Magazine PEEL #12

magazinepeel

#12 avril - MAi 17


ffluves printanières = [S] & [Cl]

Du Hip Hop et des allumettes. À lire ces mots on pourrait vite penser, effrayés par quelques vains discours

extrémistes, que l’émeute couve. Que nenni messire ! Laissons ces oiseaux de mauvais augure à

leurs poubelles, qui, au risque de les décevoir, ne vont pas brûler dans cette courte scène. Ici, il s’agit de

culture, chose qui leur est quasiment étrangère. Il s’agit tout d’abord, de beatbox, cette technique du Hip

Hop qui consiste à se muer en homme-orchestre avec rien d’autre que le son de sa bouche. Vous pourrez

ainsi découvrir, en poursuivant votre lecture, le travail d’Adrien Contesse qui a élaboré un alphabet

du beatbox avec son projet Vocal Grammatics. Il s’agit par ailleurs d’allumettes, ou plutôt d’hommes

allumettes, œuvres totémiques du plasticien berlinois Wolfgang Stiller que vous avez sans doute pu

voir exposées place des Vosges à Paris. Avec le mot Sushis, l’ambiance est tout de suite beaucoup plus

chic et apaisée (sauf pour les poissons). Ici, nous vous parlerons des créations de la nouvelle carte de

Guillaume Libert, le chef du restaurant japonais Matsuri, simplement exquises et (sub)aquatiques. On

pourrait presque, accompagnés par quelques paroles Gainsbourguiennes aller se retrouver au fond de

la piscine. Sous l’eau, ou sans eau. Vous vous souvenez sans doute de la soirée Underwater qui eut lieu

dans le bassin vide de la piscine Talleyrand à Reims le 28 février 2004 ? Révolutionnaire ! Cette soirée,

qui avait vu des groupes rémois (Klanguage et MyPark) ainsi que deux DJ (Ark et Krikor) se succéder

jusqu’à une heure tardive au fond du bassin restera parmi les événements mythiques de la vie nocturne

rémoise. Pour ceux qui ne connaitraient pas ou ceux qui voudraient se souvenir, nous avons procédé à

une sorte de « déstratification », à découvrir plus loin. Si les flashs stroboscopiques ne vous aveuglent

plus, vous pourrez percevoir, dans notre cahier spécial, l’hommage que nous rendons au grand photographe,

hélas disparu, Gérard Rondeau, dont une des dernières grandes expositions eut lieu au cellier,

à Reims, fin 2015. Explorer, c’est ce que font à leur manière les artistes de l’expocollective organisée

dans le prolongement de la nuit numérique au Centre St Exupéry : un événement Magique, Joyeux et

Créatif. Après quelques images d’une charmante playlist musicale dessinée par Anne-Sophie Velly, nous

convions enfin Feu Robertson et son univers psyché-stratosphérique pour vous inviter à tourner les

pages de ce douzième numéro du magazine Peel, qui peut, le cas échéant, vous servir d’éventail en cas

de forte chaleur soudaine. Joli printemps !

Ce numéro comporte un supplément de 24 pages

sur l’œuvre du photographe Gérard Rondeau en double page centrale.

Le magazine Peel est édité

par Belleripe SARL.

Tous droits réservés.

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partielle est interdite, sans

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EN COUVERTURE

© Gérard Rondeau

ÉDITEUR / Dir. de publication

Benoît Pelletier

rédacteur en chef

arts / musique / édito

Alexis Jama-Bieri

directeur créatif

Benoît Pelletier

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08 / grand peel board

10 / peel good

12 / Wolfgang stiller

Métaphore de l'impermanence

18 / magnifique society

20 / Adrien contesse

24 / GÉRARD RONDEAU

32 / EXPOCOLLECTIVE

[kin stezi]

38 / Manuela Marques

La force de Coriolis à l'épreuve du Cellier

40 / Feu Robertson

les troubles de l’amour romantique

44 / 28.02.2004

UNDERWATER

contributeurs

48 / guillaume LIBERT

chef référent des restaurants matsuri

ALEXIS

JAMA-BIERI

dirigeant culturel

Reims

BENOÎT

PELLETIER

directeur créatif

photographe

Reims

JULES

FÉVRIER

journaliste

& photographe

REIMS

AGATHE CEBE

rédactrice &

journaliste freelance

REIMS

Jérôme

Descamps

réalisateur

& montreur de films

Reims

JEAN

DELESTRADE

souplesse &

décontraction

Reims

SYLVÈRE

HIEULLE

OVNI (& accessoirement

photographe)

Reims

Anne-sophie

velly

DA de Maison Vide

art contemporain,

musiques & confettis

Reims


La playlist dessinée

d'anne-sophie velly

www.mixcloud.com/salsifi-velly/

Karaocake

Summertime

La voix de Camille Chambon et les arrangements

de Stéphane Laporte nous emportent dans un spleen

dans lequel on se love sans réfléchir. Un « summertime »

ravissant, tout en nuance… C’est beau.

Aldous RH

Sensuality

Prince made in Manchester mixé avec Connan Mockasin :

un mariage de goûts tout à fait maîtrisé qui attise la gourmandise.

À l'écoute de « Sensuality » on se laisse aller à

bouger la tête puis les épaules pour descendre lentement

jusqu’au creux des reins… Souriez, vous ondulez.

Alden Penner

Lost the skin

En boucle pendant 8 jours je dirais… Fragile et d’une

jolie simplicité on s’accroche à la voix d'Alden Penner

comme si elle ne tenait qu’à un fil. C’est lumineux comme

un matin d’automne. Comme lorsqu'on entre dans l’hiver

mais qu’on s’accroche à l’été avec obstination.

Malik Djoudi

Peur de rien

« Tu sais j’ai peur de rien, à part du vide, qu’il anime mes

lendemains ». Malik nous emmène avec lui dans cette apesanteur

personnelle. On le suit les yeux fermés dans un

rassurant brouillard, parce que tu sais, j’ai peur de rien…

Juliette Armanet

L’indien

« Flèche, pas farouche Full bouche à bouche ».

L’amour acidulé, ça pique et c’est bon. Pour l’amour d’un

sioux, on ferait n’importe quoi.

Kumisolo

Ping-Pong Machine

« Tu ne peux pas perdre au ping-pong machine ».

Une partie de ping-pong en Yukata dans un western

franco-japonais des année 60 ? Nous y sommes.

C’est frais, c’est pop, c’est Kumisolo. Jouez votre coeur

au ping pong, il n’y a pas de perdant.

Andy Shauf

The magician

Difficile de choisir un morceau d'Andy Shauf, j’éprouve

un intérêt complètement déraisonnable pour chacun

d’eux. Une voix timide, des mélodies fortes, une atmosphère

cotonneuse, un personnage fragile. C’est fin, c’est

juste, c’est simple. Andy Shauf c’est un musicien-équilibriste

qui irait du sommet d’une montagne à un autre en

marchant sur une corde sensible, sans filet de sécurité,

en observant ce qui se passe en bas sans jamais vaciller.

Drugdealer & Weyes blood

Suddenly

Retour vers le futur, nous sommes dans les 60’s.

Dans le salon une boule à neige prend la poussière sur

la cheminée, et puis tout a coup quelqu’un décide de

la secouer et l’atmosphère change. Dans « suddlenly »

Natalie Mering, l’énigmatique chanteuse de Weyes blood

nous souffle à l’oreille une douce et agréable solitude.

On passe d’un plan fixe à un traveling au ralenti tout en

finesse. On flotte.

Black bones

you're the tomb

Quand une bande de joueurs de baseball coiffés de sombreros

fluos se mettent à jouer des maracas la nuit sur

une plage à Cancun tout en buvant des verres de Mezcal.

Forcément, c’est joyeux, et ça ressemble à un aller simple

dans une dimension parallèle.

Un projet indéfinissable et addictif, on reprendrait bien

un verre de Mezcal avec eux sous la lune.


8 évènements à ne pas rater

en avril - Mai

QUOI " Province ",

une exposition sur

un livre.

Quand Jusqu'au 30

avril.

Où Lieu minuscule.

: L'agence d'architecture

GENS publie

" Province ", un livre

d'images illustrant le

travail d'un peu plus

d'une décennie.

le-lieu-minuscule.tumblr.com

QUOI Moyen Âge

et publicité.

Quand Du 29 mars

au 31 décembre.

Où Tour Jean Sans

Peur, 20 rue Étienne

Marcel - Paris.

: Comment communiquer

sur les événements

commerciaux, les

festivités, les condamnations

en justice dans

un monde où le petit

peuple ne sait pas lire

et où les journaux

n'existent pas ?

www.tourjeansanspeur.com

© dr © dr

© dr

© dr

QUOI The radical Eye

Quand Jusqu’au

21 mai.

Où La Tate Modern -

Londres

: Cette exposition met

en lumière une sélection

de photographies datant

de 1920 à 1950, prêtées

gracieusement par Elton

John. Un must-see

à Londres.

www.tate.org.uk

QUOI Le Grand Jeu,

de Céline Minard

(Éditions Payot Rivages)

Où Dispo dans toutes

les bonnes librairies.

: Un roman magnifique

sur la solitude, quand

une femme quitte

tout pour vivre dans

un refuge high tech

accroché à la paroi d’un

massif montagneux.

Face à soi-même et face

aux éléments. Un récit

beau et intense.

www.payot-rivages.net

QUOI Mécaniques

remontées.

Quand Du 23 mars

au 06 août.

Où Le CENTQUATRE,

5 rue Curial - Paris.

: Zimoun investit

les espaces avec ses

sculptures sonores pour

sa plus grande exposition.

Constituées de

petits objets, ses œuvres

envoûtent le visiteur,

tout en modifiant sa

perception de l’espace.

www.104.fr

QUOI Duo des halles,

une démarche artistique

au cœur des marchés...

Quand 2017-2018.

Le calendrier des

interventions adoptera

le rythme des saisons.

Premières sessions fin

avril-début mai.

Où Halles du Boulingrin.

: La démarche

de Romuald Ducros,

est de photographier

les clients des marchés

de façon étudiée et

artistique dans une

structure démontable

installée parmi les

commerçants.

© dr © dr

© dr

QUOI Les rendez-vous

culinaires du Boulingrin.

Quand Chaque 1 er

vendredi du mois

de 10h à 12h.

Où Halles du Boulingrin.

: Chaque 1 er vendredi

du mois, un chef vient

concocter en public une

recette de son choix.

QUOI Les Puces

de Reims.

Quand Chaque 1 er

dimanche du mois

à partir de 9h à 17h.

Où Halles du Boulingrin.

www.europuces.com

© r. ducros


LA

CARTONNERIE

PRINTEMPS MMXVII

AOU

CHA CHA CHA

ET MES YEUX DANS TES YEUX

D E L U X E

JOSÉ JAMES I TEENAGE KICKS #4

MOUNTAIN BIKE I WILLIAM Z VILLAIN

POGO CAR CRASH CONTROL

LADY SIR I TOOTS & THE MAYTALS

LA MAGNIFIQUE SOCIETY

19, 20 & 21 MAI AU PARC DE CHAMPAGNE

AIR I MODERAT I JAMIE CULLUM

AGNES OBEL I CAMILLE I VITALIC ODC LIVE

BOYS NOIZE I GREGORY PORTER

MØME I HER I THEE OH SEES

FISHBACH I TALISCO I JACQUES

PARADIS I LORENZO I THYLACINE

et tellement d’autres choses encore

AOU CHA CHA CHA ! est une citation empruntée à “L’Amour à la Plage” de Niagara

LA CARTONNERIE

scène des musiques actuelles i reims

84 RUE DU DR. LEMOINE 51100 REIMS I T. 03 26 36 72 40

WWW.CARTONNERIE.FR

LACARTONNERIEDEREIMS

@ C A R T O R E I M S


par

agathe cebe

andy shauf

Il est Canadien, originaire du Saskatchewan.

