres, pas juste sur le papier

après les mesures de compensation. Il y

aura aussi ce qu’on appelle des « chaînes

de mobilité », c’est-à-dire qu’on aura une

seule appli pour calculer et organiser tous

nos itinéraires, un peu comme Netflix :

une appli de Transports à la demande.

Par exemple, si je veux aller de Berlin à

Hambourg, elle me réservera la trottinette

électrique jusqu’au train, et à Hambourg,

j’aurai un drone autonome pour

m’amener à ma destination, si c’est en

dehors de la ville. Et le soir, je ferai du

car-sharing électrique pour me rendre

à une soirée entre amis.

Qu’est-ce que ça te fait quand tu t’imagines

ce monde-là ?

J’ai hâte d’y être : ça va nous apporter une

meilleure qualité de vie.

Cette chaîne de mobilité permettra –

contrairement à aujourd’hui – de se

faire transporter de porte à porte.

Et c’est là où l’Allemagne doit faire attention

pour bien négocier le tournant : c’est

le logiciel, l’application, qui va constituer

tout l’intérêt de la chose. Les constructeurs

de hardware vont perdre beaucoup

de terrain, comme dans l’industrie

du téléphone portable, à l’époque.

L’industrie automobile allemande

doit être très prudente pour ne

pas connaître le même sort que

Nokia. J’aimerais leur conseiller

de ne pas se faire damer le pion

par les Chinois ou les Américains

et de développer maintenant leurs

propres compétences.

Est-ce qu’on se déplacera autant

en 2040 qu’à l’époque d’avant

la pandémie ?

D’ici là, on aura eu une autre innovation,

que j’ai particulièrement

hâte de voir : les conférences virtuelles

avec des hologrammes.

Cela rendra nos conference calls

plus humains, plus vrais. Mais si

le fait de voyager devient un jour

une activité complètement propre,

qu’est-ce qui nous empêcherait

d’en profiter comme avant ?

Quel regard jettera-t-on alors

sur notre époque, à ton avis ?

Peut-être le même regard que

nous avons aujourd’hui sur la F1

des années 60. Ou sur une époque

où on se fichait des ceintures de

sécurité. On sera content d’avoir

opéré cette transition, et on se dira

que c’est bien mieux qu’avant.

Tes filles ont aujourd’hui trois

et cinq ans. Crois-tu qu’elles

devront passer un jour leur

permis de conduire ?

Je suppose que l’une le fera, et pas

l’autre. Mais là, c’est surtout à

cause de leurs caractères : l’une

est une fonceuse et téméraire

alors que sa sœur est plutôt prudente

et réservée.

Si tu devais définir, en tant

qu’entrepreneur, un équivalent

au titre de champion de monde

pour la F1, ce serait...

La taille de l’impact qu’auront

tous mes projets. Combien de personnes

j’ai touchées et inspirées

grâce à eux. Quelle a été ma

contribution à apporter un changement

positif. Difficile de viser

aussi haut que champion du

monde, mais la bonne nouvelle,

c’est que ma carrière d’entrepreneur

va durer beaucoup plus

longtemps que celle de pilote.

INNOVATOR 75


1

ANYBOTICS

LE MEILLEUR AMI

DE L’HOMME

Perdre la vie (ou la santé)

pour en sauver une autre :

c’est le sacrifice qu’ont fait

et font encore de nombreux

hommes et femmes dans

l’exercice de leur métier

(pompiers, sauveteurs,

liquidateurs de catastrophes

nucléaires...). Un dilemme

qui pourrait bientôt se poser

de moins en moins à l’avenir,

grâce à une entreprise

zurichoise, ANYbotics, et son

invention : ANYmal. Il s’agit

d’un robot quadrupède aussi

gros qu’un chien, équipé

de caméras (infrarouges ou

autres types) et de capteurs

(de température ou d’air, pour

repérer les fuites de gaz par

exemple), capable de se faufiler

dans des endroits difficiles

d’accès : le chien-robot peut

agir en totale autonomie ou

au contraire se faire diriger

à distance. « Il intervient là

où le risque est trop élevé

pour l’être humain », résume

Marco Hutter, co-développeur

du projet ANYmal et professeur-assistant

en robotique

à l’École polytechnique

fédérale de Zurich. La mise

en vente est prévue cette

année – notamment grâce à

une levée de fonds de vingt

millions de francs suisses l’année

dernière. Mais avant de

partir explorer le monde, ce

super-toutou doit être équipé

d’une carapace anti-poussière

et imperméable, pour le

rendre encore plus résistant.

anybiotics.com

START

ME

CHIENS-ROBOTS DE SAUVETAGE,

MODULES SOLAIRES VENUS DE L’ESPACE

ET GUÉRISON DES PARALYSIES : VOICI

7 START-UPS SUISSES QUI VONT NOUS

RENDRE LA VIE PLUS BELLE.

TEXTE : DANIEL SCHIEFERDECKER

UP

ANYBOTICS AG

76 INNOVATOR


ANYmal aide aux

opérations de sauvetage

et de recherche

de victimes après

une catastrophe.

INNOVATOR 77


3

ANNAIDA

UNE IDÉE

FERTILE

2

MYCAMPER

YES, WE CAMP!

L’idée est née d’un constat

simple : les propriétaires de

camping-car laissent souvent

leur véhicule dormir au fond

d’un garage durant l’année

tout en payant les frais d’achat

et d’entretien. D’un autre

côté, il y a tous ces gens qui

rêveraient de tester la van

life sans avoir à tout plaquer

ou à se mettre un crédit sur

le dos. Deux problèmes, une

solution : mettre en relation

les deux parties pour leur permettre

de rentrer dans leurs

frais (pour les uns) et d’en

économiser (pour les autres).

