creative PROCESS magazine #16

magazinepeel

arts / design / food / business : les créatifs son dans CREATIVE PROCESS MAGAZINE

# 16

déc

jan

18


nouveau volvo XC60

Découvrez-le dans votre concession

• Disponible avec la technologie hybride rechargeable Twin Engine

• 49 g de CO 2/km

• Jusqu’à 45 km d’autonomie en 100 % électrique*

• Bonus environnemental

VOLVOCARS.FR

Nouveau Volvo XC60 : Consommation Euromix (L/100 km) : 2.1-7.7 - CO 2 rejeté (g/km): 49-176. * Peut varier à la baisse selon la conduite et l’environnement.

www.delhorbe-automobiles.fr

51 DIZY - EPERNAY

Z.A. LES BAS JARDINS - 03 26 55 07 44

51 REIMS

CITÉ DE L’AUTOMOBILE - CROIX BLANDIN - 03 26 77 50 60

51 CHALONS-EN-CHAMPAGNE

RN 44 - ZAC ST MARTIN SUR LE PRÉ - 03 26 21 08 08


ÉDITEUR / Dir. de publication

Benoît Pelletier

RÉALISATION / design / diffusion

www.belleripe.fr

Le passage d’une année à l’autre est souvent le temps privilégié

de l’imaginaire. Entre rêves de merveilleux des fêtes de la fin de l’année qui

s’achève et projections fantasmées de celle qui commence, nos cerveaux

fatigués ont besoin d’ailleurs, et cherchent à s’échapper vers des mondes

sans contraintes. On vous a donc concocté un petit numéro bien cosy

à déguster au coin du feu en tenant à distance le ciel gris que vous pouvez

apercevoir, loin, là bas, à travers la fenêtre. Nous vous emmenons d’abord

à la rencontre d’Hélène Builly, illustratrice pour la presse, l‘édition et la

culture, qui nous embarque avec ses images léchées dans son univers

poético-surréaliste sans limites. Nous vous présenterons aussi Gladys Hulot,

une artiste multifacettes qui développe un univers très personnel - assez

barré - qu’elle quitte parfois pour rencontrer les humains. Après un coup

d’œil sur le travail d’Hélène Lacombe, une architecte illustratrice qui réussit

la gageure de poétiser le dessin d’architecture avec un travail très frontal

au trait chirurgical, nous vous diront tout des ballets de Luc Petton qui

met en scène ces spectacles dingues faisant intervenir de – vrais – animaux

sauvages pour servir son propos. Il sera aussi question d’architecture avec

un focus sur le travail de Jean-Philippe Thomas, architecte du sensible, et

de musique à l’occasion d’un entretien avec Anthonin Ternant, le démiurge

de Black Bones, Angel, et The wolf under the Moon. Dans Creative Process,

on aime aussi vous raconter des histoires d’entrepreneurs, aventuriers des

temps modernes, qui placent la créativité au cœur de leur dynamique à

l’image d’Antony Villéger, un des dirigeants de Samm trading, de Jean-Philippe

Vidal, le créateur de Reims Parfum, ou des deux compères Agathe

Petit et Marie Hauguenois avec leur concept store d’un genre nouveau.

Ces plats de résistance seront bien sûr agrémentés de nos rubriques

habituelles. L’ensemble sera tout à la fois enrichissant, informatif et beau

comme l’année qui s’annonce. Belles fêtes de fin d’année et bonne année

avec Creative Process Magazine.

Benoît Pelletier

direction artistique

Benoît Pelletier

assisté de amélie luca

Si vous souhaitez devenir

diffuseur, vous abonner pour

recevoir le magazine chez

vous, ou en commander un

exemplaire, contacter nous ici :

hello@process-mag.com

POUR DEVENIR ANNONCEUR,

DIFFUSEUR OU PARTENAIRE :

bp@process-mag.com

06 80 65 89 72

Le magazine PROCESS est édité

par Belleripe SARL - 5 avenue vallioud

69110 Sainte-foy-lès-lyon.

Tous droits réservés.

Toute reproduction, même partielle

est interdite, sans autorisation.

Le magazine PROCESS décline toute responsabilité

pour les documents remis.

Les textes, illustrations et photographies

publiés engagent la seule

responsabilité de leurs auteurs et leur

présence dans le magazine implique

leur libre publication.

Le magazine PROCESS est disponible

gratuitement dans 170 points de dépôt

à Reims. retrouvez toute la liste sur

www.process-mag.com

Magazine à parution bimestrielle.

Caroline © hélène builly

www.process-mag.com


08 / HOP

10 / goût

12 / alain cavalier : rendez-vous manqué

14 / gladys hulot : extra-terrienne extra-ordinaire

18 / jean-philippe thomas, architecte du sensible

24 / hélène lacombe

28 / « walk it back» de the national

30 / jean-philippe vidal : artiste nez

32 / antony villéger : Anto-logie

34 / hélène builly : colle-feuille-ciseaux

42 / black bones

44 / ainsi la nuit

46 / collectif 17

48 / fragrances & délit de bien-être

50 / figures kyan khojandi

P

@processmagazine

process_magazine

@magazineProcess

BENOÎT PELLETIER

éditeur

directeur créatif

& photographe

Anne-sophie velly

DA de Maison Vide art

contemporain, musiques

& confettis

JULES FÉVRIER

journaliste

& photographe

SYLVÈRE HIEULLE

OVNI (& accessoirement

photographe)

agathe cebe

rédactrice

& journaliste freelance

Peggy Leoty

communication / événementiel /

relations presse

© Stéphane de Bourgie

ontriuteurs

arnaud lallement

chef ***

CYRILLE PLANSON

redac-chef La Scène,

Le Piccolo, Théâtre(s) mag

Jérôme Descamps

réalisateur

& montreur de films

Anne De La Giraudière

Journaliste

Retrouvez nous sur

www.process-mag.com


LAYLIST

la playlist ECRILLUSTRÉE D’ANNE-SOPHIE VELLY www.mixcloud.com/salsifi-velly/

Trouble

1

Inaniel

Swims

Plage de

la 2concurrence

Ojard

Inaniel Swims nous glisse au

creux de l’oreille une pop

élégante, chantée en anglais

avec cet accent français si

marqué…

Tout doux, c’est avec une

certaine nonchalance solaire

qu’Inaniel nous conte ses

confusions sentimentales.

Sans prétention, ni chichi,

on l’accompagne volontiers

dans ces questionnements,

sans forcément lui trouver

de réponse.

Maxime Daoud sort son très

joli 1 er album « Euphonie » :

“ Emprunté, par l'intermédiaire

du bas latin euphonia, « douceur

de prononciation », du

grec euphônia, « bien »,

et phônê, « voix, son ».

Harmonie de sons agréablement

combinés, par opposition

à Cacophonie. Qualité

des combinaisons de sons

considérées comme agréables

à entendre ou faciles à prononcer.

” Un album poétique

et cinématographique d’une

douceur méditative…

La groupie

du 3pianiste

Michel

Berger

Y-a une mixtape

qui 4m’attend

Athanase

Granson

Il est de ces morceaux qui sont

désormais dans l’inconscient

collectif de la variété française.

Ces morceaux que l’on passe

en fin de soirée au bout de

quelques verres. Le but étant

de mettre l’auditoire en transe,

de danser quoi…

La groupie du pianiste a dû

vieillir, ses draps ne sont plus

roses. Elle a sans aucun doute

troqué le pianiste contre un

pastis depuis l’temps.

Mais elle dansera toujours

debout avec nous.

Athanase Granson, sur Le

label de Caen « We want

to wecord » (à prononcer

à haute voix), a fait une

superbe mixtape sur K7, que

l’on déguste comme un café

gourmand, dont chaque

petite merveille sucrée se

découvre avec joie. Nos

papilles auditives frétillent,

miam ! Pop, électro, psyché,

c’est party… We Want to

Wigoler.

Les os

des innocents

5 6

Baptiste

Brunello

Hutre

Forever

Pavot

Baptiste Brunello a « le coeur

gros comme un Hummer » et

« touille encore la glycéro avec

le manche de son marteau »

Plasticien, performer, musicien,

mélangez le tout et vous

obtenez… un Objet volant,

ou chantant, non identifié.

Une folie maitrisée, un décalage

contrôlé. L’auditeur fera

le choix ou non d’ y adhérer.

Nos oreilles rentrent dans un

05

univers parallèle, on ne comprend

pas tout mais on s’en

fout parce qu’« on ne va pas

éternellement se jeter

des côtelettes à la gueule… »

Le colonel moutarde avec le

poignard dans la cuisine. Emile

Sornin avec le clavecin dans la

salle de jeux.

Le tant attendu 2 d album de

Forever Pavot est arrivé. Nous

sommes en 1973, en plein

milieu d’une scène de crime,

entre une flute traversière, un

clavecin et une batterie jazzy :

faites entrer l’accusé…

Le morceau « Hutre », bande

son imaginaire d’un polar

sombre des années 70, est un

petit bijou. Vous n’avez pas le

droit de garder le silence…


faut pas rater ça

20h30

16/12

FreeBeat Battle

bar le floyd / reims

Amateurs de tous horizons et de tous styles

musicaux vont s’affronter. Les applaudissements

du public seront seuls juges. Le mot

d’ordre : “ Noël Badass ”, apprêtez-vous en

conséquence !

velours-prod.com

20h30

16/12

Rufus

Wainwright

comédie de reims

Le New York Times encense Rufus

Wainwright comme l'un des plus grands

auteurs-compositeurs-interprètes vocalistes

de sa génération. Coup de bol, il joue chez

nous.

cartonnerie.fr

lacomediedereims.fr

ews

loud

20h30

12+13/01

Les parapluies

de Cherbourg

opéra de reims

Après Le Violon sur le toit en 2016, la

compagnie Ars Lyrica retrouve le chemin de

Reims avec Les Parapluies de Cherbourg,

une comédie musicale revisitée par le metteur

en scène Emmanuel Dell’Erba, d’après

le célèbre film de Jacques Demy sur une

musique de Michel Legrand, Palme d’Or à

Cannes en 1964.

operadereims.com

© mohamed yamani

© DR © DR

jusqu'au

23/04

Roman-photo

MUCEM / Marseille

Le roman-photo a mauvaise presse.

Le terme sous-entend tout à la fois la niaiserie

sentimentale, la frivolité, ou encore

l’ingénuité. À ce jour, il n’a que rarement

retenu l’attention des historiens de l’image,

et encore moins celle des musées et des

centres d’art. Grave erreur ! Car le romanphoto

a pourtant bien des choses à nous

dire… et pas seulement des mots d’amour.

mucem.org

© dr. fondazione arnoldo e alberto mondadori

© dr © jean gilbert

jusqu'au

08/01

Jean Glibert

peintre en bâtiment

bozar / bruxelles

Auteur depuis plus de 40 ans d’une œuvre presque exclusivement

liée à l’architecture, située essentiellement en Wallonie

et à Bruxelles, Jean Glibert mêle sa logique de création à celle

des architectes avec lesquels il collabore autour d’interventions

uniques en leur genre.

bozar.be / jeanglibert.com

20h30

16/12

Milamarina &

Paulette Wright

Carré blanc / tinqueux

Affinités musicales, manifestes pour ces

deux là qui se sont bien trouvées, au Carré

blanc à Tinqueux.

le-carreblanc.fr

m

l

© DR

de 13h30 à 17h

27/01

Stage sabre

laser

ESCAL / Witry les Reims

Proposé par l’Académie de Sabre Laser de

Reims. Inspiré des batailles de la saga Star

Wars, cette initiation sportive est tournée

vers les arts martiaux et le côté ludique.

escal-witry.fr


arché de

a photo

des nouvelles du duo des halles

Le photographe Romuald Ducros mène

depuis plusieurs semaines un projet au

long cours qui se déroulera sur une année

entière : il installe sur les marchés rémois un

studio conçu spécialement et immortalise les

chalands en compagnie de leurs achats, toujours

avec la même lumière, toujours dans

la même position. Nous suivons l’élaboration

progressive du projet au fil du temps et vous

livrons dans chaque numéro quelques unes

des dernières images de la série en cours.

Une première restitution des images est

exposée aux Halles du Boulingrin depuis

le 22 septembre.

Dans le cadre de la programmation

" Arts visuels " de la ville de Reims

avec le soutien de Veuve Clicquot,

maison fondée en 1772.

www.laproductionremoise.fr


PAR AGATHE CEBE

Au renouveau

du bon goût

Après le boulot, et

avant Noël, c’est littéralement

ce que signifie

l’After Work Before

Christmas organisé à

l’Hotel Mercure Parc

des Expositions, le

mardi 19 décembre.

Ce n’est pas la première

fois que l’Ardoise sur le Pouce lance l’invitation.

Mais, avec l’hiver, avec le burn out de fin d’année,

avec l’arrivée des fêtes, il est certainement temps

de lâcher prise. Le prochain After Work du Mercure

Parc des Expos met les Pulls Moches à l’honneur.

En ligne de mire, les laines interdites par la

loi, les plus atroces accords de couleurs,

les motifs ratés et impossibles à identifier, les

tailles informes, étirées par la négligence du

temps qui passe, ou la négligence tout court…

Un pull moche n’a pas demandé à l’être. Il l’est.

