Peter Sauber - Magazine Sports et Loisirs

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Peter Sauber - Magazine Sports et Loisirs

Coup d'œil dans le rétro à l'occasion

de la 10 e saison de Peter Sauber en F1

Peter Sauber :

"Je ne suis pas un mordu

de sport automobile !"

Le constructeur zurichois Peter Sauber

en est cette année à sa 10 e saison en

formule 1.Pour "Sports et loisirs mais

encore", ce dixième anniversaire a

servi de prétexte à jeter un coup

d'œil dans le rétroviseur, c'est-àdire

à jeter un coup d'œil sur les

premières courses de Peter

Sauber (au volant d'une

Volkswagen Coccinelle !) et

sur les voitures de ses

débuts, depuis ses premiers

prototypes, les

fameuses Sauber C1,

C2 et C3, jusqu'à

la C8 à moteur

Mercedes. Moteur !

SPORT AUTOMOBILE

SAUBER / FORMULE 1

Laurent Missbauer

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C'est en 1967 que Peter Sauber,

alors âgé de 24 ans, a participé

à sa première course avec cette

Volkswagen Coccinelle

pratiquement de série.

Photo : Archives Missbauer

(Légende page 39)

Peter Sauber et ses deux

pilotes, Nick Heidfeld (debout) et

Felipe Massa (dans la monoplace),

fondent de grands espoirs

sur la toute nouvelle

Sauber-Petronas C21.

Photo : Sauber

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La saison 2001 a été la meilleure saison de Sauber en F1 puisque l'écurie

helvétique s'est classée au 4 e rang derrière Ferrari, McLaren-

Mercedes et Williams-BMW. Du coup, le stand de l'écurie zurichoise

se trouve, pour toute la saison 2002, à proximité immédiate de ceux

des plus grosses pointures de la F1. Il s'agit là de quelque chose dont

Peter Sauber est particulièrement fier. Et le constructeur de Hinwil,

dans l'Oberland zurichois, peut en être d'autant plus fier que ses

débuts, il y a 35 ans, avaient été très modestes. Pour tout dire, l'ascension

de Peter Sauber au firmament du sport automobile mondial est

parsemée de paradoxes et le premier d'entre eux, le plus étonnant

peut-être, est qu'il n'a jamais été un passionné de sport automobile. La

preuve ? Sa première voiture était une Citroën 2CV ! Interview.

Peter Sauber, le grand public ne

vous connaît que très peu, comment

avez-vous débuté en sport

automobile ?

J'ai commencé à courir en 1967,

à 23 ans, tout à fait par hasard. A

l'époque, je n'étais pas un mordu

de sport automobile et, curieusement,

je ne le suis toujours pas

aujourd'hui ! C'était un ami qui

m'avait poussé et, après avoir

débuté avec une Coccinelle de

série, je suis passé en 1968 à une

Coccinelle passablement modifiée.

Avec ses vitres et son capot

en plastique, elle ne pouvait plus

être immatriculée et c'est au sein

de la catégorie des voitures de

sport que j'ai participé à différentes

courses du championnat

suisse. A Hockenheim, j'ai même

couru dans la même série que Jo

Siffert et à chaque fois qu'il me

prenait un tour avec sa Porsche,

j'avais l'impression d'être arrêté !

Je me suis aperçu très rapidement

que j'avais davantage de

plaisir à modifier mes voitures

qu'à les conduire.

Quelle est votre formation, êtesvous

ingénieur ?

Non, pas du tout. J'ai effectué un

apprentissage de monteur électricien

et, au début, je ne comprenais

rien aux voitures de course,

strictement rien. J'avais cependant

un certain esprit pratique et

j'ai appris sur le tas. La première

voiture qui a porté mon nom, la

Sauber C1, a ainsi été construite

à partir d'une ancienne monoplace

Brabham de formule 3. J'ai

gardé le moteur et les suspensions

et j'y ai ajouté une carrosserie

biplace de ma conception.

Et c'est au volant de cette voiture

que vous avez été sacré

champion de Suisse en 1970 ?

Exactement ! Avec la C1, qui

était propulsée par un moteur

Cosworth de 1000 cm 3 , j'ai remporté

le titre national dans la

catégorie des voitures de sport

devant la Lola de Karl Foitek. Le

barème d'attribution des points

était cependant très démocratique

à l'époque et les petites

cylindrées ne partaient pas battues

d'avance. Ce barème était

aussi tellement compliqué que

personne n'y a jamais rien compris

! Avec ce titre national, je me

suis dit que ce ne serait pas une

mauvaise idée de me retirer et,

après mûre réflexion, j'ai décidé

de ne plus jamais recourir.