C’est la raison du succès de la

start-up bâloise MyCamper.

Le fondateur, Michele

Matt, est évidemment un

fan de camping : l’idée lui

est venue lors d’un trip avec

son bus VW en Sardaigne, en

2014. À son retour, il lance

une première version de la

plateforme et commence à

développer une flotte de véhicules,

aujourd’hui composée

de plus de 1 400 modèles.

De quoi satisfaire toutes les

bourses. Car ce partage entre

particuliers coûte environ

30 % moins cher que chez un

loueur traditionnel.

MyCamper est bien parti

pour durer, et ce malgré (voire

grâce à) la pandémie mondiale

: ce mode de vacances

libre, flexible et bon marché

est en effet amené à se développer

à l’avenir. De plus, la

tendance du sharing séduit

de plus en plus de gens, développement

durable oblige.

Stefan Lieberherr le rappelle :

« Un véhicule loué, c’est un

véhicule qui n’aura pas besoin

d’être acheté et donc produit. »

mycamper.ch

Simple et même durable :

des vacances dans un

camping-car de location.

« Nous mettons en

contact propriétaires

privés et

clients potentiels »,

résume Stefan

Lieberherr, le responsable

marketing

de MyCamper.

La procréation médicalement

assistée a encore un taux de

réussite désespérément bas :

35 % de chance que la grossesse

aboutisse. En cause :

la viabilité des embryons

inséminés est trop difficile

à évaluer. Faute d’informations

suffisantes, la sélection

est faite de manière plus ou

moins arbitraire, augmentant

le risque d’échec. La start-up

Annaida a donc développé

Embryonspin, un scanner par

résonance magnétique capable

d’observer les embryons dès

le premier stade d’évolution.

Gora Conley, co-fondateur

d’Annaida : « La procréation

assistée se fait en général in

vitro », c’est-à-dire qu’on crée

des embryons dans des éprouvettes,

pour inséminer celui

qu’on estime le plus viable

dans l’utérus de la mère. Pour

choisir, on se fie à des scanners

encore trop imprécis et dont

l’utilisation est compliquée.

« L’Embryospin est différent :

maniable, et 50 fois plus précis

que les scanners traditionnels,

résume Conley. Un avantage

qui augmente considérablement

les chances de succès

d’une grossesse. » Une levée

de fonds en 2020 a permis à la

start-up de récolter un million

de francs suisses. annaida.ch

L’Embryospin n’est

pas plus grand

qu’une boîte d’allumettes

et examine la

viabilité des

embryons.

ANDREA WULLIMANN, THOMAS EGLI/KLENICO

78 INNOVATOR


„WIR WOLLEN

UMWELT­

SCHÄDLICHE

GASÖFEN

ABLÖSEN.“

4KLENICO

G É OGRAPHE

DE L’Â M E

Les troubles et maladies psychiques

concernent environ

un milliard de personnes sur

Terre, et sont la cause, dans le

monde du travail, d’un arrêt

maladie sur trois. Ces chiffres

augmentent constamment.

Face à ce phénomène, la

start -up suisse Klenico a mis

au point un instrument de

diagnostic en ligne, qui permet

de se faire rapidement

une idée des troubles psychiques

affectant un patient.

Une aide considérable pour le

corps médical, qui peut ainsi

intervenir plus vite et plus

efficacement. Le principe de

Klenico : établir, en interrogeant

le patient pour évaluer,

mesurer et synthétiser tous

les symptômes, une « cartographie

» précise de son état

psychique, permettant au

psychiatre de personnaliser

le traitement.

« Nous sommes des révélateurs

de troubles psychiques,

résume Richard Etter, PDG de

Klenico. Dans les cartes des

symptômes, le patient coche

les troubles ressentis subjectivement,

comme par exemple

“lassitude”, et aussi les autres

symptômes liés, qu’il n’aurait

pas forcément mentionnés

à son médecin traitant, tels

que “perte de concentration”

ou “auto-critique” : le

médecin se fait donc une idée

plus complète de la maladie

et peut traiter les véritables

causes au lieu de traiter

simplement les symptômes.

Le test Klenico coûte actuellement

60 CHF et est déjà

proposé dans soixante unités

médicales en Suisse, en Allemagne

et en Autriche.

klenico.com

L’équipe Klenico,

de gauche à

droite : Alejandro

Salcedo,

Richard Etter

(CEO), Pia Eggimann

et Hannes

Bitto. Ci-contre :

une carte des

symptômes.

INNOVATOR 79


Autrefois paralysé

des jambes,

David Mzee est

aujourd’hui

capable de se

lever et de marcher

en s’aidant

d’un rollator.

5

ONWARD

UN PAS DE

GÉANT

En quelques secondes, David

Mzee est devenu paraplégique

suite à un accident de sport.

Une seconde fois, en l’espace

de quelques secondes, sa vie

a à nouveau basculé lorsqu’il

rencontre Grégoire Courtine,

neuroscientifique, professeur

à l’EFPL de Lausanne, et directeur

scientifique du projet

Onward.

Au cours de ses recherche

sur les lésions graves de la

moelle épinière, Courtine a

découvert que la moelle reste

en grande partie intacte et

qu’elle peut être stimulée

électriquement pour activer

les mouvements des membres

paralysés. Il travaille alors

sur la possibilité de relier le

cerveau et la moelle épinière

par stimulations électriques.

Les résultats sont très prometteurs

: David Mzee est

aujourd’hui capable de marcher

sur de courtes distances.

Une évolution qui permet

d’améliorer le contrôle de la

vessie, de l’appareil digestif

et des organes sexuels.

