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DÉVELOPPEMENT

SORTIR RENFORCÉ

DE LA CRISE

CAPITALE

DAKAR

VISE L’AVENIR

OLYMPISME

À QUATRE ANS

DES JOJ

Travel Guide

BUZZ, SPOTS

ET BONNES

ADRESSES

Un hors-série

FÉVRIER 2022

L 13978 - 14 H - F: 5,90 € - RD

SÉNÉGAL

UN VOYAGE DE 156 PAGES AU PAYS

DES LIONS DE LA TERANGA : ENJEUX, POUVOIRS,

BUSINESS, CULTURE, ARTS, LIFESTYLE…

France 5,90 € – Afrique du Sud 49,95 rands (taxes incl.) – Algérie 320 DA – Allemagne 6,90 €

Autriche 6,90 € – Belgique 6,90 € – Canada 9,99 $C – DOM 6,90 € – Espagne 6,90 € – États-Unis 8,99 $

Grèce 6,90 € – Italie 6,90 € – Luxembourg 6,90 € – Maroc 39 DH – Pays-Bas 6,90 € – Portugal cont. 6,90 €

Royaume-Uni 5,50 £ – Suisse 8,90 FS – TOM 990 F CFP – Tunisie 7,50 DT – Zone CFA 3 500 FCFA ISSN 0998-9307X0


2022

L’ innovation

se poursuit

« À l’aube de cette nouvelle année, l’ensemble de l’équipe

de Expresso Business se joint à moi

pour vous souhaiter nos meilleurs vœux.

Puisse 2022 être l’année de la résilience, de l’impact et de

l’utile.

Plus d’impact orienté vers vos entreprises

Un impact centré sur le soutien à la compétitivité de vos

entreprises avec des offres spécifiques.

Nous démarrons 2022 avec des offres attractives, des

terminaux robustes, des solutions innovantes, des liaisons

spécialisées à une vitesse grand V, un réseau mobile de

plus en plus performant.

Conscients des mutations de nos sociétés modernes, sachiez

que nous sommes résolument tournés vers la transformation

digitale pour une expérience client simplifiée.

Cette année 2022 sera marquée, par cette double exigence

d’innovation produits et de support client le long du

parcours, le tout porté par une ambition d’être un levier de

croissance pour les entreprises.

Que 2022 soit l’année des succès et de la réalisation de tous

vos projets. »

Fatou Sow KANE,

Directrice Commerciale Pôle Entreprise.


édito

PAR ZYAD LIMAM

CHAMPION D’AFRIQUE !

Le football a des vertus magiques. Le 6 février,

dans la nuit chaude de Yaoundé, pour cette finale

au bout du suspense, au bout des prolongations, au

bout des tirs au but, Sadio Mané n’aura pas tremblé.

Le Sénégal est champion d’Afrique de football ! Un

moment unique de rédemption triomphante après

les échecs douloureux du passé. La victoire fut belle

et la fête fut énorme. Avec des millions de gens dans

les rues de Dakar, des autres villes et des villages, des

éclats de joie dans toutes les diasporas à travers le

monde. Comme s’il fallait se retrouver uni, autour de

cette nouvelle « sénégalité » nationale, marquée par

la victoire. Comme si les Sénégalais avaient besoin

d’« être ensemble ». Comme pour dépasser, juste un

temps, juste un moment, les tensions et les déchirements

de la scène politique, les débats électoraux.

Comme aussi pour souligner les nouvelles ambitions

d’une nation souvent montrée en exemple, mais dont

le dynamisme économique et l’émergence semblaient

comme contraints, freinés, en attente.

La symbolique du foot, celle des Lions de la

Teranga, et la réalité se rejoignent. Après de très

longues années de croissance en dents de scie, le

Sénégal s’est engagé depuis 2012 dans une politique

d’investissements, de grands travaux, de réformes pour

se montrer plus compétitif. Le secteur privé est appelé

à croître et à y croire. L’objectif est d’aller plus vite, plus

loin et se poser enfin comme l’un des champions du

continent, un hub incontournable. Les chemins de

cette émergence sont exigeants. Nous sommes ici

dans l’une des économies les plus dynamiques du

monde sur le plan de la croissance, mais l’on vient

de loin. La 21 e du continent et la 4 e de la sous-région

ouest-africaine, après le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le

Ghana, doit se moderniser à marche forcée. C’est le

rôle du Plan Sénégal Emergent. Et c’est la ligne directrice

du président Macky Sall, élu en 2012 et réélu en

2019. Il faut gérer de front tous les sujets : compétitivité,

croissance, exportations, équipements, changements

climatiques, développement durable, inclusion

sociale, protection des plus modestes… Le Sénégal

aura aussi subi de plein fouet la crise du Covid-19, cette

disruption stupéfiante à l’échelle planétaire, l’impact

sanitaire et social, la fermeture des frontières, le tarissement

des échanges et des financements. Dans cette

période particulièrement difficile, douloureuse, le pays

a su se montrer résilient. Et aussi innovateur. L’une des

premières usines de vaccins d’Afrique francophone

ouvrira dans les mois à venir à Dakar. Et symbole d’une

ambition à plus long terme, en 2026 devraient se tenir

à Dakar les 4 es Jeux olympiques de la jeunesse, une

première historique pour le continent !

Tout se retrouve. Le Sénégal, c’est aussi cette

formidable vivacité culturelle, littéraire, musicale, cette

« empreinte » qui va loin, celle d’un véritable soft power

quasiment inégalé en Afrique. C’est la terre des contradictions

créatives entre la tradition et le changement,

celle de sociétés civiles actives, d’une jeunesse engagée

et revendicative.

Ce numéro d’Ensuite, collection de horsséries

d’Afrique Magazine, vous emmène donc à

Dakar et au-delà, à la rencontre d’un pays ambitieux,

en mouvement. À la découverte de cette nation complexe,

multiple, sahélienne, et déjà ouverte sur les tropiques,

à la fois orientée vers le cœur du continent et

vers le grand large de l’Atlantique, marquée par l’histoire

tragique de la traite négrière, celle des révoltés du

camp Thiaroye et des poèmes de Senghor, de ce Sénégal

tout à la fois mystique, religieux et laïc. Ensuite s’intéresse

au monde qui vient, à ce qui change, à ce qui

évolue, à ces frontières de l’émergence, où se jouent

une grande partie de l’avenir de l’humanité. Chaque

parution se dirige vers une ville, un pays, ou s’empare

d’un thème, qui incarne les défis auxquels nous faisons

face, les changements que nous devons comprendre

et les opportunités auxquelles nous pouvons prétendre.

Le Sénégal se trouve sur ces lignes de crête.

Bon voyage ! ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 3


France 5,90 € – Afrique du Sud 49,95 rands (taxes incl.) – Algérie 320 DA – Allemagne 6,90 €

Autriche 6,90 € – Belgique 6,90 € – Canada 9,99 $C – DOM 6,90 € – Espagne 6,90 € – États-Unis 8,99 $

Grèce 6,90 € – Italie 6,90 € – Luxembourg 6,90 € – Maroc 39 DH – Pays-Bas 6,90 € – Portugal cont. 6,90 €

Royaume-Uni 5,50 £ – Suisse 8,90 FS – TOM 990 F CFP – Tunisie 7,50 DT – Zone CFA 3500 FCFA ISSN 0998-9307X0

SÉNÉGAL

DÉVELOPPEMENT

SORTIR RENFORCÉ

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CAPITALE

DAKAR

VISE L’AVENIR

OLYMPISME

À QUATRE ANS

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UN VOYAGE DE 156 PAGES AU PAYS

DES LIONS DE LA TERANGA : ENJEUX, POUVOIRS,

BUSINESS, CULTURE, ARTS, LIFESTYLE…

NEW AMHS Couv.indd 1 09/02/2022 19:22

PHOTO DE COUVERTURE :

ZYAD LIMAM

FÉVRIER 2022

P.22

FÉVRIER 2022 Un hors-série

3 ÉDITO

Champion d’Afrique

par Zyad Limam

6 ZOOM

DES GRANDS ANGLES

ET DES IMAGES

POUR VOUS RACONTER

par Zyad Limam

14 COMPRENDRE

TENDANCES, CHIFFRES

ET ÉVOLUTIONS

par Zyad Limam

22 MELTING-POT

LES GENS, LES LIEUX,

LES SONS ET LES COULEURS

Mohamed Mbougar Sarr,

Goncourt du pays sérère

130 PORTFOLIO

L’art du portrait

par Alexandra Fisch

154 POUR CONCLURE

Nangadef !

par Emmanuelle Pontié

P.38

P.74

TEMPS FORTS

38 Sortir renforcé de la crise

par Jean-Michel Meyer

46 Abdou Karim Fofana :

« L’industrialisation se trouve

au cœur de nos ambitions »

propos recueillis

par Emmanuelle Pontié

52 Dakar vise l’avenir

par Jérémie Vaudaux

60 Baïdy Agne :

« Lorsque les entreprises

s’unissent, tout est possible »

propos recueillis

par Zyad Limam

66 Sahid Yallou :

« Vous pouvez investir

en toute confiance »

propos recueillis

par Jérémie Vaudaux

70 Moustapha Sow :

« L’heure de l’aide

au développement

est révolue ! »

propos recueillis

par Emmanuelle Pontié

74 À l’épreuve de la donne

climatique

par Djiby Sambou

80 Dakar s’échauffe

à quatre ans des JOJ

par Jérémie Vaudaux

86 Mamadou Diagna Ndiaye :

« Les JOJ donneront à voir

la richesse et la diversité

de l’Afrique »

propos recueillis

par Zyad Limam

AMANDA ROUGIER - SYLVAIN CHERKAOUI POUR JEUNE AFRIQUE - SYLVAIN CHERKAOUI/GCCA+/EU 2018

4 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


FONDÉ EN 1983 (38 e ANNÉE)

31, RUE POUSSIN – 75016 PARIS – FRANCE

Tél. : (33) 1 53 84 41 81 – Fax : (33) 1 53 84 41 93

redaction@afriquemagazine.com

XINHUA/LI MING/ABACAPRESS.COM - SADAK SOUICI - EL JUNIO - STEPHAN GLADIEU/FIGAROPHOTO.COM

P.90

90 L’âge des rêves

et de l’action

par Estelle Ndjandjo

98 Pour un voyage

new-look

par Jérémie Vaudaux

102 Samir Rahal :

« Nous avons tout ce

qu’il faut pour réussir »

propos recueillis

par Emmanuelle Pontié

104 La belle musique

de Saint-Louis

par Olivia Marsaud

110 Jean-Pierre

Langellier :

« La qualité

du débat

démocratique

au Sénégal

doit beaucoup

à Senghor »

propos recueillis

par Cédric Gouverneur

116 Le flow des dames

par Sophie Rosemont

120 Felwine Sarr :

« Il faut sortir

la francophonie

de son carcan

institutionnel »

propos recueillis

par Astrid Krivian

124 Sénégal design

par Luisa Nannipieri

137 LE TRAVELER GUIDE

LE VOYAGE, LES SPOTS,

LES GENS !

par les voyageurs

de la rédaction

P.124

P.80

P.104

ANNONCEURS

Expresso p. 2 – APIX p. 20-21 - CBAO p. 27 - Ellipse Projects p. 36-37 - Port Autonome de Dakar p. 58-59 - Plan

Sénégal Emergent p. 72-73 – CSE p. 85 – Senegal Supply Base p. 96-97 – Ageroute p. 136 - Ecobank p. 155 - Port

Autonome de Dakar p. 156.

Zyad Limam

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION

DIRECTEUR DE LA RÉDACTION

zlimam@afriquemagazine.com

Assisté de Laurence Limousin

llimousin@afriquemagazine.com

RÉDACTION

Emmanuelle Pontié

DIRECTRICE ADJOINTE

DE LA RÉDACTION

epontie@afriquemagazine.com

Isabella Meomartini

DIRECTRICE ARTISTIQUE

imeomartini@afriquemagazine.com

Jessica Binois

PREMIÈRE SECRÉTAIRE

DE RÉDACTION

sr@afriquemagazine.com

Amanda Rougier PHOTO

arougier@afriquemagazine.com

ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO

Alexandra Fisch, Virginie Gazon, Cédric

Gouverneur, François Guibert, Astrid

Krivian, Jean-Michel Meyer, Luisa

Nannipieri, Estelle Ndjandjo, Olivia

Marsaud, Sophie Rosemont, Djiby

Sambou, Jérémie Vaudaux.

VENTES

EXPORT Laurent Boin

TÉL. : (33) 6 87 31 88 65

FRANCE Destination Media

66, rue des Cévennes - 75015 Paris

TÉL. : (33) 1 56 82 12 00

ABONNEMENTS

Com&Com/Afrique Magazine

18-20, av. Édouard-Herriot

92350 Le Plessis-Robinson

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AFRIQUE MAGAZINE

EST UN MENSUEL ÉDITÉ PAR

31, rue Poussin - 75016 Paris.

SAS au capital de 768 200 euros.

PRÉSIDENT : Zyad Limam.

Compogravure : Open Graphic

Média, Bagnolet.

Imprimeur : Léonce Deprez, ZI,

Secteur du Moulin, 62620 Ruitz.

Commission paritaire : 0224 D 85602.

Dépôt légal : février 2022.

La rédaction n’est pas responsable des textes et des photos

reçus. Les indications de marque et les adresses figurant

dans les pages rédactionnelles sont données à titre

d’information, sans aucun but publicitaire. La reproduction,

même partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique

Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rédaction.

© Afrique Magazine 2022.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 5


ZOOM

Des grands-angles et des images pour vous raconter

présenté par Zyad Limam

6 AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019


UNE PERSPECTIVE VERS LE FUTUR

ELLE EST CONSUBSTANTIELLE À DAKAR, cette fameuse

corniche, bordée par l’océan Atlantique, chaussée spectaculaire,

parfois chaotique, souvent encombrée, objet des convoitises

immobilières et champ de lutte avec associations de riverains

et protecteurs de la nature. La corniche, c’est aussi un

renouvellement permanent. Le nouveau projet prévoit une

réhabilitation sur plus de 9 kilomètres, avec une remise à niveau

des équipements sportifs, du marché de Soumbédioune, la

revégétalisation de l’ensemble, la lutte contre l’érosion. Et face

à la fameuse Université Cheikh Anta Diop, un forum tout

à la fois symbolique et efficace qui pourra accueillir près de

200 étudiants par jour, et même une fois le soleil couché. ■

DR

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019 7


ZOOM

CHAMPIONS AU BOUT DE LA NUIT

FINALE DE LA COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS, à Yaoundé, 6 février 2022.

Un ultime tir au but, tout en puissance, pour crucifier l’infranchissable

gardien égyptien. Sadio Mané, capitaine triomphant des Lions de la

Teranga, n’a pas tremblé, portant son équipe au sommet du football

africain. Une enthousiasmante revanche après l’échec de 2002 et celui de

2019. Le Sénégal s’est libéré d’une ombre envahissante, celle d’une équipe

de toutes les promesses, qui rentre sans trophée. Ce fut donc une fête

magnifique pour tout un pays, et pour toutes les diasporas disséminées

aux quatre coins du monde, soudées dans ce moment de gloire. ■

8 AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019


MOHAMED ABD EL GHANY/FILE PHOTO/REUTERS

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019 9


AU CŒUR DE TOUBA, SIX MINARETS

S’ÉLÈVENT VERS LE CIEL

ICI, À TOUBA, résonnent toujours les mots de Cheikh Ahmadou

Bamba, fondateur de la confrérie mouride, à la fin du xix e siècle.

Particulièrement implanté au Sénégal et en Gambie, le mouridisme

ne cache pas sa forte influence sur la vie sociale, économique et

religieuse. Incarnation de ce rayonnement, la Grande Mosquée,

l’une des plus vastes d’Afrique, dont les minarets peuvent se voir à des

kilomètres de la ville. La construction, décidée en 1926 par le premier

fils d’Ahmadou Bamba, fut épique, entre crise économique mondiale,

manœuvres coloniales françaises et Seconde Guerre mondiale.

Le voyage de Touba est à faire à l’occasion du grand Magal, stupéfiante

fête religieuse qui peut rassembler près de 3 millions de pèlerins. ■

10 AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019


PAPA MATAR DIOP/PRÉSIDENCE SÉNÉGAL

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019 11


ZOOM

OUSMANE SOW ET LES SIENS

IL N’IMAGINAIT PAS SCULPTER AILLEURS qu’au Sénégal.

Il travaillait sur des armatures de fer, en utilisant une alchimie

quasi secrète de matières, donnant vie à des personnages

à la fois monumentaux et fragiles. Ousmane Sow nous a quittés

le 1 er décembre 2016 et reste probablement le plus grand artiste

contemporain du pays. Lui et une multitude d’autres talents

incarnent une étonnante modernité artistique, un foisonnement

et une rare liberté créative qui fait souvent contrepoids au

conservatisme social. Une dualité tout à fait sénégalaise. ■

12 AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019


Sculptures faisant partie de

la série « Peul » (1993) : de gauche

à droit, Scène de jeu amoureux,

L'Adolescent et le bélier, Scène

familiale, Scène de tressage

et Scène du sacrifice.

BÉATRICE SOULÉ/ROGER-VIOLLET

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2019 13


COMPRENDRE

Tendances, chiffres et évolutions

par Zyad Limam

Politique

Macky Sall

au centre

du jeu

CE N’EST PAS SIMPLE, c’est le moins que l’on puisse dire, les débats sont souvent vifs, excessifs,

la tension sociale accentue les clivages et l’opportunisme de certains, la presse ne ménage

personne, et souvent le fond cède la place au « verbe » et à la forme. Mais le Sénégal reste une

démocratie, même en construction. Un exemple dans une région où les reculs sont frappants.

Un pays où les élections ont encore du sens. Comme celles toutes récentes, municipales et

départementales, qui ont eu lieu le dimanche 23 janvier. Et qui ont souligné la vigueur des

oppositions, le caractère frondeur des grandes villes, comme Dakar et Ziguinchor, dont le

premier édile est désormais Ousmane Sonko, ténor de l’opposition, pressenti pour être l’un

des principaux candidats à l’élection présidentielle de 2024. Macky Sall sait que le chemin

est ardu, avec comme prochaine étape des élections législatives en juillet 2022.

L’enfant de Fatick, né le 11 décembre 1961 dans une grande famille du Fouta-Toro (région

de l'extrême nord et nord-est), élu président une première fois en 2012 contre le supposé

indéboulonnable Abdoulaye Wade, va vite prendre ses marques dans une société politique

particulièrement compétitive et imposer son autorité. Macky Sall est un « omniprésident »,

impliqué dans tous les dossiers, avec un agenda chargé du matin au soir. Il suit avec attention

les projets qui lui tiennent à cœur, et ceux qui le côtoient dans le travail retrouvent le

sens du détail propre à sa formation d’ingénieur géologue. Les ministres sont « marqués »

de près, et tout ce qui compte ou presque remonte vers un arbitrage présidentiel. Il navigue

avec habileté dans les différents Sénégal, à l’aise à l’intérieur du pays, attaché aux traditions,

au confrérisme, à la culture religieuse, tout en étant décidé, dans une forme de « en même

temps », à réformer le pays, à le moderniser vraiment sur le plan économique. Macky Sall

aime la politique, le contact, il ne craint pas le rapport de force. Mais il veut être avant tout

le président de l’émergence.

Il prend le temps d’« écouter » une scène en constante évolution, mais on sent un chef de

l’exécutif dans une forme d’urgence, urgence de faire avancer les réformes, les projets, de

contrôler l’avancement, de conclure les travaux, d’aller plus vite dans la mise en place des

infrastructures, des réalisations, dans la concrétisation des promesses. Il faut que ça bouge

dans un pays où les résistances peuvent être multiples. Et le président est jeune. Il aura 62 ans

en 2024 à l’échéance de son mandat, on ne sent pas une personnalité usée par le pouvoir,

bien au contraire.

Il y a bien sûr le débat sur le possible troisième mandat présidentiel qui agite la classe

politique. Macky Sall réserve sa décision, tout en soulignant, malgré les vives oppositions,

que le droit lui ouvre cette possibilité (avec la mise en place de la réforme constitutionnelle

de 2016). Et tout en martelant que le moment n’est pas venu, que la priorité, c’est le travail.

Macky Sall connaît son pays, mesure l’importance de cette décision. Trop tôt ou trop tard, et

tout peut basculer. Trop tôt ou trop tard, et la substance de son pouvoir pourrait lui échapper

au profit d’une classe politique où les ambitions ne manquent pas. Il mesure aussi son

influence sur la scène internationale, de Paris à Washington, il sait qu’il fait partie des éléments

clés, stabilisateurs d’une région aux prises avec la menace djihadiste et la résurgence

des coups d’État. Le mandat qui s’ouvre à la présidence de l’Union africaine (UA) lui permettra

de s’investir à l’échelle continentale, de prendre du champ. Et le poste de Premier ministre

supprimé au lendemain de l’élection présidentielle de 2019, devrait être très bientôt rétabli.

L’échéance est dans un peu plus de deux ans, Macky Sall prend son temps, les transitions et

les successions sont toujours complexes, et la décision sera historique. En attendant, il restera

fermement au centre du jeu, chef d’État et chef politique.

14 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Le président

de la République,

à Dakar.

YOURI LENQUETTE POUR JEUNE AFRIQUE

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 15


COMPRENDRE

Diplomatie

Un mandat

au service

de l’Afrique

EN PRENANT SON MANDAT à la tête de l’Union africaine (UA), Macky Sall hérite de multiples

dossiers particulièrement brûlants. Coups d’État au Mali, au Burkina Faso, en Guinée,

transition dynastique au Tchad, crise des processus démocratiques, menaces terroristes au

Sahel, crise sanitaire et économique liée au Covid-19… L’organisation panafricaine ne peut

pas faire de miracle. Mais la présidence annuelle reste pourtant une précieuse occasion

de porter un message fort, de tracer des lignes directrices. D’« énergiser » et de rassembler

l’Afrique à un moment particulièrement critique. Macky Sall se prépare depuis des mois

à cette quatrième présidence sénégalaise de l’UA. L’Éthiopie, pays hôte de l’Union, géant

multiethnique, champion de la croissance, est confrontée à une crise véritablement existentielle.

Et la tenue d’un sommet à Addis-Abeba semble encore incertaine au moment où ces

lignes sont écrites. Sommet menacé également par les nouvelles vagues de Covid-19, et le

variant à haute transmission Omicron. La vaccination du continent reste un enjeu majeur,

et il faudra certainement une voix déterminée pour souligner l’égoïsme des pays riches qui

accumulent les doses, alors que 10 % de la population africaine seulement est entièrement

vaccinée. La souveraineté vaccinale du continent s’impose comme une priorité. Dans cette

affaire du siècle, le Sénégal est en avance. À Dakar, l’Institut Pasteur doit commencer d’ici

fin 2022 une production locale avec un objectif de 300 millions de doses. Derrière la crise

sanitaire se profile aussi l’urgence d’une relance économique massive pour une Afrique

frappée de plein fouet. L’Afrique aura fait la preuve d’une relative résilience sanitaire, mais

elle aura connu la pire crise économique depuis un demi-siècle. Pour Macky Sall, l’enjeu est

réel. Il faudra pousser les pays riches, qui croulent sous les liquidités, à transformer leurs

promesses en apports réels.

Cette question d’une plus grande justice pour le continent pourrait également motiver

le président sur un dossier qui lui tient particulièrement à cœur : la représentation de

l’Afrique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Depuis des années, elle demande

deux sièges de membres permanents, représentatifs de sa population. Il est temps que ce

dossier bouge.

Influences

Un soft power

à la recherche

de son nouvel

équilibre

L’IMAGE, LA PERCEPTION, la résonance Sénégal dépasse largement ses frontières. Le monde

entier ou presque connaît le nom de Sénégal, le pays de l’île de Gorée et de sa maison des

esclaves, le pays africain d’une démocratie relative mais durable, le pays de Léopold Sédar

Senghor, incarnation du mouvement de la négritude. Le pays de Saint-Louis aussi, ville des

confins du Nord, tout aussi puissante dans l’imaginaire que Dakar, le pays de l’aéropostale

et des tirailleurs sénégalais, le pays de la tragédie de Thiaroye, presque fondatrice des

premiers mouvements anticolonialistes. Le pays aussi de cette étonnante mixité religieuse,

où se croisent islam et chrétienté, syncrétisme et confrérie. Ce pays d’Afrique, phare de la

francophonie, où pourtant l’on parle plus souvent wolof que français. C’est le pays du Paris-

Dakar, le vrai et le seul, avec l’arrivée sur le lac Rose. C’est le pays du mbalax, la première

des musiques globales africaines, le pays de Youssou N’Dour. Le pays de l’immense Ousmane

Sow, sculpteur de la matière aux secrets inviolés. Le pays d’une nouvelle génération d’artistes,

de musiciens, de photographes, de peintres, d’écrivains, comme le tout récent prix Goncourt,

Mohamed Mbougar Sarr, qui tentent tous de fusionner tradition et audace contemporaine.

Le pays aussi d’une diaspora impliquée, soucieuse du retour permanent.

Ces fulgurances, cette diversité, cette profondeur sont souvent remises en question par

les conservatismes, le poids des traditions et des dogmes religieux. Le Sénégal est encore

dual, mais la lutte pour son centre de gravité est réelle, sans concession.

16 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Macky Sall a pris

la tête de l’Union

africaine le 5 février,

pour un an. Ici, le siège

de l'organisation,

à Addis-Abeba,

en Éthiopie.

TIKSA NEGERI/REUTERS

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 17


COMPRENDRE

Trajectoire

Le défi de la

croissance et

de l’inclusivité

ENTRE 2014 ET 2019, le Sénégal a enregistré une croissance annuelle supérieure à 6 %.

L’arrivée au pouvoir de Macky Sall en 2012 aura enclenché un véritable processus d’ambition

économique après de longues années de performances en dents de scie, soumises

aux aléas de la climatologie et des cours de l’arachide. Avec la mise en place du Plan

Sénégal Emergent (PSE), le pays se dote dès la fin 2012 d’une vision à long terme. Avec

des projets novateurs dans le domaine des infrastructures, des services, des transports,

de l’agriculture… Objectif : accéder au statut d’économie émergente d’ici 2035. Les jeunes

entrepreneurs, femmes et hommes, bousculent l’ordre établi et se montrent audacieux dans

des secteurs d’innovation comme la tech ou les télécommunications. Pour le Sénégal, le

positionnement affiché est de s’imposer comme le hub principal de l’Afrique de l’Ouest. Un

véritable changement de paradigme.

La pandémie de Covid a donné un coup de frein brutal à ce cycle prometteur. Elle a

souligné aussi les faiblesses structurelles du pays. Avec un PIB global de 25 milliards de

dollars et un revenu par habitant de 1 500 dollars par an, l’économie demeure contrainte

par la pauvreté. La crise sanitaire est venue assécher les capacités budgétaires de l’État, les

ressources du tourisme, et impacter frontalement le secteur informel. Les événements de

mars 2011 ont montré à quel point la rue pouvait être réactive à ce cocktail détonnant de

précarité économique et de discours populistes d’une partie de l’opposition.

Le pays a su se mobiliser autour du programme de résilience économique et sociale et

d’une réorientation des objectifs du PSE vers des secteurs plus inclusifs de l’économie. La

sortie de crise s’organise : 2022 devrait être une année de reprise de la croissance. L’espoir

à plus long terme est réel, à condition que le rythme des réformes, l’impératif d’inclusivité

et la stabilité politique restent les clés de ce nouveau modèle sénégalais.

Dynamique

Un pays

jeune

aujourd’hui

et demain

PRÈS DE 54 % DE LA POPULATION A MOINS DE 19 ANS (et plus de 40 % moins de 14 ans).

Les taux de fécondité restent élevés (avec toujours 4 à 5 enfants par femme) dans un pays

où la limitation des naissances et le débat sur la contraception restent des tabous puissants.

En 2030, le Sénégal pourrait compter plus de 22 millions d’habitants (dont l’âge médian sera

d’un peu plus de 20 ans). Et atteindre les 35 millions d’habitants en 2050. Cette jeunesse est

à la fois une formidable opportunité, une source de créativité, d’énergie, la possibilité aussi

de développement d’un marché intérieur plus dynamique [voir pp. 90-95]. Ils et elles croient

en l’avenir, ont confiance, selon des études récentes. Mais cette jeunesse, c’est aussi une formidable

pression sur l’appareil social et politique. Il faut former et éduquer ces centaines de

milliers d’enfants, créer les emplois nécessaires, aménager les règles sociales sur les relations

amoureuses, le mariage, mettre fin au « grand frérisme » dans les sphères publique et privée,

favoriser l’autonomie. Leur (re)donner confiance dans le système politique, les faire adhérer

durablement au processus démocratique. Et les éloigner des tentations mortifères, celle de la

violence ou de l’exil, quel que soit le danger. Pour le Sénégal, comme pour l’Afrique, l’enjeu

de la jeunesse est essentiel. Sans emplois, sans perspectives, sans enthousiasme, le risque

de dérapage social est immense.

C’est dans ce pays intrinsèquement jeune qu’auront lieu, en 2026, les 4 es Jeux olympiques

de la jeunesse (JOJ) [voir pp. 80-89]. Une première historique et olympique pour l’Afrique.

Un symbole pour le Sénégal. Un véritable défi logistique, financier, humain également. Le

défi aussi justement de mobiliser autour de cet événement hors norme. Il reste quatre ans

pour que la fête commence et qu’elle soit réussie. ■

18 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Le futur stade de Diamniadio

accueillera les Jeux olympiques

de la jeunesse de 2026.

DR

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 19


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MELTING-POT

Les gens, les lieux, les sons et les couleurs

AMANDA ROUGIER

22 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


PHÉNOMÈNE

Mohamed

Mbougar Sarr

GONCOURT

DU PAYS SÉRÈRE

Le romancier de 31 ans, à la discipline d’ascète, a obtenu, en novembre

2021, la PLUS PRESTIGIEUSE DISTINCTION LITTÉRAIRE française.

Portrait intime signé Elgas, un autre jeune talent de la scène sénégalaise.

DR

PARIS, quartier des Grands Boulevards, le 3 novembre 2021,

19 heures. Dans ce bar-restaurant de la rue Rougemont,

à quelques pas du siège de l’éditeur Philippe Rey, la fête

commence. On y attend dans l’effervescence l’homme du jour.

L’émotion est palpable, la joie contagieuse. Domine plus encore

le sentiment de vivre une soirée déjà historique. Ne manque

que le bouquet final : l’homme lui-même, happé, pour l’heure,

par le tourbillon médiatique. C’est d’abord le plateau du Journal

de 20 h, La Grande Librairie en direct ensuite, après l’après-midi

au restaurant Drouant. Amis, proches, collègues du Paris

littéraire, tous sont là pour le féliciter. Vers 22 heures, il arrive,

sous les vivats. Sa silhouette longiligne domine l’assistance.

Embrassades, accolades, mercis en rafales, il improvise sur les

marches un discours, où la pudeur émue le dispute à l’humilité.

Une certaine candeur le sauve de la gloire ivre. Mohamed

Mbougar Sarr vient, à 31 ans, d’accrocher le plus prestigieux

prix littéraire français à son palmarès : le Goncourt.

Toujours dans ce même quartier des Grands Boulevards.

Cette fois, tout près du Rex. Un soir de juin 2012. Le décor

est tout autre, l’ambiance moins survoltée. Dans ce petit bar

où nous avons rendez-vous, c’est un post-adolescent timide,

frêle, qui s’avance. La tête dans les nuages, le pas lent, l’allure

rêveuse. Pourtant, déjà, derrière lui, une sacrée réputation.

Meilleur élève du Sénégal en 2009, lauréat de plusieurs prix au

Concours général – fabrique de la crème de la crème du pays –,

plume remarquée de La Voix de l’étudiant, journal du Prytanée

militaire de Saint-Louis, lycée d’excellence. Ce parcours

prodigieux lui a ouvert les portes de la prépa du lycée Pierre

d’Ailly, à Compiègne. Il y passera trois ans d’apprentissage,

nouant des liens forts avec des professeurs d’exception,

devenus mentors. Des honneurs, il en a à revendre, lui qui,

pourtant, n’en fait jamais trop. L’écriture s’affirme comme sa

vocation. Comme enseignant ou écrivain ? Le rêve est-il déjà là,

silencieux ? Après un échec à l’École normale supérieure (ENS),

c’est l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

qui l’accueille, et avec lui, Paris, ses mythes, ses mirages. Ce

jour de 2012, dans ce café, la discussion roule sur Balzac, notre

premier amour commun, l’un des premiers modèles du jeune

Sérère. Chez lui, on dissèque, on commente, avec toujours

l’exigence de la parure. Puis le football et l’Euro sont à l’ordre

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 23


MELTING-POT

Il a été récompensé

le 3 novembre dernier pour

son roman La Plus Secrète

Mémoire des hommes.

du jour. Quand nous nous quittons, je gagne un camarade,

mieux, un complice.

Quelques centaines de textes lancés sur un blog – au titre

repris de Victor Hugo, Choses revues –, et c’est la première

grande folie du jeune homme : un manuscrit sur le djihadisme

au Mali en 2013. Un coup d’essai et un coup de maître :

Terre ceinte paraît à la fin de 2014 et conquiert le jury du

prix Kourouma, bluffé par l’âge de l’auteur et l’épaisseur

philosophique du texte. Il y fait dialoguer le Bien et le Mal, dans

une ode à la résistance. Le propos est nuancé, mesuré, mature,

et entre en écho avec l’actualité, en cette année du triomphe du

film Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako. S’ensuivront d’autres

récompenses (le prix du roman métis, celui de la

Porte dorée, le prix Littérature-monde du festival

Étonnants voyageurs…), pour quasiment tous

ses livres. La toile de sa belle réputation se tisse

sous des honneurs qui en appellent d’autres.

Il est décoré par le président Macky Sall. Il suscite

l’admiration et, fait plus rare, l’unanimité, sans

jamais tomber dans la connivence ou la complaisance. Malgré

cette besace pleine, le Paris littéraire le méconnaît. Il est encore

dans le « ghetto ». Trois livres ne l’ont pas encore affranchi

de son statut de promesse africaine ou francophone.

Pour ce forgeron de l’écriture, ce n’est qu’une question de

temps. Le talent est une donnée comme une autre chez lui, pas

un privilège qui dispense de travailler. Seul, il est vain. Il faut

donc lire, beaucoup, jusqu’à l’obsession, faire allégeance aux

maîtres. Seulement après, peut-être, essayer de marcher sur

leurs pas. L’écriture sera vie, malgré la précarité de la vocation

et les angoisses alimentaires. Il s’y adonne corps et âme, en

théoricien et en praticien. La thèse de doctorat qu’il commence

sur trois livres de l’année symbolique de 1968 – Le Devoir de

violence, du Malien Yambo Ouologuem, La Plaie, du Sénégalais

Malick Fall, Les Soleils des indépendances, de l’Ivoirien Amadou

Kourouma – attendra. Il finira par la suspendre, mais un

tel corpus, celui de la désillusion, de la disparition, n’est pas

anodin dans sa trajectoire. Étape décisive pour comprendre

sa charpente littéraire et son rapport à la littérature africaine,

Il suscite

l’unanimité

sans jamais

tomber dans la

complaisance.

tant ces figures ont incarné à la fois la solitude, le retrait,

la gloire la plus établie, mais aussi l’opprobre. C’est donc

en lecteur qu’il se pose d’abord, en vrai lecteur qui tient les

livres pour sacrés. Ce regard de chercheur sur son objet de

cœur, cette immersion étofferont son regard et son approche.

La lumière du vocatus ainsi allumée se fera de plus en plus

vive au long de l’apprentissage. Silence du chœur (2017), son

deuxième livre, séduit aussi en plein drame migratoire, ses

héros siciliens confortent sa fibre humaniste. Il peaufine son

style. Les rares critiques pointent une écriture « khâgneuse »,

sage et gentiment classique, il leur tord le cou dans De purs

hommes (2018), audacieuse confrontation avec le tabou

ultime de la société sénégalaise : l’homosexualité. Il devance

les critiques. S’arme contre les flèches à venir, immanquables,

quand la gloire arrive et qu’elle suscite la malveillance. Ce

n’est donc rien de moins qu’une rentrée littéraire dans laquelle

il se lance en août 2021, donnant une saveur épique au défi.

Se dépatouiller dans la forêt des 600 livres promis à l’oubli.

Et ce, sans grand réseau derrière. Un pari fou, gagné haut

la main. Avec une presse dithyrambique et des éloges, qui

l’ont vu en bonne place sur les prix littéraires d’automne.

Demeure, en trame de fond, cette candeur du refuge au pays

de la littérature, malgré les urgences. Pour ce footballeur

intermittent et doué, fan de Zidane, amateur de passements

de jambes et de tacles fulgurants, bon vivant et rigolard,

amoureux fou du mafé – moins du chou –, les rues de Paris sont

autant de tableaux sociologiques, de livres, des

sources ouvertes. Dandy sans le sou, il en a goûté

les errances, souvent nocturnes et solitaires.

Il les a pourtant embrassées, sans la folie propre

des héros balzaciens, avec mesure, patience,

en stratège, comme sûr que son heure était

à l’horizon. Ses romans, son application d’ascète,

lui ont pavé la voie à des rencontres fondatrices, mentors, amis,

toujours séduits par son génie et sa personnalité. L’ancrage

en pays sérère est un élément fondateur de son identité. Né

en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est l’aîné d’une fratrie de

sept garçons. Père médecin et maman au foyer. Il grandit

entre Diourbel, Mbour et Saint-Louis. Il s’est nourri d’une

langue, de mythes, de valeurs, qui sont devenus chez lui

des marqueurs. Point un hasard si La Plus Secrète Mémoire

des hommes, le livre de la grande consécration, puise une

partie de son histoire au cœur de ce pays sérère, ce berceau

où il va souvent en pèlerinage. Si sa tête a toujours côtoyé les

nuages du haut de son cérémonial mètre 91, les pieds, eux,

sont restés bien sur terre, enracinés. Il doit cette humilité,

entre autres, à son tempérament d’une naturelle pondération.

Laquelle, sur les Grands Boulevards, est restée presque

imperturbable malgré le fracas. Tout gagner à l’aube de la vie

est bien désarmant, il faut survivre au Goncourt pour tutoyer

d’autres sommets. Et s’il est un écrivain capable de s’ouvrir

à de nouveaux horizons, c’est précisément celui-là. ■ Elgas

AURORE THIBAULT/HANS LUCAS/HANS LUCAS VIA AFP

24 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Une rétrospective

des œuvres de

tissu du plasticien

Abdoulaye

Konaté (à droite)

est annoncée.

DR - COURTESY THE ARTIST AND BLAIN SOUTHERN, PHOTO PETER MALLET

DAKAR,

ÉVÉNEMENT

CAPITALE

ARTISTIQUE

Après son annulation en 2020,

Dak’Art, principale biennale

d’art contemporain du continent,

fait un RETOUR EN BEAUTÉ.

L’ENGOUEMENT EST REVENU, la 14 e édition aura bien

lieu en 2022, du 19 mai au 21 juin. Le thème, « Indaffa#/

Forger/Out of the Fire », a été conservé. « La biennale se fixe

pour objectif de refuser la forme telle qu’elle est donnée

et de forger les sens qui sont encore informes », explique

le directeur artistique, Malick Ndiaye. Homme du sérail

– il est conservateur du musée Théodore Monod d’art africain

et enseignant-chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique

noire (IFAN) de Dakar –, il porte l’orientation artistique et

scientifique de la manifestation. La sélection initiale des

59 artistes visuels (individuels ou collectifs) a été gardée, mais

le choix des œuvres a évolué. « La pandémie a marqué tout

le monde, y compris les artistes. On ne pouvait pas l’ignorer.

Cela se traduit dans leurs créations », explique-t-il, avant

de préciser : « Par rapport au thème d’origine “Indaffa”, nous

avons ajouté le hashtag pour montrer que des expériences

ont été traversées et que le glissement vers une nouvelle

ère s’est fait. » Une nouvelle ère qui se ressent aussi dans

l’invitation faite à quatre femmes commissaires d’expositions :

la Sud-Africaine Greer Odile Valley, la Canadienne Lou Mo,

la Ghanéenne Nana Oforiatta Ayim et la Marocaine Syham

Weigant. Pendant un mois, Dakar va vivre au rythme des

vernissages, débats et autres festivités. Certains temps

forts sont annoncés, comme « Doxantu » (« promenade »

en wolof), une exposition de sculptures, d’installations et

de design prévue sur la corniche ouest d’artistes reconnus à

l’international, avec un mot d’ordre : monumental. Pour Malick

Ndiaye, « exposer l’art dans les lieux de déambulations » est

une façon de le partager plus largement, de toucher surtout

d’autres publics. Instaurer l’art dans l’espace public est une

volonté de la biennale, financée en majorité par l’État. Le « in »

prendra place dans plusieurs lieux emblématiques : le musée

des Civilisations noires, le musée Théodore Monod, ou encore

l’ancien palais de Justice sis au cap Manuel (le maître malien

Abdoulaye Konaté doit y être exposé). Des projets spéciaux

sont prévus, comme une exposition du collectif des Ateliers

de troubles épistémologiques sur le dialogue entre collections

muséales et art contemporain, un projet porté par la résidence

Black Rock, ou encore l’installation monumentale composée

de 343 pièces d’Ousmane Dia, plasticien sénégalo-suisse.

Quant au « off », la programmation est plus libre, avec des

centaines de manifestations essaimées sur un territoire plus

large, grâce aux galeries, hôtels ou centres culturels régionaux

de Saint-Louis, Mbour ou Ziguinchor. ■ Alexandra Fisch

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 25


MELTING-POT

Ndokette Session,

Untitled,

Ibrahima Ndome,

2019.

MÉCÉNAT

DIALOGUE ENTRE LES CULTURES

Quand ELLIPSE PROJECTS, entreprise de construction présente

en Afrique et en Asie, décide de créer une fondation, cela donne

un nouveau prix qui impulse la jeunesse artistique émergente.

PENDANT LE CONFINEMENT PARISIEN de mars 2020,

Laura Picard et Victoria Jaunasse pensent une façon de

« nouer des liens autres » que ceux qui unissent l’entreprise

aux pays qu’elle équipe. Leur mantra : « Utiliser l’art comme

expression du dialogue entre les cultures. » L’idée prend

rapidement forme en un prix décerné chaque année dans

un pays différent. Une façon de soutenir les jeunes artistes,

de leur donner accès au circuit international de l’art

contemporain. La première édition s’est tenue au Sénégal

en juin 2021. La fondation a rassemblé un jury de grands

noms du milieu. Parmi eux : Wagane Gueye, commissaire

d’exposition, Ken Aïcha Sy, fondatrice de la plate-forme

Wakh’Art, ou encore Bénédicte Alliot, directrice de la Cité

internationale des arts, à Paris. Une soixantaine de candidats

ont répondu à l’appel à candidatures, dont Ibrahima Ndome,

du collectif Atelier Ndokette, l’heureux lauréat. Avec ses

deux acolytes, Safi Niang et Souleymane Bachir Diaw, il a

remporté une résidence de trois mois à Paris et l’exposition

de son travail à la foire d’art contemporain africain Akaa

en novembre 2021. Une impulsion bienvenue pour le jeune

designer-costumier qui cherche, à travers le stylisme et la

photographie, à « initier une remise en question chez les gens,

les amener à questionner leur présent ». Pour la prochaine

édition, rendez-vous en 2022 en Côte d’Ivoire. ■ A.F.