Le pilotage ne vous procurait-il

pas plus de satisfaction ?

Non, je pilotais encore volontiers.

Mais, comme je l'ai déjà dit, je

n'étais pas un mordu de sport

automobile. Pour moi, la conduite

n'était pas un besoin vital

ou une maladie du même genre

que celle qui affecte certaines


Mercedes a effectué son retour officiel en formule 1 en 1994 avec Peter Sauber et cette

Sauber-Mercedes C13. Les deux pilotes de l'époque étaient l'Allemand Heinz-Harald

Frenzen (à g.) et l'Autrichien Karl Wendlinger. L'association entre Sauber et Mercedes prit

toutefois fin au terme de cette première saison de F1. Notamment en raison du sponsor

Broker, un magazine boursier qui ne versa pas un seul franc à Sauber. Le nom de Mercedes

ne pouvait raisonnablement pas être associé à celui d'un imposteur et le constructeur

allemand quitta Sauber pour s'associer à l'écurie McLaren. Photo : Mercedes-Benz

Présentation de la saison 2000 : Peter Sauber est tout sourire entre le Finlandais Mika Salo

(à g.), l'actuel pilote de Toyota en F1, et le Brésilien Pedro Diniz, aujourd'hui jeune retraité

de la compétition automobile. Photo : Laurent Missbauer

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Peter Sauber,

du temps où il était pilote.

Photo: Archives Missbauer

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personnes qui vont continuellement

jouer leur fortune au Casino

de Constance.

Votre décision d'arrêter de piloter

était donc irrévocable ?

Absolument, mais je me suis

quand même accordé une dernière

sortie. C'était en 1973, à

Hemberg, avec la Sauber C3 d'un

de mes clients qui n'avait pas pu

se libérer de ses obligations militaires.

Je n'avais décidé de courir

que dans le but de pouvoir garder

ma licence, mais cela a vraiment

été ma dernière course. Je relèverai,

par ailleurs, qu'elle s'était

très bien déroulée puisque je m'y

suis imposé. Ce succès était

cependant davantage imputable

aux mauvaises performances de

mes concurrents qu'à mes

mérites.

Qu'est-ce qui, finalement, vous a

poussé à délaisser le pilotage au

profit de la construction ?

Je ne courais que dans le but de

construire et bien plus que le

pilotage, c'était la technique qui

m'intéressait. Comme la mécanique

devenait de plus en plus

sophistiquée, j'ai dû toutefois

m'entourer au fil des ans de personnes

compétentes. C'était tout

d'abord un mécanicien auto,

lorsque j'ai décidé de faire de la

construction automobile mon

métier, au début des années septante.

Mais comme il n'était pas

possible d'en vivre, j'ai aussi

ouvert un garage et mon mécanicien

ne m'aidait pas seulement à

construire mes prototypes, mais

réparait aussi les voitures du

garage. Ensuite, ce sont des ingénieurs

qui sont venus me prêter

main forte.

Jusqu'à l'arrivée de Mercedes

qui vous a permis de remporter

en 1989 le championnat du

monde des sport-prototypes, et

qui, d'une façon indirecte, vous a

permis de débuter en F1 en 1993,

le succès n'a pas toujours été au

rendez-vous ?

C'est vrai, les pertes dépassaient

bien souvent les profits et le

déclin du championnat d'Europe,

vers la fin des années

septante, a entraîné la mort des

barquettes biplaces, notre principal

fond de commerce. Nous

avons toutefois réussi à rebondir

en abandonnant momentanément

la construction de voitures

et en faisant successivement

courir des Lola F3 en 1979 et

des BMW M1 au début des

années quatre-vingts. Ensuite, la

construction de la C8 à moteur

Mercedes, en 1985, nous a permis

de remonter la pente et de ne plus

quitter depuis notre travail de

constructeur.


C'est au volant d'une telle

Volkswagen Coccinelle que

Peter Sauber a côtoyé

Jo Siffert sur le circuit de

Hockenheim en 1968.

Photo : Archives Missbauer

Peter Sauber (en médaillon)

a remporté en 1970 le

championnat de Suisse de

vitesse avec cette Sauber C1

de sa propre construction.

Photo : Archives Missbauer

Nürburgring, 24 août 1986 :

grâce au Français Henri

Pescarolo et au

Néo-Zélandais Mike

Thackwell, Peter Sauber

remporte sa première victoire

dans le championnat du

monde des sport-prototypes.