Bientôt, grâce à la création

d’un pont digital entre le

cerveau et la moelle épinière,

le patient pourra diriger luimême

les stimulations. Courtine

est plein d’espoir. Il espère

concrétiser cet objectif d’ici

2024. Le miracle deviendra

alors réalité.

wingsforlife.com ; onwd.com

6

INSOLIGHT

AU BEAU FIXE

Les panneaux solaires utilisés

dans le monde ne peuvent

capter que 15 à 19 % de l’énergie

solaire. Seules les cellules

utilisées principalement pour

les satellites dans l’espace

sont plus efficaces, mais elles

restent très chères.

Une start-up basée à l’EPFL,

Insolight, pourrait révolutionner

le secteur. Laurent Coulot,

PDG de la jeune pousse vaudoise

: « Nos modules utilisent

un modèle optique de structure

alvéolée, qui concentre

la lumière comme une loupe

et la redirige en un tout petit

point vers la cellule solaire.

Cette concentration permet

d’utiliser les mêmes modules

que ceux des satellites. Notre

technologie assure un rendement

de 29 %, soit presque

le double des panneaux classiques.

» Une efficacité qui

permet de ne plus être obligé

de faire pivoter les panneaux

vers le soleil.

L’objectif d’Insolight est de

commercialiser leur produit

pour optimiser la production

d’énergie solaire en Suisse

et ailleurs. Une innovation

qui permettrait de réduire

les émissions des gaz à effet

de serre. Le lancement est

prévu pour 2022. insolight.ch

ZUZANNA ADAMCZEWSKA-BOLLE

80 INNOVATOR


Endurant et robuste,

ASIO grille tous ses

concurrents sur le

terrain.

7

La technologie

Insolight permet de

doubler l’efficacité

d’exposition.

EPFL HILLARY SANCTUARY, OLIVER GISIGER/SWISS IMAGES/INSOLIGHT, FLYBOTIX

FLYBOTIX

IL N’A PEUR DE

RIEN

Voici un petit drone léger et

malin, mais qui en a dans le

ventre. Conçu pour les inspections

en milieu industriel

ou hostile, il aime le risque

(incendies, sites radioactifs,

mines souterraines) et la

distance : jusqu’à seize kilomètres

en extérieur.

ASIO – c’est son nom –

a été conçu par la start-up

Flybotix en partenariat avec

l’EFPL de Lausanne. Son

PDG, Samir Bouabdalla est

un spécialiste de la technologie

de drones d’inspection

utilisés sur les sites industriels

et dans les opérations

de sauvetage.

La grande nouveauté de

ce drone, c’est son endurance :

24 minutes de vol en autonomie,

soit plus du double de

celle des concurrents. Une

avancée considérable quand

on sait que c’était jusqu’à

présent le principal défaut des

drones de ce type. Plusieurs

raisons expliquent cette

performance : ASIO possède

deux rotors au lieu de quatre

(ce qui le rend plus léger),

ainsi qu’un mécanisme spécial

de direction commandé

par un algorithme, qui lui

assure la puissance aérodynamique

d’un hélicoptère.

Autre atout : sa cage

de protection ultra solide.

Autant de qualités qui n’empêchent

pas ASIO d’être étonnamment

silencieux et de se

faire discret quand il le faut.

flybotix.com

INNOVATOR 81


I N N O V A T O R

S A V O I R

NEUF

CONSEILS À

NE SURTOUT

PAS SUIVRE…

… ET TROIS IDÉES JUDICIEUSES SUR LA CRÉATION

D’ENTREPRISE, TOUS PASSÉS AU CRIBLE PAR LA

STAR DE L’ENTREPRENEURIAT SOPHIA AMORUSO.

SOPHIA AMORUSO,

36 ANS

Créatrice de succès, coach et

consultante en entreprise

Propos recueillis par

AREK PIATEK

« Seules les idées nouvelles sont bonnes »,

« Tu dois être passionné par ton idée, et te

battre pour l’imposer » : des « foutaises », selon

Sophia Amoruso, auteure et entrepreneuse à

succès qui a inspiré Girlboss, la série de

Netflix. Elle nous raconte ici ce qu’elle pense

des idées reçues sur la création d’entreprise

et quels sont les conseils à suivre pour une

carrière réussie dans l’entrepreneuriat.

GETTY IMAGES

82 INNOVATOR


MYTHE N °

Il faut être passionné

et se battre

pour s’imposer

N’importe quoi ! La passion

peut être un terrible frein, car

on n’écoute plus les conseils avisés

– notamment de gens qui s’y

connaissent… et qui pourraient

te dire, par exemple, que ton idée

a besoin d’être adaptée pour

fonctionner dans le monde réel.

Pouvoir écouter et remettre en

question l’idée de départ, c’est

beaucoup plus malin que de foncer

dans le mur tête baissée. D’où

mon conseil : être passionné par

ce qu’on entreprend : oui. Être

passionné par une idée fixe :

jamais !

MYTHE N °

Seules les

idées nouvelles

sont bonnes

Là encore, c’est faux ! Et je suis le

meilleur exemple pour en parler.

Quand j’ai commencé à vendre

des fringues vintage sur eBay, non

seulement la concurrence était là

depuis longtemps, mais elle était

énorme. Le plus important, c’est

d’arriver à faire la différence, à

te démarquer des autres, ce qui

peut se faire de multiples façons :

le produit que tu proposes, comment

tu le vends, l’image de ta

marque. Le fait d’avoir appelé ma

marque, Nasty Gal (trad. vilaine

fille, en référence à un album de

Bette Davis) a sûrement été judicieux

parce que c’est provocateur,

ça attire l’attention. Ce qui, en

affaires, représente la moitié du

chemin à parcourir.

MYTHE N °

Fais la chasse

aux investisseurs

pour les séduire

Non. Un investisseur – même s’il

t’écoute – ne va pas se laisser

convaincre par une simple idée.