XOULIXOOL

26 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


MELTING-POT

SAVOIR-FAIRE

AÏSSA DIONE

LA FIBRE DU DESIGN

La pionnière du textile sénégalais de luxe est une ENTREPRENEURE

ENGAGÉE pour la renaissance d’une industrie manufacturière locale.

ARTISTE, GALERISTE, designeuse

et cheffe d’entreprise : Aïssa Dione

multiplie les casquettes. Formée

aux Beaux-Arts de Paris, elle lance,

en 1992, à Dakar, Aïssa Dione Tissus. Et

démontre que les pagnes traditionnels,

originaires du Sénégal, du Cap-Vert

ou de la Guinée-Bissau, ont toute leur

place sur la scène internationale du luxe,

s’ils sont de qualité. D’où le soin avec

lequel elle choisit la matière première

de ses créations : le fil de coton, qu’elle

mélange avec de la soie, du raphia ou

de la viscose, tissé ensuite par d’habiles

artisans. Elle allie alors savoir-faire

et traditions locales tout en les

modernisant. Cette marque de fabrique

fait sa renommée, les commandes

fusent. Parmi ses clients figurent

Hermès, Rose Tarlow ou le groupe

LVMH, mais aussi des décorateurs

prestigieux qui « habillent » boutiques

et hôtels de luxe. Persévérance, passion

et créativité permettent à Aïssa Dione

d’être toujours au sommet après

trente ans de carrière. Sa capacité

à innover l’a poussée à modifier le

métier à tisser traditionnel, pour

pouvoir proposer des bandes de textile

adaptées au marché international.

BRUNO DEMÉOCQ

28 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Sa marque de fabrique : allier savoir-faire

et traditions locales tout en les modernisant.

Elle collabore avec des artisans et l’État afin d’avoir

un fil de qualité, et fait travailler une centaine d’employés

dans son atelier de Rufisque.

BRUNO DEMÉOCQ/ATISS - DR - BRUNO DEMÉOCQ - DR

Ou à se lancer dans la conception

et la fabrication de meubles en bois

haut de gamme, il y a quinze ans.

Ce projet l’a amenée à collaborer

avec le campus des Gobelins et a fait

germer l’idée de créer un Institut des

métiers d’arts au Sénégal. Pour celle

qui voit dans le design « un moyen

de développer la société dans son

ensemble », former les nouvelles

générations est une priorité. Des

workshops sont lancés en 2019 avec

l’école Boulle et soutenus par un

partenariat public-privé. En parallèle,

la reprise des activités de filature

de l’usine textile de Domitexka à

Kaolack, en 2021, s’inscrit dans son

engagement pour la relance du secteur

textile. Qu’elle crée de nouveaux

tissus pour la mode dans son atelier

de Rufisque – où travaillent une

centaine d’employés – ou qu’elle

organise des résidences artistiques

en prévision de la biennale de Dakar

depuis sa galerie d’art, Aïssa Dione

collabore avec des artisans et l’État

sénégalais pour obtenir un fil de

qualité. « L’enjeu est de taille », expliquet-elle,

rappelant que le coton produit

en Afrique de l’Ouest est presque

entièrement exporté en Asie pour être

revendu en Europe. Elle-même est

obligée d’acheter ses fils en Égypte.

Si le projet aboutit, ce sera un pas de

plus vers une « soft industrie », concept

cher à la créatrice, qui prône la qualité

du produit plutôt que la quantité

et qui fait du design une véritable

force motrice. ■ Luisa Nannipieri

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 29


MELTING-POT

CULTURE

Chercher,

créer,

diffuser

Ces dernières années,

les RÉSIDENCES D’ARTISTES

se multiplient dans le pays,

accueillant des talents

du monde entier.

PIONNIÈRE EN LA MATIÈRE, l’équipe de Raw

Material Company (rawmaterialcompany.org) a

lancé en 2011 son programme Ker Issa, qui peut

accueillir deux résidents simultanément. Depuis,

plus de 40 artistes, écrivains, commissaires

d’exposition, chercheurs, musiciens ou encore

étudiants venus du monde entier ont été accueillis

dans le quartier de Baobab, à deux pas du siège

de ce centre d’art et de recherche pluridisciplinaire

indépendant créé à Dakar par la curatrice Koyo

Kouoh. Les derniers résidents en date, Hamedine

Kane et Stéphane Verlet-Bottéro, ont présenté le

fruit de leurs travaux au cours du Partcours 2021.

En 2015, deux autres lieux de résidence ont vu

le jour. Thread a été lancé par la fondation américaine

Josef & Anni Albers à Sinthian, petit village rural

du Fouta (450 km au sud-est de Dakar), près de

Tambacounda. Le bâtiment épuré, dessiné par

l’architecte japonaise Toshiko Mori, a été sélectionné

à la Biennale de Venise 2014. L’artiste invité peut

passer entre quatre et huit semaines, et son projet doit

DR

30 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


La Villa Ndar,

au sein de l’Institut

français de

Saint-Louis,

peut accueillir

simultanément

trois invités.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 31


MELTING-POT

s’intégrer à l’environnement du village

et de ses habitants. Parmi les résidents,

on peut citer la designeuse textile

Johanna Bramble, venue explorer les

techniques de tissage, et le réalisateur

franco-portugais Pierre Primetens,

qui a été l’un des derniers avant

la pandémie de Covid-19.

Quant à la Fondation Blachère, dont

le siège à Apt (dans le sud de la France)

accueille des artistes en

résidence de création,

elle a créé une extension

à La Somone, près de

Dakar. Les invités de

2021, les photographes

Lou Escobar, Charlotte

Yonga et Malika Diagana,

Surplombant

la mer,

l’adresse

de Kehinde

Wiley offre un

confort XXL.

exposeront leurs œuvres à Apt, en 2022.

À la tête de la Compagnie

sahélienne d’entreprises (CSE), poids

lourd du BTP, Oumar Sow est aussi

un collectionneur d’art contemporain

et possède plus de 400 œuvres.

Il invite régulièrement des artistes

en résidence chez lui, à Pointe-Sarène,

au sud de Mbour, épaulé par le designer

Bibi Seck. Ensemble, ils ont monté

la galerie Quatorzerohuit, à deux pas

de la Place de l’Indépendance, où ont

lieu les restitutions de ces résidences.

Jems Koko Bi et Pascal Nampémanla

Traoré font partie des artistes

déjà exposés.

Enfin, parmi les dernières nées,

il y a la Villa Ndar (villandar.ifs.sn),

lieu de résidence

pluridisciplinaire

qui a ouvert ses portes

au sein de l’Institut

français de Saint-Louis

en juin 2019 et peut

accueillir simultanément

trois invités pour une

durée d’un à trois mois. La belle

et grande bâtisse, construite pour

l’occasion, a déjà permis de recevoir

plus de 20 plasticiens, écrivains,

danseurs, musiciens… sans

distinction d’âge ni de nationalité,

sélectionnés par un comité d’experts

pour la qualité et la pertinence de leur

pratique dans le contexte saint-louisien,

sénégalais, voire sous-régional.

Black Rock (blackrocksenegal.org),

résidence de luxe fondée à Dakar par

le portraitiste américain d’origine

nigériane Kehinde Wiley, a accueilli

ses premiers invités en novembre 2019,

dans le superbe bâtiment conçu par

Abib Djenné à Yoff Virage. Surplombant

la mer, il offre un confort XXL et une

équipe d’encadrement très dynamique,

qui aide les invités dans la construction

de leur projet. Ayant jusqu’à présent

accueilli une majorité d’anglophones,

la résidence a largement diffusé son

dernier appel à candidatures auprès

des artistes sénégalais. ■ O.M.

Le complexe

Black Rock, créé

par Kehinde Wiley.

KYLIE CORWIN (2)

32 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


SCIENCES

MARAM KAIRE

PAR-DELÀ LES ÉTOILES

Depuis juin 2021, UN ASTÉROÏDE découvert

en 1998 porte le nom de cet astronome.

DR

PASSIONNÉ DES ASTRES depuis

l’âge de 12 ans, le président

de l’Association sénégalaise

pour la promotion de

l’astronomie (ASPA)

est un autodidacte dans

ce domaine, diplômé en

ingénierie des systèmes

informatiques. Maram

Kaire observe le ciel,

beaucoup, avec des amis, de

plus en plus nombreux. Avec l’ASPA,

créée en 2006, ils se fédèrent et parcourent

les écoles, font des conférences et organisent

même le festival Saint-Louis sous les étoiles

entre 2008 et 2015. Leur motivation ? Vulgariser

la discipline, la partager avec le grand public.

Puis, en 2018, l’astronome est proposé par

un confrère, David Baratoux, pour la mission

New Horizon de la Nasa. Il s’agit d’observer

une occultation stellaire (phénomène qui

désigne le passage d’un astéroïde devant une

étoile), visible depuis le Sénégal. Six mois de

préparation et 2 tonnes de matériel plus tard,

la mission est un succès. S’ensuit une autre

en 2020 – un véritable challenge, car organisée

en pleine pandémie. À l’issue de celle-ci, Alain

Maury lui annonce qu’il a demandé à l’Union

astronomique internationale (UAI) de donner

son nom à l’astéroïde (35462) 1998 DW23,

qu’il a découvert en 1998. Une reconnaissance

inattendue pour le scientifique et un

rayonnement pour tout un pays. Enthousiaste

et inépuisable, Maram Kaire a coordonné une

troisième mission en octobre 2021 pour la sonde

spatiale Lucy. Nommé coordinateur national

de l’astronomie pour l’éducation au Sénégal

par l’UAI, il continue de militer en parallèle

pour l’intégration complète de l’astronomie dans

le programme scolaire. Et, pourquoi pas, voir

enfin son projet d’observatoire aboutir ? ■ A.F.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 33


MELTING-POT

34 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


ÉVASION

LA ROUTE

DE CAP

SKIRRING

LES LARGES PLAGES DE L’ATLANTIQUE…

Rendez-vous à l’opposé de la pointe

de Saint-Louis, 700 kilomètres plus bas,

dans l’extrême sud-ouest du Sénégal.

JACQUES SIERPINSKI/SAIF IMAGES

AU NORD donc du pays, c’est le Sahel.

À l’opposé, c’est Cap Skirring, les tropiques,

les plages de sable blanc, l’eau turquoise,

les grands cocotiers, la végétation riche

et débordante. Lieu des villégiatures des

Ziguinchorois et de quelques expatriés à

la fin des années 1960, Cap Skirring devient

une destination célèbre avec l’ouverture

du Club Med en 1973. C’est le début d’une

belle histoire et de l’arrivée des touristes

européens, de golfeurs, de pêcheurs, une

clientèle souvent fidélisée qui revient d’une

année sur l’autre. Une foule de personnes

attirées par la douceur du

climat pendant la « période

d’hiver » (d’octobre à mai), la beauté

naturelle, les eaux limpides, ainsi que

les ambiances festives et musicales de la nuit.

Cap Skirring, c’est aussi la découverte

du fleuve Casamance, qui permet de se

perdre dans les mangroves et les bolongs

(ces îles qui abritent des milliers d’oiseaux).

Et de partir à la rencontre des mystères

et des richesses de la culture diola.

Les temps n’ont pas toujours été faciles. La

Casamance est comme géographiquement

coupée du pays par la Gambie. Et

l’irrédentisme de certains alimente un

mouvement de guérilla multiple et divisée

depuis près de quarante ans. La paix reste

fragile. La pandémie de Covid-19 et ses

restrictions sur les voyages ont stoppé le

tourisme, avec un impact social sérieux sur

l’emploi et les populations environnantes.

Mais depuis janvier, et malgré la persistance

de la pandémie, l’ambiance est à l’optimisme.

La piste d’atterrissage de Cap Skirring a été

remise à neuf, en attendant des travaux plus

conséquents. Et le célèbre Club Med, avec

ses 83 hectares, vient de rouvrir ses portes

après vingt et un mois de fermeture. Il est

temps de s’envoler pour une parenthèse

dans un coin de paradis. ■ Zyad Limam

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 35


Le Centre hospitalier

universitaire de Touba,

inauguré le 18septembre

dernier par le Président

Macky Sall.

Ellipse Projects, engagée

pour la santé au Sénégal

Créée en 2011, l’entreprise française est spécialisée

dans la conception, la réalisation et le financement de

projets clés en main. Rencontre avec son fondateur.

Les infrastructures sont l’une des clés de

l’avenir du continent. Quelle est la spécificité

de l’offre d’Ellipse Projects dans

ce domaine ?

Olivier Picard : L’offre d’Ellipse Projects

recouvre trois aspects spécifiques :

➔ Ellipse Projects travaille avec ses

clients très en amont des projets et de

manière itérative. Cette méthode permet

à nos clients de vraiment définir

leurs besoins opérationnels sans passer

Depuis 2018, Ellipse Projects a signé et mis en vigueur les projets suivants

➔ Au Sénégal : 1CHU de

300lits et 3 CHR de 150 lits pour

un montant de 150millions€ ;

69 bâtiments pour le ministère

de la Justice du Sénégal pour

unmontant de 380millions€.

Olivier Picard

Le président d’Ellipse

Projects réalise des

projets qui participent à

l’amélioration du niveau

de vie des populations

et contribuent au

développement de l’activité

économique locale.

➔ Au Ghana : 2CHR.

Le premier de 120 lits

pour un montant de

23millions€. Et le second

de 285 lits pour un montant

de 70millions€.

➔ En Côte d’Ivoire :

279 établissements sanitaires

de premier contact (ESPC)

pour un montant de

120millions€ (60 fermes

et 60 optionnels).

des années à commander des études et

à retarder ainsi la réponse aux besoins

urgents des populations. Par ailleurs,

Ellipse Projects finance l’intégralité des

études amont, des études architecturales,

des études environnementales et

sociales. Ces études amont représentent

un investissement lourd, risqué mais

indispensable pour bâtir un partenariat

avec les pays africains.

➔ Ellipse Projects accompagne toujours

ses offres techniques et commerciales

d’une offre de financement. Grâce à son

réseau et sa connaissance des institutions

financières européennes et américaines,

Ellipse Projects parvient toujours

à proposer l’offre de financement

la plus attractive compte tenu des spécificités

et de la situation financière de

chaque pays.

➔ Ellipse Projects propose des projets

clés en main, que ce soit dans le domaine

de la santé ou du digital. Cette

approche est nouvelle en Afrique, en

particulier dans le domaine de la santé

où l’on avait l’habitude de construire

des bâtiments, puis de se poser la question

des équipements nécessaires à leur


Des hôpitaux dotés

d’équipements

modernes, comme des

scanners (ci-dessus)

ou des unités de soins

dentaires complets

(ci-dessous).

fonctionnement. Aujourd’hui, lorsque

Ellipse Projects délivre un hôpital, les

patients peuvent être accueillis et les

équipes médicales travailler dans les

jours qui suivent.

Votre entreprise est fortement active

au Sénégal. Quelles sont les raisons de

cette implantation stratégique ?

O.P. : Le Sénégal est, avec la Côte

d’Ivoire, le pays le plus dynamique

d’Afrique de l’Ouest et l’un des plus

prometteurs d’Afrique. Par ailleurs,

c’est un pays démocratique et extrêmement

stable, ce qui est important

lorsque l’on investit sur le long terme.

Enfin, c’est un pays où le niveau d’éducation

est élevé, ce qui est important

pour nous car nous développons des

infrastructures complexes avec un fort

contenu local.

Vous avez réalisé un programme de 4hôpitaux.

Aujourd’hui, vous êtes chargé

d’un vaste projet de réhabilitation des

infrastructures de la justice. Comment

assurez-vous la polyvalence des équipes

et du savoir-faire sur des projets de nature

si différente ?

O.P. : Bien sûr, les projets sont différents,

mais pas tant que cela. D’un côté,

le projet des 4 hôpitaux ne comprend,

comme son nom l’indique, que 4 très

grands bâtiments. Le projet du ministère

de la Justice comprend 69 bâtiments

pour la plupart plus modestes ;

mais il s’agit d’un véritable défi, car nous

devons construire ces 69 ouvrages en

6 ans, contre 3 ans pour les 4 hôpitaux.

D’un autre côté, il y a beaucoup de similitudes

: les hôpitaux comme les bâtiments

du ministère de la Justice sont

des projets clés en main qui seront

prêts à fonctionner dès leur livraison,

les 69 bâtiments comme les 4 hôpitaux

sont construits aux quatre coins

du Sénégal. Enfin, les deux projets ont

créé des milliers d’emplois pour les

Sénégalais pendant plusieurs années.

En résumé, c’est l’expérience que nos

équipes ont acquise sur le programme

des 4 hôpitaux qui va nous permettre

de construire dans les temps les 69 ouvrages

du ministère de la Justice.

Peut-on garantir des infrastructures de

qualité, de niveau international, tout en

étant particulièrement compétitif sur les

prix et les délais ?

O.P. : Oui, bien sûr, en ayant des équipes

intègres en France comme au Sénégal,

en ayant recours aux dernières technologies

et en travaillant en étroite collaboration

avec nos clients. Les prix que

“Le Sénégal est un pays démocratique

et extrêmement stable, ce qui est important

lorsque l’on investit sur le long terme.”

nous proposons sont parmi les plus

compétitifs du marché, et il faut noter

que pour le programme des 4 hôpitaux,

nous avons terminé dans les délais et

sans jamais demander de modification

du prix global.

Le financement est l’un des éléments

essentiels d’un projet d’infrastructure.

Quelles sont les solutions apportées par

Ellipse Projects dans ce domaine ?

O.P. : Il y a, pour faire simple, deux

grands types de financement :

➔ Les financements exports, qui

consistent pour un pays comme le Sénégal

à emprunter pour avoir des infrastructures.

C’est ce type de financement

qui a permis de construire les

4 hôpitaux. Ces financements sont

très intéressants, car ce sont des financements

à long terme et avec des taux

faibles. Dans ce cas, notre mission est

de trouver en Europe ou aux États-Unis

le financement le moins coûteux pour

le Sénégal. Ce type de financement

a pour inconvénient d’augmenter la

dette souveraine.

➔ Les investissements directs et les partenariats

public-privé, où les financements

sont proposés par des investisseurs

privés et le risque est partagé, c’est

ce que nous avons proposé pour le projet

du ministère de la Justice.

Dans les deux cas, tout repose sur la

confiance dans l’avenir économique du

Sénégal et dans sa stabilité politique.

www.ellipseprojects.com

L’entrée du CHR

de Kaffrine, dans

le centre-ouest

du Sénégal.

PUBLI-REPORTAGE


développement

SORTIR

RENFORCÉ

DE LA CRISE

38 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Résister à court terme et préparer le long terme.

C’est l’objectif, pour viser l’émergence à l’horizon 2035.

Études de cas, de l’aérien au pétrole, en passant

par les ports et les transports. par Jean-Michel Meyer

Résister et rebondir. C’est le mot d’ordre du

gouvernement pour affronter la crise planétaire.

Après une croissance moyenne de 6 %

par an entre 2014 et 2019, le pays a connu

un trou d’air en 2020, avec une croissance

poussive de 0,8 %. Mais, déjà, la Banque

mondiale table sur une progression du PIB

du Sénégal de 4,7 % en 2021 et de 5,5 % en 2022, « grâce à

l’expansion de l’agriculture et des mines ainsi qu’au rebond du

secteur des services, les entreprises adaptant leurs opérations

à l’environnement du Covid-19. L’inflation devrait rester faible,

autour de 2 %, et diminuer à 1,5 % en 2023 ». Si le Sénégal a

limité la casse, c’est grâce au Programme de résilience économique

et sociale (PRES) lancé en 2020 et doté de 1,5 milliard

d’euros, soit 7 % du PIB injecté dans l’économie pour soutenir les

ménages, les entreprises et préserver le cadre macroéconomique

du pays. Mais l’économie a surtout résisté grâce au travail de

fond entamé depuis 2014 avec le Plan Sénégal Emergent (PSE)

qui court jusqu’en 2023. Plus de 7 milliards de dollars ont été

investis dans les infrastructures, l’agriculture, l’industrie agroalimentaire,

les mines et le tourisme. Pour réduire la fragilité d’une

économie trop dépendante de l’extérieur, le PSE a été renforcé de

22,4 milliards d’euros, dont un tiers doit être apporté par le secteur

privé, pour assurer « la souveraineté alimentaire, sanitaire

et pharmaceutique, et booster l’industrialisation, le numérique,

le tourisme, le logement », a précisé le président Macky Sall.

L’objectif est « d’accélérer la marche vers l’émergence en 2035 »,

en visant dès 2023 une croissance de 8,7 %. Dans ce but, le

PSE doit bâtir un socle d’infrastructures solides, dans l’aviation,

le chemin de fer, l’industrie chimique, le pétrole et le gaz.

Avec un État actionnaire à 100 %, la compagnie

Air Sénégal est en pleine expansion :

sept nouvelles destinations, deux vols

hebdomadaires vers les États-Unis, et une flotte

enrichie de huit moyen-courriers d'ici 2024.

LIONEL XXXXXXXXX

MANDEIX/PRÉSIDENCE

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 39


DÉVELOPPEMENT

Plan de vol ambitieux

pour Air Sénégal

Avec sept nouvelles destinations en 2021, dont

les États-Unis, la compagnie reprend son envol,

dans un pays qui ambitionne de devenir

le premier hub aérien et touristique ouest-africain.

Avec l’espoir d’un salaire jusqu’à quatre fois plus élevé qu’à

Tunisair, 15 pilotes tunisiens ont rejoint Air Sénégal. Un exil qui

souligne l’attractivité de cette compagnie en pleine expansion.

Lancée en 2018 par la volonté du président Macky Sall, Air Sénégal

est une pièce maîtresse du PSE. « Je rêve d’une compagnie qui

sera d’ici vingt ans l’alter ego d’Ethiopian Airlines, a-t-il confié.

Je surveille personnellement et particulièrement le développement

d’Air Sénégal. Je veux que cela soit une réussite, et c’est

possible. » Après trois ans, la compagnie dessert, au départ du

hub de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), une quinzaine

de destinations en Afrique et en Europe, avec une flotte de

huit avions. Celle-ci devrait s’enrichir de huit moyen-courriers

A220 pour plus de 730 millions d’euros. Le premier appareil a

été livré le 29 décembre dernier. En 2021, Air Sénégal tablait

sur 500 000 passagers transportés – plus qu’en 2019 (495 000).

Sept nouvelles destinations ont été ouvertes, dont Milan, Lyon,

Cotonou, Douala, Libreville. Le transporteur a inauguré, en septembre,

deux vols hebdomadaires vers les États-Unis, opérés en

Airbus A330-900, à destination de New York JFK et de Baltimore.

La compagnie comptait transporter 42 224 passagers dès

2021, soit un coefficient d’occupation moyen de 70 %. Cela en

fait la cinquième compagnie africaine à proposer des vols directs

vers les États-Unis. De nouvelles lignes sont attendues en 2022

vers Londres et Genève. Le trou d’air de la pandémie serait

presque oublié. La fermeture des frontières, le 20 mars 2020, a

fait perdre à Air Sénégal cette année-là 25 % de son chiffre d’affaires,

qui était de 76,2 millions d’euros en 2019. Mais à l’inverse

de plusieurs compagnies africaines, elle a bénéficié du soutien

de l’État, qui lui a octroyé une dotation de 68 millions d’euros.

L’envol d’Air Sénégal ne serait pas réussi sans la complémentarité

de la compagnie avec l’AIBD, inauguré à la fin de 2017, après dix

ans de travaux et plus de 610 millions d’euros investis. « Notre

objectif est d’être un hub entre l’Europe et l’Afrique et entre les

États-Unis et l’Afrique », martèle Doudou Ka, directeur général

de l’AIBD. En parallèle, 13 aéroports du pays (Saint-Louis,

Matam-Ourossogui, Kédougou, Cap Skirring…) sont en cours

de rénovation pour permettre au transporteur national d’assurer

une desserte régionale. Avec un État actionnaire à 100 %,

le modèle économique d’Air Sénégal, dotée d’un capital initial

de 40 milliards de francs CFA (61 millions d’euros), lui a permis

de décoller rapidement. Demain, l’État pourra-t-il suivre le

rythme élevé des investissements dans l’aérien ? Officieusement,

la compagnie dirigée par Ibrahima Kane cherche un partenaire

stratégique. Les pronostics sont ouverts.

Essais du TER au site

de maintenance

et de remisage

à Colobane, avant

sa mise en circulation

le 27 décembre 2021.

À Dakar, le TER

rétrécit le temps

C’est à 160 km/h que le Train express régional

avale, depuis le 27 décembre 2021, les 36 kilomètres

séparant la gare centrale de Dakar à Diamniadio.

Un second tronçon doit relier la capitale au nouvel

aéroport international.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Annoncé pour la

fin 2018, puis en 2019 et en avril 2020, le Train express régional

(TER) de Dakar quittait finalement le quai à la fin 2021. Un

cadeau tombé du ciel ? « Rendez-vous a été donné aux Sénégalais

le 24 décembre 2021 [il a finalement été mis en circulation le

27, ndlr] pour leur cadeau de Noël, avec un début d’exploitation

du TER, qui constitue un legs important pour les générations

futures », avait annoncé Abdou Ndéné Sall, le directeur général

de la Société nationale de gestion du patrimoine du TER (Sen-

Ter). Initié par le président de la République Macky Sall, il s’agit

du premier projet ferroviaire depuis l’indépendance du pays.

40 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


SYLVAIN CHERKAOUI POUR JEUNE AFRIQUE

« Le TER n’est pas seulement un moyen de transport rapide.

Il nous projette à grande vitesse dans le temps de la modernité

», assurait le chef d'État en 2019, évoquant le projet phare

en matière d’infrastructures du PSE.

Réalisé en deux phases, le TER avalera en trente-cinq

minutes, dans un premier temps, les 36 kilomètres séparant

la gare centrale de Dakar à la ville nouvelle de Diamniadio. Le

tronçon de voies ferrées – réalisé par le français Eiffage, le turc

Yapi Merkezi et la Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE),

un acteur local – est terminé. Et les 15 rames (22 à terme),

fabriquées par le français Alstom, ont été réceptionnées. Le premier

tronçon a coûté 656 milliards de FCFA (1 milliard d’euros).

L’État sénégalais a apporté 142 milliards de FCFA, tandis que

la Banque africaine de développement (BAD), la Banque islamique

de développement (BID) et l’Agence française de développement

(AFD) assuraient le reste du financement. Dans un

second temps, le trajet de 18 kilomètres, bénéficiant déjà d’une

convention de financement avec les mêmes bailleurs, annoncée

autour de 300 millions d’euros, doit relier Diamniadio à

l’AIBD. L’exploitation et la maintenance des deux phases seront

assurées pendant cinq ans par la SNCF et la RATP. Lancés

à une vitesse de pointe de 160 km/h, les trains climatisés,

équipes de la wi-fi et transportant jusqu’à 565 passagers chacun,

seront l’arme fatale pour désembouteiller la capitale.

Le TER accueillera 115 000 passagers par jour dès cette

année et 215 000 à l’horizon de 2025, tout en économisant

19 000 tonnes de CO 2

par an. Quant aux usagers, ils gagneront

près de quarante-cinq minutes sur leur temps de trajet et les

automobilistes reconvertis économiseront 1,32 million d’heures

par an. « Le trajet de Dakar à Diamniadio coûtera 1 200 FCFA.

Nous serons les moins chers par rapport aux autres moyens

de transport », assure Abdou Ndéné Sall, précisant que les prix

ont été subventionnés par la volonté du président Macky Sall.

Ce qui n’affectera pas la rentabilité, avec un taux de rentabilité

interne compris entre 11,9 % et 14,9 %. À ceux qui dénoncent le

coût très élevé du projet, ses promoteurs rétorquent que, « selon

une étude de la Banque mondiale, la congestion de Dakar coûte

100 milliards de FCFA (152,5 millions d’euros) par an. Ne rien

faire pendant sept ans équivaudrait à perdre 700 milliards qui

auraient pu financer le TER ». CQFD.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 41


DÉVELOPPEMENT

Les bus rapides, remède

contre les embouteillages

Reliant Dakar à Guédiawaye, les 144 bus

rapides du projet BRT doivent transporter,

sur un espace dédié, 300 000 passagers

par an à partir de la fin 2022.

Asphyxiée par des embouteillages monstres : l’image qui

colle à la peau de Dakar sera bientôt révolue. Sur une distance

de 18,3 kilomètres, les 144 bus BRT – de l’anglais Bus Rapid

Transit, traduit en français par Bus à haut niveau de service

(BHNS) – relieront en quarante-cinq minutes, sur une route

dédiée, le centre de Dakar à la ville côtière de Guédiawaye,

en passant par Grand-Médine, contre quatre-vingt-dix minutes

actuellement. Si les travaux lancés en octobre 2019, qui devaient

s’achever en mai 2021, sont toujours en cours, le chantier « sera

livré au plus tard en décembre 2022 », assure Mansour Faye,

le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et

du Désenclavement. Les bus traverseront alors 14 communes

et transporteront 300 000 voyageurs par jour, à un coût bien

inférieur à la construction d’un tram. « Ce projet emblématique

entre dans le cadre du PSE, précise le ministre. Le président

Macky Sall compte révolutionner le transport urbain. Chantier

majeur, le BRT consacrera le transport de masse à Dakar. Il va

changer le visage de la capitale et en désenclaver une bonne

partie. » Aujourd’hui, dans une désorganisation totale, les

transports collectifs, inefficaces, polluants, peu fiables et sûrs,

assurent 80 % des transports motorisés : opérateur public Dakar

Dem Dikk, minibus AFTU (« Tata »), minibus artisanaux Cars

Rapides et Ndiaga-Ndiaye, taxis clandos, surnommés par les

Dakarois « S’en fout la mort », « 1 000 kilos » ou « 22 places »…

Décongestionner la ville est un défi majeur. Avec 3,6 millions

d’habitants, la région de Dakar abrite 25 % de la population du

pays, 50 % des urbains et 70 % du parc automobile immatriculé

sur 0,3 % du territoire. Confinée sur l’étroite presqu’île du Cap-

Vert, l’agglomération enregistre l’arrivée de 100 000 nouveaux

habitants par an. « En 2040, nous serons 7 millions à Dakar, et

le réseau du trafic routier est déjà saturé », relève Thierno Birahim

Aw, directeur général du Conseil exécutif des transports

urbains de Dakar (CETUD), pilote du projet BRT. D’ici un an,

la ville devrait à nouveau respirer. L’initiative du BRT s’inscrit

au titre des engagements du Sénégal dans le cadre de l’accord

de Paris sur le climat, pour rendre la capitale « plus verte et

propre ». Une étude de la Direction de l’environnement et des

établissements classés (DEEC) estime d’ailleurs que le BRT fera

« économiser 446 480 tonnes de CO 2

d’ici 2035 ». Il sera aussi

une passerelle vers l’emploi en favorisant « l’accès de près de la

moitié des habitants aux faibles ressources économiques à plus

de 8 000 emplois supplémentaires », selon une étude. Financé

à hauteur de 457 millions d’euros par la Banque mondiale, la

Banque européenne d’investissement et le Fonds vert pour le

climat ou l’Agence française pour le développement, le BRT doit

être rentable. Un rapport socio-économique de l’Institut international

du développement durable (IISD) a démontré une très

bonne rentabilité économique du projet, avec un TRI de 14 %

à 16 %. À confirmer.

Un futur port en eau

profonde au service

de la sous-région

Stratégique pour le développement du pays

et de l’hinterland, l’activité portuaire quittera

Dakar d’ici 2024 pour le nouveau port en eau

profonde de Ndayane. Un investissement

de plus de 1 milliard de dollars.

La bataille fait rage en Afrique de l’Ouest pour faire

émerger du sable le hub portuaire le plus attractif du Golfe de

Guinée. À Dakar, Abidjan, Lagos, Lomé, Tema ou encore Cotonou,

c’est la course aux infrastructures. Poumon économique

du pays, le port autonome de Dakar (PAD) a traité 19,3 millions

de tonnes de marchandises en 2020, au troisième rang

dans la sous-région pour le tonnage manipulé, derrière Abidjan

(26 millions de tonnes) et Lomé (23 millions). Géré par

l’émirati DP World depuis 2007, le PAD a généré un chiffre

d’affaires de 91 millions d’euros en 2020 et un résultat net de

16,1 millions d’euros. Il capte 95 % des échanges commerciaux

du pays et constitue 95 % des recettes douanières de l’État. Le

port joue également un rôle clé pour le Mali : 65 % du trafic

à destination du pays enclavé transite par Dakar. Installée au

bout de la presqu’île du Cap-Vert, l’activité portuaire est idéalement

située au confluent des routes maritimes internationales.

Mais aujourd’hui, les infrastructures sont vieillissantes et le

PAD est coincé au cœur de la capitale. Étouffé par Dakar, il

manque d’espace pour se développer. Le sujet est une priorité du

PSE. « Si nous résolvons l’équation de la congestion, le Sénégal

DR

42 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Pour décongestionner le PAD,

une partie de l’activité sera

transférée vers le futur port

en eaux profondes de

Ndayane, sur la Petite-Côte,

à 50 kilomètres au sud

de Dakar.

SYLVAIN XXXXXXXXX CHERKAOUI/COSMOS POUR JEUNE AFRIQUE

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 43


DÉVELOPPEMENT

La mine de phosphate,

dans la région de Taïba.

sera en mesure d’enregistrer une progression de trois points

de croissance supplémentaires », assure le directeur général du

PAD, Aboubacar Sédikh Bèye. D’ici quelques années, le port

existant sera converti pour l’exploitation d’un terminal de croisières

et réaménagé en un front de mer résidentiel et commercial.

Pour décongestionner le PAD, une partie de l’activité sera

transférée vers le futur port en eaux profondes de Ndayane,

sur la Petite-Côte, à 50 kilomètres au sud de Dakar. Géré par

DP World avec le PAD, il doit s’ouvrir sur l’océan en 2024. Le

port sera adossé à une zone économique spéciale de 600 hectares

et connecté à celle du pôle urbain de Diamniadio ainsi

qu’à l’aéroport international Blaise Diagne afin de former « le

triangle de la prospérité ».

« Ces équipements permettront à Dakar de jouer son rôle

de hub logistique pour le Sénégal, mais aussi et surtout pour la

sous-région », prédit Aboubacar Sédikh Bèye. Fin 2020, l’opérateur

portuaire DP World et l’État ont conclu un accord dans ce

sens. Dans un premier temps, l’émirati investira 837 millions

de dollars dans la construction d’un nouveau terminal à conteneurs

sur 300 hectares, doté d’un quai de 840 mètres et d’un

nouveau chenal maritime de 5 kilomètres pour accueillir des

navires de 366 mètres. Puis, un quai à conteneur de 410 mètres

sera ajouté afin de traiter des navires de 400 mètres de long

pour un investissement de 290 millions de dollars. « Ce sera le

plus grand investissement portuaire de DP World en Afrique »,

a souligné le sultan Ahmed bin Sulayem, PDG de l'entreprise.

« C’est le plus important investissement privé de l’histoire du

Sénégal, ce qui va attirer un grand nombre d’investisseurs et

contribuer à la création de milliers d’emplois pour la jeunesse

du pays », a promis Macky Sall.

Le grand réveil des ICS

Les Industries chimiques du Sénégal sont devenues

le troisième producteur d’engrais phosphatés

d’Afrique, avec l’appui de l’indonésien Indorama.

C’est le grand retour des Industries chimiques du Sénégal

(ICS). À l’agonie en 2014, l’ex-fleuron de l’industrie lourde du

pays croule alors sous une dette de 320 millions de dollars,

lorsque le géant indonésien de la chimie Indorama en rachète

78 % du capital. Les ICS emploient 1 600 salariés sur trois sites :

la mine de phosphate, à 100 kilomètres de Dakar ; l’usine

d’acide phosphorique, à Darou, d’une capacité de production de

600 000 tonnes par an ; et l’usine d’engrais, à Mbao, qui en

produit 250 000 tonnes par an. Dès 2018, le groupe retrouve

une production de 1,782 million de tonnes de phosphate pour

une capacité de 2 millions de tonnes. « C’est la plus grosse production

de phosphate des quinze dernières années. Et, en 2018,

nous avons produit 549 000 tonnes d’acide phosphorique, qui

est aussi la plus grosse production de ces quinze dernières

années », précisait le directeur général des ICS, Alassane Diallo.

L’acide phosphorique est surtout exporté vers l’Inde, tandis que

les engrais, dont les prix ont doublé en un an, sont destinés au

marché national et à la sous-région. « Le chiffre d’affaires

tourne autour de 450 millions de dollars, et il augmente, ce qui

fait des ICS la principale entreprise pourvoyeuse de devises au

Sénégal, assurait-il en 2020. Nous jouons un rôle important,

car nous commandons pour près de 50 milliards de FCFA

chaque année aux entreprises locales. » Toutefois, le temps où

les ICS représentaient 16 % du PIB (en 2004) paraît révolu,

même si le groupe « est devenu le premier producteur d’engrais

YOURI LENQUETTE

44 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Mise à l’eau, à la fin d’avril 2021,

du premier des 21 caissons béton

du projet Grand Tortue Ahmeyim,

sur la frontière maritime

sénégalo-mauritanienne.

DR

phosphatés d’Afrique subsaharienne et le troisième du continent

». Une renaissance pilotée à coup de « plusieurs centaines

de millions de dollars », injectés par l’actionnaire Indorama, un

groupe industriel ayant son siège à Singapour, qui possède plus

de 20 sites (engrais, polyéthylène, textiles, etc.) dans neuf pays

et emploie plus de 18 000 personnes. Ombres au tableau : les

ICS sont accusées de pollution, et l’extension de l’un de ses sites,

à Tobène, rencontre l’hostilité des habitants.

Une puissance

pétrolière en 2023

Après plusieurs reports, l’exploitation doit débuter

l'année prochaine. La manne pourrait déjà

rapporter 30 milliards de dollars sur trente ans.

Le compte à rebours est engagé et les perspectives sont très

prometteuses, sauf si… « En 2023, nous connaîtrons les premiers

mètres cubes de gaz et barils de pétrole », s’est réjoui, le

28 octobre, le ministre des Finances et du Budget, Abdoulaye

Daouda Diallo. Le Sénégal basculera alors du statut de pays

qui consacre autour de 10 % de son PIB à sa facture pétrolière

à celui d’un État qui regorge d’or noir et de gaz, lesquels

devraient rapporter au pays l’équivalent de 6 à 7 % de points

de PIB sur vingt ans, selon le FMI. Avant les premières découvertes

de pétrole offshore en 2014 et de gisements de gaz en

2017, plus de 20 compagnies pétrolières ont réalisé en vain, à

terre et en mer, près de 168 forages de 1952 à 2014, pour plus

de 760 millions d’euros investis. Désormais, les gains financiers

de l’État pourraient s’élever à 30 milliards d’euros sur trente

ans. D’après le ministre, la demande domestique du pays en

hydrocarbure devrait être satisfaite et un taux de croissance de

« 13,7 % est attendu dès 2023, avec le début de l’exploitation ».

Selon la ministre du Pétrole et des Énergies, Sophie Gladima, les

découvertes actuelles de gaz sont de 910 milliards de m 3 et d’un

peu plus de 1 milliard de barils de pétrole avec le projet Grand

Tortue Ahmeyim (GTA), mené par BP sur la frontière maritime

sénégalo-mauritanienne, le champ gazier de Yakaar-Téranga

et le champ pétrolier offshore de Sangomar. « Le potentiel

réel du bassin sédimentaire sénégalais nous a convaincus de

poursuivre sa promotion pour avoir d’autres découvertes », a

confié la ministre, le 3 octobre. Toutefois, l’exploitation a déjà

été retardée en raison de la chute des cours du pétrole, puis de

la pandémie. À 16 dollars au début de la crise sanitaire, le prix

du baril dépasse les 80 dollars et pourrait franchir la barre des

100 dollars en 2022. Idem pour le prix du gaz naturel, au plus

haut depuis 2014. Mais la versatilité des cours tend les relations

entre l’État et les groupes pétroliers, sur des investissements

(3,6 milliards de dollars pour BP dans GTA) qui engagent pour

vingt à trente ans. Ce qui n’empêche pas les autorités sénégalaises

de réfléchir à l’utilisation des revenus des hydrocarbures,

qu’une loi en préparation doit redistribuer. « Une partie des revenus

sera réservée au budget de l’État pour des investissements

dans la santé, l’éducation, etc. Une autre partie sera réservée

aux générations futures, à travers un fonds intergénérationnel.

Et une part reviendra au Fonds de stabilisation, pour parer aux

fluctuations des cours du baril », résume la ministre du Pétrole.

De son côté, l’Initiative pour la transparence dans les industries

extractives (ITIE) a demandé davantage de lumière, le

20 octobre, dans « l’octroi des contrats et licences ». ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 45


interview

Abdou Karim Fofana

« L’industrialisation se trouve

au cœur de nos ambitions »

Le ministre en charge du suivi du Plan Sénégal Emergent (PSE)

évoque les défis de la deuxième phase, qui s’étendra jusqu’en 2023.

propos recueillis par Emmanuelle Pontié, envoyée spéciale


ERICK AHOUNOU


INTERVIEW

AM : Vous êtes en charge du PSE depuis un an.

À votre arrivée, la phase 1 du plan était censée

être terminée. Quel bilan peut-on en tirer ?

Abdou Karim Fofana : Le PSE a été mis en place en 2014. Il

apporte en premier lieu de la planification. Auparavant, nous

fonctionnions avec des études prospectives sur vingt ans et

des plans quinquennaux. Mais nous n’avions pas une véritable

vision sur une génération. Le PSE procède par priorisations. Si

nous voulons avoir un pays qui entre dans l’émergence, il faut

transformer notre économie, mais aussi développer notre capital

humain, encourager la solidarité, mieux préparer les générations

futures aux défis du monde qui vient, et travailler sur la

paix et la sécurité. Le PSE nous permet de disposer d’un plan

global, qui ne parle pas seulement d’économie ou de croissance.

Il parle de défis sociaux, de questions de sécurité, de soucis de

bon voisinage. Il s’agit d’un plan global sur le long terme, sur un

horizon de vingt ans (2014-2035). Et ce plan est séquencé. Tous

les cinq ans, nous mettons en place un plan d’action prioritaire.

Le premier était destiné à la transformation

structurelle de l’économie. Pour y

parvenir, nous avons dû régler le problème

de nos capacités productives. Je

vous donne un exemple : en 2012, le

Sénégal, c’était 500 mégawatts de capacité

de production d’électricité. On a

connu en 2011 ce que l’on a appelé les

« émeutes de l’électricité ». Il fallait agir

vite pour que le pays puisse disposer

d’électricité en quantité suffisante et

qu’elle soit produite à un coût compétitif.

Le président de la République a d’abord

veillé au redressement des finances

publiques. Nous avons mis le curseur

sur les infrastructures et les capacités

productives, pour faire en sorte que

l’on produise davantage d’électricité à

un prix plus raisonnable. Et puis, nous

avons élargi la base de la croissance.

Avant 2012, nous avions deux moteurs de croissance, le duo

services financiers et télécommunications. Mais 60 % de notre

population vit de l’agriculture. Dans la première phase du PSE,

nous avons réussi à faire en sorte que notre agriculture produise

plus et mieux. Pour l’arachide, qui représentait la base de nos

productions, nous sommes passés de 400 000 tonnes à 1,8 million

de tonnes. Pour le riz, que nous importions beaucoup, nous

produisons aujourd’hui localement 1,3 million de tonnes, contre

400 000 auparavant. Cela montre que les bases de notre croissance

ont changé. Nous sommes passés de deux à six moteurs.