Et s’il est peu connu du grand

public, il est l’un des artistes les plus

talentueux de la musique folk contemporaine,

l’égal d’un Sufjan Stevens.

Comme le songwriter américain,

il creuse son propre sillon, sur les traces

d’un Elliot Smith trop tôt disparu.

L’ancien musicien punk aux mélodies

désormais bien adoucies est rare en

Europe. Son passage à Reims est

exceptionnel. Pour le reste, le « concert

à emporter » qu’il a donné pour

la Blogothèque voici un an devrait

achever de vous convaincre.

Le vendredi 16 juin, au Cryptoportique,

dans le cadre de Place aux Spectacle,

sur une invitation de Velours

Brel ressuscité

Il n’y a pas besoin d’hologramme pour faire

revivre un artiste. Et, pour preuve, du 4 au 13 mai,

au Bar de la Comédie, on entendra du Brel. C’est

Olivier Vaillant, auteur, compositeur, interprète

et multi-instrumentiste, qui se charge de donner

un second souffle au chanteur. Accompagné de

musiciens, d’un vidéaste designer sonore et d’un

scénographe, il met à profit son nouvel univers

musical, et, en gardant l’authenticité des textes

de Brel, propose aux spectateurs un voyage

sonore électronique. L’ensemble va bien au-delà

des grandes orchestrations de l’époque, et une

écoute inédite de Brel s’impose, dans une ambiance

conviviale de cabaret. C’est du sang neuf

qui circule dans les veines de notre cher Jacques,

qui ne nous quitte jamais vraiment pour de bon.

Cabaret Brel – du 4 au 13 mai – Bar de la Comédie

Infos et réservations : 03 26 48 49 00

Transistor

fantôme

Bruit Fantôme hante à nouveau le

spectre de la musique rémoise. Transistor

Galaxii sort un nouvel EP, Origamii,

cinq morceaux qui vibrent de plusieurs

influences. Stan Adry, derrière le masque

de Bruit Fantôme, derrière le masque

de Transistor Galaxii, musicien et

membre du collectif Vapeur, propose

un parcours nocturne, embarquant dans

une hypnose mélancolique et spleenétique.

Flottant entre des univers spatioculturels,

le son de Transistor Galaxii

résonne dans l’inconscient de chacun,

se plie et se déplie, pour se recomposer

à chaque écoute. Ce poltergeist musical

est chez Highlife Recordings, en écoute

et en téléchargement sur Spotify,

Deezer et Itunes.

Infos : facebook @transistorgalaxii

et @highliferec

Aux pieds du mur

Parce que mai est le mois des festivals,

il en est un qui virevolte, du 16 au 23 mai.

Hors les Murs propose des spectacles et

performances de danse contemporaine,

sur diverses scènes rémoises, au Cellier,

au Conservatoire, au Manège. Le Laboratoire

Chorégraphique compose cette 12 e

édition du festival à travers les thèmes

des légendes, du désir et de la sagesse :

vaste programme pour célébrer le corps

et l’espace. Bien installé sur la scène

culturelle rémoise, le festival Hors les

Murs fait découvrir au public des artistes

émergents, des prestations surprenantes,

des créations rémoises, et des compagnies

étrangères. Dans ou hors les murs,

l’art vivant de la danse sait toujours se

faire une place.

Festival Hors les murs – 16-23 mai

Infos et résas : 03 26 40 02 41


Lapie qui parle

L’artiste rémois Christian Lapie se prête

à un dialogue avec Yves Laval, président

de la Société des Amis des Arts et de

Musée. Le 3 mai, dès 18h30, dans la salle

La Môme Moineau du Cellier, l’artiste évoquera,

sur le thème de « L’homme dressé »

ses sculptures monumentales. Erigés

partout dans le monde, ces géants de

bois brut et comme brûlé sont issus d’une

inspiration mystique de la forêt amazonienne.

Aujourd’hui, une de ces œuvres

est visible dans la cour du musée des

Beaux-Arts de Reims, et cette conférence

est l’occasion, pour les rémois, de mieux

comprendre le processus créateur d’un

artiste proche de sa ville, et qui emporte

malgré tout dans la grande diversité

esthétique du monde.

Conférence / échange au Cellier

2 rue de Mars – 3 mai à 18h30

Infos et réservations

03 26 24 58 20

Dédale de Glass

9

Pendant ses trois jours d’Avant-Garde, la Magnifique

Society propose des concerts qui n’ont jamais si

bien porté leur nom. Car avant-gardistes, ils le sont,

si l’on en croit l’œuvre de Philip Glass, jouée le 18

mai, au Palais du Tau. Le Centre des monuments

nationaux, partenaire du concert, a rendu possible

son accueil dans ce haut lieu patrimonial. D’ailleurs,

plus qu’un concert, il s’agit d’une performance

musicale et sonore inédite, où une grande partie

de l’orchestration est laissée à la magie du hasard.

« Music with Changing Parts » est une composition

construite en 1970 et qui doit sa longévité à son

ouverture. En effet, la partition fait la part belle à

la liberté d’évoluer, au gré des interprétations et des

représentations. Philip Glass a écrit des modules

répétitifs, qui sont joués, les uns après les autres,

et qui se distinguent par leurs instrumentalisations

et leurs durées. En concert, habituellement, c’est

Philip Glass qui permet de passer d’un module

à un autre, quand ça lui chante, quand la création

musicale le permet. Chaque représentation est

unique, et c’est pour cela que la Magnifique Society,

dans le versant expérimental de son festival, a

décidé de vous le proposer, comme une aventure

sonore inédite, ondulant entre le passé et le futur.

Le 18 mai, c’est l’ensemble DEDALUS qui prend

à bras le corps ce monument musical pour en

donner une interprétation nouvelle et singulière.

Saxophones, piano, percussions, flûte et guitare

s’entêtent autour de la partition de Philip Glass.

Un moment hypnotique, assurément. Le concert

sera précédé d’une conférence, à 18h30, à la médiathèque

Falala, de Joseph Ghosn, sur les répétitifs

américains, dont mister Glass. Un before instructif.

« Music with Changing Parts », de Philip Glass,

par l’ensemble Dédalus Le 18 mai au Palais du Tau

2 place du Cardinal Luçon

Infos et réservations : lamagnifiquesociety.com


ASPERGE VERTE

DE ROBERT BLANC,

CHAMPIGNON, BOUILLON LÉGER

par arnaud lallement

Recette pour 4 personnes

Temps de préparation : 20 mn

Temps de cuisson : 20 mn

ASPERGE

8 asperges | 20 g de beurre

Couper les pointes de huit asperges. Faire blanchir pendant 2 à

3 mn. Glacer au moment avec du beurre. Dans les deux asperges

restantes couper huit lamelles fines.

morille

150 g de petites morilles | 10 g de beurre | sel | poivre

Parer les morilles. Réserver les parures. Poêler au beurre. Assaisonner.

Bouillon de champignons

200 g de champignons de paris et parures de morilles | 50 g de

beurre | 500 g d’eau

Faire revenir les champignons et les parures au beurre. Ajouter

l’eau. Faire cuire et réduire à 100 g. Monter le bouillon au beurre.

Jus vert

200 g de pousses d’épinard

Faire blanchir les pousses d’épinards. Mixer avec un peu d’eau. Passer

au chinois. Verser un peu de cette purée dans une pipette.

CROUTONS

2 tranches de pain de mie

Couper huit ronds de 2 cm. Poser sur une plaque. Arroser d’un filet

d’huile d’olive. Cuire au four à 180°C pendant 5 mn.

Avec Julien, nous nous connaissons depuis

vingt ans, raconte Arnaud Lallement,

nous avons vécus ensemble des moments

extraordinaires. Je trouve sa cuvée Saint

Vincent superbe, particulièrement le millésime

1996, très droit dans les premières

gorgées, et qui se révèle croquant au fil

de la dégustation. Ce parallèle me fait

penser à l’asperge verte, moins connue

que la blanche en Champagne. J’ai découvert

celles du producteur Robert Blanc il

y a vingt ans chez Alain Chapel et j’en suis

tombé amoureux. À l’époque, personne

n’en faisait d’aussi belles. Elles étaient

magnifiques, alignées bien droites, les

unes à côté des autres, assemblées,

calibrées, fagotées en cortège harmonieux.

J’aime le côté sauvage, presque

mystérieux de l’asperge. C’est un végétal

particulièrement délicat en cuisson si l’on

veut en saisir toute la subtilité. Son apparente

raideur dévoile en bouche une riche

palette où les amers se combinent à des

notes douces et pulpeuses, où le craquant

se fait tendre et fondant…

Dressage

Poudre de champignons

Faire un rond de poudre de champignons dans chaque assiette.

Disposer deux pointes et deux lamelles d’asperges. Ajouter deux

croûtons. Disposer trois morilles autour. À l’aide de la pipette,

faire un trait de jus vert. Servir le bouillon à table.

ASPERGE VERTE DE ROBERT BLANC, CHAMPIGNON, BOUILLON LÉGER © matthieu cellard


écit de cuisine

Le thé à la menthe

de Alassane

un récit autour d'une recette

ou une recette autour d'un récit

par Jérôme descamps

Ingrédients

2 boîtes de 25 gr de thé vert de Chine

1 bouquet de menthe fraiche

Sucre (à votre goût)

1 broc d’eau claire

Ustensiles nécessaires

1 saladier ou récipient en métal avec un peu d’eau

4 petits verres à thé

1 braséro + charbon de bois

2 petites théières en métal

1 gobelet en métal pour transvaser le thé

Au Sénégal et au Fouta particulièrement, le thé

à la menthe accompagne tout moment de convivialité.

C’est une cérémonie quotidienne à laquelle

Alassane, jeune homme souple et rieur, apporte

le plus grand soin tout en se mêlant aux conversations

de la cour. Il faut être patient, ce temps fait

partie de l’échange, il doit être prolongé. Le service

se fait en trois thés, du plus fort au plus léger

(à Dakar on dit que le premier thé est amer comme

la mort, le deuxième doux comme la vie et le troisième

sucré comme l’amour).

Alassane allume le charbon de bois dans le braséro,

verse la boîte de thé et l’eau dans l’une

des théières qu’il met à bouillir directement

sur les braises.

Pendant ce temps, il nettoie ses ustensiles, rince

les verres et la menthe et mange une tranche

de pastèque.

Dans la seconde théière, il met le sucre (ici on sert

le premier thé assez sucré) puis il verse le thé bouillant

dans cette théière et reverse de l’eau dans

la première qu’il remet à bouillir (il prépare toujours

par avance les autres services).

Le transvasement commence de la seconde théière

vers le gobelet en aérant bien le thé pour progressivement

dissoudre complètement le sucre et créer de

la mousse. J’ai compté plus de vingt transvasements

d’un récipient à l’autre, Alassane dit qu’il aime ce

geste d’équilibriste.

Il goûte et réajuste le sucre si nécessaire. Quand

une très légère odeur de caramel flatte les narines

et que la mousse se densifie, il commence à en

verser dans chaque verre.

Puis, il plonge la poignée de menthe fraiche dans

le thé et recommence les transvasements. Tous les

deux / trois transvasements, il recueille la mousse,

la dépose dans chaque verre et verse le trop plein

de liquide des fonds de verre dans le gobelet.

Quand les verres sont pleins de mousse, il fait

réchauffer le thé en prélevant un peu du précieux

liquide. Il regarde ses sms puis verse le trop plein

prélevé dans un verre pour faire descendre la

mousse au fond et renouvelle l’opération dans

chaque verre.

Il verse le thé jusqu’à ce que la mousse déborde

légèrement et fait servir immédiatement. La fabrication

dure autant qu’il y a d’invités.