Photo : Archives Missbauer

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Cette Sauber C1

a été construite

à partir d'une

Brabham F3

ayant appartenu

au pilote valaisan

Paul Fellay.

Photo: Laurent

Missbauer

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Paul Fellay

se souvient

Incroyable, mais vrai ! La première

voiture de sport à porter le nom de

Sauber, la C1, a été construite à partir

d'une monoplace de formule 3 avec

laquelle avait couru à l'époque le

pilote valaisan Paul Fellay, aujourd'hui

concessionnaire Citroën et

Chrysler à Sierre. "C'était en 1969 et je

m'en souviens encore très bien",

explique Paul Fellay. "Peter Sauber

était à la recherche d'une monoplace

Brabham de formule 3 afin d'y monter

une barquette biplace de sa

conception et c'est sur la mienne qu'il

a finalement porté son choix. Je me

rappelle qu'il avait accepté sans marchander

le prix que je voulais et qu'il

avait envoyé un de ses collègues

venir la chercher à Sierre."

Paul Fellay a-t-il par hasard gardé le

contrat de vente ? "Hélas non ! Vous

pensez bien que j'étais loin d'imaginer

à l'époque que Peter Sauber réussirait

un jour à arriver en formule 1",

répond le garagiste sierrois en se

remémorant que lui aussi, de même

que le pilote valaisan Roger Rey,

avaient construit dans les années

soixante des voitures de course de

leur propre conception à partir d'éléments

de différentes monoplaces.

"Malheureusement, les débouchés

pour vendre de telles voitures de

course en Valais étaient nettement

moins nombreux qu'à Zurich",

conclut-il.

Peter Sauber, entre Nick Heidfeld

(à gauche) et Felipe Massa

Photo : Laurent Missbauer


Peter Sauber,

espère bien rééditer en 2002

la 4 e

place au championnat du monde

qu'il avait obtenue l'année passée.

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Peter Sauber,

main dans la

main avec le

Crédit Suisse

Alexandre Zeller,

directeur général de

Crédit Suisse Private

Banking, un des

principaux commanditaires

de l'écurie Sauber,

pose fièrement aux côtés

de Peter Sauber.

Photo : Laurent Missbauer

Le Crédit Suisse, un des principaux

commanditaires de l'écurie Sauber

en formule 1, a révélé, lors d'une

conférence de presse organisée à

Payerne (VD) à la fin du mois de

février, que sa première saison de

sponsoring avec l'écurie de Peter

Sauber avait été "largement positive"

en 2001. Le championnat du

monde de formule représente en

effet un formidable vecteur publicitaire

et réunit, dix-sept fois par

année, quelque 400 millions de

personnes devant leur téléviseur.

Ces chiffres, de même que ceux qui

vont suivre, ont été dévoilés par

Alexandre Zeller, le directeur général

du Crédit Suisse Private

Banking, qui a tenu à expliquer les

raisons de la présence de sa banque

en F1.

"Il faut savoir", a expliqué

Alexandre Zeller, "que la formule 1

est une compétition qui s'avère

idéale pour développer la notoriété

d'une marque à travers le monde.

Une seule saison génère, par

exemple, 47 milliards de contacts

en presse écrite et 55 milliards de

contacts de téléspectateurs. Un

premier bilan, après une seule

année de partenariat avec l'écurie

Sauber, nous a ainsi permis de

bénéficier d'une forte croissance

de notoriété en Suisse, en France,

en Allemagne et en Italie, mais

aussi en Grande-Bretagne et en

Espagne. Selon un organisme indépendant,

nous avons même obtenu

de meilleurs scores que certains

concurrents engagés antérieurement

en F1."

En plus d'une notoriété accrue,

l'engagement avec Sauber a non

seulement valu au Crédit Suisse de

promouvoir le dynamisme et le

savoir-faire helvétique, mais il a

également permis de soutenir une

PME suisse - l'écurie Sauber,

donc - qui est exemplaire et qui

occupe quelque 300 personnes à

Hinwil, dans l'Oberland zurichois,

a ajouté Alexandre Zeller. Celui-ci

a terminé son exposé en citant les

propos d'un journal anglais : "Le

fait que Sauber, qui ne dispose que

du troisième plus petit budget de

la formule 1, ait tout de même

réussi à terminer 4 e sur onze au

championnat du monde de 2001

est un exploit comparable à la

conquête du titre mondial pour

une écurie de pointe."

Lors de cette conférence de presse

de Payerne, Peter Sauber a déclaré

qu'il était très flatté et qu'il mettrait

tout en œuvre afin de rééditer

la 4 e place de l'année dernière.