Et la croissance du Sénégal entre 2011 et 2019-2020, avant la

pandémie, a été multipliée par quatre. C’est ce que l’on attendait

Malgré

la pandémie,

nous avons

pu maintenir

une croissance

de 1,7 %,

avec un déficit

budgétaire assez

soutenable.

du PSE : changer la structure de notre économie. Remettre l’agriculture

à l’honneur, ainsi que le tourisme, l’habitat…

Quels ont été les nouveaux objectifs

définis lors de votre arrivée ?

Ce qui caractérise le PSE, c’est que l’on détermine des

batailles clés pour construire un Sénégal à l’horizon 2035. Et

quel pays souhaitons-nous en 2035 ? Nous voulons une société

et une économie plus prospères. Une économie plus orientée

vers les services et l’industrie. Une agriculture plus développée.

Avec une productivité plus importante. Mais qu’allons-nous

faire de cette croissance ? Il nous faut en premier lieu de l’équité

territoriale. Il y avait des zones qui n’étaient pas sur la côte

atlantique, mais qui avaient du mal à avoir les voies de communication

nécessaires pour être connectées au reste du pays.

Ainsi que des zones où l’eau et l’électricité étaient un problème,

et d’autres où les équipements pour l’éducation ou la santé

n’étaient pas suffisants. Les fruits de la croissance doivent aider

à rétablir cette équité territoriale. Chaque zone doit bénéficier

de sa part de croissance et de notre

ambition nationale d’émergence. Et

puis, nous devons nous occuper de

toutes les questions liées à l’avenir

du Sénégal. Par exemple, nous avons

construit deux universités : la nouvelle

université de Dakar et celle du Sine

Saloum, qui a déjà commencé à fonctionner.

Pour information, de 1960 à

2018, l’université Cheikh Anta Diop, à

Dakar, a augmenté sa capacité de lits

d’étudiants à 4 000 unités. Entre 2018

et 2020, nous avons doublé cette

dernière. Les tarifs de restauration

dans les universités n’ont pas bougé,

nous proposons toujours un tarif de

100 francs CFA par repas. Un prix

incomparable par rapport aux pays

de la sous-région. Notre croissance

doit servir à développer les infrastructures,

préparer l’industrialisation, aider les étudiants à travailler

mieux. Aider aussi les couches les plus vulnérables. C’est tout

cela la promesse du PSE.

Le plan, dont la deuxième phase doit s’étendre

jusqu’en 2023, a dû tenir compte des retards à cause

du Covid-19. A-t-il aussi été réorienté à cet effet ?

Tout à fait. Entre 2020 et 2021, les économies du monde

entier ont subi de plein fouet les effets de la pandémie. Même

si le Sénégal fait partie des pays qui ont le mieux résisté. Nous

avons pu maintenir une croissance de 1,5 %, 1,7 %, avec

un déficit budgétaire assez soutenable. Mais en 2021, nous

devons retrouver une croissance de 5 %, et l’année prochaine,

48 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Entre 2018 et 2020, grâce au PSE, le nombre de lits d’étudiants à l’université Cheikh Anta Diop, à Dakar, est passé de 4 000 à 8 000.

SYLVAIN CHERKAOUI

elle devrait atteindre environ 5,5 %. Cela prouve que notre

économie est résiliente. Mais il est vrai que certains projets

ont été retardés.

Lesquels ?

Nos autoroutes surtout. Nous devions réaliser celle qui relie

Thiès à Saint-Louis. Ou encore l’axe Fatick-Kaolack. Il y a eu un

peu de retard. Et bien sûr, nous avons dû opérer un recadrage

de nos politiques économiques, car le monde n’est plus ce qu’il

est. La nouvelle priorité est de diminuer notre dépendance visà-vis

de l’extérieur. Dans le domaine alimentaire, de nombreux

produits ont subi de plein fouet des augmentations de prix, car

les containers ou les moyens de transport n’étaient plus disponibles.

Un motif de plus pour produire davantage local pour

notre consommation. Nous devons plus orienter nos jeunes vers

l’entrepreneuriat social et solidaire, vers des métiers innovants.

On le constate à Dakar, où tous ont l’ambition d’avoir leur société

et d’être présents dans des secteurs où, en général, on ne voit pas

de Sénégalais. La digitalisation a beaucoup aidé dans ce sens.

Les jeunes n’attendent plus d’être salariés ou d’entrer dans la

fonction publique. C’est la raison pour laquelle l’État a mis en

place la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide (DER),

où un système de nano-crédit a été créé à l’intention des jeunes

et des femmes qui ont une activité quotidienne, comme vendre

du poisson. Elles arrivent à obtenir des petits crédits de 75 ou

150 euros pour leur activité durant la semaine, puis elles remboursent

et reprennent un nano-crédit. Notre économie et nos

systèmes financiers sont en train de s’adapter aux réalités de

notre monde. Autre constat post-Covid, nous avons compris que

pour nous soigner, nous sommes en queue de file. Il faut par

exemple attendre que certains pays vaccinent toute leur population

avant que d’autres en reçoivent. Et au-delà des vaccins,

nous avons prix conscience que 90 % des médicaments que

nous consommons sont importés. Le marché du médicament au

Sénégal, c’est 150 milliards de FCFA. Le président de la République

a lancé un appel aux entrepreneurs, aux spécialistes des

questions médicales. Il a donné l’exemple en construisant de

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 49


INTERVIEW

grands hôpitaux dans des zones où il n’en existait pas, comme la

région de Kaffrine, Kédougou, Touba… Et il y en aura d’autres.

Mais nous devons aussi fabriquer nos médicaments. Pour le

Sénégal et pour l’Afrique de l’Ouest.

Quels sont les chantiers en cours dans ce domaine ?

Tout d’abord, il faut rappeler que notre pays a une longue

tradition de production de produits pharmaceutiques. L’usine

Médis, à Thiaroye, fabriquait des médicaments. Le Fonds souverain

d’investissements stratégiques avait investi dans l’usine

de solutés Parenterus. Et avec le Covid, nous avons appris que

les États devraient faire autant d’efforts pour se protéger médicalement

que militairement. C’est la raison pour laquelle nous

avons inauguré quatre hôpitaux en deux années. En 2012, nous

disposions de deux centres de dialyse, aujourd’hui il y en a 10.

Et l’objectif d’ici 2024, c’est qu’il y en ait 16. Chaque région doit

avoir le sien. Au-delà des questions médicales, nous avons aussi

mis en place la couverture maladie universelle, afin que tous les

Sénégalais aient accès aux soins. Vous cotisez

5 euros par an, et vous avez droit à une

prise en charge de vos dépenses de santé à

hauteur de 80 % pour les actes médicaux

et les médicaments génériques. C’est une

grosse avancée. Et qu’avons-nous constaté ?

Entre 2012 et 2019, nous sommes passés de

20 % à 50 % de personnes disposant d’une

assurance maladie. Il nous faut donc avancer

petit à petit dans la fabrication locale. Notre

objectif est de passer à 30 % de production

en 2030. Et d’arriver à 50 % en 2035. Nous

ne voulons plus dépendre de l’extérieur. Nos

entreprises doivent profiter de cet énorme

marché du médicament que nous offrons,

tout en générant du savoir faire local.

Où en est le projet d’usine

Nous

avons une

perspective

heureuse et

prometteuse

avec la

découverte

du gaz et

du pétrole.

de fabrication de vaccins ?

La firme BioNTech, qui a découvert le

premier vaccin à ARN messager pour le Covid, a décidé de

nouer des partenariats avec deux pays en Afrique : le Rwanda

et le Sénégal. Elle nous a choisis parce que l’Institut Pasteur de

Dakar est réputé dans le monde, avec son passé de producteur

de vaccins pour la fièvre jaune. Un investissement de 200 millions

de dollars est en cours, provenant de plusieurs pays, dont

le Sénégal qui participera à hauteur de 10 millions de dollars,

les États-Unis, certains pays de l’Union européenne, etc. L’idée

est de produire des vaccins à partir de l’Afrique pour l’Afrique.

Nous disposons du savoir-faire et de l’historicité en la matière.

Nous produirons des vaccins contre le Covid. Et d’autres aussi.

Quelles sont les autres priorités de la deuxième phase ?

Cette deuxième phase, c’est le Plan d’action prioritaire

numéro 2 (PAP 2). Normalement, il devait s’étendre de 2019 à

2023. Mais à cause de la crise du Covid, nous l’avons renommé

« PAP 2A » : Plan d’actions prioritaires ajusté et accéléré. Le

PAP 2A fait référence à notre souveraineté. Il nous faut produire

davantage chez nous ce que nous consommons pour ne

pas subir des événements malheureux comme la pandémie, qui

crée beaucoup d’incertitudes. On ne sait pas si le riz importé

va arriver à l’heure, si l’on va subir les effets des marchés internationaux,

etc. C’est pour cela que je parle de souveraineté

alimentaire et d’économie sociale et solidaire, de donner aux

jeunes des formations utiles, de lancer la fabrication locale

de médicaments pour ne plus être dépendant, etc. Ce sont les

priorités du PAP 2A. Auxquelles il faut ajouter le PSE vert, qui

gère la question de la reforestation. En 2019, le président a expliqué

que le Sénégal faisait partie des pays qui perdaient beaucoup

de forêts. Et qu’il fallait agir sur l’environnement. Nous

avons une politique de reforestation, à travers un programme

dédié, qui doit aussi créer un écosystème environnemental.

L’industrialisation se trouve également au

cœur de nos ambitions. L’État du Sénégal a

posé des actes forts. Comme la mise en place

d’agropoles au sud et au centre, avec des

produits identifiés et prioritaires. Il s’agit de

zones où les producteurs agricoles peuvent

échanger avec les industriels, vendre leurs

produits qui sont transformés sur place,

puis exportés ou mis en vente sur les marchés

locaux.

Quels sont les principaux produits

manufacturés localement aujourd’hui ?

L’arachide en premier, qui est transformée

et exportée. Mais nous souhaitons compter

sur davantage de produits manufacturés. Et

exporter plus de denrées dont nous disposons.

Par exemple, nous produisons beaucoup de

sel. C’est une véritable filière qui est en train

de se développer dans la région de Fatick. Si

vous prenez le Nigeria, le pays importe environ 1 000 milliards

de francs CFA de sel par an. Et il vient principalement de l’Inde

ou du Brésil, alors que nous disposons d’un énorme potentiel sur

notre sol. Parfois, nous en perdons, parce que nous n’avons pas

les marchés en face ou les équipements nécessaires à la conservation

et la transformation. Aujourd’hui, ces industries sont

appuyées par l’État. Autre exemple, nous importons beaucoup

d’huile de palme, alors que nous possédons des espaces et des

terres dans certaines zones disposant d’une bonne pluviométrie.

L’idée est donc de retravailler ces filières, en créer davantage à

haute valeur ajoutée, dans l’aquaculture, dans l’élevage. Nous

sommes devenus autosuffisants en ce qui concerne la pomme

de terre ou l’oignon. Autant de produits que nous importions

beaucoup auparavant.

50 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


ELLIPSES - PAPA MATAR DIOP/PRÉSIDENCE

Le nouvel hôpital régional de Kaffrine.

Revenons sur la bataille cruciale

de l’énergie. Elle semble gagnée à Dakar,

où les délestages ont pratiquement disparu.

Qu’en est-il du reste du pays ? Et quel type

d’énergie privilégiez-vous pour demain ?

L’énergie est un gros défi. Nous avons fait un véritable

bond en avant, puisque nous sommes passés de

576 mégawatts à plus de 1529 mégawatts. Nous avons

presque triplé notre capacité en moins de dix ans.

L’autre point, c’est que nous avons réussi le mix énergétique.

Avec 30 % d’énergie renouvelable. Et nous

avons une perspective heureuse et prometteuse avec

la découverte du gaz et du pétrole. Nous sommes en

train de préparer cela avec des centrales à gaz. Aujourd’hui,

West African Energy, une entreprise portée par des investisseurs

sénégalais, est en passe d’être l’une des premières sociétés

de production et de transformation d’électricité à gaz. C’est

une révolution. Cela nous permettra d’être encore plus souverains

dans notre capacité de production. Et de maîtriser nos

coûts. Des tarifs plus bas nous permettront d’être plus compétitifs,

surtout pour notre monde industriel. Sur le plan de

l’accès à l’ électricité, il existe deux segments : l’électrification

urbaine, pour laquelle nous affichons un taux très élevé qui

tourne autour de 92 %, et l’électrification rurale où nous en

sommes à 55 %. Entre 2012 – où nous en étions à 24 % – et

aujourd’hui, nous avons plus que doublé le taux d’accès. C’est

un très bon taux. Mais le président de la République souhaite

que davantage de Sénégalais aient accès à l’électricité. Et nous

y travaillons. Le taux de l’électrification nationale tourne

autour de 76 %, et je pense que c’est l’un des plus élevés en

Afrique subsaharienne.

Inauguration

par Macky Sall,

le 10 juillet 2021,

de la troisième

usine d’eau potable

de Keur Momar

Sarr (KMS).

L’accès à l’eau semble plus compliqué.

Les Sénégalais se plaignent de nombreuses

coupures. Quelles en sont les raisons ?

Tout d’abord, nous avons subi des retards d’investissement

dans la décennie 2000-2010. Ils nous ont rattrapés. Mais nous

avons su faire les investissements nécessaires avec l’usine de

Keur Momar Sarr, qui injecte 200000 m 3 d’eau par jour dans le

réseau. Le taux d’accès en milieu urbain est très élevé. Il avance

bien en milieu rural aussi. La grande région de Dakar, qui compte

plus de 3 millions d’habitants, concentre 60 % de l’activité économique

du pays. La population croît. Elle est de plus en plus

jeune, avec 75 % de moins de 35 ans. Cela crée des besoins. Les

coupures à Dakar n’existent plus. Quand il y en a, elles sont ponctuelles,

et liées à des travaux d’adaptation sur le réseau. L’eau

est l’un des secteurs prioritaires, très surveillé. Nous sommes en

train de préparer un projet de dessalement de l’eau de mer pour

renforcer encore davantage la capacité de production du pays,

surtout en milieu urbain et dans la région de Dakar. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 51


52 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Les limites

de Dakar reculent,

poussées par

une urbanisation

galopante qui met

sous pression

un écosystème

fragilisé. Son futur

se dessine

urbanitéDAKAR pourtant fort.

VISE L’AVENIR

par Jérémie Vaudaux

XXXXXXXXX

SHUTTERSTOCK

La route de la Corniche,

en allant vers le Plateau.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 53


URBANITÉ

Dakar est gargantuesque. La presqu’île du

Cap-Vert, qui a vu naître le destin hors

norme de la capitale du Sénégal, a fait

les frais de sa faim dévorante. Si l’Atlantique

qui borde la Corniche contient

son appétit, à l’est il n’y a pas d’entrave.

Aujourd’hui, Dakar, métropole

qui cache encore administrativement

son nom, semble n’avoir ni fin ni cesse. Ses limites régionales

reculent devant les assauts répétés d’une urbanisation qui

englobe aujourd’hui près de 820 km 2 , une partie de l’espace

naturel humide des Niayes et de la région voisine de Thiès. Les

alizés battant les flancs de la capitale auraient-ils aiguisé son

appétit ? À moins que la faute n’incombe à la formidable capacité

polarisatrice d’une ville-monde qui ne cache plus ses ambitions.

Se mettre à la même table qu’Abidjan et Lomé. Se positionner

comme le principal carrefour de la sous-région ouest-africaine et

rayonner au-delà même de ses frontières continentales. En 2017,

l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) ouvre ses portes.

Portée par la dernière-née des compagnies nationales, Air Sénégal,

Dakar se rapproche des grandes métropoles d’Europe et des

États-Unis : Paris, Milan, Londres, Washington et New York. En

2027, la mise en service du port multifonctionnel en eau profonde

de Ndayane – le troisième du continent –, situé à 60 kilomètres

au sud de la capitale, devrait désengorger le port actuel

situé au centre-ville. Et assouvir peut-être la boulimie d’une ville

tournée vers l’ailleurs et l’avenir.

Le paisible quotidien de pêcheurs lébous, dont les villages

rythmaient les côtes du Cap-Vert au XVIII e siècle, appartient

aux livres d’histoire – ceux sommeillant dans la bibliothèque

de la prestigieuse, quoique régulièrement taxée de décadente,

Université Cheikh Anta Diop (UCAD). La région concentre

aujourd’hui 90 % des emplois permanents, contribue à 80 %

du produit intérieur brut (PIB) et s’est imposée comme la tête

de pont du Sénégal émergent. Il suffit de jeter un œil au sommet

des immeubles qui bordent la place de l’Indépendance, dans

Peinture murale pour sensibiliser

la population aux gestes barrières

contre le Covid-19.

le quartier d'affaires du Plateau : Banque centrale des États de

l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), bureau régional de la Banque africaine

de développement (BAD), celui de l’UNESCO… Autant

d’organisations qui participent au prestige d’une capitale cosmopolite

dont le rayonnement est aussi culturel. En témoigne

la tenue d’événements de prestige, comme la biennale d’art

contemporain africain ou la Dakar Fashion Week.

Là où son dynamisme s’observe le mieux, c’est pourtant au

quotidien, dans les rues que se partagent 4 millions d’habitants

– soit près du quart de la population sénégalaise qui s’entasse

sur 0,3 % du territoire national. Une tête d’épingle, en somme,

mais chauffée à blanc par un dynamisme démographique galopant.

Aujourd’hui, un Dakarois sur deux a moins de 20 ans.

Il faut, pour en saisir l’ampleur, s’immerger dans les artères

bouillonnantes du marché Soumbédioune où tout se trouve,

du poisson à la chaîne hi-fi, longer les locaux industriels de la

baie de Hann qui, concentrant 80 % des industries de Dakar,

semblent ne jamais dormir. Il faut prendre la pleine mesure du

secteur informel qui occupait en 2013 un Dakarois actif sur

deux, entre motos-taxis, vendeurs à la sauvette et restaurants

clandestins. Le crépuscule venu, il faut s’attarder aux abords de

la plus grande mosquée d’Afrique de l’Ouest, nommée Les Chemins

du paradis, vers laquelle convergent des milliers de fidèles.

Il faut enfin, sans craindre les contrastes, s’enfoncer dans la nuit

et écumer la Corniche, où la jeunesse dorée vogue de club en

club jusqu’à l’aube.

Dakar abrite des mondes qui se frôlent parfois, mais se

croisent rarement. L’apparent dynamisme de la capitale cache

mal une ségrégation sociospatiale marquée, dont l’origine

remonte aux politiques hygiénistes du temps des colonies. Une

épidémie de peste servira de prétexte pour mettre à l’écart les

populations indigènes. Le quartier de la Medina est ainsi créé

en 1914, séparé du Plateau par un cordon sanitaire. L’inopérabilité

des visions planificatrices du développement urbain

au cours de la deuxième moitié du XX e siècle fera perdurer la

dichotomie sociospatiale à Dakar. L’enjeu, actuel, est celui du

vivre-ensemble.

ÉTALEMENT URBAIN DIFFÉRENCIÉ

Dans les années 1970, la cité implose. Les

intenses sécheresses qui sévissent au Sénégal

ainsi que les mirages de la capitale provoquent un

exode rural massif. Entre 1955 et 1976, la population

de la région de Dakar triple pour atteindre

799 000 habitants. Précaires, les néo-arrivants

s’installent de façon illégale dans une zone non

ædificandi inondable : la Grande Niaye, une zone

humide de dépression interdunaire où affleure la

nappe phréatique mise en valeur par l’agriculture,

mais alors majoritairement réserve de biodiversité.

Y naissent les villes de Pikine et Guédiawaye,

situées à une quinzaine de kilomètres du nord-est

SADAK SOUICI/LE PICTORIUM

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


La Chambre de commerce,

d’industrie et d’agriculture

est située sur la place

de l’Indépendance, au cœur

du quartier d’affaires du Plateau.

ERICK CHRISTIAN AHOUNOU/AID

de Dakar. Elles s’y étendent aussi. Au risque, chaque année,

lors de la saison des pluies, que ses habitants se réveillent les

pieds dans l’eau.

À force de déguerpissements, d’assainissements et de relogements

via la Société immobilière du Cap-Vert (SICAP) et la

Société nationale des habitations à loyer modéré (SNHLM), une

partie des habitants a pu s’installer dans l’extension de Pikine

et, dans une moindre mesure, dans les immeubles des quartiers

populaires, plus centraux, de SICAP et de HLM. Il n’en demeure

pas moins qu’en 2012, après les inondations, près de 75 % des

400 000 habitants du quartier de Pikine Irrégulier Sud ont été

portés sinistrés. Bien que des mesures de réduction des risques

naturels aient été prises dans le cadre du Plan Sénégal Émergent

(PSE) adopté en 2012, elles demeurent en deçà des réalités

de l’urbanisation illégale, qui s’accroît encore aujourd’hui

dans les zones à risque. Le département de Pikine a désormais

dépassé celui de Dakar en nombre d’habitants – sans rattraper

son niveau de vie. Transiter de Pikine aux Almadies, pour bien

comprendre, revient à tenter un grand écart. Les quartiers résidentiels

de l’ouest dakarois, prisé notamment par les expatriés

occidentaux, sont le siège des couches nanties. Les rues arborées,

pour la plupart carrelées ou goudronnées, font la belle

place aux villas gardées par les sociétés de sécurité privées et

aux 4x4 rutilants malgré la poussière ambiante – repoussée à

la sueur du front des employés de maison. Près d’un tiers des

Là où son dynamisme

s’observe le mieux,

c’est au quotidien,

dans les rues

que se partagent

4 millions d’habitants.

ménages des quartiers résidentiels percevaient en 2015 plus

de 600 000 francs CFA (environ 910 euros), selon une enquête

du sociologue Ibrahima Ndiaye, affilié à l’UCAD. À Pikine et à

Guédiawaye, cette part plafonnait à 2 %. Aussi, lorsque l’on met

en corrélation la disparité des revenus avec l’intense pression

immobilière dont Dakar fait l’objet, on a l’impression d’écouter

l’histoire du serpent qui se mord la queue. Entraînée par une

augmentation des loyers de 256 % par rapport à 1994, la dynamique

de perpétuation des discriminations sociospatiales ne

connaît, pour le moment, pas de frein. Année après année, la

ville pousse les classes les plus pauvres dans ses marges. Et cela,

même alors que le Plan directeur d’urbanisme (PDU) de Dakar

à l’horizon de 2035 prône l’inclusivité.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 55


URBANITÉ

REDESSINER LA VILLE

Dakar pourrait pourtant bien tirer son épingle du jeu

en renversant les notions mêmes de centre et de périphérie.

Aujourd’hui, la concentration monopolaire des activités de

commerces et de services met sous pression une infrastructure

urbaine qui se caractérise par de monstrueux embouteillages

pendulaires. Chaque matin, la ville est témoin de migrations

massives des travailleurs issus des quartiers populaires convergeant

vers le Plateau. Se retrouver dans l’interminable file de

voitures s’étirant sur la Corniche, lundi matin sous un soleil

de plomb, coupe l’envie de se perdre dans la contemplation

de l’océan.

L’heure n’est pourtant pas à la fatalité. Avec la mise en

service du Train express régional (TER), le 27 décembre dernier,

le président Macky Sall a posé la première pierre d’un

vaste projet de restructuration des modes de communication

dans la capitale. Le tracé relie la gare centrale de Dakar à

Pikine, la ville encore en projet de Diamniadio [voir encadré

ci-dessous], puis, à terme, l’AIBD. Selon les chiffres officiels,

115 000 passagers quotidiens pourraient profiter des services

hypermodernes du TER – reste à savoir si le prix plancher

de 500 francs CFA (0,76 euro) du billet ne sera pas trop onéreux

pour la frange populaire des habitants, habituée aux

faibles tarifs des cars rapides et des bus Tata. Afin d’épauler le

TER dans sa mission de désengorgement des axes routiers, la

municipalité planche aussi sur un projet de Bus Rapid Transit

(BRT), dont les navettes circuleront dans des corridors réservés.

En 2022, elles relieront les communes de Keur Massar,

Guédiawaye, Pikine Nord et Dakar. Le chiffre de 300 000 usagers

quotidiens est avancé [voir pp. 40-41].

Faciliter la mobilité dans l’agglomération : l’objectif est

assumé. Mieux encore, en cascade, son accomplissement

favoriserait la décentralisation et l’émergence de deux nouveaux

pôles de croissance urbaine, Diamniadio et Daga Kholpa.

Si le premier est en phase de devenir réalité à l’horizon de 2024,

le second se heurte, pour l’heure, aux résistances des habitants.

Ceux-ci ne s’estiment pas assez concertés et craignent

des spoliations de territoire. Et ce, bien que le PDU indique

« la coexistence des villages existants et des zones urbaines

modernes » dans un territoire de 3 891 hectares, qui n’accueillait

en 2020 que 33 000 habitants… et dont l’aménagement

vise à en accueillir 190 000.

Une densité qui pèse aussi sur les questions agricoles. Alors

que l’alimentation représente près de 50 % des dépenses des

ménages modestes, l’agriculture périurbaine est menacée. En

cause, l’extension du bâti, l’appauvrissement des sols dû à la

pollution et les difficultés d’accès à l’eau. « Comment imaginer

l’avenir d’une métropole comme Dakar sans la conditionner

à une agriculture […] qui permette de concilier la sécurité

foncière et écologique des territoires ? », alertait en 2015 la

Fondation Nicolas Hulot à l’origine d’un rapport réalisé avec

le GRDR. La région, pourtant, ne manque pas de potentiel.

Située sur la zone humide et fertile des Niayes, elle fournit

un tiers de la production agricole nationale en maraîchage

et approvisionne la ville à plus de 90 % de sa consommation

en fruits et légumes, selon le dernier recensement national

de l’agriculture en 2013. Face à l’importation des produits de

première nécessité comme le riz, dont 70 % de la consommation

dakaroise provient d’Asie, la préservation des surfaces

d’agriculture périurbaine devient indispensable.

Désengorgement et décentralisation, donc, sont les maîtresmots

d’une nouvelle politique de gouvernance qui œuvre

également pour préserver l’écosystème mis sous pression par

l’anthropisation de la région de Dakar, dont près de 97 % de

Diamniadio, la cité qui s’invente

Située au carrefour de

l’agglomération dakaroise et

du reste du pays, Diamniadio

cristallise les espoirs d’une

réponse à une urbanisation devenue

incontrôlable. Un projet pharaonique

de 1644 hectares adossé à une Zone

économique spéciale intégrée (ZESI).

Voilà ce que promet l’État du Sénégal,

qui a déjà déboursé 600000 milliards

de francs CFA (914 millions d’euros)

dans la phase de démarrage du

projet – les opérateurs privés, pour la

plupart turcs, chinois et sénégalais,

ont, eux, pris le relais en 2020 de

la phase de développement. Le futur

pôle urbain devrait, à terme, compter

300 000 habitants. « Diamniadio

servira de modèle urbain pour

le Sénégal, en tant que ville

soigneusement planifiée », assure la

Délégation générale à la promotion des

pôles urbains (DGPU), en charge du

suivi opérationnel. Reste qu’une ville,

si elle peut s’inventer, doit devenir un

objet de désir pour ses futurs habitants.

La présence de voisins prestigieux

pourrait enjoindre les Dakarois

à franchir le pas : la Dakar Arena,

ce complexe sportif multifonctionnel

de 15 000 places, est l’un d’eux. La

nouvelle université Amadou Makhtar

Mbow, la Cité ministérielle et la

Maison des Nations unies aussi. Quant

à la qualité de vie d’une cité scindée en

deux par l’autoroute, la DGPU l’assure :

Diamniadio sera durable. La ville sera

dotée en infrastructures faisant la

part belle à la mobilité douce et aux

espaces verts. Résiliente, elle sera

équipée notamment de technologies

de surveillance et de planification

56 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


la surface est urbanisée. Une goutte d’eau, diront certains, au

regard des enjeux écologiques auquel la capitale fait déjà face.

Dakar serait en passe de devenir une bombe écologique. La

plage de Yoff, située au nord, sur la commune éponyme, en est

l’un des symboles. Mis de côté les sportifs, les promeneurs, les

mouettes par le poisson alléchées et le soleil couchant, restent

les déchets domestiques. Ceux déchargés sauvagement. Ceux

drainés par les flots. Pour pallier la pression toujours plus

grande que les déchets solides impriment sur la capitale, la

municipalité a lancé en 2019 la campagne citoyenne « Dakar

ville propre ». Chaque parcelle de quartier nettoyée par ses

habitants est abondamment partagée sur les réseaux sociaux,

non sans soulever quelques interrogations – les bonnes volontés

des Dakarois ne s’avèrent-elles pas insuffisantes si elles ne

sont pas adossées à une solide gouvernance publique ? Que

peut faire de plus l’Unité de coordination de la gestion des

déchets solides (UCG) ? L’organisme compétent dans la collecte

et la prise en charge de 2 100 tonnes de déchets quotidiens n’a

d’autre choix que d’envoyer ceux-ci dans les 75 hectares de la

décharge à ciel ouvert de Mbeubeuss, adossée à l’une des plus

grandes zones maraîchères de la région, dans la commune de

Malika. Aucun remplaçant crédible n’a, pour l’heure, été trouvé

à Mbeubeuss, bien qu’un site d’enfouissement des déchets, plus

écologique, ait été ouvert en 2015 dans la commune de Sindia,

soixante kilomètres au sud de la ville.

FACE À SON ENVIRONNEMENT

Si Dakar salit, Dakar consomme aussi – de l’eau et de l’électricité,

en des quantités toujours plus importantes. La demande

en électricité était estimée à 348 MW en 2013. Les projections

indiquent plus du quintuple à l’horizon de 2035, soit 1 810 MW.

Quant à l’eau, alors que les ménages consommaient en moyenne

près de 280 000 m 3 d’eau par jour, le PDU table sur le double en

2035, soit 595 000 m 3 . Les installations peinent pourtant déjà

à tenir le choc. La société Sen’Eau, opérée par le groupe français

Suez, qui gère et exploite la distribution de l’eau au Sénégal

depuis 2020, doit régulièrement s’excuser via les réseaux

sociaux : les travaux de maintenance sur le système d’approvisionnement

sous-dimensionné occasionnent des pénuries à

Dakar depuis quelques années. En cause, aussi, un manque de

diversification des ressources : la consommation des ménages

dépend à 45 % du lac de Guiers, situé à plus de 250 kilomètres

au nord de la capitale. Les 55 % restants proviennent des

forages puisant dans les nappes phréatiques de Thiaroye et

de Pout, dans la région de Dakar – des nappes surexploitées

et surpolluées qui, en l’absence d’un réseau d’assainissement

suffisant, sont caractérisées par un taux de nitrate et de matière

fécale dans des taux 10 fois supérieurs à ceux recommandés

par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour tenter de

diversifier les sources de production, une usine de dessalement

d’eau dans le quartier des Mamelles a été financée par l’Agence

japonaise de coopération internationale (JICA). Sa capacité de

100 000 m 3 quotidienne pourrait soulager des nappes phréatiques

rendues exsangues par la soif d’une ville insatiable.

C’est sans doute là le prix fort que Dakar doit payer.

Son rayonnement et la polarisation dont la ville fait l’objet

aujourd’hui risquent de la déconnecter de son écosystème

qui, pourtant, ne cesse de se rappeler à elle. Après de folles

années caractérisées par l’euphorie des débuts, la capitale,

afin de conserver son aura et offrir à ses habitants un cadre

de vie digne de la teranga sénégalaise, n’a plus d’autre choix

que d’entrer de plain-pied dans l’âge de raison en se dotant

d’une gouvernance solide – et ainsi faire face à son cortège

de responsabilités. ■

La prestigieuse

Dakar Arena,

complexe

sportif de

15 000 places.

SYLVAIN CHERKAOUI POUR JA

intelligentes, afin de s’adapter

aux inondations et au changement

climatique. Inclusive, enfin, elle

proposera 15 000 habitations à loyer

modéré. Les louables intentions des

plaquettes commerciales, cependant,

ne font aucune mention de la pression

mise sur l’économie locale et des

expropriations des agriculteurs dont

les exploitations préexistaient à

l’implantation de la ville futuriste. Les

conflits fonciers, s’ils étaient résolus,

pourraient bien ouvrir la voie à Dakar

qui, en préparant son futur, aurait

aussi tiré des leçons de son passé. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 57


PLAN SÉNÉGAL EMERGENT

Image virtuelle

du futur terminal

à conteneurs du

port multifonction

deNdayane.

Un Port du Futur

à Ndayane

Distance entre

leport de Dakar et

le port de Ndayane

(50km) sur la côte.

La société nationale du Port Autonome

de Dakar, par une convention

datée du 8 octobre 2007, a

concédé à DP World FZE l’aménagement,

l’équipement, l’exploitation, la

gestion et la maintenance des terminaux

à conteneurs existant en zone

nord du Port de Dakar (premier volet

du projet comprenant une superficie de

29 hectares pour une durée de 25 ans

renouvelable).

Ladite convention prévoyait, à partir

d’un seuil de trafic de 412 000 EVP qui

serait atteint dès 2009, la construction,

à proximité de l’actuel Port de Dakar,

Objectifs du projet

Ce port de commerce sera réalisé

en trois phases :

➔ Phase 1 : Terminal à conteneurs

et terminal RORO

➔ Phase 2 : Terminal

conventionnel destiné au vrac

alimentaire et autres trafics

➔ Phase 3 : Création d’une zone

logistique portuaire (zone

économique spéciale)


Terminal à

conteneurs avec

une augmentation

du trafic EVP.

du Port du Futur, à partir de 2009 pour

être opérationnel en 2012. La croissance

soutenue du trafic, la congestion,

le tirant d’eau très limité, l’atteinte des

limites du volume de la concession du

terminal à conteneurs prévu en 2021, le

manque de réserve foncière sur le site

actuel du Port de Dakar, font du Port

de Ndayane un projet incontournable

pour l’adaptation et le développement

de l’offre portuaire du Sénégal. Le projet

de construction du développement

du Port du Futur ou Port de Dakar à

Ndayane est une partie intégrante du

Plan Sénégal Emergent (PSE).

Infrastructure maritime

➔ Un chenal de 5 kilomètres

➔ Intérieur : 18,7 mètres de

profondeur et 164 mètres de large

➔ Extérieur : 21,5 mètres de

profondeur et 266 mètres de large

➔ Un épi de 1 300 mètres de long

(à partir du mur de quai)

➔ Un bassin d’évitage de 600 mètres

et 18,7 mètres de profondeur

➔ Une zone de mouillage au large

de 18,5 kilomètres de diamètre

Les composantes du projet

Développer une plate-forme logistique

portuaire moderne et performante pourra

satisfaire aux tendances lourdes de l’environnement

et aux objectifs nationaux

etrégionaux :

➔ Créer un hub logistique moteur du PSE

➔ Une plate-forme portuaire moderne

➔ Décongestionner la ville de Dakar

➔ Créer de nouveaux pôles de

développement économique

Image 3D

du terminal

àconteneurs.

PUBLI-REPORTAGE


interview

Baïdy Agne

« Lorsque

les entreprises

s’unissent,

tout est

possible »

Croissance, emploi, exportation,

agriculture, numérique…

Le président du Conseil national

du patronat se montre confiant.

propos recueillis par Zyad Limam

AM : La transformation structurelle, l’amélioration de la

productivité et la compétitivité du secteur privé sont au

cœur du Plan Sénégal Emergent (PSE). En cette période

pandémique, les priorités ont-elles changé ? Le secteur

privé reste-t-il le moteur principal de l’émergence ?

Baïdy Agne : Les crises mondiales dévoilent l’architecture

ainsi que les fractures des systèmes économiques, financiers et

sociaux. La pandémie de Covid-19 a mis en exergue notre forte

capacité nationale de résilience économique et à faire face aux

urgences sanitaires, à mobiliser des ressources financières pour

préserver notre secteur productif national et les emplois. Les

orientations du PSE n’ont pas changé, par contre il a été surtout


DR


INTERVIEW

question d’accélérer la mise en œuvre des politiques sectorielles

visant trois objectifs : réduire notre fragilité et notre dépendance

extérieure des secteurs vitaux tels que la santé, l’alimentation,

l’énergie ; atteindre les 17 Objectifs de développement durable

(ODD) au cœur de l’Agenda 2030 ; et renforcer la présence du

secteur privé national dans le secteur productif tout en rendant

attractif plus d’investissement direct étranger. Cela s’est traduit

par une mise à niveau du cadre réglementaire et juridique de

contractualisation des projets de partenariat public-privé (PPP),

mais aussi par une responsabilisation plus grande du secteur

privé national dans la réalisation des projets structurants du PSE.

La forte croissance économique depuis 2013-2014,

par rapport aux longues années de stagnation

précédentes, a-t-elle bénéficié, d’une manière ou

d’une autre, aux entreprises privées sénégalaises ?

La dynamique forte de croissance

économique constatée entre 2013 (3,5 %)

et 2014 (6,2 %), puis maintenue jusqu’à

l’avènement de la pandémie de Covid-

19, nous a donné une moyenne d’environ

6,5 % de croissance du PIB. Cette

trajectoire de croissance, qui en fait

l’un des pays d’Afrique subsaharienne

les plus performants, témoigne d’une

amorce de la transformation structurelle

sous-tendue par des réformes axées sur

l’amélioration du climat de l’investissement,

de la gouvernance et des investissements.

Cette période correspond

également à la mise en œuvre du PSE,

qui a eu un impact positif sur les entreprises

privées sénégalaises des secteurs

d’activité tels que le BTP, le transport,

l’hôtellerie et la restauration, l’industrie

Il suffit

de prendre

conscience

des nouveaux

enjeux et défis

mondiaux,

et ensuite,

d’agir avec

l’État.

et l’agro-industrie, le commerce, l’agriculture, la pêche, les services,

etc. Bien entendu, les performances enregistrées par les

entreprises privées sont aussi tributaires de facteurs comme le

processus managérial et la gouvernance interne.

Le Sénégal figurait à la 123 e place dans le classement

du Doing Business en 2020. Cela reflète encore

les difficultés de fonctionnement et de compétitivité

du secteur privé. Quels sont les principaux

écueils auxquels vous devez faire face ?

Le Sénégal a en effet été classé 123 e , mais il faut noter le

progrès par rapport au classement de 2019, où nous occupions

la 141 e place. Le Doing Business n’est pas un indicateur de

compétitivité et de performances économiques ni des entreprises

ni des pays. Il permet avant tout d’apprécier l’évolution d’une

catégorie bien déterminée de réformes sur l’environnement

des affaires, dont celles portant sur la création d’entreprises

et la protection des investisseurs. Pour ce qui est du Sénégal,

il a été possible d’améliorer notre climat des affaires et surtout

de prendre en compte les préoccupations du secteur privé. De

nouvelles juridictions commerciales ont été mises en place,

permettant de désengorger nos tribunaux avec un traitement

plus rapide des contentieux commerciaux. La dématérialisation

des services à l’entreprise a aussi été faite, notamment les

télédéclarations et télépaiements aussi bien fiscaux que douaniers.

Et vous avez les cadres législatifs, réglementaires et juridiques

relatifs à des secteurs comme le pétrole et le gaz, l’électricité,

les contrats de PPP, etc. Une plus grande importance est donnée

à la promotion et au renforcement des capacités du secteur

privé national, à travers des textes et instruments régissant

la notion de « contenu local » dans des secteurs stratégiques

de croissance inclusive que nous impulsons dans le cadre

d’un dialogue public-privé conséquent, et

surtout suite à une directive du chef de l’État,

Macky Sall. Ce mouvement de réformes sur

l’environnement des entreprises est permanent,

autant que l’exige la mondialisation. Ce qui

compte, c’est le renforcement de nos capacités

productives pour mieux nous insérer dans

l’économie-monde.

De nombreux observateurs soulignent

le rôle encore très largement

dominant de l’État, du secteur public,

des entreprises publiques, le poids

d’une réglementation contraignante.

Quelle est votre analyse ?

Je ne pense pas que l’on puisse parler de

prédominance de l’État en ce qui concerne

les activités marchandes. Au contraire, notre

pays s’est lancé très tôt dans des contrats de

délégations pour la gestion de services publics

et le développement des infrastructures. Je rappelle ainsi que,

déjà, en 1996, il y avait un contrat d’affermage dans le secteur

de l’eau. Puis nous avons eu divers build-operate- transfer

(BOT) ou build-own-operate-transfer (BOOT) dans d’autres

secteurs comme ceux de l’électricité, des infrastructures, etc.

Ensuite, nous sommes passés à une nouvelle étape, avec des

contrats de concessions portuaires, aéroportuaires et routières,

ainsi que des contrats PPP plus adaptés à notre économie. Dire

aujourd’hui que la réglementation est contraignante, ce n’est pas

mon avis, et ce d’autant plus que nous disposons d’une nouvelle

loi PPP avec ses décrets d’application.

Doit-on favoriser le secteur informel ? Faut-il

le formaliser, et si oui, de quelle manière ?

C’est un débat essentiel et complexe. L’attractivité de l’informel

repose sur sa flexibilité et sur sa rapide capacité d’adaptation

aux réalités socio-économiques nationales. La migration

62 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


SYLVAIN CHERKAOUI - SYLVAIN CHERKAOUI POUR JEUNE AFRIQUE

des activités informelles vers le formel,

elle, est perçue en général sous

deux angles : celui de la fiscalité et

celui de la protection sociale au sens

large. Ce qui est, à mon avis, important,

c’est déjà de circonscrire le secteur

informel que l’on pourrait aider

à migrer dans un premier temps. Et

là, je pense aux acteurs qui évoluent

principalement dans la pêche, l’agriculture,

l’élevage et l’artisanat. Ils le pays, le secteur privé doit

À Dakar comme dans tout

être le principal pourvoyeur

regroupent une population d’actifs

d’emplois.

particulièrement jeunes, qu’il faut

davantage former et aider à s’insérer

dans l’activité économique. Cela veut dire

agir sur les leviers suivants : un meilleur accès

aux marchés, y compris la commande publique ;

un encadrement technique approprié pour satisfaire

les exigences des marchés ; des instruments

financiers adaptés à leurs activités ; un régime

fiscal simple et à leur portée ; une base minimale

et évolutive de cotisation sociale couvrant un

minimum de droits sociaux.

Comme souvent en Afrique, l’accès

au financement reste un frein majeur

au développement normal des PME

du pays. Comment peut-on adresser

cette question essentielle ?

C’est vrai, c’est une problématique réelle.

Elle se pose principalement à trois niveaux : les

taux d’intérêt, la durée des crédits, et les sûretés

réelles et personnelles exigées. Alors, là où les PME vous

diront que le coût de l’emprunt est trop élevé et difficilement

supportable, les établissements financiers répondront qu’ils sont

tenus de respecter les ratios prudentiels obligatoires et qu’ils ne

disposent pas assez de ressources longues. C’est donc une situation

assez complexe. À mon avis, l’une des difficultés majeures

provient des accords successifs de Bâle I, II, III et IV. Il s’agit de

normes prudentielles internationales, avec des argumentaires

du risque de crédit, du risque de marché et du risque opérationnel,

qui sont portées à un niveau optimal et qui ne se justifient

pas pour nos pays. Le nœud à dénouer est certainement là. Il

faudra ensuite y ajouter des instruments financiers innovants et

des mécanismes de soutien à l’investissement privé.