Et ce 19 décembre, de 18h30 à minuit, il est temps

de lui rendre un petit hommage affectif et de lui

laisser la chance, au moins un soir, de briller parmi

les siens. Parce que la soirée s’annonce belle :

Champagne et grignotages divers associés, DJ

Set et même un petit corner-shop de cadeaux

de Noël. L’After Work du Mercure Parc des Expos

est tendance, et votre pull moche aussi.

Dans le fond, vous le savez.

after work

le 19 décembre de 18h30 à minuit

Hôtel Mercure Parc des expositions

2 rue Gabriel Voisin – 03 26 05 00 08

OP

Meddy et Thomas, aka Mastho, c’est

© dr

questions en passant

au studio tandem

le duo des Studios de la Carto. Bons

compères, ils sont ceux qui rentrent

par l’arrière, la petite porte grillagée,

dérobée, celle des groupes en

devenir, des jeunes pousses. Ils sont

tous les deux batteurs, avec un bon

bagage de scène, et ils ont en eux

la générosité bienveillante de la

transmission. Ils accompagnent les

groupes, pour « une première expérience

de stud’ sans enjeu, relax et

sympa ». Un peu comme eux, en fait.

À deux dans un studio, on ne se marche pas dessus ?

Meddy : Pas vraiment, puisqu’on travaille en alternance !

Thomas : Quand l’un bosse, l’autre ne bosse mais vient quand même travailler

son instrument… On est bien là, en fait.

Meddy : Mais pour le job, une personne suffit. On est comme un couple qui

se croise !

Le rythme à la Carto, c’est « Vélo-Studio-Dodo »?

Ensemble : On n’a pas de vélo !

Meddy : On n’a pas encore vraiment de recul sur le rythme du studio, on est

là depuis peu de temps en fait. Mais on arrive à avoir du temps pour nos

projets perso. La musique est dans notre emploi du temps.

Thomas : Oui, j’ai du temps aussi pour mes projets, mes projets sur ordi, mes

projets dans ma tête…

Meddy : Ah oui moi aussi j’ai des projets dans ma tête. Un roman, par

exemple. Je suis écrivain dans ma tête.

Le Studio, c’est plus un labo d’expériences ou une usine à talents ?

Meddy : Un labo d’expériences !

Thomas : Oui, ce n’est pas une usine. Des talents, il y en a, mais sans uniformité.

Il y a beaucoup de mixité ici, on fait des rencontres très diverses.

Meddy : On est là, on se retrouve, on partage un café, une bière. On discute

ensemble. C’est comme un routier. C’est hyper convivial.

Thomas : Comme une MJC, mais sans le J. Tout le monde est concerné par

notre dynamisme culturel.

Meddy & Thomas, c’est Tom & Jerry ou Arnold & Willy ?

Ensemble : On est les M&M’s ! On nous a rebaptisés comme ça, ici !

Meddy : Moi je suis le rouge, et Thomas le jaune.

Thomas : Ça nous va bien : on est des gueules sucrées.

Meddy : Et on a un cœur fondant.

Meddy, Thomas ça rime avec ?

« Estomac ». Et en plus c’est une rime riche.

Thomas, Meddy ça rime avec ?

Je suis nul pour trouver les rimes. Je dirais bien « gentil » mais ça fait cucul !

Instant groupie : qui adoreriez-vous voir passer ici, par les Studios, pour

des expériences musicales ?

Thomas : My Bloody Valentine, pour écouter Kevin Shields

08

faire de la guitare

pendant des heures.

Meddy : Billy Anderson ou Kurt Ballou.

© dr


JINGLE

JUNGLE

La Jungle, en hiver, ne fane pas. Au contraire.

L’extension de La Mine et de Fikus se pare de

ses plus beaux atours pour Noël, avec une expovente

collective organisée par tous les artistes

investis dans le projet. Un petit marché de Noël,

excentré, intime et authentique, du 16 au 24

décembre. Mais… La Jungle, après les fêtes, ne

s’endort pas. Au contraire. Après une première

exposition inaugurale et saisissante, un autre

artiste membre de La Mine va élever ses œuvres aux murs de cette

nouvelle galerie. Du 5 janvier au 17 février 2018, Eric Dabancourt

expose « Liens de vies », des toiles, du trait, à l’encre de chine et

à la plume. Parce que la vie tient à plusieurs fils, Eric Dabancourt,

dans une quête existentielle, trouve une respiration à travers les

traits entrelacés, comme des lignes de vie embrassées. En faisant

aussi écho à notre animalité instinctive et primitive, les œuvres

d’Eric Dabancourt emportent par leur pureté, et étourdissent par

leurs sens. « Chaque dessin commence par un premier point » et ce

premier point évolue, dans un voyage qu’on rêverait sans fin, au gré

du silence magistral du trait qui se suffit et qui tisse, lace, enlace,

connecte, à soi, aux autres.

Facebook @lajunglereims

www.edabancourt51.com

Intimité

analogique

À partir du 25 janvier 2018, la Cartonnerie

expose les clichés de Sébastien

Gomes, aka Moris, fidèle ombre

rôdant entre les crash barrières de l’avant-scène. Au gré des

concerts, Moris joue le goût du risque, avec son Canon AE1, et

pour seules empreintes celles laissées sur les pellicules. Une

part belle laissée au hasard, quand on sait comme les conditions

photographiques sont difficiles et aléatoires pendant les

concerts. Pourtant, en bon patient passionné, Moris ne se laisse

dominer ni par le mouvement ni par la lumière, et en fait plutôt

ses alliés : qu’elle soit « sur », ou « double », l’exposition rend

toujours compte, au final, d’un instant primordial et sensible,

d’une intimité insoupçonnée avec l’artiste. L’analogique rend,

au travail photographique de concert, une magie old-school

un peu désuète et qui, pourtant, fait la noblesse des images

qui nous parviennent aujourd’hui, traversant les âges avec leurs

petits défauts singuliers, leurs beautés particulières, et leur

étrange pouvoir de séduction.

C’est donc sur les murs gris béton de la Carto, dans le recoin

intime du vestiaire et de détente que les photos de Moris trouveront

leur écrin quelques semaines. Un retour aux sources,

une mise en abyme, des souvenirs développés en noir et blanc

de tous les moments forts qui se sont joués ces derniers mois

sur cette belle scène rémoise.

@moris_analog

@morisanalogphotography

Vernissage le 25 janvier 2018 - www.cartonnerie.fr

© dr © dr

L’empire

des sons

Le son, grand voyageur, est leur terrain de jeu favori.

En dépassant les frontières, géographiques, culturelles

et sociales, les compositeurs et improvisateurs Jean-

Baptiste Masson, Nicolas Canot, Philippe Le Goff et

François Leclère créent autour du field-recording, et

emportent leur public et leurs bagages. Le prochain rendez-vous

est donné le 26 janvier 2018, pour une soirée

co-organisée par INNER CORNER, Césaré et Saint-Ex,

culture numérique. SONOTIUM #10 nous rappelle aux

bons vents de l’année dernière quand, abritée entre les

murs expérimentaux de Quartier Libre, toute forme de

création se libérait de sa coquille. À cette époque,

le partage était différent, avec les jam sessions qui invitaient

des musiciens à contribuer à cette œuvre musicale

participative. Pour sa dixième édition, SONOTIUM

offre une soirée à la merci totale des quatre compositeurs

précédemment présentés. Pour faire durer

le plaisir, et reprendre ses esprits, un DJ Set terminera

la soirée.

D’expérience musicale, SONOTIUM #10 devient une

expédition. Une invitation au voyage qui embarque les

spectateurs dans un voyage, les pieds dans le vide, à

travers le globe. Tempêtes de glace, humidité des forêts

tropicales, villes hurlantes, déserts stridents : il s’agit

d’une succession de tableaux sonores, électroniques,

qui deviennent, par le pouvoir de l’envoûtante imagination,

quasi réels. En intimité recherchée et travaillée,

SONOTIUM #10, comme ses précédentes sessions,

baignera le public dans une obscurité mystique, un repli

onirique. C’est là l’audace de SONOTIUM : placer les

spectateurs dans la pudeur d’une expérience atypique,

à la fois dans l’introspection et le partage. Avec cette

thématique sonore du field-recording, l’expérience n’en

sera que plus poignante. Le voyage suppose rêves,

désirs, souvenirs. Chacun pour soi, soi pour le monde,

car le son est universel, et que bien des créations –

physiologiques et mentales – naissent, subrepticement,

à travers lui.

SONOTIUM #10 – Vendredi 26 janvier 2018

à 19h, à Saint-Ex – culture numérique.

Entrée libre. 03 26 77 41 41

et Facebook : @innercorner

© antonin leclere


G

goût

G

TRUFFE NOIRE

DU PERIGORD,

GNOCCHI DE POMME

DE TERRE

par Arnaud Lallement

Gnocchi de pomme de terre

250 g de pomme de terre | 15 g de farine | 20 g de fécule de

pomme de terre | 1 jaune d’œuf | 4 g de sel | 200 g de crème

liquide

Ne pas laver ni peler les pommes de terre. Inciser la peau sur

tout le tour. Cuire au four à 200°C pendant 45 mn. Récupérer

la chair à l’aide d’une cuillère. Passer au tamis. Ajouter le jaune

d’œuf, la farine et la fécule de pomme de terre. Faire des rouleaux

puis des petites boules à rouler à l’aide d’une fourchette.

Faire blanchir jusqu’à ce que les gnocchi remontent à la surface.

Faire chauffer et réduire la crème de moitié. Réchauffer

les gnocchi dans cette crème juste avant de servir. En réserver

pour le dressage.

Sauce truffe

200 g de jus de truffe | 200 g de crème épaisse | sel | poivre

Faire chauffer et réduire le jus de truffe de moitié. Ajouter la

crème épaisse, le sel et le poivre. Continuer de chauffer jusqu’à

ébullition. Réserver.

Truffe

75 g de truffes

Couper la truffe en tranches puis détailler vingt ronds de 4 cm.

Dressage

Disposer cinq gnocchi par assiette surmontés chacun d’une

rond de truffe. Servir la sauce truffe à table.

10

TRUFFE NOIRE DU PERIGORD, GNOCCHI DE POMME DE TERRE © matthieu cellard


Le

Foie gras

de Longpont

OÛT

Balade niçoise

Les fêtes approchent

avec, sur les tables,

les incontournables

de la fin d’année.

Au premier rang de

ceux-ci, le foie gras.

Pas si loin de Reims que cela, à

Longpont dans l’Aisne, aux limites

du Tardenois et du Valois, Sébastien

Carré conçoit de très bons

foies gras. C’est désormais dans

la Boucherie qu’il a reprisE à

Fère-en-Tardenois il y a quelques

années, et non plus dans sa

ferme de la Grange, à Longpont,

qu’il vend ses foies gras et

autres pâtés conçus à partir des

volailleS qu’il élève toujours.

Fin, salé et poivré à la perfection,

son foie gras de canard micuit

a souvent devancé dans des

concours agricoles – dont celui

du Salon de l’agriculture, à Paris

- les meilleurs représentants

du Sud-Ouest. À goûter aussi les

pâtés de campagne fermiers, les

cous farcis, rillettes et autres

délices…

Cyrille Planson

Vegan

Comment dire le ravissement de la lumière de cette journée d’octobre à

Nice ? Pour l’ardennais que je suis, la mer Méditerranée est comme un cadeau

inestimable, un émerveillement de gamin renouvelé chaque fois. Pas

la peine de résister, je plonge. L’eau est singulièrement trouble. Pénétrée

par le bleu du ciel, elle acquiert une densité presque liquoreuse. Sous l’eau,

au fur et à mesure des brasses, une évidence, l’impression de m’enfoncer

dans la matrice de la couleur bleu turquoise, nager dans les entrailles d’une

couleur. Une sensation unique qu’il faut pourtant quitter.

Après le bain, la faim. La promenade dans les petites rues de cette Italie

française apporte de quoi s’enthousiasmer. La socca et le pan bagnat sont

des plats de rues. Ils se mangent avec les doigts. Pour le pan bagnat, quoi

que vous fassiez, l’huile d’olive coulera sur vos phalanges et s’étalera dans

vos paumes, les miettes de thon déborderont, les œufs s’émietteront et

tomberont au sol, l’oignon sera récalcitrant, vos lèvres seront luisantes,

votre menton sans doute aussi. Dans les ruelles escarpées, ombragées, on

marche en levant les yeux pour adorer le ciel, les ombres douces, les couleurs

terre de Sienne, les ors, les vieux roses. On s’arrête pour regarder les

balcons fleuris, le linge qui pend, les persiennes entrouvertes, on pense au

magnifique film de Jean Vigo À propos de Nice. On croque, on se lèche et

on repart. Tête baissée, c’est autre chose. Les boutiques frelatées,

standardisées sont un immense dépit,

une contamination touristique sous le

sceau de « la belle France d’autrefois »,

un masque pour le tourisme mondialisé.

La socca nous rabiboche avec la ville.