C'est tout le mal que la rédaction

de "Sports et Loisirs, mais encore"

lui souhaite. Une écurie suisse qui

se bat au firmament du sport

automobile mondial mérite en

effet qu'on la soutienne et qu'on

l'encourage. Ce ne sont certainement

pas les centaines de milliers

de passionnés helvétiques de formule

1 qui nous contrediront !


UN « C » POUR

CHRISTINE

Né le 13 octobre 1943 et père de

deux enfants, Peter Sauber

est marié depuis 1965 avec

son épouse Christiane dont

l'initiale C se retrouve sur

toutes ses voitures, de la C1

des débuts à la toute nouvelle

C21. Fils d'un important

industriel dans le domaine de

l'électricité, Peter Sauber a

ouvert en 1970, l'année de

son titre de champion de

Suisse, un garage à Hinwil

sur le terrain d'une des succursales

de la société de son

père, une entreprise de plus

de 200 employés.

Ce garage, concessionnaire

Jaguar à un moment donné, a

été vendu en 1986, année où

ses liens avec Mercedes sont

devenus plus étroits. C'est

avec la firme de Stuttgart, du

temps où ses voitures s'appelaient

Sauber-Mercedes, qu'il

a connu ses plus grands succès,

notamment la victoire

aux 24 Heures du Mans en

1989 et deux titres de champion

du monde en sportprototypes

en 1989 et 1990.

C'est au cours de cette dernière

année, que Michael

Schumacher, alors jeune pilote

prometteur, a couru pour

Peter Sauber.

L'écurie Sauber dispose

aujourd'hui d'un budget

annuel de plus de 100 millions

de francs et occupe

240 personnes à Hinwil. A

cela, s'ajoutent 50 autres

emplois auprès de fournisseurs

de la région zurichoise

qui travaillent à plus de 80%

pour Sauber.

C'est avec cette Sauber-Mercedes C291 que Michael Schumacher a

brillé de mille feux sur le front du championnat du monde des

sports-prototypes en 1991.

Photo : Archives Missbauer

Mercedes avait lancé au début des années 90 une publicité

avec trois "méchants garçons en blouson noir" avec la question

suivante "Leur confieriez-vous votre voiture ?", on reconnaît, de

gauche à droite, les trois pilotes Sauber-Mercedes Fritz

Kreutzpointner, Karl Wendlinger et… Michael Schumacher.

Photo : Archives Missbauer

Michael

Schumacher,

membre de l'écurie

Sauber-Mercedes

de sport-prototypes

en 1990 et 1991, est

certainement le pilote

le plus talentueux

qui ait jamais couru

pour Peter Sauber.

Photo : Archives

Missbauer

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1/Peter Sauber a acquis une véritable dimension internationale

lorsque Kouros, le parfum pour hommes d'Yves Saint-Laurent,

a commencé à sponsoriser en 1986 les Sauber-Mercedes C8.

Photo : Archives Missbauer

2/En 1986, il n'était pas rare que le chef en personne mette la

main à la pâte. Il s'agit là de quelque chose qui serait tout

simplement inimaginable aujourd'hui en formule 1.

Photo : Archives Missbauer

3/Les ateliers de Peter Sauber, à Hinwil, non loin de Zurich,

ont toujours été d'une propreté clinique, il y a quinze ans

comme aujourd'hui.

Photo : Archives Missbauer

4/Peter Sauber avait réussi un grand coup en s'assurant, à la

fin de la saison 1999, les services du Finlandais Mika Salo

(à gauche), transfuge de l'écurie Ferrari. Il pose ici devant la

Sauber-Petronas C19 en compagnie du pilote brésilien Pedro

Diniz (à droite).

Photo : Sauber

5/Peter Sauber s'est assuré cette année les services du jeune

prodige brésilien Felipe Massa (en médaillon). Pour ses grands

débuts en F1, au Grand-Prix d'Australie, il s'est permis le luxe

de s'avérer plus rapide que l'expérimenté Nick Heidfeld.

Photo : Sauber

6/Le pilote allemand Nick Heidfeld, 3e l'année passée

au Grand-Prix du Brésil, dispute en 2002 sa troisième

saison de formule 1.

Photo : Sauber

7/C'est grâce à ses excellentes performances réalisées dans le

championnat du monde des sport-prototypes que

Peter Sauber a réussi à convaincre Mercedes de s'engager en

formule 1 en 1994.

Photo : Archives Missbauer

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C’EST VRAIMENT

QUE SAUBER A

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AVEC MERCEDES ET KOUROS EN 1986

CONNU UNE CONSECRATION MONDIALE

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