C’est comme ça, et tu ne ferais

sans doute pas autrement. Par

contre, ce sont tes succès qui vont

l’impressionner. Donc : chercher

un investisseur, cela n’a de sens

que si tu as déjà des résultats

concrets à montrer. C’est là qu’il

va t’écouter et vouloir en

apprendre plus sur ton projet…

« NE GARDE

PAS TON IDÉE

POUR TOI,

CONFRONTE-

LA AU VASTE

MONDE : LE

FEEDBACK DES

AUTRES EST

EXTRÊMEMENT

IMPORTANT. »

MYTHE N °

Ne parle à

personne de

ton idée !

Voilà une crainte sans aucun

fondement. Pour deux raisons :

premièrement, il se peut que

ton idée prétendument géniale

ne soit peut-être pas si géniale

que ça. Cela peut faire mal, mais

explique aussi pourquoi il est

absolument nécessaire d’en parler

aux autres. Pour pouvoir tâter

le terrain avant de prendre un

risque et pour adapter éventuellement

son idée. Deuxièmement :

même si ton idée est absolument

géniale, personne ne va se ruer

pour te la voler, la breveter et

devenir ensuite millionnaire. De

mon côté, j’ai toujours eu besoin

des conseils des autres, et c’est

encore le cas aujourd’hui. C’est

une aide énorme et cela va te

mener beaucoup plus loin qu’en

restant seul dans ton coin à bosser

sur ton projet. Parce qu’il y

a des choses que tu ne vois pas

et que les autres voient. Donc :

parle de ton idée, confronte-la

au vaste monde, et observe ce

qui se passe. Le feedback des

autres, même celui d’inconnus,

est précieux.

INNOVATOR 83


MYTHE N °

En affaires,

l’intuition prime

sur la logique

Non ! Les deux sont également

importants. Ce qui compte, c’est

de les écouter au bon moment :

ton intuition te sera beaucoup

plus utile au début de ta carrière,

voire avant même que tu ne te

lances. C’est elle qui va te dire

ce que tu veux vraiment et ce

qui est fait pour toi. Plus tard,

lorsqu’arrivent les dépenses,

les recettes, éventuellement les

pertes, mieux vaut s’en tenir

aux chiffres… Si le bon sens te

susurre par exemple : « Arrête de

suivre ce modèle de management

», fais-le. Même si ton intuition

te dit autre chose.

MYTHE N °

Quitter son boulot

pour se lancer dans

son entreprise

Non ! Ce ne serait pas très malin,

sauf si tu es déjà plein aux as ou

que tu es trop jeune pour avoir

quelque chose à perdre. À tous

les autres, je conseille de rester

sur les deux fronts. De ma propre

expérience, je sais que beaucoup

d’entrepreneurs à succès

ont commencé leur business en

parallèle de leur ancien boulot.

Cela a plein d’avantages et ça

réduit le risque de se casser

la figure. On peut y aller petit

à petit, sans pression. Mon

conseil : ne quitte pas ton job,

mais réserve-toi régulièrement

du temps pour bosser sur ton

projet. Sois prêt à y consacrer des

heures sup, mais ne te mets pas

la pression : cherche, essaie et

travaille… de manière détendue,

car tu risques sinon de faire des

erreurs. Et puis franchement :

on n’a pas besoin de conquérir le

monde du jour au lendemain !

MYTHE N °

L’impatience est

une qualité pour

entreprendre

Si c’est le genre d’impatience

qui va booster ton adrénaline,

alors oui ! J’ai toujours fait

preuve d’impatience et d’empressement,

ce qui est positif,

parce que ça te pousse à faire

les choses. Mais il faut être en

mesure de la gérer soi-même.

Si tu répercutes ton impatience

sur ton associé, ça peut vite

tourner au vinaigre, parce que

tout le monde ne bosse pas de

la même manière… et certaines

personnes pourraient se sentir

dépassées par cette attitude.

« UN VRAI

CHEF DOIT SA-

VOIR METTRE

EN AVANT LES

ATOUTS DE

SES EMPLOYÉS

ET S’EN SER-

VIR DÈS QUE

POSSIBLE. »

BUSINESS-GIRL-POWER

Sophia Amoruso est une entrepreneuse née à San Diego, Californie. Elle

raconte dans son livre #Girlboss l’histoire de sa fulgurante ascension professionnelle

: partie de rien, elle a transformé ce qui était au départ un site

de vente de fringues vintage sur eBay en un empire financier de plusieurs

millions de dollars. Devenue une icône de la mode et un symbole du rêve

américain, elle a aussi inspiré la série Netflix, Girlboss. sophiaamoruso.com

84 INNOVATOR


POUR ALLER PLUS LOIN

Quelques classiques pour jeunes entrepreneurs.

Ambition

Ce livre, écrit par Sandra Le Grand

et Évelyne Platnic-Cohen, défend

l’ambition comme une valeur-phare

en racontant les parcours d’entrepreneurs

à succès.

Start-up attitude

Une lecture incontournable du journaliste

Adrien Tsagliotis qui réunit

des anecdotes de grands CEO autour

de la création de leur start-up pour

réussir dans l’entrepreneuriat.

L’art de la niaque

La psychologue Angela Duckworth

explique, grâce à son expérience dans

l’enseignement et les affaires, pourquoi

la persévérance mène au succès,

et non l’intelligence ou le talent.

MYTHE N °

Une équipe unie est

la base d’une bonne

collaboration

Non. Quand l’harmonie et l’unité

règnent au sein d’une équipe,

c’est que quelque chose ne tourne

pas rond ! L’unité, c’est la stagnation.

