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8 months ago

La théologie du peuple. Racines théologiques du pape François

L’auteur montre d’abord avec force que cette théologie s’enracine dans la culture d’un peuple pauvre et croyant, où elle est amenée à reconnaître une forme de « sagesse » spécifiquement chrétienne. Tout en tenant compte des médiations, tant scientifiques que philosophiques, requises par l’intelligence de la foi, elle puise sans cesse aux sources vives d’un évangile vécu par le peuple des pauvres, des petits et des simples. La seconde partie de ce travail montre à quel point cette pratique de la théologie éclaire la manière dont le pape gouverne l’Église dans un dia- logue sincère et ouvert avec les religions, les peuples et les cultures. Est ainsi mis en relief l’esprit dans lequel il tend à favoriser, à notre époque de globalisation, la paix, la solidarité et la justice envers les exclus.

12 Prologue Je me

12 Prologue Je me souviens que, précédant même L’Osservatore Romano, une journaliste de La Croix se rendit au Colegio mayor, ce qui montrait bien l’intérêt suscité par le nouveau pape chez la « fille aînée de l’Église ». Peu après, ce fut le directeur de la revue jésuite française Études qui me demanda des informations sur Bergoglio. Plus tard encore, au cours de l’année pendant laquelle je travaillais à la Civiltà cattolica de Rome, il y eut une autre journaliste française, Bernadette Sauvaget, qui eut avec moi deux entretiens qu’elle rédigea ensuite et publia sous mon nom en leur donnant pour titre Le pape du peuple (Cerf, Paris, 2005). Je ne rappelle tout cela que pour témoigner de ce qui a été à l’origine de la rédaction de ce livre, à savoir la saine et intelligente curiosité du public français et francophone sur le nouveau pape. Il se trouve par ailleurs que, avant même la publication des entretiens dont je viens de faire mention, un ami de longue date, Pierre Sauvage, jésuite belge directeur général de Lessius, s’était également mis en contact avec moi afin de faire connaître en Europe l’enracinement théologique du pape François dans la théologie du peuple, pratiquement inconnue dans ce continent. C’est cette louable intention qui a finalement abouti à la composition de ce livre. Son but est de contribuer à une compréhension plus profonde non seulement de la pensée, mais aussi et surtout de l’action du pape François, de l’orientation de son gouvernement de l’Église ainsi que de son dialogue sincère et ouvert avec les religions, les peuples et les cultures, en vue de favoriser, à notre époque de globalisation, la paix, la solidarité et la justice envers les pauvres et les exclus. Aussi ce livre commence-t-il, après le prologue, par une approche historique (première partie) : le premier chapitre y présente la théologie du peuple dans ses origines, ses caractéristiques et ses étapes jusqu’à sa situation actuelle ainsi qu’en sa relation avec les autres courants de la théologie de la libération ; un second chapitre s’attache à la figure théologique de son représentant le plus important, Lucio Gera (1924-2012), reconnu comme théologien non seulement du peuple, mais à partir du peuple. Toute la deuxième partie est consacrée à cette théologie du peuple en tant que théologie inculturée. J’y explicite d’abord en quel sens on y parle de « peuple » et de

Prologue 13 « populaire », aussi bien à propos du peuple de Dieu que des peuples du monde (chap. III). J’étudie ensuite (chap. IV) l’importance de la sagesse populaire pour toute la théologie inculturée et pour chacune des figures qui l’incarnent dans toutes les cultures de la terre. Je prends comme exemple l’importance de ce type de sagesse dans l’ethos des cultures latino-américaines, ce qui permet de proposer une approche susceptible de s’appliquer universellement aux autres paysages culturels (chap. V). Finalement, j’aborde la question de la théologie populaire dans sa relation avec la piété et la spiritualité populaires ainsi qu’avec la théologie comme science (chap. VI). La troisième et dernière partie développe plusieurs aspects décisifs de la théologie et de la pastorale du pape François en montrant leur enracinement dans la théologie argentine du peuple et les relations de celle-ci avec le magistère social latino-américain ; car cette théologie aussi bien que ce magistère constituent une continuation inculturée, quoique de portée universelle, du changement de paradigme et de méthode théologiques qui s’est opéré au concile Vatican II, spécialement dans Gaudium et spes (chap. VII). À partir de là, il est donc possible de développer la manière dont la théologie du peuple se trouve en relation directe avec la feuille de route du souverain pontife, c’est-à-dire avec l’exhortation apostolique Evangelii gaudium (chap. VIII). Je termine en approfondissant, à partir de cette même exhortation, des thèmes centraux pour Bergoglio : l’inculturation de l’Évangile (chap. IX), la compréhension du sujet communautaire de la spiritualité et de la mystique populaires (chap. X) et, finalement, les quatre principes « bergogliens » pour la construction et la conduite d’un peuple, que ce soit le peuple de Dieu ou les peuples du monde. Si bien que cette troisième partie justifie le sous-titre du livre en couronnant et en menant à son achèvement ce qui a été exposé dans les deux premières parties ; elle montre en effet que les racines théologiques et pastorales de François se trouvent dans la « théologie du peuple », même s’il va plus loin et s’il les porte à un niveau plus universel, mais dans une même orientation d’action et de pensée. En reprenant ma correspondance avec Pierre Sauvage, je me suis aperçu que, pour lui faire connaître la théologie argentine qui a marqué et continue à marquer Bergoglio, je lui avais envoyé une