Aspirer la mousse, c’est déjà boire le thé à la

menthe, la cuisine moléculaire existe dans toute

l’Afrique depuis quelques centaines d’années,

cet espuma de thé est une merveille.

Ce sont les plus jeunes qui servent le thé. Où que

vous vous trouviez dans la concession, ils vous

retrouveront pour que vous buviez vos trois thés.

Comme dans les communions ou les mariages en

France, les petits serveurs, finissent les verres car

le thé est réservé aux adultes. J. D.

La recette simple

de Guillaume Libert

chef référent des restaurants matsuri

Tartare de coquilles Saint-Jacques

Saint-Jacques sans corail | Pommes Granny Smith | Jus

de yuzu | Huile d’olive | Pâte de miso blanc | Ciboulette

Découpez les Saint-Jacques et les pommes

en dés. Réservez au frais dans des bols

séparés. Préparer la sauce en mélangeant

le jus de yuzupon, l’huile d’olive et un peu

de pâte de miso blanc. Juste avant de servir,

brasser délicatement dans un saladier

les dés de Saint-Jacques et de pommes

et la sauce. Servez en petits bols parsemés

de ciboulette ciselée.

" Ceci n’est pas

un bouquet ",

mais une création de Marie

Guillemot, une fleuriste

(qui " ne voulait pas faire

fleuriste " cf Peel 8)

à la démarche singulière,

spécialiste du pas de côté

végétal. Un bouquet

presque traditionnel pour

ce numéro 12. Presque.

www.marieguillemot.fr


art contemporain

1_

2_


2

art contemporain

Wolfgang

stiller

Métaphore de l'impermanence

Il y a quelques semaines, alors

que je me rendais d’un pas

rapide au Centre Pompidou,

mon regard fut attiré ou plutôt

aspiré, alors que je traversais

la place des Vosges, par

l’exposition des Matchstick

men de l’artiste berlinois

Wolfgang Stiller à la galerie Mark

Hachem. Poussé par le besoin

d’explorer son œuvre, je franchissais

l‘entrée de la galerie

d‘art, pour une rencontre avec

les Matchstick men, sortes

d’allumettes géantes dont

l’extrêmité représente une tête

consummée. On imagine alors

l’odeur du souffre qui habituellement

accompagne le craquement

de l’allumette, l’écair

instantanné et la combustion

rapide de la tête d‘allumette.

Mystique et totémique.

Wolfgang Stiller est un artiste

allemand né en 1961 en RFA

qui a suivi des études d’art à

Düsseldorf. Il a vécu et travaillé

notamment à New-York et Pékin

et s’est installé depuis plusieurs

années à Berlin.

Interview.

Quelle est la première œuvre que vous

avez réalisée ?

Je ne suis certainement pas ce genre

d'artiste qui a déjà commencé à peindre

à l’âge de trois ans. Evidemment, nous

avons tous peints en étant enfants, mais

sans créer d‘oeuvre intentionnellement.

J'ai envisagé l'art comme un sujet

majeur lorsque j'ai commencé à étudier

le design graphique. Je réalisais notamment

des études de natures mortes et

des dessins de nus. Puis je me suis inscrit

à l'académie d'art de Düsseldorf qui

était à l'époque la meilleure école d'art

en Allemagne. J'ai toujours travaillé

avec les lignes et l'espace. À un certain

moment j'ai commencé à appliquer du

fil à la toile pour y connecter des objets.

Au fil du temps, j'ai abandonné la

toile et commencé en 1984 à créer des

dessins à partir de fils : je les considère

comme mes premières sculptures

réelles, même si ces fils ont simplement

opéré une description de l'espace.

par des artistes tels qu'Alberto Giacometti,

Francis Bacon et Joseph Beuys.

Partez-vous d’une idée ou plutôt d‘un

matériau pour concevoir vos œuvres ?

J'ai deux façons différentes d'aborder

une nouvelle série d'œuvres.

La première est celle que j'utilise le plus

souvent : je pars d‘une idée ou d‘un

concept qui me vient à l'esprit et je

recherche le matériel idoine pour transformer

l'idée ou le concept en un travail

en trois dimensions. L'autre approche

part de matériaux que je rencontre

accidentellementet qui ne demandent

qu'à être transformés en œuvre d'art.

Par exemple, j'ai effectué, il y a quelques

années, une résidence d'artiste de deux

mois à Taiwan et je prévoyait réaliser

des travaux en latex pour l'exposition

de rendu de résidence, quand j'ai

accidentellement découvert des pièges à

crevettes qui ont changé la direction de

ma réflexion. J'ai alors utilisé ces pièges

à crevettes pour créer une installation,

radicalement différente de mon idée

originelle.

Quelles sont vos influences majeures ?

Pour n'en citer que quelques-unes,

j'ai pour diverses raisons été influencé


art contemporain

3_

Avec quels matériaux préférez-vous

travailler (latex, métal, verre, bois,

résine…) ?

Comme je l'ai mentionné précédemment,

je choisis le matériau qui me

semble le plus adapté pour le travail

que j'ai à l'esprit. Dans l’absolu, j'utilise

pour mes œuvres tous types de matériaux

en les détournant de leur usage

d'origine, et j'apprécie particulièrement

en exploiter de nouveaux.

Le lieu d’exposition a-t-il une importance

particulière dans la conception

de vos œuvres?

Je travaille toujours avec le lieu

d'exposition, car beaucoup de mes

œuvres sont des installations. En tant

qu'installateur, je prête une attention

particulière à l'espace que j'inclus

comme élément de l'œuvre finale.

Une même œuvre peut donc en effet

sembler tout à fait différente dans un

espace différent. Parfois un espace va

m’inspirer particulièrement et m'amener

à créer quelque chose que je n'avais

pas pensé avant. Il est donc très important

pour moi de montrer mes œuvres

dans l'environnement approprié.

Par exemple, l'année dernière j'ai

choisi de refuser une exposition solo

en France qui était organisée dans un

bâtiment ancien converti en espace

d'art parce que je n'ai pas ressenti de

connexion avec le lieu.

Vous avez réalisé des sortes de « cabinets

de curiosités », puis diverses formes

d’installations avant de concevoir les

Matchstick men. Comment vous est

venue cette idée d’hommes allumettes ?

Alors que je vivais à Pékin, j'ai été

amené à concevoir des mannequins

pour un film sur l'occupation japonaise

en Chine sur lequel je travaillais.

Durant mes recherches documentaires,

j'ai découvert des photographies de

décapitations qui m'ont perturbées.

En voyant ces images de décapitations,

je me suis rendu compte à quel

point une tête humaine était différente

lorsqu'elle était séparée de son corps.

J'ai alors conservé les moules des têtes

que j'ai utilisés pour ce film. Puis plus

tard, j'ai commencé à jouer avec des

morceaux de bambou que j'avais dans

mon atelier en y attachant les têtes.

Peu à peu, ces bâtons surmontés de


4

art contemporain

4_


art contemporain

5_

6_

têtes humaines devinrent des allumettes

et avec celà s'est développé le

concept de ma série Matchstick men.

En tant que sculpteur je m'intéresse aux

possibilités de montrer la tête humaine

sans corps. Alors, je poursuis mon

exploration.

Pour les lecteurs de Peel qui découvriraient

ces oeuvres en images, pouvezvous

dire si les têtes de ces Matchstick

men sont réellement brûlées ou s’il

s’agit d’un trompe l’œil ?

Les matchstickmen n'ont jamais approché

la moindre source de chaleur. Tout

est sculpté et peint.

Vous présentez des boites d’allumettes

géantes où sont rangés les Matchstick

men. Pensiez-vous au cercueil lorsque

vous les avez conçues : Est-ce une allégorie

de la mort ?

Bien sûr, c'est certainement une façon

dont elles peuvent être interprétées.

En même temps, je les utilise dans mes

installations d'art comme une sorte de

point d'équilibre vis à vis des Matchstick

men qui sont distribués au hasard

dans l’espace d‘exposition.

Ces personnages en allumettes consumées

ou non peuvent-ils être interprêtés

comme des sortes de " Vanités " contemporaines

?

J'essaie toujours de laisser la possibilité

au public de répondre avec ses propres

idées. Ces personnages peuvent être

interprêtés de nombreuses façons, mais

j'aime les voir comme une métaphore

de l'impermanence. Nous avons tous

une durée de vie limitée, mais nous

aimerions l'oublier. Certains brûlent

plus longtemps que d'autres. Naturellement,

ils peuvent aussi être considérés

comme une critique de la manière dont

nous nous traitons, du gaspillage des

ressources humaines et de l'exploitation

mutuelle. Ils ont aussi un côté

drôle dans ces œuvres que les enfants

peuvent facilement percevoir.

Les Matchstick ment peuvent-ils être vus

comme des êtres totémiques ?

Pour certaines personnes ils peuvent

représenter des êtres totémiques, pour

d’autres les Matchstick men peuvent

rappeler, lorsqu‘ils sont alignés contre

un mur, les guerriers de terre cuite

chinois.

w w w . w o l f g a n g s t i l l e r . c o m

texte

Alexis Jama Bieri


6

art contemporain

1_ Matchbox 2008, dim. 90 x 40 x 190 cm,

wood, paint, PU © Achim Kukulies

2_ Matchstickmen 2008, dim. 15 x 15 x 150 cm each,

wood, paint, PU © Xiaoni Li

3_ Remembrance 2016, dim. 120 x 83 x 26 cm each,

bronze, burned wood, paint © Xiaoni Li

4_ Matchbox 2008-2012, dim. 160 x 34 x 60 cm,

wood, paint, PU © artist

5_ Matchstickmen 2012-2014, dim. 15 x 15 x 160 cm

each, wood, paint, PU © artist

6_ Matchstickmen installation 2008, dimensions

variables, wood, paint, PU © Achim Kukulies


festival incontournable

Carton

plein

Du 19 au 21 mai, le rythme cardiaque de la ville de

Reims va s’accélérer sensiblement. Et pour cause :

le festival organisé par Césaré et la Cartonnerie

voit les choses en grand : la Magnifique Society

s’installe au Parc de Champagne, mais pas seulement…

En effet, plusieurs rendez-vous s’égrènent

dans Reims, et sur le line-up du festival, les grands

noms de la scène musicale actuelle et avertie font

des ricochets.


8

festival incontournable

a Magnifique Society veut rassembler, et la musique

étant le meilleur lien fédérateur, une fois n’est pas coutume,

la Cartonnerie et Césaré misent tout sur une programmation

éclectique qui distingue deux temps forts dans le festival.

Les 16-17-18 mai, l’Avant-Garde va agir comme un tour de

chauffe. Qualifié de « versant expérimental », l’Avant-Garde

propose des performances qui sortent de l’ordinaire. Des installations

vous attendent au Cellier, à la médiathèque Falala, à

l’Appart Café et au Cryptoportique. Mais aussi, une programmation

musicale insolite se nichera au Palais du Tau et l’Atelier

de la Comédie. C’est d’ailleurs là-bas que vous pourrez entendre

« Présages », de Laurent Durupt dont nous vous parlions dans

le précédent Peel. Spécifique aussi, un concert au casque est

organisé au Parc de Champagne : musique et plein air, à la fois

individuel et collectif, expérience inédite « into the wild ».

Les trois jours suivants, comme vous serez échauffés, étirés,

vous serez prêts pour le marathon musical prévu par la Magni-

INSERTION

fique Society. Les 19-20-21 mai, au Parc de Champagne, quatre

scènes joueront à cache-cache – ou pas ! – sous les grands arbres

verts.

JNG

L’espace Tokyo Space Odd, scène venue de loin, est une installation

qui accueillera le public pour des concerts came from Japan,

neuf artistes, hip-hop, pop music et DJ set, qui illustrent la

magnificence musicale encore méconnue du Japon. Mais aussi,

c’est dans cet espace dédié qu’une salle d’arcades sera installée,

pour (re)découvrir vos jeux vidéo favoris dans un contexte atypique.