Comment concilier « inclusivité sociale », lutte contre

la pauvreté et développement du secteur privé ?

Il suffit de prendre conscience des nouveaux enjeux et défis

mondiaux : la transformation numérique, la nouvelle économie

climatique et le développement durable, le dividende démographique

à capter. Ensuite, il faut agir ensemble, l’État et le secteur

Le Sénégal se positionne

activement sur le secteur

des nouvelles technologies.

privé partageant une vision prospective créatrice de valeur ajoutée

durable et d’emplois décents, agissent ensemble.

Au Sénégal comme dans de nombreux pays émergents,

on assigne au secteur privé une mission d’ampleur

historique : absorber le chômage. Est-ce réaliste ?

Pour nous, il n’y a rien d’historique. Il est tout à fait normal

que le secteur privé soit le principal pourvoyeur d’emplois. Et

dans tous les pays du monde, la création d’emplois dans le secteur

public est fonction du budget national, lui-même dépendant

de diverses ressources, dont la contribution des entreprises.

Comment, selon vous, peut-on gérer le volet

démographique de cette équation ?

En mettant en place, justement, un environnement incitatif

à l’investissement privé et à la création de plus d’emplois-jeunes.

Lors du Conseil présidentiel sur l’insertion des jeunes, j’ai eu

à présenter plusieurs propositions visant à soutenir et accompagner

notre jeunesse nombreuse vers le monde du travail :

intégration de nouveaux critères relatifs à l’emploi et à la

formation des jeunes dans la contractualisation des marchés

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 63


INTERVIEW

publics pour les entreprises, réactualisation de la convention

État-employeurs, accélération de la mise en place des agropoles

pourvoyeurs d’emplois, réalisation du programme de

100 000 logements sociaux – une niche de création de milliers

d’emplois –, renforcement des capacités du dispositif de financement

de la formation professionnelle, mise en œuvre au niveau

national du programme de formation école-entreprise, développement

intensif d’emplois verts avec le projet de la Grande

muraille verte, promotion de solutions pédagogiques de masse

portant sur les métiers agricoles et d’artisanat en utilisant des

simulateurs virtuels, développement de call centers, etc.

De nombreux États, comme le Maroc ou la Tunisie

ont construit leur modèle sur le développement

d’un secteur export performant. Les exportations

traditionnelles, comme l'arachide, sont en relative perte

de vitesse. Quels sont les secteurs porteurs dorénavant ?

Non, l’arachide n’est pas en perte de vitesse à l’exportation.

Au contraire, nous faisons face à une demande exponentielle si

forte de la Chine et d’autres pays d’Asie que

nous avons été obligés de mettre en place un

dispositif pour assurer un minimum d’approvisionnement

à notre industrie locale

et avoir un stock de semencier de sécurité.

Le Sénégal est aussi, toujours, un grand

exportateur de phosphates, d’acide phosphorique,

de produits de la pêche, auxquels

il faut aujourd’hui ajouter l’or et des produits

miniers. Nous disposons également

de secteurs très compétitifs à l’export tels

que l’industrie, le numérique, les télécommunications,

le BTP, etc.

On évoque souvent le potentiel

agricole du pays, et donc

la possibilité de structurer

un véritable secteur agro-industriel…

Nous disposons de terres arables et de ressources en eau

importantes. Nous devons juste continuer notre politique

d’investissement dans ces zones, en formant aussi notre jeunesse

à la pratique d’une agriculture irriguée et un élevage

moderne. Il faut poursuivre la réalisation des infrastructures

de base pour intensifier les flux d’échanges entre nos villes et

leurs hinterlands. Il y a les questions sensibles et inhérentes

au cadastre rural et à la sécurisation foncière. Le projet des

Agropoles Centre, Sud et Nord du PSE contribuera au renforcement

de l’industrialisation du Sénégal à travers les chaînes

de valeur agricoles, la mise à disposition d’infrastructures

durables et d’équipements d’exploitation. Elles réduiront les

disparités entre les régions et créeront les conditions favorables

à des investissements vecteurs de compétitivité. Il faut ainsi

accélérer leur mise en œuvre et en faire, à travers un régime

incitatif à l’investissement privé, un dispositif à haute intensité

de main-d’œuvre.

Le Sénégal se positionne progressivement

sur le secteur des nouvelles technologies et des

industries numériques. Avons-nous l’environnement

J’ai

toujours prôné

le patriotisme

économique

auprès des

hautes autorités

du pays.

nécessaire, les avantages compétitifs ?

S’il y a bien un secteur dynamique où il existe toutes les

compétences professionnelles nationales de qualité et un savoirfaire

qui n’a rien à envier au reste du monde, c’est bien celui-là.

D’ailleurs, l’Organisation professionnelle des technologies de l’information

et de la communication (OPTIC) a réalisé au mois de

septembre 2021 le 1 er salon virtuel immersif de l’économie numérique

en Afrique subsaharienne. Et je souligne que, lorsque la

pandémie sanitaire est venue, nos professionnels du numérique

ont mis en place toutes les plates-formes nécessaires à une gestion

efficiente en partenariat avec les ministères en charge de la

Santé et du Numérique. Quant à l’environnement du numérique,

il est compétitif avec non seulement la qualité de nos infrastructures

de télécommunications, mais

aussi la richesse du dialogue publicprivé,

qui a permis de concevoir très

tôt la stratégie Sénégal numérique

2025 et de mettre en place un Conseil

national du numérique. Aujourd’hui,

nos professionnels du numérique sont

engagés dans la réflexion visant l’élaboration

d’une stratégie nationale sur

l’intelligence artificielle. Et il y a déjà

tout un dispositif législatif et réglementaire

pour l’émergence et le développement

des start-up.

Comment soutenir le secteur

privé sénégalais par rapport aux

grands groupes internationaux ?

Comment définir le nécessaire équilibre ?

J’ai toujours prôné le patriotisme économique auprès des

plus hautes autorités de notre pays. Une prise en compte de

notre environnement socio-économique est nécessaire dans la

promotion des entreprises locales. Lorsque les sociétés privées

sénégalaises acceptent d’unir leurs forces, de se constituer en

conglomérat national, tout est possible. Ensemble, nous sommes

capables de répondre à certains grands appels d’offres, prouvant

ainsi notre capacité à satisfaire les conditions requises, à

nouer des partenariats et alliances stratégiques nécessaires à

la réalisation des investissements et de l’exploitation dans les

contrats d’achat ou de production, et à réduire la dépendance

extérieure de notre secteur productif. Comme je l’ai souligné

précédemment, la loi sur le contenu local et la loi sur les PPP

sont aujourd’hui des dispositifs qui accordent une place particulière

à la promotion du secteur privé national.

64 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Des seccos d’arachides, durant la période de récolte, dans la région du Sine Saloum.

MICHEL RENAUDEAU/ONLYWORLD.NET

Le pétrole et le gaz sont-ils des game changers ?

La découverte d’importants gisements de pétrole et de

gaz a conduit à une réflexion sur l’optimisation du contenu

local. Des rencontres ont été organisées avec l’ensemble des

acteurs socio-économiques du pays pour faire profiter à toutes

les couches de notre population les retombées attendues. Cette

richesse en ressources offre à notre pays de nouvelles opportunités,

mais présente aussi des risques qu’il va falloir circonscrire.

Certains pays s’engagent dans une politique

de soutien et de construction de « champions

nationaux », de construction d’entreprises d’une taille

suffisante. A-t-on la même approche au Sénégal ?

Au Sénégal, il n’y a pas de politique particulière de construction

de champions nationaux comme vous le sous-entendez.

La question préalable de la détermination des critères de choix

dans ce genre de politique est extrêmement importante et

sensible. Cependant, je peux vous assurer que nos fleurons

nationaux, nos porte-drapeaux étoilés, existent et sont bien là.

Ils innovent, investissent et rachètent des entreprises. Ils s’exportent

dans de nombreux pays africains et font la fierté de leurs

compatriotes sénégalais.

Quelles qualités faut-il pour être

un entrepreneur au Sénégal ?

L’entrepreneur sénégalais évolue dans un environnement en

perpétuelle mutation. À ce titre, il doit développer des qualités

propres aux marchés national et sous-régional, et essayer ainsi

d’avoir ce pas d’avance sur la concurrence. Il lui est conseillé

d’agencer toutes les idées qui concernent son projet et de les

approfondir point par point. Il est également indispensable de

s’entourer, dès la phase préparatoire, d’experts-conseils qui

l’appuieront dans la validation de la cohérence économique,

financière et juridique du projet. C’est pourquoi nous avons

aussi fait du développement du mentorat un élément essentiel

de notre dispositif d’accompagnement et d’encadrement des

jeunes entrepreneurs.

Si vous deviez conseiller un(e) jeune futur(e)

entrepreneur(e), quels seraient, selon vous,

les grands secteurs d’avenir où investir :

éducation, tourisme, agriculture, immobilier ?

Les secteurs où investir sont nombreux au Sénégal. Ils vont

de l’agriculture à la pêche, en passant par l’élevage, l’artisanat,

le BTP, le tourisme et les industries culturelles, le transport,

l’économie numérique, les services, ou encore le sport…

Aujourd’hui, notre jeunesse représente une force productive

indispensable à l’amélioration des performances économiques

et sociales de notre pays. C’est pourquoi le développement

de l’auto- entrepreneuriat chez les jeunes peut déboucher en

quelques années sur une TPE/PME, avec un chiffre d’affaires

plus conséquent et une meilleure inclusion dans l’écosystème

économique. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 65


interview

Sahid Yallou

« Vous pouvez investir

en toute confiance »

Selon le directeur général d’Ecobank Sénégal, filiale du premier

groupe bancaire de la zone Union économique et monétaire ouest-africaine

(UEMOA), les conditions institutionnelles favorisent un bon climat

d’affaires. Celui-ci est porté par d’encourageantes transformations

structurelles dans les secteurs du digital et des énergies.

propos recueillis par Jérémie Vaudaux

AM : Quelle est l’approche spécifique d’Ecobank

sur le Sénégal ? Que représente ce marché pour

la banque panafricaine ?

Sahid Yallou : Ecobank n’a qu’un marché : l’Afrique. Le cœur

de la stratégie de notre groupe est et restera le développement

du secteur financier sur le continent. Dans ce sillage, le

Sénégal représente un marché de premier ordre. En interne

chez Ecobank, nous le qualifions de grand pays.

Quels sont, du point de vue du banquier

que vous êtes, les secteurs de l’économie

dans lesquels investir ?

En tant que destination économique, le Sénégal commence

à montrer des signes d’une transformation structurelle, notamment

grâce aux dépenses engagées par l’État dans des secteurs

clés de l’énergie, du digital et, depuis très récemment, du pétrole

et du gaz. Quand on considère également le pouvoir d’attraction

de son secteur alimentaire à l’international, on peut noter le

passage d’une agriculture au potentiel limité à un secteur

bien structuré.

Selon vous, l’État serait le moteur dans

la transformation structurelle de l’économie ?

Un certain nombre de dispositions législatives et réglementaires

adoptées dernièrement semblent indiquer une continuité

des politiques publiques. À ce titre, la loi sur le contenu local

[amorcée en 2019 et visant à mettre en place un dispositif législatif,

réglementaire et institutionnel relatif au contenu local dans

le secteur des hydrocarbures, ndlr] est significative dans la poursuite

de l’internalisation de la chaîne de valeurs créées. C’est là

tout l’enjeu du Sénégal : maximiser la production de valeurs par

les acteurs locaux.

Quel rôle le secteur bancaire – et votre établissement

en particulier – peut-il jouer dans la réalisation

des ambitions d’émergence du pays ?

Depuis notre implantation au Sénégal en 1999, nous nous

considérons comme un partenaire de l’État. Notre collaboration

va au-delà d’une simple relation de banque à client, bien que les

financements demeurent intensifs et importants via le marché

ou en direct. Pour preuve, nous avons organisé en 2021 à Dakar

le forum Invest In - Sénégal [l’Africa CEO Forum permet aux

États de présenter leurs stratégies économiques, notamment

sectorielles, les grandes opportunités d’investissement et les

projets de partenariat public-privé les plus importants, ndlr].

Notre message était clair : « Vous pouvez venir investir au

Sénégal en toute confiance. » D’une manière générale, nous

nous efforçons d’accompagner les réformes qui vont dans le

sens de la création de valeur, de la structuration de l’économie

66 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


DR

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 67


INTERVIEW

domestique, et de la captation de valeur au profit des entreprises

locales. Nous savons que les grandes entreprises continueront

de jouer leur rôle de gros investisseurs. Cependant,

l’économie nationale doit être portée par un tissu de petites

et moyennes entreprises/industries (PME/PMI) suffisamment

agiles, solides et bien organisées pour faire le relais de la

croissance. Autrement, l’internalisation de la chaîne de valeur

sera un vœu pieux.

On reproche souvent aux banques de ne pas jouer leur

rôle de financement des PME/PMI, qui sont pourtant le

cœur du tissu économique national. À quelles conditions

pourraient-elles mieux soutenir les entrepreneurs locaux ?

L’expérience montre que nous, banquiers, n’avons pas toujours

eu la bonne approche envers les PME/PMI. En réalité,

le principal problème rencontré était d’ordre informationnel.

Nous ne connaissions pas assez bien ces

PME/PMI, et ne disposions pas toujours

de la capacité de pouvoir les suivre dans

leur exploitation et leur développement.

Nous l’avons compris chez Ecobank. C’est

pourquoi nous nous sommes engagés

dans une approche partenariale avec

les instances étatiques et régionales qui,

ces dernières années, ont mis en place

un ensemble de dispositifs favorable

à l’accompagnement des PME/PMI au

Sénégal. Des moyens importants [9 milliards

de francs CFA, 13,7 millions d’euros

en 2021, ndlr] ont récemment été mis à

la disposition du Fonds de garantie des

investissements prioritaires (FONGIP),

qui permet d’avoir accès à des garanties

institutionnelles dans notre financement

des PME. Aussi, la Banque centrale des

États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a

introduit en 2018 le Dispositif PME,

qui tend à favoriser le financement des

PME/PMI, notamment à travers sa capacité à refinancer leurs

créances bancaires. Ces changements institutionnels nous ont

fait réviser notre stratégie de croissance : aujourd’hui, le financement

des PME/PMI en est le deuxième pilier, après le digital.

Le secteur des fintech est en pleine expansion. Pourtant,

encore une fois, de nombreux observateurs soulignent

le peu de risques pris par les banques pour soutenir

ces « jeunes pousses ». Partagez-vous ce constat ?

À Ecobank, nous ne pratiquons pas la politique de l’autruche

concernant les fintech : nous les invitons à s’approcher de nous

afin de tisser des partenariats. C’est pourquoi nous avons

organisé à Dakar, en 2021, le Forum des fintech. Notre message

était celui-là : chez Ecobank, nous sommes disposés à envisager

un financement pour les start-up en mesure de pouvoir prouver,

via leur business plan, qu’elles produiront des flux de trésorerie

Nous nous

considérons

comme un

partenaire

de l’État. Notre

collaboration

va au-delà

d’une simple

relation de

banque à client.

(cash flows) qui viendront en remboursement du crédit. L’emprunt

bancaire n’est pas toujours la forme de financement la

plus indiquée, car certaines jeunes pousses des fintech, bien

que créant de la valeur, n’ont pas le modèle opérationnel suffisant

pour générer des cash flows lors des premiers exercices.

Quand ce type d’entreprise en vient à faire financer son business

plan, c’est de financement par capital dont elle a besoin. Dans

ce cas, nous les encourageons à rechercher un business angel ou

d’autres types de financements mis en place par l’État.

Quelles sont les réformes urgentes à engager

afin de consolider l’économie sénégalaise ?

Des efforts doivent être consentis dans le domaine de la

baisse des facteurs de production, notamment celui du coût de

l’énergie. C’est un point essentiel du développement de l’investissement.

Aussi, il est de notoriété publique que le défi majeur du

pays est l’emploi des jeunes. Un peu plus

de flexibilité aiderait à détendre le marché

de l’emploi et à créer des opportunités

pour les jeunes, afin d’éviter le drame de

l’immigration clandestine. Le risque, c’est

que la situation sociale ne devienne explosive,

comme en témoignent les émeutes

de mars 2021 [après l’arrestation de l’opposant

politique Ousmane Sonko, accusé

de viol, de sanglantes manifestations ont

éclaté contre les forces de l’ordre et les symboles

de la présence française, sur fond de

révolte sociale, faisant 13 morts, ndlr]. Le

chômage des jeunes est l’un des points critiques

susceptibles de menacer la stabilité

qui fait aujourd’hui la force du Sénégal.

Comment les banques peuvent-elles

participer à la transformation

du secteur informel ?

Nous travaillons activement chez

Ecobank dans le cadre du programme

des 100 000 logements sociaux [une composante

phare du programme zéro bidonville du Plan Sénégal

Emergent, à destination des ménages à revenus faibles et/ou irréguliers,

ndlr]. Et nous aurons, dans le futur, une part importante

à jouer dans le financement du secteur informel pour leur permettre

d’accéder à la propriété. À nous de trouver les formules

adaptées et, sans pouvoir en dire davantage pour le moment,

nous pensons que le digital peut nous y aider.

Le taux de bancarisation de l’économie sénégalaise

est autour de 20 %. Comment l’améliorer et quels progrès

la digitalisation des services bancaires apporterait-elle ?

Lorsqu’on élargit le taux de bancarisation à la microfinance

et à la monnaie électronique, nous nous approchons de 80 %.

L’inclusion financière est une réalité au Sénégal, grâce au développement

des infrastructures de télécommunication. Chez Ecobank,

nous sommes en mesure de servir nos clients partout où il

68 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


La banque panafricaine a son siège à Lomé, au Togo.

MICHEL AVELINE POUR JA/RÉA

y a une possibilité d’avoir accès au réseau mobile grâce au service

Xpress Cash, qui permet d’envoyer de l’argent de manière dématérialisée

en partageant un code de retrait. La digitalisation des

services bancaires n’est pas seulement un facilitateur. Elle crée

aussi de la valeur, et c’est ce que nous souhaitons encourager, à

la faveur de la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, 80 % de nos

transactions passent par nos canaux digitaux. La pandémie a

révélé cette capacité de changement structurel.

Le 9 septembre 2021, Ecobank a lancé Ellever,

une initiative à l’intention des entrepreneuses.

Quel premier bilan peut-on faire de cette action ?

Bien que le programme lancé à l’échelle du groupe soit

jeune, nous sommes confiants, et le bilan est satisfaisant. En

quatre mois, nous avons pu signer une douzaine de partenariats

au Sénégal. Et le 18 janvier, nous avons conclu un accord-cadre

de financement avec la Mairie de Dakar : dans ce sillage, près de

12000 femmes seront accompagnées. L’objectif du programme

Ellever est de participer au financement, au développement,

à la formation ainsi qu’à l’inclusion financière des femmes

entrepreneures, dont l’impact social et de création de valeur

est significatif.

Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune

entrepreneur(e) prêt(e) à se lancer aujourd’hui ?

J’en liste trois. Le premier est de savoir clairement ce que

l’on veut proposer au marché. Le deuxième est de se préparer

mentalement à essuyer des échecs. Un échec ne doit surtout

pas être dissuasif. Le dernier conseil est d’avoir l’ingéniosité de

se former et de profiter du cadre institutionnel et de soutien

favorable aux affaires. En général, on se sent rarement seul

au Sénégal. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 69


interview

Moustapha Sow

« L’heure de l’aide au

développement est révolue !»

Le banquier d’affaires et patron du cabinet de conseil SF Capital

évoque les pistes pour doper la compétitivité de l’économie nationale.

propos recueillis par Emmanuelle Pontié

AM : Comment se porte l’économie

du Sénégal selon vous ?

Moustapha Sow : Comme la plupart des économies africaines,

elle se trouve dans une situation pas facile. Nous venons de sortir

de deux années d’inactivité économique mondiale globale.

Résultat, en macro et microéconomie, nous faisons face à d’importants

défis. Sans compter que le Sénégal importe beaucoup

et que la plupart de ses produits de consommation viennent

d’Asie. Parfois d’Europe. Nous connaissons le challenge qui se

pose en matière de transport, engendrant une violente augmentation

de la plupart des produits. Cela dit, restons positifs, car

nombre d’autres nations ont été plus impactées que la nôtre.

Le Covid-19 a montré que l’un des rares avantages d’être un

pays non développé, c’est que l’on est du coup moins frappé

par ce type de crise mondiale. Maintenant, il faut que tous les

acteurs, l’État comme le secteur privé, mettent en place des

programmes de relance qui permettront au Sénégal de compter

davantage sur ses ressources internes que sur ses ressources

externes. En termes macro économiques, on a récemment pu

voir dans le rapport du Fonds monétaire international (FMI)

que le pays commence à sortir la tête de l’eau. Et la construction

des infrastructures est en train d’être relancée. Il existe pas mal

de programmes mis en place par l’État, notamment Xëyu Ndaw

Ñi (le travail pour la jeunesse), une série d’accompagnements

avec l’implication de la Délégation générale à l’entrepreneuriat

rapide (DER) et de nombreuses agences pour permettre une

relance de l’économie.

Pour parler du secteur privé, la loi PPP vient d’être

récemment validée. Qu’est-ce que cela va changer ?

Beaucoup de choses. En Afrique, la plupart des investissements

dans le domaine des infrastructures sont pilotés par

l’État. L’heure est venue pour le secteur privé de prendre le relais.

Attirer les investisseurs dans nos pays est souvent un challenge,

car ils craignent l’instabilité politique, l’insécurité, etc. Un cadre

juridique rassurant a toujours fait défaut. Le fait pour le Sénégal

de mettre en place une loi PPP est extrêmement positif.

En ce qui concerne les partenaires bilatéraux et les

bailleurs de fonds, y a-t-il eu de nouvelles initiatives ?

Oui. Le financement bilatéral est devenu très prisé dans nos

États. La Chine, à travers une politique de partenariat agressive,

a fait plus que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement

ou la Banque islamique de développement. Bien sûr,

ces politiques ont montré des limites. Car la Chine a toujours su

ce qu’elle attendait des Africains, mais eux n’ont jamais su ce

qu’ils attendaient de la Chine. Cela a engendré une relation déséquilibrée.

Et la pandémie a obligé le géant asiatique à revoir ses

priorités. C’est le souci avec les relations bilatérales. Vous comptez

sur un pays, et s’il a des problèmes, vous en faites les frais.

Aujourd’hui, c’est ce que nous vivons sur le continent. Du coup,

ça laisse de la place aux autres partenaires. Le Brexit permet par

exemple au Royaume-Uni de se repositionner sur l’Afrique avec

une stratégie différente. Il a mis en place plusieurs lignes dans

des pays francophones, avec la particularité de permettre aux

États de choisir l’entreprise avec laquelle ils veulent contracter.

Une initiative qui n’existe pas avec les autres pays. Aujourd’hui,

pour bénéficier de l’argent chinois, il faut contracter avec les

Chinois, pour capter un financement de Bpifrance, il faut travailler

avec une entreprise française, etc. Dorénavant, pour avoir

accès au financement de UK Export Finance par exemple, les

États africains ne sont pas obligés de recourir à une entreprise

britannique. Pour le moment, cela ne fonctionne qu’avec les Britanniques,

mais j’espère que les autres bailleurs suivront. Les

70 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


AID/ERICK-CHRISTIAN AHOUNOU

partenaires se sentent ainsi dans une relation gagnant-gagnant.

Et il faudrait que nous changions de mentalité pour relancer utilement

nos économies. Il n’y a qu’en Afrique, par exemple, que

l’on perçoit un programme d’infrastructures comme étant juste

la résultante d’un financement. Aux États-Unis, quand on parle

de réalisations d’infrastructures, on parle surtout de relance

économique, de création d’emplois. Un financement ambitieux,

comme celui de la construction du chemin de fer au Nigeria (qui

s’élèverait à 14,4 milliards de dollars), doit d’abord être perçu

comme une formidable opportunité pour le pays de se relancer,

d’impliquer le maximum de sociétés locales et de favoriser la

création d’emplois, même s’ils sont temporaires. C’est l’approche

que nous devons exiger, et les partenaires bilatéraux accepter.

Idem pour le transfert de technologies qui doit se faire. Nous

entretiendrons ainsi des relations beaucoup plus équilibrées.

Je le dis souvent : l’heure de l’aide au développement

est révolue ! On a fonctionné avec elle pendant

soixante ans. Et je n’ai jamais vu un pays se développer

grâce à elle. Laissons le choix aux Africains de définir

leur propre politique de développement.

Vous êtes membre du Club des

investisseurs sénégalais. Comment

évolue le secteur privé aujourd’hui ?

Nous n’avons pas le secteur le plus dynamique.

Et les responsabilités sont partagées.

L’État est censé mettre en place ce que j’appelle

l’infrastructure de base, c’est-à-dire

l’ensemble des règles qui permettent aux

entreprises locales de pouvoir s’impliquer

davantage. Mais ce serait malhonnête

de mettre toute la faute sur

l’État. Je travaille personnellement

avec de nombreux opérateurs du

secteur privé, pas seulement au

Sénégal. Et c'est souvent plus difficile

de collaborer avec les entreprises

sénégalaises. Je vous donne

un exemple : un promoteur local

avait un projet de 40 milliards,

nous avions signé un mandat,

et je lui avais demandé de me

verser une provision modique,

juste pour sentir son engagement

dans le service que je lui

offrais. Et je lui ai dit : « Si je n’arrive

pas à régler ton problème, je

te rembourse. » Mais il n’a jamais

voulu payer. Résultat, il a perdu

son projet, qui a été saisi par

une banque. Le pire, c’est

que j’avais déjà les partenaires techniques. Juste parce qu’il n’a

pas voulu payer une obole, il perd tout son projet ! Et ça, c’est

typique de la façon de fonctionner de nos entrepreneurs. Il y a de

grosses résistances dans les mentalités. Plus globalement, dans

le secteur du BTP, nous avons encore une approche archaïque.

On s’appuie sur les marchés de l’État. Alors qu’aujourd’hui, on

sait qu'il faut faire de l’engineering procurement construction, et

puis on apporte le financement. Sinon, il n’y a aucun moyen de

survivre. Nous avons essayé d’impulser cette approche à des

entreprises réticentes. Une ou deux se sont ouvertes au processus

et voient aujourd'hui les résultats.

Vous dites souvent que le Sénégal est un pays

compliqué. De manière générale…

Je suis fier d’être sénégalais. Mais c'est une

nation où les 17 millions d'habitants sont tous

des spécialistes ! Chacun a son avis sur tout.

On ne laisse pas les vrais experts s’exprimer.

Comme disait un sage très connu chez

nous : « Notre problème, c’est que ceux qui

savent ne parlent pas et ceux qui parlent

ne savent pas. » Comme si la médiocrité

était méritante. Alors qu'il faut mettre en

avant les gens compétents, qui seront des

repères pour la jeunesse. Sur ce sujet,

c’est toute la société sénégalaise

qui est responsable et devrait

se remettre en cause. ■

71


PLAN SÉNÉGAL EMERGENT

La construction

d’un Sénégal nouveau

Abdou Karim

Fofana, ministre

auprès du président

de la République

en charge du suivi

du Plan Sénégal

Emergent.

Pilier du projet hub

aérien régional, Air

Sénégal a démarré ses

activités commerciales

le 14mai 2018.

Articulé autour de 27 projets phares et

17 réformes, le Plan Sénégal Emergent

est le fruit d’un travail de longue haleine

effectué par de hauts cadres sénégalais,

en relation avec des partenaires techniques

extérieurs. Dès sa phase d’amorçage,

il a mis en cohérence les orientations

et défis urgents du Sénégal dans

un monde en transformation.

Le Bus Rapid

Transit (BRT)

offrira une qualité

de service proche

d’un tramway.

La mise en service de l’AIBD,

le 7décembre 2017, a constitué

une avancée majeure dans

l’exécution du plan de relance

du hub aérien régional, l’un

des projets phares du PSE.


Les autoroutes à péage

Dakar-Diamniadio-AIBD-

Mbour et Dakar-Touba

décongestionnent la capitale

et connectent des territoires

de l’intérieur du pays.

La cohérence consiste en la transformation structurelle

de l’économie avec des bases de croissance

plus élargies passant du couple composé des services

financiers et du numérique à un cercle vertueux

alliant plusieurs moteurs, notamment l’agriculture,

le tourisme, les mines, l’énergie, les infrastructures,

l’habitat.

Le ministre en charge du

suivi du PSE à un atelier de

structuration de l’industrie

pharmaceutique. Le Sénégal

vise une production locale

de 30% de sa consommation

en médicaments en 2030

et50% en 2035.

Le ministre en charge

du suivi du PSE en

visite dans une usine

de production de

sel à Fatick (centre),

dans le cadre de

lastructuration des

filières porteuses

decroissance.

Ce plan adossé à une vision et articulé autour

d’objectifs prioritaires est en train de

redessiner le visage de ce beau pays. L’ambition

demeure la construction d’un Sénégal

nouveau fort de progrès économiques, de

justice sociale et de renforcement de l’État

de droit.

Inauguré le 27décembre

2021, le Train Express

Régional (TER) contribuera

à la restructuration du

système de transport et au

rééquilibrage de l’espace

urbain dans la capitale.

PUBLI-REPORTAGE


environnement

À l’épreuve

de la donne

climatique

Érosion côtière, sécheresse, déforestation,

précipitations erratiques…

Les défis sont quasi existentiels.

Mais la volonté de l'État et des citoyens

de faire face est forte. par Djiby Sambou

Face aux enjeux climatiques, l’État du Sénégal a adopté et

approuvé en décembre 2020 des actions prioritaires d’atténuation

et d’adaptation à travers sa Contribution déterminée

au niveau national (CDN), qui constitue l’engagement du pays

dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Dans ce document,

le Sénégal a identifié le transport, les déchets, l’énergie,

l’industrie, la foresterie et l’agriculture comme les secteurs clés

d’émission de gaz à effet de serre. Ainsi que les domaines sensibles,

sur lesquels vont porter les activités prioritaires d’adaptation et de maîtrise

des impacts potentiels du changement climatique, que sont l’érosion côtière, la

pêche, l’élevage, la santé, la biodiversité et les inondations. Deux buts sont visés :

un objectif inconditionnel de réalisation des activités avec les moyens nationaux

(État, collectivités locales, secteur privé, ONG, etc.) et un objectif conditionnel,

qui sera atteint avec le soutien de la communauté internationale. Une enveloppe

de 13 milliards de dollars est prévue pour le financer.

Point de rencontre entre le fleuve Sénégal et l’océan Atlantique, la Langue

de Barbarie forme un cordon sableux s’étirant sur environ 40 kilomètres du sud

de Saint-Louis jusqu’à l’embouchure du fleuve. Son altitude ne dépassant guère

2 mètres, une telle configuration géomorphologique combinée à la dynamique

marine et fluviale expose cet espace aux aléas climatiques, et en particulier

aux inondations. Celle d’octobre 2003 est toujours dans les mémoires. Elle avait

nécessité l’ouverture d’une brèche pour évacuer les eaux pluviales de la ville. De

4 mètres de large au départ, cette brèche atteint aujourd’hui les 7 kilomètres, ce qui

change les caractéristiques biophysiques de la zone. Une erreur de diagnostic de

74 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Sur la ligne de front

du dérèglement climatique,

la fameuse Langue

de Barbarie s’étend sur

environ 40 kilomètres dans

la région de Saint-Louis.

XXXXXXXXX

SYLVAIN CHERKAOUI/GCCA+/EU 2018

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 75


ENVIRONNEMENT

l’État, pressé par l’urgence, qui a eu de graves conséquences. Les

terres du Gandiol, jadis propices au maraîchage, sont désormais

incultivables car affectées par l’eau salée. Les villages de Doun

Baba Dièye et de Keur Bernard ont, eux, purement disparu. Les

surcotes (dépassement anormal du niveau des marées) en 2015,

2017 et 2018 ont ainsi ravagé plusieurs dizaines de maisons

dans la Langue de Barbarie, poussant les autorités à reloger les

familles sinistrées dans des camps à l’intérieur des terres. Le Projet

de relèvement d’urgence et de résilience à Saint-Louis a été

mis en œuvre pour réduire la vulnérabilité de ces populations.

Plusieurs études estiment un recul du trait de côte de

0,35 mètre par an entre 2000 et 2018. Des simulations et prédictions

sur l’élévation du niveau de la mer indiquent que, pour

une hausse de 0,5 mètre, 11 % du territoire de la Langue de

Barbarie serait inondé (soit 199 216 hectares). Les habitants

ont conscience des risques, subissant déjà les effets de l’érosion

côtière : effondrement des habitations et des infrastructures,

inondations des quartiers… Alors ils luttent à leur manière. Les

initiatives individuelles et communautaires correspondent principalement

à des « méthodes douces » : construction de murets

de bois ou de pierre, élévation de digues avec des sacs de sable,

plantation de végétaux pour retenir les sédiments…

Les actions de l’État portent, elles, sur des travaux de plus

grande ampleur, avec la construction de brise-lames faits de sacs

de sable déposés le long du rivage. Ces mesures entamées après

la catastrophe du village de Doun Baba Dièye ont été financées

par le ministère de l’Environnement à hauteur de 525 000 euros,

mais n’ont toutefois pas produit les résultats escomptés. Depuis

lors, la construction d’une colossale barrière de rochers pour

protéger les habitants a été privilégiée dans certains secteurs

côtiers urbanisés, comme les quartiers de Goxu Mbathie et Santhiaba.

Ces ouvrages ont été financés par la France (15 millions

d’euros) et la Banque mondiale (22 millions d’euros).

PLANTER POUR RESTAURER

Le diagnostic du secteur forestier réalisé durant la planification

de la Politique forestière du Sénégal (2005-2025) est sans

appel. Il confirme une tendance à la dégradation et à la régression

des ressources forestières sous l’effet d’une sécheresse

récurrente combinée aux actions anthropiques néfastes telles

que coupes abusives, feux de brousse, surpâturages ou défrichements

agricoles. À cela s’ajoutent les multiples enjeux liés

à la convergence de multinationales étrangères à la recherche

effrénée de terres pour des exploitations à caractère industriel.

L’un des premiers grands projets verts pour restaurer les

fonctions écologiques et économiques des écosystèmes est la

reforestation de la mangrove. Dès 2006, le Sénégal a lancé

dans les estuaires de la Casamance et du Sine Saloum l’une

des plus grandes campagnes mondiales de reforestation de

mangrove, dont 45 000 hectares – soit un quart de la surface

totale – avaient été détruits depuis les années 1970. Les mangroves

réunissent des fonctions nourricières, écologiques et

76 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


XXXXXXXXX

SADAK SOUICI

Dès 2006, le Sénégal

a lancé l’une des plus

grandes campagnes

mondiales de reforestation

de mangrove, dont

45 000 hectares avaient

été détruits depuis

les années 1970.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 77


ENVIRONNEMENT

Priorité aux

énergies vertes

Malgré d’importantes découvertes

de pétrole, le pays souhaite verdir

sa production énergétique.

Avec 3000 heures d’ensoleillement par an, le

Sénégal dispose de l’un des potentiels parmi les

plus élevés au monde pour valoriser l’énergie

solaire. Si cette réserve a longtemps été sousexploitée,

le pays cherche à rattraper le temps perdu.

« L’énergie solaire constitue la source la mieux répartie et

la plus importante sur l’ensemble du territoire, même si,

pour les autres filières, il existe un potentiel considérable,

notamment l’éolien, la biomasse et l’hydraulique »,

relève Djiby Ndiaye, le directeur de l’Agence nationale

pour les énergies renouvelables du Sénégal (ANER).

Une institution qui s’est fixée comme mot d’ordre de

produire « de l’énergie à moindre coût et respectueuse

de l’environnement partout et pour tous ». Aujourd’hui,

les énergies renouvelables représentent 30 % du mix

énergétique du pays (la répartition des différentes

sources d’énergies consommées). La capacité des énergies

vertes installées est estimée à 1500 mégawatts (MW),

contre 500 MW en 2012. Entre 2016 et 2020, plus de

400 MW d’énergies propres ont été ajoutées. Première

source d’énergie renouvelable du Sénégal, le solaire

représente 226 MW, suivi par l’éolien, grâce au parc

de Taïba Ndiaye de 158,7 MW – première centrale

éolienne à grande échelle d’Afrique de l’Ouest, mise en

service en 2020 –, puis de l’hydraulique avec 70 MW.

Alors que 65 % du territoire est électrifié, l’objectif est

d’atteindre un accès universel à l’électricité à l’horizon

de 2025. Il repose sur plusieurs projets de production

décentralisée (mini-réseaux, etc.) intégrant les énergies

renouvelables. Ainsi, dans l’hydroélectrique, des sites

sont à l’étude pour installer près de 1400 MW sur les

fleuves Sénégal et Gambie, ainsi que leurs affluents.

La découverte d’importants gisements de gaz depuis

2017, moins émetteur de gaz à effet de serre que le

pétrole, va faciliter la stratégie du pays à se convertir

à des énergies plus vertes. Avec le programme « Gaz

to Power », lancé en 2018, le Sénégal a notamment

l’ambition de convertir au gaz ses centrales thermiques

polluantes, fonctionnant au fioul, qui assurent encore

67 % de la production d’électricité. ■ Jean-Michel Meyer

économiques : ressources alimentaires, forestières, épuration de

l’eau, protection contre l’érosion et les évènements extrêmes…

Elles abritent également une biodiversité exceptionnelle et

emprisonnent très efficacement le carbone atmosphérique.

Entre 2006 et 2019, plus de 279 millions de palétuviers et

d’arbres ont été plantés sur 32 000 hectares. Selon le Fonds

Carbone Livelihoods, qui a financé 90 % du projet (les 10 % restants

provenant de l’État et d’appels aux dons), la croissance de

la mangrove va permettre d’absorber environ 500 000 tonnes

de carbone sur vingt ans, de produire 18 000 tonnes de poissons

par an et de favoriser le développement des crevettes, des

huîtres et des mollusques. Des études datant de 2019 ont déjà

montré des résultats positifs en Casamance, où la mangrove

regagne du terrain.

RESTAURER LES ÉCOSYSTÈMES

La Grande muraille verte (GMV) est un autre des grands

projets. Lancée en 2009 avec pour objectif de planter une coulée

verte de 7 600 kilomètres de long sur 15 kilomètres de large

entre le Sénégal et Djibouti (11 pays concernés), la GMV doit

ralentir l’avancée du désert, améliorer la gestion des ressources

naturelles et lutter contre la pauvreté, mais également restaurer

100 millions d’hectares, séquestrer 250 millions de tonnes de

carbone et créer 10 millions d’emplois verts à l’horizon 2030.

Le dernier rapport d’évaluation de la mise en œuvre (datant

de septembre 2020) indique que seulement 18 % des objectifs

auraient été atteints. Ce faible taux d’avancement s’explique par

la difficile coordination entre les différentes parties prenantes et

l’insécurité grandissante dans le Sahel à cause du déploiement

des groupes djihadistes.

Au Sénégal, la GMV mesure 545 kilomètres de long sur

15 kilomètres de large et constitue une superficie de 817 500 hectares.

Elle concerne les régions de Louga, Saint-Louis et Matam

(principalement dans la zone sylvopastorale où les précipitations

annuelles ne dépassent guère 400 mm). Les populations

bénéficiaires directes sont estimées à 322 221 habitants. La mise

en œuvre du programme est confiée à l’Agence panafricaine

de la grande muraille verte (APGMV), qui en a fait un projet

multisectoriel. Il s’agit de restaurer les écosystèmes par la plantation

de milliers d’arbres, tout en développant les territoires.

L’approche consiste à mettre en place des jardins polyvalents

adaptés aux conditions du milieu et aux besoins des populations

et de les impliquer pour garantir la durabilité. Des résultats

positifs ont été obtenus.

Entre 2008 et 2015, le pays a reboisé dans ce cadre

33 300 hectares, produit 16 150 000 plants et mis en défens

– clôturé – 13 000 hectares, empêchant ainsi la coupe et le passage

des animaux. Les espèces reboisées sont endémiques à la

zone et résistantes à la sécheresse : il s’agit principalement de

l’acacia Sénégal et du Balanites aegyptiaca, dont les propriétés

et les usages traditionnels (pharmacopée) et domestiques sont

bien connus des habitants.

78 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Ci-contre, sur le tracé

de la Grande Muraille,

des cultures dans

le village de Widou

Thiengoly, région

du Ferlo.

Ci-dessous,

Haïdar El Ali, ancien

ministre de l’Écologie,

connu pour son francparler

et visage de

l’engagement citoyen.

ARNAUD SPANI/HEMIS.FR - SYLVAIN CHERKAOUI/COSMOS

Parallèlement au reboisement, des jardins polyvalents y sont

associés. Celui qui est le plus cité comme exemple de solution

adaptée aux conditions du milieu et aux besoins des populations

est le jardin polyvalent villageois de Widou Thiengoly, dans la

région du Ferlo. D’une surface de 7 hectares, il est cultivé par une

association de 249 femmes. En saison des pluies, elles cultivent

des pastèques, du niébé et des aubergines amères. Et durant la

saison sèche, elles utilisent le système de goutte-à-goutte pour

cultiver des oignons, des carottes, des tomates, des pommes de

terre, des salades. Il y a aussi quelques arbres fruitiers, des manguiers,

des citronniers et des orangers. Cela leur a permis une

diversification de leur nourriture, améliorant ainsi la santé de

leur famille et leur autonomie financière. Le reste des récoltes

est vendu au marché local, et les bénéfices servent à accorder des

prêts aux membres de l’association qui ont des projets.

ENGAGEMENT CITOYEN ET PARTICIPATIF

La prise de conscience de l’urgence de préserver les ressources

naturelles est le cheval de bataille de plusieurs organisations,

groupement de jeunes, associations, ONG, plates-formes

citoyennes… Parmi elles, l’Oceanium de Dakar est une association

spécialisée, depuis plus de dix ans, dans la restauration des

écosystèmes forestiers. Très impliquée dans le projet de reforestation

de la mangrove, elle a permis à travers des pépinières

communautaires la mobilisation citoyenne de 100 000 personnes

provenant de 350 villages et a ainsi contribué au succès

des campagnes de reboisement du littoral en Casamance

et au Sine Saloum. En plus de redonner racine à la mangrove,

cette association a également permis de redévelopper l’écosystème

économique, notamment la culture du riz, fragilisée par

le recul de la forêt. Son fondateur, Haïdar El Ali, est connu

pour son franc-parler, son pragmatisme et son inappétence à la

bureaucratie. Il fut le premier à avoir alerté sur « le génocide écologique

» en Casamance et dénoncer le pillage de la forêt casamançaise

par des réseaux organisés de trafic du bois. Ancien

ministre de l’Écologie, il dirige aujourd’hui l’Agence nationale

de la grande muraille verte (ANGMV) du Sénégal. L’homme est

profondément convaincu que les solutions pour répondre au

défi climatique ne pourront venir que des sociétés elles-mêmes.