La diversité des opinions, les

discussions animées, les disputes

dans le groupe, c’est ça qui fait

évoluer la boîte, qui te pousse à

améliorer ce que tu fais, en fin de

compte. Ce qui est crucial, c’est

que tout ça aboutisse finalement

à un compromis satisfaisant. Je

dis toujours que la vraie qualité

n’est pas possible sans conflit.

MYTHE N °

C’est au chef

d’avoir toujours

le dernier mot

Si tu veux opprimer ton équipe,

installer une mauvaise ambiance

de travail et étouffer les atouts

potentiels de tes employés, alors

oui, c’est ce qu’il faut faire. Plus

sérieusement : on ne peut plus,

de nos jours, diriger une entreprise

comme un dictateur. Ce

qui compte davantage, c’est de

mettre en avant les points forts

de tes collaborateurs, de t’en servir

dès que tu peux, voire aussi de

les laisser prendre des décisions

si tu estimes qu’ils s’y connaissent

mieux que toi. Ce qui est parfois

le cas. Pouvoir l’admettre, en tant

que chef, c’est une grande force,

pour toi et pour ton équipe.

« IL EST

IMPORTANT

D’ÉCHOUER

PARCE QUE

C’EST CE QUI

TE PERMET

D’APPRENDRE.

ON NE TIRE PAS

DE LEÇONS

D’UN SUCCÈS. »

INNOVATOR 85


EN FIN DE COMPTE

CES 3 RÈGLES

VALENT DE L’OR

3. Vérifie bien

le marché avant

de te lancer

1. L’échec est bon si

tu échoues chaque

fois un peu mieux

D’accord à 100 % ! On a tendance

à croire que l’échec est un frein.

Alors qu’il faut au contraire pouvoir

l’envisager et même s’y préparer.

Cela représente souvent

une nouvelle manière de voir les

choses, mais c’est la réalité. Et ce

n’est pas un cliché que de le dire :

ce sont tes défaites et les leçons

que tu pourras en tirer qui te

feront le plus avancer… On ne

tire pas de leçons d’un succès.

2. Les réseaux,

encore et toujours

les réseaux !

Mille fois oui ! Se constituer un

réseau, en toute occasion : en

allant au fitness, au marché, dans

la rue… Pas juste lors d’événements

networking. C’est dans

les endroits les plus improbables

que j’ai fait les rencontres les

plus importantes de ma carrière.

Quelques mots, un tuyau, une

poignée de main, un numéro de

téléphone… Tu ne sais jamais

où tu vas faire la rencontre

qui va te servir plus tard.

Tellement vrai ! C’est la règle

numéro 1 : il faut étudier à fond

le secteur que tu vises, c’est

primordial. Cela commence par

une recherche approfondie sur

le net. Est-ce que ton idée est

complètement nouvelle ou y a-til

déjà d’autres enseignes qui la

proposent ? Si oui, comment s’y

prennent-elles ? Rentre dans leur

univers, imagine que tu es un de

leurs clients : qu’est-ce qui te plaît

dans leur manière de faire, et

qu’est-ce qui te déplaît ? Qu’estce

qui manque, d’après toi ? Si

tu étais à la tête de leur boîte,

qu’est-ce que tu changerais ?

Quels sont leurs points forts ?

Et leurs points faibles ? Comment

y remédier ? Te poser ce genre

de questions est très important,

parce que c’est ce qui permet d’aiguiser

ton regard sur l’essentiel,

c’est-à-dire ton business à toi.

À VOIR SUR NETFLIX

Personnages inspirants, conseils en or…

Voici trois séries pour donner envie de se lancer

Inside Bill’s Brain –

Decoding Bill Gates

Incursion dans l’univers du fondateur

de Microsoft. Par David Guggenheim

(Une vérité qui dérange).

The Mind, Explained

Comment fonctionne le cerveau humain

? Comment l’utiliser pour mieux

vivre et le développer ? Ce documentaire

nous livre quelques réponses.

Girlboss

S’inspirant de l’histoire de Sophia

Amoruso, la série suit le parcours

d’une jeune Cendrillon devenue reine

de la mode. Drôle et décapant !

NETFLIX

86 INNOVATOR


COURIR POUR CEUX QUI NE LE PEUVENT PAS.

REJOINS-

NOUS !

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MAINTENANT

9 MAI 2021 – 13 HEURES

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INNOVATOR

GUIDE

Infos et événements

Smart fashion :

Alpha Tauri tient chaud //

Save the Date : rendezvous

avec l’innovation //

Red Bull Basement :

les étudiants changent

le monde //

Point de vue :

le facteur humain à l’ère

du numérique //

Coup de projecteur :

le laboratoire du bout

du monde //

INNOVATOR 89


ESSAYER

Pure

performance

La Heatable

Capsule Collection

combine un design

sobre avec une

haute performance

technologique.

LA MODE FAIT

SON CHAUD

Oubliez le duvet ! Les meilleures

solutions anti-froid nous viennent

désormais de la smart fashion :

démonstration avec la nouvelle

Heatable Capsule Collection

d’AlphaTauri et ses vestes chauffantes

par batterie rechargeable.

Le monde est de plus en

plus « smart », et cette

hyperconnectivité nous

amène à redécouvrir les

objets de notre quotidien,

à les enrichir, à leur

donner de toutes nouvelles

fonctions. L’un des derniers

terrains d’expérimentation

sur ce que la technologie peut

nous apporter, c’est le secteur

de la mode, ou plutôt ce

qu’on appelle aujourd’hui la

« smart fashion », la mode

connectée. C’est ainsi qu’on

trouve désormais sur le

marché des vêtements qui

changent de couleur selon

notre humeur, des ceintures

de gaming qui vibrent en

fonction de l’action des

joueurs, et des bikinis qui

nous avertissent quand nous

restons trop longtemps au

soleil.