Cette grande galette de pois chiche

roussie par les flammes et mangée à

même le papier est un délice indétrônable

avec la contemplation de la baie

des anges vue du parc du château. En

redescendant, traverser la place Garibaldi pour trouver la place Pi.

À l’ombre d’un magnifique pin, vous dégoterez le restaurant-concept Isak

qui propose, au milieu de produits et d’objets tendances à acheter,

une cuisine raffinée concoctée par le chef suédois Isak Oldenburg, miracle

d’une mondialisation vertueuse. Le 20 novembre 2017, il y avait un velouté

de chou-fleur, pickles de chanterelles, un maquereau de méditerranée, quinoa,

courgette et navet et un brownie aux amandes, topinambour et poire,

le tout pour 22 euros. Tout était d’une exquise fraîcheur, le goût simple des

aliments et des associations qui étonnent le palais. Le bar juste devant la

cuisine est une place de choix pour voir l’équipe s’affairer. Attention, ne

beurrez pas les crackers fait maison qu’on vous apporte en début de repas,

sinon vous êtes cuits, vous en reprendrez ! Jérôme Descamps

Isak restaurant – 2, rue Barillerie

La socca : Chez René – 1 rue Pairolière + Chez Pipo – 13 rue Bavastro

Pan Bagnat : Nissa porchetta – 26 rue Pairolière + Tintin – 2 bd du général de Gaulle

Pâtes fraîches (à rapporter absolument : les raviolis à la daube et aux blettes + testez

aussi les panisses à faire griller dans la poêle, un pur délice fondant) : Denis Roda – 7

rue Collet + Clé aux Pâtes – 8 bis rue Boucherie

À Talus-Saint-Prix, Alain Legret est l’un des premiers à

s’être positionner sur la tendance du moment : le vegan.

Afin d’approvisionner en bulles les inconditionnels de cette

alimentation absolument dépourvue de toute trace animale,

il produit des champagnes originaux, en excluant la colle à

base de produits d’origine animale. Il est même l’un des tout

premiers à avoir été labellisés pour cela. Le collage a pour

objectif de clarifier le vin avant sa commercialisation.

Il utilise pour cela des colles à base de protéines issues

de poissons, de lait ou de crustacés.

11

Pour l’anecdote, l’humoriste Raphaël

Mezrahi est lui aussi devenu producteur

de champagne vegan, dans l’Aube. C. P.

Le lentillon

de Champagne

Le sol calcaire de la Champagne lui conférerait une saveur douce

et sucrée à nulle autre pareille. Le lentillon de Champagne reste

méconnu, bien qu’il soit cultivé dans la région depuis la

plus haute Antiquité. Tous les nutritionnistes vous le diront,

notre alimentation n’est plus assez riche en légumes secs -

fèves, lentilles et autres haricots - qui ont fait le quotidien

des générations passées. Riche en fibre, en protéines, mais

aussi en calcium et en fer, il est notamment distribué par

la marque Louise Bon à la Grande Épicerie de Paris. C.P.


endez-vous manqué

ma Non rencontre

avec alain cavalier

Cher Alain Cavalier,

Vous m’avez dit non et ça m’a fait rire. Je vous ai proposé une rencontre

pour le magazine Process, une invitation à raconter votre méthode,

votre cuisine, votre atelier. Parler de la préparation, de l’immersion,

des références, des carnets, des images. Essayer de mettre

des mots sur ce processus mystérieux de la création.

« Allô, un cœur qui bat sous une soutane*, c’est bien, je l’entends, je

l’entends. Eh bien, non… eh bien non. Les grandes et les petites questions

sur le cinématographe provoquent chez moi un ennui colossal.

Quelquefois je suis obligé, parce que j’ai fait un film donc, je fais un petit

effort mais avec vous… Amicalement, on est lié, je n’ai pas d’effort à

faire et puis votre destin ne dépend pas de quelques banalités que je vous

exprimerais sur le cinématographe. Bon, comment allez-vous ? Si vous

êtes à Paris, vous m’appelez et on se voit, voilà. Je vous salue très bas. »

Monsieur Alain Cavalier, je vous aime. Je vous aime de dire non,

d’être impertinent, d’être drôle, d’être concentré sur votre travail,

d’être un artisan du cinématographe avec humilité, avec génie. J’emploie

les mots que vous n’aimez pas, les superlatifs que vous détestez,

vous qui avez choisi l’ascèse.

J’avais 20 ans. Je suis entré dans un cinéma et j’ai vu Un étrange

voyage. Je me souviens que les personnages longeaient une voie de

chemin de fer allant vers l’est, que la ville de Troyes était citée (traversée

?) et que ce nom de ville, c’était un peu chez moi dont on parle si

peu ou si mal. Je me souviens des échanges entre Jean Rochefort et sa

fille de cinéma, Camille de Casabianca, votre vraie fille dans la vie. Je

suis sorti bouleversé, conquis mais je n’avais pas encore repéré votre

nom. C’était un temps où je ne retenais pas le nom des réalisateurs.

Ensuite, ce fut Libera me. Physiquement, j’ai eu du mal à sortir de la

salle. Knock-out par tant de propositions, de tensions, d’inventivité.

Cette fois votre nom a coulé dans mon oreille, depuis je n’ai manqué

aucun rendez-vous.

Je me suis aussi promené dans La Chamade, dans Le combat dans

l’île, dans Le plein de super ou dans Martin et Léa. Comme vous le

dites si bien, vous êtes un filmeur, vous faites film de tout, pour vous

les notions de fiction et de documentaire sont juste de la matière à

filmer, pas de hiérarchie, vous voyagez de l’une à l’autre au gré de vos

envies, au gré de votre grande fantaisie. Grâce à vous, j’ai été ému

comme jamais par le regard bleu de la matelassière qui ne veut pas

vous dire le prix du matelas de laine qu’elle est en train de coudre,

c’était dans cette série de 24 portraits de femmes, que je regarde encore

avec émerveillement. Et aussi : « après les mains de la blanchisseuse,

les mains du cinéaste. Le cinéma a aussi ses fers à repasser, la

caméra et le magnétophone, le cinéaste ne les manipule pas, il lui fau-

drait quatre mains et deux têtes. Parfois il en rêve ». Cette conclusion

de La repasseuse m’a étreint deux fois : lorsque j’ai découvert le film

et lorsque les années 90 nous ont apporté ce que l’on appelait encore

« les petites caméras ». Cette merveille de technologie est devenue

votre outil d’écriture comme vous l’annonciez prophétiquement

dans cette phrase de 1987. Cette caméra que vous portez toujours

avec vous dans votre sac gris à longue bandoulière nous a donné La

Rencontre, la plus gonflée des déclarations d’amour et bien d’autres

magnifiques éclats de vie jusqu’à ce Paradis iconoclaste, un film fait

de petits amusements, d’émerveillements, d’épiphanies.

J’oubliais… Soir d’hiver dans une galerie éphémère de la rue des Récollets

à Paris, la projection du film rare Ce répondeur ne prend pas de

message. Hébété sur le trottoir, qu’est-ce-que je venais de voir ? J’étais

ivre de sens, saoul de votre mise en danger, grisé par vos métaphores,

estomaqué par votre capacité à jouer avec le cinématographe.

Et puis… comment oublier Thérèse, ces toiles de fond colorées pour

mieux dessiner vos comédiennes, la précision des gestes, la drôlerie

de certains dialogues, les séquences merveilleuses entre Catherine

Mouchet et Aurore Priéto ou Hélène Alexandridis, votre approche

de la spiritualité, votre questionnement sur l’extase et le sacrifice.

Et puis, et puis… Tout, je prends tout, je ne laisse rien de rien sur

le côté et j’attends les prochaines

étapes avec gourmandise.

Je sais que vous

n’aimez pas ça mais je vous le

dis, votre parcours, vos films

sont uniques, ils sont tous

une déclaration d’amour à

l’humanité, une ode à la liberté

libre qui vous tient tant à

cœur, une force pour chacun

d’entre nous car vous dites

toujours « encore ». Alors

oui, vous m’impressionnez et

je dois prendre un grand élan

de courage pour oublier tout

votre travail et aller boire un

boc avec vous pour parler de

près édités en DVD.

la vie et de ses petits amusements,

simplement.

- 6 portraits

• À venir

XL

Cher Alain Cavalier, vous

m’avez dit non et, bon Dieu,

que j’ai aimé ça.

© STEEVE LUNCKER

• Filmographie impressionnante depuis 1958.

Pas d’intégrale à peu près tous les films sont à peu

- Deux documentaires à propos d’Alain Cavalier :

Alain Cavalier, sept chapitres cinq jours deux

pièces-cuisine de Jean-Pierre Limosin (1995 – 55’),

Frère Alain-EA5 de Vincent Dieutre (2017 – 66’).

R

rencontre

- Un court métrage de Alain Cavalier, trace d’une

rencontre. www.lapelliculeensorcelee.org/cavalier/

cavalierAccueil.html

*J’ai réalisé Les ongles noirs, adaptation de la nouvelle d’Arthur Rimbaud Un cœur sous une soutane.

TEXTE jérôme descamps

12


Extra-terrienne

Extra-ordinaire

M

life on mars


Gladys Hulot est Hyrtis. Elle ne l’est pas comme Dr Jekyll est M.

Hyde : elle l’est, en incarnation profonde, bienveillante, et créatrice.

Port de tête, élégance, androgynie, Hyrtis évolue dans

l’univers alternatif qu’elle éclaire, devant elle, d’un spectre rassurant,

comme un barrage contre la « dictature de la normalité » du

monde. Mais Hyrtis, elle l’est aussi grâce / par / à travers le lien

qui l’unit à la muse. Muse fondamentale, muse ancestrale, Gladys

Hulot n’a jamais quitté l’essence baudelairienne de la création

artistique. « Je suis malheureuse sans muse. Je n’ai pas d’idéal,

de projection, de reconnaissance. La muse me tire vers le haut. »

me confie-t-elle. La discrétion de Gladys n’a d’égale que la fidélité

à sa muse, grande incarnation de ses inspirations, pour des

raisons qui, si elles échappent au commun des mortels, font sens

au travail intime de cette artiste particulière. Peut-être est-elle

une artiste en marge, mais uniquement dans celle qu’elle crée,

qu’elle dessine, qu’elle porte, comme un costume. « Je ne suis pas

en camouflage. Être bien dans son costume, c’est 60% du travail,

comme le dit Fabrice Lucchini. » Consciente d’incarner quelque

chose qui la transcende irrépressiblement, Gladys Hulot cherche

en chacune de ses muses une réponse, un appui, en funambule

entre la réalité et l’onirique. Elle est une artiste plurielle qui s’exprime

malgré tout à la première personne du singulier.

Je t’ai entendu parler du « règne de Bowie ». En quoi une muse règne-t-elle ?

La muse devient, pendant un certain temps, empereur de mon esprit, de mon

être, de ma vie. C’est tout un empire qui se construit, à son insu. Il s’agit, certes,

d’une dépendance, mais je dépends de qui je veux. Tant que je choisis ma muse,

je suis insoumise. Ce n’est donc pas un rapport fan/star : c’est bien plus complexe,

plus profond.

Et ton identification à la muse fait-elle partie du processus créateur ?

Je me nourris du personnage évoqué par la muse : ce qu’il est, son contexte de

vie, son histoire. Pour Bowie, par exemple, je n’ai pas voulu m’identifier à lui

mais plutôt incarner son époque, pour essayer de le comprendre, lui. Il ne s’agit

pas de nostalgie, car je ne peux pas être nostalgique d’une époque que je n’ai pas

connue. Mais j’ai voulu correspondre à son personnage en incarnant, quelques

mois, une icône warholienne. Cette idée s’est imposée après un rêve où me sont

apparus Bowie et Warhol.

Tes rêves jouent-ils un rôle précis dans ce mécanisme ?

Ils sont à la base de tout. Mon pseudo, Hyrtis, est né dans un rêve. Il s’agit d’une

part de mystère insondable et j’aime l’idée que ce nom n’appartient qu’à mon

inconscient. Mes rêves me permettent une communication intime avec mes

muses, et une libération de ma personne : ils m’ouvrent à l’incarnation pleine

d’Hyrtis, sans genre, et avec des épaules suffisamment larges pour supporter le

poids de la création.

15

TEXTE agathe cebe

portraits benoît pelletier

Tu as eu bon nombre de muses depuis l’enfance. Parfois vivantes – David Bowie

à l’époque, ou Philippe Katerine, par exemple – et parfois mortes – comme Rimbaud

ou Chopin : le rapport change-t-il ?

Je préfère quand mes muses sont vivantes. Il y a plus de chances d’interaction

réelle. Même si cela suppose un revers de médaille, que cela puisse mal se passer…


Que cela se passe mal ?

Qu’il n’y ait pas de réciprocité. Et comme je ne suis pas une fan noyée dans la

masse, ce genre de réaction génère beaucoup de frustration. Et cela peut être très

destructeur pour moi. Je rêve d’une relation comme entre Gainsbourg et Bardot,

ou DalÍ et Amanda Lear.

Les muses dirigent-elles ton travail musical comme ton travail graphique ?

Oui, tout est relié à la muse. Et la musique est venue, d’ailleurs, grâce à des muses.

