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4 months ago

La théologie du peuple. Racines théologiques du pape François

L’auteur montre d’abord avec force que cette théologie s’enracine dans la culture d’un peuple pauvre et croyant, où elle est amenée à reconnaître une forme de « sagesse » spécifiquement chrétienne. Tout en tenant compte des médiations, tant scientifiques que philosophiques, requises par l’intelligence de la foi, elle puise sans cesse aux sources vives d’un évangile vécu par le peuple des pauvres, des petits et des simples. La seconde partie de ce travail montre à quel point cette pratique de la théologie éclaire la manière dont le pape gouverne l’Église dans un dia- logue sincère et ouvert avec les religions, les peuples et les cultures. Est ainsi mis en relief l’esprit dans lequel il tend à favoriser, à notre époque de globalisation, la paix, la solidarité et la justice envers les exclus.

14 Prologue première

14 Prologue première rédaction — faite pour une publication chilienne — de ce qui constitue maintenant le premier chapitre — introductif — du livre actuel et de sa première partie. Je lui avais alors également recommandé la lecture d’un de mes livres : Évangélisation, culture et théologie, le deuxième volet d’une trilogie consacrée à la théologie et à la philosophie de la libération telles qu’elles sont à l’œuvre notamment dans les versions argentines de ces deux mouvements. Il se trouve justement que la deuxième partie du livre actuel constitue une nouvelle rédaction — mise à jour à l’intérieur d’horizons plus universels — des quatre chapitres les plus importants de cette œuvre précédente. Par ailleurs, je n’ai évidemment pas pu ne pas tenir compte, en toile de fond, des cours que j’ai donnés comme professeur invité pour la chaire « Théologie interculturelle », dans le cadre professionnel (Fachbereich) de la « théologie catholique » de l’Université de Francfort, et qui ont été publiés sous forme de livre 1 . Finalement, le deuxième chapitre (de la première partie) et les chapitres de la troisième partie constituent une réélaboration d’articles rédigés, dans leur presque totalité, pour La Civiltà Cattolica ou d’autres revues romaines, et dont le but était de faire connaître à partir du « centre » les présupposés théologiques et pastoraux du Saint-Père venu de la « périphérie ». La seule exception est le chapitre sept, qui fut d’abord écrit pour célébrer, à l’Université de Georgetown, les 50 ans de Vatican II et notamment de la constitution pastorale Gaudium et spes avec son influence sur le changement de paradigme et de méthode théologiques dans la théologie latino-américaine et chez Bergoglio, premier pape à avoir été ordonné prêtre après le concile. De sorte que toute cette troisième partie a pour objet d’étude les perspectives théologiques et pastorales de François, leur enracinement dans le concile, dans le magistère social latino-américain et, surtout, dans la théologie du peuple ; en soulignant évidemment la créativité qui lui permet de suivre cette orientation en l’élevant au niveau d’une problématique renouvelée et originale (la sienne) et en la faisant accéder à un plan plus universel. Pour cela je me contente de commenter, dans les 1. Je fais référence à mes deux livres : en espagnol, Evangelización, cultura y teología, Guadalupe, Buenos Aires, 1990 (2 e éd. Docencia, Buenos Aires, 2011, avec des « Observations préliminaires » de Guillermo Rosalino).

Prologue 15 derniers chapitres (VIII à XI), la « feuille de route » de Bergoglio comme pape, à savoir son exhortation apostolique Evangelii gaudium (EG), sans oublier sa première encyclique entièrement personnelle, Laudato si’ (LS). Dans cette dernière, il cite un de mes articles sur un thème qui lui est très cher : « l’irruption du pauvre » dans l’Église, dans la société et dans la théologie, un événement compris désormais comme « expérience de salut communautaire » (LS 149, n. 4), qui ne se produit pas seulement en Amérique latine, mais aussi, comme un signe des temps, de manière universelle, dans les peuples pauvres et dans les pauvres des peuples.