Cet esprit pionnier a réuni

la marque AlphaTauri, les

télécoms allemands et le

fabricant suisse Schöller

Textil autour d’un projet innovant

: créer une collection de

vêtements chauffants aussi

efficaces que pratiques en

combinant des textiles ultra

performants, la technologie

numérique et des fonctions

intelligentes.

Le résultat : la Heatable

Capsule Collection et ses

vestes et gilets chauffants que

l’on peut allumer par simple

pression ou depuis une appli

smartphone qui permet de

régler le niveau de chauffe

du vêtement. Un capteur

à l’intérieur de la veste permet

de contrôler et d’adapter

la chaleur générée au niveau

des poches et du bas du dos

(voir ci-contre). Petit plus : la

batterie utilisée pour chauffer

la veste peut aussi servir à

recharger votre smartphone.

Avec cette nouvelle collection,

AlphaTauri veut aller

plus loin dans l’aventure de

la « smart fashion ». Mais on

vous en dira plus le moment

venu. Petit indice : cette mode

sera résolument intelligente

et connectée.

Vestes et gilets pour hommes

et femmes, dans les couleurs

gris perle et bleu navy ;

alphatauri.com

90 INNOVATOR


MODE

HOT STUFF

Matières haute performance,

fonctionnalités pratiques

et innovantes : voici les

ingrédients de ces vêtements

chauffants nouvelle

génération.

La batterie

Se place dans une petite poche en

bas du dos pour alimenter les éléments

chauffants de la veste. Avec

son poids-plume (175 grammes),

elle sait se faire discrète… et polyvalente,

puisqu’on peut aussi l’utiliser

pour recharger son smartphone.

La commande

Fonctionne depuis une appli smartphone

spécialement créée pour la

collection, ou en pressant un simple

bouton à l’intérieur de la veste.

Au choix : deux niveaux de chauffe,

pour les poches comme pour le

bas du dos.

La matière

Baptisée « e-softshell », elle combine

les performances d’isolation et d’imperméabilité

du tissu softshell à

l’utilisation de fils conducteurs de

chaleur, utilisés pour la doublure.

D’autres matières spéciales comme

le corkshell offrent une isolation

optimale.

ALPHA TAURI

INNOVATOR 91


À FAIRE

ENVIE D’INNOVATION ?

Tu es au bon endroit ! Voici une sélection des meilleurs événements

qui se tiendront cette année, en ligne ou en vrai – selon l’évolution

de la situation.

Le phénomène TikTok s’invite

à la table : Onkel Banjou (dr.), star sur

TikTok et Adil Sbai, fondateur de we-

Create et expert TikTok. Discussion

animée par Jennifer Sarah Boone.

7et 8 septembre

dmexco

Comment se servir des réseaux sociaux pour gagner des

fans ? Une question centrale de cette conférence internationale

sur le marketing. Deux jours pendant lesquels

on parlera d’apprentissage automatique, de contenus

audio et d’influenceurs TikTok. Avec des intervenants de

premier choix : David Fischer, responsable du marketing

chez Facebook, Alicia Tillmann, son homologue pour

SAP et Alexander Birken, PDG de Otto Group, nous parleront

des stratégies et des technologies qu’ils utilisent

ainsi que des leçons que chacun peut en tirer pour faire

du marketing en ligne. La dmexco 2021 est prévue en

mode hybride : sur place au parc des expos de Cologne

et en ligne, pour les spectateurs du monde entier.

Parc des expositions de Cologne, dmexco.de

KÖLNMESSE GMBH/MAX HAMPEL, ROMINA AMATO/RED BULL CONTENT POOL, ALEX FETTICH

92 INNOVATOR


SAVE THE DATE

1 er

mars

Exposition

« Altitude »

Une exposition d’un genre

particulier, que l’on peut admirer

au Red Bull Media World : Altitude

– Höchstleistung am Berg (trad.

Altitude – Très haute performance

en montagne) offrira aux visiteurs

l’occasion de survoler en virtuel

l’Engadine avec l’appareil d’entraînement

Icaros, de se mesurer au

sextuple champion des Red Bull

X-Alps Christian Maurer avec un

simulateur de parapente ou de

gravir l’Everest. Red Bull Media World ;

Musée suisse des transports, Lucerne ;

redbull.com/altitude

Maniable et réactif,

le simulateur de

vol Icaros va vous

faire planer.

16

et 17 septembre

Impact Festival

Pour sauver la planète, il va falloir unir nos

forces. C’est de ce constat qu’est né Impact

Festival, dont la mission est de mettre en réseau

celles et ceux qui veulent changer le

monde, notamment les jeunes start-ups aux

concepts innovants en recherche d’investisseurs

ou de contacts pour se faire connaître ;

mais aussi les grands groupes en manque de

concepts pour entamer leur transition dans

le développement durable.

À Francfort et en ligne ; impact-festival.earth

19

avril

Virtual Pitching

Workshop

Comment convaincre un investisseur en quelques

lignes ou quelques minutes ? L’art subtil du pitch

est un tour de force et un passage obligé pour tous

les jeunes entrepreneurs à la recherche d’investisseurs

ou de clients. Invitant des experts à dispenser

leurs conseils, cet atelier-événement est animé

par Catherine Riesen, spécialiste du monde des

médias. Participation gratuite pour les start-ups

de la Start-up Academy, 120 CHF pour les autres.

Startup Academy Bâle et en ligne ; startup-academy.ch

au 28 mai

FitTech Summit

Le monde du fitness ne se résume

plus aujourd’hui aux salles de sport

classiques. Cette série de conférences

offre un tour d’horizon de

toutes les ramifications de ce secteur,

des montres connectées et autres

accessoires aux cours en ligne, en

passant par les nouvelles technologies.