Sur la Scène Cristal, vous retrouverez les dignes incarnations

de la scène actuelle française, et même rémoise et limitrophe.

Judy, Puzupuzu, Fishbach, entre autres, représenteront cette génération

musicale dynamique et proche de nous, car en pleine

ascension dans notre périmètre. Au pied de la Scène Club, vous

pourrez danser, non-stop, sur les bonnes basses ininterrompues

d’une programmation décapante, entre, par exemple, Lorenzo,

Requin Chagrin ou MØME. Enfin, la Grande Scène se distingue

par une programmation internationale de grandes têtes

d’affiche. Le punch de Talisco, ou encore Agnès Obel, planante,

mais aussi sacré Air ou Moderat et ses ambiances cinématographiques,

ou enfin Jamie Cullum, génie du piano jazz.

D’une scène l’autre, les festivaliers de la Magnifique Society ont

donc la possibilité d’onduler d’une préférence à l’autre. Le vendredi,

dès 19h, le samedi à partir de 14h ou le dimanche à partir

de 15h : le Parc de Champagne se veut comme un second lieu

de vie, pendant ces trois jours de plaisir partagé.

En choisissant tous ces lieux de rendez-vous, la Magnifique

Society souhaite, plus encore que l’expérience musicale, mettre

en valeur Reims et les Rémois. Elégant, le festival met en lumière

des hauts lieux de la culture rémoise, mais également des

repères historiques de grande valeur. Le Parc de Champagne

en est un, précisément pour son lien avec l’enfance, pour le

soin de ses espaces verts, en perpétuelle évolution, ou encore

pour ses recoins anecdotiques et familiers. Et si certains univers

musicaux se marieront parfaitement à cet écrin bucolique, la

Magnifique Society n’hésite pas à y mettre sa griffe, impertinente

et espiègle, en cassant les codes attendus. Nul doute que

le rap décapant de Tommy Cash fera frémir les marronniers

comme jamais.

La billetterie est d’ores et déjà ouverte. Vous pouvez réserver

vos places directement à la Cartonnerie ou en ligne sur le site

Le Trésor, mais les points de ventes habituels sont aussi en service.

Pour organiser au mieux votre festival, plusieurs solutions

s’offrent à vous : le pass 3 jours (19-20-21 mai), le pass 2 jours

(19-20 mai) ou les billets jours.

Cette première édition de la Magnifique Society, dans le sillage

de son prédécesseur Elektricity, s’annonce déjà comme unique

et incontournable. C’est toujours important les premières fois.

Et c’est encore plus précieux de pouvoir dire « J’y étais… » Avec

les beaux jours, l’énergie nouvelle et les bonne vibes printanières,

et parce qu’il n’est pas de plus magnifique society qu’une

society qui danse à l’unisson, soyez citoyens responsables :

venez faire vibrer notre ville, dans son petit cœur tout vert de

Champagne.

l a m a g n i f i q u e s o c i e t y . c o m

Un Hors série du magazine

Peel entièrement consacré

à La Magnifique Society

disponible la deuxième

semaine du mois de mai !

texte

Agathe Cebe


le champollion du beatbox


le champollion du beatbox

adrien

contesse

808 Snaze Roll, Inward Hollow,

Sharp Shaker, Reversed Open Hi Hat

nouvelle poésie vocale

Adrien Contesse est un jeune

designer graphique rémois qui,

au gré de différentes sollicitations,

n’a jamais cessé de

poursuivre des projets personnels

de recherche. Il en est un,

en particulier, spécialement en

exergue et qui s’égrène en particules

géniales : Vocal Grammatics,

le système d’écriture pour

le beatbox.

Tout commence il y a quinze ans, quand Adrien, alors adolescent

et digne héritier de la culture 80s, veut s’essayer au beatbox

à travers des tutoriels sur internet. Déjà, il est interpelé : la

théorie du son est utile, certes, mais il manque une technique

d’écriture pour mémoriser, pérenniser et progresser. Dans un

carnet, il griffonne un alphabet, une transcription très arbitraire

: les premiers balbutiements d’un projet de longue haleine.

Plus tard, en 3 e année à l’ESAD d’Amiens, le sujet de réflexion

en fil rouge est « le code ». Adrien se tourne vers ses amours

adolescentes et essaie de travailler sur le beatbox avec l’alpha-

texte

Agathe Cebe

portrait

Benoît Pelletier

Terme phonétique : Rétroflex.

Description : la pointe de la langue est posée contre le milieu du palais.


le champollion du beatbox

bet phonétique international, mais le manque d’intuitif ne le

satisfait pas. Il faut aller plus loin, il faut créer, il faut explorer

un terrain vierge. Et c’est en 5 e année, lors de ses travaux de

mémoire thématique et de projet graphique qu’Adrien élabore

son alphabet beatbox, avec des modules faciles à mémoriser,

combinables à l’infini, pour répondre à l’ouverture évolutive et

perpétuelle du beatbox.

Graphiquement, Adrien s’est inspiré de l’alphabet coréen. Pour

le système, il s’agit d’organiser les éléments indispensables à la

pratique du beatbox. C’est de la dissection : un son, fragmenté,

observé sous toutes les coutures, analysé, transcrit élément par

élément, et recomposé. Vocal Grammatics est en open source.

Il s’adapte à toutes les possibilités sans cesse inventées et démultipliées

par les performeurs. Et en amont, la conception du langage

obéit à une rigueur essentielle.

Les problématiques principales : où et comment ? Où et comment

se place un son ? À travers ces deux questions, Adrien

utilise une tablature de la bouche et la rend interactive, via un

vocabulaire phonétique international : Vocal Grammatics outrepasse

toutes les frontières. Vocal Grammatics est universel.

Chaque signe est conçu comme un assemblage de plusieurs

modules qui se différencient par leurs tailles, et donc, au-delà,

par leurs natures. Les plus gros signes montrent où se situe le

son. Les plus petits, comment se fait le son. Une combinaison de

deux signes, au minimum, est obligatoire pour obtenir un son.

Les gros signes sont les signes d’organes : lèvres, dents, cavité

nasale, langue, palais, larynx, etc. Ils sont dessinés en fonction

de la forme de l’organe en question, pour une compréhension

intuitive. La langue, quant à elle, possède neuf formes différentes,

car neuf variations de positions. Ces signes sont ceux

des points d’articulation, points de départ essentiels à l’élaboration

d’un son.

Au-delà de cette position de base, les petits signes complètent

la composition pour orienter l’apprenti vers une technique de

production (durée) et une dynamique respiratoire. Les petits

signes indiquant le ponctuel sont à l’intérieur du grand signe,

ceux indiquant une durée se placent à côté. Ces petits signes

précisent donc comment effectuer un son, dans la durée, dans

le souffle, dans les variations tonales, dans les résonnances, et

dans les différentes apertures. Les petits signes indiquent les

précisions morphologiques, détails millimétrés qui peuvent,

dans une variante insignifiante, transformer un son en un autre.

Aujourd’hui, Vocal Grammatics est pensé, articulé, utilisé.

Le système fonctionne et séduit. Mais Adrien veut ouvrir la

connaissance au plus grand nombre. L’objectif de ce langage

neuf reste le partage : le partage des compositions, le partage

des techniques, le partage didactique. Il travaille donc sur une

application qui permet de comprendre, d’assimiler et d’utiliser

l’écriture pour le beatbox.

Très intuitive, cette application s’adresse à un public large. Apprentissage,

bibliothèque participative de sons et d’enregistrements,

outil de composition : si le beatbox est une communauté,

Adrien l’ouvre pour une approche universelle et évolutive.

« Il faut démocratiser la connaissance au-delà de la technique »

affirme-t-il. Adrien est intellectuellement généreux, et son projet

aussi.

Pourtant, dans la course folle de cette recherche, le projet a

besoin de financements. Pour que l’application puisse arriver

sur vos tablettes, Adrien va lancer une campagne de crowdfunding.

Aussi, la suite est pleine de promesses : Vocal Grammatics

attire déjà l’attention des pédagogues ainsi que des rééducateurs

du langage. En effet, la recherche continue, et le système d’écriture

d’Adrien, par sa proximité avec les outils phonétiques et

son inédite articulation morphologique, permettrait d’aider

médicalement les différents dysfonctionnements du langage.

C’est ambitieux, et cela nécessite une évolution du système, par

l’introduction de signes de voyellisation, inutiles au beatbox,

utiles à l’être humain qui veut se réapproprier le langage. Aussi,

des outils didactiques et ludiques manquent encore, même si,

après expérience, une petite fille de 9 ans a mis 15 minutes à

comprendre et utiliser le système d’Adrien…

Il faut bien de l’audace et du génie pour oser toucher au langage

et à l’écriture. Adrien Contesse possède les deux, langés

d’humilité et de talent. Vocal Grammatics en a encore sous le

pied et c’est assez excitant de pouvoir être témoins de l’évolution

d’une telle ambition. Le beatbox n’a jamais autant été à portée

de main, et le système d’écriture d’Adrien réveille notre instinct

joueur, rythmique, mais aussi la conscience de nos possibilités

multiples : tout s’apprend, à force de travail et de persévérance,

quand les outils sont solides, adaptés et, cherry on the cake,

made in Reims.

a d r i e n c o n t e s s e . c o m

@ v o c a l g r a m m a t i c s s u r f a c e b o o k


2

le champollion du beatbox

Identification des organes de la phonation.

Exemples de composition de signes.

Outil pour composer ses propres signes.


photographie


4

photographie

Dans

la boite

ronde

des

pellicules

gérard rondeau

Écrire sur Gérard Rondeau,

témoin du monde, c’est

une réflexion d’ombres

et de lumières, un vertige.

En écoutant parler ses

proches, on découvre une

richesse humaine rare

et subtile, cette même

richesse qui transparaît

dans l’ensemble de son

œuvre. Le parcours de

Gérard Rondeau et les

photos qui en sont nées

laissent croire que, de

toute évidence, le seul

mérite de la passion peut

suffire à la postérité.

Gérard Rondeau est sans pareil. Classieux et distingué, son

travail photographique est un miroir tendu vers l’homme qu’il

était : attaché à ses valeurs, à sa région, à l’humain, mais aussi

ouvert sur son monde contemporain, acteur conscient de l’Histoire

sous ses pieds. Et tout a commencé avec Cartier-Bresson :

noir et blanc, captures sensibles d’instants furtifs, journal

intime du temps qui passe, portraits vivants. « Le travail de

Gérard est toujours attaché à une histoire » nous confie son épouse,

Sylvie Rondeau.

Il y a eu des rencontres, comme des prétextes. En décembre

1989, son ami Patrick David, de Médecins du Monde, est

passé le voir, chez lui, impromptu. Un avion part cette nuit.

Il faut prendre une décision immédiate. L’accompagner ou non.

Gérard Rondeau a dit oui, à cette mission, aux missions suivantes,

à vingt ans d’aventures intenses. De ces aventures

naissent des engagements personnels. Comme à Sarajevo, où il


photographie

veille et chronique le quotidien pendant le siège. Gérard Rondeau

n’a eu que des engagements du cœur, des engagements

humains et passionnels. Cela se considère aussi dans ses projets

culturels, toujours intéressés par les arts et la littérature :

il travaille près du peintre Paul Rebeyrolle, des romanciers Yves

Gibeau et Bernard Frank, du quatuor Ysaÿe. Il voyage en terre

familière avec Jean-Paul Kauffmann, le long de la Marne, et la

photo se mêle aux mots, pour ne jamais s’en dissocier.

L’image photographique se considère comme une poésie et

Gérard Rondeau joue avec la composition de ses clichés, de

signe en signaux. Il est poète, et c’est ainsi que le caractérise

son ami Jean-Paul Kauffmann, tantôt en « Voyant » rimbaldien,

tantôt en dandy baudelairien.