Avec Nicolas Sirkis et David Bowie, j’ai commencé à travailler la lame sonore

comme un instrument rock. Ce n’est pas évident en solo ! Mais comme la solitude

me plaît, je travaille mes arrangements toute seule, jusqu’à même composer toute

seule pour mes instruments. J’ai su par des proches

de Bowie que mon cover de « Life on Mars » a été

vu et apprécié par lui, qu’il l’a partagé lui-même

sur son site. C’était une reconnaissance étourdissante.

Après, le thérémine est arrivé, avec Armen

Ra, ma muse actuelle. C’est la seule muse à laquelle

je ressemble sans intention particulière ! Il m’est

apparu en rêve, après la mort de Bowie, comme

un jumeau inespéré. C’était comme un passage

de relais entre eux. Et ma création est passée

d’une muse à l’autre avec une fluidité incroyable.

Et comme ma démarche profonde a tout de suite

© GLADYS HULOT

été comprise par lui, je me suis plongée toute entière dans son contexte de vie.

Le thérémine en fait partie et me permet une interaction quotidienne avec lui.

En amont de la muse, il y a donc un travail incroyable de nourriture culturelle…

Oui ! J’apprends tout, sur tout. Cela fait partie du processus créateur. Je dois maîtriser

tout ce qui fait que ma muse est ce qu’elle est. Et je dois aussi tout maîtriser

au sujet des supports auxquels je m’intéresse. Par exemple, en commençant ma

dernière œuvre, le tarot, j’ai tout appris sur ces cartes. Tout. Comme c’est un

projet énorme, j’ai exploré toutes les spécificités du tarot de Marseille, mais en le

revisitant selon l’inspiration insufflée par ma muse : la présence androgyne d’Armen

transcende chacune de

mes cartes. Certains pensent

qu’il s’agit d’une série d’autoportraits,

pourtant, c’est bien

Armen qui se décline, de carte

en carte.

www.gladyshulot.com

@gladys.hulot

16


Gladys Hulot se découvre à travers

quelques œuvres majeures :

- son tarot, sur internet (Instagram:

@gladys_hulot) en attendant son

édition.

- son clip cover « Life on Mars » ou

sa composition « Cold Songe », sur

sa chaîne YouTube (@gladyshulot),

en attendant sa prochaine apparition

en live.

© GLADYS HULOT

17


jean-philippe thomas

une sensibilité à fleur de bois

A

architecture

Des volumes qui laissent t

respirer, des portes coulissantes

en bois, une charpente

en acier surplombée

par une verrière qui diffuse

une lumière du jour tamisée

par des voiles blanches,

une œuvre photographique

de Georges Rousse : nous

sommes dans l’atelier

de Jean-Philippe Thomas.

Un lieu lumineux, chaleureux,

sobre, authentique

où l’on aime à s’attarder

et qui donne une idée

assez précise de l’univers

de l’architecte.


Cet atelier, c’est l’ancienne centrale électrique des usines Panhard-Citroën, située

près du canal, que Jean-Philippe Thomas a réhabilitée en 2007 pour s’y installer

avec son équipe d’architectes salariés et d’ingénieurs. « J’aime beaucoup la

notion de trace, je crois en une architecture qui s’intègre à l’histoire et à l’environnement.

On se doit de respecter le passé d’un bâtiment que l’on rénove, et

de la même manière on doit s’adapter au contexte paysager pour une nouvelle

construction. Se soucier de l’environnement et du développement durable, c’est

prendre en compte la réversibilité des choses. Un logement doit pouvoir se transformer

en bureau ou même en parking et redevenir logement. Un bâtiment doit

avoir plusieurs vies sans qu’on ait à tout casser », explique-t-il.

Des propos qui résonnent avec cette œuvre accrochée au mur : « Icône » de

George Rousse, réalisée dans les halles du Boulingrin bien avant leur réhabilitation.

« Georges Rousse est un artiste exceptionnel, qui éveilla en moi les rapports

fabuleux entre un lieu en devenir ou en perdition, sa mémoire et le côté éphémère

de l’œuvre. Le travail de Georges Rousse nous transcende et nous renvoie à

des souvenirs, aux phénomènes de perceptions et autres anamorphoses. »

Pour Jean-Philippe Thomas, un bâtiment ne se résume pas à une construction

savante et esthétique, il n’oublie jamais qu’une fois les plâtres essuyés, des femmes

et des hommes vont y circuler, travailler, respirer, se parler… Un lieu de vie n’est

pas seulement un lieu, c’est avant tout la vie.

« Je ne fais pas de l’architecture seulement pour l’objet à construire, ce qui compte

c’est le bien-être des habitants. Le bâtiment doit être en harmonie avec la nature

environnante et ses saisons, avec la lumière naturelle, proposer des volumes qui

tissent des liens entre les gens tout en les protégeant. »

Jean-Philippe Thomas est un amoureux de la culture scandinave et des paysages

sylvestres. De ses nombreux séjours nordiques, il a rapporté l’amour du bois qu’il

utilise dans la plupart de ses réalisations. Un matériau noble, sobre et écologique

qui insuffle naturellement un sentiment d’apaisement. « Le bois est un instrument

ultra-moderne, sa grande plasticité, ses performances techniques remarquables

et sa longévité toujours élégante permettent une grande précision dans

la construction qui doit s’inscrire dans le temps », affirme-t-il.

Une enfance ardennaise, des parents fonctionnaires et le souvenir des histoires

racontées par son grand-père, mineur d’origine italienne qui a fui la misère entre

les deux guerres pour extraire l’ardoise dans la vallée de la Meuse. Des racines

profondes qui lui confèrent une fierté retenue et un attachement viscéral à la

nature et aux matériaux bruts.

L’éthique précède l’esthétique

S’il a pensé un temps être cuisinier, c’est la passion des trains électriques qui a

sans doute fait naître sa vocation d’architecte. « Je construisais des gares en carton

avec un maximum de détails, à partir de vrais plans récupérés auprès de cheminots.

C’est ainsi, je crois, que j’ai pris conscience des volumes des bâtiments,

des liens qu’ils ont avec l’extérieur. C’était un monde idéalisé dont j’étais le maître

d’œuvre, mais j’étais encore loin d’imaginer que j’en ferais mon métier », lâche-t-il

dans un sourire discret et pudique.

Dans ses projets architecturaux, l’éthique précède toujours l’esthétique. Qu'il

s'agisse d'un bâtiment à construire ou à rénover, le respect de l’empreinte historique

et environnementale l’emportera toujours. Pour lui la modernité ne se

niche pas dans une arrogante « tabula rasa », mais dans le choix cohérent et intégré

au paysage des bons volumes, des bons matériaux et des technologies énergétiques

de pointe.

« Il faut maîtriser ce que l’on construit à chaque étape sans se faire piéger par la

forme, qui doit être pratiquement la résultante d’une logique fonctionnelle, ce

qui n’empêche évidemment pas de soigner l’esthétique. Je veux créer une archi-

_Siège Champagne Roederer

19

_Restaurant Le Grand Cerf


_Maison individuelle - maison T

_Maison individuelle - maison T

20


tecture sensible en lien avec l’extérieur et qui rende les habitants heureux. »

Créée en 2000, l’agence compte maintenant sept collaborateurs pour répondre

aux multiples marchés : bâtiments scolaires, publics, viticoles, logements collectifs

ou pour particuliers, maisons de champagnes prestigieuses ou restaurants

étoilés avec toujours la même signature : des volumes et des matériaux élégants et

durables qui invitent à la sérénité et au bien-être. Et le recours systématique aux

technologies de pointe pour limiter au maximum les déperditions énergétiques

et tendre autant que possible vers des bâtiments à énergie passive ou positive.

« On construit 80% de nos projet en bois, cette filière sèche est optimale d’un

point de vue énergétique et permet des chantiers rapides et précis. Et puis le

bois mobilise des métiers où il y a encore un savoir faire et

le soucis du détail. »

Diplômé de l’école d’architecture de Nancy en 1992, il reste

en Lorraine quelques années comme intervenant dans cette

même école et commence à travailler en free lance. À l’aube

de ce siècle, la construction d’un centre de recherche pour

l’entreprise Miko à Saint-Dizier le ramène en Champagne-

Ardenne où il fonde à Reims sa propre agence, AAT Architecture.

De 2000 à 2007, il est élu au Conseil régional de l’Ordre des

architectes et organise de 2005 à 2009 des voyages architecturaux

pour le CREPA, dont il préside la formation continue.

Enfin en 2011 il crée sa nouvelle société, « Jean-Philippe

Thomas Architectes », qui assoit son style résolument ancré

dans une logique de développement durable.

Dans ses souvenirs, deux architectures particulièrement

inspirantes pour son futur travail : le palais de la Bahia à

Marrakech, occupé par Lyautey au début du 20 e siècle, et le quartier Quayside à

Newcastle, où il a étudié deux ans avant son diplôme.

Le palais marocain pour son raffinement, ses multiples espaces baignés de lumière

éclatante ou d’une pénombre rafraîchissante, mais caché pudiquement

derrière un rempart peu ouvragé.

« J’estime que la notion de façade n’est pas très importante. Je ne fais pas une architecture

objet, jamais rien de volontairement ostensible. L’essentiel est toujours

à l’intérieur, les lieux doivent être conçus pour le bien-être des usagers. La façade

doit juste donner envie d’y entrer en s’intégrant au mieux dans le paysage. »

L’humain comme point focal de toute architecture

Pour le quartier Newcastle, c’est la compilation de « toutes les architectures possibles,

des sites industriels réhabilités comme des constructions contemporaines

avec ce pont piétonnier incroyable. Un lieu de vie et d’échanges perpétuels », se

rappelle-t-il. C’est l’image de la ville telle qu’il l’imagine dans le futur. « Des cités

appelées à s’étendre mais plutôt en hauteur, en se construisant sur elles-mêmes

avec des matériaux à fortes plasticité et aux performances énergétiques optimales,

comme le bois évidemment. »

Son premier projet marquant a été un collège à Château-Thierry, élaboré avec

un collectif d’architectes parisiens : « On a conçu une sorte d’origami très élégant

avec une signature paysagère en bois et en zinc. Un bâtiment

ouvert sur le panorama de la Vallée de la Marne, avec des

lieux à vivre et à étudier très délicats. »

Une élégance et une délicatesse contenues dans la sobriété

et l’efficience, des concepts qui président toujours aux projets

de l’architecte, que ce soient des bâtiments pour un large

public ou pour des particuliers. « J’ai besoin de me projeter

dans le lieu que je dessine, imaginer concrètement comment

je pourrais y vivre. Pour des habitations privées, il faut bien

sûr être en empathie avec le client mais le principe reste le

même : l’humain et surtout son bien-être, pour ne pas dire

son bonheur, doit absolument être l’élément central, tout

doit s’articuler autour des habitants », affirme Jean-Philippe

Thomas. Des principes éthiques qu’il a développés

avec la philosophe Anne Deschamps, une collaboration de

quelques années qui a été déterminante et qui a structuré sa

pensée. Anne Deschamp, est une philosophe de terrain, une facilitatrice comme

elle aime se qualifier. Professeure dans les Ardennes, créatrice du premier caféphilo

rural, elle prône l'action comme moteur de la joie de vivre . « Je cultive

la bienveillance grâce à un questionnement créatif qui permet de partager les

différences sur une terre commune à tous », explique-t-elle. À partir de 2012,

l’architecte et la philosophe réfléchissent devant la table à dessiner comme sur le

terrain pour élaborer des atmosphères nourrie d’émotions, de beau et de bienêtre.

Un éclairage philosophique et éthique qui a permis à Jean-Philippe Thomas

de cerner précisément l’enjeu humaniste de projets dont l’essence même est le

« mieux vivre » de l’habitant, qui demeure le point focal ultime de l’architecture.

www.jeanphilippe-thomas.com

21


1_

2_

3_

4_

1_Restaurant Le Grand Cerf

2, 3_Secteur tertiaire : bureaux construction bois

4_Collège Luis Ortiz à Saint-Dizier

5_Maison individuelle - maison T

6_Groupe scolaire de Condé-sur-Marne

5_

6_

22

TEXTE jules février

photographies benoît pelletier



Siyuline / Nathalie Vleeschouwer / Exquisite.j / Dragon / Catherine André / Moyuru / Clivia Nobili

12,rue de l'université - 07 86 99 44 03


Architecte de

formation, cette

jeune illustratrice

de 24 ans rencontre

un joli succès

avec ses dessins

d’architecture,

d’une redoutable

efficacité graphique

et picturale.

D

dESSIN

24


hélène lacombe

trait pour trait

« Ce qui m’intéresse est de donner

corps à la matérialité des façades,

de révéler tous les détails, souvent

invisibles, des édifices pour faire ressortir

différemment les structures des

bâtiments ». Ainsi Hélène Lacombe

évoque-t-elle son travail, tout d’épure

et de délicatesse. De la cathédrale de

Reims à la Cité radieuse, cette jeune

artiste déploie ses architectures, avec

un art consommé du détail. Loin de

toutes les modes, on pourrait croire,

au premier regard, à des dessins

100% techniques, tendance plans

d’élévations d’architecte. Et pourtant,

une poésie particulière se dégage

de ses œuvres réalisées à main levée.