Plus locale, l’association Nébéday s’active dans la mise en

place de filières de valorisation des ressources naturelles avec

les femmes. Ses actions sont multiples : maraîchage et arboriculture,

fabrication et diffusion de foyers améliorés à base d’argile

et de bio-charbon à base de paille, protection et valorisation

d’aires protégée ou encore des campagnes d’éducation environnementale

dans les écoles ou de reboisement. Adaptation au

changement climatique et préservation de l’environnement sont

l’alliance essentielle pour un développement humain durable. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 79


performance

DAKAR

S'ÉCHAUFFE

À QUATRE

ANS DES JOJ

80 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


La quatrième édition des Jeux olympiques

de la jeunesse consacrera l’émergence

du Sénégal et le rayonnement de l’Afrique

sur la scène sportive mondiale.

L’occasion, d’ici là, de fédérer le pays

derrière un événement riche en émotions

et en opportunités. par Jérémie Vaudaux

XINHUA/ABACA XXXXXXXXX

La délégation sénégalaise

lors de l'ouverture des JO

de Tokyo 2020, reportés

du 23 juillet au 8 août 2021.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 81


PERFORMANCE

Lors des JOJ de Buenos Aires,

en Argentine, en octobre 2018, le

Sénégal a été désigné officiellement

par les membres du CIO pour

accueillir l'édition suivante.

Ci-contre, le président Macky Sall

et le prince Albert II de Monaco.

Seize ans, trois éditions, deux continents et

une pandémie après leur création, les Jeux

olympiques de la jeunesse d’été auront bien

lieu en 2026 à Dakar, qui sera, le temps d’une

rencontre entre les meilleurs jeunes athlètes

de la planète, l’épicentre du sport mondial.

Certes, les quatrièmes JOJ devaient se tenir

en 2022 ; certes, la pandémie et son cortège

de bouleversements sont passés par

là ; certes, le Comité national olympique et sportif sénégalais

(CNOSS) accuse désormais quatre ans de retard à l’allumage. Il

n’empêche : « Dakar 2026, c’est une victoire de l’Afrique », assurait

en bon fédérateur Mamadou Diagna Ndiaye, président du

CNOSS et membre du Comité international olympique (CIO),

au lendemain du report des JOJ en juillet 2020. Le symbole

est de taille. Jamais l’Afrique n’avait été le théâtre d’une compétition

internationale multisport. Une victoire sénégalaise,

confie Mamadou Diagna Ndiaye, à laquelle le président de la

République Macky Sall a personnellement œuvré : « C’est une

fierté pour le pays, pour le peuple et pour moi-même de voir le

Sénégal organiser les Jeux olympiques de la jeunesse en 2026.

Le Sénégal est pleinement engagé aux côtés du CIO pour offrir

des Jeux historiques », déclarait le chef d'État à l’issue des résultats.

Historiques. Le mot est lâché.

Historique, déjà, était le combat. Il a fallu, pour le pays, se

défaire de ses concurrents : le Botswana, le Nigeria et la Tunisie,

candidats malheureux coiffés au poteau par l’organisation rigoureuse

dont le CNOSS et le Comité d’organisation des Jeux olympiques

de la jeunesse (COJOJ) de Dakar 2026 ont fait preuve.

LES RAISONS DE LA VICTOIRE

« Notre dossier était sans faille. En bons élèves, nous avons

suivi à la lettre chaque exigence du cahier des charges imposé

par le CIO. Tous les acteurs privés et publics ont joué leur partie »,

s'est félicité le président du COJOJ, Ibrahima Wade, rencontré

par Afrique Magazine à Dakar à l’issue d’un comité de pilotage

avec le CIO, fin janvier. Plus largement, selon lui, la candidature

victorieuse du Sénégal repose sur un socle culturel, social et

politique favorable. « L’engouement des Sénégalais pour la discipline

physique est inscrit dans notre ADN. Il n’y a qu’à regarder

l’endurance des éleveurs peuls, qui parcourent des milliers de

kilomètres chaque saison pour guider leurs troupeaux, ou encore

la tradition de lutte féminine de l’ethnie diola, les chorégraphies

sportives… En tant que peuple, nous disposons de qualités physiques

indéniables ! » s’enthousiasme Ibrahima Wade. Et d’ajouter,

lucide, que la stabilité politique dont jouit le Sénégal – aucun

coup d’État depuis l'indépendance en 1960 et plusieurs alternances

démocratiques constatées par les urnes – et la sécurité

garantie pour la bonne tenue des rencontres sportives ont adouci

les sentiments du CIO : « Les votes en ont tenu compte. Ils ont

sanctionné aux yeux du monde entier le Sénégal comme étant

une destination de confiance », reconnaît le président du COJOJ.

LIONEL MANDEIX/PRÉSIDENCE DU SÉNÉGAL

82 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


L'accueil des JOJ est l'occasion

de réhabiliter des infrastructures

sportives, comme la piscine

olympique de Dakar, ci-dessus.

Ci-contre, Thomas Bach, président

du Comité international olympique,

en visite dans la capitale, en 2019.

SHUTTERSTOCK - IOC/GREG MARTIN

« Le Sénégal

est pleinement

engagé aux

côtés du CIO

pour offrir

des Jeux

historiques »,

déclarait

Macky Sall.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 83


PERFORMANCE

UN RÊVE DE TRANSFORMATION

À l’occasion des JOJ 2026, les yeux du monde seront braqués

sur le Sénégal et ses trois villes hôtes ; Dakar, sa capitale historique,

Diamniadio, la nouvelle ville symbole de son émergence,

et Saly, ville de tourisme balnéaire en reconversion. L’occasion

est belle pour le pays de montrer son meilleur visage, son visage

moderne – son visage émergent, pour reprendre un élément de

langage convenu de la communication gouvernementale. Sur

le devant de la scène donc, l’Aéroport international Blaise Diagne

(AIBD), le centre des expositions et la Dakar Arena situés à

Diamniadio et inaugurés en 2018, ainsi que le stade olympique,

qui a vu le jour en février 2022 : « L’idée, c’est de proposer un

effet “waouh” aux sportifs, aux invités et aux spectateurs dès

la descente de l’avion jusqu’aux différents sites des JOJ », confie

Ibrahima Wade.

La recette « waouh » ? Des infrastructures de

transport de qualité. Une bretelle autoroutière

sera créée pour l’occasion, afin de réduire le

temps de trajet entre le village olympique situé

à Diamniadio, dans l’enceinte de la nouvelle

université Amadou Makhtar Mbow et la cité

balnéaire de Saly, qui accueillera les épreuves

de cross-country, de triathlon et pentathlon,

de voile, d’aviron, de canoë, de handball et volley-ball

de plage. Une extension de l’autoroute

A1, qui relie aujourd’hui Dakar à Mbour, desservira

également Saly, distante d’une dizaine

de kilomètres de l’actuel tracé, « afin de faire

durer l’effet “waouh” jusqu’au bout », sourit le

président du COJOJ. Et de préciser : « Bien que

les infrastructures de transport aient été pensées

dans le cadre des JOJ 2026, elles bénéficieront à

terme à toute la population sénégalaise. »

Idem pour les infrastructures sportives. Si

le cahier des charges du CIO impose de ne pas

construire de nouvelles infrastructures pour les

JOJ, le COJOJ s’est fait un point d’honneur à

restaurer les infrastructures sportives existantes

de Dakar, notamment la piscine olympique

et le stade Iba Mar Diop, qui accueilleront respectivement les

épreuves de natation et d’athlétisme. Sans les JOJ, ces infrastructures

auraient été laissées à leur état de décrépitude, assure Ibrahima

Wade, qui pointe une opération gagnante : « Les sites seront

rendus aux sportifs sénégalais en meilleur état qu’avant les JOJ. »

FÉDÉRER ET MOTIVER LES POPULATIONS

Tangible, l’héritage des JOJ de Dakar 2026 sera également

immatériel. 2022, à cet égard, sera décisive : « Nous aurions été

prêts sur le plan organisationnel pour accueillir les Jeux à l’automne

2022, mais nous prenons ce report avec philosophie : nous

emploierons, au COJOJ ces quatre ans à construire un engouement

de la jeunesse derrière les Jeux », explique son président.

Dakar 2026

en chiffres

3 VILLES (Dakar,

Diamniadio, Saly)

19 SITES

35 SPORTS (dont 7 sports

additionnels proposés

par Dakar 2026 : baseball

à cinq, breaking, karaté,

skateboard, escalade,

surf et wushu)

246 ÉVÉNEMENTS

4 676 ATHLÈTES

(15-18 ans)

50 % DE FILLES/50 % DE

GARÇONS

5000 VOLONTAIRES

32500 INVITÉS

150 MILLIONS DE

DOLLARS (budget estimé)

Un legs, en quelque sorte, à destination des jeunes Sénégalais et

Sénégalaises. Si une génération de sportifs se retrouve privée de

Jeux à cause du report de quatre ans dû à la pandémie, l’occasion

est belle de faire pénétrer les valeurs de l’olympisme – excellence,

amitié et respect – au Sénégal, dont 60 % de la population

est âgée de moins de 24 ans. L’enjeu est de taille, au regard des

difficultés et de la perte de sens auxquelles est confrontée la

jeunesse. Chômage de masse, absence de perspective d’avenir,

hystérisation du débat politique, violences… « Nous souhaitons

canaliser cette énergie chez les jeunes, qui peut être créatrice,

afin d’en faire une force pour l’organisation des Jeux », précise

Ibrahima Wade.

Sur les tablettes du Comité d’organisation, une série de

mesures visent à rapprocher les Jeux des jeunes, ou les jeunes

des Jeux, selon par quel bout on prend l’affaire.

Première étape au printemps 2022,

avec l’organisation d’une caravane des JOJ.

Battant le pavillon olympique, elle sillonnera

le pays, notamment les régions les plus

enclavées, telles que Matam, Kédougou, et

Tambacounda, où la notion même de Jeux

olympiques y est aussi parlante que celle d’onglée

un matin d’hiver. Un programme éducatif

leur sera délivré – les valeurs de développement

durable et de citoyenneté figurent en

bonne place.

11 000 écoles du pays seront également

mobilisées à compter d’avril 2022 dans le

cadre de la « Semaine de la jeunesse au

rythme de l’olympisme » : tout est dans le titre

ou presque, puisqu’il s’agira de promouvoir la

pratique sportive chez les jeunes et de mobiliser

la communauté éducative autour des

valeurs citoyennes et sportives. La mise en

place d’un « brevet olympique » visera à mobiliser

les élèves et les professeurs autour d’une

formation d’excellence à l’issue de laquelle

« les meilleures écoles pourront hisser le drapeau

olympique et les détenteurs du brevet

être prioritaires dans la sélection des volontaires lors des Jeux »,

indique le président du COJOJ. Quant à l’opération « Dakar en

Jeux », l'objectif est simple : fédérer et motiver les populations

autour de l’événement, en amont des Jeux.

UNE LOGIQUE DE PARTENARIAT : L'ALLIANCE JOKKO

Les initiatives du Sénégal, aux yeux des observateurs avertis

de l’olympisme, ont un air de déjà-vu. Et pour cause. L’organisation

des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024

reprend nombre de ces mesures et ne s’en cache pas, puisque

les JOJ de Dakar étaient prévus, avant leur report, comme un

laboratoire vivant des JOP de Paris : « On ne parle pas de chaperonnage

de la France sur le Sénégal, ni même d’assistanat car le

84 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


cadre de partenariat qui unit Paris et Dakar a été mis sur pied

en 2019, soit avant le report des JOJ à 2026 », explique Ibrahima

Wade. Tony Estanguet, le président du COJOP de Paris 2024,

ajoute : « Nous avions envie de signer une convention différente

et unique… C’est parce qu’il y a une vraie envie collective, en

France, d’accompagner au mieux le

projet de Dakar 2026. »

À la confluence des deux capitales,

l’Alliance Jokko. Mise sur pied en 2019,

elle « concrétise l’engagement des plus

hautes autorités françaises et sénégalaises,

des élus de nos collectivités territoriales,

des responsables du secteur

privé et des dirigeants du mouvement

olympique et sportif de nos deux pays »,

dans la double perspective des Jeux de Paris et de Dakar, détaille

Ibrahima Wade. L’Institut national du sport, de l’expertise et de

la performance (INSEP) de Paris est dans la boucle, de même

que l’Agence française de développement (AFD) et l’Association

internationale des maires francophones (AIMF). « Nous avons

testé une nouvelle approche – la cocréation – pour une nouvelle

Première étape au printemps

2022, avec l’organisation

d’une caravane qui sillonnera

le pays.

destination – le continent africain. Nous vivons une expérience

fascinante, qui nous permet de proposer des idées novatrices

et de rechercher des solutions intelligentes. Un modèle pour

le Sénégal et les futurs hôtes ! », s’emballait même Christophe

Dubi, directeur exécutif des JO au CIO, à l’occasion du lancement

de l’Alliance Jokko. Pourtant, si la cocréation semble être

le mot d’ordre de la quatrième édition des Jeux olympiques de la

jeunesse, Ibrahima Wade l’assure : « Au COJOJ incombe la tâche

de colorer les Jeux avec les saveurs locales, faites d’authenticité

et d’hospitalité. » Son sourire semble indiquer : détails classés

secret-défense, rendez-vous dans quatre ans. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 85


86 AFRIQUE MAGAZINE I 402 – MARS 2020


interview

Mamadou

Diagna Ndiaye

« Les JOJ donneront

à voir la richesse

et la diversité

de l’Afrique »

Les Jeux olympiques de la jeunesse

auront lieu à Dakar en 2026. C’est la

première fois que le continent accueillera

un événement de cette dimension. Retour

sur les raisons de ce choix et les enjeux de

l’organisation avec le président du Comité

national olympique et sportif sénégalais.

propos recueillis par Zyad Limam

PAPA MATAR DIOP/PRÉSIDENCE DU SÉNÉGAL

Le président

Macky Sall

tenant la torche

olympique

remise par

Mamadou

Diagna Ndiaye,

le 20 novembre

2021, à Dakar.

AM : De la part du Comité internationale olympique

(CIO), il s’agit d’un choix historique. Quels étaient les

points forts de la candidature de Dakar et du Sénégal ?

Mamadou Diagna Ndiaye : Le projet proposé, sous la direction

du président de la République, était ambitieux et techniquement

viable. Notre pays, terre de tolérance, d’expression libre de la

pensée, de dialogue, ainsi que sa beauté sont autant de points

qui se sont imposés aux décideurs.

À l’origine, les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ)

devaient se tenir en 2022. Comment justifier

un report de quatre ans ? La pandémie de Covid-19

est-elle la seule explication ?

Oui, c’est la seule explication et la meilleure alternative.

Nous avions le choix entre les décaler ou les annuler. Suivant

la même logique, les Jeux olympiques (JO) de Tokyo ont été

décalés à 2021 après de multiples péripéties. Paris 2024 étant

acté, il nous restait 2026, la date la plus proche pour respecter

la phase séquentielle des deux années qu’imposent les règles.

C’est en responsabilité que le président de la République et le

président du CIO ont décidé, d’un commun accord, du report

87


INTERVIEW

des Jeux olympiques de la jeunesse, dans un contexte sanitaire

mondial incertain et particulièrement volatil.

En quoi ces Jeux seront-ils différents,

« sénégalais », « africains »?

D’abord parce qu’ils sont organisés pour la première fois en

Afrique, le continent de la jeunesse. Pour l’image de l’Afrique,

et qu’on lui fasse davantage confiance dans l’avenir, le Sénégal

doit en réussir l’organisation. Les JOJ, à la différence des JO,

ne sont pas seulement un événement sportif. Ils comportent un

volet culturel tout aussi important. L’Afrique est un continent de

culture. Les expressions artistiques qui seront programmées lors

de ces Jeux donneront à voir la richesse et la diversité de cette

dernière. Ces JOJ sont organisés au Sénégal, mais la dimension

africaine sera un marqueur dans la programmation et dans l’organisation.

L’héritage qu’ils laisseront sera également au profit

de la jeunesse sénégalaise et africaine.

Quelle est leur « architecture »?

Elle demeure la même, autour de l’idéal de l’olympisme, qui

se nourrit du passé et s’enrichit des apports du vécu de tous les

jours pour écrire le futur. Les JOJ sont des jeux multisports, avec

une dimension culturelle et éducative, qui a pour cible les jeunes

gens de 15 à 18 ans. Ils visent à aider à la promotion des activités

sportives, à diffuser et favoriser le partage des valeurs olympiques,

à faire éclore et évoluer des talents et espoirs nouveaux.

Le Stade du Sénégal, à Diamniadio, qui doit être

inauguré prochainement, fera-t-il partie intégrante

des Jeux ?

Le Stade du Sénégal a été pensé comme un cadeau à la

jeunesse et à la communauté sportive du pays, dans le prolongement

de l’attribution des Jeux par le CIO. C’est une infrastructure

remarquable et un atout certain. Au niveau du comité

d’organisation, en rapport avec le CIO, nous sommes en train de

Les jeunes gens

de 15 à 18 ans doivent s’investir

pleinement pour la réussite

de l’événement. C’est leur fête.

réfléchir pour y programmer des compétitions, voire y organiser

la cérémonie d’ouverture, car il présente aussi l’avantage d’être

bien situé. Mais nous verrons en temps utile, après concertations

avec les autorités, l’usage que nous en ferons.

L’État s’est-il totalement investi aux côtés du Comité

d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse

(COJOJ) ? Macky Sall est-il votre principal soutien ?

Le soutien du président Macky Sall se traduit par son implication

personnelle, et cela depuis le début. Il a conduit la délégation

à Buenos Aires en 2018, lors de la désignation de Dakar

comme ville hôte. Depuis, il suit, à travers divers canaux, les

préparatifs. Il a également demandé à tous les services de l’État

de rester mobilisés et de tout mettre en œuvre pour la réussite

de ce premier événement olympique en terre africaine. C’est un

sérieux gage de succès.

Quel rôle joue le CIO sur l’organisation ? Comment

se répartissent les tâches avec le COJOJ ?

Les deux comités sont inscrits depuis la désignation de

Dakar dans un processus de cocréation, afin de délivrer des

Jeux conformes aux attentes de toutes les parties prenantes.

Nous avons défini ensemble une matrice des rôles et responsabilités,

un bel outil de planification qui recense les actions

devant être menées et qui identifie les responsables qui en ont

la charge. Le document a été élaboré sur la base du plan d’édition

signé entre l’État du Sénégal, la Ville de Dakar, le Comité

national olympique et sportif sénégalais (CNOSS), le COJOJ

et le CIO. C’est vraiment dans cet esprit de collaboration et de

partage d’expériences que nous travaillons avec ce dernier pour

une excellente organisation.

Paris 2024 et Dakar 2026 ont signé une convention de

coopération. Quels sont les effets positifs d’un tel accord ?

Le partenariat avec Paris 2024 est bénéfique à plus d’un

titre. Notre collaboration se fait dans un cadre plus élargi

appelé Alliance Jokko, qui regroupe, en plus de Paris 2024

et Dakar 2026, l’Agence française de développement (AFD),

l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance

(INSEP), la Ville de Paris, la Région Île-de-France et bien d’autres

partenaires français. La convention de partenariat Paris 2024-

Dakar 2026 prévoit des échanges qui porteront notamment sur

l’organisation opérationnelle et la livraison des Jeux, la formation

des ressources humaines, la stratégie d’héritage, le plan

de transformation, le développement durable, l’engagement et

la mobilisation de la jeunesse, entre autres

domaines. Avant le report, Paris 2024 devait

hériter de Dakar 2022. Mais, puisque les

JOJ se dérouleront en 2026, c’est Dakar qui

bénéficiera de l’expertise de Paris. Enfin,

cette coopération comporte un volet technique

qui inclut le transfert d’équipements

entre les deux comités d’organisation, dans

une démarche commune de promotion de

l’économie circulaire et de Jeux durables.

Quels sont les principaux challenges que le pays

et le COJOJ doivent relever d’ici 2026 pour assurer

une organisation optimale ?

Le premier défi à relever demeure celui de l’appropriation

et de la participation. C’est la fête de la jeunesse. Il faut que la

population en général, et en particulier les jeunes gens de 15

à 18 ans adhèrent à ce projet et s’investissent pleinement pour

la réussite de l’événement. La question de la sécurité constitue,

dans le contexte global du monde actuel, un second défi majeur.

La participation gagnante de nos athlètes est également, bien

88 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Sur une plage publique de la Corniche, où de nombreux jeunes viennent faire du sport.

SADAK SOUICI

sûr, dans tous les esprits. Il est temps que le Sénégal monte de

nouveau sur le podium des JO. Enfin, l’environnement doit être

de qualité et s’insérer parfaitement dans la politique environnementale

déclinée par le gouvernement.

Comment rentabiliser sur le long terme la plupart

des installations sportives qui auront été construites

pour les JOJ 2026 ?

Historiquement, l’héritage des Jeux olympiques a souvent

posé des problèmes de réaffectation des investissements réalisés.

Au Sénégal, nous avons opté pour une démarche prudentielle, et

mis l’accent sur la réhabilitation et la modernisation de certaines

de nos structures existantes, comme la piscine de Dakar, qui

sera rénovée par l’AFD, ou le stade Iba Mar Diop. La réalisation

du stade de Diamniadio entre dans la programmation du plan

d’équipement en infrastructures modernes de l’État du Sénégal.

Le village olympique, bâti sur le campus de l’Université Amadou

Mahtar Mbow, servira, par la suite, de résidence pour étudiants.

Et les infrastructures complémentaires à Saly combleront en

partie le déficit d’installations sportives des villes de l’intérieur.

Vous êtes investi depuis longtemps dans le mouvement

olympique sénégalais. Vous êtes membre du toutpuissant

CIO. Que représente pour vous le sport ?

Celui-ci est-il réellement un investissement nécessaire ?

Quelle importance a-t-il dans le développement

d’un pays comme le Sénégal ?

Dans ma tendre jeunesse, à Saint-Louis, ma ville natale,

j’ai d’abord été attiré par le sport de rue – comme d’ailleurs la

plupart des enfants. Cette passion qui ne m’a jamais quitté n’est

sans doute pas étrangère à mon parcours : tour à tour président

de fédération, de confédération, du CNOSS, et membre du CIO.

On attribue à Pierre de Coubertin le fait d’avoir redonné vie à

l’expression de Juvénal, « Mens sana in corpore sano », autre-

ment dit « un esprit sain dans un corps sain ». Si cela devait

être la seule vertu du sport, elle vaudrait largement la peine

de s’y investir sans réserve. Mais le sport, langage universel,

nous imprègne, en prime, de toutes les valeurs consubstantielles

au vivre-ensemble, dont la paix, la tolérance et le respect

de l’autre sont le socle intangible qui fonde la cohésion

sociale. Investissement humain et social indispensable, il est

aujourd’hui, par les opportunités économiques qu’il génère, au

cœur des politiques de développement et du rayonnement culturel

de tous les pays.

La jeunesse représente au Sénégal, comme

dans de nombreux pays d’Afrique, à la fois

une fantastique opportunité et un enjeu important.

Comment répondre à cette équation ?

La jeunesse est en effet un levier formidable dans un

processus de développement qui se joue sur le long terme.

La problématique est complexe, les approches plurielles. Il n’y a

pas de solution prête à l’emploi, mais il ne fait de doute pour

personne que les réponses à cet enjeu sociétal de premier ordre

tiennent à notre capacité à faire face ensemble.

Vous êtes un personnage public et, en même

temps, très secret. L’opinion et la rumeur vous accordent

toutes sortes d’ambitions et de relations très haut

placées, au Sénégal et ailleurs. Cette position de patron

du COJOJ Dakar 2026 vous expose politiquement.

Êtes-vous serein ?

« Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être

les organisateurs », disait Jean Cocteau. « Je ne laisse pas les

rumeurs et les critiques influer sur mes choix et mes décisions,

a déclaré l’actrice Emma Watson. Cela me ferait perdre beaucoup

d’opportunités et d’expériences. » C’est vrai, je n’affectionne

pas les rumeurs et les polémiques en carton. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 89


90 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


société

L’AGE

DES

REVES

ET DE

L’ACTION

XXXXXXXXX SADAK SOUICI

Sur l'île de Gorée,

devant la statue

commémorant la libération

de l'esclavage.

Un peu plus de la moitié

de la population a moins

de 20 ans. C’est à la fois

une force, une opportunité

et une exigence. Largement

présente dans les nouveaux

cercles digitaux, comme

au sein du tissu associatif,

cette jeunesse, mise

à mal par la pandémie,

reste réaliste, ambitieuse

et optimiste. par Estelle Ndjandjo

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 91


SOCIÉTÉAu printemps 2021, des manifestations

violentes éclatent dans le pays, à la

suite de l’arrestation de l’opposant

Ousmane Sonko, accusé de viol. De

celles-ci résulte un rassemblement

prodémocratie plus large, mené par

la jeunesse du pays. Ce mouvement

traduit une perte de confiance envers

les institutions. Pourtant, en 2019, une enquête du think tank

Futuribles a montré l’optimisme de la jeunesse face à l’avenir

du pays. Près de 75 % des jeunes ont estimé que la démocratie

participative aura progressé d’ici 2030. Mais la pandémie a

ralenti l’économie informelle, dont dépendent tant de familles

sénégalaises, aggravant encore un peu plus le contexte socioéconomique.

En mars, des milliers de manifestants descendent

alors dans la rue, pour dénoncer le manque de justice sociale et

de démocratie. C’est le lancement du mouvement #FreeSenegal.

Un hashtag devenu viral sur les réseaux sociaux, générant à

partir du 3 mars 2021 plus de 2,8 millions de tweets. Cette mobilisation

virtuelle fait suite aux manifestations opposant jeunes

et forces de l’ordre. Pape Demba Dione est à l’initiative de ce

hashtag. Il est à l’image de cette jeunesse engagée et connectée.

Sous son calme typiquement sénégalais, se cache un redoutable

communicant numérique. Il a compris que la mobilisation africaine

si vite étouffée trouvait sa liberté sur la Toile. Rapidement,

#FreeSenegal est aussi devenu un outil pour lancer des initiatives

citoyennes, afin d’aider les blessés au sein des manifestations.

Il a fallu moins d’une semaine au mouvement pour réunir

10 millions de francs CFA à destination des familles de blessés.

Un appel à la mobilisation a permis, en moins de trois jours, de

récolter 300 pochettes de sang.

La société civile et la jeunesse sont en avance sur les dirigeants

selon Cheikh Fall, le cofondateur d’AfricTivistes, la ligue

africaine des blogueurs et Web activistes pour la démocratie. Il

définit « la démocratie silencieuse comme étant l’expression publique

d’une partie de la population, restée longtemps aphone

et qui se positionne en force de contestation pour des exigences

républicaines ». Des exigences d’une partie de la jeunesse que

Cheikh Fall a récemment exposées au sommet Afrique France,

qui s’est tenu à Montpellier en novembre 2021. Devant le président

français Emmanuel Macron, il a dénoncé avec émotion le

passé colonialiste et néocolonialiste entre la France et l’Afrique.

Il l’a désigné comme « un passé lourd à porter » pour les jeunes

générations. L’activiste panafricain n’en est pas à son coup d’essai

concernant les luttes démocratiques. En 2012, lors des élections

présidentielles, il avait créé la plate-forme Sunu2012.sn,

destinée à surveiller le bon déroulement du scrutin électoral

au Sénégal. Natty Seydi, également cofondateur d'Afric-

Tivistes, souligne cette force numérique qui grandit dans l’espace

public : « Aujourd’hui, si tu as un problème, la première

chose que tu fais, c’est un post sur Internet. Ce que les gens

espèrent, c’est cette relation entre les nouveaux médias et les

médias traditionnels. »

OBJECTIFS : ZÉRO GROSSESSE NON DÉSIRÉE

ET ZÉRO MARIAGE FORCÉ

Les femmes donnent de la voix pour faire respecter leurs

droits. De nombreux collectifs existent partout dans le pays

pour lutter contre les violences faites aux femmes. Certains

encouragent la scolarisation des filles. Sylvie Diack, une étudiante

de 22 ans et animatrice radio de l’organisation Parole

aux jeunes, en a fait son cheval de bataille. Elle milite pour

l’université pour toutes au Sénégal, où une femme sur trois ne

fait pas d’études supérieures. Dans ses émissions diffusées sur

Facebook, elle donne la parole aux filles et aux associations.

Et met en avant les nouvelles initiatives citoyennes féminines.

C’est le cas du pacte de Kolda, mis en place dans la région du

même nom, en Casamance. Ce pacte est un accord signé entre

les parents, qui garantissent à leurs filles de ne pas les marier

avant leurs 18 ans. En retour, celles-ci ne doivent pas tomber

enceintes et assurent pendant leur scolarité un travail de sensibilisation,

comme leaders de communauté. Leur objectif ? Zéro

grossesse non désirée et zéro mariage forcé.

DR

92 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


SADAK SOUICI/LE PICTORIUM - MAX HIRZEL/HAYTHAM-REA

À gauche,

l’animatrice

radio Sylvie

Diack milite

pour l’université

pour toutes.

Ci-dessus,

la surfeuse

Khadjou

Sambe, qui

vise les Jeux

olympiques

de la jeunesse

en 2026.

Et ci-contre,

Cheikh Fall,

cofondateur

de la ligue

AfricTivistes.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 93


SOCIÉTÉ

Ce renouveau féministe se retrouve également au niveau

sportif. Enfonçant les portes qui se fermaient à elle, Khadjou

Sambe est devenue la première surfeuse professionnelle du

pays. À 26 ans, elle tente de participer aux prochains Jeux olympiques

de la jeunesse organisés en 2026. Khadjou est originaire

de Ngor, un village de pêcheurs au nord de la ville. Elle a dû

affronter les préjugés pour monter sur sa planche : « J’ai commencé

entre 13 et 14 ans. J’habite tout près de la plage, donc je

voyais les gens partir surfer et je me demandais : “Mais où sont

les filles ?” Je me suis alors dit : “Pourquoi pas surfer en tant

que fille, en tant que Sénégalaise, en tant qu’Africaine.” Je suis

la seule femme qui surfe dans ma famille, pourtant mon oncle,

Kenu, laboratoire

artistique

Ce centre d’art est situé à Ouakam, un

quartier populaire de Dakar. Il a été créé

par Alibeta, un artiste pluridisciplinaire,

qu’il décrit comme un laboratoire des

imaginaires. Kenu signifie « pilier » en wolof. Le centre

joue aussi un rôle communautaire important dans

le quartier auprès des lycéens et étudiants qui le

fréquentent. Cinéma populaire, studio de musique,

scène de théâtre, résidence d’artistes, galerie d’exposition,

Kenu propose un espace où le vivre-ensemble est possible.

La troupe du théâtre-forum est composée de jeunes

Dakarois et Dakaroises. Ils y interprètent, sensibilisent

et s’approprient des sujets de société. ■

mon cousin, mes neveux surfent aussi. » Khadjou Sambe a reçu

l’aide de Black Girls Surf. Cette organisation sportive, fondée

par la surfeuse noire américaine Rhonda Harper, aide les jeunes

filles à devenir pro, grâce à un entraînement de haut niveau.

Comme de nombreux surfeurs à Dakar, Khadjou confie avoir

à maintes reprises ramassé sur sa planche des déchets flottant

dans l’eau.

Cette sensibilisation à la cause environnementale touche

toute sa génération. Quand les opérations de quartier pour nettoyer

les plages se mettent en place dans le sud du pays, les jeunes

Casamançais replantent la mangrove en perdition. Yaro Sarr

est un étudiant en physique-chimie. À Dakar, il a fait partie de

ces premiers jeunes à mobiliser les

autres aux questions écologiques.

À peine sorti de l’adolescence, il

a fait parler de lui en 2019. Alors

qu’il fait du porte-à-porte lors d’une

action de sensibilisation du grand

public, il tombe sur un homme qui

le frappe, le discours environnemental

passant toujours mal dans

un pays où les confréries religieuses

prospèrent. Il finira par porter un

appareil dentaire. Qu’à cela ne

tienne, Yaro Sarr continue et rassemble

de plus en plus d’étudiants

et de lycéens, derrière Fridays For

Future Sénégal, le mouvement

écologiste de Greta Thunberg.

Toujours connectée, la jeunesse

use et abuse des platesformes

numériques, fédérant grâce

aux réseaux sociaux des initiatives

citoyennes. En tête, on retrouve le

compte Save Dakar (Sauvons Dakar), destiné à promouvoir le

vivre-ensemble et l’écologie. Plus qu’un compte sur les réseaux,

c’est une philosophie de vie dans laquelle se reconnaissent

65 000 abonnés.

#DEUILNATIONAL, COMMENT RENDRE

HOMMAGE AUX MORTS EN MER

Agir ici et souvent rêver d’ailleurs. La route vers les îles

Canaries est devenue ces dernières années un passage alternatif

de migration clandestine vers l’Europe. Ces îles espagnoles,

territoire européen le plus proche des côtes ouest-africaines,

voient se multiplier les candidats à l’exil venant du Maroc

comme du Sénégal. En novembre 2020, une embarcation de

plus de 480 Sénégalais a échoué en mer. Un drame relayé par

le hashtag #DeuilNational lancé (également) par Pape Demba

Dione, qui a encouragé les citoyens à rendre hommage et à prier

face à cette tragédie. Un phénomène illustré au cinéma dans

Atlantique, de Mati Diop, sorti en 2019. Sélectionné aux Oscars

DR

94 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Sur le campus de l’université

Cheikh Anta Diop,

l’une des facultés les plus

réputées d’Afrique de l’Ouest.

SYLVAIN CHERKAOUI/COSMOS

dans la catégorie du meilleur film étranger, il avait mis un coup

de projecteur sur le phénomène. Au sein du pays, la question

du départ est un sujet épineux, qui divise. Après avoir interrogé

les membres de la troupe de théâtre-forum [voir encadré

ci-contre] sur la migration clandestine, il est apparu que la majorité

d'entre eux souhaite rester au Sénégal, mais rêve de voyager

sans pouvoir le faire. Pour Mohamed, 19 ans, étudiant, la vie en

Europe ne le fait plus rêver : « Les gens ici pensent que lorsque

tu es en Europe, tu es fortuné, tu as tout l’or du monde, t’es en

paix, alors que ce n’est pas facile. J’ai un cousin qui est là-bas,

il joue au foot et m’a assuré que sa vie était une vraie galère. »

Pour ceux qui restent, l’université au Sénégal reste accessible

et maintient un bon niveau à l’échelle de la sous-région.

Les quartiers de l’université de Dakar attirent même une multitude

de nationalités différentes dans ses résidences étudiantes :

Marocains, Nigérians, Camerounais, Congolais se bousculent

pour étudier la médecine à l’université Cheikh Anta Diop, l’une

des facultés les plus réputées d’Afrique de l’Ouest.

Les étudiants investissent le monde, aussi bien au Maroc,

au Canada qu’en Chine. Dans les hôtels de luxe de la capitale,

il n’est pas rare d’assister à des journées portes ouvertes, entièrement

dédiées aux opportunités nord-américaines. Les classes

les plus aisées envoient leurs enfants à l’Université McGill de

Montréal ou, par exemple, à Vancouver, qui compte déjà une

bonne communauté sénégalaise implantée. L’Europe n’est

plus le passage obligé. Les pays du Nord étant de plus en plus

Les étudiants

investissent le monde,

au Maroc, au

Canada, en Chine.

L’Europe n’est plus

le passage obligé.

sélectifs, l’arrivée d’étudiants extra-européens majoritairement

africains devient difficile. En outre, ces dernières années, les relations

entre le Sénégal et la Chine se sont développées, ouvrant

un horizon à l’Est. Des accords bilatéraux prévoient l’obtention

de bourses d’études pour les étudiants désireux de s’installer en

Chine.

Quand une partie de la jeunesse s’exporte, l’autre,

diasporique d'Europe ou d'Amérique du Nord, projette un retour

au pays des parents – à l'instar des « Sénégaulois », comme on les

appelle, qui tentent l’expérience d’une autre qualité de vie, de

nouvelles opportunités. Ces binationaux sont souvent entrepreneurs,

artistes, travaillent dans des grandes firmes ou s’attellent

à du travail social sur place, pour le rayonnement de leur pays. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 95


Navire de

chargement (PSV)

à quai au niveau

de la Senegal

Supply Base.

Senegal Supply Base

Façonner la chaîne

d’approvisionnement

de demain

Opération de

manutention

d’un conteneur

cargo offshore.

Senegal Supply Base (SSB) a été

créée en 2020 en vue de l’exploitation

du pétrole et du gaz au Sénégal.

Sa base logistique, située dans le

port autonome de Dakar, soutient les

plates-formes d’exploitation offshore.

S’appuyant sur le modèle de centre logistique

à services intégrés développé

partout où a lieu une activité pétrolière,

Senegal Supply Base offre une gamme

complète de services à l’industrie du

pétrole et du gaz au Sénégal. SSB fournit

à chaque entreprise des installations

et des zones dédiées pour la gestion et

l’exploitation de ses activités logistiques

capables de soutenir les opérations

offshore en pleine croissance. Avec un

investissement de 17 millions de dollars,

SSB aura pour première mission

de démontrer une expertise de classe

mondiale et de devenir une base d’approvisionnement

logistique multiutilisateurs

exclusive pour les activités

pétrolières et gazières.

Le Sénégal, un producteur de pétrole

et gaz à grande échelle demain

Les premiers projets pétroliers et gaziers

du Sénégal sont en cours de développement

et la première production

est attendue d’ici un an. L’émergence du

Sénégal en tant que joueur clé de l’industrie

pétrolière et gazière a été remarquable.

Il est important que la communauté

locale soit impliquée dans cette

ambition. Et il est également important


Visite de la base

par les équipes

de Senegal

Supply Base.

Vue aérienne

de la Senegal

Supply Base.

Tests des

dispositifs

deforage, dits

« christmas

trees ».

de créer un environnement favorable

aux investisseurs dans le secteur pétrolier.

Les projets « Fast-Track » seront un

objectif réalisable grâce à l’implication

forte des secteurs privé et public. Le

contenu local est une création de valeurs.

C’est pourquoi le Sénégal a mis

en œuvre des politiques et des cadres

appropriés afin que le bénéfice du développement

de ces nouvelles énergies retombe

sur les investisseurs ainsi que sur

les populations locales.

“L’exploration

et l’exploitation

des ressources

de pétrole

etde gaz nécessitent

desinvestissements

immenses, qui sont hors de

portée du budget national.

Mais la bonne nouvelle,

c’est que la chaîne de

valeur du pétrole et du gaz

offre une large gamme

d’activités génératrices

derevenus et à la portée

dusecteur privé national.”

M. Macky Sall Président de la République

Les engagements

de Senegal

Supply Base

Mission

Fournir des services de qualité

enmatière de logistique intégrée

etdegestion des bases pour soutenir

les acteurs du secteur pétrolier et gazier,

avec sécurité et professionnalisme,

afinde satisfaire les clients.

Vision

Devenir l’entreprise logistique de

référence dans le secteur pétrolier au

Sénégal, dans le respect des ressources.

Valeurs

Sécurité,

santé et environnement,

éthique et intégrité,

valorisation du capital humain,

orientation du client avec performance

et création de valeur,

qualité et professionnalisme.

www.senegalsupplybase.com

PUBLI-REPORTAGE


évasions

POUR UN VOYAGE

NEW-LOOK

Le tourisme est et restera un secteur clé de l’économie du pays.

Avec de véritables perspectives d’avenir post-Covid. À condition

d’affronter les obstacles structurels et de s’inscrire dans un schéma

réellement écologique. par Jérémie Vaudaux

Une pandémie bien opportune ? Alors que

le monde se retranchait derrière ses frontières,

le secteur du tourisme sénégalais

fourbissait ses armes. N’allons pourtant

pas parler d’une bénédiction pour le pays

de la Teranga. Les 300 jours de soleil n’ont

guère réchauffé le cœur des acteurs d’un

secteur sinistré. Et ce, malgré les 157 milliards de francs CFA

(239 millions d’euros) injectés dans les domaines de l’aérien

et du tourisme par le biais du Programme de résilience économique

et solidaire (PRES) en 2020. S’il n’existe pas de statistiques

officielles à propos des faillites d’entreprises touristiques

post- Covid, on ne peut qu’imaginer l’hécatombe dans un secteur

qui reste en partie informel et qui représentait en 2019

le deuxième pourvoyeur d’emplois derrière l’agriculture, avec

300 000 actifs directs et indirects. Entre 2018 et 2020, l’activité

touristique s’est contractée de 78 %. Selon les récentes modélisations

d’une enquête de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD),

2021 et ses incertitudes l’auraient fait reculer de 30 %. N’empêche.

Le secteur veut sortir grandi de la crise sanitaire, afin

d’ouvrir les portes de son pays. Comme un symbole de l’embellie

sénégalaise, le Club Med de Cap Skirring, en Casamance, se

réveillait en décembre 2021 après une torpeur qui durait depuis

près de deux ans. À l’horizon de 2025, le Sénégal souhaite

PICASA

98 HORS-SÉRIE


Le fleuve Sénégal,

long de 1 750 kilomètres.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 99


ÉVASIONS

Des marchés

différents et

complémentaires

La relance du tourisme passe par une

redéfinition des flux. Historiquement,

la France représente le contingent

le plus important de touristes au Sénégal,

ce que confirment les chiffres d’avant la pandémie :

400161 Français avaient plébiscité la destination

en 2018. Des chiffres qui font état d’une forte

dépendance à ce marché émetteur, dont les entrées sont

supérieures à celles de tous les pays d’Afrique réunis

– et plus de 10 fois supérieures aux entrées américaines,

estimées à 34329. Pourtant, pas de statu quo.

L’ouverture en septembre 2021 d’une ligne Air Sénégal

entre Dakar, New York et Washington est censée venir

stimuler un segment de marché porteur – celui du

tourisme mémoriel, centré sur les vestiges patrimoniaux

de la traite négrière au mémorial de Gorée et au Musée

des civilisations noires, notamment. En parallèle,

l’ASPT appuie depuis 2017 la promotion du marché

touristique auprès des résidents. Au programme :

des plages, de la nature et de la culture. Et ça

marche. Entre 2016 et 2018, la part des Sénégalais

dans les arrivées globales hôtelières a augmenté

de 7 %, pour atteindre 32 %. Le site Internet

Taamu Sénégal, bardé d’offres promotionnelles,

initié en 2020 comme rempart à la pandémie et

maintenu en 2022, pourrait bien capitaliser sur

cette bonne dynamique du tourisme interne. ■

L’île de Gorée est une destination très prisée. Ici,

des touristes devant l’église Saint-Charles Borromée.

attirer 4,1 millions de touristes, contre 2,1 millions avant la

pandémie, et dégager 1 000 milliards de FCFA (1,52 milliard

d’euros) de recettes, contre 710 milliards de FCFA (1,08 milliard

d’euros) en 2018. Vertigineux, mais il y a mieux : « Le Sénégal

sera le premier hub aérien et touristique d’Afrique de l’Ouest »,

clamait le président Macky Sall en avril 2021. L’affirmation n’est

pas gratuite. Elle repose sur une stratégie nationale bien rodée.

UNE VOLONTÉ POLITIQUE

En 2019, le secteur participait au produit intérieur brut (PIB)

à hauteur de 8 %, juste derrière les 12 % de celui de la pêche.

C’est à ce titre qu’il a été érigé en priorité nationale dans le cadre

du Plan Sénégal Emergent (PSE), projet de développement

multi sectoriel lancé en 2014, qui est entré dans sa deuxième

phase en 2019. D’ici 2025, les chantiers touristiques auront

englouti 840 milliards de FCFA (1,28 milliard d’euros), sans

compter les 424 milliards de FCFA (646 millions d’euros) dédiés

à la construction de l’aéroport international Blaise Diagne. La

modernisation des infrastructures de transport représente l’un

des cinq axes prioritaires de la modernisation du secteur du

tourisme au Sénégal, complété par le renforcement de la gouvernance,

du tourisme local, du marketing et de l’expérience client.