Le FitTech Summit fera la part

belle aux nouveautés fitness et à la

façon dont les studios s’en servent

pour emballer leur public.

Munich et en ligne ;

25fittechsummit.com

INNOVATOR 93


PARTICIPER RED BULL BASEMENT

Les animateurs Daniel

Cronin et Caroline de

Moraes remettant

virtuellement le trophée

à l’équipe Lava-Aqua.

Lava Aqua X

LE LAVE-LINGE

MALIN

Red Bull Basement

L’ACCÉLÉRATEUR

D’IDÉES

Vous êtes étudiant et avez une

idée susceptible de contribuer

à un monde meilleur ? Alors

vous êtes au bon endroit.

Àla recherche d’idées innovantes

! Tel est l’appel que

lance, depuis 2015, la plateforme

Red Bull Basement

en invitant les étudiants

du monde entier à présenter

leurs solutions aux problèmes

contemporains. L’an dernier, ils

étaient 3 800 au total à relever

le défi. Un jury a invité les 38

meilleurs inventeurs à participer

aux quatre jours du Red Bull

Basement Global Workshop à

Toronto (Canada) en décembre,

une présence virtuelle cette année.

Joanna Power et Paramveer

Bhachu, deux jeunes apprentis

ingénieurs londoniens, ont remporté

le concours grâce à leur

lave-linge qui recycle l’eau de la

douche (voir encadré ci-contre).

Un succès au Red Bull Basement

Global Workshop est synonyme

pour le duo d’une commercialisation

accélérée de leur

invention.

Par ici, la boîte à idées

Un concours s’achève, un autre

commence : Red Bull Basement

lance son édition 2021. Vous

avez une idée et vous souhaitez

la concrétiser ? Il vous suffit pour

cela de réaliser une vidéo d’une

minute maximum, en présentant

votre invention en détail, et de la

télécharger sur le site Red Bull

Basement au plus tard d’ici cet

automne. Informations et délais

d’inscription sur :

redbullbasement.com

Lauréats du Red Bull Basement

Global Meeting, Joanna Power et

Paramveer Bhachu inventent un

lave-linge qui recycle l’eau de la

douche tout en réduisant la

consommation d’électricité.

Durable

L’eau est récupérée du siphon de la

douche, filtrée et réutilisée par le

Lava Aqua X dès le lavage suivant.

Pratique

Peu volumineux et d’une capacité

de lavage de 2,5 kg, le lave-linge

trouve aisément sa place dans

une chambre d’étudiant.

Efficace

Le temps de lavage et la consommation

d’électricité sont réduits

grâce à un tambour sphérique plus

efficace qu’un tambour cylindrique

classique.

PHILIPP CARL RIEDL/RED BULL CONTENT POOL, MARK ROE/RED BULL CONTENT POOL GÜNTHER KRALICEK

94 INNOVATOR


DES AIIILES

POUR L’ÉTÉ.

AU GOÛT DE FRUIT DU DRAGON.

NOUVEAU

STIMULE LE CORPS ET L’ESPRIT.


CHRONIQUE

DES SURPRISES

DURABLES

Auteur de best-sellers, l’Allemand Christoph

Koch nous révèle les liens passionnants et

étonnants que nous pouvons faire tout

en améliorant le monde.

Christoph

Koch

46 ans, collabore avec

des publications telles

que Die Zeit ou Geo.

Son ouvrage Ich bin

dann mal offline (trad.

Je me déconnecte)

sur le renoncement

au numérique est

devenu un best-seller

an Allemagne.

L

es plans sont inutiles, mais

la planification est irremplaçable.

» Cette phrase est généralement

attribuée à l’ancien

président américain Dwight

D. Eisenhower. Bien qu’elle

soit sûrement plus ancienne,

elle est toujours d’actualité. Quiconque

fait des plans, échafaude des scénarios,

bref pense en termes de possibilités, doit

se pencher sur l’avenir et ses avenues possibles.

Certains développements semblent

certains, d’autres plus improbables. Mais

même ceux-là peuvent nous apprendre

quelque chose, ne serait-ce que parce que

des liens auxquels on n’aurait peut-être

pas pensé auparavant peuvent apparaître.

Ainsi, tout changement provoque des

conséquences additionnelles et entraîne

d’autres chamboulements. J’ai rassemblé

ici quelques-unes des répercussions les

plus surprenantes qui pourraient survenir

suite à de grands changements en matière

de durabilité.

1. Plus de voitures électriques donc

moins de fumeurs

Parce que nous passons à la voiture électrique,

la demande mondiale en essence

diminue, ce qui est logique. Mais on peut

supposer que la consommation de cigarettes

diminuera également une fois que

tout le monde aura opté pour la voiture

électrique. Après tout, près de la moitié

des cigarettes aux États-Unis sont actuellement

vendues dans les stations-service

tandis qu’en Allemagne, ces dernières réalisent

62 % de leur chiffre d’affaire avec

les produits liés au tabac. Des études

montrent que l’offre pourrait bien déterminer

la demande et que les gens achètent

moins de cigarettes s’ils en ont moins souvent

l’occasion. Et comme la voiture électrique

permet également de se passer de

station- service, on n’a donc plus le rayon

des cigarettes devant les yeux : la voiture

fait le plein là où elle se gare, c’est-à-dire

principalement à la maison ou dans le

garage du bureau.

2. Moins d’argent liquide donc moins

d’émissions

Les Allemands y sont toujours fermement

opposés (84 % d’entre eux pour être

exact), mais si l’argent liquide devait un

jour être supprimé, cela aurait également

un impact positif sur l’environnement :

tout d’abord, parce que le métal de

l’argent liquide pourrait être réutilisé

(un broyeur de pièces de monnaie de type

Decoiner peut traiter jusqu’à cinq tonnes

par heure). Et deuxièmement, les émissions

des transporteurs de fonds seraient

éliminées : ils émettent des niveaux particulièrement

élevés de gaz d’échappement

parce que la petite monnaie est lourde.