Les façades sont toujours exécutées

selon un angle de perspective singulier

qui accentue la monumentalité

des bâtiments. La précision du trait

et la saisie de chaque détail témoignent

d’une minutie extrême.

« Mes dessins me représentent moi,

dit-elle. Je suis ultra-perfectionniste,

exigeante mais aussi très rêveuse. »

C’est un travail qui nécessite également

beaucoup de patience :

« de huit heures à quinze heures

pour un dessin » précise Hélène. •••


26


27

TEXTE anne de la giraudière

Génération Instagram

Issue d’une famille d’architectes,

Hélène Lacombe a attrapé très tôt le

virus de l’architecture. « D’aussi loin

que je me souvienne, j’ai toujours

dessiné et voulu être architecte.

Après une année d’arts appliqués

à Reims, je me suis donc inscrite à

l’École Nationale Supérieure d’Architecture

de Paris-Malaquais où je termine

actuellement mon master. En

2015, je suis partie faire un master en

design de produit à l’Aalto School of

Arts d’Helsinki. C’est lors de ce séjour

en Finlande que j’ai repris le dessin

de manière intensive et démarré une

activité d’illustratrice. » Presque par

hasard pourrait-on dire. Ses premiers

dessins à peine postés sur Instagram,

les commandes affluent.

Hélène Lacombe se met à produire

à tour de bras des illustrations de

bâtiments du monde entier, toujours

réalisées selon la même technique :

« J’utilise des feutres Posca pour leur

couleur intense, rehaussés d’un fin

stylo blanc pour affiner les détails

et travailler les ombres ». Avec plus

de 20 000 abonnés sur son compte

Instagram, elle bénéficie aujourd’hui

d’une certaine visibilité. « Instagram

est à la fois une galerie virtuelle pour

présenter mes œuvres et un formidable

outil relationnel ».

Sollicitée par des agences d’architecture

pour réaliser des dessins pour

les concours, elle est aussi demandée

pour dessiner sur des vitrines

parisiennes ou illustrer un guide

touristique à Bordeaux. Entre autres.

Une reconnaissance qui lui permet

désormais de choisir en toute liberté

les édifices qui l’inspirent. « Ma

technique a évolué, mon style aussi,

j’avais envie d’aller vers des architectures

plus contemporaines comme

celle de Beaubourg, mon bâtiment

préféré à Paris ». Si elle est fan des

architectes Richard Rogers et Renzo

Piano, Hélène Lacombe aime aussi

les peintures de Hockney, Hopper ou

encore de Monet, tout en suivant le

travail des illustrateurs de sa génération.

Mais son inspiration,

elle la puise avant tout dans ses

déambulations et ses nombreux

voyages. Représentée, à partir de janvier,

par Sergeant Paper, un art store

spécialisé dans les éditions limitées

d’artistes, Hélène rêve d’ouvrir sa

propre agence d’architecture dans

deux ou trois ans et de poursuivre

son travail d’illustration, avec déjà en

tête, un nouveau projet autour d’étonnantes

églises aux lignes futuristes en

Islande. À suivre…

www.atelierhelenelacombe.com

@helenelacombe


l'histoire

« Walk it back »

de The National

28

© DR


L’élégance. Le qualificatif revient souvent dans la presse

lorsqu’il est question de The National, un groupe américain

dont l’audience n’a jamais réussi à toucher le grand public en

France. Chez les puristes d’un rock de grande classe - dans le

sillage de REM et du mythique Michael Stipe s’il faut trouver

quelques filiations -, The National est une référence, sinon

LA référence. La voix de baryton de Matt Berninger donne

sa coloration chaude à toutes les compositions de The National,

un groupe composé de deux doublettes de frères (Aaron

et Bryce Dessner aux guitares, Bryan et Scott Devendorf à la

rythmique). Assez confidentiel en France, mais lié à quelques

valeurs sûres comme Sufjan Stevens ou My Brightest Diamond, dont ils ont été

des collaborateurs occasionnels (et réciproquement), le groupe de Brooklyn s’est

fait remarquer en s’engageant, aux côtés de Barack Obama, lors de sa première

campagne présidentielle (2008). Leur titre Fake Empire à la rythmique imparable

sera même utilisé pour plusieurs clips de campagnes de celui qui deviendra le

premier président noir américain.

_Nouvel album Sleep well beast

En septembre dernier, The National a sorti son nouvel album, Sleep well beast,

lequel recèle un titre étrange. Walk it back, - littéralement « Marche arrière » -,

intègre un texte lu par une voix féminine – celle de la compagne de Matt Berninger.

Cette courte insertion est tirée d’un article du New-York Times Magazine de

2004. Dans un dossier consacré à l’administration Bush et à ses « faucons » impérialistes,

au moment de leur toute-puissance post-11 septembre, une déclaration

était attribuée à un conseiller de George Bush, Karl Rove. Comme un écho au

Fake empire de l’album Boxer (2007).

« People like you are still living in what we call the reality-based community. You

believe that solutions emerge from your judicious study of discernible reality.

That’s not the way the world really works anymore. We’re an empire now, and

when we act, we create our own reality. And while you are studying that reality

— judiciously, as you will — we’ll act again, creating other new realities, which

you can study too, and that’s how things will sort out. We’re

history’s actors, and you, all of you, will be left to just study

what we do ».

Et donc en français :

« Les gens comme vous vivent encore dans ce que nous appelons

une communauté fondée sur la réalité. Vous croyez que

des solutions émergent de votre étude judicieuse de la réalité

perceptible. Ce n'est plus comme ça que le monde fonctionne

en réalité. Nous sommes un empire à présent, et lorsque nous

agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudierez cette

réalité - judicieusement, comme vous le ferez - nous agirons à nouveau, créant

d'autres réalités nouvelles, que vous pourrez étudier aussi, et c'est ainsi que les

rôles se répartiront. Nous sommes les acteurs de l'histoire, et vous, vous tous,

réduits à étudier de ce que nous faisons ».

Karl Rove s’est toujours défendu d’avoir dit cela devant le journaliste du New

York Times Ron Suskind, mais la citation fait peu de doute. On trouve dans cette

déclaration tout le cynisme et le mépris de classe dont l’administration Trump

n’est pas non plus avare. Evoquant la « réalité », elle fait écho aux arrangements

du nouveau président des Etats-Unis par son invention des « alternative facts ».

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais un reporter de l’hebdomadaire Newsweek

a voulu donner à écouter ce titre, Walk it back, à ce fameux Karl Rove, lequel

commenta : « ça commence comme un morceau d’Euro Tech Pop puis chemine

vers un air plus énergique, plus facile à danser. Mais à mon avis, ça ne fera pas le

Top 40 ! » Plutôt remuant, mais toujours élégant, Walk it back est un titre à part

dans cet album qui demeure dans la droite ligne de ce que The National sait faire

de mieux : une musique racée, à l’écart des modes, portée par une rythmique

impeccable et la voix, chaude et profonde, de son chanteur, Matt Berninger. Sleep

well beast est l’un des « must have » de cet automne 2017. Pas si loin que cela de

ses albums référence, Boxer et Alligator.

americanmary.com

M

musique

29

TEXTE cyrille planson


© myona rimaldi guichaoua

Jean-Philippe Vidal

s’apprête à lancer

l’Eau de Reims, troisième

eau de parfum d’une

gamme dédiée à sa ville

d’adoption. Créateur

de la marque Reims

Parfums, son parcours

d’entrepreneur est

atypique. Ni diplômé

d’une école de commerce,

ARTISTE NEZ

ni spécifiquement

motivé par le seul

business, Jean-Philippe

Vidal est aussi…comédien

et metteur en

scène. un homme de

théâtre actif qui joue

partout en france

avec les plus grands

metteurs en scène et

qui gère ses activités

avec beaucoup de nez.

30


B

business

Notes de tête et notes de

Formé au cours Simon puis à l’école

du Théâtre National de Chaillot,

Jean-Philippe connaît une double

carrière sur les planches. Acteur

et metteur en scène, il s’approprie

aussi bien les œuvres de Feydeau

ou de Tchekhov que du dramaturge

norvégien Arne Lygre. Il fait connaissance

avec la Cité des Sacres en 1992

lorsque, répondant à l’invitation de

Christian Schiaretti, Jean-Philippe

intègre la troupe d’acteurs permanents

de La Comédie, centre dramatique

national. « Quitter Paris pour

la province quand on est acteur, c’est

plutôt à contre-courant. Mais Reims

s’est imposée à moi. Je me suis senti

bien dans cette ville, accueilli. »

Ni expert en parfum, ni chef d’entreprise

dans l’âme, il lance en 2016

l’Eau Gothique et l’Eau des Sacres,

composées d’essences nobles.

L’Eau de Reims, aux notes légèrement

plus féminines, sera quant à elle

disponible début 2018. Un projet

comme un défi personnel : « Je suis

dans une expression artistique, pas

dans une démarche commerciale.

Mon métier d’acteur me fait vivre.

J’avais besoin de jouer ma vie ailleurs

que sur scène, en permanence exposé.

Je ne voulais plus dépendre uniquement

du désir d’un metteur en scène ».

Créer des parfums pour raconter

une histoire. Celle d’une ville, de son

élégance, de son patrimoine Art déco

et de son vécu marqué par le sacre

des rois.

Monter sa troupe

« J’étais seul au démarrage de mon

projet puis je me suis entouré, comme

un metteur en scène travaille avec

un costumier ou un scénographe.

Mon expérience avec la compagnie

Sentinelle 02-05 que j’ai créée en 2005

m’a beaucoup servi. » Dans cet univers

confidentiel qu’est la parfumerie

de niche, Jean-Philippe rencontre

Bertrand Duchaufour, « nez » depuis

20 ans, notamment pour l’Artisan

Parfumeur. « Mon histoire lui a plu

et il accepté de m’accompagner. Je lui

ai envoyé des photos, des textes. Il est

venu ici respirer les fleurs de vignes.

Nous avons aussi travaillé autour

de l’odeur âcre de la craie et de l’aspect

poudré du biscuit rose. » Jean-Philippe

vend son appartement pour financer

son projet et choisit les Hommes

comme on distribue les rôles. Annabelle

Brun crée l’univers graphique

de la marque Reims Parfums. « J’aime

sa sensibilité, le regard esthétique

qu’elle porte sur les choses. Idem avec

le photographe Benoît Pelletier. Je ne

l’ai pas choisi par hasard, nous avions

travaillé ensemble sur un spectacle.

D’autres intervenants sont précieux

dans ce projet : Jean Perrin, ancien

directeur des services culturels de la

ville de Reims, qui me donne accès

à son réseau, et Luc Soussigne pour

l’aspect financier. »

En coulisse

Acquérir le vocabulaire, découvrir

le packaging, dénicher les fournisseurs

de flacons, renoncer au capot

en zamac parce que trop lourd, résoudre

un problème de concentration

de parfum et en changer la formule…

Rien n’est simple dans cette aventure

qu’il vit en autodidacte. « Chaque

référence est produite en 1 000 exemplaires.

C’est un peu dangereux,

je prends des risques mais c’est comme

ça que je vis. » L’artiste-artisan

construit pas à pas son réseau de

distribution : des points de vente

sélectionnés pour leur univers et leur

clientèle, à Reims, Paris, Las Vegas,

bientôt Naples et les villes jumelées

avec Reims. « Pour entrer en Iran,

pays féru de parfums français, je

devrai sans doute passer par un agent

commercial. Ce sera une nouvelle

étape pour le développement de ma

marque à l’international.

Je me donne quatre à cinq ans pour

atteindre l’équilibre financier. ».

reimsparfums

31

TEXTE peggy léoty

retrouvez nos points de vente à reims

• MUST Institut 15 rue du Cadran Saint Pierre

51100 REIMS

• #25 28 cours Langlet 51100 REIMS

• HG 4 Rue de Tambour 51100 REIMS

• Office de Tourisme de l'Agglomération

de Reims 6 rue Rockfeller 51100 REIMS

• Boutique Reims Cathédrale

5 Place du Cardinal Luçon 51100 REIMS

• Intemporel 11 rue Condorcet 51100 REIMS

Et aussi à Paris au Coq Comptoir et chez

Moloko ainsi que… à Las Vegas (Carredas).


S’il devait être un objet, Antony Villéger serait une coupe de

champagne pour être au cœur de la fête et des discussions. Ou

une pierre sur un sentier de montagne, pour regarder passer les

gens et imaginer leur vie. À la question « Tu voulais faire quoi

comme métier quand tu étais petit ? », il répond sans hésiter :

« Tous ! ». Pas étonnant, « Anto » déborde d’idées. Dirigeant d’une

entreprise spécialisée dans la communication, il a fait de l’objet

son sujet.

Cormontreuil / Saint-Etienne / New York

Bassiste dans un groupe de punk fondé quand il avait 13 ans, Antony grandit aux

côtés de Mathieu Ladevèze, qui deviendra le chanteur et compositeur Barcella, et

de Pierre-Alexandre Busson connu aujourd’hui sous le pseudonyme de Yuksek.