Malgré le réseau routier relativement dense par rapport

aux autres pays d’Afrique de l’Ouest, certaines zones souffrent

encore d’un relatif enclavement – un état de fait que vise à corriger

le Programme de réhabilitation des aéroports du Sénégal

(PRAS), initié en 2018 avec la rénovation de l’aéroport de

Saint-Louis. En décembre 2021, c’est au tour de l’aéroport de

Cap Skirring d’être réhabilité. Ziguinchor, Kédougou, Podor,

Tambacounda et Ourossogui suivront en 2022. Ces points sont

stratégiques. Ils correspondent aux six zones touristiques décrétées

d’intérêt national par l’Agence sénégalaise de promotion

touristique (ASPT), qui opère sous la houlette du ministère du

Tourisme et des Transports aériens. Chacune d’entre elles sera

adossée à des parts de marché clairement établies – dans des

soucis de lisibilité et de diversification de l’offre touristique,

jusqu’alors trop univoque. Avant la pandémie de Covid-19, 54 %

des flux visaient le tourisme balnéaire, contre seulement 7 % le

tourisme culturel et 6 % l’écotourisme. Quant aux 33 % restants,

ils convergeaient à l’endroit du tourisme d’affaires – un segment

porteur, à la mesure des ambitions d’un Sénégal émergent et sur

lequel l’ASPT souhaite appuyer.

La marge de progression est grande dans le segment des

MICE (acronyme anglais désignant les réunions, les congrès,

les conventions et les voyages de gratification). En 2019,

le classement de l’International Congress and Convention Association

(ICCA), calculé sur la base du nombre d’événements d’affaires

à portée internationale hébergés par pays, faisait pointer

le Sénégal à la 18 e place des destinations africaines avec seulement

cinq rencontres organisées. Le podium, composé de

l’Afrique du Sud, du Maroc et du Rwanda, cumulant à eux trois

180 événements est, pour l’heure, inatteignable. Le voisin

SHUTTERSTOCK

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Symbole de l’embellie économique du pays, le Club Med de Cap Skirring a réouvert le 5 décembre 2021,

après vingt et un mois de fermeture.

DR

ivoirien, fort de 11 événements, figurait à la 12 e place – de quoi

piquer l’orgueil du Sénégal, qui ne cache pas son ambition de

rattraper son rival régional sur ce secteur.

Son principal levier ? Diamniadio. Situé à une trentaine de

kilomètres au sud de Dakar, le pôle urbain encore en gestation

cristallise les derniers investissements du pays – complétés par

des fonds privés – en matière d’infrastructures d’envergure

internationale. Le trio Centre des expositions/Centre international

des conférences Abdou Diouf/Dakar Arena a ainsi vocation

à polariser l’organisation d’événements institutionnels,

artistiques et sportifs de premier ordre dans la sous-région

d’Afrique de l’Ouest : « Toutes ces infrastructures permettent

au Sénégal d’accueillir les plus grands événements du monde »,

soutenait, en 2019, le ministre du Tourisme et des Transports

aériens, Alioune Sarr, à l’occasion du salon touristique Top Resa,

à Paris. Les perspectives récentes semblent lui donner raison.

La programmation multisite du 9 e Forum mondial de l’eau,

prévu en mars 2022, met à l’honneur le trio de Diamniadio.

Initialement prévus en 2022 et reportés pour des raisons de

calendrier bousculé par les contraintes sanitaires, les Jeux olympiques

de la jeunesse (JOJ) auront bien lieu en 2026. Hormis

les structures sportives situées dans la capitale intra-muros, les

JOJ seront hébergés dans la moderne Dakar Arena. Quant à la

ville côtière de Saly Portudal, située sur la Petite-Côte, à une

cinquantaine de kilomètres de Dakar, elle accueillera les compétitions

de natation. Un signal fort de requalification, pour les

observateurs, de cette station balnéaire en perte d’attractivité.

DES LENDEMAINS DURABLES ?

Saly Portudal – qui fut, au lendemain des indépendances,

le fleuron des 718 kilomètres de plage du Sénégal – cristallise

les dangers d’un tourisme de masse sur l’environnement :

« L’ouverture de Saly aux initiatives touristiques a provoqué des

risques de saturation de l’espace. Ce milieu littoral est le théâtre

d’exploitation abusive des ressources naturelles. Au point que

plusieurs chercheurs sénégalais, au cours de ces dernières

décennies, se sont posé avec acuité la question de sa survie »,

pointait, en 2020, Mamadou Diombéra, enseignant-chercheur

à l’université Assane Seck de Ziguinchor. L’étude dénonce le

mitage artificiel du littoral de la Petite-Côte réalisé avec le blancseing

de la Société d’aménagement et de promotion des côtes

et zones touristiques du Sénégal (SAPCO). Après sa création

en 1975, la société publique rattachée au ministère du Tourisme

et des Transports aériens délivre des permis de construire à des

promoteurs qui édifient à Saly des complexes hôteliers à une

cinquantaine de mètres du rivage, frappé de plein fouet par

l’érosion côtière. Les bungalows de l’hôtel Espadon s’en souviennent

: ils durent fermer en 2014, lorsque les vagues commencèrent

à leur lécher les pieds.

Alors, plus jamais ça ? L’histoire pourrait pourtant bégayer

à Pointe-Sarène, la dernière-née des stations balnéaires située

à 20 kilomètres au sud de Saly. Afin de reconstituer les plages

exsangues de cette dernière, l’Agence nationale pour la promotion

des investissements et des grands travaux (APIX) recommande

le dragage du sable au large des côtes de Pointe-Sarène.

« Ses populations, accompagnées par les acteurs de la pêche du

département de Mbour, pensent que les autorités sénégalaises

veulent déshabiller Jean pour habiller Paul », pouvait-on lire dans

le quotidien Enquête+. Les amateurs d’humour noir apprécieront.

Quant aux optimistes, ils préféreront sans doute tourner

la tête du côté du Sine Saloum, du Sénégal oriental ou de la

Casamance. Sous l’impulsion d’acteurs locaux vivote un écotourisme

certes confidentiel, vu le déséquilibre engendré par le

tourisme d’affaires et balnéaire, mais porteur de perspectives

sociales durables. « Au regard de la qualité et de l’importance de

son capital naturel et culturel, le Sénégal gagnerait à développer

l’écotourisme », annonçait, prophétique, une note du ministère

du Tourisme et des Transports aériens en 2013. Neuf ans plus

tard, sur les 27 points d’intérêt mis en avant par l’ASPT dans son

plan de relance, 10 d’entre eux font la part belle aux parcs et

réserves naturelles, aux rencontres ethniques et culturelles. De

quoi augurer des lendemains plus verts, au pays de la Teranga. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 101


interview

Samir Rahal « Nous avons

tout ce qu’il faut pour réussir »

Le directeur général du Terrou-Bi, à Dakar, propose des pistes

pour le développement d’un tourisme haut de gamme.

propos recueillis par Emmanuelle Pontié

À

l’origine un restaurant gastronomique ouvert en

1986, le Terrou-Bi – « débarcadère » en wolof –

est aujourd’hui l’un des fleurons de l’hôtellerie de

luxe du pays. Cette institution familiale a évolué

en hôtel en 2009, proposant plus de 100 chambres

et suites. Agrandi en 2015 avec une extension de 56 nouvelles

clés, le lieu se transforme en complexe avec piscine, nouveau

restaurant et casino. Avec toujours plus de succès et d’étoiles.

Rencontre avec son directeur général (DG).

AM : En mars 2020, l’industrie touristique a dû s’arrêter

à cause de la pandémie. Comment traversez-vous

les différentes périodes de cette crise sanitaire mondiale ?

Samir Rahal : Le Covid-19 a fait beaucoup de dégâts, chez nous

comme chez nos concurrents. On attend beaucoup de 2022. Nous

avons eu une véritable reprise depuis le mois d’octobre 2021,

après avoir été plus qu’impactés pendant dix-huit mois. L’hôtel

a été fermé pendant quatre mois [à partir de mars 2020, ndlr].

Puis il nous a fallu six à huit mois pour tout remettre en route,

en s’adaptant aux couvre-feux, de 18 heures puis de 21 heures.

Jusqu’en octobre, nous avons travaillé autour de 40 % de notre

capacité. Et ces dernières semaines, nous sentons un ralentissement

à cause de la vague Omicron et du retour des tests obligatoires,

des rappels pour les pass. C’est une période confuse,

parce que nous n’avons pas de visibilité à court terme. Mais on

ne peut pas se plaindre, car nous avons repris le travail. Le gouvernement

a compris que nous n’avons pas les mêmes moyens

qu’en Europe ou aux États-Unis. Nous ne sommes pas un pays

riche mais en devenir, et si l’on oblige les gens à rester chez eux,

eh bien… Nous sommes un peu obligés de faire avec le virus.

Mais en ce qui concerne notre business, il faut que la clientèle

internationale, qui représente 70 % de notre chiffre d’affaires,

puisse continuer à venir pour que ça marche.

Votre clientèle a-t-elle évolué ?

Au début de la reprise, nous avons surtout accueilli des « touristes

» de loisirs, qui ne pouvaient plus voyager à l’international

et allaient donc en Casamance ou à Saly sur la Petite-Côte, ou

bien à Dakar dans des établissements comme le nôtre avec une

piscine ou une plage. Nous avons reçu un peu de clientèle d’affaires,

venant de pays limitrophes comme le Mali, la Guinée

ou la Mauritanie. Mais sans retrouver le volume enregistré au

Terrou-Bi en vitesse de croisière normale.

Que pensez-vous de l’offre hôtelière actuelle ?

Comment vous positionnez-vous ?

Le Sénégal est une destination idéale pour organiser des

congrès, faire des affaires, grâce au développement fulgurant

des opportunités dans le pays. Nous bénéficions de la vision

du président Macky Sall, qui développe les infrastructures routières,

sportives, de transport, etc. Globalement, je ne pense pas

que la demande doit créer l’offre. C’est plutôt l’offre qui crée la

demande. Et tant que l’on ne disposera pas d’une offre plus large

en matière de capacité hôtelière de standing, nous ne pourrons

pas atteindre un niveau de nuitées suffisant dans le pays. Je ne

vais pas dire que la concurrence n’est pas gênante. Mais il est

vrai que la situation de monopole, idyllique, est dangereuse pour

le secteur, car elle apporte une sorte de tranquillité à l’entreprise,

qui a tendance à s’endormir sur ses lauriers. Nous sommes

deux ou trois acteurs haut de gamme importants dans le secteur,

et si cela ne change pas dans les prochaines années, c’est un

risque. Il faut ouvrir le marché, et pas seulement en créant des

hôtels supplémentaires. Il faudrait aussi alléger les taxes que

les compagnies aériennes subissent pour atterrir au Sénégal,

ouvrir l’espace aérien. Les vols charters ne sont quasiment plus

admis chez nous. On vient à Dakar en classe économique pour

1200 ou 1300 euros. Heureusement, nous avons Air Sénégal

qui monte en puissance, en pratiquant des prix plus cohérents.

Un ciel plus « ouvert » est essentiel si nous voulons développer le

tourisme d’affaires, et surtout le tourisme balnéaire.

À combien s’élève le nombre de lits à Dakar aujourd’hui ?

En hôtels de standing comme le nôtre, nous comptons

le Pullman, les deux Radisson et le King Fahd Palace.

Avec cinq établissements, nous tournons autour de 1100 ou

102 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


KHALIFA HUSSEIN POUR AM

1200 chambres. C’est dérisoire. Pour le moindre colloque de

3000 ou 4000 personnes, il n’y a pas la capacité d’accueil nécessaire.

Or, aujourd’hui, nous bénéficions d’un climat tempéré

neuf mois sur douze, et notre pays est stable, sécurisé face au

danger terroriste. Nous avons tout ce qu’il faut pour réussir.

Que faudrait-il encore améliorer ?

À la base, le Sénégal est un pays de folklore. Dans les villages,

vous pouvez découvrir des fêtes, des chants, des danses.

Chaque région offre ses propres traditions. Et ça, c’est positif.

L’art également prend une grande place aujourd’hui. Le

pays regorge de créativité, de talents. Mais, en parallèle, une

forme d’anarchie s’est installée. Les transports en commun

sont hors d’âge, les taxis s’arrêtent n’importe où sur les voies

rapides pour charger des clients… Pour les Occidentaux qui

ne sont pas habitués, cela peut être choquant. Il faudrait

trouver un compromis qui rassure les touristes. Je sais que les

autorités y travaillent. Enfin, il y a un autre souci, d’un autre

ordre : c’est le coût de l’argent. Depuis le sommet de l’Organisation

de coopération islamique (OCI) qui s’est déroulé

en 2008 au Sénégal, grâce auquel nous avons bénéficié d’un

accompagnement très intéressant, aucun hôtel n’est sorti de

terre à part le Radisson et le Terrou-Bi. Les projets se sont

bousculés, mais aucun d’entre eux n’a abouti. Nous bénéficions

aujourd’hui d’une structure comme l’Agence nationale

pour la promotion des investissements et des grands travaux

(Apix) qui nous soutient et nous aide, c’est très précieux.

Mais le système bancaire sénégalais est tel qu’on ne peut

pas amortir l’investissement de la construction d’un hôtel.

La logique voudrait que les nationaux investissent dans le

dur et que des groupes étrangers viennent gérer ces entreprises.

Or, avec des crédits accordés sur seulement cinq ou

sept ans – ce qui représente un très court terme, même si

l’on appelle ça ici du « long terme » –, il est impossible de

rembourser l’investissement d’un hôtel 5 étoiles. Le coût

d’une chambre s’élève au minimum à 200000 euros. Si vous

construisez un hôtel de 200 chambres, nous parlons d’un

investissement de 40 millions d’euros. Qui peut rembourser

une telle somme en sept ans ? On peut investir ici, mais grâce

à un financement étranger, qui offre un crédit sur quinze

ans. Les nationaux n’arriveront jamais à investir, seuls les

étrangers pourront le faire. Je sais que l’État a conscience

de ce problème, mais malheureusement, il n’est pas souverain

sur la question. C’est la Banque centrale des États de

l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui manage les conditions bancaires

imposées par les banques de nos pays. De mon point

de vue, le développement passe obligatoirement par un accès

« pas cher » à l’argent. Tout en encadrant les prêts avec des

conditions draconiennes, pour être sûr que le projet arrive à

terme et sorte de terre.

Quels sont vos projets, en cours ou à venir ?

Tout d’abord, nous allons procéder à une extension, avec

un nouveau bâtiment hôtelier sur le site. Un positionnement

stratégique sur l’avenir, qui offrira l’équivalent d’une capacité

d’environ 150 lits, toujours dans le haut de gamme. Par ailleurs,

notre hôtel fêtera bientôt ses 13 ans, et nous comptons rafraîchir

nos chambres sur les trois années à venir. Pour se préparer à la

concurrence. Preuve que cette dernière est une saine émulation

pour maintenir notre produit à niveau. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 103


La belle

balade

musique

de Saint-Louis

Enserrée entre l’océan et le fleuve, entre hier

et demain, rythmée par les notes de kora

et de jazz, la cité se laisse découvrir pas à pas.

par Olivia Marsaud

104 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Il est des villes qui se regardent, et d’autres qui

s’écoutent et qui chantent plus que d’autres. Saint-

Louis est de celles-ci. Ville archipel, posée à l’embouchure

du fleuve Sénégal, elle se partage entre

la partie continentale, Sor, et l’île Saint-Louis,

reliée par le fameux pont métallique Faidherbe,

devenu emblème de la cité. Un autre pont, plus

modeste, relie l’île à la Langue de Barbarie et au village de

Guet Ndar. Cette « vieille ville française, centre d’élégance

et de bon goût sénégalais », comme le disait joliment l’écrivain

Ousmane Socé Diop (1911-1973), est baignée à la fois

par la mer et le fleuve. Au cœur du quartier historique,

qu’on appelle aussi Ndar, le son clair des sabots des chevaux

rythme la journée. Plus il y a de visiteurs et de touristes

pour prendre les petites calèches peintes à la main, plus on

entend les sabots sonner sur le pavé et le goudron, accompagnés

des interjections des conducteurs. Ils seront remplacés

le soir venu par les appels à la prière, puis les chants

religieux qui s’échappent des cours des maisons jusque tard

dans la nuit. Il n’est pas rare, également, que quelques notes

de jazz s’échappent d’un estaminet, ce mot désuet correspondant

exactement au genre d’endroits que l’on trouve

encore à Saint-Louis, avec ses tabourets de bar en similicuir,

ses lumières néon, son ventilateur qui brasse l’air en saison

chaude et son groupe de blues qui chante aussi bien en

wolof qu’en français ou en anglais. On y entend en outre

le crissement des vélos. « On a le sens du vélo comme on

a l’oreille musicale », résume Meissa Fall, le sculpteur du

quartier sud. Dans son atelier, les pièces détachées rouillent

tranquillement au contact de l’air salé et deviendront des

pièces uniques : masques, sculptures, bougeoirs… « Une

bicyclette, ça se prête, ça se partage, comme on partage

des souvenirs », explique ce fils et petit-fils de réparateur

de vélos. « Je vois dans les cycles des formes humaines et

animales, que je complète au fil de mon imagination. »

À deux pas de l’atelier, le fleuve surgit. C’est lui, bien

sûr, qui donne ce rythme particulier à la ville, ce calme,

cette force tranquille, cette invitation à la rêverie pour le

promeneur, rarement solitaire car souvent sollicité par les

marchands ambulants, les artisans et les conducteurs de

calèches… En cette fin d’hivernage, il est particulièrement

haut, et sa couleur café au lait, dans la poussière de l’harmattan,

se confond avec le beige du ciel. Sur ses rives, on

y trouve à toute heure de la journée des hommes assis

EL JUNIO

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 105


BALADE

en tailleur sur des tapis de prière, ou ce qui peut y ressembler

(un bout de tissu, un bout de carton parfois). Ils y récitent le

Coran pour eux-mêmes, se balançant légèrement d’avant en

arrière, leur souffle se mélangeant à celui du grand fleuve.

Lorsque le soir tombe, on vient y prendre le frais, les amoureux

occupent chastement les bancs publics, les anciens jouent

aux dames. On égrène des chapelets, on chantonne, on médite.

Dans ces moments, l’île a sans conteste une atmosphère qui

n’appartient qu’à elle. De jour, on croise des femmes en voiles

mauritaniens, nous rappelant que la Mauritanie n’est qu’à une

encablure, des jeunes en maillot de foot côtoient de vieux gentlemen

en costume, et il n’est pas rare de croiser quelques chapeaux

de cow-boys, nous donnant l’impression de marcher dans

un film de Moustapha Alassane ou dans le court-métrage très

musical de Laurence Attali, Le Déchaussé, tourné dans la ville

en 2003 avec le chanteur Cheikh Lô. « Saint-Louis est connu

pour être pluriel dans son histoire et les cultures dont la ville a

reçu les multiples empreintes, africaines et française, anglaise

un moment, arabe, dans un emmêlement de toutes ces identités

à la fois et des hybridations qu’elles ont engendrées », écrit le

philosophe Souleymane Bachir Diagne, « enfant de Saint-Louis »,

dans son dernier livre, Le Fagot de ma mémoire.

À l’extrême sud de l’île, les barques de pêcheurs s’alignent

le long de la berge : elles sont des dizaines, formant comme

une arche colorée. Les pélicans se laissent dériver. De l’autre

côté, c’est justement le quartier des pêcheurs, Guet Ndar. Plus

de 25 000 personnes vivent sur cette langue de sable de 200 à

400 mètres de large. Cette communauté de pêcheurs est l'une

des plus importantes d'Afrique de l'Ouest. C'est la plus grande

activité économique de la ville. Sur le continent, c’est la Saint-

Louis travailleuse, populaire, étudiante aussi, avec le campus

de la très réputée université Gaston Berger. C’est sur cette rive,

à Ndiolofène, que le musicien Ablaye Cissoko a décidé d’ouvrir

Le collectionneur et mécène du Musée de la photographie, Amadou Diaw.

son école de kora en 2015. Lorsqu’on a la chance d’observer

une répétition des jeunes recrues, qui ont entre 7 et 10 ans,

la concentration et le sérieux des enfants étonnent. Peut-être

savent-ils qu’il leur faudra sept ans pour maîtriser les bases de

la kora… Le maître est né dans une famille de griots à Kolda,

mais est tombé sous le charme de la ville dès 1985. « Je suis

venu ici avec mes oncles pour une prestation musicale, et j’ai

été happé par sa beauté. J’ai tout de suite senti le côté magique

qu’on lui attribue. Je suis venu pour un jour et n'en suis jamais

reparti. C’est une cité qui a une âme, qu’elle a réussi à conserver.

Elle est unique. C’est une ville de rencontres, et ma musique

appelle justement à l’échange. C’est une ville d’eau, une île

double. Elle m’a donné une famille, je regarde mes enfants y

grandir, et elle est présente en permanence dans ma musique. »

La musique de Saint-Louis pour lui ? « La voix des chanteuses

traditionnelles du Fanal, cet événement traditionnel qui mobilise

toute la cité chaque fin d'année. On est en train de finaliser

un projet ensemble, qui s'appelle Wareef. Ces chanteuses me

parlent beaucoup. »

AU CENTRE DE LA CRÉATION

Le Fanal, c’est aussi la madeleine de Proust pour le danseur,

chorégraphe et plasticien Alioune Diagne. « Pour moi, la

musique de Saint-Louis, c’est celle du défilé du Fanal, avec les

voix saint-louisiennes accompagnées des orchestres de sabar. »

Lors du défilé, chaque 25 décembre, les habitants marchent

en musique, en portant des lampions. « Jusqu’à mes 14 ans, j’ai

participé au Fanal des enfants. On créait notre propre lampion

de bric et de broc pour se joindre au grand Fanal de notre quartier

», se souvient l'artiste, pour qui Saint-Louis est aussi une

ville-muse. Après avoir créé le festival Duo solo danse en 2008,

il a ouvert le Château sur la Langue de Barbarie en 2012, une

superbe bâtisse qui accueille de nombreuses résidences de création,

des spectacles, des chambres en Airbnb. C’est

un lieu de vie, de rencontres, d’échanges.

« Je suis né sur la Langue de Barbarie, j’ai grandi

sur l’île, puis j’ai passé du temps à Sor où j’ai commencé

la danse et à bricoler avec mes mains. C’est

ce quartier qui m’a permis de développer mon côté

artistique et de grandir avec. À 25 ans, je suis revenu

sur l’île, où j’ai notamment beaucoup dansé à l’Institut

français de Saint-Louis. J’ai vécu dans les trois

quartiers. Je suis un pur produit saint-louisien ! Cette

ville nourrit très fortement mon travail, chorégraphique

comme plastique. » On se souvient de son

spectacle autour de Battling Siki, autre enfant de la

cité, boxeur prodige né en 1897 et au destin tragique.

Aujourd’hui, un hôtel-restaurant porte son nom sur

l’île. Alioune, qui a aussi développé une pratique de

plasticien depuis quelques années, ramasse sur la

plage de la Langue de Barbarie des bouts de bois,

des filets de pêches qui iront rejoindre l'une de ses

EL JUNIO

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


C’est le fleuve qui donne ce rythme particulier

à la ville, ce calme, cette force tranquille,

cette invitation à la rêverie pour le promeneur.

ZYAD XXXXXXXXX LIMAM

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 107


BALADE

Un archipel

de musées

L’île de Saint-Louis est classée au patrimoine

mondial de l’Unesco depuis 2000. Le quartier

conserve de très nombreuses maisons

typiques de l'époque coloniale, avec leur

façade de chaux, leur double toiture en tuiles, leur

balcon en bois et leur balustrade en fer forgé. Mais

l’état de délabrement de nombreux bâtiments saute

aux yeux… et la plupart des rénovations récentes sont

le fait d’initiatives privées. C’est le cas d'Amadou Diaw,

qui a ouvert le Musée de la photographie (MuPho)

en 2017 pour y loger sa collection de photographies

anciennes et contemporaines. Mama Casset y côtoie

avec bonheur Omar Victor Diop dans une atmosphère

feutrée. Le MuPho a ensuite donné vie à un « archipel

de musées ». Ainsi, le parcours culturel se poursuit

à Kër Lahlou, dédié à l’histoire des indépendances

et de la presse. Kër Thiane est consacré à la musique,

avec une très belle collection de photographies noir

et blanc de tous les grands noms passés par Saint-Louis

et une installation d’instruments de musique dans

un grand entrepôt rénové. On y trouve également

des sculptures de la potière de Casamance Seyni Awa

Camara, des sculptures en fer du plasticien Soly Cissé

et un grand marcheur du sculpteur Ndary Lo. Kër

Hamet Gora est dédié à la mémoire du commerçant

réputé Hamet Gora Diop (1846-1910) et accueillera

bientôt une exposition permanente sur l’histoire des

lettres et de la littérature au Sénégal. Enfin, le Musée

du Souwère propose une belle collection de pièces

anciennes et contemporaines. Mention spéciale à la

salle réalisée par Germaine Anta Gueye, qui donne

une autre dimension à cette technique de peinture

traditionnelle. Amadou Diaw a par ailleurs pour projet

de construire deux autres espaces muséaux. ■

œuvres. « Enfant, je faisais la même chose pour construire les

petites pirogues avec lesquelles nous jouions pour imiter nos

oncles pêcheurs. » C’est d'ailleurs toujours le cas pour les enfants

de Guet Ndar, dans les rues sablonneuses… « Toutes mes créations

en danse sont nées ici. Les idées me viennent ici. La ville me porte,

et je la porte en moi. Elle m’a d’abord apporté la danse et m’a

ouvert les portes du monde entier. »

Alioune Diagne évoque aussi Aminata Fall (1930-2002), l'une

des premières chanteuses de blues et de jazz d’Afrique de l’Ouest.

« Quand j’entends sa voix, j’entends Saint-Louis. Cette ville entretient

une relation très forte avec le jazz et le blues. » De nombreuses

personnes lui trouvent d’ailleurs un air de Nouvelle-Orléans, la

musique constituant une dimension essentielle de la culture des

deux villes. Lors d’un colloque organisé en 2013 sur le sujet, le

musicien Vieux Mac Faye avait reconnu l’influence du blues, en

particulier celui du delta du Mississippi, sur son parcours musical.

Ibrahima Seck, de l’Université Cheikh Anta Diop, avait alors

déclaré : « La musique a voyagé, s’est transformée. Elle est revenue

en Afrique comme un boomerang, et les Africains ont continué

à la reconnaître et à l’adopter. » Le jazz, né de la circulation des

hommes et de leur culture entre les deux rives de l’Atlantique,

a trouvé un terreau fertile à Saint-Louis. L’épopée du Star Jazz,

formé dans les années 1950 par Pape Samba Diop (dit « Mba »),

rejoint ensuite par Aminata Fall et Pape Seck, est encore dans

les mémoires des vieux Saint-Louisiens, ainsi que le mythique

club Le Cocotier dans le quartier Sindoné, dans lequel le groupe

se produisait. On trouve des traces jazzy un peu partout dans

la ville : de la pointe nord, à l’hôtel Keur Dada, où les photos

en noir et blanc évoquent le passage des plus grands noms du

jazz, jusqu’aux Comptoirs du fleuve d’Amadou Diaw, où l’on est

accueillis le plus souvent par de la musique dès la réception, en

passant par le Spoutnik Bar, où « ça va jazzer », comme l'annonce

la devanture.

LE RENDEZ-VOUS DES ARTISTES

Devenu au fil des ans un événement incontournable, le Festival

international de jazz de Saint-Louis a été créé en 1993.

Drainant des passionnés du monde entier, il est connu pour ses

concerts grand format place Faidherbe et ses fêtes mythiques qui

ont souvent débordé jusque sur le pont du bateau de croisière Bou

El Mogdad, amarré au quai nord, entraînant dans son sillage les

bars, restaurants et clubs en fête. La dernière édition, malgré

beaucoup d’incertitudes pour cause de Covid-19, s’est quand même

tenue en juin 2021, avec en tête d’affiche Baaba Maal, Vieux Farka

Touré et Awa Ly. Comme l’ensemble de la ville, le festival a été

touché par les restrictions liées à la pandémie, qui ont frappé de

plein fouet les activités touristiques de l’île. Malgré tout restent les

souvenirs des flamboyantes éditions précédentes. Amadou Diaw,

fondateur de la première école de commerce privée du Sénégal

(Institut supérieur de management), mécène, collectionneur et

fondateur du Forum de Saint-Louis, se souvient de l’Orchestra

Aragon sur la place Faidherbe en 2014 : « Les Saint-Louisiens en

chapeau Torpedo, les Saint- Louisiennes en voile, qui, dans le feu

du concert, jettent leur foulard pour se mettre à danser sur la

musique de leur jeunesse. C’était magique ! » Pour lui, la musique

de Saint-Louis serait un tango, lui, l’amoureux de la cité, qui

danse un pas de deux avec elle.

Oumar Sall, trentenaire avenant, se souvient lui du passage de

la chanteuse mauritanienne Malouma en 2008. Puis de Marcus

Miller, Lokua Kanza, Manu Dibango, Stanley Clarke, Hervé Samb,

Fatoumata Diawara… Il les a tous accueillis dans son café, le Ndar

Ndar Music & Café. « Saint-Louis est une ville de musique, elle est

inspirante. C’est une cité artistique. Le festival de jazz est comme

108 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


La communauté de pêcheurs

est l'une des plus importantes

d'Afrique de l'Ouest.

« J’ai tout de suite senti

le côté magique qu’on

lui attribue. Je suis

venu pour un jour et

n’en suis jamais reparti.

Elle a une âme, qu’elle

a réussi à conserver. »

Ci-dessus, la cathédrale Saint-Louis.

Ci-dessous, l'hôtel de la Poste, adresse mythique.

EL JUNIO (2) - ZYAD LIMAM

un pèlerinage qui attire les gens dans le but de communier autour

de la musique et de profiter de la teranga saint-louisienne. Ce

festival se confond avec l’âme de la cité. » Le « boy-Ndar » Oumar

s’est d’abord lancé dans le rap dans les années 1990, lorsqu’il était

au collège. « C’était l’avènement du rap au Sénégal, avec Positive

Black Soul, ou Daara J, dont j’étais fan. Avec mon groupe, Keur

Gouma, on a même fait leurs premières parties. » En 2004, il est

poussé par le hasard et l’amitié aux manettes du seul magasin de

disques de l’île, et y reste jusqu’en 2013, quand il doit déménager

à cause d’Ebola et de la hausse du loyer. Grâce aux membres de

la résidence Waaw – des Finlandais tombés eux aussi amoureux

de Saint-Louis –, il devient barista et, en octobre 2015, ouvre un

café mouchoir de poche dans lequel le comptoir et le mur de CD

prennent toute la place. Le lieu a un charme fou, devient vite

le rendez-vous des artistes et de tous les amateurs de bon café

et de musique de passage dans la ville. Depuis un an, le Ndar

Ndar Music & Café a pris de l’ampleur, en déménageant dans un

lieu plus grand, une belle et ancienne bâtisse peinte en blanc et

gris, au cœur de l’île. Le comptoir et le mur de CD sont toujours

là, mais il y a en plus un espace de coworking et la galerie d’art

Éthiopiques juste à côté. « Nous qui habitons là, nous faisons tout

pour pérenniser le côté culturel de Saint-Louis. Tous les musiciens

viennent chez moi, et je suis toujours content de les accueillir ! »

L’histoire d’amour entre Saint-Louis et la musique ne semble pas

près de s’arrêter. Un single rassemblant une vingtaine de musi-

ciens, « Dëkk Bi », vient d’ailleurs de sortir, pour « appeler à l’unité

et à l’effort pour le développement de la ville », explique Ablaye

Cissoko. Le maître de kora a lancé en octobre dernier un nouveau

festival, Au tour des cordes, qui a rassemblé le temps d’un long

et beau week-end des guitares, des basses, une harpe celtique,

un setar, un qanun et des voix sublimes. Ils ont fait résonner le

lycée de jeunes filles Ameth Fall, le lycée Abdou Diouf et l’Institut

français, communiant une fois de plus avec cette ville singulière,

protégée par un génie tutélaire, Mame Coumba Bang, qui semble

elle aussi aimer la musique, inspirant les plus grands griots qui

chantent son histoire au rythme endiablé des xalam. Cette sirène

à la beauté incomparable peut montrer sa puissance les jours de

tempête. Le reste du temps, elle veille sur les Saint-Louisiens et

la petite musique de leur cœur. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 109


interview

Jean-Pierre Langellier

« La qualité du débat

démocratique au Sénégal

doit beaucoup à Senghor »

Le journaliste français signe une passionnante biographie

de l’illustre poète. Et retrace la lente transformation de cet homme

de lettres en homme politique, puis en chef d’État.

propos recueillis par Cédric Gouverneur

Léopold Sédar

Senghor, Perrin,

400 pages, 24 euros.

De sa jeunesse dans « le

royaume d’enfance » au

cœur du monde rural à

ses études contrariées au

séminaire, de ses années

parisiennes avec ses amis

Georges Pompidou et

Aimé Césaire à son passage

dans l’armée française

en pleine débâcle, toutes les étapes de la vie

du célèbre président sont évoquées dans cette biographie

captivante. Homme de lettres, puis homme

politique, et enfin chef d'État, Léopold Sédar Senghor

« laisse à ses successeurs un héritage aussi rare que

précieux sur le continent »: « la démocratie, le pluralisme,

l’alternance et le goût de la palabre politique,

la recherche de l’accord conciliant, la préservation

de l’unité nationale », énumère Jean-Pierre Langellier,

qui répond aux questions d’Afrique Magazine.

AM : Vous racontez que Senghor était « deux

fois minoritaire »: catholique dans un pays

majoritairement musulman, et sérère. Quel

rôle a joué ce statut dans sa vie politique ?

Jean-Pierre Langellier : Être deux fois minoritaire

l’a incité à la prudence, à la tolérance, à jouer un

rôle d’arbitre avec habileté. À noter qu’il était de plus

catholique dans une famille musulmane ! Sa mère,

des frères, des sœurs, des cousins étaient musulmans.

Ce paradoxe l’amusait. Le fait de n’appartenir

à aucune des deux grandes confréries musulmanes

sénégalaises, les Mourides et les Tidjanes, lui a aussi

permis d’être écouté de l’une comme de l’autre, et

d’arbitrer. Senghor a mis beaucoup d’habileté, dès

qu’il a commencé sa carrière politique, à aller chercher

des voix en terre musulmane.

Vous narrez la force de son amitié de plus

d’un demi-siècle avec Georges Pompidou.

Quelle influence ont-ils eue l’un pour l’autre ?

DR (2)

110 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


ROGER-VIOLLET

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 111


INTERVIEW

Son amitié avec Georges Pompidou [Premier ministre français

de 1962 à 1968, puis président de 1969 jusqu’à son décès

en 1974, ndlr] était en effet très forte. À son arrivée en France,

Senghor ne dispose pas encore d’un bagage littéraire solide :

il a été éduqué au Sénégal par des curés bretons, alsaciens et

normands, qui exerçaient une sorte de « censure catholique »

sur les livres accessibles à leurs étudiants. Du fait de l’influence

exercée par ces hommes d’Église, il est même plutôt monarchiste

! Lorsqu’ils se rencontrent en khâgne, Pompidou l’initie à

la lecture des grands auteurs : le jeune homme, alors de gauche,

et issu d’un milieu modeste du sud-ouest de la France, fait

découvrir la méritocratie républicaine à celui qu’il surnomme

« Ghor » (« courageux » en sérère) et l' introduit dans le milieu

intellectuel. Tous deux vont ensemble au théâtre et au cinéma,

avec le troisième membre de leur trio, le futur écrivain vietnamien

Pham Duy Khiêm. Pompidou a en quelque sorte sensibilisé

Senghor à « l’Ailleurs » et a ainsi eu une influence littéraire,

politique et sociale.

Vous rappelez que le concept de « négritude »

a pu être polémique, par exemple avec cette citation

ambiguë : « L’émotion est nègre, la raison est hellène. »

Senghor entendait faire rendre gorge à ce rationalisme occidental,

attaquer les désaccords au coupe-coupe, avec passion.

Il a été emballé par les écrits de l’ethnologue allemand Leo

112 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


C'est un point

très important de sa vie :

à plusieurs reprises,

il a la chance de rencontrer

des gens qui l’ont aidé

à prendre les bonnes décisions.

KEYSTONE-FRANCE/GAMMA-RAPHO

Aux côtés de son épouse,

Colette Senghor, et

d'Abdou Diouf (au second

plan), alors Premier ministre,

à l'aéroport de Dakar,

le 7 février 1971.

Frobenius [1873-1938, l'un

des premiers scientifiques

européens à remettre en

cause le colonialisme et ses

prétentions civilisatrices et

racistes, ndlr]. Il écrivait

ce que Senghor attendait,

mais ses écrits ont pu faire

glisser le jeune homme sur

une dangereuse pente, que

l’on qualifierait aujourd’hui

d’« essentialiste ». Il pensait

que le renouveau noir passait

par l’ethnie, et reconnaîtra

ensuite son erreur,

l’attribuant à la passion et

à l’enthousiasme du retour

aux sources.

Il a failli être abattu

à deux reprises : quand

les nazis ont fusillé

des milliers de tirailleurs

sénégalais lors de

la débâcle française, en juin 1940, et dans l’attentat

manqué contre lui au Sénégal, en mars 1967. Il fera

à chaque fois preuve d’un grand sang-froid. Homme de

lettres, homme politique, mais aussi homme d’action ?

En effet ! Et Senghor a également fait preuve d’une très

grande maîtrise, en août 1960, face au coup de force du président

malien Modibo Keita, qui a cherché à absorber le Sénégal.

C'était un homme d’action qui agissait avec sang-froid, un

pragmatique qui avait coutume de dire : « En politique, je ne

faisais pas de poésie. » Il savait réagir rapidement.

La poésie sera pour Senghor sa « voie de salut

pour sublimer sa double fidélité à l’Europe

et à l’Afrique », écrivez-vous. Vous racontez même

qu’en 1946, il hésitera à entrer en politique !

En effet, il ne voulait pas entrer en politique. Pour lui, la

politique était sale, c’était de la magouille. Ce monsieur, dans sa

jeunesse, ne rêvait que d’être curé puis d’être admis au Collège

de France, d’être à la fois prêtre et pédagogue. Senghor avait

des ambitions élevées, spirituelles, intimes et personnelles. Il

a beaucoup hésité à entrer en politique. C’est en retournant

au pays juste après la Seconde Guerre mondiale qu’il réalise

combien son peuple a souffert sous Vichy [entre 1940 et 1944,

les autorités coloniales du Sénégal étaient favorables non pas au

général de Gaulle mais au maréchal Pétain, ndlr]. C'est déjà un

intellectuel très connu, et ils ne sont pas nombreux à disposer

d’un tel profil. Ses amis et sa famille ont su le convaincre. C’est

un point très important de sa vie : à plusieurs reprises, Senghor

a la chance de rencontrer des gens qui l’ont aidé à prendre les

bonnes décisions. Plusieurs exemples : avec l’appui du député

français du Sénégal Blaise Diagne, il décroche une bourse pour

partir étudier dans l'Hexagone. Quand il fait son service militaire

dans l’est, un général lui obtient une place tranquille à

Paris. En 1940, lorsqu’il est fait prisonnier de guerre des Allemands,

un médecin français réussit à le faire libérer. Et ainsi de

suite. Son habileté, son pouvoir de séduction naturel donnaient

aux gens l’envie de l’appuyer. La chance, il faut la mériter.

Senghor en campagne, c’est le candidat

des ruraux, des paysans, des confréries (qui

appuient ce catholique), ainsi que des cheminots

de la ligne Dakar-Niger. Ce fut sa grande force

face à la Section française de l'Internationale

ouvrière (SFIO) de Lamine Gueye ?

Lamine Gueye appréciait surtout les dîners parisiens… Il

a été élu sans effort à Dakar et Saint-Louis, et n’avait pas vraiment

besoin de faire campagne. Senghor avait conscience que

la SFIO était puissante dans les villes sénégalaises, et, lui, a donc

battu campagne. Il n’avait pas besoin de se forcer : en 1978, en

tant que journaliste, j’avais couvert la campagne multipartis de

Senghor, et j’avais pu observer combien il était à l’aise avec les

paysans. Il partageait leur repas. Senghor, rappelez-vous, avait

grandi à la campagne, dans ce qu’il nomme dans ses écrits « le

royaume d’enfance ».

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 113


INTERVIEW

15 faits méconnus

sur sa vie

◗ Léopold Sédar Senghor est né en 1906, mais le jour

précis reste ignoré : était-ce le 15 août ou le 9 octobre ?

◗ « Sédar » signifie « celui que l’on ne peut humilier »:

toute sa vie, Senghor s’efforcera de mériter

son prénom sérère en restant un homme fier.

◗ « Senghor» viendrait du portugais « Senhor»

(« monsieur »).

◗ Son « nom de totem », confié à l’adolescence lors

de son initiation et gardé secret, signifiait « l’Ancêtre

à la peau d’orage sillonnée d’éclairs et de foudre ».

◗ Le suicide d’un palefrenier, après que son père

l'a traité de « menteur », l’a hanté toute sa vie.

◗ À Paris, dans le Quartier latin, les passants se

retournaient sur un trio de joyeux étudiants : un Blanc,

un Noir et un Asiatique. Il s'agissait de Georges

Pompidou, Senghor et Pham Duy Khiêm. Tous trois

auront des destins exceptionnels.

◗ La cadence de l’alexandrin lui évoquant un austère

« défilé militaire », il préfèrait Paul Claudel, dont le

rythme lui rappellait la poésie orale de l’Afrique.

◗ « Je considère un peu Senghor comme une partie

de moi-même », disait Aimé Césaire.

◗ Fait prisonnier en juin 1940, le tirailleur Senghor a

sympathisé avec l'un de ses gardiens – un officier

autrichien secrètement antinazi –, lequel transmettra

discrètement son courrier à ses amis à Paris !

◗ Une femme de ménage avait jeté à la poubelle

par mégarde le brouillon de sa thèse.

◗ Ancien professeur tatillon, le président Senghor a fait

supprimer les apostrophes de certains patronymes

sénégalais (N’Diaye, M’Baye).

◗ Son entêtement à maintenir en détention Mamadou

Dia l’a sans doute privé du prix Nobel de littérature…

◗ Lors de la démocratisation du Sénégal, le président

Senghor a refusé de légaliser le parti de l’historien

Cheikh Anta Diop… Peut-être par rivalité intellectuelle !

◗ Afin de ne pas froisser les confréries, il n’a jamais

invité le pape au Sénégal (la venue de Jean-Paul II

attendra 1992).

◗ Senghor est mort le 20 décembre 2001. Ni le président

français Jacques Chirac, ni son Premier ministre Lionel

Jospin n’ont jugé bon d’interrompre leurs fêtes de fin

d’année pour venir assister à ses funérailles… ■

À l’indépendance, Senghor défendra jusqu’au bout

l’idée d’une fédération ouest-africaine. Ce fédéralisme

fut un échec, mais aurait-il pu fonctionner ?

Cette fédération avait peu de chance de fonctionner, car

trop de protagonistes étaient contre, notamment Guy Mollet

[secrétaire général de la SFIO, plusieurs fois ministre et chef de

gouvernement sous la IV e République, ndlr], De Gaulle, la Mauritanie,

ainsi que le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny.