Fasciné par les destins, Gérard Rondeau se distingue dans sa

pratique du portrait. Il portait sur lui son petit Leica, et toutes

les poches déchirées de ses vestes en témoignent encore : la discrétion

de ses clichés est une religion. Et quand le sujet s’attend

à être croqué par l’objectif, l’intimité entre lui et le photographe

n’admet pas beaucoup d’épreuves : en une ou deux prises de vue,

Gérard Rondeau savait capturer le regard, la lumière, les lignes,

les pensées. Un fossile sur pellicule. La marque unique d’un instant

et d’un destin fixé, en héritage, pour le futur.

L’élégance et la pudeur de l’homme définissent chacun de ses

projets photographiques. Gérard Rondeau est un passeur.

« Il voyait tout et autrement. Aucun fait ne lui échappait, son regard

perçant scannait le moindre détail. « Ce qui m’intéresse, c’est

ce qui ne se voit pas », répétait-il. Mais lui, le voyait de son œil

impitoyable. » nous souffle Jean-Paul Kauffmann. Son sérieux

et son souci du détail se manifestaient jusqu’à l’installation de

ses expositions. Au millimètre près. « Il travaillait jour et nuit

pour placer exactement ses tirages et parvenir à l’équilibre parfait.

» témoigne encore son ami. Et son épouse insistera aussi

sur ce point, prenant à cœur, aujourd’hui, ce travail pointilleux

d’accrochage : « J’installe les expositions de Gérard de manière à

ce que tout soit comme s’il l’avait fait lui-même. »

Les photos de Gérard Rondeau sont des outils historiques et

philosophiques. Des livres aux films, l’œil curieux est emporté,

sans filtre, dans une partition photographique qui émeut, qui

instruit, et qui se souvient. Son art n’est pas ingrat : Gérard

Rondeau sait ce qu’il doit à l’Histoire et à la culture. C’est cette

reconnaissance qui donne toute la force aux témoignages photographiques.

Où qu’il aille, à son passage, les lieux et les gens

ont pris du sens. Il savait « retenir le sens caché du monde invisible

» nous dit joliment Jean-Paul Kauffmann.

Cet héritage généreux, comme une collection d’instants précieux,

se moque bien du temps qui file. L’essence est capturée,

la grâce est préservée. C’est un poing qui se referme sur une

luciole indisciplinée. La discrétion a forgé la force de Gérard

Rondeau, lui laissant aussi la place et l’énergie d’un prédateur à

l’affût des sujets doués de beauté et de sens. Son travail transpire

l’intelligence de celui qui ne veut ressembler à personne, qui ne

veut appartenir à aucun courant, qui ne veut que se faire oublier

pour avoir l’aisance d’un cliché unique et inimitable. D’ailleurs,

ses photos ne disent pas tout, elles laissent aussi la part belle à la

suggestion du public : complice à perpétuité.

Aujourd’hui, le flambeau est dignement repris par ceux qui l’aiment.

Son épouse prépare les collections et dispose les œuvres

avec patience et application sur les divers lieux d’expositions.

Ses amis proches, Jean-Paul Kauffmann le premier, s’adonnent

à des discours éclairés lors des vernissages. Ils sont des témoins.

Les lucioles ont changé de poings. Mais la passion bienveillante

ne change pas.

Gérard Rondeau était « très sensible au tragique de la vie » nous

confie Jean-Paul Kauffmann. Et pourtant, son travail photographique

offre une belle contradiction à cette tragédie humaine,

celle qui nous est commune, cette fatalité omnipotente. Plus

qu’une contradiction : un antidote. L’éternité.


6

photographie

Le Taittinger, le prix des chefs

La dernière commande passée à Gérard Rondeau honore

à la fois la cuisine, l’humain et le patrimoine rémois

rayonnant. « Le Taittinger, le prix des chefs », paru

aux éditions du signe, propose un voyage culinaire et

artistique autour des grands pôles de ce prix de grande

renommée. Derrière une organisation du détail, derrière

tant d’exigeantes recettes, il y a des êtres humains.

Gérard Rondeau a su, dans une galerie de portraits,

sensible et singulière, montrer, tout en contrastes, la

diversité humaine, vivante, qui lustre le prestige du

Prix Taittinger, saison après saison. Si l’année 2016

est figée dans l’encre de cet ouvrage, c’est bien toute

l’histoire passée qui se dessine, comme fortification

de l’esprit Taittinger. En perpétuelle évolution, le Prix

Taittinger puise dans l’héritage des années l’ouverture

vers le futur, vers les futurs. Hommes et femmes, chacun

des portraits de Gérard Rondeau incarne la force

de l’héritier, fier et solide, en équilibre parfait entre tradition

et projection. « Le Taittinger, c’est une affaire de

cœur », préface Pierre-Emmanuel Taittinger, et nul autre

objectif que celui de Gérard Rondeau ne pouvait, dans

un éternel noir et blanc, rendre meilleur hommage à la

grandeur, à la fierté, à l’humilité, au talent, au doute, à

la satisfaction, à l’effort, au don, le tout concentré en un

seul regard.

_Paul Bowles


photographie


8

photographie

Le regard

envisagé

Sur la page d’accueil du site de Gérard Rondeau, une route.

Chemin de terre qui semble brûler sous une lumière pourtant

grise. Le ciel est nuageux, il n’y a personne. Une simple

légende accompagne cette photographie, Chemin des Dames,

France 2003. On peut imaginer que l’origine lointaine de cette

route, c’est l’histoire meurtrie par la guerre qui a tant marqué

le travail de Gérard Rondeau. Mais l’origine de cette route, c’est

aussi le corps du photographe. On le devine sans le voir. Toute

image commence par l’effacement de l’artiste pour figurer un

monde, ou seulement l’interroger. Quand Gérard Rondeau

photographie les ruines de Sarajevo après la guerre, des détails

hallucinatoires de la cathédrale de Reims, ou encore le visage

crépusculaire de Paul Bowles à Tanger, dans chacune de ces

images, il célèbre la fragilité d’une présence. L’imminence

même de sa disparition. Une de ses photographies n’a jamais

cessé de me marquer : un portrait en noir et blanc d’Yves

Bonnefoy réalisé en 2001, dans son petit bureau du deuxième

étage de la rue Lepic, à Paris. Le poète est assis sur une chaise,

mains jointes, dos à la fenêtre. Il regarde avec une attention

évasive celui que l’on ne voit pas : Gérard Rondeau. Autour de

Bonnefoy, le temps semble s’être arrêté. Un rideau flottant est

traversé par le soleil, on distingue aussi quelques livres dans la

bibliothèque, masqués par une ombre — toujours douce dans

l’œuvre de Rondeau. Quelques années après, je me suis trouvé

à la place du photographe. J’avais rendez-vous avec Yves Bonnefoy.

Devant l’écrivain, j’ai repensé au portrait de Rondeau,

et au titre du livre de Clément Rosset sorti soudainement de

ma mémoire. « Le réel et son double ». Regarde-t-on autrement

quelqu'un après l’avoir d’abord découvert dans une image ?

Ce portrait fut en quelque sorte la promesse d’une rencontre

humaine. En juillet 2016, le poète s’est éteint. J’ai écrit alors

pour « Le Monde » un long article accompagné de cette photographie

dans laquelle — miraculeusement — deux regards ne

cessent encore dialoguer dans le silence et l’absence.

Amaury da Cunha

Écrivain, journaliste au Monde, photographe

www.amaurydacunha.com

_Cabu

_Jean-Paul Gaultier

_Yves Bonnefoy


photographie

_Paul Rebeyrolle


photographie

d a n s l ' i n t i m i t é d u m o n d e

e s p a c e r e b e y r o l l e à e y m o u t i e r s

j u s q u ’ a u 2 1 m a i 2 0 1 7

h o r s c a d r e . d e s m u s é e s , d e s a r t i s t e s

c h â t e a u d e c o u r c e l l e s à m o n t i g n y - l e s - m e t z

d u 7 a v r i l a u 2 j u i l l e t 2 0 1 7

e n t r e s i l e n c e e t o m b r e

f e s t i v a l p h o t o m e d ,

g a l e r i e b a r t h é l é m y d e d o n à s a n a r y - s u r - m e r

d u 1 8 m a i a u 1 1 j u i n 2 0 1 7

w w w . g e r a r d r o n d e a u . c o m

texte

Agathe Cebe

photographies

Gérard Rondeau


1_

art contemporain


2

art contemporain

2_

[kin

stezi]

Expocollective

Prolongeant la nuitnumérique #14, l’expocollective

est présentée au Centre culturel numérique St

Exupéry jusqu’au 24 mai. Elle permet de découvrir

les installations de plusieurs artistes dont Lawrence

Malstaf, qui créé des pièces sensorielles immersives

; Nicolas Canot, qui centre son travail sur la

musique électronique et électroacoustique et

GMTW, qui utilise les potentialités de l'image et la

pluralité des modes de production, du dessin à la

maquette, en passant par l'installation ; le collectif

One Life Remains qui crée des jeux vidéo ; et Dan

Gregor qui travaille la lumière.

texte

Alexis Jama Bieri


art contemporain

3_

Quelles sont vos influences ?

Lawrence Malstaf : Tinguely, le Jazz, le design industriel.

Je collabore avec des danseurs et des chorégraphes, en créant

des engins motorisés destinés à concurrencer ou compléter le

corps humain.

Nicolas Canot : Le jazz, le rock, la techno... J’écoute Rashad

Becker, Susana Santos Silva ou le trio In Love With qui ont en

commun une attention à la rigueur formelle. Concernant les

arts numériques, j’apprécie Tristan Perich ou Ryochi Kurokawa.

GMTW : L’imagerie médiévale, le motif et ses déclinaisons sur

papier peint. J’en avais d’ailleurs longuement parlé dans Peel #3.

One Life Remains : L’influence de la philosophie se retrouve

dans La discipline du rectangle que nous présentons à l’expocollective.

Le jeu vidéo est aussi une source d’inspiration.

Dan Gregor : La nature, la science, le monde urbain et la musique.

Comment définiriez-vous votre art ?

NC : Mes créations couvrent divers horizons sonores selon que

je travaille seul ou en collaboration. Je pense que ce qui lie l’ensemble

se situe quelque part entre brutalisme et minimalisme.

En général, j’essaye de ne pas trop polir les choses.

GMTW : Mon travail est une forme de graphisme hybride,

déambulant entre dessin, maquette, installation et photographie.

OLR : Nous faisons des jeux vidéo à la croisée du punk et de l’art

conceptuel. Le jeu vidéo est un medium de la main, de l’agir, de

la performance, mais aussi un medium du système, de la règle,

de l’intangible. Notre travail consiste à questionner cette tension.

DG : Je travaille surtout dans le cadre du " New media " la lumière

et la projection. Mon expression artistique est très proche

du minimalisme.

Que représente pour vous la Kinesthésie ?

LM : Un système de rétroaction sensorielle important dans ce

qui implique le déplacement de notre corps. Pourtant, notre

industrie occidentale a développé très peu d'outils permettant

l'interaction et / ou la communication à ce niveau.


4

art contemporain

4_

5_

1_ La discipline du rectangle © Mylène Farcy

2_ Netykavkai © Dan Gregor

3_ Compass © Mylène Farcy

4_ Trace-s © Mylène Farcy

5_ La discipline du rectangle © François Christophe

6_ La discipline du rectangle © Mylène Farcy

7_ Netykavkai © Dan Gregor

6_ 7_


art contemporain

NC : La « mémoire proprioceptive » est un élément fondamental

du geste musical, une question d’équilibre entre l’énergie

déployée par le corps et un rendement sonore efficace. Bien

que je ne me définisse plus comme guitariste aujourd’hui, je

pense avoir conservé quelque chose de cette sensibilité dans ma

manière d’interagir avec mon ordinateur ou mes contrôleurs,

d’improviser.