« On avait réclamé un skatepark au maire et on l’a eu ! » Quelques années après, il

fait le choix d’intégrer l’école de commerce de Saint-Etienne car on y dispense des

cours de théâtre d’improvisation.

Antony créé sa première entreprise en 2003, à Paris. « Cette boîte était un catalyseur

de talents au service du développement de sites Internet. J’allais chercher des

compétences jusqu’au Brésil ou au Japon et je dirigeais les projets. » Puis, c’est à

New York qu’il fait ses armes dans le marketing, en tant que free-lance pour Chanel

notamment. « Là-bas, j’ai pris ma première gifle

artistique au MET, devant « White Flag » du peintre

Jasper Johns. » Des dizaines de musées plus tard,

c’est le retour aux sources. Antony rejoint en 2007

l’entreprise familiale implantée à Cormontreuil.

Le commerce de Stephan, Antony, Michel et

Maryse

« Mes parents ont démarré leur affaire en 1989, chez

nous dans la véranda. Mon père commercialisait

des fins de série et ma mère des bijoux. Avec mon

frère Stephan, on aidait pendant les week-ends. Je

faisais des invitations pour les ventes et je les distribuais

dans les boîtes aux lettres du quartier. C’était

déjà du marketing ! ». L’entreprise Samm Trading

était née ; Samm étant l’acronyme des prénoms de

la famille. « Nous sommes progressivement passés

d’une entreprise qui vendait des objets, puis distribuait des objets publicitaires, à

une agence de conseil en communication par l’objet. »

Sélection de fournisseurs, création du showroom,… Depuis dix ans Antony

amène sa créativité, travaille sur des concepts, des cahiers de tendances, élabore

des stratégies de communication pour les clients. « On ne bosse pas avec des

catalogues d’objets, on construit des offres sur-mesure. » Aujourd’hui, il est directeur

général adjoint, fonction qu’il partage avec son frère, de la 27 e plus grande

entreprise française sur le marché des cadeaux d’affaires et promotionnels, réalisant

un chiffre d’affaires qui a augmenté de 60 % depuis 2013. S’appuyant sur un

portefeuille de 760 marques, Samm Trading vend plus de deux millions d’objets

chaque année, avec pour terrain de jeu l’Europe. La part de clients appartenant

au CAC 40 ou cotés au SBF 250 est en constante hausse (+ 265 % depuis 2014).

T’as pas un gimmick mec ?

« Je suis le genre de gars à qui on offre à chaque Noël un livre sur le design ou les logos

! » Antony admet avoir un rapport « organique » à l’objet et au graphisme. Des

goodies comme une publicité en trois dimensions, que les gens emportent chez

eux, au travail, à l’école, dans leur voiture, leur permettant de toucher, interagir

et vivre une expérience avec les marques, comme aucune autre technique marketing.

Parmi les belles références de l’entreprise, l’accompagnement du groupe

Supplay, de Fedex, de Shell ou le pochon à champagne en néoprène, breveté et

fabriqué à un million d’exemplaires pour la maison Lanson. « Ce pochon a été

distribué lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012 et à Wimbledon ! »

En 2015, Samm Trading a également créé la marque « Développé avec [Cœur] à

Reims » car même un objet fabriqué à l’autre bout

du monde est conçu ou finalisé ici par des équipes,

avec une logistique, du packaging locaux et, dès

que possible, le recours à des établissements d’aide

par le travail. « On a infusé en dix ans 150 000 €

dans des actions locales de mécénat, essentiellement

dans le domaine artistique et culturel. Les artistes

ont cette incroyable faculté de créer des choses inédites

et singulières à chaque nouvelle œuvre. C‘est

très inspirant. »

Courant après l’éternel concept, Antony continue

à chercher l’inspiration dans ses voyages et à travers

l’art. « Le plus grand créateur ? Thomas Edison,

le pionnier de l’électricité. Il a inventé la première

ampoule électrique, le phonographe, et a déposé des

centaines de brevets ! Pas parce qu’Edison était un

génie, mais simplement parce qu’il était curieux !

Sois curieux, c’est le meilleur conseil qu’on puisse

donner à un enfant. »

1989 L'histoire commence dans la véranda familiale

1994 18m 2 de bureau / 2 salariés / 1 ère marque gérée

1998 52m 2 de bureau / 2 collaborateurs / 1 apprenti

2001 1 er million d’euros de C.A.

2002 128m 2 de bureau / 3 salariés

2008 204m 2 de bureau / 4 salariés

2017 500m 2 de bureau, 300m 2 de Show-Room, 2000m 2 de stockage /

11 salariés / 762 marques gérées / CA 2017 aux alentours de 4 M

www.sammtrading.fr

B

business

antony villéger

ANTO-LOGIE

33

TEXTE Peggy Léoty

PHOTOGRAPHIEs benoît pelletier


_L'île des lotophages © Hélène Builly.


Hélène Builly est aussi Lue

Bleylhine, parce qu’elle a pleine

conscience que l’un peut aussi être

l’autre. A travers ses collages

et illustrations, Hélène Builly

engage le dialogue avec le monde

communément représenté, et l’engage

à sortir de ses gonds, pour

montrer d’autres faces, alternatives,

cohérentes, plausibles,

fantasques. Mouvements, couleurs,

sujets se font échos dans des

constructions travaillées, pyramides

d’interprétations ouvertes

et contemplatives, ombrées

de hasard et d’imprévu. En s’évadant

de sa zone de confort, l’œil,

amadoué, se dit que pourquoi pas,

après tout, c’est possible aussi.

I

illustration

Colle-Feuille-Ciseaux

Univers élémentaires

Mais qu'est-ce donc qu'un " illustarteur

de confiance "?

Il s’agit probablement d'un boulanger

trapéziste…

Vous faites la part belle au collage:

que vous apporte cette technique

artistique ? Évolue-t-elle vers d'autres

techniques ?

Le collage, c’est passionnant ! La

technique n’a que peu d’intérêt : c’est

avant tout une irrésistible envie de

changer l'ordre des choses puis une

façon de comprendre le théâtre de la

vie. Il existe un jeu qui lui ressemble

un peu et qui consiste à tenter

d’oublier la fonction d’un objet pour

lui en imaginer une autre. Une image

porte déjà en elle toute une histoire,

la faire vivre dans un nouveau

contexte lui confère bien sûr de nouvelles

choses à dire mais l’inconscient

ne s’affranchit pas totalement de ce

qu’elle racontait auparavant : on entre

alors dans le détournement pour faire

naître des solutions imaginaires.

Le hasard est une source de création

formidable dans le collage, il rappelle

35

TEXTE agathe cebe


_Cahiers © Hélène Builly.

36


_Voxpopuli © Hélène Builly.


_Mars © Hélène Builly.


39

_MMXIV © Hélène Builly.


combien il est important de ne pas

avoir une idée fixe mais un vecteur,

car si le collage est un exercice

contraignant, cette contrainte s’allège

au moment où l’élément découpé

et posé dans un nouveau contexte

reprend le contrôle de lui-même.

C’est un peu comme un auteur qui

déciderait du personnage principal

de son livre et qui, au cours de l’écriture,

s’apercevrait qu’il n’était qu’un

prétexte pour faire naître le véritable

héros. Il se prépare, se trame toujours

un évènement qui nous échappe, c’est

l’histoire du Golem.

Mon approche artistique du collage

peut être assimilée à cette citation de

Paul Valéry : « Je n’aime rien tant que

ce qui va se produire ».

Lorsque l'on vous commande une

illustration, comment s'organise votre

création autour d'un propos imposé ?

Le client peut avoir une idée extrêmement

précise du message qu’il

souhaite faire passer mais l’image

finale, personne ne la connaît.

Et si le client la connaît, c’est qu’il

veut échapper au processus de

création. Je travaille avec l’imprévu.

Lorsque vous créez pour vos projets

personnels, quelles sont vos inspirations

profondes ?

J’aime les mots, les visages et leur

spectacle et je suis fascinée par les

choses que je n’aime pas. Je m’inspire

aussi de mes souvenirs, qui imprègnent

ma création. Par exemple,

la première fois, avec l’art, c’était en

Aveyron. Pas loin, il y avait une boutique

d’antiquités et un atelier obscur

où je me souviens avoir fabriqué un

masque à trois yeux, rouge et violet,

en papier mâché. Puis, de huit à neuf

ans, je suis sous l’eau car on y trouve

des yeux de Sainte Lucie et sur les

toits du quartier je regarde le ciel

infuser la mer. J’habite en Corse, il

neige pour la première fois depuis dix

ans et ma voisine sculpte dans son

jardin une sirène de glace. Aussi, plus

tard, après un bac littéraire, je passe

quatre ans dans une école de graphisme

à me promener dans la rue.

Par terre, dans les poubelles, il y a des

livres, des photos, des cahiers, un tas

de papiers à décoller et sur lesquels

écrire, à déchirer, à recoller ; une

petite cuiller en vermeil. Je rencontre

le photomontage avec Archigram,

John Heartfield, Marien, Yokoo Tadanori…

Et je dois beaucoup à Madame

Douarre, mon professeur d’Arts

Plastiques qui un jour m’a montré

le travail de Robert Rauschenberg..

www.helenebuilly.com

hélène builly est représentée

par costume3pieces.com

_MMXV © Hélène Builly.

_LBO voeux © Hélène Builly.

_Vroufff © Hélène Builly.

40


SoHome

18

IMMOBILIER

Parvis de la Cathédrale l www.sohome18.com l 03.52.82.97.42

TRANSACTION - LOCATION - GESTION - PROGRAMMES NEUFS


Black Bones

Dans une Pochette Surprise Party

Black Bones, c’est une dream team soudée, composée

de 5 musiciens joueurs de baseball : Paula,

Frederico, Jose, Mariano, menée par LE COACH.

Ils embarquent leur public dans un monde parallèle

mirobolant, une sorte de pochette-surprise

sans fond qui n’a de cesse de nous surprendre,

tant musicalement que visuellement.

Sombrero et batte de baseball, pom-pom girl

et piment rouge, Range Rover et guitare folk,

le tout sous lumière noire.

L’album Kili kili est à l’image de leur performance

scénique, gorgé d’imprévus savamment

maîtrisés par Anthonin, le curieux et génial

chef d’orchestre du groupe…. Pas évident de se

renouveler sans arrêt, c’est pourtant un challenge

réussi pour le moment, et ça ne fait que

commencer.

Kili Kili a été créé comme un best of, les tubes

s’enchaînent, les styles aussi, c’est un joli feu

d’artifice comme on les aime. C’est devant un

jus de tomate accompagné d’une bouteille de

tabasco (et non pas un verre de tequila) que

nous avons bavardé autour de la potion magique

Black Bones avec Coach Ternant.

M

musique

42


Tu as un parcours un peu atypique, tu n'as pas suivi le chemin du musicien classique

dit « classique ».

Je crois d'ailleurs savoir que tu as fait l'ESAD ( l'école supérieure d'art et design

de Reims). Quand je vois l’importance des visuels aussi présents que la musique

dans tes multiples projets dont Black Bones, je trouve ça plutôt cohérent, non ?

Oui, mais je ne crois pas que ce soit d’avoir fait l’ESAD qui m’ait donné l'envie

de faire de la scénographie. J’ai toujours plus ou moins dessiné et c’est la branche

que j’ai choisie pour mes études ; plutôt par défaut que par réelle envie d’en faire

un métier. La musique à cette époque était déjà plus importante… Mon intérêt

pour le dessin a ressurgi au début de mon projet The Wolf Under The Moon.

Faire des décors, penser des chorégraphies, cela me permet de me détacher de la

musique et d’avoir du recul.

Le groupe Black Bones a l’air hyper soudé, ça se ressent sur scène et le plaisir est

communicatif, comment as-tu monté l'« équipe » au départ ? Qui se cache sous les

sombreros ?

Au départ je voulais juste monter un groupe dans lequel je puisse jouer les morceaux

que je voulais avec la scénographie que je voulais. C’était très en réaction à

Bewitched qui avait été monté sous forme de collectif et où il fallait que les idées

soient validées par tout le monde. Dans Black Bones il y a Paula aux percussions

et chant (elle a le pouvoir de tenir sa batte en lévitation). Frederico au clavier,

à la basse et au chant : sa technique de batte est inspirée des arts martiaux. José

est aussi au clavier, à la basse et au chant : sa technique de batte est inspirée de

l’escrime. Enfin, Mariano aka le Hulk Mexicain à la batterie, connu pour sa force

et ses sautes d’humeur.

À quel moment as-tu eu envie de faire de la musique ?

C’est bizarre parce que la musique n’a pas été un truc qui allait de soi. Enfant,

mon rapport à la musique était les cours au collège, avec le cauchemar du passage

à la flûte à bec devant la classe, et mon père qui jouait « Jeux Interdits » à

la guitare classique ! Jouer d’un instrument était pour moi rebutant. Et puis à la

fin du collège mes copains avec qui je skatais se sont mis à la guitare. Alors pour

rester dans la bande, je m’y suis mis aussi… On a monté un groupe alors que

je n’écoutais pas de musique et que je n’étais jamais allé à un concert. Un jour,

en allant voir le film Albert Souffre avec le groupe, on a découvert les Pixies.