Vous rappelez d'ailleurs sa rivalité avec ce dernier

dans des anecdotes tragicomiques ! Pourquoi

tant d’animosité entre les deux principaux

leaders de l’Afrique de l’Ouest francophone ?

Les deux hommes étaient si différents : Senghor était un

intellectuel, un poète un peu rêveur, et Houphouët-Boigny,

un planteur enraciné, terre à terre, qui avait pour priorité les

intérêts nationaux. La Côte d’Ivoire s’enrichissant, celui-ci ne

voulait pas d’une redistribution des richesses en faveur du

Sénégal. Il a su prendre les commandes d’un parti régional

multiétatique, le Rassemblement démocratique africain (RDA),

et s’est fait respecter à Paris pour son intelligence politique. Il a

fait en sorte que le RDA soit présent à l’Assemblée constituante

et à l’Assemblée nationale françaises. C’était une très bonne

idée qu’aurait dû rallier Senghor, comme il l’a admis lui-même

par la suite. Félix Houphouët-Boigny considérait ce dernier

comme « un Français noir ». Mais malgré tout, tous les deux

s’estimaient, à défaut de s’apprécier ! Leur rivalité s’est apaisée

quand leurs intérêts communs ont grandi. Dans les archives de

Jacques Foccart [le sulfureux « Monsieur Afrique » des présidents

français, de De Gaulle à Jacques Chirac, ndlr], on lit qu’il a tenté

de les rabibocher… Leur rivalité agaçait à l’Élysée, qui avait

besoin de l’un comme de l’autre !

L’épisode de Mamadou Dia est dramatique.

Après son coup de force raté de décembre 1962,

le président du Conseil est incarcéré plus de onze

ans dans des conditions déplorables… On est étonné

de la dureté de Senghor face à son ancien ami, avec

lequel il avait fondé en 1948 le Bloc démocratique

sénégalais, qui est ensuite devenu son rival, puis

finalement son ennemi. Une dureté collant mal

au reste du personnage. Comment l’expliquer ?

J’ai beaucoup parlé avec l’anthropologue Roland Colin, qui

les a connus tous les deux. Ils étaient très proches, et puis les

circonstances les ont éloignés. Une fois président, Senghor est

devenu moins accessible. Après la condamnation de Dia, il s’est

enfermé dans une attitude de déni, sans comprendre qu’on lui

reproche sa dureté. Il n’a pas apprécié les critiques à ce sujet de

la revue Esprit, dont il se sentait proche. Senghor jugeait indispensable

d’affirmer l’autorité de l’État sénégalais. À la fin des

années 1960, il ne supportait plus qu’on lui parle de la détention

de Dia. Il a fallu attendre qu'il prenne la décision seul, sans qu’il

114 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


FRANK PERRY/AFP

s’y sente contraint, pour que Dia soit

enfin libéré. Félix Houphouët- Boigny

a mis la pression. Roland Colin a

ensuite servi de médiateur. Après sa

libération, Dia n'a revu le président

qu’une unique fois. C’est une histoire

humaine très triste.

Senghor a obtenu ce qu’il voulait :

« L’indépendance dans l’amitié

de la France. » Mais est-il parvenu

à libérer l’économie sénégalaise

de sa trop forte dépendance

à l’arachide et aux entreprises

françaises qui l’exploitaient ?

Poser la question, c’est y

répondre… C’est la fatalité de la

monoculture. Le Sénégal étant alors

pauvre et à 90 % rural, ses possibilités

de développement n’étaient pas

nombreuses. La Côte d’Ivoire, en

comparaison, bénéficiait d’un climat

et d’une géographie plus favorables à

sa fertilité et à sa diversification économique.

Lors de ses visites en Côte

d’Ivoire, Senghor avait été frappé

par la fréquence des pluies… Mais

le Sénégal n’était pas une exception

concernant la puissance des entreprises

françaises sur l’économie. Il

faut également noter que ce n’était

pas un économiste, ce rôle incombant

à Dia. Et non, il n’est pas parvenu à

réduire la dépendance de l’économie

de son pays.

Le Sénégal est désormais

l'une des démocraties les plus solides du monde

africain francophone. En quoi la pratique

du pouvoir par Senghor y a-t-elle contribué ?

Après une période de monopartisme autoritaire, Senghor

a tout fait pour préparer son pays au multipartisme, étape par

étape, en légalisant des partis et en instaurant la liberté de

la presse, dans un relatif respect des droits de l’homme. Sa

pratique du pouvoir s’est caractérisée par la rigueur morale,

l’intégrité, l’absence de népotisme. Ancien professeur, il a également

eu le courage politique d’investir dans l’enseignement

et l’éducation. La qualité de la presse et du débat démocratique

au Sénégal lui doit beaucoup. Enfin, il a quitté le pouvoir

de son plein gré en 1981, sans y être obligé, sans être poussé

vers la sortie. Et ça, c’est une magistrale leçon de démocratie

en Afrique !

Poète

prolifique,

il a été

le premier

Africain

à être élu

à l'Académie

française

en 1983.

Ici, à Tours,

en 1985.

Son empreinte est politique,

mais aussi morale, intellectuelle

et artistique. Il a organisé le

premier Festival mondial des arts

nègres en 1966 et a fait exposer

à Dakar Soulages et Picasso.

Quelle est l’empreinte de Senghor

dans le Sénégal d’aujourd’hui ?

Son empreinte est politique, comme nous venons de le voir,

mais aussi morale, intellectuelle et artistique. Il a organisé le

premier Festival mondial des arts nègres en 1966, et a notamment

fait exposer à Dakar les peintres Pierre Soulages et Pablo

Picasso. Il a fait de la ville un pôle artistique et du pays un carrefour

culturel. Quarante ans après son départ du pouvoir, vingt

ans après sa mort, sa présence aujourd’hui n’est pas forcément

très forte : après tout, le pays a une population très jeune, les

générations s’y succèdent vite. De ses poèmes, un ou deux sont

bien connus, comme le conte La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre,

que des générations d’enfants ont appris. Je dirais que les Sénégalais

trouvent naturelles, normales, des choses qu’ils doivent

à Senghor, mais sans les lui attribuer forcément. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 115


Awa Ly,

en juin 2021,

dans le cadre

des Arabofolies,

au Trianon,

à Paris.

rythmes

LE FLOW

DES DAMES

Elles ont interprété

le rap et le mbalakh,

investi le rapakh, mixé

la soul et le hip-hop

aussi. Elles s’imposent

sans complexe sur

une scène musicale

particulièrement

novatrice.

par Sophie Rosemont

Lorsqu’on parle de musique sénégalaise, on

évoque souvent uniquement le rap, qui,

depuis son arrivée dans les années 1980,

n’a cessé de se réinventer. D’autant qu’il

peut aussi bien convoquer l’esprit des

griots que le mbalakh (melting-pot des

sonorités traditionnelles nationales, de

mélopées afro-cubaines, du funk et du

rock, roi des dancefloors). Du français au wolof en passant par

l’anglais, tout est possible dans un rap encore organique, où

peuvent résonner des instruments traditionnels comme la kora.

Productrice et fondatrice de l’association Kaani, à Dakar, Camille

Seck partage son activité entre événementiel, management et

mise en place de projets artistiques. « Après les États-Unis et

la France, le Sénégal est la troisième patrie mondiale du rap,

observe-t-elle. Aujourd’hui, deux mouvements se partagent la

scène : le rap et le mbalakh. Le premier se tourne désormais

ALAIN LEROY/SAIF IMAGES

116 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


Poundo,

symbole de la

« west african

trap ».

DR

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 117


RYTHMES

Les pionnières

Elles sont nombreuses à avoir

ouvert la voie aux artistes

féminines d’aujourd’hui.

Mais certaines sont rentrées

dans la légende. À commencer par

la cantatrice Yandé Codou Sène

(1932-2010). Bercée par les sons

traditionnels sérères, elle devient

la chanteuse officielle de Léopold

Sédar Senghor, qu’elle a rencontré

adolescente. Durant trois décennies,

son timbre grave a incarné la mémoire

du passé et des traditions. Son

premier album paraît alors qu’elle

a 66 ans, en 1998. Avec Night Sky

in Sine Saloum, qui bénéficie de

l’apport du jeune Youssou N’Dour,

elle cultive un terrain polyphonique

et envoûtant. C’est du côté du jazz

et du gospel qu’Aminata Fall (1930-

2002), surnommée « la Perle noire »,

également d’origine sérère, puise

son inspiration. D’abord vendeuse

de cacahuètes à Saint-Louis, elle est

également repérée par Léopold Sédar

Senghor. Elle fait les belles heures

de l’Ensemble lyrique traditionnel et

apparaît même dans plusieurs films,

de Touki Bouki à Bandit cinéma.

Comme Yandé Codou Sène, elle

Coumba Gawlo lors

de la cérémonie de clôture

de la Coupe d’Afrique des nations

de football, en février 2017,

à Libreville, au Gabon.

enregistre sur le tard un premier

album, en 1995, avec Mamadou Konté,

d’Africa Fête, et le groupe Keur-Gui, où

résonne son amour pour le mbalakh

et le blues. Fille de la griotte Fatou

Kiné Mbaye, Coumba Gawlo chante

dès sa plus tendre enfance, remporte

le concours « Voix d’or du Sénégal »

à l’âge de 14 ans et, très rapidement,

rentre en studio. D’abord avec Thione

Seck puis, en 1998, avec Patrick Bruel.

Elle cartonne avec le single « Pata

Pata », emprunté à Miriam Makeba.

Soutenant la cause des femmes et

s’insurgeant contre la précarité, elle

a fait partie de la troupe des Enfoirés

pour les Restos du cœur, a chanté

lors de la finale de la Coupe d’Afrique

des nations de football en 2017. Avec

Coumba Gawlo, Kiné Lam a été

membre de l’association Been loxo, où

elles étaient les deux seules femmes.

C’est en 1975 que l’on a entendu pour

la première fois sa voix, dans le cadre

d’un concours de chant au stade Iba

Mar Diop. Elle n’a cessé de gagner

en notoriété, d’abord managée par

son père, puis par son mari, Dogo.

Elle a travaillé avec des pointures :

Cheikh Tidiane Tall, Thio Mbaye, Dial

Mbaye, Etu Dieng, Habib Faye… C’est

du côté du R’n’B que s’illustre d’abord

la diva Viviane Chidid, née en 1973.

Épouse du frère de Youssou N’Dour,

dont elle fut la choriste, elle sort coup

sur coup Entre nous (1999), merveille

de modernité, et Nature (2000), qui

rappelle son attachement aux traditions

sonores sénégalaises. Dans la foulée,

elle crée le Djolof Band. Et, lorsque

le rap s’installe dans son pays, elle se

frotte avec talent à ce style musical : en

témoigne le succès de son album Esprit

(2004), la meilleure vente de hip-hop

local. Depuis, elle s’est attaquée à

l’afro trap. On ne l’arrête plus ! ■

davantage vers la pop, quitte à explorer les codes mbalakh,

comme l’a fait Amira Abed avec son tube “Chéri coco”. » « Le

mbalakh devient une musique urbaine et se mélange à la pop, au

rap et à l’afro, qui prend le dessus. Parce que les femmes dansent

l’afro et maîtrisent davantage ses rythmes et ses caractéristiques,

elles ont un rôle à jouer », commente le chanteur Faada Freddy.

Mina la voilée a gardé le surnom dont on l’affublait, non sans

condescendance, à ses débuts, pour en faire une force. Membre

du mouvement citoyen Y’en a marre, elle a refusé de se brider…

Son flow est percutant, ses instrus accrocheurs, le jogging porté

large et le voile ne quitte pas sa tête. À raison : elle est l’une des

rappeuses les plus populaires, et pas qu’au Sénégal. Son dernier

clip, « Ennemis », se propage jusqu’aux terres anglo-saxonnes.

Le mélange des genres ne fait pas peur à Poundo. Son

très remarqué premier album We Are More, principalement en

langue manjak, mixe (entre autres) hip-hop et électro. Lors de

son dernier séjour à Dakar, cette musicienne issue de la diaspora

a été épatée par la détermination des rappeuses : « Dans ce qu’on

appelle le rapakh, ce mélange de mbalakh et de rap, elles écrivent

à merveille. Elles font preuve d’une vraie dextérité face à une

prédominance masculine. En manjak, en anglais, en français ou

en wolof, le rap est leur moyen de communication. » Depuis les

années 1990, elles y abordent des sujets sensibles : l’excision, les

violences sexuelles, le blanchiment de la peau… Se distingue l’activiste

Moonaya, signée chez Sony Music Afrique, qui dénonce les

dérives gouvernementales et la misogynie ambiante. Il y a aussi

Black Queen, Sister LB, Eve Crazy, Fatim Sy, Ami Yerewolo,

Toussa… Le hip-hop étant un art basé sur la collaboration, des

alliances se forment, comme le duo Def Maama Def ou le trio

Safary, dont les singles (tel « Faut pas forcer ») portent un discours

féministe. Ces artistes décuplent ainsi leurs forces. Car la visibilité

n’est toujours pas gagnée, explique Camille Seck : « En ce moment,

ISSOUF SANOGO/AFP

118 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


DR (4)

on voit émerger l’orchestre 100 %

féminin Jigeen Ñi. Il confirme que

les femmes ne peuvent se réduire au

statut de simples choristes. Cependant,

il existe peu d’instrumentistes

féminines au Sénégal, hormis

quelques exceptions, comme la

bassiste albinos Maah Keïta. On n’enseigne

plus la musique à l’école. Dans

certaines régions, la place des femmes

est à la maison, et il manque encore

des tremplins d’expression. Si les institutions

européennes les incitent à se

faire entendre, beaucoup n’osent pas

se révéler ou n’ont pas les outils. »

Selon Poundo, « il y a énormément

de talents, mais une restriction

de moyens qui touche surtout les

femmes. Leurs noms n’apparaissent

pas sur les affiches de festivals…

Alors que ce serait formidable d’exporter

cette immense culture ».

CULTURE DES GRIOTS

Et à part le rap ? D’après

Camille Seck, « quand on fait autre chose, c’est plus difficile

d’exister à la télévision, dans les streamings, la consommation

de masse ». Certes, on constate la vitalité du jazz au festival de

Saint-Louis. Mais une seule femme y était mise en avant en 2021 :

la Franco-Sénégalaise Awa Ly. Côté acoustique, la chanteuse

Marema a influencé beaucoup d’artistes en abordant des sujets

tabous sur un son organique. Dans son sillage, Kya Loum, qui

a imposé son timbre rauque jusqu’aux plateaux de l’émission

Music Explorer, ou la charismatique guitariste-bassiste Daba. Si

Mariaa Siga incarne un reggae bien à elle, Maïna cultive un

style néo-soul. Sa vocation n’était pas envisageable, étant issue

d’une famille très religieuse, jusqu’à ce qu’elle s’empare du micro

et ne veuille plus le lâcher. Attachée à la tradition mandingue,

Mamy Kanouté est devenue davantage que la choriste de Baaba

Maal… Dans tous les cas, les ambitions sont pop. Certaines,

comme Aïda Samb, manient tous les styles, de l’afrobeat au traditionnel,

du mbalakh au R’n’B. De même pour Dieyla Guèye,

également actrice, découverte grâce au tremplin Sén Petit Galé,

et dont les registres s’étendent du gospel au mbalakh. Importé du

Nigeria, l’afropop commence à s’immiscer dans les studios. Or,

quoiqu’il arrive, les artistes sénégalais restent attachés à leurs

racines griottes. Lorsqu’ils s’emparent d’un mouvement musical,

ils le cultivent avec fidélité, ignorant les lumières factices des

tendances. Y compris au-delà des frontières. « Notre musique doit

nous ressembler, confie Poundo. Il faut savoir d’où l’on vient pour

sampler dans la richesse de nos origines. Ma musique serait plus

lisse sans la musique sénégalaise avec laquelle j’ai grandi. Nous,

De gauche à droite,

des pochettes de CD

de Safary, OMG,

Moonaya et Black Queen.

« Il y a énormément

de talents, mais les

moyens sont réduits

pour les femmes »,

déplore Pundo.

artistes de la diaspora, sommes aussi

ambassadeurs de cette culture. »

Plus que jamais, les femmes ont leur

carte à jouer. D’autant qu’elles comptent

depuis toujours au sein de la culture

des griots. « Ce sont des femmes qui

racontent l’histoire, analyse Poundo.

Des temples de la mémoire sénégalaise.

Les premières stars de la chanson

étaient griots car elles avaient l’habitude

de prendre la parole, elles détenaient

l’information. Elles sont riches

d’un savoir transmis de génération en

génération et gagnent en affirmation. »

Faada Freddy, lui, leur voit un « avenir

réjouissant » sur scène : « C’est un

atout d’être une femme, pas une faiblesse.

Elles ont moins de complexes

à s’approprier des métiers masculins,

tels que la mécanique ou l’agriculture.

On les voit même mieux entreprendre

que les hommes. Nous avons

de grandes artistes comme Viviane

Chidid ou la rappeuse OMG, qui

accomplit un travail colossal dans le

monde entier. La plus belle voix du duo Maabo, c’est celle d’une

femme. La jeune Abiba est en train de monter en puissance, etc.

Attention cependant : ce qui compte dans ce business, c’est le

talent, puis l’entourage. Un homme qui, sous prétexte de lancer

la carrière d’une chanteuse, exige de partager son lit, peut faire

des ravages. »

NOUVELLES SONORITÉS

Pour s’émanciper entièrement, devraient-elles s’impliquer

davantage dans ce qui reste une niche au Sénégal, la musique

électronique ? C’est ce que pense DJ Cortega, cofondateur

d’Electrafrique. Il a participé à l’avènement d’une électro au

Kenya, qui fait des émules sur tout le continent. En l’espace d’une

décennie, il a vu les femmes investir les studios de Nairobi, devenant

même majoritaires, motivées par des modèles comme DJ

Coco Em. Depuis l’été 2021, il organise à Dakar une formation

Ableton Live, avec le soutien du Goethe Institut : « Les lignes commencent

à bouger. Des figures importantes du hip-hop féminin,

comme DJ Zeyna, s’intéressent à ces nouvelles sonorités. Car,

avec un ordinateur et un micro, on devient son propre studio

d’enregistrement. Si on a les aptitudes techniques, on peut se

faire connaître dans l’industrie de la musique, et pas uniquement

en étant prise en charge par des équipes souvent masculines. »

Porteuses de l’histoire des griots, folkeuses dans l’âme, rappeuses

ou reines du mbalakh, les femmes ne sont qu’au début de leur

engagement musical. Et l’électro pourrait définitivement les

consacrer. ■ Remerciements à Frédérique Miguel.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 119


Chez lui,

à Dakar.


interview

Felwine Sarr

« Il faut sortir

la francophonie

de son carcan

institutionnel »

Coéditeur du prix Goncourt 2021, l’écrivain et essayiste

publie un roman philosophique autour de l’exil,

de l’amour, de la mort. propos recueillis par Astrid Krivian

SOPHIE GARCIA/HANS LUCAS.COM

Ce natif de l’île Niodior a reçu

de ses ancêtres sérères une

spiritualité ancestrale et une

ardeur au travail. Et de son

père colonel, l’engagement

pour son pays, choisissant,

pour citer son maître Aimé

Césaire, les « armes miraculeuses

de l’esprit », afin d’apporter sa contribution à

la marche du Sénégal et du continent. Né en 1972,

Felwine Sarr est un touche-à-tout à la quête

transdisciplinaire. Écrivain, musicien, professeur

agrégé d’économie à Saint-Louis pendant treize

ans, enseignant désormais la philosophie africaine

contemporaine et diasporique à l’université Duke

aux États-Unis, il a cofondé la maison d’édition

Jimsaan (nom sérère d’une rizière dans les îles du

Saloum), ainsi que l’événement culturel les Ateliers

de la pensée, à Dakar. Coauteur du rapport sur la

restitution d’œuvres africaines vers le continent par

la France, il a notamment signé l’essai Afrotopia,

réflexion sur une Afrique définissant elle-même

ses modèles de société, libérée de concepts néocoloniaux

et capitalistes. Cet adepte de méditation,

ceinture noire de karaté, dont la généalogie littéraire

et spirituelle va des mystiques bouddhistes et

chrétiens à Nietzsche, Rûmî ou René Char, publie

un nouveau roman sur l’exil, l’amour, la mort,

pétri de philosophie et de métaphysique, Les Lieux

qu’habitent mes rêves.


INTERVIEW

AM : Pourquoi cela vous intéressait-il de raconter

l’histoire de frères jumeaux sénégalais, Bouhel

et Fodé, l’un ancré dans la culture et la spiritualité

ancestrale du pays sérère, l’autre poursuivant

des études supérieures en France ?

Felwine Sarr : C’est une question qui se pose aux générations

actuelles : le rapport entre les archives d’origine, de la culture

première et la rencontre avec le monde. Il y a quelques siècles,

cette rencontre, forcée, s’est faite dans la violence. De nos

jours, c’est différent, nous pouvons choisir de dialoguer, de

rencontrer, de se confronter aux autres. C’est intéressant d’explorer

la fraternité, la gémellité, le mouvement, la rencontre

profonde de soi et du monde à travers deux figures issues d’une

même matrice. Ils prennent des chemins initiatiques différents,

incarnent deux manières de faire monde.

Qu’est-ce que vivre poétiquement d’après vous,

comme se demande l’un de vos héros ?

La poésie ne se limite pas à un rapport au langage, à de

belles métaphores filées. Elle est aussi un rapport à la vie, une

présence au monde. Elle entre en résonance avec la « sinistre

épaisseur des choses », pour citer Césaire. On souhaite tous la

beauté, l’extase, le tremblement, mais il y a aussi le crépuscule,

la peine, la douleur, l’âpreté de l’expérience humaine. Vivre

poétiquement, c’est apprendre à être présent à toutes les dimensions

du réel, être en mesure d’habiter ses différentes strates.

Avec les écrivains Boubacar Boris Diop et Nafissatou

Dia Diouf, vous avez fondé les éditions Jimsaan en 2012.

Coédité avec Philippe Rey, La Plus Secrète Mémoire

des hommes, de Mohamed Mbougar Sarr,

a été couronné du prix Goncourt

en 2021. Quelle répercussion cette

récompense a-t-elle sur Jimsaan ?

Notre maison suscite l’intérêt, elle

gagne en visibilité, en crédibilité. Et ce

prix apporte des moyens supplémentaires,

qui nous permettent de publier

des livres d’autres auteurs. C’est une

excellente chose. Nous avons créé

Jimsaan car, à nos yeux, il manquait

une maison d’édition africaine avec une vraie ligne éditoriale,

exigeante. Nous voulons faire entendre ces voix, ces histoires,

faire circuler les imaginaires des écrivains sans les travestir, les

trahir, les rendre « consommables ». On est très attentifs à ce qui

s’écrit à partir du continent, mais nous souhaitons désormais

publier également des auteurs singuliers du monde entier.

À l’ère du numérique, de la prédominance

des écrans, comment inculquer le goût

de la lecture et du livre à la jeunesse ?

Une réflexion sur la politique du livre, son coût, les librairies,

etc., est à mener. Mais avant tout, le libre accès aux livres,

à la littérature est fondamental. Chaque quartier, chaque ville

doit être doté d’une bibliothèque. Un jeune piqué par le virus

de la lecture doit pouvoir nourrir cet appétit dans un espace

dédié. Quand j’étais enfant, à Dakar, il y avait dans ma rue

deux centres culturels, l’un français et l’autre américain. J’y

passais mes mercredis après-midi à lire, à fouiller les rayons,

à voyager à travers les livres.

Quelle place donner à la francophonie ?

Il faut la sortir de son carcan institutionnel. Et jeter aux

oubliettes ce désir d’influence d’une France qui veut rayonner

dans le monde à travers le français, en tant que langue

véhiculaire. Sortir des imaginaires d’un Hexagone qui serait

le centre, et les pays africains, le Québec, la Suisse, une périphérie.

Nous devons considérer le français, parlé en Afrique

depuis plus d’un siècle, comme un espace de partage linguistique

et démocratique équitable, et non comme un outil

d’influence de la France. Dans l’espace francophone, ce pays

compte 67 millions d’habitants, et les locuteurs du français

sont 200 millions. Les projections tablent sur quelque 700 millions

de locuteurs dans cinquante ans, dont la majorité sur le

continent africain. Beaucoup de productions culturelles intéressantes

en français viennent du continent. Avec son prix

Goncourt, Mohamed Mbougar Sarr a renversé cette idée que

la littérature française serait la chasse gardée de l’Hexagone.

Par faits d’histoire, les peuples africains se sont approprié cette

langue, devenue un bien commun. Elle n’est plus le bien de

la France. Nous devons l’utiliser, l’enrichir sans complexe, en

dehors de toute relation néocoloniale, d’assujettissement. On

gagne tous à dialoguer à travers un instrument linguistique,

Nous devons utiliser

la langue française, l’enrichir

sans complexe, en dehors

de toute relation néocoloniale.

un espace vaste où échanger des productions culturelles, à

égalité, sans préséance d’un centre posé à Paris.

En 2016, vous avez fondé à Dakar, avec Achille

Mbembe, les Ateliers de la pensée, laboratoire

d’intelligence collective réunissant chercheurs,

artistes du continent et de la diaspora autour des

défis actuels. Quel sera le thème de la prochaine

édition, qui se déroulera du 23 au 26 mars ?

Ce sera « Cosmologie du lien et formes de vie ». Nous aborderons

la question des liens, à partir d’une cosmologie fondée

sur l’unité du vivant, qui ne sépare pas nature et culture,

122 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


DR

animalité et humanité. Cette idée que l’on

forme une communauté entière, les humains

et les non-humains, dans un rapport de négociations,

d’affinités, de discussions et non pas

d’exploitation existe dans les cultures africaines,

amérindiennes. Nous réfléchirons de

quelle manière ces ressources imaginaires,

intellectuelles, peuvent produire des formes

de vie politique, sociale, culturelle, économique

différentes, afin de répondre aux

défis écologiques, aux besoins du vivant, des

liens sociaux.

Le Sénégal est-il une exception

culturelle en matière de politiques

BIBLIOGRAPHIE

SÉLECTIVE

◗ Les Lieux qu’habitent

mes rêves, Gallimard,

2022.

◗ La Saveur des

derniers mètres,

Philippe Rey, 2021.

◗ Restituer le

patrimoine africain,

Philippe Rey/Seuil,

2018.

◗ Afrotopia, Philippe

Rey, 2016.

menées dans ce domaine ?

La créativité de la scène artistique

sénégalaise pallie le déficit de vraies

grandes politiques culturelles. Même si

certaines sont conduites ces dernières

années, avec notamment le Musée des

civilisations noires, la biennale de Dakar,

ou encore certaines infrastructures…

Mais la vitalité vient d’abord de la

scène culturelle. Elle est héritière de

politiques importantes installées dans

les années 1960-1970. Il y a eu un

foisonnement depuis les indépendances,

Léopold Sédar Senghor a inscrit le pays

dans une trajectoire de valorisation de la culture

au sens large. En 1966, le Festival mondial

des arts nègres, organisé à Dakar, a également été

un moment essentiel.

Qu’entendez-vous à travers les productions

des jeunes talents sénégalais ?

Sur le continent, de manière plus globale, on

observe depuis quelques années une richesse dans

la créativité : musique, littérature, arts visuels,

cinéma… Le continent est le lieu d’un bouillonnement artistique

et culturel. Le geste artistique dit notamment le désir

de se réinventer, tout comme le métissage. Ce n’est plus le

temps où les artistes évaluent la profondeur du manque et

de la perte, se guérissent d’un traumatisme. On peut lire le

continent se racontant à lui-même et au monde, à travers ce

geste. Maintenant, les jeunes sont préoccupés par leur avenir

– études, emploi, travail –, par leur place, qui ils sont et

quels rapports articuler avec le monde. Ce sont des inquiétudes

normales de la jeunesse, avec un fort désir de se réaliser,

trouver les opportunités possibles pour se déployer, dans

les lieux où ils vivent. C’est ce que j’entends dans plusieurs

formes d’expression.

Avec Bénédicte Savoy,

vous êtes coauteur de

Restituer le patrimoine

africain. Pourquoi

est-ce essentiel que

ces objets détenus par

la France reviennent

au continent ?

Dans le geste de réinvention

de soi, du présent

et du futur, on a besoin de

reconstruire sa mémoire

et son histoire. Et il nous

a manqué des objets, des œuvres spirituelles,

matérielles, qui disent notre

histoire, notre génie, nos spiritualités,

nos sens artistiques, nos visions

du monde, nos philosophies. Les

groupes humains ont besoin de renégocier

constamment avec leur capital

culturel, de transmettre leur vécu,

leur patrimoine. Pour qu’ainsi, les

nouvelles générations s’en inspirent

et construisent à partir de ça. Si l’on

récupère ces traces, si l’on remet ces

objets dans la forge de la transmission, cela nous

aidera à reconstruire dans le présent et, dans le

futur, à répondre aux défis actuels.

« L’Afrique n’a personne à rattraper »,

écriviez-vous dans votre essai Afrotopia.

Il faut sortir de cette idée que l’on serait en

retard, que l’on devrait rattraper. On n’est en compétition

avec personne. La première bataille à

gagner est de déterminer quelle société nous voulons,

qu’est-ce qu’une bonne vie. Toutes les sociétés

aspirent au bien-être, fait de paix sociale, de rapport

à la culture, à l’écologie, de spiritualité chez

certains… Les sociétés africaines sont les plus anciennes de l’humanité,

elles sont en mesure de définir elles-mêmes leur futur.

Il faut assigner une place juste à l’économie, laquelle est un

moyen et pas une fin, qui doit être en symbiose avec les autres

ordres, sans les diminuer ni les détruire. On peut éventuellement

s’inspirer des autres aventures sociétales, mais également

éviter leurs erreurs, ne pas reproduire ces modèles d’industrialisation

destructeurs pour la planète. Notre problématique n’est

pas fondamentalement économique, mais d’abord culturelle,

civilisationnelle, psychologique. Il faut évidemment répondre

aux besoins économiques, mais nous vivons pour nous remplir

dans des espaces de sens, de significations, qui sont à remettre

au centre. La culture est le début et la fin de ces processus. ■

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 123


enouveau

SÉNÉGAL

DESIGN

Stylisme, conception

de meubles, céramique,

maroquinerie…

Des créateurs, soucieux

de l’environnement,

bousculent les codes.

par Luisa Nannipieri

Selly Raby Kane

Cheffe de file de la scène alternative, cette

touche-à-tout vient de réaliser un court-métrage.

Styliste, designeuse et vidéaste, Selly Raby Kane

(ci-contre, au centre) est, à 35 ans, une artiste bouillonnante

d’énergie et de créativité. Dans son atelier,

installé à l’étage de son showroom et espace cocréatif

de la capitale, elle prépare une nouvelle collection

qui devrait sortir avant le printemps. Depuis son premier défilé,

en 2008, et après avoir lancé son label en 2012, elle a séduit le

gotha de la mode internationale avec une douzaine de garderobes

avant-gardistes et iconiques. Certaines de ses pièces, qui

mélangent hommages à la mythologie sénégalaise, clins d’œil au

quotidien dakarois et inspirations afrofuturistes, sont déjà des

classiques. Comme les bombers, les kimonos ou les robes Carapide,

régulièrement réédités dans des versions intemporelles

ou inédites. Considérée par la presse internationale comme la

124 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


STEPHAN GLADIEU/FIGAROPHOTO.COM

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 125


RENOUVEAU

cheffe de file de la scène alternative dakaroise, Selly Raby Kane

n’hésite pas pour autant à collaborer avec de grandes marques.

Elle a, par exemple, conçu un panier inspiré par le rituel social

du tressage des cheveux pour la collection « Överallt » d’Ikea.

Une édition limitée, dessinée par un collectif de designers africains

en 2019. La mode nourrit toujours son quotidien, mais

elle trouve également dans le cinéma une forme d’expression

adaptée à sa quête artistique et spirituelle. Après un premier

film tourné en réalité virtuelle en 2017, elle vient de réaliser

avec une partie de sa famille créative le court-métrage Tang

Jër, dont elle a assuré la direction et les costumes. Une comédie

fantastique et embuée de réalisme magique, tournée pendant la

pandémie, qui confirme son talent de réalisatrice.

Ousmane Mbaye

Cet autodidacte et expérimentateur

du métal veut démocratiser ses œuvres.

Du fer, de la couleur, un profil raffiné et matique. Les mobiliers signés Ousmane Mbaye

emblése

reconnaissent de loin et se vendent dans le

monde entier. Ancien frigoriste, il assemble ses

premières créations en 2005 à partir de pièces

de récupération, convaincu que « toute matière peut être noble,

ça dépend de ce que l’on en fait ». L’une de ses premières tables

– dont le nom, « Réunir les hommes autour d’objets du quotidien

», est tout un programme – lui vaut un prix en Italie, alors

que Dak’Art, la biennale de Dakar, dévoile en 2008 ses

œuvres au grand public. Son tabouret Patrimoine, un

hommage aux fessiers sénégalais, est la vedette de

l’exposition « Design en Afrique » du musée Dapper, per, à

Paris, en 2012. Deux ans plus tard, toujours à Paris,

une rétrospective au Centquatre célèbre son travail.

À force de soudures, il devient un maître du

métal incontesté. Il arrive même à sortir de la case

« ethno-chic » dans laquelle on essaye de l’ enfermer, ermer,

Son tabouret

Patrimoine

est l’une de ses

créations phares.

Ousmane Mbaye a ouvert un concept store

à Dakar, le Shop Bi, dans lequel il propose

une sélection d’objets d’autres designers.

grâce à sa passion pour l’expérimen-

tation. Il travaille sur les pigments

et les couleurs Pantone, joue avec

la lumière et réfléchit à comment

démocratiser ses œuvres. Dans son

tout nouveau showroom pari-

sien, à deux pas de la place

des Vosges, il montre le

prototype d’une nouvelle

petite table qu’il pense

produire de façon industrielle.

Par rapport à ses

œuvres uniques, plus

graphiques, plus soignées

dans les détails

car

créées à la main

par

une quinzaine d’artisans

dans son atelier

de Soumbédioune, cette

table coûterait moins

cher. À la portée d’une

classe moyenne sénégalaise

de plus en plus

avide d’un design made

in Africa accessible.

#HAI20# - DR - HAIDAR CHAMS

126

HORS-SÉRIE SÉR

AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


STEPHANETOURNE.COM - JEAN-CLAUDE THORET - DR (2)

Faty Ly

La céramiste met son savoir-faire

au service de l’apprentissage des jeunes.

Fatimata Ly, ou Faty, est née à Dakar dans les

années 1970 et a passé sa vie entre la France, l’Angleterre,

les États-Unis et le Sénégal, où elle ouvre

une galerie d’art en 2001. En côtoyant artistes et

artisans, elle découvre la poterie burkinabée et

devient l’assistante d’une céramiste qui lui apprend le métier.

Sa première collection, « Nguka », arrive sur le marché en 2015

après avoir fait sensation lors du « off » de la biennale de Dakar.

Sur un service à thé en porcelaine fine, elle peint des silhouettes

de coiffures traditionnelles et des visages de Sénégalaises, inspirées

de portraits des années 1950. Aujourd’hui, sa réflexion

sur la transmission du patrimoine culturel et du savoir-faire

artisanal prend une nouvelle dimension, avec la création d’une

école de céramique qui devrait ouvrir cette année. Dans son atelier

dakarois, elle accueille déjà des stagiaires, mais son projet

vise à créer un pôle d’attraction pour toute l’Afrique de l’Ouest.

« L’art de la céramique tend à disparaître, et la poterie n’a pas su

se réinventer », constate-t-elle. La solution ne peut que passer par

le développement de l’artisanat

local et l’apprentissage des jeunes.

Une tâche à laquelle elle souhaite

se consacrer, avec la résilience, la

motivation et la patience qui lui

ont toujours servi dans son travail.

Son célèbre service à thé

en porcelaine, sur lequel sont

peints des visages de femmes.

Cécile

et

Mbor

Ndiaye

Avec Studio Wudé,

le duo propose

une maroquinerie

adepte du zéro

déchet.

Ce couple de designers franco-sénégalais – Cécile,

ex-professeure d’arts plastiques, et Mbor, artisan

autodidacte du cuir – s’est fait connaître en 2004

avec l’ouverture du Studio Wudé. Le nom wolof de

cette maison de maroquinerie renvoie à la rigide

caste des artisans sénégalais, mais dans l’atelier, on se fait un

devoir de partager et de protéger les techniques de travail du

cuir portées par les différentes populations d’Afrique de l’Ouest.

Convaincu que le design ne s’arrête pas à l’objet et qu’il est un

écosystème où tout est lié, le duo donne autant de valeur à la

création artistique qu’au rapport avec les ressources, les pratiques

et le territoire. Leurs pièces sont produites en petites

séries et réparties en gammes qui mettent en avant un savoirfaire

particulier, au service d’un design contemporain et du zéro

déchet. Minutieusement coupées et assemblées, elles sont aussi

chargées d’une symbolique forte. Les sacs Vibration et Prisme,

par exemple, sont créés à partir d’un mélange de wax lacéré

et d’excédents dexcédents de cuir de qualité, rachetés par les communau-

tés sénégalaises en Italie. Une nouvelle matière qui déconstruit

le wax, ce tissu fabriqué aux Pays-Bas devenu

panafricain et

emblématique du rapport complexe

à la souveraineté

dans le conti-

nent. Et que l’on retrouve

aussi dans

certaines créa-

tions, entre mode et art,

de Cécile Ndiaye :

les bijoux de corps

de la série « Waxolo-

gie » libèrent le wax de son

contexte colonial et symbo-

lisent la réinvention d’une

identité africaine.

Une veste en cuir

sculpté, de la

collection

« En attendant

les bêtes sauvages ».

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 20222

127


RENOUVEAU

Bibi Seck

Le travail d’équipe et le recyclage sont

deux des moteurs principaux du designer.

Dans le milieu, on l’appelle « le grand frère ». Sans

doute car Bibi Seck fait partie des aînés (il est né

à Paris le 14 août 1965), mais aussi parce que ce

désigner polyvalent, charismatique et visionnaire

est généreux avec ses collègues, qu’il met volontiers

en avant. Dans le concept store de son Studio Quatorzerohuit

(également galerie d’art contemporain), ouvert à Dakar

fin 2020, il invite à exposer des artistes, designers et artisans,

notamment sénégalais. Un choix qui s’inscrit dans sa volonté

de participer au développement du pays par le design, en donnant

à ceux qui ont du talent les moyens de produire. Le travail

d’équipe et la collaboration sont fondamentaux pour Bibi Seck,

qui partage sa vie et son cabinet avec sa femme, Ayse Birsel,

depuis 2002. Designer industriel, il a toujours dessiné des plans

pour ses clients, comme Renault ou Herman Miller, ou travaillé

avec des artisans pour donner vie à ses créations. C’était le cas

aussi pour la chaise à bascule pensée pour « Överallt », la collection

d’inspiration africaine d’Ikea. Un projet collectif « excitant »,

comme l’a été la création de la chaise Ibiscus de la collection

« M’Afrique », pour Moroso, en 2009. Si cette série de la maison

italienne a été fabriquée au Sénégal, avec la technique traditionnelle

du tissage de fils en plastique, c’est d’ailleurs en partie

grâce à lui. Le plastique, cette fois-ci recyclé, compose un autre

projet particulièrement cher au designer : les mobiliers Taboo

sont faits « à partir de nos poubelles ». Encore une façon d’utiliser

le design pour rendre un service au Sénégal. ■

Ci-dessus, plusieurs de ses créations pour la maison italienne Moroso.

Ci-dessous, dans son Studio Quatorzerohuit, à la fois galerie

d’art contemporain et concept store, à Dakar.

DR - ANTOINE TEMPÉ


PORTFOLIO

L’art du portrait

présenté par Alexandra Fisch

La photographie et le Sénégal ont

une histoire intime qui remonte loin,

au début des échanges avec l’Occident.

Le premier appareil photo fut envoyé

en 1863 à Saint-Louis, berceau africain

du 8 e art. Très vite, des Sénégalais

vont s’approprier cet instrument optique, comme

Meïssa Gaye dans les années 1940, Mama Casset

un peu plus tard, jusqu’à Oumar Ly, décédé en 2016.

Ils ouvrent des studios professionnels, ajustent les

postures comme la gestuelle des modèles. Les décors

– parfois insolites – sont soigneusement composés.

Leur sens du cadrage tient lieu de signature, chacun

la sienne. Ces précurseurs sont les grands-pères

d’une nouvelle génération d’artistes sans complexes,

vivant souvent entre les continents, à cheval entre

leur pays et le monde. Des artistes qui puisent

leur créativité dans leurs racines, tout en s’emparant

de sujets très contemporains : le féminisme, le

changement climatique, la technologie ou encore

la foi. Elles et ils offrent d’autres « points de vue »

percutants, avec une grande maîtrise technique.

Sélection non exhaustive de ces talents. ■

130 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


DELPHINE DIALLO - DR

DELPHINE DIALLO

Le divin féminin

Après une école d’arts

et une expérience

dans l’industrie

musicale, où elle a

multiplié les casquettes,

Delphine Diallo est

partie à New York.

Sa collaboration avec

le célèbre Peter Beard

pour le calendrier

Pirelli au Botswana lui

donne envie de revenir

sur les pas de son

père, originaire de

Saint-Louis. Puissants,

ses portraits revisitent

« les archétypes féminins

noirs » et rendent aux

femmes leur part de

divin. Ci-contre, God

Is A Woman - Yohana,

Yoruba Crown, 2020.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 131


PORTFOLIO

OMAR VICTOR DIOP

Identité et temporalité

En dix ans, Omar Victor

Diop est devenu l’enfant

chéri du portrait en

studio, s’inscrivant dans

les pas de Mama Casset

ou de Seydou Keïta.

À chaque série, le succès

augmente, de « Futur

du beau », sélectionnée

aux Rencontres africaines

de la photographie

de Bamako en 2011,

à « Studio des vanités »,

en passant par

« Diaspora » et « Liberty »,

qui lui apportent

une reconnaissance

internationale. La dernière

en date, « Allegoria »,

a été l’événement de

l’édition 2021 de Paris

Photo. Avec ses œuvres

léchées, il interpelle sur des

sujets bien contemporains,

comme cette fois-ci

sur « la responsabilité

de l’homme devant

la nature ». Ci-contre,

Allegoria 2, 2021.

OMAR VICTOR DIOP/COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS - OMAR VICTOR DIOP

132 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


ALUN BE

Photographier le présent

Architecte de formation, Alun Be

est un autodidacte. Sa première

série, « L’Empowerment des

femmes en action », en 2015,

est montrée à l’Exposition

universelle de Milan. Ses

portraits, cadrés serrés, donnent

à voir avec hyperréalisme

un autre visage, féminin

comme africain. Ses sujets de

prédilection : l’autonomisation

des femmes, l’intergénérationnel

et la technologie. Homme du

monde, il le révèle sous un angle

inattendu. Ci-dessous, Evol, 2019.

DR - ALUN BE

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 133


PORTFOLIO

DJIBRIL DRAME

L’œil spirituel

Artiste visuel, cinéaste et

universitaire, Djibril Drame

interroge sur la spiritualité,

en donnant à voir l’Afrique

dans sa réalité ordinaire.