3. Moins de viande donc l’équivalent

d’un continent de plus

Nous savons tous que si personne ne mangeait

de viande, le climat s’en porterait

mieux. Ainsi, une famille de quatre personnes

aux États-Unis produit plus de gaz

à effet de serre par sa consommation de

viande qu’avec deux voitures. De plus, la

planète gagnerait une surface utilisable de

la taille du continent africain. Cela correspond

à la superficie requise pour la culture

du fourrage des animaux d’élevage !

4. Moins vite sur l’autoroute mais

à peine moins de bruit

Si l’Allemagne (la seule nation occidentale

industrialisée sans limitation générale

de vitesse sur les autoroutes) réduisait la

vitesse autorisée à 120 km/h, la plupart

des études démontrent qu’il y aurait

moins de morts et de blessés. Il y aurait

aussi environ trois millions de tonnes

de CO ²

de moins. Mais, étonnamment,

le niveau sonore ne changerait guère :

l’Agence fédérale de l’environnement

a établi que, les jours de la semaine,

URBAN ZUNTEL

96 INNOVATOR


POINT DE VUE

OURS

« LES PLANS SONT

INUTILES, MAIS LA

PLANIFICATION EST

IRREMPLAÇABLE. »

une limitation de vitesse sur l’autoroute

réduirait le bruit de la circulation d’un

demi-décibel. À titre de comparaison,

l’asphalte antibruit réduit le bruit d’environ

trois décibels.

5. Moins de subventions donc

une meilleure protection de

l’environnement

Si on éliminait les subventions au transport

privé, la prime à la voiture électrique

disparaîtrait, mais l’environnement en

bénéficierait néanmoins : le Fonds monétaire

international (FMI) a calculé que les

dommages mondiaux causés par les subventions

aux carburants s’élèvent à près

de 4 400 milliards d’euros par an. Ce qui

représente six pour cent du produit intérieur

brut mondial et presque autant que

les dépenses mondiales en soins de santé.

Si les gouvernements cessaient de subventionner

le carburant, des moyens de transport

plus écologiques deviendraient

plus attrayants, comme le vélo au lieu

du cyclomoteur ou le métro au lieu de la

voiture. Le prix du carburant est souvent

subventionné au motif que les personnes

à faibles revenus en profitent. En réalité,

ce sont souvent les riches qui en bénéficient

: dans un marché émergent typique,

40 % de cette aide va au cinquième des

ménages les plus riches. Seuls 7 % vont

au cinquième le plus pauvre.

6. Moins de personnes donc plus

d’éléphants et moins de mouches

Si l’humanité disparaissait, la population

d’éléphants serait multipliée par vingt en

cent ans car, bien entendu, le braconnage

et le commerce de l’ivoire cesseraient.

Le nombre d’oiseaux augmenterait aussi

considérablement : rien qu’aux États-Unis,

on estime que 80 millions d’oiseaux

meurent chaque année à cause des voitures

et un autre milliard à cause des pesticides

et des lignes électriques. Cependant,

les rats, les mouches domestiques

ou les poux, organismes qui se sont fortement

adaptés à l’homme, auraient plus de

mal et, sans nous, disparaîtraient presque

complètement. christoph-koch.net

Direction générale The Red Bulletin

Alexander Macheck (Dir.), Sara Car-Varming

Rédacteurs en chef The Red Bulletin

Andreas Rottenschlager (dir.), Andreas Wollinger

Rédacteur en chef Innovator Arek Piatek

Chefs de service Jakob Hübner, Andreas Wollinger

Rédaction Florian Obkircher, Wolfgang Wieser

Directeur artistique Kasimir Reimann

Maquette Martina de Carvalho-Hutter,

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Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.),

Marion Batty (adj.), Susie Forman, Tahira Mirza,

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Gestion de l’édition Ulrich Corazza,

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Publishing Management Ivona Glibusic,

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Directeur exécutif Stefan Ebner

Directeur Ventes médias & Partenariat

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Directrice Co-Publishing Susanne Degn-Pfleger

Management de projet Co-Publishing,

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Management de projet création Elisabeth Kopanz

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Éditeur et directeur général

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Suisse, ISSN 2308-5886

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Traductions et relecture

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INNOVATOR 97


COUP DE PROJECTEUR

Mesurer le rayonnement

cosmique et retracer

son origine, telle est la

mission de l’observatoire

IceCube au pôle Sud.

Enquête au Sud

D’où viennent les neutrinos ? Voilà la

question à laquelle cette base de recherche

située en Antarctique depuis

2010 tente de répondre. En 2017, les

chercheurs ont localisé, à l’aide de télescopes

particulièrement puissants,

un trou noir à des milliards d’annéeslumière,

à l’origine du rayonnement des

particules élémentaires. « Cela nous a

permis d’acquérir des connaissances

fondamentales sur l’origine des rayons

cosmiques, déclare Francis Halzen,

chercheur à IceCube, et de disposer

d’une première base pour comprendre

l’origine de l’univers. » Actuellement,

l’observatoire IceCube est en cours de

modernisation. Il disposera de plus de

détecteurs afin d’explorer les mystères

de l’espace de manière encore plus

perçante à l’avenir. icecube.wisc.edu

CETTE BASE A POUR

BUT DE DÉVOILER

LES SECRETS

DE L’UNIVERS

SVEN LIDSTROM/ICECUBE/NATIONAL SCIENCE FOUNDATION

98 INNOVATOR


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