GMTW : Cette notion m’évoque l’aller-retour à vélo entre Reims

(Fr) et Nida (Lt), à l’origine de l'élaboration de TRACE-S et la

perte de sensibilité de 3 doigts (majeur, annulaire et auriculaire)

due à des étapes longues et à un chargement lourd. J’étais alors

au cœur du sujet par la conscience immédiate des mouvements

et de leurs contraintes.

OLR : La kinesthésie est une question classique dans le jeu

vidéo car le jeu implique la mise en relation de plusieurs modalités

sensorielles. Face à un dispositif vidéoludique, le joueur,

immobile, semble comme absent aux yeux d’un observateur

extérieur. Pourtant, l’engagement corporel est total.

DG : Mes œuvres sont centrées sur le public, les interactions

de l'auditoire.

Pouvez-vous nous parler de l’installation que vous présentez à

l’expocollective [kin stezi] ?

LM : Compass est une machine d'orientation à porter autour de

la taille. L'appareil impose une attraction ou une répulsion sur

la taille, comme dans un champ magnétique. La machine est

programmée pour vous faire suivre une carte invisible, mais

vous pouvez choisir entre lui résister ou céder et vous laisser

guider.

NC : TRACE-S est une installation visuelle et sonore interactive

sur la mémoire des systèmes et l’accumulation involontaire des

traces numériques. Au départ, il y a la trace GPS du périple à

vélo pour lequel GMTW m’a demandé de concevoir un tracker

qui enregistrait sur carte SD les données topographiques et

cinétiques du voyage. Sans connexion au web le souvenir digital

est resté une trace personnelle qui n’aurait pas à être vue.

GMTW : TRACE-S est une superposition de strates où chaque

participant, par sa gestuelle écrit son passage dans l’œuvre tout

en effaçant les traces des participants précédents. Dans le même

temps, ma trace GPS participe à déformer davantage l’image et

le son. 2 motifs faits de lignes ou de points gris et rouges sont

tour à tour pliés, dépliés, froissés tels des cartes topographiques

glissées dans une poche. Ils forment une cartographie imaginaire

mouvante, synchronisée aux motifs sonores créés par les

participants.

OLR : Dans La discipline du rectangle il s’agit de se placer face

à une caméra et un écran où apparaît un rectangle blanc qui

se déplace, change de proportions. Il s’agit alors d’adapter la

position de son corps de manière à éviter toute collision avec

les bords du rectangle qui s’affichent autour de soi. Bien sûr,

chaque joueur dispose d’un corps qui lui est propre, mais le

programme ne prend pas en compte ces différences. Aveugle

à ces particularités, il continue d’émettre l’injonction qui est

la sienne – rester à l’intérieur du rectangle. Cette proposition

questionne le rapport à la norme, à l’image de soi, au visible et à

l’invisible à l’ère du numérique.

DG : Netykavka est directement influencé par le travail d'un

artiste d'avant-garde britannique Anthony McCall que j'ai eu

la chance de rencontrer à Berlin. Netykavka est une paraphrase

des œuvres de McCall avec une capacité de réponse supplémentaire

par le toucher.

Quelles ont été les particularités de sa mise en œuvre ?

LM : Il y a 13 ans, je portais mon jeune fils dans une sorte de

sac à dos. Quand nous allions au marché, il tendait les bras en

essayant de saisir les choses et son mouvement changeait mon

centre de gravité et d'orientation. Ce fut le point de départ du

projet Compass.

NC : GMTW et moi cherchions à utiliser les données de son

voyage. Jusqu’à ce que nous réalisions que la pratique du vélo

étant liée à cette question de la kinesthésie (ratio équilibre /

énergie / trajectoire / vitesse), nous pouvions jouer à mêler les

flux de données écrites et le temps-réel. Il a fallu travailler très

vite, TRACE-S étant une création ex-nihilo et le système numérique

mis en œuvre, assez complexe. Mais j’aime énormément

travailler vite, sans me retourner puisque c’est, après tout, exactement

ce qui motive ma pratique d’improvisateur !

OLR : La discipline du rectangle fut élaborée à Cluj (Ro) sous

forme de performance. Le prototype conçu alors a ensuite servi

de base de travail pour la réalisation en 2016 d’une installation

complète de 7 stèles intitulée Les disciplines du rectangle. Les

stèles sont depuis présentées ensemble, ou séparément comme

c’est ici le cas.

l e m a g a z i n e p e e l e s t p a r t e n a i r e

d e l a n u i t n u m é r i q u e # 1 4

e x p o c o l l e c t i v e [ k i n s t e z i ] d u 1 5 . 0 3 a u 2 4 . 0 5 2 0 1 7

à s a i n t - e x u p é r y

w w w . s a i n t e x - r e i m s . c o m


6

AIR MODERAT JAMIE CULLUM AGNES OBEL

CAMILLE VITALIC ODC LIVE BOYS NOIZE GREGORY PORTER

TRENTEMØLLER MØME JACQUES PARCELS SLEAFORD MODS

THEE OH SEES ALEX CAMERON HER LORENZO

FISHBACH ALLTTA (20SYL & MR. J. MEDEIROS) BON GAMIN (ICHON, MYTH SYZER, LOVENI)

THYLACINE PARADIS LESCOP LITTLE SIMZ GROUP DOUEH & CHEVEU PAPOOZ

REQUIN CHAGRIN JULIETTE ARMANET BON ENTENDEUR TOMMY CA$H THEY.

BUSTY & THE BASS SHOW ME THE BODY BCUC TALISCO BLACK BONES JUDY PUZUPUZU

BROTHERS GRINDI MANBERG 10LEC6 2080 WEDNESDAY CAMPANELLA SEIHO DÉ DÉ MOUSE

YMCK KILLA DOTAMA PINOCCHIOP SAM TIBA (CLUB CHEVAL) ARCADE MANIAC

16, 17 ET 18 MAI : L’AVANT-GARDE, 3 JOURS D’EXPÉRIENCES SONORES AU CŒUR DE REIMS

19, 20 ET 21 MAI : CONCERTS, ATELIERS, TOKYO SPACE ODD AU PARC DE CHAMPAGNE

LAMAGNIFIQUESOCIETY.COM

artwork agence Miracle


photographie

_Miroir 2, 2014 © Manuela Marques

_Cerf-volant 2 © Manuela Marques

_Main 3, 2014 © Manuela Marques


8

photographie

La photographe et vidéaste Manuela Marques va

se jouer de l'espace du Cellier où elle expose ses

œuvres du 13 mai au 30 juillet. Un espace minéral

où les deux travées symétriques répondent

parfaitement au principe de dédoublement dans

lequel l'artiste aime à conduire et parfois désorienter

son public.

L'exposition emprunte son titre à la force inertielle qui affecte

le mouvement des corps dans un milieu en rotation décrite

par l'ingénieur-mathématicien Gaspard-Gustave de Coriolis

au 19 e siècle. Cette force est un principe de la cinématique

dont l'énoncé est plutôt simple : tout objet en mouvement par

rapport à la Terre va être dévié, vers sa droite dans l'hémisphère

nord et vers sa gauche aux antipodes. Cela vaut pour

les courant aériens et marins.

En fait, c'est plutôt une pseudo-force car il n'y a pas d'interaction

entre les corps concernés, c'est seulement une façon

d'exprimer que les lois de la mécanique changent quand on

change de point de vue.

Et c'est bien de cela dont il s'agit dans le travail de Manuela

Marques, le vent, le minéral et la question du référentiel

pour appréhender la réalité. « L’ exposition est traversée par

le souffle : celui qui parcourt l’activité humaine, de la vitalité

d’un corps en mouvement jusqu’à la formation d’une bulle

de savon, comme celui qui émane de la nature, mouvements

de l’air par lesquels s’exercent des forces contraires ou se

déplacent les végétaux », écrit la commissaire de l'exposition

Audrey Illouz dans sa note d'intention.

L'immense cave du Cellier divisée en deux espaces parallèles

se prête idéalement à cette circulation de forces contradictoires

et complémentaires. " Le corpus d'images choisies pour

l'exposition est intimement lié à l'architecture du lieu qui

invite au dédoublement. Une partie du travail de Manuela

Marques explore les phénomènes optiques jusqu'aux aberrations,

en utilisant un miroir d'une façon récurrente comme

support de ses compostions, miroirs noirs plus ou moins

opaques qui perturbent le regard et lui imposent une distance

réflexive avec la réalité. L’ exposition oscille entre opacité et

dévoilement, mouvement et suspension, présence et effacement

comme autant d’amorces narratives ", indique-t-elle.

Au spectateur alors de se laisser porter par ce souffle qui

façonne la bulle de savon dans une lumière irisée ou cette

haleine chaude sur un mobilier qui y dépose son auréole ; de

s'étonner devant une nature qui semble en mouvement par

un détail de l'image, ou de se désorienter, comme une sensation

de déjà vu, en contemplant des surfaces troubles presque

abstraites où l'on peine à comprendre ce qui se cache en dessous.

texte

Jules Février

Manuela

Marques

La force de Coriolis

à l'épreuve du Cellier

Quel est votre rapport au minéral ?

Ce qui m'intéresse dans la minéralité

c'est la fausse apparence de l'inerte.

Dans le minéral je ne vois rien d'inerte,

j'y vois au contraire du vivant. La

question est de savoir comment je peux

retransposer cette idée d'inertie et comment

il devient par mon travail tout à

coup un élément dynamique.

Quel votre rapport au corps photographié

?

J'aime utiliser la photographie pour

son ambiguïté. Ce que je cherche dans

l'exercice du portrait c'est ce que le

visage ne dit pas, ce qui n'est pas apparent.

Je m'attache alors à donner corps

à cette absence. Les visages que je photographie

sont rarement frontaux, ne

se dévoilent pas d'une façon évidente,

j'aime révéler d'une certaine manière ce

qui est caché.

Quel est votre rapport à la réalité ?

Depuis 2013, je recompose le réel

dans beaucoup de mes photographies.

Tout un pan de mon travail s'opère

autour à la retranscription du réel

plutôt que d'une photographie directe.

Je prélève des détails d'une scène qui

m'intéresse et je les recompose en studio

ou alors je peux utiliser des miroirs

noirs dans le paysage. C'est ma façon

de m'approprier le réel en fabricant un

autre type de réalité, comme un énième

avatar du monde physique dans lequel

nous vivons tous. La photographie

me permet alors d'expérimenter ce que

je peux faire de ce réel.

Manuela Marques, vidéaste et photographe

née au Portugal, vit

et travaille à Paris. Elle est par

ailleurs enseignante à l’ESAD

de Reims. Elle est représentée par

la Galerie Anne Barrault à Paris et

Caroline Pagès Gallery à Lisbonne.

Elle présente jusqu'au 22 mai une

exposition, La face cachée du soleil

au Musée Calouste Gulbenkian à

Lisbonne.

" l a f o r c e d e c o r i o l i s "

l e c e l l i e r , 4 b i s r u e d e m a r s

5 1 1 0 0 r e i m s

e n t r é e l i b r e d u m e r c r e d i

a u d i m a n c h e d e 1 4 h à 1 8 h

w w w . i n f o c u l t u r e - r e i m s . f r

w w w . r e i m s . f r


ock arty

Feu Robertson

les troubles de l’amour romantique


0

rock arty

Feu Robertson traine dans ses

pas un univers rock, arty, utopiste,

anticonformiste, poétique

et politique. Un rock de nuit

pluvieuse et d’arrière-cour

trempé à l’art contemporain.