J’avais une cassette qui compilait leurs morceaux et j’avais l’impression de déjà

connaître sans avoir jamais entendu. Ça a été le choc. Je n’existerais pas sans les

Pixies.

Puis, après une douzaine de groupes et une quinzaine d’années, j’ai joué dans The

Bewitched Hands qui a été une grande aventure pour moi… et il y a trois ans,

suite à la fin des Bewitched, j’ai monté Black Bones et Angel. The Wolf Under The

Moon existait déjà depuis quelques années dans une forme moins développée

qu’aujourd’hui.

Je suis assez curieuse de connaitre tes références, ce qui t'as marqué en musique

parce que dans Black Bones on retrouve plein de choses sans vraiment savoir d’où

ça sort, ce qui est plutôt bon signe.

Mes premiers souvenirs musicaux sont les tubes des années 80, particulièrement

Gotainer mais aussi Lio, The Korgis, Tarzan Boy, The Stranglers… Suite à ma

découverte des Pixies, j’ai écouté énormément de rock indé US : Sebadoh, Pavement,

Dinosaur Jr, Ween… Puis avec le temps j’ai écouté de tout. Pour moi ma

musique est clairement influencée par ces deux époques, les années 80 et l’indie

US, j’essaie de m’en détacher mais ça me colle à la peau.

Tu l’as construit comment cet album ? Il est cohérent et en même temps les morceaux

sont très différents, on ne peut pas réellement lui donner une couleur tranchée.

À l’origine le répertoire de Black Bones est constitué de ce qui aurait dû être le

troisième album des Bewitched. Il y avait la volonté de faire des morceaux festifs

et dansants. Je voulais aussi composer des morceaux qui n’aient pas pour point

de départ la guitare. Par exemple, le morceau KILI KIKI a été composé suite à

une impro de 10mn en yaourt espagnol. La ligne de chant est un élément important,

c’est je crois ce qui fait la signature de mes morceaux. Il y a eu une première

version de l’album un peu trop pied au plancher, trop festive. Pour équilibrer on

a ajouté Desert Eye et Next Day qui sont plus mélancoliques.

L’imagerie de Black Bones c’est tapas, sport et tête de mort. Il sort d’où ce joyeux

mélange ?

Jusqu’à présent, pour tous les projets, l’idée de base est partie d’une blague. « Et

si je sortais d’un château au début du concert ! », « Et si je jouais de la folk avec

des ailes d’ange ! ». Pour Black Bones, il y avait une photo de presse à faire pour

annoncer notre premier concert. Le groupe devait être en noir et moi en blanc.

Frederico s’est fait prêter le teddy noir du photographe et en voyant la photo je

me suis dit que ce serait classe si tout le groupe en portait un. Après ça a été une

association d’idée : Teddy > Baseball > Gang > Mexique > Sombreros. J’aime le

contraste entre nos morceaux pop et la batte qui renvoie au sport et à la violence.

Dans tous tes projets le visuel est quasiment aussi important que la musique, et tu

fais presque tout tout seul, mais pour l'album Kili Kili tu as décidé de laisser carte

blanche à DDDXIE (graphiste Lillois), ça c'est fait comment ?

Il est important de dire que je ne fais pas tout tout seul. Je fais les choses quand

on ne peut pas les faire à ma place et je demande de l’aide quand ça sort de

mon domaine de compétence. Par exemple, pour le système lumineux des ailes

dans Angel j’ai fait appel à Charles Durand et Mylène Farcy. J’ai connu Olivier

Durteste aka DDDXIE lorsque j’ai sorti le vinyl de Wolf chez Alpage Records.

Il travaillait pour eux comme graphiste. J’avais envie d’un autre regard que le

mien sur la pochette. Ce que j’aime chez Olivier c’est que son travail est d’une

certaine manière à l’opposé du mien : il travaille avec très peu de couleurs, il est

très « clean », minimaliste. Il est aussi très fort sur l’organisation du texte et les

typographies.

Le projet Black Bones à plus ou moins court terme c'est quoi, c'est quand, c'est

où ?

C’est un concert le 15 décembre au Petit Bain à Paris. Les dates de l’année 2018

vont arriver prochainement, le groupe signe chez le tourneur Caramba. L’occasion

pour moi de remercier Rodolphe Rouchaussé, notre manager et du coup

ex-tourneur de Black Bones qui a porté les projets avec son enthousiasme légendaire.

Nous allons défendre KILI KILI au moins jusqu’aux festivals d’été. Parallèlement

nous commençons l’enregistrement du deuxième album en février.

@blackbonesreims sur facebook

43

TEXTE anne-sophie velly

Portrait benoît pelletier


Après avoir émerveillé le public

avec sa trilogie où danseurs et

oiseaux partageaient la scène,

Luc Petton présente un nouvel

opus à l’Opéra de Reims.

Cette fois-ci, le chorégraphe

convie des loups, des chouettes

et des vautours pour nous

entraîner dans une « poétique

de l’effroi ». Un voyage chorégraphique

au cœur des ténèbres

qui interroge les liens de l’homme

avec la nature.

B

ballet

44


BALLET / AINSI LA NUIT

DANSE AVEC LES LOUPS

(ENTRE AUTRES…)

TEXTE anne de la giraudière

Il a fallu des années à Luc Petton

pour concevoir ces rencontres

singulières et poétiques, entre

danseurs et oiseaux. Formé auprès

d'Alwin Nikolais à New York puis à

l'école allemande Folkwang d'Essen,

il revient au milieu des années 80

en France où il fonde une compagnie

avec Marilen Iglesias Breuker à

Reims avant de créer la compagnie

Le Guetteur en 1994 en Picardie.

Mais il lui faut attendre le tournant

de l'an 2000 pour s'atteler à ce qui

lui tient vraiment à coeur : danser

avec des oiseaux. Il renoue ainsi avec

cette passion première de la nature

et de l’ornithologie, acquise au fil

de l'enfance, en Bretagne face à l'île

d'Ouessant. « Les danseurs et les

oiseaux ont beaucoup en commun :

le vol, le rêve, un langage qui dépasse

les frontières… » souligne le chorégraphe.

Une ode à un vivre ensemble

En 2005 naît La Confidence des

oiseaux qui réunit sur scène quatre

danseurs et une trentaine de

volatiles : pies, geais, corneilles…

évoluant librement sur scène.

Du jamais vu ! Avant Luc Petton,

dans le milieu de la danse, personne

n'avait osé prendre ce risque, ni affronter

le travail que cela représente :

trouver des oiseleurs qui acceptent

de participer à l'aventure, élever les

petits, les habituer à leurs partenaires

humains, selon un long protocole

d’imprégnation. La magie opère et la

pièce connaît un succès phénoménal.

Le chorégraphe offre quelques années

plus tard un superbe hommage au

Lac des Cygnes, avec Swan, puis se

confronte à l’exotisme des grues de

Mandchourie dans Lightbird.

Un triptyque qui marque les esprits

et fait de la chorégraphie une ode

à un vivre ensemble où humains et

espèces animales se respectent et

s’enrichissent mutuellement. Car il

s'agit bien de cela : vivre ensemble.

Une quête poétique que Luc Petton

mène pour, dit il, « montrer qu’une

relation est vraiment possible dès que

l’on imagine que l’être humain n’est

pas au centre de l’univers mais seulement

un être parmi d’autres ».

Vertiges de la nuit

Avec Ainsi la nuit, Luc Petton relève

un nouveau défi en invitant sur scène

deux loups, des chouettes lapones

(un des plus grands oiseaux nocturnes)

et des vautours. Autant d’animaux

à forte empreinte imaginaire

qui nous entraînent, du crépuscule

à l’aube, dans les vertiges de la nuit.

« Cette création, comme une poétique

de l’effroi, traite de peurs premières,

allant jusqu’aux frontières de

l’inconcevable quand l’être humain,

destitué de son statut de prédateur,

n’est plus que proie » explique le

chorégraphe. Pour ce spectacle, Luc

Petton a réuni trois danseurs contemporains

mais aussi deux circassiens,

un contorsionniste et une trapéziste,

issus du Centre National des Arts du

Cirque. « Cela m’intéressait d’aller

vers une autre corporalité que celle

du danseur, de travailler un autre

rapport à l’intégrité où le corps peut

se démembrer, presque se décomposer,

se « décarniser » en quelque

sorte. Dans l’écriture chorégraphique,

je cherche à accentuer la sauvagerie

du corps, intégrer l’anomalie, pour

libérer la partie « ensauvagée » de

l’humain. »

Même si la chorégraphie est écrite,

il y a toujours une grande part

d'imprévu dans le spectacle.

C’est ce qui rend chaque représentation

unique et si vivante. « L'important,

c’est ce qui se passe entre

l’homme et l'animal, cet entre-deux

mystérieux qui fait qu’un mouvement

devient soudain de la danse dans un

instant à la fois fragile et immortel »

poursuit le chorégraphe. Pour arriver

à tisser un tel lien, le travail est long,

respectueux, attentif. Dès leur sortie

de l’œuf, les chouettes et vautours ont

été approchés par les interprètes qui

sont venus chaque jour les nourrir,

les habituer à leur présence, à leurs

gestes, à toutes sortes de sons, bref

les « imprégner » pendant des mois.

Quant aux deux loups, Marcus et

Mitchum, nés en octobre 2016, ils

ont été élevés par le chorégraphe

lui-même avant d’être mis en contact

avec les danseurs pour apprendre à

travailler ensemble. « Les animaux ne

sont pas dressés, précise Luc Petton.

Je veux qu’ils restent libres. Il s’agit

d’une imprégnation réciproque des

animaux par les humains et vice

versa. L’objectif est que ni les uns ni

les autres ne deviennent de simples

faire valoir ». C’est cette relation

unique, faite d’écoute et de complicité,

qui fait la force de ses spectacles.

« L’animal ne joue pas, il apparaît tel

qu’il est. Il y a là une forme de vérité

que je cherche à faire éclore. L’enjeu

est de poser un autre regard sur la

nature et de faire ressentir un autre

rapport au monde ».

Ainsi la nuit à l'opéra

le Jeudi 21 déc. à 20H

et le vendredi 22 déc. à 20h30

www.operadereims.com

PHOTOgraphies alain julien


Le collectif assume toute l’année des

missions qui lui sont confiées par

Ludovic Lagarde le directeur de la

Comédie.

C’est Ludovic qui m’a d’abord proposé

de m’associer au théâtre et ensuite de

rassembler autour de moi une équipe

d’acteurs que j’ai eu la chance de pouvoir

sélectionner. C’est lui qui nous a

proposé de quitter nos appartements

et de mettre entre parenthèses nos

vies à Lyon, Paris, Marseille, Montpellier,

pour venir vivre à Reims.

Chacun a dû quitter les compagnies

avec lesquelles il travaillait afin de me

rejoindre sur les créations qui nous

attendent, un pari intime risqué mais

aussi un laboratoire humain et artistique

exaltant.

Je connais tous les acteurs du collectif

17 depuis des années, Benjamin Dussud

par exemple est mon plus vieil

ami, cela fait quatorze ans qu’on fait

du théâtre ensemble, on a commencé

dans la compagnie amateur de notre

village à la Verpillière et depuis on a

fait des dizaines de projets qui ont fini

par nous mener à Reims, vivre cette

expérience permanente.

On est huit artistes, comédiens, metteur

en scène/auteur, plus une assistante

à la mise en scène (Naïma Perlot-Lhuillier)

et on vit à Reims, à la

Comédie, pour faire du théâtre tous

les jours. On développe une méthode

de travail qui nous est propre, on a le

temps d’expérimenter et c’est important

aujourd’hui parce qu’en dehors

de notre contexte on ne trouverait

nulle part une telle liberté de création.

Je me rends compte, et c’est évident

quand on y pense, qu’un des territoires

de la liberté c’est le temps.

Pendant la première étape de travail

sur Les Bacchantes d’Euripide,

nous nous sommes retrouvés face à

six traductions différentes pour un

même texte, seulement six parce que

j’avais déjà fait une sélection avant le

début des répétitions. Mon but était

de construire un montage original,

d’aiguiser la langue du spectacle et de

la faire nôtre, nous en avons discuté

ensemble afin que les acteurs s’intègrent

pleinement au processus de

création. J’ai parfois réécrit une scène,

une chanson, retouché un mot parce

que l’épreuve du plateau, et donc le

jeu, révélait plus sa nécessité que celle

d’un autre.

C’est en cela que nous pouvons revendiquer

la démarche d’un « collectif »,

car chacun participe, en temps réel,

à l’élaboration du spectacle. Même si

j’interviens en tant que metteur en

scène, que je nourris mes projets parfois

des années avant de rassembler

l’équipe et que mon rôle est de prendre

des risques en déployant des axes

qui échapperaient au consensus, les

spectacles que j’orchestre ne seraient

pas ce qu’ils sont si je ne donnais pas

l’occasion aux comédiens avec qui je

travaille, mais aussi aux artistes techniciens

qui gravitent autour du collectif

17, de dépasser ce que l’on attend

habituellement d’un simple exécutant.