Avec sa série « Ndewendeul »

– du nom de cette petite

somme d’argent donnée

aux enfants à l’occasion

de l’Aïd –, il questionne les

fêtes religieuses islamiques

vécues au Sénégal. De quoi

sont-elles l’expression ?

Un « esprit » que l’on retrouve

dans sa plus récente série,

« Jésus était noir ». Ci-contre,

Fallou le mystérieux, 2020.

DJIBRIL DRAME - MALICK WELLI

134 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


MABEYE DEME - ALBERTO CAMPI/WE REPORT

MABEYE DEME

Intime quotidien

Ses études de cinéma

à la Sorbonne Nouvelle,

à Paris, l’ont amené

à être photographe de

plateau. Mabeye Deme

intègre le collectif Black

Containers et trouve

sa voie à Dakar. Il y

photographie des scènes

de la vie quotidienne

en les magnifiant

derrière des voiles

(« Wallbeuti - L’envers

du décor »). Avec « Gudi

Dakar / Dakar la nuit »,

il saisit, en clair-obscur,

l’intimité d’échoppes

éclairées. Ci-contre,

Sans titre, 2014.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 135


Le projet “BRT”,

Bus Rapid Transit,

à Dakar Une réalisation structurante

pour une mobilité urbaine

Le BRT est une infrastructure

de 18,3 km qui permettra

de relier le centre-ville de

Dakar à Guédiawaye, en réduisant

de moitié les temps de parcours (1 h 30 à

45 min). Son tracé concerne deux départements,

14 communes et deux mairies de ville situées

dans l’agglomération dakaroise. Grâce à la politique

globale de développement du réseau de

transport collectif et sa restructuration, les lignes

de rabattement favoriseront une connexion optimale

au Train Express Régional, inauguré le

27 décembre dernier par le Président Macky

Sall. Le BRT assurera le déplacement quotidien

de 300 000 voyageurs, en desservant les zones

les plus densément peuplées de la capitale qui

compte aujourd’hui 4 millions d’habitants,

grâce à l’exploitation moderne d’une technologie

de bus propre. Évoluant sur 23 stations

et 3 pôles d’échange, il offrira 4 services, grâce

à 141 bus articulés : express, semi-express

inclusive et vertueuse.

Avec le BRT,

un partage

équilibré

de la voirie.

et omnibus. Le BRT devrait contribuer utilement

à réduire les effets négatifs de la densité du

trafic routier dans Dakar, comme la congestion

automobile, la pollution de l’air ou encore l’insécurité

routière. Par ailleurs, l’accès aux aménités

urbaines ainsi que le cadre de vie des habitants

résidant le long du corridor seront globalement

améliorés pour favoriser le développement économique

d’une région capitale verte, inclusive

et résiliente au changement climatique. Enfin,

parmi les bénéfices socio-économiques générés

par le projet, on peut citer la création d’emplois

allant de postes d’ouvriers non qualifiés aux

cadres. Le budget global du projet Bus Rapid

Transit s’élève à 300 milliards de francs CFA. La

livraison des travaux est attendue dans le premier

trimestre 2023. ■

Les points clés

des infrastructures

Aménagement d’une voie

en béton dédiée aux bus

de la ligne BRT

Aménagement de voies

latérales en chaussées souples

pour le trafic normal

Ouvrages d’art

et d’assainissement

Trottoirs pavés et en béton

Pistes cyclables

23 stations

dont 3 pôles d’échanges

Aménagement d’un

dépôt d’autobus de 6 hectares

Aménagement de carrefours

giratoires et à feux

Mise en place de l’éclairage,

des équipements

de signalisation routière

et de sécurité

Aménagement paysager

PUBLI-REPORTAGE


LE TRAVELER

GUIDE

Le Monument de la

Renaissance africaine, haut

de 52 mètres, à Dakar.

LE VOYAGE,

LES SPOTS,

LES GENS !

SHUTTERSTOCK

RÉALISÉ PAR LES VOYAGEURS DE LA RÉDACTION


LE TRAVELER GUIDE

Visa et test PCR D’une manière générale, renseignez-vous auprès

de l’ambassade sénégalaise de votre pays pour les formalités d’entrée.

Les ressortissants de l’Union européenne (UE) ne sont pas soumis au

visa, tout comme ceux des zones CEDEAO et UEMOA. Pour connaître

les modalités liées à la pandémie de Covid-19 (test PCR, déclarations),

il vaut mieux consulter les sites aeroport-dakar.com, flyairsenegal.com

ou traveldoc.aero, qui tiennent compte des derniers arrêtés.

CAUSERIE

Si le français est la langue

officielle, il faut aussi

compter sur les six autres

langues nationales :

le wolof (la plus parlée),

le sérère, le poular, le

mandingue, le soninké

et le diola. Le pays est

un carrefour de migration

et de culture. Tous se

retrouvant autour de la

« teranga » (hospitalité),

principe de base, qui

réunit familles, amis ou

voyageurs de passage.

Mais à Dakar, comme dans

n’importe quelle grande

ville, la vigilance est de

mise à certaines heures

et dans certains quartiers.

COMME

UN « ROAD TRIP »

Tout est possible,

mais soyez prudent.

Vous aurez le choix

entre les pittoresques

bus colorés, souvent

très remplis, et les bus

jaune pâle Dakar Dem

Dikk, plus classiques, et

leur réseau de 31 lignes.

Pour un transport en solo,

vous pouvez prendre

l’un des nombreux taxis jaune

et noir, ils ont un compteur

et les tarifs sont réglementés.

L’idéal restant la location

d’un véhicule avec chauffeur

en passant par les hôtels. Vous

pourrez ainsi facilement et très

confortablement vous balader

en dehors de la capitale.

PRÉCAUTIONS

SANTÉ

Soyez vigilants sur l’essentiel,

en particulier sur les vaccins

conseillés à l’entrée (fi èvre

jaune, hépatite A et B) et les

traitements antipaludéens

pour les personnes à risque.

Pour le reste… du bon

sens et de la prudence.

Pour information,

le numéro de SOS Médecins :

+221 33 889 15 15, ainsi

que celui du Samu : 15 15.

À quelle saison partir ?

C’est la douceur de vivre : un microclimat de type

côtier règne à Dakar, où les températures sont

agréables toute l’année. La meilleure saison reste

d’octobre à juin, la saison sèche. Pas ou peu de

pluie, mais dans le nord, l’harmattan peut souffler

entre décembre et février. L’hivernage, de juillet

à septembre, voit arriver de puissants orages

ou pluies bien fournies. Si elles sont désagréables,

elles ont l’avantage de couvrir de vert le paysage.

SHUTTERSTOCK (3)

138 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


❛LES BASIQUES

« Niata la ?»

(« Combien ça coûte ?»)

La monnaie offi cielle

est le franc CFA

(1 euro = 656 francs CFA).

Les euros et les dollars

sont couramment

acceptés. Le réseau

des distributeurs de

rue et les terminaux

de paiement sont

en constante amélioration

(surtout dans les hôtels

et les restaurants). Mais ayez

toujours un peu de cash sur

vous pour les petites dépenses.

SHUTTERSTOCK (3)

Un agréable voyage

SÉCURITÉ, FIABILITÉ et teranga…

La compagnie Air Sénégal s’est

relancée avec succès en 2018, avec

l’ambition de devenir le leader du

transport aérien dans la sous-région

et l’Amérique du Nord. Elle assure

des liaisons avec plusieurs pays

du continent : Bénin, Côte d’Ivoire,

Mali, Gambie, Guinée, Mauritanie,

Cap-Vert, Sierra Leone, Cameroun,

Gabon et Maroc. Et présente

l’avantage de bien desservir les

stations balnéaires populaires

grâce à ses lignes intérieures

pour Cap Skirring et Zinguichor.

Elle n’est pas la seule compagnie :

parmi les principales, on peut citer

Air France (et ses prix élevés),

Iberia, Royal Air Maroc ou TAP Air

Portugal. Comme toujours, mieux

vaut réserver assez tôt pour avoir des

tarifs intéressants. À l’arrivée, vous

pourrez apprécier le récent aéroport

international Blaise Diagne (inauguré

en 2017), situé à 47 kilomètres

de la capitale.

Les sites Internet des deux

compagnies recommandées pour

les businessmen : flyairsenegal.com

et airfrance.com.

APPART PARTICULIER

Dakar n’échappe pas aux

nouveaux modes de voyage.

Allez jeter un coup d’œil sur

les sites d’Airbnb et de ses

concurrents, à la recherche

d’une location chez l’habitant,

au standing variable et

à des prix souvent avantageux.

Coup de cœur pour le Rooftop

Retreat, loft en plein

centre-ville de la capitale.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 139


LE TRAVELER GUIDE

UNE (OU PLUSIEURS) NUIT(S) À DAKAR

❛OVERNIGHT

❶ Terrou-Bi

C’est une institution et

probablement l’adresse la

plus agréable de Dakar.

Chambres confortables avec

de jolis balcons, service

impeccable, restaurants

variés, plage privée, piscine,

casino, spa, salle de sport…

Le Terrou-Bi, construit autour

du restaurant gastronomique

du même nom, qui fut

élu meilleure table de

Dakar dès 1986, attire une

clientèle chic, locale autant

qu’étrangère, depuis 2009,

pour le loisir comme pour

le business. La jet-set y

donne volontiers rendez-vous

pour des apéros business

face à l’océan. Idéalement

placé sur la petite corniche,

l’hôtel est à 5 minutes du

centre-ville (et à 10 minutes

aux heures de pointe).

Corniche Ouest, boulevard

Martin Luther King,

tél. : +221 33 839 90 39.

terroubi.com

❷ Radisson Blu Hôtel

Toujours sur la Petite-Côte,

le Radisson, avec sa piscine

à débordements qui fait

face à l’océan, jouxte

le centre commercial du

Sea Plazza. L’enseigne

internationale et ses murs

chics de pierre sombre

ainsi que ses restaurants

branchés attirent surtout

une clientèle étrangère

venue faire des affaires. Les

chambres sont confortables

et épurées. Mention spéciale

au buffet du petit-déjeuner,

particulièrement raffiné.

Route de la Corniche ouest,

tél. : +221 33 869 33 33.

radissonhotels.com

❸ Pullman Teranga

C’est le seul 5 étoiles

qui se trouve au cœur de

Dakar, au Plateau. Prisé

par une clientèle d’affaires,

il offre à la fois l’avantage

d’être près des rendez-vous

business, des commerces

et restaurants, et le petit

inconvénient d’être plongé au

cœur de l’agitation non-stop

du centre-ville et de la place

de l’Indépendance. Il possède

aussi une piscine, une plage

privée et un hammam

marocain. Plusieurs fois

restauré, il respecte le niveau

de l’enseigne haut de gamme

du groupe Accor.

Rue Colbert,

tél. : +221 33 889 22 00.

accorhotels.com

❹ Seku Bi

Si vous n’êtes pas trop chaîne

hôtelière, rendez-vous sur

la petite Corniche, dans ce

boutique-hôtel intimiste.

Deux villas coloniales

abritent sept chambres à la

déco soignée et au confort




DR (3)

140 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022



ZYAD LIMAM

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 141


LE TRAVELER GUIDE



total. Les avantages ? Leur

restaurant est considéré

comme le meilleur italien

de la ville, leur jardin est un

havre de paix, leur (petite)

piscine rafraîchissante. Et,

bien sûr, la vue sur l’océan.

33 rue Bérenger Féraud,

tél. : +221 33 842 22 02.

sekubi.com

❺ Djoloff

Autre boutique-hôtel,

joliment conçu, en terre,

avec des balcons en bois.

L’accueil est top, rien à

redire sur le confort des

chambres. Le restaurant sur

le rooftop est délicieux et

sa cave de jazz ambiance.

Le tout en plein centre,

entre le Plateau et Mermoz,

que demander de plus ?

7 rue Nani, Fann Hock,

tél. : +221 33 889 36 30.

❻ Boma

Ce petit nouveau

(restauration et nouveau

propriétaire) des hôtels

dakarois est une oasis

au cœur de la ville

tumultueuse. Il propose des

bungalows dans un grand

jardin, avec une grande

piscine (ou une piscine

privée si vous prenez la

suite). La table est festive,

surtout le week-end grâce

au club et à ses concerts.

Route de Ngor, Almadies,

tél. : +221 33 859 02 50.

hotelbomadakar.com

Et aussi…

❼ Novotel

C’est une valeur sûre pour

les hommes d’affaires,

classique et efficace.

2073 avenue

Abdoulaye Fadiga,

tél. : +221 33 849 49 94.

accorhotels.com

❽ Yaas

Bien situé, l’hôtel est parfait

pour les businessmen ou

les voyageurs solos. Les

chambres, bien agencées, ont

une déco design très tonique.

Route des Almadies,

tél. : +221 33 859 07 00.

yaashotels.com

❾ Onomo

Proche de l’aéroport

et au confort moderne,

pour les voyageurs

d’Afrique et du monde.

Route de l’aéroport,

tél. : +221 33 869 06 10.

onomohotels.com

❿ Radisson Diamniadio

Seconde enseigne du groupe

qui vient d’ouvrir dans la

nouvelle ville de Diamniadio,

à deux pas du nouvel aéroport

AIBD. 152 chambres et

suites, décor contemporain

et clientèle business.

Prolongement de

l’autoroute à péage,

à côté du Centre de

conférence international

Abou Diouf, Diamniadio,

tél. : +221 32 824 48 48.

radissonhotels.com





ALAMY - DR (3) - CLEMENT TARDIF - DR

142 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


ET EN SORTANT DE DAKAR…

❛OVERNIGHT

Ci-dessus,

Patrick’s

Lodge.

Ci-contre,

les Manguiers

de Guéréo.

SHUTTERSTOCK - DR (2)

Pour un mini-safari

Cette étonnante petite réserve

naturelle privée de 3 500 hectares est

située à 65 kilomètres de Dakar, ou

à 15 kilomètres de la célèbre station

balnéaire de Saly Portudal. On peut

s’y rendre pour un safari-photo en

voiture privée ou louée sur place.

Entre les baobabs géants millénaires

et les épineux, vous croiserez en toute

liberté rhinocéros blancs, zèbres,

gazelles, cobs, singes, crocodiles ou

autruches. La réserve propose des

forfaits différents, y compris une visite

combinée avec celle du lac Rose.

Réserve et parc animalier Sindia, tél. : +221 33 959 15 40.

Réserve et parc animalier Sindia, tél. : +221 33 959 15 40.

reservedebandia.com

Patrick’s Lodge

C’est un refuge pour

les tribus, espace et

convivialité garantis.

Autour de la maison

d’accueil rayonnent

une salle à manger

extérieure, une

immense piscine,

un spa, des maisons

privatisables, une

maison des enfants

(dortoirs), un potager

et un verger labyrinthe.

Le tout donnant

sur une plage de

sable blanc…

Palmarin Facao, route

de Joal-Djiffer, Fatick,

tél. : +221 78 196 70 01.

patrickslodge.com

Au fil du fleuve

Escale obligée dans

cette maison d’hôte

qui invite au voyage

et nous fait ressentir

le cœur historique

de Saint-Louis.

Déco soignée au

mobilier design.

15 rue Ribet, Saint-Louis,

tél. : +221 77 379 95 34.

fildufleuve.com

Les Manguiers

de Guéréo

En bord de lagune,

cet écolodge compte

12 chambres et 8 suites,

sur un domaine de

9 hectares. Ici, tout est

simple et tranquille.

Les propriétaires ont

aménagé un parcours

pour observer les oiseaux,

nombreux. Rien de plus

naturel, car juste à côté

se trouve la réserve

nationale de la Somone.

À noter que, pour les

gourmands, la pension

complète est généreuse.

Piste de Guéréo, Guéréo,

tél. : +221 33 959 04 01.

lesmanguiersdeguereo.sn

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 143


LE TRAVELER GUIDE

❛TABLES

ET GOURMANDISES

Le Beluga

L’une des tables élégantes et incontournables

de la capitale initie à la cuisine péruvienne.

Au menu, une déclinaison de ceviche

(poisson cru mariné), du tiradito (sorte de

sashimi) ou des cassolettes de riz aux fruits

de mer, très copieuses. Côté viandes,

on y trouve les plus belles pièces de bœuf

made in Argentine.

162 rue Mousse Diop, tél. : +221 33 823 40 40. Du lundi au

samedi, de 12 h 30 à 15 h 30, puis de 19 h à 23 h, et jusqu’à

minuit les vendredi et samedi. groupelaparrilla.com/beluga

LE BIDEEW

DANS LE JARDIN de l’Institut français de Dakar,

vous pourrez déguster une cuisine franco-sénégalaise

à l’ombre de l’immense fromager. Le chef Ndir Tamsir

travaille surtout des produits locaux frais, un plat du jour

est à découvrir du lundi au samedi. Pour les amateurs,

le vendredi, c’est buffet africain, et le dimanche, il y a

un brunch, avec chaque semaine un nouveau thème.

89 rue Joseph Gomis, jardin de l’Institut français,

tél. : +221 33 823 19 09. Du lundi au samedi, de 9 h à minuit.

CHEZ FARID

➀ Le meilleur restaurant

libanais de Dakar, qui existe

depuis trois générations.

La salle à manger climatisée

est confortable pour

apprécier les généreux

mezze composés de taboulé,

de houmous, de feuilles

de vigne farcies ou de

makanek, que vous aurez

commandé. Parfait pour

s’y retrouver entre amis.

Rue Vincens,

tél. : +221 33 823 89 89.

Tous les jours, de 12 h à 23 h.

restaurantfarid.com

IL PAPPAGALLO

➁ Dans le centre-ville,

à l’hôtel Seku Bi, se trouve

une excellente adresse de

cuisine italienne. Le cadre

est apaisant grâce au

jardin luxuriant, à la

déco un peu bistrot

chic, avec des tables

en marbre et vue sur

l’océan. Pour l’apéro,

c’est assiette d’arancinis

moelleux ou carpaccio

de poulpe léger et bien

assaisonné. Pour le dîner,

les assiettes sont plus

travaillées : gnocchis

maison au beurre de

sauge ou tomates cerises

marinées et mousse de

burrata. Le week-end, le

club, avec ses DJ ou ses

concerts, anime le repas.

33 rue Bérenger Féraud,

tél. : +221 77 146 79 79.

Tous les jours, de 12 h

à 15 h, puis de 19 h à 23 h.

il-pappagallo.com



DR (4)

144 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


ET EN SORTANT

DE DAKAR…

SUNU MAKANE CHEZ SECK

Envie d’une escapade

(pas si) loin du tumulte

de la ville ? Prenez la pirogue

du restaurant Chez Seck,

et partez pour l’île de

N’Gor. Ambiance simple

et conviviale. L’adresse est

parfaite pour manger des

langoustes ou un thiof grillé.

Les transats sur la plage,

à quelques pas, prolongent

le plaisir d’être ici.

Île de N’Gor (1 re plage),

tél. : +221 77 647 81 66.

Tous les jours, de 9 h à minuit.

sunumakane-chezseck.com

ALAMY - DR

L’appel du large

VÉRITABLE INSTITUTION dakaroise,

le Lagon 1 (le Lagon 2 est l’hôtel), c’est

d’abord un lieu original. Franchissez

la passerelle qui y mène et vous aurez

l’impression de vous embarquer sur

un paquebot. Le restaurant est en effet

sur pilotis, sur un wharf, construit

en 1956 par Michel Calendini,

qui s’avance au-dessus de l’océan.

La décoration reprend les codes

maritimes : sol façon teck de bateau,

fenêtres façon hublot, cannes à pêche

ici ou là, longs requins suspendus

en salle. Du côté de l’assiette, le chef

français Alexandre Marinier (un nom

prédestiné) allie les produits de la

mer ultrafrais aux épices : poisson

du Lagon au poivre vert, salade de

rougets et kassanes panés au cumin,

curry de poissons, ou les classiques

crustacés grillés, servis au poids.

Pour les amateurs de viande,

pas d’inquiétudes, il n’y a aucun

sectarisme dans cette ambiance chic

et décontractée. Entrecôtes et filet de

bœuf du Brésil sont au rendez-vous.

Alors installez-vous sur la vaste

terrasse face à l’île de Gorée,

laissez-vous bercer par le roulis

des vagues, et savourez.

Route de la Petite Corniche est,

tél. : +221 33 821 53 22.

Tous les jours, de 10 h à 22 h 30.

lelagondakar.com

NDAR NDAR MUSIC & CAFÉ

L’un des endroits les

plus cool de Saint-Louis.

Ce magasin de musique

(disques à écouter ou à

acheter) est un lieu idéal

pour prendre un café

d’Éthiopie moulu sur place,

en grignotant des douceurs.

À l’occasion se tiennent

des expositions. Ambiance

chaleureuse garantie grâce

à Oumar, le propriétaire.

Rue Potin x Rue Abdoulaye

Seck, Marie Parsine, Saint-

Louis, tél. : +221 77 352 15 54.

Tous les jours sauf dimanche,

de 10 h à 20 h.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 145


LE TRAVELER GUIDE





RESTOS DE PLAGE ET SPOTS IN

Sélection forcément subjective. Dakar bouge

en permanence. Restez branché !

➀ Le Ngor pieds dans l’eau

Face à l’océan, sur la terrasse, on y savoure entre amis

un thiof grillé, l’incontournable poisson national.

Corniche des Almadies, tél. : +221 77 504 30 06.

Du mercredi au lundi, de 10 h à 1 h.

➁ La Marée

De l’assiette jusqu’au sol en coquillages, tout tourne autour

des produits de la mer : oursins, huîtres de la Somone, crevettes

ou langoustes. À vous de choisir. L’ambiance y est tranquille,

le service parfois un peu long.

Pointe des Almadies, tél. : +221 33 820 06 80. Tous les jours, de 9 h 30 à 2 h.

➂ Cop 21

Le nom est original pour un bar à viande-rôtisserie, mais les grillades

y sont parfaites ! Dans ce lieu simple et convivial, on retrouve aussi

les plats nationaux que sont le thiéboudiène, le yassa et le mafé.

Corniche des Almadies, tél. : +221 33 865 97 78. Tous les jours,

de 9 h à 23 h, et jusqu’à 1 h 30-2 h du vendredi au dimanche.

➃ La Cabane du pêcheur

C’est le resto où l’on peut manger les pieds dans le sable des

poissons à la plancha ou des crustacés frais, en sirotant un cocktail.

Ndeureuhnou, plage de Ngor, tél. : +221 33 820 76 75.

Du mardi au dimanche, de 8 h à 23 h.

➄ Le Phare des mamelles

Un bel endroit, avec une vaste terrasse offrant une vue sur l’océan ou

la ville. La carte est internationale, avec des tonalités locales : burrata

à la crème de balsamique, zébu à la braise ou filet de capitaine

en croûte d’épices. À essayer : le brunch généreux du dimanche.

Route de l’aéroport, tél. : +221 77 343 72 72. Les mardi

et mercredi, de 11 h 30 à minuit, le jeudi, de 11 h 30 à 2 h 30,

le vendredi, de 11 h 30 à 3 h 30, le samedi, de 9 h 30 à 3 h 30

et le dimanche, de 9 h 30 à minuit. pharedesmamelles.sn


DR (5)

146 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022



TABLES

ET GOURMANDISES

L’Oceanium :

nouvelle génération

Pour un thiéb 100 % Sénégal !

C’EST UN LIEU un peu mythique,

à l’avant-garde de la préservation

de l’environnement, créé il y

a une dizaine d’années par

l’activiste écologique Haïdar

El Ali. On y venait pour

prendre des cours de plongée

sous-marine « responsable ».

Le club continue à dispenser

baptêmes ou remise à niveau,

mais depuis que ses enfants

ont repris l’affaire, l’activité

s’est diversifiée et le cadre a

été rénové. On peut y dormir

dans des chambres sobres sans

chichis ou profiter de la terrasse

avec piscine à débordement,

parfaite pour prendre l’apéro au

coucher du soleil. Pour prolonger

la soirée, le restaurant propose

une carte internationale.

Route de la Corniche Estate,

tél. : +221 78 379 67 37.

Ouvert tous les jours, de 8 h à 18 h,

et le samedi jusqu’à minuit.

oceaniumdc.com

SHUTTERSTOCK - DR

C’EST L’ALIMENT DE BASE, notamment

pour le plat national sénégalais, légendaire

en Afrique de l’Ouest et bien au-delà :

le thiéboudiène. Inscrit au patrimoine

immatériel de l’Unesco le 15 décembre

dernier, ce ragoût de poisson, originaire

de Saint-Louis, composé de riz cassé

en une ou deux brisures, de thiof, d’une

variété de légumes (de yet et de guedj

aussi) se retrouve à la table des familles

et des restaurants. Les connaisseurs

chauvins apprécient particulièrement le

« petit riz du fleuve ». Mais les Sénégalais

en consomment autour de 100 kg par

an et par personne. Et la production

venue de Sédhiou, de Thiès, de Fatick,

de Kaolack, de Kolda ou de la vallée du

fleuve ne suffit pas à satisfaire la demande.

Sur les quatre dernières années, le pays

a importé environ 1 million de tonnes

de la précieuse céréale, dont 98 % sous

forme de riz brisé. Le gouvernement

a donc lancé, le 16 décembre, le Projet

de développement de la chaîne de valeur

du riz (PDCVR), de 45 millions de dollars,

financé par l’État et la Banque islamique

de développement, visant à réduire les

importations et à renforcer la sécurité

alimentaire. Objectif : doper la production

locale, soutenir la transformation et la

commercialisation et créer, à terme,

20 000 emplois dans la filière.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 147


LE TRAVELER GUIDE

❶ Musée

des civilisations

noires (MCN)

Inauguré en 2018,

le MCN aura mis du temps

à naître. Imaginé par

Léopold Sédar Senghor

après le succès du Festival

mondial des arts nègres

en 1966, il est finalement

construit grâce à une

coopération avec la Chine.

Le bâtiment évoque

les cases à impluvium de

Casamance, mais d’une

autre dimension : il fait

quatre étages et près

de 14 000 m 2 . En son

cœur, une monumentale

sculpture d’un baobab

signée par l’artiste haïtien

Édouard Duval-Carrié.

Dans les différents espaces,

destinés essentiellement à

accueillir des expositions

temporaires, prend

aussi place la collection

permanente comptant des

vestiges archéologiques,

des costumes traditionnels

ou des photographies

contemporaines. L’objet

phare restant le sabre

d’El Hadj Oumar Tall,

fondateur de l’Empire

toucouleur et figure

de la résistance contre

la colonisation, restitué

en 2019 par la France.

Place de la Gare, Plateau,

tél. : +221 33 959 19 21.

Du mardi au dimanche,

de 10 h à 19 h. mcn.sn

❷ Maison Ousmane Sow

Visiter le Sphinx (surnom

donné à la maison) et

s’imprégner du talent créatif

du plus illustre sculpteur

sénégalais… Dans cette

maison-atelier, le visiteur

peut admirer la trentaine

d’œuvres originales tout en

foulant le sol recouvert de

carreaux créés par Sow luimême

et en appréciant les

murs aux couleurs chaudes

faits avec « sa matière ».

Lot 10, rue 65, tél. :

+221 77 557 14 96. Du mardi

au dimanche, de 9 h à 12 h 30,

puis de 15 h à 18 h, et le

dimanche, à partir de 10 h.

maisonousmanesow.com

❸ Musée Théodore

Monod d’art africain

Édifié en 1931 dans le style

néo-soudanais, le musée

fait partie de l’Institut

fondamental d’Afrique

noire (IFAN). Il possède

une collection diversifiée

d’environ 9000 objets

d’Afrique de l’Ouest. La

collection permanente

occupe le rez-de-chaussée

avec des tabourets

burkinabés, des masques

diolas de Casamance, des

statuettes bambaras… L’étage

est dédié aux expositions

temporaires. C’est l’un des

lieux officiels de Dak’Art.

1 place de Soweto,

tél. : +221 33 823 92 68.

Du mardi au dimanche,

de 9 h à 17 h. ifan.ucad.sn

❛ART

ET GALERIES




DR (3)

148 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022




ISSAM ZEJLY - KHALIFA HUSSEIN - ANTOINE TEMPÉ - KHALIFA HUSSEIN - DR

❹ Galerie Cécile

Fakhoury

On retrouve ici, au gré

des accrochages, des artistes

du continent, tels Serigne

Ibrahima Dieye, Carl-Édouard

Keïta ou Roméo Mivekannin,

dont le talent n’a pas

échappé à Cécile Fakhoury,

« multigaleriste », basée

à Abidjan et aussi à Paris.

Rue Carnot x Rue

Bérenger Féraud,

tél. : +221 33 842 90 91.

Du mardi au samedi,

de 10 h à 19 h.

cecilefakhoury.com

❺ Raw Material

Company

Très vivant, le lieu se

définit comme « un centre

pour l’art, le savoir et

la société », grâce à un

programme à la croisée

des arts. S’y déroulent

expositions d’œuvres,

projections de films,

conférences publiques…

Sans oublier Ker Issa, le

programme de résidence

qui a déjà accueilli une

quarantaine de participants.

La dernière exposition,

« L’École des mutants »,

est une installation de

Hamedine Kane et Stéphane

Verlet-Bottéro.

Villa 2a Zone B,

tél. : +221 33 864 02 48.

Du lundi au vendredi,

de 11 h à 18 h.

rawmaterialcompany.org

❻ Le Manège

Cet espace d’exposition

du centre culturel français

est l’une des galeries

incontournables de la

capitale. Grâce à sa

programmation très pointue,

il permet de découvrir

des plasticiens sénégalais,

africains ou français.

3-5 rue Parchappe,

tél. : +221 33 865 34 54.

Tous les jours, de 10 h à 18 h.

ifs.sn/lemanege

❼ Selebe Yoon

L’une des dernières galeries

nées, Selebe Yoon, fait

figure de friche avec

sa sélection de jeunes

plasticiens, dans un écrin



architectural incroyable :

1000 m 2 d’exposition dans

l’ancien Printania, premier

grand magasin de Dakar des

années 1950. Entre deux

salles, prière d’admirer le

magnifique escalier art déco.

Rue Parchappe x Rue Salva,

tél. : + 221 78 151 68 64.

Du mardi au samedi,

de 11 h à 19 h, en période

d’exposition.

selebe-yoon.com

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 149


LE TRAVELER GUIDE

CONCEPT STORES

Bijoux,

doudous & co

LE PETIT DERNIER des concept

stores du Plateau, Le Sandaga, est

un modèle de chic décontracté.

On y trouve les superbes créations

de L’Artisane (Khadija Aisha

Ba), des bijoux XXL, des sacs

originaux, des objets déco chinés

à Dakar. La décoration intérieure Le Sandaga.

a été confiée à l’architecte et influenceuse Mamy Tall, qui

a choisi de lui donner un air vintage. Nous voici redevenues

petites filles fouinant dans les malles de nos grands-mères…

Dans le même quartier, à côté de la petite boutique Minibap

(la maison mère se trouve aux Almadies), où l’on déniche

toujours quelque chose à offrir (créations en wax pour les

enfants, plateaux en souwère contemporains, verres soufflés

marocains…), une pause café-essayages s’impose chez

F Koncept, ouvert par le charismatique Faïez Ftouni, libanais

de Dakar et ancien de chez Colette à Paris, qui choisit les

meilleures pièces des marques sénégalaises et internationales.

Dans ce bel espace aux allures de loft, on trouve aussi des

céramiques contemporaines et les bougies parfumées made

in Sénégal, Touareg Candle.

Un nouveau lieu,

chic et décontracté :

Le Sandaga.

Juste à côté, Les Petits Parisiens

est le premier concept store

exclusivement dédié aux enfants,

proposant les marques les plus

pointues en vêtements

mais aussi des jeux design

et créatifs. Enfin, lorsque

deux créatrices de mode

talentueuses, So’ Fatoo et

Sisters of Afrika, mettent

leurs pièces en commun, cela

donne Arka Concept Store.

Une boutique aux couleurs

pastel qui invite régulièrement

d’autres créateurs et qui

permet de siroter un bissap

sur sa micro terrasse.

❛SHOPPING

ET BOUTIQUES

En dehors du Plateau

APRÈS UN ARRÊT au Shop Bi du designer Ousmane

Mbaye, qui présente ses coups de cœur déco, à quelques

pas de son beau showroom de la corniche Médina,

Lulu Home Interior & Café, en face de la piscine

olympique, est un lieu de rendez-vous couru. En plus

du très bon restaurant à la cuisine fusion tenu par le

chef Clément Colpé, qui a ramené de Belgique quelques

bières pour accompagner son afro-burger, l’espace

accueille une marque de meubles venue de Belgique

et tout ce qui compte de créations locales pour la déco

et les cosmétiques. Incontournable.

Sinon, pour dénicher les meilleures marques du

continent, rendez-vous dans le très chic In Africa. Pour se

passer la bague au doigt, c’est chez Imaara Concept Store,

et sa superbe marque de bijoux, que ça se passe. Et pour

se la jouer Grande Royale, pour shopper les plus beaux

boubous, direction La Co’op.

Ci-contre

et ci-dessous,

Les Petits

Parisiens est

le premier

concept store

exclusivement

dédié aux

enfants.

Il propose

des vêtements,

des jouets,

mais également

des jeux design

et créatifs.

DR (5)

150 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


LE SANDAGA

5 bis rue Victor Hugo.

Du lundi au samedi, de 9 h 30

à 13 h, puis de 14 h 30 à 18 h.

lesandaga.com

F KONCEPT

27 rue Jules Ferry, Plateau.

Le lundi, de 15 h à 19 h, et du

mardi au samedi, de 9 h à 19 h.

f-koncept.business.site

MINIBAP

Ikory Gallery, RDC, 26 bis

rue Jules Ferry. Du lundi

au samedi, de 10 h à 18 h.

LES PETITS PARISIENS

Ikory Gallery, 1 er étage, 26 bis

rue Jules Ferry. Du lundi au

samedi, de 9 h 30 à 18 h 30.

lespetitsparisiens.com

ARKA CONCEPT STORE

43 rue Félix Faure, Plateau.

Du lundi au samedi,

de 10 h à 19 h.

SHOP BI

881 Corniche x Rue Lamine

Barry. Du lundi au samedi, de

10 h à 14 h, puis de 15 h à 19 h.

LULU HOME INTERIOR & CAFÉ

Corniche Ouest, Fann

Residence, rue 8 (face à

l’Olympique Club). Du lundi

au samedi, de 8 h à 19 h (café)

et de 10 h à 19 h (magasin).

lulu.sn

IN AFRICA

Boulevard Canal 4,

immeuble 4E. Du lundi

au samedi, de 10 h à 19 h.

FROMHAII

DR

Le Shop Bi

présente

ses coups de

cœur déco et

accessoires.

IMAARA CONCEPT STORE

Rue P × Boulevard du Sud,

Point E. Le lundi, de 12 h

à 19 h, et du mardi au samedi

de 10 h à 19 h.

imaarajewelry.com

LA CO’OP

Rue 6, Point E. Du mardi au jeudi

de 10 h 30 à 19 h, le vendredi, de

10 h 30 à 13 h, puis de 15 h à 19 h,

et le samedi de 10 h 30 à 19 h 30.

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 151


LE TRAVELER GUIDE

Une cave de jazz, comme

on en rencontre à Paris

ou à New York… C’est à l’hôtel

Djoloff, ambiance garantie.

❛NIGHTLIFE

EN 2017 S’EST OUVERT ce club de jazz. Les voûtes en

terre ont-elles influencé la destination du lieu ? Ou est-ce

simplement la volonté de renouer avec le passé musical

d’hôtel-bar-dancing du Djoloff des années 1990 ? En tout

cas, chaque week-end, les meilleurs sons envahissent

les lieux. La programmation fait la part belle à de

talentueux musiciens. Parmi eux se sont récemment

produits Doudou Konaré, Yéyé Faye, Symsam & Family

ou encore Jamm Jazz. La clientèle, assez cosmopolite,

se compose d’aficionados locaux, de touristes de passage

ou d’expatriés curieux. Comme la cave est petite, pensez

à réserver assez tôt si vous voulez une table.

JAZZ CLUB-LA CAVE DU DJOLOFF

7 rue Nani, Fann Hock. Les vendredi et samedi,

de 21 h à 23 h 45.

ET APRÈS…

The Boma Club

Au programme : cocktails

en happy hour de 17 h

à 19 h, concerts en live

tous les mardis ou DJ sets

tous les jeudis. De quoi

ambiancer vos soirées

et vos nuits. Ce club à la

déco design est l’endroit

où aller danser tout

en sirotant un mojito

ou un red basil.

Route de Ngor, Almadies,

tél. : +221 33 859 02 50.

hotelbomadakar.com

Danser et profiter de la carte

des cocktails du Boma Club.

Kraken Pub

Oubliez le côté lounge,

vous êtes arrivé dans

le pub « le plus à l’ouest

du continent ». La boisson

de rigueur est donc

la bière, à la pression

de préférence. L’endroit

est en plein air, avec

vue sur l’océan. Le jeudi,

c’est soirée karaoké,

et le week-end,

des concerts sont

programmés.

Pointe des Almadies,

tél. : +221 77 778 06 57.

De mercredi à dimanche,

de 17 h à minuit.

La Cave

L’endroit est original :

à la fois épicerie fi ne

(sardines millésimées,

julienne de betteraves

ou truffes noires) et cave,

où déguster les meilleurs

vins. On y vient à l’apéro

pour y prendre un verre,

perché sur un tabouret

ou accoudé à la grande

table commune. La

sélection des vignobles

est large, du traditionnel

bordeaux français

à certains cépages

espagnols. À essayer

impérativement : le Clos

des baobabs, premier vin

100 % sénégalais, ou la

Kalao, bière artisanale

brassée près de Dakar.

Rue Béranger Ferraud x Rue

Aristide Le Dantec,

tél. : +221 33 842 62 22.

Du lundi au samedi,

de 10 h à minuit.

Chez Fatou

Avec sa grande terrasse,

Chez Fatou est un bon spot

de plage pour prendre

l’apéro, avant que le soleil

ne se couche, face à

l’océan et aux surfeurs qui

glissent inlassablement

sur les vagues…

Les Almadies,

tél. : +221 33 820 92 38.

Tous les jours,

de 8 h 30 à minuit.

DR (4)

152 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


COUP DE CŒUR

Luxe et nature

Diffi cile de choisir à quel coin de paradis se

vouer… En effet, depuis quelques années,

plusieurs lodges très chics ont ouvert dans

le pays, rendant ses lettres de noblesse à la

destination Sénégal et jetant aux oubliettes

l’époque all inclusive. Le Yokan Lodge, situé

à Palmarin, un village au sud de Dakar,

rassemble tous les indispensables d’un

séjour inoubliable : une douce ambiance,

des suites à la décoration raffi née qui

donne envie de tout emporter chez soi,

un accueil chaleureux, une longue plage

de sable blanc… Sans oublier le restaurant

qui sublime les produits locaux. On y vient

en amoureux (destination parfaite pour un

voyage de noces) ou en famille (matériel

de puériculture disponible, kids club avec

ateliers pour les petits et activités sportives

pour défouler les ados). Pour les adultes,

c’est au choix : la magnifi que piscine,

la plage interminable, un massage au spa

ou une séance de yoga face à l’océan.

Côté excursions, il est possible d’aller

en kayak apprécier les forêts de mangrove

(le Sine Saloum est juste à côté), de faire

une balade à cheval dans la réserve

naturelle de Palmarin pour y croiser

des pélicans gris et des flamants roses, ou de

s’offrir un tour en ULM au-dessus du Saloum

et des puits de sel pour les plus aventuriers.

Le luxe s’allie ici à la nature, l’hôtel adoptant

une démarche écoresponsable.

YOKAN LODGE

Route de Djifer, Palmarin, tél. : +221 78 196 70 01.

yokanlodge.com

MIREILLE ROOBAERT

HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022 153


pour conclure

PAR EMMANUELLE PONTIÉ

NANGADEF !

*

Bon, il n’y a pas photo : Dakar a fait un bond

en avant majeur ces dernières années. Un aéroport

international flambant neuf, une autoroute à péage,

une nouvelle ville, des infrastructures routières et sportives,

des hôpitaux, un TER, une compagnie aérienne

nationale qui s’envole outre-Atlantique. L’électricité

abonde en continu en ville et les délestages d’hier sont

oubliés. Les programmes et projets en matière d’emploi,

de tourisme, d’agriculture, d’électrification rurale,

de manufacturing noircissent les pages du Plan Sénégal

Emergent et se lancent les uns après les autres.

Le Sénégal prend ce mois-ci la présidence

tournante de l’Union africaine et retrouve sa place

dans le concert des nations. Pour le pays de la

Teranga, c’est une longue page qui se tourne, l’ambition

qui revient concernant le tourisme, le business, la

modernisation et l’ouverture sur le monde. Les jeunes

(rappelons que plus de la moitié de la population

a moins de 19 ans) lancent des entreprises dans

le digital, les services, le commerce, la culture. Ils

innovent, créent des emplois, concrétisent peu à peu

leurs rêves. La créativité explose. En art contemporain,

en design, en stylisme. D’innombrables talents s’exposent

dans les nouveaux concept stores, les galeries,

les centres d’art. Le made in Sénégal s’exporte,

séduit les goûts d’ailleurs, s’attaque à des marchés

lointains, lucratifs.

Pourtant, et c’est peut-être ici que se trouve

la clé de l’équilibre local si précieux, le Sénégal

n’a pas vraiment changé. Les étudiantes que l’on

croise devant l’Université Cheikh Anta Diop portent

des jeans stretch supermoulants, à la taille très basse

laissant souvent dépasser un bout de « dentelle », tout

en arborant un foulard coloré sur la tête qui entoure le

visage. Les mêmes jeunes filles, à la pointe de la mode

et de la branchitude internationale dans le choix de

leurs vêtements, de leurs boissons, de leur musique ou

de leur langage mâtiné d’anglicismes, se retrouvent

en famille les week-ends dans la cour de leurs parents,

assises autour d’un plat commun de thiéb traditionnel

où elles plantent leur cuillère, avant d’aller danser un

mbalax endiablé avec leurs tantes les jours de fête.

Autre exemple d’attachement viscéral à la

fois à la modernité et à la tradition, l’élite native de

Saint-Louis, qui évolue dans le business international

ou dans les hautes sphères du pays, n’a de cesse

d’investir dans l’habitat local, restaurant les somptueuses

maisons aux murs ocre et aux boiseries fines

de leurs ancêtres.

Et si l’on peut parler de tradition lorsqu’on

évoque les légendaires taxis hors d’âge de Dakar,

aux compteurs qui ne marchent jamais, conduits

par des chauffeurs faisant semblant de ne pas parler

français pour mieux balader les visiteurs qui ne

connaissent pas la ville… Eh bien, eux aussi se lancent

sans complexe sur l’autoroute qui mène, entre autres,

à la nouvelle ville de Diamniadio. Et se réjouissent du

progrès, de cet avenir meilleur qui se dessine pour

tous, sans pour autant imaginer changer de voiture.

Ils tiennent bon. Et cohabitent avec les berlines chics

que les hommes d’affaires de passage louent dans

les hôtels pour leurs déplacements.

Quelque part, Dakar s’est radicalement

transformé, tout en restant résolument Dakar. Et

le Sénégal avance vers l’émergence, entre dans la

mondialisation. Mais à sa manière. Ce qui est certainement

une réussite. La vraie. ■

* Salutation traditionnelle wolof.

154 HORS-SÉRIE AFRIQUE MAGAZINE I FÉVRIER 2022


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