Un rock d’insurgés et de

résidence entourée de barbelés

électrifiés, entre rage et

retenue. Le groupe rémois de 4

musiciens venus en partie des

musiques expérimentales, mené

par Charlotte Ganache qui signe

toutes les lyrics et les compositions,

a récemment sorti son 2 e

album studio « Sticky Situations

with Trouble » sur le label

Partycul System. Les 9 morceaux

de cet album sont tous

liés par le même thème : les

troubles de l’amour romantique

et de ses tourments inévitables.

Le 10 mars dernier, Feu Robertson

se produisait sur la scène

du club de la Cartonnerie à

Reims. Entrevue avec Charlotte

Ganache autour d’un café.

Quelles sont les influences de Feu

Robertson ?

La musique des années 60 et 70, c’està-dire

le rock qui devient adulte. Ça va

de Bob Dylan aux Beatles, en passant

par les Rolling Stones avec 2 groupes

essentiels qui sont The Doors et The

Velvet Underground. Autre musique

qui nous influence : la noise et la pop

des 90’s avec Sonic Youth et Beck.

Pourquoi le nom Feu Robertson ?

C’est parti d’un personnage historique

complexe, qui s’appelait Etienne-Gaspard

Robert, qui a vécu à mi-chemin

entre les 18 e et 19 e siècles. Ce personnage,

qui prend le pseudo de Robertson,

est fascinant parce qu’à la fois très

connu et inconnu et j’aime beaucoup

ce genre de personnage historique que

tout le monde croit connaître, comme

certains grands de l’histoire.

C’est un ecclésiastique très cultivé,

professeur de physique et d’astronomie

qui vit dans le Paris des Lumières et

qui se lance en 1783 dans la course aux

ballons volants en concurrence avec

les frères Montgolfier alors qu’il a seulement

20 ans. Dans cette compétition

effrénée à l’innovation, il va mettre au

point la nacelle, mais hélas il n’arrivera

que second avec son coéquipier appelé

le « professeur Charles », car il volera 2

mois après les frères Montgolfier.

Ensuite il va changer son orbite de

vie et va devenir Fantasmagore,

une profession du spectacle de cette

époque. Ce sont des gens, ancêtres

du cinéma, qui recréaient avec des

lanternes magiques des scènes, peintes,

en projection. Robertson va améliorer

le système pour en faire un spectacle

total en y ajoutant de la musique et les

premiers effets spéciaux en brulant des

écorces pour générer des parfums et

recréer des brouillards artificiels. Ce

qui est assez drôle c’est que Robertson

va être cité au milieu des 60’s en tant

que précurseur du cinéma par Jim

Morrison dans son mémoire de fin

d’études à l’Université de Californie de

Los Angeles. Et quelques années après,

Jim Morrison sera enterré au cimetière

du Père Lachaise, par hasard à 40 m de

Robertson.

Le terme « Feu » est lié à ma rencontre

avec ce personnage disparu lorsque je

suis allé sur la tombe de Jim Morrison.

J’avais alors remarqué en quittant

la tombe de Morrison un très beau

monument funéraire sur lequel étaient

inscrits 3 mots énigmatiques : Physique,

Aérostat, Fantasmagorie… et Etienne

Robertson - On voit d’ailleurs que

jusque sur sa pierre tombale Robertson

est présenté sous son pseudo : C’est un

personnage qui a toujours été dans la

recréation de lui-même et dans l’image.

Après cette intrigante découverte je me

suis renseigné sur ce personnage qui va

rester toute sa vie à Paris où il mourra

en 1837 à l’âge de 74 ans. Quand j’ai dû

trouver un nom au groupe pour lancer

le projet, j’ai alors voulu faire revivre le

nom de ce personnage comme un chamane,

un esprit qui pourrait venir nous

guider. C’est ainsi que Feu Robertson est

né en 2010.

Comment faites-vous évoluer votre

musique entre la sérénité, relative, du

studio et l’effervescence du Live ?

La musique c’est avant tout du jeu. Le

groupe est à géométrie variable, on peut

jouer sur une grosse scène ou dans un

petit bar, en groupe ou en duo. Quand


ock arty

tu fondes un groupe, tu sais qu’il y a

des écarts, des différences de vues entre

les membres et tu sais que certains le

quitteront un jour. C’est très difficile

de faire vivre un groupe. On n’a pas les

mêmes dispos et j’aime ça. C’est une vie

de troupe et de camaraderie.

Les morceaux sont composés au départ

pour le live. J’amène des morceaux tout

faits avec la volonté qu'ils puissent être

repris et interprétés par d’autres.

On met une première couche de

guitares lead et après on agrémente

d’une autre guitare, puis on apporte les

arrangements annexes : flutes, piano,

beat électronique… On distend chaque

morceau. D’une durée initiale de 4 min.

un morceau peut par exemple atteindre,

après arrangements, une durée de 9

min.

Comme pour le précédent album, le

nouvel album de Feu Robertson est sorti

sur le label Partycul System dont tu es

le directeur artistique. Peux-tu nous

dire dans quelles circonstances est né

le label?

Le label est né à Reims en juin 1999. En

créant Partycul System, l'idée était de

fédérer des énergies, de créer une véritable

dynamique de musiciens. D'ailleurs,

nous nous considérons plus (de

l'intérieur) comme un mouvement, une

coopérative d'initiatives obsédantes, un

collectif du rêve apprivoisé ou encore

une amicale de dynamiteurs sympathiques.

La première sortie du label fut

le premier album de Rroselicoeur.

On aura tous compris le jeu de mots

derrière l’intitulé du label…

Cet intitulé, c’est pour la blague

de potache évidemment ! Pour le

bilinguisme aussi. Et enfin pour

correspondre un peu à cette idée de

microcosme / macrocosme qui nous

plaît. L'idée d'être une galaxie à part au

sein de l'univers musical.

Quelles sont les récurrences de Partycul

System ?

Des fraternités constructives (des dadas

aux beatniks) nous influencent indirectement,

c'est évident. Pour les éléments

récurrents qui tendent et sous-tendent

Partycul System, il y a l'amour d'un

instrument en partyculier : la guitare.

Il y a aussi l'attirance perpétuelle pour

l'onirisme et le côté psychédélique de la

musique.

Pour toi, un label c’est simplement un

faiseur de disques?

Cela va bien au-delà ! Nous avons par

exemple monté 3 saisons de soirées

autour de l'écoute de poésies et de

musique (Les sonoramas) avec la

médiathèque cathédrale à Reims il y a

quelques années, où nous faisions intervenir

aussi bien des compositeurs que

des mélomanes, des lecteurs, des poètes

ou des comédiens. Nous avons aussi

organisé des rencontres de musique

improvisée (Equilibre instable) sur

plusieurs années (avec l’association Les

Pirates de l'Art). On peut aussi parler

du collectif Supersoft[14-18] qui peut

parfois apparaître comme l'orchestre du

label, par les directions qu'il donne ou

les musiciens qu'il fait intervenir.

Tu nous disais plus tôt que Rroselicoeur

a été un des premiers groupes du label.

Peux-tu nous en dire enfin quelques

mots ?

Rroselicoeur est un projet que j'ai

cofondé avec 3 autres personnes

(Deïns Larco, Lou Flanagan et Thomas

Dupuis). Nous avons évolué ensuite

en trio. Bien sûr, ce groupe fut le point

de départ de l'aventure du label, dans

le sens où il rassemblait lui-même

beaucoup d'énergies et d'initiatives.

Rroselicoeur, par son esthétique (rock

psyché à tendance noise et free) a aussi

contribué à définir l'esthétique du label.

s t i c k y s i t u a t i o n s w i t h t r o u b l e

f e u r o b e r t s o n , e d . p a r t y c u l s y s t e m

f a c e b o o k @ f e u r o b e r t s o n 1


2

texte

Alexis Jama-Bieri

portrait

Benoît Pelletier


archéologie musicale / concert mytique

28.02.2004

UNDERWATER


4

archéologie musicale / concert mytique

Souvenirs de la première et dernière

swimming pool party rémoise

J’attends le bus, arrêt Etape. Les yeux dans le vague. J’attends.

À quelques mètres de moi, deux ados attendent aussi. Le premier

dit à l’autre : « Tu sais quoi, le mec il est descendu avec une

bouteille en métal ». L’autre ricane, forcément. Le premier lui répond

que si, et qu’il le jure sur la vie de sa mère. De leurs oreilles

respectives pendouillent des écouteurs qui crachouillent de la

musique autotunée. Je lève la tête et jette un œil distrait sur

Royez Music, le Centre d’Information Jeunesse et la piscine

Talleyrand. J’attends le bus 9 direction Victoire. Je descendrais

à l’arrêt Baussonnet. Je m’amuse à faire mentalement le trajet

: les promenades, la gare, sous le pont, l’arrière de la gare.

C’est dingue d’ailleurs comme ce quartier de la gare a changé

en quelques années, il ne ressemble plus du tout à celui que

j’ai connu : il a été rasé pour en reconstruire un autre. Quinze

années déjà que je suis arrivé à Reims. Ça commence à faire. J’ai

connu le quartier de la gare avant les travaux. À partir de quand

peut-on dire que l’on est rémois ? « Je suis rémois ». Y a t’il un

délai, des critères ? Si je considère que c’est la ville dans laquelle

j’ai vécu le plus longtemps, que j’y ai rencontré la femme de ma

vie, que mon fils y est né. C’est marrant cette question d’appartenance

à un territoire. Je me souviens très bien d’un concert

des Shoes sur le parvis pour Elektricity. J’étais avec des amis

venus à Reims pour le week-end. L’un d’eux me dit qu’il trouve

ça super. Je lui réponds que moi aussi et que ce sont des mecs

d’ici. Et je le dis avec une certaine fierté. C’est peut-être là que je

suis devenu rémois. C’est aussi avoir des souvenirs en partage,

des concerts notamment : « Tu te souviens du concert de Jagga

Jazzist à Saint Ex pour Octob’Rock ? », « et celui des Western sous

le Magic Mirror ? » J’attends toujours le bus. La piscine Talleyrand.

Voilà un autre de mes souvenirs marquants de cette vie

rémoise. La soirée Underwater.

Une oasis dans le désert

Le souvenir d’une soirée dingue qui s’est déroulée le samedi 28

février 2004. Je fais appel à mes souvenirs qui, il faut bien le reconnaitre,

sont très flous. Quelques images me reviennent, des

sensations aussi. Il va me falloir de l’aide pour reconstituer les

éléments de la soirée. Rodolphe Rouchaussé me semble la personne

toute indiquée pour cela. Aujourd’hui au Polca, il était à

l’époque salarié de la REMCA qui organisait la soirée. Quelques

échanges de mails et nous nous retrouvons au Floor de la Cartonnerie.

Devant lui, une vieille chemise cartonnée « tirée des

archives » me dit-il « et que je m’attendais pas à ressortir, je ne sais

même plus ce qu’il y a dedans ». Pendant que nous discutons,

il tourne et retourne les feuilles, poussant des « c’est pas vrai »

pleins de surprise et de nostalgie. Des plans de scène, le plan de

sécurité du lieu, la feuille de route… « C’était la première vraie

soirée organisée par le REMCA. » La REMCA est la structure

qui a pensé et structuré le projet Cartonnerie. « La période était

un peu particulière pour la musique live à Reims. L’Usine avait

fermée et la Cartonnerie en cours de construction : la première

pierre venait d’être posée en mars 2003. Pendant près de cinq années,

les concerts ont été très rares voir inexistants faute de lieu.

C’était un peu le désert. » Et cette soirée Underwater se posait

un peu comme l’oasis dans ce désert. « Les places sont parties

super vite et nous avons dû malheureusement refuser pas mal de

monde. » Je me souviens effectivement que devant l’entrée de la

piscine, un attroupement s’était constitué et que la chasse aux

places disponibles était ouverte. Comment est venue cette idée

- avouons le - peu commune de faire un concert dans une piscine

: « À l’époque, Gérald Chabaud qui dirigeait la REMCA était

rattaché à la ville de Reims, ses bureaux étaient donc à la mairie.