Dans un mois, lorsque nous attaquerons

les dernières semaines de préparation

avant la première des Bacchantes

en janvier, nous étudierons

un texte qu’aucune équipe au monde

n’aura jamais vu, et c’est une richesse

que de pouvoir faire entendre aux

spectateurs une poésie unique. Cette

richesse, c’est du temps, du temps

donné à une équipe à qui il faut faire

confiance… C’est un travail permanent.

En dehors de nos temps de travail en

huis-clos, nous tentons de nous familiariser

avec notre nouvel environnement.

Nous allons passer deux ans à

Reims, c’est à la fois très long et très

court. Il n’y a pas de quoi se projeter

sur le long terme mais il faut tout de

même trouver ses marques, dévelop-

collectif

per des habitudes et créer de l’intimité

avec ce qui devient peu à peu notre

« chez nous ».

En observant ce que chacun fait pour

s’acclimater à une ville étrangère on

s’interroge aussi sur les secteurs fondamentaux

de la cohésion sociale au

sein d’une cité.

Presque tous les acteurs du collectif

font du sport, ils ont des abonnements

dans différentes salles où ils

rencontrent un public qui ne connait

pas nécessairement le théâtre, on

oublie souvent qu’il est important

de décloisonner nos systèmes de fréquentations.

Depuis le début de l’année on a pu

visiter des lieux très variés qui nous

ont davantage rapprochés de Reims

en trois mois que de n’importe quelle

autre ville où j’ai pu vivre sur de plus

longues périodes : on a joué dans différentes

écoles, devant les garçons de

l’institut universitaire de technologie,

qui ne comptaient qu’une seule


théâtre en bande organisée

le collectif 17

à reims

Le jeune metteur en scène Ferdinand

Barbet est à la tête du Collectif 17,

un groupe de 7 comédiennes et comédiens

formé à l’invitation de Ludovic

Lagarde, directeur de la Comédie de

Reims, pour vivre une vie de théâtre à

temps plein. Une vie de troupe, 100 %

théâtre, que nous raconte Ferdinand,

depuis l’intérieur.

T

théâtre

47

TEXTE Ferdinand Barbet

© DR

fille dans leur classe, ou devant les

jeunes artistes plasticiens/graphistes

de L’ESAD.

On boit des verres en ville avant de se

rendre dans les maisons associatives

comme Ex-Aequo. On passe aussi par

des médiathèques où on peut croiser

des étudiants qui révisent ou de

jeunes pré-ados un peu perdus, que

leurs parents ont laissé là, comme s’il

s’agissait d’une garderie, parce qu’ils

n’ont pas le temps de s’en occuper.

À chaque fois on propose aux gens,

avec qui on sympathise, de venir

nous rendre visite à la Comédie,

notre quartier général, pour voir nos

spectacles ou pour discuter, c’est pas

si simple mais on essaye de rassurer

les gens sur la question de l’art. Je me

rends compte que notre métier inspire

parfois une certaine crainte ou

alors du mépris selon les cas, je ne sais

pas encore très bien comment casser

ce phénomène, qui n’est sans doute

pas autre chose que de la peur, mais

je sens, qu’au moins, nous essayons,

avec les moyens qui sont les nôtres, de

donner une place à la poésie dans la

ville, pour tous, démocratiquement.

Éloïse s’est rendue à la journée du

refus de la misère, elle y a rencontré

des bénévoles qui recherchaient

quelqu’un pour donner des cours de

théâtre à des personnes qui n’y ont pas

accès. Sa présence à Reims permettra

peut-être d’ouvrir de nouvelles portes

qui jusqu’ici demeuraient closes, car

la « permanence d’un artiste » en un

lieu, présente une vertu que je découvre

: elle me donne l’occasion de

m’engager à l’intérieur d’une ville, que

je pensais ne pas être la mienne.

J’aime rappeler que nous sommes

huit, parce que huit c’est le numéro

atomique de l’oxygène, et c’est justement

ça que devrait être un artiste

dans une ville : une poche d’oxygène

pour les asphyxiés, un souffle pour

les écorchés et une douce bise pour

les âmes complexes. Mais l’oxygène ça

brûle, c’est comme un avertissement :

« d’accord pour propager des feux intérieurs

tout autour de toi, mais attention

à ce que le feu ne te saute pas à la

figure pour te lécher les joues… »

Nous sommes cinq à vivre en collocation

depuis le début de l’année, je

peux vous assurer que cela rend le

facteur humain particulièrement important.

Quatre garçons et une fille,

Lucile. On répète toute la journée et,

le soir, tandis que les corps sont épuisés,

il faut encore lutter pour que le

vivre ensemble se fasse sans qu’on en

vienne aux armes. Mon esprit préoccupé

se balade et s’évertue à de grands

écarts du type : Qui a mal appris son

texte ?

Qui pourrait ranger son assiette

quand il a fini de manger ?

Qui a eu un mauvais comportement

dans le travail ?

Qui pourrait passer un coup de balais

de temps en temps ?

Je découvre que c’est aussi cela une

aventure de troupe.

Trois comédiennes vivent seules dans

leur appartement respectif, elles ont

choisi d’aborder cette aventure en prenant

un peu plus de distance.

Certes, ce n’est pas le même degré

d’immersion, mais c’est aussi ce

qui permet à l’ensemble du collectif

de pouvoir respirer. D’ailleurs,

ce sont elles, Camille et Éloïse, qui

cumulent le plus d’activité en dehors

des horaires de travail, elles ont pris

en charge un grand nombre d’ateliers

qui les mettent en contact avec les étudiants

et les lycéens rémois.

Le Collectif 17 proposera cette année

le spectacle Lysistrata d’Aristophane,

en tournée dans des lieux qui ne sont

pas censés accueillir du théâtre, et le

diptyque « Quelqu’un arrive et je ne

me connais plus » composé des Bacchantes

d’Euripide et de Narcisse que

j’ai écrit. Louise, le huitième élément,

que l’on commence à bien connaître à

Reims, nous rejoint pendant ces créations

à la Comédie.

J’écrirai pour Myrtille Bordier et le

spectacle Lève toi et Resplendis et

accompagnerai les étudiants en cycle

d’orientation professionnel de la

classe de la Comédie à l’occasion d’un

stage de formation pour les acteurs.

En parallèle, nous mènerons des ateliers

auprès des jeunes de la ville.

Lucas et Salim-Éric me rejoindront

avec Laurent Durupt pour la création

de la pièce musicale Dronocracy.

Le Collectif 17 est composé de Ferdinand

Barbet, metteur en scène, et des

comédiens et comédiennes Salim-Eric

Abdeljalil, Louise Dupuis, Benjamin

Dussud, Lucas Gentil, Éloïse Hallauer,

Lucile Oza et Camille Souterin. Naïma

Perlot-Lhuillier est assistante à la mise

en scène.


FRagrances

&

délit de bien-être


Marie et Agathe sont deux

filles à projets. Des projets en

cours, des projets à venir, des

projets réussis, des projets qui

essayent. Elles se cherchaient

chacune une partenaire particulière,

pour avancer en autonomie

et en confiance, chacune

dans leur domaine. Elles

se sont trouvées. Agathe, les

cheveux, Marie, des pieds à la

tête, et un seul credo, celui du

bien-être, classieux et séduisant.

Quand deux électrons libres se

rencontrent et se trouvent des atomes

crochus, c’est un big bang. C’est un

peu ce qui s’est passé rue des Elus, ces

derniers mois. Agathe voulait céder

un peu d’espace pour recentrer son

activité, Marie cherchait à s’installer

dans les meilleures conditions

possibles. Entre partenariat et indépendance

préservée, le shop in shop

Agathe – B.A.S.I.C. est né et savait

déjà marcher.

B.A.S.I.C. se définit à travers son

nom. B.ohème… A.udacieux…

S.ensoriel… I.ntemporel…

C.onceptuel… Marie a tout pensé,

afin que son concept store soit digne

de ses attentes et du pari lancé. Parce

que derrière, il y a plus que du challenge,

il y a des convictions. Après

plusieurs années d’expérience dans la

parfumerie grande distribution, au

sein du groupe LVMH, Marie a voulu

centrer sa passion sur l’essentiel.

La beauté, le bien-être, le parfum ne

peuvent être littéralement engloutis

par le business. Mais au-delà,

la consommation de masse annihile

la qualité des produits que l’on pose,

quotidiennement, sur notre peau.

Marie rêvait de mieux. Marie a

incarné cette mission qui était sienne.

Une utopie ?

Une utopie, peut-être. Celle d’un

retour aux bases, aux basics, aux

sources, à Reims, horizon B.A.S.I.C.,

ligne de mire réussite. Et comme

nous manquons cruellement d’utopie,

celle de Marie séduit et tient

bien debout. La boutique rompt

avec certains standards nocifs de

notre consommation actuelle : chez

Marie, quelques produits – beauté,

bien-être, parfum, déco, issus de

quelques marques triées sur le volet.

Pas de rayons interminables avec un

embarras de choix anxiogène. Pour

autant, la boutique ne perd pas de

vue ce qui, malgré tout, fait le plaisir

du consommateur : du packaging

soigné et attrayant, des déclinaisons

de parfums. Tout dans la cohérence.

Marie sait ce qui est beau, sait le

mettre en valeur. Marie sait ce qui

est bon, sait le rendre séduisant aux

clients. C’est le naturel qui engendre

du naturel.

Marques & senteurs

« Je ne travaille qu’avec des marques

confidentielles. Des marques qui font

le choix d’être choisies par des distributeurs

aux univers singuliers, avec

une philosophie de vente fraîche. »

confie Marie. B.A.S.I.C. doit montrer

patte blanche pour proposer ce

qu’elle veut proposer. House doctor,

Juliette has a gun, Ombres portées,

Maison Margiela, Bivouak, Etat

Libre d’Orange, L:a Bruket, Maison

Kerzon, Minois Paris, Meraki, Bonne

Nouvelle, Une Nuit Nomade, Room

1015, Frédéric Malle.

Ça sonne comme des titres de livres.

Ça incarne autant de promesses.

En effet, chaque nouveau produit

de ces marques est surprenant.

« Et derrière chacun d’eux, il y a un an

de travail, il y a un nez qui a travaillé

vraiment, il y a une imagination, une

histoire. » Abandonnant le marketing

pur, ces marques marginales privilégient

la création créative. Et quand

l’originalité rejoint l’éthique…

De l’importance des choix

C’est en choisissant le bon que se crée

un cercle vertueux. Le partenariat

d’Agathe et Marie s’enroule dans une

spirale positive de bienveillance et

de choix créatifs tournés vers le bien.

« Nous travaillons avec des personnes

qui veulent aller bien, s’en donner les

moyens. Agathe reçoit des clientes

qui viennent pour des prothèses

capillaires. Ce sont des femmes

qui ont conscience des enjeux

sanitaires de leurs choix. » Les deux

jeunes femmes, main dans la main,

deviennent donc ambassadrices,

ensemble, d’un avenir façonné de

simplicité et d’essentiel. Leurs créations

– d’entreprises, de shop in shop,

d’utopie – en portent les valeurs.

agathe coiffure

agathe petit

b.a.s.i.c. la crème de la crème

marie hauguenois

21 rue des élus

B

business

49

TEXTE agathe cebe

PHOTOGRAPHIES benoît pelletier


FigureS

kyan khojandi

NOM

Kyan Khojandi.

PROFESSION

Faiseur de trucs plutôt marrants.

ÂGE

35 ans.

PLUS BEAU SOUVENIR

Les moments d'ennui avec mon

meilleur ami Gautier. Qu'est-ce qu'on

a rigolé !

un rêve

Faire un film.

une passion

Les trucs.

VOTRE VISION DE REIMS

Pour certains Reims, c'est la Cathédrale,

le Champagne et les biscuits

roses, pour moi c'est tout le reste.

photographie Sylvère HIEULLE

50


OFFREZ-LUI LA CHINE

À PARTIR DE 76 €

Coffret cadeau avec votre photo d'art en édition limitée

50 Cours JB Langlet

51100 REIMS

03 26 35 87 91

contact@dpstyle.fr


Démarrez

avec un temps

d’avance

Grâce à la technologie OLED*, les éclairages

arrière de votre nouvelle Audi A8 émettent

une lumière éclatante et d’une précision

exceptionnelle, qui vous accueille dès que vous

ouvrez la voiture et vous guide jusqu’à votre

arrivée chez vous. Une idée brillante.

Oubliez la voiture. Vous êtes dans une Audi.

Nouvelle Audi A8.

Audi Vorsprung durch Technik

* En option. Volkswagen Group France S.A. au capital de 7 750 000 € – 11 avenue de Boursonne Villers-Cotterêts – RCS Soissons B 602 025 538.

Audi recommande Castrol EDGE Professional. Vorsprung durch Technik = L’avance par la technologie.

Gamme Audi A8 : consommation en cycle mixte (l/100 km) : 5,6 - 7,8. Rejets de CO 2

mixte (g/km) : 145 - 178.

La Cité de l'Automobile

ZAC Croix Blandin

www.audi-reims.fr

More magazines by this user
Similar magazines