Entre deux portes, il a entendu que la piscine Talleyrand devait

être vidangée pour entretien, il a sauté sur l’occasion. »

Dans mon petit pull marine

Rodolphe me montre les plans des installations qu’il avait dessinés

avec application pour la commission de sécurité. Je ferme

les yeux pour rassembler les images qui me restent. Et dans

mes souvenirs, c’était très impressionnant. « C’est Jean-Jacques

Frémaux et Stéphane Lebonvallet qui s’occupaient des lumières,

ils avaient fait un super boulot, les projecteurs posés au pied des

poteaux qui soutiennent les coursives donnaient une vraie sensation

de hauteur ». La scène ? Dans le bassin, évidemment.


archéologie musicale / concert mytique

_photos ci-dessous © Les 4 Éléments, Stéphane Bordonaro, Jean-jacques Fremaux


6

archéologie musicale / concert mytique

« Nous avions moquetté toute la piscine et la scène installée

du côté le plus profond ». Et donc le public dans le bassin.

« Pour y accéder, il fallait prendre les escaliers habituellement utilisés

par les nageurs, c’était bizarre ». Des filets de protections

étaient installés tout autour pour que le public ne tombe pas.

« La scène n’était pas très haute puisqu’il y avait la pente naturelle

du bassin. En fond, nous avions mis un pendrillon et un écran

sur lequel tournaient des images ». En continuant à fouiller dans

son dossier il retombe sur un document très important : « Je ne

me souvenais plus de ça ! La ville nous avait refusé la demande

de buvette temporaire : pas le droit de

vendre de l’alcool dans une enceinte

sportive… » Bizarre, je ne suis pas le

seul à me souvenir avoir bu quelques

coups, devait y avoir un réseau parallèle.

Prémisses et parfum Lancôme

Côté musique. « À l’époque, Gérald

avait évidemment un œil sur ce qui

se faisait musicalement à Reims ».

Et deux groupes retenaient clairement

son attention : Klanguage

et Park. Klanguage était le premier

groupe d’un certain Pierre-

Alexandre Busson aka Yuksek. « C’est

un groupe qu’il avait monté avec un

bassiste qui s’appelait Romain et une

chanteuse, Marianne-Elise. Lui, était

déjà aux machines. » Il avait 26 ans

à l’époque, un EP et quelques prestations

scéniques remarquées à Octob’Rock notamment. L’électro

prenait déjà une place prépondérante, prémisses de ce qui allait

se passer quelques années plus tard.

Park. Le groupe de François et Marie Pavan. Témoin du côté

scène, un autre François, Malnovic celui-là, pour qui cette soirée

avait un goût particulier. « François Pavan était mon prof de

gratte quand j’étais ado. Nous nous entendions plutôt pas mal et

on ne s’étaient pas croisés depuis un bout de temps. Je l’ai appelé,

il m’a proposé de passer chez lui : il venait tout juste de monter

Park avec Marie et m’a fait écouter quelques trucs. Il m’a ensuite

demandé un coup de main et nous avons commencé à bosser

ensemble sur la production d’un morceau. Et comme ça fonctionnait

bien, il m’a proposé de venir sur scène avec eux pour le jouer

en live. C’était le concert d’Underwater. J’avais 22 ans et c’était

mon premier vrai concert sur scène. Je peux te dire que je m’en

souviens… » Ce titre, c’était Seventeen, qui a connu son heure

de gloire puisque quelques temps plus tard il a été utilisé pour

la pub Hypnose, un parfum de Lancôme. « Olivier Vaillant est

aussi monté sur scène pour un morceau : Charity Business. »

Pendant le changement de plateau

entre les deux groupes, une scène

avait été installée sur les coursives

pour les Fils Funky « une formation

qui regroupait des membres des

Boules de Feu - la fanfare de médecine

- à qui nous avions demander

de travailler un répertoire spécial ».

Rodolphe se souvient que « pendant

plusieurs jours aux studios de répétition

de la Girafe Bleue, ils avaient

bossé sur des versions acoustiques de

grands standards de l’électro. »

À peine le concert de Klanguage

achevé, le relais a été pris par deux

DJ placés eux aussi dans les coursives

pour faire danser le public jusqu’à 3h

du matin : Ark et Krikor. Rodolphe

se rappelle que « Ark était un pote de

PA qui nous l’avait présenté, de son

vrai nom Guillaume Berroyer, le fils

de Jacky, qui a vécu à Reims ».

J’ai évoqué cette soirée avec un tas d’autres personnes. Tous en

gardent un souvenir vraiment particulier. Une soirée qui a marqué

les esprits. « Quand nous étions sur scène avec Park, nous

avions le sentiment que c’était un moment qui n’arriverait qu’une

fois, que ça n’aurait peut-être plus jamais lieu et qu’il fallait en

profiter » me dit François. « Un truc unique et je l’ai vécu sur

scène, une vraie chance. »

Le bus arrive.

Photographie © Sylvère Hieule • Graphisme © Romuald Gabriel

texte

Jean Delestrade

illustration

Hélène Paris


création & cuisine japonaise

L’homme

avec

une forêt

sur

l’avantbras

guillaume libert,

chef référent

des restaurants matsuri


8

création & cuisine japonaise

Un homme jeune d’aujourd’hui,

piercing industriel, boucles et petits

écarteurs d’oreilles, coupe en brosse

et regard vif. Guillaume Libert est

chef de cuisine référent pour les

restaurants Matsuri. Rencontre à la

Défense juste avant le coup de feu de

11h30. Guillaume Libert, gant bleu

et manches relevées sur une forêt de

sapins tatouée tout en nuance sur son

avant-bras gauche est au centre du

célèbre convoyeur tournant. Il s’affaire,

va, vient, découpe un dos de saumon,

arrange des queues de crevettes sur un

plateau.

J’ai fait un lycée hôtelier à Saint-Quentin

dans le 02 et j’ai commencé en

brasserie mais ça ne m’a pas plu du

tout, travailler dans une brigade de vingt

personnes où ça hurle ne me disait rien,

j’ai arrêté pendant deux ans pour faire

des petits boulots. Ensuite, j’ai repris

un travail en brasserie et c’est là que le

chef de Matsuri / Reims m’a contacté, on

était en 2007. Je suis resté second de

cuisine quatre ans et je suis passé chef

de cuisine pour ouvrir le restaurant de

Matsuri / Saint-Etienne. Au bout de deux

ans, je suis arrivé sur Paris.

Guillaume Libert prépare des plateaux

Bento, il arrange du radis (daïkon,

radis jaune japonais) mariné et effilé

sur lequel il dépose des lamelles de

saumon.

Je suis allé deux fois au Japon, c’est une

culture que j’apprécie particulièrement.

Les japonais sont respectueux, nous,

européens, sommes des barbares.

Au Japon, tout est propre et calme,

même si ce sont des grands stressés

que l’on voit courir partout, ils restent

zen. La principale différence entre

la France et le Japon réside dans

les poissons employés. Les japonais

consomment très peu de saumon et

énormément de thon, chez nous, c’est le

contraire. Il consomme beaucoup

de thon gras, le otoro, mais ici, c’est hors

de prix. Et par exemple, il consomme

des crevettes d’eau douce crues dès

le matin, mais là, j’ai un peu de mal…

(sourire). Il travaille aussi l’alose avec la

peau, mais ici, les clients ne veulent pas

consommer la peau de poisson même

ébouillantée ou grillée. J’ai vu aussi un

sushi avec lard grillé, poireau et mayonnaise,

je ne peux en aucun cas présenter

ça ici, les clients vont me regarder

bizarrement.

Le riz roule dans la paume de la main

gauche de Guillaume, les sushis se

forment.

Je travaille avec un riz à sushi qui est

cultivé en Italie. C’est un grain long qui

se tient à la cuisson, ce n’est pas un riz

gluant, c’est un riz collant. Quand on

met la boulette de riz dans la bouche,

la salive doit dissocier chaque grain, en

aucun cas ce n’est une purée. Pour un

résultat optimum, nous mélangeons le

riz encore chaud au vinaigre de riz pour

qu’il pénètre bien chaque grain puis un

peu de sucre et du sel. En fait, nous en

revenons à la recette de base, le vinaigre

stoppe la prolifération microbienne,

ainsi les japonais pouvaient conserver

le poisson juste posé sur ce riz. Le sushi

était né.

Découpe et mélange d’un tartare de

saumon dans un grand saladier : saumon

+ concombre + radis daïkon +

shichimi (mélange de sept épices) +

sauce kamebishi (soja et yuzupon) +

quelques germes de poireaux au-dessus

au moment de servir.

J’ai appris avec M. Ichikawa, depuis

j’essaye de coller à la façon japonaise

de découper le poisson. Il faut suivre le

sens du poisson. Pour le saumon qui

vient de Norvège, le sens du gras est

travaillé en croix pour que ce soit le plus

joli possible. J’emploie le dos pour les

sashimis et le ventre pour les sushis.

Il faut plusieurs mois pour lever un filet

de saumon, pour qu’il soit propre et sans

pertes. Au début, j’ai fait beaucoup de

tartares (rire). Pour la cuisine japonaise,

il ne faut pas être trop pressé, il faut

apprendre de ses erreurs et rectifier.

C’est parti pour la préparation du

tartare de thon : thon + crémette + miso

blanc (pâte de soja légèrement fermentée)

+ concombre.

Je créé deux cartes par an. J’imagine des

mariages à mon bureau, j’écris la recette

puis je vais la tester en restaurant. Je

dois faire le lien entre la créativité, la

complexité de la recette et la modélisation

pour l’ensemble des restaurants.

Pour chaque produit qui entre, je dois

trouver deux ou trois recettes afin

qu’il y ait le moins de perte possible.

Pour ce printemps / été, je viens de

mettre au point trois nouveaux California

(Avocat + herbes fraîches / aneth et

ciboulette – Carotte + fromage frais

aux herbes – Crudités + fromage frais

+ herbes fraîches) et deux Usuzukuris

(fines tranches de poissons avec une

sauce Yuzupon / jus de yuzu et huile

d’olive) dont celui aux Saint-Jacques

avec betterave et mangue. Pour la

dynamique des treize restaurants de la

marque, nous communiquons entre nous

par Facebook et nous mettons aussi au

point des « Éditions éphémères » qui permettent

de tester des créations. Dès que

l’une d’entre elle plait aux clients, nous

la passons à la carte. Nous sommes

aussi à l’écoute des clients, en ce

moment nous nous ouvrons aux envies

de végétarisme et nous faisons attention

aux intolérances alimentaires.

Il découpe un filet d’anguille fumée,

le large couteau tranche la chair en

diagonal, il lisse chaque morceau et les

pose sur un plateau.

Au Japon, les hommes mangent avec les

doigts, les femmes avec des baguettes,

c’est une autre différence avec la France.

Ma recommandation principale est de

faire comme eux, tremper vivement le

sushi dans une sauce salée rehaussée

de wasabi, surtout pas sucrée. Croquer

la bouchée, poisson vers la langue, surtout

pas le riz. Le goût qui doit éclater en

bouche ce n’est pas le riz vinaigré, c’est

le poisson.

r e s t a u r a n t m a t s u r i

9 r u e d e c h a t i v e s l e , 5 1 1 0 0 r e i m s

w w w . m a t s u r i . f r 0 3 2 6 8 6 1 0 1 0

texte

Jérôme Descamps


UN CONNU

YOHANN DINIZ

NOM

Yohann Diniz.

PROFESSION

Athlète.

ÂGE

39 ans.

PLUS BEAU SOUVENIR

D'avoir battu le record du monde

du 50 000 mètres piste à Reims au stade

George Hebert en mars 2011.

un rêve

Allier son métier et sa passion.

une passion

La Culture.

photographie

Sylvère Hieule


0

atelier

coiffure

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